Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Impact des programmes «blés» dans. une vallée du nord-est de l Afghanistan

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1 Impact des programmes «blés» dans une vallée du nord-est de l Afghanistan Mémoire présenté par : DUCHIER JEAN-CHRISTOPHE En vue de l obtention du diplôme d ingénieur spécialisé en agronomie tropicale Directeur du mémoire : Isabelle Michel, C.N.E.A.R.C. Maître de stage : Peggy Pascal, Groupe U.R.D. Date de soutenance : 07 mars 2006

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3 Impact des programmes «blés» dans une vallée du nord-est de l Afghanistan Mémoire présenté par : DUCHIER JEAN-CHRISTOPHE En vue de l obtention du diplôme d ingénieur spécialisé en agronomie tropicale Directeur du mémoire : Isabelle Michel, C.N.E.A.R.C. Maître de stage : Peggy Pascal, Groupe U.R.D. Date de soutenance : 07 mars 2006

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5 REMERCIEMENT Avant que le lecteur ne se plonge dans cet ouvrage sur l Afghanistan, je voudrai sincèrement remercier les habitants de Baharak que j ai eu l honneur de croiser au cours de ces six mois d étude et qui ont su m apporter un peu de leurs savoirs. Je remercie également Peggy Pascal, responsable Afghanistan pour le Groupe URD, sans qui ce stage n aurait jamais eu lieu et dont l aide fut précieuse. Même reconnaissance à l équipe d Afghan Aid qui nous a accueillis sur le terrain et avec qui nous avons pu partager un bout de notre vie : merci à Qadim, un ami âgé de 25 ans qui m a ouvert les yeux, à Holly, Kamgar, Mudjadidi, Ibrahim, Afzal, Ezatullah, Mubarak Sha, Abdul Manon, Zafer, Abdullah, le meilleur des pêcheurs, et à tous les autres. Merci également à Samy Hullah, un excellent traducteur, à lui et à sa récente petite famille, je lui souhaite tout le bonheur possible après ces 20 ans de guerre. Enfin, merci à Erwan et Sam l idéaliste pour sa relecture et à Habib, Farah, David, Claire, Amélie, Cédric, Christophe, Nicolas, et bien d autres que j ai croisé et qui savent que l Afghanistan est un merveilleux pays. Merci à toi, Cécile, qui m a accompagné tout au long de l aventure.

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7 RESUME Grâce à un diagnostic agraire, basé sur l approche systémique, le Groupe URD a voulu comprendre comment vivent les agriculteurs à Baharak, une large vallée coincée entre les montagnes du nord-est de l Afghanistan, pays ravagé par 20 ans de guerre. Il s agissait en tenant compte des systèmes de production, de mesurer l impact des programmes d amélioration des rendements du blé. L étude historique nous permet de comprendre les mécanismes d adaptation à une croissance démographique dans un environnement difficile (hiver rude, pentes des montagnes peu exploitables ). Les paysans ont naturellement intensifié leur agriculture : de la diminution de l élevage jusqu à la production de pavot à opium que les leaders musulmans n ont pas su (ou pas voulu) ralentir malgré la très forte intégration de l islam dans la société de Baharak. Afin de comprendre plus précisément comment vivent les ménages, une typologie basée sur le capital foncier, l unité de consommation et l unité de production masculine (le travail des femmes étant mal accepté par la société) fut élaborée. Cette typologie met en évidence la diversité et la dynamique, dans le temps, des exploitations. Peu disposent des facteurs de production nécessaires pour vivre de la culture du blé. La plupart des paysans doivent être doubles actifs ou intensifier leur agriculture (cultures maraîchères et pavot). Le pavot n est utilisé qu en cas de crises économiques afin de recapitaliser après un choc comme la guerre ou la dernière sécheresse. Il faut donc que les programmes de développement s orientent davantage vers les cultures de rentes en soutenant l ensemble de la filière. MOTS CLES : Afghanistan, Système de production, Typologie, Pavot, Blé, Légumes

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9 ABSTRACT With an agrarian systems diagnosis, Groupe URD asked us how farmers are living in Baharak, a valley surrounded bay high mountains in the north-east of Afghanistan, country destroyed by 20 years of war. We had to assess the relevance of wheat programs (better yields), analysing farming systems. Thanks to the history study, we understood how the valley adjusted to the population increase in a hostile environment (harsh winter, steep incline...). Smallholders have intensified their farming system: from the animal husbandry decreasing to the poppy crop that Muslim leaders did not slow down despite the great integration of Islam in the Baharak society. In order to understand more precisely how farmers are living, we developed a typology based on the land capital, domestic consumers and male domestic workers (women work is not really accepted by the Baharak society). This typology underlines the diversity and the dynamic, in time, of farms. Few have enough factor of production to be wheat self sufficient. Most of farmers have to work outside or develop a farming intensification (vegetable crops, poppy). Poppy is cropped only in case of economics crisis in order to capitalise again after war or drought. Programs have to be directed towards cash crops sustaining all the crop chain even the selling technique.

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11 SOMMAIRE Introduction Etats des lieux, problématique et méthode Beaucoup de paysans dans un contexte difficile La sécurité alimentaire, la seule piste pertinente? Comment se sont organisés et s organisent les habitants? Quelle typologie? Une histoire d intensification L organisation sociale aux contraintes du milieu La typologie : six catégories de foyers Systèmes d activité : l Agriculture ne suffit plus aux paysans Du blé, quelques légumes, peu d animaux et du pavot Le travail non agricole, indispensable à Baharak Le crédit et la décapitalisation, les derniers recours Typologie, systèmes d activité Blé, légumes ou pavot : comment les paysans choisissent? Le blé Les légumes Le pavot Qui choisit quoi et pourquoi? Afghanaid, vers une sécurité alimentaire? Afghanaid, une ONG anglo-afghane Les programmes agricoles et ses impacts Discussion : vers l intensification de la «terre» Discussion autour des hypothèses de travail Synthèse : réponse à la problématique Comment accompagner l intensification? Un rééquilibre entre les cultures vivrières et les cultures de rente La lutte contre le pavot à opium La fertilité, un problème latent dangereux L élevage, une vieille spécialisation à développer La coopération, une aide pour les paysans L urgence avec le développement Conclusion Bibliographie Table des annexes Abréviations et acronymes Glossaire Liste des cartes Liste des figures Liste des graphiques Liste des photographies Liste des tableaux Table des matières...184

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13 INTRODUCTION Fin 2001, Afghanistan, le régime extrémiste taliban vient de s écrouler. La paix succède enfin à 22 ans de guerre. Dans un contexte mondial incertain, la communauté internationale ne peut se permettre d abandonner ce pays une fois de plus. Cette paix doit donc être durable pour ce pays ravagé où reviennent tant de réfugiés. De gigantesques ressources ont été mobilisées pour reconstruire ce pays afin de le stabiliser. D une situation de crise, pendant laquelle l urgence était le mot d ordre, l aide internationale s oriente de plus en plus vers de la réhabilitation et du développement. Est-ce que tous les acteurs de la coopération avec l Afghanistan réussissent leur reconversion? Et plus important, ces trois phases doivent-elles être nécessairement distinctes les unes des autres sur le terrain? Le Groupe URD, commanditaire de cette étude, s interroge sur ces questions et tentent de guider les institutions qui le souhaitent. Coincés au milieu des hautes montagnes du nord-est de l Afghanistan, les habitants de la vallée de Baharak essaient tous les moyens, même illégaux, pour sortir de leur pauvreté. Le blé, qui fut au centre des programmes d urgence via la distribution, fait actuellement parti de la majorité des projets agricoles de développement. Comment les agriculteurs de Baharak réagissent face à ce soutien? Ces projets sont-ils vraiment pertinents dans la vallée de Baharak? Comment ces paysans vivent-ils et, eux, qu essaient-ils de développer? Toutes ces questions font parties de la demande du Groupe URD qui a souhaité étudier le fonctionnement agricole d une vallée en zone de montagne. Aidés sur le terrain par l association Afghan Aid, nous avons passé 6 mois à observer, poser des questions, réfléchir, essayer de comprendre et demeurer au milieu des paysans afghans. Ce document raconte qui sont ces derniers et comment ils vivent dans un milieu et dans une société bien particulière afin de mesurer l impact, et éventuellement d améliorer, certains programmes agricoles développés par Afghan Aid. La première partie présente en détail les questions et la méthode utilisée lors de cette étude. La deuxième partie permet au lecteur de comprendre comment l agriculture de la zone a évolué au cours des 100 dernières années, comment les Hommes s approprient leur milieu et comment la société s organise. A la fin de cette partie, une typologie permettra de simplifier la réalité afin de pouvoir analyser les différentes stratégies des foyers qui seront explicitées dans le chapitre 3. La partie suivante aborde le comportement décisionnel des agriculteurs quant aux choix des cultures. Le chapitre 5 décrit et analyse les programmes de développement agricoles mis en œuvre sur la zone ainsi que leurs impacts sur l agriculture. Enfin, les chapitres 6 et 7 constituent une synthèse globale de l étude et les recommandations qui en découlent afin d améliorer l agriculture de cette zone de montagnes. 1

14 1 ETATS DES LIEUX, PROBLEMATIQUE ET METHODE 1.1 BEAUCOUP DE PAYSANS DANS UN CONTEXTE DIFFICILE Baharak, une vallée trop peuplée Baharak est une large vallée (cf. photo 1) arrosée par trois rivières et entourée de montagne (cf. carte 1). Ce qui frappe lorsqu on arrive pour la première fois dans cette zone, c est le contraste entre le vert des fonds de vallée et le jaune «poussière» des montagnes. La photo suivante illustre parfaitement ce contraste. Ces couleurs nous indiquent que les fonds de vallées sont les terres les plus exploitées. C est d ailleurs là que se situent les très nombreux villages et hameaux du district. Shar-e-Naw possède l unique bazar qui permet aux habitants de Baharak d acheter différents produits (des tissus aux médicaments, en passant par divers outils). Photo 1 : La vallée de Baharak (Juin 2005) 2 L unique route qui relie en deux heures de voiture Baharak à Faizâbâd, la capitale de la province du Badakhshan est une piste de terre mal entretenue. Quelques chemins, plus ou moins carrossables relient les villages et hameaux entre eux, il n y a aucune habitation isolée. Ces dernières sont souvent invisibles car protégées par un mur qui sous-entend l importance d un certain isolement des familles entre elles. Carte 1 : La vallée de Baharak (1cm ± 2 Km) (source : Russian Topographic Maps) Les trois rivières permettent une agriculture irriguée. Le blé recouvre près de la moitié de l assolement. L autre moitié se compose de légumes, plantes légumineuses, orge voire pavot à opium. Arrivé début juin, les indices d une activité d élevage étaient

15 bien rares : peu d animaux visibles, aucune traces de déjections animales, pas de pâturages. Baharak est une sorte de «jardin» au milieu des montagnes avec une forte activité agricole sans oublier le bazar où circulent beaucoup d hommes. Sur les chemins, les femmes sont peu nombreuses et toutes en burkas 1 ; dans les champs, voir une femme qui travaille est exceptionnel. Ce premier constat pose déjà de nombreuses questions sur le fonctionnement économique, technique et social de cette zone. Mais avant de creuser ces interrogations, il est indispensable d avoir une vision un peu plus large qui dépasse l échelle du district de Baharak Le Badakhshan : les montagnes oubliées Baharak est l un des 13 districts de la province du Badakhshan (cf. carte 2). Le royaume du Gorno-Badakhshan englobait l actuel Badakhshan et une partie du Tadjikistan jusqu en 1895, date à laquelle ce royaume a été coupé en deux entre les deux grands empires de l époque, les Russes et les Anglais (BASHIRI I., 2003). Carte 2 : Les districts du Badakhshan (source : bassirat.net) Le Badakhshan, province de l extrême nord-est de l Afghanistan, est actuellement habité par de très nombreuses ethnies (BOUY M., DASNIERE J., 1994, p.245). Cette complexité ethnologique traduit une Histoire riche en migration (BASHIRI I., 2003). Les Tadjiks de confessions sunnites sont largement majoritaires dans la zone même si quelques-uns sont de confession chiite ismaélien. Hazaras, Ouzbeks, Turkmènes, Kirghizes, Nouristanis et Pachtounes complètent cette mosaïque de population (SMU, 2001, pp. 4-5). Jamais sous influence taliban, le Badakhshan fut une terre d asile pour de nombreux Afghans. Près d un million d individus vivent actuellement au Badakhshan (AKBAR, BENNET, BYRD, 2004, p. 1). 1 Vêtement recouvrant tout le corps y compris le visage, seul un grillage en tissu permet aux femmes de voir 3

16 L éducation est une des fiertés de la province. En effet, elle est considérée comme une des plus actives en Afghanistan (SMU, 2001, p. 32). Selon M. Akbar et al. (2004, p. 9), la présence des enfants à l école est considérée comme très satisfaisante (au moins 70 % des élèves sont présents). Selon le Bureau Régional de l Education (Provincial Education Office), enfants dont 50% de filles sont inscrits dans les écoles du district de Baharak. Au Badakhshan, les services de santé sont extrêmement limités (SMU, 2001, p. 36). Le manque de personnel compétent en est la principale raison (AKBAR M. et al., 2004, p. 16) : 38 hôpitaux officiels pour seulement 18 qui fonctionnent (partiellement) dont la moitié sans docteur, 44 cliniques de districts officielles pour seulement 22 offrant effectivement un service. La santé apparaît donc comme un secteur à développer rapidement. Dans cette province, la situation économique est précaire, l insécurité alimentaire faisait partie du quotidien des agriculteurs. Très peu de familles peuvent vivre pleinement de leurs activités agricoles, la migration temporaire pour combler le déficit économique est quasi-normale dans cette province. Le Badakhshan ne permet pas, malgré ses mines de lapis, d absorber une telle offre de main d oeuvre saisonnière ; les Badakhshis se déplacent donc souvent au Pakistan, proche de la province (SMU, 2001, p. 25). Dès lors, on comprend facilement le succès de la culture du pavot qui permet de générer des revenus importants. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce «retard» agricole. Tout d abord, l Etat, ruiné par les guerres, n a jamais pu développer un réel soutien à son agriculture. Les crédits, les subventions favorables à l agriculture sont quasi-inexistantes, les infrastructures sont tellement désuètes que leurs rénovations (ou constructions) font partis des priorités politiques du président Karzaï (Bassirat.net, 05 avril 2005) L Afghanistan, urgence ou développement? L Afghanistan, pays détruit par 25 ans de guerre, est le théâtre de grandes opérations humanitaires et de développement depuis la chute du régime talibans en novembre Comment ce pays en est arrivé là? Et, actuellement, où en est la reconstruction de ce pays? Les paragraphes suivants s attachent à répondre à ces questions Une histoire récente agitée 2 L Afghanistan, pays d Asie centrale, apparaît régulièrement sur les devants de la scène internationale 3. Au 19 ème siècle, ce pays fut au centre du «Grand Jeu» entre deux des empires les plus puissants du monde : celui des russes et celui des anglais. Ce royaume aux multiples ethnies servit de zone tampon entre les deux grandes puissances. Avec la chute de l empire britannique et l émergence de l U.R.S.S., les communistes afghans soutenus par le bloc soviétique réalisèrent un coup d état en Le nouveau régime devait alors faire face aux mécontentements grandissant de la population encouragée notamment par les mollahs. En 1979, l U.R.S.S. envahissait l Afghanistan, officiellement pour aider un régime communiste en déroute, situation classique au temps des soviétiques (CARRERE D ENCAUSSE, 2005, p. 242). Ce pays oublié réapparaissait alors brutalement à la une des journaux. S en suivent alors 10 ans de lutte sanglante, les Russes n ont jamais réussi à contrôler tout le pays, notamment ces 2 Les paragraphes qui traitent l Histoire de l Afghanistan sont basés sur les lectures de G. DORONSORO (2000) et de M. BARRY (2002) 3 Le lecteur trouvera en annexe 1, une chronologie détaillée de l Histoire de l Afghanistan 4

17 montagnes, forteresses naturelles protégeant les moudjahiddines 4 aidés par le bloc occidental et par les pays arabes du Golfe Persique. La fin de l empire soviétique conduisit au rempli de l Armée Rouge et à la chute du régime en place. Le pays sombra alors dans une guerre civile où les alliés d hier s affrontèrent violemment. En , un parti proche du wahhabisme saoudien (GOSZTONYI K., FARAROON R., 2004, p. 21) réussi à rétablir la paix sur la majeure partie du pays. Ce parti religieux traditionaliste, composé d étudiants en théologie (les Talibans), continuèrent à combattre les factions rivales (l Alliance du Nord) qui contestèrent ce nouveau régime. Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 projeta l Afghanistan dans une nouvelle guerre : les Etats-Unis écartèrent du pouvoir les Talibans, accusés de complicité lors de ces attentats et imposèrent un gouvernement provisoire en attendant les élections de novembre 2004 qui ont donné Hamid Karzaï président. Cependant, la tâche du nouveau président reste délicate. Il lui faut combattre les factions «talibans» au sud et dans l est du pays. Il devra reconstruire un pays ravagé par 20 ans de guerre. Il lui sera nécessaire de renforcer le rôle de l État dans un pays où les seigneurs de guerre locaux ont un pouvoir encore très fort. Il lui faut éradiquer la culture du pavot, montré du doigt par la communauté internationale. Enfin, il devra gagner la confiance non seulement de l ethnie pachtoune dont il est originaire mais aussi de toutes les ethnies peuplant ce pays montagneux L Afghanistan, une mosaïque de populations Composé de plus de 25 millions d habitants, l Afghanistan est une république islamique fortement sunnite (84 %), les chiites ne représentent que 15 %, quelques hindous et sikhs (1 %) viennent compléter l hétérogénéité religieuse de ce pays. De très nombreuses ethnies occupent l ensemble du territoire (cf. carte 3) : Pachtoune, Tadjik, Hazara, Ouzbek, Aimak, Turkmène, Baloutches... Cette hétérogénéité se retrouve également dans la langue : de très nombreux dialectes existent bien que deux langues se distinguent : le pachtoune et le perse afghan, le dari. Les deux ethnies majoritaires d Afghanistan, les tadjiks (moitié Nord du pays) qui parlent le dari et les pachtounes qui parlent le pachtoune (moitié Sud) sont séparées par la chaîne de montagne de l Hindu Kush. Notons que de nombreux afghans ont fui le pays lors des 25 dernières années ; avec le retour de la paix, la plupart ont regagné leur province d origine. Ce retour massif n est pas sans poser de problèmes, notamment en ce qui concerne la propriété foncière. 4 Les moudjahiddines sont des combattants musulmans pendant une guerre sainte. 5

18 Carte 3 : Distribution géographique des ethnies en Afghanistan (source : Le Monde Diplomatique, 1997) L Afghanistan, un pays montagneux, et peu développé L'Afghanistan ( Km²) se trouve entre le Moyen-Orient et l'asie. L'Iran, le Turkménistan, l'ouzbékistan, le Tadjikistan, le Pakistan et le Sin-Kiang chinois bordent les frontières afghanes ; cette nouvelle république ne dispose d aucun accès direct sur la mer. La capitale, Kaboul, est le principal pôle économique du pays ; les autres villes importantes sont : Herat, Mazâr-E-Charif, Kandahar, Jalalabad, ou encore Faizâbâd (Badakhshan). L'Afghanistan, c est avant tout des montagnes et des déserts laissant peu de place à la végétation. Les montagnes de l Hindu Kush qui s étendent du sud-ouest au nord-est coupent le pays en deux. La moitié des surfaces (soit 38 millions d hectares) sont utilisée soit par l agriculture soit par l élevage. Les terres arables ne concernent que 7 millions d hectares, 50 % de ces terres sont irriguées (Source Food and Agriculture Organisation (FAO), 2002). Le climat de l Afghanistan est de type continental. Les températures varient donc très fortement au cours de l année (32 à 20 C à Kaboul). Il pleut près de 300 mm par an sur la capitale, les pluies sont concentrées essentiellement entre janvier et mai. L'Afghanistan est l'un des pays les plus pauvres au monde. Son PIB annuel par habitant ne dépasse pas 820 US $ et son indice de développement humain (IDH) place 6

