PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture) «Urbanisme de Projet : Acteurs et Outils d un processus en évolution» Roberta Morelli Ecole Nationale Supérieure d Architecture de Paris Val de Seine Le projet urbain «Ile de» Rapport monographique
Introduction Le projet urbain «Ile de» Depuis les vingt cinq dernières années, est devenue une «ville laboratoire» en matière d urbanisme. Ceci est dû, en particulier, à la politique urbaine amorcée par Jean Marc Ayrault, en 1989, avec la transformation de l Ile de : en prenant l ampleur d une stratégie métropolitaine, cette opération a contribué à modifier l identité de la ville et son rapport avec sa structure physique, économique et institutionnelle. Sixième métropole française, est une ville à faible densité (1 000 hab/km 2 ), avec 6 000 ha de surface occupée et 270 000 habitants pour la seule commune (580 000 dans l agglomération). Cœur dynamique de l estuaire de la Loire, la ville est caractérisée premièrement par sa relation à l eau, qui est à l origine d une histoire urbaine mouvementée. Née de son port il y a 3 000 ans avec 350 km de rives sur la Loire et l océan a été d abord une place forte du commerce, puis de la construction navale, jusqu à la fermeture des chantiers qui a provoqué une crise économique profonde, de la fin des années 1980. A partir de ce moment la ville s est trouvée confrontée à la nécessité de rénover son image, relancer son économie et de rétablir un nouveau rapport avec son fleuve. Une série de projets concernant la rénovation de la structure urbaine et la transformation de l économie locale ont été, ainsi, lancés avec l objectif de donner une nouvelle identité à la ville : l arrivé du TGV (1988), le renforcement du secteur des services, le développement des activités culturelles et la mise en place d un nouveau système de gouvernance basé sur la valorisation du territoire métropolitain ont impulsé une nouvelle croissance démographique et économique. Ces processus se sont consolidés grâce aux opérations de régénération du tissu urbain existant («Centre ville», «Madeleine Champs de Mars», «Prés Gauchet Malakoff») et, en particulier, grâce au plus ambitieux projet urbain «Ile de». L ensemble de ces opérations a contribué à améliorer l attractivité de la ville et le développement de nouvelles activités tertiaires et culturelles qui ont largement compensé les pertes industrielles des années 1980 et ont renforcé le rôle de comme plate forme des services dans la région. La pluralité d enjeux stratégiques associés à la transformation de l Ile de a fait du projet urbain correspondant l une des opérations privilégiées pour projeter le développement futur de la ville dans une dimension métropolitaine. En revendiquant la capacité de gérer une forme d intelligence collective et de donner corps à une dimension culturelle auparavant inconnue, au fil du temps, le pouvoir public a inscrit le projet dans un processus de coopération intercommunale, en s appuyant sur des outils de médiatisation imaginés pour soutenir la compétition territoriale. Depuis le début des années 1990, la reconversion des friches industrialo portuaires qui occupaient l'ile de est ainsi devenue un projet de ville, donnant les bases d une nouvelle identité territoriale, sociale et politique. L évolution des programmes, des échelles et des rapports entre acteurs et outils concernant la régénération de l île de témoigne d une nouvelle manière de concevoir et porter le projet, faisant l objet des approfondissements proposés. L analyse de l étude de cas veut, en particulier, contribuer à répondre aux interrogations suivantes : 1. Comment la prise en compte du contexte politique institutionnel, économique et physique conditionnet elle la définition et la mise en place du projet urbain? 2. Comment lire l évolution de la vision du projet urbain? De quelle complexité témoigne l histoire de sa conception et de sa mise en œuvre? 3. Comment le rapport entre les acteurs impliqués influence t il la nature et le suivi du projet? 4. Comment les outils de projet interprètent ils ces rapports d acteurs et de quelle façon contribuent ils à modifier la pratique de l urbanisme locale? 5. Comment lire l avancement du projet et l articulation de ses temporalités? Tenter de répondre à l ensemble de ces questions signifie, à mon sens, approfondir le niveau de cohérence du projet, dans l évolution du rapport entre objectifs fixés et résultats obtenus.
1. LE CONTEXTE DE L OPERATION Le projet urbain «Ile de» 1.1 Le cadre politique et institutionnel La transformation urbaine que a amorcée dans ces dernières années a été fortement conditionnée par l évolution de la politique locale. Avant l élection de J.M. Ayrault redevenu maire de la ville, en 1989, la discontinuité des gouvernements qui se sont succédés depuis les années 60 a empêché la maturation d une culture urbaine promouvant des objectifs à long terme. Entre 1960 et 1977 l Etat prend en main le développement urbain de, alors que la municipalité a perdu son rôle sur les politiques urbaines : en associant indépendants, radicaux et socialistes, la majorité municipale conduite par André Morice donne un pouvoir démesuré à des groupes sociaux en déclin et soutient en même temps des décisions désastreuses de l Etat concernant la construction d un système de voies pénétrantes, la rénovation du quartier du Marchix et la construction de la tour de Bretagne 1. En 1977 Alain Chenard sorti de la majorité de Morice remporte la mairie profitant d une conjoncture nationale favorable ; malgré le résultat, son mandat est marqué par une forte opposition de la part de la bourgeoisie locale qui arrive à faire rebasculer le pouvoir local à droite, avec l élection de Michel Chauty en 1983. La municipalité guidée par Chenard s est focalisée sur le thèmes de l intercommunalité avec la création de l Agence d'urbanisme de l'agglomération Nantaise AURAN en 1978 et le regroupement de la myriade de syndicats existants dans la structure unique SIMAN en 1982 sur l avenir des chantiers navals menacés par la crise industrielle, sur le développement des nouvelles politiques culturelles, sur la mise en place du tramway pour rénover les transports publics et sur l idée de développer un important parc de logements sociaux. Chenard veut promouvoir de nouvelles démarches d aménagement des quartiers, en mettant l accent sur la nécessité d une approche globale des problèmes concernant le centre ville et les banlieues en déclin : son intention est de promouvoir des opérations d amélioration de l habitat capables de faire participer les populations à la définition des objectifs d aménagement. Ces démarches offrent l occasion d expérimenter de nouvelles manières d impliquer les associations et les acteurs économiques dans le champ de la requalification des tissus urbains. Le terme «projet urbain» devient alors synonyme de projet concerté. Malgré ces initiatives et face à l instabilité des conditions économiques, s affirme la tendance à privilégier le lancement de grands projets d envergure qui réoriente la politique locale : la droite semble plus propice à aller dans cette direction et la rupture avec la politique précédente devient plus qu évidente avec l élection de Chauty. Le nouveau maire décide de se focaliser sur le centre ville (les communes limitrophes sont oubliées), d assumer une position anti interventionniste au regard des sites occupés par la Navale, de s opposer au projet du tramway proposé par Chenard (la première ligne sera activée en 1985, sans être jamais inaugurée officiellement) et, enfin, d investir dans la construction d un technopole et d une cité des congrès. Cette nouvelle approche est soutenue par la Chambre de Commerce dirigée par Jean Joseph Régent à travers une série d études prospectives dont les résultats amènent à la publication de «L Enjeu. Atlantique, une métropole européenne pour l Ouest» : le document envisage la mise en place de nouveaux secteurs innovants, de partenariats publics privés et d une politique d événements et d équipements qui puisse accroitre le rayonnement international de la ville. Par contre, soumise à l aggravation des conditions économiques et démographiques qui la touchent à la fin des années 1980, la ville n accorde pas confiance à cette démarche. En effet, en 1987, la fermeture des chantiers navals sur lesquels s étaient fondées l identité et la fortune de la ville provoque un vrai traumatisme pour. La partie ouest de l île sur laquelle s étaient concentrées les activités industrialo portuaires devient une immense friche faisant bientôt l objet d hypothèses diverses d aménagement. Si l abandon des chantiers navals marque la fin d une époque, il est, à la fois, le début d une nouvelle histoire signée par une rupture politique qui amènera à terme un climat de stabilité politique favorable à la conduite de projets complexes. Aux élections de 1989, Jean Marc Ayrault, député socialiste et maire sortant de Saint Herblain, est élu maire de au premier tour, à la tête d une liste d union de la gauche regroupant des représentants du parti socialiste, du parti communiste, du parti des radicaux de gauche, des partis écologistes et de l Union démocratique pour la Bretagne. Depuis cette date, Ayrault est 1 Pinson G., Gouverner la ville par projet, Science Po Les Presses, Paris, 2009
Le projet urbain «Ile de» réélu maire de à trois reprises et, au fil du temps, il obtient une série de mandats parallèles (président de la Communauté Urbaine, président de Métropoles, président du CHU, etc ) qui renforcent l incidence de son pouvoir sur la conduite des transformations urbaines. En décidant de prendre du temps pour définir l avenir de l Ile de, le nouveau maire enclenche un processus qui contribuera à faire évoluer la géographie politique, sociale et économique du territoire urbain et métropolitain. 1.2 Le contexte économique La fortune de l économie nantaise a été construite pendant le XVIII ème siècle, lorsque la ville était le port le plus important de la France, ainsi qu une grande place financière connue en toute Europe. Grâce à une position géographique privilégiée, étant que ville maritime en fond d estuaire et ville fluviale traversée par la Loire, prospère grâce aux intenses trafics avec les pays européens, grâce au transport fluvial des marchandises et aussi grâce à des activités financières importantes dans les réseaux bancaires européens. Reconnue comme une des six places financières majeures en Europe, réussit à développer des secteurs complémentaires aux activités commerciales et portuaires qui laissent des traces profondes dans le patrimoine urbanistique et dans la mentalité collective de la ville jusqu à nos jours. En provoquant l arrêt de cette prospérité, la révolution du 1789 marque le début d un développement économique très différent, majoritairement déterminé par le dispositif national, suivant ses bonnes et ses mauvaises fortunes. Avec la création de Saint Nazaire, en 1838, comme nouveau port sur l estuaire de la Loire, l Etat préfigure un nouveau développement économique caractérisé par une vraie concurrence entre les deux villes. Mais en 1967 cette condition sera atténuée grâce à la décision de faire de Saint Nazaire une des huit métropoles d équilibre : l idée de fusionner les deux ports en une seule entité ayant le statut de port autonome confié aux services nationaux, conduit l Etat à constituer l OREAM (organisation régionale d études d aménagement de l aire métropolitaine de Saint Nazaire) avec l objectif de traiter les problématiques du port et de son environnement naturel et économique, à partir de l analyse et de l observation du territoire concerné. Malgré des résultats opérationnels modestes, cette institution alimente une évolution importante par rapport aux approches économiques précédentes et elle contribue à focaliser un intérêt de type national sur ce contexte. Pendant presque deux cent ans l évolution de a donc été conditionnée par des décisions prises par l Etat central : le transfert des activités portuaires en aval opéré au XIX ème siècle contracte les activités économiques nantaises, alors que la création du port autonome réalisée le siècle suivant fait passer le contrôle des ces activités des mains des professionnels (Chambre de Commerce) à celles des services de l Etat. Obligée à faire face à ces mutations, au début du XXème siècle trouve la force de relancer son économie, en misant sur une industrie diversifiée basée sur la mécanique, la métallurgie, l industrie agroalimentaire et les chantiers navals. Les conditions d une nouvelle prospérité sont créées via l intégration de ces filières : la biscuiterie et l industrie de la conserve se développent afin de répondre aux besoins de la marine, ainsi que l industrie métallurgique nait du sillage de l industrie de la conserve et de la construction navale. Mais ces filières entrent en crise dans les années 1960 70, provoquant la destruction de milliers d emplois et la captation des entreprises locales par des capitaux nationaux ou étrangers. La bourgeoisie industrielle et commerciale nantaise perd peu à peu le contrôle des principales industries et du développement économique local. L Etat assume une position de plus en plus forte dans la conduite du développement économique local avec les décisions déjà citées des années 1960 70, dont font partie aussi les décisions de construire un terminal méthanier à Montoir de Bretagne, d agrandir la raffinerie de Donges et de construire une centrale thermique à Cordemais, pour faire de la nouvelle métropole d équilibre un des plus importants ports énergétiques français. En voulant intégrer la région nantaise dans un schéma productif national, l intervention économique de l Etat se focalise sur la ville centre. A la suite des lois de décentralisation des années 1980, peut compenser la perte d emplois industriels grâce aux délocalisations administratives et au développement des services liés à son statut de capital régionale et de métropole d équilibre. Malgré ces efforts l action étatique ne résout pas le problème structurel important de la ville, lié à la surreprésentation des activités secondaires et tertiaires à faible valeur ajoutée. 2 2 Ibid.
Le projet urbain «Ile de» Au milieu des années 1980, lorsque la fermeture des chantiers navals annonce une blessure profonde dans le contexte socio économique nantais, la ville est confrontée à une forte perte d emplois et la carence de qualifications professionnelles de haut niveau compromettent son aptitude à développer des fonctions métropolitaines importantes. L interruption définitive des activités industrialo portuaires pose rapidement la question de la transformation du site occupé par les chantiers navals sur la point ouest de l île. En focalisant l intérêt d un vaste nombre d acteurs locaux ce site devient bientôt l objet de plusieurs propositions, dont la construction d une Cité internationale d affaires proposée par le Président de la Chambre de Commerce, Régent résonne fortement : l idée est d accueillir les directions générales de grands groupes internationaux et de créer des grandes surfaces d exposition, en faisant de ce lieu une zone de négoce bénéficiant du régime fiscal des zones franches. Malgré le support du gouvernement national et la disponibilité du soutien financier d un investisseur luxembourgeois le projet ne voit pas le jour à cause des rivalités existant entre les forces économiques locales. Dans un climat de grande incertitude, l élection de Jean Marc Ayrault marque une rupture importante avec les phases précédentes : en décidant d abandonner les grands projets envisagés, le nouveau maire décide de poser les bases de la transformation de l île sur une vision globale d aménagement à construire dans le temps. Ce faisant, il tourne une page quant au contrôle que l Etat a eu sur la ville et il enclenche un processus de transformation de la géographie économique, politique et sociale de la ville. Au fil du temps, le projet «Ile de» deviendra, ainsi, le symbole de cette évolution, concentrant les enjeux que la ville doit affronter pour survivre dans le nouveau marché de la compétition nationale et internationale. La Galerie des Machines de l ile : l histoire des chantiers navals est révoquée par des images historiques et abstraites 1.3 Le contexte physique Située à proximité de l'océan Atlantique au début de l'estuaire de la Loire et au point de confluence entre ce même fleuve et l'erdre est une ville qui s est construite dans sa relation avec l eau. Déjà connue pour son port il y a 3 000 ans, elle a été d abord une place forte du commerce, ensuite une base importante pour la construction navale, jusqu à ce que son développement économique s élargisse des activités industrielles complémentaires au secteur des affaires commerciales. Le rapport de la ville à l eau n a pas simplement conditionné son histoire économique, mais il a aussi influencé l évolution de sa structure physique. A cause des nombreuses îles (île Beaulieu, île Sainte Anne, île Feydeau, île Gloriette, etc.) et des canaux qui formaient le territoire qu aujourd hui on appelle «île de», elle était surnommée «la Venise de l'ouest». Les anciens quais de Loire, bordés des constructions du XVIII ème siècle en particulier le quai de la Fosse, où se situait le port de et le quartier Feydeau constituaient les éléments marquant de l histoire nantaise. Mais à partir du XX ème siècle, ce paysage urbain évolue radicalement à cause de la transformation spectaculaire du réseau hydrographique avec le comblement des cours de l Erdre et des bras de la Loire, remplacés par des artères de circulation et des bombardements lourds de la Seconde Guerre mondiale.
Le projet urbain «Ile de» A partir des années 1960 70 la relation de à l eau semble disparaitre progressivement. Sous l impulsion de tendances mises en pratique ailleurs, la ville favorise une série de grands projets d urbanisme incitant l étalement urbain, à travers la construction des quartiers résidentiels aux alentours du centre ville. Quelques années plus tard, face à la désindustrialisation imminente, la ville annonce une mutation encore plus profonde de sa nature physique, identitaire et économique. L alternance des gouvernements politiques de l époque ne contribue pas à soutenir une politique urbaine stable et la municipalité est encore strictement liée aux décisions de l Etat. Malgré cette dépendance, amorce un processus de renouvellement urbain pour affronter les crises démographiques et économiques des années 1980. L esthétique du centre ville se transforme : la réalisation d un ravalement des axes majeurs, la création de voies piétonnes et semi piétonnes, la construction de parking silos et la substitution du mobilier urbain sont mis en place pour améliorer les conditions du centre ville, mais surtout pour créer un espace de consommation accueillant. Au début des années 1980 une partie de cet espace fait l objet d un plan de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine historique local qui reçoit le label «ville d art et d histoire» de l Etat. Malgré cette attention, la mémoire urbaine ne se concentre pas uniquement dans le quartier historique : c est grâce à la municipalité Chenard que se manifeste une attention spécifique pour le patrimoine industriel, maritime et portuaire (réhabilitation de la Manufacture de Tabacs) sous l impulsion des sollicitations des associations de défense du patrimoine industriel. Il s agit d un ensemble de mesures pensées pour améliorer la qualité de vie du centre ville et pour attirer des nouveaux habitants et des visiteurs de l extérieur. La politique du tramway, la requalification des espaces publics, la transformation des grands ensembles et la recomposition des anciens faubourgs permettent à la ville d enclencher une série d initiatives qui tendent à privilégier les transports publics et le paysage urbain. Ces principes animent les plus importantes opérations de rénovation du centre ville «Cours des Cinquante Otages», «Ile Feydeau» et «Madeleine Champ de Mars» qui posent les bases des transformations successives, en focalisant l attention sur la reconstruction de la ville sur elle même. Ces projets constituent les fragments d un projet complexe et ambitieux de rénovation urbaine qui évolue sous le mandat de Jean Marc Ayrault, à partir des années 1990. La fermeture des chantiers navals, en 1987, a provoqué une blessure profonde dans le tissu économique et social de la ville et les enjeux à traiter deviennent nombreux et complexes. Il s agit de reconstruire et de refonder les bases de l économie de la ville, à travers son ouverture aux activités tertiaires et culturelles, et de renforcer l attractivité de au niveau national et international. Privilégiant son cœur, choisi alors de se renforcer sur elle même, dans le cadre de la nouvelle politique urbaine menée par Ayrault, qui accompagnera une croissance démographique et un nouveau rapport à l espace urbain. Le succès du tramway et des travaux de requalification sur les espaces publics pousse le maire à fonder le nouveau récit identitaire nantais sur la qualité du cadre de vie urbain et sur la politique culturelle. Cela signifie que la ville doit devenir une plateforme de services dans la région, qu elle doit encourager la création de grandes écoles et de centres de recherche et qu elle doit promouvoir de nouvelles actions en faveur de la culture, pour attirer des nouveaux habitants et/ou des visitateurs. Ces intentions seront développées dans les années 2000, quand, du fait des délocalisations de grandes entreprises parisiennes et des dispositifs fiscaux avantageux (lois Besson, Robien, Borloo et Scellier) les promoteurs immobiliers se multiplieront autour de nouveaux projets urbains. Il s agit d une démarche qui s avèrera payante du point de vue socio économique et qui contribuera à faire évoluer l identité de la ville d une logique productive à une vision de «écosystème créatif» 3. Cours des Cinquante Otages Nouveaux bâtiments dans le quartier Champ de Mars 3 Ibid.
Le projet urbain «Ile de» Le renouvellement de la ville est soutenu, en particulier, par la redécouverte de la Loire qui, dans le développement économique de la ville des années 1980 et dans la structuration des échanges avec le reste du territoire avait perdu progressivement son rôle. A cette époque s était diffusée l idée de pouvoir tourner le dos au fleuve et d imaginer un développement urbain vers le Nord de la ville, autour de l Erdre, affluent de la Loire. Cette vision était le fruit d une période politique instable et d une mentalité qui privilégiait l étalement urbain à la rationalisation des ressources. Mais la fermeture des chantiers navals arrête ces initiatives, car la présence d un vaste espace de friches, face à la Loire et au centre historique, oblige la ville à réinterroger sa relation au fleuve et aux territoires avoisinants. La création, en 1985, de l ACEL (Association Communautaire de l Estuaire de la Loire) témoigne de la volonté de concevoir la Loire comme un vecteur de renouveau à la fois lieu de vie et lien entre les territoires et de créer un outil de débat et de concertation permettant de dégager des positions communes sur les enjeux d aménagement du territoire. En devenant le lieu privilégié des réflexions interinstitutionnelles sur l estuaire et la métropole, l ACEL met l accent sur la nécessité de fonder l attractivité de Saint Nazaire sur les qualités environnementales de la Loire. Ayrault décide de valoriser la démarche impulsée par ce nouveau groupe d acteurs, en amorçant un processus capable d intégrer une pluralité d enjeux différents à travers une réflexion qui puisse s étendre de la ville à toute l agglomération métropolitaine. La transformation des friches industrielles occupant la pointe Ouest de l île qui se trouve en face du centreville est perçue comme un objectif clé pour accomplir cette vision, mais la complexité du parcours associé conduit le maire à prendre du temps pour mettre en perspective un potentiel si stratégique. «La fermeture des chantiers est une blessure pour, mais le destin de la ville se joue ici.» Avec ces premiers mots Ayrault enclenche un processus d aménagement qui est destiné à devenir un projet de ville de grande envergure. La volonté d établir un rapport avec le patrimoine industriel, la mémoire du travail et le mouvement ouvrier le pousse à opter pour la réhabilitation des nefs Dubigeon et du bâtiment principal des chantiers, constituant le premier acte fondateur de ce qui deviendra le projet «Ile de». La volonté de transformer un territoire composite de 350 ha en un véritable centre d agglomération, au cœur de la reconstruction d une nouvelle identité territoriale, se configure comme une alternative à l étalement urbain et deviendra ainsi l opération la plus importante de la fabrique urbaine nantaise. La prise de conscience des enjeux et des objectifs du projet sera lente et progressive, mais dans sa première phase de vie, cela constituera aussi la force d un processus de vraie métamorphose urbaine. 1.4 Le site de projet L espace formant aujourd hui une seule île située au sud de la ville, était formé par un ensemble d îles et de canaux jusqu au XIXème siècle. Pour cette raison, ce qui est devenu un seul territoire par comblement successifs de petits bras de Loire a été longtemps identifié avec plusieurs dénominations (île Sainte Anne, Beaulieu, République, quartier des Ponts, Prairies aux Ducs). C est seulement au début des années 1990 que l appellation «Ile de» apparaît au sein d une étude préalable à la transformation urbaine pour désigner un territoire qui auparavant n a jamais été unitaire. Le site de l Ile de Etendu sur une surface de 337 ha, ce territoire conserve les traces des différentes îles qui l ont composé et des modes d occupation correspondants, qui lui ont conféré des identités très diverses. En effet, au moment de l arrêt des activités industrialo portuaires, on peut identifier trois zones principales dans le site : à l Ouest, une vaste zone industrielle occupée des chantiers navals Dubigeon, des usines Béguin Say et des ateliers Alstom, constituant l héritage du développement urbain du XIX ème et XX ème siècle ; au centre, un faubourg traditionnel d habitat populaire public et privé, construit à partir des XVII ème et XVIII ème siècles, autour des ponts qui créent historiquement une porte d accès à la ville ; à l Est, la zone appelée Beaulieu, où les prairies inondables ont été urbanisées pendant l après guerre sous forme de quartiers portant la marque des styles architecturaux des années 1960 70.
Le projet urbain «Ile de» A l époque de la fermeture des chantiers le paysage urbain est caractérisé, à l est de l île, par la présence de barres, de tours résidentielles, d équipements publics (conservatoire de musique, palais des sports) et commerciaux (centre commercial Beaulieu) et d immeubles dédiés à accueillir les bureaux de direction de services régionaux et nationaux. Cet aménagement, impulsé par le gouvernement Morice, avec l objectif de réaliser un ambitieux programme résidentiel (6 500 logements), ainsi qu un centre administratif et commercial, est construit pour moitié par rapport au programme prévu à cause d une série de difficultés de divers genres. 4 Connue comme la zone la plus ancienne de l île, la partie centrale occupée par le faubourg est caractérisée par des immeubles, essentiellement résidentiels, de taille réduite. Le rapport entre la morphologie urbaine et la population habitante s est consolidé dans le temps et le quartier un des plus pauvres de la ville a assumé un caractère populaire très marqué. Enfin dans la partie occidentale de l île, jusqu à la fin des années 1990, on trouve des bâtiments industriels et des hangars occupant une vaste friche de 100 ha, mais aussi des emprises ferroviaires, une gare et des ensembles d immeuble datant du XIXème et des immeubles plus récents accueillant des administrations publiques et des entreprises privées. Au sud ouest de l île, à proximité du pont qui permet de rejoindre Rezé et les communes du sud de l agglomération, la présence du MIN (Marché d Intérêt National) domine le paysage urbain. Entouré par les commerces de gros et les sociétés de transport, par des friches industrielles, mais aussi par des entreprises en activités (usine Beghin Say), le MIN occupe 90 ha, qui constituent un potentiel important de développement après sa fermeture. A l époque de la fermeture des chantiers, le site est donc caractérisé par des paysages, des situations et des fonctions très diversifiés. La complexité associée à l hétérogénéité et aux dimensions de l île est très élevée et son potentiel n est pas également perçu par les acteurs politiques et économiques de la ville : la position stratégique du site, sa proximité à la Loire et la vaste disponibilité des terrains étaient reconnues comme des ressources indiscutables, mais les contraintes liées à la présence des bâtiments industriels et des friches portuaires ne sont pas interprétées de la même manière. Face à la fermeture des chantiers navals, plusieurs acteurs locaux ont déjà proposé des projets divers : un des plus connus est celui de J.J. Régent à l époque jeune président de la Chambre de Commerce qui, à travers la reconversion de l ouest de l île, propose de créer une zone franche dans l estuaire de la Loire. Il s agit d un projet fondé sur le concept de «cité d affaire», conçue comme un «espace d implantation offert aux grandes entreprises et groupes financiers pour bénéficier de facilités commerciales et douanières, de conditions fiscales ainsi que des dispositions facilitant la réalisation des opérations financières». 5 Malgré un avis favorable de l Etat, le projet déclenche une forte polémique que ce soit dans le milieu des acteurs économiques concurrents, ou dans la société civile, déçue de l absence de prise en compte de la mémoire ouvrière du lieu des chantiers navals. Jean Marc Ayrault gagne les élections municipales en 1989 grâce, notamment, à sa capacité de prendre distance avec ces scenarios et de proposer une vision différente concernant l avenir de l île : pour lui il ne s agit pas d offrir un projet prêt à l emploi, mais de définir une démarche capable de gérer le temps de manière responsable et efficace, pour construire une perspective partagée et capable de valoriser la complexité et les potentialités de ce territoire. En cherchant à poursuivre et à consolider les politiques de son prédécesseur André Chenard, le maire décide de respecter la mémoire du site et de son histoire ouvrière, sur lesquels s est fondé le développement économique de la ville. Ayrault mise donc sur le renouvellement de l identité de l île, et de la ville entière, en enclenchant un processus qui dessinera les grandes lignes du projet au fil du temps. Le pouvoir public exprime alors la volonté de s engager dans un projet d urbanisme destiné à toucher, pour la première fois, l ensemble de l espace insulaire et l appellation «Ile de» fait son apparition quelques années après. La situation géographique exceptionnelle à la fois centrale et périphérique est bientôt reconnue comme un facteur de développement destiné à investir non seulement la dimension urbaine, mais aussi tout le territoire métropolitain. La volonté de renforcer le lien avec l estuaire, soutenue par la création de l ACEL, trouvera dans ce projet une occasion privilégiée pour redécouvrir un nouveau rapport à l eau et pour soutenir le processus de formation de l intercommunalité avec les territoires limitrophes. 4 Garat I. et alii,. De la belle endormie au nouvel Eden de l Ouest, ECONOMICA Anthropos, Paris, 2005 5 Régent J.J., Clés pour le futur, Editions de l Aube, 2006
Le projet urbain «Ile de» Les éléments remarquables du site : en haut Les Nefs, siège des anciens chantiers navals, au centre la Gru jaune, appartenant jadis aux chantiers navals Dubigeon et en bas la Loire.
