Atelier Transferts de fonds et développement au Sénégal Dakar, 20-21 Mars 2014 Synthèse pays Mécanisme de financement pour l envoi de fonds
La présente publication peut être reproduite en tout ou en partie sans l autorisation préalable du FIDA, à condition que la source soit indiquée par l éditeur et qu une copie du texte publié soit envoyée au FIDA. 2014 Fonds international de développement agricole (FIDA) Imprimé en décembre 2014
Table des matières Sigles et acronymes... 2 1 Synthèse des données clés... 3 2 Volumes et affectations des flux... 5 Total des fl ux reçus... 5 Origine des fl ux... 5 Affectation des fl ux et comportements des ménages récipiendaires et des migrants... 7 3 Infrastructure de marché... 9 Réglementation... 9 Caractéristiques des agents payeurs... 10 Coûts des transferts d argent... 12 Adéquation de l offre aux besoins des migrants... 13 Innovations technologiques au niveau des transferts nationaux et régionaux...14 4 Synthèse des enjeux pour le développement du marché... 16 Niveau macro... 16 Niveau méso...17 Niveau micro...17 5 Annexes: projets d appui aux envois de fonds des migrants... 18 Projets d appui du FIDA... 18 Projets d éducation fi nancière... 19 Le Programme d appui aux initiatives de solidarité pour le développement (PAISD)... 20 Tableaux Tableau 1: Évolution des transferts offi ciels de fonds reçus des migrants dans l UEMOA (en milliards de FCFA)... 5 Tableau 2: Origine géographique des fl ux reçus au Sénégal... 6 Tableau 3: Comportements d envois des migrants internationaux d Afrique et hors d Afrique... 6 Tableau 4: Origine géographique des fl ux reçus selon le lieu de résidence et l activité pour les ménages à faible revenu... 7 Tableau 5: Part de marché en volume par enseigne de STA (2010)... 10 Tableau 6: Points de service selon le type de prestataire de services fi nanciers...11 Tableau 7: Coût moyen pour le transfert de 200 USD, de la France et de l Italie vers le Sénégal... 12 Tableau 8: Services et produits fi nanciers proposés par types d intermédiaire fi nancier...14
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS Sigles et acronymes AFI Alliance for Financial Inclusion BCEAO Banque centrale des États de l Afrique de l Ouest BHS Banque de l habitat du Sénégal BICIS Banque internationale pour le commerce et l industrie du Sénégal BIMAO Banque des institutions mutualistes de l Afrique de l Ouest BIT/OIT Bureau international du Travail/Organisation internationale du Travail CBAO Compagnie bancaire de l Afrique occidentale CCP Compte courant postal CGAP Groupe consultatif d assistance aux pauvres CMS Crédit mutuel du Sénégal EFCB Établissement fi nancier à caractère bancaire EME Établissement de monnaie électronique FCFA Franc de la communauté fi nancière d Afrique FDF Formation des formateurs FIDA Fonds international de développement agricole GAB/DAB Guichet automatique de banque/distributeur automatique de billets IFS International Financial System IMF Institution de microfi nance MEI Mandat Express International MFEF Mécanisme de fi nancement pour l envoi de fonds MIX Market Information Exchange OCDE Organisation de coopération et de développement économiques OFII Offi ce français de l immigration et de l intégration PAISD Programme d appui aux initiatives de solidarité pour le développement PAMECAS Partenariat pour la mobilisation de l épargne et le crédit au Sénégal PIB Produit intérieur brut SFD Système fi nancier décentralisé SGBS Société générale de banques au Sénégal STA Société de transfert d argent UEMOA Union économique et monétaire ouest-africaine UPU Union postale universelle 2
1 Synthèse des données clés Migrants Envois de fonds internationaux Ménages bénéficiaires Montant moyen par envoi Coût moyen des envois de fonds Institutions impliquées et points de paiement Cadre réglementaire et environnement concurrentiel entre 500 000 1 et 2 500 000 2 établis pour la plupart en France, en Gambie et en Italie 703,7 milliards de FCFA / 1,53 milliard d USD / 1,07 milliard d EUR en 2013, selon les données estimatives de la Banque mondiale, soit 10,4% du PIB. Un marché des transferts rapides en espèces formels de l ordre de 400 000 transactions par mois. 600 000 ménages (32% des ménages) reçoivent des fonds, qui représentent 40% de leur revenu; 70% à 85% affectés à la consommation courante; 31% des familles récipiendaires n ont pas de comptes formels; 58% des familles récipiendaires ont constitué une épargne; Les familles bénéfi ciaires épargnent deux fois plus que les non bénéfi ciaires. 300 USD /210 /140 000 FCFA 3, huit fois par an. 8%, aligné sur le taux appliqué dans les autres pays africains. Les sociétés de transfert d argent (STA) internationales, en partenariat avec les banques et la Poste, qui proposent également des services de transfert en propre. 1 208 points de paiement pour les transferts internationaux à 46% en zone rurale et un réseau de paiement de proximité par mobile supérieur à 3 000 points répartis sur l ensemble du territoire. Les clauses d exclusivité des STA internationales sont contestées, et il est possible pour un intermédiaire fi nancier de proposer plusieurs enseignes de STA. Les institutions de microfi nance (IMF), y compris celles supervisées par la Banque centrale des États de l Afrique de l Ouest (BCEAO), ne sont pas autorisées à effectuer des opérations avec l étranger, les obligeant à établir des partenariats avec des banques. Pour le paiement domestique et surtout régional, un dispositif réglementaire se développe pour encadrer les différents intervenants dans la chaîne de valeur de paiement de proximité avec l émergence de nouvelles catégories réglementaires, telles que les établissements fi nanciers de paiement, de monnaie électronique et les intermédiaires en opération de banque. 1 Organisation des Nations Unies, 2013. 2 Ministre chargé des Sénégalais de l extérieur, Le Soleil, 11 juillet 2013. 3 Aux fi ns du présent document, le taux de change utilisé est celui de 460 FCFA pour 1 USD, sauf indication contraire. 3
