PLAN URBANISME CONSTRUCTION ET ARCHITECTURE ----------- LA MAÎTRISE D'OUVRAGE ET L'ELABORATION DE LA COMMANDE



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PLAN URBANISME CONSTRUCTION ET ARCHITECTURE ----------- LA MAÎTRISE D'OUVRAGE ET L'ELABORATION DE LA COMMANDE Articulation entre commandes ponctuelles et commande urbaine globale Rapport définitif Juin 2000 CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE, ARCHITECTES-URBANISTES 4 rue Martel 75010 PARIS Tél : 01.48.24.30.68 fax : 01.48.24.30.69

Sommaire Préliminaires Définition des acteurs Définition des termes Introduction I. EVOLUTIONS DE LA MAÎTRISE D'OUVRAGE I.1. Affirmation du pouvoir des politiques dans le processus de projet urbain Projet de ville /Projet urbain Aménagement et conjoncture économique De la Maîtrise I.2. L'urbanisme communal Maîtrise du foncier et de l'économique Maîtrise du résultat architectural I.3. L aménagement privé I.4. Le projet urbain comme culture partagée I.5. Mise en place de structures internes de maîtrise des projets Maîtrise des connaissances Structuration des services communaux Travail communal en régie Fabrication d'une maîtrise d'œuvre urbaine communale Le Communalisme II. EVOLUTION DES PROCESSUS II.1. Développement de la concertation avec les habitants de la composition urbaine à la composition sociale II.2. Ecoute des autres partenaires Partenariat avec les promoteurs II.3. Démultiplication des études en amont et en cours de projet II.4. Recherche de nouvelles compétences II.5. Allers/retours du projet urbain Démarches interactives II.6. L'espace public au centre de la démarche du projet urbain II.7. Gestion du projet urbain dans le temps III. PLACE ET EVOLUTIONS DU RAPPORT MAÎTRISE D'OUVRAGE / MAÎTRISE D'OEUVRE III.1. Maîtrise d Ouvrage/ Maîtrise d œuvre. Qui maîtrise quoi? III.2. Perte de la place centrale et prépondérante des architectes/urbanistes dans le projet urbain Recours aux concepteurs extérieurs III.3. Absence de linéarité Projet urbain/projet architectural III.4. Nouvelles places des maîtres d œuvres dans l élaboration des projets urbains III.5. Relations entre architectes du projet urbain et architectes des opérations III.6.Choix des architectes d'opération III.7.Méfiance par rapport aux représentations urbaines architecturalement anticipées. III.8. Conséquences spatiales de la volonté de maîtrise Passe-t-elle par le rejet de l inconnu et le refus de l acte créateur? Permet-elle au contraire une harmonie et une meilleure cohérence urbaine? MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE page 2

Préliminaires Cette étude porte sur des villes moyennes :. Aix en Provence (125 000 habitants). Créteil (72 000 habitants). Rennes (200 000 habitants). Nantes (247 000 habitants). Amiens (136 000 habitants). Saint Germain en Laye. Saint Maur Elle porte sur les évolutions de la maîtrise d'ouvrage principale lors du passage entre projet de ville / projets urbains et projets architecturaux ainsi que sur l'évolution des démarches mises en œuvre et l'évolution de ces rapports à la maîtrise d'oeuvre. Il s est agit à travers cette étude de mieux comprendre comment une collectivité peut tenir les rênes de ses projets, de ses stratégies urbaines et ses objectifs qualitatifs tout en impliquant étroitement d autres intervenants, publics et privés. Comment elle passe de l intention à la réalisation, comment elle poursuit les fils conducteurs du Projet de Ville, comment elle garde l essence du projet urbain dans les réalisations tout en intégrant les aléas et les fluctuations du marché. Cette étude porte sur des projets urbains neufs et a exclu du cadre les GPU et le renouvellement urbain. Définition des acteurs : - Maîtres d'ouvrages prescripteurs : instance politique, maîtrise d'ouvrage principale ; - Aménageurs - Maîtres d'ouvrage bâtisseurs (privés et publics) - Assistance à Maître d'ouvrage (privée, publique) - Maîtrise d'œuvre urbaine (interne, externe) - Maîtres d'œuvre (architectes, paysagistes,..) Définition des termes : Le projet urbain s inscrit dans une échelle de temps et d espace intermédiaire entre le Projet de Ville et le projet architectural : - intermédiaire entre le schéma directeur de l agglomération et le POS et le projet particulier qui s inscrit dans une parcelle et relève de l urbanisme réglementaire, MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE page 3

- intermédiaire entre le court terme du Permis de Construire et le long terme de la planification. Projet de Ville : projet politique porté par les élus. Il détermine les enjeux et définit la stratégie urbaine, sociale et économique à l échelle du territoire communal. Il est transcrit dans une culture commune, par des concepts urbains, de grands axes de composition et de développement urbain. Projet urbain : projet qui s inscrit dans un projet plus vaste qui est le Projet de Ville. Projet initié par la collectivité locale qui en est généralement le manager, le leader. Projet partagé avec les opérateurs, les professionnels, les usagers, des spécialistes, etc. Il se situe à un stade préalable et pré-opérationnel. Il concerne la conception des espaces publics, les infrastructures, la trame urbaine, les densités du bâti, etc. Projet architectural : c est un projet opérationnel mené par un promoteur avec la ville et conçu par un architecte. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE page 4

Liste des personnes rencontrées : Jean Yves CHAPUIS, adjoint à l urbanisme de la Ville de Rennes André LORGEOUX, Directeur de l architecture, du foncier et de l urbanisme de la ville de Rennes Mr ROSSIGNOL, Directeur adjoint de l architecture, du foncier et de l urbanisme de la ville de Rennes Mr LE PETIT, Directeur du service des infrastructures Ville de Rennes Mr LEPINE, Directeur Général de l aménagement et du développement à Nantes Mr NOEL Directeur de l aménagement Ville de Nantes Anne BERTY, Directeur du Développement urbain Ville de Nantes Mr Daniel PENEAU, SEM Atlanpole Ville de Nantes Mr Directeur de la SEM de Sextius Mirabeau, Ville d Aix en Provence Mr GODARD, architecte au service d urbanisme d Amiens Mr CONROUX, architecte de la Ville de Créteil Mr Le TRIONNAIRE, architecte d opération à Rennes Alexandre CHEMETOFF, paysagiste/architecte/urbaniste sur Rennes et Nantes Loïc JOSSE, architecte/urbaniste à Rennes Jean François REVERT, urbaniste à Rennes et Nantes Eric DANIEL LACOMBE, architecte/urbaniste à St Germain-En-Laye et Saint Maur Mr VITRY, promoteur privé (IFI) à St Germain-En-Laye et Saint Maur Jean Yves MARTIN Conseil en Urbanisme et procédures d aménagement Mr Bertrand AVRIL, Promoteur privé, Directeur du Groupe George V MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE page 5

Introduction Un projet se réalise sur 10 à 20 ans. La décentralisation et le transfert aux élus, des compétences en matière d'urbanisme, date d'il y a 16 ans. Paradoxalement, la situation de crise économique est bénéfique pour la formation des élus. Le retrait des promoteurs privés sur l aménagement urbain et les recours de toutes sortes sur les Z.A.C. et les Permis de Construire, les obligent à se structurer pour maîtriser l'ensemble du processus, à mettre en place des équipes de suivi des projets, à mieux définir les conventions avec les maîtres d'ouvrage constructeurs, à élaborer des cahiers des charges plus précis. Elle introduit, en somme, une véritable formation au métier de maîtrise d ouvrage urbaine. Cependant, la volonté de maîtrise et l absence de frontière claire entre ouvrage et œuvre entraîne des recouvrements de compétences et amènent les maîtres d ouvrages à se considérer comme les garants de l esthétique de la ville MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 6

I. EVOLUTIONS DE LA MAÎTRISE D'OUVRAGE I.1. Affirmation du pouvoir des politiques dans le processus de projet urbain. Projet de ville / Projet urbain Un Projet de Ville est censé donner du sens au développement urbain et aux mutations de la ville, et donc à l action immobilière. Cette vocation sémantique du Projet de Ville est liée à la notion d intérêt public et à une conception de la ville comme un tout complexe et non comme une juxtaposition ou une collection de groupes sociaux de consommateurs de produits immobiliers 1. C est pour cela que le Projet de Ville définit des orientations qui traverseront les différentes interventions urbaines, les différents projets urbains, pour en donner la raison et assurer la cohérence de l ensemble. Le projet qui consisterait à concevoir la ville comme un vaste supermarché de produits immobiliers où la commune n assurerait que la réalisation et l entretien des allées ne s inscrit pas dans la notion même de Projet de Ville. Le Projet de Ville est un projet pour échapper à un monde narcissique dont l utopie consisterait à ne vivre que groupé avec soi-même, chaque produit immobilier ne constituant plus qu autant de miroirs pour ceux qui s y veulent voir. Dans L individu incertain Alain Ehrenberg souligne bien cette difficulté à se représenter le collectif dans une société où s accroît l individualisation. En assignant encore un rôle au politique qui consisterait à régler les rapports entre les hommes de telle sorte que les articulations entre souci pour soi et souci pour autrui soient 1 La promotion privée agit et réagit aux mutations sociales et aux crises de la société sur des principes strictement commerciaux : se saisir de situations vécues par des groupes sociaux comme des difficultés ou des frustrations pour les transformer en arguments de vente de produits censés résoudre ces difficultés en particulier. La peur de grossir est exploitée pour vendre des produits amincissants qui ne traiteront aucune des raisons qui ont enclenché le processus de grossissement ; de la même manière le thème de l insécurité sera exploité pour trouver une réponse par des produits immobiliers proposant des immeubles pour des populations choisies et très fermés. A une sécurité renforcée, et très affichée (comme on affiche le nom d une marque sur la cravate ou la chemise), d autres services pourront être apportés en interne : jardinage, courses, services juridique, salle de sport, piscine, etc... Ce produit immobilier Villanueva présenté aujourd hui par Féréal, par exemple, est pratiqué depuis longtemps aux Etats Unis notamment sous le nom de condominium. Ces produits immobiliers constituent des communautés fermées sur des principes de consommation. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 7

facilitées, le Projet de Ville doit être considéré comme l outil idéologique qui a pour vocation de fournir une représentation de la ville et l établissement, à travers les compositions urbaines, des distances qui font lien. L espace public prend alors une valeur syntaxique que les projets urbains auront pour vocation d affiner à travers l organisation des différentes opérations urbaines. Aménagement et conjoncture économique Dans les périodes fastes de l immobilier, les promoteurs, privés ou publics, et les entreprises du BTP auront tendance à vouloir assurer des fonctions d aménagement pour préparer leurs interventions (cf Thierry VILMIN). L objectif des promoteurs publics consiste à générer du foncier et à se vendre à eux mêmes les terrains. Ces aménageurs sont le plus souvent l émanation de promoteurs ou d entreprises. Les villes ont alors tendance à concéder aux promoteurs des opérations importantes et à leur déléguer la définition des projets urbains. Dans les périodes dites de crise de l immobilier, les développeurs 2 disparaissent et le jeu des rapports de force ne leur est plus aussi favorable que quand ils étaient aménageurs. Il n existe plus dans le privé de structures qui feraient exclusivement de l aménagement car aujourd hui cette fonction n est plus rentable, en tant que telle. La commune est alors rappelée à ses responsabilités. Les élus redécouvrent l importance d agir sur les équipements et les espaces publics. C est ainsi qu au début des années 90 la crise de l immobilier et celle du logement social et de ses quartiers, obligent les maires à revenir sur leurs illusions 3 : d une part, le privé ne peut assurer une continuité dans l aménagement urbain et d autre part, les politiques nationales de l Etat n arrivent pas à résorber les problèmes de paupérisation et de dégénérescence de l habitat social et des quartiers de grands ensembles construits 20 ans auparavant. 2 Sae, Bouyghes, Kaufman, la SARI-SEERI ne font plus d aménagements urbains clefs en main. 3 François Ascher écrit en 1993, dans Partenariats, dans cinq opérations d aménagement : il s agissait moins, pour les Collectivités locales, de maîtriser l urbanisation qu à l inverse de la relancer, d attirer des investisseurs et des créateurs d emplois. (...) L urbanisme est parfois passé du discours de la maîtrise à celui de la séduction, c est à dire de la réglementation au marketing!. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 8

La Loi de décentralisation qui donne au Maire toute autorité sur l urbanisme de sa commune n a pas 8 ans quand cette crise conjointe de l immobilier et du logement social éclate. Depuis l éclatement de la bulle spéculative, les élus se sont penchés plus directement sur la question urbaine de leur commune. Certains ont développé des stratégies raffinées à travers des Projets de Ville et renforcé en conséquence, leurs services internes. Depuis 1990, l intercommunalité cherche une organisation. Aujourd hui une nouvelle loi définit trois formes de groupements intercommunaux à fiscalité propre. L aménagement de l espace, le logement et la politique de la ville font partie des compétences obligatoires. Les huit ans qui arrivent devraient voir les structures communales mises en place, pour gérer la question urbaine, évoluer vers cette dimension intercommunale. Les villes de Nantes, d Amiens et de Rennes connaissent déjà les prémisses de ces transferts de compétences. De la maîtrise Si les qualités d oeuvre et d ouvrage présentent parfois des flous dans leur définition et leurs attributs, la question de la maîtrise semble plus claire et fortement revendiquée. La maîtrise est la fonction de celui qui exerce sa domination et qui se traduit par l action de commander. Ainsi, à Rennes, on considère que c'est le Maire, son adjoint à l'urbanisme et les élus qui doivent maîtriser non seulement la gestion mais également la conception du développement et du renouvellement urbain. Les aménagements urbains engagent des interventions sur du long terme en fonction d orientations qui nécessitent du temps et une action de continuité que la promotion privée ne peut gérer. En élaborant un Projet de Ville, les municipalités s engagent dans des objectifs comme la mixité sociale, qualité architecturale et du cadre de vie, etc. qui ne MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 9