2 LE PROJET URBAIN Le projet urbain «Ile de» 2.1 La genèse du projet urbain Quand les Chantiers de l Atlantique ferment leurs portes en 1987, après une présence continue depuis 1850, la tentation d effacer l histoire du site se manifeste rapidement parmi certains acteurs de la ville. Le potentiel du site est perçu comme une occasion stratégique pour revitaliser l économie du territoire, mais les projets proposés deviennent bientôt l expression d intérêts particuliers et concurrents. L idée de créer une cité internationale d affaires soulève le mécontentement de plusieurs associations locales qui, face à cette perspective, décident de se fédérer en 1988 pour encourager la valorisation du fleuve et de la mémoire ouvrière du site occupé par les chantiers navals. Après l élection qui le rendra à nouveau maire de la ville, Jean Marc Ayrault qui faisait partie de ces opposants s engage à contrôler la propriété du sol et à arrêter la destruction des bâtiments industriels. Il décide de réhabiliter l immeuble de direction des chantiers navals, pour accueillir les locaux des associations de défense de la mémoire de la Navale. Conscient de la complexité des enjeux du site, il décide, plusglobalement, de prendre le temps de mettre en place une démarche capable de saisir les potentialités du lieu et de valoriser son histoire. Pour aboutir à ce processus, le maire décide de lancer, en 1991, une mission d étude portant sur la définition de l avenir du site : il confie aux architectes urbanistes Dominique Perrault et François Grether une étude préalable qui puisse tracer des orientations générales concernant l aménagement de l île. Présentée l année suivante, cette analyse constituera la première étape d un parcours de réflexion lent et progressif. Il s agit d une étude exploratoire conçue avec l objectif de «réunir et d organiser les principes de références qui permettront d orienter les débats et les réflexions que suscite un tel sujet. Cette approche prospective porte sur un territoire très important et sur des enjeux particulièrement significatifs pour la ville et son fleuve». 1 Les propositions formulées s appuient sur une analyse globale des données géographiques et historiques, sur la mesure du site et sur plusieurs aspects de son paysage. Ces réflexions sont également nourries par l examen des études extérieures et par l audition des représentants des institutions concernées, des entreprises et des associations d habitants. Les deux architectes proposent d initier une démarche urbanistique ouverte et capable de s appuyer sur les valeurs culturelles et sociales qui guideront les transformations futures ; leur analyse se focalise autour de l état des lieux de l île, des caractères de son urbanisation, des perspectives de développement de son territoire, de la problématique de la conception urbaine, des choix méthodologiques et de l articulation des actions à prévoir. L importance de l étude Perrault Grether doit être associée au fait qu elle a contribué à faire émerger les aspects suivants : l île est une unité géographique autonome qui doit être nécessairement traitée dans sa globalité ; les deux architectes suggèrent, à ce propos, de ne pas travailler seulement sur le waterfront, mais de considérer l aménagement de tout le territoire de l île. «Quelle que soit la prégnance de l île Saint Anne, ce serait sans doute une erreur que d ajouter un projet d aménagement à coté des quartiers existants. Une vue globale s impose, à la dimension de toute l île. Peu de villes au monde disposent d une île clairement apparente. Egalement rares sont les îles entièrement urbanisées. A cette situation exceptionnelle est maintenant associée à d importantes capacités de développement sur les friches des chantiers industriels et portuaires. C est assurément un lieu commun que de présenter les qualités remarquables de chaque site de projet. Mais l île de polarise plus que tout autre enjeu, les atouts d un grand projet.» (Grether F., Perrault D., 1992) face à son évolution géographique et historique, l île doit pouvoir disposer d une unité et d une claire identité urbaine ; dans cette perspective Perrault et Grether attribuent au site le nouveau toponyme «Ile de», en suggérant l adoption d une démarche à la fois ambitieuse et modeste, pour révéler les lieux et respecter leur complexité. Il s agit d un acte fondateur qui, dans l imaginaire des habitants, commencera à trouver une certaine correspondance seulement 15 ans après. la transformation de l île oblige la ville de à réinterroger son rapport au fleuve et les limites de son extension physique, négligés depuis les années 1960. 1 Perrault D, Grether F., Réaménagement de l île Saint Anne, tiré de «With Dominique Perrault architecte», Actar Birkhauser, Madrid, 1999
Le projet urbain «Ile de» «Dessinée par l écartement des deux bras du fleuve, l île appartient de manière évidente au système de la Loire. Cette île, avec quelques autres, est l un des facteurs qui ont déterminé l origine de au confluent de l Erdre et de la Sevre. Alors qu aujourd hui la ville n est plus définie par ses délimitations, la grande rocade des voies de circulation rapide indique l étendue de l aire urbaine. Au milieu de celle ci se trouvent côte à côte la cité historique et l île. L ancienne ville d une seule rive voit son avenir lié à l ensemble de l agglomération, sur les deux versants du fleuve. Dans ce mouvement irréversible l île est, par sa position, un seuil. Les disponibilités qu elle offre la désignent comme un centre virtuel pour fédérer le Grand futur.» (Grether F., Perrault D., 1992) face à la complexité du site les deux architectes soulignent enfin la nécessité de mettre en place une approche progressive et évolutive et d utiliser, donc, le temps comme un paramètre essentiel pour construire un processus d aménagement urbain durable et partagé. Images de la maquette relative à l étude préalable de Dominique Perrault et François Grether (1992) Les orientations générales sont appréciées par la collectivité, mais les schémas d aménagent et les maquettes proposés suscitent l opposition des habitants et des associations locales, qui interprètent ces réflexions comme un projet fini : c est en particulier la proposition d un franchissement sur le bras de la Madeleine, à l aval des anciens chantiers navals, qui suscite un fort mécontentement dans la population. Face à cette protestation, la municipalité décide de ne pas poursuivre la collaboration avec les deux architectes, mais elle retiendra les principes formulés pour enclencher les phases successives du projet et amorcer un premier pas dans la construction de l intercommunalité. Quand, en 1992, Ayrault décide de créer le District de l'agglomération nantaise regroupant plusieurs communes limitrophes sous le même système fiscal il pose les bases de la coopération intercommunale future, en s appuyant sur l idée d un nouveau rapport au fleuve : la transformation de l île de permet de fédérer des énergies, économiques et culturelles, autour de la Loire, devenue le symbole et le vecteur d une nouvelle identité territoriale. Les études réalisées par l ACEL pendant ces années mettent en évidence que la baisse constante du niveau du fleuve constitue un problème qui peut compromettre l écosystème naturel et hydrologique de l estuaire et, avec lui, les perspectives de valorisation immobilière envisagées. Conscients de ces risques, les acteurs publics se persuadent qu un projet pour l île ne peut se faire que graduellement, au fur et à mesure que les connaissances sur l état de la Loire seront accumulées. Si l avenir de l île est encore incertain, le thème de la valorisation du fleuve s affirme de manière de plus en plus évidente également grâce à la publication, en 1996, de l «Atlas des Rives de Loire», élaboré par l agence d urbanisme locale AURAN. Sous la forme d un diagnostic détaillé de l'île comprenant des analyses environnementales et paysagères, un audit du foncier et un recensement des terrains susceptibles d être transformés l atlas est conçu pour définir les bases des politiques territoriales et des actions urbaines futures. Avec ce document les communes de l agglomération sont invitées à proposer des projets d aménagement des zones en bordure des cours d eaux, avec la promesse d un financement du District à
Le projet urbain «Ile de» 50%, pour quatre vingts projets. En stricte connexion avec la thématique des déplacements urbains, l initiative, qui prend le nom «Rives de Loire», contribue à encadrer la transformation de l île de dans une perspective d intégration intercommunale, conditionnant l évolution de la ville. En enclenchant ce processus, Ayrault favorise le renouvellement de la politique urbaine et la mise en place de nouvelles initiatives culturelles qui contribueront à rénover l identité de, à renforcer son économie et à modifier le rapport des citoyens avec le territoire. Laurent Théry, à l époque directeur général des services du District, favorise la mise en place de ce processus, en invitant J.M. Ayrault, en 1996, à impulser l élaboration d un projet d'agglomération : pour définir les défis futurs que le territoire de l ouest doit affronter, il guide une équipe restreinte formée de quelques conseillers et techniciens proches du maire dans la définition du «Projet 2005», plaçant la Loire au centre de la stratégie territoriale. Conçu "comme un document d'orientation permettant de s'accorder sur les principes d'action et les lignes directrices du développement souhaité" 2, ce méta projet, soumis à l avis de la Conférence Consultative d'agglomération, permet de renforcer le travail de la coopération intercommunale, tout en relançant la perspective du projet de l'île de. Le document met en évidence la nécessité de prendre en compte trois enjeux majeurs : la mondialisation de l'économie, la tertiairisation et la métropolisation sont perçus comme des phénomènes globaux qui obligent les systèmes urbains à faire face à un environnement compétitif et à constituer une offre territoriale conforme aux standards fixés par les nouvelles règles de la concurrence économique. Face à la disparition des activités portuaires, ce projet suggère de concevoir la transformation de l île comme une opportunité pour renforcer l attractivité de la ville à travers l amélioration de la qualité urbaine et la valorisation du rapport avec la Loire, mais la proposition de réaliser un barrage en aval de afin de rehausser le niveau du fleuve déclenche l opposition de la Conférence Consultative d Agglomération (CCA). Si le Projet 2005 soutient, d une part, l idée que l'île de doit devenir le centre d une nouvelle agglomération, il défend également la réalisation d'un ouvrage hydraulique sur la Loire, comme préalable essentielle de la transformation de l'île. En réaffirmant la nécessité de préserver des activités portuaires à, la CCA s oppose à la réalisation d un tel ouvrage et lance une controverse qui produit diverses propositions d aménagement du site des chantiers navals : le collectif d associations pour la préservation du patrimoine industriel et portuaire de la région nantaise propose un projet associant un chantier naval école et un espace de conservation des techniques navales ; l association des Anneaux de la Mémoire opte pour la création d un lieu d exposition vivant autour du thème de la traite négrière ; la troupe de théâtre de rue «Royal de Luxe» propose enfin de laisser l espace libre en prévision de grandes manifestations. Face à la diversité des solutions proposées la municipalité décide de prendre encore un peu de temps pour décider. La nouvelle pause permet de bénéficier des effets organisationnels, cognitifs et politiques associés à la construction progressive d'un méta projet au fil d'une succession de dispositifs de prospective. 3 En 1996, la municipalité propose à l'etat d implanter le nouveau Palais de Justice dans la zone nord ouest de l île, située face au centre ville : le projet, réalisé en 2000 par l'architecte Jean Nouvel, représente un des premiers actes qui manifestent la volonté de réintégrer l île dans la ville, à travers la définition de nouveaux pôles d intérêt. Pour poursuivre la réflexion amorcée, en 1998 la Ville lance un marché de définition ouvert à trois équipes pluridisciplinaires. Cette procédure invalidée par la Commission Européenne, pour des raisons de droit associées à la mise en concurrence des participants est adoptée pour «faire en sorte que la phase en amont du projet puisse être suffisamment riche, en faisant l objet d approches différenciées, capables de nourrir la mise au point de la stratégie urbaine et du contenu du projet» (L. Théry, 2012). Cette procédure ne consiste pas à choisir un projet «clés en main» répondant à une commande publique ciblée, mettant en œuvre une programmation arrêtée ; elle vise davantage à faire participer les prestataires candidats à la formulation de la commande publique, du programme et de sa formalisation urbaine. 4 Les trois groupes l équipe Lafbac (Nicolas Michelin et Finn Geipel), l équipe guidée par Bruno Fortier (Crosnier, Bloch, Clair, Hardy) et l équipe Chemetoff Berthomieu sont invitées à échanger, pendant un an de travail, avec les acteurs institutionnels, les associations et les habitants de l île. En décembre 1999, l équipe formée par Alexandre Chemetoff et Jean Louis Berthomieu est retenue en raison de la démarche 2 Projet 2005, District de l'agglomération nantaise, 1996, p.13. 3 Pinson G., Projet et pouvoir dans les villes européennes. Une comparaison de Marseille, Venise, et Turin, (extrait de thèse), Rennes, 2002. 4 Pinson G., Gouverner la ville par projet. Urbanisme et gouvernance des villes européennes, Sciences Po Les Presses, Paris, 2009.
Le projet urbain «Ile de» proposée : en considérant le temps comme un facteur méthodologique essentiel pour gérer les incertitudes associées à la régénération d un site si vaste et complexe, les deux architectes rencontrent la faveur de la municipalité et sont désignés maîtres d oeuvre. A la conclusion du marché de définition, l équipe édite ses réflexions à travers le document «Plan guide en projet», qui fait la synthèse de la démarche envisagée. Pour les deux architectes, il s agit de mettre en place un processus évolutif et innovant qui sache inverser le rapport du projet à la règle ; cette conviction s exprime à travers la présentation du nouvel outil de travail, appelé «Plan guide», basé sur la mise en relation constante de l état des lieux et du projet du site. La force de la méthode proposée dont on parlera plus précisément dans le chapitre «Outils de projet» repose sur une vision innovante de l aménagement urbain, qui s oppose à l idée d un cadre figé du projet, pour revendiquer la nécessité de composer dans le temps la vision d une identité renouvelée. La décision de la collectivité est, en effet, basée sur la volonté d enclencher une politique d aménagement globale de l île, à travers une méthode «pragmatique, souple, négociée et progressive» où le projet urbain se construit à partir de plusieurs projet structurants. 5 Les thèmes prioritaires qui animent la proposition Chemetoff Berthomieu semblent mieux s adapter à la complexité géographique et historique du site. En particulier, les deux architectes s appuient sur la volonté de soutenir : la valorisation de la mémoire des lieux et de l héritage du bâti ; la promotion d activités liées au fleuve ; l équilibre entre différents modes de déplacement ; la cohérence de l urbanisation globale de l île ; la création d une unité territoriale. En décidant de miser sur la définition d un plan d ensemble de l île, sur la structuration des espaces publics et sur l idée de construire un projet avec le temps faisant écho aux principes de Perrault et Grether en 2000 la municipalité confie la maîtrise d œuvre urbaine de l île à la SARL Atelier Ile de, constituée pour l occasion par l équipe gagnante. En signant un contrat de neuf ans appelé «le contrat du siècle», en raison de sa durée exceptionnelle l équipe assume plusieurs missions pour construire et suivre un projet au fil du temps à travers l application des principes énoncés dans le «Plan guide en projet». La fin du marché de définition met fin à la phase des études préliminaires amorcée dix ans auparavant et ouvre la première phase du projet de l île de. Les réflexions menées entre 1989 et 2000 jouent un rôle essentiel pour la transformation de l île et pour l évolution de la politique urbaine nantaise. Cette phase préliminaire permet de modérer les conflits entre les acteurs économiques et sociaux de la ville et de construire un consensus élargi autour du portage politique de l opération. En abandonnant les intérêts particuliers manifestés à la fermeture des chantiers, la municipalité réalise des études environnementales et hydrologiques d où émerge la nécessité de contrôler les problématiques de la Loire. Entretemps l ensemble des réflexions concernant l estuaire de la Loire permet de fédérer des forces politiques de l agglomération, précédemment en compétition. Impulsée par les évolutions normatives de l époque (l institution de la taxe professionnelle et la loi Chevènement), le processus de coopération intercommunale amorcé au sein du projet Ile de assume les traits d une métamorphose globale de la politique territoriale : la valorisation du fleuve, la réorganisation des transports en commun deviennent, d une part, les thèmes essentiels sur lesquels construire le futur de l agglomération; la création d une Conférence métropolitaine (1999), réunissant élus, acteurs de la société civile et experts de ces mêmes territoires, devient, de l autre, un outil fondamental pour débattre sur la recomposition du système de la gouvernance et sur un avenir métropolitain qui ne veut pas se résumer à la simple coopération entre et Saint Nazaire. La genèse du projet urbain contribue, donc, à focaliser l intérêt d une pluralité croissante d acteurs et à encadrer ce même projet dans un plus vaste plan d aménagement et de recomposition des équilibres territoriaux. 5 Masboungi A. (sous la direction de),. La Loire dessine le projet, Ed de la Villette, Paris, 2003
2.2 La première phase du projet Le projet urbain «Ile de» Les études conduites pendant presque dix ans ont permis à la municipalité de prendre conscience des enjeux liés à la transformation de l île. Face à la complexité du site, les acteurs publics s aperçoivent de la nécessité de renforcer le portage politique et le pilotage technique du processus enclenché, pour pouvoir passer à l action. Dès la fin des années 1990, le projet Ile de entre ainsi dans sa première phase opérationnelle, grâce à l engagement de ceux qui sont destinés à devenir les acteurs principaux de l opération urbaine. En 2001, la volonté de gagner la confiance et la bienveillance sinon l adhésion de l ensemble des acteurs économiques, culturels et sociaux de la ville pousse les élus à créer la Communauté Urbaine Métropole, regroupant les 24 communes situées autour de. L Etablissement Public de Coopération Intercommunale (EPCI) qui compte un total de 590 000 habitants est crée pour favoriser la gestion de proximité, pour assurer la qualité opérationnelle des grands services à la population et pour garantir la conduite de projets structurants pour l'agglomération. Fruit du processus de coopération intercommunale amorcée dans la décennie précédente, ce choix est aussi lié à l histoire économique des territoires de l Ouest, marqués, à la fois, par une économie marchande forte et par une tradition industrielle faible. Ainsi, est, d une certaine manière, sauvée par la crise industrielle et, en même temps, poussée à construire des alliances productives avec les territoires limitrophes. La constitution du nouvel organisme, remplaçant le District, correspond à la volonté d assumer des compétences vastes, centrées sur des stratégies de type intercommunal qui dépassent la question des transports en commun. La Communauté Urbaine assume ainsi le portage politique du projet Ile de, en inscrivant son action dans le cadre de la mission «Rives de Loire». En l absence d une dimension opérationnelle concrète, Laurent Théry devenu le directeur général des services de Métropole impulse une réflexion centrée sur la nécessité de gérer efficacement le pilotage technique de l opération. Cela amène, en 2003, à la création de la SAMOA (société d aménagement de l ouest atlantique), dédiée à la conduite et au suivi du projet urbain. Conçue comme une société d économie mixte composée par des acteurs publics et des partenaires privés (Chambre de Commerce, Port Autonome, Casse de Dépôt et d autres banques), la nouvelle structure dirigée par Laurent Théry et dont le Président est, à l époque, J.M. Ayrault assume la mission de maîtrise d ouvrage urbaine, pour une durée de 20 ans, dans le cadre d une convention publique d aménagement signée avec Métropole. La SAMOA devient, ainsi, un des acteurs destinés à jouer un rôle central dans la régénération de l île et plus généralement dans la rénovation du récit identitaire de la ville. L action menée par Métropole s inscrit dans un processus de rénovation des stratégies politiques et de réorganisation des pouvoirs publics qui remet en cause les méthodes de l action urbaine. Face à la nécessité de gérer des problématiques complexes et des incertitudes multiples liées à la transformation de l île, l équipe guidée par Chemetoff Berthomieu quitte l Atelier Ile de en 2003 décide d adopter une démarche évolutive et de critères qualitatifs généraux pour la composition urbaine, paysagère et architecturale. «On ne peut pas montrer le projet mais seulement présenter là où nous en sommes ( ) Le plan peut apparaitre abouti, il peut être publié mais il ne fait jamais que figurer une phase intermédiaire. Le plan est destiné à être un objet de débat. C est un projet qui doit inviter à la participation, aux initiatives de ceux qui y sont et de ceux qui vont y venir». (Plan guide en projet, Chemetoff) Avec ces mots Chemetoff veut souligner la nécessité d assurer une cohérence sur la longue durée tout en gérant l évolution du territoire à court terme et l importance de cadrer les interventions des opérateurs à travers une constante activité de réactualisation des ressources existantes, des enjeux et des opportunités possibles. La mise en œuvre du Plan guide et donc des principes énoncés dans la publication qui en est issue à la conclusion du marché de définition, permet de traduire ces intentions à partir des années 2000.
Le projet urbain «Ile de» 2.2.1 Le Plan Guide Avec la publication du «Plan guide en projet», plus qu un projet, Chemetoff et Berthomieu proposent une méthode pour gérer la singularité et la complexité de la transformation urbaine de l île de. Composé de trois chapitres différents «un plan pour l île de», précisant les orientations générales, «un guide atlas», ciblant une quinzaine de lieux enjeux de l île, et «un catalogue des situations construites», déclinant diverses postures pour imaginer sa transformation ce document devient l expression d une démarche qui veut répondre aux attentes formulées et repérées dans les études des années précédentes. L attention se focalise, en particulier, sur les aspects prioritaires suivants : - l île représente une unité géographique complexe qui nécessite une intervention globale, capable de révéler les lieux spécifiques qui la composent ; pour les architectes «il ne s agit pas de décider un programme mais de se saisir de ce qui se passe et qui trop souvent passe, pour en faire un projet ( ) Tout projet dans l île est un projet de l île. C est à partir de tout et avec tout que nous pouvons construire la matière du projet». Ce qui rend exceptionnel ce projet c est l idée d «accepter la réalité géographique de l île comme une base contractuelle et non comme un simple périmètre opérationnel» (Chemetoff, 2012) ; - le projet de l île de repose sur «la maîtrise par la collectivité de la transformation de la forme urbaine de l île» imaginée pour «accueillir de nouvelles fonctions et de nouveaux programmes» destinés aux habitants actuels et futurs de ce territoire ; - la nécessité de gérer l incertitude d une opération si complexe oblige à considérer le facteur temporel comme une dimension dynamique essentielle du projet ; l utilisation du Plan guide est prévue, à ce propos, comme «une manière d inventer le projet chemin faisant», à travers un processus permanent de confrontation entre l état de lieux et l état de projet. Le même texte définit les thèmes principaux du projet, concernant les objectifs suivants : - «Commencer par les espaces publics» : il s agit d une intention précise qui déclenche de la conviction que le projet doit installer un dialogue permanent entre la grande et la petite échelle et que la mise en œuvre des détails doit être un morceau du projet d ensemble. Cette approche est associée à la volonté de «fédérer les initiatives, d agir sur toutes choses pour que chacune d elles fasse partie d un même projet, soit l expression d une œuvre qui a ceci de particulier de porter sur les relations entre les choses plus que sur les choses en elles mêmes». L espace public (voirie, transports en commun, places, berges, quais, etc..) est ainsi considéré comme «une entrée du projet et non comme sa finalité» : il constitue donc un moyen d agir qui peut contribuer à garantir une cohérence de l action sur toute la ville, ce qui représente l objectif réel du projet de l île. - «Retrouver la Loire» : La nécessité de rétablir un nouveau rapport avec le fleuve manifestée pendant les années précédentes répond à la volonté des architectes de mettre en situation chaque projet et de le faire participer à un tout, en tissant des relations avec le contexte insulaire. «Dans l'île toute action d'aménagement renvoie directement ou indirectement au thème de l'ouverture de la ville sur la Loire. C'est dans l'île de que le rapport entre la ville et le fleuve peut être cultivé et conférer à tout aménagement son sens. Toute action entreprise devra satisfaire à l'idée qu'elle introduit, quelle développe, qu'elle restaure une relation de la ville avec l'eau» ; «il s'agit à la fois de trouver un moyen, une manière vivante de cultiver la mémoire, des activités passées qui ont marqué l'histoire des relations entre le fleuve et la ville, et en même temps de faire en sorte que l'agglomération tout entière développe en son centre géographique le paysage d'une ville ouverte sur le fleuve». - «Accepter l héritage» : cette intention renvoie à la conviction qu il ne s agit pas de faire table rase du passé, mais que «le projet doit composer avec l existant et lui apporter une attention identique, qu il s agisse d un quai, d une rue, d une maison individuelle d une tour», pour accepter et favoriser la diversité des styles, des époques, ainsi que la mixité des usages et des programmes. Pour défendre l idée d un «projet qui ne s inspire pas du passé mais qui compose et joue avec la mémoire» les architectes réalisent un minutieux «inventaire des constructions existantes dans l île de», pour soutenir la reconversion de structures qui, même si plus conformes au règlement urbain, peuvent constituer l espace d une «libre expression qui continue à façonner l identité de la ville».
Le projet urbain «Ile de» La requalification des quais de la Loire traduit l intention de renouer avec le fleuve et de «commencer par les espaces publics» La réhabilitation du patrimoine bâti existant traduit l intention d «accepter l héritage» Afin de clarifier ces objectifs le texte synthétise la démarche du projet et l attitude imaginée pour élaborer et fabrique le projet de l île dans les cinq points essentiels suivants : - «restaurer, réparer, transformer, innover» : il s agit de réserver une attention spécifique à tout ce qui existe et de savoir mêler correctement ouvrages neufs et existants ; - «économie de la mesure» : il s agit d inventer une manière de travailler et de produire des espaces publics économiques, grâce à une utilisation rationnelle et intelligente des ressources disponibles ; - «la ville à l essai» : dans la transformation de l île, qui est à la fois une partie de la ville et un territoire autonome, il s agit de faire coexister la règle et l exception, pour révéler son appartenance à l espace urbain et pour privilégier une dimension expérimentale du développement durable (recyclage, récupération, économie) ; - «du site au programme» : il s agit de réaliser des allers retours entre le site et les hypothèses de projet et de programmation ; «d interroger les habitudes pour que la mise en œuvre de la ville soit un projet correspondant à notre temps, à nos moyens et aux aspirations de nos concitoyens» ; il s agit de fonder la transformation de la ville à partir de ce qu elle signifie et de s appuyer sur l idée qu un projet s élabore de manière progressive, grâce à un dialogue permanent entre l existant et sa possible évolution ; - «une esthétique critique» : il s agit de poser les bases de la transformation de l île de sur l observation de ce qui existe pour apprendre à «faire avec» d une part et pour «établir une règle incitative pour une diversité et une qualité architecturale». Avec la publication du «Plan guide en projet» l équipe Chemetoff Berthomieu propose donc un travail critique pour fabriquer la ville avec tout ce qui constitue l identité, l histoire et la géographie de l île de : le Plan guide assume ainsi une valeur de fondation, en relation à la volonté d agir de manière cohérente sur la totalité du site. Dans cette perspective l intention d'agir sur les espaces publics correspond ainsi à la volonté d établir un rapport entre chaque partie et le tout : si cela traduit, d une part, l exigence de rendre le territoire attractif vis à vis des investisseurs publics et privés (collectivités territoriales, bailleurs sociaux, promoteurs immobiliers, entreprises), d autre part, elle exprime aussi la nécessité de faire interagir les différentes échelles impliquées (île, ville, métropole), à travers un projet qui sache valoriser la diversité des lieux de l île.
Le projet urbain «Ile de» Lorsque l équipe gagnante dresse un plan de l état des lieux pour comprendre la spécificité du site, l hétérogénéité de l île apparait comme une richesse extraordinaire que «le projet ne doit pas chercher à gommer». Pour cette raison l état des lieux devient un point de référence essentiel et une ressource fondamentale pour construire le projet et pour interroger en permanence son économie générale. Après la signature du contrat de maîtrise d œuvre urbaine dont la formulation a demandé un an les études réalisées amènent à la définition du Plan guide, composé de deux cartes spécifiques : l une relative à l état des lieux et l autre à l état de projet. Ce document unique, en deux parties, représente «le tracé vectorisé en couleurs différenciées de la ville, telle qu elle est et telle qu elle pourrait être». Il s agit d un plan qui est destiné a être révisé et publié tous les trois mois, pour constituer à la fois «un outil de travail et d information» à utiliser comme un plan pour entreprendre un projet ou comme un guide pour découvrir et redécouvrir l île. «La carte du Plan guide en projets et celle de l état de lieux forment un diptyque, l une et l autre évoluant parallèlement et pour des raisons différentes. D une part l état des lieux change parce que le site lui même se transforme. Progressivement une partie des projets qui figurent sur le Plan guide en projets, se trouvant réalisés, sont reportés sur la carte de l état des lieux. D autre part, les projets avançant, notre connaissance de l état des lieux va s affinant, de sorte que le fond de plan aujourd hui est plus riche et précis que celui établi au début de notre mission. Sur la carte du Plan guide en projet sont représentés, avec un même degré de précision, des hypothèses et des projets dont la réalisation est programmée, comme ceux déjà réalisés ; toutes ces indications étant dessinées sur un fond de plan de l état des lieux dont la représentation gagne en acuité». Dans cette logique, 32 cartes sont produites à des intervalles réguliers, avec l objectif de déterminer les grands axes de développement de chaque secteur et les orientations architecturales et paysagères de l'ensemble. L objectif ce n est pas celui de détailler la constitution de chaque parcelle et la forme de chaque immeuble à venir, mais de figer les caractères quantitatifs et qualitatifs de chaque zone, à partir du traitement des espaces publics et paysagers (en ce qui concerne en particulier le percement de vues sur la Loire, l'aménagement des accès au fleuve et les parcours piétons le long des berges). A partir de ces bases, le Plan guide définit les parcelles constructibles, à l intérieur desquelles les bâtiments doivent s inscrire et sur lesquelles les investisseurs sont invités à réagir avec des développements des îlots spécifiques. L évolution du Plan guide au cours des années (Atelier Ile de ) La révision continue des deux cartes au 5000 ème est accompagnée d une mise à jour constante et donc d un accroissement permanent de la légende thématique correspondante. Pour cette raison, la lisibilité des documents a été critiquée souvent par les chercheurs et les citoyens, sous le constat qu «une fois stabilisé le portage politique technique, l actualisation régulière du plan guide n a plus concerné que le monde professionnel en charge de la transformation des espaces. La mise au point d un manuscrit pour une large publication ne fut éprouvée qu une fois, au moment de l acte fondateur. D autres supports ont, il est vrai, pu faire office d actualisation, principalement à visée communicationnelle ou de marketing urbain» (Devisme, 2007). Malgré cette limite qui renvoie au chapitre dédié aux «Outils de projet», il est vrai que la mise en œuvre du Plan guide a permis de faire entrer le projet dans une première phase opérationnelle et d enclencher certaines des plus importantes opérations de transformation urbaine de l île.
