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P. 970 Quand faut-il remplacer les AVK par les nouveaux anticoagulants? P. 976 Les nouveaux anticoagulants dans la prévention de la thrombose veineuse P. 980 Les nouveaux anticoagulants dans le traitement de la maladie veineuse Et sur le web : Bon usage du médicament, HAS juillet 2013 BSIP Nouveaux anticoagulants oraux Comme l a rappelé récemment la HAS, 1 les antivitamine-k restent la référence dans la prévention des accidents s veineux et artériels. Bien que leur efficacité soit largement établie, une zone thérapeutique étroite obligeant à une surveillance biologique régulière, les interférences médicamenteuses ou alimentaires rendent nécessaire la mise au point d alternatives thérapeutiques plus sûres et moins contraignantes. Désormais les médecins ont à leur disposition des médicaments actifs par voie orale, à dose fixe et sans contrôle biologique. Quelle place leur donner? Nous avions déjà abordé cette question dans une récente monographie consacrée à la fibrillation atriale. 2,3 Cependant face aux questions que soulève le recours à ces médicaments, il nous a semblé nécessaire de vous proposer un dossier traitant les trois indications actuellement validées par une AMM : la fibrillation atriale, le traitement de la maladie veineuse, sa prévention, afin de vous aider à un choix thérapeutique raisonné. Jean-Noël Fiessinger 1. http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2013-07/fs_bum_naco_v5.pdf 2. Fibrillation atriale. Monographie. Rev Prat 2013;63:183-213. 3. Fiessinger JN. Nouveaux anticoagulants : un coup de semonce! Rev Prat 2013;63:151. Septembre 2013 969

RR NOUVEAUX ANTICOAGULANTS ORAUX UNE SUBSTITUTION TENTANTE, MAIS QUI DOIT ÊTRE MÛREMENT RÉFLÉCHIE Quand faut-il remplacer les AVK par les nouveaux anticoagulants? Maxime Fournet, Jean-Claude Daubert Service de cardiologie, CHU de Rennes, 35033 Rennes Cedex, France. jean-claude.daubert@chu-rennes.fr De nouveaux anticoagulants oraux sont disponibles à la prescription depuis quelques mois. Les molécules actuellement commercialisées sont un inhibiteur direct de la thrombine, le dabigatran (Pradaxa), et deux inhibiteurs directs du facteur Xa, le rivaroxaban (Xarelto) et TABLEAU 1 C Score CHA 2 DS 2 -Vasc pour l évaluation du risque Congestive heart failure/left ventricular dysfunction (insuffisance cardiaque /dysfonction ventriculaire gauche) H Hypertension (hypertension artérielle) 1 A Age 75 years (75 ans et plus) 2 A Age 65-74 years (64 à 75 ans) 1 D Diabetes (diabète) 1 S Stroke (antécédent d AVC, AIT ou embolie systémique) 2 S Sex category - female (femmes) 1 Vasc Vascular disease (maladie vasculaire)* 1 Score maximal 9 Risque 1 facteur de risque majeur ou 2 facteurs de risque modérés Score CHA 2 DS 2 -Vasc 2 1 facteur de risque modéré 1 Aucun facteur de risque 0 l apixaban (Eliquis). Leur utilisation clinique a débuté en orthopédie pour la thromboprophylaxie après une chirurgie prothétique de la hanche ou du genou. Elle s est récemment étendue à des indications de long cours. Le principal avantage de cette nouvelle classe d antithrombotiques est leur facilité d utili- AIT : accident ischémique transitoire ; AVC : accident vasculaire cérébral. * Antécédent d infarctus du myocarde, maladie artérielle périphérique, plaque aortique. 1 Traitement antithrombotique recommandé Anticoagulant oral Anticoagulant oral (à privilégier) ou aspirine 75-325 mg/j Aspirine 75-325 mg/j ou pas d antithrombotique (à privilégier) sation (dose fixe, absence de monitoring biologique). Néanmoins, les risques d hémorragie en cas de surdosage et de thrombose en cas de sous-dosage demeurent, comme pour tout anticoagulant. Remplacer les antivitamine-k (AVK), dont on connaît les contraintes et les limites, par un nouvel anticoagulant oral peut être tentant. Cette mise au point se propose de décrire les situations cliniques où la substitution peut être soit