La logistique en France Rapport Savy Préface Le mot logistique revêt, selon le contexte, des sens différents. La logistique désigne une série d opérations physiques portant sur des produits agricoles ou industriels et complétant leur fabrication: transport, entreposage, manutention, emballage notamment, qui constituent une part substantielle de la valeur des produits finals. Dans le même temps, on appelle également logistique une branche des sciences de gestion, considérant l entreprise et les relations entre entreprises comme un système de flux (flux de produits et flux d informations) qu il faut gérer comme tel et utiliser comme un moyen d optimisation d ensemble des chaînes d approvisionnement (supply chain management). Enfin, la logistique est une branche économique en cours d émergence, composée d entreprises prestataires réunissant des activités jusqu alors disjointes pour en offrir le service à leurs clients. Importance de la logistique L importance de la logistique pour le développement tient non seulement à son coût direct (quelque 10 % du PIB dans les pays développés, parfois le double dans des pays moins avancés) mais également à la souplesse qu elle apporte, ou au contraire aux freins qu elle met, au fonctionnement d ensemble des circuits économiques. Ces enjeux sont tels que la Banque mondiale y consacre une enquête internationale périodique. L «indice de performance logistique» qu elle calcule prend en compte l efficacité des procédures douanières, la qualité des infrastructures de transport, la concurrence sur le marché du fret, la qualité des services logistiques, la faculté de suivre les envois en temps de réel et enfin la ponctualité des livraisons à destination. La France fait partie des pays les plus avancés, mais reste derrière ses voisins (All, PB, UK, Bel). Axes de progrès prioritaires la main d œuvre logistique (dans sa diversité et à tous les niveaux de compétence), ses qualifications, sa formation initiale et permanente ; les usages des techniques de l information et de la communication et leurs multiples potentialités pour l organisation des flux, l efficacité et la résilience des réseaux, la mutualisation des envois, etc. la logistique verte, tant pour ce qui touche les opérations statiques que les opérations de transport, en termes de consommation énergétique, de pollution locale et d émissions de gaz à effet de serre, etc. ; les liens entre logistique et territoire, pour l acceptation des sites et des activités logistiques 1
par leur environnement, la planification des réseaux linéaires et nodaux, l aménagement des zones logistiques, l immobilier logistique (y compris le traitement de l obsolescence du parc d entrepôts existant), la logistique urbaine ; les réglementations techniques et urbanistiques, leur simplification pour une meilleure applicabilité ; les besoins en matière de recherche et d innovation, les procédures et financements adaptés ; enfin, un suivi de l état du marché, des structures de l industrie logistique, de la compétitivité des entreprises dans la concurrence nationale et internationale. 1 - Contexte et objectifs Art 41 de la loi 2013-431 o Diagnostic à conduire sous l angle de la connaissance des déterminants de la performance ou de la compétitivité o Elaborer un schéma directeur o Reconnaissance de la dimension territoriale, participation des régions Cadre de travail o Comité scientifique Michel Savy o Groupe de W : Ministères et section Logistique et supply chain de la CNS. Liens avec autres démarches o Chantier relatif au TRM?? o Conférence pour le fret ferroviaire o Conférence sur le fret fluvial o Table ronde «transport et mobilité durables»» 2 - Eléments de définition et de caractérisation Définitions o Définition de la logistique d après la CEE/ONU et le Forum international des transports : la logistique est un processus de conception et de gestion de la chaîne d approvisionnement dans le sens le plus large. Cette chaîne peut comprendre la fourniture de matières premières nécessaires à la fabrication, en passant par la gestion des matériaux sur le lieu de fabrication, la livraison aux entrepôts et aux centres de distribution, le tri, la manutention et la distribution finale au lieu de consommation. o Définition de la fonction logistique d après la norme NF X 50-600 : fonction dont la finalité est la satisfaction des besoins exprimés ou latents, aux meilleures conditions économiques pour l entreprise et pour un niveau de service déterminé. Les besoins sont de nature interne (approvisionnement de biens et de services pour assurer le fonctionnement de l entreprise) ou externe (satisfaction des clients). La logistique fait appel à plusieurs métiers et savoir-faire qui concourent à la gestion et à la maîtrise des flux physiques et d informations ainsi que des moyens. Les différents maillons o Amont ou d approvisionnement o Interne ou de production o Aval, vers les réseaux de dsitribution o Inverse 2
