Asymétrie des rendements et volatilité multifractale



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Transcription:

Asymétrie des rendements et volatilité multifractale Emmanuel Bacry 1, Laurent Duvernet 2, Jean-François Muzy 3 Séminaire du Labex MME-DII 26 février 2013 1. CNRS École Polytechnique 2. Univ. Paris-Ouest Nanterre 3. CNRS Univ. de Corse

Pourquoi des modèles multifractals en finance? Processus de cascades Un modèle asymétrique

Pourquoi des modèles multifractals en finance? Processus de cascades Un modèle asymétrique

Généralités sur les données financières Soit X(t) le prix (logarithmique) d un actif financier à la date t. Alors Les accroissements de X sont décorrélés absence d arbitrage : X est une martingale. Les fluctuations ne sont pas gaussiennes, importance des évènements extrêmes. Le carré des accroissements sont très corrélés : mémoire longue de la volatilité. Ces régularités sont «universelles», quel que soit l actif considéré, mais aussi quel que soit le pas de temps (> 5 minutes) : invariance d échelle des données.

Des modèles réalistes Accroissements décorréles : X(t) X(t 1) = σε(t) ou X(t) = σb(t). Événements extrêmes : X(t) = σ(b(t) + N(t)). La volatilité σ est elle-même aléatoire : X(t) = 0 σ(u)(db(u) + dn(u)). Corrélations longue portée de la volatilité : X(t) = 0 σ(u)(db(u) + dn(u)), σ(t) = 0 σ(u)d B H (u).

Des modèles réalistes Accroissements décorréles : X(t) X(t 1) = σε(t) ou X(t) = σb(t). Événements extrêmes : X(t) = σ(b(t) + N(t)). La volatilité σ est elle-même aléatoire : X(t) = 0 σ(u)(db(u) + dn(u)). Corrélations longue portée de la volatilité : X(t) = 0 σ(u)(db(u) + dn(u)), σ(t) = 0 σ(u)d B H (u).

Des modèles réalistes Accroissements décorréles : X(t) X(t 1) = σε(t) ou X(t) = σb(t). Événements extrêmes : X(t) = σ(b(t) + N(t)). La volatilité σ est elle-même aléatoire : X(t) = 0 σ(u)(db(u) + dn(u)). Corrélations longue portée de la volatilité : X(t) = 0 σ(u)(db(u) + dn(u)), σ(t) = 0 σ(u)d B H (u).

Des modèles réalistes Accroissements décorréles : X(t) X(t 1) = σε(t) ou X(t) = σb(t). Événements extrêmes : X(t) = σ(b(t) + N(t)). La volatilité σ est elle-même aléatoire : X(t) = 0 σ(u)(db(u) + dn(u)). Corrélations longue portée de la volatilité : X(t) = 0 σ(u)(db(u) + dn(u)), σ(t) = 0 σ(u)d B H (u).

Peut-on avoir un modèle réaliste et «simple»? Plus on cherche à se rapprocher des régularités statistiques observées dans la pratique, plus le coût est élevé en termes du nombre de paramètres et de la robustesse du modèle. Pour des applications pratiques, les modèles naïfs sont peut-être les meilleurs... Approche multifractale : initialement proposée en turbulence pleinement développée pour modéliser événements extrêmes, mémoire longue et invariance d échelle. Depuis 2000, modèles multifractals réalistes avec un petit nombre de paramètres. Bonnes performances sur des applications comme la prédiction de risque.

Invariance d échelle Invariance d échelle «simple» : le signal présente la même régularité à tout instant et à toute échelle. Exemple : mouvement brownien (fractionnaire), pour tout r > 0 B H (rt), t 0 loi = r H B(t), t 0 (H = 1/2 pour le mouvement brownien standard). Mouvement brownien fractionnaire de paramètre 1/2 < H < 1 : processus gaussien à accroissements stationnaires avec corrélation longue portée. Cf. processus FARIMA en économétrie.

FIGURE : Mouvement brownien, H = 0.5.

FIGURE : Mouvement brownien fractionnaire, H = 0.7.

Invariance d échelle En turbulence pleinement dévoloppée comme en finance, à toute échelle on constate une alternace de phases agitées et de phases calmes. Analyse multifractale : cadre mathématique pour rendre compte de cette invariance d échelle complexe. La régularité du signal varie à chaque instant.

FIGURE : Variations journalières du CAC 40.

FIGURE : Marche aléatoire multifractale.

Pourquoi des modèles multifractals en finance? Processus de cascades Un modèle asymétrique

Construction de processus aléatoires multifractals 1960s Kolmogorov, Yaglom 1970s Mandelbrot, Kahane et Peyrière 2000 deux constructions en finance. Calvet et Fisher : Markov Switching Multifractal model, Bacry et Muzy : Multifractal Random Walk.

Markov Switching Multifractal (Calvet et Fisher, 2000) X(t) = 0 σ(u)db(u), B mouvement brownien standard, σ processus de volatilité indépendant de B : σ(t) = σw 0 (t)... W J (t) où les W j (t) sont des variables aléatoires indépendantes positives et d espérance 1, et qui changent de valeur avec une fréquence moyenne (une intensité) de c b j. Interprétation : les W j (t) sont des flux de nouvelles qui arrivent à différentes vitesses.