nécessaire, soit potentiellement utile, et à l inverse celles où ces nouveaux anticoagulants sont contre-indiqués. Principales indications validées ou consensuelles de traitement anticoagulant oral au long cours Maladie veineuse Les recommandations actuelles se limitent aux AVK. Chez des patients ayant une thrombose veineuse profonde ou une embolie pulmonaire, les AVK sont débutés précocement en relais de l anticoagulation parentérale poursuivie au moins 5 jours, et jusqu à l obtention d un International Normalized Ratio (INR) supérieur à 2 sur deux dosages consécutifs à 24 heures d intervalle (recommandation de grade I, B). L INR cible des patients sous AVK pour une maladie veineuse est de 2,5 (grade I, B). La durée du traitement anticoagulant dépend des circonstances de survenue et des facteurs de risque de maladie veineuse identifiable. 1 970 Septembre 2013

La durée de l anticoagulation doit être d au moins 3 mois. La poursuite d un traitement anticoagulant au-delà de 3 mois est justifiée si le patient a eu un événement non provoqué et uniquement si le risque de saignement est faible à modéré. Fibrillation atriale non valvulaire La prescription d un traitement antithrombotique repose sur l évaluation personnalisée et régulière du rapport bénéfices/risques. L évaluation du risque, à l aide du score CHA 2 DS 2 -Vasc (tableau 1), est essentielle pour guider la prescription du traitement antithrombotique en cas de fibrillation atriale non valvulaire. Un score CHA 2 DS 2 - Vasc 1 justifie la prescription d un traitement anticoagulant. Le risque hémorragique est apprécié par le score HAS-BLED (tableau 2). 2 Un score HAS-BLED 3 est en faveur d un risque hémorragique élevé. Cependant, ce score ne doit pas contre-indiquer la prescription d un traitement anticoagulant et doit attirer l attention sur les facteurs de risque hémorragique modifiables. 3 Prothèses valvulaires Chez des patients porteurs d une prothèse valvulaire mécanique, le traitement anti - coagulant à vie par AVK est recommandé (grade I, B). La cible de l INR dépend des facteurs de risque liés au patient et du risque thrombogène propre au type de la prothèse implantée. Chez les patients ayant une bioprothèse, un traitement anti coagulant oral peut être envisagé dans les trois premiers mois après la chirurgie en cas de remplacement valvulaire aortique (grade IIb, C), mitral ou tricuspide (IIa, C), ainsi qu après une plastie mitrale (grade IIa, C). Un traitement antiagrégant plaquettaire est institué en relais ou en première intention. 4 Hypertension artérielle pulmonaire L hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) est une maladie rare. La prescription d un traitement anticoagulant ne doit pas être systématique, 5 sauf en cas d HTAP chronique postembolique (grade I, B). Elle TABLEAU 2 H Hypertension (hypertension artérielle) 1 A Score HAS-BLED pour l évaluation du risque hémorragique Abnormal renal and liver function (anomalie de la fonction rénale ou hépatique) 1 point chacun peut être envisagée dans le cadre d une HTAP idiopathique (grade IIa, C), d une HTAP familiale liée à une mutation génétique (grade IIa, C), d une HTAP liée à la prise d anorexi gènes (grade IIa, C) ou d une HTAP associée à une autre pathologie telle que les connectivites, l infection par le virus de l immunodéficience humaine, l hypertension portale, les cardiopathies congénitales (grade IIb, C). La cible de l INR se situe entre 2 et 3. Dans quelles indications les nouveaux anticoagulants oraux ont-ils été évalués? Maladie veineuse Dans le cadre du traitement curatif d un événement veineux, 1 ou 2 S Stroke (AVC) 1 B Bleeding (saignement) 1 L Labile INR (INR instable) 1 E Elderly (âge > 65 ans) 1 D Drugs or alcohol (médicaments ou alcool) 1 point chacun 1 ou 2 Score maximal 9 Mode d emploi du tableau HTA définie par PAS > 160 mmhg Anomalie de la fonction rénale définie par une dialyse, ou une transplantation rénale