Supply chain management Typologie des acteurs o des entreprises du transport de marchandises chargées notamment de l acheminement physique, o des prestataires logistiques, chargés de la gestion des flux de marchandises ; o des concepteurs et investisseurs en plateformes logistiques; o des gestionnaires de plateformes; o des industriels de la manutention; o des fabricants de support de manutention (palettes); o des développeurs de solutions informatiques pour la logistique; o des cabinets de conseil en logistique; o des organismes de formation, de recrutement, d intérim en logistique. Typologie des prestations o l entreposage et la manutention ; o la préparation de commandes, le conditionnement ; o le contrôle qualité ; o la gestion des unités d emballage (par exemple des palettes) ; o les procédures fiscales, de dédouanement, phytosanitaires, vétérinaires ou relatives à la sûreté ; o l organisation du transport ; o le pilotage de flux ou le pilotage de prestataires logistiques. Typologie des intervenants o opérateurs de transport (commissionnaires, transporteurs ou transitaires), o 3PL (pour «third party logistics providers»), qui réalisent en propre certaines prestations comme le transport ou l entreposage, prestataires o 4PL (pour «fourth party logistics providers»), qui coordonnent l ensemble de l activité logistique en la confiant à des sous-traitants. La définition usuelle du prestataire 4PL est celle du cabinet Accenture : «le 4PL est un intégrateur qui assemble ses propres ressources, capacités et technologies et celles d autres prestataires pour concevoir et piloter des supply chains complexes». Les prestataires 4PL sont une réponse à la multiplication des acteurs au sein des chaînes logistiques (de plus en plus internationales) : en coordonnant le chargeur, le client et les opérateurs 2PL et 3PL, un prestataire 4PL offre un service global et intégré de pilotage des flux de marchandises et d informations. Principales données de cadrage o 144,6 Mds en 2012 (hors compte propre) pour tpt et entreposage. o Coût logistique 12% du CA répartis en 54% tpt, 26% entreposage, 20% coûts adm et financement des stocks. o 3 100 entrepôts de plus de 5 000 m2 pour 60 millions de m2 Les 3 familles logistiques o Industrielle, production de biens intermédiaires o flexible, plus en aval (ex : FMCG), JAT, stocks réduits (ex : auto). Le flux d info est stratégique. o personnelle, petites séries sur demande (ex : machines outils). Caractérisation territoriale o La logistique endogène est liée à l activité de production (industrielle ou agricole) et de consommation du territoire considéré. Elle constitue un outil de développement au service de l économie locale. o La logistique exogène est liée à des besoins logistiques extérieurs au territoire 3
considéré : les flux (captés ou distribués) proviennent et sont à destination de sites éloignés du territoire considéré. C est une logistique nationale, européenne voire intercontinentale. Six espaces logistiques structurants en France : o le Nord industriel et frontalier, l Est industriel et frontalier, la métropole parisienne, l Ouest excentré agricole et industriel, le Sud-Ouest bipolaire et enfin le couloir rhodanien. Comparaison France Allemagne o La classification sur les CA est incompréhensible, voir page 19 et 20 3 - Eléments de prospective Le mode routier restera prédominant, le maritime et les ports restent indispensables pour les flux internationaux La différenciation retardée peut augmenter les volumes de matières premières transportés et «régionaliser» les tpts de produits finis (accélération avec les imprimantes 3D) Dev des techniques informatiques et de connectivité Externalisation croissante vers les logisticiens de certains processus de production. 4 - Eléments de diagnostique de la performance logistique Indice Banque Mondiale : le LPI, 6 critères, o l efficacité des procédures de dédouanement (rapidité, simplicité et prévisibilité des procédures), en incluant les droits de douane ; o la qualité des infrastructures (ports, voies ferrées, routes, technologies de l information) ; o la facilité à organiser des envois internationaux à des prix concurrentiels o la qualité des services logistiques (opérateurs de transport, transitaires) o le suivi et la traçabilité («tracking and tracing») o la ponctualité et le respect des délais. o La France est # 6, Allemagne #1, PB # 2 Eléments sur les coûts o Les coûts logistiques sont évalués à 10 % du PIB o Faible compétitivité des logisticiens français en raison du coût horaire du W o /h Allemagne France Tpt et stockage 25,49 32,18 Tpt terrestre 22,19 28,54 Entrep et support 25,24 37,90 o Pas de mutualisation de la logistique par les PME exportatrices Attractivité de la France pour les investissements logistiques o Nombre des projets est en nette diminution o Alors que les infrastructures sont jugées excellentes Performance logistique et implantation des PF o Les implantations sont génératrices d emploi et de recettes fiscales. Mais elles engendrent des flux routiers (30 mvts/ jour pour un entrepôt), et des déplacements domicile-travail. 4