trouveront leur aboutissement qu au terme de changements importants qui nécessitent que soit affirmée la maîtrise des processus. M. Jean Yves Chapuis, Adjoint au Maire de Rennes : Nous voulons la qualité architecturale parce que nous voulons que les bâtiments deviennent du patrimoine. Le promoteur ce n'est pas son souci, son souci c'est de vendre le plus vite possible. Si vous n'imposez pas la mixité sociale en implantant des opérations, ça ne se fait pas! Si l on veut tenir des politiques de solidarité, et les tenir dans le concret, il faut contrôler le marché. (...)". Les municipalités entendent gérer les effets sociaux et économiques induits par le développement immobilier. La volonté de maîtrise sociale du développement urbain est une constante politique parce que les conséquences d une mutation de la population sont électorales. I.2. L'urbanisme communal : le communalisme La maîtrise d'ouvrage principale tend donc à cadrer et à limiter la place et le rôle des maîtres d'ouvrages constructeurs. Elle cherche à réguler l'intervention des promoteurs et se donne comme objectif d'assurer la stabilité du marché. Elle perturbe donc la logique qui veut qu un terrain cher implique des logements chers, en obligeant par exemple à réaliser sur toutes les Z.A.C. 30% de logements sociaux, comme à Rennes ou Créteil. M. Jean Yves Chapuis, Adjoint au Maire de Rennes nous dit : A chaque fois que l'on veut des projets forts, des projets d'anticipation, à part quelques grands capitaines d'industries, la plupart des promoteurs privés sont plus frileux que le public. Il faudrait que le promoteur s'inscrive dans une logique à long terme, dans une logique culturelle. Il faudrait qu'il s'intéresse à la question de savoir comment on vivra demain dans les logements ou dans les supermarché et qu'il puisse le prévoir. M. Conroux, Directeur de l Urbanisme, nous explique que sur Créteil : Les sociétés construisent grâce à nos aides financières et notre garantie d'emprunt et on a en contrepartie du patrimoine que l'on gère. On a donc aussi des exigences par rapport MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 10

au fonctionnement interne de ce patrimoine. On s'intéresse, y compris à la cellule. Pour l'accession c'est pareil, parce que c'est du logement que l'on offre sur notre ville. On va très loin dans le travail entre promoteurs et architecte, très, très loin. En échange d'un portage foncier et d'une limitation des risques financiers, l'urbanisme communal impose des contraintes de construction : volumes, matériaux, SHON, espaces publics, etc. A Rennes, à Créteil, à Nantes et à Amiens, le promoteur, privé ou public, est considéré comme un outil opérationnel dont il faut cadrer les activités et les interventions. On prend son avis, on s intéresse à ses activités parce qu il est l acteur en bout de chaîne mais aucun des élus rencontrés, ou des membres des services municipaux, ne semblent disposés à en faire des partenaires déterminants dans l élaboration des projets urbains. La ville d Aix en Provence, se différencie en ayant choisi une procédure de consultation d équipes réunissant architectes, investisseurs et promoteurs. Maîtrise du foncier et de l'économique Le foncier constitue le meilleur moyen d une maîtrise communale. C est le nerf de la guerre. Jean Yves Chapuis, Adjoint au Maire de Rennes : En maîtrisant le foncier nous maîtrisons ce qui sera mis sur le marché. La politique d urbanisme de la ville de Rennes repose sur une tradition de forte maîtrise foncière engagée dès les années 50 ; au milieu des années 70, plus de 30% du territoire communal était déjà constitué en réserve foncière. Dans les années 80 et 90, 24 Z.A.C. résidentielles et mixtes mettent en œuvre 23 000 logements. Les motivations profondes de la politique foncière de la ville reposent sur :. une maîtrise de la planification urbaine régulant les phénomènes spéculatifs du marché de manière à empêcher une organisation ségrégative du territoire, MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 11

. une maîtrise quantitative et qualitative des programmes immobiliers en ajustant les niveaux de la charge foncière en fonction des types d habitat et permettant la mixité sociale. Cet effort financier de la collectivité est en partie compensé par les mécanismes de péréquation de la charge foncière qui permettent d en répartir partiellement le déficit sur les programmes non aidés. Ce retour financier de la maîtrise publique urbaine représente environ 50% du montant global des participations ville aux bilans aménageurs. Les opérations immobilières ne permettraient pas, à elles seules, d'équilibrer les Z.A.C. et de réaliser des aménagements de la qualité de ceux d'aix, de Créteil, de Nantes, d'amiens ou de Rennes. Ce sont les villes qui doivent beaucoup investir dans les équipements publics, les aménagements de parcs et de jardins, le logement social, etc. et apporter des garanties communales sur le bilan des Z.A.C. et sur les opérations locatives. La thèse du partage des risques, risques politiques des élus contre risques financiers des opérateurs, doit être sérieusement pondérée car la prise de risques financiers des promoteurs est de plus en plus limitée. S ils sont parfois consultés en amont, ils ne se positionnent dans le projet qu en aval. Les services communaux, pour assurer la maîtrise sur les processus de conception et de fabrication, doivent élaborer des règles du jeu avec les promoteurs. Ces conventions s'appuient sur des réciprocités dont les dosages sont très fluctuants. La ville assure le portage du foncier jusqu'à l'obtention du permis de construire, en contrepartie elle entend gérer la densité, les programmes et l'architecture des projets de construction et d'aménagement des espaces extérieurs privés. Ces dispositions font ressortir des prix de charges foncières élevés et retirent une part de liberté de choix sur les " produits immobiliers " mais assurent un portage foncier minimum aux promoteurs. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 12

Cependant, aujourd hui, le coût de la maîtrise foncière et son portage apparaît comme l une des causes principales des difficultés de l urbanisation. Pour y pallier, la ville de Rennes cherche à tirer parti d opportunités opérationnelles permettant d économiser ces coûts en incitant les propriétaires à commercialiser directement auprès des constructeurs dans le respect d un protocole partenarial définissant le projet d aménagement ainsi que les contenus quantitatifs et qualitatifs des différents programmes de logements. Deux opérations de ZAC conventionnées sans acquisition, sont ainsi en cours :. ZAC Renault/Marbeuf, 250 logements, avec Renault propriétaire. ZAC Solférino, bureaux, avec Groupama propriétaire. La SEM aménageur de la ville assure dans ces deux opération la Maîtrise d Ouvrage déléguée pour le compte des propriétaires des terrains. Ce type de montage permet à la collectivité de contrôler l urbanisation de certains secteurs sans devoir préalablement en assurer la maîtrise foncière. Ces opérations restent exceptionnelles dans la mesure où il s agit de propriétaires institutionnels, de petites opérations maîtrisables dans le temps, pour lesquelles la précommercialisation peut intervenir avant le conventionnement des ZAC. La réalisation d une telle stratégie foncière de la ville nécessite de traiter très finement les opérations et de maîtriser dans la durée les bilans. Il devient dès lors évident que cette maîtrise ne peut être assurée que par l emploi de compétences au sein des services de la ville ou d une SEM. La ville de Rennes a privilégié le renforcement de ses services de manière à assurer une proximité plus immédiate du politique avec les cadres techniques et économiques. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 13

Maîtrise du résultat architectural La maîtrise du choix des architectes par la municipalité est un moyen de contenir le partenaire promoteur dans le cadre d'un projet urbain que la ville n'a pas l'intention de voir contredit par une configuration ou un programme de bâtiment. Le promoteur arrive à la fin d'un processus qui a permis de mettre en place un projet, et qui a nécessité l'avis et la participation de nombreuses personnes et de nombreux intérêts. A Rennes, aucun promoteur privé ou public n'est intervenu en amont de la Z.A.C. Ils ne sont pas un moteur du projet. Mais comme ils sont dans le tissu local, ils connaissent les projets. Et puis on les voit continuellement. Le Club Qualité 35 permet de les rencontrer et d'exposer les futurs projets. M. Conroux, Directeur de l'urbanisme de Créteil : La ville a pris des responsabilités importantes et elle a aussi beaucoup investi financièrement. C'est aussi cela qui favorise l'émergence d'exigences importantes de qualité sur les opérations (immobilières) car les opérations ne payent pas la totalité des équipements. Pour nous, le promoteur privé est un intervenant comme un autre, c'est dans le processus qu'il intervient, pas en dehors ou en plus. C'est des fois plus difficile dans la discussion parce que le privé a plutôt tendance à dire : moi, c'est comme ça. Dans l'accession, on voit souvent des promoteurs qui viennent avec leurs plans et prennent l'architecte pour un dessinateur. Nous, nous disons : non, c'est comme cela que nous voyons les choses, sauf si le projet est au bout du compte satisfaisant. Si on n'est pas d'accord avec un projet, il ne passera pas le stade du dépôt du permis de construire. Il n'ira même pas jusqu'au dépôt de permis de construire. Si nous ne sommes pas d'accord, ça ne se fera pas, nous ne signons pas en blanc au départ. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 14

I.3. L aménagement privé Avec la conjoncture économique, les aménageurs sont plus prudents dans les opérations et les montages. Ils n achètent les terrains qu au fur et à mesure des réalisations (par phases, par îlots,..) en se remboursant sur les droits à bâtir et en précommercialisant. Ils analysent la rentabilité parcelle par parcelle et interviennent sur de plus petites opérations. Pour limiter les risques, ils développent de nouvelles démarches en intéressant aux affaires par exemple, les grands propriétaires (SNCF, industriels, Edf, ) ou les particuliers. Il n existe plus d aménageurs privés en tant que tels. Ce sont des entreprises ou des promoteurs qui créent des structures provisoires avec un personnel qui se forme sur le tas. Ils font appel à des prestataires extérieurs et externalisent les fonctions :. sur les montages financiers, fiscaux, juridiques. sur les règlements et procédures. sur les aspects techniques (BET VRD, BET circulation, ). sur les programmes et projets urbains (architectes, urbanistes, paysagistes, coloristes, décorateurs). sur la communication et commercialisation. Il y a ainsi démultiplication de petites structures spécialisées, qui fonctionnent le plus souvent en réseau. Les seuls véritables aménageurs qui acceptent des opérations à risques, sont publics (l AFTRP, par exemple), mais même l AFTRP s externalise pour éviter la sclérose, avoir des idées ou apports nouveaux et une stimulation de son personnel. Les quelques aménageurs privés se trouvent :. dans les grandes villes : Paris, Lyon, Nice, ). dans les secteurs tendus où les terrains sont chers. dans les villes où les SEM ont fait faillite MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 15

De plus en plus, la prudence des aménageurs fait que la Collectivité Locale reprend de l autorité ; autorité que les aménageurs privés leur reconnaissent d autant plus facilement qu elle a pour contrepartie une responsabilité accrue des élus. On peut ainsi constater que dans les villes où les structures de maîtrise spatiale des projets urbains sont quasi inexistantes, on assiste néanmoins a une volonté de maîtrise qui prend d autres formes et tend à évoluer vers une reprise en main de la maîtrise de la forme urbaine en interne. Ainsi, pour la Z.A.C. de la Louvière à St Germain en Laye, le maire, Michel Péricard, désirait avoir une influence forte sur les formes de développement urbain de sa ville mais ne souhaitait pas que la SEM publique considérée comme un simple outil, en soit l aménageur. Elle eut pour seules missions d organiser un concours d architecture, un concours d aménageurs et d acquérir le foncier. La ville fit appel à la maîtrise d ouvrage privée, sur laquelle le maire tenait à conserver néanmoins, toute autorité. En 1990, un grand concours international fut lancé pour la conception d un centre urbain et d affaires en relation avec l ouverture d une nouvelle gare SNCF. Eric Daniel-Lacombe et Alain Sarfati ont gagné ce concours qui faisait d eux les architectes de toutes les opérations de construction, privées ou publiques, des aménagements et des études urbaines de la Z.A.C. La SEMAGER missionna les architectes pour faire passer des oraux aux promoteurs dans le cadre d une consultation d aménageurs privés. Le fait que les promoteurs détestaient être jugés par un architecte, faisait partie de la stratégie du maire. Une des contraintes les plus difficiles à accepter par les aménageurs privés était cette présence obligatoire des architectes ayant gagné le concours. Un seul promoteur, IFI, accepta les conditions de maîtrise par le maire du programme et l imposition des architectes. Devant contractualiser les architectes (pour un montant d étude de 1,7 MF), IFI obtint MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 16

une convention de la ville de 2 MF en cas où il ne serait pas retenu comme aménageur. L aménageur privé IFI (aujourd hui PHIDIAS) s est associé avec la société SILAC, constructeur de logement social et créa la SABA (Société d aménagement) dont le SILAC détenait 51 % des parts. Cette situation rassura le maire sur le caractère social de l opération. Le maire mit en place une structure tri-partie qui lui permettait des jeux complexes de relations avec l architecte et l aménageur/promoteur La continuité du projet urbain fut garantie, malgré des changements importants de programme, par le respect des intérêts de chacun des membre de la triade maire/architecte/aménageur privé.. Les architectes ayant l exclusivité de la conception, étaient incontournables. Ils ont accepté de bonne grâce des modifications et des adaptations importantes dès lors que leur exclusivité était assurée et qu aucun produit immobilier pré-dessiné ne leur était imposé.. L aménageur ayant l exclusivité de la réalisation des opérations, échappait ainsi à la concurrence. Cette exclusivité pour réaliser 52 000 m² obligeait les concepteurs comme les opérateurs à une certaine flexibilité. L aménageur privé acceptait le jeu dès lors qu il pouvait faire valoir des modifications de programme lui assurant un équilibre financier. L acceptation de la part du maire et des architectes de garantir la surface de SHON a établi la confiance de l aménageur privé.. Le maire acceptait des modifications de programme tant que les formes urbaines générales de son projet étaient respectées. Son autorité était assurée par la complexité du projet due à des restructurations importantes des voies SNCF, à l implantation d une gare et d un parking régional et à des recompositions avec les secteurs voisins. I.4. Le projet urbain comme culture partagée Les projets urbains déclinent les grandes orientations du Projet de Ville. M. Alain Lorgeoux, Directeur de l Architecture, du Foncier et de l Urbanisme de MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 17

