Magazine No 53 mars/avril 2010

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1 Magazine N o 53 mars/avril 2010

2 Édito NEW FLAGSHIP STORE 108 RUE VIEILLE DU TEMPLE PARIS A mesure que nos yeux se tournent vers les blogs et autres sites, qui deviennent des médias familiers, le statut du papier est aussi en train de bouger. Les livres sur les livres fleurissent et l édition «papier» voit sa valeur et sa préciosité augmenter, à mesure que nous prenons conscience de son accessibilité limitée. Et il n est pas exclu que le devenir des magazines de style lorgne vers l objet : variation de papiers, de formats, de cahiers procurant une autre forme d expérience, de sensation et d intimité. Pourvu que les magazines n en oublient pas le contenu, avec son cortège de formes, seul capable de le servir. Pourquoi échapperaient-ils à une mort souvent annoncée? Parce que les formes légères que sont les magazines sont parmi les rares à pouvoir appréhender les soubresauts des sociétés et des signes. Et quelque chose me dit qu on en aura besoin dans les temps à venir. 3

3 Sommaire 8 Brèves 10 5 magazines Candy Vestoj Dorade Corduroy Bidoun 20 Interview Les codes des marques de luxe sontils en train de délaisser l ostentation et le spectacle pour un dispositif plus simple? C est ce que les premiers pas de Guillaume Henry à la DA de Carven semblent indiquer. Par Cédric Saint André Perrin 24 Target Portfolio d Erwan Frotin 34 Biographie Hearst est aujourd hui le nom d un groupe de presse, c est aussi le nom le nom d un château en Californie ou l inspirateur de Welles dans Citizen Kane. Portrait de l original. Par Marlène Van de Casteele 38 Off record Comment fabrique-t-on l image d une publicité pour une marque de luxe? Ou quelles sont les étapes de la conception à la publication dans les magazines de style le tout à visage couvert. Par Angelo Cirimele 42 Missoni Portfolio de Juergen Teller 50 Commissariat Quelle est la situation de l art africain dans les expositions et les biennales? Panorama avec le commissaire Simon Njami. Par Emmanuelle Lequeux. 54 Inspiration Elles structurent une forme, disparaissent sous le vêtement ou s affichent comme une décoration : les épaulettes sont de retour et on est allés voir d où elles viennent. Par Florence Tétier. 56 Design Le luxe se décline en accessoires accessibles ou en univers choisis. Du meuble à l hôtel 4 étoiles, passage en revue des tentatives heureuses ou pathétiques d expansion des marque. Par Pierre Doze. 68 Rencontre On n en parle pas du commerce des corps, ou avec un cortège de honte et de culpabilité. Aymeric lève le voile sur son addiction. Par Mathias Ohrel 70 Images Pourquoi demander à des designers d objets de créer de la mode? Etude du cas Lacoste, avec logo, série limitée et campagne de publicité. Par Céline Mallet. 72 Points de vue Un architecte, un enseignant et un critique tournent autour des répliques de Case Study House de Wilfrid Almendra. Par Rachel Nullans 74 Projection C était alléchant cette idée du «toujours plus», mais appliqué à la productivité, ça allait dans le mur. Récit d hypothèse. Par Sylvain Ohrel 76 Rétrovision Comment vulgariser l art? C est la question qui habite L art vivant qui, à cette fin, a ouvert ses pages à d autres disciplines. Par Pierre Ponant. 79 Agenda 82 Adresses 4 5

4 You are what you read Directeur éditorial : Angelo Cirimele Dir ecteur artistiques de ce numéro : Thomas Lenthal Photographes : Erwan Frotin, Juergen Teller Contributeurs : Pierre Doze, Emmanuelle Lequeux, Céline Mallet, Rachel Nullans, Mathias Ohrel, Sylvain Ohrel, Pierre Ponant, Florence Tétier, Marlène Van de Casteele, Cédric Saint André Perrin Traduction : Kate van den Boogert Design original : Yorgo Tloupas T. +33 (0) Magazine et les auteurs, tous droits de reproduction réservés. Magazine n est pas responsable des textes, photos et illustrations publiées, qui engagent la seule responsabilité de leurs auteurs. Abonnement/Subscription : Magazine est gratuit, mais vous pouvez aussi le recevoir chez vous ou au bureau. Abonnement France : 1 an / 5 numéros / 40 euros. Abonnement hors France : 1 an / 5 numéros / 50 euros. Envoyez votre règlement en chèque à l ordre d ACP à l adresse suivante : ACP Magazine 32, boulevard de Strasbourg Paris Couverture : Juergen Teller Remerciements : Monsieur X Secrétaire de rédaction : Anaïs Chourin Éditeur : Angelo Cirimele Imprimeur : SIO Fontenay-sous-Bois [email protected] Issn n Correspondance : ACP 32, bd de Strasbourg Paris 6 7

5 Brèves La prochaine Semaine de la pub se tiendra du 29 mars au 2 avril au Laboratoire (1 er ) et aura pour thème «La créativité peut-elle réinventer le monde?». On vous tiendra au courant. The next Semaine de la Pub (Advertising Week) will take place from 29 March to 2 April at the Laboratoire (1st) and has for theme Can creativity reinvent the world?. We ll let you know. Une nouvelle joint-venture modeluxe : Vivienne Westwood va créer une gamme de jeans, chemises et t-shirts mixtes pour Lee. Prévue pour l automne-hiver , elle sera présente dans les boutiques Westwood et en réseau sélectif. A new fashion/ luxury collaboration: Vivienne Westwood is to design a unisex range of jeans, shirts and t-shirts for Lee, for winter 2010/2011. The collection will be sold in Westwood shops, and via a select network. Quoi de neuf dans les kiosques? Le trimestriel Doolittle vient grossir le nombre des parutions de mode enfantine ; Unfair est un nouveau magazine de mode du Moyen-Orient assez sage et basé à Abu Dhabi ; le magazine de design ID a fermé ses portes, comme Jeune et Jolie mais le Herald Tribune a publié un supplément magazine ; on y gagne What s new on the newstands? The quarterly Doolittle has just fattened the offer in children s fashion mags; Unfair is a new fashion magazine from the Middle East, quite demure and based in Abu Dhabi; the design magazine ID has closed, as has Jeune et Jolie, but the Herald Tribune publish a magazine supplement; so we re still ahead. La nouvelle formule des Inrockuptibles, attendue en avril, aura une charte graphique signée Etienne Robial, alors que Laurent Barbarand (ex-biba) en assurera la direction artistique. The Inrockuptibles new design, out for April, is by Etienne Robial, while Laurent Barbarand (ex-biba) takes care of the art direction. Pour la première fois, Hermès s apprête à lancer ce printemps une nouvelle marque : Shang Xia, qui sera destinée au marché chinois, bien qu aussi présente en France. Elle proposera des gammes de prêt-à-porter, de mobilier et d arts de la table plus accessibles. For the first time, Hermès is preparing to launch a new brand: Shang Xia, developed for the Chinese market, though it will also be available in France. It will propose ready-to-wear ranges, furniture and tablewear at more affordable prices. Le commissaire indépendant Alexis Vaillant devient le nouveau responsable des projets du CAPC de Bordeaux, organisant sa programmation. Il succède à Yann Chateigné, parti à l école des Beaux-Arts de Genève. The independent curatoralexis Vaillant is the new project director at the CAPC in Bordeaux, looking after the museum s program. He takes over from Yann Chateigné, who s moved on to the Art School in Geneva. Thierry Mugler va lancer un site Internet dédié aux femmes, le 8 mars accessoirement, journée de la femme. Thierry Mugler is to launch a website dedicated to women on the 8 March, which just happens to be International Women s Day. Après Colophon au Luxembourg, un nouveau festival de magazines indépendants se prépare à Arnhem (Pays- Bas). OK festival aura lieu du 16 au 18 avril, plus d infos sur okfestival.ning. com. After Colophon in Luxembourg, a new festival of independent magazines is being developed in Arnhem (Netherlands). OK Festival will take place from 16 to 18 April, more info on okfestival.ning.com. Plus fort que le cinéma : le dernier album d Alain Chamfort, consacré à la vie d Yves Saint Laurent, pourrait donner lieu à une comédie musicale en Better than cinema: Alain Chamfort s latest album, dedicated to the life of Yves Saint Laurent, could be developed into a musical in Après Esquire US, c est Dazed & Confused qui se prépare son site Internet à l «augmented reality» [une animation qui se déclenche sur son ordinateur quand on présente son magazine devant l écran]. A voir bientôt sur dazeddigital.com. After Esquire US, Dazed & Confused is developing their website with augmented reality (animated features which are activated on your computer when you place the magazine in front of the screen). Soon on dazeddigital. com. Le groupe Etam vient d inventer le deux-en-un «égérie-designer» : après Natalia Vodianova qui a conçu une ligne pour la marque Etam, c est au tour d un autre top model, Eva Herzigova, de signer une collection pour une autre marque du groupe : 1, 2, 3. The Etam group have just invented the two-in-one muse as designer: after Natalia Vodianova, who developed a collection for the brand Etam, it s another top model Eva Herzigova s turn to sign a range for 1, 2, 3, another brand belonging to the group. Le magazine français Double a une nouvelle directrice artistique : Carina Frey (ex-self Service). Carina Frey (ex-self Service) is the new artistic director of the French magazine Double. Le collectif Andrea Crews déménage à Beaubourg, du 19 au 28 février, avec son atelier de couture, dans le cadre du festival Hors Pistes. The Andrea Crews collective moves in to the Pompidou Centre, from 19 to 28 Feb, with its sewing workshop, as part of the festival Hors Pistes. Les guides Lonely planet éditent aussi des magazines et l édition française arrive en kiosque dès mars, dans une périodicité mensuelle. Lonely Planet guides also publish magazines and the French edition, a monthly, lands on newstands this March. Etienne Hervy vient de quitter la rédaction en chef d Etapes pour se consacrer au festival de l affiche et du graphisme de Chaumont, dont il sera le nouveau délégué général. Etienne Hervy has just left the editorship of Etapes to devote himself to the International Poster and Graphic Arts Festival of Chaumont, for which he will be the new general director. Pas le temps de faire un plan média? La marque Salvatore Ferragamo a trouvé la solution : sa prochaine campagne sera présente dans les 42 éditions du magazine Elle. Dès lors que les magazines sont devenus des marques No time for a media plan? The brand Salvatore Ferragamo has found the answer: its next campaign will appear in the 42 editions of Elle magazine. Now that magazines have become brands Après 10 ans de bons et loyaux services, Olivier Bocquet quitte le marketing de Levi Strauss pour se lancer dans l aventure Feiyue, nouvelle marque chinoise de chaussures de sport. After ten years of good and loyal service, Olivier Bocquet leaves marketing for Levi Strauss to throw himself into a new adventure with Feiyue, a Chinese brand of sports shoes. Le magazine américain W a lancé «W : The Art Project», un concours ouvert à la jeune photographie, pour lequel il invite ses lecteurs internautes à voter pour l un des 20 finalistes sur wdesires.com. Le vainqueur sera, entre autres, publié dans le mensuel. Signe qu être un magazine installé et influent n interdit pas de s intéresser à la jeune création The American magazine W has launched W: The Art Project, a competition open to young photographers, and for which it asks its online readers to vote for one of the 20 finalists on wdesires.com. The winner will be, among other things, published in the monthly magazine. The sign that an influential and established magazine can still be interested in new talent. Le nouveau DA de Diesel vient de la presse : le français Bruno Collin, fondateur de Wad, prend les rênes artistiques de la marque italienne, figurant ainsi le déplacement des enjeux stratégiques du style à la communication. Diesel s new AD comes from the press: the Frenchman Bruno Collin, founder of Wad magazine, takes the artistic reins of the Italian brand, and in this way demonstrates strategy s shift from style to communication. Le concept-store américain Anthropologie, qui vient d inaugurer 800 m2 à Londres sur Regent street, avec espace d exposition, projetterait d ouvrir le même type d espace à Paris. The American concept store Anthropologie, which has just opened 800 m2 in London, on Regent Street, with an exhibition space, is planning to open the same type of space in Paris. Si la notoriété des photographes de mode n a pas atteint le grand public, elle est suffisante pour créer le buzz dans le petit monde du luxe ; Inez et Vinoodh passent donc devant l objectif pour la nouvelle campagne Lanvin, lui en blouson et elle nue, peinte en rose. If fashion photographers fame hasn t reached the masses, it s enough to create a buzz in the little universe of luxury; Inez and Vinoodh step in front of the camera for the new Lanvin campaign, he dressed in a jacket and her, naked and painted pink. Le nom de magazine «The Face», racheté par Bauer media, pourrait refaire surface online, pour les 30 ans du magazine disparu, c est-à-dire en L occasion de vérifier si les magazines, même mythiques, peuvent changer de peau. The magazine name The Face bought by Bauer Media, could surface 8 9

6 online, for the 30 th birthday of the defunct magazine, which is to say, in A chance to verify if magazines, even the mythic ones, can change their skins. C est Nan Goldin qui a shooté la nouvelle campagne Bottega Veneta. La marque italienne se prépare par ailleurs à sortir son premier parfum. Nan Goldin shot the new Bottega Veneta campaign. And, incidently, the Italian brand is preparing to launch its first perfume. Hôtel se dira aussi «Armani» à Dubaï, puisque la marque italienne installera son premier hôtel dans la Tour Khalifa la triple Tour Eiffel. Mais ce n est pas tout : on attend aussi des villas et des station balnéaires! Giorgio, encore un effort et les fashion addicts pourront habiter Armani city In Dubai, hotel can also be pronounced Armani, since the Italian brand will open its first hotel in the Khalifa Tower the triple Eiffel Tower. But that s not all: we re also waiting on villas and seaside resorts! Giorgio, just a little extra effort and fashion addicts could live in Armani City Intégrant la vitesse toujours plus grande de péremption des campagnes, la marque Zadig & Voltaire a choisi de changer d égéries (couples dans le vie réelle) à chaque saison ; toujours sous l objectif d Olivier Zahm, éditeur et photographe. Integrating the increasingly speedy useby-date of advertising campaigns, the brand Zadig & Voltaire has chosen to change muse (couples in real life) for each season, but still behind the lens of the publisher and photographer Olivier Zahm. La prochaine campagne Nike sera shootée par Rankin et paraitra en avril. Rankin will shoot the next Nike campaign, out in April. Le futur concurrent de Grazia (et donc de Elle) débarquerait dans les kiosques en mars : Be (Lagardère) sera dirigé par Anne Bianchi, ex-responsable beauté à Citizen K. Grazia s new competitor (and so Elle s too) hits newstands in March : Be (Lagardère) will be edited by Anne Bianchi, ex beauty editor for Citizen K. Le XIIIe arrondissement semble tourner la page de l épisode galeries d art contemporain : Jousse entreprise et Art : Concept investissent le Marais. La première rue Saint-Claude et la seconde rue des Arquebusiers. Premières expositions en mars. The 13th arrondissement seems to be turning the page from its chapter contemporary art galleries : Jousse Entreprise and Art : Concept are both moving into the Marais. The first to the Rue St-Claude, and the second to Rue des Arquebusiers, with their inaugural shows in March. Le magazine Yummy prépare son 4e numéro et glisse de la junk food au macaron. Il a aussi subi une cure d amaigrissement (64 pages) et sera distribué exclusivement chez Colette en avril. Yummy magazine is working on its 4th issue and switches from junk food to macaroons. It s also undergone a diet (64 pages) and will be distributed uniquely at Colette in April. Après Topshop, la Kate Moss créatrice passe au luxe, plus précisément à la maroquinerie avec une collection capsule pour Longchamp, dont elle est aussi égérie. After Topshop, Kate Moss the fashion designer moves on to the luxury market, and more precisely to bags, with a capsule collection for Longchamp, whose campaigns Moss has already been starring in for some time

7 Candy Candy Espagne, semestriel, 196 p., n 1, 240 x 340 mm, 27 euros. Editor & creative director: Luis Venegas Graphic design: Setanta Publisher: Luis Venegas byluisvenegas.com En matière de magazines de style, on a l impression d avoir tout vu, de connaître les ingrédients et les noms. Puis, le petit miracle se produit régulièrement : on tombe sur le magazine évident, auquel personne n avait pensé jusque-là. Candy est de ceux là, avec pour ligne et contenu «mode et travestissement» ; un couple souvent réuni sous de diverses formes, mais envisagé ici au sens littéral. Le très féminin Candy n est donc habité que de garçons, ou presque, le long de ses 200 pages glacées. Tous les champs sont convoqués : cinéma, mode, photo, musique les plus grands photographes aussi : Bruce Weber, Tim Walker, Terry Richardson, Benjamin A. Huseby, entre autres. Car c est une spécialité de l éditeur/directeur de création/rédacteur en chef Luis Venegas, qui commet aussi Fanzine 137 et Electric youth, deux publications indépendantes et prisées, dans lesquelles on croise de jeunes ados peu vêtus et des signatures reconnues. Candy est donc une manière de revisiter le thème du féminin et ses codes, à travers le stylisme et la photo ; témoin, une série présentant la haute couture de Christian Lacroix portée par un ado. Le magazine se présente donc comme le royaume de l artificiel mais la mode et le style seraient-ils autre chose? sauf à travers deux séries, l une documentaire de Marcelo Krasilcic sur des travestis brésiliens, l autre en forme de reportage sur «Casa Susanna», cf. extrait, accueillant des dîners de travestis dans les années 50. Si l ensemble des images traverse les âges, des années 50 à aujourd hui, le layout est, lui, très 80 le nouveau vintage. Enfin, Candy innove par son contenu mais aussi par son modèle : un tirage de exemplaires (revendiqués en couverture), vendus 27 euros l unité. On ne cherche donc pas à singer les blockbusters ou à faire semblant de concerner toute la planète mode ; juste les curieux, les professionnels et les passionnés. Une sensation étrange toutefois : bien que le sujet semble inépuisable, on peine à imaginer un numéro 2 ou 3, qui ne soit pas une fade répétition du premier. Extrait Home is where the fun is! The location was monikered Casa Susanna and the time the mid-1950s to the mid-60s. A veiled resort flanked by trees, secluded within small town New Jersey, USA, it drew visitors far and (nation)wide, the parking lot filled with licence plates from disparate states, even stretching as far as Canada. It was a kind of finishing-school for cross dressers to learn about hair and makeup, how to cross their legs the right way, how to use their voice whilst trying to have fun, of course! Some time ago collectors Michel Hurst an Robert Swope discovered a large body of snapshots. At first they dismissed them as staged but the more they looked, the more a story, and a cult, unfolded. These pictures showed a group of men in drag without any of the camp fripperies of stage performance and, sans larger-than-life intonation, the community radiated as a bold, beautiful and direct celebration of what it meant to be female at the time. They would hangout and knit, play scrabble, drink and discuss, a heartwarming integrity present to every image the duo found. The images were published as a monograph in 2005 by Hurst with Swope who himself remains counter culturally iconic for a part in Lydia Lunch s musical outfit Beirut Slump-Whittled down hundreds of unique pictures, the hardback shed light on an otherwise secret world, one where the only documentation came from the inside, with no external, third-party photos having been found. The tome Casa Susanna, which they were convinced would pass by relatively unnoticed as a gay, niche publication, instead crossed over to universal, 12 13