19 l Afghanistan 169 ème sur 175 pays en 1996 selon l'undp's Human Developement Report (MADERA). Enfin, l Organisation Mondiale de la Santé affirme que l'afghanistan possède un taux de mortalité infantile proche de 25% (0.5% en France). Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés, la croissance démographique est de 2,9 % et l'espérance de vie moyenne ne dépasse pas 43 ans. Toujours selon les mêmes sources, l analphabétisme touche près de 50 % des hommes et plus de 80 % des femmes. Enfin, seulement 40 % des garçons sont scolarisés, 3 % pour les filles. Actuellement, plus de 80 % de la population vit en milieu rural (ZIKRIA, MISSEN in ROBIN, 2004, p. 8), la principale activité étant l agriculture (blé, coton, fruits et légumes) et l élevage des petits ruminants (fourrures, cuirs, viandes). Le secteur minier représente également une source de revenus non négligeable ; les Afghans exploitent charbon, lapis lazulite, rubis, cuivre, or, argent, zinc, plomb, sel Une autre ressource agricole permet à certains Afghans de gagner «beaucoup» d argent, c est la culture du pavot qui s est rapidement développée dans ce pays depuis quelques années Et maintenant? Aujourd hui, lorsque l on circule en Afghanistan, on croise de très nombreuses Organisations Non Gouvernementales (ONG) en plus des institutions des Nations Unis et des militaires. Près de 10 milliards de dollars ont été utilisés en l Afghanistan entre 2001 et 2005 (CHIPAUX, 2006, p. 6). Tous ces organismes se situent actuellement entre l urgence, la réhabilitation et le développement. La dernière sécheresse ( ) associée à 22 ans de guerre incita fortement la communauté internationale à s orienter vers l urgence. Aujourd hui que la sécheresse est terminée, la paix plus ou moins généralisée, elle s oriente davantage vers de la réhabilitation et du développement. Malheureusement, cette transition n est pas évidente et pose de nombreux problèmes et questions pour les centaines d organismes qui travaillent en Afghanistan. Maintenant que le décor est planté, il est temps, avant d aller plus loin, d orienter la recherche sur le terrain. Ces premières descriptions vont nous permettre d étayer la demande et de formuler une problématique la plus pertinente possible. 1.2 LA SECURITE ALIMENTAIRE, LA SEULE PISTE PERTINENTE? Une problématique entre recherche et évaluation La demande Le groupe URD 5 (cf. annexe 2) est une ONG qui s est spécialisé dans la recherche, l évaluation et la formation. Dans le cadre du programme LLRD 6 (cf. annexe 3), Péguy Pascal (Responsable Groupe URD pour l Afghanistan) nous a demandé de réaliser une étude à Baharak, district de la province du Badakhshan. Cette étude s est déroulée en partenariat avec l ONG anglaise Afghan Aid (cf. annexe 4) qui a assuré la logistique sur le terrain. Cécile Duchet (étudiante CNEARC) a également travaillé, notamment sur le rôle des femmes dans l agriculture, pendant cette période sur la même zone et dans les mêmes conditions. La demande initiale portait sur : Etude des systèmes de production 5 Urgence, Réhabilitation et Développement. 6 Link Relief Rehabilitation and Development 7

20 1- Analyse historique des changements sociaux, politiques, agricoles et techniques sur les dernières décennies. 2- Description des dynamiques actuelles 3- Comment les agriculteurs gèrent leurs moyens de productions dans le temps et l espace? 4- Quelles sont les différentes stratégies des différents groupes sociaux/familiaux? 5- Typologie des systèmes de production 6- Identification des contraintes (sociales, économiques, techniques) et des facteurs «limites» des systèmes de production. 7- Analyse des obstacles et contraintes concernant la transformation et l accès au marché. Etude des règles de décisions des agriculteurs 1- Analyse des règles de décisions dans le choix de culture 2- Analyse plus fine des règles de décisions et de ses variations entre le blé traditionnel, le blé amélioré et le pavot 3- Evaluer les effets et les impacts du projet d Afghan Aid (AAD) et du processus de diffusion 4- Analyse de ce qui pourrait être réalisé pour améliorer l impact du programme d Afghan Aid. Quelles modifications techniques ou améliorations pourraient être apporté pour améliorer le programme? Comment pourrait être amélioré la transformation et la commercialisation? Il s agit donc d analyser des systèmes de production via une approche systémique (cf. annexe 5) et les règles de décisions ou plutôt le comportement décisionnel des agriculteurs, notamment entre le blé traditionnel, le blé amélioré et le pavot à opium. Enfin, il fallait analyser l impact des programmes de l ONG Afghan Aid afin de proposer d éventuelles améliorations La problématique et hypothèses de travail Afin d orienter correctement les recherches sur le terrain, il a fallu dégager une problématique et des hypothèses de travail. Grâce à la demande, au travail bibliographique et aux premiers contacts sur le terrain, on peut la définir ainsi : En tenant compte des systèmes de production de la zone d étude, les programmes sur l amélioration des rendements du blé sont-ils pertinents afin de lutter contre la culture du pavot et améliorer le niveau de vie des paysan? Les programmes «blés» sont directement issus de l aide d urgence fournie aux afghans les plus vulnérables. Dans la majorité de ce pays, la paix a remplacé la guerre et la sécheresse fait partie du passé. Aussi, les organismes d aide sont passés de l urgence au développement. Or, le manque de données et d expérience en Afghanistan a conduit la plupart des agents de développement à continuer de s investir majoritairement sur le blé. La distribution de cette céréale dans le cadre de programmes d urgence fut particulièrement appropriée dans ce pays où le régime alimentaire est justement basé sur le blé. Mais aujourd hui, dans un cadre de développement, la pertinence de ces programmes sur cette céréale est peut-être moins évidente. Derrière cette problématique, quatre grands axes de recherche se dégagent avec des hypothèses de travail : 8

21 o Quels sont les mécanismes endogènes à la zone qui ont permis aux agriculteurs d améliorer (ou au moins de tenter de stabiliser) leur niveau de vie? Avant d essayer d améliorer l agriculture d une région, il faut comprendre comment ses habitants vivent et tentent d améliorer eux-mêmes leur situation. Il s agit là d une analyse à l échelle de la zone d étude, de la vallée. Quelques hypothèses de travail aideront à orienter les recherches sur le terrain : L agriculture a évolué au cours des cent dernières années vers une intensification de la terre. Le pavot est la culture de la zone la plus intéressante économiquement. Le blé amélioré n est pas plus intéressant que le blé traditionnel. Les seigneurs de guerre décident des orientations politiques de la zone. Les femmes ne peuvent pas travailler à l extérieur de la maison. Afin de répondre à cette première question, nous analyserons l Histoire agraire de la zone. Comprendre le passé permet de dégager les dynamiques d évolution et donc de comprendre le présent et d imaginer le futur, autrement dit, comment s adaptent les agriculteurs dans le temps. Puis, nous décrirons l environnement naturel, comment l Homme s y est adapté et enfin quel sont les mécanismes sociaux qui permettent à la société de s organiser et de s adapter. o Comment considérer les différences des exploitations agricoles afin de mesurer la pertinence des programmes de développement? Après avoir compris comment s organisaient et s adaptaient les habitants de la zone, il sera peut-être pertinent de tenir compte de la diversité propre à cette zone. Même si les agriculteurs évoluent dans le même milieu, ils peuvent réagir distinctement ; ils peuvent ne pas avoir les mêmes moyens et donc les mêmes besoins aux mêmes moments Aussi, après avoir vu le fonctionnement global de la zone, il sera intéressant d analyser les différences endogènes. Quelques hypothèses de travail accompagneront l étude sur la zone : La situation géographique des exploitations agricoles influence les stratégies des agriculteurs. Selon des critères sociaux, techniques et économiques, les exploitations agricoles réagissent différemment vis-à-vis du pavot et des programmes d Afghan Aid. Les stratégies et donc les besoins d un agriculteur évoluent dans le temps. La diversification des activités est indispensable pour les agriculteurs. Chaque exploitation agricole est unique, aussi répondre à cette seconde question s avère complexe. Il s agira donc de simplifier la réalité grâce à une typologie des exploitations agricoles. La réponse à la première question permettra d élaborer cette typologie en dégageant des critères choisis en fonction de cette seconde question. En s appuyant sur cette typologie, nous mettrons en évidence comment les agriculteurs vivent, quelles sont les activités et les stratégies mises en œuvre. Une fois analysées ces stratégies, les impacts des programmes de développement, et plus particulièrement ceux basés sur le blé, seront facilement mesurables. 9

22 o Quels sont les impacts des programmes de développement agricole des ONG sur les stratégies des paysans de la zone? Une fois les stratégies agricoles comprises et après avoir appréhendé la diversité des foyers, il faudra étudier l impact du travail des ONG afin de mesurer la pertinence des programmes sur l amélioration des rendements du blé. Les hypothèses de travail suivantes guideront notre étude : Les programmes des ONG permettent un meilleur accès sur l amont des filières agricoles (engrais, variétés). Les programmes des ONG travaillent surtout sur une agriculture vivrière. La nature des programmes influence les agriculteurs quant à leurs activités. Répondre à cette troisième question passera par la description et l analyse des programmes des ONG. Pour cela, nous nous appuierons sur le travail d Afghan Aid en accompagnant les techniciens pendant leur travail et en interrogeant les responsables sur le fonctionnement des programmes. o Comment améliorer ces programmes de développement afin de répondre aux attentes des habitants de la zone et ainsi d améliorer leurs conditions de vie? En dernier lieu, après avoir compris comment s organisaient la société de Baharak dans son milieu, après avoir analysé les différents foyers et après avoir étudié l impact des programmes des ONG, il s agira de proposer des pistes d amélioration pour les programmes afin d aider les acteurs du développement à agir pertinemment. Quelques hypothèses conduiront les dernières réflexions de ce document : Les programmes de développement doivent s appuyer sur ce que font les agriculteurs de la zone afin d être pertinents. Il n existe pas de programme unique qui répondrait aux attentes de tous les agriculteurs. Il s agira ici de rassembler toute l information du document afin de proposer des améliorations spécifiques à la zone, pertinentes quant aux bénéficiaires et durables dans le temps Un dispositif d étude qui s appuie sur les paysans Limites Trois limites sont venues perturber le travail sur le terrain. Le difficile accès au monde des femmes, les zones interdites à cause de la sécurité et les enquêtes sur le pavot à opium. En tant qu homme, il est impossible d établir le plus simple des contacts avec les femmes. Il a fallu donc s appuyer sur les travaux de Cécile Duchet qui a travaillé de juin à novembre 2005 à Baharak. Cette collaboration fut indispensable pour comprendre le rôle des femmes dans l agriculture. En mai 2005, des manifestations violentes ont eu lieu à Baharak : les bureaux de deux ONG ont été détruits. Le courant anti-occidental et donc anti-ong est minoritaires 10

23 à Baharak mais quelques meneurs présents dans la zone sont malheureusement très actifs. L ONG Afghan Aid qui nous a accueilli à Baharak nous a tout simplement interdit de nous déplacer dans certaines zones. En réalité, seule la vallée nous était ouverte, il a fallu abandonner tout projet de comparer les stratégies des agriculteurs qui vivent dans la vallée avec ceux qui vivent plus haut en altitude. Enfin, le pavot à opium est une culture illégale qui rapporte beaucoup d argent. Les agriculteurs n avaient pas de difficulté à en parler mais les acheteurs et les transformateurs étaient beaucoup plus méfiants vis-à-vis des européens qui posent des questions sur ce trafic. Aussi, il a fallu gagner la confiance des personnes les plus réceptives au cours des 6 mois de terrain afin de collecter quelques informations incomplètes sur la filière Dispositif d étude et concepts méthodologiques Sept périodes sont venues rythmer cette étude. Février mai : Le pré-projet Il s agissait d effectuer des recherches bibliographiques afin de comprendre au maximum la société, l agriculture, l Histoire, l économie et la géographie de l Afghanistan. En plus de ces lectures, des personnes ressources ont été interrogées sur leurs expériences et leurs compétences qui avaient un lien avec soit le pays, soit le thème de l étude. Cette première phase nous a permis d élaborer une problématique et une méthodologie accompagnée d un calendrier de travail afin de guider notre étude sur le terrain. Début juin : Prendre ses repères et retravailler la problématique. Arrivés dans la capitale afghane, Kaboul, nous avons pu pendant deux semaines nous habituer au climat et à la langue. Nous avons également pu profiter de la présence des nombreux professionnels du développement agricole pour les rencontrer et enrichir nos connaissances. Juin : Premier contact avec le terrain : Il a fallu prendre près de trois semaines pour appréhender le contexte social et dégager les grandes tendances agricoles de la zone. Outre le travail bibliographique avant d arriver sur la zone, les premières discussions avec nos hôtes, l équipe d Afghan Aid, se sont révélées capitales. De plus, via l observation, l analyse du milieu dans lequel évoluent les habitants fut nécessaire afin de dégager les atouts et contraintes de la zone. Cette étape a permis notamment d améliorer le questionnaire indispensable à la phase suivante. Juillet septembre : Le diagnostic agraire et le comportement décisionnel des agriculteurs. Cette étape, la plus longue (2,5 mois), consistait à interroger les habitants de la zone. Afin de mesurer l impact de la situation géographique, la plupart des villages de la vallée ont été visités. Dans chaque village, deux à trois agriculteurs ont été interrogés au hasard des rencontres et surtout en fonction de leur disponibilité. Ce travail a été réalisé en binôme avec Cécile Duchet qui a consacré son étude aux femmes. Chaque entretien durait de 2 à 4 heures. Lors de ces entretiens, nous avons abordé l Histoire de la zone, les techniques de production, l environnement naturel, social, économique, religieux, politique Près de 80 entretiens ont été effectués à travers toute la vallée. Il s agissait 11

24 d entretiens semi directifs. Ce type d entretiens a été préféré aux questionnaires fermés puisqu il s agissait plus d une étude qualitative que quantitative. Afin de dégager le maximum de facteurs indispensables à la compréhension de l agriculture de la zone, les personnes interrogées disposaient donc d une grande liberté de réponse. Cependant, des questions fermés débutaient chaque entretien afin de qualifier le plus précisément possible chaque exploitation agricole 7. Cette étape nous a permis de réaliser un zonage géographique, un historique de l agriculture, une analyse des systèmes de production et une typologie des foyers. Les informations recueillies devaient nous permettre de répondre aux deux premières questions soulevées par la problématique. Septembre : Critique des résultats à mi-parcours. Pendant cette phase, nous avons présenté nos résultats à Afghan Aid et au Groupe URD à Kaboul afin de discuter d un éventuel réajustement de notre travail sur le terrain et de dégager d autres questions pour l étape suivante. Octobre novembre : Répondre à certaines questions dégagées pendant l étape précédente et étudier les programmes de développement agricole d Afghan Aid. Une fois l Histoire, le contexte et les activités des agriculteurs analysés, il a fallu approfondir certains sujets pendant ce dernier mois de terrain. Les personnes n étaient plus choisies au hasard mais en fonction de leur caractéristiques propres liés aux interrogations restées en suspens : commerçants, religieux, éleveurs, sans terres, grands propriétaires, chefs de village Puis, afin d analyser les programmes de développement agricole de l ONG Afghan Aid, nous nous somme appuyés sur la méthode du Groupe URD : le Quality COMPAS 8. Cette phase de travail devait nous permettre d enrichir nos réponses aux deux premières questions issues de la problématique et de répondre à la troisième. Décembre : Restitution des résultats auprès des demandeurs. Lors de cette dernière étape en Afghanistan, nous avons présenté nos résultats, grâce à l appui du Groupe URD, devant les responsables d Afghan Aid et divers invités au ministère de l agriculture. Cette dernière phase en Afghanistan nous a permis de réfléchir sur la dernière question que soulevait la problématique. 7 L annexe 6 reprend le questionnaire utilisé lors des entretiens. 8 La Qualité COMPAS est le résultat de trois années de missions de terrain pour analyser la qualité des programmes d urgence, de réhabilitation et de développement. Dans un souci de qualité, le but de cette méthode est de limiter le risque d'erreur en permettant aux opérateurs d'identifier et de corriger des erreurs au cours d un programme et de les enregistrer afin d éviter de les répéter dans le futur. La Qualité COMPAS se donne comme objectif d aider les organisations afin d'améliorer la qualité de leurs programmes. Depuis que son lancement en juin 2004, il a été reçu avec beaucoup d'intérêt et enthousiasme par une diversité d'ong, agences des Nations Unis, donateurs, et par les professionnels de la gestion de la qualité. Pour toutes informations complémentaires, le lecteur pourra se rendre sur le site du Groupe URD (http://www.urd.org). 12

25 SYNTHESE DU CHAPITRE 1 : état des lieux et problématique L Afghanistan est un pays ravagé par plus de deux décennies de guerre, de nombreuses organisations tentent d aider les Afghans à reconstruire leur pays. Le Groupe URD a voulu comprendre comment vivent les agriculteurs à Baharak, une large vallée coincée entre les montagnes du nord-est de l Afghanistan. Afin de guider les recherches sur le terrain, une problématique fut élaborée : En tenant compte des systèmes de production de la zone d étude, les programmes sur l amélioration des rendements du blé sont-ils pertinents afin de lutter contre la culture du pavot et d améliorer le niveau de vie paysan? Ces programmes «blés» conçus pour le développement agricole sont directement issus des programmes d urgence qui furent basés sur la distribution de cette même céréale. Pour répondre aux questions que soulève cette problématique, un diagnostic agraire de la zone fut complété par une étude du comportement décisionnel des stratégies des agriculteurs. Enfin, afin de comprendre l impact des programmes de développement agricole des ONG, ceux d Afghan Aid, l ONG qui nous a accueillis sur le terrain furent analysés. 13