o Le prix du foncier reste attractif : coût de la location Paris est de 52 /m2/an. Contre 180 à Londres. o Réglementation environnementale très contraignante o Augmentation du taux de plateformisation, concentration o Spécificité de la logistique urbaine Last mile représente 20 % coût de la SC Prédominance du compte propre en liv urbaine, beaucoup moins efficace Les PF s éloignent des centres villes, le desserrement logistique Dev des livraisons B to C avec le e-commerce Multiplicité des acteurs institutionnels rend difficile le gouvernance o Performance énergétique et environnementale Très difficile à évaluer Compétences et formation o 652 000 personnes soit 3,7 % de l économie française, pour le compte d autrui. 1,8 million si on y rajoute le compte propre et les fonctions support o Population jeune, plutôt qualifiée o ERP o Proportion forte d intérimaires o Les PME françaises sont peu sensibilisées au supply chain management o Les associations professionnelles ont peu d adhérents o Importance des jeux : le fresh connection 5 - Action publique et logistique Les pays étudiés : o Allemagne # 1 en Europe o PB, en recul, devient une priorité nationale o UK o USA o Canada o Espagne o Finlande o Maroc Enseignements o Démarche dans un contexte de concurrence accrue pour la captation des flux de transport considérés comme porteurs de développement économique o Concurrence accrue de la part des pays de l Est o All considère que la logistique est un atout pour ses exportations o Recherche d interconnexion des réseaux, mise en lace de systèmes d information o Pour les infras linéaires : création de corridors o Financement d infras nodales multimodales, par le public, le privé ou en partenariat o Pas de financement des PF, laissé au privé o Maîtrise des effets environnementaux tient une large place o Rationalisation des et simplification des démarches administratives o Promotion de l image de la profession Exemples de démarches territoriales o Région urbaine de Lyon o Bretagne 5
Travaux de recherche et d innovation o De la mutualisation vers l INTERNET LOGISTIQUE Les réseaux logistiques d aujourd hui sont essentiellement dédiés, hétérogènes, fragmentés, et, même s ils sont rationnels, ils restent séparés : il est en effet difficile de rapprocher des réseaux différents. Toutefois, des initiatives émergent et parmi les thématiques de recherche identifiées, la mutualisation est souvent présentée comme un gisement important de gain de compétitivité pour le secteur logistique C est dans ce contexte qu apparaît la solution de l Internet Physique (IP), qui permettrait, si elle était mise en œuvre, de dépasser les difficultés de mutualisation identifiées en connectant des réseaux logistiques jusqu alors séparés, sans qu il y ait besoin d une mise en commun des ressources. Plus précisément, l IP se définit comme étant «un système logistique global construit à partir de l interconnexion des réseaux logistiques par un ensemble standardisé de protocoles de collaboration, de conteneurs modulaires et d interfaces intelligentes pour une efficience et une durabilité accrues». o Vers la transformation numérique Cette transformation a et aura à terme des conséquences au niveau : des processus en entrepôts : l automatisation croissante y modifierait les manières de faire, avec des effets en termes de coûts (augmentation de la productivité, réduction des coûts de stockage) et d emplois (modification de la structure des emplois) ; des canaux de distribution : les réseaux physiques classiques pourraient être réorganisés pour tenir compte de l augmentation continue des volumes du e-commerce ; des flux d informations : l augmentation des données collectées pourrait créer de nouveaux actifs (par exemple en matière de connaissance du client), de modifier les schémas actuels d intermédiation ou d augmenter la productivité des chaînes (via notamment une meilleure gestion des flux physiques). En particulier, l internet des objets pourrait permettre de renforcer l offre de services en amont et en aval de l achat. 6 - Leviers identifiés 3 domaines d action relèvent de l Etat o La mise à disposition d infrastructures et l établissement de règles régissant leur utilisation. o La mise ne place d un cadre juridique, institutionnel et administratif approprié. o La recherche Leviers relatifs à la performance de la logistique en France o Agir sur la maturité logistique des entreprises, notamment PME Activité de conseil logistique pour les PME Recours au multi-salariat pour les responsables logistiques des PME o Améliorer la qualité de la relation entre entreprises du même secteur 6