8 Vestoj Vestoj France, semestriel, 212 p., n 1, 155 x 200 mm, 15 euros. Editor in chief: Anja Aronowsky Cronberg Editor: Agnes Af Geijerstam Acting art director: Johanna Jonsson Deputy art director: Hanne Lindberg-Bergen. Publisher: Anja Aronowsky Cronberg vestoj.com Si, en tant qu éditeur, on regarde un kiosque en face, voire même le display d une librairie internationale, on n a pas forcément envie d ajouter une note au tumulte qui s en échappe. Sauf à se demander ce qui fait défaut, aux magazines de mode par exemple. Et on aura vite trouvé : non pas des images, mais des idées, des analyses et des histoires. C est peut-être ce cheminement qui a donné lieu à Vestoj, vêtement en esperanto. On pourrait ne pas tarir d éloges : élégant, intelligent et référencé et ce serait justifié. Mais allons au fait : Vestoj est une revue et non un magazine qui présente des textes théoriques sur la mode et plus précisément sur le vêtement et la mémoire dans ce premier numéro. Un éditorial board impressionnant, sorte de comité scientifique réunissant des professeurs des écoles les plus prestigieuses pour ce qui est de la mode, donne le ton universitaire de la revue, que les signes du premier texte sur «photographie de mode et mélancolie» confirment. Le format quasi de poche (155 x 200) le range d ailleurs plutôt du côté du livre que du magazine, reléguant les images de Vestoj au rang de documents, loin du spectacle qu elles peuvent présenter dans un magazine classique. La revue traite du vintage, du glamour, du postmodernisme, sous des formes pas toujours universitaires : conversations, récits ou entretiens. Initié par Anja Cronberg, ex-editor du respecté Acne Paper, Vestoj a une équipe très féminine, souvent originaire de Suède, mais ses contributeurs sont aux quatre coins du monde et son QG est parisien. Pas de publicité dans les 200 pages de la revue, mais un manifeste en dix points en 4e de couverture, dont on citera le 7e : «Everything shall be questioned nothing is holy. We must challenge the status quo. We must always ask why.» et une partie du 4e : «We will see the trivial in the substantial and the substantial in the trivial, and ensure that all is given equal importance.» Bienvenue au club! Extrait New Vintage A foray into nostalgia and the romanticising of the past As anyone who has recently visited the high street will know, we re today exposed to an abundance of what we might call new vintage clothing. These are the clothes that we buy brand new, but that aspire to the vintage appeal of things that get better with age. Today both high fashion and high street fashion draw continuous inspiration from styles from past decades, sometimes emulating the era currently in vogue so well it s difficult to tell the 2009 version apart from its historical inspiration. Artfully stained 1930 s type tea dresses, perilously high platform shoes as taken from the Seventies, plastic earrings reminiscent of something Madonna might have worn in one of her 1980 s pop videos, they can all be found on contemporary fashion shelves and magazine pages, similarly frayed and distressed have become endlessly repeated fashion buzz words. Not to mention the brand-new-but-alreadyworn-out jeans that most of us own at least one pair of. What, then, is the allure of buying something brand new that has the look of something that s already been through a rough life? Or, why are we so keen on wearing shoes that tell tales of times past? One theory might be that we re attracted to the small signs of age that accumulate on the surface of these clothes, as a sort of sign of authenticity and a marker of status. Grant Mc- Cracken, the Canadian cultural anthropologist, calls this the object s patina. These small chips, dents and slight discolorations then exist in order to prove to us that the garment in question is legitimate, in other words that 14 15

9 Dorade Dorade France, semestriel, 148 p., n 1, 235 x 300 mm, 17 euros. Directeurs de création : Philippe Jarrigeon, Sylvain Menétrey. Design : Emmanuel Crivelli Editeur : Dorade dorademagazine.com On peut avoir été baptisé d un nom de poisson et être un caprice. Dorade, «revue galante, photographie et formes critiques» procède d un habile équilibre, alternant portfolios et textes, dont l absurde ne reste jamais étranger très longtemps. Dorade est une affaire de couples : déférence et impertinence, référence et pieds dans le plat, grâce et prout. Il y a aussi la question du masculin et du féminin, dont les frontières ne cessent de se déplacer, pour se poser là où on ne les attendait pas. Côté textes, le magazine n est pas avare : une quinzaine de propositions, en français, variant les formes, récit ou essai, balayant les champs du cinéma, des années 60, de l art ou de la cosmétique. Ce premier numéro consacré aux débuts envisage les questions de la première pierre, du premier soir, du primitif dans l art suisse ; on y croisera Fichli & Weiss, Natacha Lesueur, Henri Chapier et même Yoann Gourcuff. Côté graphisme, on notera une gestion inhabituelle du blanc, une raréfaction des marges et une composition des pages de texte plus proche d un tableau de Mondrian que d une façade d immeuble moderne. Sans indication, on penserait presque davantage aux Pays-Bas qu à la Suisse, dont Philippe Jarrigeon et Sylvain Menétrey nous arrivent. L affaire de Dorade n est pas simple : un intérêt pour la mode teinté d irrévérence, des références artistiques très présentes et des choses à dire qui virent à l absurde ; en tout cas, un cocktail inhabituel dans nos contrées. Extrait Ne jetez pas la première pierre Comme on l a appris à l école, la pierre est le premier outil de l homme, celui qui lui a permis de chasser, de manger, de s abriter et certainement bien d autres choses encore. Avec le temps, la pierre est devenue un matériau indifférent. Il ne signifie rien en architecture où l on parle depuis Le Corbusier de béton, de verre et d acier. Et il ne viendrait à l idée de personne de chasser ou de découper de la viande avec une pierre tranchante alors qu on peut acheter de très bons couteaux et fusils à l armurerie du coin. Tout au plus conseille-t-on dans les magazines d investissement de placer sa fortune «dans la pierre», une façon de parler d immobilier selon l idée rassurante du roc solide et inerte, alors qu il s agit bel et bien d un marché et donc d un risque potentiel. Mais bien qu imprécise, pas rare et anachronique («On n est plus à l âge de pierre que je sache!», me disait ma mère quand je me chamaillais avec des camarades d école), la persistance d on ne sait quelle coutume cromagnone, doublée d un instinct grégaire pousse les notables locaux à se retrouver autour d une pierre et d un verre pour la célébrer comme s il s agissait d un matériau ou d une substance aussi vitale que le pétrole dont nous allons bientôt manquer. Dans une ambiance de kermesse, les cérémonies de pose de première pierre sont de véritables épisodes de comédies humaines. Tout se passe en deux temps, généralement entre un chapiteau dressé pour l occasion où l on prononce les discours et le champ boueux où la pierre est déposée. Rituels de politique locale qui rythment le calendrier d une région, ces cérémonies sont fréquentes. Aux moindres bâtiments religieux, travaux publics et complexes industriels d importance, on dresse le chapiteau dans la gadoue. Son origine remonte au Moyen Âge, c était alors un rituel purement religieux. On avait l habitude de tracer une croix sur la première pierre. L évêque faisait le tour du périmètre du chantier en dispersant de l eau bénite pour marquer le territoire divin. [ ] Sylvain Menétrey, p

10 Corduroy Corduroy Etats-Unis, trimestriel, 96 p., n 6, 230 x 300 mm, 9 euros. Managing editor: Tim Chan Creative director: Peter Ash Lee Design director: Sula Park Publisher: Corduroy Media Group corduroymag.com C est comme un film indépendant new-yorkais : des visages peu connus, mais charmants et/ou intéressants, des acteurs principaux et des seconds rôles, quelques scènes contemplatives et un ton détaché. Ce que réussit Corduroy, c est de conduire un magazine hors des chemins balisés de la promo classique. Pourtant, le magazine se base sur la rencontre et ses 96 pages ne sont qu une succession de visages et d entretiens. Mis à part Starck qui joue Starck, les portraits sont frais dans leurs mots comme dans leurs images. Acteurs, musiciens, designers, photographes Corduroy esquisse une nouvelle scène, essentiellement new-yorkaise, sans longs textes emphatiques, mais sous forme de présentations courtoises, comme lors d une soirée sans prétention. L unité du magazine tient aussi à un style de portraits poétique et hors du temps. Quant au titre, si sa sonorité est très «Ancien Régime» ici, il signifie «velours côtelé» pour les Anglo-saxons ; rien de sacré donc. Extrait Henrik Vibskov As much as you want to believe Henrik Vibskov when he says he s not so much into fashion, you can t help but want to call his bluff. After all, this is a designer whose inventive designs are matched only their elaborate runway shows, among the most anticipated every season in Paris. Like a kid with A.D.D., Vibskov s line of men s and women s clothing goes from muted to mad-cap in the span of a single collection, with bold colors and graphics mashed with jagged silhouettes to create something avant-garde and inventive, yet eminently wearable. But this is a guy who grew up far removed from fashion, in a town called Jutland in the Danish countryside. He grew up fascinated by drumming and big beats, which soon led to legendary back alley break-dancing battles with neighborhood kids. That he is now showing annual collections in Paris speaks to his talent, and perhaps, a little bit of serendipidity too. In fact, Vibskov probably have never entered the world of fashion, if it weren t for a girl. I got into fashion by total coincidence, Vibskov recalls. There was this girl I fancied who went to Central Saint Martins (College of Art and Design). I really wanted to get in so I prepared a portfolio overnight, flew to London and the next thing you know, was accepted. Vibskov returned to Copenhagen after graduation and started his eponymous menswear label shortly thereafter. A womenswear collection soon followed, designed in collaboration with fellow Saint Martins graduate, Maja Brix. The clothing immediately struck a chord with critics and buyers alike, buoyed by a sense of whimsy that permeates throughout his collections, which run the gamut from tailored shirts and cropped pants to more outrageous customing. I am interested in the co-existence of mechanical things and comfortable human elements, Vibskov explains, citing a recent collection entitled The Humain Laundry Machine, which featured stylized models walking through an installation of huge, spinning laundry wheels. [ ] Tim Chan, p

11 Bidoun Bidoun Etats-Unis, trimestriel, 184 p., n 19, 235 x 280 mm, 7,95 euros. Editor in chief: Lisa Farjam Senior editors: Negar Azimi, Michael C. Vasquez Creative director: Babar Radboy Publisher: Bidoun Inc. bidoun.com Pour qui s intéresse à la mode et à l art, le regard sur le Moyen-Orient a évolué ces dernières années. De Dubaï qui voue un culte au shopping à Abu Dhabi qui s ouvre à l art avec un Louvre et une foire, les signes se multiplient pour signifier un mouvement de fond. Pourtant, les formes légères que sont les magazines, capables normalement d appréhender les soubresauts des sociétés et des signes ne jouent pas leur rôle, souvent barrés par la censure et les tabous de sociétés encore largement non démocratiques. Reste la diaspora. Bidoun est édité à New York et est une fenêtre ouverte sur la création moyen-orientale, où qu elle soit. Les chroniques d exposition font voyager de Londres à New York, en passant par Beyrouth. Des images et de nombreux textes, souvent des rencontres avec des artistes, auteurs, musiciens donnent le ton d un magazine qui baigne dans l histoire, récente et actuelle, d une région dont la stabilité n est que de surface, mais dont les mutations sociales et esthétiques sont inéluctables, à mesure que les échanges d idées et de formes se développent. Au fait, Bidoun veut dire «sans» en arabe et en farsi, pour signifier le caractère apatride de ses contributeurs et de sa scène artistique. Extrait One star is enough to make the cosmos Alighiero e Boetti and the one hotel In the spring of 1971, Alighiero Boetti arrived in Afghanistan. The Italian artist was seeking a distant thing, he said. Certainly he has plenty to get away from. Boetti s career had begun in the early 60s, in Turin, and his spryly conceptual artworks had been identified with the arte povera movement. But he had drifted away from arte povera s guerilla war, and was surely dismayed by the onset of the Italian years of lead bombings, kidnappings, and shootings, perpetrated by neofascists and leftists alike. Afghanistan was a world away, a pacific, unspoiled place of great natural beauty. I considered traveling from a purely personal, hedonistic point of view, Boetti once said. I was fascinated by the desert the bareness, the civilization of the desert. That civilization, it should be noted, had really great dope. Kabul was then a way station for India-bound hippies, seekers, and other Western expatriates who would hang out on Chicken Street in Shahr-i-Naw, downtown. Boetti first stayed at a fleapit hostel, where he embarked on a new work, 720 Letters from Afghanistan. Naturally, he required a lot of stamps. A waiter in the hostel displayed considerable enterprise in obtaining them, and one day Boetti asked his new friend about his dreams for the future. I would love to have my own hotel, said the young man, whose name was Gholam Dastaghir. And If I did, I would run it in such a way that you would fall in love. Boetti already had. His first trip lasted only a few months, but before the year was out he would return with his wife and small son. Back in Kabul that autumn, Boetti sought out the waiter and pressed a wad of bills into his disbelieving palm. Together they opened a hotel, which they named, after considerable discussion, the One. For all Dastaghir s entrepreneurship, the One Hotel was inarguably Boetti s place. The Italian returned twice annually to his new Afghan retreat, often with his family in tow. It was a small place, but comfortable his wife and collaborator Annemarie Sauzeau insists that Boetti, who died in 1994, was no masochist a pleasant bungalow with a garden and a clientele of hippies and Indian and Pakistani carpet traders. [ ] Tom Francis, p

12 Biographie William Randolph Hearst 1863 : Naissance à San Francisco, d un père sénateur, industriel, minier, multimillionnaire et d une mère institutrice : Élevé dans un monde où il peut avoir tout ce qu il veut quand il le veut, il fait à dix ans le tour de l Europe avec sa mère «A journey of epic proportions» et se jure d en collectionner plus tard les richesses : Etudiant en journalisme à l université de Harvard, membre du Harvard Lampoon périodique sarcastique fondé par des étudiants, pour lequel il fut l apprenti de Joseph Pulitzer il se fait expulser pour mauvaise conduite, après avoir envoyé aux membres de l institution des pots de chambre à leur effigie. Tandis que son père le presse de reprendre ses gisements d or et de pétrole, il lui rétorque qu il préfère s amuser avec son quotidien de presse, le San Francisco Examiner, gagné au poker contre une dette de jeu. Très vite, l enfant gâté se prend au jeu et rebaptise son nouveau jouet : Monarch of the Dailies (le Souverain des quotidiens) dans l optique d en faire un journal populaire. Après avoir acheté le meilleur équipement possible et recruté la meilleure équipe de journalistes disponible qu il débauche au prix fort, il calque son journal sur le modèle du style Pulitzer, son mentor. Au programme : gros titres sensationnels, arnaques, crimes et corruptions : Fraîchement débarqué à New York, il réhabilite un journal en difficulté, le New York Morning Journal et lance, l année suivante, l Evening journal. Fondant sa réputation sur la renommée de ses journalistes Stephen Crane, Julian Hawthorne, Mark Twain, Jack London et de ses illustrateurs, il fait enfin de l ombre à son rival du New York World, Pulitzer, et réussit même à lui chiper son pion fétiche, Richard Felton Outcault, l inventeur des bandes dessinées en couleurs et du personnage le plus populaire «The Yellow Kid» la série lèguera d ailleurs son nom à un type de journalisme sensationnaliste, le «yellow journalism». En attendant, la ville se livre une lutte journalistique sans merci, par yellow kid interposé. Pour contre-attaquer, Hearst lance les «funnies», suppléments du dimanche illustrés tout en couleurs, et popularise les comic strip. Le prix du New York Morning Journal est réduit à un cent et explose le score de Pulitzer, dont les ventes surpassaient déjà le million de copies par jour : La révolution cubaine de 1895 appâte les deux requins du sensationnalisme. Quand, le 15 février 1898, une explosion coule le «USS Maine» le cuirassé de l US navy envoyé à La Havane pour y protéger les intérêts américains et tue des centaines de marins, les journalistes se gardent bien de spéculer sur la cause du désastre. Sauf Hearst, qui décide de traiter l attaque en première page. Deux jours plus tard, le New York Morning Journal appelle à la guerre contre les Espagnols, avec des titres racolleurs : «War? Sure!» Accusé de promouvoir la guerre Hispano-américaine pour booster les ventes de son journal «Please remain. You furnish the pictures and I ll furnish the war!» dit-il à son illustrateur Frederic Remington qui revenait de la Havane Hearst se range du côté de «Cuba Libre» et part assister ses reporters sur les champs de bataille. Un jour, l un d eux, James Creelman, est blessé au combat : «I m sorry you re hurt. But wasn t it a splendid fight? We beat every paper in the world!» s exclame Hearst. Tandis que Pulitzer publie des images de soldats espagnols enfermant des Cubains dans des camps de concentration, Hearst exploite la carte du patriotisme, tournant les récits de ses reporters en histoires hyperboliques, se jouant des peurs de son lectorat. «Les employés du journal de Hearst étaient prêts à des mensonges délibérés et honteux, inventés de toutes pièces, pour amener des nations à l hostilité et pour les conduire à une guerre meurtrière.»1 La fin de la guerre sonne pourtant le glas du journalisme jaune. Hearst décide alors de recentrer ses gains sur la lutte contre la corruption au sein du gouvernement américain : De presque vingt ans son aîné, William Randolph Hearst épouse Millicent Willson, une «bicycle girl» du Herald Square Theatre qu il fréquente depuis qu elle a 16 ans, et qui lui donnera cinq fils. Elu membre de la Chambre des représentants des Etats-Unis, il échoue par deux fois au poste de maire de New York (1905 et 1909) et de gouverneur de New York (1906). Discrédité, suite à la publication d une poésie satirique d Ambrose Bierce qui prédisait, quelques mois plus tôt, dans le Chicago American, l assassinat du Président William McKinley (1901), ses ambitions politiques resteront à jamais frustrées. «Sa plus grande erreur a été celle des grands ploutocrates de l Amérique de ces annéeslà, qui croyaient que l argent confère automatiquement à un homme un certain rang [ ] C étaient des ploutocrates qui croyaient pouvoir être Président des Etats-Unis, s ils en avaient envie.» 1918 : Belliciste devenu pacifiste, il s oppose à l intervention des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale et à la formation de la Société des Nations. Adversaire de l Empire britannique, il sera bientôt taxé de «pro-germaniste» et d «anti-socialiste», se montrant implacable envers les radicaux et les minorités notamment les Mexicains qu il dépeignait comme paresseux, dégénérés, fumeurs de marijuana et voleurs de travail et tous ceux qui touchent de loin ou de près à ses intérêts politiques ou financiers. «Hearst said he was serving the nation, but what he was really doing was serving himself.» : L enfant roi, devenu baron des médias, a fondé un empire. Au summum de sa gloire, il détient dans tout le pays 28 journaux et 18 magazines Chicago Examiner, Boston American, Washington Times, Mirror, Cosmopolitan, Harper s Bazaar après avoir diversifié ses intérêts dans l édition, la production de films et les ondes radiophoniques. Pour conforter sa mégalomanie, et pour les beaux yeux de sa nouvelle maîtresse, l actrice et danseuse de cabaret Marion Davies, il se fait construire un château, sorte de petite ville de 90 km2 sur la «colline enchantée» de San Simeon, en Californie. Abritant sa collection d uvres d art, cette demeure prétentieuse de style antique, gothique et hispano mauresque, devient la mecque des mondanités hollywoodiennes et, bientôt, le manoir hanté des secrets Depuis ce jour, où la mort mystérieuse du réalisateur Thomas Ince, venu fêter son anniversaire à bord du yacht de son ami Hearst, fait courir le bruit selon lequel il aurait attrapé une balle perdue destinée à Charlie Chaplin, surpris en flagrant délit de flirt avec Marion Davies, la rumeur accuse Hearst. «All you have to do to make Hearst turn white as a ghost is mention Ince s name.» 1932 : Durement touché par la grande dépression, Hearst Corporation doit faire face à une restructuration financière et à une grève collective de ses lecteurs, due à ses vues politiques changeantes. Leader influent de l aile libérale du parti démocratique, fervent défenseur de Franklin D. Roosevelt, la rupture est consommée au printemps 1935 lorsque le New Deal lui coupe les vivres. «I sometimes think that Hearst has done more to harm Democracy and civilization in America than any three other contemporaries put together.» écrit Roosevelt, accusé en revers de nourrir le communisme. Menant désormais sa propre «chasse aux sorcières», Hearst s attire les foudres de l aile gauche américaine en soutenant le nazisme, publiant quelques missives écrites par Hitler, entretenant la maîtresse de Mussolini, Margherita Sarfatti, en séjour aux Etats-Unis : Quand Orson Welles dresse dans Citizen Kane le portrait d un magnat de presse multi-millionnaire perclus dans son château, la réaction ne se fait pas attendre, Hearst y voit une attaque personnelle, une atteinte à sa vie privée. Il tente de brûler le négatif et ordonne alors à tous les quotidiens, dont il est propriétaire, de boycotter le film. Maintenant sa pression sur les exploitants de salle en les menaçant de sanctions en cas de diffusion du film, Orson Welles, épaulé par son studio, résiste pourtant à la pression. Le succès commercial ne sera pas au rendez-vous, mais les critiques dithyrambiques. Il recevra l année suivante l oscar du meilleur scénario. «You can crush a man with journalism, and you can t with motion pictures.» prétendait Hearst, ici contredit par Orson Welles : Comme Charles Foster Kane, Citizen Hearst se réfugie dans son château pour y mourir, seul «I got to like him a grave simple child... playing with the most expensive toys.» Winston Churchill. Marlène Van de Casteel 1. Orson Welles, entretien accordé en 1964 à Juan Cobos, Miguel Rubio et Jose Antonio Pruneda. 2. Time, «Books : For better or Hearst», John F. Stacks, 7 août DavidWark Griffith 22 23

