Lille : l animation dans l école, par l ARVEJ «Accompagnement des parents dans leur mission éducative» Janvier 2001 Fédération Nationale des Francas / LARES / Recherche-action Description du site L action a lieu dans le quartier de Lille Moulins. Ce quartier se découpe en deux parties : d une part, un parc privé ancien, dégradé, constitué d habitats ouvriers principalement ; et d autre part, un ensemble de logements H.L.M., datant des années 60. Ces deux soussecteurs connaissent de profondes mutations : Une action de résorption des habitats insalubres est menée dans le premier ; la faculté de droit de Lille et ses résidences universitaires ont remplacé les anciennes entreprises industrielles désaffectées dans le second doublé d un programme de reconquête urbaine et sociale (Charte partenariale 1997) qui prévoit des actions de réhabilitation, de démolition, de construction et d introduction de services et d activités. Description des actions Aménagement des Rythmes de Vie de l Enfant et du Jeune depuis 1996, après une année de préparation, dans une école primaire et une école maternelle. Au préalable, l école était associée à un centre de loisirs (CLAE) durant deux ans. Activités tous les après-midi dans des équipements municipaux (stade, piscine, gymnase ) Mise à disposition par la ville d aides éducateurs, d agents d accueil de bibliothèque, d éducateurs sportifs. Ecole maternelle : 150 élèves concernés, 6 classes. Ecole primaire : 236 élèves Coût : environ 1 MF Constats de départ Baisse des effectifs scolaires, stratégies d évitement de la part de certains parents. Echecs scolaires, difficultés à sensibiliser les parents d enfants en échec, incivilités, comportements violents, actes destructeurs sur le matériel. Perceptions des familles Il y a des parents qui ne s impliquent pas, qu on ne voit jamais. Adapter le vocabulaire, la communication Séparations difficiles, parents divorcés qui négocient avec les animateurs pour revoir leur enfant. 1
Difficultés énoncées par les familles Jeunes parents, assez disponibles Grande accessibilité des animateurs : appeler les gens par leur prénom, les tutoyer ; rapport de confiance : «puisque tu confies tes enfants, tu dois apprendre à connaître les gens». Participation des bénévoles, des parents Atelier raconte moi des histoires, création de costumes pour la fête de fin d année, danse avec l animatrice, Les parents font des suggestions, «c est le fruit de quatre ans de travail ; ils ont vu leur gamin évolué, ils ont plus d assurance, s impliquent de plus en plus fortement, ça monte en crescendo.» Les animateurs font le relais entre les parents et diverses associations : Puzzle, qui intervient auprès des enfants autour de la danse expressive, FLRTP, qui sensibilise les enfants aux accidents domestiques, le Jardin des retrouvailles, qui œuvre autour du jardin, de l écologie, L univers, autour de l image et du son. 1 Conseil d activités, constitué de 6 représentants de parents de maternelle, 6 représentants de parents du primaire, 2 représentants d équipe, 2 directeurs, 1 représentant des francas, 1 représentant de la ville, 1 coordonnatrice, l Inspectrice d académie. Les parents présents au Conseil d Activités ne siègent pas, en grande partie, au conseil d école. Groupes de parole : «on échange plus entre parents, chacun échange ses expériences». Possibilités de conflits entre classes populaires et classes moyennes ; action de normalisation? Difficulté à attribuer un rôle parental au parent : «le parent vient au centre, mais comme un animateur potentiel, pas comme un parent ; si le parent est comme un animateur, c est un moyen.» Méthodes et outils Elaboration d un projet pédagogique, mise en place technique, réunion avec les parents : rassurer les parents, répondre à des questions qui n avaient pas lieu d être : rassurer, clarifier, rendre le projet lisible. Organisation de groupes de paroles conviviaux (café), avec des médecins de la PMI, sur le sommeil, les accidents domestiques, l alimentation. Les équipes d animation ont pris contact avec les familles, pour mettre en place des réunions moins formelles, sur l organisation, le projet pédagogique, ce qui allait être fait. Présenter l équipe, répondre aux nombreuses questions, sur qui sont les animateurs, la nature des activités, la pression du programme scolaire ; les enseignants étaient présents. Groupes de parole : parents et spécialistes complémentaires, entre un savoir plus rigide et les propres expériences des parents. Constitution d un conseil d activité, qui siège au conseil d école Accent porté sur les espaces d accueil, qui doivent être adaptés Les animateurs accompagnent la sortie des enfants, ce qui permet les rencontres avec les parents, l information réciproque etc. Présentation aux parents, chaque trimestre, des passeports d activité pour les enfants, pour faire les choix (horaires retenus par les parents : 17-18 H) Chaque année, semaine portes ouvertes, visites des parents sur les lieux d activités ; location d un second bus pour les parents 2
Au cours de l année, activités communes enfants-parents : gymnastique, couture, danse, sur proposition des parents. Des diplômes sont délivrés dans certaines activités (piscine, sécurité routière) pour que l enfant s engage. «Le diplôme sportif a ses propres critères, mais les animateurs créent d autres diplômes avec d autres critères, comme le fair play, par exemple ; le souhait est de donner sa chance à chaque profil d enfant, de montrer que les efforts paient, et aussi d accepter la situation d échec.» Mise à disposition de petits déjeuners Grilles d évaluation de chaque enfant sur la citoyenneté, élaborées par l équipe d animation. Déclaration de CLSH pour deux raisons : normes d encadrement et obligation de formation des personnels. Présentation orale des passeports, plus présentation imagée avec un peu de texte Grands jeux interactifs sur lesquels se greffent les parents, à