Etat des lieux et perspectives



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Etat des lieux et perspectives du secteur de l accouvage en France 1. Méthodologie 1.1. Analyse bibliographique Un important travail bibliographique a permis de recenser l ensemble des données statistiques concernant le secteur de l accouvage français, de situer les principaux acteurs de la sélection au niveau mondial et en France, et de rassembler et classer les informations disponibles sur les différentes entreprises d accouvage françaises. Ces données sont notamment issues du SCEES, du SYSAAF (Syndicat des Sélectionneurs Avicoles et Aquacoles Français) et des sites web des entreprises. 1.2. Enquête postale auprès des entreprises Une enquête postale auprès des 91 entreprises d accouvage recensées, adhérentes ou non au SNA, a été réalisée entre juin et août 2006. Le questionnaire devait notamment permettre d identifier les opérateurs et leur activité (chiffre d affaires, nombre de salariés, espèces produites, etc.), d analyser les principales évolutions des entreprises depuis 2000 (considérée comme année de référence) en terme de restructurations et d investissements, de décrire les structures de production et d accouvage et de déterminer les liens existant avec les partenaires amont, élevages de multiplication et aval. L enquête comprenait également une première approche prospective qui devait apporter des éléments de réflexion sur les stratégies, forces et faiblesses des acteurs en fonction de leurs caractéristiques et de leur spécialisation par espèce, ainsi que sur les principaux enjeux pour le secteur au cours des prochaines années. Les résultats concernent un échantillon de 28 entreprises, dont deux seulement ne sont pas adhérentes au SNA. Près de la moitié des entreprises d accouvage adhérentes au SNA a participé (48 %). Au total, cet échantillon représente 58 % de la production nationale d animaux d un jour en 2005 (SCEES) ; la représentativité de l échantillon par espèce est très bonne en Gallus ponte, pintade et canard (maigre et gras), satisfaisante en dinde et Gallus chair et faible en oie (cf. tableau 1). Tableau 1 Représentativité de l échantillon en terme de production d animaux d un jour Espèce Prod. animaux 1 j en 2005 Représentativité échantillon Gallus chair 790 041 000 50 % Gallus ponte 48 693 000 94 % Dinde 105 695 000 66 % Pintade 42 107 000 93 % Canard 105 691 000 85 % Oie 1 218 000 22 % Total 1 093 445 000 58 % (Source : SCEES) RÉSUMÉ La filière avicole française connaît une crise structurelle depuis la fin des années 1990, aggravée par la médiatisation de l épizootie d Influenza aviaire à partir d octobre 2005 et les embargos qui ont suivi. Le maillon accouvage, situé en amont de la filière entre la sélection et l élevage des produits terminaux et fortement tourné vers l export, en a subi durement les conséquences. Dans ce contexte, le Syndicat National des Accouveurs (SNA) a souhaité que l ITAVI effectue un état des lieux et une analyse prospective du secteur de l accouvage en France afin de caractériser ce secteur relativement mal connu et en forte évolution, et de réfléchir à ses enjeux et perspectives d avenir. Malgré les restructurations importantes des dernières années, l accouvage français conserve une forte hétérogénéité ; on recense en 2005 sur le territoire national 91 entreprises d accouvage et environ 150 couvoirs, pour un parc de bâtiments de volailles futures reproductrices et reproductrices de 3,3 millions de m 2. D après les estimations réalisées à partir de l enquête, il représente près de 550 millions d euros de chiffre d affaires et environ 4600 salariés. Différents types d entreprises ont été caractérisés. Les perspectives apparaissent plus favorables pour les entreprises familiales indépendantes ou filiales d un sélectionneur (en canard et Gallus ponte), tandis qu on assiste actuellement à un désengagement de l aval (notamment en gallus chair). Le mouvement de concentration déjà engagé devrait se poursuivre et permettre une revalorisation des marges, une modernisation des entreprises et le maintien de leur compétitivité. Si la spécialisation des couvoirs semble incontournable pour des raisons de qualité sanitaire et d efficacité technique, la diversification des productions par la création de groupes multi-espèces et celle des bassins de production deviennent également des enjeux primordiaux pour faire face aux risques sanitaires et économiques. Annick AZARD (1), Pascale MAGDELAINE (1), Laëtitia COLIN (2), Julie PUTERFLAM (3) (1) ITAVI - 28, rue du Rocher - 75008 PARIS, (2) MASTER 2 PAEHQ - Parc de Grandmont - 37000 TOURS (3) ITAVI Zoopôle Beaucemaine 41, rue de Beaucemaine 22440 PLOUFRAGAN Contact : azard@itavi.asso.fr TeMA nº 2 - avril/mai/juin 2007 [ 19 ]

