Les diarrhées du jeune veau Chaque année naissent en France environ 10 millions de veaux. 20% d entre eux seront atteints de diarrhées. Environ 500 000 vont en mourir. Il s agit donc d une pathologie importante tant sur le plan sanitaire que sur le plan économique. Une prévention médicale coûtera environ 15 uros. Le traitement d un veau malade est estimé à 30 uros. La perte subie par un veau mort de diarrhée est évaluée à 180 uros. Les agents pathogènes en cause Les diarrhées d origine bactérienne : Le principal agent isolé est Escherichia coli (le célèbre colibacille), dont plusieurs souches sont pathogènes pour les veaux de moins de 15 jours (communément appelées FY, K99 ou F5, CS31A, F17 et autres colibacilles entérotoxinogènes). La diarrhée peut comporter du sang ou être très liquide par l action de toxines sécrétées par les bactéries ; certaines souches sont à l origine de gastro-entérite paralysante particulièrement invalidante. Ces germes présents dans le milieu sont sensibles aux antibiotiques mais la rapidité d évolution et de contagion impose une prévention vaccinale. Plus rarement mais à garder à l esprit, la salmonellose peut également provoquer des diarrhées très fortes, avec du sang et une forte dégradation de l état général. Les diarrhées d origine virale : Parmi les virus le plus souvent mis en cause, les Rotavirus et Coronavirus sont à l origine de diarrhées sur les veaux de 4 jours à 3 semaines (principalement 8-5 jours). Ces diarrhées vont de la maldigestion à des diarrhées profuses, liquides, avec parfois du sang, et la déshydratation est souvent importante.
Le seul traitement possible est symptomatique (il n existe pas d antiviraux), par réhydratation et correction de l acidose (orale ou intraveineuse), prévention des surinfections (traitement antibiotique). Par contre, la prévention vaccinale apporte une bonne protection. Le virus BVD est également responsable de diarrhées fortement invalidantes, surtout en association avec d autres pathogènes, voire de mortalité (veaux IPI). D autres virus moins connus comme le Torovirus, le Calicivirus peuvent être à l origine de diarrhées mais aucun plan de prévention n est disponible. Les diarrhées d origine parasitaire : La cryptosporidiose (agent de la même famille que la coccidiose) est un pathogène fréquemment isolé lors de diarrhées de maldigestion, voire de diarrhées aigües (liquides, parfois avec du sang) sur des veaux de 2 à 15 jours (voire 3 semaines pour certains). Très résistant dans le milieu environnant, il existe une prévention médicale et un traitement curatif, mais leurs coûts et l intolérance alimentaire qu ils peuvent générer sont à prendre en considération. La giardiose est à l origine de diarrhées chroniques, moins fréquente (ou sous-évaluée), dont le traitement est en général efficace (pas de prévention nécessaire). Bien évidemment, la Nature a prévu des «associations de malfaiteurs» (plusieurs pathogènes au cours d un même épisode de diarrhée), il ne faut donc pas sauter sur la première idée : «sang=crypto» ou «diarrhée à 2j=colibacille», et un protocole préventif ne s envisage qu après un diagnostic précis. Le diagnostic des diarrhées des veaux Des tests individuels sont possibles pour une identification rapide (de l ordre de 30 minutes) ; voir plus loin «réalisation pratique d un prélèvement de diarrhée». Cependant, faire attention qu un prélèvement unique ne donne pas systématiquement la réponse à tous les problèmes de l élevage, et le prélèvement de l année précédente ne présage pas des problèmes futurs pour la saison.
Il faut également penser qu un prélèvement négatif sur les 5 principaux germes testés ne signifie pas que l animal n est pas malade (il existe des pathogènes dits mineurs non analysés), et il faut toujours garder à l esprit que beaucoup de diarrhées ont une origine alimentaire. Il est également possible d évaluer le transfert d immunité colostrale sur les veaux par des prises de sang. D autres analyses sont envisageables, notamment sur les mères : profil métabolique pour préciser les apports en oligoéléments, le métabolisme hépatique ; coproscopies pour évaluer le parasitisme, sérologies (BVD, IBR notamment). La réalisation pratique d un prélèvement de diarrhée Ce qu il faut faire : Utiliser un récipient stérile (sinon, pot de verre passé au lavevaisselle). Choisir un veau n ayant eu aucun traitement. Provoquer l émission de diarrhée en titillant l anus du veau avec un doigt ganté. Prélever la diarrhée à la sortie de l anus. Réfrigérer l échantillon. Acheminer l échantillon rapidement au laboratoire. Ce qu il ne faut pas faire : Prélever la diarrhée par terre. Prélever un veau ayant déjà été traité. Attendre la fin de la saison des vêlages. Congeler le prélèvement. Désinfecter l anus du veau avant de prélever
