Evaluation du statut nutritionnel chez les personnes âgées



Documents pareils
DENUTRITION : UN RISQUE MAJEUR EN INSTITUTION. Un exemple de prise en charge réussie sur 2009 au sein d un EHPAD de 63 lits

DOSSIER DE SOINS INFIRMIERS

Livret d accompagnement destiné aux professionnels de santé

Le soin diététique réalisé par un diététicien en établissement de santé

L obésité et le diabète de type 2 en France : un défi pour la prochaine décennie. DANIEL RIGAUD CHU de Dijon

Stratégie de prise en charge en cas de dénutrition protéino-énergétique chez la personne âgée

Surpoids et obésité de l adulte : prise en charge médicale de premier recours

La consultation diététique réalisée par un diététicien

CLINIMIX AVIS DE LA COMMISSION DE LA TRANSPARENCE

Logiciels d éducation à la Nutrition et à l activité physique

Besoins Nutritionnel. Besoins. ANC / Besoin. 3 niveaux : Faculté de Médecine Montpellier-Nîmes

LIGNES DIRECTRICES CLINIQUES TOUT AU LONG DU CONTINUUM DE SOINS : Objectif de ce chapitre. 6.1 Introduction 86

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS. 19 octobre 2011

Questions / Réponses. Troubles du sommeil : stop à la prescription systématique de somnifères chez les personnes âgées

Diaporama de présentation. Présentation de l outil

Evaluation gériatrique standardisée. Dr Karim GALLOUJ Service de médecine gériatrique Pôle de gérontologie CH Dron Tourcoing

IMR PEC-5.51 IM V2 19/05/2015. Date d'admission prévue avec le SRR : Date d'admission réelle : INFORMATIONS ADMINISTRATIVES ET SOCIALES

L hygiène buccale et dentaire chez la personne âgée

Le service public hospitalier et la vulnérabilité : Les équipes mobiles de gériatrie. Pr Nathalie Salles Pôle de Gérontologie CHU Bordeaux

Charte nutritionnelle

La prévention : caractéristique du positionnement de la Mutualité Française sur l ensemble de son offre

LE GRAND LIVRE Du. Pr Jean-Jacques Altman Dr Roxane Ducloux Dr Laurence Lévy-Dutel. Prévenir les complications. et surveiller la maladie

SONDAGE AUPRÈS DES INFIRMIÈRES

LES SOINS D HYGIENE l hygiène bucco dentaire. Formation en Hygiène des EMS de la Somme EOH CH ABBEVILLE JUIN 2015

epm > nutrition Formation & Conseil

L ÉDUCATION THÉRAPEUTIQUE DU PATIENT EN 15 QUESTIONS - RÉPONSES

MARS rapport d analyse. étude de la situation nutritionnelle des enfants vus par Médecins du Monde à Mayotte

Rentrée 2014 Francine Eichenberger Diététicienne

Evaluation gériatrique standardisée

Plan. Introduction. Les Nouveaux Anticoagulants Oraux et le sujet âgé. Audit de prescription au Centre Hospitalier Geriatrique du Mont d Or

chronique La maladie rénale Un risque pour bon nombre de vos patients Document destiné aux professionnels de santé

Carlo Diederich Directeur Santé&Spa. Tél / c.diederich@mondorf.lu

GRENADE / GARONNE 30 janvier Centrale de Restauration MARTEL Maryse LAFFONT, Diététicienne

Le mouvement vitalité! Un pas vers la forme! Sport-Santé. Acti March

Manuel d utilisation du Mini Nutritional Assessment MNA

Le VIH et votre cœur

LE PSORIASIS ET SES CO-MORBIDITES PARTICULIEREMENT LE DIABETE

I - CLASSIFICATION DU DIABETE SUCRE

ÉVALUATION DE LA PERSONNE ATTEINTE D HYPERTENSION ARTÉRIELLE

GUIDE D INFORMATIONS A LA PREVENTION DE L INSUFFISANCE RENALE

ÉDUCATION Côtes d Armor. Collèges publics. Charte de la restauration collective DIRECTION JEUNESSE PATRIMOINE IMMOBILIER

L infirmier exerce son métier dans le respect des articles R à R et R à du code de la santé publique.

Carte de soins et d urgence

Tableau récapitulatif : composition nutritionnelle de la spiruline

Le reflux gastro-oesophagien (280) Professeur Jacques FOURNET Avril 2003

Chapitre 1 : Introduction à la rééducation périnéale

ntred 2007 Résultats de l étude Description des personnes diabétiques

L APS ET LE DIABETE. Le diabète se caractérise par un taux de glucose ( sucre ) trop élevé dans le sang : c est l hyperglycémie.