ou créatininémie 200 μmol/l Anomalie de la fonction hépatique définie par une maladie chronique hépatique (cirrhose) ou des anomalies significatives du bilan hépatique (p. ex. bilirubine à 2 fois la normale en association avec aspartate et alanine aminotransférases, phosphatases alcalines à 3 fois la normale, etc.) Saignement: antécédents de saignement et/ou prédisposition à un saignement (p. ex. anémie, diathèse hémorragique, etc.) INR labile: INR instable/élevé ou temps insuffisant dans la cible (p. ex. 60 %) Médicaments/alcool: médicaments associés comme les AINS, les antiagrégants plaquettaires ou abus d alcool, etc. AINS : anti-inflammatoires non stéroïdiens ; AVC : accident vasculaire cérébral ; INR : International Normalized Ratio ; PAS : pression artérielle systolique. quatre études randomisées, de noninfériorité, ont comparé les nouveaux anticoagulants oraux aux AVK (tableau 3). L étude RE-COVER, 6 incluant 2 564 patients, compare le dabigatran chez des patients victimes d un événement (thrombose veineuse profonde ou embolie pulmonaire confirmée objectivée). Le dabigatran était administré à la dose de 150 mg 2/j, et la warfarine ajustée à l INR pour une cible à 2,5. L étude EINSTEIN-DVT, 7 incluant 3 449 patients ayant une thrombose veineuse profonde confirmée symptomatique sans signes d embolie pulmonaire, compare le rivaroxaban (15 mg 2/j durant 3 semaines puis 20 mg par jour en 1 prise) à un schéma anticoagulant standard (énoxaparine en injections sous-cutanées à dose curative avec relais par la warfarine ou Septembre 2013 971

RR NOUVEAUX ANTICOAGULANTS ORAUX l acénocoumarol). La durée du traitement anticoagulant était de 3, 6 ou 12 mois. L étude EINSTEIN-PE, 8 incluant 4 832 patients victimes d une embolie pulmonaire symptomatique avec ou sans thrombose veineuse profonde, compare le rivaroxaban aux AVK selon le même schéma thérapeutique que l étude EINSTEIN-DVT. L étude AMPLIFY, 9 incluant 5 395 patients victimes d une embolie pulmonaire ou d une thrombose veineuse profonde proximale symptomatique, compare l apixaban (10 mg 2/j pendant 7 jours puis 5mg 2/j pendant 6 mois) à un schéma anticoagulant standard (énoxaparine en injections sous-cutanées à doses curatives avec relais par la warfarine pour un INR cible à 2,5). Dans ces quatre études, les nouveaux anticoagulants se révèlent être non inférieurs aux AVK sur le risque de récidive d un événement. Concernant les données de sécurité et de tolérance, ils sont non inférieurs au schéma d anticoagulation standard. Par ailleurs, le rivaroxaban apporte un bénéfice en diminuant le taux d hémorragies majeures dans l étude EINSTEIN-PE, ainsi que l apixaban qui diminue d une part le taux d hémorragies majeures et d autres part le taux cumulé d hémorragies majeures et d hémorragies cliniquement signifiantes. Dans le cadre de la prévention secondaire de la récidive d événements thrombo emboliques veineux, quatre études randomisées (EINSTEIN-EXTENSION, 7 RE-SONATE, 10 REMEDY, 10 AMPLIFY- EXT 11 ) montrent l intérêt de la poursuite d un traite ment par un anticoagulant oral (rivaroxaban, dabigatran, apixaban) pour une durée de 6 à 12 mois en relais d un traitement anticoagulant par AVK indiqué pour une thrombose veineuse profonde et/ou une embolie pulmonaire. Par ailleurs, le taux de complications hémorragiques est acceptable. Fibrillation atriale Trois grands essais randomisés, de noninfériorité, ont porté sur les nouveaux anticoagulants oraux versus AVK (warfarine) chez des patients atteints de fibrillation atriale non valvulaire (tableau 4). L étude RE-LY 12 a inclus 18 111 patients, d âge moyen 71,5 ans, ayant un score CHADS 2 moyen à 2,1. Deux dosages de dabigatran (150 et 110 mg 2/j) étaient comparés à la warfarine ajustée à l INR. L étude ROCKET-AF, 13 comparant le rivaroxaban 20 mg/j à la warfarine, a inclus TABLEAU 3 Principales caractéristiques des essais contrôlés testant l efficacité des