La prévention des diarrhées des veaux LE TRANSFERT D IMMUNITE COLOSTRALE : L hygiène au vêlage, notamment dans un box de vêlage, est fondamentale pour assurer un démarrage dans des conditions correctes. L immunité à ce stade est réduite à sa plus simple expression : des immunoglobulines locales acquises dans le vagin au cours du vêlage (absentes pour un veau né par césarienne) et un stock d anticorps transmis par la mère par le cordon. Le veau est donc le reflet de l immunité de sa mère, et sera donc déficient en cas de : malnutrition sur la mère, carence en minéraux et oligoéléments, parasitisme, maladie générale (BVD, fièvre de lait, mammite, métrite, acétonémie ). L essentiel des défenses immunitaires sera transmis via le colostrum au cours des 48h suivant le vêlage, l intestin devenant rapidement imperméable aux anticorps. La quantité recommandée est de 4L dans les 12h et de 8L dans les 48h après le vêlage. Le rôle de l éleveur est alors fondamental : un veau qui tête sa mère ne boit pas forcément la quantité nécessaire. Par ailleurs, le colostrum passé le délai de 48h a peu d intérêt : c est un liquide riche et peu digeste. En plus de la quantité, la qualité doit être mesurée systématiquement : elle est très variable d une vache à l autre, et selon l état sanitaire au moment du vêlage. Le pèse-colostrum est un instrument simple d emploi, relativement fiable et peu cher pour vérifier la qualité. Quand on tire un colostrum de bonne qualité, il faut immédiatement en conserver une partie au congélateur (si possible dans un sac congélation en galette plate pour faciliter la décongélation, conservation quelques mois
maximum), et éventuellement quelques bouteilles au frigo si les vêlages sont groupés (conservation 8 jours maximum au réfrigérateur). La décongélation doit se faire dans l eau tiède mais surtout pas trop chaude, le choc thermique pouvant détruire les anticorps. L ALIMENTATION LACTEE : Voir le document «les bonnes pratiques de l alimentation lactée du jeune veau». LA PREVENTION MEDICALE : Une fois que les causes immunitaires, parasitaires et alimentaires ont été écartées, différents plans de prévention sont envisageables : Vaccination des mères : o ROTAVEC : 2 ml IM entre 3 mois et 3 semaines avant le vêlage Immunisation passive contre les diarrhées à E.coli (K99), Rotavirus et Coronavirus. Ou o SCOURGUARD 3 : 2 ml IM au tarissement et rappel 2-3 semaines avant le vêlage. Immunisation passive contre les diarrhées à E.coli (K99), Rotavirus et Coronavirus. Possibilité de rappel annuel dans les 10-15 jours précédant la mise-bas dans le cadre de vêlages IVV < 400j Ou o TRIVACTON 6 : 5 ml SC 1 à 2 mois avant le vêlage, rappel dans les jours précédant le vêlage Immunisation passive contre les diarrhées à E.coli (K99, CS31A, FY, F41), Rotavirus et Coronavirus. Possibilité de rappel annuel dans les 10-15 jours précédant la mise-bas dans le cadre de vêlages IVV < 400j Ces protocoles imposent une distribution manuelle de colostrum (pesé et en quantité suffisante!) durant les 48 premières heures de vie du veau. En cas d absence de réflexe de succion, utiliser une sonde œsophagienne.
Serum et colostrum enrichis : o LOCATIM : 1 flacon par voie orale au plus tôt après vêlage (maximum 12h), seul ou dilué dans du lait. Immunisation contre les diarrhées à Colibacille K99, en complément du colostrum maternel. Ou o BIOCOLOST : 1 flacon par voie orale au plus tôt après vêlage (maximum 6h) Apport colostral non spécifique. Ou o COLOSPROTECT sachet : 1 sachet dans 1,5 L d eau chaude par voie orale au plus tôt après vêlage, puis toutes les 12h en remplacement du colostrum maternel (délai lait et viande : nuls) Apport colostral non spécifique. Le traitement du veau à diarrhée Intervenir immédiatement! Ne pas différer le traitement car les jeunes veaux sont des «bébés» qui peuvent décliner très rapidement et devenir irrécupérables en quelques heures. Prendre la température du veau : Le veau a moins de 38.5 : Faire intervenir rapidement le vétérinaire, le veau part du mauvais côté et nécessite une perfusion intra veineuse adaptée à la situation. Pour apprendre à faire les perfusions intra veineuses chez le veau, consulter le document «la réanimation du veau nouveau-né» dans la section «généralitésprévention». Le veau a plus de 38.5 : Réhydrater le veau 3 fois par jour, par voie orale (sachets réhydratants ou efferhydran ) en supprimant le lait ou en conservant le repas lacté additionné de réhydratants prévus à cet effet (réhydion, diaproof, etc.).
Administrer un antibiotique par voie orale de préférence (Septotryl Colistine bolus par exemple), pendant 3 jours au moins. En cas de diarrhée due à la cryptosporidiose, utiliser un traitement spécifique. La situation doit s améliorer en 24 à 36 heures ; si ce n est pas le cas, présenter le veau au vétérinaire. CONCLUSION : Votre premier souci est d éviter l apparition et/ou la généralisation des pathologies néonatales dans l élevage. La prévention passe avant tout par une hygiène des locaux (du box de vêlage s il existe au logement du veau dans son premier mois de vie), et par une désinfection totale pendant la période de vide sanitaire (indispensable et toujours réalisable, même dans le cadre de vêlages répartis). La séparation des animaux malades est vivement recommandée pour éviter une contagion trop rapide. La prévention médicale doit être instaurée après avoir écarté les autres causes de diarrhée et à la suite d un diagnostic précis. Il faut toujours garder à l esprit que la pathologie évolue vite en élevage (d une saison à l autre voire en cours de saison) et que les causes sont parfois multifactorielles. Une bonne prévention doit réagir aussi vite que la maladie et être sans arrêt remise en cause.
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