ACCOMPAGNEMENT VERS LA CERTIFICATION EN9100 Conférence de clôture du programme CCI Blagnac 16 décembre 2014 Synthèse des retours d expérience et des perspectives Plus que jamais, la qualité est à l entreprise ce que la respiration est à l homme. Véritable sésame pour les acteurs de l aéronautique la certification EN9100 reste une opération compliquée Un accompagnement des PME et TPE vers les nouvelles exigences de la version 2009 de l EN9100 Le lien entre EN9100 et l IAQG En complément d une démarche de certification de type ISO 9001 qui reste la norme Qualité la plus utilisée au monde, la certification EN9100 (et ses déclinaisons EN9110 et EN9120) est un véritable sésame pour le référencement des sous-traitants de la chaîne d approvisionnement de l aéronautique et du spatial. Midi-Pyrénées : tout un tissu de PME et TPE à accompagner Dans une région comme Midi-Pyrénées, où le secteur de la sous-traitance aéronautique revêt une importance stratégique, l Etat, la Région et les CCI aident depuis des années les entreprises à s adapter aux mutations industrielles et aux changements organisationnels souhaités par les donneurs d ordres. Quand le référentiel EN9100 a évolué de la version 2003 à la version 2009 les entreprises sous traitantes se sont retrouvées confrontées à de nouvelles exigences de la part des donneurs d ordres. La CCI de Midi-Pyrénées a alors conçu et piloté un programme qui a été déployé par toutes les CCI territoriales. Soutenu par la Région, la Direccte dans le cadre du Plan ADER 3, relayé par l UIMM, ce programme a permis d accompagner 50 entreprises régionales vers une certification tierce partie EN9100 V 2009 sur une période de trois ans. L harmonisation des exigences des donneurs d ordres à l échelle mondiale Appelée EN9100 en Europe, AS9100 sur le territoire américain et JISQ9100 en Asie- Pacifique, la norme EN9100 (et ses déclinaisons) est un référentiel harmonisé par l IAQG (International Aerospace Quality Group) à l échelle mondiale. Créée en 1998 par les grands acteurs de l aéronautique, l IAQG est une plate-forme coopérative internationale à but non lucratif qui met en place des initiatives pour améliorer la qualité et réduire les coûts à tous les niveaux de la chaîne d approvisionnement de l aéronautique, du spatial et de la défense. Les normes et outils d amélioration continue développés par l IAQG n ont qu un seul et même but : veiller à ce que le client obtienne la qualité demandée dans les délais et aux prix convenus. Soixante-huit entités aéronautiques sont actuellement membres de l IAQG qui est divisée en trois zones géographiques : les Amériques (AAQG), l Asie-Pacifique (APAQG) et l Europe (EAQG). Le lien entre l IAQG et l ICOP Loin de se contenter d harmoniser les normes de la série 9100 à l échelle mondiale, l IAQG a également mis en place un processus de certification unique appelé dans l industrie : schéma ICOP (Industry Controlled Other Party). 1
Comment fonctionne l ICOP? Reconnu par l industrie et l EASA 1, le schéma ICOP est un processus qui délègue à des tierces parties une partie de la surveillance du processus de certification. Ces tierces parties sont des organismes certificateurs accrédités. En France c est le COFRAC qui délivre l accrédiation aux organismes certificateurs chargés d évaluer les entreprises candidates à la certification EN9100. Amélioré en permanence, ce dispositif veille à ce que tout le monde travaille de la même façon partout dans le monde. Comme dans les Amériques et en Asie-Pacifique, le bon fonctionnement de l ICOP en Europe s appuie sur une structure composée d un Comité de pilotage des tierces parties 2 (OPMT) et d un Comité de pilotage des organismes de certification 3 (CMBC). L OPMT œuvre à l échelon continental. Son rôle est de veiller à la cohérence des processus d agrément des tierces parties (CMBC nationaux, organismes accréditeurs, organismes d audit et auditeurs, organismes et programmes de formation et formateurs certifiés). La base de données OASIS Le SCMH Toutes les entreprises certifiées AS9100, EN9100 ou JISQ9100 sont répertoriées dans la base de données OASIS de l'iaqg. Les organismes d accréditation (COFRAC par ex), les organismes certificateurs, les entreprises certifiées, les formateurs, les auditeurs et leurs organismes d approbation respectifs ont accès aux données publiques de cette base. Seul l accès aux données confidentielles