«Les certificats blancs : comment lancer le système?»



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Transcription:

MINEFI DGEMP Bercy Paris 27 octobre 2005 «Les certificats blancs : comment lancer le système?» Discutant Jacques Percebois Professeur à l Université Montpellier I Directeur du CREDEN DISPOSITIFS EFFETS NORMES ECOTAXES MARCHES CERTIFICATS (bourse ou O.T.C.) PRINCIPE L Etat fixe des limites réglementaires (émissions polluantes, économies à réaliser) L industriel paie une taxe proportionnelle à la pollution émise (principe pollueur-payeur) L entreprise reçoit un objectif quantitatif d émission. Pour le respecter, elle peut acheter des droits à une autre entreprise directement (gré à gré) ou via une bourse APPLICATION - Normes dans le bâtiment - Emissions de soufre TGAP - Marchés de CO 2 en Europe - Dioxyde de soufre aux USA AVANTAGES Transparence des règles, équité Recettes pour l Etat - Système incitatif (allocation optimale des ressources) - Consommateurs peuvent acheter des droits INCONVENIENTS - Pas d incitation à être plus efficace que la norme - Co ût de contrôle Effets redistributifs (translation fiscale) - Risques de manipulation du prix des certificats - Volatilité des cours 1

- Système des certificats blancs : Une solution souple et adaptée aux gisements diffus d économies d énergie - Système complémentaire aux autres instruments publics - La France joue le rôle de «leader» en Europe (effet d imitation?) OBLIGES (fournisseurs d énergie) 4 leviers pour agir et respecter les obligations Réaliser des mesures d économies donnant droit à certificats blancs (avec possibilité de vente au-delà du quota) S associer à une autre entreprise pour obtenir des C.B. (cf Energy Services Company ESCO ; société spécialisée dans l efficacité énergétique) Acheter des certificats blancs sur le marché (en fait, de gré à gré, système Over The Counter) Payer la pénalité libératoire (2 c par kwh) Objectif recherché (sur 3 ans) Economiser 54 TWh actualisés d énergie finale 2

ELIGIBLES (Ceux qui peuvent obtenir des C.B.) Les obligés peuvent être éligibles - Personnes morales exclusivement (mais regroupement de personnes physiques en associations est possible) - Seuil d éligibilité : 3 millions de kwh d énergie finale actualisée (automatique pour obligés) - Eviter «l effet d aubaine». Prouver l additionnalité de la mesure (cf rôle de la DRIRE) - Les actions visant à substituer une source fossile plus «efficace» à une autre ne sont pas additionnelles. Les actions visant à substituer une source d énergie renouvelable à une source fossile sont en revanche additionnelles. ECHANGES - Actuellement, «échange OTC de C.B.» (échange de gré à gré) - A terme, marché de certificats? Bourse avec chambre de compensation? Cela évite le risque de contrepartie - A terme, bourse européenne de C.B.? - Doit-on considérer le système actuel comme un «ballon d essai» vers une généralisation au secteur du transport? Fort potentiel de «gisement diffus» d économies dans les transports 3

QUESTIONS (I) Pénalité libératoire ; ce n est pas le cas en Italie ni sur le marché des permis de CO 2 Pénalité fixe dans le temps (ne faut-il pas adapter la pénalité au prix directeur de l énergie?) Obligations calculées au prorata du chiffre d affaires (en t-2, sur la base des déclarations faites par les obligés; ne pas gêner les entrants). Pourquoi ne pas calculer ces obligations (kwh) au prorata des quantités d énergie? (impact des prix relatifs des diverses énergies surtout dans une situation où les prix sont en général régulés par l Etat pour le résidentiel ) Le nombre des obligés est faible par rapport à celui des éligibles (hors fioul le nombre des obligés est réduit; dans le cas du fioul tous les fournisseurs sont obligés; portée de cette «discrimination»?) Asymétrie de traitement entre les obligés et les éligibles. Pour les obligés, toute action ayant pour objectif d économiser l énergie est additionnelle (donc éligible) si elle satisfait à la condition de taille (seuil). Pour les éligibles non obligés, le critère est plus sévère pour éviter l effet d aubaine (cf décision de la DRIRE) QUESTIONS (II) 5. Risque de traitement discriminatoire au niveau de l attribution des CB selon la DRIRE? 6. Les obligations d économies concernent le secteur résidentiel et tertiaire ; l éligibilité s étend à d autres secteurs. N y a-t-il pas un risque de «subventions croisées»? Toutes les économies d énergie sont-elles «fongibles»? 7. Les pénalités sont-elles déductibles de l assiette de l impôt (TVA, IS)? est-ce un coût ou une amende? 8. Les «coûts de transaction» ne risquent-ils pas d être élevés? (coûts d information, coûts de gestion des dossiers, coûts de contrôle). Dispose-t-on d une analyse coût-avantage à ce niveau? 9. Interdiction est faite aux sites soumis à «permis d émission de CO 2» de bénéficier de C.B. On veut éviter le «double dividende». 4

QUESTIONS (III) Installation industrielle (production de chaleur) Incite ses clients à faire des économies La consommation d énergie baisse donc les émissions polluantes aussi Revente des permis inutilisés sur le marché du CO 2 L installation obtient des C.B. Revente de CB (au-delà de l obligation) Gain (mais tenir compte des moins values au niveau des ventes d énergie) Problème : Quid pour une installation non encore soumise aux permis de CO 2 et qui obtient des CB (validité 5 ans) lorsque cette installation devient soumise aux permis de CO 2? Cumul? Non cumul? STRATEGIES OPPORTUNISTES (I) L Etat est-il toujours «bienveillant»? Peut-il être incité à favoriser le versement de pénalités (recettes fiscales)? Affectation des pénalités? Fonds pour favoriser les économies d énergie? Le «marché des C.B.» ne risque-t-il pas d être étroit? Faible liquidité donc forte volatilité (certes, il y a un prix plafond, c est la pénalité). De plus, à terme, possibilité de produits financiers dérivés Quid si les «obligés» ne se portent pas acquéreurs de C.B.? (obligés cherchent à se prémunir contre la volatilité des cours des C.B. en passant des accords de partenariat avec des ESCO). Chute du prix des CB? Que devient l incitation à faire des économies pour certains non-obligés? 5

STRATEGIES OPPORTUNISTES (II) 4. Certains opérateurs sont à la fois obligés et éligibles. Ils peuvent être incités, selon les circonstances, à faire monter le prix des C.B. ou à le faire baisser (caractère oligopolistique au niveau des obligés). Faut-il dès lors prévoir un prix d achat minimum pour les C.B.? 5. Stratégies de rétention des C.B. pour les vendre au meilleur moment sur le marché? Stratégie des éligibles qui anticipent que les obligés n ont pas tous atteint leur objectif (problème du «banking» et du «borrowing») 6. Stratégies «d augmentation du coût des rivaux» (raising rival s cost). Acheter plus de C.B. que cela est nécessaire pour gêner les concurrents (les obliger à payer la pénalité et/ou à acheter à prix élevé les C.B. nécessaires) 7. Stratégies d arbitrage entre les 3 marchés (dans le futur) de certificats «noirs», «blancs» et «verts» : marché des C.B., marché des permis de CO 2, marché des certificats verts. Quelles seront les stratégies d acteurs? Que devra faire le régulateur? 6