52 % de la surface des bâtiments d élevage de futurs reproducteurs et reproducteurs (Gallot, 2006, d après SCEES, enquête aviculture 2004 sur 48 départements) sont représentés dans l échantillon. 1.3. Entretiens Afin de valider les analyses réalisées à partir de l enquête postale, quelques entretiens approfondis ont ensuite été réalisés en janvier et février 2007, auprès d entreprises représentatives de la diversité du secteur. 2. Caractérisation du maillon accouvage L accouvage comprend l élevage des volailles futures reproductrices (élevage des parentaux d un jour à la mise en reproduction), l élevage des volailles reproductrices (production d OAC (œufs à couver) jusqu à la réforme) et le couvoir (mise en incubation des OAC). Une entreprise d accouvage a pour but de produire des OAC et/ou des animaux d un jour, mais elle peut également ne pas posséder la totalité de ces trois structures. Par ailleurs, le périmètre d activité des entreprises d accouvage inclut parfois des activités annexes difficilement différentiables de l activité principale comme l accouvage à façon, la production d œufs embryonnés, l élevage de grand-parentaux, voire la production de poulettes démarrées (pour les couvoirs Gallus ponte) ou une activité de négoce. Les indicateurs recueillis (chiffre d affaires, nombre de salariés, etc.) recouvrent le plus souvent l ensemble de ces activités. 2.1. Un maillon en lien avec un amont concentré La sélection des souches au niveau mondial est répartie entre quelques grands groupes internationaux en raison des moyens techniques et financiers importants requis pour cette activité. Après une période où les capitaux investis provenaient de secteurs extérieurs à l aviculture (groupes pharmaceutiques, fonds de pension, etc.), on constate depuis quelques années un retour de capitaux issus du milieu avicole dans le contrôle de l activité de sélection. Le marché mondial des souches de Gallus chair est ainsi contrôlé principalement par trois groupes : Aviagen (groupe allemand Erich Wesjohann, souches Arbor Acres et Ross), Hubbard (groupe français Grimaud) et Cobb Vantress (Tyson Foods, USA). Le marché des souches de Gallus ponte est réparti au niveau mondial pour moitié entre ISA (groupe hollandais Hendrix Genetics) et Hy-line / Lohmann (groupe Erich Wesjohann). Enfin le marché de la dinde est détenu par Aviagen (groupe Erich Wesjohann, souches B.U.T. et Nicholas), devant Hybrid Turkeys (Hendrix Genetics). En France, en raison de la diversification importante de la filière, la concentration de la sélection est moins forte, avec la présence de sélectionneurs spécialistes de produits spécifiques, comme la SASSO (Association des groupements Label Rouge du Sud-ouest et de la Sarthe), qui commercialise des souches Gallus chair pour le mode d élevage alternatif et de plusieurs sélectionneurs en palmipèdes, en pintades et en gibier. La reprise de la maîtrise de la sélection par des capitaux d origine avicole est perçue par les accouveurs que nous avons rencontrés comme un élément favorable pour l ensemble des filières avicoles, car permettant de favoriser une logique professionnelle de gestion à long terme et non plus de seule rentabilité financière à court terme. 2.2. Un maillon en restructuration Les entreprises d accouvage se sont fortement restructurées au cours des dernières années. On assiste à une diminution du nombre de groupes d accouvage (fermetures, rachats) et du nombre de couvoirs, certaines entreprises ayant été contraintes de fermer des sites. Le rythme de disparition des couvoirs Gallus s est élevé à 25 par an entre 1980 et 1990, à 10 par an entre 1990 et 2000 et à 7 par an entre 2000 et 2005 : en 2005 on compte 84 couvoirs Gallus, plus de la moitié ayant une capacité d incubation supérieure à 500000 OAC (cf. tableau 2). Tableau 2 Nombre de couvoirs par espèce en 2005 et variation depuis 2000 Espèce Nombre Dont