Soins infirmiers et gestion des risques

Tuméfaction douloureuse

e-santé du transplanté rénal : la télémédecine au service du greffé

La Vache qui rit. CHARTE D ENGAGEMENT VOLONTAIRE DE PROGRÈS NUTRITIONNELS - Résultats -

Psoriasis et travail dans le BTP. Pr E. Delaporte

Hygiène Bucco Dentaire en EHPAD. 1 ère Réunion du groupe de travail régional «Espace Le Bien Vieillir» Angers Le 19 Janvier 2012

Le traitement en effet est, au début, une épreuve pour tout le monde : la malade d abord, les parents ensuite et même les thérapeutes.

LA QUESTION DE LA PRISE DE POIDS CHEZ LE FUMEUR EN SEVRAGE TABAGIQUE

Projet de grossesse : informations, messages de prévention, examens à proposer

L hôpital de jour ( HDJ ) en Hôpital général Intérêt d une structure polyvalente? Dr O.Ille Centre hospitalier Mantes la Jolie, Yvelines

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS DE LA COMMISSION. 10 octobre 2001

Infirmieres libérales

DIABETE ET SPORT. Dominique HUET Hopital Saint Joseph PARIS

Auriol : le service public de la Restauration scolaire

GESTION DES RISQUES Cartographie COVIRISQ

Mieux informé sur la maladie de reflux

epm > nutrition Formation & Conseil

TECHNIQUES D AVENIR LASER DOPPLER IMAGING LASER DOPPLER IMAGING LASER DOPPLER IMAGING

Le traitement du paludisme d importation de l enfant est une urgence

B06 - CAT devant une ischémie aiguë des membres inférieurs

Analyse des mesures anthropométriques et de la composition corporelle des cégépiens et des cégépiennes

INFORMATION À DESTINATION DES PROFESSIONNELS DE SANTÉ LE DON DU VIVANT

Unité mobile de télémédecine au service de l urgence et du soin chronique M-V. Moreno, P. Chauvet, O. Ly

L arthrose, ses maux si on en parlait!

Quoi de neuf dans la prise en charge du psoriasis?

Chirurgie de l obésité. Ce qu il faut savoir avant de se décider!

Les Infections Associées aux Soins

Conseils pour réaliser un tableau de sortie

INSUFFISANCE CARDIAQUE «AU FIL DES ANNEES»

Précarité sociale et recours aux soins dans les établissements de soins du Tarn-et-Garonne

SUPPLEMENT AU DIPLÔME

Ischémie myocardique silencieuse (IMS) et Diabète.

L équilibre alimentaire.

(GUIDE. PLAN WALLON NuTRiTiON SANTÉ ET. BiEN-êTRE DES AÎNÉS. GUIDE POuR POuR SANTÉ GUIDE MÉTHODOLOGIQUE

> Présentation du programme > Peps Eurêka - Mémoire : Pour donner du Peps à ses neurones et à sa vie... 4

COMPTE RENDU D ACCREDITATION DE L'HOPITAL ET INSTITUT DE FORMATION EN SOINS INFIRMIERS CROIX-ROUGE FRANÇAISE

prise en charge paramédicale dans une unité de soins

Télé-expertise et surveillance médicale à domicile au service de la médecine générale :

PRINTEMPS MEDICAL DE BOURGOGNE ASSOCIATIONS ANTIAGREGANTS ET ANTICOAGULANTS : INDICATIONS ET CONTRE INDICATIONS

Insulinothérapie et diabète de type 1

Diabète de type 1 de l enfant et de l adolescent

Réseau de Santé du Pays des Vals de Saintonge Pôle de santé du Canton d Aulnay de Saintonge MSP Aulnay et Néré PROJET D AULNAY PSP

BILAN projet DIABSAT Diabétologie par Satellite

PROGRAMME DE LOGEMENTS AVEC SERVICES DE SOUTIEN LIGNES DIRECTRICES OPÉRATIONNELLES

Surveillance des troubles musculo-squelettiques dans les Bouches-du-Rhône

Obésité et psoriasis Données actuelles et questions au spécialiste en nutrition

CENTRE DU DIABETE CLINIQUE SAINT-JEAN. Centre de traitement multidisciplinaire pour personnes diabétiques

