Impôts BULLETIN D INTERPRÉTATION ET DES PRATIQUES ADMINISTRATIVES CONCERNANT LES LOIS ET LES RÈGLEMENTS

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BULLETIN D INTERPRÉTATION ET DES PRATIQUES ADMINISTRATIVES CONCERNANT LES LOIS ET LES RÈGLEMENTS Impôts IMP. 280-1/R2 Indemnité d expropriation et intérêt reçu sur une telle indemnité Publication : 29 décembre 2011 Renvoi(s) : Loi sur les impôts (RLRQ, c. I-3), articles 87 (paragr. c), 93 (1 er al., paragr. f), 248, 251 et 280 Cette version du bulletin d interprétation IMP. 280-1 annule et remplace celle du 29 mai 1992. La position énoncée dans ce bulletin reste inchangée, mais le champ d application de celui-ci a été élargi afin de traiter davantage des composantes d une indemnité d expropriation. Des modifications de forme et de concordance visant à assurer la précision technique ont aussi été apportées. Enfin, certaines considérations accessoires à l objet principal du bulletin ont été ajoutées. Ce bulletin expose l interprétation de Revenu Québec concernant le moment de l aliénation d un bien exproprié, la nature d une indemnité d expropriation ainsi que l intérêt versé en sus de l indemnité d expropriation. CONTEXTE 1. Différentes entités bénéficient d un pouvoir d expropriation, par lequel le propriétaire d un bien est obligé d abandonner à l entité qui l exige la propriété de son bien, moyennant indemnité. À titre d illustration, une municipalité ou encore le gouvernement lui-même bénéficient d un tel pouvoir. 2. Plusieurs lois distinctes prévoient et encadrent un tel pouvoir d expropriation, chacune pouvant prévoir des procédures ou conditions particulières. Au plan québécois, la principale loi en cette matière est la Loi sur l expropriation (RLRQ, chapitre E-24). De façon sommaire, cette loi prévoit les procédures suivantes : a) le dépôt par l expropriant, auprès du Tribunal administratif du Québec, d un plan et d une description du bien à exproprier signés par un arpenteur-géomètre; b) la signification au propriétaire du bien à exproprier d un avis d expropriation; c) la comparution de l exproprié devant le Tribunal administratif du Québec; d) l inscription de l avis d expropriation sur le registre foncier par l expropriant;

e) la production par l expropriant et l exproprié d une déclaration indiquant en détail le montant que le premier offre et que l autre réclame pour l expropriation; f) la signification à l exproprié d un avis de transfert de propriété; g) le versement à l exproprié, ou le dépôt pour son compte au greffe de la Cour supérieure, de l indemnité provisionnelle d expropriation; h) l inscription de l avis de transfert de propriété sur le registre foncier; i) le dépôt de l avis de transfert de propriété, après son inscription, auprès du Tribunal administratif du Québec. 3. De façon générale, le transfert de propriété du bien exproprié s opère par l inscription de l avis de transfert de propriété, sous réserve de cas particuliers. 4. En ce qui a trait aux indemnités d expropriation, c est le Tribunal administratif du Québec qui a compétence pour en fixer le montant et statuer sur les recours portant sur la fixation de celles-ci. Ainsi, en cas de désaccord entre les parties à l expropriation, l indemnité finale d expropriation sera établie aux termes du recours intenté à cet égard. GÉNÉRALITÉS 5. En vertu du paragraphe a du premier alinéa de l article 248 de la Loi sur les impôts (LI), l aliénation d un bien comprend toute opération ou événement qui donne droit au produit de l aliénation du bien. 6. Par ailleurs, en vertu des articles 93 et 251 de la LI, le produit de l aliénation d un bien comprend notamment le montant ci-après, visé au sous-paragraphe iv du paragraphe f du premier alinéa de l article 93 de la LI : «iv. une indemnité pour un bien qu une personne s est approprié en vertu d une loi ou à l égard duquel elle a donné avis de son intention de se l approprier ainsi;». 7. Compte tenu de ce qui précède, l expropriation d un bien engendre une aliénation de celui-ci aux fins fiscales. MOMENT DE L ALIÉNATION D UN BIEN EXPROPRIÉ 8. En matière d expropriation, c est l article 280 de la LI qui répute, pour l application de la partie I de la LI, le moment où se produit l aliénation d un bien exproprié, et donc le moment auquel cette aliénation doit être constatée. Pour plus de précision, ce moment réputé ne correspond pas nécessairement au moment réel de l aliénation d un tel bien tel que déterminé par les procédures particulières d expropriation. Règle générale 9. De façon plus particulière, l article 280 de la LI prévoit que le moment de l aliénation du bien exproprié et le moment où le produit de l aliénation d un tel bien devient à recevoir, par un contribuable, sont réputés être le premier des moments suivants :