des audits des fournisseurs certifiés est restreint. Les membres de l IAQG ont quant à eux accès à la totalité des informations (données et rapports). Autre mine d informations précieuse pour les acteurs de l industrie aéronautique : le manuel de gestion de la chaîne d approvisionnement ou SCMH (Supply Chain Management Handbook). http://www.sae.org/iaqg/organization/supplychain.htm Gratuitement consultables en ligne depuis octobre 2008 et régulièrement mis à jour, les contenus de cette base de données ne remplacent pas le référentiel EN9100 mais permettent de mieux comprendre les exigences des systèmes de management de la qualité à toutes les étapes de la chaîne d approvisionnement Aéronautique, Espace et Défense. Ce SCMH est à consulter sans modération car on peut y trouver des réponses à bien des questions. Seul bémol : tout est en américain. L apport des CCI Bilan du programme d accompagnement vers la certification EN9100 proposé entre 2012 et 2014 en Midi-Pyrénées Pour le réseau de la sous-traitance aéronautique de Midi-Pyrénées constitué de PME mais aussi de très petites entreprises comptant souvent moins de 10 personnes, l acquisition d une certification tierce partie EN9100 reste une opération compliquée, d où l intérêt d un accompagnement comme celui qui a été proposé par les CCI de Midi-Pyrénées. Les entreprises retenues ont bénéficié de prédiagnostics, de formations, d ateliers collectifs, de partages d expériences, d accompagnements individuels et d audits à blanc mais aussi d une aide financière dédiée. Les deux tiers des cinquante entreprises accompagnées avaient un effectif de moins de 35 salariés et 1 European Aviation Safety Agency 2 Other Party Management Team ou OPMT en anglais 3 Certification Body Management Commitee 2
87% d entre elles seront certifiées en 2015. Le taux d abandon des entreprises retenues n a été que de 2%. Les bénéfices retirés Les difficultés rencontrées Retours d expérience des entreprises Pour les entreprises qui en ont bénéficié, la démarche s est révélée structurante. Elle a permis un renforcement des stratégies de développement, des gains de temps et d efficacité, une remise à plat des méthodes de travail, de bien meilleures interactions entre les processus et les activités, une amélioration des délais de livraison, une confiance accrue lors des audits et in fine, une plus grande qualité des produits et des services livrés. Bien sûr, tout n a pas été simple. Pour les PME et les TPE, un processus de certification représente un investissement considérable en temps et en argent. L implication de la direction ou de certains cadres intermédiaires n a pas toujours été à la hauteur des attentes. Il y a eu de la résistance au changement et des moments de découragement, mais globalement le niveau de satisfaction est élevé. Tous ceux qui ont participé à cet accompagnement le disent haut et fort : l opération a été bénéfique et enrichissante. Tous ont appris des choses et les donneurs d ordres reconnaissent à l unanimité que les indicateurs de qualité tendent à s améliorer à mesure que le nombre de certifications progresse. On ne trouve plus aujourd hui des taux de non-conformité à deux chiffres comme c était le cas il y a une quinzaine d années. Des témoignages positifs de la part des entreprises accompagnées Pour les entreprises accompagnées vers la certification, l EN9100 est indéniablement un plus qui favorise les montées en compétences et de meilleures relations entre soustraitants et donneurs d ordres, même si tout n est pas encore parfait. IAA Blanchard Erems La société IAA Blanchard s est engagée dans la démarche de certification EN9100 pour pouvoir s orienter vers les instruments de bord pour avions ULM et pallier ainsi la baisse de régime de son activité historique : la vérification et réparation de chronotachygraphes, qui arrive aujourd hui en fin de vie. Déjà engagée dans la préparation d une certification ISO 9001, l entreprise reconnaît que la démarche engagée lui a permis de simplifier un grand nombre de ses processus. Tous les ordres de fabrication ont été uniformisés. Les documents ont été repensés et les méthodes de travail revues. Le personnel se réfère désormais à un seul et même document qui suit le processus de fabrication de manière logique et tout le monde y trouve son compte. Dans l entreprise Erems, qui conçoit et fabrique des équipements électroniques à très forte