Rennes : Le projet urbain est devenu, après un lourd travail d explication et de communication, une référence commune à l ensemble des acteurs municipaux et aux interlocuteurs de la ville : habitants, promoteurs, architectes, associations. Le projet urbain, qui n est ni strictement dessiné, ni strictement décrit, est l espace obligatoire des échanges. Le projet urbain est conçu comme fédérateur du politique, de la vie quotidienne à l action politique. Socle de réflexions communes, le projet urbain doit assurer la cohérence des décisions municipales et dessiner un cadre d action quotidien. M. Jean Yves Chapuis, Adjoint au Maire de Rennes, semble chercher à lutter contre l'isolement et le cloisonnement, contre les tendances à l'individualisme et la pression des intérêts particuliers et on pourrait schématiser en axiomes ses positions : 1. l'urbain c'est une culture partagée 2. le partage d'une culture s'établit par le débat 3. le débat doit être structuré par la compétence des services et l'ouverture des élus 4. ce qui garantit la compétence des services et l'ouverture des élus c'est l'exigence d'une culture partagée sur l'urbain. Le débat doit être entretenu comme on entretient un feu dont il faut connaître les bienfaits et les dangers. Il faut construire les lieux adéquats pour l accueillir, partout et à tous les niveaux ; apprendre à le conserver et à l activer... il faut le maîtriser pour éviter qu il ne ravage sauvagement la société. M. Jean Yves Chapuis insiste sur la dimension culturelle du Projet de Ville : Le maître d'ouvrage urbain, c'est le Maire, lui seul a l'autorité nécessaire, mais l'urbanisme est une compétence partagée. Pour partager un projet, il faut partager une culture urbaine. Le partage d'un projet et d'une culture urbaine passe par le débat, la formation et l'utilisation des compétences. Il s agit donc pour lui, d élaborer une culture de la ville partagée, des élus aux citoyens, des techniciens aux professionnels, une culture de la ville qui donne envie MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 18

de la ville, une culture de la manière de vivre-ensemble, une culture communautaire ". Dès l'énonciation d'une volonté politique d'agir sur le développement de la ville, la démarche est conceptuelle ; il s'agit de concevoir la ville de demain avec des termes qui, s'ils doivent, aujourd'hui, rester ancrés dans le réalisme, doivent aussi résonner de manière culturelle aux oreilles des administrés. Même les plus commerçants le savent : " on ne vend pas à la raison mais au désir. A Saint Germain-en-Laye comme à Saint Maur, où les structures municipales de maîtrise du projet urbain sont peu développées, on s aperçoit d une évolution qui se fait au travers des réalisations urbaines. Les services municipaux se sont formés en suivant l évolution des projets et interviennent de plus en plus dans le processus. Il y a là aussi mise en place progressive d une culture partagée et une volonté de maîtrise de plus en plus forte. La ville (élus et services) veut de plus en plus voir et gérer, elle devient exigente sur la qualité architecturale, sur les détails, sur les espaces publics, au nom de la culture commune que vous nous avez transmise. I.5. Mise en place de structures internes de maîtrise des projets La maîtrise d ouvrage urbaine veut se doter des moyens d explorer en amont le sens des choix d organisation spatiale, d esthétique urbaine et de vocabulaire architectural. De plus, les dangers de recours fragilisent toujours plus des opérations toujours plus longues à réaliser. Les services communaux assurent le passage à travers des procédures réglementaires devenues souvent trop complexes pour un petit promoteur. La maîtrise assurée par la ville passe donc par une structuration des services et une formation des responsables de ces services. C'est en favorisant les confrontations et le débat entre services, et avec les adjoints, que le projet urbain peut évoluer. Pour cela de nombreuses commissions et réunions sont programmées. Et pour garantir la richesse des débats entre élus et services, M. Jean Yves Chapuis prône : la nécessité pour les élus, d'avoir une vue transversale et de ne pas rester MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 19

confinés dans leurs délégations correspondant aux structures administratives des services. L'urbanisme communal ne peut plus se contenter de bien gérer et de réglementer l'urbanisme ; il doit mener une démarche de prise de connaissances et de préfiguration. Le personnel des services communaux doit acquérir des connaissances culturelles sur la ville, et les connaissances techniques ne sont plus suffisantes ; les services municipaux doivent penser. M. Jean Yves Chapuis : Quand, pour les Bords de Vilaine, Alexandre Chemetoff a expliqué qu'il fallait supprimer une grande voirie, ça a provoqué un tollé dans les services qui demandaient de quoi il se mêlait. La mutation de l'appareil municipal, elle se fait par ces démarches là aussi. On ne poursuit pas seulement un urbanisme opérationnel, on poursuit une manière de travailler différemment. Il faut donc d'abord faire un vrai travail d'urbanisme de conception après on fait les études de faisabilité pour vérifier l'équilibre financier d'une opération et on fait des sous-bilans îlot par îlot. Sur Créteil, la concertation interne est continue : notre équipe se réunit tout le temps et depuis l'origine, au minimum une fois par semaine pour travailler, faire le point, continuer. Dans le cadre de ces réunions nous invitons les services de l'état, différentes personnes qui sont concernées par notre projet. Maîtrise des connaissances Nous assistons à une démultiplication des moyens qui permettent de se représenter le réel social de la ville. Les élus s'entourent de conseils multiples, les services municipaux commandent des études ethnologiques, anthropologiques, sociologiques, historiques, typologiques, géographiques, floristiques et faunistiques, écologiques, etc... On peut trouver la raison de ce besoin d'éclairages multiples par la difficulté, aujourd'hui, de se représenter la composition sociale d'une ville à travers des entités, des groupes ou des classes sociales. L'individualisation de la société oblige à trouver MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 20

de nouveaux modes de prise de connaissance. Ces études viennent assister la maîtrise d'ouvrage et la maîtrise d'oeuvre dans l'appréhension qu'il se font du réel de la Ville par croisement d'éclairages. Structuration des services communaux L'urbanisme communal doit assumer une double mission : stabiliser et dynamiser un projet politique. Une telle mission nécessite des services communaux strictement organisés et la position du service urbanisme dans l'organigramme communal n'est pas innocent. Stabiliser et dynamiser s'applique donc autant pour le projet politique que pour le fonctionnement des services. Un projet urbain, dont la réalisation est soumise à des délais de plusieurs décennies, est l'objet de nombreuses attaques qui proviennent : - " d'en bas " : les usagers, - " d'en haut " quand le maire est déstabilisé par la politique nationale, régionale ou départementale, - " des côtés " par les promoteurs, les propriétaires fonciers, les professionnels, etc... tous ceux qui vivent des changements urbains. L'organisation des services pour un urbanisme communal doit pouvoir garantir une réponse efficace aux dangers que court un projet urbain. M. Jean Yves Chapuis, Adjoint au Maire de Rennes : Il y a des changements dans la structure municipale qui font que le projet urbain global, et par déclinaison les projets plus sectoriels, sont portés le plus transversalement possible. Il faut que chaque service retrouve sa logique et que le projet urbain ait un sens pour lui. Chaque nouvel équipement public doit alors se retrouver dans le contexte du projet urbain. Il ne faut pas idéaliser, le projet urbain n'a pas une réponse à tout mais nécessairement il renvoie à une réflexion globale de cohérence et donc d'anticipation. S'il n'y a pas dans la culture des services, dans le recrutement des agents, ces éléments là pour faire réfléchir tout le monde, on baratine. Il ne suffit pas d'avoir des idées, il faut que cela se traduise sur le plan opérationel. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 21

L'organisation des services communaux n'a pas pour unique but d'assurer une stabilité interne mais bien pour but principal de permettre la réalisation d'un projet défini politiquement. Le projet politique doit tout d'abord trouver les moyens de sa transcription urbaine puis les moyens de sa réalisation. Le projet politique décide des projets urbains mais il est fortement nourri par les retours que ceux-ci opèrent vers le politique à travers la question de la satisfaction des usagers et de la satisfaction du monde économique et professionnel (promoteurs, entreprises, professionnels). Pour assurer la continuité stratégique du projet politique sur la ville, et ses adaptations tactiques, les services communaux doivent structurer leur maîtrise sur sa réalisation à travers les études, la réglementation puis sur les phases opérationnelles. Travail communal en régie La question de la maîtrise des projets amène les services municipaux à assurer un maximum de missions de conception en régie, de l'élaboration du Projet de Ville, première conceptualisation urbaine d'un discours politique, à la conception architecturale des équipements ou des aménagements publics, en passant par les études et le suivi des Z.A.C. ou des lotissements. Traditionnellement les services municipaux assurent également l écriture des documents réglementaires tels que SDAU et POS. A Rennes, le service d'urbanisme assure la conduite de Z.A.C. en tant qu'aménageur et la conception des études de ces mêmes Z.A.C. (1/3 des Z.A.C.) ; le même service assure la conception et la réalisation d'équipements publics (crèche, groupe scolaire) et les services techniques assurent la conception et la réalisation des parcs, des jardins, des places et des voiries. car il est apparu indispensable de conserver ce savoir-faire pour dialoguer efficacement avec d'autres maîtres d'ouvrage, explique Alain Lorgeoux, Directeur du service d'urbanisme. A Créteil, toutes les études urbaines et de Z.A.C. sont réalisées en interne, sauf certaines consultations pour élaborer des concepts généraux ; les services techniques assurent surtout la conception et la réalisation de tous les aménagements urbains. Par contre c'est la S.E.M. qui assure la maîtrise d ouvrage des Z.A.C. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 22

Cela s'est réalisé en régie interne. Il n'y a pas eu d'apport complémentaire d'assistance, étant donné les équipes que nous avons sur place. C'est un choix politique et historique maintenant, puisque la SEMAEC existait à l'origine du développement de Créteil et qu'elle a été remodelée pour cela. On peut évidemment faire appel à des gens de l'extérieur, cela se conçoit parfaitement. Mais si vous engagez la ville sur un projet de 20, 30, 40 ans, il faut se doter des moyens pour mener à bien cette ambition. Cela a été le cas avec la SEMAEC qui fait fonction un peu d'agence d'urbanisme Par contre, ce n'est pas en vase clos non plus. On fait appel autant que nécessaire à des compétences extérieures." A Amiens, c'est l'atelier d'urbanisme de la Ville qui assure l'écriture réglementaire du Projet de Ville, du Schéma Directeur, du P.O.S. Fabrication d'une maîtrise d'œuvre urbaine communale Pour la réalisation des projets urbains, il faudra certes trouver les procédures et les règlements qui permettront de cadrer la conception, et il faudra assurer une coordination dans le temps des différentes phases opérationnelles et d'investissement, il faudra encore faire preuve de réalisme économique... mais la mission la plus importante des services municipaux consistera à assurer un cadre favorable à l émergence de la qualité dans les projets urbains. La maîtrise publique du projet urbain ne se contente pas d'être d'ouvrage mais tient à conserver la prédominance dans l'élaboration de l'oeuvre. L oeuvre, comme le projet, doivent être partagés par tous, leur conception aussi 4. La maîtrise d'ouvrage urbaine est donc un savant mélange de maîtrise de la conception et de la fabrication. Pour assurer les études et la réalisation des projets, un jeu complexe s'engage avec les outils complémentaires que sont les S.E.M. et les organismes H.L.M. 4 Cette question du droit à l'oeuvre se retrouve également au sein des services des D.D.E. qui, à force d'entendre parler de qualité urbaine, souhaitent prendre part à la conception. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 23

A Créteil, il existe une équipe, un noyau dur, composée de membres des services municipaux et de la S.E.M. qui assure l'évolution des projets. Quand je dis nous c'est ; la SEMAEC, qui est une équipe pluridisciplinaire (comprenant architectes, urbanistes, ingénieurs, juristes, économistes), et moi qui représente la commune. En fait, je fais partie de ce groupe de travail en tant qu'interface entre le maître d'ouvrage (la commune) et sa SEM (maître d'ouvrage délégué concessionnaire des aménagements des espaces à développer sur Créteil. C'est l'instance d'études de proposition et de maîtrise d'ouvrage, ( pas de décision ), à la fois dans les choix de programme. Créteil est une commune assez importante tant en termes d'administration, qu'en termes d'élus. Il y a des compétences et des volontés. Le maire est particulièrement attaché à l'urbanisme de sa ville et les élus ne sont pas démunis par rapport à l'importance des réflexions qui peuvent être menées en termes d'urbanisme. A Amiens, c'est semble-t-il la demande du Maire, et des élus, qui active les évolutions assurées par le service d'urbanisme qui les relaient auprès des concepteurs (architectes, urbanistes, paysagistes,...) extérieurs ayant en charge des secteurs ou des projets. A Rennes, la direction des infrastructures est issue d une forte tradition de maîtrise d œuvre en voirie et en réseaux. En gérant les déplacements urbains, et donc le futur métro de Rennes, et les espaces publics elle est au centre des projets urbains et en collaboration étroite avec la direction de l urbanisme. Elle assume trois fonctions : maîtrise d ouvrage, maîtrise d œuvre et exploitation-maintenance. Cet ensemble permet à la direction d assurer une dialectique d intervention dans le cadre urbain. La volonté de la direction est de centrer le personnel sur des métiers qui ont leur légitimité. La maîtrise d œuvre interne est considérée par le directeur comme indispensable pour assurer les missions de maîtrise d ouvrage et de gestion. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 24

Le directeur précise l utilité de la maîtrise d œuvre interne en précisant les points suivants :. Le service n a pas le monopole de la maîtrise d œuvre des espaces publics et ne veut pas l avoir mais : pour faire faire (maîtrise d ouvrage), il faut savoir faire.. Les procédures de concours et des marchés publics sont lourdes, en interne la maîtrise d œuvre est plus rapide et permet de répondre plus facilement aux attentes.. La maîtrise d œuvre interne permet d avoir des éléments de faisabilité fiables qui participent à l acte de décision.. L espace public est une part importante de l image de la ville. Il faut s inscrire dans la durée et prendre en compte l histoire de la ville dans sa continuité. La maîtrise d œuvre interne permet d élaborer une action cohérente et continue, homogène, sur les espaces publics là où des maîtrises d oeuvres externes réinventeraient en permanence. - L intervention sur les espaces publics nécessite une concertation permanente avec les habitants et une connaissance du terrain que le service peut assurer dans le temps et dans tous les domaines, bien mieux qu une maîtrise d œuvre externe et ponctuelle.. Il faut entretenir les motivations du personnel en sachant qu il a peu de marge de manoeuvre salariale ou promotionnelle dans la fonction communale. Pour entretenir l intérêt au travail quotidien il faut produire du projet. Cette revendication de l internalisation de la maîtrise d œuvre dans la direction des infrastructures a mené cette direction a confirmer sa vocation de maîtrise face aux autres directions notamment de l urbanisme. Les études du Val ont été partagées entre la direction des infrastructures qui assure les études propres au parcours, et la Direction de l urbanisme qui assure la direction des Z.A.C. provoquées par le Val. Mais la conduite d opération des Z.A.C. est assurée par la direction des infrastructures pour assurer une continuité entre les territoires dans et hors Z.A.C.. Dans les Z.A.C., la direction d opération, le budget sont assurés par la direction de MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 25

l urbanisme, la conduite d opération est assumée par la direction des infrastructures. Il faut noter l importance du parcours professionnel du personnel de direction des services d urbanisme des communes. A Rennes, il est souvent souligné que le directeur des Services techniques, le directeur et le sous-directeur de l urbanisme sont issus d une même histoire, celle de l atelier d urbanisme de la ville de Grenoble. A Créteil le directeur de l urbanisme a participé à l Atelier Public d Urbanisme. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 26