nouveaux anticoagulants oraux vs antivitamine-k dans la maladie veineuse Produit Récidive d'un événement TEV fatal ou non fatal (%). hazard ratio (IC à 95 %) Hémorragies majeures ou cliniquement signifiantes (%). hazard ratio (IC à 95 %) Hémorragies majeures (%). hazard ratio (IC à 95 %) Dabigatran 2,4 % / 1,10 (0,65-1,84) 5,6 % / 0,63 (0,47-0,84) 1,6 % / 0,82 (0,45-1,48) RE-COVER 6 AVK 2,1 % 8,8 % 1,9 % Rivaroxaban 2,1 % / 0,68 (0,44-1,04) 8,1 % / 0,97 (0,76-1,22) 0,8 % / 0,65 (0,33-1,3) EINSTEIN-DVT 7 AVK 3 % 8,1 % 1,2 % Rivaroxaban 2,1 % / 1,12 (0,75-1,68) 10,3 % / 0,9 (0,76-1,07) 1,1 % / 0,49 (0,31-0,79) EINSTEIN-PE 8 AVK 1,8 % 11,4 % 2,2 % AMPLIFY 9 Apixaban 2,3 % / 0,84 (0,6-1,18) 4,3 % / 0,44 (0,36-0,55) 0,6 % / 0,31 (0,17-0,55) AVK 2,7 % 9,7 % 1,8 % Rivaroxaban 1,3 % / 0,18 (0,09-0,39)* 6 % / 5,19 (2,3-11,7)* 0,7 % / NA EINSTEIN-EXT 7 Placebo 7,1 % 1,2 % 0 % RE-SONATE 10 Dabigatran 0,4 % / 0,08 (0,02-0,25)* 5,3 % / 2,92 (1,52-5,6)* 0,3 % / NA Placebo 5,6 % 1,8 % 0 % Dabigatran 1,8 % / 1,44 (0,78-2,64) 5,6 % / 0,54 (0,41-0,71) 0,9 % / 0,52 (0,41-0,71) RE-MEDY 10 AVK 1,3 % 10,2 % 1,8 % AMPLIFY-EXT 11 Apixaban 5 mg* 2/j 1,7 % / 0,2 (0,11-0,34)* 4,3 % / 1,62 (0,96-2,73)* 0,1 % / 0,25 (0,03-2,24)* Apixaban 2,5 mg* 2 /j 1,7 % / 0,19 (0,11-0,33)* 3,2 % / 1,2 (0,69-2,10)* 0,2 % / 0,49 (0,09-2,64)* Placebo 8,8 % 2,7 % 0,5 % * Hazard ratio pour la comparaison des nouveaux anticoagulants oraux avec un placebo. AVK : antivitamine-k ; IC : intervalle de confiance ; NA : non analysable ; TEV : veineux. D après les réf. 6 à 11. 972 Septembre 2013

TABLEAU 4 Principales caractéristiques des essais contrôlés testant l efficacité des nouveaux anticoagulants oraux vs antivitamine-k dans la fibrillation atriale non valvulaire Produit AVC ou ES (% par an) / réduction du risque relatif Hémorragies majeures (% par an) / réduction du risque relatif Hémorragies intracrâniennes (% par an) / réduction du risque relatif Mortalité totale (% par an) / réduction du risque relatif Dabigatran 150 mg x 2/j 1,1 % / 34 % 3,11 % / 20 % 0,3 % / 60 % 3,64 % / 12 % RE-LY 12 Dabigatran 110 mg x 2/j 1,53 % / 9 % 2,71 % / 7 % 0,23 % / 69 % 3,75 / 9 % AVK 1,69 % 3,36 % 0,74 % 4,13 % ROCKET AF Rivaroxaban 2,1 % / 12 % 3,6 % / + 4 % (NS) 0,5 % / 33 % 4,5 % / 8 % (NS) AVK 2,4 % 3,4 % 0,70 % 4,5 % Apixaban 1,27 % / 21 % 2,13 % / 31 % 0,33 % / 58 % 3,52 % / 11 % ARISTOTLE AVK 1,6 % 3,09 % 0,8 % 3,94 % AVC : accident vasculaire cérébral ; AVK : antivitamine-k ; ES : embolie systémique ; NS : non significatif (p > 0,05). D après les réf. 12 à 14. 14 264 patients, d âge moyen 73 ans, ayant un score moyen CHADS 2 élevé à 3,5. La posologie était réduite à 15 mg/j chez des patients insuffisants rénaux avec une clairance de la créatinine entre 30 et 49 ml/min. L étude ARISTOTLE, 14 incluant 18 201 patients, d âge moyen 70 ans, ayant un score CHADS 2 moyen de 2,1, comparait l apixaban à la posologie de 5 mg 2/j à la warfarine ajustée à l INR. La dose d apixaban était réduite à 2,5 mg 2/j si le patient avait au moins deux critères suivants: un âge supérieur à 80 ans, un poids inférieur à 60 kg, et/ou une créatininémie supérieure à 133 mol/l. Dans ces trois études, les trois nouveaux anticoagulants font preuve de leur non-infériorité concernant le critère primaire (survenue d accident vasculaire cérébral ou d embolie systémique). Par ailleurs, le dabigatran à la dose de 150 mg 2/j réduit de plus d un tiers la survenue du critère primaire, et l apixaban se révèle supérieur aux AVK. Concernant les données de sécurité (hémorragies majeures et non majeures ayant un impact clinique), si les trois nouveaux anticoagulants se montrent non inférieurs à la warfarine, le dabigatran diminue le risque d AVC hémorragique, le rivaroxaban ainsi que l apixaban diminuent le risque d AVC hémorragique et d hémorragie fatale. La Food and Drug Administration déclare que les résultats rassurants concernant les données de sécurité de l étude RE-LY semblent se confirmer dans une étude post-enregistrement sur l utilisation du dabigatran. 