Pathologie VIH. Service maladies infectieuses Archet 1. Françoise ALEXIS, infirmière Monique BORGHI, infirmière 15 octobre 2013

Traitement des plaies par pression négative (TPN) : des utilisations spécifiques et limitées

Fibrillation atriale chez le sujet âgé

Transcription:

Evaluation du statut nutritionnel chez les personnes âgées Place du Mini Nutritional Assessment (MNA) Gaëlle Soriano, Sophie Guyonnet

Besoins nutritionnels chez la PA Les besoins énergétiques correspondent aux apports énergétiques nécessaires pour équilibrer les dépenses énergétiques Les besoins énergétiques d une personne âgée en bonne santé sont proches de l adulte est de l ordre de 30-35 kcal/kg/j Majoration en cas d agression ou d hypercatabolisme 35 à 45 kcal/kg/j en 3 à 5 jours Les besoins en nutriments chez le sujet âgé en bonne santé sont identiques et parfois supérieurs (protéines) à ceux de l adulte jeune

Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) Énergie : 30 à 35 kcal/kg/jour

Repères de consommation du PNNS (à partir de 55 ans) (INPES)

DPE, définition Résulte d un déséquilibre entre les apports et les besoins de l organisme S accompagne de pertes tissulaires, notamment musculaires avec des conséquence fonctionnelles délétères Aggrave un état de fragilité ou de dépendance Favorise la survenue de morbidités Aggrave le pronostic des maladies sous-jacentes Augmente le risque de décès

DPE, épidémiologie

DPE, épidémiologie Au domicile = 4 à 10% Apports nutritifs Homme Femme Energie < 1500 kcal/j 6-12% 20-40% Protides < 12% < 1g/kg/j 1-2% 3-15% 0,5-7% 5-30% Glucides < 50% 60-80% 50-60% Tableau 1. Incidence des insuffisances d apport chez les personnes âgées autonomes de plus de 70 ans vivant chez elles (NHANES, Euronut-Seneca, Enquêtes nationales et régionales) Calcium < 1200 mg/j 70-90% 90-100% Données HDJ Fragilité (Gérontopôle), n=1108 8% sujets dénutris 39,5% à risque de DPE

DPE, causes Insuffisances d apports alimentaires Causes Etats d hypercatabolisme (pathologies infectieuses et/ou inflammatoires) Modifications physiologiques liées à l âge Seuils gustatifs et olfactifs Ralentissement vidange gastrique Taux circulants facteurs anorexigènes: CCK Taux circulants facteurs orexigènes: ghréline, NPY Causes socio-environnementales Isolement social ou familial, ressources, hospitalisation Traitements Polymédication Troubles bucco-dentaires Hygiène buccale défectueuse, difficultés masticatoires, troubles déglutition, abus alcool Troubles de la déglutition Diminution capacités motrices Difficultés à la marche, déficits moteurs, Dépendance pour les activités de la vie quotidienne Pathologies associées Mycoses buccales, maladies du tube digestif, troubles cognitifs et états démentiels, dépression Régimes restrictifs

DPE, conséquences Mortalité en ville, à l hôpital Durée de séjour à l hôpital Médico-socio-économique Fonctionnelle Masse musculaire Force musculaire Troubles marche Chutes Fractures Cutanée +++ Difficultés cicatrisation, Escarres conséquences Métabolique Insulinoresistance transitoire Carences (vit D, vit B, Zinc) Neuro-psychiatrique Déficit immunitaire +++Infections nosocomiales

DPE, dépistage (HAS 2007) RECOMMANDE CHEZ TOUTES LES PERSONNES AGEES Recherche des situations à risque Estimation de l appétit et/ou des apports alimentaires Mesure du poids Evaluation de la perte de poids par rapport au poids antérieur Calcul de l indice de masse corporelle [IMC=poids/taille2; poids (kg), taille (m)] MNA (Mini Nutritional Assessment)

DPE, modalités de dépistage (HAS 2007) Populations cibles Fréquence Outils Toutes les personnes âgées Les personnes âgées à risque de dénutrition 1fois/an en ville À l admission puis 1 fois/mois en institution Lors de chaque hospitalisation Surveillance plus fréquente : en fonction de l état clinique et de l importance du risque Ce dépistage peut être formalisé par un questionnaire tel que le MNA -Rechercher des situations à risque -Estimer l appétit et/ou les apports -Mesurerde façon répétée le poids par rapport au poids antérieur - Calculer l IMC