Le communalisme Cette volonté de maîtrise d un développement urbain cohérent et continu de la ville se manifeste donc par :. la mise en place de structures techniques et économiques internes ou externes qui définissent une péréquation des charges foncières et vérifient la viabilité les projets ;. l organisation d une maîtrise d œuvre et de structures communales pour la conception et la gestion des espaces publics ;. Le choix des concepteurs et la définition de règles très précises de conception des bâtiments ;. La constitution d un partenariat avec les promoteurs publics et privés ;. L organisation d un suivi permanent du processus d urbanisation. la mise en place d instances de confrontation et d expression des différents acteurs ;. la gestion de la communication et de la concertation. Cette maîtrise est de plus en plus revendiquée par les services des Villes. Ainsi, pour justifier de l importance de leur structure et de leur légitimité, le service infra à Rennes affirme l importance d une continuité historique et d un traitement unitaire des espaces publics comme garantie d une culture urbaine. Cela leur permet par exemple, de rejeter la maîtrise d œuvre externe après le passage d Alexandre Chemetoff. On peut parler en ce qui concerne les projets urbains d un véritable communalisme. Celui-ci serait la forme que prend la volonté de maîtrise du politique et du technique réunis dans une structure administrative gérant un territoire qui est qualifié par ce mode de gestion. Le communalisme établit une liaison d intérêt permanent entre les élus (la parole politique) et les cadres des services municipaux (le savoir). Dans cette alliance, le politique apporte le sens et les services apportent le discours technique et savant. Si les élus réclament une forte implication politique des cadres des services, MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 27

inversement ceux-ci leur demandent d assumer leurs responsabilités et de s impliquer toujours plus fortement et personnellement dans les projets. La nécessité d une proximité entre le projet politique et la gestion technique de ce projet avec l extérieur conduit les communes à instrumentaliser les S.E.M., voire à s en passer. La stabilité d un cadre communal garantirait la communauté de vision et de pensée entre acteurs externes : urbanistes, paysagistes, architectes, maîtres d ouvrages opérationnels. Les services communaux considèrent de leur vocation d assurer la cohérence des relations des acteurs externes entre eux tout refusant toute immixtion dans l élaboration des contrats privés. D ailleurs, on suggère de prendre ou de choisir un architecte dans une liste, on ne l impose pas. La ville de Rennes a cherché à garantir aux architectes des opérations des contrats de base complets mais semble avoir renoncer à être aujourd hui trop directifs sur ce point. Les services municipaux assurent également l articulation du politique avec les habitants et maîtrisent les processus de communication et de concertation comme le résume très bien M. Daniel Delaveau, Maire de St Jacques de la Lande : Il fallait une maîtrise politique forte du projet. Compte tenu de son enjeu stratégique, compte tenu des compétences que l on a mises en place avec l atelier d urbanisme, on choisi de faire cette opération en régie directe mais ce n est pas une attitude de principe contre les S.E.M. La création de l atelier public d urbanisme traduit la volonté d établir un lieu où peut se dérouler une double confrontation : entre les maîtres d œuvre et les promoteurs, mais aussi entre la maîtrise d ouvrage urbaine et la population pour que celle-ci puisse suivre les évolutions du projet avec des expositions, des réunions de quartiers, etc Cette confrontation conduit certaines fois à corriger le projet (Propos recueillis par Gilles Davoine). MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 28

II. EVOLUTION DES PROCESSUS II.1. Développement de la concertation avec les habitants : de la composition urbaine à la composition sociale La régulation sociale apparaît comme un des thèmes principaux du projet urbain, de plus en plus compris comme un projet de communauté. On assiste un peu partout (Nantes, Rennes, Amiens, Créteil) à la mise en place de Conseils de Quartier avec des élus de quartier qui induisent donc une organisation renforcée, géographique et transversale, des élus municipaux. Le quartier est considéré comme entité de représentation collective, comme entité de reconnaissance historique. A Créteil, On a une politique de consultation et de concertation active des habitants. L'atelier public existe avec des comités de quartier qui relaient tout ce que les gens vivent dans ces espaces, on voit les gens, on fait des plans, on leur soumet ces plans. Ce travail public de concentration, d'urbanisme et d'architecture existe. Ainsi, aux Sarrazins, les comités de quartiers ont exprimé au conseil municipal une demande très forte de pistes et de circuits vélos, de promenades aussi. On a voulu donner plus de présence à ces critères. On a dû pour cela remanier le plan. A Rennes, la structuration municipale des services techniques doit servir à développer le débat sur les projets auprès de la population, ce qui suppose que le débat ait été enclenché auparavant entre services et avec les élus; de la richesse de ce débat préalable dépendra la qualité du débat avec les habitants. Cette structuration des services doit donc également servir à la communication avec les habitants en engageant le débat. Des réunions et des groupes de travail sont constitués avec les habitants sur des projets. Les cadres municipaux sont chargés non seulement de les préparer et d'y participer mais également de mettre à la disposition de la population leurs compétences pour approfondir et tester les idées émises.. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 29

Cette concertation porte sur la programmation et non sur l'esthétique. Elle porte sur les fonctions, les relations entre l'individu et le collectif, sur l'usage (des espaces publics, tout particulièrement). M. Jean Yves Chapuis semble craindre une certaine entropie urbaine, ainsi assure-t-il que l'urbain c'est le débat. Et comme le débat est un acte public, il va de soi que l'espace public soit de la responsabilité de la municipalité. Un projet fort, pour M. Jean Yves Chapuis, est un projet qui se préoccupe de la qualité des espaces publics. Et il affirme qu'il faut une maîtrise publique forte pour assurer cette qualité des espaces publics, comme pour engager un débat riche. M. Jean Yves Chapuis semble assimiler espaces publics et débat parce que l'espace public est le domaine où les individus sortent de l'intimité de leur espace privé ; tout comme le débat est l'espace de communication où l'individu sort de son point de vue pour le confronter à l'autre. En fait, M. Jean Yves Chapuis s'intéresse à ce qui peut créer une liaison, un rapport entre les individus et à ce titre, espaces publics et débats ont la même vocation : assurer le lien social. La maîtrise consiste donc à assurer la pratique du débat et l'espace de cette pratique. La parole apparaît comme un fluide magique qui fait des animaux, des hommes ; elle réunit les intérêts divergents dès lors qu'elle est libérée. Le débat, la mise en tension, constituent le mode de fonctionnement du projet. C'est en confrontant plusieurs points de vue que s'édifie une culture commune. II.2. Ecoute des autres partenaires Partenariat avec les promoteurs La peur du recours juridique, la nécessité de se garantir contre l'erreur, amène la recherche d'une concertation entre institutions et professionnels et de décisions consensuelles. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 30

Les groupes de pilotage se multiplient, que ce soit à Nantes, à Amiens, à Créteil, à Rennes ou à Aix. Le partenariat avec les promoteurs privés nécessite la mise en place d'un climat de concertation. A Rennes, la ville a créé le Club Qualité 35, composé de promoteurs, des deux S.E.M., d'architectes, d'entrepreneurs. La présidence est annuelle et tournante entre promoteurs et architectes. Le rôle de ce club est de permettre une concertation et un feed-back sur les opérations réalisées. Une charte de la qualité a été signée définissant les engagements de la ville, de ses services et des promoteurs à travers les documents à fournir par les uns et les autres. M. Jean Yves Chapuis, Adjoint au Maire de Rennes : " C'est parce qu'on a, ensemble, pu diagnostiquer un dysfonctionnement dans la démarche d'une opération que ce défaut ne sera pas reproduit dans les autres opérations auxquelles les membres du club participent ". Pour Pierre Conroux (Créteil) : C'est certainement ce dialogue, cette pluridisciplinarité, cette présence de moyens de contrôle qui ne sont pas seulement financiers qui peuvent apporter cette garantie, cette qualité. Mais alors attention, plus il y aura d'intervenants plus il y aura à coordonner, plus cela crée des conflits. Il faut bien assurer le processus de consultation des services extérieurs bien sûr. Il ne faut pas trop en mettre non plus parce qu'à un moment donné ce n'est plus opérationnel. Dans le projet urbain, il y a nécessairement, conflit d intérêts et de pouvoirs et tout le monde cherche à se rassurer en évoquant le consensus et le partenariat, tout en craignant que cette situation de consensus permanent nécessaire, n accouche d un résultat ni fait ni à faire. Les bases du partenariat s établissent autour des maîtrises respectives des partenaires : - Le maître d ouvrage politique revendique la maîtrise du fait qu il est élu par les MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 31

habitants. - Le maître d ouvrage opérationnel revendique une maîtrise au nom de l équilibre financier. - Le maître d œuvre revendique une maîtrise sur la forme de la ville parce qu il en a une certaine connaissance. En fait, pour que ça marche, il faut que chacun garantisse à l autre quelque chose : - le maire garantit le foncier - l aménageur / promoteur garantit l ouvrage - l architecte garantit l œuvre. Les politiques ont de plus en plus tendance à instrumentaliser les promoteurs privés alors que ceux ci comme l exprime B. Avril du groupe George V, ne souhaitent pas être cantonnés en aval, mais être associés à la définition amont des projets, ils souhaitant ne pas dissocier le temps du projet urbain et le temps du projet architectural. Ceux-ci revendiquent une compétence dans l anticipation (vision à 10 ans) de la valorisation d un environnement et dans le fait de savoir :. où il faut construire. les formes urbaines qui fonctionnent. les formes architecturales qui sont adaptées au lieu. Par ailleurs l architecte peut parfois jouer (très rarement, à notre connaissance), un rôle de pivot du partenariat entre les politiques et les promoteurs privés. Ainsi, pour Eric Daniel-Lacombe, si le projet que lui a confié un promoteur privé à Saint Maur a réussi, là où les propositions précédentes avaient échouées, c est parce qu il s est mis à l écoute des élus et qu il a su engager un débat sur les espaces publics en présentant une analyse du patrimoine des avenues et des places de la commune. La démarche d Eric Daniel-Lacombe est basée sur l importance d établir une confiance avec le promoteur-aménageur et avec la commune. Pour l établir, il MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 32

garantit au promoteur-aménageur le respect des surfaces à construire, et à la ville la qualité des espaces publics. Il se positionne ainsi à la croisée des intérêts et comme celui qui possède les compétences pour rendre compatibles ces deux domaines. Il est celui qui gère le bon équilibre des pleins et des vides. Sachant qu un projet urbain nécessite du temps pour recueillir l acceptation de tous les partenaires, il présente des formalisations qui acquerront de la précision au fur et à mesure de l élaboration de la programmation. A Saint Germain en Laye, c est le maire qui est à l initiative du projet urbain, à Saint Maur c est le promoteur. Dans les deux cas c est l architecte qui sert d intermédiaire, de 3 ème partenaire, mais d un partenariat particulier puisqu il n apporte que son savoirfaire. II.3. Démultiplication des études en amont et en cours de projet L intervention auprès des habitants apparaît de plus en plus complexe, il s agit de toucher des individus pris séparément et de moins en moins des groupes ou des classes sociales constitués. Même la concertation auprès des associations n est pas la garantie de toucher individuellement les habitants ; ceux-ci deviennent insaisissables dans leur singularité. De plus, les demandes des habitants touchent parfois des domaines d intérêts ou de comportement très particuliers. Pour informer l'action à entreprendre et alimenter le projet urbain, il devient indispensable de mieux connaître les contextes sociaux et environnementaux. Des analyses nouvelles émergent : des études anthropologiques, ethnologiques, économiques, sociologiques, géographiques, paysagères, d'éco-systèmes, etc. Cette démultiplication des modes de représentation du réel, ces différents éclairages extérieurs et cette recherche de diverses figurations représentant l'action sont censées à la fois aider les gens à se reconnaître et à valider les solutions sur tous les plans. II.4. Recherche de nouvelles compétences De nouvelles compétences se font jour en prenant appui sur ce qu'on appelle une MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 33

culture de projet 5. Le retournement du marché immobilier a imposé aux SEM des cures d amaigrissement qui en réduisant leur personnel qualifié ont réduit leurs compétences sur le projet. Parallèlement la fonction communale a progressivement intégré des formations réservées auparavant à des niveaux de rémunérations qu une collectivité ne pouvait pas assurer. Au besoin de maîtriser les projets, s est ajouté celui de palier à la réduction des effectifs des SEM. II.5. Allers-retours du projet urbain Démarches interactives La prudence face à l'instabilité financière et aux recours juridiques amène les élus à intégrer des effets de retour possibles dans leur stratégie. Par delà les aléas, qu'ils soient d'ordre foncier, programmatique, social, juridique, urbain,... qu un projet doit pouvoir intégrer, il existe une demande de progression du projet par ajustements qualitatifs... La maîtrise d ouvrage apprend en commandant et cet apprentissage modifiant ses angles de vues, amène également la maîtrise d ouvrage à modifier sa commande. La maîtrise d ouvrage affirme de plus en plus avoir besoin d avis divergeants pour lui permettre de mieux définir sa commande. Le succès des marchés de définition est un bon exemple de cet état. Le document édité par la Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques sur ce sujet relève les atouts essentiels de cette procédure : Le travail simultané sur le programme et sa formulation urbaine ou architecturale, un dialogue soutenu entre maître d ouvrage et maître d oeuvre, très en amont, une appropriation collective du projet. L apport rassurant des programmistes ne semble pas suffire. Des réalisations seules, 5 On ressent bien cette demande à travers le projet de création d'un nouveau département de l'université de Technologie de Compiègne dont l'objectif est de réunir dans une même logique pédagogique l'accès à une formation scientifique et technique spécialisée et à une formation généraliste destinée à l'acquisition de connaissances sur le management de projets complexes (que ces derniers soient d'essence urbaine, architecturale ou artistique) et sur les médiations qui en résultent entre démarches conceptuelles à plusieurs échelles, aspects technologiques et dimensions économiques et sociales. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 34