13 Portfolio Target, Erwan Frotin

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19 Off record Fabrication d images du luxe [ ] le vrai but de la styliste va être de faire des campagnes de publicité, beaucoup plus rémunératrices que son job au journal, même s il est très en vue. Et donc on construit un support, qui L industrie du luxe repose sur la rareté mais aussi sur des codes très élaborés. Nous allons aller plus avant dans l atelier (le shooting d une campagne, le magazine de style, mais aussi le site Internet) pour découvrir la fabrication de ces artifices et les règles souvent faussées de cette industrie ; à visage couvert, bien entendu. On a vu reparaître cet été des images des années 60, JFK pour Omega et Alain Delon pour un parfum de Dior. L époque peine-t-elle à fabriquer du mythe? C est le moins que l on puisse dire Je crois que c est dû aux tabloïds [la presse people, ndlr], dont l audience est toujours plus grande et qui fabriquent des «stars» à la chaîne, des stars de consommation rapides. Lily Allen, qu on peut voir dans une pub Chanel, c est une chanteuse de variété pour adolescents Marion Cotillard [pub Dior, ndlr], elle n a vraiment fait qu un film, ce n est pas Brigitte Bardot! [ ] De manière générale, on se dirige vers un système dans lequel il n y aura plus de mannequins stars et on ira chercher des égéries du côté du cinéma ou de la chanson. Le processus a commencé et je crois qu on y est pour un bon moment. Qu est-ce qui vous fait penser ça? Ces dernières années, beaucoup d agences de mannequins ont ouvert des départements «talents», qui s occupent de l image de comédiens pour la publicité. Et les contrats en jeu sont beaucoup plus rémunérateurs que ceux des mannequins classiques, puisqu on monnaye une notoriété déjà établie. On devrait donc s inquiéter pour l avenir des mannequins Ce n est pas qu on ne veut pas de stars mannequins on ne demande que ça : en savoir plus sur Natalia Vodianova, ce qui se passe avec son mec richissime, mais aujourd hui, il n y a pas la place et les filles n ont ni le charisme ni le caractère d une Kate Moss, par exemple. [ ] Ensuite, dans les exemples de visuels datés dont vous parlez, il y a deux choses : des stars d époque, mais aussi un type d image après lequel on court. Dans la mode, on se dirige vers des images très chaudes ; d un point de vue plastique, ça tend vers le vieux pola un peu jauni. Je crois qu on est en train de tourner la page du côté froid à la Terry Richardson et les femmes se rêvent davantage dans un univers chaud et glamour des années 70 que glacé des années 90 et Par exemple, la «jeune» photographe de mode qui est en train d exploser, Camilla Akrans, fait des images numériques qu elle réchauffe artificiellement. On a vu récemment quelques jeunes marques de mode adopter les mêmes «recettes» et la même imagerie que les grandes maisons pour leurs publicités, Sandro étant le dernier en date avec Inez Van Lamsweerde et Vinoodh Matadin. Ça vous inspire quoi? D abord, en termes de production et de marché, ça flirte avec la limite. Par exemple, une grande maison qui propose une collection dont les mailles vont se vendre à 900 euros, sur un même produit, Sandro et Et vous arriveront à le vendre 5 fois moins cher. Ça signifie que le luxe est luxe par un réseau de distribution ; si une maison comme Dior commençait à avoir boutiques sur Paris, et à produire fois plus de vêtements, ce ne sera plus du luxe. Ensuite, ce qui est intéressant, c est que ces marques ne vont pas débaucher les stylistes mais les assistants des grandes maisons, pour en presser le jus avant de les remplacer. Parce que l assistant suit tout le processus de création, de la recherche de matériaux aux possibilités d assemblage en production ; c est lui qui a le plus de recul et qui est le moins bien traité donc le plus à même de partir. Et du point de vue de l image publicitaire? Je ne suis pas certain que les photographes aient envie qu on crie sur tous les tous qu ils réalisent ce type de campagne mais, d un point de vue financier, si ceux dont vous parlez touchent 10 euros pour Dior, ils en toucheront pour un Zara par exemple. Idem si une marque comme Sandro veut défiler et recherche des tops, elle devra les payer 10 fois plus qu une grande maison, parce que sur le plan de l image, ça ne leur apportera rien. [ ] Ce qui est plus surprenant pour moi, c est la réaction de ces grandes maisons par rapport à ces chaînes de magasins qui les copient : elles en sont fières. Au final, elles sont très heureuses de voir des vitrines avec 3 looks de leur dernière collection ; elles sont parfois agacées parce qu au niveau des matériaux ou de la fabrication, ces «petites» marques vont plus loin, ou ont eu plus de chance. En fait, ça permet de se dire qu on est respecté ; si on n est pas copié, c est un peu la lose Dans les publicités pour le luxe, on pense souvent que les photographes sont les auteurs de l image, alors qu en réalité, ils exécutent souvent un brief ou partent d une image d inspiration, sans y ajouter grand-chose. Il faut absolument la signature d un photographe connu pour une campagne? Aujourd hui, on va choisir un grand photographe pour signifier qu on a pu se l offrir. Ensuite, comme il peut y avoir une rivalité entre l ego du photographe et celui du créateur, et dès lors que la commande part de la maison, on cadre au maximum l ego du photographe, pour qu il n y ait pas de malentendu. Un peu comme dans une agence de pub, le principe est que le créateur ait son image presque déjà faite, en tous cas déjà construite, et ce n est qu à ce moment qu il la présente au photographe, pour ne pas ensuite être étonné du résultat. Il faut garder en mémoire que réaliser une campagne de publicité coûte énormément d argent et on ne peut pas prendre le risque que le créateur dise après le shooting que ça ne lui plaît pas. Ce qui est frappant, c est qu on parle de créateur, de photographe, mais plus de directeur artistique Je me souviens de campagnes Mugler, dont le créateur faisait les images et il y avait effectivement une proximité entre le vêtement, la femme et l image qui semblait évidente. Aujourd hui, je pense que ce mode de fonctionnement, sans DA, est davantage dû à l ego du créateur qu à autre chose. Les DA image dans les maisons ne jouent plus leur rôle pas plus que dans les magazines d ailleurs. Les DA ont pourtant un recul et une connaissance de l image dont il semble difficile de se passer Les créateurs ne sont pas, en général, des gens qui comprennent l image, donc ce raisonnement ne leur est pas naturel ; ils pensent qu ils n ont pas besoin d un «fabricant» d image pour mettre en avant ce qu ils ont fait. Ils vont plus volontiers penser que leur vêtement va communiquer par luimême et qu ils n ont pas besoin des idées d un DA pour le mettre en scène. Ce qui donne au final du travail de mauvaise qualité, qui échange peu avec le spectateur. Quand on sait que le succès d un vêtement ou d un accessoire n est que rarement provoqué par la presse de style mais par une presse moins professionnelle et plus grand public, quel est alors le rôle de la presse de style pour une marque de mode? Si on lançait aujourd hui une marque de mode, la stratégie serait basée sur des parutions presse. Mais on pourrait très bien imaginer de choisir les titres dans lesquels être présent et par exemple se refuser à un Elle ou un Madame Figaro, pourtant très puissants, pour leur préférer des titres plus underground. Ça participerait à construire une image élitiste et pointue, qu on pourrait ensuite démocratiser enfin, un peu. Maîtriser les magazines dans lesquels on apparaît en tant que marque est très important, c est de cette manière qu on construit une marque dans le temps. Devenir annonceur est une autre étape et on le fait pour avoir des parutions [des crédits dans les séries mode, ndlr]. Parallèlement à la presse classique, on voit de plus en plus de marques de luxe fabriquer et diffuser leur propre magazine. Manifesto pour Yves Saint Laurent, 31 rue Cambon pour Chanel, le Monde d Hermès Que relevez-vous d intéressant dans ces publications? Etonnamment, je les trouve plus créatives que la presse classique. Si je pense à Manifesto, je suis même étonné de sa diffusion si large, auprès de gens qui n entreront jamais dans une boutique. Je ne saisis pas la stratégie de communication à moins qu elle ait voir avec l ego du créateur dont on parlait tout à l heure, qui livrerait son «manifeste». Quel avenir voyez-vous aux magazines de mode? J ai un peu peur pour le support papier, auquel je suis pourtant très attaché. Même s il y a encore beaucoup de choses à faire, je crois qu Internet va peser de plus en plus lourd en termes d investissements média, et cela au détriment du papier. On voit déjà beaucoup de maisons faire ce choix. Ça semble pourtant plus difficile d évoquer un univers de marque sur la bannière s un site C est vrai, mais si le directeur financier dit qu il est préférable d annoncer sur le site du New York Times, parce que des études marketing américaines assurent que ça allait rapporter tel volume en ventes directes, la marque va être obligée d y aller au détriment du plan média papier. Les marques peinent à investir intelligemment et créativement les médias électroniques. Pas de site Internet ou de blog intéressant, si? Tout d abord, un élément de contexte : que ce soit le mass market ou le luxe, tous sont obligés d y aller. Mais c est dans le mass market qu on voit les meilleures choses, je pense à Uniqlo par exemple, qui a une inventivité réjouissante. Internet peut sembler antinomique de l idée de luxe : une accessibilité permanente, ouverte à tous Mais dans le même esprit des magazines de marques dont on parlait, on pourrait imaginer des blogs de 36 37

20 Un bon magazine de mode devrait être composé de noms qu on n a jamais vus, dont on ne connaît pas déjà le style par cœur [ ] marques, qui contrôleraient les images publiées et ne les ouvriraient pas forcément toutes aux commentaires. Encore faut-il avoir des histoires à raconter à une fréquence élevée, car on consulte un blog au moins tous les deux ou trois jours. [ ] Plus largement à propos du medium, je pense qu une révolution se prépare au niveau du marché, car les marques se rendent compte que la visibilité des blogs commence à être plus importante que celle des sites commerciaux comme style. com. Pour leur dernier défilé, Dolce & Gabbana ont installé les trois blogueuses mode les plus hype à côté d Anna Wintour, au premier rang, pour qu elles transmettent instantanément les silhouettes sur leur blogs avec des commentaires. Même si la marque n est pas la plus sophistiquée, ça a fait pas mal réfléchir le milieu. Ce qui semble attirer les marques vers Internet, c est peut-être davantage le e-commerce que le contenu éditorial C est effectivement un enjeu économique très important et le restera dans les années à venir. PPR a d ailleurs rationnalisé une interface e-commerce pour toutes ses marques. Ça semble un investissement important, mais comparé à une ouverture de boutique, c est minime et ça rapporte beaucoup plus. Tant que ça? On ne s en rend pas forcément compte depuis Paris ou Londres, mais si on imagine que sur l immense territoire que sont les Etats-Unis, il y a entre 5 et 15 boutiques d une marque où les consommateurs peuvent de rendre et acheter. Mais il y a des millions d Américains qui consultent la presse de mode, qui voient les campagnes et qui, à travers le e-commerce, peuvent consommer. Ensuite, c est une question de culture de consommation : pour les utilisateurs du e-commerce, ça ne pose aucun problème de commander une paire de chaussures à la taille qu on pense être la bonne, et de la renvoyer si elle ne convient pas. Ça nous semble une usine à gaz parce qu on a les boutiques à portée de main, mais en province ou au fin fond des Etats-Unis, on voit les choses différemment. On entend de plus en plus de professionnels annoncer sans complexe qu ils ne voient les défilés que sur Internet. Cela signifie que l information est sur la Toile, quand les défilés et leur premier rang ne seraient que du spectacle pour les médias? De toute façon, cet événement est uniquement fait pour la presse et a perdu sa fonction commerciale. Il suffit de regarder comment sont composés les premiers rangs : des rédactrices en chef et des stars, alors que les acheteurs sont relégués derrière. Maintenant, il faut aussi dire que ça ennuie tout le monde d aller aux défilés, mais la presse y va car il faut se montrer et qu il s agit d annonceurs. Côté marque, voir Anna Wintour et Carine Roitfeld à son défilé, ça donne une stature qui n est pas négligeable, et ça représente un échange de bons procédés. On peut penser que c est beaucoup d argent dépensé pour quelques photos dans la presse, mais dans les showrooms attenants, il y a toujours un comptoir avec les parutions presse du lendemain du défilé, qui permet de dire aux acheteurs : rassurez-vous, la presse est avec nous, vous pouvez acheter. Vous assistez aux défilés? Non Si vous deviez énoncer les qualités pour diriger un magazine de mode aujourd hui, quelles seraient-elles? Je pense que le problème des magazines de mode aujourd hui, c est qu ils sont dirigés par des rédactrices en chef, qui sont en réalité des stylistes ; on a donc pas mal perdu pour ce qui est du fond. Les stylistes ne sont censées choisir que des vêtements, mais elles ont maintenant des responsabilités qui vont bien au-delà de leurs compétences de base, notamment parce qu elles qui sont en contact avec les marques, donc les annonceurs, et tiennent de fait le magazine entre leurs mains, vu sa dépendance économique aux marques. [ ] Ce n est plus la rédactrice en chef intello, la Joan Juliet Buck [rédactrice en chef de Vogue Paris de 1994 à 2001, ndlr], qui était très respectée du monde culturel. Au contraire, ce sera la femme qui est main dans la main avec tous les annonceurs. Au delà de ça, et c est ce qui a tué le métier de directeur de création, c est que ce sont elles qui vont décider des séries du magazine. Jusqu à quel point? Par exemple, elles vont dire : je vais faire une série avec Mario Testino, inspirée de la Dolce Vita à Rome, et le DA comme le directeur de création n ont plus rien à dire ; c est devenu une affaire de pouvoir et de contrôle, pas d artistique ou de contenu. Parce que le vrai but de la styliste, quelque soit son titre dans le magazine, ça va être de faire des campagnes de publicité, beaucoup plus rémunératrices que son job au journal, même s il est très en vue. Et donc on construit un support, qui est censé rester neutre, sur des bases mafieuses. Des marques sont surreprésentées sans qu on leur trouve d intérêt particulier je pense à Cavalli, par exemple. Maintenant, on ne saura jamais qui a fait la DA ou le stylisme de leurs campagnes, puisque les journalistes n ont normalement pas le droit d en faire Mais on peut légitimement s interroger Vous ne répondez qu en creux à ma question : quelles sont les qualités pour diriger un magazine de mode aujourd hui? C est l inverse de ce que l on vient de décrire : ne pas avoir de lien avec la mafia, c est-à-dire en l espèce : les agences de photographes, de stylistes et de mannequins. Mais je décris là un monde idéal et utopique Quand on sait que l agence de mannequin IMG a racheté Art + Commerce [agent de photographes et de styliste] Il ne manque plus qu un groupe de luxe rachète ces deux-là et signe une jointventure avec un puissant magazine de mode. Ce genre de rapprochement risque de tuer la création, parce que, à travailler avec les mêmes photographes, les mêmes stylistes, on tourne en rond. Un bon magazine de mode devrait être composé de noms qu on n a jamais vus, dont on ne connaît pas déjà le style par cœur. Le travail d Inez et Vinnodh est plus surprenant dans les campagnes que dans les éditos [séries mode des magazines, ndlr], alors que le principe du magazine devrait être d explorer des pistes, de voir ce qui marche ou non, et seulement là, de faire un pont vers les campagnes. Dans un récent numéro de Magazine, nous parlions de l importance prise par les stylistes dans les magazines de mode et de leur aigreur parfois, en expliquant «qu elles avaient tout donné à un monde égoïste». Je pense qu elles s ennuient Si elles s épanouissent dans le pouvoir, alors leur situation est viable, mais le job en soi ne peut être une finalité, car il s avère vite frustrant. C est bien de lancer des filles et de petites tendances, mais ça ne fait pas d elles des créatrices pour autant, tout au plus des passeuses. Le job lui-même, sélectionner des vêtements, est très limité, surtout aujourd hui, quand on reçoit sa liste de marques à faire shooter pour chaque numéro [les crédits correspondants aux pages de publicités achetées par les marques, ndlr], donc une fois son pouvoir établi, on peux s ennuyer. Et je partage cet avis sur leur possible aigreur, d autant que je pense que ce sont des filles qui refusent le désir de l homme, elles sont dans une compétition entre femmes, mais le papier glacé les éloigne de la vraie vie ; ça nous emmènerait loin, la psychologie des stylistes est un vaste sujet Propos recueillis par Angelo Cirimele 38 39