capacité Var. nb couvoirs de couvoirs > 500 000 OAC 2005 / 2000 Gallus 84 46-34 Dinde 16 9-7 Pintade 12 7-3 Canard 31 8-11 Oie 14 0-7 (Source : SCEES) Un couvoir étant en général spécialisé dans une seule espèce, on peut considérer qu il en existe au total autour de 150 sur le territoire national. D après les statistiques du SCEES sur les éclosions par région en 2004, une part importante de l activité des couvoirs Gallus chair est répartie sur les Pays de la Loire et la Bretagne (respectivement 37 % et 33 % des poussins éclos utilisés), l activité dinde est encore plus concentrée sur la Bretagne et les Pays de la Loire (respectivement 58 % et 41 % des dindonneaux éclos utilisés), et en canard la seule région Pays de la Loire représente 68 % des canetons éclos utilisés. En 2004 (derniers résultats disponibles), et sur 48 départements, le parc de bâtiments de volailles futures reproductrices représentait environ [ 20 ] TeMA nº 2 - avril/mai/juin 2007

c est près de la moitié des OAC produits en France qui est destinée à l export, ce qui montre la forte dépendance du maillon accouvage vis-à-vis des marchés à l export, du contexte international et de la réglementation liée à la situation sanitaire des pays exportateurs. D où l importance pour ce maillon de conserver un haut niveau d exigence sanitaire, de poursuivre et même renforcer, en complément de contraintes réglementaires, les démarches qualité volontaires comme le Contrat de progrès CIDEF pour la dinde et la Charte sanitaire du SNA pour les couvoirs (Gallus chair et ponte, pintade, palmipèdes, gibier à plumes). Entre 2000 et 2005, les exportations d OAC sont globalement en baisse (quasi stabilité en OAC dinde), alors que celles d animaux d un jour sont plutôt en hausse, sauf en Gallus ponte (Douanes France). 1 100 bâtiments et près d un million de m 2 et le parc de bâtiments de volailles reproductrices environ 2 400 bâtiments et plus de 2,3 millions de m 2 (Gallot, 2006, d après SCEES, enquête aviculture 2004). Entre 2000 et 2005, la production d OAC a diminué de 10 % en Gallus chair, de 6 % en Gallus ponte, de 21 % en dinde et de 17 % en pintade, elle est par contre restée stable en canard et en oie (SCEES). L activité a été fortement perturbée en 2006, notamment sur le premier semestre, à la suite de la médiatisation de la crise de l Influenza aviaire, des chutes de consommation et de la fermeture de nombreux marchés d exportation en relation avec la perte du statut indemne d Influenza aviaire pour la France (de février à juin 2006), contraignant les accouveurs à détruire des OAC et à anticiper des réformes. Sur l ensemble de l année 2006, les éclosions sont en repli de 11 % en Gallus chair et en pintade par rapport à 2005 et de 9 % en dinde (SCEES). 2.3. Un maillon tourné vers l export L accouvage est, après la sélection, le maillon de la filière avicole le plus dépendant de l export, à la fois directement par l export d OAC et d animaux d un jour et, indirectement par l export de viande de volaille ou d œufs de consommation, comme l a montré une étude réalisée par l ITAVI sur des données 2003-2004 (Champagne, 2005). En particulier pour la dinde, 61 % des OAC produits sont exportés sous forme d OAC, de dindonneaux d un jour ou de viandes et préparations, plus de la moitié de ces exportations étant le fait des accouveurs eux-mêmes (OAC ou dindonneaux d un jour). En Gallus chair, ce sont au total 52 % des OAC produits qui sont exportés directement ou sous forme de viandes et préparations, dont un quart seulement sous forme d OAC ou poussins d un jour. Le poids de l export est moins important dans la filière ponte avec l équivalent de 22 % des OAC produits, la moitié dépendant directement des accouveurs. Beaucoup de données issues des filières canard et pintade sont globalisées, ce qui en rend l interprétation plus délicate ; on peut estimer que les exportations représentent 30 à 35 % des débouchés des OAC produits en canard, dont moins de la moitié sous forme d OAC et de canetons, et près de 20 % des débouchés des OAC produits en pintade, dont un tiers de façon directe. Ainsi, selon les filières, de 20 % à plus de 60 % des OAC produits en France sont destinés à l exportation directement ou non. Au niveau global avicole, 3. Résultats de l enquête réalisée auprès des entreprises d accouvage Cette partie présente les principaux résultats issus de l enquête postale, à laquelle 28 groupes d accouvage ont participé, complétés par les entretiens réalisés par la suite. 