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS Canaux et modes de réception Produits pour les migrants et vente croisée de services aux récipiendaires Inclusion financière et comportement financier des populations à faible revenu Les transferts en espèces dominent très largement le marché avec 85% des fonds reçus par l entremise des STA. Le canal informel (10% 4 à 20% 5 des fl ux informels) est progressivement absorbé grâce au développement du maillage des points de paiement des STA sur l ensemble du territoire, excepté pour les zones rurales à l écart des villes secondaires et grands axes routiers. Les options d ouverture de compte et d alimentation à distance de compte à moindre coût existent pour certaines banques et Postefi nances, tandis que les produits de fi nancement de l habitat sont quasiment limités à une banque (Banque de l habitat du Sénégal [BHS]). Les IMF expérimentent des solutions d approvisionnement des comptes à distance qui restent à consolider et à développer en échelle et en qualité. La vente croisée de services auprès des familles récipiendaires tant pour les banques que pour les IMF n est pas envisagée de façon systématique. Certaines IMF ont entrepris, de façon ponctuelle, des actions d éducation fi nancière auprès des familles des migrants. Taux de bancarisation des adultes (âgés de plus de 15 ans): 8,24% 6 auprès des banques et 23% 7 en incluant les systèmes fi nanciers décentralisés (SFD) 8. Comportements fi nanciers des ménages à faible revenu 9 vis-à-vis des services fi nanciers au cours des 12 derniers mois: 66% épargnent de façon formelle ou informelle; 43% ont envoyé de l argent (au Sénégal essentiellement) et 66% ont reçu de l argent (du Sénégal et de pays hors d Afrique principalement); 47% disposent d un compte ou d un portefeuille électronique (35% auprès d IMF, 22% auprès de banques, 6% détiennent un portefeuille électronique); 50% ont emprunté (principalement auprès de leurs proches); 7% ont souscrit à une assurance 4 BCEAO, 2013 5 OIT, 2010 6 Au 31/12/2012, BCEAO, Note d information 36, 4 e trimestre 2013. 7 Enquête nationale auprès des populations faiblement bancarisées 2011, Observatoire de la qualité des services fi nanciers, Ministère de l économie et des fi nances, République du Sénégal, décembre 2012. 8 BCEAO. Sauf mention contraire, le taux de bancarisation calculé par la BCEAO rapporte le nombre de compte bancaire particulier à la population adulte âgée de plus de 15 ans. 9 La taille moyenne des ménages est de 9,3 personnes au Sénégal en 2010 (DHS-MICS). Ménages dont la moyenne de revenu rapportée à chaque membre du ménage s établit mensuellement à 32 000 FCFA à Dakar, 24 300 FCFA dans les autres villes (zones urbaines), 18 200 FCFA dans les zones rurales. Étude du Groupe consultatif d assistance aux pauvres (CGAP) sur la Cartographie de la demande et de l utilisation des services fi nanciers par les populations à bas revenus au Sénégal, rapport fi nal août 2013. 4
2 Volumes et affectations des fl ux Total des flux reçus Les envois de fonds ont représenté 10,3% du PIB du Sénégal en 2011 avec 702,5 milliards de FCFA (BCEAO, 2013). Le Sénégal représente ainsi près de la moitié des envois de fonds reçus dans l Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les envois de fonds des migrants permettent de réduire de plus de la moitié le déficit courant (hors dons) de la balance courante des paiements (de -18,5% à -8,2% du PIB), limitant ainsi la dépendance aux donations et à l endettement extérieur. Origine des flux Les envois de fonds proviennent majoritairement des pays européens, ce qui explique, dans une certaine mesure, la faible part de flux informels au niveau agrégé, avec toutefois une prévalence plus marquée du canal informel dans les zones rurales, caractérisées par un manque d infrastructure et de culture financière formelles. En règle générale, les migrants installés en Europe, aux États-Unis et au Canada tendent à envoyer davantage de fonds dans leur pays que ceux qui ont migré en Afrique et dans d autres régions du monde. En effet, 81% des migrants sénégalais en Europe et 79% de ceux qui se sont installés aux États-Unis et au Canada envoient de l argent à leurs proches, contre 60% dans les pays de l UEMOA, et 65% dans d autres pays d Afrique 10. Tableau 1: Évolution des transferts officiels de fonds reçus des migrants dans l UEMOA (en milliards de FCFA) 1400 1200 1000 800 600 400 200 0 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 Bénin Côte d Ivoire Mali Sénégal Source: BCEAO, 2013 Burkina Guinée-Bissau Niger Togo 10 Organisation internationale pour les migrations, Migration au Sénégal, Profi l national 2009 (citant les statistiques pour l année 2001 publiées en 2004 par l Agence nationale de la statistique et de la démographie). 5
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS Tableau 2: Origine géographique des flux reçus au Sénégal Autres 1% Amérique 7% Afrique 9% Europe 83% Autres - 1% Amérique - 7% Italie - 45% Autres Afrique - 7% Afrique de l Ouest - 2% Autres Europe - 5% France - 21% Espagne - 12% Source: BCEAO, 2013 Les flux informels représenteraient 10,4% au Sénégal selon l étude de la BCEAO 11 et 13% pour les envois en provenance de pays de l Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) selon une étude de la Banque mondiale en 2010. Ce niveau de formalisation des flux s explique également par un environnement compétitif entre enseignes de STA, favorisé par une levée graduelle des clauses d exclusivité et la présence sur le marché des IMF décentralisées et de la Poste qui complètent le maillage des banques. Tableau 3: Comportements d envois des migrants internationaux d Afrique et hors d Afrique Europe, Amérique Afrique Sénégal Propension à envoyer Montant moyen FCFA 80% 65% 43% 150 000 75 000 25 000 Fréquence/an 8 n.a. n.a. Informel 10%-15% 62% 54% Sources: IFAD, BCEAO, CGAP 11 L enquête a porté sur un échantillon de 501 ménages, dont 321 à Dakar, 100 à Diourbel et 80 à Louga. 6
2 VOLUMES ET AFFECTATIONS DES FLUX Affectation des flux et comportements des ménages récipiendaires et des migrants Malgré cette manne financière importante au niveau global comme au niveau des budgets des familles récipiendaires, les effets sur la bancarisation et l investissement restent faibles. Sur la base de l enquête de la BCEAO de 2013 auprès de 500 ménages, l affectation est essentiellement destinée aux dépenses de consommation des ménages. Avec 70% des montants reçus affectés à la consommation, le Sénégal est le seul pays de l UEMOA où l utilisation des transferts pour la consommation est supérieure à 50%, tandis que l investissement productif, avec seulement 1,2% des montants reçus qui y seraient consacrés, est le plus faible pour toute la sous-région 12. Selon une étude de l Organisation internationale du Travail (OIT) réalisée en 2010 13, sept ménages sénégalais sur dix ont un membre de leur famille qui vit à l étranger et trois ménages sur dix reçoivent des fonds en provenance de l étranger, pour un montant moyen unitaire d environ 300 USD/150 000 FCFA, à une fréquence moyenne de huit envois par