Le projet urbain «Ile de» La force des interventions et le rythme rapide des travaux qui caractérisent ce nouveau cycle tiennent à une approche pragmatique et à une synergie d acteurs construits au fil du temps. Mais ce qui rend exceptionnel cette phase c est surtout la démarche d un «projet ouvert» qui permet de réinterroger le programme en permanence, en fonction de l évolution des dimensions économiques, temporelles, sociales et culturelles. Si dans cette phase «le projet a construit le projet» en citant Patrick Rimbert, nouveau maire de, depuis mai 2012 c est parce que cette condition a été intégrée comme la base du contrat de maîtrise d œuvre avec l Atelier Ile de. Par contre, comme on verra dans la suite, il s agit d une condition destinée à se modifier en fonction du rapport entre les forces du pouvoir politique et les compétences du pilotage technique du maître d œuvre. 2.2.2 La première phase des travaux Le travail amorcé avec le contrat de maîtrise d œuvre urbaine ne concerne pas la définition d un programme définitif, mais l élaboration d un projet progressif et capable d accueillir «les propositions qui y trouveront place». Plutôt que décréter des priorités, l Atelier Ile de traduit ses études dans un état des lieux des initiatives et des intentions recueillant un ensemble de propositions diverses. La première carte des terrains qui représente les lieux de projet envisagés dessine un archipel de pièces fragmentées. La volonté d agir sur les espaces publics pour fédérer les potentialités du site se manifeste de manière plus spécifique autour de deux axes principaux de transport en commun nord sud et est ouest qui viennent définir le périmètre de la première tranche de travaux réalisés entre 2002 et 2008. Le programme qui s enclenche autour de ce vaste périmètre comprenant la zone située entre le boulevard Général de Gaulle et les friches portuaires à l ouest témoigne de la volonté de prendre en compte la totalité du territoire de l île et de garantir la cohérence et la continuité de la transformation engagée. Le parcours est ouest, qui dessert tous les quartiers de l île en associant les époques et les styles différents qui la caractérisent, devient un axe essentiel pour valoriser l unité géographique du territoire insulaire, alors que l axe nord sud est associé à l idée de renforcer les liaisons avec le centre ville et la connexion des espaces publics de l île (quais, squares, avenues, passages, placettes). Les premiers travaux concernent les espaces offrant, de manière plus évidente, des opportunités pour valoriser le territoire : la construction de la passerelle piétonne Schoelcher reliant le centre historique à l'île devant le nouveau Palais de Justice la requalification des berges, la restauration des estacades offrant un balcon sur la Loire et la requalification du quai François Mitterrand (2005) destiné à accueillir les premiers espaces restaurés et les nouveaux programmes immobiliers sont les premières et les plus importantes opérations de ce type. Ce premier traitement paysager vient orienter la recomposition du reste du tissu urbain, comprenant les lieux à réhabiliter et ceux qui accueilleront de nouveaux programmes résidentiels et tertiaires : «Habiter les quais», conçue par Nicolas Michelin pour ING, constitue la première opération de logements réalisées dans l île témoignant de cette approche. L intervention, située en bord de Loire, répond à une demande précise de la communauté urbaine, de la maîtrise d œuvre et de la maîtrise d ouvrage centrée sur le thème de la qualité de vie : offrir une alternative concurrentielle au logement individuel est le défi à relever. La recherche architecturale doit être orientée vers un projet intégrant des usages mixtes, des typologies diversifiées d habitat (logement sociaux et libres) et des formes d accès individuels et collectifs, assurant des qualités spatiales et environnementale supplémentaires (rapport avec l extérieur, flexibilité des espaces, indépendance des usages, optimisation de l ensoleillement, etc ) par rapport à l offre résidentielle traditionnelle. En se positionnant à l intersection entre la maîtrise d ouvrage urbaine et le maître d œuvre architectural sélectionné, l Atelier de l Ile de définit pour cette opération comme pour le reste des autres interventions un cahier de charges développé sur la base des principes énoncés dans le Plan guide. Ce faisant, il crée des règles qui contribuent à modifier le Plan d urbanisme local. «Habiter les quais», première opération immobilière réalisée dans l île
Le projet urbain «Ile de» Ce cadre se focalise de manière prioritaire sur la nécessité d établir une relation directe avec la Loire et un rapport spécifique au sol : pour éviter la réalisation de parkings souterrains les architectes sont ainsi invités à imaginer un socle continu dans toutes les opérations dans l île. L interaction entre la méthode de l Atelier Ile de et la souplesse de l ingénierie procédurale de la SAMOA permet d établir un rapport de confiance entre les objectifs du pouvoir publics et ceux des investisseurs privés. En répondant à la volonté de garantir la cohérence de l intervention sur toute l île, la maîtrise d œuvre des espaces publics conditionne la définition des programmes architecturaux de la première phase des travaux. L idée de réaménager le boulevard du Général de Gaulle autrefois pénétrante autoroutière en boulevard urbain partagé par tous les modes de circulation (voitures, transports en commun en site propre, piétons et vélos) constitue un exemple intéressant de ce genre : la volonté de renforcer la connexion de cet axe, traversant l île de nord au sud, avec le centre ville s accompagne de l idée d en améliorer ses qualités esthétiques, tout en favorisant les modes de déplacements doux et la liaison entre les quartiers par des voies plus aisément traversables. Le projet de requalification des espaces publics est donc imaginé en lien avec le passage d une nouvelle ligne de Busway reliant le centre ville à la zone sud de l île et à la nécessité de transformer le centre commercial Beaulieu, qui est désormais une structure obsolète située le long de cet axe. Conforté par le succès obtenu, en 1999, de la reconversion de l'ancienne biscuiterie LU devenue le nouveau centre culturel de référence des nantais Chemetoff invite la Communauté Urbaine et la SAMOA à opter pour une restructuration du bâtiment existant et une extension du centre commercial : l objectif est de répondre aux nouvelles exigences commerciales et d optimiser l économie du projet, tout en valorisant l héritage du patrimoine bâti. L architecte Patrick Bouchain, qui a reconverti l usine LU dans le Lieu Unique, est choisi pour réaliser le projet architectural. La réhabilitation du centre existant est accompagnée de l extension de la surface commerciale, la reconfiguration globale des abords et la requalification du boulevard de Gaulle. L opération assume une valeur symbolique au sein du projet urbain, non seulement en raison de la valorisation de l existant, mais à cause aussi d une démarche environnementale spécifique (utilisation de panneaux photovoltaïques sur le toit du nouveau parking et de dalles végétales pré cultivées sur les toitures neuves du centre commercial) : une telle démarche permet d inscrire le projet dans le programme européen Concerto dédie à l efficacité énergétique des bâtiments. Requalification du boulevard General de Gaulle Le nouveau centre commercial Beaulieu L idée de «construire la ville sur elle même», défendue dans le Plan guide, trouve entre temps d autres occasions pour se consolider comme un principe clé du projet urbain. Une des opérations les plus importantes qui témoigne de cette approche est la transformation du Hangar à bananes, faisant partie des friches situées le long du quai des Antilles, dans la zone nord ouest de l île. Ce grand espace de 8 000 m², propriété du Grand Port Maritime de Saint Nazaire, avait était utilisé jusqu'au début des années 1970 pour stocker les bananes importées des Antilles et ensuite reconverti en entrepôt de sucre pour la raffinerie Beghin Say. Désaffecté depuis plusieurs années, il ne faisait pas partie des priorités du projet urbain, mais lorsque la mise à point de la Biennale d art contemporain «Estuaire» suggère de saisir les potentialités culturelles des friches industrielles, la maîtrise d œuvre et la maîtrise d ouvrage se lancent dans une étonnante reconversion du hangar qui, en dix huit mois, permet d inaugurer la manifestation culturelle conçue par Jean Blaise. Une intervention respectueuse des caractéristiques du patrimoine portuaire permet l aménagement d espaces indépendants, accueillant des restaurants et des bars, une salle
Le projet urbain «Ile de» d exposition de 1 700 m² et une discothèque de 2 500 m². Le succès de l opération apprécié par les 500 000 visiteurs qui ont participé à l inauguration d «Estuaire» en juin 2007 permet à cet espace de devenir un lieu de rencontre et de loisirs important pour les nantais. Conjuguée à l aménagement du quai des Antilles avec l'installation des anneaux de Daniel Buren et la mise en valeur de l histoire du site à travers la conservation des pavés et de rails anciens pour les nouveaux parcours piétons et cyclables cette opération, marque à la fois une étape fondamentale du projet, ainsi que d un nouveau rapport entre culture, société et ville. En 2012 l espace dédié aux expositions devient un lieu permanent dédié à l art contemporain, appelé «HAB Galerie», où trois partenaires l Ecole supérieure des beaux arts de Métropole, le Musée des beaux arts de et le Frac Pays de la Loire accueillent tant des expositions d art que des expositions thématiques ou des événementiels. Requalification du quai des Antilles, avec les anneaux de D.Buren La nouvelle HAB Galerie dans le Hangar à bananes La réhabilitation des Nefs de Loire accueille la Galerie des Machines de l île dont le grand éléphant est devenu le symbole La réhabilitation des Nefs de Loire bâtiments industriels et portuaires qui servaient à la construction navale est une autre opération qui marque le projet urbain. Utilisées comme entrepôt commercial après la fermeture des chantiers, ce grand espace de 10 000 m² articulé en deux grandes rues piétonnes longues de 180 mètres, larges de 60 mètres, hautes de 26 mètres devient l objet privilégié de la reconversion des friches industrielles nantaises. L idée de transformer cet espace couvert pour accueillir des activités pérennes et temporaires, offrant au public un lieu de loisirs en continuité avec les espaces publics extérieurs s est révélée de manière progressive : en refusant l idée d un projet phare inspiré du modèle du Guggenheim à Bilbao, les acteurs publics et la maîtrise d œuvre urbaine trouvent dans le projet des «Machines de l île», de la compagnie Royale de Luxe, une opportunité convaincante pour valoriser l identité ouvrière du site et pour offrir à un large public un projet artistique totalement inédit. C est ainsi que, pendant l été 2007, la Galerie d'exposition et l'atelier de construction des Machines de François Delarozière et Pierre Orefice s installent dans ces vastes volumes, en accueillant différents programmes, pérennes ou évènementiels. La volonté d aménager les espaces publics qui entourent les Nefs s exprime dans la mise en œuvre du Parc des Chantiers : il s agit de l aménagement de l esplanade devant la Loire, qui se traduit par la réalisation de quatre jardins thématiques et la réhabilitation des anciennes cales de lancement de bateaux, qui mettent en valeur les éléments du patrimoine industriel et qui offrent de nouveaux espaces de détente et de loisirs
Le projet urbain «Ile de» en bord du fleuve. Ce grand parc public urbain où déambule aussi le grand éléphant, symbole de la reconversion des friches devient ainsi un lieu d accueil de manifestations, d événements et d activités pérennes ou temporaires. La définition de cet espace public est associée à la transformation d une autre structure qui représente l emblème du patrimoine portuaire de la ville : l ancien siège des chantiers navals, l Atelier des Chantiers de est converti dans la nouvelle Maison des Hommes et des Techniques et en Centre d histoire du travail, accueillant les 9000 adhérents de la formation continue et l Université permanente de l Université de. En associant l apprentissage aux loisirs, cette reconversion témoigne d une nouvelle stratégie de la ville, basée sur le développement de divers pôles culturels intégrés dans le tissu urbain existant ou transformé de l île. Le Parc des Chantiers Grâce à une prise de conscience progressive des enjeux et du potentiel de l île, les thèmes de la culture et de la formation commencent à devenir prioritaires dans la conduite du projet. Un des premiers projets qui contribue à affirmer cette tendance est celui de la nouvelle Ecole d Architecture (livraison en février 2009). L ampleur que l économie de la connaissance prend, au fur et à mesure, dans le récit du projet urbain est manifeste dans la décision de la collectivité de modifier la localisation imaginée au départ pour l école. L arrivée du nouvel établissement peut constituer une potentialité essentielle pour renforcer l attractivité de la ville et définir la nouvelle identité de l île et le quai F. Mitterand, mieux que d autres sites, peut offrir une position privilégiée pour son implantation. Sous l impulsion du cahier de charges de l Atelier de l île de les architectes sélectionnés, Lacaton et Vassal, conçoivent l école comme une structure ouverte sur la ville, en privilégiant la facilité d'accès, la présence d espaces ouverts au public (lieu d'exposition, bibliothèque et amphithéâtre) ainsi que la création d'une vaste terrasse en toiture, jouant le rôle d'observatoire de la ville. Ce projet contribue à amorcer une étape fondamentale du processus de réflexion qui conduira au concept du Quartier de la création, imaginé pour caractériser la zone de la friche industrielle à travers des pôles dédiés à la culture et à l apprentissage. La nouvelle Ecole d Architecture de, realisée le long du quai F.Mitterand
Le projet urbain «Ile de» La première phase des travaux du projet de l île de est caractérisée par le rythme intense des réalisations dans les premières années suivant la définition du contrat de maîtrise d œuvre : si entre 2002 et 2006 le processus d aménagement accueille et met en place des opérations complexes avec une rapidité et une efficacité exceptionnelles, c est certainement grâce au rapport de confiance créé entre les acteurs publics et privés impliqués. En donnant forme aux propositions qui viennent construire le projet urbain au jour le jour, la ville se donne les moyens pour mûrir et modifier ses propres objectifs, tout en gardant les principes fondamentaux de la démarche initiale. La volonté de miser sur la culture et sur la création de nouveaux pôles spécialisés au sein de l île se révèle de manière progressive comme une priorité essentielle du projet : ce processus contribue à faire accroitre l ambition du processus de transformation urbaine et à anticiper la réorganisation des acteurs et des compétences associées caractérisant la deuxième phase du projet. La requalification des espaces publics le long du quai F. Mitterand rétablit un nouveau rapport avec la Loire
2.2.3 La découverte de la culture Le projet urbain «Ile de» Lorsque la première phase du projet urbain est lancée à la suite du marché de définition, la collectivité craint d affaiblir, avec la transformation de l île, la visibilité des opérations de rénovation urbaine conduites en centre ville : pour cette raison, le thème de la «centralité» de l île est interdit dans le récit qui accompagne le projet urbain. Dans un premier temps cette attitude est respectée par l Atelier de l île de, mais au fur et à mesure que le projet évolue, son envergure devient de plus en plus évidente et indéniable. Face à l arrivée du nouveau Palais de Justice, au succès des «Machines de l île» et à l implication croissante des investisseurs privés, l idée que l île peut (et doit) émerger comme le nouveau centre du territoire métropolitain, chassent les soucis précédents. Ce changement de perspective ne se doit pas seulement au processus de formation de l intercommunalité, mais il est lié aussi au phénomène de «découverte» de la culture, en tant que stratégie privilégiée pour renforcer l attractivité de la ville. Longtemps marquée par le manque de richesse de sa vie culturelle, dès la fin des années 1990 se propose de répondre à un double défi : préserver le patrimoine industriel historique de la ville et offrir de vastes espaces à des activités culturelles différentes, pour renforcer le tourisme culturel et l économie de la ville. Comme on l a déjà dit, cet esprit commence à s affirmer avec la transformation de l'usine LU dans le centre culturel Lieu Unique, mais l apparition de ce bouillonnement créatif est antérieur : l installation dans la ville de compagnies de spectacle importantes (comme la Compagnie Royal de Luxe), la multiplication des événements culturels (comme le Festival des Trois Continents, la Folle Journée ou les Utopiales) et l apparition d une figure comme Jean Blaise qui avant de réaliser le Lieu Unique avait organisé les six éditions du festival nocturne «Allumées», en faisant découvrir aux Nantais leurs friches industrielles constituent les éléments précurseurs de la nouvelle fertilité artistique. Le Lieu Unique, centre culturel de référence de la ville Si au sein du projet Ile de la ville s ouvre à la reconversion des structures industrielles existantes (Hangar à bananes, Nefs de Loire, Atelier des Chantiers de, Hall Alstom, etc ) c est aussi grâce à ces initiatives, mais c est sans doute la mise en place de la biennale d art contemporain «Estuaire» qui contribue à lier de manière prioritaire la politique urbaine avec une nouvelle démarche culturelle. Conçu comme un étonnant voyage au cœur de l art contemporain, Estuaire devient une des plus ambitieuses manifestations artistique culturelles de l Ouest de la France, s appuyant sur la topographie et l âme d un territoire étonnant, fait d une nature sauvage et diversifiée, d un patrimoine industriel et portuaire remarquable et d un fleuve à retrouver sans cesse. Fasciné par l expérience de l Emscher Park qui a su construire une nouvelle fierté pour le territoire en déshérence de la Ruhr, Jean Blaise imagine la biennale comme une vraie extension du projet urbain Ile de et comme une invitation à découvrir un paysage méconnu, à travers un parcours artistique «à l air libre». En jouant sur un niveau complètement inédit dans d autres projets de reconversion de friches, Estuaire bascule ainsi vers la grande échelle, en proposant de concevoir l œuvre d art comme un outil territorial de médiation avec le grand public : depuis 2007, des œuvres pérennes et éphémères sont réalisées à, Saint Nazaire et le long de l estuaire qui les relie, en formant les éléments d un «monument dispersé» sur 120 km. Née avec l objectif d accélérer la construction de la métropole, la manifestation enclenche des débats et des programmes de développement territorial qui font de l estuaire la figure centrale de la nouvelle politique intercommunale. La volonté de travailler sur le long terme, pour contribuer à produire des effets durables et visibles sur le territoire, amène à articuler la manifestation en trois épisodes (2007 2009 2012), en misant sur la puissance d un paysage fluvial et sur la construction progressive d un territoire politique. Estuaire s appuie, donc, sur la volonté politique de créer et d animer la métropole de Saint Nazaire à travers une offre culturelle destinée aux habitants et aux visiteurs, financée par les collectivités territoriales, les associations et les entreprises privées locales.
Le projet urbain «Ile de» Le succès de la manifestation n est pas simplement renseigné par la quantité du public qu elle a attiré, mais aussi par les retombées économiques, directes et indirectes, engendrées : en 2009, près d un tiers des 175 000 visiteurs de la biennale arrive de l extérieur de la région et les retombées sont estimés à 4,5 millions d euros. Il semble évident que derrière l idée d engager une nouvelle relation entre art, paysage et société il y a une intention précise d utiliser la culture pour construire les marques de distinction du territoire, pour qu il puisse bénéficier d une «rente de monopole» dans la compétition avec les autres villes. Si cette pratique de «marchandisation de la culture» 6 fait désormais partie de la politique de requalification de la plupart des villes au monde, l expérience nantaise se caractérise de manière assez singulière et originale, par rapport aux échelles spatiale et temporelle sur laquelle elle a été construite. En effet, la volonté de miser sur le temps permet d inscrire la vision de la transformation urbaine dans le cadre du territoire métropolitain et de concevoir le projet de l île comme une occasion de faire évoluer le paysage à la fois physique, politique et économique de l agglomération. Encouragée par le succès de la biennale Estuaire ainsi que par celui des plusieurs événements culturels enclenchés entre temps la ville décide d attribuer un rôle majeur à la culture pour renouveler son identité et son économie. Sous cet impulsion, elle reconnait progressivement au projet de l île de une potentialité spécifique à développer, basée sur la promotion d un programme de nouveaux pôles intégrés et sur l économie de la connaissance. C est dans cette logique que prend vie l idée de réaliser sur une quinzaine d hectares occupant les friches de l île le «Quartier de la Création», dédié à la promotion d activités culturelles et créatives. L évolution de ce concept au sein du projet urbain est lente et progressive, mais en 2009 elle se précise avec la décision de mettre en place un Cluster associant un ensemble d individus, d institutions et d entreprises locales. Inscrit dans le réseau du projet européen ECIA (The European Creative Industries Alliance) visant à faire des industries créatives un secteur majeur de la stratégie de croissance des villes européennes le Cluster est conçu comme le cœur et le moteur d un dispositif de création, de recherche, de formation et de valorisation économique favorisant l économie locale et régionale. Dans cette logique il doit accomplir plusieurs missions : organiser des «mariages» entre les entrepreneurs et les porteurs de projets créatifs, construire des ponts entre les arts, la culture scientifique et technique, l économie et la formation et faire interagir les talents avec les habitants de la ville. L'équipe du Cluster doit aussi accompagner l'université dans la constitution d'un pôle de recherche et de formation dédié aux industries créatives et jouer un rôle de passerelle entre les acteurs de la recherche et le grand public. Pour atteindre ces défis les actions sur lequel il s engage concernent le repérage des compétences présentes dans la région, le développement d un dispositif global associant l'ensemble des structures intervenant dans le champ de l'information, du conseil de l'hébergement, du financement et de l'innovation et la proposition d un suivi personnalisé aux porteurs de projets. Le Cluster doit donc soutenir les initiatives locales et favoriser la rencontre de talents et le développement de projets créatifs et innovants concernant la formation et l enseignement supérieur, la recherche, la valorisation économique et l action à l international. Les programmes architecturaux faisant partie du Quartier de la Création sont nombreux et diversifiés. Après la réhabilitation des Nefs et la construction de la nouvelle Ecole d Architecture, ce sont les anciennes Halles Alstom qui intéressent la collectivité : la réhabilitation des 26 000 m² de cette structure abandonnée au cœur de la friche peut constituer une opportunité extraordinaire pour développer le nouveau quartier. Sous cet impulsion, la Communauté urbaine décide que la structure pourra accueillir la nouvelle Ecole Supérieure des Beaux arts de Métropole, l université de, des locaux pour regrouper les acteurs d animation du pôle économique du quartier, un pôle technique, des ateliers d artistes et d expérimentation, un espace de médiation/exposition et, en dehors, un programme de restauration, un marché «filière courte» et un espace pédagogique d atelier du goût. Il s agit d un projet complexe destiné a être livré dans la deuxième phase du projet urbain autour duquel beaucoup d autres projets s achèvent entre temps. On peut citer, par exemple, la Pépinière des biotechnologies, réalisée en 2006, Manny (dédié à l'architecture et au design), livré en 2009, l Ile Rouge (siège du Conseil Régional de l'ordre des Architectes et de la Maison Régionale de l'architecture), construit en 2010, ou encore le nouveau Pôle des Arts Graphiques, La Fabrique (équipement municipal dédié aux musiques actuelles, aux arts numériques et aux pratiques émergentes) et Eureka (bureaux ouverts à l'ensemble des acteurs des 6 Harvey D., Géographie de la domination, Les Prairies ordinaires, Paris, 2008
Le projet urbain «Ile de» industries créatives) livrés en 2011. L ensemble de ces programmes représente l expression diversifiée d un projet unitaire, conçu à la fin de la première phase du projet urbain, pour mêler la culture avec les arts, la formation, l innovation, la recherche et les industries créatives (dans les domaines de la communication, du design, des arts de la scène, de l architecture et des arts visuels). La volonté de soutenir de façon globale la formation des entreprises créatives sur l île se lit aussi à travers d autres programmes complémentaires. C est le cas de la réhabilitation de l ancien Karting à coté du Hangar à Bananes pensée pour accueillir une quarantaine d'entreprises culturelles et créatives dans des containers recyclés répartis en surfaces adaptables aux diverses exigences de travail possibles ; c est aussi le cas des «Ateliers du Quartier de la Création», imaginés comme des rencontres organisées autour d'expositions, de conférences, de débats, d'itinérances insolites et de workshops pensés pour favoriser l'échange entre entrepreneurs et porteurs de projets, entre étudiants et chercheurs ou entre artistes et acteurs de la culture scientifique et technique, afin de stimuler les vocations et favoriser l'émergence de projets collaboratifs innovants. C est encore le cas de la mise en place de structures pour favoriser la croissance économique par le biais du développement des entreprises et la structuration de la filière culturelle comme «Création», mise en œuvre dans le cadre du projet européen ECCE, Economic Clusters of Cultural Enterprises. C est enfin la promotion de projets de recherche spécifiques concernant l approfondissement des impacts des activités culturelles comme «VALEUR(S) et utilités de la culture», financé par le Conseil Régional des Pays de la Loire qui s ajoutent comme une nouvelle preuve du changement que la ville a opéré dans les dernières années. Grace à la transformation des friches industrielles, la culture assume un nouveau rôle dans la politique urbaine de : moteur de développement d une métamorphose globale, «la mise en culture des friches» devient, au fur et à mesure, une opportunité fondamentale pour valoriser le patrimoine de la ville, pour accélérer les phénomènes de coopération territoriale et réorganiser la gouvernance métropolitaine et pour stimuler la créativité et renforcer les ressources économique locales. Ce dernier aspect, en particulier, est à la base d une autre initiative, imaginée à la fin de la première phase du projet et mise en œuvre au début de la deuxième. En proximité de la conclusion des trois éditions d Estuaire (la dernière édition était prévue pour l été 2011) la municipalité décide de réinterroger le rapport entre culture et politique urbaine pour les années à venir : en voulant inscrire les résultats de la reconversion industrielle dans un nouveau et plus vaste projet de réorganisation de l offre touristique culturelle de la ville, Jean Marc Ayrault donne carte blanche à Jean Blaise pour promouvoir la valorisation du patrimoine culturel nantais, au niveau national et international. C est de là que prend origine Le Voyage à, produit de la volonté politique de franchir une nouvelle étape pour s imposer dans le concert des villes européennes et mondiales. Sous le statut de Société Publique Locale, la nouvelle structure regroupe, dès 2012, l office de tourisme de Métropole, la SEM culture et patrimoine et la structure Estuaire dans une même entité. A partir d une réflexion portant sur la volonté d exploiter le tourisme culturel d une ville qui ne peut pas être connue pour ses monuments historiques, Le Voyage à propose des itinéraires différents, dans un parcours intégré de 8,5 km qui vont du Lieu Unique à la pointe ouest de l île. En promouvant des synergies avec les acteurs culturels du Quartier de la Création, l initiative s ouvre aux touristes et aux habitants, en s appuyant sur de différentes disciplines ou activités, pensées pour valoriser l économie locale. Focalisé sur le périmètre communal, le projet, démarré en juillet 2012, semble privilégier la seule ville de et se détacher ainsi des principes d Estuaire ; pour éviter ce type de remarques, dès 2013 Jean Blaise est appelé à travailler sur des projets plus excentrés, valorisant les ressources de l agglomération (la route des vins, les commerces, les restaurants et les bars autour de la Loire et de l Erdre) et promouvant le tourisme régional. Bien que l intégration de la culture au sein de la politique urbaine nantaise soit liée aux défis de compétitivité, auxquels sont soumis la plupart des villes du monde, la démarche amorcée par la transformation de l île de présente des traits singuliers : la diversité des échelles, des temporalités et des dimensions impliquées témoignent d un projet où la culture est interprétée comme un instrument de coproduction de l aménagement. Malgré l efficacité de la première phase des travaux achevés entre 2002 et 2007, ce processus contribue à faire accroître l ambition du projet, en anticipant une nouvelle étape de son histoire.
2.3 Le projet urbain entre dans sa deuxième phase Le projet urbain «Ile de» S il est vrai que les objectifs du projet Ile de n ont pas été modifiés depuis leur première énonciation, en 1999, il est également vrai que la vision associée à la transformation urbaine a évolué profondément depuis son origine. Une opération qui devait veiller à ne pas éclipser les opérations en centre ville est devenue, au fil du temps, une des plus importantes interventions de régénération urbaine en Europe. Les effets produits par cette évolution ont été plusieurs et diversifiés : d une part, la complexité d un territoire si riche et hétérogène a enclenché un processus de transformation globale (au niveau spatial, économique et politique) et multi scalaire (à l échelle du quartier, de la ville et de la métropole) qui a mis en évidence une pluralité d enjeux et de potentialités différents à saisir ; d autre part, lorsque l ambition du projet s est accrue, les divergences et les conflits entre certains acteurs sont apparus de manière évidente et incisive. Les travaux réalisés pendant la phase précédente ont contribué à modifier de manière profonde le paysage insulaire, même si seulement 10% des transformations prévues ont été achevés : la décision d intervenir sur les espaces publics a conféré une cohérence globale à l opération et la méthode utilisée a aussi permis de construire le projet dans le temps, en modifiant le rapport entre acteurs publics et privés. Pourtant, lorsque les intérêts du pouvoir public se sont trouvés en opposition avec la vision de Chemetoff, le rapport entre maîtrise d œuvre urbaine et Communauté Urbaine est entré en crise. Face à la rupture signée par la fin du contrat de l Atelier Ile de, Métropole lance en janvier 2010 une procédure d accord cadre avec l objectif de désigner les nouveaux maîtres d œuvre urbaine. Au mois de juillet, l équipe franco belge guidée par Marcel Smets et Anne Mie Depuydt (uaps) comptant sur la collaboration des paysagistes portugais Proap, du groupe d ingénierie SCE et du bureau d étude allemand Transsolar gagne la compétition. Les deux urbanistes acceptent le double défi de «travailler dans la continuité mais aussi dans la différence, non pour se démarquer mais parce qu une situation nouvelle impose des évolutions, tout en s efforçant de poursuivre dans la voie tracée, non seulement quant aux grandes options fondées sur la reconversion, mais aussi et surtout quant au soin porté aux espaces publics» (M. Smets, 2011). Le récit des nouveaux maîtres d œuvre exprime la volonté de : - considérer l île dans sa globalité en valorisant son rôle dans le rapport avec les rives opposées ; - clarifier le paysage des grandes structures viaires latérales ; - renforcer le rapport avec l agglomération ; - rejoindre les espaces ouverts en promenades contigües ; - compléter un réseau de voies cyclables «en caméléon» - intensifier les relations instaurées avec la rivière. A différence de la phase précédente, où les conditions de l action étaient à inventer avant que le projet même, les maîtres d œuvre doivent se confronter soit avec des décisions stratégiques imposées l implantation du nouveau CHU (centre hospitalier universitaire) et la transformation du MIN (marché d intérêt national) soit avec des programmes architecturaux et infrastructurels à développer en priorité. D une part, il s agit de projets qui doivent compter avec la complexité du présent et avec l incertitude du futur ; d autre part, il s agit de la mise en œuvre d actions spécifiques qui peuvent constituer une opportunité fondamentale pour valoriser le foncier de l île et l attractivité de la ville, en général. Si la portion ouest de l île continue à focaliser les intérêts de l action urbaine, il est vrai également que les architectes ne manquent pas de porter attention au reste du territoire insulaire. En effet, dans leur récit, ils soulignent la volonté de requalifier l habitat dégradé du faubourg central et de concilier la valorisation immobilière avec la nécessité de maintenir le caractère populaire de la zone, alors que dans la partie est, ils manifestent l intention de ne pas introduire de nouvelles figures urbaines, mais de privilégier une approche urbaine capable de «terminer les séquences existantes». Enfin, l amélioration de la mobilité et des connexions de l île avec le reste du territoire s impose comme un thème prioritaire pour soutenir l ensemble des interventions futures. L intention d investir dans la réalisation des infrastructures de transport en commun exprime la volonté de défendre des projets complexes comme celui du CHU et d encadrer le projet urbain à l échelle plus vaste de l agglomération.
2.3.1 Le «Plan des Transformations» Le projet urbain «Ile de» Suite à la conclusion de la procédure d accord cadre, en juillet 2010, Marcel Smets et Anne Mie Depuyt signent un contrat qui leur confère la maîtrise d œuvre urbaine de l île pour une durée de six ans. Les deux urbanistes en collaboration avec la SAMOA et les services de la Communauté Urbaine commencent à travailler, avec l objectif de définir les nouvelles lignes directrices de la deuxième phase du projet. La mission est certainement complexe face aux défis ambitieux que la ville et la Communauté urbaine ont fixés pour les années à venir : d une part l attention du pouvoir public se concentre sur la transformation des vastes terrains disponibles au sud ouest, d autre part la moitié des 337 hectares de l île reste encore à aménager. Les conditions de la mise en place d un nouveau plan, remplaçant le Plan guide de Chemetoff, sont très différentes par rapport à la phase précédente, à cause de décisions stratégiques imposées par les élus. Malgré cela, le temps nécessaire pour mûrir une nouvelle proposition est aussi important que celui de la première phase. Presque deux ans après la signature du contrat, le plan élaboré par les nouveaux maîtres d œuvre urbaine est présenté officiellement en septembre 2012, dans le cadre d une manifestation ouverte à la population, organisée par la ville de, la Communauté Urbaine et la Samoa. Présenté par les mêmes urbanistes, avec les responsables de la maîtrise d ouvrage et les élus, le nouveau «Plan des Transformations» est exposé auprès du Hangar 32, à coté d autres supports d information (de panneaux synthétiques, un écran interactif, une maquette et plusieurs perspectives). L appellation choisie suggère un glissement sémantique qui témoigne de la double volonté des maîtres d œuvre de travailler, à la fois dans la continuité et dans la diversité avec la première phase du projet, pour accompagner l évolution du territoire urbain d ici 2030. Le poids de l héritage du Grand Prix de l urbanisme obtenu par Chemetoff est plus qu évident, mais l envie d imprimer une nouvelle marque de distinction au projet par rapport à ces prédécesseurs s impose rapidement. Sous l impulsion des nouveaux défis exprimés par le pouvoir public, les maîtres d œuvre soulignent le changement d échelle du projet urbain, comme base essentielle du plan proposé. Le premier aspect que Marcel Smets met en évidence, en contraposition au plan de Chemetoff, est la volonté de «mettre en balance l île avec le territoire de l agglomération» et de lui donner une vocation capable d exploiter l échelle d un périmètre plus vaste que celui de la ville : en utilisant la métaphore du «méta centre», il propose une lecture de l île qui dépasse la dimension de son unité géographique, pour privilégier une vision métropolitaine. Grâce à la disponibilité de grands terrains, l île peut constituer une opportunité essentielle pour éviter l étalement urbain et pour développer des fonctions qui rayonnent à l échelle de l agglomération. En même temps la métaphore du méta centre est utilisée comme «une étape décisive de la quête engagée par pour retrouver son fleuve. L île ne peut plus être traitée en soi, mais avec un regard élargi, où l on recherche toutes les connectivités, où la réflexion se fait plus à long terme.» Si cette démarche semble poursuivre le processus de transformation qui a accompagné la première phase du projet, elle constitue aussi un préalable essentiel pour supporter et surtout justifier un projet ambitieux et complexe comme celui du nouveau CHU. Si l idée d implanter une nouvelle structure de 270 000 m 2 dans l île (accueillant un pôle de santé publique, un centre universitaire, des hôtels d entreprises et des équipements médicaux) n a pas trouvé le consensus qu a connu Chemetoff, elle doit être soutenue comme une opportunité foncière exceptionnelle pour la ville dans la nouvelle phase de projet. Dans les récits des élus et de la direction de l hôpital, donc, la construction d un nouveau un pôle sanitaire d excellence peut (et doit) devenir un moteur structurant capable de faire de faire rayonner l importance de la ville au niveau de l agglomération et de la région. Face aux polémiques qui continuent à accompagner ce choix stratégique, le concept de métacentre devient alors le moyen de défendre ce projet si complexe dans le cadre d un intérêt plus vaste. Pour renforcer cette idée, les maîtres d œuvre s appuient aussi sur la temporalité de l opération (à réaliser en 15 20 ans au moins) et sur le concept d une structure «poreuse» qui puisse créer certains lieux perméables par rapport à la vie de l île. Malgré son intérêt, cette notion est encore loin d offrir une idée concrète de l opération et des doutes sur la pertinence du projet persistent au sein de la société civile. La localisation même de l hôpital reste encore indéfinie, malgré la localisation identifiée sur le nouveau plan. Malgré la force des récits de la maîtrise d ouvrage et de la maîtrise d œuvre urbaine, la faisabilité des solutions proposées ne semble pas si évidente, vu l incertitude des projets stratégiques et la complexité des enjeux sur lesquels la ville mise son avenir.
Le projet urbain «Ile de» Le nouveau «Plan des Transformations» (Marcel Smets Uaps architectes) En soulignant le principe que l île n est pas en compétition avec le centre ville, mais qu elle constitue son potentiel d extension le plus important, le nouveau Plan des Transformations défend l idée de créer, à travers des pôles structurants, un nœud de l agglomération complémentaire au centre historique. Ce concept répond à la volonté de relancer la politique urbaine, en misant sur les transports publics, sur les services et les activités économiques, ainsi que sur la culture et les loisirs. Face à l actualité avec laquelle émerge la nécessité de poursuivre le travail amorcé, certains des défis qui ont caractérisé la première phase du projet urbain prennent une priorité évidente : développer un modèle de mixité sociale, renforcer l attractivité économique de la ville et promouvoir un aménagement durable sont perçus ou mieux énoncés comme les enjeux essentiels pour améliorer le destin de la ville. mise alors sur l économie de la connaissance, sur la qualité de l habitat et sur la mise en place d une stratégie environnementale concernant la réduction des consommations énergétiques, la préservation de la biodiversité et le renforcement de la mobilité douce. La réalisation du Quartier de la Création, déjà identifiée dans la phase précédente comme une stratégie fondamentale pour renforcer l attractivité de la ville, est désormais acceptée comme une démarche partagée par l ensemble des acteurs impliqués. En outre, les questions concernant la mixité sociale et le développement durable se configurent comme des terrains sensibles, sur lesquels se joue le consensus évoqué par le projet. Les actions menées jusqu en 2010, en termes de développement durable, permettent à la ville de recevoir d importantes subventions de l Etat (5 M d euros, dans le cadre de l appel «Ecocités») et l appellation de "Capitale verte de l'europe" pour l année 2013. La construction de l éco quartier de la Prairie au Duc prévue dans la phase précédente fait partie intégrante de cette démarche : il s agit d une opération qui complète la partie nord ouest de l île, en portant une attention particulière à l environnement et à l efficacité énergétique des interventions prévues. Malgré cela, le maître d ouvrage déclare de ne pas vouloir réaliser un quartier modèle s écartant du reste de l île. Dans la présentation du Plan des transformations ce secteur comprenant des projets architecturaux déjà engagés et des projets à l étude il est décrit comme une importante opération immobilière qui doit révéler le défi de la qualité architecturale, en accueillant des nouveaux habitants. Face aux critiques reçues dans la première phase du projet concernant le risque de faire une «île réservée aux bobos», le récit est nuancé par l énonciation d un programme de logements sociaux (25%) et de logements abordables (25%) à réaliser dans cette phase : en déclarant de manière prioritaire de vouloir faire de la ville «un modèle de mixité sociale», le nouveau plan exprime le besoin de capter le consensus de la population, pour poursuivre une politique sur la longue durée.