a) le jour où le contribuable a convenu d une indemnité finale pour ce bien; b) lorsqu une réclamation ou autre procédure a été produite devant une cour ou un tribunal compétents, le jour où l indemnité est définitivement établie par ce tribunal ou cette cour; c) lorsqu une réclamation ou autre procédure mentionnée au paragraphe b) n a pas été produite dans les deux ans de l événement donnant lieu à l indemnité, le jour du deuxième anniversaire de cet événement; d) le moment auquel le contribuable est réputé avoir aliéné le bien en vertu des articles 433 à 451 ou du paragraphe b du premier alinéa de l article 785.2 de la LI; e) lorsque le contribuable est une société autre qu une filiale visée à l article 556 de la LI, le moment précédant immédiatement celui de sa liquidation. Vente pré-expropriation et post-expropriation 10. Considérant que le processus d expropriation d un bien débute essentiellement par la signification au propriétaire du bien à exproprier d un avis d expropriation, Revenu Québec considère que la vente par un contribuable d un bien dont il a la propriété à une autorité expropriante avant la signification de cet avis d expropriation constitue un indice qu il s agit d une vente de gré à gré et non d une expropriation et que, conséquemment, la règle décrite au paragraphe 9 du présent bulletin et prévue à l article 280 de la LI ne s applique pas pour établir le moment de l aliénation du bien. Il en va de même lorsque l autorité expropriante avise le propriétaire qu elle a abandonné son intention d exproprier son bien et que ce propriétaire vend subséquemment le bien à l autorité expropriante. Indemnité provisionnelle d expropriation 11. De façon générale, les procédures d expropriation prévoient le versement à l exproprié d une indemnité provisionnelle d expropriation. Pour plus de précision, la date de réception d une telle indemnité n a aucune influence sur la détermination du moment de l aliénation du bien exproprié. En effet, une telle indemnité provisoire constitue simplement une avance au titre de l indemnité finale à être obtenue par l exproprié. Production d une réclamation ou autre procédure 12. Pour l application du sous-paragraphe b) du paragraphe 9 du présent bulletin, Revenu Québec est d avis qu une réclamation ou autre procédure est produite lorsque l exproprié demande à une cour ou à un tribunal compétents de régler un différend concernant le montant de l indemnité. 13. Revenu Québec considère également que le jour où l indemnité est définitivement établie par un tribunal ou une cour est le jour qui suit le dernier jour de la période d appel du jugement de la cour ou du tribunal compétents ayant fixé cette indemnité. Toutefois, lorsque pendant cette période d appel les parties en viennent à un accord sur le montant de l indemnité, le jour où l indemnité est définitivement établie est alors le jour où cet accord est intervenu.

Non-production d une réclamation ou autre procédure 14. Pour l application du sous-paragraphe c) du paragraphe 9 du présent bulletin, Revenu Québec considère que l événement donnant lieu à l indemnité correspond au transfert de propriété du bien exproprié. Tel que mentionné précédemment, ce dernier s opère généralement par l inscription de l avis de transfert de propriété, sous réserve de cas particuliers. Décès ou départ du Canada 15. Comme l évoque le sous-paragraphe d) du paragraphe 9 du présent bulletin, un contribuable qui décède (articles 433 à 451 de la LI) ou qui cesse de résider au Canada à un moment donné (paragraphe b du premier alinéa de l article 785.2 de la LI) est réputé avoir aliéné les biens dont il est alors propriétaire. Or, ces dispositions législatives ont préséance sur l article 280 de la LI. 16. Ainsi, dans l hypothèse où un contribuable décède ou cesse de résider au Canada avant que le processus d expropriation auquel il est partie soit terminé, et qu en conséquence le moment de l aliénation du bien à exproprier n a pas encore été déterminé en vertu de l article 280 de la LI, alors ce sont les dispositions législatives spécifiques au décès ou au départ du Canada, selon le cas, qui s appliqueront afin de déterminer le moment de l aliénation réputée des biens de ce contribuable. Liquidation d une société autre qu une filiale canadienne 17. Encore une fois, des dispositions législatives spécifiques ont préséance sur l article 280 de la LI, soit celles relatives à la liquidation d une société autre qu une filiale canadienne. Ainsi, dans l hypothèse où une société autre qu une filiale visée à l article 556 de la LI (liquidation d une filiale canadienne) est liquidée avant que le processus d expropriation auquel elle est partie soit terminé, et qu en conséquence le moment de l aliénation du bien à exproprier n a pas encore été déterminé en vertu de l article 280 de la LI, alors ce sont les dispositions législatives spécifiques à la liquidation qui s appliqueront afin de déterminer le moment de l aliénation réputée des biens de cette société. COMPOSANTES D UNE INDEMNITÉ D EXPROPRIATION 18. L article 58 de la Loi sur l expropriation prévoit que l indemnité d expropriation est fixée d après la valeur du bien exproprié et du préjudice directement causé par l expropriation. Ainsi, une indemnité d expropriation a par nature une large portée et peut être composée de plusieurs montants fixés à différents titres. Par exemple, une indemnité d expropriation peut être fixée en considérant les embarras, la perturbation et le dérangement découlant de l expropriation; les coûts et les frais engagés relativement au déménagement ou à l emménagement dans un autre lieu; les coûts et les frais engagés dans le cadre du processus d expropriation. Dans certains cas, une indemnité additionnelle peut aussi être octroyée afin de couvrir certains ou plusieurs de ces éléments. 19. Dans ce contexte, Revenu Québec considère que l ensemble des montants octroyés à un contribuable dans le contexte de l expropriation d un bien constitueront généralement l indemnité d expropriation visée par la définition du produit de l aliénation d un bien exposée au paragraphe 6