21 Design Le vêtement et le meuble Armani n est pas le premier à être tenté par l ubiquité, brûlant de voir sa marque imprimée sur mille supports qui lui sont étrangers, y fut-elle délavée, ou semblable à un branding devenu scarification La mode aime s étendre au-delà du vêtement, parfois jusqu à l objet. Passage en revue de quelquesincursions de marques de mode du côté du design. Armani m a expédié ses vœux au début du mois de janvier. Giorgio et moi, nous ne sommes pas vraiment intimes. Il se trouve certainement que je fais partie de cette liste innombrable, tous ceux, assez anonymes, à qui est destinée la propagande maison. Lancés par la fenêtre, ces souhaits sont peut-être sincères, si tant est que la complaisance commerciale puisse jamais être associée à l adjectif. Mais c est une autre note qui est d abord touchante : la grande ombre du pathétique plane sur l annonce. Cette distincte mélopée de la shadenfreude qui accompagne le tambour vainqueur comme le sifflement du maniaque, encore hors-champ. Cette année, la plus haute tour du monde orne le message : la Burj Dubaï, trois fois la Tour Eiffel, quelque chose comme ça. Armani y ouvre son premier hôtel. Alors nous avons droit à un dessin de la plus belle érection du désert. L âge de cristal, l oasis fossile, une illustration pour petite fille qui aime encore les châteaux de princesses. C est surtout, nettement, le spectre du Palais des Soviets de Boris Iofan, à Moscou, au milieu des années 30 qui semble incarné. Celui, jamais édifié, qui a fini remplacé par une piscine vingt ans plus tard. Une ineptie vaniteuse donc, la célébration d un Etat qui s est rêvé promoteur immobilier et qui n a pas été loin de fermer boutique pour déconfiture à la fin de l année dernière. En sursis. La poussière serait retournée à la poussière sans les quelques manipulations financières permettant de maintenir à flots ce mirage-là, et la cité lacustre à l infantile silhouette de palmier, d autres fantaisies de la même eau. Revenons à notre faillite initiale : dans cette tour des miracles, Giorgio Armani ouvre le premier maillon d un Armani Hotels & Resorts, sa nouvelle famille d activités. Déjà un petit nombre d années qu il fabriquait du mobilier, sortant ainsi son nom des seuls textile, accessoires et parfums. Il expose régulièrement ses propositions dans le cadre des foires importantes, là où le design pose la tente de son grand cirque. Indépendamment de l inspiration fanatique totalitaire des architectes de la Burj Dubaï, le meuble Armani semble atteint d un net blocage années 30. Registre colonial et paquebot Normandie, de l art déco sauce indochinoise, du wenge transatlantique, du spirituel de salon. Pas d opium du tout mais du minimal asséché par un rêve grand bourgeois estampillé Troisième République. Armani n est pas le premier à être tenté par l ubiquité, brûlant de voir sa marque imprimée sur mille supports qui lui sont étrangers, y fut-elle délavée, ou semblable à un branding devenu scarification vraiment sauvage, punition imprimée sur la bête par un vacher délinquant. Ann Demeulemeester, Dries van Noten, Rei Kawakubo, Hedi Slimane : à un moment ou à un autre, ils ont tous été tentés par l histoire. Ce doit être une sorte d appel irrésistible, sûrement. Il doit se trouver, là, le souvenir enfoui d une hypothétique unité des arts, la nostalgie d une gesamtkunstwerk idéale. L émergence formidable de cette œuvre d art totale qui aurait la douceur et la force d une soupe amniotique. Réunir les membres éparpillés, rassembler les cellules en vadrouille : oui, s affranchir enfin de cloisonnements qui sont autant de mutilations. Jouir sans entraves. La démarche semble relever du bon sens de façon si élémentaire. Mais ça vire anthroposophe. Un généreux atelier d activités d éveil avec de la boue partout. Le bon sens n a rien à voir avec l expression sensible. Il ne favorise jamais ces émulsions instables. Ce ne sont, la plupart du temps, que des sauces qui tournent, qui laissent voir distinctement leurs ingrédients comme le gaspillage navrant des matières et des intentions. Le catalogue qui accompagne l exposition du VIA au Centre Pompidou (1) vient opportunément rappeler quelques autres instants de cette histoire malheureuse. La mode et le design, comme un conte défait : Jean-Paul Gaultier ou Castelbajac s y retrouvent. Ici il n y a plus guère de différences, c est toujours exécrable. High-tech cocotte et kitsch frelaté, graphisme indigent, imaginaire brusquement atterrant : ça voudrait être drôle, frais et léger, comme la galipette émérite d un premier de la classe. Ça ne parvient jamais qu au ridicule, peut-être seulement vénal, très narratif, atrocement décoratif, théâtral bouffon ou vignette de fidélité pour une bouillie deuxième âge. Il se passe quelque chose de mystérieux lorsque s accomplit le glissement entre les disciplines. La même chose arrive à certains artistes. Lorsque David Shrigley a la mauvaise idée de donner trois dimensions à certains de ses dessins - salière et poivrière céramiques, esthétiquement cadrées gestaltung primal, portant l inscription «cocaïne» et «héroïne»? Lorsqu une statue de bronze à l image de Corto Maltese est installée à Angoulème, ça ne marche pas plus. Cette matière qui se fige soudain, son poids, la perception douloureuse du travail qui est derrière, au sens vraiment technique, laborieux, pénible. Diesel se distinguerait d entre les autres pour tenter l aventure des matériaux en dur accompagnée de grandes entreprises : Moroso pour le mobilier, Foscarini pour le luminaire. Les collections ont été lancées cette année. Les résultats sont comparables dans la faiblesse insigne, malgré l astuce dont on sait capable la famille Rosso. La réification semble tout de suite appeler la statistique chiffrée, une fantaisie ne diffusant pas plus d émotions que les objectifs du plan marketing qui l a engendrée. Une chair devenue triste, précisément, parce qu à la différence de la mode, la dimension sexuelle ne trouve jamais dans le design une traduction similaire, jamais aussi immédiate. Et il y a peu de chances que l hégémonique marque italienne parvienne à se tirer d une identique tentative de passage à l objet et au mobilier avec cette Maison Martin Margiela qu elle possède désormais. Où il y a tout lieu de craindre le pire, la grimace. Les réussites sont très rares, entendu. Les récents travaux de José Lévy pour la manufacture de Sèvres par exemple (2). Le parti-pris arts décoratifs est net, le registre national bien connu, du style, du raffinement vicieux, du jeu savant, de la virtuosité bien tempérée. Parfait. Une sorte de tradition au sens le plus bouillonnant et concentré (tandis que ses propositions pour la galerie Emmanuel Perrotin, sous l inscription «design» cette fois, n étaient pas du tout convaincantes). Ce sont les arts décoratifs qu il faut ranimer, et ne plus confondre sans cesse ce projet relevant de la «projettation» du design. Il n y a pas là nécessairement de hiérarchie heurtée, mais une satisfaisante clarification. Un plaisir sans mélange au bout. Le travail des Bless autour de l objet serait, pour attendrir encore l indignation chronique (une résolution de nouvelle année), la seule démarche cohérente et fidèlement enthousiasmante. Sans doute la dimension objectale de leur approche textile, qui donne souvent une place importante aux trois dimensions. La teneur sensible, un sens qui ne bannit pas le caractère intellectuel sans qu il s agisse d une leçon pesante, simplement parce que l imbécillité en est toujours écartée y est pour quelque chose. L esprit sans la blague. La perception d un marquage sexuel qui n appelle pas la bouche à demi-ouverte, les cheveux dans le vent ou la sueur des reproductions stériles. Donc, précisément parce qu il ne s agit pas vraiment de mode. Quelque chose d autre, rappelant plutôt cette impression joyeusement mystérieuse sur le sac plastique d une boutique japonaise «Tout à 100 Yen» : «Promenades dans Paris. On nous demande toujours de quelle race est ce chat-là. Eh bien nous disons : on ne sait pas on ne sait pas, nous-mêmes, ce que c est comme race.» Un esprit, pas une traduction. Trois fois rien. Pierre Doze (1) VIAdesign , 30 ans de création de mobilier. Exposition au Centre Pompidou jusqu au 1er février. Catalogue éponyme aux éditions du Centre Pompidou, Paris (2) José Lévy. «Mousse de Sèvres». Exposition début septembre 2009, projet initial de 18 pièces devenues 34, néanmoins uniques

22 Portfolio La famille Missoni, Juergen Teller 42

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29 Interview Guillaume Henry Le marché du luxe est saturé parce que beaucoup de choses se ressemblent. Pourquoi chercher à être une marque de plus? Etre en plus ce n est pas apporter quelque chose de plus, c est ajouter un wagon au train [ ] Après avoir fait ses classes aux Beaux Arts, à l Ecole Supérieure d Arts Appliqués Duperré et à l IFM, puis travaillé dans l ombre chez Givenchy et Paule Ka, Guillaume Henry assure la direction artistique de Carven. A lui la charge de relancer la griffe fondée en 1945 par Carmen de Tommaso, maison passée de main en main et aujourd hui remise sur pied par son ancien licencié en mode masculine. Oubliés les défilés de Haute Couture, Guillaume Henry signe pour le printemps été 2010 une première collection de prêt-à-porter pleine de fraîcheur. Juste réponse à l ère nouvelle. Carven cela ne représente plus grand chose, tout au plus, pour les férus d histoire du costume, un vent de fraîcheur après guerre. Rien pourtant qui évoque un quelconque patrimoine stylistique Cela peut être un avantage. On assiste parfois à des hors sujet en mode, des collections à côte de la plaque ne correspondant pas à l idée que le public se fait d une griffe. Je ne risquais pas l écueil du hors sujet puisqu il n y avait plus vraiment de sujet De quels codes vous êtes-vous joué pour réveiller la belle endormie? Carven, ce n est pas une mode référencée en terme de silhouette ou de structures de vêtements, mais la notion de fraîcheur demeure. Certains ont un foulard hérité de leur grand mère, d autres connaissent les parfums. Il reste des traces, des souvenirs Quelle a donc été votre méthode? Le souci, c est que les gens avaient de la griffe une image vieillotte, j ai donc opté pour une inspiration un peu gamine. Des robes très courtes mais aux décolletés très fermés, aux manches comme rétrécies, comme si la fille avait grandi trop vite. L idée n étant pas d habiller des gamines, mais de ramener quelque chose de super frais. Je ne vais pas demander à une dame, qui a de l argent de se vêtir comme une lycéenne, ce n est pas possible! Elle pourra par contre piocher ce qu elle veut dans la collection. Mon rapport à la mode est assez ouvert. Les gens qui achètent nos vêtements sont libres de les porter comme bon leur semble. C est comme lorsque l on va chez le coiffeur ; je déteste quant on vous met du gel à la fin. En sortant, je passe toujours la main dans mes cheveux. Je vais chez le coiffeur pour me faire couper les cheveux, pas pour me faire coiffer. Me coiffer, il n y a que moi qui sache le faire. En mode, c est un peu pareil, on propose, après les gens s habillent comme ils veulent. Cela tranche-t-il avec la notion de directeur artistique/ dictateur artistique en cours ces dernières années? Je me considère tout d abord comme un employé, j ai certes le poste de directeur artistique, mais je suis loin de prendre toutes les décisions concernant cette maison. En tant que styliste, on propose une vision. Et en l occurrence pour Carven, je n en connais pas encore tous les contours. On ne saura que dans deux ou trois saisons ce nous sommes vraiment. Pour l instant, j avance la tête dans le guidon, je ne sais pas très bien vers où je vais Le chemin sera parsemé de rencontres, et la plus importante sera celle que nous ferons avec les clientes qui s identifieront à la marque. J étais tout à l heure au téléphone avec la vendeuse des Galeries Lafayette. Je veux savoir ce qui fonctionne, ce qui marche moins bien ; si certaines choses ne passent pas, il faut réfléchir à une autre façon de les proposer. On s adresse à des femmes, il faut être à leur écoute. En mode, les clients ont toujours le dernier mot. Moi je suis là pour rebondir. Et je veux que cela marche. Un charme vintage flotte sur vos créations. Je viens de la campagne, de Langres, un petit village en Haute Marne et je défends mes valeurs provinciales! Ado, je trouvais les filles de mon lycée super cool, mais il n y avait qu une boutique de mode à Langres. On y allait donc de la débrouille, en récupérant des trucs de nos grands frères, et on arrivait très bien à exprimer nos personnalités! Je ne crois d ailleurs pas que les vêtements hyper griffés soient le meilleur moyen de se concocter un style bien à soi. Rien ne me touche plus qu une femme portant le même trench pendant 20 ans. À la fin, ce trench sera son trench, il aura pris la forme de son coude. L esprit rétro s avère souvent un supplément d âme. Comment traduire cette patine en prêt-à-porter? La collection repose pour beaucoup sur des robes courtes, très courtes même. À un moment, craignant qu elles ne virent au sexy et pour moi Carven c est tout sauf sexy j ai décidé de les accessoiriser avec des médailles de baptême. Cela rend les looks plus timides. Votre mode juvénile participe d un changement de stéréotype de femme, un changement d époque aussi. Adieu Bombas, bonjour Lolita? On a peut-être trop vu de femmes fantasmées. Le Red Carpet n est pas le quotidien de toutes les filles. Personnellement, je suis plus séduit par une forme de banalité qu obsédé à l idée d habiller des actrices pour des premières. Davantage qu à Sharon Stone, je pense à une jolie fille de province. Quel type de femme vous inspire? Je suis sensible au cinéma, à la banalité et à l élégance. J adore donc toutes les héroïnes chabroliennes. Ça peut sembler un peu suranné, mais j idolâtre Stéphane Audran! J apprécie aussi les héroïnes de Bertrand Blier, celles d André Téchiné. Des filles droites, mais un peu cassées. Pas franchement dans le glamour donc? Le glamour, je ne sais pas si c est une histoire de tendance ou d époque, mais je n y suis pas vraiment sensible. Je préfère qu une fille ne soit pas déguisée, pas trop apprêtée, car dans les deux cas, elle perd un peu de ce qu elle est. Et puis cela demande beaucoup d efforts Je reviens sur cette notion de banalité charmante ; j adore les bourgeoises collet monté, dont le soutiengorge se voit en transparence au travers de leur blouse. Elles sont les seules à pas le remarquer. Ce genre de petit détail m attendrit. Je craque aussi en voyant les manteaux coincés dans les portes de voitures. Les MTV Music Award, c est chouette, mais non, c n est pas trop mon truc! Une particularité de votre travail réside dans son positionnement prix. Loin d êtres exorbitants, ils se situent entre 250 et 450 euros, équivalent à ceux de lignes bis comme See by Chloé ou Marc by Marc Jacobs La volonté n était pas de s aligner sur les prix des lignes bis, mais juste d être envisageable pour le porte-monnaie. Se placer dans le luxe ne nous semblait pas la bonne solution. Il faut aujourd hui des moyens colossaux en termes d implantations de boutiques et de plan média pour aujourd hui rivaliser sur ce terrain. Ce n est pas notre ambition. Et puis en tant que simple consommateur, j ai moi-même envie de rêver sur des produits que je puisse m offrir. C est comme devant la vitrine d une agence immobilière, fantasmer sur un triplex c est une chose, mais un joli deux pièces atypique c est au final beaucoup mieux. Le luxe fait-il moins rêver aujourd hui? Le marché du luxe est saturé parce que beaucoup de choses se ressemblent. Pourquoi chercher à être une marque de plus? Etre en plus ce n est pas apporter quelque chose de plus, c est ajouter un wagon au train. Disons qu on a plutôt choisi d emprunter d autres rails. J ai envie de proposer une mode inspirée, ayant de l esprit, mais qui ne soit pas figée en termes de silhouettes ou de structures de vêtements. Je trouve l idée de pièces à piocher plus démocratique que les total looks. Carven a mis la couture en suspens pour s attaquer au prêt-à-porter. Pourquoi l abandon de cette activité? L arrêt de la couture est une décision qui revient aux repreneurs. Disons qu aujourd hui cette activité ne semble viable que lorsqu elle sert de fairevaloir stylistique. Économiquement, c est jouable pour des marques globales comme Dior, Givenchy ou Gaultier déclinant moult produits. Le problème chez Carven, c est qu il n y avait plus que la couture Elle disposait certes d une clientèle, mais l activité tendait au sur mesure, sans véritablement de relais médiatique. La volonté des propriétaires étant de construire une griffe d envergure internationale, le prêt-à-porter permettait un beaucoup plus grand relais. Et puis, l arrêt de la couture s explique aussi par le positionnement de ce prêt-à-porter. On ne peut pas d un côté proposer des robes couture au prix d un appartement et de l autre des pièces à 350 euros. Le gap est trop énorme. En France, depuis une quinzaine d années, le salut, pour de jeunes stylistes passe forcément par la relance de vieilles maisons. Il n est plus question de lancer des griffes nouvelles. La vérité, c est que j ai déjà monté ma boîte. J ai eu ma ligne en , cela a duré trois saisons. Tu fantasmes sur des coloris incroyables mais, à la fin, tu fais une collection en coton noir, seul truc en stock et abordable. Et puis tu dois trouver l attaché de presse, les commerciaux, les fabricants pour te soutenir C était génial, mais j étais tellement crevé que lorsque je croisais des amis dans la rue, je ne trouvais même plus la force de me souvenir de leurs prénoms. J étais épuisé, vidé, ailleurs Bosser pour une maison ne veut pas dire que l on travaille moins c est autant de boulot! mais tu le fais au sein d une structure. Il n y a pas tout à construire. Tu prends un train d avance. C est également plus confortable médiatiquement. Pas forcément. Un jeune créateur qui se lance, si sa collection ne plaît pas, personne n en parlera, tout le monde s en fout! Un designer en place dans une maison se plante : on le démonte

30 Personnellement, je suis plus séduit par une forme de banalité qu obsédé à l idée d habiller des actrices pour des premières. Davantage qu à Sharon Stone, je pense à une jolie fille de province [ ] Une marque faisant partie du patrimoine collectif, les gens se l approprient et s autorisent donc à donner leur point de vue. Vous avez 30 ans.10 ans de moins que Nicolas Ghesquière ou Stefano Pilati, pensez-vous appartenir à une nouvelle génération. De qui vous sentez-vous proche? Je dirais que je suis d abord touché par les gens qui font ce métier avec sincérité quelque soit leur âge, leur style ou leur réalité commerciale. Mais, il est vrai qu aujourd hui, une nouvelle génération envisage la mode autrement. Je me sens proche pour ce qui est du fonctionnement ce qui ne veut pas dire que j adore forcément leur travail d un certain mouvement newyorkais, de gens comme Philippe Lim, par exemple. Ce qu ils font demeure du produit, mais c est inspiré. Ils ne sont pas dans l effet pour l effet. Ils proposent de jolies choses et j aime bien cette notion joliesse. Cette sincérité sans extrêmes. Vous êtes assez pragmatique. Je crois qu il y a eu trop de bluff ces dernières années dans la mode. J en ai vu des défilés avec les plus belles tops, vêtues de robes mal faites. Moi je préfère de jolies robes portées par des filles mignonnes présentées en show rom. J en ai marre d une mode qui ne repose que sur des effets. On n a pas cherché à casser la baraque avec notre collection, mais à présenter quelque chose d honnête. Les journalistes voient tellement de choses, elles voyagent à travers le monde pour assister à des défilés. On ne peut pas faire plus ; alors faisons simple. À un défilé, vous avez préféré une présentation intimiste en show room, pourquoi ce choix? Un défilé se doit d être le porte parole d une mode extrême qui mérite de la musique, des filles incroyables, que les gens se concentrent les silhouette, que le public attendent Je ne pense pas que notre mode, que je voudrais assez pratique, repose sur ce scénario. Des bombes sur des catwalk, c est pas très nous! Et puis, il s agissait d un redémarrage pour la griffe. Quant tu as un bébé les gens viennent le voir à la maternité, ce n est que pour le baptême que tu fais une fête. Vous êtes de la génération Web, lisezvous beaucoup la presse? Je suis un grand consommateur d images. J achète certains magazines comme une consommatrice. J ai tout le temps le nez fourré dans Elle, Madame Figaro et maintenant Grazia. Et, en parallèle, je regarde aussi des revues plus pointues, comme Self Service, Dazed and Confused ou Another Magazine, qui me font vraiment partir. À chaque fois que j y trouve une photo me plaisant, je la déchire. Je remplis comme cela des classeurs entiers par type de vêtements : jupes, pantalons, chemisiers. Cela m inspire. J évite les tenues trop signées, celles où l on reconnaît la griffe des vêtements. Les clichés de mode avec trop d effets, genre maxi retouche à la paint-box, je passe aussi Je préfère les images cinématographiques. C est davantage la démarche de la fille, sa façon d être coiffée, qui me nourrissent. Pas vraiment le détail d un col ou la coupe d une veste. Et Grazia, vous trouvez ça comment? Je ne cherche pas dans Grazia des images inspirantes mais des visuels reflétant l air du temps. En tant que styliste, je me dois de tout regarder. Proposer une mode personnelle ne veut pas dire vivre hors de son époque. Grazia, c est le contemporain, et j adore cette notion. Enfin, ça s adresse à toutes les filles et j apprécie les médias qui ne sont pas élitistes. On trouve dans Grazia des séries de mode qui ne sont pas impalpables, les lectrices peuvent acheter les robes qu elles voient, c est bien. J ai horreur quand la mode vire au ghetto pour happy-few! Vous vous intéressez davantage au vêtement qu à l image. Non aux deux! Mais pas l image au détriment du vêtement, et pas non plus vêtement au détriment de l image. J apprécie un certain équilibré. C est un peu comme l idée des vacances parfaites. Je n ai pas envie de me barber pour être simplement reposé ou dépaysé mais éreinté à force de courir les monuments. L idéal, c est d être reposé et dépaysé en même temps! J envisage les choses de même pour la mode. La médiatisation vous fait-elle peur? Au début, je ne souhaitais pas forcément que l on communique sur moi, mais davantage sur la griffe. Mais comme je mets beaucoup de moi et de ce que j aime, dans ce que je fais, cela revient un peu à parler de qui je suis. Donc par extension, et je l avais négligé, je dois parler de moi. Parler de mes références aux journalistes, défendre les collections Mais je préfèrerais qu on voit mes vêtements plutôt que ma tête dans les magazines. Vous allez faire de la publicité, comment envisagez une campagne aujourd hui? Dans une démarche modeste. On est habitué aux publicités placards, des filles en culotte sur des motos, visuels accrocheurs que l on se prend en pleine gueule. Je voulais revenir à une campagne obligeant à se concentrer. On a donc opté pour deux petites photos avec beaucoup de blanc autour. Des sortes de focus J ai pensé, aux albums photo, aux beaux ouvrages avec de petites vignettes. Être lisible ce n est pas forcément écrire en énorme, c est être précis. Propos recueillis par Cédric Saint André Perrin 58 59