3.1. Description des entreprises enquêtées Le chiffre d affaires (CA) moyen en 2005 des entreprises de l échantillon de l enquête postale est de 16,6 ± 22,3 millions d euros, pour une production moyenne de 28 ± 23 millions d animaux d un jour. La variabilité est importante, plus de la moitié des entreprises a un CA inférieur à 6 millions d euros. 22 entreprises ont un chiffre d affaires qui provient à plus de 70 % d une seule espèce, en général du Gallus chair ou du canard. Entre 2000 et 2005, le chiffre d affaires des entreprises de notre échantillon a eu tendance à diminuer en moyenne de 2,5 ± 6,3 millions d euros constants 2005. Le chiffre d affaires global de notre échantillon atteint 382 millions d euros. En se basant sur la répartition par espèce du CA 2005 des entreprises de l échantillon et en pondérant par la représentativité en terme de production d animaux d un jour de chaque espèce dans l échantillon, on peut estimer le chiffre d affaires 2005 global des entreprises du secteur accouvage au niveau national à près de 550 millions d euros. Les entreprises enquêtées emploient en moyenne 91 ± 170 salariés en 2005 (couvoirs et élevages en propre). La corrélation entre le CA moyen et le nombre de salariés étant très bonne, on estime à partir du CA global des entreprises du secteur le nombre total de salariés pour le secteur accouvage en France à environ 4600 personnes. La surface totale du parc de bâtiments de l échantillon est de 1,7 million de m 2, dont un peu plus du tiers appartient en propre aux entreprises d accouvage, le reste étant en contrat avec des éleveurs. Ces bâtiments se trouvent essentiellement en Bretagne et en Pays de la Loire, avec les trois quarts de la surface de l échantillon. TeMA nº 2 - avril/mai/juin 2007 [ 21 ]

12 entreprises sur les 28 de l échantillon se sont restructurées (fermetures et / ou rachats de sites) ou agrandies depuis 2000 : 6 ont racheté un site (croissance externe) et 7 se sont agrandies (croissance interne), seules 4 ayant dû fermer un site (modification qui s est toujours accompagnée dans cet échantillon soit d un rachat d un autre site soit d un agrandissement). Sur l échantillon, les entreprises de taille importante se sont surtout développées par croissance externe, en rachetant des outils existant, alors que les entreprises de plus petite taille ont plutôt procédé par croissance interne. Près des trois quarts des entreprises se sont modernisées depuis 2000 afin de gagner en productivité, et la quasi-totalité a réalisé des mises aux normes, en majeure partie d ordre sanitaire et traçabilité. Parmi les différents freins proposés pouvant peser sur les entreprises, celui qui a été jugé le plus contraignant au moment de l enquête est l Influenza aviaire, suivi des 35 heures, de l environnement et du sanitaire (notamment en canard). En parallèle, la menace qui pèsera le plus sur l accouvage français au cours des cinq prochaines années serait l Influenza aviaire, notamment très citée par les entreprises productrices de canard (en lien sans doute avec l obligation de déclaration des cas d Influenza aviaire faiblement pathogène), suivie de la concurrence des Pays tiers et des difficultés sur les marchés export (des produits de l accouvage mais aussi des produits finaux). 3.2. Typologie des entreprises enquêtées Pour réaliser une typologie des entreprises d accouvage à partir des résultats de l enquête, nous avons recherché quels éléments pourraient permettre de différencier des groupes d entreprises assez homogènes en terme de caractéristiques générales, d évolution au cours des dernières années et de perception de leur avenir. L entrée espèce, bien qu a priori intéressante car prenant en compte des réalités de marché très différentes, était difficile à mettre en œuvre sur notre échantillon, certaines espèces n étant produites que par un faible nombre d entreprises enquêtées (c est le cas par exemple en Gallus ponte, en dinde ou en pintade) ; les problématiques par espèce seront plutôt discutées par la suite. Les autres entrées qui semblaient particulièrement intéressantes à étudier, à partir des résultats de l enquête postale mais aussi de l avis des