LA CEPHALEE CERVICALE REVISITEE. Bilan d une enquête observationnelle sur plus de 4 ans entre 1998 et 2002, en cabinet de rhumatologie à orientation médicale manuelle ostéopathique. Dr Norbert TEISSEIRE-Rhumatologue et DU de MMO (*) 20 C Rue Dupetit Thouars - 49000 ANGERS (France) * médecine manuelle orthopédique (ostéopathie) Introduction. Depuis très longtemps de vives discussions animent les réunions médicales concernant l authenticité de céphalées d origine cervicale, tenant principalement au fait que les divers spécialistes confrontés à cette pathologie ne recrutent peut-être pas les mêmes patients, et que d autre part leurs méthodologies d exploration clinique sont fort différentes. Afin d essayer de faire progresser la connaissance de la fréquence et des possibilités de prise en charge thérapeutique de ces douleurs, nous avons systématiquement étudié, durant 4 ans environ, les patients se présentant à notre consultation, avec pour premier ou second signe fonctionnel d appel une céphalée. Méthodologie de l enquête. - Les items étudiés. Nous avons recueilli, outre l état civil des patients, les données suivantes : *topographie des signes cervicaux ; * les signes rachidiens sous jacents (chaque patient faisant l objet d un examen systématique de tous les segments rachidiens selon les principes de Robert MAIGNE) ; *le nombre de visites au cabinet durant l année qui a suivi le diagnostic ; *la notion ou pas de prescription de kinésithérapie en complément ; * les signes radiographiques (sur tous les segments rachidiens) ; *le type de profession, divisé en trois classes : sédentaire, semi-sédentaire, actif ; * divers renseignements susceptibles d interférer avec la pathologie ou les indications thérapeutiques. - Le suivi des patients : La périodicité des visites s échelonnait entre 1 et 3 mois en moyenne, selon l importance des signes initiaux, et la liberté du calendrier des rendez-vous. Chaque patient était évalué dans les 6 mois suivant la dernière visite, à partir de laquelle était constaté un soulagement très satisfaisant, c est à dire 50 % au moins), soit en consultation au cabinet (pour la majorité des patients), soit par téléphone ou courrier.
Les résultats. Tableau de recueil des données. NOM Prénom Sexe Age Topo SS* NbCs** Kiné RX Prof Div C2 C3 C4 «T4» 2-3 + - Sgm ; S S/2 autre A XYZ B H F <30 30/50 50/60 >60 *Syndrome sous segmentaire ** Nombre de consultations Mig. Ksein Population. 162 patients, avec un sex ratio de 32 Hommes (H) et 130 Femmes(F) d âge moyen : 49 ans (H) et 51,2 ans (F) et répartis selon le type de profession en 55 sédentaires, 48 semi sédentaires, 59 actifs H F
Les signes cliniques 1 80 60 40 20 0 C2 Souffrance segmentaire : C2.. 100 C3.. 32 C4.. 25 Cv inf.. 8 (dont 3 associé à C4) Topographie des souffrances sous segmentaires : T2-3. 8 T3-4. 14 T4-5 à T6-7 21 T7-8 à T12-L1.. 24 (T12-L1=20) T multiples..12 L 16 T + L 16 Il existe donc un syndrome sous segmentaire unique ou multiple chez 111 patients sur 162 soir 68,5 % (unique: 83 patients soit près de 50 % de l ensemble des patients, multiples 28 patients soit 17 % de l ensemble des patients). Corrélations radiographiques. Quand met-on en évidence une arthrose radiographique au niveau du segment le plus parlant cliniquement? - modérée: 50 - significative: 33 - absente: 79 Quand existe-t-il une arthrose rachidienne à distance? - cervicale: de topographie moyenne chez 6 patients, inférieure chez 46 patients - dorsale: chez 17 patients (10 % des patients) dont 4 en dorsal supérieur - lombaire: chez 28 patients (17% des patients)
Les dysfonctionnements associés sous segmentaires s associent à des lésions radiologiques objectives (clichés standard) chez 95 patients (58,6% de la cohorte). Ainsi 41,4% des patients ne présentent pas d image radiologique au niveau des segments sous segmentaires en souffrance. Les soins kinésithérapiques associés, n ont intéressés que 7 patients (4% de l effectif), et 5 d entre eux étaient dépressifs, 1 hypocondriaque avéré. Autant dire que le rôle des soins kinésithérapiques peut être négligé dans l appréciation des résultats thérapeutiques. Concernant la place occupée par nos patients parmi les étiologies plus ou moins admises selon la classification internationale : - dans le groupe des étiologies généralement admises l on relevait 26 patients : 5 dépressions nerveuses, 4 migraines vraies, 5 hypertension artérielle, 3 suites de chirurgie thoracique ou mammaire, 3 dysmorphies cervico-thoraciques, 3 causes ophtalmologiques, 2 anciens opérés de hernie discale cervicale basse,1 hystérie. - parmi les étiologies dites «discutées» : 136 patients (le DIM occupant ici le premier plan de la symptomatologie clinique) Résultats thérapeutiques. Le nombre moyen de séances de MMO, permettant d apprécier une amélioration de 50 % au moins, était de 2. 42 patients (souvent déjà suivis au moment du début de la période d observation) ont été bien ou très améliorés (50 à 100% d amélioration) durant 6 à 12 mois, soit 26 % des patients. Les échecs complets ou très insuffisants ont concerné 42 patients soit 26 % de la série. 48% ont donc été soulagés de façon satisfaisante, mais nécessitant des visites plus régulières (3 mois en moyenne). Et ceci sans médication ou presque, et comme nous l avons vu sans masso-kinésithérapie d appoint. Au total, ce sont74 % des patients qui tirent un bénéfice, net et relativement durable, grâce à la MMO seule.