valeur ajoutée pour le spatial essentiellement, mais aussi la défense, le nucléaire et l aéronautique, l EN9100 a tout de suite remporté l adhésion du personnel. La démarche d accompagnement vers la certification a permis de renforcer les aspects sécurité, fiabilité et qualité indispensables dans les équipements du spatial. L accompagnement de la CCI s est surtout concentré sur les nouvelles exigences : caractéristiques clés, éléments critiques et maîtrise des risques. L entreprise avait déjà un système de management des risques pour les produits. Et cette maîtrise des risques a été étendue aux processus. Erems en a retiré un gain financier indéniable car en 3
facilitant le repérage des dysfonctionnements, l organisation Processus a entraîné une baisse réellement mesurable des coûts de non-qualité. Mazeres Aero Equipment BD Technologies Mazeres Aero Equipment est spécialisée dans les trains d atterrissage. A ce titre, la société contrôle, monte et livre toutes les roues des avions Airbus. Ce sous-traitant de niveau 1 s est engagé dans une démarche de certification EN9100 en 2008 sous l impulsion d Airbus, mais la culture d audit, la culture de traçabilité et la culture de qualité étaient déjà là. Qu une entreprise soit petite ou grande, les exigences de l EN9100 restent les mêmes. Quand la structure est petite, le plus difficile est d adapter les processus et procédures de manière à ce que le système soit le plus clair et le plus simple possible. Par le biais des ateliers collectifs, des consultants et des audits blancs, l accompagnement de la CCI a permis une adaptation plus rapide aux changements imposés par la version 2009 de l EN9100. Les process reposent aujourd hui sur des bases plus solides. L entreprise a gagné en efficacité : les délais de livraison sont plus courts et les taux de non-conformité plus faibles. BD Technologies travaille surtout pour le BTP et l industrie au sens large, mais la société aspire à se développer dans l aéronautique. Or, pour travailler dans ce secteur, l EN9100 est un passeport indispensable. Grâce à l accompagnement de la CCI, BD Technologies a pu obtenir des réponses concrètes à ses interrogations et adapter les processus 9001 existants aux exigences de l EN9100. Autre atout majeur pour la société : cette démarche d accompagnement vers la certification facilite les prises de contact avec des donneurs d ordres et des clients potentiels. Elle permet une meilleure gestion des propositions commerciales et contribue à instaurer un climat de confiance avec les prospects. Le point de vue des donneurs d ordres Au sujet de la place de la certification dans la recherche et le choix des fournisseurs L EN9100 devient de plus en plus incontournable Dans l aéronautique, la certification joue un rôle clé dans le choix des fournisseurs. Les seuls sous-traitants qui travaillent encore sans ce sésame sont les fournisseurs historiques qui ont été enrôlés à une époque où la certification n existait pas encore. Mais aujourd hui, même ces fournisseurs-là sont de plus en plus encouragés à s engager dans une démarche de certification. Chez AEROLIA par exemple, quand le sous-traitant est certifié, il n y a pas d audit seconde partie. Chez AIRBUS aussi, tout nouveau fournisseur se doit d être certifié et ceux qui ne le sont pas encore sont progressivement poussés à le devenir. et est appelée à se généraliser d ici 3 à 4 ans Dans le groupe SAFRAN, tous les fournisseurs et sous-traitants sont soumis au même cahier des charges et la certification EN9100 fait partie des exigences requises. Une équipe en interne est chargée d analyser les performances, les délais et la qualité des fournisseurs. Dans la défense, il est encore un peu tôt pour dire si l EN9100 remplacera un jour les AQAP 2110, 2120, 2130. Dans le spatial en revanche, les choses bougent plus, mais on trouve encore tout un pan de l industrie qui ne se reconnaît pas du tout dans ce référentiel. Il existe encore un vrai décalage entre les exigences de l aéronautique et du spatial. 4