accouveurs rencontrés au cours de la phase d entretiens, étaient : d une part la relation de l entreprise avec le reste de la filière : intégrée par l amont de l accouvage (filiale d un groupe de sélection détenant plus de la moitié du capital), liée à l aval de l accouvage (un groupe de production ou d abattage détient au moins un tiers du capital) ou familiale indépendante (aucun actionnaire extérieur ne détient plus du tiers du capital) ; d autre part, compte tenu des risques sanitaires particuliers, le fait que les couvoirs soient ou non spécialisés dans une seule espèce ; dans l échantillon, toutes les entreprises ayant un couvoir non spécialisé sont des entreprises familiales indépendantes. Le croisement de ces deux critères de regroupement permet de distinguer quatre groupes : - les entreprises intégrées par l amont (6 entreprises), - les entreprises liées à l aval (7 entreprises), - les entreprises familiales indépendantes dont les outils de production sont spécialisés (11 entreprises), - les entreprises dont le couvoir n est pas spécialisé par espèce (4 entreprises). Parmi les entreprises enquêtées, celles intégrées par l amont sont toutes spécialisées à plus de 70 % du CA dans une seule espèce, canard ou Gallus ponte (cf. tableau 3). Majoritairement situées en Pays de la Loire, elles sont de taille importante et plutôt récentes et ne possèdent qu une faible part de leur parc de bâtiments de volailles de reproduction en propre. Elles se Tableau 3 Caractérisation des groupes d entreprises enquêtées Groupe (effectif) Entreprises intégrées par l amont (6) Entreprises liées à l aval (7) Entreprises familiales Entreprises avec outil indépendantes (11) multi-espèces (4) Espèces produites canard, Gallus ponte (spécialisées : > 70 % Gallus chair toutes toutes du CA sur 1 espèce) Taille grosse petite hétérogène très petite CA moyen 2005 (millions d ) 20,4 ± 13,0 11,8 ± 8,1 19,2 ± 30,7 < 2 Nb moyen salariés 98 ± 83 51 ± 58 136 ± 254 10 ± 5 Date de création moyenne 1983 1978 1970 1962 Régions surtout PDL toutes régions grand ouest hors grand ouest Parc de bâtiments 15 % en propre 19 % en propre 51 % en propre 59 % en propre Évolution depuis 2000 - Activité en progression (canard) - Investissements de productivité - Évolution activité hétérogène - Peu de restructuration / - Modernisation (traçabilité) - Peu de restructuration / - Investissements sur sanitaire agrandissement agrandissement et productivité [ 22 ] TeMA nº 2 - avril/mai/juin 2007

sont généralement restructurées ou agrandies depuis 2000 (au moins en canard), mais aussi modernisées (notamment mises aux normes relatives à la traçabilité), l activité de ces entreprises est globalement jugée en progression sur la période. Leur perception de l avenir est plutôt positive, peut-être parce qu elles disposent d un appui financier solide, ces entreprises comptant dans l ensemble s agrandir et augmenter leur activité au cours des cinq prochaines années. A noter que leurs perspectives dépendront également de la stratégie d ensemble du groupe de sélection détenant les capitaux et des marchés sur lesquels elles se situent. Les entreprises liées à l aval, de plus petite taille, produisent en majorité du Gallus chair et ne possèdent qu une faible part de leur parc de bâtiments de volailles de reproduction en propre. Elles n ont connu aucune modification de structure depuis 2000, mais des investissements ont été réalisés, privilégiant notamment l amélioration de la productivité. Leur perception de l avenir est moins favorable que dans le groupe précédent, aucune de ces entreprises ne comptant s agrandir au cours des cinq prochaines années, avec une activité export prévue en diminution. Les entreprises familiales indépendantes dont les couvoirs sont spécialisés, autonomes mais disposant de capitaux plus limités, produisent diverses espèces et sont de tailles très hétérogènes ; elles sont propriétaires de la moitié de leur parc de bâtiments de volailles de reproduction. Elles se sont généralement restructurées ou agrandies depuis 2000 et différents types de mises aux normes ont été réalisés, l évolution de l activité depuis 2000 étant très différente selon les entreprises. Leur perception de l avenir reste assez positive avec une activité prévue stable voire en augmentation selon les entreprises au cours des cinq prochaines