Multifractal random walk (Bacry, Delour et Muzy 2000.) On remplace W 0 (t)... W J (t) par l exponentielle d un processus gaussien stationnaire. X(t) = lim e w l (u) db(u) l 0 0 avec ( w l (u), u 0, l > 0 ) un proc. gauss. stat. tel que E [ e w l (u) ] = 1 et Cov [ w l (u), w l (u ) ] λ 2 log(t / u u ) pour 0 < u u < T et l 0, et Cov [ w l (u), w l (u ) ] = 0 pour u u T.

Propriétés Deux constructions d une martingale multifractale. Processus de volatilité très corrélé, pas de moments à tout ordre dans les limites J ou l 0. Avantage de la construction log-normale : autosimilarité stochastique. Pour r (0, 1) X(rt), t [0, T ] d = r 1/2 e wr /2 X(t), t [0, T ], où w r N (λ 2 log r/2, λ 2 log r). Très bonnes performances sur des applications comme la prédiction de volatilité. Une critique du modèle est qu il est symétrique, vs. certaines données pas de skewness, invariance par retrournement dans le temps.

Pourquoi des modèles multifractals en finance? Processus de cascades Un modèle asymétrique

Asymétrie des cours d actions et d indices On observe sur certains actifs la double asymétrie suivante : une skewness négative des accroissements. un effet levier, ie. une corrélation négative entre l accroissement du prix aujourd hui et la volatilité demain (carré ou valeur absolue de l accroissement). Interprétation : «panique» sur le marché, une forte baisse augmente l instabilité. Cependant, on peut nuancer : Ce n est pas vrai pour tout actif (p. ex. taux de change). Même sur les actions ou les indices on est généralement au seuil de la significativité.

Lag Asymétrie et leverage effect sur le CAC40 Corrélation entre X(t) X(t 1) et (X(t + k) X(t + k 1)) 2, données journalières, 100 k 100. Corrélation 0.10 0.05 0.00 0.05 100 50 0 50 100

Modèles asymétriques Différents auteurs (par ex. Bouchaud) ont étudié des modèles asymétriques non multifractals pour des cours d action ou d indice. Cadre MRW X(t) = lim l 0 0 ew l (u) db(u) : on voudrait une corrélation entre le brownien B(u) et la volatilité e w l (u+du) Objectif : nouvelle construction qui préserve les «bonnes» propriétés du modèle MRW. Objectif non rempli! Nous proposons un modèle X(t) = lim l 0 0 ew l (u) db H (u) où l intégrant est un brownien fractionnaire, ce qui introduit des corrélations dans les accroissements du processus. Bizarrement, le problème est plus facile à traiter pour H > 1/2 + λ 2 /2 que pour H = 1/2 (NB : en finance λ 0.02).

La construction Soit λ 2 (0, 1/2) et H (1/2 + λ 2 /2, 1). On définit Xl H (t) = e w l (u) ε H l (u) du, 0 où (ε H l (u), w l (u)) est une famille gaussienne qui possède une «bonne» structure de covariance : pour l, l 0 [ Cov w l (t), w l (t ) ] λ 2 log + (T / t t ), [ Cov ε H l (t), ε H l (t ) ] c ε σ 2 t t 2+2H, Cov [ ε H l (t), ω l (t ) ] { c εω σλ(t t) 1+H, si t > t 0 sinon.

Propriétés On a bien un processus asymétrique par la limite p.s. X H (t) = lim l 0 X H l (t), t 0. Ce processus satisfait l autosimilarité stochastique ( X H (rt), 0 t T ) d = r H e wr ( X H (t), 0 t T ), où w r est une variable aléatoire N(λ 2 log(r)/2, λ 2 log(r)) qui est indépendante du processus X H. On peut calculer explicitement les moments d ordre entier p 2 ; ceux-ci explosent à partir d un seuil p qui dépend de λ. Les modèle n est plus une martingale, on a des corrélations longue portée entre les accroissements!

Choix de H Quand H 1/2 + λ 2 /2, E [ X H (t) 2]. Nous examinons donc le processus normalisé Y H X H (t) (t) = [ (X E H (1) 2)] 1/2. Si d = H 1/2 λ 2 /2 0, nous montrons que les accroissements δ τ Y H ( ) de pas τ > 0 satisfont : Corr [ δ τ Y H (0), δ τ Y H (kτ) ] = O(d) pour k 1 Corr [ δ τ Y H (0), δ τ Y H (kτ) 2] = O(d 1/2 ) pour k 0 Corr [ δ τ Y H (0), δ τ Y H (kτ) 2] = O(d 3/2 ) pour k 1. Par conséquent Nous ne voulons pas d un régime d 0. Nous ne voulons pas non plus d un d grand.

Résultats de simulation De haut en bas, d = 0.01, 0.03, 0.06. À gauche, l autocorrélogramme des rendements, à droite, le corrélogramme des rendements et de leurs carrés. 0.00 0.10 0 20 40 60 80 100 0.20 0.00 100 50 0 50 100 0.00 0.10 0 20 40 60 80 100 0.20 0.00 100 50 0 50 100 0.00 0.10 0 20 40 60 80 100 0.20 0.00 100 50 0 50 100

Conclusion Modèle de prix financier un peu inhabituel du point de vue de ses propriétés mathématiques. Les accroissements sont corrélés, avec de la «mémoire longue», même si ces corrélations sont indiscernables de 0! Cependant, nous avons l impression reproduire de manière fine la dynamique jointe des accroissements du prix et de la volatilité. Applications : prévision de risque? Extensions multidimensionnelles?