26 2 COMMENT SE SONT ORGANISES ET S ORGANISENT LES HABITANTS? QUELLE TYPOLOGIE? 2.1 UNE HISTOIRE D INTENSIFICATION Les personnes interrogées sur l Histoire de Baharak ont pu fournir de nombreuses informations. Ces informations nous ont permis de reconstituer l Histoire de la zone, de comprendre comment les habitants de Baharak vivaient il y a 100 ans. Trois différentes époques apparaissent lors de l analyse de ces différents entretiens lors des cent dernières années : 1- Une agriculture agropastorale [jusqu aux années 1930] 2- Les céréales remplacent les jachères [des années 50 à 1979] 3- Vers une agriculture de rente [à partir de 2001] Ces époques sont séparées par des périodes que nous nommerons ruptures. Ces ruptures traduisent de profonds changements à l origine d une nouvelle «époque agraire». Elles seront décrites et analysées afin de comprendre l évolution de l agriculture à Baharak. La première rupture, «Développement et Pachtounisation», commence avec le règne de Zaer Sha en Entre 1979 et 2001, la guerre et la sécheresse constituèrent une seconde rupture Un système agropastoral oublié (avant 1930) «Avant, les animaux pâturaient dans la vallée». Cette première citation d un agriculteur de la zone pose les bases d une agriculture bien différente de celle pratiquée aujourd hui. Jachères, pâturages, et cultures coexistaient dans cette vallée loin d être surexploitée. Dans les paragraphes suivants, nous allons tenter de décrire l agriculture, il y a 100 ans. Mais avant cela, dégageons les facteurs qui permettaient cette agriculture «Avant, il y avait moins de gens» Cette phrase est revenue à plusieurs reprises lors des entretiens sur l Histoire. Voilà sans aucun doute un premier élément qui permet de comprendre l agriculture au début du siècle dernier. Selon les habitants de la zone, il y avait beaucoup moins de villages. De plus, un vieil habitant de Deta nous informe que les villages les plus anciens comme le sien étaient bien moins peuplés : «A Deta, au temps de mon père, il n y avait que trois maisons, aujourd hui, il y en 40». Un village, c est, à l origine, deux ou trois familles qui s installent. Les enfants de ces premiers habitants construisent leur maison, proches de la maison paternelle pour des raisons culturelles (l importance du quom 9 ). Petit à petit, ces hameaux sont devenus des villages dont les habitants ont bien souvent un ancêtre commun. Les villages les plus anciens ont été bâtis sur les bas des pentes des montagnes pour des raisons notamment pédologiques que nous détaillerons plus loin. Cette position leur permet aujourd hui de posséder les meilleures terres mais aussi d être les seuls propriétaires des rares espaces qui subsistent pour parquer les animaux l hiver (de novembre à avril) : les quatans. 9 Le quom représente la famille de l individu dont l origine remonte à plusieurs générations. Il est difficile de délimiter un quom, apparemment tant que deux individus repèrent un ancêtre commun, ils sont du même quom. Nous verrons en détail l importance de ce groupe social plus loin dans ce document. 14

27 Les conditions de vie difficile ont, semble-t-il, limité la croissance démographique. Dans la vallée de Baharak, mise à part quelques sages femmes : les dayâs, personne ne faisait office de médecin. Une partie des habitants s en remettaient à Allah en consultant les mollahs. Seules quelques plantes locales servaient de médicaments comme le kosni qui soulageait les crises de malaria, le zarsalak qui soigne les maux de tête. Malheureusement, cette médecine traditionnelle ne suffisait pas. Un vieil homme nous raconte : «Quand mon père était enfant, les maladie tuaient beaucoup de gens, maintenant, on a des médicaments et des docteurs pour nous soigner». La mortalité infantile a sans doute été le facteur qui a le plus limité la croissance démographique. La densité de population, à Baharak, fut moins importante qu aujourd hui. Cette densité n induisait qu une faible pression sur le milieu naturel. Une personne interrogée affirme que si un homme voulait acheter de la terre, il devait payer un prix symbolique dérisoire. Le facteur de production «terre» n avait donc quasiment aucune valeur tant il était abondant par rapport à la population «Quand j étais petit, il n y avait pas de route pour Faizâbâd» Rappelons que le Badakhshan est un des passages entre le Moyen-Orient (et par extension l Europe) et l Extrême-Orient. Marco Polo serait passé par ces montagnes au XIII ème siècle (LABROUSSE, 2003a) laissant notamment son nom à une espèce de bouquetin vivant dans les montagnes du Badakhshan. Pourtant, jusqu'à la fin des années 1930, la vallée de Baharak devait faire face à un isolement géographique évident : les voies de communications étaient quasiment inexistantes. Ces difficultés n empêchaient cependant pas des échanges commerciaux ou culturels. Certains anciens de la zone affirment que les Badakhshis commerçaient avec les habitants du Tadjikistan. «Quand j étais jeune, les hommes allaient vendre des noix et des pistaches. Ils ramenaient surtout des vêtements». Or, le Badakhshan n a jamais produit de pistache, celles-ci provenaient de Kunduz que des marchands acheminaient dans la province. Malgré ces échanges, ces passages d explorateurs et autres marchands, les habitants de la vallée de Baharak devaient produire la majorité de l alimentation qu ils consommaient. Pendant cette première période, l agriculture était diversifiée afin de répondre aux besoins alimentaires d une zone isolée. L isolement commercial s accompagnait d un isolement politique : «Du temps de mon grand-père, il n y avait pas de gouverneur qui venait de Kaboul 10, les hommes nommaient un arbob». L arbob est un chef élu par un comité composé uniquement d hommes adultes : la shura ; elle est présidée par les mouy é safed, les «barbes blanches», autrement dit par les plus anciens du village Faible densité, «isolement» : cultures associées à l élevage Une faible densité humaine et un certain isolement permettent d imaginer l agriculture d il y a 100 ans. Les importantes surfaces disponibles par personne permettaient une agriculture mixte : des cultures combinées à l élevage. Le fumier et la jachère sont alors les deux éléments qui permettent la reproduction de la fertilité. En effet, un premier type de systèmes de culture (blé, maïs, riz, moutarde ) semblait toujours composés d une jachère. Les pâturages, les prairies de fauche constituent le second type de systèmes de culture. Les nombreuses prairies de fauches permettaient de constituer des stocks importants de fourrages. L été, les éleveurs emmenaient leurs animaux dans les hauts pâturages voisins appelés les Shewas. Ces grands espaces d altitude permettaient de nourrir de nombreux animaux. 10 Comprenons ici : un gouverneur nommé par Kaboul 15

28 L hiver, ils étaient parqués sur les quatans. Ces espaces privés abondaient il y a une centaine d année, la population étant plus faible. De plus, le prix de la viande à cette époque confirme l idée qu il y avait beaucoup plus d animaux par rapport à la population : «une chèvre ne valait rien avant, les familles riches mangeaient de la viande presque tous les jours, mes parents, eux, plus d une fois par semaine, aujourd hui, c est fini car ça coûte trop cher». On sait aussi qu il y a bien longtemps, 4 kg de blé valaient 1 kg de viande, maintenant, il faut 15 kg de blé pour 1 kg de viande. A l automne, les éleveurs partaient avec leurs troupeaux vers les grandes villes telles que Kunduz et parfois même Kaboul, toujours après la transhumance dans les Shewas. Les animaux étaient alors bien nourris et pouvaient supporter le voyage ; de plus, grâce à cet engraissement, les éleveurs pouvaient en espérer un bon prix. Ils échangeaient leurs animaux contre des denrées qu ils ne pouvaient pas produire ou qui manquaient : «Du temps de mon grand-père, les hommes allaient vendre les animaux et ramenaient des vêtements, du blé, du thé, de l huile,». Les échanges monétaires étaient encore rares même avec les marchands ambulants qui se déplaçaient jusque dans les montagnes du Badakhshan : «Je me souviens que mon père échangeait des animaux, du krout 11». Le blé, l orge, le maïs, le sésame, le riz rond, quelques légumes (pomme de terre, oignons ) et les fruits (pomme, abricot, pêche, noix, cerise, mûre locale ) constituaient la base de l agriculture et de l alimentation Baharak, il y a plus de 70 ans ère rupture : Développement et Pachtounisation ( ) En 1933, l accession au trône de Zaer Sha constitue le point de rupture dans le système agropastoral de la zone. Ce nouveau roi (ou plutôt ses oncles) n a fait qu accélérer ce que son père, Nader Sha ( ) a eu juste le temps d initier : la modernisation (administrative, sociale et technologique) de l Afghanistan (BARRY M. 2002, p. 213). Les gouverneurs sont désormais nommés par Kaboul et non plus élus par les habitants comme le furent les arbobs. Cette nouvelle organisation politique permet à quelques habitants de Baharak de devenir fonctionnaires. Les dirigeants afghans ont su profiter du conflit entre les deux blocs (capitaliste et communiste) pour capter leur «aide» financière (BARRY, M. 2002, p.214). Leur politique de modernisation soutenue par l aide financière extérieure a permis le développement du pays. «Ils ont bâti l école et des médecins sont arrivés» Les secteurs de la santé et de l éducation sont les premiers touchés par ces apports de l Etat. Il semble que la mortalité, infantile notamment, ait reculé à partir des années avec la formation des premiers médecins dans la zone. La population a pu croître rapidement. «Mon père n est pas allée à l école car il n y en avait pas. Mais moi, j ai pu y aller.[ ] Le premier docteur est arrivé il y a 40 ou 50 ans» raconte un homme de 65 ans. «Ils ont construit la route» Pour les anciens, deux des preuves les plus importantes de la modernisation, sont la construction de la route entre Baharak et Faizâbâd dans les années 40 et le développement de la motorisation des moyens de transport. Désormais, le district est 11 Le krout est une sorte de fromage à base de lait de vache ou de chèvre, il a la caractéristique d être très dur et de conserver facilement. 16

29 reliée au reste de l Afghanistan. De nouveaux biens de consommations peuvent alors circuler à Baharak. «Beaucoup de gens des districts voisins sont venus» L essor que connaît la vallée attira les habitants des vallées voisines. Ces vallées, plus petites, plus éloignées n ont pas pu profiter directement de la politique de modernisation du pays. Ses habitants n avaient toujours pas accès aux nouveaux produits qui arrivaient sur le bazar de Baharak grâce à la nouvelle route. Baharak devient alors le centre d attraction pour de nombreuses familles. La terre encore disponible décida de nombreux paysans à s installer dans la vallée de Baharak comme l indique ce vieux paysan : «Mes parents n avaient pas de terre, ils étaient métayers, moi, j en ai acheté il y a 50 ans, c était pas cher». Notons que les régions du nord ont été violemment troublées dans les années 1920 lors de l expansion de la nouvelle U.R.S.S. (CARRERE D ENCAUSSE, 2005, pp ). La création de ces nouvelles républiques communistes dont le Tadjikistan se sont faites dans le sang : «Pendant la guerre au Tadjikistan, beaucoup de Tadjiks sont venus chez nous et sont restés» nous apprend un vieux commerçant tadjik de Baharak. Cette migration n est pas réellement interne au Badakhshan administratif mais historiquement, le Badakhshan englobait une partie du Tadjikistan jusqu en Aussi, nous considérerons cette migration comme interne à la province car les nouveaux arrivants étaient de la même ethnie que la majorité des habitants de Baharak et parlaient la même langue. «Et puis, les Pachtounes sont arrivés» Les migrations internes à la région du Badakhshan n ont pas été les seuls mouvements de population observés par les plus anciens. Le roi et son gouvernement étaient totalement acquis à la cause pachtoune puisque issus de cette ethnie. Dans un souci politique de contrôler totalement le pays, la «Pachtounisation» a permis à de nombreux Pachtounes de migrer vers des régions comme le Badakhshan. Munis de titres de propriété officiels, ils se sont installés dans la vallée. Issus des provinces du sud comme le Logar, ils ont traversé tout le pays pour venir dans le Badakhshan. Qui étaient ces familles? Pourquoi ont-elles quitté leur région, leur village? Avaient-elles eu le choix du départ? Ont-elles été forcées à partir malgré l obtention de titres de propriété? Il est difficile de répondre à ces questions. Aujourd hui, leurs petits-enfants connaissent mal les circonstances du départ de leurs ancêtres : quelques uns disent qu ils sont venus comme soldats du gouvernement, puis, après leur démobilisation, ils seraient restés dans la région. Quoiqu il en soit, les nouveaux arrivants ont dû construire tout un système d irrigation afin de transformer leur lalmis (terres pluviales) en abis (terres irriguées). On retrouve ces nouveaux villages de l époque (Doabgi) près des terres sableuses (les moins bonnes) dans les anciens lits des rivières. L arrivée de cette nouvelle ethnie semble ne pas avoir posé de problème. Cette «colonisation» pacifique s explique sans doute par une faible pression foncière Les céréales remplace les pâturages ( ) Que ce soit grâce au recul de la mortalité, notamment infantile, ou par des vagues de migrations, la population de Baharak a nettement augmenté selon les personnes interviewées. La population a dû adapter les systèmes de production, pour que tout le monde puisse co-exister pacifiquement et manger à sa faim. 17

30 «Avant, les paysans avaient plus de terre» Cette croissance de la population induit inévitablement une augmentation des besoins alimentaires. Les paysans doivent produire plus de nourriture pour leur famille. Le blé qui est le premier aliment consommé en volume (DUCHET C., 2006, p. 55) a donc été de plus en plus cultivé tout comme le maïs, le riz et l orge. Dans la culture afghane, lorsque que le chef de famille transmet ses facteurs de production à ses héritiers, il applique ce que prescrit le Coran : deux parts pour le fils, une pour la fille. Cette règle de transmission de la terre peut n avoir aucun impact si ce facteur est abondant. Cependant, avec la croissance démographique, il devient de plus en plus difficile de reconstituer le facteur «terre». Les exploitations agricoles ont donc commencé à se réduire en surface. Seules quelques familles ont réussi à conserver un patrimoine foncier important malgré les successions. Les nouveaux fonctionnaires nommés sous Zaer Sha ont semble-t-il profité des opportunités politiques que leur profession leur permettait. Une personnes âgée affirme à propos d un voisin : «Lui, il a encore beaucoup de terre car l oncle de son père était agent pour le gouverneur». Le clientélisme politique a avantagé les proches des fonctionnaires permettant ainsi à certaines familles d accumuler des ressources foncières au détriment des autres «Mon père avait plus d animaux» Moins de surface pour une même consommation de blé par famille, tel fut la nouvelle donne issue de la première rupture. Il faut donc produire autant de céréales sur de plus petites surfaces. Notons que c est à la fin des années 70, juste avant que les effets de la seconde rupture ne se fassent ressentir, que le blé a pris un ascendant déterminant sur les autres céréales : la modernisation technologique du pays permit l utilisation de nouvelles variétés de blé, c est sur cette céréale que s est concentrée la recherche afghane. L assolement en blé a donc augmenté. Le maïs qui demandait un battage manuel a largement régressé (de plus son pain était peu apprécié) et l orge n a subsisté que grâce à la présence des équidés élevés à Baharak. Cette augmentation des cultures (surtout le blé) destinées à la consommation humaine s est faite sur 50 ans au détriment des pâturages, des prairies de fauches et des quatans. L utilisation nouvelle d engrais chimiques a favorisé la disparition de la jachère : le renouvellement de la fertilité pouvait être assuré par ces nouveaux produits vendus pour la première fois dans le district au milieu des années La diminution, voire la disparition de ces systèmes de cultures (pâturages, jachères, quatan) a entraîné une réduction relative 12 du cheptel à Baharak. De plus, les parcages hivernaux commençaient à devenir problématiques : les quatans ayant diminué au profit du blé d hiver et des nouvelles maisons, ils devenaient difficile de trouver de la place pour les animaux. Aujourd hui, quelques rares quatans subsistent sur les bas des pentes et permettent encore de parquer les animaux D une manière générale, les familles ont de moins en moins d animaux. Mais, dans l absolu, le nombre d animaux dans la vallée n a pas forcément diminué puisque le nombre de famille a largement augmenté. 13 Ce sont des espaces impropres à l agriculture mais avec une pente qui permet encore de parquer les animaux. 18

31 ème rupture : la guerre et ses conséquences ( ) «On a dû vendre les animaux» 1979, l Armée Rouge envahit l Afghanistan. Quelques agriculteurs de la zone témoignent de cette guerre : «Les russes sont venus et ont massacré tout le monde à Orim» dans le district de Shohada, «Le bazar du district était à Bewikan, tout a été bombardé». La paix ne succédera pas au retrait des soviétiques : la guerre civile fera durer le conflit pendant encore une dizaine d année. Les résistants d hier s affrontent alors violement pour des raisons politiques et/ou économiques. Il faudra attendre 2001 et la chute du régime taliban pour voir enfin la paix s installer au Badakhshan grâce à la mise en place du gouvernement le plus stable depuis celui de Daoud, juste avant la guerre. Il n existe aucun chiffre sur le nombre de victimes du conflit. Cependant, le fait que la grande majorité des personnes interrogées ait perdu un proche au cours des 25 dernières années témoigne, comme les nombreuses veuves de la zone, de la violence de cette guerre. Force est de constater que les paysans ont largement participé à l effort de guerre : ils devaient soit fournir des hommes pour grossir les rangs des moudjahiddines soit nourrir cette armée clandestine via les «tours» imposés aux habitants de chaque village. Un refus pouvait entraîner des sanctions violentes comme la mort. Chaque village disposait d un commandant chargé d appliquer ces «lois». Pour participer à l effort de guerre tout en continuant à vivre, les paysans ont dû décapitaliser : les animaux reproducteurs, les terres, le bois des arbres fruitiers L agriculture a participé à la défaite de l URSS et a entretenu la guerre civile nourrissant des hommes qui avaient donc du temps libre pour se battre. Des familles ravagées, des troupeaux qui n existent quasiment plus, la plupart des arbres coupés : voilà le prix payé par l agriculture de Baharak au terme de 25 années de conflit. Au sortir de la guerre, les paysans doivent (sur)vivre avec des facteurs de production limités et ne peuvent attendre aucune aide d un gouvernement qui n existe plus. Lorsque les talibans ont pris Kaboul, le Badakhshan (seule province avec le Panchir à n être pas sous le joug taliban) devait faire face à un sévère blocus. Enfin, de nombreux jeunes hommes en âge de se battre ont fui Baharak pour des zones plus isolées pour ne pas se faire enrôler par les moudjahiddines. Le manque de main d œuvre masculine a logiquement entraîné l abandon momentané du travail par les familles restées dans la zone. Pour assombrir encore la situation, une sécheresse a touché l Afghanistan de 1999 à Le Badakhshan n a pas vraiment été concerné par cette dernière car les hautes montagnes ont pu fournir l eau indispensable à l agriculture grâce à la fonte des neiges. Cependant, il y eut des conséquences indirectes : Baharak importe une partie des fourrages nécessaires à l alimentation animale pendant l hiver. Or, ces fourrages proviennent de régions qui ont été gravement touchées par la sécheresse si bien qu il y a eu un déficit de fourrages. Les paysans ont eu de grandes difficultés à nourrir leurs animaux et en ont donc vendu une partie pour limiter les coûts «Beaucoup d arbres fruitiers ont été coupés» Cette phrase revient souvent dans la bouche des plus de 30 ans. Ils se souviennent des nombreux fruits qu ils pouvaient manger avant la guerre. Les locaux comme les soldats, qu ils soient russes ou afghans ont coupé de nombreux arbres pour la construction, le chauffage, la cuisine ou la vente. 19