la place de la kermesse traditionnelle. Spectacle de fin d année, réalisé par les enfants, avec une petite prestation des animateurs : valoriser les enfants en valorisant leurs accompagnateurs. Bilan chaque semaine, sur les activités avec les enfants ; passent de consommateurs à acteurs, d année en année Compétences, partenariat, posture Tout est fait de façon ludique, activités d éveil Rencontre instituteurs/animateurs pour construire des projets en cohérence avec les enseignements. Techniques d animation, connaissance de l enfant Création, valoriser l enfant dans ce qu il est. Liens avec les enseignants, les familles Etre costaud au niveau relationnel Ëtre ouvert à tout, ne rien rejeter a priori Ecoute : on sert parfois d assistante sociale, de médiateur Bien connaître le projet, les objectifs, les missions Prendre de la distance Créer le contact, ne pas attendre que le parent vienne vers nous Rôle de repérage et d orientation vers la PMI, pédiatre, puéricultrice, psychologue, infirmière. Orientation des enfants, par numéro vert : c est un devoir civique, même si on nous dit que ce n est pas notre rôle. Responsabilité affective et morale de l enfant. Les animateurs sont un tiers entre l école et les parents ; c est à eux qu on s adresse à propos de l enfant, de l instituteur ; et inversement, les parents peuvent s adresser à l instituteur à propos de l animateur. Les deux professions interviennent parfois ensemble, pour montrer la cohérence de l équipe. Les animateurs renvoient les parents vers l instituteur concerné, stratégiquement, on fait corps. Orientation vers d autres professionnels : parfois on voit des parents en détresse, on conseille, on oriente ; c est le rôle des directeurs ou de la coordonnatrice ; il n y a pas d accompagnement individuel. Pas de liens avec le travail social : seule une institutrice spécialisée oriente vers le psychologue scolaire ou le médecin scolaire, et nous demande des informations ; nous demandons des retours, mais ce n est pas formalisé. On a une liste des enfants suivis (malnutrition, hygiène ) ; fonction importante de repérage Les animateurs font le relais entre les parents et une association Puzzle, qui intervient auprès des enfants autour de la danse expressive. Partenariats avec la PMI, le RASED 3
Formations BAFA et BEATEP Animation scolaire et périscolaire, mais rien sur l accompagnement des parents (méthodologie du projet, communication en réunion, formalisation écrite, ordonner, structurer le propos). Relation d échange, pas de supériorité ; le parent n est pas un parent d élève, il n est pas là pour légitimer ce que l on fait. Pas de formation spécifique à la relation aux parents, mais selon expériences personnelles Articulation niveaux techniques et politiques Pilotage par l IA pas très favorable, mais n a pas pu s y opposer suite au CLAE Un Comité de Pilotage, 1 groupe de travail créé à l initiative de la ville ; pas de lien avec le Contrat de Ville ni avec la Commission Enfance Jeunesse de la ville. Résultats attendus ou inattendus Les enseignants ont constaté des évolutions sur le comportement des enfants Représentation de l école qui a évolué, on a montré l école autrement. Evaluation : de plus en plus d inscriptions, modification des comportements Evaluation Lille 3 : effets positifs sur la chronobiologie, sur le degré de fatigue, de vigilance, sur les comportements, sur les représentations de l école. Les enfants qui entrent au collège se repèrent beaucoup plus facilement. Activités non obligatoires, et les enfants viennent tous. Très faible absentéisme. Les élections des parents au conseil d école sont plus faciles, on n a plus à courir après les candidats. Difficultés Nécessité de rassurer l EN sur la question de la non redondance avec le temps scolaire, sur le fait que le programme est bien maintenu. Les animateurs travaillent en partie sur d autres structures (accueils éducatifs, restauration scolaire, CLSH ) qui n ont pas le même fonctionnement ; se retrouvent désemparés, n ont pas toujours les réponses à leurs questions. Difficulté à évaluer sans une école témoin. Les ARVEJ ignorés par les syndicats Difficultés à communiquer à l extérieur Manque d espaces pour les activités : le moindre recoin est utilisé Remplacement des personnels en emploi jeune par des emplois à caractère social, de type CES. Evolution du projet devient plus gestionnaire et moins de réflexion sur le sens ; le recrutement n associe plus ni les enseignants, ni les Francas. Les Francas partis, il n y aura plus de sens au projet ; ça sera de l empilement d activités» ; pas de projet politique de la ville, volonté de fixer la population scolaire Exigence de qualité des animations de la part des instituteurs Différences de règlement entre le temps scolaire et le temps d animation : relations de proximité aux animateurs, formes d évaluation différentes, rejet des sanctions, des renvois. Question fondamentale : comment évaluer le temps libre sur de la norme? Problèmes de délimitation des missions : pour l instituteur, pas d apprentissage en dehors de l école ; tout ce qui est didactique relève de l Education Nationale. 4
Approches différentes de la citoyenneté : pas d interdit dans le règlement mais plutôt engagement de l enfant (je m engage à ce que la cour soit propre et non «il est interdit de jeter des papiers»). Penser les halls d accueil Diversité des langues pas prise en compte. Facteurs de réussite Directeurs d école très mobilisés Evaluation Lille 3 Réfléchir sur ce qu est un parent Faciliter au parent l accès à la réflexion sur l éducatif, même si avant il y a plein de blocages (économique, social ), et au moindre intérêt, le développer, sans faire démagogie ni normalisation Trouver des tas de sujets qui permettent la réflexion, mais pas passer par des concepts ; parler de l amour. Certains animateurs connaissent le public, pour avoir été animateur sur le quartier. Proximité ethnique. 5