31 Images Des larmes de crocodiles Et il faudrait s interroger sur ces insistantes vues du ciel dès lors que l on parle de préservation de l environnement, [ ] ces images faussement documentaires qui, sous prétexte de prendre En 2009, la mode était à sauver l avenir de la planète, et la banquise fondit inexorablement. Pendant ce temps, Lacoste lançait une ligne capsule et une campagne publicitaire catalysant remarquablement les obsessions de l époque Rappel. En février 2009, Lacoste de-vient la première marque internationale à soutenir l opération «Save your logo», une initiative proposant à des entreprises de s engager pour la sauvegarde de l animal que représente leur sigle : le groupe s intronise parrain des grands reptiles agonisant aux quatre coins de la planète. Suit une mise à profit sous la forme d une collaboration : Lacoste fait appel aux brésiliens Fernando et Humberto Campana pour réaliser une série d éditions limitées remaniant le célèbre polo au crocodile. Les pièces produites évoqueront la difficile existence des crocodiles brésiliens à l ère du réchauffement climatique lorsque ceux-ci, sur les lits asséchés des rivières, se mêlent les uns aux autres afin de préserver un peu de fraîcheur et d humidité : le logo s anime sur la surface textile, grouille et se multiplie jusqu à former une dentelle ou un treillis pour la série la plus exclusive. Novembre 2009 : BETC Luxe sort la campagne presse proposant les photographies d Eric Nehr, représenté à Paris par la galerie Anne Barrault et connu jusqu alors pour ses portraits d anonymes à la belle et saisissante étrangeté. Trois images successives pour la campagne presse : une durée, un processus, un devenir. Première et deuxième images : une vue du ciel, les pages s offrent comme une plage de sable désert et éblouie de chaleur où les grands lézards se rassemblent progressivement. Les images alliées à la présence des sauriens ont des airs de début comme de fin du monde : malaise, d autant plus que le point de vue en hauteur s apparente à celui de Yann Arthus Bertrand dans son très médiatisé film Home. Troisième page, explication et transformation : les sauriens sont devenus les emblèmes de la marque et le lit asséché une cotonnade blanche il s agit de la série de polos aux huit crocodiles éditée à exemplaires. Transformation mais aussi réification : la menace est sensible, les Campana ont altéré la puissance du logo et ce qu elle signifiait (1,5 milliard d euros de chiffre d affaires, l arrogance sportive ou l esprit fair play de la communauté bcbg) en déstructurant comme en ré-animalisant le signe. Et Lacoste émet une louable alarme en belle et bonne forme, par ailleurs sélective et donc très désirable, bientôt disponible en boutique. Cerise sur le gâteau : les douze exemplaires «dentelle» de crocodiles auront été produit en coopération avec une association située dans une favela de Rio, geste qui aura permis aux couturières défavorisées «d exister à travers ce travail artisanal» ; Lacoste prend désormais soin des bêtes, et des hommes. Pourquoi la présence du «designer» dans ce dispositif en lieu et place du «créateur de mode»? Parce que ce dernier serait davantage du côté du plaisir, de la futilité et ses inconséquences. Le designer lui reste ancré dans la tradition plus dure de l aventure moderne et de ses avant-gardes ; il est censé repenser comme maîtriser de bout en bout la logique industrielle dans une démarche prospective ou critique, et aussi de rigueur, de morale et de transparence. Les frères Campana ont, qui plus est, bâti leur renommée sur des pratiques alternatives, branchées sur les savoir-faire traditionnels d un pays et d une population en difficulté : quelque chose d une attitude subversive, éco-sensible et citoyenne. À ce regard en biais se superpose évidemment celui de «l artiste» dans la campagne presse. Lacoste préempte ainsi différents secteurs de la culture pour une stratégie transversale, à portée globale. Air connu, sauf qu ici l ambition planétaire se pare d une justification nouvelle : un cercle vertueux qui relierait bêtes, hommes, postures et pratiques autour d une nécessité mondiale qui ne peut faire que consensus. Ce tour de passe-passe est orchestré de main de maître, et après tout on n en attendait pas moins d une entreprise de prêt à porter qui, parmi les premières, apposa son logo à l extérieur du vêtement, anticipant la prééminence du signe et son discours sur la réalité tangible du produit. Les éditions limitées, soit la raréfaction dudit produit au profit d une inflation du désir et de l image, sont l un des derniers symptômes de ce phénomène. Et il faut ajouter ici que la multiplication du logo à l œuvre dans les pièces réalisées par les Campana peut être aussi perçue comme une autre forme d inflation. Alors bien sûr, quelques esprits grincheux auront déjà pu reprocher aux Campana de récupérer des pratiques pauvres au profit d une culture d élite et ses prix prohibitifs. Bien sûr l édition limitée est l un des signes actuels de cette culture d élite, et Lacoste prend des airs de bon colon prosélyte. Et il faudrait s interroger sur la pertinence de ces insistantes vues du ciel dès lors que l on parle de préservation de l environnement, présentes chez Yann Arthus Bertrand et maintenant Eric Nehr ; ces images faussement documentaires qui, sous prétexte de prendre de la hauteur, prennent justement de haut, ne font peut-être que redoubler une volonté d emprise et réifient la planète en de jolies cartes postales ou de jolis motifs sur une toile textile. On peut s inquiéter enfin, au regard de l échec de Copenhague, de ce que l utopie soit recyclée sur un mode essentiellement spectaculaire par les stratégies commerciales. Mais c était en 2009, l année où nos grands dirigeants politiques furent à deux doigts de sauver l avenir de la planète ; Lacoste à son tour partait en croisade, et ce fut une belle campagne. Céline Mallet Campagne Lacoste «Save your logo» et «Lacoste+Campanas» (2009), agence Betc Luxe, photographe : Eric Nehr

32 Rencontre Aymeric Il y a Peter, que je vois vendredi et auquel il faudra que je donne 150 euros pour l interviewer. Ce sera ma première rencontre tarifée sans «body fluid exchange», comme disent les Américaines. Il y a eu Jihane au Diamant Noirpuis à Essaouira, avant l inquiétude de savoir qu elle étaitnée en C était en Elle voulait de l affection, pas d argent. Je pense à elle tous les 19 juillet. / / Puis il y a eu Frédéric, dont la mauvaise vie a été évoquée ici avec Mr Pearl et beaucoup d admiration, bien avant que son emballement pour la cause de Roman P. ne révèle les réflexes canins de Benoit H et le peu de respect qu a Laurence Ferrari pour son métier et pour la littérature. Il y a aussi Edouard, gêné par notre discussion de Noël, qui dit qu il faut «laisser Frédo tranquille». Il y a aussi l adresse sexy d Aymeric : rue du faubourg Saint-Denis, à Paris. Impossible d en mener large dans l ascenseur très étroit qui mène à son penthouse. On se connait depuis plus de dix ans, et les derniers échanges que nous avons eus étaient numériques, mais parlaient de chair : j étais à Tokyo, et je voulais ses adresses de strip club à Roppongi. Ce dimanche soir tard et froid de janvier, nous sommes en tailleur sur des coussins ethniques dans son antre chaleureux et doux, et sans retenue Aymeric me raconte de sa voix presqu opiacée cet aspect de sa vie que d autres préfèreraient savoir clandestin : «Je travaillais chez LVMH j étais très jeune, j étais à NY, j étais content, c était la grande ville et j avais un super hôtel. Je me suis dit que je n allais pas profiter de tout ça tout seul, j ai pris le Village Voice, regardé dans les pages réservées aux orientales et téléphoné. Une Coréenne est entrée dans ma chambre. Elle était sublime : les cheveux plus bas que les fesses, une silhouette gracieuse et longiligne, un petit cul à rêver. Elle rentre, elle s installe, c était 200 dollars et je lui donne l argent. On passe notre heure ensemble, c était vraiment bien. C était évident qu il se passait quelque chose. On déborde un peu du temps imparti, mais l agence téléphone et la fille range vite ses affaires et part. Le lendemain, quelqu un toque à la porte, et c était elle. Elle me dit «je suis venue vous faire un petit cadeau», et elle m offre un porte clef hideux de chez Tiffany. Et dans la pochette, elle avait écrit son numéro de téléphone. Là je comprends qu elle avait décidé de me rembourser d une façon ou d une autre l argent qu elle m avait pris. Je l ai rappelée, on a passé la nuit ensemble, et ça n était plus payant. On a passé quatre ans ensemble.» Elle avait été vue à la télévision en Corée pendant les révoltes étudiantes, avait du fuir son pays et ne pouvait plus quitter les Etats-Unis. Elle y faisait son métier d escort à reculons et son histoire avec Aymeric l avait aidée à renaître. Jusqu au jour où elle s est mariée, a fait un enfant, est devenue danseuse de ballets et a disparu de la vie d Aymeric. En partant de chez LVMH, il a laissé toutes les images qu il avait d elle dans son bureau. Mais il n a pas cessé de croire à l échange possible avec des professionnelles, même si la plupart de ses relations payantes n ont pas su éveiller son intérêt au point qu il bande, tout simplement : «c est tout bête, mais si tu ne sens pas l excitation de l autre c est impossible. C est l excitation de l autre qui est la source principale de désir. Il m est souvent arrivé de penser le faire, puis finalement de discuter sans même essayer de coucher. Quand ce n est pas très glauque, c est de toute façon limité s il n y a pas d échange». Le strip, ça n a rien à voir. Ça peut mener au sexe, mais les ressorts sont très différents. «Il m est arrivé d avoir des sensations exceptionnelles pendant un lap dance, et dans certains pays tu peux, contre beaucoup d argent, partir avec la fille qui a dansé pour toi. Au Mexique et en Russie, ça m est arrivé, et dans les deux cas c était dément. Tout simplement parce que j avais eu un échantillon avant, et que je savais que ce serait torride, que quelque chose fonctionnait vraiment entre nous.» Mais la plupart du temps, le plaisir du strip tease n est pas sexuel. Et pour Aymeric, lié au voyage. «Il n y a pas une ville dans le monde où j ai été sans y assister. A Oulan-Bator, c est atroce : une fille vraiment très moche dans un bar pourri, tu ressors immédiatement. Au Japon, c est incroyable : dans Roppongi, surtout pour les expat ou les riches salarymen japonais, des filles d Europe de l est exclusivement, très belles et glamour, ultra pro ; mais c est l escroquerie permanente sur les consommations. A Kabuki Cho, dans le quartier chaud de Tokyo, dans des endroits en sous-sol et compliqués d accès, ce sont des strip carnavalesques, dans une ambiance très bon-enfant. Les gens applaudissent tous en cur et les filles respectent un scenario, habillées avec des gants mapa, des couettes improbables dans tous les sens, des jupes très courtes et des couches de vêtements délirants, de la musique de carnaval et des assistants qui jettent des confettis et jouent de la trompette. Pendant toute la première partie du show t as l impression d être à l école. Puis la lumière se tamise, les cotillons retombent et le show vire au spectacle le plus hard qui soit, jambes écartées. C est la même nana, et la transition est à mourir de rire. Ensuite les filles se rhabillent et viennent s asseoir sur le côté, où les gens viennent se faire prendre en photo avec elles». Le torse d Aymeric est plus couturé que celui d Andy Warhol. Il y a un an, il a subi une opération à cur ouvert, et comme par un fait exprès ses problèmes cardiaques ont été révélés à la suite d une rupture compliquée. Il est même convaincu que ses problèmes de cur trouvent un écho organique dans son corps, comme à la Renaissance les humeurs étaient des flux corporels. De fait, lui qui n était pas tombé amoureux pendant des années s est presque transformé en cur d artichaut depuis l opération, tombant coup sur coup de foudre amoureux deux fois en un an. La dernière fois, il s en est rendu compte en ne dinant pas, tout simplement : la noradrénaline et la lulibérine, les molécules du désir amoureux, avaient remplacé celles de la faim dans l hypothalamus et lui donnaient un sentiment de bien être et de satiété. Un peu d eau fraîche a suffit, et Aymeric a ressenti à nouveau cette délicieuse sensation d être comblé et béat, un peu bête, aveugle et dans un état «proche de la méditation». Un «sentiment fabuleux, rare, que l on oublie trop vite et qui est génial. Ça doit être terrible de ne jamais vivre ça». «Il y a quelque chose de profondément malade dans le désir de payer». Frederic Mitterrand raconte dans son livre magnifique qu une actrice qui le devinait lui a fait ce reproche. «Je suis bien d accord et depuis le temps que je n arrive pas à m en guérir j ai eu tout le loisir d y réfléchir ; les mensonges qu on se raconte, les vraies raisons qu on se dissimule, je suis incollable en la matière», ajoute l écrivain sincère. «Je faisais déjà trop de cadeaux en classe ( ). Le truc le plus moche qui est enraciné au cur de cette histoire c est le mépris ; celui du garçon pour le type qui le paye, celui du type qui paye à l égard du garçon, celui des gens pour ce genre de transaction qui parait déplaisante à presque tout le monde». Pourtant rien dans les histoires d Aymeric ne laisse imaginer que ses amours tarifées obéissent aux lois disséquées par Frédéric, qui rejoue «indéfiniment tous les rôles de l humiliation et de la honte». Il n est pas ce «faussaire en séduction, trafiquant de sentiments, tricheur de l amour». Aymeric ne méprise personne. Il n a pas le cur à ça. Mathias Ohrel Une Coréenne est entrée dans ma chambre. Elle était sublime : les cheveux plus bas que les fesses, une silhouette gracieuse et longiligne, un petit cul à rêver. Elle rentre, elle s installe, c était 200 dollars [ ] 62 63

33 Inspiration Epaulettes Christian Dior, 1982 (in Fashion 2001, par Lucille Khornak / Columbus Books) Norma Kamali, 1982 (in Fashion 2001, par Lucille Khornak / Columbus Books) Yves Saint Laurent, 1985 (in YSL par YSL / Herscher/Musée des Arts et de la Mode) (veste jaune) Yves Saint Laurent, 1982 (in YSL par YSL / Herscher/Musée des Arts et de la Mode) (robe imprimée) Alaïa, 1986, (in Elle, 10 mars, photos par Marc Hispard) 64 65

34 Commissariat Simon Njami D origine camerounaise, né en Suisse et basé à Paris, Simon Njami est devenu en une vingtaine d année Le commissaire expert en art africain. En parallèle, il mène aussi une carrière d écrivain (sa biographie de Senghor vient d être rééditée chez Fayard). Il s est fait remarqué en concevant quatre éditions de la biennale de photographie de Bamako dans les années 2000, et surtout en concevant en 2005 l exposition Africa Remix, qui a fait le tour du monde : la plus grande exposition d art africain jamais montée. Pourtant, loin de vouloir se restreindre à ce champ, il tente de l ouvrir vers d autres horizons : pour lui, l art africain n existe pas. Avec nous, il revient sur la descendance du concept de négritude et sur la nécessité d inventer de nouveaux modèles pour penser l art des artistes africains. Vous venez de l univers de la littérature et de la philosophie. Comment se sont faits les premiers va-et-vient avec les arts plastiques? Au début il n y avait aucun va-et-vient, seulement un va : j étais écrivain. Simplement, un jour, en 1984, je me suis retrouvé invité à faire le beau à France Inter, aux côtés de Danielle Mitterrand. J étais jeune et un peu arrogant, et quand madame Mitterrand évoquait son action humanitaire, je lui répondais qu il m importe peu de donner à manger aux gens, je préfère les aider à produire. Elle a apprécié mon point de vue, m a invité à l Elysée et m a confié le projet Ethnicolor. En quoi consistait ce projet? Il mêlait festival de musique, défilé de mode, exposition. C était l époque où Le Pen faisait 10 % aux élections, et où j étais engagé. J ai conçu une exposition sur un principe un peu naïf et ludique à la «We are the World». Je mélangeais des artistes de tous les pays, de Basquiat à Alberola en passant par Fromanger, en brouillant les origines et les pistes. Après ça, je me suis dit : «Plus jamais d exposition!» Cette expérience m a semblé horrible et épuisante. Qu est-ce qui était épuisant? De transformer en concepts une réalité matérielle. Ensuite je me suis remis à mes bêtises d écrivain. A l occasion de la publication du catalogue d Ethnicolor, j ai rencontré Jean-Lou Pivin. Très vite, on a parlé d Afrique, et décidé de monter un projet ensemble. On hésitait entre galerie et revue ; finalement on a opté pour la revue. C est ainsi qu est née la Revue Noire, en A l époque, les préjugés sur l art africain étaient très bas de gamme, on n était pas très loin de la cinéaste nazie Leni Riefenstahl. Les seuls qui s en préoccupaient alors étaient les ethnologues, il y avait tout à inventer. Quels étaient les objectifs de la Revue noire? Nous désirions simplement montrer sans commentaire, dévoiler toutes les choses qui se passaient en Afrique dans le domaine artistique et qui restaient inconnues. Je me souviens d un colloque au début des années 90 où participait le commissaire belge Jan Hoet, qui revenait d un repérage en Afrique pour préparer sa Documenta à Kassel. Nous avons eu une engueulade terrible, car il affirmait qu il n avait vu absolument aucun artiste digne d intérêt. Je lui ai offert le premier numéro de la revue. Quelques jours après, il m appelait pour me demander le contact d Ousmane Sow. Pourquoi la Revue Noire s est-elle arrêtée en 1999? Par épuisement financier et épuisement du principe. On est parti d un moment où aucun artiste africain n était exposé pour arriver à un moment où pas une biennale n oublie de montrer ces artistes. Nous devions donc passer de la monstration à un champ plus critique. On connaît très mal l histoire de l art africain au fil du XXe siècle : comment résumeriez-vous son évolution? La création en Afrique a toujours été. Mais selon moi, c est à partir de la naissance du concept de négritude dans les années 50 qu elle acquiert un discours autonome. Avant cela, pendant la période coloniale, on trouve surtout des peintres à qui des occidentaux voyageurs disaient comment faire de la peinture. La conscience de vouloir faire quelque chose nait avec des penseurs comme Senghor, Franz Fanon ou Césaire, qui revendiquent une esthétique nègre et amorcent cette conscience. Le festival des arts nègres de 1966 à Dakar est l apothéose de cette théorie. Picasso et Malraux y assistent. Peu importe à la limite ce qui y est montré, c est la concrétisation d une idée qui compte. Mais dès que cette conscience nait, elle fait débat, et se trouvent des artistes pour dire : je ne suis pas un peintre noir, je suis un peintre. Au moins, ça discutait. Pourquoi ce moment mythique a-til trouvé si peu de suites sur le continent africain? Aujourd hui, les événements artistiques y restent rarissimes, et la biennale de Dakar ne parvient pas à faire émerger une création africaine. Le festival a eu quelques suites, en se prolongeant à Lagos, et le festival Panafricain d Alger l année passée en est un héritier. Mais c est vrai qu elle a eu peu de descendance. Comment utiliser aujourd hui ce concept de négritude? Comment vous positionnez-vous par rapport à lui? Ce concept était déjà problématique en Alors si, en 2010, on n en vient pas à en faire une critique philosophique J ai été très dur avec les anciens mais ce sont eux qui m ont permis d être dur avec eux. Il faut reconnaître que ces gens travaillaient dans un contexte qui était loin d être simple. Aujourd hui, aucun penseur n a cette envergure : des gens comme Stuart Hall ou Edouard Glissant sont dans la resucée, même s ils ne sont pas inintéressants. On est simplement passé de l universalisme de Césaire au Tout-monde de Glissant. Il y a eu une époque magique, avec ses pionniers. Aujourd hui, après Franz Fanon, beaucoup de post-damnés de la terre s écrivent, mais tout a été établi à cette époque-là. Pour quelqu un comme moi qui ne suis pas né colonisé, mais en Suisse, tout cela relève de l histoire. Si on ne regarde pas les problèmes économiques et politiques d aujourd hui, on est piégé par l histoire. Il nous faut inventer des outils pour le contemporain. Un des problèmes de la pensée post-coloniale est qu elle néglige d évoquer les réalités locales, les responsabilités locales, qui sont pourtant aussi importantes. Un des grands axes de votre réflexion consiste à dire que l art africain n existe pas : seuls des artistes africains existent, chacun avec leur individualité. Ce principe sous-tend toutes vos expositions à venir. Un jour on m a demandé de réaliser une exposition d art francophone. J ai tout de suite rétorqué que cela n existait pas. Comme il n existe pas d art algérien ou africain. Je préfère dire aux gens : ne prenez pas vos béquilles, vous n avez pas besoin qu on vous dise d où vient un artiste pour le comprendre. Il faut forcer les gens à travailler un peu, se dépouiller de leurs préconçus. Je préfère toujours travailler sur le sujet, la forme, plutôt que sur le contexte. Aujourd hui, quand je vais en Amérique Latine, dans les Caraïbes ou en Inde, je sens des problématiques communes, que je désire placer dans un méta-espace, plutôt que d enfermer l art africain dans une case. Vous vous appuyez souvent sur le concept d anthropophagie, développé dans les années 20 par le brésilien Oswald de Andrade. En quoi peutil aider à lire la création des artistes africains? Je préfère évoquer la notion de contamination, le principe du remix, qui consiste à avaler l autre. Un des problèmes les plus anciens concernant l art africain est qu on l évoque toujours en termes d authenticité. Or, sans doute depuis Lucy, il n y a plus d authenticité. Dès le 10 e siècle, l Afrique était déjà un vaste bordel. Comme je ne suis moi-même pas du tout organique, toutes ces problématiques me semblent complètement arriérées. Vous êtes devenu peu à peu LE commissaire expert en art africain, alors que vous tentez toujours d élargir votre horizon. Ne souffrez-vous pas de cette définition? Les définitions, je les aime car ce sont les choses dont on s échappe le plus facilement. Tout cela ne m agace plus, et on ne peut nier que cela m ouvre de nombreuses portes. Si, quand j ai fait Ethnicolor, j avais appelé Beaubourg, on m aurait dit de rappeler plus tard. Aujourd hui, j ai la ligne directe. Paradoxalement, cela m a donné une liberté : je suis devenu très grand dans ce domaine car il y avait peu de concurrence. C est l occasion d évoquer la réalité des expositions sur le continent africain. Le commissariat, cela n existe tout simplement pas en Afrique, quelque soient tous les workshops que je peux organiser. J ai fait une exposition à Nairobi en octobre dernier, je n avais pas un seul interlocuteur. Là-bas, on se contente d accrocher les œuvres au mur, sans se soucier du concept. Alors partout où je passe, j essaie de poser des bombinettes, de mettre la tête à l envers aux gens. Heureusement, pour contrer les quelques papes aveugles et sourds qui s accrochent à leur pouvoir dans quelques pays africains, certaines personnes parviennent à créer des alternatives, notamment au Caire. Tout cela se fera progressivement. De toute façon l art contemporain est une affaire difficile : même à Paris, ceux qui font semblant de comprendre sont loin de tout comprendre. La biennale de photographie de Bamako, dont vous avez été le commissaire sur quatre éditions, est l un des rares événements africains qui ait une répercussion internationale. Mais elle reste très difficile à monter, et marquée par une grande pauvreté des accrochages. L essentiel serait de créer des compétences sur place, ce pour quoi je n ai cessé de me battre. Quand j ai commencé Bamako, je n avais presque jamais travaillé en Afrique, tout cela 66 67