32 Vers une asphyxie du milieu naturel sans contrôle politique La fin de la guerre a permis le retour de nombreux réfugiés qui avaient eu l opportunité de quitter l Afghanistan. A Baharak, ces familles ont retrouvé leurs terres : aucun problème quant à la revendication des terres n a été recensé lors des enquêtes contrairement à d autres régions en Afghanistan (WILY, 2003, p. 39). De nombreuses personnes ont fuit le régime taliban et sont venus se réfugier au Badakhshan entre 1996 et Quelques-unes sont depuis restées dans la région. Le Panchir étant traversé par la ligne de front, quelques familles de cette province ont donc préféré quitter ces zones de combat et sont également venues se réfugier et quelques fois s installer définitivement au Badakhshan Enfin, les migrations internes au Badakhshan ont repris à la fin de la guerre, pour des raisons économiques et/ou politique 14. Que ce soit pour trouver du travail ou un refuge, ces groupes sont venues grossir une population qui saturait déjà l espace disponible dans la vallée. Une croissance de 10% en 20 ans selon le SMU suffit à évaluer l importance du phénomène (SMU Area Report, 2001, p. 48). Au total, la guerre fut responsable d un effondrement politique et social de l Afghanistan que les accords de Bonn en novembre 2001 tentent de restructurer. Lorsque l immense majorité du territoire afghan était contrôlé par les talibans, le Badakhshan l était par Rabbani. Cet ancien président afghan n a jamais pu (ou su) mettre en place un régime politique stable au Badakhshan : «Rabbani est un corrompu qui n a jamais rien fait pour sa propre province, le Badakhshan». De nombreux témoignages montrent une bien faible popularité de celui qui a contrôlé politiquement la zone. Enfin, il faut souligner l émergence de nouveaux leaders politiques issus de la guerre, les anciens commandants. Ces leaders ont pu appliquer «leurs lois» sous un gouvernement trop corrompu pour intervenir. Ils se sont donc facilement appropriés des terres, ont exigé la construction d un nouveau bazar sur des terres agricoles privées (l actuel bazar de Shar-é-nau) ou ont obtenu le projet d irriguer leurs terres pluviales nouvellement appropriées Aujourd hui, vers une agriculture de rente? Moins d animaux Les immigrés ont peu à peu, parallèlement à la croissance endogène des villages, «grignoté» le bas des pentes où l agriculture est difficile. Ces espaces sont réservés à l élevage, pour le parcage hivernal, les quatans. Aujourd hui, les derniers sont entre les mains de quelques rares éleveurs qui ont donc pu conservé des troupeaux conséquents. De nombreuses familles ne possèdent que quelques petits ruminants (chèvres et moutons) pour le lait s ils n ont pas les moyens de posséder une vache. De plus, le manque de place cache une seconde contrainte, celle de l alimentation animale. Les cultures ont remplacé les prairies de fauches, il faut donc aller beaucoup plus loin pour couper et ainsi stocker des fourrages nécessaires à l entretien des animaux pendant l hiver. 14 En effet, la fin de la guerre civile a donné des vainqueurs et des vaincus. Les personnes qui font partis du camp des vaincus ont quelques fois dû quitter leur village, leur district. D autres, poussés par la misère, ont préféré migrer, certains sont allés à l étranger, d autres à Kaboul, certains à Faizâbâd. Quelques-uns se sont arrêtés à Baharak, premier centre économique sur leur route qui pouvait offrir du travail. 20

33 Deux cultures par an Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Selon le SMU (SMU Area Report, 2001, p. 48), habitants vivaient en 1990 dans la vallée de Baharak qui fait près de 80 km 2 soit plus de 5 habitants par hectare, et ce chiffre a certainement dû augmenter depuis 15 ans. De nombreux paysans se retrouvent donc avec très peu de surface pour nourrir leur famille. Après avoir éliminé les pâturages, les prairies et les jachères, les agriculteurs de la zone commencent à cultiver deux cultures par ans. Nous verrons un peu plus loin que le trèfle peur être semé dans le blé et que du maïs ou des melon d eau derrière la récolte de l orge. Il s agir là de maximiser la productivité de la terre, d intensifier l agriculture Le pavot à opium fait l unanimité La double culture annuelle n est pas la seule alternative à l augmentation de la population. La plupart des paysans ont commencé à semer du pavot à opium. Cette culture, développée pendant la guerre par quelques commandants de guerre pour financer leur combat, s est largement développée depuis la fin de la guerre. De ha en 1994 à plus de en 2004 (Afghanistan, Opium Survey 2004, 2004, p. 38), le pavot à opium est devenue une des principales cultures au Badakhshan. Grâce aux bénéfices dégagés par la vente de son latex, cette plante permet de couvrir les besoins alimentaires d une famille mais elle permet aussi de reconstituer une partie de leurs facteurs de productions (comme les animaux reproducteurs), enfin, les bénéfices de cette culture permet de s offrir les nouveaux biens de consommation vendus dans le bazar. Les habitants de Baharak ne gravitent plus atour d une agriculture vivrière basée sur une économie paysanne où l échange était cependant bien présent, ils vivent actuellement dans une économie de marché : les paysans n échangent plus des amandes contre des vêtements du Tadjikistan, ils vendent aujourd hui leur pavot pour avoir de l argent et s acheter des radios fabriquées en Chine. Pour autant, les paysans ne sont pas les premiers bénéficiaires des richesses que permet de dégager cette culture. Des personnes influentes ont pris le contrôle de la filière et s adjugent la plupart des bénéfices, ce sont les anciens chefs militaires, les «commandants». Aujourd hui, le gouvernement afghan doit tenir compte de leur poids politique, local et national, fondé sur leur prestige militaire et surtout sur leur domination d une partie de l économie paysanne via le contrôle de la culture du pavot. Le pavot, plante exigeante en travail, est responsable d une croissance fulgurante de la demande sur le marché du travail. Sans aucun contrôle de l Etat, le coût du travail a donc augmenté. Les producteurs de pavot ont pu supporter cette augmentation grâce aux gains que permettaient leurs récoltes. Avec plus de travail et plus d argent, l économie de Baharak s est rapidement développée : «Avec le pavot, il y a de l argent, les gens travaillent et achètent» répète un commerçant de Baharak. Dans ce nouveau dynamisme économique, le pavot n est pas la seule culture de rente qui soit développée : la pomme de terre, l oignon sont des cultures de plus en plus importantes. De même, les arbres sont replantés, mais beaucoup de peupliers ont remplacé les fruitiers abattus. L agriculture aujourd hui vient de franchir un nouveau cap en développant les cultures de rente, notamment le pavot à opium Synthèse historique Grâce à la description et l analyse de faits historiques rapportés par les plus anciens de la zone d étude, une tendance se dégage au cours du dernier siècle : l intensification de l agriculture par la terre. La diminution des surface par habitant force ces derniers à maximiser la productivité de leur terre : il faut produire plus avec 21

34 moins de surface. L augmentation de la population est le tout premier facteur qui induit l intensification de l agriculture. Dans les paragraphes précédents, nous nous sommes attachés à montrer cette croissance démographique. Les exemples ont permis d illustrer l agriculture au cours du dernier siècle et prouvent cette intensification. Enfin la guerre et la sécheresse, la seconde rupture, ont été des catalyseurs qui ont accéléré l évolution observée jusque là. La figure suivante reprend les périodes et ruptures de l Histoire agraire sur les 100 dernières années. La flèche foncée en arrière plan indique l intensification progressive. 1 ère période : Une agriculture agropastorale 3 ère période : Vers une agriculture de rente 2 ère période : Le blé remplace les pâturages ère rupture : Développement et «Pachtounisation» INTENSIFICATION DE L AGRICULTURE Figure 1 : Schéma récapitulatif de l Histoire agraire de Baharak 22

35 Nous l avons dit, la croissance démographique est un aspect essentiel de cette intensification. Outre la diminution de la mortalité notamment infantile, Baharak a attiré de nombreux migrants. Quelles sont les particularités naturelles de cette vallée? Comment l Homme s est approprié ce milieu? Et enfin, comment les habitants viventils entre eux? Les chapitres suivants apporteront les réponses à ces questions. 2.2 L ORGANISATION SOCIALE AUX CONTRAINTES DU MILIEU Ce chapitre doit permettre au lecteur de s approprier les différents atouts et différentes contraintes du contexte qui influent sur les stratégies des foyers. Après avoir décrit et analysé le contexte naturel, nous étudierons les relations entre l Homme et ce milieu puis dans un troisième les relations entre les Hommes eux-mêmes. Grâce à cette description et analyse, quelques facteurs, plus discriminants que les autres, seront dégagés afin de trier et classer les foyers. Cette typologie permettra de simplifier la réalité et facilitera ainsi la compréhension des différentes stratégies mise en place par les foyers pour vivre à Baharak Le milieu naturel Un climat continental et montagnard Il n y a pas de données météorologiques précises sur la province du Badakhshan ni sur le district, il est donc difficile de posséder des données chiffrées pour décrire le climat de Baharak. D après nos observations et les quelques ouvrages disponibles sur cette zone, le climat de Baharak est à mi-chemin entre un climat montagnard et un climat continental. Situé à plus de 1000 Km de l Océan Indien, ce dernier n a pas d influence directe sur le Badakhshan d où la persistance d un climat continental. Les montagnes qui culminent à plus de 5000 m influent sur la vallée de Baharak dont l altitude dépasse les 1500 m d où un climat montagnard. Ces hautes montagnes piègent les nuages et permettent des précipitations d altitude sous forme de neige. Cette neige, en dessous de 5000 m, fond au cours de l été et alimente généreusement les nombreux cours d eau du Badakhshan. Baharak possède quatre saisons distinctes. L hiver y est rude et froid, il dure de fin novembre à fin mars. L été, de juin à septembre est une saison chaude et sèche. D avril à juin, le printemps s accompagne de pluies plus ou moins violentes. Enfin, pendant l automne, d octobre à fin novembre, les températures chutent et de rares précipitations plus ou moins neigeuses apparaissent. La pluviométrie C est pendant les mois d avril, mai et juin que les pluies sont les plus abondantes dans la vallée. Ne négligeons cependant pas les précipitations neigeuses pendant les mois d hiver (de novembre à mars) qui sont nécessaires à la végétation des pâturages d altitude. A l automne (octobre, novembre), quelques rares pluies précèdent les premières neiges qui débutent en novembre et durent jusqu aux mois de février mars. Au dessus de 2500 m, la neige recouvre tout durant 5-6 mois, du mois de décembre aux mois d avril mai. En moyenne par an, il pleut 400 à 600 mm (ABDUL S., GHULAM J., MAHBUBA. (s.d.) p. 18). La saison sèche dure de juin à octobre. Les années de 1999 à 2001 ont été marquée par de longues sécheresses dans tout le pays et ont été particulièrement critiques pour les rares cultures pluviales. 23

36 Les températures Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Le gradient de température entre l été et l hiver est très important puisque les mois de juin à septembre peuvent enregistrer des températures supérieures à 35 C sous abri alors que les mois de novembre à mars connaissent bien souvent des températures négatives (ABDUL S., GHULAM J., MAHBUBA. (s.d.) pp ) et donc des risques de gel. Ces températures sont aussi fortement dépendantes de l altitude et plus celle-ci est élevée plus le climat est rude d octobre à avril : on perd 1 C à chaque fois que l on s élève de 150 à 190 m (MESSIAEN C-M., 1998, p.16). Les températures de printemps et d automne sont comparables à celles d un climat tempéré : chaud la journée (20 à 25 C) et frais la nuit (5 à 15 C). Le vent Le vent transporte la poussière des pentes jusque dans les fonds de vallées et crée de nombreux nuages de poussières sur les cultures et les habitations. Certains jours, il n est pas possible de distinguer les montagnes situées à plus de 15 km. Ces nuages de poussière sont néfastes pour certaines plantes comme le pavot à opium et entament sérieusement la qualité du séchage de fruits et légumes Des montagnes inhospitalières La topographie de Baharak est constituée de deux ensembles principaux que sont les pentes des montagnes et les fonds de vallées. Les montagnes culminent dans le district entre 3000 m. et 4000 m. d altitude et des sommets enneigés (5000 m.) sont visibles même en été dans les directions de Shohada à l est et de Jurm au sud. Les fonds de vallées se situent à environ 1500 m. d altitude. Cette amplitude crée un contraste saisissant entre les verts fonds de vallées irriguées et les pentes rocheuses et désertiques qui descendent depuis les sommets. La vie s est largement développée dans les fonds de vallées ou l irrigation a permis le développement de l agriculture. La végétation spontanée est cependant rare à cause de la saison sèche (de juin à octobre) et de la saison froide (d octobre à avril). Cette végétation spontanée se développe essentiellement sous forme de plantes herbacées rapidement consommées par les animaux ou tuées par le manque d eau ou par le froid. Seuls quelques rares buissons recouvrent ici ou là les pentes abruptes que l on pourrait qualifier de minérales tant la matière organique y est absente ce qui engendre par ailleurs cette couleur jaune poussière. Les fortes pentes associées au manque d eau (il n est pas envisageable d irriguer ces pentes) semblent avoir eu raison de la pratique des terrasses. Les pentes demanderaient un effort considérable pour la construction et l entretien de ces ouvrages et la saison froide serait responsable d une période de culture trop courte par rapport au travail demandé. En plus de ces hautes montagnes, de petites collines présentes dans la vallée comme Dusht-e-Farrad ont fortement subi plus l érosion. Leur sommet ont été aplanis et forment ainsi de petits plateaux actuellement cultivés et habités. Le bas des pentes est également exploité par l Homme grâce à une inclinaison plus douce. Avec le fond de vallée et les pentes des montagnes, les pâturages d altitude (ailoqs) constituent un troisième ensemble topographique remarquable dans le district. Les plus proches de la vallée de Baharak se situent à une bonne journée de marche. Ces ailoqs sont appelés les Shewas. Ces pâturages d altitude compris entre 2700 et 3000 m sont situés dans la direction du district de Sheghnan au nord-est de Baharak. Ces pâturages bénéficient d une végétation spontanée composée surtout de graminées. Au cours des mois avril, mai et juin, cette végétation se développe non seulement grâce aux pluies de ces mêmes mois mais aussi grâce à la fonte des neiges qui recouvrent 24

37 abondamment ces espaces pendant les mois d hiver (de décembre à mars). Depuis quatre ans, une piste carrossable relie la route principale de Faizâbâd à Baharak à ces estives et jusqu à ce district voisin, elle a été construite par les ONG Afghanaid et AKDN (Agha Khan Development Network). Ainsi, les véhicules à moteur peuvent depuis peu, en minimum deux heures, ravitailler les villages «shewachis» habités toutes l année ainsi que les campements semi-nomades des Kuchis (étrangers au Badakhshan) et Badakhshis (du Badakhshan). Ces éleveurs transhumants viennent faire pâturer leurs animaux entre 4 et 6 mois par an. Ces trois ensembles sont complémentaires et dépendent les uns des autres. Les nombreux pâturages des Shewas permettent de nourrir le bétail de Baharak pendant l été. Le fumier des Shewas permet une certaine reproduction de la fertilité des fonds de vallée. Baharak peut fournir les biens de consommations nécessaires à la vie des Shewas (alimentations, outils, bois) où l altitude et donc le froid limitent fortement la production agricole et où le difficile accès limite le développement d un bazar conséquent. Malheureusement, pour des raisons de sécurité, il nous a été impossible d étudier suffisamment ces ailoqs. Aussi, l analyse de cet espace nous est impossible ; gardons simplement à l esprit que la vallée de Baharak et les Shewas sont en étroite association Terres jaunes et terres noires Le sous-sol est principalement constitué d un bloc granitique quelques fois visible sur les pentes abruptes qui ont fortement subi l érosion. Ce granite constitue d ailleurs une intéressante ressource utilisée dans les carrières de la zone, en particulier le granite blanc sur les ambi (carrières de pierres) autour du village de Baharak. Ce granite sert de matériau de construction pour les habitations. En plus du granite, certaines pentes de Baharak sont constituées de schiste ce qui induit un effritement rapide pour ces pentes. En plus de ces deux roches, la géologie de Baharak présente une sorte de conglomérat constitué de sable, graviers, cailloux. Ce conglomérat qui est sans doute issu des rivières s érode facilement. Enfin, certaines montagnes sont constituées de calcaire qui est d ailleurs exploité afin de produire de la chaux pour recouvrir les murs d habitations. Dans ces vallées, les alluvions, transportées par les rivières, et colluvions, issues de l érosion des pentes des montagnes, sont à l origine d un sol suffisamment profond pour être exploité. On retrouve les alluvions dans les anciens lits des rivières qui furent bien plus larges qu aujourd hui. Ces alluvions confèrent au sol une texture sableuse avec un taux d argile inférieur à 12%. Ces sols sont proches des rivières, sableux et donc drainant. Cette texture induit un lessivage rapide de la matière organique. La couleur «jaune» appuie cette remarque puisqu elle signifie un sol pauvre en matière organique. D ailleurs ces sols sont nommés par les paysans rok é zard, c est-à-dire «terre jaune». Les agriculteurs affirment que ces terres possèdent de faibles qualités agronomiques, le faible taux en matière organique en est la cause principale. Outre les alluvions, les rivières ont charrié de nombreux galets qui envahissent ces terres jaunes et qui gênent l agriculteur dans ses travaux. En bas des pentes, en plus des quelques anciennes alluvions apportées par les rivières, se sont accumulées les colluvions issues des pentes érodées par l eau et le vent. Ce mélange de particules confère au sol une texture sablo-argileuse : sableuse par les alluvions et argileuse par les colluvions. Le taux d argile (entre 15 et 30 % selon les endroits) permet au sol de retenir la matière organique, le lessivage étant plus faible que dans les premiers sols, les sols jaunes. De plus, les éventuels galets apportés par les rivières ne sont plus visibles : ils ont été enterrés profondément par l apport progressif des colluvions. Ces terres sont nommées localement rok é sya, soit «terre noire». La 25

38 matière organique que retiennent les nombreuses argiles donne cette couleur noire à la terre. Selon les agriculteurs, ce sont les terres noires qui possèdent les meilleures caractéristiques agronomiques. Evidemment, il existe des nuances entre ces deux types de sol. Certains peuvent être nommés noirs et largement pourvu en galet, d autres jaunes et profond, sans galet Cependant, d une manière générale, pour les agriculteurs de la zone d étude, un sol est soit «noir» et possède donc de bonnes aptitudes agronomiques, soit «jaune» et possède alors de piètres qualités. ROBIN souligne également cette pédologie à Doab au centre de l Afghanistan (ROBIN G., 2004, p. 35). Enfin, la luminosité joue également un rôle premier pour l agriculture locale : «Cette terre est faible car il y a trop d ombre» souligne un paysan. Selon les agriculteurs, les rayons du soleil doivent frapper la terre pour que celle-ci ne s épuise pas. Cette particularité n est pas relative seulement à Baharak, ROBIN constate ce rôle du soleil pour les Afghans de Doab. Cependant, comme l affirme ce dernier pour les paysans de Doab, ceux de Baharak ne vont pas chercher la terre ensoleillée des pentes pour fertiliser leurs champs (ROBIN G., 2004, p. 46), les pentes de Baharak étant peut-être trop pauvres en terre. La figure suivante illustre, de manière simplifiée, la pédologie générale de la zone étudiée. 1. Les pentes rocheuses (socle granitique) 2. Les sols «noirs» 3. Les sols «jaunes» Le lit de la rivière Figure 2 : Schéma des principaux ensembles pédologiques de Baharak Sur les pentes trop érodées pour de l agriculture mais dont la pente permet cependant de parquer des animaux, il existe des parcelles privées appelées quatans. Les paragraphes sur l Histoire nous ont appris leur progressive diminution. Aujourd hui, seuls quelques foyers des plus vieux villages possèdent quelques quatans Des rivières abondantes Le réseau hydrographique de Baharak est constitué de trois rivières principales. Deux rivières se rejoignent au centre de la vallée et se jettent dans la troisième au nordouest de la vallée pour n en former plus qu une seule (cf. carte suivante). Cette rivière, appelée «Kotcha» coule vers Faizâbâd, la capitale du Badakhshan pour ensuite continuer vers la mer d Aral. 26

39 Rivière Kotcha Rivière Shohada Rivière Jurm Rivière Warduj Carte 4 : La vallée de Baharak et ses trois principales rivières (1 cm ± 2 Km) (source : Russian Topographic Maps) Les deux premières rivières viennent de l Est, il s agit de la rivière de Shohada et de Warduj (nom des districts voisins). La troisième vient du sud et se nomme rivière de Jurm (district au sud de Baharak). La taille du lit de ces cours d eau varie selon les saisons. Elles peuvent être large à la fin du printemps et au début de l été lorsque les pluies sont les plus abondantes et que les neiges fondent. Les crues sont alors fréquentes, en particulier cette année qui a connu des inondations mortelles. Moins grave, quelques parcelles ont tout simplement disparues à cause du ravinement causé par ces inondations. A ce réseau hydrique central s ajoutent de nombreux petits ruisseaux transversaux ainsi que de multiples canaux d irrigation construits par l homme. Sur les pentes, des sources d eau permettent d alimenter en eau potable la population. Des tuyaux souterrains permettent d acheminer cette eau jusqu aux fontaines des villages Conséquences du milieu naturel sur l agriculture Les températures trop froides de l hiver ne permettent aucune récolte pendant cette saison. Le graphe suivant reprend les différents éléments du climat m Graphique 1 : Températures, précipitations et croissance végétale à Baharak (tendance) 27