ça ne fait pas la ville! disait dernièrement un maire qui expliquait son souhait de trouver, à travers les regards de plusieurs architectes-urbanistes, un liant, une idée directrice qui d abord renvoie une lecture des idées et des analyses déjà émises par les élus et ses services, puis donne de la cohérence et du sens à leur projet. Le projet urbain n'est jamais figé, ni fini, il est défini pas à pas. M. Jean Yves Chapuis : Les urbanistes des Z.A.C. sont là pour concevoir l'opération elle-même mais doivent également nourrir le projet urbain. Si dans sa réflexion, l'urbaniste a un désir ou une volonté de marquer telle ou telle chose, on en discute. On ne peut pas faire un cahier des charges qui soit trop fourni parce que c'est dans la manière dont l'on va établir la relation avec l'urbaniste que vont s'établir un certain nombre choses. En fait ce que l'on a nourri dans ce travail là, c'est ce que nous appelons la maîtrise d'ouvrage urbaine. Il faut qu'un projet d'urbanisme sectoriel, c'est à dire un urbanisme de ZAC, puisse réinterroger en permanence le projet urbain porté par l'ensemble de l'administration. S'il ré-interroge, il ré-interroge tout le monde et il faut que chacun soit en mesure de se remettre en cause par rapport à ses pratiques pour savoir si effectivement c'est adapté ou pas. C'est un jeu difficile. Le projet urbain de Rennes c'est une mise en tension de la ville ; on cherche en permanence à mettre en tension les différents acteurs de la ville pour qu'ils ne restent pas sur un ronron de gestion ou d'habitudes et que chaque opération soit l'occasion de se remettre en cause. On ne prend pas quelqu'un pour répondre à un programme précis pour lequel nous aurions tout fait et tout réfléchi, ça n'a aucun intérêt. On veut que la personne choisie apporte aussi sa pierre à l'édifice. C'est difficile parce qu'on a beaucoup de personnes qui considèrent que ça ne sert à rien de faire appel à quelqu'un de l'extérieur, de faire appel à des gens qui ne connaissent pas la ville. Le projet urbain c'est un projet. Un projet c'est mettre en relation des gens, c'est tisser des liens, c'est être capable de répondre aux questions.... Alexandre Chemetoff est certes appelé pour élaborer le Schéma Directeur des Bords de Vilaine mais l'élaboration de ce cadre réglementaire est réalisée en même temps que certains travaux d'aménagements qui font alors office d'expérimentation, plaçant MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 35

cette élaboration dans un processus de work in progress. Ces aménagements permettent de vérifier du bien fondé de son élaboration ; ils informent le projet urbain autant qu'ils en procèdent. Le développement des missions de définition à Nantes et à Amiens attestent aussi de cette volonté de multiplier les scénarios et de tester différents programmes possibles. Avec ces missions de définition, émergent aussi les demandes de travail collectif avec différents maîtres d'œuvre. Cela permet à la Collectivité Locale de garder la maîtrise de son projet et de casser les notions de produit immobilier répétitif. II.6. L'espace public au centre de la démarche du projet urbain La vocation du projet urbain c'est la cohérence sociale, économique et urbaine. Seul l'espace public peut construire la cohérence dans une collection d'opérations autonomes et étalées dans le temps. L'espace public est l'espace de rencontre des citoyens, de mixage des populations. C'est par ce biais que les Villes retrouvent une vocation à gérer la cohérence des opérations. La promotion privée ne cherche pas à produire ces espaces. Elle privatise. Les espaces extérieurs n y sont que des lieux de passage, pas de rencontre. Pour Pierre Conroux, Directeur du Service d'urbanisme de la Ville de Créteil, la maîtrise des espaces publics est déterminante. Après avoir rencontré deux ou trois personnes, le choix s'est arrêté sur Fernand Pouillon dont on avait beaucoup admiré la qualité de traitement des espaces publics. Comme à Créteil, on est particulièrement sensible à cette notion là, on avait très envie de travailler avec lui. Il nous a dit : ce secteur est remarquable par la présence de l'eau. Vous avez la chance inouïe d'avoir un lac en coeur de ville, vous avez la Seine qui passe pas loin, vous avez la Marne qui est en limite communale, vous avez les résurgences du plan d'eau, il y a la nappe phréatique qui affleure, enfin bon, il y a l'eau qui est prédominante à Créteil, et puis le végétal puisque c'est une ville extrêmement plantée. Vous avez ces deux éléments forts, et je vous propose un MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 36

scénario qui s'appuiera sur ces deux thèmes là. Notre premier souci était de créer un lien entre quartiers. Créteil, est une ville très morcelée au niveau des morphologies, elle est coupée par cette voie rapide. On voulait pouvoir intervenir sur ces espaces et réduire cette coupure, qu'elle s'évanouisse un peu. D'où l'utilisation de ce grand mail très large qui donne le sentiment non pas d'avoir un pont au-dessus de la voie rapide Le secteur de cette Z.A.C. est donc très marqué par la qualité des espaces publics : le parc, le grand axe et la dimension des espaces publics, d'un coté et de l'autre des perpendiculaires qui descendent du coteau sur ce grand axe et qui viennent le mailler en formant des d'îlots assez importants. On a beaucoup soigné l'espace public ; il est très planté et on a des bâtiments bas, très mixte, très mixée au niveau de la diversité sociale puisqu'on a 50 % de logements accession à la propriété et 50 % de logements autres. Sur Rennes, après avoir réalisé plusieurs Z.A.C., dans lesquelles l'espace public n'était pas déterminant, la municipalité a choisi de travailler étroitement sur les bords de la Vilaine avec le Bureau des Paysages (A. Chemetoff) afin de concevoir un projet d'ensemble destiné à donner une unité de paysage, à modeler un cadre de vie des deux côtés de la rivière. Le plaisir de vivre la ville constituant la toile de fond de tout le projet en lui confiant la maîtrise d'œuvre des espaces publics et privés. Ceci dit, la direction des infrastructures revendique sur les espaces publics, des compétences techniques fortes. La prise de conscience que le projet n est pas la transcription d une esquisse fonctionnelle a amené la direction des infrastructures a néanmoins, s adjoindre les conseils de deux urbanistes conseils, un pour le secteur sauvegardé, l autre pour le reste de la ville. Ceux-ci collaborent à l élaboration des projets sur les espaces publics au niveau de l étude préalable et tout au long de l élaboration du projet mais n assurent pas de maîtrise d œuvre. La direction des infrastructures n est pas opposée à la conception externe mais pour le directeur : elle doit se réaliser à partir d un vocabulaire rennais. Ce vocabulaire est MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 37

rennais dès lors qu il est le résultat d une élaboration longue et ancrée dans l histoire de la ville, donc gérée et élaborée par le service des infrastructures. L intervention d Alexandre Chemetoff a été tumultueuse parce qu il s est saisi de l aspect programmatique et financier et qu il a imposé un vocabulaire qui lui était propre et qui remettait en cause des règles établies par la direction. Pour cette direction, les objectifs de la construction de l espace public sont clairement définis : - l espace public est fait d abord de qualité, notamment dans les matériaux utilisés ; - ensuite de simplicité, particulièrement dans l aménagement lui-même qui doit éliminer tout ce qui est superflu ; - enfin d homogénéité, dans le mobilier urbain dont les formes et les couleurs doivent jalonner, comme des repères, toute la ville (In cahier Espaces publics : espaces de vie, janvier 2000). La question de la maîtrise de l espace public provoque des rivalités entre services municipaux. A Rennes, les services d urbanisme, des jardins et des infrastructures cherchent chacun à étendre leur territoire d intervention et donc leurs compétences. L évolution de la conception des espaces publics a fait prendre conscience à la direction des infrastructures qu il leur manquait une compétence : le paysagiste. La direction des jardins se considère comme le paysagiste de la ville et la direction des infrastructures l associe aux projets pour le choix des essences mais souhaite développer en son sein une conception plus paysagère. Mais où s arrête la direction de projet et où commence la conduite d une opération? Pour la direction de l urbanisme il est difficile de se contenter de plans généraux de programmation et il leur est nécessaire de tester aussi la fabrication des espaces. La direction des infrastructures fait valoir qu après une certaine échelle de définition, la conception leur revient. Les volontés de conception des différentes directions et la nécessité d assurer une MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 38

continuité dans la conception ont conduit à l élaboration d une sorte de cahier des charges définissant l articulation entre les missions d opération (DAFU) et de conduite d opération (INFRA) dans la mise en oeuvre des projets de ZAC. Il relève de la lecture entre les lignes de cet accord entre les deux directions que l importance de la gestion des espaces publics a permis à la direction des infrastructures de remonter très en amont sur la conception. Les arguments sont très traditionnels : si on fait appel à une conception déconnectée de la gestion, les espaces seront mal perçus par les habitants qui sanctionneront les élus. C est donc bien la gestion, dans le temps, qui doit commander les mécanismes de conception en définissant le plus précisément les matériaux à mettre en œuvre. Aussi quelques conseils peuvent apporter un éclairage complémentaire mais la fonction politique des espaces publics est trop importante pour la confier à des concepteurs extérieurs. On sent bien là une divergence entre les propos des élus (Chapuis) et ceux des services, quant à l apport externe et en particulier celui d A. Chemetoff. II.7. Gestion du projet urbain dans le temps La volonté de maîtriser un processus aussi long qu'un projet urbain nécessite soit un programme infaillible dans le temps et immuable, soit une capacité du programme à se transformer sans se perdre. On sait qu'un programme immuable n'est pas possible surtout dans une époque d'élongation du temps de réalisation, alors comment gérer les transformations? Sur Aix en Provence, le but recherché au travers du concours d'économie urbaine de Sextius Mirabeau était de gagner du temps administratif en réduisant l'urbanisme à sa dimension opérationnelle. Le projet choisi (MBM) répondait lui même à cette contrainte Cette stratégie n'a pas réussi puisque le projet urbain de MBM (Bohigas) a lui même perdu beaucoup de temps (3 ans) car il a été confronté au classement du casino et a subi de nombreuses transformations et évolutions de densités du bâti ; La présence de l'équipe de Maîtrise d'œuvre Urbaine (Semeva et Bohigas) a néanmoins permit de conserver la cohérence d'ensemble du Projet. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 39

A Rennes, on pense que c'est le débat permanent qui assure la continuité du projet, une sorte de mise en tension qui permet de mobiliser les intérêts et donc de placer les modifications dans un cadre conceptuel permanent. Les premières raisons d'un projet urbain sont politiques. Et la vie politique est un moyen de multiplier à l'infini, pour les citoyens, les occasions d'agir ensemble, et de leur faire sentir tous les jours qu'ils dépendent les uns des autres (Tocqueville). III. PLACE ET EVOLUTIONS DU RAPPORT : MAÎTRISE D'OUVRAGE / MAÎTRISE D' OEUVRE III.1. Maîtrise d ouvrage/maîtrise d œuvre. Qui maîtrise quoi? La distinction entre maîtrise d ouvrage et maîtrise d œuvre est spécifiquement française. On a tendance à considérer que la différence correspond à des compétences et à des niveaux d intervention distincts. L architecte étant censé vendre l idée de l œuvre dont il a la propriété intellectuelle (droit d auteur) et veiller au meilleur passage de l œuvre à l ouvrage alors que le client (qu il soit politique ou professionnel) est le commanditaire de l œuvre et le propriétaire de l ouvrage 6 De nos jours, il devient de plus en plus difficile de cerner les spécificités de l une ou l autre et de savoir où s arrête l ouvrage et où commence l œuvre. La distinction s estompe de plus en plus au profit de la notion de maîtrise. La maîtrise d ouvrage ayant toujours tendance à étendre sa maîtrise sur l œuvre. 7 Les services des villes revendiquent de plus en plus le savoir de la maîtrise d œuvre. La question de la maîtrise renvoie évidemment à la question du pouvoir. Il est symptomatique qu aussi bien des services municipaux, des promoteurs publics et des architectes se présentent comme le chef d orchestre de l ensemble du processus, le metteur en scène des différents composantes du projet urbain! Chacun considère qu il est de sa compétence de concevoir l ensemble. 6 formule énoncée par Bernard Huet, architecte 7 MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 40

Dans toutes les villes étudiées, c est l instance politique qui prend le dessus et devient de plus en plus hégémonique. Le pouvoir sur un territoire nécessite la délimitation de ce territoire et l affirmation de compétences justifiant de l occupation de ce territoire. Par exemple dans le cas de St Germain en Laye, le maire cherche à maîtriser un projet pour sa ville en interposant dans ses relations avec l aménageur privé un architecte à qui il donne la maîtrise architecturale de son projet politique. On peut considérer que c est la même préoccupation qui amène le maire d Aix en Provence à confier à O. Bohigas une mission de contrôle important sur l architecture des différents programmes des promoteurs bien qu il aient cherché leur collaboration dès la phase du concours. Dans le cas de Rennes, l adjoint à l urbanisme, renforce ses services pour s assurer une maîtrise d une qualité architecturale complémentaire à la qualité sociale du projet politique. Il en est de même à Créteil. Le projet urbain n est pas le résultat simple d une combinaison heureuse et angélique d intentions louables. Le projet urbain est le lieu où s expriment des volontés de pouvoir sur l urbain, c est à dire sur la manière d organiser les fonctions et les activités dans la ville et de structurer les relations sociales. Les quartiers d habitat social ont bien révélé dans la Politique de la Ville les contradictions qui peuvent apparaître entre un maire et les bailleurs sociaux, même quand il s agit de l office d H.L.M. de la ville. Un maire ne maîtrise politiquement ces territoires que très partiellement et un bailleur social peut très bien mener une politique sociale exactement contraire à celle souhaitée par le maire. Le projet de ville servira en partie à définir les limites d un champ de bataille où s affronteront les enjeux de pouvoir des différents partenaires. La recherche d un projet consensuel est en fait une guerre où s affrontent pacifiquement des forces par l entremise de procédures de négociation ; et évidemment la forme finale du projet a une importance essentielle. D ailleurs le terme stratégie urbaine, terme militaire, est souvent employé. Le travail du projet urbain porte sur un signifiant-ville, c est à dire sur le regard, sur MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 41

le point de vue, sur l intérêt que chacun des partenaires porte sur l objet-ville. Le projet urbain évolue par paliers d entente, la mise en dessin valide en quelque sorte un état provisoire des positions et des enjeux des partenaires ; il comporte des parts non négociées, des terrains non encore parcourus, qui feront l objet de nouvelles négociations jusqu au palier d entente suivant. Le réel de la ville n opère que par retour, par sanction : sanction politique ou économique. Cette fluctuation des signifiants rend nécessaire de trouver des terrains d entente même en temps de guerre, de fidéliser des partenaires avec qui convenir de procédures normalisées ; c est ce qui orientera la ville de Rennes à créer un Club Qualité 35, lieu de rencontre des promoteurs privés et publics, des architectes et des services de la ville. On peut aussi remarquer que plus l urbanisme est communal et directif, plus l importance du dialogue est souligné jusqu à définir l atelier public d urbanisme comme le cadre où doivent se dérouler les confrontations entre acteurs professionnels et avce les habitants. On peut noter chez le maître d ouvrage, la crainte d être dépossédé de la maîtrise du projet par le promoteur qui assure la maîtrise financière de l opération et parfois aussi par l architecte. C est cette inquiétude qui anime le directeur de l urbanisme de Créteil dont les services définissent très précisément les gabarits, les matériaux, etc par crainte de voir leur projet modifié par les promoteurs privés mais également par les architectes. Ainsi, sur la ZAC des Sarrazins à Créteil, la conception des projets ont été encadrés tout au long du processus : - la ZAC et le PAZ ont été définis par la SEM municipale et la ville ainsi que l implantation des îlots et des bâtiments ; - les espaces extérieurs, voiries et VRD ont été conçus et réalisés en interne par la SEM avec l aide d un paysagiste extérieur ; - le choix des architectes a été imposé par le maire aux promoteurs ; MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 42