35 était encore pour moi très théorique. J ai essayé de faire en sorte que localement il se passe quelque chose. Je suis parvenu à faire augmenter le budget, à faire éditer un catalogue, à inventer des formations, j ai fait acheté 10 projecteurs et une machine pour fabriquer des cadres. Mais l important, c est l ancrage. Je pense que Bamako n était pas l endroit idéal. La Côte d Ivoire aurait été plus bénéfique à l événement, qui nécessite des stimuli : des magazines, un marché de la photo, des laboratoires Autant de choses dont le Mali est dénué. A Bamako, les photographes font des clichés de mariage ou des photos d identité, ce n est pas avec cela qu on crée une économie. Tous les tirages doivent être réalisés en Europe, ce qui grève tout de suite un budget. Et on attend toujours la création de la Maison de la photo, annoncée en Les rencontres photos restent un ovni qui se pose tous les deux ans à Bamako, et entre chaque édition il ne se passe rien. Heureusement, ces rencontres ont néanmoins donné un grand élan à la photographie africaine, qui grâce à elles a été exposée en Chine, au Japon ou à Barcelone. L exposition qui vous fait définitivement connaître est Africa Remix, présentée en 2005 au centre Pompidou mais aussi à Londres, au Japon. Comment avez-vous conçu ce projet? A l époque, quand on parlait d art africain, on ne considérait que le Sud Sahara. Moi je voulais prendre en compte toute l Afrique, pour montrer que l Afrique n existe pas. J ai exposé 90 artistes, dont aucun n est un homo africanus. Comme nous tous, l africain est un mélange. Pour être honnête, j ai montré tout ce qui se faisait en Afrique aujourd hui : du populaire, que je ne montre jamais, du pseudoreligieux, que je ne montre jamais, du jeune et du vieux. Cette exposition se concevait comme une fin : manière de dire que maintenant il s agit d ajuster la focale, de conceptualiser. Les Etats- Unis l ont très bien compris, qui organisent des expositions autour de ce sujet tous les six mois. La France, pas du tout. Ils continuent à parler en soidisant connaisseurs. Comment l exposition a-t-elle été reçue au Japon? Certains japonais étaient déçus, car ils attendaient une Afrique plus «exotique». Ils me disaient avoir l impression que les Africains ont perdu leurs racines. Ce qui les déstabilisait, c est que ce qu ils voyaient, un Japonais aurait aussi bien pu le faire. Quand on me parle d El Anatsui comme d un artiste de la récupération, ce cliché qui revient sans cesse sur l art africain, je rétorque qu il est peintre, peu importe avec quels moyens. L exposition a aussi été montrée en Afrique du Sud, c était l étape la plus émouvante. Un journal a titré : Africa remix comes back home». Les habitants étaient très fiers, le musée a battu son record d entrée. Les musées en Afrique du sud demeurent des institutions essentiellement blanches. Pour Africa Remix, des gens sont venus qui n avaient jamais mis les pieds dans de tels endroits. C est fondamental de donner à ces habitants cette liberté là. Là-bas, la proportion des noirs dans les écoles d art est de 5 %. Comment vous situez-vous par rapport à une exposition mythique d il y a vingt ans, les magiciens de la terre? C était une exposition globale, dont le commissaire Jean-Hubert Martin, mon ennemi préféré, se targuait d être le premier à avoir réalisé une exposition d art contemporain africain. Mais c est bel et bien Africa remix qui est la plus grande exposition d art africain qui ait jamais été montée. Pourquoi votre ennemi préféré? Parce qu il ne pose pas les choses par hasard et qu avec lui on peut avoir de vraies discussions. Vous êtes le commissaire cette année de plusieurs événements sur le continent africain. Je suis le commissaire d une biennale à Douala, montée par l institution privée Doualart, et d une biennale à Lumumbashi. Je veux qu elles aient une dimension sociale, écologique, avec des exigences artistiques radicales. A Douala, les artistes invités passent quinze jours sur place, pour choisir les lieux publics où ils doivent intervenir et rencontrer les habitants. Dans ces pays là, le plus important est de ne pas enfermer l art dans un musée : il faut que les gens se cognent dessus dans la rue. Il est plus que nécessaire de s inscrire dans un territoire. De nombreuses pièces sont ainsi produites sur place, ce qui coûte moins cher que de les transporter d Europe. Ce sera la même chose à Lumumbashi, où photos et vidéos seront projetés sur les façades de tous les bâtiments importants de la ville. Vous avez enfin un projet pour 2011 à la Smithsonian de Washington, intitulé Divine Comedy. Ce sont cette fois-ci des artistes arabes que vous rassemblez. L idée est de redonner une définition laïque du concept de paradis, de purgatoire et d enfer, ces notions sensées être universelles mais pour lesquelles on se fout dessus depuis la nuit des temps. Il s agit d aller à l opposé des clichés qu on a sur le monde arabe, et que le monde arabe a sur luimême, car il méconnait son passé. Visiteurs comme artistes, j aime piéger tout le monde. C est uniquement dans ce déséquilibre que l on peut être créateur. Dans le confort, on ne va jamais très loin. Propos recueillis par Emmanuelle Lequeux c Quelques erreurs se sont glissées dans l interview réalisée avec Marie- Laure Bernadac dans le numéro 52 de Magazine : - En 1977, Pontus Hulten était directeur du musée national d art moderne et non du centre Pompidou. - L exposition au Centre Pompidou s intitulait Féminin masculin et non Masculin féminin. - Au CAPC de Bordeaux, sous la direction d Henry-Claude Cousseau, Marie-Maure Bernadac a exposé Roni Horn et non Rebecca Horn. Exergues Je préfère dire aux gens : ne prenez pas vos béquilles, vous n avez pas besoin qu on vous dise d où vient un artiste pour le comprendre. Il faut forcer les gens à travailler un peu, se dépouiller de leurs préconçus [ ] A Douala, les artistes invités passent quinze jours sur place, pour choisir les lieux publics où ils doivent intervenir et rencontrer les habitants. Dans ces pays là, le plus important est de ne pas enfermer l art dans un musée : il faut que les gens se cognent dessus dans la rue [ ] 68 69

36 Histoire Le gant Si le gant se fait rare et doit se contenter le plus souvent de son rôle ancestral de protection contre le froid, il en dit long sur notre société devenue à ce point impudique qu il devient impensable de dissimuler une once de peau. «Cacher pour suggérer» n est plus le refrain à la mode Le gant n est plus. Ou tout au plus un accessoire amateur, peu rentable, offrant d infimes perspectives de développement et d innovation. Pourtant, les financiers aimeraient bien le restaurer en «it-glove». Les collections 2008 ont bien tenté de le remettre en piste, mais la mayonnaise n a pas pris. Depuis les années 70, sombres pour l industrie gantière, entre la désaffection pour le gant et l arrivée sur le marché européen de ceux fabriqués en Asie du sud est, le gant s est éclipsé. Et pour cause, quoi de plus anodin qu un gant? Cette «enveloppe à doigts» qui, invariablement au cours de son histoire, en dénombre en tout et pour tout cinq. Détectées ans avant notre ère, les premières traces du gant s illustrent sur les parois de grottes préhistoriques, sous les traits d une moufle de survie, protectrice de l outil le plus précieux de l homme, la main. Tandis que l Antiquité continue de le considérer comme le prolongement de la manche, les Gaulois s approprient le gant, de l outil de travail qu il était à l élément de parure qu il restera. Le mot, lui venu de «guant», issu du francique «want» : moufle mitaine apparaît autour de Il dépasse ensuite les caractères de protection et de parure pour se doter, au Moyen-Age, d une signification symbolique. Emblème du pouvoir religieux, il entre dans la parure des évêques, au même titre que la mitre et la crosse, à la fin de l époque carolingienne, avant de devenir synonyme de pouvoir politique. La société féodale qui se constitue alors au Xe siècle «jette le gant» et l insère dans un système de dons et d échanges, attribuant puissance et protection au vassal ; le gant représentant la main du roi ou du seigneur. Un gant rempli de terre pouvait ainsi tenir lieu d acte de vente. Un gant posé sur un contrat légitimait la signature de l absent, si bien qu il finit par représenter la personne toute entière : le gant du roi équivaut à sa présence ou, lors d un procès, justifie son pouvoir juridique. Pourquoi se compliquer la tâche? Une pratique pour ne pas dire un subterfuge qui perdure jusque sous Louis XIV et que nos hommes d états aux dons d ubiquité multiples doivent certainement regretter Présent diplomatique par excellence, il s accumule dans les trésoreries royales lorsque l arrivée de Catherine de Médicis et de sa garde-robe bouleverse la cour de France. Emportant avec elle des modèles de gants italiens sophistiqués et surtout, les premiers modèles parfumés, le gant jusque-là réservé aux hommes, conquiert la gente féminine. Imprégnés d onguents pour adoucir et blanchir les mains le must de la fragrance étant la frangipane lavés de musc et d ambre, ils sont si fins qu ils peuvent tenir dans une noix et qu on ne les met qu une fois. Anne d Autriche en possède 347 paires. Des odeurs entêtantes poussant jusqu à l écœurement et une folie ruineuse qui fait scandale conduisent à divers arrêtés somptuaires. Mais rien n y fait, le gant joue la surenchère jusqu au XVIIe, se chargeant de bijoux et de matières précieuses. Règne du paraître et de l ostentation, le XVIIe siècle institue un code hiérarchisé sur les droits et manières de porter le gant. Ainsi, la noblesse ne porte-t-elle qu un seul, celui de la main gauche, et les femmes sont-elles enjointes à porter les leurs en toute circonstance, sauf à table, ou pour sceller un contrat de mariage. En réaction, le XVIIIe siècle joue la mesure. La mode n est plus au faste mais à la simplicité de forme et à l inconstance : on en change 4 ou 5 fois par jour. Les couleurs pâlissent et prennent des tonalités chair qui, sous le règne de Marie-Antoinette, se verront encore adoucies en pastel ; on porte alors des gants «ventre de puce, dos de puce, vieille ou jeune puce», cette nouvelle teinte à la mode. Signe de «main blanche» et de noblesse, la Révolution proscrit ce gant qui, pour survivre, doit se cacher ou se maquiller, paré des symboles et des couleurs révolutionnaires. Mais la Terreur passée, on passe le gant sur l interdit. Il revient alors à pas de loup, sous un jour plus démocratique, souple et vaporeux, drapé aux bras des «incroyables» et des «merveilleuses». Un court moment de répit et de simplicité, puis c est reparti pour les ors et broderies d Ancien Régime. Investi d une charge affective, «l amitié passe le gant» sous la Restauration, tombant dans les bras du sentimentalisme qui avait affecté, un siècle plus tôt, la cour de Louis XV et qui envahit à nouveau la seconde moitié du XIXe siècle. Saynètes champêtres, rébus grotesques, rinceaux stylisés, personnage à la chinoise, s ornent sur le dos de la main et s offrent volontiers en cadeaux d amitié ou de déclaration Ainsi une jeune fille peut-elle «perdre ses gants» après les avoir acceptés d un élégant qui, «laissant aller sa ganterie en plis», la conquit. Relique passionnelle, objet de culte, le gant-empreinte de la femme aimée, plus encore que le mouchoir, nourrit le fétichisme amoureux Mais obéit surtout aux règles strictes imposées par la bourgeoisie triomphante. Un gant approprié selon les heures, les lieux et les circonstances, dont la coupe atteint la perfection grâce à l invention de la «main de fer» emporte-pièce qui permet une coupe calibrée et automatique en Aussi intraitable que l était l étiquette sous Louis XIV, les règles du savoirvivre sont inflexibles dans la seconde moitié du XIXe siècle, et le gant est assigné à correction : les gants clairs n appartiennent qu au soir et à la demande en mariage, les hommes se dégantent en présence des dames, le baisemain se fait sur une main dégantée Cela jusqu à la première guerre mondiale qui autorise enfin les hommes à se serrer la main gantée ; coutume introduite par les officiers américains. À mesure que se dessine le second conflit mondial, les règles vestimentaires s assouplissent. Plus simples, plus courtes, plus fluides les gants en tissu extensible, lavables et indéformables apparaissent en 1925 les toilettes, dont le raffinement incite à soigner les accessoires, acquièrent de nouvelles libertés, même s il est toujours impensable de sortir sans ses gants et son chapeau. Assortis à la tenue, gants, sacs, chaussures et chapeaux conversent entre eux. Les gants noirs aux ongles rouges signés Schiaparelli répondent à son chapeau-chaussure surréaliste et entrent dans la troisième dimension. Couleur, volume et mouvement. Un contre-courant amorcé dans les années 30, amplifié dans les années 50, anime le gant jusque le considérer comme surface statique. Les années 60 semblent bien parties pour s inscrire dans la mouvance. En 1966, Courrèges reprend le gant en main : blanc et court, assorti au collant opaque, comme point final à la tenue, le gant moderne, sans passé, est conçu pour celles qui récusent les gants de leur mère. Mais l industrie gantière, bouleversée par cette nouvelle plastique du gant, perd son leadership et, bientôt, son rôle novateur joué aux côtés des grandes maison de couture Dior, Lanvin, Balenciaga. Réduit au simple rang d accessoire, le gant, dernier atout de parure, devient caduque. Annonçant la suprématie du jean et du tee-shirt, les années 70 le renient et s en prennent à son caractère «petit bourgeois». On s entoure alors le cou de foulards fleuris, mais on boude le gant. Jusqu à ce que la décennie punk ne le redécouvre, puis le recouvre de préciosités fétichistes et autre sophistications vestimentaires ; sangles, clous, métal. Caricaturé, le gant n a cessé depuis de délimiter les contours d un personnage, fictif Mickey et ses gants blancs, Cat Woman et ses longs gants de cuir noirs ou réel le Kaiser Lagerfeld et ses mitaines de fer, Michael Jackson et son gant en strass, adjugé dollars lors de sa dernière vente aux enchères. Face à la digitalisation croissante, le gant du XXIe siècle succombe à la revendication identitaire. Ainsi les «dots glove», munis de pastilles métalliques digitales au bout de chaque doigt, réjouiront-ils les accrocs de l iphone et les gants du futur, attendus comme «intelligents», combleront les modernistes Le gant est décidément fils de don temps

37 Points de vue Killed in action Killed in Action (Case Study House) Wilfrid Almendra, matériaux et formats divers. Exposition à la galerie Bugada & Cargnel, jusqu au 12 février. Un architecte L architecte : si je vous ai fait venir dans cette galerie aujourd hui, c est parce que ce travail de Wilfrid Almendra vous concerne tout particulièrement Avant de commencer, est-ce que l un d entre vous peut nous rappeler ce qu est le programme des Case Study Houses, en deuxième année d archi. ça devrait vous dire quelque chose. Un élève : C est un programme américain des années 50 des architectes ont conçus des projets de pavillons L architecte : Oui. Autre chose? Personne? L idée qui soustend ce projet lancé par la revue Arts et Architecture c est de s inscrire dans une nouvelle ère autrement dit se servir de nouveaux matériaux pour un homme nouveau, l Homme Moderne. La grande nouveauté qui aujourd hui peut vous sembler commune à vous, futurs architectes, c est que ces projets devaient être reproductibles Autrement dit il ne s agit pas de construire pour une personne, c est un projet global Replacez vous dans le contexte, l idée était révolutionnaire Des maisons identiques pour une nouvelle génération d hommes. Le singulier s efface devant la masse ; de nouvelles maisons pour un nouvel idéal Un élève : mais l architecture n a-t-elle pas toujours été la transposition de l idéal d une société donnée? L architecte : Oui! Et c est vrai qu il faut construire une maison comme un idéal! qu elle doit retranscrire une volonté, un point de vue sur le monde et sur ceux qui vont l habiter. En imaginant une maison, on l inscrit dans une époque Et je trouve que ces sculptures abstraites reflètent bien le processus qui se met en place dans la tête de l architecte. Parce que l architecture, c est aussi une intuition de ce que doit être une maison dans un endroit précis pour une personne précise. Et déconstruire l habitat comme Almendra le fait questionne ce que chacun de nous transpose dans une maison ce que je veux vous faire comprendre c est que, quoique vous investissiez personnellement dans vos projets, n oubliez pas que vous êtes des produits de votre époque et qu une maison reste une maison ; n oubliez pas l essence de vos projets Maintenant, retournons à notre exposition. Les sculptures que vous voyez ici sont dix projets qui n ont pas été sélectionnés, qui sont restés à l état de plans. Etonnant de voir comment un artiste contemporain transpose les plans non? Regardez les attentivement, j aimerais que vous releviez ce qui vous frappe avant tout Un élève : Les plans ne sont pas transposés, l artiste a juste relevé les matériaux Un autre : certains son abîmés, usés, imparfaits un peu comme si les maisons s étaient dégradées avec le temps. L architecte : Les matériaux sont au cœur de notre métier, oui... il ne faut pas que vous l oubliez Quand vous dessinez une maison,vous dessinez quelque chose de concret. Ici le concret prend la place de l intellectuel, il rend sa place au nécessaire, il redonne sa matérialité à ces plans oui vous savez dessiner, oui il faut être initié pour comprendre vos plans mais au final, le concret c est quoi? que votre maison est soumise à des aléas que finalement l habitant remplacera votre beau mur de briques par du crépi et que le temps mettra un peu de rouille sur votre tôle c est l érosion que vous avez relevée et qui redonne sa place au temps Oui, la tôle se détériore, le bois travaille, le verre se polit la notion du temps qui passe et qui les dégrade est aussi une question à laquelle doit se confronter l architecte, n oubliez pas que votre travail est fait pour durer, que vous devez imaginer ce que donne une architecture dans le temps Un élève : je vois bien la question du temps mais si je prends cette sculpture, là, pourquoi avoir placé un vase? C est inutile L architecte : Inutile? Je suis un architecte des années 50, le monde dans lequel je vis change, je sens que l homme devient différent J imagine quel est cet homme et je me dis que je vais concevoir pour lui une maison globale, intérieur comme extérieur, tout est pensé L hélice que vous voyez sur cette autre sculpture procède du même désir : j imagine que l habitant se déplacera en hélicoptère, alors je lui fais un héliport sur le toit de sa maison L architecte pense la maison comme une prolongation de la nature humaine Ce vase semble rappeler l utopie totalitaire qui naît parfois dans la tête de l architecte, la vie imaginée au détail près en oubliant le désir de ceux qui prennent possession des lieux Chacun transpose ce qu il veut dans une maison, oui on écoute le client mais moi, quand je dessine, je conçois, je m imagine la vie de l habitant, je la fantasme, parfois j y transpose mes désirs propres et j oublie l autre Pour moi cette exposition vous dit à vous architectes deux choses : tout ce que vous concevez, vous le concevez avec les idéaux de votre époque. Et tout ce que vous imaginez sera de toute façon soumis aux aléas de l autre. Le devenir de votre projet ne vous appartient pas, il appartient à ceux qui y vivront, il subira le temps qui passe posez-vous la question du devenir. Un visiteur Donc si je comprends bien, ces dix sculptures représentent dix pavillons qui n ont pas été réalisés. Dix projets de pavillons qui répondaient à une expérience architecturale des années 1950 et qui devaient retranscrire la vie de l homme dans le monde moderne. Si je regarde sans lire, je ne vois que 10 sculptures aux formes étranges. Par exemple celle-là avec une hélice ou alors cette tôle ondulée, on dirait une glissière et celle-là pourquoi un vase comme ça? Elles ne ressemblent pas vraiment à l idée que je me fais d un travail d architecte, encore moins d une maison. Maintenant si je lis le texte (mais peut-on aujourd hui visiter une expo sans devoir lire un texte de deux pages?), il y a une interprétation de l artiste par rapport au désir des architectes : une volonté de montrer autre chose à travers ce travail sur les matériaux, les techniques et les plans de masse. Il rappelle l utopie du projet, cette croyance naïve en un nouvel homme. C est amusant de se dire que des architectes ont imaginé le pavillon de l homme moderne, ils devaient se dire que tout allait changer. L homme serait différent grâce à la technologie et donc il lui fallait un habitat en conséquence. Si seulement ces types voyaient ce qu est un pavillon de banlieue aujourd hui ou mieux, un lotissement, avec toutes les maisons pareilles les unes aux autres, un petit bout de jardin, comme un lopin de terre, et la tristesse que ça engendre Parce que ces Case study truc, c était quand même voué à être reproduit, ce n était pas des exemplaires uniques. Je veux bien que la standardisation ait pu faire rêver dans les années 50, mais elle a produit des catastrophes dans la vie des gens, et je ne parle pas des barres d immeubles l artiste non plus d ailleurs. Accroché verticalement, ça devient abstrait. Beau? Je ne sais pas. Un critique : Le travail de Wilfrid Almendra présenté dans la galerie Bugada et Cargnel et intitulé Killed in Action (Case Study House) interroge le modernisme. L artiste choisit de s intéresser au programme pavillonnaire mis en place aux Etats- Unis à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Choisissant dix projets architecturaux qui n ont pas été retenus, Wilfrid Almendra en transpose les plans en sculptures. Dix formes abstraites au premier abord, mais qui décortiquent l idéal sous-entendu par ces projets : celui de l homme moderne tel que se le figurait la société d après guerre. Un homme nouveau, secondé par une technologie balbutiante et dans laquelle la société d alors plaçait tous les espoirs. Wilfrid Almendra fait ressortir grâce à son art de l assemblage l utopie de cette représentation idyllique. Ici, pas de reconstitution à l échelle il ne s agit pas de maquettes mais des masses, des détails et des matériaux divers dont certains usés, fatigués comme vieilli par le passage du temps soulignent la dégradation des idéaux, notent l absurdité de la foi dans le modernisme. Et comme un coup de grâce à ce projet naïf, qui voyait dans la multiplication de pavillons identiques la marque de la modernité, les matériaux choisis par l artiste sont autant de marques autobiographiques qui renvoient à l essence même de l habitat loin des projections des architectes et des fantasmes d une société celle d être le lieu du particulier, de l intime Aujourd hui, les rêves de la toute jeune société de consommation prêtent à sourire. Non, nous ne possédons pas tous notre hélicoptère, oui le temps laisse encore ses traces et détériore les constructions de l homme. L avenir de l homme comme celui de son habitat n est pas prévisible, aux idéaux s oppose la réalité et ces dix sculptures, tels dix squelettes de projets avortés sont les indices de l échec d une vision naïve du modernisme. Rachel Nullans 72 73