40 Ce graphe montre que seuls les mois d avril à octobre permettent une croissance de la végétation. L agriculture de Baharak est donc calée sur ces 6-7 mois. L été, marqué par une saison sèche, induit inévitablement une agriculture basée sur l irrigation. Le réseau hydrique, abondant, permet cette agriculture dans le fond de vallée. Sur les pentes, à cause de l inclinaison et de l érosion, le manque de terre rend difficile tout exploitation agricole. Rappelons que l altitude induit une chute des températures : dans les Shewas, ces hauts pâturages, le blé d hiver ne peut pas se développer, les légumes auront également beaucoup de difficultés à produire des rendement intéressants. Les pluies parfois torrentielles du printemps peuvent être dangereuses pour la vie de l Homme (comme malheureusement cette année). De plus, si l agriculture locale a besoin de ces pluies, ces dernières peuvent être préjudiciables pendant certaines phases de la croissance des plantes, notamment celle du blé. Cette année, les pluies ont été responsables d un mauvais remplissage des grains de blé et d un développement spectaculaire de la maladie de la rouille. Celle-ci a fortement endommagé les qualités organoleptiques du grain et réduit les rendements. Les gelées de début de printemps ajoutées aux pluies violentes et à la grêle de la mi-juin, ont été catastrophiques pour les abricotiers, cerisiers ou noyers du district. Ces aléas climatiques se sont produits pendant la floraison de ces arbres fruitiers : les récoltes ont été quasiment nulles. Seuls les pommiers qui fleurissent un peu plus tard ont pu produire de façon satisfaisante. A Baharak, le climat peut donc avoir de fâcheuses conséquences sur l agriculture (températures trop froides l hiver, gel tardif de printemps, pluies parfois trop violentes, saison sèche). Seules les rivières, et donc l irrigation, permettent de surmonter une de ces difficultés climatiques : la saison sèche. La texture des sols de Baharak qui va de sableuse à sablo-argileuse induit quelques fois un lessivage trop important. Ce lessivage diminue le potentiel agronomique de certains sols, notamment les sols jaunes, en diminuant le taux de matière organique. Après avoir décrit et analysé le milieu naturel, il s agit désormais de comprendre comment l Homme a mis en valeur ce paysage. La partie suivante décrit les infrastructures que l Homme a construit dans cet espace ainsi que les relations entre l Homme et son milieu La mise en valeur du milieu naturel Les villages importants et les routes sont près des terres noires Sur la zone, nous avons vu que les meilleurs sols se situent en bas des pentes. C est sur ces terres que se situent les villages les plus peuplés et les plus anciens. Les premiers habitants ont normalement choisi de s installer près des terres les plus intéressantes pour l agriculture. Notons que c est aussi sur ces terres que le nouveau bazar (Shar-é-nau) fut construit il y a moins de 10 ans. La route principale qui se dédouble sur quelques kilomètres pour se rejoindre après, longe ces anciens villages et indique que ces derniers sont les plus importants de la zone. Cette route relie les districts de Jurm, Shohada, Warduj (puis Zebak, Eshkachem) au district de Baharak puis à Faizâbâd et donc au reste de l Afghanistan. Il s agit d une piste de terre carrossable qui permet de parcourir en moyenne 20 Km en une heure. Cette piste permet l accès à de nombreux biens de consommation venus du 28

41 reste du pays et de l étranger. La route vers le Wakhan, à l est, permet l importation et l exportation de marchandises vers le Tadjikistan. La route vers Faizâbâd permet aux habitants du Badakhshan de partir travailler ou étudier dans les grandes villes du pays (Kunduz, Mazar-é-Sharif, Herat, Kaboul) et même à l étranger en Iran, au Pakistan et parfois au delà. Les ponts, peu nombreux et peu solides, sont les premiers touchés en cas de graves inondations ce qui peut perturber le trafic. Cette année, le pont principal fut détruit en juin et les problèmes de circulation qui en résultèrent furent à l origine d une hausse des prix. Le chapitre historique nous a appris que de nombreux migrants sont venus s installer à Baharak. De nouveaux villages ont donc vu le jour sur les terres qui restaient, c est-à-dire les terres jaunes. Des pistes plus ou moins carrossables relient ces villages les uns avec les autres. Cependant, quelques-uns ne sont accessibles que par des ponts de bois que les véhicules à moteur ne peuvent emprunter. Ces villages se trouvent souvent isolés par les rivières en crues qui détruisent ces ponts de fortune à la fin du printemps. On peut donc conclure que les villages qui ont le plus de poids politique (car les plus densément peuplé) possèdent les meilleures terres (terre noires). De plus, les paysans des petits villages ou hameaux sans grande influence, car plus récents que les premiers, travaillent les terres jaunes. Notons que les habitants de Nau bad, le dernier village construit à Baharak il y a moins de 10 ans, ne possèdent aucune terre Des déplacements à pied ou en âne mais rarement motorisés Malgré la présence de quelques pistes carrossables, la plupart des habitants se déplacent à pied ou avec des ânes. Pour une question de prix, rares sont ceux qui possèdent un cheval, une moto et encore moins une voiture. Certains véhicules de location permettent de se déplacer vers les différents districts voisins et pour les plus aisés entre les villages éloignés et le nouveau bazar Shar-é-Nau. Ces voitures, sortes de minibus où peuvent se serrer 15 personnes, sont gérées et conduites par des commerçants locaux. La distance entre les villages à la limite du district et le centre de Baharak correspond à environ 1h30 à pied ce qui permet à presque tous les hommes de se rendre au bazar mais rend souvent difficile le déplacement des personnes faibles physiquement comme les enfants, les personnes âgées ou malades. Cela limite également le déplacement des femmes mais pour des raisons sociologiques et non physiques comme nous le verrons dans une partie ultérieure Les murs, un indice qui montre l importance de la propriété Entre les parcelles des terres irriguées, de nombreux murets de pierres sèches (tchord é wali) sont visibles. Ils permettent de séparer les différentes propriétés et d empêcher les animaux de piétiner les parcelles cultivées. Plus on se rapproche du lit de la rivière et plus ces murets sont présents. Les nombreuses pierres charriées par les cours d eau surgissent régulièrement à la surface des parcelles labourées. Les paysans les retirent donc et peuvent facilement ériger ces murets. Ces nombreuses démarcations indiquent une certaine importance de la propriété privée. La plupart des parcelles sont clairement séparées de sorte qu il n y ait aucune ambiguïté même pour un étranger. Cette importance de la propriété privée se retrouve également dans l architecture des maisons qui sont faîtes de pierres, de bois et de terres. La plupart sont entourées d un mur d enceinte qui empêche toute indiscrétion. Il est de plus très difficile, voire dangereux, de s introduire sans raison valable chez quelqu un. Lors des entretiens à domicile, la visite des maisons s arrêtait à la porte d entrée, juste 29

42 derrière se trouve la pièce des invités que ces derniers ne dépassent jamais s ils sont de sexe masculin. La photo suivante nous montre l architecture classique des habitations dans la vallée de Baharak, le mur d enceinte est particulièrement visible. Photo 2 : Mur d enceinte et habitation dans la vallée de Baharak (octobre 2005) Un réseau d irrigation dense L immense majorité des terres cultivées dans le district de Baharak sont des terres irriguées appelées abis. Ces terres sont situées dans les fonds de vallées et sur le bas des pentes. Sur les trois rivières principales, on peut voir quelques prises, quelques fois en terre et cailloux, d autres fois en béton. Ces prises alimentent des canaux principaux qui traversent plusieurs villages. De ces canaux principaux partent des canaux secondaires puis tertiaires qui longent les parcelles. Une légère pente façonne ces dernières et permet l écoulement de l eau par gravité. Ensuite, cette eau rejoint un nouveau canal dans le bas de la parcelle et ainsi de suite. Il n existe pas de canal principal de drainage qui permettrait une évacuation d un éventuel surplus d eau. Ce surplus est évacué par les parcelles les plus proches des rivières. Cette irrigation permet les cultures de céréales, de fourrages mais aussi de légumes, d arbres fruitiers malgré les fortes chaleurs de l été et la saison sèche entre les mois de juin et d octobre. Enfin, de très nombreux peupliers bordent les canaux et sont utilisés comme bois de construction. D autres terres sont cultivées mais ne sont pas irriguées, ce sont les lalmis ou les terres pluviales. A Baharak, à cause des pentes trop fortes, ces lalmis existent rarement. Ces parcelles ne sont pas irriguées à cause de leur éloignement des rivières ou sources d eau. On retrouve surtout ces terres dans les villages «shewashis» des hauts pâturages d été. Les quelques rares lalmis visibles à Baharak sont sur les pentes des montagnes qui peuvent atteindre une inclinaison proche de 45. Le travail de ces terres exige un effort considérable. En effet, aucune culture en terrasse n est aujourd hui visible sur ces pentes. Ces terrasses qui demandent beaucoup de travail lors de la construction seraient rapidement détruites par la trop forte érosion qui touche ces pentes. 30

43 Le marché central et les lieux de ventes Le «bazar» de Shar-É-Nau est le centre commercial, politique et social du district. Il s oppose au kochlaks, ces villages éloignés du bazar 15. Les habitants de ces kochlaks possèdent un sentiment d infériorité par rapport aux habitants de Shar-é-nau. Un habitants affirmait lors de nos entretiens : «Ici, ce sont les kochlaks, on est pas pareil que ceux de Shar-é-nau». Cette phrase montre qu il existe une différenciation sociale en fonction de la distance au bazar. Nous pourrions apparenter cette différenciation à celle qui existe en France entre un important centre urbain (ex. Paris) et le monde rural qui l entoure (ex. la province). Ce bazar est récent et l ancien, détruit pendant la guerre, se trouvait, il y a 12 ans, dans le village de Bewikan, au dessus de l actuel Shar-é-nau. C est un des premiers lieux de rencontre pour les hommes. Depuis sa création, sa taille a considérablement augmenté et on compte aujourd hui plus d une centaine d échoppes qui vendent toutes sortes de produits importés du pays et de l étranger ainsi que des produits agricoles ou d élevages locaux. Les échoppes ne sont pas ouvertes tous les jours où toutes les heures, cela dépend du gérant. Normalement, le bazar commence à ouvrir vers 7h00 et ferme vers 19h00 sauf en période de Ramadan pendant laquelle toutes les échoppes ferment avec le coucher du soleil. Même le vendredi, jour férié, de nombreux commerces sont ouverts. Un dispensaire, deux pharmacies, des vendeurs de tissus, des mécaniciens, des épiciers, des tailleurs, des charpentiers, des forgerons, des bouchers, deux vétérinaires y travaillent. Ces professions sont toujours regroupées entre elles. Un espace est réservé pour les intrants agricoles : semences et engrais, un autre pour les produits agricoles : fruits et légumes. Les commerçants sont d origines diverses. Certains viennent de loin (Panchir, Mazar-é-Sharif, ) et achètent dans leur province des produits qu ils viennent vendre le temps d une saison, souvent de mai à octobre. La quasi-totalité des commerçants, qu ils soient de Baharak ou non louent au gouvernement local un emplacement pour leur échoppe. Le coût mensuel d une location varie de 1000 à 5000 afghanis (afghs) 16 (soit 20 à 100 $ US) selon l emplacement. Notons que les commerçants du nouveau bazar n accepte que l argent et le pavot comme moyen de paiement. Ce marché est comparable à celui de Faizâbâd. Il attire les populations des districts voisins. Il doit en partie sa renommée et son extension grâce à sa situation géographique sur un important axe de communication. Depuis que les femmes ont obtenu, l an dernier, l autorisation officielle de se rendre librement au bazar, de nombreux produits destinés aux cosmétiques et à l habillement féminin y sont également vendus. Dans les villages et le long de la route principale, se trouvent quelques échoppes qui vendent des biscuits, de l huile, du thé et parfois quelques fruits mais à des prix souvent supérieurs au marché de Shar-e-nau. Ce sont bien souvent des personnes âgées ou des enfants issus du village qui tiennent le petit magasin. Les commerçants de ces petites échoppes peuvent accepter différents moyens de paiement : argent et pavot mais aussi huile, blé, fourrages A côté de ces lieux de ventes fixés dans l espace viennent s ajouter quelques vendeurs ambulants qui sillonnent les kochlaks, les villages isolés. Ces vendeurs, souvent d origine extérieure au Badakhshan vendent surtout des vêtements et quelques ustensiles de cuisine. Les échanges avec ces colporteurs sont monétaires, ils acceptent également comme les commerçants de Shar-é-nau le pavot. 15 Une distance de 20 minutes à pied entre Shar-é-nau et le village suffit à nommer ce dernier Kochlak afghs = 1 dollar états-uniens 31

44 Seulement deux pompes à essence alimentent les véhicules en carburant, une à Shar-e-nau et l autre sur la route de Warduj à des prix supérieurs à celles de Faizâbâd. Une station de gaz existe également et permet de recharger les rares bombonnes qui circulent dans le district Les mosquées, centre des villages Lieu de prière, elles sont, comme le bazar, un lieu de rencontres important pour les hommes. Dès qu un village se forme, une mosquée doit être érigée ; quatre ou cinq maisons suffisent à sa présence. Selon la taille du village, plusieurs mosquées peuvent être construites pour satisfaire tous les pratiquants. Le coût d une mosquée est à la charge des villageois qui donnent de l argent selon leurs moyens financiers pour les matériaux et du temps pour la construction. Le village est important dans l identité des Afghans. Quand ceux-ci se présentent, ils mentionnent souvent le village où ils habitent. Pour qu un village existe et soit reconnu par la société, il faut qu il soit sacralisé. Dans une culture où l Islam joue un des tout premiers rôles, la mosquée permet cette sacralisation de l espace. Les mosquées jouent un rôle social et politique très important à Baharak. Comme nous le verrons par la suite, de nombreux mollahs (chefs religieux) représentent pour la population une autorité publique de premier ordre Les infrastructures publiques et les ONG La seule école qui va de la première à la douzième classe (fin des études scolaires avant l université) c est-à-dire de 6 à 18 ans, se trouve au village de Diha, au-dessus de Shar-é-nau. Elle accueille la majorité des élèves du district qui marchent parfois 1 H 30 depuis leur village pour y arriver. Certains villages possèdent une école pour garçons et pour filles mais seulement pour les cinq premières classes. Parfois, ces écoles sont sans bâtiment pour faire la classe. Les cours sont alors enseignés dehors en petits nombres ou sous tentes (distribuées par les Nations Unis). Pour les élèves qui ont la possibilité de poursuivre leurs études, il n y a aucune université ou formation post-scolaire dans la province à part Faizâbâd. Enfin, la seule école d agriculture du Badakhshan se trouve à Baharak. Il s agit en fait d une école qui propose des cours orientés sur l agriculture à partir de la 10 ème classe et jusqu à la 12 ème. Toutes ces écoles sont publiques et financés par l Etat afghans. Les madrasas, les écoles religieuses coraniques, ne dépendent pas de l Etat. Elles sont financées par les villageois. Ces écoles ouvrent leurs portes pendant l hiver de novembre à mars. Pendant cette morte saison, les hommes et enfants ont le temps de faire une autre activité comme apprendre le Saint Coran dans ces écoles. Le gouverneur du district ainsi que les bureaux administratifs se trouvent à Share-nau. On y trouve notamment un bureau pour l agriculture. Malheureusement, faute de moyen financier, ces organismes publics ne semblent pas fonctionner avec une réelle efficacité : «On n a pas d argent, on n a pas réellement de programme» insiste le responsable agricole du district. Une clinique, anciennement occupées par les membres de MSF (Médecins Sans Frontières) est le seul centre hospitalier de Baharak et se trouve non loin de Deta (au dessus de la route pour Faizâbâd, proche de Shar-e-nau). Cette clinique est à la charge de l ONG MEDAIR en attendant le relais de l Etat afghans. Les bénéficiaires de cette clinique doivent également s acquitter financièrement de la consultation, son coût de 50 afghs n étant qu hautement symbolique. La file d attente est impressionnante et il faut parfois attendre une journée avant de pouvoir consulter les 3 ou 4 médecins de la 32

45 clinique. Il n y a pas de médecins dans les villages sauf à Shar-é-nau où deux praticiens se sont installés à leur compte. Deux ONG ont actuellement leurs bureaux dans le district, à Shar-e-nau, Afghanaid et Mission East. D autres ONG travaillent à Baharak, comme Focus, AKDN, MEDAIR mais ne possède aucun bureau à Baharak. AKDN et Focus ont vu leurs bâtiments détruits lors des manifestations anti-occidentales de mai Nous avons eu un aperçu du «Comment» l Homme a aménagé «Quel» milieu, des relations entre l Homme et son milieu, l annexe 7 reprend ces éléments sous la forme d un zonage. Passons maintenant aux relations qui existent entre les hommes eux-mêmes. Pour cela, nous allons décrire analyser comment se structure et fonctionne la société de Baharak. Cela nous donnera des éléments indispensables pour comprendre les stratégies mises en place par les familles pour vivre dans cet espace Une société rurale et musulmane Un contrôle politique encore confus Nous avons vu dans la partie historique qu officiellement, c est le gouverneur qui représente l Etat afghan dans le district de Baharak et qui contrôle politiquement la zone. Chaque village élit un namaïnda lors d une shura. Ces maires représentent le village devant l Etat afghan et doivent gérer les éventuels conflits. Le pouvoir du gouverneur semble se restreindre aux villages les plus proches de Shar-é-nau. Il ne contrôlerait pas les villages éloignés des principaux axes de communication comme Warkshir ou Dashtok, des villages des pentes à plus de 2 heures de marches du bazar. Les namaïndas ont également un pouvoir limité au sein de leur village, leurs rôles ne dépassent jamais la représentation et la gestion de quelques conflits. En plus de ces leaders politiques, d anciens moudjahiddines possèdent un ascendant social encore très fort. Ces commandants sont plus ou moins riches et puissants. Un homme comme Rios n a que peu d impact politique, cependant, son statut officieux de trafiquant de drogue lui permet de lever une milice locale et de contrôler un petit périmètre autour de son village. Il veut surtout conserver le monopole de la transformation du pavot en héroïne et impose un impôt aux autres transformateurs sous peine de violentes sanctions. D autres commandeurs s illustrent en politique, à diverses échelles et avec l accord tacite de l état comme Waïtron ou Salradon. Leur ascendant social leur permet de peser politiquement et d après quelques témoignages recueillis, ces commandants recevraient une compensation financière de l Etat afghan en échange de leur calme. L ISAF, la force internationale pour la sécurité en Afghanistan se rajoute sur l échiquier du pouvoir. Dans l esprit des habitants de Baharak, l ISAF dispose de suffisamment de moyen pour jouer le rôle qu elle s est donné : assurer une présence militaire préventive. L ISAF est donc respectée et craint. De nombreuses anecdotes complexifient le contexte politique de la zone : des commandants assassinés, d autres en exil à Kaboul, le maintien de certains privilèges, des mariages arrangés par ces commandants, des tensions entre voisins, entre villages, Aujourd hui, le contrôle politique de la zone reste confus. Le gouvernement lève un impôt commercial dans le bazar de Shar-é-nau mais aucune autre taxe publique ne semble exister hormis celle pour l électricité qui varie en 33