an. Environ 600 000 ménages seraient ainsi bénéficiaires de transferts qui représenteraient 40% du revenu familial total. Il est important de relever que les ménages récipiendaires de fonds sont statistiquement plus nombreux à recevoir des fonds du Sénégal (2/3) que depuis l étranger (mais pour des montants inférieurs cependant), viennent ensuite les envois depuis des destinations hors d Afrique (1/3) et, enfin, depuis l Afrique. Bien que de nombreux bénéficiaires de transferts internationaux perçoivent les fonds qui leur ont été envoyés auprès d agences de banques ou d IMF offrant des services financiers, 31% seulement d entre eux entretiennent une quelconque relation formelle Tableau 4: Origine géographique des flux reçus selon le lieu de résidence et l activité pour les ménages à faible revenu* 65% Formel 10% 36% Informel rural Informel urbain 8% 12% 33% 42% 56% 67% Reçoit de l argent des proches depuis le pays Reçoit de l argent des proches depuis un autre pays d Afrique Reçoit de l argent des proches depuis un pays hors d Afrique * Un ménage peut disposer à la fois d un compte auprès d une IMF, d une banque et d un portefeuille électronique.) Source: CGAP, 2013 12 Dans une autre étude réalisée par la Direction de la monnaie et du crédit du Ministère de l économie et des fi nances, la part allouée à la consommation serait de 85% et celle allouée à l investissement de 14%. Enquêtes sur les transferts des migrants au Sénégal en 2011. 13 Orozco, Manuel. Transferts des migrants au Sénégal: résultats préliminaires, leçons et recommandations quant à l organisation du marché et aux opportunités d accès au marché fi nancier. OIT, Dakar, 2010. 7
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS avec une institution financière. Cinquante-huit pour cent des ménages bénéficiaires ont constitué une épargne dont le montant moyen s élève en moyenne à 406 USD/190 000 FCFA, contre 206 USD/100 000 FCFA pour les ménages qui ne reçoivent pas de fonds. Soixante-quinze pour cent des épargnants ont mis cet argent de côté sur une période de trois ans ou moins. Le mode de réception et d envoi dominant est l espèce, tant par le canal formel qu informel, et tant pour les corridors internationaux qu au niveau domestique. Au niveau international, 85% des familles récipiendaires disent réceptionner les fonds auprès d une agence de STA 14 tandis qu au niveau domestique les possibilités d arbitrage entre canaux informels et formels sont plus élevées: 32% des expéditeurs utilisent les deux, 54% utilisent le canal informel et 78% le canal formel 15. La réception de transferts internationaux sur un compte ne concerne que 3% des ménages récipiendaires. L utilisation de la carte pour la réception des envois de fonds internationaux est marginale. Moins de 5% des récipiendaires détiennent une carte de retrait (FINDEX 2011). De façon générale, l utilisation de cartes de retrait reste encore limitée bien qu en fort développement, avec 10% des personnes bancarisées préférant ce mode de retrait au retrait d espèces au guichet, et avec seulement 377 guichets automatiques de banque/ distributeurs automatiques de billets (GAB/DAB) concentrés essentiellement, comme les banques (cf. supra), dans la région dakaroise. Le mobile banking paraît présenter davantage de potentiel comme vecteur de formalisation, complémentaire aux STA, grâce à un maillage important sur l ensemble du territoire et une utilisation croissante sur le plan domestique. Du côté des migrants, il existe une épargne consacrée aux projets relatifs au pays d origine à plus ou moins long terme (retour forcé ou prévu, habitat, congés, imprévus, événements sociaux, opportunités d affaires, épargne collective communautaire, etc.) avec des motifs plus ou moins bien déterminés selon les personnes. Cette épargne vouée aux projets au Sénégal est en partie conservée dans les banques des pays d émigration et auprès des institutions financières sénégalaises. Il n est toutefois p as possible d en apprécier le volume avec précision comme dans d autres pays largement dépendants des envois de fonds des migrants tels que le Cabo Verde 16 et le Maroc, où les dépôts des migrants représentent 30% de l épargne des particuliers. Le principal motif d investissement des migrants est l habitat, avec 34% de l effort global d épargne des migrants sur leur revenu et seulement 5% pour l investissement productif (Banque africaine de développement, 2007), le reste étant consacré au soutien familial. L investissement productif concerne une partie minoritaire des migrants qui ont à la fois les capacités financières et l esprit entrepreneurial, soit environ 10% de la population. L investissement collectif dans des infrastructures de base (eau, éducation, santé) en faveur de la communauté du territoire d origine est particulièrement marquée pour les populations de la façade est (régions du fleuve Sénégal). 14 Idem op. cit. 15 Le canal informel est également plus souvent gratuit au niveau domestique (amis, parents qui se déplacent) qu au niveau international. 16 Nouveau nom du Cap-Vert. 8
3 Infrastructure de marché Réglementation Conformément à la réglementation en vigueur au sein de l UEMOA, les institutions autorisées à effectuer des opérations financières avec l étranger, en qualité d agents d organismes prestataires de services d envoi de fonds, sont en particulier les banques et les établissements financiers à caractère bancaire (EFCB) agréés, les bureaux de poste et les bureaux de change agréés 17. Le nouveau règlement de 2010 sur les relations financières avec l extérieur et l instauration de nouvelles catégories d établissements de crédit les EFCB à côté des banques ouvrent une nouvelle possibilité dans la zone UEMOA pour la catégorie spécifique des établissements financiers de paiement (catégorie 5 des EFCB) créée en décembre 2010 18 : celle d effectuer des opérations de transfert hors de l UEMOA et, le cas échéant, sous forme de services de paiement par téléphone mobile pour un capital minimum de 3 milliards de FCFA/6,5 millions d USD contre 10 milliards de FCFA/21,7 millions d USD pour les banques. Cette innovation réglementaire vient compléter la réglementation des opérations relatives à l émission et la distribution de monnaie électronique par la catégorie spécifique des établissements de monnaie électronique 19 (EME) autorisés à émettre et gérer des moyens de paiement reposant sur la monnaie électronique au sein de l UEMOA. Ces derniers, EME et établissements financiers de paiement, peuvent ainsi signer directement des partenariats avec des