DIRECTION GENERALE DU TRESOR ET DE LA POLITIQUE ECONOMIQUE 3 mars 2014 SERVICE ECONOMIQUE REGIONAL PEKIN Julien Bonnet, Attaché Sectoriel Energie, Transports, Environnement, Aéronautique Raphaël Guillet, conseiller Aviation Civile Objet : Le nouvel aéroport de Pékin Note L augmentation considérable du trafic aérien qu a connu Pékin ces dernières années a conduit les autorités à décider de la construction d un nouvel aéroport international de grande capacité au sud de l agglomération. Cet aéroport devrait être organisé autour d un terminal passager central dont le design fait aujourd hui l objet d un appel d offres pour lequel ADPi figure parmi les trois finalistes. I. Un aéroport au bord de la saturation La ville de Pékin compte un seul aéroport majeur : BCIA pour Beijing Capital International Airport, l aéroport international de la capitale (code IATA : PEK), inauguré en 1958 et situé au Nord- Est de l agglomération dans le district de Shunyi. Un autre aéroport, très peu utilisé pour le trafic civil, est situé à Nanyuan, au Sud. Situé à une trentaine de kilomètres de la place Tian An Men, l aéroport BCIA est relié au centre-ville par des services de bus, de taxis et, depuis 2008 par une ligne de métro dédiée (30 minutes entre le terminal 3 et la station de métro de Dongzhimen). Il est géré par l entreprise d Etat Beijing Capital International Airport Company, du groupe Capital Airport Holdings qui gère 42 aéroports dans le centre et le nord de la Chine, et qui est placé sous l autorité de l Administration de l Aviation Civile de Chine, la CAAC. L aéroport actuel comporte trois pistes parallèles orientées nord-sud ; l idée de construire une quatrième piste a souvent été évoquée, mais aucune décision n a été prise à ce jour. PEK a vu sa capacité augmenter très rapidement ces dernières années : d un seul terminal à l origine, l aéroport est passé à deux en 1999, puis le Terminal 3 conçu par l anglais Foster a été inauguré pour les Jeux Olympiques de 2008. Malgré cet agrandissement récent, l aéroport international de Pékin arrive déjà à saturation. En effet, le trafic aérien croît à un rythme très soutenu : de 27,2 millions de passagers en 2002 (26 ème rang mondial), l aéroport est passé à 85,6 millions en 2013 1, ce qui le place désormais au deuxième rang mondial derrière l aéroport d Atlanta aux Etats-Unis, qui doit sa position à son rôle de hub de la compagnie Delta Airlines. Cela correspond à un taux de croissance annuel de 11,0%. De plus l aéroport de Pékin est le sixième mondial en nombre de mouvements annuels avec 565 000, derrière celui d Atlanta mais devant Charles de Gaulle. 1 Source : Conseil International des Aéroports Figure 1 - Localisation de l ancien et du futur aéroport (sur carte Soso maps)
Pékin est aujourd hui de très loin le plus grand aéroport chinois : les autres grandes conurbations du pays (Shanghai, Métropole du Delta de la Rivière des Perles) disposent en effet de plusieurs grands aéroports, à l inverse de la capitale. Figure 2 Trafic passagers total (millions) en fonction du taux de croissance annuel en 2012 des plus grands aéroports chinois (Source : CAPA Center for Aviation) Le taux de croissance du trafic à Pékin est aujourd hui moins élevé que dans des villes plus petites, mais l augmentation reste très importante en valeur absolue. II. La ponctualité des vols est à améliorer Selon une étude américaine portant sur les 35 grands aéroports internationaux 2, l aéroport de la capitale serait le pire du monde en matière de ponctualité des vols: en juin 2013, seuls 18,3% des vols affichaient moins de 15 minutes de retard au départ. A titre de comparaison, pour l aéroport de Tokyo Haneda, en tête de ce classement, ce chiffre était de 95%. Les raisons sont à chercher à la fois dans la gestion de la plateforme et dans l espace aérien où sont gérés tous les départs et arrivées. Avec seulement trois pistes devant traiter un flux très important, l aéroport de Pékin fait face à des pics de trafic le matin, le midi et le soir. Hub d Air China, il accueille aussi de nombreux vols des autres compagnies nationales China Eastern et China Southern, ainsi que la nouvelle concurrente Hainan Airlines. A cela s ajoutent de nombreux vols internationaux opérés par les compagnies aériennes étrangères. Il arrive aussi souvent que les conditions météorologiques soient dégradées en raison de la pollution atmosphérique ou des orages d été, ce qui pousse parfois les avions à se dérouter sur l aéroport de Tianjin, à 150 km de Pékin. Pour remédier à toutes ces difficultés, l aéroport de Pékin a lancé la mise en œuvre du concept de «prise de décision en collaboration» (en anglais, Collaborative Decision Making). Ce concept adopté déjà sur de nombreux aéroports internationaux vise à mettre en commun des données entre les acteurs principaux : opérateur de la plateforme, compagnies aériennes, service de météorologie, service de dégivrage. Chaque acteur renseigne avec précision les 2 Flightstats, Airline and Airport On-time Performance Report, 08/06/13 2