Renforcement de la participation des entreprises aux OP Accompagnement à la création de groupements interentreprises de donneurs d ordre pour créer une demande consolidée de prestations logistiques o Améliorer la qualité de la relation entre offreur et demandeur Rencontres entre chargeurs et LSP par secteur d activité ou par région. Des consultants et des scientifiques seraient associés Identification et accompagnement des LSP dont l offre s avère bien adaptée aux PME Soutien des LSP innovants en complément de l action Nov@log Dialogue avec l Adm, notamment sur la VA import Leviers relatifs aux compétences et à la formation o Renforcement de l offre de formation dédiée à la logistique (jeux didactiques) o Promotion des certifications internationales o Définition d un cadre national de formation précisant le rôle des pouvoirs publics et les thèmes prioritaires Leviers relatifs à la logistique et aux territoires o Politique publique d aménagement logistique au plan territorial Réflexion sur les espaces logistiques dans le cadre des PDU (plan de déplacement urbain) Mutation et modernisation des entrepôts existants Création d une nouvelle catégorie d espace urbanisé figurant dans le code de l urbanisme Emergence d aménageurs logistiques publics (ex : ports en dehors des littoraux) o Logistique urbaine la promotion des livraisons en heures creuses (par exemple de nuit, à condition que les véhicules soient le plus silencieux possible) ; la promotion des actions de mutualisation des véhicules ; la modification et la mise en cohérence de certains arrêtés municipaux concernant l accès des véhicules à la ville (tonnage ou surface au sol des véhicules, etc.) ; la promotion de l utilisation de véhicules moins polluants (normes environnementales, incitation à l utilisation de véhicules électriques, etc.) ; la mise en place d une politique de stationnement efficace et respectée (création de places dédiées et information sur l utilité de ces places réservées, etc.). o produire de la connaissance et mieux diffuser l information une meilleure connaissance des besoins logistiques locaux, notamment ceux des PME en zone rurale, en s appuyant sur les réseaux et clubs existants et en développant les méthodes d enquête ciblées ; la valorisation des bonnes pratiques de plans d action au niveau des agglomérations, des départements et des régions. Un document de recommandations, incluant la question de l articulation entre les plans de différents échelons (ex. de l Hérault, du Nord-Pas-de- Calais, de la Bourgogne, de Compiègne, d Orléans, etc.) pourrait être produit ; la valorisation des bonnes pratiques de logistique urbaine, notamment en matière de conditions d accès au centre-ville et de développement des 7
véhicules «propres» ; diffusion de recommandations en matière de planification logistique territoriale. Leviers relatifs à la recherche et à l innovation o Renforcer la connaissance du secteur et de la filière logistique :améliorer la connaissance de la logistique et de ses déterminants : développer le recueil de données, la construction d indicateurs ; réaliser des études/recherche sur les aspects prospectifs, notamment sur l évolution de la distribution (commerce électronique...) et de la production (différentiation retardée, imprimantes 3D...). o Optimisation des réseaux logistiques : développement des technologies de l information appliquées aux marchandises : information des conducteurs en temps réel, automatisation des véhicules (convois de PL, pelotons, wagons...), suivi des marchandises automatisation des entrepôts; interconnexion des réseaux : protocoles de collaboration et d échange de données, développement des plateformes dématérialisées (par exemple celle du CIN aérien Cargo Information Network France ), automatisation des opérations de tri et de chargement, contenants optimisés, mutualisation, poursuite des développements de l Internet Physique ; fiabilisation, robustesse et résilience des chaînes logistiques : développement de la mesure et des indicateurs, de méthodes de conception (en vue notamment de la communication et de la contractualisation) ; sécurité : développement du suivi des marchandises (RFID) et sécurisation des systèmes de données. o Environnement : concernant les véhicules : réduction des consommations, utilisation de carburants alternatifs, réduction du bruit ; performance environnementale des bâtiments logistiques; nouveaux modes : drones, dirigeables. 8