opérateurs étrangers tels que des STA ou des plateformes de paiement en tant qu agents. Les IMF, en tant que SFD, ne font pas partie des institutions autorisées à réaliser des opérations avec l extérieur et ne sont pas, par conséquent, autorisées à agir en tant qu agents directs des opérateurs de transferts d argent. Elles interviennent sur le marché des transferts rapides en espèces, ainsi qu un certain nombre de compagnies d assurances et de détaillants, en qualité de sous-agents de STA pour des banques souhaitant étendre leur réseau de distribution pour ces services. Le Ministère des finances est responsable de la tenue d une liste des payeurs agréés, ainsi que de l adoption des règlements relatifs à la lutte contre le blanchiment d argent, mais les obligations contractuelles d exclusivité qui peuvent donner lieu à des contrôles de type oligopolistique ou monopolistique ne sont pas réglementées. Hors de l UEMOA, pour les banques et a fortiori les SFD qui souhaiteraient faire la promotion de leurs services et produits à l étranger, les réglementations européennes et américaines sont restrictives quant au démarchage bancaire consistant à promouvoir les produits d institutions financières non agréées sur leur territoire, bien que des pratiques soient tolérées dans le cadre de conventions avec des banques ou en tant que bureaux de 17 Règlement n 09/2010/CM/UEMOA/ relatif aux relations fi nancières extérieures des États membres de l UEMOA. 18 Instruction BCEAO n 011-12-2010/RB relative au classement, aux opérations et à la forme juridique des établissements fi nanciers à caractère bancaire, en date du 13 décembre 2010 et entrée en vigueur le 1 er janvier 2011. 19 Instruction 01/2006/SP. 9
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS représentation. Les opérations d ouverture de compte à distance notamment par le biais d un mandat adressé à un autre établissement de crédit établi dans le pays d émigration, ou par le biais de site internet sur base documentaire pour les SFD (avec une personne résidente au Sénégal pour représenter le client) sont possibles de même que la réalisation d ordres permanents de virement d un compte d une banque étrangère vers le compte d un établissement basé au Sénégal. Caractéristiques des agents payeurs Au Sénégal, le marché des transferts internationaux est largement dominé par les transferts en espèces effectués par l entremise de différentes enseignes de STA et distribués par la Poste, les banques, les SFD et certaines compagnies d assurances et des détaillants. En 2010, la répartition des différentes parts de marché des transferts rapides en réception, largement dominée par Western Union, était estimée comme suit: Tableau 5: Part de marché en volume par enseigne de STA (2010) STA Nombre de transactions mensuelles Western Union 300 000 MoneyGram 30 000 Ria 30 000 Money Express 15 000 Telegiros (Espagne) 10 000 Autres 10 000 Total 395 000 Source: Orozco, 2010 Le principal payeur en volume est la Compagnie bancaire de l Afrique occidentale (CBAO 20 ), qui est agent à la fois de Western Union et de MoneyGram, un fait rare avant 2010 dû à la fusion entre deux banques nationales en 2009. Même si les transferts effectués par la banque pour le compte de Western Union et de MoneyGram ont sensiblement fléchi en 2012 sous l effet de la crise financière, la CBAO est néanmoins restée le principal établissement payeur du pays en 2013. La Poste et sa filiale financière Postefinances 21 ont un rôle actif dans le marché des transferts de fonds, avec une part de marché estimée à plus de 21%. Postefinances administre plus de 100 000 comptes chèques et d épargne. La Poste possède le plus grand réseau de distribution de transferts dans le pays, avec 207 bureaux postaux au Sénégal, surtout en dehors des centres-villes, et détient environ 30% de la part de marché en volume de Western Union. Les bureaux postaux fournissent plusieurs services en collaboration avec des STA, Western Union en particulier, Choice Money Transfer, Cash 20 Groupe Attijariwafabank. 21 Postefi nances a été créé en 2006 pour spécialiser les activités fi nancières de la Poste au sein d une fi liale dédiée. Postefi nances envisage sa transformation sous forme de banque afi n de développer ses activités et sa gamme de produits. 10
3 INFRASTRUCTURE DE MARCHÉ Minutes Transfast, Placid, MoneyGram, ainsi que le service Mandat Express International (MEI)/IFS avec les réseaux postaux du Burkina Faso, de la France, du Gabon, de la Gambie, de la Mauritanie, de la République démocratique du Congo et du Togo. Enfin, la Poste fournit les services de transfert de fonds d Eurogiro avec les réseaux postaux et banques postales en Europe. Postefinances dispose d une trentaine d agences spécialisées logées dans les plus grands bureaux de poste. Les banques travaillent avec certaines IMF afin d élargir leurs réseaux de paiement. Aujourd hui encore, au Sénégal, l un des principaux payeurs est la plus grande IMF du pays, le Crédit mutuel du Sénégal (CMS), qui effectue chaque mois environ 50 000 transferts pour le compte de Western Union par l intermédiaire de ses 209 succursales (implantées pour moitié en milieu rural), en tant que sous-agent de sa filiale bancaire, la Banque des institutions mutualistes de l Afrique de l Ouest (BIMAO). En termes de maillage du territoire national, les SFD (avec des portées nationale et régionale variables) et la Poste disposent d avantages comparatifs potentiels majeurs par rapport aux banques, qui restent concentrées sur la région dakaroise et les villes secondaires importantes positionnées sur les grands axes routiers. Les 1 208 points de paiement, dont 46% sont situés dans les zones rurales, reposent pour une large part sur les réseaux décentralisés de points de services de la Poste et des SFD. Les opérateurs distribuant des services de paiement par mobile encore restreint au paiement domestique présentent également un potentiel important pour améliorer la capillarité de l accès aux services de transferts internationaux. À titre d illustration, les opérateurs reposant sur un modèle bancaire supervisé par la BCEAO (Yoban tel avec la Société générale de banques au Sénégal [SGBS] et Orange Money avec la Banque internationale pour le commerce et l industrie du Sénégal [BICIS]) regroupent plus de 900 points de paiement répartis de façon homogène sur le territoire. Cela est sans compter le leader du marché domestique WARI, qui avance un réseau de 2 000 points sur l ensemble du Sénégal, et les solutions challengers comme Poste One et Joni Joni. Tableau 6: Points de service selon le type de prestataire de services financiers Type d institution Nombre d institutions Points de services Concentration région de Dakar Nombre d entités selon le nombre de points de services** >50 [26-50] [25-6] <6 Banques 19* 363* 68%** 1 5 6 7 SFD a 31** 582** 32%** 3 1 8 19 Postefi nances 1 207*** 14%*** Réseaux de paiement par mobile: Yoban tel, Orange Money 2 923** 32%** Wari 1 2 000**** NC a Ayant soumis leurs données au Mix Market, comprend les SFD les plus importants en taille et à même d établir des partenariats avec des banques et des STA. Fin 2013, 243 SFD sont enregistrés, totalisant 976 points de service. Sources: BCEAO, 2013*; Mix, 2014**; UPU, 2013***; CGAP, 2013**** 11