46 fonction du nombre de pièces de la maison. Le gouverneur contrôlerait aussi les abus éventuels pratiqués par quelques usuriers au bazar sur dénonciation. Ces revenus ne sont pas suffisants pour le gouvernement officiel du district qui voit la plupart de ses programmes annulés faute de moyens. Prenons l exemple du secteur agricole où les deux fonctionnaires sont cloisonnés dans leur bureau faute d argent pour mettre en place des projets, seuls leurs salaires sont couverts. Selon ces deux agents, ils se déplacent dans les villages et donnent gratuitement des conseils d ordre techniques aux paysans. Cependant, selon ces derniers, les deux fonctionnaires ne se déplacent que très rarement et leurs éventuels conseils sont payants. Cet exemple montre, au-delà des éventuels problèmes de corruption, que les moyens du gouvernement sont insuffisants pour mettre en place les projets nécessaires au district. En plus de ces quelques rares taxes gouvernementales, des impôts informels sont pratiqués depuis très longtemps dans le district. Nous avons vu plus haut que certains commandants levaient des taxes sur la transformation du pavot. A côté de ce véritable racket, les mollahs reçoivent également de l argent sous forme de don : 50 afghs par mois et par homme et 2 sers 17 de blé par an et par homme. L Islam peut être considéré comme une extension du pouvoir politique mais de part son caractère religieux, nous décririons et analyserons son rôle dans la société afghane dans la partie suivante. Cette démarcation dans l analyse permet de séparer pouvoir politique et pouvoir religieux même si ceux-ci sont parfois bien proche, notamment dans un Etat islamique comme l Afghanistan L Islam : des conséquences évidentes L immense majorité des Afghans est musulmane. 85% des afghans sont de confession sunnite et 14 % sont chiites (Hazaras ou Ismaéliens). Les règles coutumières de la société afghane sont inspirées du Saint Coran. Dans ces quelques paragraphes, nous nous contenterons de décrire et d analyser quelques faits afin de montrer l impact de l Islam à Baharak. Mais avant de citer ces quelques exemples, essayons de comprendre comment ou par quels moyens, l Islam a un impact sur la population de Baharak. Comment l Islam communique? Pour tenter de comprendre le poids de l Islam dans la société afghane, analysons les moyens de communications qui permettent à cette religion de diffuser des informations et de conserver un impact sur la population. Rappelons que les cinq piliers de l Islam sont : La profession de foi Les cinq prières quotidiennes Le Ramadan Le pèlerinage à la Mecque L aumône La première et la dernière règle ne semblent pas avoir beaucoup d impact sur la vie quotidienne des Afghans. La période du Ramadan, jeûne d un mois environ, recule d une dizaine de jours chaque année. Ce jeûne strict (ni nourriture, ni boisson ) prend effet au levée du soleil 17 Le ser est une unité de poids afghane équivalente à 7 kg. 34

47 jusqu au coucher. Il est évident que les longues journées de moisson pendant l été sont particulièrement difficiles en période de Ramadan. Nous avons eu la chance d observer cette période pendant cette étude et la diminution de l activité physique à partir de 12, 13h00 est évidente. Enfin, la fin du Ramadan est marquée par la première Aïd. Le pèlerinage à la Mecque marqué par la seconde Aïd deux mois après la fin du Ramadan est un pilier particulier. Il existe certaines règles que le croyant doit observer avant de réaliser ce coûteux pèlerinage : d Afghanistan, il coûte près de 4000 $ US. Tout d abord, le pèlerin doit être propriétaire de sa maison, ensuite, il ne doit pas emprunter d argent pour ce voyage. Ces deux règles excusent de nombreuses personnes dont les moyens financiers sont trop faibles et leur permet ainsi de respecter les cinq piliers de l Islam. Les personnes ayant réalisé le pèlerinage sont appelées «Hadji». Cette nomination permet d obtenir une reconnaissance sociale, reconnaissance due autant au fait religieux qu à la preuve d une certaine richesse. Les cinq prières quotidiennes obligent le pratiquant à fréquenter la mosquée régulièrement. La plupart du temps, beaucoup d Afghans prient chez eux mais régulièrement, de nombreux habitants de Baharak vont à la mosquée au moins une fois par semaine, notamment le Djoma (vendredi), journée équivalente au dimanche chrétien. Ce passage régulier à la mosquée permet non seulement de pratiquer sa foi mais aussi de rencontrer d autres croyants. Rappelons que les mollahs sont des êtres humains sujets à la subjectivité. Il n est pas rare d entendre «Il y a un mollah qui a dit qu on avait le droit de cultiver du pavot et un autre qui nous l a interdit». Les conseils peuvent donc varier selon tel ou tel mollah. «Un mollah détient la vérité», cette phrase, et d autres allant dans ce sens, montrent que les religieux ont un réel impact sur une partie de la population. Nous avons vu d une part par quel moyen l Islam pouvait communiquer (la mosquée et les cinq prières quotidiennes) et d autre part, nous avons vu le respect d une grande partie de la population pour le savoir des leaders religieux. Ces deux faits montrent comment l Islam peut influer sur la vie des habitants de Baharak. Regardons maintenant quelques exemples parmi ces impacts. Quels impacts? La division des facteurs de production Un des premiers effets relevés de l Islam concerne l héritage. Lorsque le chef de famille le juge nécessaire, ses biens sont divisés entre tous les héritiers selon la tradition islamique (Le Coran, Sourate (S.) 4, Verset (V.) 12). Pour simplifier ce complexe partage, disons que les fils reçoivent deux parts et les filles une. Les facteurs de productions, dont la terre, sont ainsi divisés lors de la transmission d une exploitation. Cette règle a évidement eu un effet au cours de l Histoire de Baharak : la division des terres a engendré cette diminution de la taille des exploitations agricoles relevée dans la partie sur l Histoire (2.2.1). De la nourriture prohibée Dans le Coran, il est écrit que l Homme ne doit pas consommer certains types d animaux comme le porc (Le Coran, S.5, V.4). Aussi, il n est pas étonnant de ne pas voir d élevage de ces animaux dans la zone. De même, la consommation de drogues comme l alcool ou l opium est prohibée. Cependant, la production ne l est pas clairement. Les raisins sont largement cultivés en Afghanistan car il est autorisé, c est sa fermentation qui ne l est pas. Le pavot donne 35

48 directement une drogue puissante : l opium. Sa production est cependant autorisée pour un usage pharmaceutique. La prestation matrimoniale lors du mariage Lorsqu un homme veut se marier, il doit apporter une prestation matrimoniale pour sa future épouse qui représente une sorte d assurance en cas de répudiation (Le Coran, S.3, V.24). A Baharak, c est généralement la famille de sa future femme qui profite de la prestation matrimoniale. Puisque c est l épouse qui part vivre chez sa belle famille, elle peut être considérée comme un dédommagement car la famille de la femme perd une partie de sa main d œuvre familiale. Actuellement, la prestation matrimoniale varie entre et US $. Ce coût exorbitant pour les habitants de la vallée semble trouver son origine dans la culture massive du pavot ces dernières années ; certaines personnes, les trafiquants notamment, ont pu amasser beaucoup d argent et ont donc pu faire grimper les «prix» des mariages. Le métayage Contrairement à ce qu affirme COKE (2004, p. 19) et le Coran, le métayage coûte à Baharak 50 % de la récolte. Les deux premiers stipulent que la production agricole se divise en 5 parts : une pour celui qui apporte la terre, une pour celui qui apporte l eau, une pour les semences, une pour les bœufs et une pour le travail. Un métayer sans bœufs qui n apporte que son travail ne récoltera que 20 % de son produit, un autre qui apporte ses bœufs et ses semences en récoltera 60 %. A Baharak, indépendamment de ce que le métayer apporte en plus de son travail, il récoltera 50 % de son travail. La prise en charge des mollahs L Osher est un don du croyant au mollah afin que celui-ci puisse pratiquer dans le village. Tous les hommes du village en âge de venir à la mosquée doivent, une fois par an, donner quelques kg de nourriture et de l argent au mollah. Le crédit Le karlzassana est le crédit autorisé par l Islam. Il s agit d un prêt sans intérêt (Le Coran, S.2, V.276). Ce crédit concerne les personnes proches (amis, famille élargis, voisins en bon terme ). Le crédit est un aspect fondamental des relations qui existent entre les hommes. Malgré l interdiction de l intérêt par l Islam, il existe d autres crédits qui, eux, disposent de l intérêt Des crédits avec intérêts En plus du karlzassana, il existe trois autres types de crédit à Baharak : Le sout ou le crédit avec un intérêt Le mozabarat ou le crédit comparable à celui d une banque Le guerao ou l hypothèque de terres Le sout Le sout est un crédit pourvu d un intérêt minimum. L Islam interdit l intérêt mais de nombreux commerçant à Baharak utilisent ce crédit quand leurs clients ont quelques 36

49 difficultés financières. Cette pratique semble être de plus en plus courante mais son mépris social a rendu les informations difficiles à obtenir. La religion musulmane considère comme un mal tout remboursement forcé. Le créancier doit attendre que son débiteur le rembourse, il ne peut lui saisir un quelconque produit (outils, animaux, arbres ). Cependant, un débiteur ne pouvant rembourser son prêt risque le surendettement. En effet, il mettra tout en œuvre pour honorer sa dette quitte à s endetter ailleurs ou à décapitaliser. De plus, en dépit de l Islam (Le Coran, S.2, V.280), certains créanciers n ont aucun scrupule à exiger un remboursement rapide et parfois violent quitte à obliger l endetté à travailler pour lui. Ainsi, il n est pas rare de voir des hommes travailler à la construction des maisons des créanciers gratuitement. Le mozabarat Le mozabarat est un crédit qui peut être comparé au prêt des banques. Il n existe aucune institution bancaire à Baharak, ce manque a permis le développement de ce type de crédit. Le créancier apporte le capital sous forme de prêt contre la moitié des bénéfices. Cependant, le créancier accepte également de couvrir 50 % des pertes éventuelles. Les créditeurs sont les personnes riches de la région (grands propriétaires, trafiquants, riches commerçants). Les débiteurs sont généralement des personnes qui ne sont pas en danger financièrement mais qui seuls, ne peuvent apporter tout l argent nécessaire à leur investissement. Le guerao Une famille qui a un important besoin d argent peut hypothéquer ses terres. Lorsque les terres sont hypothéquées, le propriétaire n a plus aucun droit. Lorsque le propriétaire rembourse son prêt, il récupère ses terres. Le remboursement est équivalent à l emprunt, l intérêt n étant pas accepté dans la société musulmane. Cependant, l hypothèque contourne cette règle car en plus du gage qu elle implique, elle permet au prêteur de produire une richesse tout au long du prêt en cultivant la terre ou en la louant, parfois au propriétaire lui-même. L hypothèque est non seulement un type de crédit mais aussi un mode de tenure foncière. Outre l hypothèque, il existe deux autres modes de tenure seront décrits dans les paragraphes suivants La terre et la tenure Nous avons vu dans la partie environnement les différentes qualités pédologiques des sols. Etudions désormais la tenure foncière, le lien qui existe entre les hommes visà-vis de la terre. La plupart des terres sont privées, l Etat possède les voies de communication, les bâtiments administratifs, les écoles, les cliniques et quelques rares terrains en limite de district sur lesquels se développent de jeunes forêts. Les lalmis constituent une terre privée particulière. A Baharak, ils ne sont jamais vendus, loués ou hypothéqués, la demande pour ces terres aux rendements très variables est aujourd hui nulle. Les abis peuvent être utilisés en propriété, en location ou hypothéqués. La terre en propriété Le prix de vente des abis change selon la distance qui sépare la terre considérée du bazar de Shar-e-nau. Le jerib 18 (jb) varie entre 2.000, si la terre se situe à plus d une 18 Le jerib est une unité de surface afghane. Cela correspond à la surface nécessaire pour semer 4 sers (soit 28 kg) de blé. On considère que 1 jerib est équivalent à 0,2 ha. 37

50 heure de marche du bazar et $ US si la terre jouxte Shar-é-nau (soit 10 à $ US l hectare). Proche de Shar-é-nau, la vente de terre pour faire de l agriculture n existe plus. Il est actuellement impossible de rentabiliser ces terres avec des animaux ou des plantes : comme nous le verrons plus tard, même le pavot (culture la plus rémunératrice sur la zone) ne permet pas de gagner $ US par an. Les ventes foncières près de Shar-é-nau ne concernent que de toutes petites surfaces (500 m 2 ) pour la construction d habitations. Par contre, les terres éloignées de Shar-é-nau peuvent faire l objet de ventes pour l agriculture, leurs prix étant plus raisonnables. Aucune politique foncière ne protège actuellement les terres agricoles en Afghanistan. Cette lacune politique favorise dans des zones semi urbaines comme Baharak une hausse fulgurante du prix de la terre. Le métayage La location de terres agricoles est très répandue dans la zone d étude. Le propriétaire et le métayer partagent la récolte : 50% chacun. Selon les accords, le propriétaire apporte les semences et/ou engrais et/ou outils de travail (bœufs, araire). Le locataire apporte toujours au minimum le travail. Si le propriétaire apporte tous les moyens de production (sauf le travail évidemment), c est lui qui décidera de la culture. Si c est le locataire qui achète les semences, il peut avoir le choix de la culture ou, au moins, de la variété. Les termes de la location diffèrent donc selon les personnes concernées et le choix de la culture se fait généralement via un consensus. Contrairement à ce qu affirme GRACE (2004, p. 13), même si le métayer investit en achetant les semences, ou en faisant travailler ses bœufs, le coût reste de 50%. Actuellement, il semble que l offre de terres en location soit plus forte que la demande. En effet, il devient de moins en moins intéressant de louer des terres car les coûts de production sont plus élevés qu avant (salaires, fertilisants, semences) et le coût de location n a pas diminuer. Les contrats sont toujours annuels, le locataire peut d une année sur l autre changer de propriétaire, il peut le faire d autant plus facilement que l offre de terre à louer est forte. Le propriétaire doit donc s assurer après chaque récolte que le locataire consente à utiliser ses terres l année suivante, sinon, il doit démarcher un nouveau locataire quitte à fournir tous les moyens de production pour en trouver. L hypothèque L hypothèque est un troisième type de tenure. Nous avons vu dans le chapitre précédent son fonctionnement. Rappelons ici que le propriétaire n a plus aucun droit sur sa terre tant que le prêt ne sera pas remboursé. L acquéreur, lui, possède tous les droits sauf ceux de la vente et de l hypothèque. Les terres privées à usage communautaire Dans la vallée, ces espaces sont rares, voire quasi-inexistants. Ce sont des terres impropres à l agriculture ou à l élevage car inondées toute l année. Ces espaces sont appelés marzars. Ces marzars sont fauchés par les plus pauvres. Ces terres sont normalement privées mais leur propriétaire ne pouvant les utiliser les abandonne à la gestion villageoise. Il est évident que si ces marzars faisaient l objet d une réhabilitation agricole, les propriétaires se manifesteraient. Nous pouvons considérer ces terres comme communautaires car leur utilisation actuelle et la définition qu en donne les villageois vont en ce sens. Les pâturages dans les Shewas Dans les Shewas, les pâturages d altitude, chaque village possède un territoire, titre de propriété à l appui. Ces titres de propriété ont été émis nominativement il y a 38

51 plus de 70 ans. Aujourd hui, si une famille possède ce titre, c est tout le village qui pourra en profiter. Les éleveurs du village peuvent faire paître leurs animaux. Ces espaces sont communautaires et sont gérés par le namaïnda, le maire du village. C est le gouverneur qui doit assurer les contrôles dans les Shewas Le travail est surtout agricole Le travail est une action indispensable pour la plupart des hommes. Comprendre le fonctionnement d une société passe nécessairement par l analyse du travail. Pour plus de clarté et toujours avec l objectif de répondre à une problématique agricole, nous avons différencier deux grandes catégories de travail : le travail agricole et le travail non agricole. Le travail agricole Il est possible de classer dans la zone les travailleurs agricoles en deux classes. Les travailleurs dits familiaux et les journaliers. Le premier type concerne la main d œuvre familiale constituée par les hommes de plus de 12 ans (âge moyen considéré comme un jeune adulte). La plupart des jeunes afghans vont quotidiennement à l école. Ils seront donc absents de l exploitation pendant une demi-journée, l école ayant lieu le matin ou l après-midi. Par conséquent, les jeunes de moins de 12 ans ainsi que les personnes âgées, à cause de leur faiblesse physique, seront considérés comme un demi actif dans cette étude. Les jeunes filles qui n ont pas atteint l âge de la puberté peuvent aussi aider aux travaux de l exploitation agricole : garde d animaux, vente de produits au bazar. A l âge de la puberté, âge à partir duquel elles portent une burka, elles ne peuvent plus travailler à l extérieur du foyer et leurs déplacements deviennent difficiles. Nous reviendrons sur la place de la femme dans la société à Baharak un peu plus loin. Enfin les enfants, quelque soit leur âge, peuvent être chargés de collecter les déjections animales afin de faire les tchapaks, ces disques de fumier utilisés comme combustible pour la cuisine ou pour se chauffer l hiver (cf. photo suivante). Photo 3 : Le séchage des tchapaks, les disques de fumier (juin 2005) Le deuxième type de travail agricole concerne les journaliers. Ils sont largement utilisés dans la zone d étude. Payés à la journée, cette main d œuvre exclusivement masculine effectue les travaux agricoles importants comme le désherbage et la récolte entre mars et août (printemps, été). Le salaire des journaliers sera décrit dans le paragraphe suivant. 39

52 Le travail non agricole Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Dans la zone d étude, les hommes disposent de quatre types de travailleurs extérieurs à l exploitation agricole. Les travaux dits «journaliers», ceux que nous nommerons «salariés permanents», ceux que nous appellerons «libéraux» et enfin ceux en dehors de la province, dits «migrants temporaires». Les journaliers Nous entendons par travail journalier une activité qui n est pas stable dans le temps, il s agit de travaux payés à la journée. Les deux principales activités concernent le bâtiment et l agriculture (décrit dans le paragraphe précédent). Le développement économique de Baharak induit de nouvelles constructions qu elles soient privées (habitations) ou publiques (école, ponts, routes, canaux ). De mars à août, l agriculture offre de nombreux emplois journaliers. Puis, après les moissons de juillet, c est le bâtiment qui demande le plus de main d œuvre. Pendant l hiver, très peu de journaliers travaillent. Les conditions de travail difficiles combinées à la rigueur de l hiver ralentissent l activité de la région. Les salaires journaliers varient entre 70 et 300 afghs soit entre un peu plus d 1 et 6 $, avec ou sans repas. Ce salaire peut atteindre 600 afghs (12 US $) pour une journée de travail sur les lalmis. Cette variation dépend de l offre et de la demande, en période de pointe agricole (moisson, récoltes de l opium), les salaires sont maximums. Ce type de travail permet la double activité. Il est en effet possible de travailler dans sa propre exploitation agricole et de combler les éventuels moments laissés libres avec une seconde activité (ouvriers agricole, maçons ) Les salariés permanents En plus des organismes publiques (école, police, administration, ), Baharak attire des ONG qui embauchent de nombreux salariés (techniciens, gardes, cuisiniers, chauffeurs ). Ces métiers représentent les «salariés permanents». Cette catégorie ne permet pas la double activité comme les travaux journaliers ou les libéraux décrits dans le paragraphe suivant. Les métiers comme médecins de clinique ou ingénieurs embauchés par un organisme sont peu répandus sur la zone et ne concernent qu une minorité privilégiée qui a pu étudier à Kaboul ou dans les capitales étrangères. Les libéraux Le district de Baharak est un centre commercial important dans la province du Badakhshan. Cette activité a permis l ouverture de nombreux petits magasins. Ces échoppes ne sont pas ouvertes continuellement, la plupart des commerçants sont doubles actifs, notamment agriculteurs. Ces métiers représentent les «libéraux» car ils décident plus ou moins de leur emploie du temps. En plus des commerçants, les professionnels installés à leur compte comme médecins ou ingénieurs font également partie de cette catégorie. Comme précédemment, ces cadres libéraux font défauts à Baharak. Rares sont ceux qui ont eu la chance d étudier suffisamment ces dernières années et parmi eux rares sont ceux qui ont décidé de s installer dans le Badakhshan. Les migrants Enfin, de nombreux hommes, souvent sans leur famille, s exilent plus ou moins temporairement à l étranger. Il semblerait que pour les très nombreux réfugiés de la guerre, au Pakistan et en Iran, l opportunité de retourner y travailler est facilitée par la 40