- un cahier des charges précis imposait l enveloppe du bâtiment, la SHON, la forme des toitures, les alignements, les différents programmes, le choix des matériaux et les teintes d enduits ainsi qu un certain nombre de règles (par ex. que tous les logements supérieurs à 2 pièces auraient une double exposition) ; - des réunions de concertation régulières se sont tenues entre la ville, la SEM, les promoteurs et les architectes avec comme but d homogénéiser l ensemble des traitements de façades et de régler les dissensions qui pouvaient exister entre promoteurs et architectes (sur le déshabillage des façades, par exemple). Par ailleurs, les promoteurs privés imposaient quant à eux aux architectes, des planstypes de logements et leur répartition, les largeurs des dégagements, le nombre de cages d escaliers et d ascenseurs et examinaient les plans des architectes au cm 2 près. Dans ces conditions, la marge de créativité est extrêmement réduite. A tel point que certains promoteurs s attribuent dans les contrats d ingénierie, le droit d auteur et ne confient aux concepteurs que la phase études et parfois uniquement le Permis de Construire. Le fait de recourir à Rennes ou à Créteil, à des architectes-urbanistes ou paysagistesurbanistes, intervenants extérieurs a pour objectif essentiel de redonner un peu de vitalité à des projets urbains qui manquent de caractère à être totalement conçus en interne. La maîtrise d œuvre architecturale est rendue extrêmement faible parce que la création sur laquelle elle a appuyé sa prérogative est réputée par essence immaîtrisable. Quelque chose échappe à définir ce qui fait la qualité architecturale. N est ce pas pour cela que la maîtrise d ouvrage, toujours inquiète de l incapacité à maîtriser, entoure toujours plus l architecte et sa création architecturale, de garde-fous sous la forme de normes, de contrôles et d intervenants plus techniques? Paradoxalement, l architecte a tendance à se présenter comme le maître du MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 43

processus complexe de création et entretient la volonté, en tant qu artiste, de provoquer la perte de l acquis pour découvrir l inconnu. L œuvre possède une part d insaisissable, pour la maîtrise d ouvrage elle contient une part de danger. III.2. Perte de la place centrale et prépondérante des architectes / urbanistes dans le projet urbain Les architectes comme concepteurs et (ou) constructeurs de la totalité de l'urbain ne sont plus au centre du dispositif du projet urbain. Cela ne signifie pas qu'ils disparaissent en tant que maîtres d'œuvres urbains mais ils viennent en appui de la démarche de projet urbain, à différents stades de la conception ; ils sont pris dans un ensemble complexe de décisions où se mêlent en permanence choix et conception. Une distinction plus nette est faite entre les rôles respectifs des urbanistes, des architectes et des paysagistes. Recours aux concepteurs extérieurs Ceux-ci interviennent, soit en amont : - pour apporter des idées ou des concepts sur la Ville dans son ensemble (comme Fuksas, Alsop et Architecture Studio à Amiens) ; - pour définir l'attitude par rapport à un site ou la méthode à suivre, comme Perrault et Gretter à Nantes ; - pour définir les ambiances, les aspects sensibles de la ville, donner les grandes lignes de la composition urbaine comme Pouillon à Créteil, sur la Z.A.C. des Sarrazins ; - pour approfondir et tester divers programmes, dans le cadre des marchés de définition sur l'île de Nantes ; soit tout au long du processus : - pour coordonner les différents concepteurs et maîtriser la cohérence de l'espace public, comme Alexandre Chemetoff sur les bords de la Vilaine à Rennes ; MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 44

- pour définir l'épanelage et le programme du projet urbain, assurer son suivi et maîtriser l'espace public comme Bohigas à Aix en Provence sur Sextius Mirabeau ; soit encore, comme à Rennes, pour provoquer le débat avec les services communaux. Les Collectivités Locales interrogées ne souhaitent plus d'architecte ou d'urbaniste en chef dans le sens d un architecte en chef protégeant son projet architectural contre toute évolution. M. Lépine (Directeur Général de l'aménagement et du Développement de Nantes) dit : je suis réticent sur le principe d'un Architecte en chef. Il ne peut y avoir de projet sanction. Il faut passer beaucoup de temps dans le suivi pour la cohérence, l'harmonie, l'ambiance de la ville. Je ne suis pas favorable à un plan masse trop figé. La fonction d architecte en chef réalisant l intégralité de l opération perdurerait plus facilement dans les opérations privés comme celles conduites par Georges V (Appolonia) où la présence d un seul architecte est également l assurance de réduire les conflits et les frais mais également de garantir la maîtrise du promoteurs sur le produit. A Créteil, les services font appel à plusieurs personnalités de manière plus ou moins formelle. Les interventions de ces architectes de renom se superposent sans rentrer vraiment en concurrence. L'organisation du recours à des architectes extérieurs pour la phase préalable d'élaboration du projet de quartier est plutôt floue : On a voulu faire une sorte d'appel à conception sous forme de retour : vous nous faîtes des propositions et nous choisissons... un brain storming à longue distance. Tout cet apport, ces réflexions, toutes ces idées, nous les avons finalisées après en interne en étant notre propre architecte et urbaniste en chef. La structure municipale, si elle présente de grands intérêts pour sa stabilité, a néanmoins besoin d'apports extérieurs pour la re-dynamiser. A Rennes, à Créteil et à Amiens, l'intervention de concepteurs extérieurs est considérée comme indispensable pour leur apport vitaminé et cela dès le début de l'élaboration du Projet de Ville ; la notion d'oeuvre est bien inclue dans la recherche de réponse urbaine à la question politique. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 45

A Rennes, Jean Yves Chapuis Adjoint à l'urbanisme et M. Alain Lorgeoux, Directeur des Services de l'urbanisme, cherchent à utiliser les concepteurs extérieurs aux structures communales de manière très diversifiée en les impliquant dans une réflexion toujours plus large que le périmètre de Z.A.C. et en amont de la programmation. Les relations entretenues avec ces concepteurs sont importantes : Le projet est comme un système de poupées russes : les études de secteurs, les études de ZAC, puis la réalisation architecturale... tout s'emboîte. Le projet urbain n'est pas figé et chaque opération doit le ré-interroger et l'enrichir ; chaque opération est un laboratoire urbain pour aller plus loin dans l'opération suivante. A travers le concepteur extérieur, ce que nous cherchons c'est d'avoir un partenaire avec nous, qui amène les services à se mettre en cause. Dans le cahier des charges il y a déjà cette donnée de fond. Nous devons bien identifier notre attente, c'est à dire si c'est une opération qui va faire plutôt appel à l'ethnologie urbaine, à la sociologie, à quelque chose de très architecturé, etc... de manière à bien révéler les tonalités de l'opération et pouvoir percevoir dans ceux qui répondent s'ils ont la capacité, s'ils ont de l'expérience dans le domaine. On leur donne aussi toute une masse d'études que l'on a accumulées depuis une dizaine d'années et ce que l'on souhaite c'est que l'urbaniste à partir de cela révèle un peu ses intentions de projet pour que nous soyons en phase et que nous puissions avancer dans l'étude. Jean Yves Chapuis mise beaucoup sur la personnalité de l'urbaniste et lui donne les moyens d'intervenir tout au long de la réalisation des opérations en lui confiant des missions de suivi du Schéma Directeur, de contrôle des opérations jusque dans les formes mêmes des programmations et de maîtrise d'oeuvre des espaces extérieurs, publics ou privés. En cela il se différencie de Créteil qui préfère être son propre urbaniste en chef. Mais le pouvoir qu il autorise à Alexandre Chemetoff est exceptionnel à Rennes, les autres urbanistes, Loïc Josse pour la ZAC de Beauregard et Dominique Alba pour les ZAC de St Hélier et Alphonse Guérin, ne disposent pas de situations aussi complètes. A Amiens, la consultation d'idée de trois grands architectes internationaux a permis d'élaborer un schéma conceptuel de la ville qui a été ré-injecté par l'atelier d'urbanisme de la Ville dans le Schéma Directeur, lui même ré-injecté dans la révision MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 46

du P.O.S. Jean Luc Godard, Atelier d'urbanisme de la Ville nous a dit : Nous avions essayé d'avoir des réflexions diverses auprès de 3 cabinets qui voyaient la ville autrement que ce que nous connaissions, autrement que la ville traditionnelle. Nous nous situions, à cette époque, dans la recherche. Nous cherchions à introduire du discours puisqu'il s'agissait bien d'un discours sur la ville, d'un discours sur Amiens avec un type de traitement générique qu'il fallait mettre en œuvre pour l'ensemble de la ville, avec sa topographie, son hydrographie, avec la structure paysagère, avec les éléments qualitatifs qui font qu'amiens est une ville particulière avec son patrimoine... Ensuite nous avons transcrit ces réflexions en langage moins hermétique et moins intellectuel. Les concepts, la population ça ne les intéresse pas ; pour eux l'urbanisme c'est l'architecture, les éléments d'architecture qu'il y a dans la ville, et puis leur trottoir... Ces 3 réflexions ont permis d'engager et d'animer un débat interne, et ensuite nous y avons ajouté les réflexions existantes préalablement. On a mélangé tout ça pour faire ce que nous avons appelé le Projet Urbain. Pour la préparation du futur P.O.S., la conception d'études fines des contextes urbains des différents quartiers a été confiée à Patrick Germe, Architecte-Urbaniste mais l'écriture réglementaire est réalisée en interne. III.3. Absence de linéarité Projet urbain/projet architectural L'élaboration qui mène d'un Projet de Ville à la réalisation d aménagements et de constructions n'est pas linéaire. Certes les décideurs comme les concepteurs peuvent souhaiter la faire paraître comme telle mais elle ne l'est jamais. Dès lors, l'intelligence d'un projet réside dans sa capacité à intégrer des fluctuations dans les éléments structurels. Pour cela, les élus ont tendance à définir de manière stricte les cahiers des charges qui sont contractuels mais à rester très imprécis et flous sur tout ce qui peut être réglementaire (ZAC, PAZ). MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 47

On ne peut plus affirmer qu'il y aurait un temps pour la programmation à 2 dimensions, qui serait le lot des urbanistes, et un temps suivant pour la conception à 3 dimensions, qui serait le lot des architectes et autres concepteurs. A Rennes, c'est la confiance et le pouvoir donnés, par la ville, à Alexandre Chemetoff qui lui ont permis d'intervenir fortement sur la forme des logements : Il est très important qu'il y ait dans les attendus du Projet Urbain un message sur la qualité des logements et que ce ne soit pas la forme urbaine au détriment du confort du logement. C'est ainsi que nous avons eu des discussions sur l'importance d'avoir des douches dans les chambres d'étudiants et non dans les couloirs parce que le quartier ne pourrait pas être bien ressenti par des gens qui y vivraient dans des conditions incommodes. C'est grâce aux insistances d'alexandre Chemetoff que de nouveaux produits immobiliers ont pu être créés et être bien vendus, comme par exemple des logements étudiants en duplex pour disposer de plus de lumière, ou comme des maisons individuelles construites sur les toits des bâtiments collectifs, ou encore comme la possibilité d'une liaison directe entre le stationnement en sous-sol et le jardin du logement en rez de chaussée. Loïc Josse, urbaniste et Jacqueline Osty, paysagiste, pour la Z.A.C. de Beauregard à Rennes, procèdent d une manière assez proche de celle d Alexandre Chemetoff mais en ayant déjà élaborer de nombreux documents. Le P.A.Z. est très général, par chaque secteur dispose d un cahier des charges, contractuel mais pas réglementaire, dans lequel sont détaillés les volumétries, les tranches de programmes, les espaces extérieurs, etc jusqu aux matériaux et aux couleurs. Bien que très détaillés ces cahiers des charges ont pour vocation d orienter mais pas d imposer. Il s agit d une guide de réflexions architecturales pour les façades plutôt que de règles strictes et figées. Si certains gabarits sont strictement imposés à certains endroits, l architecte d opération à toute liberté architecturale pour traiter le reste. Les projets sont examinés avec beaucoup d attention, notamment sur l adaptation au sol, sur les entrées, les nivellements, la perception des cœurs d îlots, le trajet des gens, les matériaux de façades. Les architectes d opération sont rencontrés, avec obligatoirement les promoteurs et les paysagistes, au moins six fois avant le dépôt de demande de Permis de construire. Loïc Josse produit des maquettes des gabarits au 1/500 pour traduire la volumétrie avec des bases indicatives ; les bâtiments sont progressivement remplacés par ceux des architectes d opération. Une maquette au 1/200 est produite à la phase du Permis de construire ; les photographies de cette MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 48

maquette servant pour constituer le volet paysager. Le dossier de demande de Permis de construire est également très détaillé : serrureries, garde-corps, portes des halls, etc pour que des modifications n apparaissent pas encourt de chantier ou de négociation des marchés. Dans la Z.A.C. de Beauregard, les promoteurs sont obligés d engager des paysagistes mais Jacqueline Osty n est pas imposée comme Alexandre Chemetoff. A cause de la rupture entre phase de programmation et phase de réalisation imposée par les Code des Marchés Publics, elle n a pas eu le droit ni de réaliser ni de concourir pour la conception du Parc de la Z.A.C. dont elle avait pourtant fourni l esquisse. Une évolution du cahier des charges est envisagée pour améliorer les prescriptions sur les terrasses végétalisées après en avoir testé les surcoûts. III.4. Nouvelles places des maîtres d oeuvres dans l élaboration des projets urbains L urbaniste maïeuticien et anticipateur Le projet urbain se caractérise par une démarche d accommodation entre les partenaires qui fait que les choix architecturaux et urbains relèvent souvent plus du plus petit commun dénominateur que de la découverte du nouveau. L architecte/urbaniste s attache donc, tel Eric Daniel-Lacombe à Saint Germain en-laye, à comprendre les positions des autres partenaires et à se présenter à la croisée de leurs intérêts. Il se présente comme le maïeuticien du projet urbain du maire et comme le garant des intérêts de l aménageur privé. L architecte est aussi celui qui dit à la fois le rapport imaginaire et le rapport concret, construit, à la ville ; c est de cette double expérience qu il se targue et c est pour cette dualité qu il est à la fois employé et craint. A Rennes comme à Créteil, les services de la ville assurent non seulement une grande partie de la conception des espaces publics mais définissent également les règles du jeu architectural. A Rennes, l emploi d un urbaniste externe pour la direction d une ZAC sert aussi à établir une maîtrise forte sur les architectes d opération. Les méthodes de maîtrise de l architecture peuvent extrêmement changer d une ville ou d une opération à une autre. Les cahiers des charges sont parfois très précis, parfois allusifs ou incitatifs avec des commissions ou des contrôles très poussés de la part des urbanistes de ZAC. A Rennes, Alexandre Chemetoff, dans la Z.A.C. des MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 49