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS Coûts des transferts d argent Les accords d exclusivité entre les sociétés de transfert d argent et leurs agents ont constitué une entrave à la concurrence et à la diversification du marché 22 jusqu à la fin des années 2000. Désormais, l existence de deux, voire trois enseignes de société de transfert internationale se banalise tant pour les banques, la Poste que les IMF positionnées sur le marché des envois de fonds des migrants. C est par le biais de pressions/incitations commerciales que les STA cherchent à maintenir ou développer leur position avec, par exemple, l exigence de maintenir des guichets et du personnel dédié auprès des partenaires. Les STA mondiales Western Union, MoneyGram (qui dominent le marché), Ria, Choice Money Transfert-Small World, côtoient les STA régionales/de niche, Money Express, Telegiros, Cash Money, ainsi que les services de la Poste, Mandat Express International (MEI). Une dizaine d enseignes sont ainsi représentées. Cette concurrence a été rendue possible grâce à un effort consenti par les autorités sénégalaises sur la levée des clauses d exclusivité dans les contrats de représentation des STA, qui permet une mise en compétition des tarifs des différentes enseignes disponibles auprès d un même point de paiement pour l expéditeur des fonds. Le niveau moyen des tarifs observés reste toutefois tributaire des dynamiques concurrentielles en amont des corridors (côté expédition) et d une généralisation encore plus marquée du multi-enseigne pour les agents payeurs dominants au Sénégal. Ainsi, si des baisses de tarifs ont pu être observées sur certains corridors, l envoi de fonds vers le Sénégal reste encore une opération onéreuse. Le couloir de transfert le moins coûteux pour les envois avec remise en espèces est celui avec l Italie, où le taux appliqué pour l envoi de 200 USD est inférieur à 5% pour les STA et à 3% pour la Poste. Pour la France, le coût s établit en dessous de 6% pour les STA, en nette baisse depuis 2009 23 où ils s établissaient autour de 10%. En dehors du couloir France-Sénégal, les coûts d envoi sont en moyenne supérieurs à 8%, comme dans les autres pays africains. Tableau 7: Coût moyen pour le transfert de 200 USD, de la France et de l Italie vers le Sénégal Type de prestataire STA Poste Banques Coût moyen, Italie 4,86% 2,86% 7,63% Coût moyen, France 5,63% 7,86% 17,80% Source: Base de données de la Banque mondiale sur les coûts des envois de fonds, 1 er trimestre 2014. 22 Orozco, Manuel. Transferts des migrants au Sénégal: résultats préliminaires, leçons et recommandations quant à l organisation du marché et aux opportunités d accès au marché fi nancier. OIT, Dakar, 2010. 23 Il est important de distinguer dans la comparaison des coûts les différents modes d envoi. En effet, les modes d envoi en espèces, apanage des STA, sont les plus compétitifs et adaptés aux envois de fonds de faibles montants des migrants. Les coûts des envois vers des comptes, apanage des banques, dépendent de la spécialisation migrants des banques qui peuvent développer des offres spécifi ques compétitives avec les envois en espèces (comme en France pour les banques spécialisées pour les migrants dont les coûts s alignent avec ceux des STA), tandis que les offres bancaires traditionnelles reposant sur des systèmes comme SWIFT ou le correspondant banking ne sont pas adaptées pour les faibles montants et, par conséquent, pas compétitives. 12
3 INFRASTRUCTURE DE MARCHÉ Adéquation de l offre aux besoins des migrants Les besoins des migrants internationaux peuvent être catégorisés comme suit: envoyer de l argent pour soutenir la dépense familiale et faire face aux urgences; épargner au pays pour faire face aux imprévus, pour préparer un retour, des vacances, un projet économique ou d habitat; accéder au crédit pour financer un projet d habitat; et investir dans un projet économique. Pour satisfaire ces besoins, les migrants internationaux doivent pouvoir s appuyer sur un éventail de services de transfert d argent (espèces à espèces, espèces à compte, carte à espèces, etc.), de produits bancaires (comptes courants, comptes épargne, crédit habitat), de produits de financement et de services d accompagnement à la création ou au développement d entreprise. L offre des intermédiaires financiers au Sénégal est essentiellement centrée sur les services de transfert, et couvre principalement les besoins concernant les envois d argent (pour la famille en espèces et pour le migrant sur un compte). L offre de produits bancaires et, plus encore, d accompagnement pour l investissement productif reste marginale. La priorité des banques et des IMF est centrée sur les besoins basiques des migrants, tandis que la vente croisée de services auprès des familles n est pas envisagée de façon stratégique comme un courant d affaire tangible en dépit du potentiel d épargne qu elle représente 24. Les services d accompagnement ou de marketing auprès des familles bénéficiaires pour les inciter à utiliser les services financiers formels ne sont pas intégrés dans la démarche commerciale de la plupart des intermédiaires financiers, sauf certaines IMF qui ont mis en œuvre des actions d éducation financière visant les familles des migrants, mais pas de façon systématique. Ainsi, le modèle de partenariat entre les STA et les intermédiaires financiers (comme agents pour les banques et sous-agents pour les SFD) a permis de développer une offre de plus en plus compétitive avec une certaine pénétration des régions et la couverture des villes secondaires, qui a eu pour effet d absorber une large part des flux informels. En revanche, l offre de produits bancaires (comptes, comptes épargne et encore davantage le crédit habitat) pour les migrants reste confinée aux banques et sur Dakar essentiellement, avec un relais limité pour les SFD malgré des expérimentations pionnières qui gagneraient à être consolidées et élargies en échelle. Les SFD, en particulier, avec un ciblage et une gamme de services et produits de base correspondant aux besoins des familles, pourraient sans investissements lourds développer la vente croisée de services auprès des récipiendaires de transfert. Les banques ne disposent pas d un intérêt marqué pour servir cette clientèle, et Postefinances est relativement limitée pour développer cette stratégie du fait qu elle ne propose pas encore de crédit. 24 L épargne des familles des migrants est estimée à 130 millions d USD/60 milliards de FCFA, selon l étude de l OIT, 2010. 13