années, (malgré une baisse attendue de l export), et des projets d agrandissement. Enfin, les entreprises dont l unique couvoir n est pas spécialisé par espèce, toutes familiales indépendantes, se caractérisent par une diversification des productions (jusqu à 6 espèces produites). Situées hors Grand ouest, elles sont de très petite taille, assez anciennes et propriétaires de plus de la moitié de leur parc de bâtiments de volailles de reproduction. Elles n ont pas connu de restructurations ou d agrandissements depuis 2000, toutefois des modernisations ont été réalisées. Leur perception de l avenir est assez défavorable, aucune de ces entreprises ne comptant ni s agrandir ni se moderniser au cours des cinq prochaines années. Ainsi, les perspectives seraient plus favorables pour des entreprises spécialisées, indépendantes ou filiales d un sélectionneur, ou pour des groupes d accouvage ayant opté pour une diversification des productions mais avec une véritable spécialisation de chaque site de production, ce qui permet à la fois de privilégier une forte technicité, une situation sanitaire optimale et une sécurisation des débouchés. 3.3. Perspectives et enjeux du secteur de l accouvage en France Les forces et faiblesses actuelles du secteur de l accouvage déterminent largement ses perspectives d avenir. Elles varient en fonction du secteur d activité et du type de partenariat avec les opérateurs d amont et d aval des filières concernées. Cependant, au travers des entretiens réalisés, l unanimité se fait sur quelques tendances. Les principales forces de l accouvage français sont, de l avis général, son bon statut sanitaire, contrainte nécessaire pour approvisionner la filière en animaux d un jour indemnes de germes pathogènes, son savoir-faire technique, même si ce dernier atout n est plus aussi décisif aujourd hui les autres pays ayant nettement progressé sur les dernières années, mais aussi la diversité des débouchés. La qualité sanitaire des produits, couplée à une bonne coordination entre les professionnels et l administration en période de crise (cf. 1er semestre 2006) place par ailleurs la France en bonne position à l exportation. Les faiblesses du secteur apparaissent malheureusement plus nombreuses : la concentration encore limitée du secteur accouvage et avicole en général et la forte pression concurrentielle qui en découle génèrent une érosion des marges, qui ne permet plus de dégager un autofinancement suffisant pour réinvestir, moderniser les outils et espérer ainsi réaliser les gains de productivité nécessaires pour conserver une compétitivité suffisante ; la réduction forte de la capacité d autofinancement des entreprises conduit ainsi au vieillissement à la fois des couvoirs et du parc de bâtiments. Ce constat général apparaît particulièrement d actualité pour l accouvage Gallus chair où les marges sont faibles (comparées aux autres secteurs et en France comparées à la concurrence intra européenne). Le secteur accouvage français souffre également d un manque de compétitivité résultant notamment des surcoûts engendrés par les réglementations française et communautaire et d une pénurie de main-d œuvre compétente (travail sur des produits vivants, forte technicité du métier). L évolution du profil des entreprises d accouvage apparaît fortement différenciée selon les secteurs d activité. Ainsi, la tendance est plutôt au maintien d un partenariat fort entre la sélection et l accouvage pour les entreprises des secteurs canard et ponte, déjà fortement intégrées par l amont (filialisation ou partenariat exclusif de distribution), même si une tendance à l implication croissante des partenaires d aval est sensible en production de canetons mulards. En Gallus ponte, l hypothèse d une implication des partenaires d aval dans l accouvage apparaît peu crédible compte tenu de la relative atomisation de l aval de la filière. La forte implication de la sélection dans l accouvage ponte et canard s explique notamment par une taille de marché plus faible (nécessité d amortir les coûts de sélection sur des volumes suffisants et coût de l investissement aval plus faible). En Gallus chair et en TeMA nº 2 - avril/mai/juin 2007 [ 23 ]