Bords de Vilaine, élabore les règles du jeu en même temps que les architectes d opération conçoivent les projets, ce qui ne l empêche pas d intervenir très en détail sur la forme et l organisation des bâtiments. A Créteil, le directeur de l urbanisme dessine pour partie les façades. A Aix en Provence, Oriol Bohigas utilise des recommandations générales et définit des règles d implantation, de hauteur, d utilisation de certains éléments architectoniques, et surtout contrôle les projets. La pratique de l Architecte en Chef de ZAC réalisait une bonne partie des ouvrages et imposait la forme des autres a certes disparu mais la recherche d une maîtrise sur l expression architecturale semble s imposer comme un préalable au projet urbain. La maîtrise d ouvrage urbaine, qu elle assume la conception du projet urbain en interne ou qu elle fasse appel à un urbaniste externe, ne conçoit pas une trop grande liberté architecturale des opérations. Même dans le cas de Rennes où l adjoint à l urbanisme, Jean Yves Chapuis, craint un projet urbain trop dessiné, tout est mis en oeuvre pour que ZAC par ZAC un contrôle strict soit établit sur l architecture des opérations. On semble craindre les effets ville nouvelle où la juxtaposition d architectes très différentes donne un sentiment de confusion. Le rôle d ordonnancement de l urbanisme est donc bien respecté et réactivé à travers des règles qui régissent l architecture grâce à l élaboration d une syntaxe plus ou moins précise. Le choix même des architectes d opération en fonction de leur appartenance à telle ou telle tendance architecturale consiste souvent en la meilleure manière de s assurer une cohérence architecturale des projets. Plus le vocabulaire est élaboré plus les architectures se ressemblent. C est en quelque sorte une situation néohaussmanienne. Une certaine architecture française, petite fille des grammairiens, s est imposée sur certains projets urbains pour en garantir une unité de lecture considérée comme la garantie de l urbanité. On craint la juxtaposition d expressions architecturales très différentes, on recherche une cohérence stylistique comme garantie d une certaine urbanité, une certaine manière de parler le même langage. Il s agirait donc dans le projet urbain d établir des conventions esthétiques par l utilisation d un même langage architectural. L élaboration de codes architecturaux aboutit à un appauvrissement de l expression MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 50

comme les constructions à Sextius-Mirabeau le montrent. L unité souhaitée a glissé vers l uniformité. Flexibilité des urbanistes /architectes La flexibilité du travail de conception effectué par Eric Daniel-Lacombe sur Saint Germain-en-Laye et Saint Maur est extrême et se poursuit depuis dix ans. A Saint Germain-en-Laye, le maire voulait un projet dessiné plutôt qu une programmation validée par un promoteur privé. La négociation avec l aménageur privé a duré le temps de la mise en place d un programme qui a évolué fortement mais avec un projet qui tout en changeant beaucoup a su conserver des principes urbains du premier plan masse grâce à la présence des concepteurs initiaux. Les études de faisabilité, préalables aux études de ZAC proprement dites, apportèrent de nombreuses et profondes adaptations puisque d un programme composé de 10 000 m² de logements + 20 000 m² de bureaux, il passa à 20 000 m² de logements + 9 000 m² de bureaux (aucun construit à ce jour). Ces adaptations modifièrent fortement la typologie des bâtiments qui de bâtiments en longs, 16 m x 32 m, devinrent des bâtiments en plots, 22 m x 22 m. D autres adaptations importantes portèrent sur la gare et sa place, sur l emplacement de l école, etc. C est ainsi que les architectes durent développer trois registres de dialogues : 1. avec le maire sur le produit architectural 2. du côté du promoteur pour faire valoir certaines contraintes comme le nombre de parkings acceptables dans le bilan et défendre son équilibre financier 3. avec le maire contre le promoteur pour faire valoir son projet. L architecte a servi de maïeuticien pour aider la ville à faire qu elle voulait et pouvait faire et en imposant au promoteur le projet de la ville. Eric Daniel-Lacome s exprime ainsi : MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 51

L architecte doit être capable de transformer son projet sans en altérer les principes. L architecte est à l interface de la ville et de l aménageur. Une programmation aussi longue nécessite une grande capacité non seulement d adaptation de l architecte et de son plan directeur mais aussi d anticipation. Dans des situations où les intérêts sont très opposés, les architectes ont su jouer avec diplomatie en présentant des scénarios qui permettaient, sans apporter de solutions définitives, de faire avancer les négociations, soit en clarifiant les positions de chacun, soit en présentant des solutions intermédiaires. Les architectes rendent possible la vérification, par des esquisses, des propositions programmatiques. Les plans déterminent des assemblages de surfaces et des modes d organisation des programmes qui permettent de vérifier la faisabilité de scénarios. Une programmation qui ne fait pas l objet d esquisses reste une hypothèse. Les esquisses architecturales apportent une vérification concrète en fonction des contraintes en 3 dimensions du terrain et des diverses servitudes. Cette vérification intègre également la question de l aspect et du rapport au site, car une solution quantitative possible peut s avérer inacceptable dans sa forme. Dans une situation d opposition de plusieurs partenaires, la réalisation d esquisses permet à chacun d évaluer réellement à la fois sa proposition et la position de l autre. Les architectes ont été d une grande disponibilité, faisant et défaisant le plan masse en fonction des changements de programme, des retournements de choix, des prises de connaissance progressives, etc... Ce travail d approche progressive est lié à la fois à un contexte immobilier ralenti des années 90 mais aussi à la nécessité de faire progresser le plan masse issu d un concours. Le partenariat entre la ville et un aménageur privé, long et difficile à se mettre en place, si on en juge par les changements d associés de l aménageur privé, a connu des cycles de convergences et de divergences assez agités pour que la cohérence du plan masse risque sérieusement d être mise à mal si la même équipe d architectes n avait pas assuré les modifications. Afin de délier les blocages dans les négociations, c est l équipe d architectes qui a malaxé le projet urbain et prouvé qu il n y avait pas MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 52

une seule forme au projet mais de multiples. Ici les architectes ont démontré leur capacité à maîtriser les évolutions d une programmation urbaine et les contradictions d un partenariat. Le travail de diplomatie et la capacité à répondre aux sollicitations n est pas inné chez l architecte. Eric Daniel-Lacombe s est associé les compétences de Michel Conan, chercheur au CSTB, qui le conseillait sur les attitudes à tenir en réunion et les stratégies à construire dans les réponses. Il était également secondé par M. Jean Marie Rapin, acousticien, qui apportait des solutions techniques en acoustique permettant des combinaisons et des localisations des bâtiments par rapport aux voies ferrées. La maîtrise d œuvre s entoure également de compétences externes. Le conseil en architecture III.5. Relations entre architectes du projet urbain et architectes d opérations Quand la maîtrise d œuvre urbaine est externe à la ville, les élus réclament des cahiers des charges très détaillés et ils confient aux urbanistes une mission de suivi de manière à maîtriser la forme des opérations, forme architecturale et promotionnelle. Ces urbanistes même externes font alors partie de la maîtrise d ouvrage. L établissement de règles architecturales devient un des enjeux de la maîtrise du projet urbain pour conserver à ce dernier ses intentions et que les projets architecturaux en soient le prolongement, le développement. Il s agit par là même pour le politique d échapper au style promoteur ; si l on laisse les architectes libres ce sont les promoteurs qui font le projet!. De même, certains architectes-urbanistes de ZAC craignent que l absence de règles strictes engagent les promoteurs à réaliser les projets à la place des architectes d opération. Il s agirait dès lors de permettre à ces derniers de trouver un cadre de prescriptions dans lequel ils exercent leur liberté de conception. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 53

Bertrand Avril, promoteur privé (Groupe George V) reconnaît volontiers que : la marge de manœuvre des promoteurs est très faible en termes de créativité, parce qu il faut répondre au goût du public qui aime le kitsch et le classicisme, qui veut une architecture qui rassure et puisse se revendre ( ) c est le goût du public qu il faut faire évoluer, les promoteurs n en sont pas responsables! Par ailleurs, la définition de codes architecturaux stricts est une manière pour l architecte/urbaniste d imposer sa maîtrise sur les architectes d opération ou du moins d assurer une continuité stylistique à un projet urbain qui ne se veut pas seulement programmatique...le cahier des charges devient alors un précis d écriture architecturale et un manifeste auquel l architecte d opération doit adhérer. Une sorte de hiérarchie s établit progressivement entre architectes du projet urbain et architectes d opération. On trouve d ailleurs des architectes de projet urbain plus ou moins totalitaires. Le choix des architectes d opération doit également garantir une déclinaison des thèmes architecturaux définis par l architecte/urbaniste qui joue alors le rôle de chef d orchestre d une certaine tendance stylistique. A la culture urbaine revendiquée par le politique répond alors en écho une certaine culture architecturale forte de référents historicisés dans l architecture classique ou du mouvement moderne. Cette position rassure parfois la maîtrise d ouvrage en garantissant un ensemble unitaire : Buffi avec l APUR à Bercy, Schweitzer avec la SEMAPA à Seine Rive Gauche, Bohigas à Aix. Alexandre Chemetoff à Rennes intervient fortement sur la forme de la programmation des opérations en définissant par exemple des maisons sur les toits, des liaisons directes entre les logements en rez-de-chaussée et leurs parkings en sous-sol, en préconisant des logements étudiants en duplex quand ils sont mal exposés ou même en imposant que les chambres des logements étudiants soient dotées de salles d eau. Ces interventions ont pour objectif de palier à la banalisation des produits immobiliers et peuvent être considérés comme des enrichissements des programmations auxquelles les architectes d opération auront à répondre en MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 54

développant leur propre écriture architecturale. Par contre Alexandre Chemetoff ne cherche pas à faire réaliser son œuvre par d autres : L essentiel dans le choix des architectes c est qu il y ait une grande variété et que ce ne soit pas seulement des gens triés sur le volet ; il faut un échantillonnage représentatif. Le projet marche indépendamment de la virtuosité de tel ou tel architecte - tant mieux s il y a des opérations plus remarquables que d autres.. Il est aussi extrêmement directif : On a vu chaque équipe une dizaine de fois ou même un peu plus. Au début c étaient des discussions très ouvertes mais plus on a avancé dans le projet plus c est devenu des directives assez précises avec des prescriptions assez strictes parce que c est finalement une façon plus claire de communiquer avec chacun des architectes et d avoir un rapport plus constructif - ça permet de mieux se faire comprendre. Il souligne son attachement à une dialectique qui associe l établissement de principes par l élaboration d un schéma directeur et la prise en compte de l évolution de ces principes dans leurs applications. Cette situation est rendue possible par un suivi minutieux des projets opérationnels et une maîtrise d œuvre des aménagements extérieurs publics mais aussi privés. Pour assurer la cohésion d un projet urbain, les architectes-urbanistes peuvent utiliser la connivence dans le choix des architectes d opération. Ainsi, Jean François Revert intervient de manière assez modeste, en étant davantage attentif à ce qui peut surgir des architectes d opération. Il réalise beaucoup de dessins d intentions qui sont soumis aux architectes d opération mais pas imposés. Loïc Josse à Rennes entretient des relations de travail importantes avec les architectes d opération de la Z.A.C. de Beauregard où il a lui même réalisé une opération de 50 logements dès la première tranche pour vérifier et concrétiser les prescriptions émises dans le cahier des charges. Les séances de travail avec les architectes, les promoteurs et les paysagistes relèveraient du débat. Les architectes jouent pas mal le jeu. Loïc Josse se dit prêt à accepter des solutions architecturales très différentes de celles MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 55

présentées dans le cahier des charges si elles apparaissaient pertinentes. Ces rencontres ont lieu dans le cadre de ce qui est appelé un atelier commun développant une véritable culture de projet. A Rennes, la nécessité d entretenir amène souvent les différentes personnes rencontrées à évoquer la nécessitée de constituer des atelier communs où s entretient une ambiance d atelier. Ambiance qui a souvent disparue des ateliers d architectes eux-mêmes où la difficile conjoncture économique a réduit les effectifs et le nombre de projets. III.6. Choix des architectes d'opération Si la conception en régie ne peut s'étendre à l'architecture des bâtiments autre que les petits bâtiments publics et les aménagements urbains, les élus et leurs services entendent malgré tout garder la maîtrise. C'est alors, le recours à un système de mise en concurrence parallèle d'architectes et de promoteurs à qui il est demandé de collaborer sur des opérations. Ce système se pratique à Rennes et à Créteil : une liste d'architectes retenus est présentée aux promoteurs privés qui doivent y établir leur choix. Par la maîtrise du foncier et des procédures réglementaires, la ville peut imposer aux promoteurs privés des types de produits immobiliers adaptés aux contextes. M. Jean Yves Chapuis, Adjoint au Maire de Rennes : Nous voulons participer au choix des architectes sinon les promoteurs prennent toujours les mêmes. A Rennes, il y avait une tradition de promoteurs locaux et d'architectes qui faisaient tous les projets mais seulement jusqu'au permis de construire, après ces promoteurs faisaient tout le reste avec des bureaux d'études intégrés. M. Le Trionnaire, architecte d'opération à Rennes : Au départ, le fait de ne pas pouvoir venir avec son architecte a beaucoup déplu aux promoteurs, surtout à ceux, les mieux structurés, qui avaient déjà leurs cellules types, les plans prêt-définis et leurs habitudes. On était habitués à se présenter conjointement promoteurs-architectes ; Travailler MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 56

avec un promoteur qu'on ne connaît pas suppose du temps pour apprendre à connaître ses attentes. Le petit promoteur qui traite, opération après opération, est plus flexible que les grands groupes, sur le mode de travail. Par contre, il a besoin de l'opération très rapidement, ce qui est incompatible avec un délai d'études parfois long (un an). A travers l imposition d architectes aux promoteurs, la Collectivité locale se garantie une certaine autonomie du concepteur face au promoteur ainsi qu une alliance avec celui-ci. Cette situation tend à se généraliser et n est pas appréciée par les promoteurs qui reconnaissent avoir souvent des problèmes avec les architectes qu ils considèrent comme trop impérialistes. III.7. Méfiance par rapport aux représentations urbaines architectura-lement anticipées. Dessiner le projet urbain? Plus que de l'organisation, il faut produire de la culture urbaine et celle-ci ne passe plus par la figuration ou les images dont les moyens de séduction sont vite rattrapés par le contexte. Dans le projet Atlanpole de Nantes, c'est un développement urbain entier qui a été dessiné, figuré en 3 dimensions, par Christian de Portzamparc. Selon Mr Lépine, les architectes avaient un regard d'architectes, pas d'urbanistes, avec un critère esthétique auquel on ne dérogeait pas. La démarche était trop formaliste, pas assez économiste ou en termes de gestion, de fonctionnement. Ce projet a pâti d une définition trop précise qui n a pas résisté à la crise de l immobilier d entreprise et à un changement d implication de la ville après le changement de sa direction politique. Le programme qui initialement prévoyait la venue de petites entreprises avait justifié une réponse de l architecte en îlots libres fixant un pourcentage d alignement. Aujourd hui les îlots sont occupés par des entreprises qui ont construits leurs bâtiments au milieu des pelouses, jusqu à l Ecole des Mines qui s est refusée de suivre le plan masse. Le grand axe Bretagne, colonne MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 57

vertébrale du projet, est resté à ce jour une réserve foncière tant le coup de sa réalisation est élevé et les quatre tours qui avaient pour vocation de signaler et d unifier la technopole ont été supprimées de la programmation. On assiste, dans le cas d Atlanpole, à l abandon progressif du projet initial qui ne demeure plus que par bribes inscrites dans les zones réglementaires des P.A.Z. Christian de Portzamparc écrit, en janvier 1993, dans Partenariats dans cinq opérations d aménagement édité par le Ministère de l Equipement : (...) il y a eu une agitation culturelle d une image, puis lutte interne, puis rien et malgré tout il y a des besoins et des choses vont se construire. C est pour le moment, indécent de parler d expérience d urbanisme positive. Et j ai perdu du temps et de l énergie pour l instant. Ce fut ce qu il ne faut pas faire en terme d organisation. Les élus craignent que le projet architectural validé contraigne par sa forme, la programmation qui d'une part se ralentit et est d'autre part fluctuante. Ainsi, les municipalités d'aix en Provence, de Nantes et d'amiens ont dressé le constat de l'échec subi par des productions d'images préalables au projet urbain. A Aix en Provence, le concours de Sextius Mirabeau a donné lieu à un festival de gestes architecturaux et de macro/architectures, dixit M. Medvekovski, adjoint à l'urbanisme de la Ville. La procédure du concours qui visait à la fois, à habiller un programme, à conforter un parti technique et à nouer des alliances politico-financières a induit ce type de réponses. Seul, le projet de MBM offrait la souplesse requise pour réaliser avec au minimum 4 concepteurs différents. Le choix de Bohigas, comme architecte de Sextius Mirabeau a été motivé par la Collectivité Locale en raison de la capacité de son projet à gérer la complexité, le long terme et les projets d'autres architectes. Les autres projets étant refusés car présentant trop d'architecture et pas assez d'urbanisme et leur manque de souplesse pour tenir 15 ans. Sur l'île de Nantes, la maquette de Perrault a été une contre-performance puisque les habitants ont davantage perçu les pleins que les vides alors qu'il s'agissait de leur exposer la structuration des espaces publics. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 58