Estimation de la taille à partir de la hauteur talon-genou (60-90 ans) Femme Taille (cm) = 84,88-0,24 x âge (années) + 1,83 x hauteur talon-genou (cm) Homme Taille (cm) = 64,19-0,04 x âge (années) + 2,03 x hauteur talon-genou (cm) Chumlea JAGS 1985

DPE, diagnostic (HAS 2007) Dénutrition Perte de poids 5% en 1 mois, ou 10% en 6 mois IMC< 21 Albuminémie*< 35 g/l MNA global < 17 Dénutrition sévère Perte de poids 10% en 1 mois, ou 15% en 6 mois IMC< 18 Albuminémie < 30 g/l *Interpréter le dosage de l albuminémie en tenant compte de l état inflammatoire du malade, évalué avec le dosage de la CRP

DPE, stratégie de prise en charge nutritionnelle (HAS 2007) Objectifs de la prise en charge chez la personne âgée dénutrie Apports énergétiques : 30 à 40 kcal/kg/j Apports protéiques: 1,2 à 1,5 g/kg/j Modalités possibles de prise en charge nutritionnelle Orale: conseils nutritionnels, aide à la prise alimentaire, alimentation enrichie et CNO Entérale Parentérale: uniquement lorsque le tube digestif n est pas fonctionnel

Données «Obépi» Evolution de la prévalence de l obésité après 65 ans depuis 1997 20 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0 1997 2000 2003 2006 2009 2012 25 20 15 10 5 0 Dénutris? 65-69 70-74 75-79 >80 Conséquences sur la mobilité et l autonomie (syndrome de fragilité) Conséquences mécaniques Conséquences cardio vasculaires Conséquences sur le déclin cognitif

Composition corporelle, modifications avec l âge Obésité, stratégie thérapeutique EVALUATION État nutritionnel CONSEILS THERAPEUTIQUES

Le MNA en pratique

Conditions de passation Demander au patient ou s'informer auprès de son entourage

Demander au patient ou s'informer auprès de son entourage

Conditions de pesée Balance tarée En sous-vêtement de préférence A minima enlever chaussures et ceinture Tee- Shirt, chemisier = 200 g Pantalon léger = 300 g Pantalon velours = 600-700 g Jeans = 600-800 g Robe = 600 g Pull léger = 200 g Pull épais = 400 g Pyjama léger = 200 g Couche sèche = 100 g Couche mouillée = 500 g

Evolution du poids chez les sujets âgés

Mesure de la hauteur du genou Calcul possible pour les personnes amputées

Calcul IMC Calcul possible pour les personnes amputées

1ère partie du MNA Si score est égal à 12 points ou plus, le patient ne présente pas de risque nutritionnel il n est pas nécessaire de remplir le reste du questionnaire Si score est inférieur ou égal à 11, le patient présente un risque de dénutrition et l'évaluation complète de MNA doit être réalisée.

Deuxième partie : EVALUATION GLOBALE

*Légumineuses = légumes secs

Une portion

Une portion

Genou faisant un angle de 90º entre la jambe et la cuisse. Le pied fait également un angle de 90º. Le ruban est placé autour du mollet et mobilisé le long de celui-ci afin de mesurer la circonférence la plus importante. Le ruban ne doit pas comprimer les tissus sous-cutanés.

Ajoutez les points obtenus à la partie «évaluation globale» (maximum 16 points) avec ceux obtenus à la partie «dépistage» (maximum 14 points) pour obtenir un score total (maximum 30 points) > 23.5 : bon état nutritionnel compris entre 17 et 23,5 : risque de dénutrition < 17: présence d une dénutrition protéino-énergétique.

Pistes de réflexion Les traitements médicaux suivis par le patient influencent-ils son alimentation? Le patient connaît-il des difficultés dans la préparation ou l obtention de ses repas? Le moral du patient a-t-il une influence sur sa prise de repas? Le régime alimentaire du patient est-il équilibré?

MNATM : interprétation de l étape 2 MNA MNA > 24 État nutritionnel satisfaisant MNA [23,5-17] Risque de malnutrition MNA < 17 Mauvais état nutritionnel Déterminer la cause Bilan biologique (dont albumine) Conseils diététiques avis spécialisé simples Intervention nutritionnelle (enrichissement, CNO, NE) - Nombre de repas < 2 => aide ménagère, portage - Plus de 3 médicaments => réduire si possible le nombre de médicaments - Déséquilibre des repas => conseils diététiques - Ou avis spécialisé (diététicienne)

Pour aller plus loin