15 Néanmoins, on note, dans l étude RE-LY, un taux de survenue d infarctus du myocarde plus important chez les patients recevant le dabigatran (150 mg 2/j) face aux AVK; de plus, la dyspepsie est plus fréquente chez les patients sous dabigatran comparativement aux AVK. L apixaban est le seul nouvel anticoagulant ayant montré une réduction de la mortalité toute cause. L étude RELY-ABLE 16 visait à obtenir des renseignements additionnels sur l innocuité et l efficacité à long terme (période de suivi de 1 à 3 ans) du dabigatran à la dose de 150 mg 2/j et 110 mg/j. Les deux doses de dabigatran ont été associées à un taux comparable et faible d accidents vasculaires cérébraux et d embolies systémiques. Cependant, le taux d hémorragies majeures est plus élevé sous dabigatran 150 mg 2/j. Prothèses valvulaires L étude RE-ALIGN 17 est la seule étude portant sur l utilisation d un anticoagulant oral, le dabigatran, comme alternative aux AVK chez des sujets porteurs d une prothèse mécanique valvulaire. Cette étude a été interrompue prématurément, en décembre 2012, à la lecture des résultats intermédiaires montrant une augmentation des événements thrombo emboliques et des hémorragies majeures dans le groupe de patients traités par dabigatran. Cet essai de phase 2 visait à évaluer le dabigatran versus AVK de manière prospective et randomisée chez 405 patients implantés d une prothèse mécanique à double ailette en position aortique et/ou mitrale. Les doses de dabigatran étaient de 150, 200, ou 300 mg 2/j en fonction de la clairance de la créatinine. Hypertension artérielle pulmonaire Aucune étude contrôlée n a été réalisée dans cette indication. Recommandations cliniques et AMM Les nouveaux anticoagulants oraux ont bénéficié d autorisations de mise sur le marché (AMM) récentes, fondées sur les preuves cliniques actuelles, dans deux indications. 18, 19 Maladie veineuse Dans l indication «Traitement des thromboses veineuses profondes et prévention des récidives sous forme de thrombose veineuse profonde et Septembre 2013 973

RR NOUVEAUX ANTICOAGULANTS ORAUX d embolie pulmonaire suite à une thrombose veineuse profonde aiguë chez l adulte», le rivaroxaban a obtenu l AMM. La dose recommandée de rivaroxaban pour le traitement initial des thromboses veineuses profondes aiguës est de 2 prises par jour de 15 mg pendant les 3 premières semaines, puis de 20 mg en une seule prise par jour pour la poursuite du traitement et la prévention des récidives sous forme de thrombose veineuse profonde et d embolie pulmonaire. Chez les patients atteints d insuffisance rénale modérée (clairance de la créatinine de 30 à 49 ml/min) ou sévère (clairance de la créatinine de 15 à 29 ml/min), les patients doivent être traités par 2 prises par jour de 15 mg pendant les 3 premières semaines, puis une seule prise par jour de 15 mg. Cette indication n a pas encore été transposée dans les recommandations cliniques internationales. Fibrillation atriale non valvulaire Dans l indication «Prévention des AVC et des embolies systémiques chez les patients adultes atteints de fibrillation atriale non valvulaire et présentant un ou plusieurs facteur(s) de risque, tels que: insuffisance cardiaque congestive, hypertension artérielle, âge 75 ans, diabète, antécédent d AVC ou d accident ischémique», le dabigatran et le rivaroxaban ont obtenu l AMM. Dabigatran (Pradaxa) «La dose quotidienne recommandée est de 300 mg/j en 2 prises, soit 1 gélule à 150 mg 2/j. Les patients âgés de 75 à 80 ans doivent être traités par une dose quotidienne de 300 mg, soit 1 gélule à 150 mg 2/j. Le médecin pourra envisager de façon individuelle une dose quotidienne de 220 mg/j, soit 1 gélule de 110 mg 2/j, si le risque est faible et le risque hémorragique élevé. Chez les patients âgés de 80 ans ou plus, la dose quotidienne doit être