Le projet urbain «Ile de» Les principes fondamentaux du Plan des transformations se référent, donc, aux priorités suivantes : - «Mailler le réseau de transports publics et favoriser les déplacements doux» : La densification de l île et l arrivée de nouveaux pôles stratégiques, comme le CHU, obligent à considérer la question de la mobilité comme un axe prioritaire du projet ; le renforcement des transports publics et la promotion de systèmes de mobilité douce doivent favoriser les connexions entre les différentes zones de l île et la liaison avec le reste du territoire, ainsi que l efficacité de la circulation et du stationnement associés aux nouvelles fonctions présentes dans l île. «Renforcer les flux sur l ile» : schéma Smets Uaps arch. - «Renforcer la centralité de la Loire et intensifier le dialogue avec les deux rives» : La volonté de faire basculer le projet vers la grande échelle trouve, dans la valorisation de la Loire, un support renouvelé pour renforcer l idée selon laquelle le projet de l île de devient le centre d une transformation métropolitaine. Il s agit d une intention qui faisait déjà partie des objectifs initiaux du processus urbain, mais qui retrouve, dans sa deuxième phase, un nouveau et plus fort élan, en s appuyant sur le concept de métacentre et sur la stratégie d amélioration des transports publics. «Faire dialoguer les deux rives» : schéma Smets Uaps - «Joindre les différents quartiers de l île et conserver les identités spécifiques» : En identifiant sept zones différentes sur le territoire de l île, le plan souligne la nécessité de savoir respecter et valoriser les identités correspondantes, dans la définition des espaces publics et dans la création des lieux de proximité qui peuvent favoriser l urbanité, en accord avec l existant ; - «Intégrer le CHU, nouveau moteur de centralité» : L idée de réaliser un nouveau pôle d excellence sanitaire dans l île est perçue, par le pouvoir public, comme une opportunité extraordinaire et unique pour ; la volonté de miser sur la modernisation d une telle structure est associée à l intention de faire rayonner la ville à une échelle nationale et internationale et d attirer les forces d une nouvelle économie productive. Dans l ensemble de ces principes, la question de la mobilité incarne une valeur fondamentale au sein du nouveau plan : la nécessité d affronter l augmentation des flux induits par l arrivée prévue des nouvelles polarités urbaines (quartier de la Création, CHU, etc...) et des nouveaux complexes résidentiels et tertiaires apparait comme la priorité essentielle de la nouvelle phase de projet. Les efforts des maîtres d œuvre, du maître d ouvrage et de la Communauté Urbaine se concentrent, donc, sur cette question avec les projets concernant : - l arrivée d une ligne de Chronobus (début 2013), assurant un service rapide, continu et permanent sur les six kilomètres qui amènent de la Gare sud aux quai des Antilles ; - la définition des nouvelles pistes cyclables et la requalification des tracés existants ; - la réalisation d une deuxième ligne de tramway, à prévoir avec l arrivée du futur CHU, en 2020. Il s agit, à long terme, de créer une double ligne de transports publics desservant l axe est ouest de l île, et de favoriser un système global de mobilité douce : la définition des tracés et des systèmes d éclairage dynamique prévus et l accent donné à la hiérarchie des parcours et au maillage des pistes confirment l importance de ce thème. Au nord, le Chronobus et une nouvelle vélo route devraient permettre de réaménager l axe historique de la Prairie au Duc et le boulevard de l Estuaire, en reconfigurant ainsi l espace public entre les divers quartiers de l île (avec l élargissement des cheminements piétons et la création d espaces de jeux et de jardins de quartier). Plus au sud, le futur axe de transport en commun en site propre devrait relier les pont Anne de Bretagne et avec celui de Trois Continents, à travers la réalisation
Le projet urbain «Ile de» d un nouveau parkway (large boulevard planté). L ensemble de ces projets, qui seront achevés en lien avec l avancement des programmes architecturaux prévus, est lié, d une part, à l intention de compléter le traitement des espaces publics qui a caractérisé la phase précédente, et d autre part, il est guidé par la volonté de créer un système multimodal de transports qui puisse inscrire la transformation urbaine à l échelle de l agglomération. Ainsi que le confirme son sous titre «figure paysagère, mobilité, sites d opportunité», le Plan des Transformations ne se focalise pas uniquement sur la question de la mobilité, mais dédie une attention spécifique à la dimension du paysage et à la dimension stratégique des programmes prévus. D une part, en adoptant une approche basée sur une analyse géographique et historique du paysage de l île, les maîtres d œuvre urbain soulignent la nécessité de valoriser et de relier les différents quartiers de l île, en utilisant la métaphore de «plaques», correspondantes aux diverses phases de son urbanisation. Ils arrivent ainsi à identifier sept zones urbaines et à formuler le concept de «figure paysagère», comme base de la nouvelle stratégie d aménagement de l île et comme ossature fixant les «invariants» du projet urbain. Sous la forme d une trame plantée traversant l ensemble des quartiers de l île, cette infrastructure, destinée à accompagner les changements prévus dans le temps, doit contenir le maillage des espaces publics et doit garantir la cohérence de l ensemble des interventions, en valorisant la richesse du paysage insulaire. La figure paysagère doit, donc, répondre à la double perspective de fixer des objectifs à long terme, à travers son tracé, et d assurer une certaine souplesse exprimée par la métaphore du «caméléon» pour s adapter aux évolutions associées à la même durée. «Les sept zones urbaines qui composent le paysage de l ile de» : schéma Smets Uaps arch. D autre part, le nouveau Plan met l accent sur les opportunités que la transformation du site peut offrir à long terme. En validant la dimension métropolitaine du projet grâce à la métaphore du métacentre, Marcel Smets et Anne Mie Dupuyt soulignent l importance des programmes décidés par la Communauté Urbaine : la construction de l éco quartier de la Prairie au Duc et celle du Quartier de la Création, l implantation du CHU et la réalisation d un nouveau parc urbain de 14 ha voulu par l ex maire Jean Marc Ayrault représentent les opérations les plus remarquables en ce sens. Ne pouvant libérer le faisceau ferroviaire existant qu à partir de 2018, l incertitude de ces deux derniers projets est compensée par un récit qui souligne les opportunités qui y seront associées à l échelle métropolitaine. Accompagnées par la requalification du faubourg central de l île et par le complètement de l aménagement de la zone à l est, ces opérations deviennent ainsi les moteurs d un aménagement urbain qui a profondément évolué dans son ambition et dans l approche correspondante. Les interactions entre les acteurs impliqués au fil du temps et le caractère des outils adoptés témoignent de cette évolution et, plus généralement, des enjeux de la ville contemporaine.
3 LES ACTEURS DU PROJET Le projet urbain «Ile de» 3.1 Les acteurs de la planification urbaine Face au centre ville et au cœur de l estuaire de la Loire, la transformation de l île de a dépassé les limites de son périmètre physique, grâce à une ambition politique forte et à la synergie des acteurs qui se sont impliqués dans le processus d aménagement urbain. La volonté de saisir l opportunité offerte par un territoire si singulier a émergé de manière progressive, sur la base d une vision qui s est construite dans le temps. Grâce à cette attitude, la régénération que la ville a amorcée dans les vingt dernières années a pris la forme d une transformation profonde, qui n a pas seulement modifié le paysage urbain de l île, mais également les bases de l identité territoriale et de la géographie sociale et politique du contexte urbain et métropolitain. Porté par une ambition qui s est accrue dans le temps, ce projet a contribué à faire évoluer la politique urbaine de la ville, à travers la réorganisation des services municipaux et intercommunaux et la mise en œuvre de nouvelles procédures visant à capter la confiance des acteurs privés. Le processus urbain enclenché a fait, ainsi, la preuve d une capacité insolite d intégrer la centralité du pouvoir public et la division des rôles propres de la planification française avec des nouvelles modalités d implication des partenaires mobilisés. Face à l appauvrissement des ressources publiques et à la complexification des enjeux à affronter, les élus se sont lancés dans la mise en place d un projet stratégique caractérisé par la recherche de l adhésion de la majorité des acteurs locaux et par une action de renouvellement des rapports entre pouvoir public, professionnels et acteurs économiques privés. En s appuyant sur un projet politique, avant même que spatial et physique, a cherché les énergies nécessaires pour soutenir le processus d aménagement dans la construction d une nouvelle identité intercommunale qui a renforcé son rôle. Au départ, face à l incertitude d une perspective complexe à dessiner, cette démarche a permis à la ville d expérimenter une manière inédite de conduire le projet urbain : la force du pouvoir public et la confiance établie entre élus et professionnels ont favorisé la mise en place d instruments ad hoc et la construction d un projet capable de réinterroger le programme en permanence, au regard des questions économiques et temporelles incidentes. Ces deux conditions exceptionnelles plus que d autres par rapport à la pratique urbanistique traditionnelle ont fait la force du processus de transformation de l île de. Le pragmatisme de l action amorcée a ainsi favorisé la mise en place de collaborations importantes entre secteur public et secteur privé et la définition de règles de contrôle «souples» qui ont favorisé l interaction des acteurs et la mise en œuvre du projet. Par contre l histoire du projet n a pas été un processus linéaire, ni statique, mais plutôt un parcours conditionné par l évolution des équilibres entre les différents acteurs impliqués. Après 9 ans de collaboration avec l équipe guidée par Chemetoff, les conflits associés à l implantation du CHU dans l île ont induit la ville à ouvrir une deuxième phase de projet, caractérisée par un nouveau type de jeu d acteurs. Soutenu par le processus de construction de la gouvernance métropolitaine, ce nouvel équilibre a modifié la relation entre la définition d une vision urbaine, le portage politique, le pilotage technique et la mise en œuvre de la transformation de l île, en faveur d une centralisation du pouvoir public. Dans le temps, la participation des habitants et des associations locales aux choix de projet a été aussi mobilisée de manières diversifiées : plusieurs initiatives concernant l île de et la politique urbaine de la ville ont été lancées récemment, mais les procédures adoptées semblent relever dun besoin accru de consensus, plus que d une réelle intention d impliquer la société civile dans le projet. L évolution des rapports d acteurs qui caractérise l histoire du projet Ile de témoigne, donc, de l évolution des contraintes (économiques, environnementales et sociales) et des dimensions (politique, culturelle et économique) de l urbanisme contemporain. Rendre compte de la complexité de cette évolution dans le cadre du projet nantais, constitue l objectif central de ce chapitre.
3.2 Le secteur public Le projet urbain «Ile de» Avec l acquisition du site des chantiers, en 1989, la nouvelle municipalité de décide de lancer l opération de régénération de l île, qui à l époque est appelée Saint Anne. Le nouveau maire devient ainsi le protagoniste du processus de transformation de l île et l un des porteurs du projet de formation de la métropole Saint Nazaire. L envergure que les deux processus acquièrent dans le temps s explique, sans doute, par la stabilité politique d un gouvernement local que Jean Marc Ayrault guide en continuité jusqu en mai 2012 (lorsqu il devient Premier Ministre du gouvernement Hollande). Pendant plus de vingt ans, les deux projets s influencent réciproquement, en produisant une réorganisation des compétences et des ressources qui a des effets sur l ensemble de la politique urbaine et métropolitaine. Lorsqu il devient maire, Ayrault opte pour une démarche capable d adoucir les polémiques diffusées sur l avenir du site et d approfondir la complexité des enjeux associés à la régénération urbaine. Quand il confie à Grether et Perrault une première étude exploratoire, en 1991, les services municipaux de la ville sont encore fragmentés et incapables d agir de façon efficace face aux défis énoncés. Par contre, les lois promouvant la décentralisation et la coopération intercommunale incitent les élus à modifier le système de gouvernance territoriale et à prendre en main l ancien projet d Etat concernant la formation de Saint Nazaire comme l une des huit «métropoles d équilibre» françaises. La création du District de l agglomération nantaise, en 1992, marque une étape fondamentale de cette perspective, mais c est surtout l arrivée à la tète de la nouvelle institution de Laurent Théry (ex directeur général des Services de Saint Nazaire) qui permet d enclencher, en 1995, le processus de formation de l intercommunalité et de la mise en œuvre du projet urbain. En accord avec les services de la ville et l agence d urbanisme AURAN, Théry conduit l approfondissement des questions concernant les rives de la Loire et l île de, en guidant l élaboration du Projet 2005 : avec cette première réflexion stratégique encadrée à l échelle de l agglomération, il contribue à définir les actions successives. A l issue du marché de définition lancé en 1998, Ayrault ouvre la première phase du projet urbain avec la signature du contrat de maîtrise d œuvre urbaine confiée à l Atelier Ile de, pour une durée de neufs ans. Si le portage politique et le pilotage technique de l opération sont d abord assumés par la municipalité, la complexité de l opération impulse un premier réajustement du secteur public : avec la création de la Communauté Urbaine Métropole le District se transforme en Etablissement Public de Coopération Intercommunale, regroupant 24 communes la conduite de projets structurants pour l'agglomération et la gestion des services à la population doivent être assurées à une échelle qui puisse valoriser les ressources communes et multiplier les bénéfices dans le territoire. Suite à la création de la nouvelle structure ayant Ayrault comme Président et Théry comme directeur général des services le projet de l île de vient s inscrire dans la politique d aménagement de l agglomération, en renforçant le rôle du pouvoir public sur la politique urbaine. La Communauté urbaine assume, ainsi, la maîtrise d ouvrage du projet Ile de, en devenant responsable de la définition des objectifs politiques, du contenu des programmes, de la définition des échéances et des budgets globaux et annuels, ainsi que de la désignation et du contrôle des opérateurs et de la politique de communication. Dans le cadre de la politique de la ville, ses compétences concernent la mise en place du PLU, la création de ZAC et de réserves foncières communautaires, l organisation des transports urbains, l aménagement et l entretien de la voirie et du stationnement et les dispositifs contractuels de développement urbain. Les incertitudes relatives à l intérêt communautaire de l opération impliquent que, depuis le départ, la maîtrise d ouvrage soit en réalité partagée avec la Ville de, celle ci ayant gardé un certain nombre de propriétés foncières et de compétences, concernant le territoire de l île. 1 Lorsque la Communauté urbaine s installe, Laurent Théry créé la mission «Rives de Loire» et il se rend compte, en même temps, que l hypothèse de confier la maîtrise d ouvrage à la société d économie mixte ( Aménagement) qui suit les opérations urbaines nantaises dès le début des années 90 n est pas une stratégie efficace pour faire entrer le projet île de dans sa phase opérationnelle : la complexité de la transformation urbaine est trop élevée et les défis trop importants pour ne pas traiter le projet de manière 1 Devisme L. (dir.), Debre C., Dumont M., Fouquet X., Guennoc M L., Pasquier E., L analyse pragmatique d un projet urbain. La mise à l épreuve du planguide en projet de l île de, rapport final de recherche pour le PUCA (programme «Echelles et temporalités des projets urbains»), ENSA, 2006
Le projet urbain «Ile de» dédiée. Poussé par la conviction qu une telle opération ne peut être gérée qu avec une stratégie politique forte et un pilotage technique «souple», Théry propose alors la mise en place d une structure ad hoc, à laquelle confier la responsabilité de la maîtrise d ouvrage urbaine : en 2003 est ainsi créée la société anonyme d économie mixte locale SAMOA (société d aménagement de la métropole d ouest atlantique) qui, avec une concession d aménagement de 20 ans, devient mandataire de la Communauté Urbaine et responsable du pilotage technique de l opération. Parallèlement à cette première réorganisation des acteurs et des compétences concernant le projet urbain île de, le processus de construction de l intercommunalité avance avec la mise en place de la Conférence métropolitaine, imaginée comme un moment d échange et de réflexion ouvert à l ensemble des acteurs (politiques, experts, entrepreneurs et représentantes de la société civile, ) impliqués dans la transformation du territoire de l estuaire de la Loire. Après les deux premières conférences (en 1999 et 2001), qui ont eu le mérite d accélérer le processus de métropolisation, émerge l idée de réunir deux SCOT concertés et déjà amorcés, et de le transformer dans un SCOT unique, intégrant la communauté urbaine de et la communauté d agglomération de Saint Nazaire avec les trois communautés de communes de l espace estuarien. Face à cette perspective, la SAMOA est chargée, depuis mai 2004, d assister les élus de la métropole dans la définition d une stratégie de développement pour le grand territoire compris dans le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT). La mission se traduit par l organisation de Conférences métropolitaines qui deviennent le rendez vous annuel d échanges et de débats autour des décideurs du territoire et de spécialistes nationaux. La transformation du système de gouvernance amorcée contribue à renforcer l incidence du secteur public au sein de la politique métropolitaine et urbaine : la transformation de l île de devient, ainsi, un projet d ambition européenne et un levier pour améliorer l attractivité de la métropole. Au fil du temps, le récit du projet urbain s enrichit de nouveaux défis grâce à une régie politique qui renforce son pouvoir en misant sur une stratégie de coopération territoriale, sur une organisation précise des compétences associées et sur l accueil des initiatives qui peuvent soutenir le développement de la ville et la rénovation de son identité. Au cours de la première phase des travaux, par exemple, les effets produits par la manifestation «Estuaire» encouragent la municipalité à miser sur la culture et sur l économie de la connaissance, considérés comme les nouveaux vecteurs de l identité métropolitaine. Afin d améliorer son attractivité, la ville de s appuie sur le concept de métropole pour gagner une visibilité à l échelle européenne. Parallèlement, elle s appuie sur les défis associés au projet urbain pour impliquer les acteurs locaux et promouvoir l investissement d acteurs privés. La force de la mise en œuvre de l opération tient, donc, à la répartition du risque économique entre secteur public et secteur privé, à la souplesse de la maîtrise d ouvrage urbaine et à la synergie fructueuse établie entre la maîtrise d ouvre urbaine et les acteurs, publics et privés, impliqués. Lorsque l ambition du projet s accroît, l interaction entre ces mêmes acteurs entre en crise, jusqu à ce que la conclusion du contrat avec l Atelier Ile de décrète, en 2009, la clôture de la première phase du projet. Le départ de Chemetoff, accompagné par le départ de Laurent Théry et d autres responsables de la SAMOA, témoigne du pouvoir d une collectivité qui, au fil du temps, a concentré le portage politique et le pouvoir décisionnel de l opération. Renforcé par le processus de construction de la coopération intercommunale et par le contrôle d une maîtrise d ouvrage urbaine déléguée, le récit de l acteur public, au début de la deuxième phase du projet, devient dominant sur l ensemble des autres acteurs impliqués. Malgré l apparente ouverture de la ville aux mécanismes de participation citoyenne enclenchés, la réalisation d opérations stratégiques comme l implantation du CHU devient un sujet qui s impose avec évidence et qui modifie profondément l incidence du secteur public vis à vis des autres acteurs. 3.3 La maîtrise d ouvrage urbaine Créée en 2003 comme une structure ad hoc imaginée pour assumer la maîtrise d ouvrage déléguée du projet Ile de, la SAMOA est, dès le départ, protagoniste de la mise en œuvre de l opération urbaine. Par contre sa composition, son rôle et même son statut évoluent au fil du temps, à la lumière de la variabilité des dynamiques internes et externes au projet.
Le projet urbain «Ile de» Entre 2003 et 2009 la SAMOA est une société d économie mixte, ayant pour actionnaires la Communauté Urbaine de Métropole, la ville de, la CARENE (Communauté d agglomération de St Nazaire), le Conseil Général de Loire Atlantique, la Chambre de Commerce de, la Chambre de Commerce de Saint Nazaire, le Port Autonome de St Nazaire et divers organismes bancaires locaux. Dans le cadre d une convention publique d aménagement d une durée de 20 ans, elle doit assurer la mission de maîtrise d ouvrage urbaine du projet. Cela signifie que, sur tout le territoire de l île, la SAMOA est missionnée pour mener les études et les réalisations de l ensemble des opérations et actions nécessaires à l opération globale d aménagement. Tel que défini dans son premier statut, ce champ d action inclut la réalisation de toutes études concernant l aménagement, le développement et le renouvellement urbain, la mise en œuvre de toutes opérations foncières et la réalisation de tous travaux au nom et pour le compte des collectivités publiques. Au titre de la convention signée, la SAMOA a donc en charge : le pilotage stratégique de l opération Ile de en lien avec la Communauté Urbaine et les maitrises d ouvrage intervenant sur le projet ; la réalisation et le suivi des études générales ; la réalisation et le suivi des études pré opérationnelles, préalablement à l engagement des opérations d aménagements ; la préparation et le suivi de l ensemble des procédures d urbanisme et des études satisfaisant aux cadres réglementaires ; l acquisition foncière, les procédures d expropriation, de DUP (déclaration d utilité publique) permettant la maîtrise foncière nécessaire à la réalisation du projet; la maîtrise d ouvrage de l aménagement des espaces publics, intégrant, préalablement la mise en état des sols, les opérations de démolition, de remembrement... ; la promotion et la commercialisation des terrains et immeubles aménagés ; la mise en place et le suivi des moyens de financements nécessaires à l opération, ainsi que la tenue de l ensemble des documents financiers et comptables de l opération ; les actions de concertation et de communication ; la clôture de l opération. Au titre de la Convention Publique d Aménagement, la SAMOA agit aussi, depuis 2004, dans le cadre des politiques publiques territoriales mises en place par la collectivité : outil de réflexion et de projet à l échelle de la métropole, elle a pour objet de réaliser, dans le cadre du développement de la métropole Saint Nazaire, toutes actions et programmes d aménagement de renouvellement urbain et de construction, et toutes actions de valorisation territoriale. Pendant la première phase du projet urbain, la SAMOA travaille en étroite relation avec l Atelier Ile de. La synergie entre Théry et Chemetoff produit une interaction qui permet de faire avancer le projet urbain et, simultanément, d accompagner Métropole dans la révision des procédures du PLU (modification en 2005, révision générale en 2006, modification en 2007). En tant qu'aménageur, la Samoa vend des droits à construire à des promoteurs immobiliers appelés à respecter un cahier des charges rédigés par l Atelier Ile de et donnant des prescriptions de type architectural, paysager, énergétique et économique. Ne pouvant maîtriser l'intégralité du foncier de l'opération d'aménagement, l'aménageur accompagne de la même manière les promoteurs porteurs d'un projet sur un terrain leur appartenant. En associant ces opérateurs à la dynamique du projet urbain, l'aménageur oriente le renouvellement du tissu urbain vers les objectifs de performance énergétique et de qualité architecturale malgré l'absence de liens contractuels. L efficacité de la première phase des travaux tient à l interaction entre la méthode proposée par Chemetoff et l approche défendue par Théry, privilégiant un urbanisme de type «négocié». La pensée de l exdirecteur de la SAMOA qui a reçu le Grand Prix de l urbanisme en 2010 s appuie sur l idée que la transformation de la ville ne peut pas être conçue uniquement dans ses dimensions matérielle et physique, mais qu elle doit être pensée comme une «figure libre», capable d accueillir diverses initiatives. Cela implique la capacité de définir un système ouvert à la négociation, et donc capable de construire un
Le projet urbain «Ile de» partenariat clair, et de rendre compatible l intérêt public avec les objectifs des acteurs privés. Cela suppose aussi de savoir découpler la stratégie urbaine dans un «cadre libre», où le rapport entre la règle et le projet n est ni figé, ni linéaire. Pour favoriser l implication économique des acteurs locaux et la mise en œuvre des projets spécifiques Théry souligne, donc, la nécessité de simplifier le passage de l intention à la réalisation, d éviter l acquisition de terrain de la part du public et d encourager la participation des acteurs privés, tout en assurant la cohérence globale de l opération. L efficacité de sa maîtrise d ouvrage se doit à un contrôle permanent des relations : avec les élus, ayant le pouvoir décisionnel et avec leurs services (rapports de coproduction) ; avec la maîtrise d œuvre urbaine, dans la promotion d un «aller retour» permanent entre projet et programme, qui suppose une complicité partagée (rapports de collaboration) ; avec les acteurs de l immobilier (investisseurs, promoteurs, architectes), considérés dans la spécificité de chaque situation (rapports de coordination et de contrôle) ; avec l ensemble des spécialistes, experts thématiques ou fonctionnels appelés sur des thèmes spécifiques comme la culture, l économie ou l environnement (rapports de consultation) ; avec l ensemble des institutions publiques de l univers territorial ou d Etat, dont les compétences interagissent avec le déroulement du projet urbain (rapports de coproduction) ; avec les acteurs de la société civile (entreprises, acteurs culturels, associations, acteurs sociaux), dans un dialogue d insertion dans le projet urbain (rapport de concertation et coproduction). De manière opérationnelle, la qualité de ces rapports tient à la nature des différents moments imaginés pour promouvoir l interaction des acteurs, tels que : le comité stratégique piloté par le directeur général des services, associant Laurent Théry et le directeur général du renouvellement urbain, rendez vous bimensuel conçu comme un lieu d information et de validation des orientations stratégiques ; la réunion mensuelle des élus, pensée pour partager les informations et débattre sur les choix et les orientations générales ; le groupe maîtrise d ouvrage et maîtrise d œuvre se réunissant de manière hebdomadaire et appliquant le contrat de maîtrise d œuvre et modifiant les avant projets ; la réunion des acteurs opérationnels du projet qui se tient trois jeudi sur quatre et vise l information et la coordination des différents acteurs opérationnels ; la commission mensuelle sur les permis de construire (le jeudi restant), pilotée par la Samoa. La capacité d établir des rapports de confiance avec l ensemble des acteurs impliqués permet à la maîtrise d ouvrage urbaine de jouer un véritable rôle d «ensemblier» 2 ou de maître d ouvrage technique sur l ensemble du projet, en interface permanente avec la décision politique, les services de la Communauté urbaine, le maître d œuvre et les différents opérateurs publics et privés. Dans cette vision, le projet doit être construit au fil du temps, en assurant une cohérence sur la longue durée, tout en gérant l évolution du territoire à court terme. «Stimuler et encadrer des initiatives à court terme, au fil des opportunités ( ), organiser le long terme avec des investissements majeurs ( ), gérer le provisoire avec des opérations de valorisation transitoire qui n obèrent pas le projet à long terme» 3 : en défendant ces principes, le maître d ouvrage souligne sa capacité à accueillir les initiatives qui n étaient pas prévues au départ et qui sont devenues des opérations centrales du projet (c est le cas des Machines de l Ile, de la reconversion des hangars portuaires, de la Biennale Estuaire et du Quartier de la Création, pour ne citer que quelques exemples). En réalisant des études concernant les secteurs économique, culturel et touristique, ainsi que les domaines du transport, de l environnement et de l énergie, la SAMOA se confronte à des thèmes différents, en anticipant son évolution successive impulsée par les directives européennes. Avec l ordonnance du 6 juin 2 Hoang A., Ile de Rives de Loire : un dispositif en construction, dans «La maîtrise d ouvrage urbaine» de Frébault J. (sous la direction de), Ed. Le Moniteur, Paris, 2005 3 Communauté urbaine de, Organisation de la maîtrise d ouvrage nantaise : démarche, méthode et questionnements. Note d étape, Club Ville aménagement, 2001
Le projet urbain «Ile de» 2005 relative aux marchés passés par certaines personnes publiques ou privées non soumises au code des marchés publics la SAMOA, ainsi que la plupart des sociétés françaises d aménagement ayant des actionnaires privés, modifie son statut pour éviter la mise en concurrence des entreprises prévue par la loi. En 2009, elle devient d abord une Société Publique Locale d Aménagement (SPLA), afin d éviter les mécanismes de concurrence avec d autres entreprises, de simplifier les démarches contractuelles, de faciliter l accès au système des marchés publics et pour intervenir dans l aménagement d un territoire plus vaste que celui l Ile de. Entre 2009 et 2011 la SAMOA est donc chargée de l assistance à la maîtrise d ouvrage concernant des pôles structurants de la Métropole Saint Nazaire (Erdre et Gesvres, Savenay) et de l animation du Quartier de la Création. Poussée par la mise en place du Cluster du Quartier de la Création la SAMOA devient, en 2011, Société Publique Locale (SPL), en vue de pouvoir assumer des missions qui dépassent les compétences de l aménagement. Sous la direction de Jean Luc Charles ancien Directeur de cabinet de Jean Marc Ayrault et avec Alain Bertrand comme Directeur général adjoint, deux cellules viennent alors composer la nouvelle structure : une équipe de 19 personnes est chargée de suivre le projet urbain et une équipe de 12 personnes est destinée à suivre le Quartier de la Création. Une série de nouvelles missions, se déclinant selon les secteurs, sont donc confiées aux Cluster : 1. Aménagement urbain et immobilier : accompagner l implantation des établissements d enseignement supérieur et de recherche, de la formation professionnelle et continue sur l île de en concertation avec Métropole et chacune des maîtrises d ouvrage présentes sur le site. définir une offre d accueil des entreprises créatives et des artistes dans le périmètre du Quartier de la Création (ateliers d artistes, incubateurs, pépinières ou hôtels d entreprises) et lancer des actions de prospection (en lien avec Métropole Développement). 2. Enseignement supérieur et recherche contribuer à la structuration d une offre de formation initiale et continue de dimension internationale, qui favorise les collaborations entre les établissements d enseignement supérieur. favoriser l émergence et le développement d un pôle de recherche européen piloté par l université de et associé aux autres établissements supérieurs. 3. Animation et valorisation économique constituer un réseau d entreprises, puis mettre place et gérer d outils d animation afin de favoriser les rapprochements et le développement de projets collaboratifs entre les acteurs du Cluster. définir et mettre en œuvre un dispositif de soutien aux entreprises créatives, en lien avec la CCI, Métropole, le Conseil Régional et Atlanpole. 4. Médiation culturelle, scientifique et technique animer et coordonner les acteurs présents sur le territoire et donner de la visibilité à leurs interventions. définir et mettre en œuvre un cycle de conférences et une politique éditoriale propres au Cluster du Quartier de la Création, en partenariat avec les élus et les acteurs locaux de la culture scientifique et technique. 5. Promotion et action à l international donner de la visibilité à l ensemble des actions développées dans le cadre du Cluster du Quartier de la Création (espace d accueil et vitrine du Cluster, animation du territoire numérique, organisation de manifestations et production de contenus). définir une stratégie de marque et de communication spécifique afin de positionner le territoire dans le champ concurrentiel des industries culturelles et créatives, à l échelle locale, nationale et européenne. positionner le Cluster comme l un des pôles européens de référence dans le champ des industries créatives, en lien et en cohérence avec la stratégie internationale globale de Métropole.
Le projet urbain «Ile de» Plus globalement, la SAMOA est aujourd hui responsable des trois missions principales suivantes : le pilotage global du projet urbain de l île de. la stratégie de développement de la métropole Saint Nazaire (organisation d instances de dialogues entre les élus, les institutions et les autres acteurs du territoire, mise en place des conférences métropolitaines, pilotage d appels à projets, conduite de la démarche Ecocité, conseil aux communes hors du périmètre de l agglomération) ; l animation économique du Quartier de la création. La nécessité d un actionnariat strictement public, imposée par le changement de statut de la société, fait disparaître certains partenaires, comme le Port autonome, la Chambre de Commerce et les instituts bancaires : ceux ci vont former un «Comité de Partenaires» privé de pouvoirs décisionnels et doté de droits de connaissance préventive des choix stratégiques de la maîtrise d ouvrage urbaine. Sous la présidence du maire de, la SPL a ainsi comme nouveaux actionnaires la Communauté urbaine Métropole, la ville de, la ville de Rezé, le Conseil général de Loire Atlantique, la Communauté d Agglomération de la Région Nazairienne et de l Estuaire (CARENE), le Conseil Régional des Pays de la Loire et le Syndicat mixte du SCOT de la métropole Saint Nazaire. La modification du statut de la SAMOA reproduite dans beaucoup d autres territoires français témoigne non seulement de l adaptation du droit de l urbanisme aux lois européennes, mais aussi des plus récentes évolutions que la pratique de l urbanisme est en train de produire : la montée en puissance des facteurs économiques et stratégiques sur la prise de décisions concernant la transformation urbaine explique l importance croissante de la communication et de la promotion sur la conduite des opérations urbaines. Ce changement est en train de conditionner à la fois le système de gouvernance d un territoire et les rapports d acteurs de ces interventions, avec des conséquences de plus en plus subtiles à saisir. 3.4 La maîtrise d œuvre urbaine La définition de la maîtrise d œuvre urbaine, en 2000, marque une étape décisive dans la mise en œuvre du projet urbain Ile de. En s ouvrant à la mise en place d un projet à construire dans le temps, le pouvoir politique se laisse conduire par la détermination d un grand Prix de l Urbanisme qui n hésite pas à marquer de manière singulière sa démarche. La publication du «Plan guide en projet», l articulation des missions confiées à l «Atelier Ile de» et l organisation de moments dédiés les «jeudis de Chemetoff» imaginés pour faire interagir le maître d œuvre, le maître d ouvrage et les porteurs d initiatives privées ou publiques, reflètent la personnalité de Chemetoff et sa capacité à s imposer dans la construction de la vision urbaine. La mise en place du contrat qui confie la maîtrise d œuvre urbaine pour une durée de neuf ans se présente, dès le départ, comme une condition originale et exceptionnelle dans le panorama de la pratique urbaine française. L Atelier Ile de est ainsi missionné de «la réalisation du projet de renouvellement urbain de l île», selon quatre missions principales : les avant projets de l ensemble des espaces publics à créer ou à restaurer dans l île ; la maîtrise d œuvre de la réalisation des espaces publics les plus significatifs de l île ; la conception générale du «plan guide» des espaces publics de l île, dont l objet est d organiser la cohérence de la restructuration urbaine et «de gérer d une manière réaliste et vivante l interaction entre les projets particuliers et le projet d ensemble» (Ayrault, Marché de maîtrise d œuvre Ile de, synthèse des missions par fiches) ; l assistance et le suivi auprès du maître d ouvrage de la mise en œuvre sur le moyen terme des orientations d aménagement issues de la conception générale du projet. Le contrat évoque aussi la nécessité de produire des recommandations architecturales et d assurer une assistance globale pour vérifier la cohérence des constructions (avis donnés sur tous les permis de construire), et, enfin, une mission d assistance pour la mise en œuvre d un «équipement majeur» dans l île (ce qui va devenir dans le temps le projet des «Machines de l île»).