données le concernant ce qui permet à ses collègues d optimiser les opérations. Si la compagnie aérienne prend du retard à l embarquement d un avion, elle en informera le contrôle aérien qui pourra alors faire décoller un autre avion, afin de ne pas perdre de créneau. A Pékin, le trafic concerne surtout des avions gros porteurs. On dénombre très peu d avions d affaires et d avions régionaux. La priorité est laissée au transport de masse. Une autre difficulté à laquelle est confronté l aéroport de Pékin est l absence de système d atterrissage par mauvais temps. L aéroport actuel est bien équipé d ILS (Instrument Landing System) Cat I et Cat II, mais pas de Cat III pour faire face aux pires conditions. Ce qui a pour conséquence une réduction drastique de la capacité aéroportuaire en cas de brouillard épais. L Aviation Civile française et Airbus apportent leur soutien à l aviation civile chinoise pour les aider à déployer ce système ILS Cat III à Pékin mais aussi sur les autres grandes plateformes chinoises. Enfin, l espace aérien en Chine est sous un contrôle militaire étroit qui ne laisse qu un espace restreint au trafic commercial. Les contrôleurs aériens civils disposent donc de peu de flexibilité pour gérer les flux aériens. En Europe, de nombreux pays ont mis en place le concept de gestion flexible de l espace aérien, qui permet de faire passer du trafic civil dans des zones militaires d entrainement non actives, et ce seulement pendant des pics de trafic. La Chine tente également de mettre en place ce concept mais se heurte à une force résistance des militaires chinois qui ne veulent pas abandonner leurs prérogatives. III. Les caractéristiques du projet de nouvel aéroport La construction d un deuxième aéroport à Pékin est étudiée depuis l inauguration du troisième terminal passagers de l aéroport en 2008. Le projet a été officiellement approuvé par le Conseil des Affaires d Etat, l organe suprême du pouvoir exécutif, en janvier 2013. Un site a d ores et déjà été retenu : il est situé au Sud de la capitale, dans le district de Daxing, à la frontière avec la province du Hebei. L aéroport comportera 8 pistes (7 pour usage civil et 1 pour usage militaire) et pourrait accueillir 70 millions de passagers par an en 2025 3, après plusieurs extensions additionnelles et devrait coûter au moins 70 Mds CNY selon les estimations officielles chinoises (8,3 Mds EUR). L inauguration est prévue pour fin 2018, alors que les premiers travaux n avaient pas toujours commencé début 2014. En février 2014, la CAAC a lancé une enquête publique destinée à recueillir les avis des riverains de la future infrastructure, ce qui pourrait être le signe de possibles mouvements d opposition de la part de certains d entre eux. Le chef du district de Daxing avait néanmoins annoncé en janvier que les travaux devraient débuter avant la fin de l année 2014 4. Le concours international pour le plan masse de l aéroport a été remporté par la compagnie néerlandaise NACO, spécialisée dans ce domaine. Figure 3 Le plan masse dessiné par NACO ( NACO) Nord en haut 3 China Daily Inter. du 14/01/13 http://usa.chinadaily.com.cn/business/2013-01/14/content_16110797.htm 4 China Daily du 17/01/14 http://www.chinadaily.com.cn/hqgj/jryw/2014-01-17/content_11056551.html 3
Outre un raccordement au réseau autoroutier, déjà présent dans la zone, il est prévu de construire un train express reliant le terminal passagers à la gare ferroviaire Sud de Pékin en une trentaine de minutes. Plusieurs villes de la province du Hebei situées à une trentaine de kilomètres de l aéroport pourront en outre être rapidement desservies depuis l aéroport (Langfang, Gaobeidian, Bazhou, Zhuozhou ). Notons enfin que le site est situé à environ 100 kilomètres de Tianjin et 220 kilomètres de Shijiazhuang, autres grandes villes desservies par un aéroport. La nouvelle infrastructure doit devenir un levier pour le développement du district de Daxing : une «cité de l aviation» d une superficie de 300 km² réunissant habitations, industries de pointe et espaces commerciaux devrait voir le jour à proximité de l aéroport. De manière plus générale, celle-ci pourrait permettre un rééquilibrage du développement de la métropole, la majeure partie des activités économiques étant aujourd hui concentrées au Nord et au Nord-Est de l agglomération, dans les districts de Chaoyang et de Haidian. Les autorités chinoises sont encore indécises quant à la répartition des rôles entre les deux futures plateformes aéroportuaires. Elle pourrait se faire soit selon les alliances (les compagnies aériennes de Skyteam iraient à Daxing et celles de Star Alliance resteraient à Shunyi), soit par une séparation plus ou moins nette entre trafic national (restant concentré à Shunyi) et trafic international, sur le modèle de ce qui se fait à Shanghai. IV. Concours pour le design du terminal passagers Pour concevoir le terminal de l aéroport d une superficie totale de 700 000 m², qui pourrait devenir le plus grand du monde, les autorités chinoises ont lancé un concours international d architecture. Ayant été reporté à plusieurs reprises, le choix du candidat retenu devrait être annoncé début 2014. Après une première présélection, 3 candidats sont actuellement en course : ADPi (la filiale ingénierie d aéroport de Paris) et les cabinets britanniques Foster (qui a fait partie du consortium ayant conçu le terminal 3 de l aéroport de Shunyi) et Zaha Hadid (architecte très connue à Pékin pour les bâtiments SOHO). L expertise incontestée d ADPi dans les aéroports, tant au niveau conception qu opération, est un argument qui pourrait convaincre les décideurs chinois, mais à ce jour aucune annonce officielle n a encore été faite. 4
Annexe : Carte aéronautique de Pékin et des environs 5