de 220 mg, soit 1 gélule à 110 mg 2/j du fait d un risque hémorragique accru dans cette population. Pour les patients ayant une insuffisance rénale modérée (ClCr comprise entre 30 et 50 ml/min), la dose quotidienne recommandée est également de 300 mg, soit 1 gélule de 150 mg 2/j. Toutefois, pour les patients à risque élevé de saignement, une réduction de la dose quotidienne à 220 mg, soit 1 gélule de 110 mg 2/j, devra être envisagée. Une surveillance clinique étroite est recommandée chez les patients ayant une insuffisance rénale. En cas d exposition excessive au dabigatran chez des patients à risque hémorragique élevé, une dose quotidienne de 220 mg, soit 1 gélule de 110 mg 2/j, est recommandée. Le traitement doit être arrêté en cas de saignement cliniquement pertinent. Une dose quotidienne de 220 mg, soit 1 gélule de 110 mg 2/j, peut être envisagée chez les patients ayant une gastrite, une œsophagite ou un reflux gastro-œsophagien du fait d un risque élevé de saignement gastro-intestinal majeur. La posologie doit être réduite à 220 mg, soit une gélule de 110 mg 2/j, chez les patients traités à la fois par dabigatran et vérapamil. Dans ce cas, le dabigatran et le vérapamil doivent être pris simultanément.» Rivaroxaban (Xarelto) «La dose recommandée, qui est également la dose maximale recommandée, est de 20 mg en une seule prise par jour. Chez les patients atteints d insuffisance rénale modérée (clairance de la créatinine de 30 à 49 ml/min) ou sévère (clairance de la créatinine de 15 à 29 ml/min), la posologie recommandée est de 15 mg en une seule prise par jour.» À qui ne pas prescrire les nouveaux anticoagulants oraux? Prothèses valvulaires mécaniques : à ce jour, la prescription des anticoagulants oraux n a pas lieu d être chez des patients porteurs d une prothèse valvulaire mécanique. Conséquence directe des résultats de l étude RE-ALIGN, l Agence nationale de sécurité des médicaments a rendu compte aux prescripteurs de la décision de l Agence européenne du médicament de contre-indiquer l utilisation du dabigatran, du rivaroxaban et de l apixaban chez les patients porteurs de prothèse valvulaire cardiaque justifiant d un traitement anticoagulant. Seul le traitement par AVK est indiqué selon les recommandations citées ci-dessus. Insuffisance rénale : le dabigatran est contre-indiqué si la clairance de la créatinine est inférieure à 30 ml/min ; le rivaroxaban est contre-indiqué si la clairance de la créatinine est inférieure à 15 ml/min, et est à utiliser avec prudence entre 15 et 49 ml/min. Certaines contre-indications sont communes aux nouveaux anticoagulants oraux: l hypersensibilité à la substance active ou à l un des excipients ; la grossesse et l allaitement ; l existence d un saignement évolutif cliniquement significatif ; une atteinte hépatique associée à une coagulopathie et à un risque de saignement cliniquement significatif. Chez qui remplacer les AVK par les nouveaux anticoagulants oraux? Du fait de la simplicité d utilisation et des moindres contraintes, les praticiens peuvent être tentés de remplacer les AVK par un nouvel anticoagulant oral. Ils vont être de plus en plus souvent sollicités en ce sens par leurs patients. En pratique, la substitution n est véritablement souhaitable qu en cas de difficulté majeure à maintenir un INR stable en zone thérapeutique. 20 Dans tous les autres cas, il n y a pas de justification à remplacer les AVK par un nouvel anticoagulant oral. 20 En particulier, il n y a pas d argument pour changer le traitement AVK en cas de: INR stable sous AVK ; insuffisance rénale sévère ; dyspepsie, gastrite, œsophagite, reflux gastro-œsophagien récurrent (effets indésirables plus fréquents sous dabigatran dans l étude RE-LY par rapport aux AVK); patient coronarien : 21 il n y a pas d argument pour changer, mais cela reste à confirmer. De même, le changement du traitement par AVK vers un nouvel anticogulant ne doit pas intervenir en cas de mauvaise observance des AVK. On peut craindre 974 Septembre 2013