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS Tableau 8: Services et produits financiers proposés par types d intermédiaire financier Type d intermédiaire financier Transferts en espèces Transferts sur un compte Services et produits financiers Produits d épargne Produits de crédit habitat Éducation financière des familles Banques Par le biais des enseignes des STA ou des mises à disposition au guichet Certaines banques proposant des options de bi-bancarisation SGBS, CBAO/Attijariwafabank BHS BHS et SGBS (au cas par cas) Poste Services de transfert de la Poste et de STA Transferts vers un CCP avec le réseau Eurogiro CEP SFD Services de STA pour les 3 SFD de plus grande taille et rarement pour les moins grands De façon expérimentale pour certains SFD (essentiellement crédit en compte) PAMECAS uniquement Existante mais non systématique L éducation financière ciblant les familles récipiendaires n est pas promue par les différents intermédiaires financiers en association à la réception des transferts, pour développer la vente croisée des produits et une meilleure inclusion financière. L éducation des familles des migrants est ainsi surtout prise en main par des projets ad hoc visant l ensemble des clients potentiels des SFD essentiellement, et pas ceux de la Poste ou des banques. Enfin, les produits de financement et services non financiers d accompagnement pour l investissement productif ne font pas partie de l offre des intermédiaires financiers. Ce type de financement et d accompagnement est ainsi principalement proposé par des projets spécifiques avec une participation encore très limitée (exceptionnelle) des intermédiaires financiers. Innovations technologiques au niveau des transferts nationaux et régionaux Un certain nombre de plateformes de paiement permettent d effectuer des transferts d argent (et des services de paiement) grâce aux nouvelles technologies par téléphone mobile ou par carte. Ces différentes innovations favorisent l amélioration de la capillarité des points de services où il est possible d envoyer et de recevoir de l argent en ayant recours aux GAB pour les porteurs de cartes bancaires ou prépayées, ou auprès d agents détaillants non bancaires pour les solutions de paiement par mobile. 14
3 INFRASTRUCTURE DE MARCHÉ Différentes catégories de plateforme de paiement de détail coexistent: Opérateurs nationaux et régionaux: GIM UEMOA, qui promeut la monétique interbancaire par carte au niveau régional permettant de retirer de l argent avec une carte GIM UEMOA dans l ensemble des banques, établissements financiers (y inclus les SFD potentiellement), et de payer auprès des commerçants accepteurs dans la région pour des coûts réduits (500 FCFA le retrait). Opérateurs en téléphonie mobile comme Orange Money, qui propose désormais de transférer de l argent du Sénégal vers la Côte d Ivoire et le Mali en utilisant le réseau des agents détaillants Orange Money. Établissement de monnaie électronique (EME) comme FERLO, société de paiement sénégalaise et premier EME dans l UEMOA qui dispose de l agrément pour proposer des solutions de transfert et de paiement par carte et mobile au niveau national et régional. Opérateurs nationaux: WARI, qui représente le pionnier des transferts d argent par mobile au Sénégal, dont l utilisation est désormais passée dans les mœurs des familles sénégalaises du fait de la modicité des coûts, du maillage important, de sa praticité et de l absence d identification forte. La Poste, avec son service de transferts par mobile Poste One, qui élargit son réseau de paiement aux détaillants au-delà de ses bureaux. Yoban tel, qui propose un service de porte-monnaie électronique géré par la SGBS permettant d envoyer de l argent depuis/vers un mobile et de régler des factures au Sénégal ainsi que de recevoir des transferts depuis l Europe émis à partir d une carte bancaire. Yoban tel est également utilisé dans les opérations de paiement de Manko, un intermédiaire en opération de banques mandaté par la SGBS pour distribuer des services financiers de proximité à moindre coût. Joni Joni, une société émergente sur le même modèle que WARI. Ces initiatives contribuent à développer la capillarité du réseau de paiement domestique, avec des coûts réduits pour l utilisateur et un potentiel de couverture nationale accru même dans les zones où la connexion au réseau électrique ou internet fait défaut pour les solutions de paiement mobile. Ils participent également à l adoption des services de paiement par mobile par les populations bancarisées et non bancarisées distribués par des agents de paiement de proximité non bancaire. Il est à relever que les trois principaux SFD développent également des expériences pilotes pour la collecte d épargne et la possibilité de rembourser son crédit par portable, permettant ainsi de diminuer les coûts de distribution des services financiers, et d étendre le périmètre habituel des agences en dur, ou encore d apporter davantage de commodités aux clients. Cependant, l articulation de ces nouveaux modes de distribution des services aux transferts internationaux reste encore pour l instant limitée, pour des raisons à la fois réglementaires, opérationnelles et de partenariats stratégiques à constituer. Au plan de l UEMOA, des travaux sont en cours, visant à renforcer la réglementation encadrant les nouveaux acteurs (les EME et les intermédiaires en opération de banque), afin de favoriser l innovation dans un cadre sécurisé. 15