38 Projection La vengeance de Malthus Produit, production, productivité mais de quelle valeur parlons-nous? Les principes économiques et leur cycle poussés à bout, on voyait un peu mieux à quoi menait cette danse sans fin, quelques décennies après le tournant du millénaire Nous autres, post-humains, savons que la richesse ne vient pas de la transformation de la terre par le travail. Nous savons que la propriété ne justifie pas tout. Nous savons que la recherche de profit n est pas la clef de notre organisation. Nous le savons parce que nous avons survécu au cataclysme engendré par l appareil idéologique antérieur au prix d une modification drastique de nos paradigmes. Les signes avant-coureurs étaient pourtant identifiés depuis longtemps. Mais leur instrumentalisation ne leur avait pas donné l attention qu ils méritaient. Au tournant du dernier millénaire, quand la modernité, c est-à-dire le triomphe de la raison instrumentale, inventée par et pour l Europe, étendit son influence à l ensemble de la planète, ses limites apparurent avec une évidence dramatique et soudaine. Le rêve d une croissance économique éternellement supérieure à la croissance démographique, d une augmentation du revenu supérieur à celle de la population, bref, le fondement de la société industrielle énoncé au XVIIIe et mis en œuvre pendant les deux siècles suivant, avait vécu. On ne vivrait pas à l échelle mondiale de plus en plus nombreux et de plus en plus riche jusqu à l horizon. L effet naturel du commerce ne fut pas de porter à la paix : la promesse de Montesquieu d un adoucissement des mœurs s était heurtée à un brutal retour de la violence malgré la prospérité. Le rêve d un affranchissement de la loi d airain de Malthus avait pris brutalement fin lorsque le milieu considéré cessa d être celui d une tribu, d une nation et même d un continent. La domination de l Europe et de sa filiale transatlantique, devenue holding à la faveur d une redistribution des facteurs de production, avait atteint un point sans retour. Le miracle européen n en était pas un, son modèle reposait sur un impérialisme structurel rendu obsolète par la mondialisation, et l avidité avait finalement conduit la main invisible dans des eaux glacées dont elle ne reviendrait pas. Il faut dire que, dès le départ, le fameux prodige de la productivité et de l organisation par la recherche de profit n en avait été un que pour une fraction de la population. Pour l esclave babylonien, athénien ou romain, pour le serf du Moyen-Âge, pour l ouvrier du XIXe, comme pour le pauvre mondialisé des zones périphériques des années 2000, le cheminement vertueux de la poursuite des intérêts privés était resté au stade de l hypothèse. Au gré de ans d histoire économique, le pauvre avait conservé un revenu à la stabilité édifiante : un dollar par jour en parité de pouvoir d achat, le montant équivalent à environ calories, le strict nécessaire pour survivre jusqu au lendemain. On avait vu mieux comme horizon. Pendant un moment on tenta de renommer cette société, peut-être dans l espoir de la préserver, de masquer son mensonge séminal ou de refouler les mutations dont elle devait inéluctablement payer le prix. «Post», «moderne» ou «industriel», ce monde n avait à l évidence pas encore trouvé son nom. Plus tard, après le Grand Décimage et la Mutation, on devait appeler cette transition La Vengeance de Malthus. Mais à l époque il fallait se contenter d un suffixe pour se définir, ce qui montre bien la difficulté du système d alors à se réinventer. Ce qui nous paraît rétrospectivement incroyable, c est la crispation sur certains principes présentés comme indissociables de l idée de liberté, alors qu ils devaient au contraire aboutir à une contrainte telle qu elle compromettrait l espèce même. Peut-être que les idéologies se font entendre plus fortement quand elles sont en péril. Un peu comme le chant du cygne ou l aboiement du chien quand il sait qu il va mourir. C est ainsi que, au moment où la fin s annonçait, les derniers grands soutiens de la société s étaient mobilisés massivement pour défendre l ordre des propriétaires, qu ils appelaient libéralisme. En France, un de leurs représentants éminents avait brandi la formule ultime censée protéger et justifier l ordre capitaliste : travailler plus pour gagner plus. La simplicité du slogan s appuyait sur un bon sens désarmant. Elle avait la limpidité d une idéologie assumée. Mais elle semblait ignorer la grande loi que les économistes classiques avaient pourtant identifiée dès le départ : celle des rendements marginaux décroissants. Plus on travaille et plus il devient difficile d en retirer les bénéfices marginaux. La première heure de travail est plus efficace que la seconde, et ainsi de suite, jusqu à devenir au bout du compte nuisible En outre, la formule contredisait le projet même de la productivité, qui consiste à augmenter le rapport de la valeur ajoutée au facteur de production, c est-à-dire à gagner plus en travaillant moins. Mais, malgré son manque de cohérence et de compatibilité avec le mythe libéral, la formule avait trouvé un écho, peut être renforcé par la faiblesse de ces détracteurs. Travailler moins pour gagner moins ne faisait rêver que quelques anémiques trop penchés sur leurs livres pour porter une vitalité convaincante. Et c est ainsi que les hommes sont allés dans le mur. La décroissance n était pas un programme, elle ne l est toujours pas après la chute du régime des intérêts particuliers et la grande catastrophe dont nous sommes les enfants. Maintenant que le capitalisme s est effondré en nous léguant ses embarrassantes ruines, la question de l organisation et de la répartition de la richesse se pose encore. L efficacité, s organiser pour mieux faire, est une vision dont on ne se détache que si elle est concurrencée par d autres : prier les dieux, vivre en mystique, un programme qui fait surtout maigrir. La productivité est une découverte sur laquelle on ne reviendra pas, ou alors seulement par la magie, qui ressemble souvent à une manière primitive de tromper la faim. De toute façon, il nous est impossible de prier des dieux morts, les cieux sont obscurcis, et il ne reste plus que le post-humain et son monde à célébrer. Dans le rapport entre valeur et facteur de production, qui définit la productivité, c est donc le premier terme que nous avons retrouvé. Rien n indiquait que la valeur ne se cantonne à l industrie, et c est même l inverse qui s est révélé à nous. Et en libérant la valeur, nous avons retrouvé à la fois l efficacité et la justice. Trois siècles auparavant un certain Jean-Jacques s était attiré bien des moqueries en célébrant la valeur sacrée de la nature et les vertus des promenades en forêt. Pour nous, habitants d un monde à bout de souffle, après le cataclysme, il était facile de ne pas être ringard en affirmant qu un bon bol d air valait plus qu une nouvelle paire d espadrilles ou qu un ticheurte de marque. La rareté contribue toujours à la valeur. Sylvain Ohrel Exergue Pendant un moment, on tenta de renommer cette société, peut-être dans l espoir de la préserver ou de masquer son mensonge séminal. «Post», «moderne» ou «industriel» ; ce monde n avait, à l évidence, pas encore trouvé son nom

39 Rétrovision L art vivant Si la fin du XIXe siècle, voit l émergence des revues littéraires modernes, les années 1910 à 1930 forment une période d intense activité et de créativité dans le secteur des revues d art. Une créativité éditoriale qui amène des revues de toutes tendances esthétiques et idéologiques à jouer les détonateurs et les vecteurs d une mutation sans précédent dans les arts plastiques. / / À Paris, naissent tous les modèles et toutes les variantes de ces supports, des plus éphémères aux plus institutionnels, des conservateurs aux plus avant-gardistes, des bulletins de galeries aux premières revues de «vulgarisation» vers le grand public. En un quart de siècle plus d une centaine de revues sont éditées dont les principales reprennent le même «mot d ordre» : l art peut-il être populaire? L année 1925 voit la fondation de deux revues qui affirment leur volonté de s adresser au plus grand nombre de lecteurs : A.B.C Magazine d art et l Art vivant. Pour la première, ses rédacteurs en chef Max Gottschalk et Marc Sauret dénoncent un certain élitisme propre à l édition d art. Dans un premier éditorial ils annoncent : [ ] Notre plus grand souci sera de ne pas ennuyer nos lecteurs! Nous nous efforcerons de parler un langage simple et clair, nous tacherons d instruire nos lecteurs en les amusant, car nous voulons que la lecture de notre publication soit pour eux un véritable plaisir, plaisir des yeux par la présentation et le choix des images, plaisir de l esprit pour les idées contenues dans les articles et la révélation de tout un monde vaguement soupçonné mais jusqu ici fermé à la plupart des lecteurs. C est également à un public large et hors du milieu de l art que souhaite s adresser l Art vivant. Le ton est donné par le critique Florent Fels, en ces termes : [ ] l Art vivant entend être le trait d union entre les artisans discrets et authentiques du plaisir de vivre, qu ils soient peintres ou décorateurs et le public trop enclin à préférer les exemples du passé et à se détourner des œuvres pourtant capitales qui renouvellent l époque et lui imposent son style propre. [ ] Ne laissons point le public dans l ignorance. La renaissance artistique de la France, de l Europe, nous y invite de la manière la plus pressante. Né en janvier 1925, l Art vivant, considéré comme une version «arts visuels» de l hebdomadaire Les nouvelles littéraires et scientifiques, publiées par la Librairie Larousse, affirme ce concept de démocratisation du savoir en matière artistique. Initiée par la Société de l art vivant où apparaissent, entre autres, les noms de Gaston Gallimard et du fondeur de caractères, Charles Peignot, la revue se voit confier la direction de la rédaction à Florent Fels, chroniqueur aux Nouvelles littéraires et scientifiques. Avec l Art vivant, ce dernier croit enfin tenir cette «arme de pénétration» des salons bourgeois. La formule de la publication est hybride, à mi-chemin entre le catalogue, la revue et le magazine. Mais le style est original. Le déroulé est rythmé par de courts articles et de nombreuses chroniques et rubriques abondamment illustrées. L art de la femme, l esthétique de la table, les meubles français, les grandes ventes, le calendrier artistique, à travers le monde, les ouvrages récents Pour le critique Ramon Fernandez, collaborateur de la chronique littéraire, commencer une chronique nouvelle, c est, dans une certaine mesure, changer de lecteurs. Le projet éditorial met le lecteur au centre du sommaire mais ne suppose aucun compromis sur le discours esthétique. Florent Fels est un ardent défenseur du Douanier Rousseau, de Matisse, de Vlaminck, de Gromaire, de Rouault mais aussi des nouveaux émigrants comme Chagall, Modigliani, Kisling, Soutine ou encore Zadkine. Soucieux d attirer une meilleure attention du lecteur, la «baseline» de l Art vivant évolue en permanence : de la Revue mensuelle des arts plastiques et des industries du luxe (1931), de la Revue mensuelle des arts, des élégances et du tourisme (1932) à la Revue mensuelle des arts et des techniques (1937) ou bien Revue d élégance et de tourisme, revue d arts décoratifs, revue d art et de culture (1938). L éditeur ne ménage pas ses efforts pour proposer un produit toujours plus attractif, par la vente de reproductions hors-textes parues dans les numéros, par la vente d emboitages spécialement conçus pour l archivage des numéros ou encore la publication bilingue. L Art vivant fait sien les apports du Werkbund, le mouvement qui donnera naissance au Bauhaus ainsi que les différents manifestes des arts décoratifs, intégrant l esprit des avant-gardes, tant dans sa maquette que dans l élaboration de ses numéros spéciaux. Si la fonction de directeur artistique n existe pas au sein du magazine, et qu aucune grille ne soit appliquée, le rédacteur en chef est sensible à la nouvelle typographie et l éclectisme qui court le long du chemin de fer, n exclue pas l utilisation de la Futura ou des linéales sans serif. Quant aux thèmes des numéros spéciaux, ils sont transversaux. En octobre 1934, l Art vivant brise quelques tabous en éditant un numéro consacré au Salon de l auto. Jacques Guenne, un des cofondateurs, s en explique en rappelant les idées qui guide la politique éditoriale de la revue : [ ] Certains s étonneront que l Art vivant consacre un numéro aux Transports