qu elle soit encore moins bonne avec le nouvel anticoagulant. De plus, l absence de monitoring biologique ne permet pas de contrôler l observance. Comment faire en cas de relais entre AVK et anticoagulant oral, ou inversement? Dans le cadre d un relais des AVK par le dabigatran ou le rivaroxaban, le traitement par AVK doit être interrompu avant le début du traitement par le nouvel anticoagulant. 19 Il n y a actuellement aucune recommandation concernant l apixaban. Dabigatran Dans le cadre d un relais des AVK par le dabigatran, le dabigatran peut être instauré quand l INR est 2. Le relais du dabigatran par un AVK se fait en fonction de la clairance de la créatinine: pour une clairance 50 ml/min, les AVK sont débutés 3 jours avant l arrêt du dabigatran ; pour une clairance entre 30 et 50 ml/min, les AVK sont débutés 2 jours avant l arrêt du dabigatran. Dans les deux cas, la mesure de l INR est considérée comme fiable 48 heures au moins après la dernière dose de dabigatran. Rivaroxaban Dans le cadre d un relais des AVK par le rivaroxaban, ce dernier peut être débuté quand l INR est 3. Dans le cas inverse, les AVK sont débutés avant l arrêt du rivaroxaban jusqu à ce que l INR avant la dose suivante soit 2. La mesure de l INR est considérée comme fiable 24 heures au moins après la dernière dose de rivaroxaban. Conclusion Les nouveaux anticoagulants oraux constituent un indiscutable progrès dans le domaine des traitements antithrombotiques au long cours. Leurs indications dans la fibrillation atriale non valvulaire et dans la maladie veineuse thrombo embolique sont fondées à partir d études solides. Néanmoins, il est essentiel de respecter les AMM, et les règles de bon usage. M. Fournet déclare être consultant pour St Jude Medical. J.-C. Daubert déclare être consultant pour Boehringer Ingelheim, Medtronic, Sanofi-Aventis et St Jude Medical. SUMMARY When to replace the vitamin K antagonists by new anticoagulants? New oral anticoagulants (dabigatran, rivaroxaban, apixaban) have as main advantage an easier use (fixed dose therapy, no laboratory monitoring). Switching from vitamine K antagonists (VKA) to new oral anticoagulant is tempting. The indication of dabigatran and rivaroxaban for the prevention of stroke and systemic embolism in nonvalvular atrial fibrillation, and the indication of rivaroxaban for the treatment of deep-vein thrombosis and for the long-term prevention of venous thromboembolism are based from large, randomized trials. New oral anticoagulant should not be used to prevent stroke or major thromboembolic events in patients with mechanical prosthetic heart valve. It is recommended switching from VKA to new oral anticoagulant only if it is difficult to maintain a therapeutic INR. Non-adherence to VKA therapy should not justify the switch to a new oral anticoagulant. RÉSUMÉ Quand faut-il remplacer les AVK par les nouveaux anticoagulants? Les nouveaux anticogulants oraux (NACO) [dabigatran, rivaroxaban, apixaban] ont pour principal avantage leur facilité d utilisation (dose fixe, pas de monitoring biologique). Remplacer les antivitamine-k (AVK) par un NACO est tentant. Les indications du dabigatran et du rivaroxaban dans la fibrillation atriale non valvulaire en prévention des AVC et des embolies systémiques, et celle du rivaroxaban dans le traitement des thromboses veineuses profondes et la prévention des récidives après un évènement sont fondées sur des études solides; leur prescription n a pas lieu d être chez des patients ayant une prothèse valvulaire mécanique. Substituer un AVK par un NACO n est souhaitable qu en cas de difficulté majeure à maintenir un INR stable en zone thérapeutique; la mauvaise observance ne justifie en aucun cas un changement pour un NACO. RÉFÉRENCES 1. Kearon C, Akl EA, Comerota AJ, et al. 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