Le projet urbain «Ile de» La pluralité des missions et la durée du contrat, dont l Atelier Ile de devient titulaire, font écho à la singularité d une approche considérant l unité géographique du territoire comme une occasion exceptionnelle pour expérimenter une autre manière de faire de l urbanisme et comme une base contractuelle essentielle de l engagement proposé. La volonté d établir un rapport dialectique permanent entre l état des lieux et l état de projet et d aborder le projet en «commençant par les espaces publics» correspond à la volonté de conduire un projet capable de réinterroger constamment ses rapports avec le programme, le temps et l économie de l opération : une telle posture est due, d une part, à la prise de conscience de l incertitude associée à la complexité du projet et, d autre part, à la volonté d avoir un pouvoir de décision paritaire (sinon parfois dominant) avec celui des acteurs politiques. Lorsque la Communauté urbaine et la SAMOA sont créées, en amorçant une première recomposition des acteurs responsables du portage politique et du pilotage technique de l opération, le récit de projet de la maîtrise d œuvre se trouve en accord avec celui de la maîtrise d ouvrage urbaine. En proposant le Plan guide comme un instrument capable de guider l action sans figer des règles préconçues a priori, Chemetoff valorise la vision d un projet ouvert et évolutif. Comme Laurent Théry, il revendique une démarche qui sache encadrer les interventions des opérateurs dans une activité constante de réactualisation des ressources, des enjeux et des opportunités en jeu. L interaction fructueuse entre Théry et Chemetoff produit, ainsi, des impacts positifs sur l ensemble des acteurs impliqués : le rapport de confiance qui s établit entre le pouvoir public, la maîtrise d ouvrage et la maîtrise d œuvre contribue à encourager l initiative des partenaires privés dans l île et à réaliser les travaux, entre 2002 et 2007, à des rythmes exceptionnels. La synergie des acteurs qui caractérise cette phase du projet témoigne d une capacité insolite à accueillir plusieurs initiatives et à adapter les règles à l évolution des conditions incidentes. Cela repose aussi sur les nombreuses et diverses réunions organisées autour du projet, comme «les jeudis de Chemetoff» réunions techniques hebdomadaires animées par l Atelier Ile de et ouvertes à la ville, à la Communauté urbaine et à la SAMOA les réunions mensuelles des élus et les réunions bimensuelles associant la Samoa et la Communauté Urbaine. L ensemble de ces échanges relève d un équilibre multiple, basé sur la force du portage politique, sur la souplesse du pilotage technique, mais aussi sur la puissance du récit de la maîtrise d œuvre urbaine. Sous l influence de Chemetoff, l Atelier Ile de devient ainsi protagoniste, avec la SAMOA, du portage du projet de l île : la maîtrise d œuvre et la maîtrise d ouvrage manifestent une volonté explicite de constituer un système d acteurs stables et de former un pool de promoteurs jouissant d un statut d interlocuteurs privilégiés, en échange d un respect de la culture de projet fondée sur l intégration dans leurs opérations d un souci de qualité urbaine et architecturale et du respect pour le patrimoine bâti de l île. L idée est de constituer une communauté d acteurs dont les interventions seraient coordonnées par le portage de normes construites et partagées au fil de l élaboration du projet 4. L influence exercée par la maîtrise d œuvre s incarne donc, soit dans le rapport avec les règles de la planification urbaine, soit dans la relation avec la réalisation des programmes architecturaux et des espaces publics : d une part il s agit d adapter la «règle» au projet, à travers une révision ponctuelle du PLU ; d autre part, il s agit d élaborer les documents concernant la faisabilité des projets architecturaux, la mise à jour constante du Plan guide et la maîtrise d œuvre directe et indirecte des espaces publics (dans certains cas, la réalisation des interventions est déléguée à un autre groupe). La réactivité de la maîtrise d œuvre constitue, pour la maîtrise d ouvrage, l opportunité fondamentale d améliorer sa rapidité de décision et sa capacité à intervenir face aux multiples projets privés qui participent à la dynamique territoriale d ensemble. «La maîtrise d œuvre des espaces publics en est l objet principal, non pas que les missions complémentaires soient secondaires, mais parce qu elle a la capacité d associer le travail des maîtres d ouvrage et des maîtres d œuvres autour d un objet réel, dont la finalité est bien la forme de la ville» 5 (L.Théry). En ce sens, le Directeur de la SAMOA partage l idée de Chemetoff selon laquelle l espace public ne constitue pas la finalité du projet, mais simplement un moyen d agir qui contribue à définir un changement de la condition urbaine du site et à qualifier la cohérence globale des interventions prévues. 4 Pinson G., Gouverner la ville par projet, Sciences Po Les Presses, 2009 5 Masboungi A.,. La Loire dessine le projet, Ed de la Villette et DGUHC, 2003
Le projet urbain «Ile de» Malgré l efficacité des premières années de travaux, l équilibre entre les trois principales catégories d acteurs (élus, maîtrise d ouvrage et maîtrise d œuvre) ne à survivra pas sur le long terme. Lorsque le pouvoir public s approprie l ambition croissante du projet, la liberté de réinterroger le programme qui a caractérisé la première phase des travaux est compromise par les conflits qui touchent les mêmes catégories d acteurs. En premier lieu, c est la acception même de la notion de projet urbain qui est questionnée : Chemetoff défend l idée d une «œuvre relative», dont la maîtrise d œuvre peut (et doit) revendiquer la conception, alors que Théry l imagine plutôt comme «un procès construit par un croisement d acteurs, de contenus et de contenants différents». Ensuite, c est une vision différente de l avenir de l île qui va produire un éloignement progressif entre la maîtrise d œuvre et le pouvoir public : les conflits émergés autour de l implantation du regroupement du CHU dans l île à laquelle Chemetoff s oppose de manière radicale produisent un climat d instabilité dans la période précédant la fin du contrat (2008 2009) qui modifie les rapports entre les acteurs et compromet l avancement des travaux. Après dix ans d intervention exceptionnelle, l image de l île est radicalement changée avec 49 ha d espaces publics aménagés, 3 000 m 2 logements livrés ou en construction, 180 000 m 2 de bureaux et 50 000 m 2 d équipements construits. Malgré ces résultats, l Atelier Ile de doit quitter l île. Avec le départ de Chemetoff s enchainent une série d autres départs comme celui du Directeur des services généraux de Métropole (Philippe Mahé), qui déclenchera le départ de Laurent Théry, entraînant avec lui en cascade le départ de beaucoup de chefs de projet de la SAMOA. L ensemble de ces changements produit une vraie recomposition des acteurs impliqués dans le processus de transformation de l île, en marquant la fin de la première phase du projet urbain. La communauté urbaine décide alors de lancer, début 2010, une consultation pour désigner la nouvelle équipe de maîtrise d œuvre urbaine. En adoptant la procédure d accord cadre 6 l utilisation du marché de définition est interdite par la réglementation européenne depuis 2005 la SAMOA sélectionne, entre les 27 candidatures reçues, cinq équipes de renommée internationale, appelées à rendre une note d intention et une note méthodologique concernant la conduite de la deuxième phase du projet. Le groupe guidé par Marcel Smets (ex architecte urbaniste au conseil du gouvernement flamand) et Anne Mie Depuydt (avec l'agence uaps architectes urbanistes, Paris), en collaboration avec l agence PROAP (paysagiste Portugal), le bureau d'étude technique SCE () et le bureau d'étude énergétique Transsolar (Allemagne), est désigné lauréat en juillet 2010. Selon Jean Marc Ayrault, l approche de Smets et uaps séduit par «ses intentions claires et lisibles, par sa grande cohérence et sa volonté de renforcer la centralité» ; ce sont aussi «la personnalité de l homme», «son expérience, son leadership et son implication» qui contribuent à imposer son autorité. En septembre 2010, les nouveaux maîtres d œuvre de l île signent ainsi un contrat d une durée de six ans, qui ouvre la deuxième phase du projet urbain. Par rapport à la consultation de 1999, l approche et la demande publique ont profondément évolué : les urbanistes ne sont plus attendus pour contribuer à définir une stratégie, mais pour mettre en œuvre une vision qui a déjà été établie. Il s agit, en effet, de poursuivre la transformation urbaine engagée sur l'ensemble du territoire, en focalisant l attention sur les 90 hectares du sud ouest de l île occupés par de grandes emprises industrielles, ferroviaires et portuaires : l objectif est notamment de prévoir, à long terme, le regroupement du CHU (270 000 m² de SHON), actuellement disloqué en plusieurs bâtiments en centre ville. En acceptant ces défis, la maîtrise d œuvre s est trouvée confrontée à une série de questions stratégiques qui font basculer le projet urbain vers une plus grande échelle. La volonté de miser sur l économie de la connaissance (quartier de la Création) et sur la définition de grands pôles stratégiques (CHU, transformation du MIN et de l usine Beghin Say, ) met l opération au centre des politiques de l agglomération. Si l approche de Chemetoff était centrée sur la recherche d une unité géographique de l île et sur une transformation conçue comme un vrai projet de ville, Smets et Depuydt se trouvent confrontés à la nécessité de faire évoluer ce récit de projet, pour renforcer la fonction métropolitaine du territoire insulaire. 6 L accord cadre est une procédure qui n a pas pour objectif de choisir un projet, mais seulement une méthode et des intentions. Ce n est pas donc un contrat fixant à l avance les missions à exécuter en un temps donné, mais un cadre à l intérieur duquel des marchés peuvent être signés en fonction des besoins de la maîtrise d ouvrage.
Le projet urbain «Ile de» Le contrat signé en septembre 2010 confie aux maîtres d œuvre des missions diverses, telles que : A) L élaboration de la stratégie d aménagement de l ensemble de l île et, en particulier, de la zone sudouest avec l implantation du nouveau CHU. La mission, engagée fin 2010, aboutit en septembre 2012 à la présentation du «Plan des transformations de l île», élaboré après une série de workshops, réunissant élus et techniciens, qui ont permis de valider progressivement les orientations à donner au projet. Les priorités traitées concernent le traitement des espaces publics, la mobilité et les systèmes de circulation douce ainsi que des approches par projet ou secteur sur l axe est ouest, tels que la Prairie au Duc, le secteur Vincent Gâche/Viviani/De Gaulle, ainsi que le faubourg, les pointes est et ouest de l île. B) L accompagnement de la SAMOA dans les études de faisabilité concernant la réalisation des projets architecturaux et le contrôle de la cohérence globale. La mission, engagée fin 2010 pour une durée de six ans, concerne la coordination urbaine et architecturale des opérations de construction, et en particulier la définition des faisabilités urbaines (à l échelle d un îlot ou d un quartier, sur près de 16 ha au total), l élaboration de cahiers des charges (pour un total de plus de 92 000 m² SHON) et le suivi urbain et architectural des opérations engagées (pour 53 000 m² SHON). Jusqu à aujourd hui ce travail a permis d engager la consultation d opérateurs sur la seconde phase de Prairie au Duc en décembre 2011, la consultation sur le lot Viviani 2 bis et d encadrer la réalisation des projets SCE, Bio Ouest et IRT 2. C) L exécution des espaces publics sur la base des concepts établis dans le volet A. La mission, engagée fin 2010 pour une durée de six ans, a concerné jusqu à nos jours les abords de la Fabrique et la ligne 5 de Chronobus. D) La mise à jour permanente du projet urbain concernant la création éventuelle de dossier de ZAC, l approfondissement des études en collaboration avec la SAMOA et l évolution du Plan des Transformations (à partir de mars 2013, pour une durée de quatre ans). Dans la perspective d encadrer la démarche du projet à une échelle plus vaste, la communauté urbaine décide de confier une mission supplémentaire à Marcel Smets, à la suite de la signature du contrat : grâce à la souplesse de la procédure d accord cadre, l urbaniste est chargé de l assistance à la maîtrise d ouvrage (AMO) concernant le contrôle de la cohérence globale des rapports établis entre les deux rives de la Loire et le franchissement de la rive ouest de l île. Il s agit d une mission qui confirme l intention des élus de traiter l île dans sa dimension métropolitaine. Face à ce nouveau cadre, la démarche des maîtres d œuvre se focalise, en effet, tout à la fois sur l inscription de l île dans la métropole Saint Nazaire et sur le renforcement des liens avec le centre ville et les autres rives, ainsi que sur la mise en œuvre d une stratégie de développement du secteur sud ouest, concernant la reconversion des friches industrielles et ferroviaires et le transfert du CHU. L analyse historique et paysagère du territoire insulaire constitue le point de départ d une réflexion complexe qui fait écho à la démarche adoptée par l Atelier Ile de ; en même temps, elle s en détache en prenant ses distances avec l approche d «acupuncture urbaine» de Chemetoff ou de certaines règles qui ont été posées à la base de la réalisation des programmes architecturaux. La critique concerne en particulier l application inconditionnée du concept de «socle», qui selon les urbanistes ne serait pas convenable dans un site comme celui du Tripode (la parcelle serait trop grande pour justifier ce type de traitement). Le récit des nouveaux maîtres d œuvres se focalise alors sur la mise en valeur de l identité de chaque quartier de l île et sur le modelage d éléments de liaison entre ces quartiers (axe est ouest, circulations douce ). S appuyant sur une approche capable de s adapter à l identité des différentes zones de l île, ils proposent une lecture renouvelée du territoire insulaire autour de sept «plaques» (et non plus trois zones), issues de la géographie et de l histoire de l urbanisation de l île. La volonté de recoudre ensemble ces différentes parties du site sans pourtant en effacer les caractères singuliers se traduit dans le concept de «figure paysagère», qui constitue la base du nouveau récit proposé : imaginée comme l armature portante sur laquelle vont s appuyer les interventions prévues dans le temps, cette infrastructure accroche le projet à une grande échelle, en soulignant la priorité donnée à la mobilité et aux enjeux métropolitains dans la nouvelle phase opérationnelle. Selon Anne Mie Depuydt «la figure paysagère est là pour relier les sept quartiers de l Île et ancrer ce territoire dans l agglomération».
Le projet urbain «Ile de» En acceptant de relever le défi de la dimension métropolitaine du projet urbain, les urbanistes sont, en effet, obligés à traiter le thème de la circulation, comme une question nodale pour l avenir de l île. Cette priorité est accentuée aussi par le fait qu ils héritent de la décision de Jean Marc Ayrault de réaliser une nouvelle ligne de transport en commun avant septembre 2013 (du fait de l anticipation de la fin de son mandat). Pour ces raisons, le thème de la mobilité va devenir prioritaire et av se décliner à travers différents projets, comme la nouvelle ligne de Chronobus C5, la maille de pistes cyclables et la future ligne de tramway traversant l île. Mais la volonté de répondre aux attentes du pouvoir public se constate plus largement, sur l ensemble des questions concernant le processus d aménagement de l île. A partir de septembre 2010, les maîtres d œuvre travaillent au projet, en organisant des ateliers de réflexion et de décision réunissant les acteurs publics impliqués (les services de la communauté urbaine, les élus et la maîtrise d ouvrage). L objectif d une telle démarche est «de produire le projet avec ses partenaires, en cherchant une certaine unanimité» (M. Smets). Les urbanistes décident de poursuivre, ainsi, la tradition des réunions avec les acteurs du projet qui caractérisaient la phase précédente, pour obtenir le consensus des décideurs politiques autour des interventions proposées. Afin de discuter et de partager les choix de projet, les maîtres d œuvre rencontrent donc les responsables de la SAMOA (Jean Luc Charles et Alain Bertrand) tous les quinze jours, les élus et l ensemble des services généraux de Métropole, tous les deux mois. Pour marquer leur distinction d avec la phase précédente, les deux urbanistes proposent de soumettre également cycliquement leurs propositions à l avis d un «Cercle de qualité» composé d experts en urbanisme et de représentants politiques (dont notamment, Ariella Masboungi, Jean Louis Subileau et Patrick Rimbert). Cette initiative, qui veut afficher une ouverture claire au dialogue, semble témoigner d un nouveau besoin de valider les orientations du projet en s appuyant sur l influence de compétences extérieures sollicitées, ou sur le rôle du pouvoir public engagé. De manière spéculaire, la volonté de poursuivre l échange avec les partenaires privés, amorcé dans la phase précédente, se concrétise par la mise en place de workshops ouverts aux promoteurs privés et aux architectes appelés à construire les programmes architecturaux. Compte tenu de la composition sociale du site qui enregistre une très faible présence de familles et les revenus les plus bas de la ville les maîtres d œuvre animent ces rencontres trimestrielles, avec l objectif de traiter le thème de la qualité architecturale et des exigences de l habitat contemporain. La nécessité de prendre en compte les besoins de différents types d usagers émerge à la suite des nombreuses critiques reçues dans la phase précédente, concernant le risque de boboisation lié aux programmes immobiliers prévus dans l île. La nécessité de construire un consensus avec les citoyens passe donc par la construction d un récit partagé avec l ensemble des acteurs privés engagés. Les procédures de sélection de ces acteurs ne sont pas différentes de la phase précédente : les urbanistes interviennent d abord dans le choix des architectes chargés des programmes architecturaux et ensuite, ils contrôlent la pertinence de chaque intervention à travers les cahiers de charge élaborés pour garantir la cohérence globale du projet. Pendant deux ans, les maîtres d œuvre travaillent au projet en adoptant une démarche qui, d une part, poursuit la pratique amorcée dans la phase précédente et de l autre, met en place une série de dispositifs imaginés pour renforcer le consensus des acteurs publics et privés impliqués. La présentation officielle du Plan des transformations, en septembre 2012, explicite ainsi les priorités sur lesquelles se focaliser, en s appuyant sur un récit qui est le fruit de ce travail d échange. Malgré les efforts réalisés, la complexité du projet de transfert du CHU semble témoigner d un rapport entre maîtres d œuvre et décideurs politiques différent par rapport à la phase précédente. Conscients des problèmes soulevés par la population le risque d inondation de l île, l accroissement du bâti (de 200 000 m 2 à 270 000 m 2 ), la nécessité d un financement de l Etat et les temps de réalisation d une opération à long terme (2025) sur un site occupé par des friches ferroviaires qui doivent être encore libérées les maîtres d œuvres présentent l opération comme une des actions stratégiques les plus importantes de l aménagement de l île, mais entament également une discussion non officielle avec les élus pour vérifier leur disponibilité à trouver une hypothèse alternative dans l île à celle prévue. Ce double registre fait penser à une volonté d adaptation des nouveaux maîtres d œuvre bien plus importante que celle manifestée dans la phase précédente, dominée par le charisme de Chemetoff. Concilier la bienveillance du pouvoir public devient une exigence qui conditionne la mise au point des choix et le récit même du projet.
3.5 Les consultants externes Le projet urbain «Ile de» A partir de la phase de genèse du projet urbain, élus et décideurs font appel à une série de partenaires externes, dont les compétences permettent de cibler les objectifs et les outils de l opération. A la suite de l étude préalable confiée à Dominique Perrault et François Grether avec laquelle se précisent les enjeux du processus d aménagement la ville d abord et la Communauté urbaine ensuite, se dotent ainsi d une série de consultants extérieurs, dont on peut citer les plus significatifs. La société Partenaires Développement/SETEC est mobilisée, en 2001, pour élaborer une estimation des coûts publics du projet île de et sa rentabilité économique. La différence d appréciation des coûts publics estimés par celle ci et par l Atelier Ile de (3,3 M contre 1,25 M ) met en évidence les fortes incertitudes et les risques du projet. Dans le prolongement de cette étude, est appelé un deuxième cabinet, G3A, qui livre en Octobre 2002 une expertise sur le dispositif opérationnel. G3A fait partie de la société C3D, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations et holding d un groupe d entreprises d ingénierie et de services. C3D intervient dans le consulting, mais aussi dans l immobilier (ICADE), dans les transports urbains (TRANSDEV) et l ingénierie des infrastructures. Le rapport élaboré mentionne une étude du CINA 7 concernant l évolution des coûts de construction depuis 5 ans. On peut y lire un portage public du foncier à un prix trop important peut remettre en cause la faisabilité financière de l opération. Par ailleurs la valorisation de ce foncier dépendra des procédures mises en place, de l investissement public (espace public, transports en commun, équipements ) mais aussi du choix des produits immobiliers, surtout en début d opération. L étude réalisée par Etude immobilier et Territoire conseil pour la CUN en février 2002 souligne la hausse du prix du foncier non aménagé. L étude estime les parcelles consommables par les promoteurs entre 110 et 170 euros/m 2 de terrain et critique l évaluation de Partenaires développement / SETEC qui était à 30 euros/m 2. On pressent dans cette étude la montée en régime du projet. 8 G3A réévalue le bilan financier d ensemble de Partenaires Développement en soulignant que le prix d acquisition du foncier est largement réévalué et la surface à commercialiser diminuée. Certaines constructibilités dégagées dans le projet urbain seront particulièrement délicates à mettre en œuvre, notamment lors des phases de concertation avec le public (à titre d exemple, construction au pied de copropriétés ou sur des espaces libres). Toute diminution du volume des constructibilités aura un fort impact négatif, soit sur le bilan financier pour les opérations d initiative publique soit sur les retombées économiques du projet pour les secteurs laissés à l initiative privée. Un phasage est ensuite proposé. Avant de détailler par fiches les opérations de restructuration d espaces publics, d aménagement et les projets immobiliers d initiative publique, les auteurs de l étude mettent l accent sur la nécessité de considérer le site comme un lieu de convergence de plusieurs actions d aménagement, dont quelques unes sont en cours. Ce n est donc pas une opération mais un ensemble d opérations à prolonger. Dans cet esprit il est essentiel que l organisation mise en place soit en mesure de suivre en permanence ces facteurs, de suivre le bilan détaillé des opérations, d anticiper et de mettre en place les mesures adaptées à l évolution des paramètres. En soulignant que le pilotage du projet urbain constitue la question centrale de l opération, G3A fait quatre propositions : la première consiste en un pilotage en régie par la Mission dont l analyse pointe la difficulté de coordonner l ensemble des actions avec un risque d amoindrir l impact du projet global et de le rendre moins lisible ; la deuxième propose un pilotage partagé (pour la réalisation des espaces et équipements publics) entre la Mission et une SEM existante, mais cela présente un risque d incohérence et de conflit d intérêt entre les deux opérateurs ; la troisième prévoit un opérateur principal du projet urbain facilitant l identification du projet à une structure qui pourrait être un établissement public d aménagement ou bien une SEM projet dont sont esquissés les honoraires éventuels ; la Mission «île de» garderait les fonctions de promotion et développement du projet, d animation et pilotage de l opérateur principal, de mise en place des financements publics et de suivi des schémas directeurs ; 7 Club Immobilier Atlantique, associant une centaine d acteurs de l immobilier dans la région. Il a été créé en 1992, soutenu par la CCI Saint-Nazaire et réfléchit depuis aux questions touchant à l immobilier et l urbanisme en métropole 8 Devisme L. et alii, L analyse pragmatique d un projet urbain : la mise à l épreuve du «plan-guide en projet» de l île de, Rapport final, LAUA (ensa ) PUCA programme «échelles et temporalités des projets urbains», avril 2006
Le projet urbain «Ile de» la quatrième propose la transformation de la même Mission en structure publique autonome pouvant devenir un syndicat mixte (associant au moins deux collectivités) ou bien une régie personnalisée encore peu usitée, mais détaillée dans le rapport 9. La comparaison entre les différentes solutions possibles amène à opter au final pour une combinaison entre la troisième et la quatrième solution : la décision de créer une SEM dédiée au projet est accompagnée de la décision de fermer la Mission île de et de transférer dans la même société certains de ses salariés dont le directeur, Laurent Théry. La création de la SAMOA s explique certainement par l influence que ce dernier exerce dans la ville et le territoire, mais elle est donc, aussi, le fruit d une investigation complexe portée par ces compétences extérieures. Un autre exemple témoignant de l influence des partenaires externes sur la construction du projet urbain est offert par l incidence que la culture assume au sein du processus de transformation urbaine. Cette ouverture est fortement due à l action exercée par Jean Blaise dans la ville. Après avoir fondé, au début des années 1980, la maison de la culture de, il obtient une certaine reconnaissance avec l organisation du Festival des Allumées : entre 1990 et 1996, la manifestation propose des évènements, culturels et festifs qui permettent aux nantais de découvrir les lieux désaffectés de la ville (anciennes usines, hangars portuaires, réservoirs d eau, ). En donnant à parcourir, à éprouver et à découvrir les friches qui avant étaient pratiquées uniquement par les ouvriers, il contribue à faire exister un nouveau statut de la ville pour tous les habitants et à révéler le potentiel de ces lieux. La visibilité de la manifestation, orchestrée par les médias radiotélévisés nationaux, lui permet en 1999 de créer le Lieu unique, centre culturel issu de la réhabilitation de l ancienne usine des biscuits LU, opérée par l architecte Patrick Bouchain. Le succès du projet qui révèle à la fois le potentiel du patrimoine bâti existant et l opportunité de transformer l identité de la ville à travers la culture ne passe pas inaperçu dans la ville. A l occasion de la mise en œuvre du projet Ile de, cette évolution influence la définition du projet majeur des Machines de l île, qui devient le premier acte du nouveau programme de «mise en culture des friches». L inauguration du Parc des Chantiers est alors interprétée par Blaise comme l occasion de proposer une nouvelle manifestation culturelle : conscient des enjeux politiques liés au processus de construction de la coopération intercommunale, en 2004, il propose à Jean Marc Ayrault et à Laurent Théry la réalisation de la Biennale d art contemporain Estuaire. Imaginée comme une aventure artistique en trois épisodes (en 2007, 2009 et 2012), la manifestation naît avec l objectif d accompagner et d accélérer la formation de la métropole Saint Nazaire, à travers la découverte des lieux de l estuaire par le biais de la culture. En jouant sur un niveau inédit dans d autres projets de reconversion de friches industrielles, Estuaire bascule le projet urbain vers la grande échelle, en misant sur la puissance d un paysage fluvial et sur la construction d un territoire politique. La mise en place de la manifestation devient, en effet, une expérience exemplaire capable de rassembler l ensemble des décideurs publics (les collectivités territoriales locales, la Région, le Département, la Ville de, la Ville de Saint Nazaire, la Carene, métropole et l Etat) et d attirer de nombreux financements privés (le 20% du total), pour atteindre un budget de 7 millions d euros par édition. Véritable extension du projet urbain, la biennale se configure ainsi comme une invitation à découvrir un paysage méconnu, à travers un parcours artistique où l œuvre d art devient un outil territorial fondamental de médiation avec le grand public. Le rôle joué par des compétences extérieures provenant du secteur culturel continue à influencer l évolution du projet urbain et de la ville de manière globale. Contrainte de réinterroger le rapport entre culture et politique urbaine, à l issue des trois éditions d Estuaire, la municipalité de manifeste la nécessité d inscrire les résultats de la reconversion industrielle dans un nouveau et plus vaste projet de réorganisation de l offre touristique culturelle nantaise. Avec l objectif de valoriser le patrimoine culturel de la ville, au niveau national et international, Jean Marc Ayrault propose à Jean Blaise de devenir le directeur d une nouvelle Société Publique Locale regroupant, dès 2012, l office de tourisme de Métropole, la SEM culture et patrimoine et la structure Estuaire, dans une même entité. En acceptant ce défi exceptionnel, Blaise fait naître «Le Voyage à», produit de la volonté politique de franchir une nouvelle étape pour s imposer dans le concert des villes européennes et mondiales. 9 Ibid.
Le projet urbain «Ile de» A partir d une réflexion portant sur la volonté d exploiter le tourisme culturel d une ville qui ne peut pas être connue pour ses monuments historiques, cette structure devient le référent d un projet cultureltouristique inédit, proposant des itinéraires différents qui vont du Lieu Unique à la pointe ouest de l Ile de, le long d un parcours intégré de 8,5 km. L objectif prioritaire de la structure est d attirer les destinations vers, sur la base de son offre culturelle et touristique en : mettant en valeur, développant et exploitant tous les équipements et événements artistiques et culturels ; contribuant au développement, à la coordination et à la promotion de la programmation culturelle, concourant au rayonnement touristique et culturel du territoire ; gérant les fonctions d office du tourisme et en assurant toutes missions d accueil et d information des touristes, de promotion touristique, de coordination et de soutien de toutes les actions des divers partenaires du développement touristique local, en cohérence avec l ensemble des partenaires institutionnels du territoire. Pour contribuer à valoriser l économie locale et pour promouvoir des synergies avec les divers acteurs culturels du Quartier de la Création, la société peut accomplir toutes les opérations financières, commerciales, industrielles, civiles, immobilières ou mobilières, présentant un intérêt général pour les actionnaires (la Ville de, la Région des Pays de la Loire, le Département de Loire Atlantique, la Ville de Saint Nazaire, la Communauté de communes Loire et Sillon, la Communauté de communes Cœur d Estuaire et la Communauté de communes Sud Estuaire). La volonté d inscrire Le voyage à au sein de la politique nantaise, semble témoigner d une polarisation du contrôle des élus sur le développement des actions culturelles et sur l ensemble des actions concernant la transformation de la ville. Malgré l intention énoncée d étendre l initiative aux communes limitrophes, la concentration de l offre culturelle proposée au seul périmètre communal nantais révèle une certaine contradiction avec la vocation de la biennale Estuaire. Cela semble confirmer l approche centraliste des décideurs publics nantais qui caractérisera la deuxième phase du projet urbain. 3.6 Les acteurs privés Jusqu aux années 2000, les acteurs privés ne jouent pas un rôle significatif dans la transformation urbaine de : les projets de requalification du centre ville sont portés par le pouvoir public à travers une approche traditionnelle faisant appel à un nombre limité d acteurs locaux et à un cadre de règles renvoyant à un urbanisme de type procédural. Lorsque le projet de transformation de l île de entre dans sa première phase opérationnelle, le scénario ne semble pas forcément avoir encore évolué : l incertitude associée à la complexité de l île et à la longue durée de sa transformation n encourage pas la participation du secteur privé. Pourtant, l évidence avec laquelle le projet assume un rôle central dans la politique urbaine et territoriale contribue à modifier cette perception, en attirant progressivement plusieurs acteurs privés différents. Après la création de la Communauté urbaine et de la SAMOA, de nouveaux acteurs de la promotion immobilière de rang national et européen apparaissent ainsi sur la scène nantaise (Nexity, Kaufman & Broad, ING Real Estate, etc ). Certains promoteurs locaux ont intensifié leur activité (Lamotte, Brémond Immobilier) alors que d autres acteurs se sont fait promoteurs (comme le groupe Coupechoux, qui à l origine était spécialisé dans le design). Bien que l ensemble de ces figures manifestent un intérêt inédit pour les projets urbains, les motifs de leur engagement ne sont pas toujours les mêmes. Pour des acteurs supra locaux, le repérage des dynamiques démographiques nantaises et leurs conséquences est décisif : se positionner dans le cadre d un projet urbain permet à certains d entre eux de se faire connaitre auprès des acteurs publics locaux, de se mettre à l épreuve et de pénétrer facilement dans le marché local. Au contraire ceux qui sont présents depuis longtemps dans la ville acceptent de devenir candidats d un projet urbain pour mettre à l épreuve leur réputation, pour actualiser leurs connaissances stratégiques et pour tester leur capacité d influence sur la nature des programmes imaginés. Pour tous, l avantage d agir dans le cadre d une maîtrise d ouvrage urbaine portée par le public se traduit par la possibilité de pouvoir obtenir un foncier à prix maitrisé sur des territoires stratégiques. 10 10 Ibid.
Le projet urbain «Ile de» Lorsque le projet île de révèle son potentiel, plusieurs acteurs privés expriment l intention de prendre part à l opération. La démarche de Laurent Théry, privilégiant un urbanisme de type «négocié», et donc capable de favoriser la coproduction entre les secteurs public et privé, encourage cet intérêt. De plus, le charisme de Chemetoff permet d établir une confiance insolite entre maîtrise d œuvre, maître d ouvrage et l ensemble des acteurs privés : d une part, les deux premiers établissent les conditions de l action urbaine en accord avec les objectifs de la collectivité et d autre part, les privés se plient volontairement aux «règles du jeu», en découvrant que la démarche proposée peut renouveler leur manière de travailler. La volonté de promouvoir la qualité architecturale et d interrompre les procédures de sélection traditionnelles des «binômes» promoteur architecte amène l Atelier Ile de à proposer une nouvelle approche opérationnelle. SAMOA, Métropole et la Ville, accompagnées par l expertise de l Atelier Ile de, procèdent au choix d un opérateur/promoteur à l issue d une analyse des offres et des entrevues qui en découlent. Une fois que le promoteur est retenu, la SAMOA met au point, avec l opérateur sélectionné et l Atelier Ile de, les modalités de choix du ou des architectes chargés du projet architectural : la maîtrise d ouvrage urbaine suggère au promoteur une liste comprenant plusieurs architectes, en recevant du même promoteur une autre liste avec ses préférences ; en s accordant sur trois noms tirés des deux listes, la SAMOA, la Ville et le promoteur choisissent conjointement, à travers un oral, l architecte chargé du projet. Cela signifie que la sélection ne se fait pas sur l évaluation d un projet préliminaire, mais plutôt sur la base des méthodes et des approches proposées. Cette procédure confère un pouvoir de négociation à la maîtrise d ouvrage déléguée et à la maîtrise d œuvre urbaine et permet un partage des choix entre les acteurs impliqués, une rapidité d action et un contrôle accentué de la cohérence des projets architecturaux avec les objectifs du projet urbain. Par ailleurs, les acteurs privés apprécient cette méthode qui leur offre la possibilité de rencontrer de nouveaux architectes et d expérimenter un plus large éventail d opportunités pour agir. La participation des acteurs privés à la première phase des travaux témoigne d une prise de conscience progressive des potentialités associées à la transformation de l île et d une diversification des métiers impliqués, autour des deux piliers concernant la promotion immobilière d une part, et les investisseurs immobiliers, soutenus par de banques, de l autre. Certains c est le cas des grands groupes comme Bouygues, Nexity et Vinci se présentent comme des «ensembliers» et donc comme des interlocuteurs privilégiés qui interviennent très en amont de la conception du projet, à l interface avec la Samoa, la ville et les investisseurs privés. D autres (c est le cas de plusieurs promoteurs locaux) décident de s associer pour constituer un groupe capable de soutenir le risque financier d une opération dans la longue durée. A leurs côtés, d autres acteurs existent, tels les utilisateurs dont le métier fait appel à la capacité de réaliser des négociations avec des acteurs locaux et les commercialisateurs, promouvant l intermédiation entre promoteurs et utilisateurs et la mise en relation des espaces libres avec des acteurs susceptibles de les investir. L ensemble de ces figures compose une mosaïque complexe de rapports qui modifie la relation traditionnelle entre puissance publique et secteur privé. Cette évolution, qui est aussi le fruit de la crise économique diffusée au niveau global depuis 2008, diversifie l appropriation et l utilisation des espaces : pour faire un exemple on peut citer, d une part, le projet Euronantes, sur le site Tripode, porté par un seul investisseur, et, d autre part, certains projets du Quartier de la Création, concernant des immeubles qui ne sont plus en location mais qui sont vendus à la découpe. En tout cas, les acteurs privés manifestent la volonté d établir un rapport de confiance avec la maitrise d ouvrage urbaine et de consolider leur visibilité auprès de la collectivité, grâce à la qualité de leur projet architectural. La collaboration fructueuse entre secteur public et privé amorcée depuis le début des travaux est due à la concomitance de plusieurs facteurs : d une part, la force du portage politique contribue à constituer un récit de projet attirant ; d autre part, le charisme de la maîtrise d œuvre urbaine et l intelligence de la maîtrise d ouvrage urbaine guident les promoteurs et les investisseurs vers un mécanisme de coproduction de la ville. L approche proposée par Laurent Théry exerce une influence particulière à ce propos : exercer le droit de préemption dont la SAMOA dispose est une manière de contrôler l évolution du foncier ; éviter la procédure d expropriation signifie réduire les coûts techniques, temporels et immatériels qui peuvent nuire à la réalisation de l opération et à l image des acteurs locaux ; minimiser l acquisition des terrains de la part du public constitue une condition essentielle pour simplifier la réalisation des opérations et en réduire les risques associés. Une telle démarche favorise la l intégration des objectifs des acteurs privés avec les intérêts des politiques publiques, en contribuant à consolider la confiance réciproque qui caractérise la première phase du projet urbain.