dinde, le modèle d entreprises familiales indépendantes domine, avec une tendance au désengagement financier des partenaires d aval (même si des exceptions peuvent être relevées, il semble que le rachat d outils d accouvage par des industriels d aval soit limité et lié à la nécessité d assurer, dans des cas particuliers, l approvisionnement du groupe ou de l organisation de production aval). D autres stratégies n impliquant pas de prise de participation financière de l aval existent également pour développer des partenariats forts permettant de garantir l approvisionnement des structures d aval, et ainsi de sécuriser dans une certaine mesure les débouchés des entreprises d accouvage. La concentration du secteur devrait se poursuivre autour de quelques grands groupes multi sites multi bassins de production et multi espèces, même si le maintien de petites structures indépendantes est envisageable sur des micro marchés où la proximité peut être un atout déterminant ou sur des marchés de niche à faibles volumes. La pérennisation de la menace Influenza aviaire accentue la nécessité de diversifier, pour une même structure, ses bassins de production. Les stratégies de développement (sur le marché intérieur ou à l exportation) sont essentiellement liées au secteur d activité et aux perspectives de marché caractérisant les différentes filières. Ainsi, en Gallus chair, les perspectives se situent principalement sur le marché intérieur, où des espérances de maintien voire de léger développement apparaissent légitimes aux entreprises d accouvage. En Gallus ponte, le marché intérieur français et intra communautaire n étant plus en croissance, les perspectives de développement sont limitées et très liées aux parts de marché des sélectionneurs impliqués dans les différentes entreprises françaises d accouvage. Dans le secteur de la dinde, où les perspectives nationales sont clairement au déclin des volumes, le développement des exportations d OAC et de dindonneaux, voire l internationalisation des entreprises, apparaît comme un relais de croissance possible pour les entreprises de taille suffisante. Enfin, les perspectives de développement demeurent favorables sur le marché des canetons, les débouchés demeurant cependant essentiellement nationaux. Quant à la pintade, les perspectives sont liées à celles du marché national. Conclusion Cette étude, malgré son manque d exhaustivité, a permis de réaliser une caractérisation du secteur de l accouvage français, d en souligner l hétérogénéité, d en analyser les forces et faiblesses et de dégager quelques perspectives et enjeux pour l avenir. D après les estimations réalisées à partir de l enquête, le secteur de l accouvage au sens strict en France représente près de 550 millions d euros de chiffre d affaires et environ 4 600 salariés et a produit en 2005 presque 1,1 milliard d animaux d un jour. Il apparaît que la concentration en cours du secteur devrait permettre une revalorisation des marges et une amélioration de la capacité d autofinancement des entreprises, nécessaire à leur modernisation et à la préservation de leur compétitivité au plan international. Si aucun modèle d entreprise n émerge réellement pour l avenir, il semble cependant que la spécialisation des sites soit incontournable, notamment pour garantir la qualité sanitaire des produits et pour permettre une meilleure efficacité technique. L avenir serait ainsi plutôt à la constitution de groupes multi-sites et souvent multi-espèces, afin de permettre une mutualisation des risques tant sanitaires qu économiques. Ces groupes pourront se constituer à partir du rapprochement d entreprises familiales qui chercheront ainsi à atteindre une taille critique suffisante, ou par des liens de partenariat forts avec un sélectionneur. La tendance à l intégration du secteur de l accouvage par l aval, par ailleurs très répandue dans d autres pays européens, n apparaît ainsi pas dominante en France. Références bibliographiques Agreste statistiques agricoles du SCEES, 2006. www.agreste.agriculture.gouv.fr Champagne J., 2005. Tendance des Marchés, 91, 3-5 Gallot S., 2006. Caractérisation des exploitations avicoles françaises à partir de l enquête aviculture 2004, 93 p. Nous remercions les entreprises d accouvage ayant participé à l enquête, ainsi que le SNA, l Office de l Elevage et le CASDAR, géré par le Ministère de l Agriculture et de la Pêche, pour leur contribution financière. [ 24 ] TeMA nº 2 - avril/mai/juin 2007