40 Si l Art vivant a mis les avant-gardes à la portée d un public beaucoup plus large, ses choix, lors des quelques expositions où le magazine s est fait commissaire, ont délibérément excluent le cubisme. Quand nous avons fondé, il y a une douzaine d années, ce journal, il ne s agissait pas pour nous de créer une nouvelle revue d art et d archéologie venant s ajouter aux publications déjà existantes. [ ] Pour nous, les chefs-d œuvre ne se mesuraient pas à l épaisseur de crasse dorée sous laquelle ils dorment dans les musées. [ ] La logique d une réalisation industrielle valait la belle composition d une œuvre plastique. Suit une série de photographies sur les nouveaux modèles des constructeurs automobiles en privilégiant les cabriolets de luxe. Les derniers travaux du photographe Schall forme une double page où le lettrage de titre imprime sa marque arts déco. Le Café Dupont, sis boulevard Saint- Michel, refait par l architecte Charles Siclis est décrypté comme le dernier lieu du Tout Paris et toujours Chanel en actualité mode. En mars 1936, le nouveau rédacteur en chef, Jacques Kim, propose un numéro spécial et prospectif sur la photographie en mettant en avant les travaux de dix jeunes photographes. Sous l intitulé La photographie vivante, le lecteur découvre une suite de double pages, imprimées en héliogravure, présentant les œuvres de Brassai, Kollar, Schall, Ylla, René Zuber, André Kertesz et Tabard Le sommaire enchaine sur un sujet présentant des ensembles de Chanel photographiés dans des intérieurs de Le Corbusier, Charlotte Perriand et Leleu. Si l Art vivant a mis les avant-gardes à la portée d un public beaucoup plus large, il n en reste pas moins que ses choix, lors des quelques expositions d artistes contemporains où le magazine s est fait commissaire, ont délibérément excluent le cubisme. Jacques Guenne justifiant cette impasse par le fait que la technique ne doit jamais être un but mais un moyen et affirmant, à l aube des années 30, le cubisme comme un anachronisme. Sous l étendard de la lutte contre l académisme, ancien et nouveau, l Art vivant s est aussi souvent opposé aux théories de Le Corbusier. En 1936, l activisme anti-académique de la revue prend une coloration nationaliste, Jacques Guenne réunit plusieurs journalistes et critiques de la presse artistique pour fonder la Ligue française d action d art. Le programme de cette association est la mise en œuvre d un plan d assainissement artistique appliqué aux beaux-arts, aux musées et aux expositions mais aussi à tous les aspects de la production, de l art populaire au tourisme culturel en passant par le cinéma, la radio, le théâtre, les uniformes militaires, les calendriers des postes et les billets de banque. Si l Art vivant arrête sa parution en juillet 1939, les initiatives prises trouveront repreneurs auprès des propagandistes du régime de Vichy. Conférant ultérieurement, à l Art vivant, une réputation de revue mondaine et réactionnaire. Si dans les années 20, le marchand d art, Henry Kahnweiler, promoteur du cubisme, ne voulut jamais publier ni bulletin ni revue, refusant le mélange des genres et surtout considérant le journalisme d art comme trop superficiel, certains de ses confrères du milieu de l art n hésiteront pas à s y investir. Comme le lithographe et galeriste, Aimée Maeght qui reprend, au début des années 70, le titre, l Art vivant pour en faire l un des porte-voix du nouveau discours sur l art de l après mai Mais là commence une autre histoire. À suivre. Pierre Ponant M53 - Agenda Lu 1.02 Dessin André, Drawings L André du Baron, du Montana, aussi celui de Monsieur A expose 30 dessins chez Colette. Au moins, on sait où sera l after show Colette, >19h >27/02 Ma 2.02 Photo Sarah Moon + Luc Choquer Après l expo Delpire, c est au tour de Sarah Moon de présenter ses images du Théâtre Royal de Turin. «Les Français» est une série de portraits de Luc Choquer, co-fondateur de l agence Métis. Vernissage. MEP, >19h45, 3,5/6,50 e. > 4/04 Me 3.02 Art C est la vie! Un pauvre titre, mais une exposition sur le thème des vanités, qui rassemble 160 pièces (peintures, sculptures, photos, bijoux ) du Caravage à Damien Hirst. Musée Maillol, >19h, 11 e. >28/06 Architecture Cabanes + Prix de l architecture contemporaine Nouvelles expositions à la cité : 13 architectes planchent sur la cabane et les lauréats et 5 projets finalistes pour le Prix de l UE pour l architecture,. Cité de l architecture, 19h, 5/8 e. Revue parlée La gratuité La revue Vacarme propose un débat pour envisager les formes de la gratuité qui se développent ces dernières années dans les sociétés industrielles. Centre Pompidou, 19h30 Cinéma Lola De Brillante Mendoza, Philippines, 2009, 110. Le film, remarqué au dernier festival de Venise, se déroule à Manille et est prétexte à une histoire comme à figurer la ville. Avant-première. Forum des images, 20h, 4/5 e. Atelier WIP Villette WIP pour work in progress : trois jours de rencontres et de dialogues sur le thème art et société. La Villette, >5/02 Je 4.02 Graphisme Conférence Les graphistes néerlandais de Thonik investissent le 1er étage de l institut avec un revêtement mural et participent à une table ronde sur «graphisme et marketing». Institut néerlandais, 19h Art Sturtevant «The Razzle Dazzle of Thinking» rassemble une installation, des vidéos ainsi des œuvres que l artiste s est «réappropriées», de Duchamp, Gonzalez-Torres ou Beuys. Musée d art moderne, >18h, 3,5/5 e. 25/04 Cinéma La Rébellion des Cinéastes De Dominik Wessely, Allemagne, 2007, 121. Un documentaire sur la coopérative montée par Wenders dans les années 70 pour produire et distribuer le nouveau cinéma allemand. Avant-première. Goethe Institut, 20h, sur réservation. Ve 5.02 Art Live Exposition de Guillaume Leingre mêlant photographie et actions, suite à une résidence à la Villa Kujoyama. Vernissage. Point éphémère, 19h. Sa 6.02 Shopping Viens dans mon dressing Vêtements, bijoux, accessoires, déco, vintage par de jeunes créateurs. La Cour du Marais, 12>20h. Di 7.02 Cinéma My Tehran for sale De Granaz Moussavi, Australie- Iran, 2009, 97. Tourné en vidéo HD, le film est un nouveau témoignage de l aspiration d une jeunesse étouffée. Forum des images, 15h30, 4/5 e. Lu 8.02 Cinéma Sweet rush D Andrzej Wajda, Pologne, 2009, 85. Avant-première du dernier Wajda, en ouverture de sa rétrospective. Cinémathèque, 20h, 5/6,50 e. sur réservation Ma 9.02 Court Scratch projections 12 films expérimentaux sur le thème du corps désiré, des années 60 à nos jours. Action Christine, 20h30, 6 e. Photo Lisette Model Flashback dans les années 30 à 50, de Paris à New York, pour des instantanés de rue ; Facehunter avant l heure! Jeu de Paume, >19h, 5/7 e. >6/06 Courts Bref Sélection de courts qui ont participé au Festival de Clermont-Ferrand, donc en provenance des quatre coins du monde. Mk2 Quai de Seine, 20h30, 6,70 e. Me Art Passages Sarkis est invité à investir l espace du Centre Pompidou avec ses installations, de manière progressive, jusqu en avril. Centre Pompidou, >21h, 10/12 e. >21/06 Cinéma 10 films rêvés Sélection de dix films ayant reçu la Bourse «Brouillon d un rêve» de la Scam encourageant les documentaires de création, présenté par Documentaire sur grand écran. Nouveau Latina, 6,50/8 e. >16/02 Revue parlée Walter Benjamin A l occasion delà parution de Konstellation Benjamin, les auteurs du livre viendront évoquer ce penseur de la représentation et de la modernité en art. Centre Pompidou, 19h30 Je Pub La publicité au secours des grandes causes Humanitaire, santé, droits de l homme des causes que la pub créé bénévolement. L occasion de voir, en 150 cas, si gratuit rime avec réussi. Les Arts décoratifs, >18h, 7,50/9 e. >9/05 Art Killed in Action Derniers jours de l exposition sous-titrée «Case Study Houses», présentant des sculptures uniques inspirées de plans de Case Study House jamais construites. Galerie Bugada & Cargnel, >19h, >19/02 Photo Ortszeit Local time Exposition de Stefan Koppelkamm, composé de clichés au cadrage identique, à 20 ans de différence, de bâtiment de l ex-allemagne de l Est. Vernissage. Goethe Institut, 19h, >13/04 Court Les bonnes manières Série de films courts sur le thème des bonnes manières, dont le savoureux Bien sous tous rapports de Marina de Van, époque Fémis. Cinémathèque, 20h30, 5/6,50 e. Ve Art Boltanski Dans le cadre de l exposition «Personnes» au Grand Palais, une table ronde intitulée «Harald Szeeman et les mythologies individuelles». Grand Palais, 19h, 2/4 e. Cinéma Madame a des envies Projections de courts muets des années 1900 sur un mix de DJ Thy, invité par la chanteuse Camille. Louvre, 19h30, 9,50/12 e. Art Trop peu de santé, trop peu de preuves Vernissage de l exposition du prometteur Clément Rodzielski, repéré au dernier prix Ricard. Galerie Carlos Cardenas, 18h, >27/03 Cinéma Dernière sortie avant Roissy De Bernard Paul, France, 1977, 108. Un retour dans les années 70 où la perception de la banlieue évoque déjà un malaise. Forum des images, 21h, 4/5 e. Sa Architecture Projections Dans le cadre se «Séquences d architecture», la cité programme : Claude Parent, une utopie dans le siècle, de Jean-Louis André documentaire, 1996, 52 ; Entretien sur le béton, d Eric Rohmer, 1969, 30 ; Alphaville de Jean-Luc Godard, 1865, 95. Cité de l architecture, 16h, 2/4 e. Art «Marguerite Duras, en effet. En compagnie des œuvres sauvages./une archive.» Exposition d étudiants de Paris VII présentant les apparitions de marguerite Duras à la télé

41 Vernissage et dernier jour de l expo! Bétonsalon, 16h, 9>13/02 Lu Design Dito from scratch Ce nouveau lieu présente le travail d un collectif de jeunes designers, dans leur procès comme dans leurs production. Le Lieu du design, 18h, >6/03 Cinéma Crime et châtiment D Andrzej Wajda, Autriche- Allemagne, 1992, 120. Adaptation du roman de Dostoïevski. Cinémathèque, 17h, 5/6,50 e. Ma Design Che fare Derniers jours de l exposition d Enzo Mari et Gabriele Pezzini : deux designers italiens, deux générations, des pièces emblématiques et des questions. Galerie Alain Gutharc, >19h, >20/02 Me Design Patrick Jouin Exposition intitulée «La substance du design» veut montrer la cuisine de l agence du designer qui a conçu les Vélib et les nouvelles toilettes publiques à Paris. Centre Pompidou, >21h, 9/12 e. >24/05 Je Art Pergola Nouvelle exposition au Palais rassemblant les artistes : Valentin Carron, Laith Al-Amari, Raphaël Zarka, Serge Spilzer et une rétrospective de Charlotte Posenenske. Vernissage. Palais de Tokyo, 20h, >15/05 Ve Art Edvard Munch 60 peintures et 40 œuvres graphiques d un peintre peu montré à Paris. Pinacothèque de Paris, >18h, 8/10 e. >18/07 Cinéma Made in Germany and USA De Rudolf Thome, RFA, 1974, 141. Un film méconnu d un réalisateur allemand qui gagne à être connu. Cinémathèque, 17h, 5/6,50 e. Sa Art Vernissages Le nouveau Body Double (22) de Brice Dellsperger reprenant des scènes de Eyes Wide Shut, avec Jean-Luc Verna chez Air de Paris ; de nouvelles photo et une vidéo d Elina Brotherus chez gb agency ; Jim Isermann chez Praz- Delavallade. Marais, 18h Art Le réel, nouvel opium? Question posée à des photographes et vidéastes sur l un de leurs matériaux. Derniers jours de l exposition et performance. Galerie les Filles du Calvaire, 17h30, >27/02 Di Cinéma Le Château de la pureté D Arturo Ripstein, Mexique, 1973, 105. Un Ripstein d époque, qui évoque l enfermement comme remède à la société. Forum des images, 16h30, 4/5 e. Ma Art Repassage Acrylique, collages, laserprints beaucoup de différents noir et blanc dans l exposition que Julien Carreyn présente sur les hauteurs de Belleville. Derniers jours. Galerie Crevecœur, >19h. >27/02 Me Cinéma A Single man De Tom Ford, 2008, 99. Le premier long métrage du couturier, mettant en scène un professeur à Los Angeles dans les années 60. En salles. Je Graphisme House of kids Ce duo de graphistes porté vers la musique dans ses créations présente une expo de dessins et projets intitulée «Dix filles faciles». Vernissage et party au Baron à suivre. 12Mail, 18h. >23/04 Prospectif cinéma Omer Fast Projection de trois courts métrages de 27 du cinéaste israélien, qui interroge la spectacularisation de l information et sa réception par le public. Centre Pompidou, 20h, 4/6 e. Ve Graphisme Thonik Exposition du bureau de design basé à Amsterdam dont le travail est très présent dans l espace public hollandais. Derniers jours. Galerie Anatome, 22/01>20/03 Cinéma Cinéma d avant-garde Séance de correspondance entre cinéastes : Steve Dwoskin/Keja Ho Kramer, Alain Vega/Marc Hurtado, Marcel Hanoun/Francesca Solari, Armand Gatti/Fergus Daly. Cinémathèque, 21h30, 5/6,50 e. Sa Art Vernissages Une expo «Papier photo» avec Amy Granat, Pierre Leguillon, Alexandra Leykauf chez Valentin + Gutharc et Villepoix. Marais, 18h Di Photo Entre réalité et imaginaire Exposition de photographie de l artiste danoise Astrid Kruse Jensen, qui présente un univers onirique et inquiétant. Derniers jours. Maison du Danemark, >18h >7/03 Cinéma Aprile De Nanni Moretti, Italie, 1998, 80. La deuxième partie du journal intime du cinéaste italien, dont le silence pèse. Forum des images, 19h, 4/5 e. A venir Mode Défilés La semaine des défilés prêt-à-porter automne-hiver Carrousel et autres lieux, 3>11/03, infos sur modeaparis.com Art Armory Show Un voyage de 6 jours autour de la foire new-yorkaise d art contemporain et des principales galeries, où tout est organisé. Art Process, 3>8/03 infos sur artprocess.com Photo Eat me naked Derniers travaux du prolifique Rankin présentés dans une nouvelle galerie du 16e. Vernissage qui devrait valoir le détour. A Galerie, 5/03, 18h, >17/04 Cinéma Valvert De Valérie Mréjen, 2008, 52. Un documentaire sur l hôpital psychiatrique marseillais. Une exposition personnelle devrait aussi être présentée en mars à la galerie Serge Le Borgne. En salles, 10/03. Mode Yves Saint Laurent Rétrospective consacrée au couturier, retraçant 40 ans de création, 300 modèles ainsi que des dessins, des documents et des films, organisés par les commissaires Florence Muller et Farid Chenoune. Petit Palais, 11/03>29/08 Art Beat Takeshi Kitano, gosse de peintre Les dessins et peintures du réalisateur japonais, naïves ou vernaculaires, en écho à son cinéma. Un autre Japon que celui de Murakami. Fondation Cartier, 11/03>12/09 Foire Art Paris Nouvelle édition de la foire d art contemporain qui s entête à exister à contretemps de la Fiac et consorts A récompenser? Grand Palais, 18>22/03. Documentaire Cinéma du Réel Le festival qui suit et met en avant le documentaire, dont ce sera la 32e édition. Centre Pompidou, 18>28/03 Design Le bonheur est dans le design Exposition autour des pièces principales de la collection du Grand Hornu, de l Art nouveau à aujourd hui. Centre Wallonie-Bruxelles, 26/03>14/06 Lecture Fiction/Lectures performées Une rencontre entre l artiste Benjamin Seror et le poète Anne- James Chaton, suivi de la projection d un film de Jorge-Pedro Nunez. Fondation Ricard, 29/03, 19h Mode Une histoire de la jet set dans ses rapports à la mode Une conférence de l historien Fabrice d Almeida, dont la documentation remonte bien avant Gala. IFM, 31/03, 18h, 5 e. sur inscription

42 12 Mail 12, r. du Mail 2e M Etienne-Marcel A Galerie 12, r. Léonce-Reynaud 16e M Alma-Marceau Action Christine 4, r. Christine 6e M Odéon Agnès b. 1, r. Dieu 10e M République Artazart 83, q. de Valmy - 10e M République Les Arts Décoratifs 107, r. de Rivoli - 1er M Palais-Royal Art Process 52, r. Sedaine - 11e M Voltaire La Bank 42, r. Volta - 3e M Arts-et- Métiers Beaux-arts de Paris 13, q. Malaquais - 6e M Saint-Germain Bétonsalon 9, espl. Pierre Vidal- Naquet - 13e M Bibliothèque Centre culturel suédois 11, r. Payenne - 3e M Saint-Paul Centre culturel suisse , r. des Francs-Bourgeois - 3e M Rambuteau Centre Pompidou piazza Beaubourg - 4e M Rambuteau Centre Wallonie-Bruxelles 127, r. Saint-Martin - 4e M Rambuteau Cinémathèque 51, r. de Bercy - 12e M Bercy Cité de l Architecture 1, pl. du Trocadéro - 16e M Trocadéro Cneai Ile des impressionnistes Chatou Colette 213, r. Saint-Honoré - 1er M Tuileries La Cour du Marais 81, r. des Archives - 3e M Arts-et-Métiers De la Ville Café 34, bd de Bonne- Nouvelle - 2e M Bonne-Nouvelle Espace Louis Vuitton 60, r. de Bassano - 8e M George-V Fondation Cartier 261, bd Raspail - 14e M Denfert-Rochereau Fondation Ricard 12, r. Boissyd Anglas - 8e M Concorde Forum des images porte Saint- Eustache 1er M Halles Galerie Martine Aboucaya 5, r. Sainte-Anastase - 3e M Filles-du- Calvaire Galerie Anatome 38, r. Sedaine - 11e M Bastille Galerie Air de Paris 32, r. Louise- Weiss - 13e M Bibliothèque Galerie Art Concept 16, r. Duchefdelaville - 13e M Bibliothèque Galerie d architecture 11, r. des Blancs-Manteaux - 4e M Saint- Paul Galerie E.L Bannwarth 68, r. Julien- Lacroix - 20e M Belleville Galerie Anne Barrault 22, r. Saint- Claude - 3e M Saint-Sébastien- Froissart Galerie Carlos Cardenas 43, r. Quincampoix - 4e M Rambuteau Galerie M & T de La Châtre 4, r. Saintonge - 3e M Saint-Sébastien- Froissart Galerie Philippe Chaume 9, r. de Marseille 10e M République Galerie Chez Valentin 9, r. Saint- Gilles - 3e M Chemin-Vert Galerie Lucile Corty 2, r. Borda 3e M Arts-et-Métiers Galerie Crèvecœur 4, r. Jouye- Rouve 20e M Pyrénées Galerie Chantal Crousel 10, r. Charlot 3e M Filles-du-Calvaire Galerie Magda Danysz 78, r. Amelot 11e M Filles-du-Calvaire Galerie Patricia Dorfmann 61, r. de la Verrerie - 4e M Hôtel-de-Ville Galerie Les Filles du Calvaire 17, r. des Filles-du-Calvaire - 3e M Filles-du-Calvaire Galerie des Galeries 40, bd Haussmann - 9e M Chausséed Antin Galerie gb agency 20, r. Louise- Weiss -13e M Bibliothèque Galerie Laurent Godin 5, r. du Grenier-Saint-Lazare - 3e M Rambuteau Galerie Marian Goodman 79, r. du Temple - 3e M Rambuteau Galerie Alain Gutharc 7, r. Saint- Claude - 3e M Saint-Sébastien- Froissart Galerie Eva Hober 9, r. des Arquebusiers - 3e M Saint- Sébastien-Froissart Galerie du Jour 44, r. Quincampoix - 4e M Rambuteau Galerie Jousse Entreprise 24/34, r. Louise-Weiss -13e M Bibliothèque Galerie Yvon Lambert 108, r. Vieille-du-Temple - 3e M Fillesdu-Calvaire Galerie Serge Le Borgne 108, r. Vieille-du-Temple - 3e M Fillesdu-Calvaire Galerie Loevenbruck 40, r. de Seine - 6e M Saint-Germain Galerie Madé 48, r. de Lancry 10e M République Galerie Kamel Mennour 47, r. Saint- André-des-Arts 6e M Saint- Michel Galerie de Multiples 17, r. Saint- Gilles 3e M Saint-Paul Galerie Nuke 11, r. Sainte-Anastase - 3e M Filles-du-Calvaire Galerie Emmanuel Perrotin 76, r. de Turenne - 3e M Filles-du-Calvaire Galerie Praz-Delavallade 28, r. Louise-Weiss 13e M Bibliothèque Galerie Vanessa Quang 7, r. des Filles-du-Calvaire - 3e M Fillesdu-Calvaire Galerie Almine Rech 19, r. de Saintonge - 3e M Filles-du- Calvaire Galerie Michel Rein 42, r. de Turenne - 3e M Chemin-Vert Galerie Thaddaeus Ropac 7, r. Debelleyme - 3e M Filles-du- Calvaire Galerie Léo Scheer 14-16, r. de Verneuil - 7e M Saint-Germain Galerie Schleicher + Lange 12, r. de Picardie 3e M République Galerie Vallois 36, r. de Seine - 6e M Saint-Germain Galerie Anne de Villepoix 43, r. de Montmorency 3e M Arts-et- Métiers Galerie Xippas 108, r. Vieille-du- Temple - 3e M Filles-du-Calvaire Grand Palais 3, av. du Général Eisenhower - 8e M Champs- Elysées-Clémenceau Goethe Institut 17, av. d Iéna - 16e M Iéna IFM 36, qu. d Austerlitz - 13e M Gare-d Austerlitz Institut finlandais 60, r. des Ecoles - 5e M Saint-Michel Institut culturel mexicain 119, r. Vieille-du-Temple - 3e M Fillesdu-Calvaire Institut néerlandais 121, r. de Lille - 7e M Assemblée Jeu de Paume - Concorde 62, r. Saint-Antoine - 4e M Saint-Paul Kadist Art Foundation 19bis, r. des Trois-Frères - 18e M Abbesses Le Laboratoire 4, r. du Bouloi - 1er M Louvre The Lazy Dog 25, r. de Charonne - 11e M Bastille Le Lieu du design 74, r. du faubourg Saint-Antoine - 12e M Ledru- Rollin Louvre r. de Rivoli - 1er M Palais- Royal Maison de la culture du Japon 101, q. Branly 15e M Bir-Hakeim Maison du Danemark 142, av. des Champs-Elysées 8e M Etoile Maison Rouge 10, bd de La Bastille 12e M Quai-de-la-Rapée Musée d art moderne 11, av. du Président-Wilson, 16e M Iena MEP 5-7, r. de Fourcy - 4e M Pont- Marie Mk2 Quai de Seine 14, q. de la Seine - 19e M Jaurès Musée d art moderne 11, av. du Pdt- Wilson - 16e M Iéna L œil ouvert 74, r. François-Miron - 4e M Saint-Paul Nouveau Latina 20, r. du Temple- 4e M Hôtel-de-Ville Palais de Tokyo 13, av. du Pdt- Wilson - 16e M Iéna Passage de Retz 9, r. Charlot 3e M Filles-du-Calvaire Petit Palais av. Winston-Churchill - 8e M Champs-Elysées- Clémenceau Le Plateau 33, r. des Alouettes - 19e M Jourdain Pinacothèque de Paris 28, pl. de la Madeleine - 8e M Madeleine Point éphémère 200, q. de Valmy - 10e M Jaurès Spree 16, r. La Vieuville - 18e M Abbesses Surface to air 108, r. Vieille-du- Temple - 3e M Filles-du-Calvaire La Villette 211, av. Jean-Jaurès - 19e M Porte-de-Pantin septembre salon international du design pour la maison September 3-7, international home design exhibition Paris Nord Villepinte. Salon réservé aux professionnels. Trade only. Organisation SAFI, filiale des Ateliers d Art de France et de Reed Expositions France. SAFI - 4, passage Roux Paris Cedex 17. France. Tel. +33 (0) Fax. +33 (0) [email protected] preview, femme/woman: Jupiterimages / chaise/chair: EMU, Re-Trouvé (design Patricia Urquiola) STUDIOPIU Communication S.r.l / MAGIS, Voido (design Ron Arad) DR

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