Le projet urbain «Ile de» Avec la fin du contrat de maîtrise d œuvre urbaine, le virage amorcé par le portage politique est perçu de manière évidente par les acteurs privés. Le départ de Chemetoff, en 2009, et celui de Théry, en 2010, sont suivis par une réorganisation des forces composant la maîtrise d ouvrage et les services de la Communauté urbaine ayant des conséquences sur l avancement des travaux et sur les rapports avec le secteur privé. En l absence de la maîtrise d œuvre urbaine, on assiste au départ de l ancien Directeur général des services de Métropole, Philippe Mahé dont l activité a témoigné un rapport de confiance particulière avec Laurent Théry et de nombreux chefs de projet de la SAMOA comme Stéphanie Labat et Nicolas Binet qui ont joué un rôle d interface fondamental avec les acteurs privés. Après presque dix ans d échanges entre secteur public et privé, le projet entre dans une phase d incertitude, aggravée par la crise économique de 2008. Face à la décision d implanter le nouveau CHU au sein de l île, la plupart des promoteurs continue à reconnaître en Chemetoff la figure de référence du projet urbain, en manifestant une certaine perplexité pour le manque de lisibilité du projet à long terme. Malgré cette impasse qui dure presque deux ans, l intérêt des acteurs privés est de continuer à se positionner dans le marché et de profiter des opportunités offertes par le choix stratégique fait par la ville et la Communauté urbaine. L adaptation à la démarche qui caractérise la deuxième phase de projet ne tarde pas à se manifester. L arrivée des nouveaux maîtres d œuvre, Marcel Smets et Anne Mie Depuydt, participe à l écriture du nouveau récit de projet, imaginé pour renforcer l attractivité de l île au niveau métropolitain. Le travail mené en collaboration avec les services de la Communauté urbaine sert, en effet, à définir les lignes directrices principales de l aménagement futur de l île, mais il sert aussi à récupérer la confiance de l ensemble des acteurs impliqués, et en particulier des acteurs privés. En se focalisant sur les questions infrastructurelles et stratégiques du projet urbain, le nouveau Plan des Transformations (voir dans le chapitre dédié aux «Outils de projet») manifeste la volonté de conforter les décisions imposées par la collectivité (notamment par rapport à l implantation du CHU), afin de rassurer les investisseurs sur l intérêt des projets à développer. En continuité avec la phase précédente, les deux urbanistes proposent de surveiller la qualité architecturale des interventions en poursuivant la procédure de sélection préliminaire d un promoteur, suivie par le choix successif du maître d œuvre architecturale. De plus, ils proposent d animer en collaboration avec la Maison de l Architecture de des workshops destinés aux acteurs privés pour contribuer à : les sensibiliser aux exigences de l habitat contemporain (diversification des typologies, flexibilité des espaces, surfaces adaptées aux familles, trop peu présentes dans l île, etc ) ; les interroger sur leurs habitudes (pour vérifier la compatibilité des approches avec la logique d ensemble) ; leur transmettre des idées autour de la qualité architecturale demandée. Aux jours d aujourd hui, l impact de la démarche proposée par les maîtres d œuvre belges sur les acteurs privés ne peut pas encore être évalué. Jusqu à fin 2012, en effet, un seul appel à promoteurs a été lancé par la Samoa depuis l arrivée de Marcel Smets et Anne Mie Depuydt : l'îlot Viviani II bis, destiné à compléter l urbanisation de la grande courbe du boulevard René Viviani, prévoit un programme de 3 200 m² d activités et de bureaux qui jouxtera les créations de Perrault pour SCE, de Béal et Blanckaert pour Icade et d'aia pour Orpea/Icade. En travaillant à la faisabilité de l opération, les urbanistes ont établi des règles d'implantation générales optant pour un socle double hauteur et 7 niveaux d étages courant dans sa partie arrière. Leur attention se focalise en particulier sur la nécessité d animer ce socle à travers des commerces, des galeries et des activités différentes, d une part sur la proximité à la Loire en suggèrant de faire entrer l eau à l intérieur du quartier par des bassins en cascade, et sur l aménagement des espaces publics et des espaces réservés aux circulations douces. En définissant leur méthode comme un "accompagnement aux projets", Smets et Depuydt demandent à l ensemble des acteurs privés de s engager dans la démarche proposée sur la base d un protocole d accord, devant permettre, par validations des différentes étapes du projet, la délivrance d un permis de construire et la signature de l acte authentique de la vente du terrain, préalablement au démarrage du chantier. La volonté des acteurs privés de se plier aux règles du jeu pour bénéficier des effets induits par la transformation urbaine ne semble pas être modifiée par rapport à la phase précédente.
3.7 Les habitants Le projet urbain «Ile de» Lorsque Jean Marc Ayrault devient maire de, en 1989, l incidence des mouvements associatifs sur la scène politique locale est perceptible. Si l idée de réaliser une cité d affaire dans les friches industrielles est abandonnée, c est, en effet, grâce à l implication des individualités et des groupes soucieux de valoriser l histoire et le patrimoine industriel et maritime de l île. Cet élan est valorisé dans le deuxième mandat de J.M. Ayrault, par une volonté de promouvoir le processus de concertation via des comités consultatifs pilotés par la ville. A la fin des années 1990, cette démarche connaît un certain succès dans l'ensemble des quartiers nantais et en particulier sur celui de l'île de. D'un côté les services d'urbanisme de la mairie et les élus municipaux (notamment l'adjoint à l'urbanisme) organisent le débat autour du futur projet urbain avec la sélection de trois cabinets d'architectes. De l'autre, des représentants d'associations du quartier ou de commerçants sont invités à réunions organisées pour discuter de l avenir de l île. Le collectif des associations du patrimoine industriel et portuaire installé à la Maison des Hommes et des Techniques issue de la réhabilitation de l ancien bâtiment de chantiers Dubigeon devient un interlocuteur privilégié des responsables municipaux et des architectes choisis. En effet, après les années d études préalables qui permettent d inscrire la transformation de l île dans le processus de coopération intercommunale, le lancement du marché de définition, en 2000, témoigne d une volonté de mettre en débat le projet urbain : la procédure de sélection mise en place prévoit que les idées des concepteurs soient mises en relation avec les réflexions des habitants, des associations et d autres acteurs économiques et sociaux locaux, pour aboutir à un projet partagé. L échange qui caractérise cette phase préliminaire semble se poursuivre après la désignation de Chemetoff comme maître d œuvre urbain de l île de. Des réunions avec les membres du comité consultatif de quartier sont organisées afin d expliquer les orientations générales d intervention proposées ; des groupes de travail, mais aussi des balades urbaines sur le terrain avec des professionnels, des visites de chantier et des expositions sont mis en place pour que le grand public puisse s approprier le projet ; la mise à jour permanente du Plan guide doit contribuer à retranscrire les idées issues des débats et des autres initiatives de concertation. En effet, avant les premières décisions prises en 2002, l Atelier Ile de propose d ouvrir aux habitants une réflexion sur l existant, avec l objectif de proposer des hypothèses d aménagement en fonction des attentes relatives à ce qu il faut conserver ou détruire. Pour permettre cet échange, la SAMOA met à disposition à partir de 2001 un lieu dédié : le Hangar 32, situé le long du quai des Antilles occupé par les friches portuaires, devient ainsi le lieu permanent d exposition du projet urbain. Le maître d ouvrage qui au titre de ses missions de pilotage assume la responsabilité de l animation de cet espace mène un travail d actualisation des supports d information pour le grand public. Utilisé comme lieu d exposition permanente de la transformation de l île, le Hangar 32 devient également l espace de débat du projet, accueillant des rencontres avec les habitants de l île, au travers des comités consultatifs de quartiers. La discussion se fait à l aide du Plan guide, exposé dans la progressivité de son élaboration. En effet, dans les intentions de Chemetoff, cet outil doit permettre de prendre en compte les difficultés associées à une vision à long terme et il doit accorder à tous les acteurs de la ville de partager les choix en discussion. «Ce qui caractérise le projet est la carte qui le représente et c est l idée du partage ( ) Afficher le plan, le rendre public est la condition d un partage du territoire, mais aussi celle du partage des initiatives et de la transformation démocratique de la ville» (Plan guide en projet, 2000). L Hangar 32 devient le lieu d exposition du projet urbain ouvert au public.
Le projet urbain «Ile de» La volonté d inscrire le projet urbain dans le cadre du dispositif de concertation de la ville de, pousse la Samoa à organiser et animer plusieurs réunions avec les membres des comités consultatifs des quartiers et avec les divers acteurs associatifs présents sur le territoire. L objectif est d informer les habitants de l avancée du projet et de les faire participer à son élaboration. Plusieurs initiatives sont alors menées : en décembre 2005, Jean Marc Ayrault invite les habitants à débattre sur l île de dans le cadre d une séance plénière du comité consultatif de quartier ; en mars 2006, un «carrefour des citoyens» donne lieu à des échanges avec les élus, les responsables associatifs et les habitants ; en même temps, la SAMOA conduit une concertation avec l ensemble des parties prenantes des différents quartiers de l île, en s engageant dans des réunions régulières avec les associations du patrimoine et de la navale (sur le site des Chantiers) et en initiant des rencontres avec des acteurs économiques locaux (sur le quartier des Fonderies). Malgré ces initiatives, la concertation semble perdre de l épaisseur au fur et à mesure que le processus d aménagement avance. Si d une part cela s explique par une prise en charge du projet de la part des acteurs publics et privés impliqués, d autre part, il semble que la mise en œuvre du Plan guide ne corresponde pas exactement aux objectifs souhaités : les habitants expriment des difficultés à s approprier cet outil, à cause d une légende qui devient de plus en plus complexe et des codes graphiques qui ne sont pas faciles à lire en l absence de compétences spécifiques. La mise à jour constante du Plan guide (tous les trois mois) n est pas perçue par les habitants comme la garantie d un partage du projet, mais comme une procédure qui, au fur et à mesure, les empêche de plus en plus d avoir un regard prospectif de l aménagement envisagé. La révision des objectifs de projet devient donc l apanage des acteurs responsables du portage politique (élus) et technique (maitrîse d ouvrage et maîtrise d œuvre). 11 Malgré les nombreux comités consultatifs mis en place, le mécanisme de la concertation perd son impulsion initiale, se réduisant à une simple activité d information ou de communication. Lorsque la collectivité se focalise sur des enjeux d envergure croissante comme l implantation dans l île du nouveau CHU la participation des habitants semble être volontairement affaiblie par l ensemble des acteurs impliqués. En même temps, pour pouvoir réaliser de projets à long terme, les élus ont besoin de disposer d un consensus élargi au sein de la société civile : pour cela, ils décident de mettre en place entre la première et la deuxième phase du projet urbain, diverses initiatives de concertation, touchant différents échelles territoriales. Elle s incarneront par les deux processus principaux suivants. Au niveau de l agglomération, la Communauté urbaine confie à l Agence d urbanisme de la région nantaise (AURAN) la coordination de la démarche «Ma Ville Demain, inventons la métropole nantaise de 2030», dans la perspective d élaborer un projet de territoire largement partagé. Entre 2010 et 2012, l AURAN organise ainsi des échanges et des débats qui interrogent les citoyens sur les valeurs et les pratiques du présent, pour élaborer une vision collective de l agglomération future. Malgré la vaste participation des habitants (12 000 en deux ans), l exercice de prospective semble avoir un caractère purement formel : l utilisation de plus en plus massive des outils de communication semble limiter la dimension de la concertation à des images standardisées qui ne laissent pas place à de vrais débats sur l avenir du territoire. Ici, comme ailleurs, la mise en place d une telle démarche semble témoigner d une réduction paradoxale de la démocratie locale et d un besoin croissant du pouvoir politique de voir accroître le consensus avec son électorat. A l échelle de la ville, la transformation de l île de représente un espace stratégique essentiel pour maintenir ce type de consensus : face au pouvoir exercé par Ayrault avec la récession du contrat de Chemetoff et face aux critiques de la société civile concernant l affaiblissement de la concertation au sein du projet urbain, la nécessité d engager les citoyens est perçue comme de plus en plus urgente par les élus. Pour soutenir l ambition des défis qu elle a imposée installer le CHU, transformer l ancien MIN, bâtir un nouveau quartier sur les 90 hectares du sud ouest de l île, créer un grand parc urbain et relier les différents quartiers à travers la réorganisation de la mobilité la Ville et la Communauté urbaine lancent une mise en perspective du projet urbain, avec la mise en place d une démarche de concertation. Entre novembre 2011 et janvier 2012, un groupe d habitants est ainsi invité à participer à un «Atelier citoyen», pour contribuer à construire la deuxième phase du projet. 11 Ibid.
Le projet urbain «Ile de» Suite à des études tout d abord quantitatives, puis qualitatives réalisées sur un échantillon de 605 personnes, représentatif de la population de l agglomération, 24 participants sont recrutés sur la base de critères de genre, d âge, de catégorie professionnelle et d origine géographique. Les personnes sélectionnées 9 habitants de l île, 4 habitants de la ville et 11 de l agglomération nantaise participent à trois sessions de travail, chacune de deux jours. Les rencontres sont initiées par les élus Patrick Rimbert (à l époque adjoint au Maire de et Vice président de Métropole) et Alain Robert (adjoint au Maire de à l urbanisme, au logement, au commerce et à l artisanat). Le programme de travail, préparé par l équipe de Missions Publiques spécialisée dans l accompagnement de démarches participatives et chargée de l animation de l atelier, est construit avec la SAMOA et développé à l aide d une société de communication locale. Parallèlement, le nouveau Conseil de quartier mène trois ateliers de réflexion autour des thématiques concernant les déplacements doux, l identité et la dynamique de quartier, et l accueil des nouveaux habitants, en produisant des avis qui vont alimenter la concertation enclenchée. Le déroulement de l Atelier met en évidence des aspects importants qui permettent de saisir la nature de la concertation et l incidence des habitants au sein du jeu d acteurs impliqués dans le projet. A la suite de la première session de l Atelier, les rencontres se focalisent sur les thèmes suivants : vie sociale (la question de l humain dans le projet, les équipements, les lieux de rencontre, etc.) ; déplacements (problèmes de la saturation, du stationnement, de l accueil du CHU sur l île et des flux inhérents, possibilité d utiliser le fleuve...) ; nature et environnement (le parc, les berges, la nature en ville, les espaces verts, la dépollution...) ; logement et mixité sociale (comment la rendre réelle?) ; commerces, artisanat et emploi Interrogés sur la transformation de l île, au début de l atelier, les participants se retrouvent à partager l impression d un quartier «bobo» en train d évoluer sous l impulsion d un marché de l immobilier qui devient de plus en plus cher. D autre part, ils manifestent une certaine confusion concernant l évolution du territoire insulaire et un niveau diversifié de connaissance du projet et des acteurs impliqués (surtout en ce qui concerne les missions de la SAMOA et de l Atelier Ile de ). Les activités proposées réunions, présentations et visites de l île permettent aux participants de mieux connaître le projet, de réfléchir sur ses enjeux et d expliciter des doutes et/ou des propositions concernant le processus d aménagement. Les doutes manifestés concernent, en particulier, les aspects suivants : la marge de manœuvre limitée accordée aux habitants et une connaissance limitée des opérations ; la fragilité des hypothèses sur lesquelles repose le développement urbain futur (l implantation du CHU en premier, qui dépend de l engagement financier de l Etat) ; les financements globaux, dont le manque potentiel pourrait compromettre l ambition du projet ; l efficacité des moyens envisagés pour la résolution des problèmes de circulation ; l approche environnementale, qui devrait être systématisée à l ensemble de l île et non limitée à l écoquartier de la Prairie au Duc ; l augmentation des prix des baux commerciaux et une diversification réduite des commerces ; la taille et la configuration des logements (flexibilité limitée, prix élevés, présence faible des familles) ; la diversité sociale (manque de vie de quartier, gentrification, phénomène d exclusion, ghettoïsation, spécialisation des activités et des lieux ) ; la diversité des emplois sur l île (la hyperspécialisation potentielle du secteur médical et des entreprises créatives privées pourraient limiter la pluralité des activités économiques). Les propositions issues des séances de l Atelier qui témoignent de la volonté de répondre de manière plus transversale aux questions posées dans le mandat donné par les élus et la SAMOA se focalisent sur la mise en valeur des leviers suivants : le logement (intégrer le logement social dans les projets d habitat, prévoir plusieurs typologies de logements, améliorer leur flexibilité, promouvoir l aide aux primo accédants) ; l emploi (éviter trop de spécialisation par secteur d activités ou sur le tertiaire en général) ; les infrastructures culturelles et sportives (à repartir équitablement sur toute l île) ;
Le projet urbain «Ile de» la vie associative (à encourager à travers l aménagement des espaces publics, la dynamisation de la Maison de quartier et la réalisation d une halle multifonction couverte et ouverte); la mobilité (décongestionner la circulation sur l île grâce à la réalisation d un nouveau franchissement en aval de la Loire, à la création de transports en commun et à l affichage des temps de transport) ; l environnement (développer l utilisation des énergies renouvelables et de solutions améliorant la qualité de vie des habitants). Les réflexions exprimées par ceux qui ont participé à l Atelier citoyen manifestent l exigence de : créer un observatoire du projet urbain et de l île, pour avoir une connaissance plus fine et actualisée des thèmes et des programmes de l aménagement et pour réaliser des études prospectives sur les attentes des habitants existants et futurs de l île ; maintenir et valoriser la mémoire des lieux, assurer la sauvegarde du patrimoine architectural et pas uniquement économique ; associer de manière continue les habitants au projet urbain. En se focalisant autour de la nécessité d améliorer l intégration des nouveaux arrivants, les participants à l Atelier proposent en particulier : la mise en place d un système de parrainage ; l organisation d un système accueil à l échelle du quartier. Après avoir reçu le document de synthèse élaboré par les habitants à l issue de l Atelier, la Ville met en place quatre réunions techniques et deux réunions en présence des élus pour rédiger une réponse concernant les engagements prévus : malgré l appréciation des solutions présentées, le système de parrainage proposé n est pas retenu et la mise en place d un dispositif d accueil n est pas accepté dans sa forme d un système adapté à chaque quartier. La Ville, comme l Atelier citoyen, considère comme préalables essentiels l organisation d un partenariat avec les professionnels de l accueil et la coordination de l organisation de cet accueil ; mais pour ce faire, il propose d organiser une dynamique transversale et de projets en concertation avec les équipements, les associations, les services de la Ville et la Samoa, à partir du futur projet d animation sociale et culturelle du quartier (PASCQ). Il s agit de mieux utiliser les équipements municipaux pour accueillir les nouveaux arrivants dans le quartier et de tester un «document boussole» au sein de ces espaces, pour guider et orienter les nouveaux habitants. La mise en œuvre de l Atelier citoyen témoigne de deux aspects caractéristiques de la deuxième phase du projet urbain : d une part, l affaiblissement progressif de la concertation qui a caractérisé les années précédentes renforce le besoin des habitants d être engagés dans le processus de fabrication urbaine, compte tenu de l ambition des projets enclenchés ; d autre part, la disponibilité à ouvrir de nouveaux espaces pour discuter de la transformation de l île représente une condition essentielle, pour la Ville, pour gagner le consensus politique qu un projet à si long terme nécessite. La mise en place de l Atelier citoyen semble renvoyer, en effet, à l idée d une obligation formelle, plus qu à la volonté d implication réelle des habitants. Le nombre limité des participants (24 sur une population de plus de 600 000 habitants), le temps de la concertation (six rencontres en deux mois) et les modalités de gestion de l Atelier (suivi par une société privée de communication ayant reçu un mandat de la Ville) ne semblent pas constituer des conditions suffisantes pour permettre l intégration des exigences des habitants au sein du projet urbain. Si dans le récit des élus, de la SAMOA et des nouveaux maîtres d œuvre cette initiative est décrite comme un événement exceptionnel, témoignant d une attention renouvelée pour le partage des choix de projet avec la société civile, la nature et l impact de la démarche participative enclenchée révèlent le type de consensus recherché : ayant déjà figé les objectifs stratégiques essentiels de son développement, la Ville de crée un espace de discussion à géométrie restreinte accompagné par une politique de communication fortement «dilatée» pour légitimer ces mêmes choix, sous prétexte d une attitude d écoute. Malgré les efforts réalisés et surtout affichés dans la présentation officielle du nouveau Plan de Transformations la voix des habitants ne semble pas jouer un rôle significatif dans l avancement du processus urbain. La monté en puissance des outils de communication au sein du projet urbain témoigne d un besoin croissant de promouvoir l opération à l échelle locale, nationale et internationale, pour renforcer l attractivité de la ville face aux acteurs économiques, mais aussi face aux habitants, considérés davantage comme des électeurs que des citoyens.
Le projet urbain «Ile de» Images de la journée de présentation officielle du nouveau Plan des Transformations dans le Hangar 32 (septembre 2012)
4 LES OUTILS DU PROJET Le projet urbain «Ile de» 4.1 La mise en œuvre du Plan guide Avec la publication du «Plan guide en projet», en 1999, l équipe guidée par Chemetoff et Berthomieu gagne la compétition lancée par la Ville et devient maî<<tre d œuvre urbaine du projet «Ile de». Grâce à la procédure de marché de définition utilisée aujourd hui inadmissible pour des raisons de droit européen la commande publique peut s enrichir de suggestions formulées par les différents candidats et apprécier les qualités de dialogue et d adaptation des diverses propositions. Face à l incertitude liée à la transformation de l île, l idée de proposer une méthode, plutôt qu un projet, rencontre la faveur des élus. «Il ne s agit pas d un projet définitif mais de l énoncé illustré des thèmes et des méthodes qui permettront de mettre en œuvre un projet pour l île de (Chemetoff, 2000). L originalité de la démarche proposée privilégiant une approche capable de se construire avec le temps se révèle ainsi gagnante : le Plan guide qui a valu à Chemetoff le Grand Prix de l urbanisme en 2000 est destiné à devenir l outil le plus important de la première phase de l opération. Si les contenus du plan ont été déjà décrits dans le chapitre dédié au «Projet urbain», nous souhaitons proposer quelques réflexions concernant le rôle assumé par cet instrument, au regard de l évolution des outils de la planification et de l implication des acteurs dans le processus d aménagement. Le Plan guide s inscrit dans l histoire urbanistique du territoire insulaire nantais, caractérisé, les dernières 40 années, par la mise en œuvre de différentes procédures d urbanisme opérationnel : si la partie amont a été remblayée dans les années 1960 pour modifier le statut de prairie inondable en espace à urbaniser, la partie aval, marquée par son caractère industriel et portuaire, a fait l objet de plusieurs propositions qui n ont jamais abouti à des solutions partagées, et ce, jusqu au début des années 2000. Face au potentiel d un territoire si stratégique et à l incertitude liée à sa complexité, le Plan guide souligne la nécessité de rénover l approche de la planification, gérée jusqu alors par des compétences professionnelles d ingénieurs et par des instruments d aménagement réglementaires : pour l Atelier Ile de, il s agit de remplacer une démarche de type déterministe et linéaire, par une approche de type paysagère et «évolutive» qui met en valeur la dimension du processus plutôt que de la procédure. Cette démarche provoque des répercussions sur l ensemble des instruments de planification existants. La mise en place du Plan guide conditionne de manière directe le plan local d urbanisme (PLU) de la ville, issu de la transformation de l ancien plan d occupation des sols (POS), adopté en 1977 et révisé en 1993. Après la première conversion du POS en PLU, en 2001, le nouveau document cadre permettant de gérer l évolution du tissu urbain est enrichi par la démarche du Plan guide, pour être enfin approuvé en 2007. L adoption du Plan guide a ainsi un impact direct sur l évolution de la politique urbaine nantaise : les grands projets d urbanisme (centre ville, Malakoff, Bottière Chênaie et Ile de ) portés par la Ville et par la Communauté urbaine commencent à être gérés par de nouveaux dispositifs organisationnels et par l ensemble des négociations amorcées entre les acteurs politiques, techniques et opérationnels impliqués (promoteurs, aménageurs, bailleurs sociaux ou gestionnaires de transports collectifs). L incidence du Plan Guide sur les outils de la planification et sur les rapports entre acteurs devient plus évidente lorsqu un dossier de ZAC est crée en 2005 : il est précisé que le dossier «constitue une esquisse de programme et de faisabilité urbaine préparée avec l atelier de l île de, qui assure la maîtrise d œuvre urbaine du projet île de. C est une base pour le travail des professionnels de l immobilier à partir de laquelle ils exprimeront leur réponse et leurs propositions. Ce dossier est donc un outil pour ouvrir un dialogue, et ne peut être considéré comme l expression d un projet figé». La procédure de ZAC qui se réfère à un urbanisme de type réglementaire, traditionnellement utilisé pour construire le projet est ici considéré comme un outil au service du projet et comme un moyen pour enclencher un échange fructueux entre les acteurs 1. Le recours à cette procédure intervient, en effet, dans un second temps et sur un territoire réduit par rapport à celui de la convention publique d aménagement établi (sur un total 340 hectare, il s agit de 197 hectares qui ne comprennent pas le secteur industriel autour du MIN et plusieurs parties au sud de l île correspondant à des zones résidentielles considérées comme achevées). 1 Devisme L. et al., L analyse pragmatique d un projet urbain. La mise à l épreuve du Plan guide en projet de l île de, rapport final de recherche pour le PUCA, Paris, 2006.
Le projet urbain «Ile de» Après cinq de sa première et unique publication, les qualités du Plan guide sont si formulées dans le document de création de la ZAC prévue : L élaboration d un Plan Guide pour le projet Île de constitue l élément principal et emblématique de la démarche engagée par l Atelier de l île de en charge de la maîtrise d œuvre du projet. Le Plan guide est la carte de l île en état futur d achèvement, représentant avec le même soin l état des lieux et la projection de l avenir à une date donnée. Le Plan Guide est l outil évolutif de la fabrication urbaine. Plus qu une représentation du projet, c est un élément de sa méthode. Il figure l ensemble des îlots, occupés ou disponibles, fixe l ambition et en détermine les contraintes. Tout y est dessiné avec une égale précision, ce qui existe, les hypothèses probables, les idées plus prospectives, c est un document évolutif qui n a pas la rigidité d une règle ou d une procédure. C est un document de référence, il guide l action à court terme, dans le cadre d une vision du territoire à long terme. Il prend en compte l ensemble des politiques sectorielles de la Ville et de l agglomération, et définit le cadre de toutes les actions entreprises. Le Plan guide révèle les cohérences d un territoire complexe, en proposant d associer l ancien et le nouveau, ce qui existe et ce qui est créé. Sur l île de, le territoire est un patrimoine commun à partir duquel s élaborent les projets et ses programmes. (Dossier de création de ZAC, 2005). Conçu avec l objectif de contrôler la cohérence de la restructuration urbaine de l île et d élaborer la maîtrise d œuvre des espaces publics, le Plan guide propose un découpage de l île en 24 secteurs, qui sert à cadrer la vision de la transformation globale et à la fois la réalisation des interventions de détail prévues. Imaginé comme «une stratégie d aménagement qui allie la volonté de bouleversements radicaux avec l attention portée à ce qui existe ( ), le plan guide présente quelques avantages opérationnels. Le fait de faire coïncider la trame parcellaire nouvelle à la forme urbaine existante permet d entreprendre des opérations morceau par morceau. La démolition d un bâtiment, dans la mesure où elle n est pas rendue nécessaire par une nouvelle disposition parcellaire, peut être envisagée sans a priori. Ce que nous proposons ici n est pas à proprement parler un projet, ni un cahier des charges, c est une manière d établir pour nos actions à venir, une méthode, des objectifs et un niveau d exigence pour la transformation d un territoire. (Plan guide en projet, 1999) Le Plan guide ne se qualifie ni comme une règle, ni comme une procédure, mais il déclare de vouloir s adapter «aux initiatives qui y trouveront place». A ce propos, l étude d impact du dossier de la ZAC met l accent sur la nécessité d inverser le rapport entre projet et règle urbaine pour valoriser la flexibilité d une programmation évolutive à travers des allers retours continus entre programme et projet. La force de l approche pragmatique défendue par Chemetoff soutenue par la notion de «figure libre» de Laurent Théry utilisée pour décrire la ville contemporaine est liée à une vision qui interprète l existant comme une exception à la règle et la règle comme un système d épuration culturelle. Le rapport que le Plan guide établit dans le temps avec les documents d urbanisme en vigueur constitue la mise en œuvre de cette démarche. En définissant l organisation urbaine de l île à partir des voies de communication dont le tracé ne tient pas compte, dans certains cas, de l état de la propriété foncière existante, la question de l opposabilité du Plan guide et de son rapport avec le PLU est posée rapidement. Après une série d évaluations réalisées à ce propos par des consultants extérieurs, le pouvoir politique décide que la nature du Plan guide soit purement indicative et qu en même temps, elle puisse orienter le plan local d urbanisme. Une révision simplifiée de cet outil peut permettre d adapter les règles aux besoins du projet, comme précisé par le commentaire du dossier de création de ZAC suivant : En assouplissant les conditions d implantations sur les parcelles, en autorisant les échanges de hauteur entre les bâtiments d une même propriété, et en adaptant la règle de stationnement aux particularités du site et à sa future desserte en transports en commun, la nouvelle règle permet ainsi d organiser une plus grande diversité des constructions existantes et à venir sur l île. Expérimentée sur une partie restreinte de l île de, la zone UPa est étendue à l ensemble du périmètre de la ZAC, à l exception de quelques terrains situés à proximité de Béghin Say. Pour chaque îlot, une hauteur de référence a été déterminée en cohérence avec le projet Île de. Pour faire en sorte que le PLU soit en accord avec le Plan guide et avec les conceptions spatiales défendues par l Atelier île de, la Ville opte pour la définition d une zone UPa existante uniquement sur l île qui implique des répercussions :
Le projet urbain «Ile de» dans le repérage d éléments caractéristiques du paysage de l île de qui exigent, lorsque des opérations les concernent, un respect et la prise en compte des éléments caractéristiques des volumes, de leur implantation ou des détails architectoniques (balcons, coursives, matériaux, modénatures ) et de leur rapport avec l environnement (article UPa11). dans la définition des façades, conçues avec une grande liberté d implantation (jusqu à 80% de profondeur de la parcelle support du projet). dans la définition d un principe d échanges de hauteur (article UPa10) : une hauteur maximale est identifiée ainsi qu une hauteur de référence. La hauteur d un projet de construction doit être inférieure ou égale à la hauteur de référence fixée au document graphique, chaque élément du projet pris isolément pouvant ainsi dépasser la hauteur de référence (mais pas la hauteur maximale) à condition que la moyenne s y tienne. Dans le même état d esprit que cette règle, le COS n est pas limité. sur la nécessité, pour chaque construction, de prévoir un stationnement deux roues dans un volume construit. dans l obligation de doter tous les espaces non construits d aménagements paysagers : les espaces communs sur dalles accessibles devront être aménagés en jardins avec une épaisseur moyenne de terre végétale de 40cm et les espaces sur dalles non accessibles hors travaux de maintenance devront être végétalisés. sur l aspect extérieur des bâtiments : en référence à l article R11 21 du Code de l Urbanisme, la situation des constructions soumises à un permis de construire, leur architecture, leurs dimensions, leur aspect extérieur seront adaptés au caractère ou à l intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu à la conservation des perspectives monumentales. (article UPa11) 2 Fiches du Plan Guide concernant la révision de la règle urbaine (Atelier Ile de, 2002) 2 Devisme L., Gouverner par les instruments. Première approche : les épreuves urbanistiques du plan guide, rapport de recherche POPSU (Plateforme d Observatoire des Projets et des Stratégies Urbaines,, 2007
Le projet urbain «Ile de» Fiches du Plan Guide concernant la révision de la règle urbaine (Atelier Ile de, 2002) La mise en œuvre du Plan guide fait ressentir ses effets non seulement sur les instruments de la planification urbaine, mais aussi sur les acteurs impliqués dans la première phase du projet. Si Chemetoff devient une figure de référence dans l élaboration de la stratégie urbaine c est, en effet, grâce au récit exprimé à travers le Plan guide et au charisme de sa personne. Ceci lui permet d assumer une pluralité de missions différentes, à travers un contrat de maîtrise d œuvre urbaine tout à fait exceptionnel. Au delà de la conception et de la réalisation des espaces publics, l Atelier Ile de assume ainsi la responsabilité d une mission d assistance pour la cohérence des constructions (tous les permis de construire sont soumis à l avis des maîtres d œuvre urbaine) et d une mission d assistance pour la mise en œuvre de «l équipement majeur» (qui deviendra le projet des «Machines de l île»). L ensemble de ces activités a un impact direct sur l évolution du jeu d acteurs (élus, Communauté urbaine, maîtrise d ouvrage urbaine, promoteurs privés, architectes et habitants) et sur l avancement du projet. Au delà de la mise à jour du Plan guide et de la production des documents concernant la maîtrise d œuvre directe et indirecte des espaces publics, l Atelier Ile de devient ainsi responsable de l élaboration : d un cahier des recommandations architecturales destiné aux maîtres d œuvre sélectionnés pour la réalisation de chaque opération spécifique ; d études de faisabilité concernant des situations spécifiques (comme l extension de l hôpital et l avenir du site Tripode, ancien bâtiment du ministère des affaires étrangères démoli pour cause d amiante) ; d un document de consultation concernant la mise en place de l équipement majeur de l île, destiné à être partagé entre les élus, la SAMOA et les acteurs culturels proposants ; d un document de consultation destiné à orienter les promoteurs investisseurs privés, à propos de la programmation envisagée, du calendrier de commercialisation, des principaux objectifs de la faisabilité et des exigences de qualité attendues. Mobilisé par différents acteurs, le Plan guide engendre, donc, une maîtrise de l espace innovante et un échange entre les acteurs inédit. La force de cet outil tient, en effet, à l ensemble des responsabilités assumées par l Atelier Ile de et au rôle joué vis à vis des autres partenaires du projet : l avis de l équipe de Chemetoff assume un poids crucial au sein des commissions d urbanisme de la ville, des réunions de sélection des investisseurs et des maîtres d œuvres chargés des projets architecturaux et des réunions organisées pour mettre en relation les promoteurs avec les architectes. Plus qu une méthode, le Plan guide devient un manifeste de référence à travers lequel la maîtrise d œuvre urbaine affirme son charisme sur l ensemble des autres acteurs. Le caractère iconographique et l univers sémantique de cet instrument, qui se veut innovant et inédit par rapport aux outils classiques de l urbanisme, assument un pouvoir de persuasion qui ne permet pas nécessairement une totale compréhension de la démarche proposée.