du présent bulletin. En effet, outre que l on ne puisse définir de façon exhaustive le concept de préjudice directement causé par l expropriation, une multitude de réalités pouvant être couvertes par celui-ci, les montants octroyés à ce titre sont par définition liés à l expropriation elle-même et doivent être considérés au même titre que l objet principal de l indemnité d expropriation, en l occurrence l indemnité relative à la valeur du bien exproprié. 20. En fait, les seules situations où un montant octroyé dans le contexte d une expropriation pourrait être considéré de façon distincte de l indemnité d expropriation sont les suivantes : a) le montant octroyé n est pas de la nature d une indemnité; il n est donc pas versé pour compenser un dommage, une perte ou un inconvénient; b) le dommage, la perte ou l inconvénient que le montant octroyé vise à compenser n est aucunement en lien avec le bien exproprié ou avec l expropriation; c) le montant octroyé fait l objet d un traitement fiscal spécifique en vertu d une autre disposition de la LI. 21. Afin de déterminer si un montant donné doit être distingué de l indemnité d expropriation en raison de l une des situations décrites au paragraphe 20 du présent bulletin, il est nécessaire de déterminer la nature du montant octroyé ainsi que le but poursuivi par l octroi de ce montant et, à cet égard, il y a lieu de se référer à la loi en vertu de laquelle l expropriation a lieu ainsi qu à l accord entre les parties ou à la décision de la cour ou du tribunal compétents fixant le montant de l indemnité définitive. INTÉRÊT VERSÉ EN SUS DE L INDEMNITÉ D EXPROPRIATION 22. La LI ne contient aucune définition de l expression «intérêt». Il faut donc comprendre cette expression dans le sens ordinaire qui lui est donné par les dictionnaires. Selon ces derniers, l expression «intérêt» signifie «[une] somme qui rémunère un créancier pour l usage de son argent par un débiteur pendant une période donnée» ou encore «[une] somme que le débiteur paie au créancier en rémunération de l usage de l argent prêté». 23. La jurisprudence a défini l intérêt comme étant le rendement, la contrepartie ou l indemnité valant pour l utilisation ou la détention, par une personne, d une somme d argent qui appartient, au sens familier, à une autre personne ou qui lui est due. 24. Pour établir si une partie d un montant reçu en conséquence d une expropriation constitue un intérêt au sens exposé dans les paragraphes 22 et 23 du présent bulletin, il faut se référer à la loi en vertu de laquelle le bien a été exproprié. Cette dernière établit le moment où l autorité expropriante a contracté une dette envers l exproprié, soit le moment auquel un montant à recevoir a été déterminé. Ainsi, lorsqu une partie d un montant reçu par l exproprié consiste en des dommages résultant d un délai dans le paiement de cette dette, même si le montant réel de l indemnité n a été établi que plus tard par rapport à ce moment, cette partie constitue un intérêt qui doit être inclus dans le calcul du revenu de l exproprié en vertu du paragraphe c de l article 87 de la LI.

25. Dans certaines circonstances, une partie du montant reçu en conséquence de l expropriation représente un montant décrit et calculé comme étant un intérêt couru jusqu au jugement fixant l indemnité. Cette partie représente une indemnité additionnelle et non un intérêt lorsqu elle est versée en raison, par exemple, de retards dans les procédures d expropriation qui ne sont pas attribuables à l exproprié, d une offre par la partie expropriante qui est relativement basse par rapport à l indemnité finale accordée, ou encore pour tenir compte de l inflation et de la dévaluation du dollar canadien au cours de la période comprise entre la date de la prise de possession légale et la date du paiement de l indemnité. Une telle indemnité additionnelle ne constitue pas un intérêt au sens du paragraphe c de l article 87 de la LI, car elle n a pas été versée en raison de l utilisation ou de la détention, par la partie expropriante, du montant représentant l indemnité, qui appartient à l exproprié. 26. Par exemple, le troisième alinéa de l article 68 de la Loi sur l expropriation prévoit le paiement d une indemnité additionnelle dont le montant est calculé comme un intérêt. Toutefois, ce montant ne constitue pas nécessairement un intérêt pour autant au sens du paragraphe c de l article 87 de la LI, mais constitue plutôt, de façon générale et tel qu évoqué précédemment, une composante de l indemnité d expropriation elle-même.