Contrairement à ces projets, les projets urbains de Rennes, d'amiens ou de Créteil sont plus pragmatiques. Si de grands concepteurs participent à l'élaboration du projet, ils n'en dessinent plus une image totale et finie. M. Jean Yves Chapuis, Adjoint au Maire de Rennes : Je me méfie de quelque chose de trop dessiné. Pour moi, c'est plus dans l'opérationnel, dans le débat avec les élus, les techniciens, les professionnels, la population... Je me méfie des documents trop précis avant la phase opérationnelle parce qu'après il peut toujours y avoir une idée géniale qui n'était pas prévue et qui ne trouvera plus sa place. Il faut que les gens que nous choisissons pour travailler soient des gens cultivés, avec des compétences réelles, qu'ils soient bûcheurs... et le fait de les mettre ensemble, les fait avancer et trouver des solutions en avançant. La base d'un projet urbain, c'est : des services compétents, des élus avec une volonté d'ouverture, des moyens économiques avec la maîtrise du foncier, un réglementaire bien travaillé... après un architecte peut arriver avec un projet auquel nous n'avions pas pensé!. Il n'y a donc plus actuellement, sur les villes analysées, de représentation anticipée des ouvrages des projets urbains mais des préfigurations urbaines et spatiales successives, stratifiées et dégrossies au fur et à mesure (d'où la demande de scénarios alternatifs, la multiplicité d'intervenants, de missions de définition, l'existence de groupes de pilotage,...etc.) Sur Créteil, les préfigurations sont multiples : Dans notre équipe on réfléchit dans l'espace donc avec des maquettes. Les scénarios mis en place sont traduits en maquette avant tout engagement de procédure. On décide différentes possibilités d'échelle ou d'outils et on fait aussi des simulations informatiques. On a ainsi testé différentes possibilités de traitement. C'est la maquette qui a notre faveur, parce que pour des non-techniciens ça se lit facilement et c'est, moins trompeur qu'une simulation de perspective graphique ou informatique. On préfère toujours présenter des maquettes à des échelles différentes. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 59

Pour permettre une gestion réaliste des projets dans le temps et pouvoir prendre en compte les fluctuations socio-économiques du marché, les PAZ sont de plus en plus flous et indéfinis. La garantie de la continuité d un projet réside alors dans les moyens que se donne la ville pour contrôler les dessins et les réalisations des différentes opérations et des espaces publics. Les moyens de représentation sont à ce niveau assez peu développés en France en regard de l urban design anglais. Il est vrai que la question reste complexe : - comment illustrer la philosophie d un projet urbain, sans l enfermer dans une image? - comment dessiner l intangible d un projet et ce qui est mouvant? - comment indiquer les ambiances futures souhaitées sans avoir établi les programmes? Les documents graphiques et les maquettes ont joué un rôle important à St Germainen-Laye et à Saint Maur, en apportant des réponses concrètes à des points de divergence et en dévoilant de nouvelles solutions. Phase par phase, les dessins ont apporté des éclaircissements tout en gardant des zones d imprécision parce que tout ne peut être clairement programmé au même moment. Les marchés de définition qui procèdent d une élaboration collective et progressive, et qui recherchent à impliquer tous les partenaires, vont nécessiter un travail pédagogique et des jeux de simulation qui amèneront sans doute, un enrichissement des savoir-faire. Mais quelques que soient les moyens de représentations utilisés, la démarche devra être : - appuyée sur une maîtrise du foncier et un investissement financier fort de la ville pour les études, les équipements et les aménagements publics ; - organisée strictement par des services compétents ; d'où une organisation d'une MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 60

maîtrise d'ouvrage et d'oeuvre à travers les services communaux et les S.E.M. ; - relayée auprès des habitants par une concertation mesurée et systématique ; - conceptuelle, d'où l'appel à des compétences extérieures ; - nourrie par des connaissances multiples, d'où l'apport d'études nouvelles ; - soutenue continuellement par les élus. Chaque manquement d un paramètre risque de mettre en danger l équilibre de l ensemble. Plus les projets urbains sont accompagnés de prescriptions strictes sur le plan des détails architectoniques, comme Bohigas le fait à Aix, plus un flou rhétorique est entretenu sur les thèmes architecturaux : qualité architecturale et urbaine, harmonieux, soigné, objet d une attention particulière ou d un traitement particulier, cohérence et unité, diversité, lieu de la qualité et de la permanence... Tout est bon pour chercher à s assurer une maîtrise d un ensemble dont on sait qu il nous échappe. III.8. Conséquences spatiales de la volonté de maîtrise Passe-t-elle par le rejet de l inconnu et le refus de l acte créateur Cette notion de maîtrise par le langage est bien occidental et très spécialement française. Au Japon les expressions architecturales sont totalement libres et les architectures très différentes même dans l organisation des logements entre eux. Par exemple à Fukuoka, dans le développement urbain Nexus World dont Arata Isozaki assuma le rôle d architecte en chef ou d urbaniste, les réalisations très différentes de Koolhass, de Portzamparc, Steven Holl, Mark Mack, Osamu Ishiyama, Oscar Tuquets, ne gênent pas la lecture d ensemble, chacune affirme sa différence et son originalité, et met en valeur ses voisines. Le plan masse européen traditionel étant ressenti comme rigide et inadapté aux circonstances japonaises, Arata Isozaki se contenta d établir les différentes localisations du programme et les volumes mais MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 61

laissa la question architecturale aux architectes. Des discussions entre les architectes permirent d ajuster et de corriger les relations entre les projets. Chaque architecte a élaboré des solutions d habitat très différentes de son voisin, engageant des formes et des expressions architecturales également très différentes. Les aménagements paysagers assurés par Martha Schwartz réunissent les parties. On est loin des ZAC de Bercy ou de Tolbiac. Les japonais n ont pas peur de l hétéroclite et ils trouvent une unité et une cohérence dans ce qui nous semble à nous, qui sommes si ordonnés, un véritable chaos. Les hollandais également, sans aboutir à l hétérogénéité des japonais, ont réalisé dans les docklands Est d Amsterdam une opération où toutes les façades, contraintes dans une même largeur, affirment toutes des architectures très différentes. Un peu comme au Vietnam, où toutes les constructions disposent de la même largeur de compartiment, 3 à 4m et où seules la hauteur et la profondeur peuvent varier. L expression architecturale y est follement débridée mais l unité est obtenue par la répétition de cette stricte largeur de parcelles. En France, les prescriptions architecturales sont conçues pour relever le niveau d une architecture qui serait sinon contrainte par le goût conformiste des promoteurs, privés ou publics (conformisme qu ils renvoient d ailleurs à leur clientèle). Mais en même temps ces prescriptions ne contraignent-elles pas l originalité d une expression architecturale? L organisation en îlots avec alignement sur rue, par exemple, n est-elle pas une contrainte conformiste qui empèche d autres mode d organisation de l habitat? urbaine neutre N y-a-t-il pas d autres éléments d organisation de l urbain que les alignements, les hauteurs de corniches, les îlots, les soubassements, les attiques, les matériaux, les teintes d enduits, Comme par exemple : L épaisseur, la transparence, la réflexion, la superposition, les lumières... MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 62

la contre-plongée, le cadrage, le panoramique, le ralenti ou l accélération, la profondeur de champ... et aussi l usage, la confrontation ou la déclinaison des usages... la prise en comte dans la programmation de l habitat des qualités complémentaires de l homme comme individu et comme être collectif... la confrontation et la négociation des usages, l évolution des modalités, L éclectisme et l ambiguïté peuvent apporter une polysémie qui fait plus écho à notre société que des codes architecturaux. Myrto Vitart, architecte écrit à ce propos : La véritable dignité de l homme se trouve dans sa capacité à créer, donc à proposer des choses autres que celles convenues. Jean François REVERT oeuvrant à la fois sur Rennes et sur Nantes prend clairement position. Pour lui : à Rennes, en voulant tout maîtriser, on massacre les architectes mais on a un résultat de qualité moyenne alors qu à Nantes, où l on contraint moins les architectes, on a une plus forte créativité avec des projets superbes, même si l on produit aussi parfois des monstres architecturaux Ou permet-elle au contraire une harmonie urbaine et une meilleure cohérence spatiale? Pour les politiques, cette maîtrise leur permet de mieux garantir le résultat final, d éviter que les maîtres d ouvrages imposent leur style aux architectes et d échapper ainsi à l architecture type de promoteurs, avec tout le kitsch et le néo-classicisme rassurant. Il est vrai que des opérations comme celles de Rennes, de Créteil, de Sextius Mirabeau, de Bercy, etc... offrent une image d ordre et de cohérence et une certaine qualité architecturale et d usage qui évolue positivement avec le temps et l expérience. Dans la mesure où cette maîtrise concerne surtout le logement et l espace public, on peut aussi considérer que cette thèse se défend puisque ceux-ci constituent le trame de fond de la ville sur laquelle viendront s inscrire des œuvres plus originales et innovantes que seront les équipements publics ou les programmes singuliers. En particulier, on peut comprendre que l on ne souhaite pas utiliser le logement social MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 63

comme le lieu exclusif de l expérimentation et que l on ne souhaite pas rééditer les villes nouvelles composées d architectures innovantes sans véritable cohérence de la forme urbaine. MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 64

Conclusions EVOLUTIONS DE LA MAÎTRISE D OUVRAGE Il y a défaisance des promoteurs privés sur la définition architecturale au profit des élus. L aménagement privé ne se pratique plus. Le communalisme Quand il y a projet politique, il y a volonté de maîtrise et de formalisation de la part des élus et des services. On assiste à un renforcement de l action communale en matière de projet urbain et un renforcement des compétences et des interventions en maîtrise d œuvre des structures internes. Le foncier est le nerf de la guerre. Sa possession permet à la ville de s assurer de la maîtrise du projet urbain et social. Les promoteurs privés sont instrumentalisés. Les architectes-urbanistes du projet urbain sont positionnés par les élus dans un rôle d intérmédiaire entre ville/services techniques/promoteurs et architectes d opération EVOLUTIONS DE LA MAÎTRISE D OEUVRE Repositionnement de la maîtrise d œuvre dans ce rôle de passeur et d anticipateur Hiérarchie de plus en plus forte entre architecte du projet urbain et architecte d une opération. En termes de prospective : - comment évolueront les structures communales mises en place face à l intercommunalité? complémentarité ou concurrence? Encore un problème de pouvoir! - de même, à l heure de l Europe et d ouverture des marchés à la concurrence, n est-il pas paradoxal de vouloir de plus en plus tout maîtriser en interne, y compris la maîtrise d oeuvre? Ne serait ce pas au contraire une bonne manière d échapper aux lois du marché? Evolutions des dispositifs et des pratiques professionnelles dans la mise en œuvre des projets urbains MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 65

EVOLUTIONS DE LA MAÎTRISE D OUVRAGE Le communalisme Quand il y a projet politique, il y a volonté de maîtrise et de formalisation de la part des élus et des services. On assiste à un renforcement de l action communale en matière de projet urbain et un renforcement des compétences et des interventions en maîtrise d œuvre des structures internes des villes. La maîtrise concerne à la fois : o La maîtrise foncière qui constitue le nerf de la guerre et permet à la ville de s assurer de la maîtrise d ensemble du projet urbain et social. o La maîtrise du règlement et du juridique o L ouvrage : les promoteurs privés sont instrumentalisés. o L œuvre : les architectes-urbanistes du projet urbain sont positionnés par les élus dans un rôle d intérmédiaire entre ville/services techniques/promoteurs et architectes d opération. Les architectes d opération sont choisis et contrôlés par l urbaniste du projet urbain et les services des villes Cette volonté de maîtrise se traduit aussi par une demande de cohérence et de continuité urbaine. Différents dispositifs et façons de faire sont mis en place par les Collectivités Locales pour parvenir à cette cohérence d ensemble. EVOLUTIONS DE LA MAÎTRISE D OEUVRE Repositionnement d une partie de la maîtrise d œuvre travaillant sur le projet urbain dans un rôle de passeur et d anticipateur Hiérarchie de plus en plus forte entre architecte du projet urbain et architecte d une opération. En termes de prospective : - comment évolueront les structures communales mises en place face à l intercommunalité? complémentarité ou concurrence? - de même, à l heure de l Europe et d ouverture des marchés à la concurrence, n est-il pas paradoxal de vouloir de plus en plus, tout maîtriser en interne, y compris la maîtrise d oeuvre? Serait-ce une manière d échapper aux lois du marché? MAITRISE D OUVRAGE ET ELABORATION DE LA COMMANDE - PUCA CRISTINA CONRAD ET SERGE RENAUDIE 02/12/07 page 66