Le projet urbain «Ile de» Plusieurs chercheurs ont souligné, à ce propos, que le maître d œuvre tend à utiliser le Plan Guide de telle manière qu il puisse, enfin, «être le seul à avoir voix légitime à dire le sens des lieux» 3. Si ces affirmations restent à confirmer, on peut constater quand même qu à un certain moment Chemetoff entre en désaccord avec la maîtrise d ouvrage politique (Ville) et technique (SAMOA). D une part le conflit entre l architectepaysagiste et le maire se consomme autour du projet d implantation de l hôpital dans l île : pour le premier il s agit d une intervention qui va compromettre la transformation enclenchée et la vie de l île et de la ville dans son ensemble ; pour le deuxième il s agit d un enjeu stratégique essentiel pour renforcer l attractivité de la ville et son économie. D autre part, les visions respectives de Chemetoff et Théry s éloignent progressivement à propos de la notion de projet urbain : pour le premier, le projet urbain «c est une œuvre portant sur la ville dans son ensemble ( ) qui accueille le point de vue des autres», mais qui dépend surtout des compétences professionnelles du maître d œuvre ; pour les deuxième, le projet urbain c est «un processus porté par un croisement d acteurs, de contenus et de contenants», dont le garant est un projet politique qui se fait fondement d une action commune. L ensemble de ces contrastes, exacerbés par le caractère évolutif et indéterminé du Plan guide qui permettrait au seul architecte de maitriser la transformation de l île, amènent à la conclusion du contrat. On peut donc considérer que le Plan guide contribue à rénover les instruments de la planification urbaine, en modifiant le rapport du projet à la règle et au temps. La volonté de gérer l incertitude d une vision à long terme lui fait assumer un caractère qui conditionne les rapports avec les acteurs impliqués, mais sa mise en œuvre contribue à restreindre le nombre de figures légitimées à en porter la démarche. En effet, si d une part il permet d amorcer rapidement les travaux pendant les premières années du projet, d autre part, l actualisation dominée par la prédominance d une dimension visuelle ne promeut pas le partage souhaité au départ. Plan Guide : état des lieux et état de projet, février 2003 (Atelier Ile de ) La concertation citoyenne, et plus généralement l ouverture du projet au débat, ont ainsi une certaine emprise sur le processus d aménagement jusqu en 2002 2003 ; mais progressivement l appropriation du Plan guide commence à devenir une affaire réservée aux acteurs dotés de compétences spécifiques ou de pouvoir de décision. La société civile n est pas exclue de la connaissance du projet, mais son rapport avec la transformation urbaine semble se réduire à une activité purement informative. La mise à jour régulière du Plan guide imaginée pour modifier l état des lieux de l île en relation à l avancement du projet implique des compétences que la plupart des citoyens n ont pas : tous les trois mois, la légende est étoffée et en l absence des versions antérieures l interprétation des cartes se fait de plus en plus complexe. La mise en œuvre de cet instrument enclenche ainsi une focalisation progressive du pouvoir décisionnel autour des porteurs politiques et techniques du projet : le Plan guide devient alors un outil d échange qui, au fur et à mesure, voit s opposer maîtres d œuvre d une part et élus et services techniques de l autre. Cette rapide analyse tend à mettre en évidence la façon dont l évolution du projet urbain est conditionnée par le lien indissociable existant entre le jeu d acteurs et l appropriation des outils. Cette relation réduit, à mon sens, la validité des analyses sectorielles qu on peut conduire sur ces mêmes facteurs spécifiques, et oblige à focaliser l attention sur les interactions mutuelles engendrées entre acteurs et outils d une opération de transformation urbaine. 3 DEVISME, L., (dir.), DEBRE, C., DUMONT, M., FOUQUET, X., GUENNOC, M L., PASQUIER, E., L analyse pragmatique d un projet urbain. La mise à l épreuve du plan guide en projet de l île de, rapport final de recherche pour le PUCA, programme «échelles et temporalités des projets urbains», ENSA, 2006
4.2 La définition du «Plan des Transformations» Le projet urbain «Ile de» La conclusion du contrat qui a confié la maîtrise d œuvre urbaine à l équipe guidée par Chemetoff pour presque dix ans marque une étape importante dans l histoire du projet Ile de. La nécessité de remplacer le marché de définition pour des raisons de droit européen devrait amener Métropole à opter pour la mise en place d un dialogue compétitif suivi d une procédure d accord cadre : la première phase devrait permettre de choisir en amont un certain nombre d équipes sur la base des approches, des méthodes et des visions proposées, alors que la deuxième devrait conclure le processus de sélection, sur la base d une confrontation plus restreinte. Le dialogue compétitif déjà présent dans la loi française, mais non autorisé jusqu en 2005 dans le domaine de l urbanisme correspond à la nécessité de rendre suffisamment riche la consultation et d ouvrir la définition des objectifs à une pluralité d hypothèses possibles ; l accord cadre, imaginé comme conclusion du processus précédent, offre la possibilité de charger les lauréats de plusieurs missions différentes. Dans le cas de l île de, la Communauté urbaine, en accord avec la Ville, décide de ne pas utiliser le dialogue compétitif, mais de passer directement à un accord cadre à travers un appel d offre ouvert à un nombre réduit d équipes, interrogées sur leurs références, leurs moyens et leur méthode. Ce choix qui interdit à ces groupes de travailler sur le contenu du projet et sur la façon dont ils préfigurent leur action semble être associé à la volonté des élus de figer les objectifs de la deuxième phase du projet. Pour la collectivité, il s agit de ne pas risquer de mettre en discussion des enjeux stratégiques comme l implantation sur l île du nouveau pôle hospitalier universitaire (CHU) considérés comme essentiels pour relancer l attractivité et la compétitivité de la ville. Après une première sélection qui réduit les candidats de 27 à 5, en juillet 2010, Métropole désigne lauréate l équipe Marcel Smets uaps. Ce choix motivé selon la directrice du CHU, Christiane Coudrier, par le charisme de l homme et par sa manière «séduisante, mais ferme, de présenter ses intentions» amène à la signature d un accord cadre, d une durée de six ans (2010 2016), qui a pour objet la conception, le suivi et la mise en œuvre de la seconde phase du projet de transformation de l île de. L opération à long terme requiert l'intervention d'une nouvelle maîtrise d'œuvre urbaine, afin d'assurer la continuité et la cohérence du projet dans le temps. En même temps, les élus veulent éviter les conflits émergés les dernières années de la phase précédente et optent pour un portage politique qui puisse imposer, depuis le départ, les conditions de l action à conduire. Pendant les deux ans nécessaires à la définition du Plan des Transformations dont les principes et les contenus sont décrits dans le chapitre dédié au «Projet urbain» la nouvelle posture des élus, et de la maîtrise d ouvrage urbaine qui est de plus en plus à son service, conditionne le travail et le récit des Marcel Smets et Anne Mie Depuydt et leur rapport avec les autres acteurs impliqués. En attente d une mise en œuvre opérationnelle de cet outil destiné à remplacer le Plan guide, voici quelques réflexions concernant les relations diverses enclenchées par sa définition. Relever le défi de dessiner et conduire la mutation de presque 90 ha de friches au sud ouest de l île, en intégrant l implantation de 270 000 m 2 du nouvel hôpital et la transformation de l ancien MIN, s affirme comme un enjeu prioritaire et essentiel pour la Ville. «Alexandre Chemetoff a su effectuer le premier pas, celui qui devait donner le goût et l envie de cette île, mais cette étape est maintenant passée». Avec ces mots, le nouveau maire de, Patrick Rimbert succédant à J.M Ayrault en juin 2012 confirme la nouvelle logique du projet, s attaquant à une échelle vaste et à des défis d envergure métropolitaine. Si la «couture urbaine» de Chemetoff a été appréciée dans la première phase du projet, le pouvoir public demande à présent de traiter les grandes masses territoriales occupées par le faisceau ferré et le MIN, dans la zone sud ouest de l île. «Ce qu on demande à un aménageur et un urbaniste, c est d accompagner nos projets. Il y a une commande» : sans pouvoir être plus clair, le maire synthétise avec ces mots la logique de la nouvelle phase de projet et, donc, les rôles des uns et des autres. Face à cette démarche, la position des maîtres d œuvre urbaine n est plus la même qu avant : si dans la phase précédente le marché de définition a permis de construire la vision de la transformation urbaine en amorçant un processus ouvert et flexible, dans cette phase, les urbanistes se trouvent «contraints» d accepter les règles d un «jeu» qui a déjà figé les objectifs de l aménagement pour les années à venir. En signant l accord cadre, Marcel Smets et Anne Mie Depuydt acceptent d accompagner la mise en place d une stratégie globale identifiée en amont.
Le projet urbain «Ile de» En poursuivant la tendance qui a caractérisé les dernières années de la phase précédente, la SAMOA, poussée par la demande des porteurs politiques, s appuie sur la communication pour construire un récit de projet fort et univoque. Cette approche confirmée par la création d une équipe dédiée à ce sujet au sein de la SAMOA et par un nombre croissant de missions confiées à des sociétés de communication externes marque soit la définition, soit la présentation du Plan des Transformations élaboré par les nouveaux maîtres d œuvre. Entre l automne 2010 et l été 2012, les urbanistes décident de mener un travail nourri par un échange étroit avec les élus et les services techniques concernés : en collaboration avec la SAMOA ils lancent ainsi une série de workshops ouverts à ces acteurs, avec l objectif de partager les diagnostics, de discuter les priorités à développer et de construire le consensus autour des choix plus spécifiques. Cette démarche se place dans la continuité de la phase précédente, mais, témoigne par ailleurs d une forme d adaptation de la maîtrise d œuvre et de la maîtrise d ouvrage aux conditions imposées, bien plus importante qu avant. Le processus de définition du Plan des Transformations apparait dominé par la volonté partagée(,nt d annuler les différences entre les récits des porteurs politiques et techniques du projet (élus, maîtrise d ouvrage et maîtrise d œuvre) : en acceptant les défis stratégiques imposés par la collectivité, les maîtres d œuvre décident de caractériser cet outil par un univers sémantique capable de justifier indirectement ces mêmes objectifs. A différence du Plan guide, qui témoigne d une certaine autonomie de la pensée, le Plan des Transformations ne développe pas un récit verbal spécifique, mais s appuie sur l utilisation de quelques mot clé pour soutenir les objectifs envisagés : le concept de «métacentre» sert, par exemple, à encadrer (ou mieux à justifier) une action dont les objectifs apparaissent figés et indiscutables, contrairement aux conditions de leur mise en place. Selon Smets, l île représente un «métacentre, c'est à dire ce qui doit corriger le centre, le compléter. Elle peut donc devenir le lieu des grandes institutions ( ) A l'origine, le fleuve était une séparation que les îles aidaient à franchir. La croissance progressive de l'agglomération et la taille inadéquate du centre historique ont favorisé le changement de rôle de l'île, de territoire périphérique à zone à vocation centrale. Le projet vise à intensifier les liens entre les quartiers de l'île et ses abords" (Smets, 2010). Si le Tribunal de Grande Instance s est installé en 2000 dans un bâtiment signé Jean Nouvel, pourquoi n en irait il pas de même pour le CHU? Selon les élus, le nouvel équipement peut constituer l opportunité exceptionnelle de faire rayonner la ville à l échelle métropolitaine et régionale. Les maîtres d œuvre cherchent donc à renforcer cette perspective à l aide des instruments verbaux et graphiques dont ils disposent, pour défendre le récit des élus, face aux doutes de la société civile. Les problématiques liées à la construction d un équipement si massif au sein de l île concernant les risques d inondabilité de la Loire et de congestion des flux des transports sont évidentes et objectives. Par contre, face à la volonté des élus de rendre faisable ce projet et de contrer ces critiques, les maîtres d œuvre doivent focaliser tous leur efforts pour accomplir cet objectif. Pour cela ils s appuient sur le basculement d échelle, sur l idée d une île qui est un «site d opportunités stratégiques», sur la restructuration de la mobilité et sur le concept d un hôpital perméable. Si le degré de «porosité» de cette structure reste une idée à définir et à comprendre, l utilisation d un langage suggestif autant qu indéterminé semble correspondre au moins dans ce premier temps à la volonté des urbanistes de soutenir la demande du pouvoir public et d accroitre le consensus autour de ce projet d envergure métropolitaine. Face aux critiques concernant la lisibilité du Planguide, les urbanistes optent pour un caractère graphique simplifié, utilisant des symboles et une notation qui facilitent la lecture : la représentation de la carte, qui échappe aux codes professionnels classiques, suggère une image plus immédiate de la transformation urbaine. Plus que le fruit d une démarche stylistique différente, ce choix semble être dicté par l exigence de promouvoir l opération à travers une simplification des enjeux associés. Même si apparemment plus simples à comprendre, ces schémas restent indéterminés et flous. Schéma de lecture du paysage urbain de l ile proposé avec le nouveau Plan des Transformations (Source : Uaps architectes)
La volonté de soutenir et défendre le récit des élus à travers les outils du projet apparait évident pendant la présentation officielle du Plan des Transformations, en septembre 2012. Après une semaine d événements dédiés à la promotion du projet auprès des médias locaux, le Plan est présenté aux habitants dans les salles du Hangar 32, restructuré pour l occasion. Soutenus par le directeur adjoint de la SAMOA Alain Bertrand, Marcel Smets et Anne Mie Depuydt montrent leur travail et déclarent leurs intentions, en défendant le récit imposé par les élus. Pour ce faire ils s appuient sur les conceptsclé qu ils ont développés ainsi que sur l utilisation de nombreux et modernes systèmes de support qui contribuent à «mettre en scène» le nouvel outil élaboré : à côté du Plan des Transformations et des documents graphiques de détail qui l accompagnent, on peut trouver ainsi une grande maquette, des écrans interactifs, des vidéos, des panneaux et plusieurs plaquettes illustrant la démarche envisagée. Il s agit d un ensemble de supports dont la finalité principale semble être la promotion d un «projet produit», plus que l information et l échange. Le projet urbain «Ile de» Présentation officielle du nouveau Plan des Transformations à la ville dans le Hangar 32 (septembre 2012) Avec le Plan des Transformations, les maîtres d œuvre ne se contentent pas, bien évidemment, de placer l hôpital sur la carte. Le document appelé à être réactualisé et affiné environ tous les six mois la référence au Plan Guide est évidente est présenté comme la «feuille de route» de l aménagement d ensemble de l île. Pour l heure, certaines zones n y figurent uniquement que sous forme de blocs fonciers appelés à évoluer. Il est vrai que ces terrains, notamment ceux de l ouest, n ont pas encore été acquis. «La bascule se fera en 2018 2019 quand le MIN et le réseau ferroviaire auront été déménagés», annonce Jean Luc Charles, le directeur général de la Samoa. Si la programmation n est donc pas encore établie, les urbanistes esquissent toutefois le nouveau profil de l île, en imaginant à l horizon 2030 une constructibilité qui atteigne à 1 500 000 m² contre les 800 000 prévus auparavant. Cette approche totalement différente par rapport à la «couture urbaine» de la phase précédente semble être guidée par le besoin de dépasser l incertitude associée à une opération à long terme, avec la prise en compte des défis stratégiques qui la soutiennent.
Le projet urbain «Ile de» Le nouveau Plan des Transformations de l ile de (Source : Uaps architectes) En faisant référence à l «effort extraordinaire» engagé pour promouvoir la concertation citoyenne, les deux urbanistes se font porteurs des exigences de la collectivité dans le récit qui accompagne le Plan des Transformations. Même s ils n ont pas pris part à l Atelier citoyen évoqué dans le chapitre dédié aux «Acteurs du projet» ils partagent avec les élus la nécessité de construire un consensus large autour des choix stratégiques du projet. Pour cela ils citent l Atelier citoyen comme un point de force de la deuxième phase du projet, mais, en même temps, ils parlent d un travail qui est le fruit d un échange avec élus, services techniques de Métropole et maîtrise d ouvrage. S il est prématuré, pour l heure, de mettre en perspective la mise en œuvre du Plan des Transformations, les conditions de sa définition et les choix de sa caractérisation formelle révèlent que dans la balance des pouvoirs décisionnels, les élus se sont attribué un poids bien plus important que dans les années précédentes. Jusqu à aujourd hui, en effet, la mise en place de l outil imaginé pour conduire l aménagement de l île semble témoigner d un nouveau rapport d acteurs où la maîtrise d œuvre ne joue plus le rôle de protagoniste de la construction des choix stratégiques qui conditionnent la vision urbaine, mais cherche à adapter son travail et donc son récit et ses outils aux besoins de la commande publique.
4.3 L intégration des outils de la planification urbaine Le projet urbain «Ile de» Sous l impulsion des lois de décentralisation émanées des années 1980, la définition du projet urbain Ile de contribue à rénover les rapports des collectivités de l agglomération avec la politique territoriale ainsi que les instruments de la planification. En 1989, la descente conjointe du fleuve par les maires de et de Saint Nazaire, Jean Marc Ayrault et Joël Batteux, donne le cap du développement de la métropole. Dans son sillage immédiat est constituée l Association communautaire de l estuaire de la Loire (ACEL), qui réunit les décideurs de la métropole les maire de et de St. Nazaire, les présidents de la région Pays de la Loire, du conseil régional de Loire Atlantique, des chambres de commerces et d industrie (CCI) de et de St. Nazaire, du Port autonome de St. Nazaire et l Union maritime de Basse Loire en un club informel et politiquement neutre où prévalent consensus et compromis. 4 Le concept de métropole n est plus imposé par le haut (selon le projet étatique de «métropole d équilibre» de 1967), mais il devient le résultat d une prise de conscience collective d acteurs qui, spontanément, reconnaissent la valeur et les intérêts liés à cette nouvelle perspective. L émanation des lois relatives à l instauration de la taxe professionnelle (1975) et au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale (loi Chevènement, 1999), poussent les territoires situés sur l estuaire de la Loire à s associer autour de la réflexion conduite pendant la phase de genèse du projet de transformation de l Ile de. En particulier, c est la définition de la «Mission Rives de Loire» à la base du Projet 2005 élaboré par le District et l agence d urbanisme AURAN, décrit dans le chapitre «Projet urbain» qui favorise la création de la Communauté urbaine en 2001, sur la base de la réflexion amorcée autour du fleuve, nouveau vecteur de développement du territoire. Soutenue par la mise en place de la Conférence métropolitaine, en 1999, cette réflexion impulse le processus de définition de nouveaux dispositifs de gouvernance territoriale et des outils de planification associés. Dans l objectif d'optimiser ou d'ajuster les nouvelles formes de management de l'action publique, la Communauté urbaine se charge de plusieurs missions et de la mise en place de dispositifs institués ad hoc (comité de validation, comité de pilotages et comités techniques) qui puissent faire émerger les enjeux fondamentaux de l'agglomération. Les moments dédiés à l échange entre les différents acteurs de la fabrique urbanistique constituent aussi «les lieux» de pilotage, d'ajustement et de réajustement d'orientations qui témoigne de la complexification de l'action publique locale et de la délicate articulation de ses niveaux d'intervention. 5 Le processus de construction d une nouvelle forme de gouvernance est influencé par la mise en œuvre du projet urbain Ile de, qui s appuie sur la construction métropolitaine et sur la coopération territoriale pour enclencher un processus de régénération de l économie et de l identité urbaine. Cette influence devient particulièrement évidente avec la formation du Syndicat Mixte du Scot de la métropole Saint Nazaire et l élaboration d un SCOT partagé entre toutes les collectivités impliquées. En juin 2003, le Préfet de Région Pays de La Loire officialise la création du Syndicat Mixte qui réunit 5 structures intercommunales, rassemblant 57 communes et plus de 760 000 habitants appartenant à la Communauté Urbaine de ( Métropole), la Communauté d Agglomération de la Région Nazairienne et de l Estuaire (Carene), la Communauté de Communes d Erdre et Gesvres, la Communauté de Communes de Loire et Sillon et la Communauté de Communes de Cœur d Estuaire Le Syndicat Mixte, présidé par Jean Marc Ayrault, Président de Métropole, a pour objet l élaboration, l approbation et le suivi du Schéma de Cohérence Territoriale de la Métropole Saint Nazaire (SCOT), document de référence qui doit tracer les grandes lignes des politiques territoriales et urbaines prévues pour les 20 30 années à venir. En devant également assurer le suivi, l évaluation, l adaptation, voire la révision du même outil, cette structure n est pas simplement chargée de la rédaction d un document d urbanisme ; elle doit surtout assurer la cohérence entre les orientations préconisées et leur application effective dans les plans locaux d urbanisme et l adaptation du même Scot aux évolutions socio économiques du territoire métropolitain. Cette politique d aménagement contribue ainsi à organiser une nouvelle gouvernance, marquant le passage d un dialogue bipolaire déjà initialisé entre les deux principales agglomérations, à une relation à l échelle d un grand territoire. 4 Mahé S., Bois S., Naissance d un grand territoire, tiré de Masboungi A. (sous la direction de) «Estuaire St.Nazaire. Ecométropole, mode d emploi», Ed. Le Moniteur, 2012 5 Devisme L., Barthel P. A., Dèbre C., Dumont M. Roy E., La fabrique urbaine nantaise en 25 questions, rapport de recherche POPSU (Plateforme d observation des projets et stratégies urbaines), LAUA ENSA, 2008
Le projet urbain «Ile de» La mise en œuvre du projet urbain Ile de influence la définition de cette nouvelle politique ainsi que la mise en place du SCOT. Après la réalisation du diagnostic élaboré en 2004 par l Agence d Urbanisme de l Agglomération Nantaise (AURAN) et la Délégation au Développement de la Région Nazairienne (DDRN), le Syndicat mixte se focalise sur la définition d une stratégie qui sache développer le projet de la métropole et, en même temps acculturer les acteurs impliqués. Pour ce faire, il confie à la Société d aménagement de la métropole ouest atlantique (SAMOA) une mission d assistance pour animer la réflexion entre les acteurs de la métropole St Nazaire et pour constituer une culture partagée entre ceux ci et avec les partenaires économiques et sociaux. La SAMOA, responsable de la maîtrise d ouvrage déléguée du projet Ile de, prend donc en charge l organisation d un processus de réflexion prospective à une échelle métropolitaine élargie. Le dispositif de débats de la Conférence métropolitaine, organisée annuellement, devient alors l occasion privilégiée de réunir les forces du territoire, pour traiter des problématiques communes et pour impulser des synergies à travers des projets concernant le nouveau contexte métropolitain. Le fait que la SAMOA soit missionnée à la fois pour la mise en œuvre du projet de transformation de l île et pour l organisation de la réflexion prospective concernant le développement métropolitain, permet de créer de synergies et de partenariats basés sur des méthodes partagées ou des visions communes. Le projet urbain île de ainsi que le projet Ville Port à St. Nazaire prend donc une place particulièrement importante dans le processus de formation de la gouvernance métropolitaine, non seulement en lien avec l évolution des organigrammes institutionnels, mais aussi par rapport à la mise en évidence de thématiques émergentes (développement durable, environnement, habitat, énergie...) et à l innovation des instruments destinés à s'articuler autour d'elles. Une influence toute particulière est jouée par la mise en place de la Biennale «Estuaire», inaugurée en 2007 avec le projet des Machines de l île, le Parc des Chantiers et la réhabilitation des hangars portuaires enclenchés par le projet urbain. Cette manifestation artistique devient un «accélérateur» de métropole dans les consciences et les actes qui accompagnent la découverte les rives de la Loire. Ce rapprochement est confirmé par l approbation à l unanimité, en 2007, d un SCOT unique signé par tous les territoires situés le long de l estuaire. Périmètre du SCOT de la métropole Saint Nazaire Cet outil, configuré comme un instrument pour orienter le développement territorial à l horizon 2020, devient la base d un engagement fondé sur la volonté d une plus grande solidarité entre les territoires et sur une volonté politique forte. Les objectifs d une telle démarche s imposent aux PLU locaux, sur les principes suivants : économiser l espace et limiter l urbanisation (réduire d au moins 10% la consommation annuelle d espace et privilégier le renouvellement urbain dans le tissu urbain existant, plutôt qu étendre l urbanisation) ; organiser la forme de la métropole en s appuyant sur ses pôles urbains assurer la protection de l espace agricole répondre aux besoins en logement (assurer la production de logements locatifs privés, notamment dans le périurbain, faciliter l accession «à prix maîtrisés» dans les agglomérations et dans les pôles périurbains et inciter une politique foncière dédiée à l habitat) assurer la mobilité des habitants (développer les alternatives à la voiture, en organisant la complémentarité des moyens de déplacement et le développement de la «mobilité douce») ; assurer le développement économique sur tout le territoire (développer l emploi et améliorer sa répartition territoriale) ;
Le projet urbain «Ile de» protéger l environnement et toutes les ressources du territoire (préserver la biodiversité et le bon fonctionnement des espaces naturels, notamment par rapport aux risques d inondation liés aux stratégies de développement urbain) préserver les grands paysages et les paysages urbains économiser l énergie et contribuer à la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre (demander aux PLU d avoir des règles d urbanisme permettant de favoriser le développement des énergies renouvelables). A la pluralité des objectifs portés par le SCOT correspond une articulation du même outil en plusieurs volets, tels que : le Diagnostic des forces et des faiblesses du territoire, accompagné de l État initial de l environnement et de l Évaluation environnementale qui évaluent l impact, positif ou négatif du projet sur l environnement ; le Projet d aménagement et de développement durable (PADD), qui constitue le projet politique du Scot et décrit la stratégie imaginée ; le Document des orientations générales, conçu comme un règlement à l échelle intercommunale. L approbation d un SCOT unique témoigne de la volonté des territoires situés sur l estuaire de la Loire de prendre en main leur avenir, en misant sur le renforcement d une nouvelle identité commune : les défis culturels, environnementaux et spatiaux portés par certains projets urbains en cours constituent la base de la nouvelle coopération territoriale. L influence du projet Ile de sur les politiques territoriales et sur les instruments mis en place pour les appliquer est confirmée par la transformation de la SAMOA, en 2011, en SPL. Avec l évolution de son statut, la société responsable de la maîtrise d ouvrage du projet urbain se voit attribuer des compétences plus élargies sur un territoire plus vaste. Elle peut ainsi assumer de nouvelles missions concernant : le lancement de nouvelles études hydrologiques sur l estuaire ; la réalisation d études concernant la mobilité, le commerce et l habitat relatifs à l île de et à l agglomération nantaise ; la préparation, la réalisation, l évaluation et la diffusion d une Conférence métropolitaine thématisée au format renouvelé ; l actualisation de l inventaire des projets de la métropole ; l assistance à la mise en œuvre de projet de pôles structurants divers (autour de l Erdre et du Gesvres ou autour de la gare de Savenay, qui a fait l objet du concours Europan, en 2011). l élaboration de la candidature au fonds «Ville de demain» du programme d investissements ainsi que l animation, la coordination et le suivi du dispositif ayant abouti à l attribution de 5,1 millions d euros à la métropole Saint Nazaire (à travers le programme national «Ecocité») Ce dernier financement est destiné à subventionner, à échelle urbaine et métropolitaine, les cinq grands projets intégrés, démonstrateurs, innovants et reproductibles (à réaliser à horizon 2014) suivants : Saint Nazaire Ville et Port, avec 2 millions d euros pour des opérations d éco construction et des systèmes de retraitement des eaux adossé à la station d épuration communautaire ; Ouest de l île de, avec 1 million d euros dédiés à la construction d un îlot à énergie positive et des expérimentations autour des usages de la ville et de sa fabrique ; LiberTan, avec 2 millions d euros destinés à la mise en place d un système de billettique expérimental ; Logistique urbaine, concernant des crédits pour l étude de dispositifs innovants pour la desserte en marchandises du centre ville de l agglomération nantaise ; Basémis, concernant la définition d une aide en ingénierie pour un inventaire des émissions de gaz à effet de serre à l échelle de la métropole Saint Nazaire, conforme aux règles internationales de l ONU. Ces projets font partie de l inventaire des «100 projets de l éco métropole» réalisé en 2010 et 2011 par la SAMOA, dans le cadre de la démarche «EcoCité» qui témoigne de l ambition fédérant l ensemble des collectivités de l estuaire.
Le projet urbain «Ile de» Malgré la communication administrative officielle, les enquêtes publiques et les réunions d information qui ont accompagné la définition du SCOT, la population ne semble pas impliquée de manière active à cette démarche. L avis issu d un atelier citoyen organisé en 2008 et présenté, dans la même année, à la 4 ème Conférence métropolitaine Gouvernances et projets pour une éco métropole, dénonce une faible connaissance de la nouvelle politique territoriale. A travers une analyse précise de la situation qui les concerne, les habitants de l estuaire manifestent leur «désir d être acteurs de la vie citoyenne» et de «construire et décider ensemble» l avenir des territoires qu ils habitent. A leurs yeux, les maires ne sont pas pleinement conscients des besoins et des attentes concrètes des citoyens sur l étendue de la métropole ; pour cela ils soulignent la nécessité de : avoir une identification claire du concept de «éco métropole» (peu clair pour les habitants) ; mettre en place d autres formes de démocratie participative ; doter la métropole d outils de gouvernance efficaces et opérationnels, visibles et compréhensibles par les habitants ; définir un thème annuel fédérateur et y associer les citoyens, individuellement ou collectivement. Poussés par le souci du maintien de la traçabilité de la décision publique, les habitants manifestent donc l exigence de vouloir prendre part au processus de définition des stratégies métropolitaines. Malgré les initiatives lancées à la suite de cette alerte (comme l exposition itinérante «Petite Planète» organisée en 2010 par la SAMOA), la nécessité de trouver de nouveaux modèles pour associer plus étroitement les citoyens à la fabrique urbaine et métropolitaine reste un défi ouvert. Les ateliers citoyens lancés en 2011 2012 décrits dans le paragraphe dédié aux habitants, du chapitre précédent ne semblent pas avoir produit des changements réels en ce sens, mais confirment plutôt le besoin d afficher un récit de projet (urbain et métropolitain) fort, par le biais d instruments de diffusion focalisés sur l image plus que sur le contenu des choix. 4.4 Les instruments de promotion du projet urbain Depuis 2003 la SAMOA se charge de l élaboration d un nombre croissant d outil conçus pour diffuser la connaissance du projet urbain Ile de. Il s agit de supports de type informatique (site web), mais aussi de supports papier, comme la lettre d actualité du projet, les lettres «d information travaux» ou la plaquette annuelle de présentation de l ensemble des projets immobiliers (réalisés ou en cours). A côté de ces supports, la SAMOA soutient d autres publications ponctuelles comme l ouvrage «2 VISU», «Les chroniques de l'île de», ou «L invention d une île», écrits pour faire connaitre et pour promouvoir le processus urbain enclenché. Autour des outils mis en place par la SAMOA, on assiste à la diffusion d autres publications qui contribuent à la diffusion du projet, comme la revue «Place publique» imaginée comme un instrument de réflexion et de débat sur les questions urbaines, concernant le développement de la métropole /Saint Nazaire ou les publications issus des Atelier Projets Urbains animés par Ariella Masboungi : «La Loire dessine le projet» (suite au premier atelier organisé en 2001, centré sur la mise en œuvre du Plan guide) et «Estuaire St.Nazaire. Ecometropole, mode d emploi» (suite au dernier atelier organisé en 2010, focalisé sur la construction de la métropole). Le besoin de construire un récit de projet fort, pour créer un consensus élargi autour de la politique urbaine amorcée, devient de plus en plus évident lorsque l envergure du projet urbain s accroît, sous l impulsion du succès des plus importantes opérations réalisées (la requalification des espaces publics, le projet des Machines de l île et l inauguration de la Biennale Estuaire). En effet, avec la mise à point du concept du Quartier de la Création, la communication assume un rôle de plus en plus important pour le portage du projet urbain. L attractivité de l île devient l objectif prioritaire de la régénération urbaine, ainsi que le confirmera la formation d une équipe dédiée au Cluster correspondant, au sein de la SAMOA. Le futur de l île se joue donc sur sa capacité à développer des nouveaux pôles intégrés, capables d attirer des entreprises créatives, des professionnels, des chercheurs, des étudiants et des nouveaux habitants. Pour accomplir cet objectif, la promotion du projet est un enjeu essentiel de sa mise en œuvre.