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS 4 Synthèse des enjeux pour le développement du marché Pour ce qui concerne l ensemble du secteur, les enjeux peuvent être synthétisés sur la base de l analyse proposée et d autres études et initiatives en cours sur la question de la manière suivante. Niveau macro Au niveau macro du secteur concernant les décideurs publics, les organismes de réglementation et de supervision: Continuer à promouvoir la concurrence au niveau régional et en concertation avec les principaux pays expéditeurs, dans la continuité des efforts déployés par le Sénégal avec les acteurs du secteur privé (banques, SFD, STA) pour lever les clauses d exclusivité dans les contrats de représentation des STA internationales en portant le plaidoyer au-delà des frontières du Sénégal, auprès des pays expéditeurs afin de bénéficier des effets de la concurrence déjà en application au Sénégal. Poursuivre la consolidation du cadre réglementaire et la concertation avec les acteurs concernés pour les opérations de transfert et de paiement domestique, notamment, en vue de faciliter leur intégration internationale dans le cadre de partenariats transnationaux innovants. Maintenir le dialogue avec les instances réglementaires des pays d envois de fonds et les instances de concertation entre pairs telles que l Alliance for Financial Inclusion (AFI), pour sécuriser et faciliter les offres de bi-bancarisation dans un cadre réglementaire accommodant et explicite. Approfondir les efforts de mesure des envois de fonds des migrants comme la connaissance du nombre de migrants à l étranger, la part résiduelle de l informel, ainsi que l infrastructure en points de paiement en milieu rural pour les flux de transferts en espèces. Également, estimer le volume de l épargne des migrants (sur compte courant, épargne, résidents et non-résidents) pour mieux définir les politiques et incitations visant à sa mobilisation élargie en combinant des études sur la demande à une amélioration des données disponibles auprès de l offre. Évaluer l impact des actions d éducation financière menées au Sénégal avec une attention particulière à celles destinées aux familles des migrants et aux migrants en Espagne, en France et en Italie 25 sur le niveau d utilisation des services et produits financiers formels. 25 Pays pilotes des actions menées. 16
4 SYNTHÈSE DES ENJEUX POUR LE DÉVELOPPEMENT DU MARCHÉ Niveau méso Au niveau méso du secteur concernant l offre des prestataires de services financiers: Améliorer les produits proposés aux migrants et l approche commerciale vis-à-vis des familles bénéficiaires des transferts par la vente croisée de produits de base complémentaires (épargne, crédit, assurance) pour l ensemble des intermédiaires financiers (banques, Poste, SFD). Renforcer le rôle de Postefinances dans la distribution des services de transfert et de produits financiers de base en mettant à profit son infrastructure décentralisée. Renforcer le rôle des SFD, en particulier pour leur offre de produits adaptés aux populations rurales et, plus largement, à faible revenu pour les SFD dominants, et leur renforcement institutionnel pour les réseaux ruraux non rattachés à des réseaux ayant une envergure nationale. Développer (ou spécialiser) des dispositifs (existants) d accompagnement à l investissement des migrants pour la consolidation, la formalisation ou la création d entreprise, notamment en milieu rural. Développer le maillage territorial et l utilisation effective des nouveaux moyens de distribution des services financiers par carte et par mobile. Renforcer l intégration des solutions de paiement domestique par mobile avec les opérations de transfert international. Niveau micro Au niveau micro du secteur, concernant la demande des migrants et des familles bénéficiaires: Développer l autonomie financière des migrants et de leurs familles en mobilisant davantage leur capacité d épargne, l utilisation des intermédiaires financiers formels ainsi que leur esprit d entreprise (éducation financière). Faciliter l adoption des nouveaux moyens de paiement monétiques (mobile, carte) et de distribution au dernier km (agent détaillant, GAB/DAB). 17
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS 5 Annexes: projets d appui aux envois de fonds des migrants Projets d appui du FIDA Le Mécanisme de financement pour l envoi de fonds (MFEF) (Financing Facility for Remittances FFR, en anglais), coordonné par le FIDA, a financé quatre projets au Sénégal, un pour la Poste et trois en faveur de SFD. Le MFEF est en train d en démarrer un autre avec la Poste, dans le cadre d une initiative régionale relative aux services financiers postaux en Afrique 26. L approche du MFEF était résolument centrée sur une meilleure inclusion financière des migrants et de leurs familles grâce à des expériences pilotes qui ont permis d améliorer l accès à des produits adaptés pour les migrants et l utilisation des services et produits existants par les familles des bénéficiaires. Cette approche a combiné trois caractéristiques communes aux projets cofinancés: couverture des zones rurales; développement de produits pour la frange de population la moins bien servie par les banques (clientèles cibles des SFD et de la Poste); et mise en place de canaux alternatifs de transfert. Des canaux innovants ont pu être testés, pour faciliter la réduction des coûts, proposer des solutions de transfert vers un compte, et accéder ainsi à des produits d épargne pour les migrants au plus près de leur zone d origine. Un produit de financement de l habitat pour les populations de migrants a été développé par le Partenariat pour la mobilisation de l épargne et le crédit au Sénégal (PAMECAS), et a pu faire levier sur l épargne des migrants pour accélérer le cycle de construction par tranches tout en constituant un produit d appel attrayant pour les autres services proposés aux migrants. Enfin, des approches commerciales élaborées avec les associations des migrants et/ou par le détachement de représentants commerciaux sur place ont pu être testées. L instauration d une confiance entre l institution financière et les migrants grâce à une relation commerciale fondée sur la proximité physique et sociale ainsi que la compétitivité coût/sécurité/fiabilité des services de transfert proposés sont des facteurs clés de succès. La proposition de produits adaptés est un facteur d attraction et d adhésion supplémentaire à cette base de service. Les expériences pilotes ont rencontré des difficultés dans la mise en place de partenariats commerciaux répondant à leurs exigences commerciales et à la conformité aux cadres réglementaires et ont cherché à les dépasser en forgeant des partenariats avec des banques ou des STA flexibles. Les résultats ne sont pas parvenus à une échelle suffisante pour atteindre une rentabilité commerciale, mais ces expériences pilotes ont apporté de riches enseignements, notamment sur les conditions de viabilité. 26 http://www.ifad.org/remittances/pub/african_f.pdf 18