Commentaires. Il apparaît ici, que la voie segmentaire la plus impliquée dans l expression des signes cervico-faciaux est C2 ; C3 et C4 représentant la moitié de l effectif des «C2» ; le rachis cervical inférieur n est que très peu impliqué, de façon isolée. Concernant la présence de dérangements sous segmentaires, on les retrouve chez un peu plus des 2/3 des patients, et parmi eux 75 % présentent un DIM associé unique, et 25% un DIM associé multiple. CONCLUSION Ces premiers éléments, tirés d une étude observationnelle certes soigneuse, mais qui reste imparfaite, méritent d être contrôlés à travers une étude multicentrique, et selon des critères scientifiques plus rigoureux. Il est vraisemblable que certaines données de population se retrouveront dans cette future étude. Il conviendra de préciser la codification des résultats thérapeutiques et des techniques utlisées pour chaque patient. Ceci est important à double titre : a) d abord parce que ceci remet sensiblement en question la classification internationale des céphalées ; b) ensuite parce que les résultats de la MMO sont très intéressants : en terme d efficacité à court terme, mais aussi à long terme, dans une pathologie réputée difficile à traiter sur le long cours. Intéressants également en terme économique et écologique (consommation médicamenteuse, soins para cliniques, examens paracliniques notamment).
Tableau I. Classification internationale des céphalées - 2004 http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs277/fr/ Primitives 1. Migraine, y compris: 1.1 Migraine sans aura 1.2 Migraine avec aura 2. Céphalée de tension, y compris: 2.1 Céphalée de tension épisodique peu fréquente 2.2 Céphalée de tension épisodique fréquente 3. Algie vasculaire de la face et autres céphalalgies autonomes du trijumeau, y compris: 3.1 Algie vasculaire de la face 4. Autres céphalées primitives Secondaires 5. Céphalée attribuée à un traumatisme céphalique et/ou cervical, y compris: 5.2 Céphalée chronique post-traumatique 6. Céphalée attribuée à une atteinte vasculaire crânienne ou cervicale, y compris: 6.2.2 Céphalée attribuée à une hémorragie sous-arachnoïdienne 6.4.1 Céphalée attribuée à une artérite gigantocellulaire 7. Céphalée attribuée à une atteinte intracrânienne non vasculaire, y compris: 7.1.1 Céphalée attribuée à une hypertension intracrânienne idiopathique 7.4 Céphalée attribuée à une tumeur intracrânienne 8. Céphalée attribuée à une substance ou au sevrage, y compris: 8.1.3 Céphalée due au monoxyde de carbone 8.1.4 Céphalée due à l'alcool 8.2 Céphalée par surconsommation de médicaments 8.2.1 Céphalée par surconsommation d'ergotamine 8.2.2 Céphalée par surconsommation de triptans 8.2.3 Céphalée par surconsommation d'analgésiques 9. Céphalée attribuée à une infection, y compris: 9.1 Céphalée attribuée à une infection intracrânienne 10. Céphalée attribuée à un déséquilibre de l'homéostasie 11. Céphalée ou algie faciale attribuée à une pathologie du crâne, du cou, des yeux, des oreille d'autres structures faciales ou crâniennes, y compris: 11.2.1 Céphalée d'origine cervicale 11.3.1 Céphalée attribuée à un glaucome aigu 12. Céphalée attribuée à un trouble psychiatrique Névralgies et autres c 13. Névralgies crâniennes, algie faciale centrale ou primitive et autres céphalées, y compris: 13.1 Névralgie du trijumeau 14. Autres céphalées, névralgies crâniennes, algie faciale centrale ou primitive
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