Le projet urbain «Ile de» Pour favoriser l information sur les chantiers en cours, l actualité du projet en temps réel et les événements de la vie de l île, depuis 2011 le volet rédactionnel est externalisé de la SAMOA, tandis que la diffusion des journaux d actualité est intensifiée (dans le Hangar 32, dans divers lieux publics, dans les commerces de l île et dans la presse locale). La montée en puissance du rôle de la communication devient de plus en plus claire avec le passage à la deuxième phase de projet, matérialisée par l arrivée d Anne Mie Depuydt et Marcel Smets à la tête de la nouvelle équipe de maîtrise d œuvre désignée. L actualisation des contenus de médiation du Hangar 32, le remplacement du Plan Guide par le nouvel outil de représentation du projet urbain le Plan des Transformations sont accompagnés par une refonte des média d information du projet. En septembre 2012, la présentation officielle de ce plan, s appuyant sur un nombre élevé de supports d information, physiques et virtuels, confirme ce passage et la volonté de miser sur la communication pour élargir le consensus autour du projet. Un nouveau magazine, appelé "TRANFORMATION(S)", est produit par la SAMOA avec l objectif d «informer les usagers et les habitants sur l actualité du projet» et «de montrer également les différentes facettes d un territoire de vie où s élabore, en concertation, de nouvelles pratiques urbaines originales, inventives et durables». Cette initiative témoigne d une part de la volonté de promouvoir les choix stratégiques sur lesquelles la Ville et la Communauté urbaine se sont investies, d autre part, répond à la volonté de rompre avec une représentation du projet liée à la phase précédente, pour se projeter avec plus de force vers les nouveaux défis urbains et métropolitains envisagés. Les outils de diffusion et d information cités ci dessus ont contribué à promouvoir le projet et à attirer, aussi, des soutiens économiques divers. La mise en attente du projet correspondant aux dix ans d études qui ont anticipé l engagement de la Ville et des collectivités territoriales limitrophes a permis de focaliser l attention des acteurs économiques locaux et de canaliser un grand nombre de partenaires, publics et privés, autour de la mise en place du projet urbain. De manière très synthétique on peut dire que le secteur public a financé l opération avec des aides : de l Etat, avec 5 M d euros reçus dans le cadre de l appel à projet «Ecocités» (pour lequel a été sélectionnée avec 12 autres villes françaises) et d autres investissements provenant du FNADT (fonds national d'aménagement et de développement du territoire) qui ont soutenu l aménagement des espaces publics (le Boulevard G.de Gaulle et le quai F. Mitterand) et des projets stratégiques comme le secteur Tripode et le projet artistique des Machines de l île ; de la Région des Pays de la Loire, avec environ 8 M d euros provenant du Contrat Régional d Agglomération, qui a soutenu le projet de réhabilitation des Nefs et de création de l Atelier et de la Galerie des Machine, la réalisation du bâtiment Fabrique dédié aux musiques contemporaines, l aménagement des espaces urbains «Rives de Loire» et le projet de régénération du Parc des Chantiers; du Département de la Loire Atlantique, qui à travers le soutien du Conseil Général a contribué à soutenir le projet du Parc des Chantiers ; de la Communauté Urbaine Métropole qui a soutenu l opération dans son ensemble et qui a estimé un engagement économique d environ 12 M d euros pour la période 2010 2014 ; de la Ville de qui a contribué à soutenir le développement global du projet, depuis son départ. Toutes ces contributions ont été gérées par le biais de conventions publiques, mises à jour cycliquement en fonction de l avancement des travaux et des phases du projet. Grâce à l inscription de la transformation urbaine au sein de divers projets européens, l opération a pu bénéficier aussi d une quantité importante de fonds publics provenant de la Communauté Européenne. Plus précisément, plusieurs interventions ont été financées par les projets suivants : REVIT (Towards More Effective and Sustainable Brownfield Revitalisation Policies), qui a réuni, de 2003 à 2007, six villes européennes (Stuttgart, Tilburg, Hengelo, Medway, Torfaen et ) partageant des problématiques et des objectifs stratégiques similaires de valorisation, préservation et de promotion des friches urbaines. A, les 2, 9 millions d euros ont permis de soutenir le développement de trois site stratégiques comme les Fonderies, les halles Alstom et le parc des Chantiers et, plus généralement, ont fait rayonner l atout de la ville dans le réseau des villes partenaires.
Le projet urbain «Ile de» CONCERTO Act 2 qui a soutenu les villes de, Hanovre (Allemagne), Malmö (Suède), Newcastle (GB) et Koszalin (Pologne), développant des politiques volontaristes en matière d énergie. Sur le territoire nantais, Métropole, la ville de, la SAMOA et l Agence de l Environnement et de la Maîtrise de l Energie (ADEME) ont signé le programme Concerto pour la période 2006 2010, en se focalisant sur la réalisation de travaux d études et de recherches appliquées sur la qualité énergétique des bâtiments et sur des opérations de démonstrations mettant en pratique des solutions innovantes pour une moindre consommation de l énergie dans les bâtiments. Les 2,6 M d euros reçus concernent 80 000 m² de surfaces construites sur l île de (logements, bureaux, activités). Plus globalement, le financement a été intégré dans le cadre de la mise en œuvre d un projet urbain durable capable de faire rayonner l engagement de la ville pour les années futures : les efforts réalisés en ce sens ont permis à la ville de recevoir le label «Ecocité» de l Etat et l appellation de «Capitale Verte d Europe» pour l année 2013 de la Commission Européenne. ECCE Innovation, qui a mis en place un réseau de villes européennes centré sur l échange et le transfert d expertise et des connaissances concernant le développement des entrepreneurs créatifs. Avec les financements reçus entre 2005 et 2008, Métropole a développé le concept du Cluster lié au Quartier de la création, imaginé pour favoriser l emploi et la croissance économique dans le secteur des industries créatives. La ville de et le projet de l île en particulier a pu bénéficier des fonds provenant d une deuxième édition ouverte entre 2009 et 2011, ainsi que les villes de Aix la Chapelle, Stuttgart, Eindhoven, Dublin, Cardiff, l université de Birmingham et l agence anglaise de développement des industries créatives (CIDA) dans la région du Yorkshire. Le projet a formé un réseau de chargés de développement économique ou «d agents de transfert» dans chaque ville afin de tester des méthodes pour soutenir l innovation et des initiatives interdisciplinaires dans le secteur culturel et créatif, pour favoriser l accès aux nouveaux marchés et pour mettre en place des processus et des services adaptés au secteur culturel et créatif. L accès aux financements, la commande publique et les liens entre le secteur créatif et l enseignement supérieur sont des thèmes importants pour l initiation d actions et le développement de la recherche. La participation à ce projet a renforcé le rôle de la ville de dans le réseau de l économie culturelle européenne. En s ajoutant à ces contributions, le projet a pu compter sur les subventions provenant du FEDER (Fonds Européen de Développement Régional) qui ont permis de soutenir un grand nombre d aménagements de l île (le boulevard de Gaulle et les abords du centre commercial Beaulieu, le quai des Antilles et Wilson, les espaces publics autour du palais de justice, les Machines de l île, etc...). Avec 5 millions d euros reçus entre 2000 et 2007 soit 25 % du budget global des opérations concernées ces fonds ont permis de soutenir de manière importante l effort financier du projet urbain. A l ensemble de ces supports économiques de provenance publique, se sont ajoutées les formes de partenariat public privé décrites dans le troisième chapitre dédié aux «Acteurs du projet». Ce que l on veut souligner ici encore, c est que la mise en œuvre du projet urbain est de plus en plus liée à sa communication et donc à la force des outils de promotion et de diffusion du récit qui y est associé : l ensemble de ces instruments contribue à mobiliser non seulement les supports économiques nécessaires pour soutenir l opération, mais à construire aussi le consensus qui doit accompagner un processus si complexe. La mise en œuvre du projet Ile de témoigne de cette nouvelle conscience et des dynamiques de compétitivité entre villes qui y sont associées.
5 LES TEMPORALITES DU PROJET Le projet urbain «Ile de» 5.1 Les temps du projet urbain En presque 25 ans, la transformation de l île de a contribué à modifier l image et l identité de la ville. Ce changement est le fruit d une évolution lente et progressive au sein de la politique urbaine et de la gouvernance territoriale. En effet, depuis le début des années 90, la reconversion des friches industrialoportuaires qui occupaient la zone ouest de l île est devenue un «projet de ville» qui a donné les bases d une nouvelle identité territoriale et d une nouvelle géographie sociale et politique. L originalité de la démarche enclenchée, la diversité des échelles traitées et la pluralité des acteurs impliqués témoignent d une expérience qui a été reconnue comme innovante, dans le cadre de l urbanisme français et européen. La progressivité avec laquelle le projet s est construit dans le temps constitue, sans doute, un des motifs de l exemplarité de l opération. La volonté de concevoir une vision d avenir, avant de poser la question des outils opérationnels, a marqué fortement la définition du projet et sa mise en œuvre. Cette démarche, due au pragmatisme du contexte local et à l absence initiale d une coordination centralisée de l action urbaine, a permis de mettre à point un projet de longue durée, sous l effet de la transformation des valeurs et des ressources physiques, économiques et socioculturelles qui a suivi à la fermeture des chantiers navals. Pour mettre en évidence cette évolution temporelle, on peut résumer l histoire du projet dont les détails sont présentés dans le deuxième chapitre «Projet urbain» dans les trois macro périodes suivantes : 1989 1997 «la genèse du projet urbain» ou le «temps de la réflexion» Lorsque Jean Marc Ayrault arrive au pouvoir en 1989, l avenir des friches qui occupent la portion ouest de l île Saint Anne (à l époque le toponyme «île de» n existait pas encore) est perçu comme un sujet délicat et à la fois essentiel. Face aux différents projets imaginés par certains acteurs économiques locaux, la municipalité s interroge sur le rôle que cette partie de la ville doit assumer : dans sa vision, ce qui a été pendant des siècles le moteur économique de ne peut pas se configurer comme un lieu défendant les intérêts d une minorité d acteurs (notamment politiquement de droite). Pour cette raison, et sous l impulsion des associations ouvrières qui réclament le respect de la mémoire du lieu, Ayrault abandonne l ensemble de ces projets et décide de se donner du temps pour enclencher une réflexion qui puisse révéler les enjeux d un site si stratégique. L ambition est de transformer un territoire en déshérence à travers le développement de nouvelles fonctions capables de renforcer l attractivité de la ville et d améliorer la qualité de vie de ces habitants. Pour initier cette évolution, Jean Marc Ayrault ouvre une phase qui prend corps à travers une série d études conduites pendant presque dix ans. Les étapes fondamentales de cette phase peuvent être identifiées aux moments suivants : En 1991, l équipe municipale confie aux architectes urbanistes Perrault et Grether une étude sur le devenir de l île, inscrite dans le cadre de l agglomération : en posant l accent sur le caractère morphologique et géographique de l île, l étude met en évidence la nécessité de renouer avec la Loire et de transformer le territoire insulaire appelé pour la première fois «île de» dans sa globalité. Entre 1995 et 1997, la Ville de, le District de l agglomération nantaise et l agence d urbanisme (AURAN) mènent des études qui dressent un diagnostic détaillé de l île : l ensemble de ces enquêtes convergent dans l élaboration du Projet 2005 «Rives de Loire» adopté par le District en 1996 qui met la Loire au centre de la nouvelle stratégie territoriale. Au delà de la transformation de l ouest de l île, émerge l idée d une plus vaste régénération du territoire, qui puisse s appuyer sur la mise en place d un processus de coopération intercommunale. L implantation du nouveau Palais de Justice dans l île, en 1996, est le premier acte de la réintégration des friches dans la ville et le point de départ d une stratégie future basée sur le développement de pôles divers (juridique, médias, santé, formation, art et culture) intégrés dans le tissu urbain existant ou transformé.
Le projet urbain «Ile de» 1998 2009 «la première phase du projet urbain» ou le «temps de la révélation des lieux» En 1998, la ville lance une consultation ouverte à trois équipes pluridisciplinaires, appelées à imaginer l évolution de l île : le groupe guidé par Chemetoff et Berthomieu gagne le marché d étude, sur la base de la méthode proposée. Dans le cadre d un contrat de maîtrise d œuvre urbaine de neuf ans, la SARL Atelier Ile de dirigée par Alexandre Chemetoff met en place une approche innovante, pour concevoir et suivre la transformation de l île dans le temps. En défendant une méthode refusant la rigidité des règles et des procédures, la maîtrise d œuvre élabore un nouvel outil (le Plan guide), avec l objectif de construire le projet de manière évolutive et progressive. Les événements marquants de cette première phase du projet se traduisent dans les étapes suivantes : En 2001, la maîtrise d ouvrage est transférée à la Communauté Urbaine Métropole : cet acte témoigne d une évolution progressive des objectifs du projet urbain et de son inscription au sein d un projet plus vaste de coopération intercommunale. En 2003, la maîtrise d ouvrage passe à la société d économie mixte SAMOA (Société d Aménagement de la Métropole Ouest Atlantique), dans le cadre d une convention publique d aménagement avec Métropole, validée pour une durée de 20 ans. La transformation d un territoire si vaste pose des questions très diverses, allant de la reconversion de grandes emprises industrielles à l intervention sur les interstices du tissu urbain existant. La complexité des enjeux associés la valorisation d un territoire composite et habité, la mutation de l identité de l île, la reconquête de la Loire et le respect du patrimoine naturel et bâti pousse ainsi l ancien directeur du District, Laurent Théry, à proposer la constitution d une structure dédiée au suivi de l opération urbaine. Entre 2003 et 2007, le projet entre dans sa première phase de construction. Grâce à la synergie des acteurs impliqués, le rythme des travaux réalisés est particulièrement intense : la requalification des quais de la Loire (quai F. Mitterand, quai des Antilles, quai de l Estacade et quai Blancho), la réhabilitation des Nefs, la reconversion de l Atelier des Chantiers de et des ex hangars portuaires, la création du parc des Chantiers, la restructuration du centre commercial Beaulieu et la réalisation de la nouvelle Ecole d Architecture sont les opérations les plus remarquables de cette première phase du projet. Il s agit d une série d opérations qui prennent corps au fil du temps, à travers un montage adapté à chaque situation spécifique. L inauguration de la biennale d art contemporaine «Estuaire», en 2007, marque une étape fondamentale du projet urbain : en effet, la manifestation artistique contribue à préciser les objectifs de l opération, à poursuivre les travaux avec une rapidité sans précédent et, en même temps, à accélérer le processus de formation de la gouvernance métropolitaine. Entre 2008 et 2009, maîtrise d œuvre et collectivité entre en conflit du fait de divergences relatives à l implantation du CHU sur l île. La conclusion imminente du contrat de l Atelier Ile de (décembre 2009) annonce la fin d une collaboration qui, en presque dix ans, a acté la mutation de l île : 49 hectares d espaces publics ont été aménagés, 3 000 logements ont été construits et 180 000 m 2 de bureaux ont été engagés dans 75 opérations différentes. Un nouveau rapport avec la Loire a été établi et l identité insulaire a été profondément modifiée : l île a pris place dans le territoire de la métropole et elle a élargi et dynamisé le centre de la ville, en offrant aux nantais un nouvel espace de vie, de travail, de culture et de loisirs.
Le projet urbain «Ile de» depuis 2010 «la deuxième phase du projet urbain» ou le «temps des enjeux métropolitains» Avec la fin de la maîtrise d œuvre de Chemetoff et la décision de la collectivité de réaliser des projets d envergure métropolitaine sur l île l implantation du CHU, la reconversion du MIN et la création d un nouveau parc de 14 ha une page se tourne dans l histoire du projet urbain. Face aux conflits émergés et aux effets de la crise économique qui ont produit un ralentissement global des travaux, la collectivité recherche un nouveau souffle pour compléter et enrichir le programme prévu dans la phase précédente. Une nouvelle consultation est lancée au début 2010, dans le cadre d une nouvelle procédure de sélection : le groupe guidé par les belges Marcel Smets et uaps (Anne Mie Depuydt) est désigné nouveau maître d œuvre urbain, avec un accord cadre d une durée de six ans. Pour l équipe sélectionnée, il s agit d intensifier la métamorphose enclenchée et de renforcer le rôle de l île au sein du contexte métropolitain : avec la décision d implanter le nouveau CHU sur l île (les 200 000 m 2 prévus au départ sont aujourd hui devenus 270 000 m 2 ), la Communauté urbaine ouvre la deuxième phase du projet urbain. La volonté de focaliser l attention sur les 90 ha occupés par les friches ferroviaires et l ancien Marché d Intérêt National (MIN) situés au sud ouest de l île, marque la nouvelle démarche urbaine qui fait basculer le projet vers la grande échelle. Les maîtres d œuvre sont obligés de se confronter à la nouvelle dimension métropolitaine et à intégrer les objectifs fixés. Le travail sur lequel ils s engagent, depuis la signature du contrat, s articule autour des moments suivants : Entre octobre 2010 et juillet 2012 l équipe guidée par Marcel Smets et Anne Mie Depuydt amorce un dialogue étroit avec les élus et les services de la Communauté urbaine, pour conforter la demande publique et pour mieux préciser les orientations de la nouvelle phase du projet. En acceptant les défis imposés, les maîtres d oeuvre focalisent leur activité sur les enjeux associés à la définition des projets d envergure métropolitaine. Entre novembre 2011 et janvier 2012 un groupe d habitants est invité à participer à un «Atelier citoyen», lancé par la Communauté urbaine et géré par la SAMOA, pour contribuer à construire la deuxième phase du projet urbain. Malgré l intérêt du processus enclenché, les conditions de sa mise en place (le nombre réduit de participants et de journées de travail) et l absence d un dialogue direct avec les maîtres d œuvre ne semble pas avoir une influence réelle sur la mise en œuvre de l opération. En septembre 2012 Marcel Smets et Anne Mie Depuydt accompagnés par le Directeur Général Adjoint de la SAMOA, Alain Bertrand présentent officiellement le nouveau Plan des transformations, qui remplace le Plan guide de Chemetoff. Avec cet outil, destiné à guider l évolution de l île pour les six ans à venir, les maîtres d œuvres se proposent de créer les conditions pour mettre en place la nouvelle stratégie urbaine : en misant sur des projets complexes comme celui du nouvel hôpital, les urbanistes sont obligés de se confronter à l évolution des flux dans et vers l île, avec la difficulté d intégrer des opérations diverses dans le temps. Cela pousse la maîtrise d œuvre à focaliser l attention sur le thème de la mobilité et sur le nouveau rôle que l île peut jouer à l échelle de la métropole. La mise en œuvre du nouvel outil (Plan des transformations) amorce la nouvelle phase de construction associée à la régénération de l île.
5.2 L avancement des travaux Le projet urbain «Ile de» Les travaux enclenchés depuis 2002, avec la mise en œuvre du projet urbain, ont profondément fait évoluer la relation de l île avec la ville et la Loire. Comme l a décrit l histoire du projet, ce changement est le résultat d un processus lent, qui s est appuyé sur la force du pilotage politique et sur la synergie des acteurs qu y ont pris part au fur et à mesure (aménageurs, maîtres d œuvre, consultants externes et promoteurs privés). Pour donner une idée plus précise de la transformation amorcée et pour saisir l évolution du projet en se focalisant sur les temporalités de sa réalisation, nous souhaitons retracer une synthèse des opérations menées, en référence aux phases décrites dans le paragraphe précédent. Pendant la genèse du projet (1989 1997) ce sont la construction du nouveau Palais de Justice et de la passerelle Victor Schoelcher franchissant le bras de la Madeleine entre l île et le centre ville qui marquent le début de la transformation de l île et son intégration à la ville. Cette période est pourtant dédiée aux études nécessaires pour construire la vision urbaine et pour fixer les principes essentiels de l aménagement de l île. La proposition issue gagnante du marché de définition du 1998 s appuie, en effet, sur les réflexions mûries pendant cette décennie, dont le Plan guide représente l interprétation spécifique. Après deux ans de travail préparatoire qui permet de créer la Communauté urbaine et de mettre au point le Plan guide les premières opérations sont enclenchées : la requalification des quais de la Loire, la réhabilitation des bâtiments industriels (d abord l Atelier des Chantiers) et la mise en service d une nouvelle ligne de bus traversant l île ouvrent la voie à une série de projets qui seront accueillis progressivement. Les allers/retours permanents entre site et programme, caractérisant la démarche de l Atelier Ile de, permettent, en effet, de préciser les objectifs du projet urbain et de répondre aux contraintes et aux défis qui se révèlent au fil du temps. Pendant la première phase de transformation urbaine, la programmation est fixée sur les chiffres suivants : 550.000 m² d habitat, pour 18.000 nouveaux habitants ; 300.000 m² d activités et de bureaux, pour 15.000 nouveaux emplois ; 150.000 m² d équipements métropolitains ; 160 ha d espaces publics créés ou réhabilités ; 2 nouvelles lignes de transport en site propre ; 12 km de promenade en bord de Loire. Vue frontale du nouveau Palais de Justice de, de la passerelle V. Schoelcher Sept ans après le début des travaux, ceux qui ont été engagés correspondent à presque 1/10 du programme prévu, mais cela suffit pour définir le changement de la condition urbaine de l île : avec 49 hectares d espaces publics aménagés, 3 000 logements construits, 180 000 m 2 de bureaux engagés dans 75 opérations différentes et la réhabilitation de bâtiments existants, les potentialités de l île sont révélées et la perception de l île n est plus la même pour l ensemble des acteurs impliqués (élus, promoteurs, habitants). La volonté de renouer avec la Loire et de requalifier les espaces publics est confortée par une pluralité de programmes divers, ouvrant l île à une nouvelle dimension urbaine, caractérisée par la colonisation des friches industrielles nantaises par les lieux de culture et de loisirs, mais aussi par des de nouveaux secteurs d habitat et de nouveaux pôles de service (dans les domaines de la justice, de l art, des médias, de la santé et de la formation).
Le projet urbain «Ile de» Vue panoramique de l espace public entre les Nefs de Loire et le nouvel équipement municipal dédié aux musiques actuelles, La Fabrique Vue panoramique du quartier en construction : en premier plan à droite le complexe résidentiel «DY 25 Rive Gauche» La réhabilitation des Nefs de Loire accueille la Galerie des Machines de l ile depuis 2007 Les anciennes halles des Fonderies de l'atlantiqueont été transformées dans le Jardin des Fonderies, livré en 2009 Le complexe résidentiel «Habiter les quais II» le long du quai F. Mitterand, livré en 2010 Les espaces publics du Parc des Chantier inauguré en 2007 avec la réhabilitation des Nefs de Loire
Le projet urbain «Ile de» Après la fin du contrat de maîtrise d œuvre urbaine, l Atelier Ile de continue à assurer sa mission dans la période de transition qui anticipe la désignation de l équipe Smets UapS pour soutenir la SAMOA dans le pilotage ou le lancement des opérations déjà programmées. Malgré le ralentissement de l activité opérationnelle, associé à la recomposition des acteurs et à la crise économique plus récente, divers projets sont livrés ou lancées pendant cette période. Pour ne citer que quelques exemples, on peut évoquer les opérations faisant partie du Quartier de la Création, telles que : le Pôle des Arts Graphiques, équipement de formation aux métiers des arts graphiques, des arts appliqués et de l'imprimerie (livré en 2010); Eureka, Ehundura et Karting, constituant de bâtiments neufs ou réhabilités, accueillant des bureaux et/ou des services pour les entreprises créatives installées sur l île (livrés en 2011); La Fabrique, équipement culturel dédié aux musiques actuelles et aux arts numériques (livré en 2011) ; la transformation des Halles Alstom, destinées à accueillir, en 26 000 m 2, l'ecole Supérieure des Beaux Arts de Métropole, l Université de, des bureaux regroupant les acteurs d animation du pôle économique du Quartier de la création, un pôle technique, des ateliers d artistes et d expérimentation, un espace de médiation et d exposition ainsi qu un programme de restauration. Après le lancement du premier concours d architecture, en 2010, l Ecole Supérieure des Beaux Arts de est actuellement en construction, tandis que les autres acteurs sont sur des phases de confortement de la programmation. La Halle 6 des anciennes Halles Alstom sera occupée par l université de et un ensemble d immobilier de bureaux. La Fabrique : équipement municipal dédié aux musiques actuelles, livré fin 2011 Le nouveau «Parking des Machines», structure accueillant 990 places de stationnement (dont 620 publics et 370 privées), livré en 2009 Le Pole des arts graphiques regroupe l'ecole des métiers de l'imprimerie et le lycée de la Joliverie (livré en 2010)
Le projet urbain «Ile de» Parallèlement à la réalisation de ces chantiers, portés par des acteurs publics et privés, on assiste à la construction d immeubles de logements Le Mercator, Les Terrasses de l île 1 et 2, La Perle Noir, Le Ruban, Le Monte Cristo et d espaces publics avec le traitement des berges le long du boulevard Bertin, l aménagement du quai Dumont d'urville, du boulevard Blancho et de la rue Cherche midi, la mise en place du Carrousel des Mondes Marins constituant la seconde phase des Machines de l'ile et des microopérations le long du quai des Antilles qui permettent de compléter le programme envisagé précédemment. Malgré les difficultés dues à la fin du contrat de Chemetoff et le ralentissement des rythmes des travaux associé, le projet ne connait pas de vrais blocages : le pouvoir public, s appuyant sur les compétences renouvelées de la SAMOA, renforce la volonté de porter à terme son projet stratégique et d affirmer sa puissance dans le réseau des villes françaises et européennes. Avec l attribution de l accord cadre de maîtrise d œuvre urbaine à l équipe Marcel Smets / UapS, le projet bascule alors vers la grande échelle, à l aune des nouveaux défis fixés par la collectivité : l idée d utiliser les vastes espaces occupés par les friches ferroviaires et l ancien MIN est encadrée par une vision qui veut voir l île comme un centre nodal de la métropole /Saint Nazaire. Avec l implantation du nouveau CHU, la création d un grand parc urbain de 14 ha, le développement du Quartier de la Création, la réalisation de l écoquartier de la Prairie au Duc à l ouest et, à l est, du pôle d affaires Euronantes connecté à la gare, l île doit s affirmer comme un nouveau pôle d attraction métropolitaine. Le Carrousel des Mondes Marins (2012) Sur la base de ces priorités, le travail de programmation des nouveaux maîtres d œuvre se focalise autour des questions cruciales suivantes : Développement et amélioration de la mobilité Il s agit de prévoir la restructuration de la trame viaire de l île et de mettre en place plusieurs scénarios intégrants des transports en commun et des nouveaux réseaux de mobilité douce. Une nouvelle hiérarchie de la mobilité doit permettre à tous d accéder à l ensemble des quartiers et renforcer les trames de jonction entre l île et l agglomération. L amélioration de l offre de transports publics jusqu alors orientée nord sud avec les lignes de tramway et de bus way existantes devient indissociable de la transformation en cours et de la prévision d implanter le nouvel hôpital. Les traversées est ouest vont s étoffer avec la mise en service de la nouvelle ligne de Chronobus C5 à la rentrée 2013, complétée d une deuxième ligne de transports publics en projet au sud. L évolution des usages en faveur des déplacements doux se voit favorisée par les aménagements prévus pour les piétons et cyclistes. Là encore, la mobilité est ouest se développe avec la véloroute, voie dédiée et autonome permettant de traverser l île. Ces nouvelles circulations offrent l occasion de renouer des liens entre les différents quartiers du territoire. Jonction des quartiers par la trame paysagère Avec l objectif de «recoudre» les différents quartiers de l île, sans perdre leurs identités spécifiques, Marcel Smets et Anne Mie Depuydt travaillent à la définition d une trame paysagère fédératrice, imaginée comme une opportunité pour construire les infrastructures de transports d est en ouest, à travers une structure verte connectée à de multiples parcours. Les boulevards principaux et les grands axes de traversées nord sud sont censés accueillir de multiples fonctions (pistes cyclables, espaces de jeux, larges cheminements piétonniers) et de changer de visage à travers plusieurs interventions (promenades plantées, "parkway", skate parc, etc..). Une vélo route intégrant les espaces environnants doit longer le talus ferroviaire et au sud
Le projet urbain «Ile de» ouest, le gigantesque faisceau ferroviaire existant doit laisser place à un grand parc métropolitain. Enfin l achèvement de la requalification des bords de Loire doit compléter le projet paysager. Dialogue entre les différentes rives de la Loire La volonté de renforcer la stratégie d aménagement basée sur le renouement de l île avec la Loire, incarne une nouvelle force pendant la deuxième phase du projet : il s agit de valoriser les relations avec les autres rives du fleuve, en intensifiant leur dialogue avec la métropole. L intégration du nouveau quartier de la Prairie au duc dans un paysage qui inclut le quai de la Fosse comme composante de l environnement participe de cette ambition. A plus long terme, il s agit d associer le développement de l île à celui du Bas Chantenay au nord et des Iles de Rezé au sud : poussés par la volonté de renforcer les opportunités de connexion de ces territoires avec le nouveau cœur de métropole, les maîtres d œuvre imaginent la réalisation de nouveaux franchissements de la Loire. Le travail mené depuis 2010 par les nouveaux maîtres d œuvres, en accord avec les élus et les services techniques de la Communauté urbaine, amène à une révision des objectifs du projet Ile de. Les chiffres de la transformation urbaine, à l horizon 2030, deviennent ainsi les suivants : 1 500 000 m 2 d opérations immobilières (jusqu au 2009 c était 800.000 m²) 10 000 logements pour 700 000 m² (jusqu au 2009 c était 550.000 m²) 450 000 m² d activités et de bureaux (jusqu au 2009 c était 300.000 m²) 350 000 m² d équipements (jusqu au 2009 c était 150.000 m²) 160 ha d espaces publics créés ou retraités 3 nouvelles lignes de transport public en site propre (jusqu au 2009 c était 2 lignes) Ces chiffres confirment clairement que l ambition du projet urbain (ou mieux celle des élus) n a pas cessé de se manifester, malgré l affaiblissement des travaux registré pendant la phase de transition, entre 2009 et 2010. Bien que le contexte économique soit plus complexe et incertain (vus la crise économique en cours et l endettement dont la collectivité s est chargée pour soutenir le projet), la deuxième phase du projet urbain témoigne d une volonté renouvelée d augmenter la compétitivité et l attractivité de la ville de. Avec la désignation des nouveaux maîtres d œuvre, les élus cherchent de redonner un nouveau souffle à l opération, en imposant des conditions et des défis spécifiques, avec l objectif de réduire les conflits éventuels et de faciliter la mise en œuvre des projets stratégiques. Dans ce nouveau contexte opérationnel, les maîtres d œuvre identifient les priorités associés à la démarche imposée : le projet d implantation du CHU les amène à travailler prioritairement sur la réalisation de la nouvelle ligne de Chronobus C5 (les travaux démarrés en septembre 2012 devraient être complétés en septembre 2013), sur la prédisposition de la nouvelle ligne de tramway et sur la définition des tracés de mobilité douce (pistes cyclables et parcours piétons). Parallèlement, ils se focalisent sur le développement de l éco quartier de la Prairie au Duc, qui constitue à la fois une opération immobilière fondamentale du projet et le cadre d application de la démarche Ecocité pour laquelle la ville a reçu 5 M d euros de l Etat. A côté de ces programmes, ils doivent gérer la livraison ou la définition des opérations concernant les espaces publics et les projets architecturaux prévus (comme la réhabilitation des Halles Alstom). Les questions qui restent ouvertes et qui, sans doute, auront un impact considérable sur l avancement à venir du projet concernent la libération du faisceau ferroviaire à sud ouest, prévue en 2017 2018, et l implantation du CHU sur l île, programmée pour 2020 2025. L incertitude associée à la durée envisagée et à la diversité des acteurs concernés constitue un paramètre qui témoigne de l évolution de la notion même de projet urbain. Ici, comme ailleurs, l urbanisme devient de plus en plus un instrument de projection politique, où la dimension stratégique est dominante. Les objectifs de l action urbaine ne se référent plus au périmètre de la transformation physique et sociale du contexte urbain, mais ils se modifient au fur et à mesure sous la pression des exigences de compétitivité régionale, nationale et internationale auxquelles les villes se soumettent de manière de plus en plus évidente.