5 ANNEXES: PROJETS D APPUI AUX ENVOIS DE FONDS DES MIGRANTS Ainsi pour des petites IMF, un investissement dans la mise en place de processus complexes ou de nouveaux produits, et le démarchage auprès de partenaires stratégiques comme des migrants à distance représentent des coûts lourds et requièrent des stratégies alternatives de minimisation des coûts: par exemple, en mutualisant des plateformes déjà existantes, en construisant une relation avec une ou des associations de migrants d une zone bien déterminée à proximité d une agence, en se fondant sur les produits de base existants plutôt qu en en inventant de nouveaux. Pour les IMF plus larges, l enjeu de la standardisation des processus pour un nouveau service de transfert de qualité, le marketing attenant en intégrant l éducation financière des familles récipiendaires, la possibilité pour le migrant de consulter son compte à distance, requièrent une mobilisation importante du management pour assurer une qualité de service et sa disponibilité sur l ensemble du réseau à la hauteur des attentes des migrants. Un tel investissement sur une ligne d affaires proposant des produits d épargne, de crédit et des services de transfert pour obtenir un résultat nécessite une masse critique de clients potentiels de l ordre de plusieurs milliers de personnes par corridor visé. Projets d éducation financière Le Bureau international du Travail (BIT) a mis en place, avec l appui de la Coopération espagnole, un projet d éducation financière visant spécifiquement les familles des migrants ainsi que les migrants, en partant des modules d éducation financière de référence de Microfinance Opportunities. Les modules ont été adaptés pour les migrants sénégalais et leurs familles avec l expertise du BIT capitalisée sur d autres couloirs, et grâce à la concertation d acteurs sénégalais spécialisés sur la thématique. Pour le Sénégal, 7 formations des formateurs (FDF) ont été organisées, 147 formateurs ont été formés et 1 050 personnes ont bénéficié d une formation. 650 migrants en Espagne, en France et en Italie ont également été formés en s appuyant pour une grande part sur des dirigeants d association de migrants, du personnel d organismes d appui aux migrants et sur la participation de personnels d intermédiaires financiers. Un ensemble d outils spécifiques d éducation financière pour les migrants a été constitué (guide du formateur, supports pour les participants, vidéos et supports visuels) ainsi qu un ensemble de pratiques capitalisées notamment sur l optimisation des plans de diffusion des formations et des messages clés par le biais de différents canaux appropriés. Le projet s est achevé en 2013 mais certaines formations perdurent, et l ensemble du matériel et des pratiques capitalisées sont mobilisables pour d autres actions. 19
ATELIER TRANSFERTS DE FONDS ET DÉVELOPPEMENT AU SÉNÉGAL SYNTHÈSE PAYS Le Programme d appui aux initiatives de solidarité pour le développement (PAISD) Le PAISD est un programme d appui aux initiatives des migrants sénégalais installés en France, financé par la République du Sénégal et la France. Le programme a été initié en 2005 et s est structuré autour de 5 axes: Composante 1: Accompagnement des promoteurs sénégalais établis en France, porteurs de projets d investissements économiques privés au Sénégal; Composante 2: Mobilisation de la diaspora hautement qualifiée établie en France pour la réalisation de missions d expertise de courte durée au Sénégal; Composante 3: Financement de projets de développement local dans les régions d origine des migrants; Composante 4: Volontariat de solidarité pour le développement; Composante 5: Mise en œuvre d une action sectorielle de contribution au désenclavement numérique des régions périphériques. Le PAISD, par le biais de ses composantes 1 et 3, a permis d accompagner l investissement individuel et collectif des migrants pour 482 porteurs de projets individuels et 131 infrastructures de projet. Les modes d investissement individuel sont: i) surtout des investissements de retour avec une réinstallation provisoire ou définitive du migrant; ii) dans une moindre mesure, des investissements à distance avec une délégation de la gestion à un gérant ou un proche de confiance; et iii) des investissements double espace à travers le développement d une entreprise ayant pour fournisseur ou clients principaux des entreprises du pays d origine. Le PAISD permet de valoriser les fonds propres du porteur de projets, de faire levier sur des ressources publiques (subvention de l Office français de l immigration et de l intégration [OFII]) et plus rarement privées, grâce à un accompagnement structuré en amont et en aval de la création. Si 70% des projets accompagnés sont localisés dans les régions de Dakar et Thiès, les secteurs investis sont très diversifiés et contribuent à la création d emploi à travers des petites entreprises avec un effectif de quatre personnes en moyenne pour des budgets d investissement de l ordre de 15 millions de FCFA dans les régions. Plus des trois quarts des projets collectifs sont réalisés dans les régions de Matam et Tambacounda. Prenant le contre-pied de l évolution des mentalités vers un plus grand individualisme et de la diminution, avec la crise, de la capacité contributive des migrants pour des investissements collectifs, le PAISD accompagne le souci d une partie des associations de migrants d utiliser leurs investissements collectifs pour faire levier sur l écosystème local avec des modèles économiques plus pérennes cherchant à combiner impact social et rentabilité économique. Des filières porteuses, en particulier dans le domaine agricole, ont ainsi été identifiées pour structurer les investissements collectifs vers des activités productives, soit indirectement par l aménagement de bas-fonds, de périmètres d irrigation, soit directement. Le PAISD est un dispositif qui permet de faire levier sur les fonds propres individuels et les ressources collectives des migrants et de sécuriser leurs investissements au Sénégal avec un impact direct sur l emploi, l infrastructure en services sociaux et la production de valeur ajoutée au niveau local. 20
Fonds international de développement agricole Mécanisme de Financement pour l Envoi de Fonds Via Paolo di Dono, 44-00142 Rome, Italie Téléphone: +39 06 5459 2012 Courriel: remittances@ifad.org www.ifad.org www.remittancesgateway.org ifad-un.blogspot.com www.facebook.com/ifad instagram.com/ifadnews www.twitter.com/ifadnews www.youtube.com/user/ifadtv