53 création, dans ses pays, d un réseau social. L Iran semble être préférée par les habitants de Baharak. Iraniens et Badakhshis parlent la même langue ce qui facilite les contacts. Enfin, le Pakistan est considéré par de nombreux Afghans (excepté les Pachtounes) comme un pays «frère ennemi». Cependant, même si le Pakistan possède une mauvaise image chez de nombreux Afghans, il n y a pas besoin de visa pour s y rendre. La migration au Pakistan peut donc s alléger du poids financier des «passeurs clandestins» indispensables pour l Iran. Ces migrants temporaires sont à dissocier de ceux qui partent travailler en Occident ou en Asie car ceux-ci s y installent souvent définitivement et avec leur famille La Femme au Badakhshan 19 Selon Cécile Duchet (2006, p. 28) le travail des femmes à Baharak est mal accepté par la société : les hommes ne devraient pas avoir besoin de faire travailler leur(s) femme(s). Toutefois, nous verrons plus loin qu il y a des exceptions selon les foyers. De plus, la première affirmation est à moduler, Cécile Duchet (2006, pp ) écrit également qu il ne faut pas considérer les femmes comme des individus enfermés sans aucun pouvoir. Elles ont un rôle important dans la transformation des produits issus de l agriculture et de l élevage. De plus, les femmes disposent d un pouvoir de décision important au sein du ménage De l ethnie à la famille On pourrait définir simplement une société comme un groupe d hommes et de femmes qui vivent ensemble. Plusieurs groupes sociaux composent la société de Baharak. La description et l analyse de ces groupes nous seront utiles pour comprendre par où circule l information. L ethnie Trois ethnies peuplent la vallée de Baharak : les Tadjiks, les Ouzbeks et les Pachtounes. De nombreux habitants de Baharak confondent nationalité et groupe ethnique. A la question «Quelle est votre nationalité?», les interviewés répondent bien souvent «Tadjik, Ouzbek ou Pachtoune». Au-delà de la réponse donnée, cette anecdote nous informe que la notion d ethnie est aussi forte, sinon plus, que la notion de nationalité pour les habitants de Baharak. Le groupe ethnique possède donc pour les habitants de la zone le même sens que la nationalité : une appartenance à un groupe ayant la même histoire, la même origine, les mêmes leaders dans un espace définie. Il y a 100 ans, les Afghans respectaient le cloisonnement ethnique. Les mariages qui ne pouvaient exister qu au sein de la même ethnie illustre parfaitement cette règle. Depuis quelques dizaines d années, cela semble de plus en plus obsolète. Les mariages mixtes, interethniques, sont de plus en plus fréquents, notamment dans les grandes villes comme Kaboul. Le genre Le genre est un aspect fondamental de la culture afghane. Trois groupes sociaux se dégagent : les enfants (de la naissance à la puberté), les hommes et les femmes. Jusqu à 12 ans, les enfants sont considérés tel quel ; passés cet âge, ils entrent dans le monde adulte en devenant des hommes et ainsi chargé des mêmes charges (ou presque) 19 Cécile Duchet (2006) a consacré une partie de son étude sur le rôle des femmes afghanes dans la vallée de Baharak, ce paragraphe s inspire directement de sont travail. 41

54 ou en devenant des femmes, portant ainsi la burka et participant activement au tâches domestiques. Les femmes, nous l avons vu sont souvent cloisonnées dans l enceinte de la maison et ne peuvent participer à une activité économique extérieure. Les femmes forment un groupe social par l intermédiaire de la famille et du voisinage. Les hommes, eux, forment le dernier groupe et ont la possibilité d échanger, de communiquer avec n importe quel autre homme de la zone. La shura La shura est un groupe essentiel dans la négociation des sujets d ordre social, économique, politique et judiciaire. Ces comités traditionnels sont composés d hommes adultes concernés par le sujet. La plupart des shuras sont villageoises. Le voisinage Le voisinage est un groupe déterminant dans la société de Baharak. Il s agit là d une entraide surtout féminine. La plupart du temps, les voisins ont un ancêtre en communs et sont donc de la même famille. Le rechawan et le quom Le rechawan représente la famille proche géographiquement. Tant qu un ancêtre commun rassemble deux protagonistes proches géographiquement (voisins, mêmes villages), ils disent qu ils sont du même rechawan. Dans le cas d un éloignement géographique, les protagonistes se perdent bien souvent de vue, or s ils se connaissent un ancêtre en commun, il se diront du même quom. Pour les Pachtounes, le rechawan et le quom sont aussi importants, ce dernier étant une question d honneur. Pour les Tadjiks et les Ouzbeks, le rechawan semble avoir nettement plus d importance que le quom. Enfin, certaines personnes socialement bien reconnues disposent d un réseau familial important car beaucoup de personnes s affirment comme du même rechawan afin que rejaillissent sur eux un peu de reconnaissance issue de cette personnes renommée. Le foyer A Baharak, la structure familiale est dite étendue 20. Les enfants se marient et ont eux-mêmes des enfants avant de quitter le domicile des parents. On retrouve donc au moins trois générations dans le même foyer. Les enfants ne quittent pas le foyer paternel avant d avoir suffisamment d argent pour construire une maison et de nourrir sa propre famille indépendamment. Pour des raisons économiques, les enfants se marient et ont des enfants avant de quitter le foyer parental. Dans la culture de Baharak, il est bien plus important, socialement, d être marié, d avoir une descendance que d être indépendant de ses parents. L étranger Est considéré comme étrangère toute personne qui ne fait pas partie du voisinage ou de la famille. Il s agit donc des personnes que seul le contact professionnel ou administratif permet de croiser (commerçant, ONG, fonctionnaires). Il y a beaucoup de prudence, de retenue entre les protagonistes, les échanges concernent le strict minimum. 20 Famille étendue : Famille qui regroupe plus de deux générations dans une résidence commune (ascendants, descendants ). (PIRIOU, 1996, p. 56) 42

55 Impact des familles étendues sur l agriculture Nous avons vu que la famille, à Baharak, est de type étendue. Etudions d un peu plus près l impact que peut avoir ce type de famille sur une exploitation agricole. Une exploitation agricole naît avec l installation de l agriculteur, évolue et prend fin après le départ de cet agriculteur pour ensuite se renouveler ou se diviser. A chaque étape de son cycle de vie, la famille «constitue une machine de travail parfaitement distincte.» (TCHAYANOV, 1990, p.62). De plus «ils [les coefficients de corrélation] sont suffisants pour considérer comme établie l existence d une liaison étroite entre les dimensions de la famille et le volume de son activité économique en générale et même dans son activité spécifiquement agricole» (TCHAYANOV, 1990, p.67). La prise en compte des phases du cycle de vie est un déterminant important pour comprendre les pratiques des agriculteurs (BROSSIER J., CHIA E., MARSHALL E., PETIT M., 1997, p.80). Aussi, il serait pertinent d étudier comment les exploitations réagissent lors des différentes phases du cycle de vie de l exploitation en tenant compte des variations de sa force de travail, ici, l unité de production masculine (UPM). Nous avons vu précédemment que seuls les hommes étaient disposés à gagner de l argent. La création de richesse monétaire par des femmes reste exceptionnelle. Aussi, afin de calquer la réalité, l unité de production choisie ne concernera que les hommes. Nous verrons tout l intérêt de ce choix dans l analyse des stratégies des foyers, en effet, un déficit de la main d œuvre domestique masculine peut faire évoluer cette unité de production et devenir mixte C est pourquoi, nous considérerons ici l unité de production comme masculine. Cela n enlève rien au travail des femmes indispensable au fonctionnement du foyer. Le rapport entre l unité de consommation (UC), c est-à-dire, l ensemble des personnes du foyer qui consomment, sur l unité de production masculine (UPM) : UC/UPM influence les stratégies du chef d exploitation. En effet, plus ce rapport se rapproche de 1 (ratio minimum), moins il y a de consommateur par travailleur. Il sera alors possible pour l unité de production de dégager un surplus qui ne sera pas utilisé par l unité de consommation. Ce surplus de richesse produite peut alors être épargné et/ou investi. Par contre, plus le ratio augmente, plus il s éloigne de 1, plus il y a de consommateur par travailleur. Il sera difficile à l unité de production de dégager un surplus et donc, d investir ou d épargner. Selon le ratio, la stratégie à moyen terme ainsi que la gestion des crises seront différentes. L évolution de ce ratio au cours du cycle de vie d une exploitation reste très dépendante du contexte social. La figure 3 montre les variations du ratio UC/UPM au cours de la vie d une exploitation agricole dans la zone d étude. Cette courbe montre qu une exploitation agricole est plus ou moins vulnérable. 43

56 RATIO : UC/UPM Difficulté à investir et/ou à épargner L exploitant s installe très souvent avec son épouse et ses enfants en très bas âge TEMPS Naissance de l exploitation : installation de l ag riculteur Fin de l exploitation : arrêt de l ag riculteur : Le ménage continue d avoir des enfants. Ces derniers, jeunes, ne p euvent travailler. Le ratio aug mente. : Le ménage continue d avoir des enfants. M ais les aînés peuvent com mencer à travailler, le cas échéant, les femmes également. Le ratio est stable. : Le ménage n a plus ou (rarement) de nouveaux enfants. De plus en p lus d enfants deviennent actifs. Le ratio diminue. 4 : Les enfants se marient et continuent à vivre dans la maison fam iliale. Les p etits-enfants naissent. Le ratio aug mente à Figure 3 : L évolution de UC/UPM au cours de la vie d une exploitation afghane Rappelons que l objectif de cette étude est de montrer l impact des programmes de diffusion de blé dans la zone étudiée. Les chapitres précédents nous permettent d avoir une vision historique, écologique et sociologique de cette zone. Il s agit maintenant d appréhender comment les ménages vivent, autrement dit, quelles stratégies les familles de Baharak mettent en place et pourquoi? Il sera alors possible de discuter de l impact des programmes de blé dans la zone. Mais avant d étudier ces stratégies, concentrons nous sur les ménages : qui sontils? Ces ménages sont évidemment tous différents les uns des autres. Aussi pour simplifier l analyse des stratégies, plaçons ces ménages dans différentes catégories que nous étudierons par la suite. 2.3 LA TYPOLOGIE : SIX CATEGORIES DE FOYERS Une typologie se définit grâce à des critères de différenciation. Ces critères doivent être les plus discriminants possibles afin de rendre pertinente la typologie. Les chapitres précédents nous ont permis d appréhender non seulement l évolution historique de la zone mais aussi le contexte naturel et sociologique. 44

57 2.3.1 Trois facteurs : la terre, le travail et la situation géographique Quels facteurs choisir? Pour choisir les facteurs que nous utiliserons pour la typologie, reprenons les différents éléments du contexte qui influent sur la stratégie des ménages. Le zonage en annexe 7 montre l importance de la situation géographique. Il est évident que les stratégies diffèrent entre les habitants des villages isolés des pentes, ceux des Shewas et ceux de la vallée. La situation géographique entraîne des différences climatiques, et donc culturales, mais aussi des différences au niveau des déplacements, de l isolement, etc. La situation géographique devrait donc être le premier facteur discriminant. Malheureusement, pour des raisons de sécurité invoquées par nos hôtes (l équipe d Afghanaid), nous n avons pas été autorisés à nous déplacer hors de la vallée. Lors de nos trop rares incursions, nous n avons pu mettre en évidence que l intérêt d étudier ces espaces. L étude historique (partie 2.1) montre que la pression foncière est forte dans la vallée de Baharak. C est le facteur de production qui semble être le plus rare chez les agriculteurs ; pour preuve, son prix (entre 2 et $ par jerib en abi soit 10 à $ l hectare) correspond, au maximum, à près de jours de travail pour 1 jerib avec un salaire minimum afghan (4 $/jour). Il y a trente ans, ce même jerib correspondait à seulement 150 jours de travail. Afin de comprendre comment les paysans s adaptent à la pression foncière, il sera pertinent de choisir le facteur de production «terre» et plus précisément la surface irriguée (abi) en propriété comme élément discriminant. On négligera les terres pluviales (lalmis) car nous avons vu qu elles ne représentaient qu un faible pourcentage des terres arables dans la zone d étude (cf ). La surface en elle-même n est pas suffisante. En effet, que penser d une famille de 25 personnes qui possède 10 jeribs et d une famille de 4 personnes qui en possède 6 : laquelle est la plus favorisée? Il est certainement plus pertinent de diviser la surface par le nombre de personnes à nourrir (unité de consommation) : Capital foncier 21 (CF)/Unité de consommation (UC). Enfin, nous avons vu que le facteur de production «travail» pouvait avoir différentes conséquences. Ce facteur de production varie selon les exploitations et selon le cycle particulier de vie d une exploitation afghane via le ratio Unité de consommation (UC)/Unité de production masculine (UPM) Le ratio «travail» Afin d utiliser la typologie correctement, il s agit d identifier les ratios «frontières» les plus pertinents possibles quant à la zone d étude. Cette étude tente d apporter des connaissances afin de faciliter le développement de la zone. Aussi, nous choisirons un ratio UC/UPM qui permet de placer la frontière entre les familles en difficultés financière (car manque de main d œuvre familiale) et les autres. Notons qu un manque de main d œuvre n induit pas automatiquement des difficultés financières mais ce manque peut y contribuer dans certaines conditions. Afin de placer cette limite, il faut caractériser les familles en difficultés financières. Pour cela nous avons cherché à calculer combien de personnes peuvent faire vivre un journalier. L activité professionnelle des journaliers est considérée 21 Nous définissons ici le capital foncier comme le nombre d abi (en jeribs). 45

58 comme la plus précaire car la plus instable dans le temps et la moins rémunérée. Nous considérerons que ce dernier gagne le salaire minimum de la zone, soit 150 afghs par jour. Ce chiffre doit être modulé (première approximation) puisqu un travailleur peut ne pas trouver de travail pendant certaines périodes. De plus (deuxième approximation), le salaire peut varier selon les travaux (150 à 300 afghs par jour). Il nous faut désormais évaluer les besoins journaliers d un adulte ; on considère qu un enfant de moins de 12 ans constitue une demi part. En s appuyant sur les enquêtes auprès de la population, un adulte consomme 25 à 30 afghs de nourriture par jour (cf. annexe 8). La variation illustre les différence entre les saisons : l hiver, il faut près de 30 afghs pour nourrir une personne par jour tandis que l été, il n en faut que 25. L achat de combustible est indispensable, les quantités ne sont pas vraiment proportionnelles au nombre de personnes, il s agit de dépenses fixes qu on estime entre 50 et 90 afghs par jour (toujours selon les saisons) et par famille. Trois adultes consomment donc entre 125 et 180 afghs par jour. Trois est le chiffre que nous retiendrons pour le ratio : un journalier peut subvenir au besoins de deux autres adultes. Le reste du salaire, s il existe doit permettre d acheter vêtements, médicaments, ustensiles de cuisine Le ratio UC/UPM sera donc de 3. Au dessus de celui-ci, la famille peut avoir de graves difficultés à couvrir ses besoins vitaux Le ratio «terre» 3 est la limite pour le ratio UC/UPM. Cependant, au dessus de cette limite, certaines familles peuvent être à l abri des difficultés financières. Croiser ce ratio avec celui du capital foncier / unité de consommation permet d affiner la typologie. Il s agit désormais de calculer le ratio CF/UC de façon pertinente. La politique agricole de l Afghanistan, comme l alimentation de base est largement tournée vers la production céréalière, en particulier le blé tendre : à Baharak, le pain représente 60 % des aliments consommés (DUCHET, 2006, p. 55). L action de nombreuses ONG pour améliorer les rendements de cette céréale illustre son importance. Enfin, la mentalité afghane paysanne est basée sur le blé : les surfaces sont estimés en quantité de blé semé (1 ser équivaut à une surface sur laquelle on sème 7 kg de blé, soit 0,04 ha). La typologie doit tenir compte de cette mentalité pour aider à la compréhension de l agriculture afghane. Aussi, nous nous baserons sur le blé pour calculer ce second ratio. Il s agit de définir la surface minimum qui permet de couvrir les besoins en blé pour un adulte et par an. Selon les enquêtes de terrain, un adulte consomme près de 240 kg de blé par an. Le rendement moyen de la zone est de 35 Qx/ha auquel il faut enlever 20% en coûts variables (battage et moulin) et 875 kg de blé en coûts fixes (semences et engrais). De plus, le blé est cultivé une année sur deux, un hectare permet donc de produire ([ % - 875]/2) 975 kg de blé. Un adulte a donc besoin de (240 / 975) 0,25 hectare soit 1,25 jerib. 1,25 sera le chiffre que nous retiendrons pour le ratio CF/UC. La méthode de calcul ne peut inclure le coût du métayage (50 % de la récolte), c est pourquoi nous utiliserons le capital foncier et non la surface travaillée par le ménage. De plus, le métayage fait partie des stratégies envisageables pour certains types de foyers, c est pourquoi nous ne pouvons pas en tenir compte dans l élaboration de la typologie. En dessous de ce chiffre, le foyer ne pourra pas être autosuffisant en blé et devra s adapter ; au dessus, le foyer peut dégager un surplus commercialisable. 46

59 Ces deux limites (3 adultes par travailleur et 1,25 jeribs par adulte) ne servent qu à donner une tendance qui nous est cependant indispensable pour la compréhension des stratégies des ménages de la zone Un dernier ratio : la surface maximum que peut cultiver un actif Nous verrons plus loin qu un actif ne peut pas cultiver plus de 3,75 jeribs de blé. Les moissons constituent la pointe de travail pour cette culture. Il est possible de placer sur la typologie une frontière, celle au-delà de laquelle, l unité de production masculine n est pas assez nombreuse pour cultiver seule du blé sur le capital foncier. Pour un ratio UC/UPM égale à 1, la limite en capital foncier par unité de consommation au-delà de laquelle l unité de production masculine ne peut faire seule les moissons sera donc de 3,75 jeribs. Pour un ratio UC/UPM de 2, le ratio CF/UC ne pourra pas dépasser 1,875 (3,75/2). Pour un ratio UC/UPM de 3, le ratio CF/UC ne pourra pas dépasser 1,25 (3,75/3). Pour un ratio UC/UPM de 4, le ratio CF/UC ne pourra pas dépasser 0,9375 (3,75/4). Pour un ratio UC/UPM de 5, le ratio CF/UC ne pourra pas dépasser 0,75 (3,75/5) Typologie, description qualitative et quantitative La typologie La figure suivante schématise la typologie retenue pour analyser les stratégies de foyers. L axe des ordonnées reprend le ratio «terre». Deux limites séparent les foyers de Baharak en trois groupes : 1,25 jb/adulte et 0 jb/adulte. Le groupe le plus haut représente donc les exploitations qui peuvent être autosuffisantes en blé, le groupe du milieu englobe les exploitations qui possèdent des terres irriguées mais pas suffisamment pour être autosuffisant en blé. Enfin, le groupe le plus bas sur l axe des ordonnées représente les sans terres, ceux qui ne possèdent aucune terres irriguées. L axe des abscisses reprend le ratio «travail». Une seule limite a été retenue : le chiffre 3, c est-à-dire le nombre d adulte que peut supporter un travailleur journalier à Baharak. Au dessus de ce chiffre, le foyer n a pas assez de travailleurs domestiques masculins et sera obligé de s adapter. En dessous de cette limite, l unité de production est censée dégager un surplus qui ne sera pas consommé par l unité de consommation et pourra donc être investi et/ou épargné. Enfin, la courbe représente la limite au dessus de laquelle l unité de production ne pourra pas cultiver du blé sur son capital foncier seule. Le chef d exploitation devra augmenter le nombre de travailleurs grâce au travail des femmes, des enfants ou grâce à l embauche de salariés. 47