Au sujet de la certification EN9100 dans les relations entre fournisseurs et donneurs d ordres Le témoignage d un expert de l AFNOR La certification entraîne un allègement de la surveillance et une amélioration concrète de la performance Sur le plan opérationnel, les petites entreprises sont souvent écartelées entre les exigences de l EN9100 censées sécuriser les processus d une part, et les exigences des donneurs d ordres qui ne cessent de s alourdir d autre part. La fréquence et redondance des audits après certification ne sont pas toujours bien acceptées par les entreprises. Un des mérites que les donneurs d ordres reconnaissent volontiers à la certification est qu elle réduit le besoin de surveillance des fournisseurs. Elle entraîne aussi une amélioration concrète de la performance de ces derniers. Tout n est pas encore parfait pour autant. Au niveau de la surveillance par exemple, les donneurs d ordres déplorent d être encore obligés de contrôler les sous-traitants, juste pour rassurer les autorités, même quand il ne se passe rien d anormal. Pour eux, l idéal serait de ne faire des contrôles qu en cas de problème avéré. Le point de vue des certificateurs et des donneurs d ordres Au sujet de la difficulté de certains fournisseurs à s approprier les exigences de la norme Il est normal de rencontrer des difficultés Quand un processus est mis en place chez un fournisseur, il est somme toute normal d intégrer le fait que ça ne marchera pas forcément toujours du premier coup. Il est crucial de pouvoir en parler en bonne intelligence pour mettre en place des actions correctives et apporter tout le soutien nécessaire. Des accompagnements individuels comme collectifs, il ressort que la gestion des risques n est jamais simple à mettre en oeuvre dans une petite structure. Les sociétés d ingénierie ont souvent du mal à vérifier les procédés de production (FAI, DVI). Au niveau du mécanisme de collecte, de l analyse et de la prise en compte des exigences des clients, les spécifications particulières ne font pas toujours l objet de mécanismes bien huilés. Quant à la pertinence des analyses causales et de l efficacité des actions correctives et préventives, elle reste encore perfectible. Le respect des délais reste aussi un sujet sensible. Certaines entreprises ne savent pas toujours quand se mettre en mode projet et le lien entre la gestion de projet et la gestion des risques associés n est pas toujours clairement établi. Au cours des formations et des ateliers d échanges, des thématiques comme la gestion des risques, l approche processus, le mécanisme de l audit de certification, l évaluation de la satisfaction client ont rencontré un vif intérêt. Autre thème récurrent : la simplification de la documentation. mais l amélioration de ma performance attendue est au RV Valérie WAUTELET, Responsable Système QSE & Sécurité Avion, AEROLIA, affirme avoir constaté, au sein de son entreprise, un réel bénéfice en termes de performance. L EN9100 est le premier référentiel à lui avoir permis de démontrer clairement à sa direction un retour sur investissement mesurable sur le plan de la qualité au travers des différents indicateurs disponibles (qualité, non-conformité, etc.). La démarche de certification a un coût mais elle débouche sur des améliorations concrètes. Quid de demain? 5
Comment pérenniser les échanges, partager les bonnes pratiques et capitaliser sur les retours d expérience? L accompagnement qui se termine a permis de construire une méthodologie pertinente, et a priori reproductible. Les échanges entre les entreprises ont été d une grande richesse. On dispose aujourd hui d un panel de consultants aux compétences reconnues. Les conseillers CCI ont acquis de nouveaux savoir-faire. Toute cette richesse ne demande qu à être réinvestie dans de nouveaux projets. Et pourquoi n organiserait-on pas des réunions chez les donneurs d ordres? Cela pourrait être un bon moyen de casser le fameux «mythe» du non-dialogue entre sous-traitants et donneurs d ordres ou encore entre les «petits» et les «grands». Aujourd hui, il ne s agit encore que de projets. Le format de demain reste à inventer. Rien n est encore organisé au sens opérationnel mais si les fiches d évaluation distribuées lors de la conférence de clôture démontrent qu il existe un réel intérêt pour une nouvelle action d accompagnement EN9100, toutes les entreprises intéressées pourront compter sur une mobilisation pleine et entière des CCI. Toutes les idées et suggestions sont donc les bienvenues. Synthèse réalisée par Germaine Bacon à partir des présentations des intervenants et des échanges avec l auditoire lors de la table ronde. Rédactrice, traductrice et éditrice, Germaine Bacon est spécialisée dans la simplification des écrits professionnels. 6