60 CF/UC 1 2 1,25 jb/person 4b a : Plus de 1,25 jb/adulte : Moins de 1,25 jb/adulte : Sans terre 5 6 : Limite au dessus de laquelle l unité de production n est pas assez nombreuse pour cultiver seule du blé sur son capital foncier. UC/UPM : Ce qui ont une carence de main d œuvre domestique masculine. Celle-ci peut avoir des difficultés à supporter l unité de consommation. : Ce qui n ont pas de carence théorique de main d œuvre domestique masculine. Celle-ci peut supporter l unité de consommation Description des six types Figure 4 : La typologie, 6 types de foyers Il s agit ici de décrire succinctement les différents types de foyers que permet de dégager la figure précédente. Type 1 : Les foyers sans contrainte de surface et de travail Ces foyers possèdent suffisamment de terre irriguée pour pouvoir, au minimum, être autosuffisant en blé. En effet, ces foyers disposent de plus 1,25 jb par adulte. De plus, ces foyers disposent d un second avantage : le ratio «travail» est inférieur à trois. Cela signifie donc qu un travailleur domestique masculin doit supporter moins de 2 autres adultes. Ces foyers peuvent donc dégager un surplus d une part grâce aux surfaces assurant plus que l autosuffisance en blé et d autre part grâce à l abondante unité de production masculine par rapport à l unité de consommation. Type 2 : Les foyers sans contraintes de surface mais avec une contrainte de travail Ces foyers sont semblables aux précédents : ils disposent suffisamment de surfaces irriguées pour pouvoir être autosuffisant en blé. Par contre, la force de travail masculine de ces foyers constitue un handicap par rapport à ceux du type 1. 48

61 Une partie du surplus que permettent les surfaces sera utilisée pour combler le déficit de main d œuvre masculine. Pour dégager autant de richesse que les foyers du type 1, ceux du type 2 devront donc adapter leurs activités. Trajectoire des foyers du type 1 et 2 Ces familles ont souvent pu profiter de l ascendant social ou politique de leurs ancêtres. Nous avons vu dans la partie historique ( ) que lorsque le pouvoir central de Kaboul a commencé à s affirmer au Badakhshan, certaines personnes ont su tirer partie de cette nouvelle organisation politique. Ces personnes ont pu s octroyer de grandes surfaces. Aujourd hui, les descendants de ces familles possèdent encore un capital foncier supérieur à la moyenne. Il est normal de retrouver ces familles parmi les types 1 et 2. Cependant, le ratio «terre» de la plupart de ces foyers se rapproche de la limite des 1,25 jb/adulte. A la prochaine transmission, si le chef d exploitation procède à la division des terres, les nouvelles exploitations agricoles passeront sous cette limite. D autres foyers appartenant à ces types ont attendu la guerre avant de pouvoir s octroyer de nombreuses terres : certains commandants de guerre n ont pas hésité à s approprier, parfois par la force, les derniers lalmis de la vallées. Le gouvernement local a ensuite décidé de construire un nouveau réseau d irrigation qui passe justement par ces terres pluviales que venait de s approprier le dit commandant. Il existe à Baharak deux anciens commandants qui possèdent un grand capital foncier. Ce capital est si grand qu il faudra attendre deux ou trois divisions successives des terres pour que les nouvelles exploitations issues de celle d aujourd hui passent sous la limite des 1,25 jb/adulte. Type 3 : Les foyers avec contraintes de surfaces et sans contrainte de travail Ces foyers n ont pas de contrainte de travail, la main d œuvre masculine disponible peut subvenir au besoin de chaque membre du foyer et permet même de dégager un surplus. Cependant, le capital foncier pose des difficultés à ces exploitations. L histoire montre que la division et la pression foncière en sont les principales raisons. Ces foyers ne peuvent pas être autosuffisants en blé, ils doivent donc en acheter. Ils devront donc imaginer des stratégies afin de résoudre cette carence foncière. Type 4 : Les foyers avec contraintes de surface et en travail Ces foyers doivent faire face, en plus des contraintes de surface, à un déficit de main d œuvre masculine par rapport au nombre de bouches à nourrir. Ces exploitations doivent surmonter ces deux difficultés en s appuyant sur de nouvelles stratégies qui, comme nous le verrons, sont de plus en plus contraignantes au fur et à mesure que l on avance dans la typologie. Notons que le déficit de main d œuvre des exploitations du type 4b est tel que l unité de production masculine est insuffisante pour cultiver du blé. Trajectoire des foyers du type 3 et 4 La cause principale de ce déficit de main en surface est la croissance démographique dans cet espace coincé entre les montagnes. Les surfaces de ces exploitations agricoles ont diminué progressivement au cours des cinquante dernières années. Type 5 : Les foyers sans terre mais sans contrainte de travail 49

62 Ces familles ne sont pas (ou plus) propriétaires terriens. Les migrations et la décapitalisation (ultime stratégie comme nous le verrons) en sont les principales causes. Malgré le fait de n être pas propriétaire d abis, ces foyers peuvent s appuyer sur une main d œuvre masculine abondante par rapport à l unité de consommation. Ce sera là l unique atout sur lequel ils pourront s appuyer. Type 6 : Les foyers sans terre avec contraintes de travail Ces foyers, en plus d être sans terre, ont un déficit de main d œuvre masculine par rapport à l unité de consommation. Parmi ces foyers, n oublions pas les veuves, nombreuses à Baharak. Ces foyers sont les plus vulnérables de Baharak. Trajectoire des foyers du type 5 et 6 Les foyers sans terres constituent la dernière étape d une pression foncière toujours plus forte. Avec les divisions successives, certaines exploitations agricoles se retrouvent propriétaires de moins d un jerib pour nourrir toute une famille. Aujourd hui avec la pression foncière, l urbanisation que connaît Baharak et les richesses dégagées par la culture du pavot, le prix du foncier a connu cette flambée que l on connaît. Pour des raisons que nous verrons dans le chapitre suivant, les prix de vente intéressant ont décidé la plupart des tous petits propriétaires a vendre leur dernier bout de terre et à devenir donc des sans terres. D autres familles arrivées récemment à Baharak (migrations économiques, politiques) des districts voisins n ont bien souvent pas les ressources financières suffisantes pour s acheter une maison et des terres agricoles. La vente des biens du lieu d origine suffit à peine à l achat d un bout de terre à Baharak pour y faire construire sa maison. Ces récents immigrés sont rassemblés dans les nouveaux villages comme celui de Naubad Distribution Après avoir décrit rapidement les six types de foyers qui existent à Baharak, voyons maintenant quelle est la proportion de ces foyers dans la zone. Le graphique suivant se base sur les enquêtes réalisées à Baharak, plus de 80 foyers ont été questionnés. Le nombre d enquête est bien faible par rapport au nombre de personnes vivant dans le district de Baharak (plus de ). Rappelons que cette étude se base sur une analyse qualitative et non quantitative. Aussi, le graphe suivant ne peut pas représenter statistiquement Baharak. Cependant, il permet de donner une tendance de la réalité. Enfin, les quelques études quantitatives que nous disposons pourront étayer les résultats du graphique. 50

63 6,00 5,00 4,00 3,00 CF/UC 2,00 5% 20 % 12% 17% 1,00 9% 80 % 0,00 0,0 1,0 2,0 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0-1,00 45% 6% 23% UC/UPM 54% 29% 20% 80% Graphique 2 : Distribution des foyers enquêtés sur la typologie Ce graphique montre tout d abord que l immense majorité des foyers (80 %) enquêtés doivent faire face à un manque de main d œuvre masculine par rapport à leur unité de consommation. Deux éléments permettent de comprendre ces 80 % : le fait que seule la main d œuvre masculine soit considérée et le nombre élevé de naissance. Ainsi, pour 80 % des foyers, le travail de journalier ne peut pas être suffisant puisque la limite retenue pour le ratio «travail» est basée sur le travail d un journalier. Ensuite, selon les enquêtes, 30 % des foyers sont sans terres. L étude réalisée par le SMU en 2001 confirme la tendance de ce chiffre puisque nous pouvons y lire que 40 % des foyers sont sans terre (SMU, 2001, p. 58). La majorité des foyers disposent d un minimum d abis mais pas suffisamment pour pouvoir être autosuffisants en blé, nous considérerons ces foyers comme de «petites» exploitations agricoles. Ces exploitations s opposent aux «grandes», celles qui disposent d assez de surface pour dégager un surplus en blé. Ces foyers représentent moins de 20 % des enquêtes menées à Baharak. De plus, la division des terres lors de la transmission de l exploitation et/ou les 51

64 nombreuses naissances d enfants ont pour conséquences immédiates de réduire ce pourcentage. Enfin, 20 % des exploitations analysées ne possèdent pas une unité de production masculine suffisante pour cultiver seule du blé sur leur capital foncier Intérêt de la typologie Tout d abord, dans le but de mieux adapter les programmes d aides aux agriculteurs, comprendre leurs stratégies est essentiel. Évitons de proposer des solutions qui ne soient pas compatibles avec leurs stratégies. Le premier intérêt de cette typologie est de nous permettre de décrire et d analyser ces stratégies. La typologie utilisée permet non seulement d analyser les stratégies des foyers mais elle montre également la dynamique du système et permet aux éventuelles projets de développement d en tenir compte. Citons par exemple l impact de programmes sur l émancipation professionnelle des femmes : ils peuvent être plus ou moins efficaces selon le ratio «travail» et donc selon la position de l exploitation sur son cycle de vie. En effet, une exploitation sera tenter d utiliser la force de travail féminine si le ratio «travail» dépasse 3 ; ces exploitations seront donc plus réceptives aux programmes concernant les femmes. A contrario, ces programmes perdront de leur intérêt dès lors que ce ratio du foyer aidé repasse sous la barre des 3. La figure suivante illustre cette dynamique. Evolution de la structure familiale : les enfants et/ou petits-enfants peuvent travailler CF/UC 1 2 Division des terres lors de la transmission ou naissance d enfants 1,25 jb/personn 3 4 Difficulté de reconstituer le capital foncier à cause de la pression foncière : Plus de 1,25 jb/adulte : Moins de 1,25 jb/adulte : Sans terre 0 5 Evolution de la structure familiale : Naissance d enfants et/ou de petitsenfants Figure 5 : Dynamique de la typologie Beaucoup de projets ne sont pas flexibles car ils ne tiennent pas compte de l évolution spontanée de l exploitation agricole. La partie illustre parfaitement cette évolution. Il nous a semblé pertinent de se baser sur cette typologie pour l analyse du chapitre suivant UC/UPM : Ce qui ont une carence ce main d œuvre domestique masculine. Celle-ci peut avoir des difficultés à supporter l unité de consommation. : Ce qui n ont pas de carence théorique de main d œuvre domestique masculine. Celle-ci peut supporter l unité de consommation.

65 Aussi, analyser le comportement des exploitations en fonction de cette variable devrait intéresser les organismes d aides afin de mieux choisir leurs populations cibles en tenant compte de leur évolution. Etudions maintenant plus détail la dynamique de la typologie Variation du ratio «terre» Le passage en dessous de la barre des 1,25 jerib/personne peut avoir deux causes. La première est la division des facteurs de production lors de la transmission de l exploitation du chef de famille à ses héritiers ou l augmentation du nombre de bouche à nourrir par les naissances. La seconde est la vente de terre. Elle découle souvent d un grave problème financier ou d un désir de changement d activité. Dans l une comme dans l autre, le rachat des terres est difficile. A cause d une pression foncière excessive, la recapitalisation foncière pour une activité agricole est incertaine Variation du ratio «travail» La variation du ratio «travail» au sein du foyer est une évidence lorsque l on étudie le cycle de vie d une exploitation afghane. Il est vraisemblable que de nombreuses familles passent par différents stades. La naissance d enfants, l arrivée d une nouvelle femme dans le foyer (suite à un mariage) font croître rapidement le ratio. Par contre, lorsque les garçons grandissent, ils peuvent commencer à travailler. L école qui ne demande qu une demi-journée quotidienne aux élèves permet à ces enfants d aider leur père. 53

66 SYNTHESE DU CHAPITRE 2 : contexte et typologie Ce chapitre nous permet d appréhender l évolution spontanée de l agriculture à Baharak sous cette principale contrainte : il y a de plus en plus d habitants dans la vallée. Or, celle-ci est entourée de montagne et déjà quasiment toute irriguée. L hiver, trop rude, ne permet pas d augmenter le nombre de culture par an. Les paysans ont donc naturellement intensifié leur agriculture afin de diminuer les effets d une démographie de plus en plus contraignante. Dans une société où les commandants possèdent encore un ascendants politique même s il est de plus en plus contesté par le pouvoir central, les paysans s orientent vers une culture lucrative mais illégale : le pavot à opium. Même la religion qui pèse beaucoup dans l organisation de la société à Baharak (le travail des femmes est mal accepté, les terres sont divisées à chaque héritage ) n a pas pu ralentir cette explosion du pavot. Afin d analyser les stratégies des agriculteurs, il a fallu simplifier la réalité. Une typologie fut donc élaborée en fonction de deux facteurs discriminants (la situation géographique n a pu être analysée à cause des problèmes de sécurité) : le capital foncier par rapport à l unité de consommation et cette unité de consommation par rapport à l unité de production masculine. Cette typologie permet de mettre en évidence la diversité des exploitations : celles qui sont autosuffisantes en blé, celles qui ne le sont pas et les sans terres d une part et, d autre part, les exploitations qui doivent faire face à un manque de main d œuvre masculine par rapport à l unité de consommation. Outre la diversité, cette typologie souligne la dynamique propre à chaque exploitation via l évolution de l unité de consommation et de l unité de production dans le temps selon le cycle de vie de l exploitation. 54

67 3 SYSTEMES D ACTIVITE : L AGRICULTURE NE SUFFIT PLUS AUX PAYSANS Le contexte analysé et la typologie établie, nous allons désormais décrire et tenter de comprendre les stratégies des différents foyers. Nous avons séparé les activités des foyers en deux grands groupes : celles qui sont agricoles dans une première partie, interne à l exploitation agricole et celles qui ne le sont pas dans une seconde partie. 3.1 DU BLE, QUELQUES LEGUMES, PEU D ANIMAUX ET DU PAVOT Il s agit ici de décrire les différentes activités agricoles recensées à Baharak. Autrement dit, nous allons étudier les principaux systèmes de production de la zone. Pour cela, nous commencerons par analyser les systèmes de culture, puis d élevage et enfin de transformation. D autre part, nous étudierons la distribution de ces systèmes dans la typologie élaborée précédemment Les systèmes de culture Les différentes cultures de la région Pour le paysan de Baharak, il y a trois types de culture, celles semées en automne, celles semées au printemps et celles semées en été. Le tableau suivant reprend ce classement. Cultures d automne Blé d hiver, pavot à opium Cultures de printemps Légumes, orge, patic (légumineuse locale), trèfle persan, luzerne, pavot à opium, blé de printemps, maïs, moutarde Culture d été Trèfle, melon d eau, maïs Tableau 1 : Liste des plantes cultivée dans la région de Baharak Au Badakhshan, l alimentation est basée sur le blé. Cette céréale est utilisée pour produire le pain afghan : le nan qui peut être également traduit par repas. Cette double traduction indique l importance du pain dans la cuisine afghane. Le pain est consommé au cours des trois repas journaliers. L immense majorité des rotations est composée de cette céréale. Selon les besoins, les sols ou encore les prix, le blé est suivi, l année suivante, de : Légumes Pavot à opium Culture fourragère (patic 22, trèfle, luzerne) Orge Moutarde Maïs (rare) Jachère d un an (très rare) 22 Le patic est une légumineuse à pois utilisée pour l alimentation animale. Les habitants de Baharak ne consomment que très rarement les pois. 55

68 De nombreuses rotations existent donc. Sur ces terres irriguées, une jachère peut s intercaler sur chaque rotation. De plus, une même année, l orge peut être suivi d une seconde culture comme du maïs ou des melons d eau (culture d été). Enfin, le trèfle peut être également semé dans le blé et récolté la même année. Quelques agriculteurs peuvent intercaler dans ces différentes rotations une luzerne qui dure près de 6 ans. Enfin, le pavot à opium peut venir remplacer toutes les cultures. Comme nous le verrons plus loin, sa présence est due à de nombreux facteurs. Deux rotations supplémentaires apparaissent donc : pavot à opium/culture d été et pavot à opium//cultures de printemps ou d autome Sur les terres pluviales (lalmi), le blé, l orge et le pavot sont les seules cultures qui existent actuellement. Chaque culture alterne avec une jachère d un an. Trois rotations existent sur ces terres : Blé//jachère Orge//jachère Pavot//jachère L annexe 9 nous montre en détail chaque culture, ses caractéristiques, ses itinéraires techniques, ses rendements et ses utilisations Les différents systèmes de culture Une multitude de rotations (et donc de systèmes de culture) sont envisageables dans la zone et sont effectivement utilisées. Nous ne retiendrons que les principales et les plus intéressantes à la compréhension de l agriculture. Les principaux systèmes de culture (SC) sont : Sur lalmi 1. Blé//jachère 2. Orge//jachère 3. Pavot//jachère Sur abi 1. Blé//luzerne (6) 2. Blé//cultures de printemps//jachères 3. Blé//cultures de printemps (sans légumes) 4. Blé//culture de printemps 5. Blé//culture de printemps//blé//orge/culture d été 6. Culture de printemps En faisant abstraction des lalmis, six types de SC existent sur abi. Si les surfaces de l exploitation sont importantes, les SC 1 et 2 seront favorisés. Sur des surfaces plus réduites, les SC 2 et 3 sont majoritaires. Enfin, sur des surfaces très faibles, ce sont les SC 4, 5 et 6 qui dominent. Plus la surface fait défaut, plus les paysans cherchent à accroître la productivité de leur terre comme nous le verrons par la suite. Les cinq principales cultures de printemps sont, par ordre d importance en surface : 56

69 1. Légumes, trèfle perse, patic, 2. orge 3. Moutarde L importance du pavot à opium varie trop pour pouvoir être classé. Sachons que l année dernière, c était la culture la plus importante, cette année elle occupe moins de surface que la moutarde. Notons qu un pavot semé en automne permet un semis de trèfles ou de melons d eau juste après sa récolte en juin, juillet. Les cultures d été se résument au trèfle et au melon d eau, le maïs rarement. Un dernier SC sur abi est pratiqué par quelques agriculteurs, il s agit des «kitchen gardens». Ces jardins, souvent dans l antre de la maison, peuvent atteindre des surfaces équivalentes à 0,1 voire 1 jerib. Seuls les légumes et quelques fruitiers y sont cultivés. Le tableau suivant reprend les principaux SC observés dans la zone. Systèmes de culture Remarques éventuelles 1 Blé // luzerne (6 ans) (ABI) Rare, la parcelle étant mobilisé pour 6 ans sans production de blé 2 Blé // culture de printemps // jachère (avec les cinq cultures de printemps principales) (ABI) Classique car la jachère étant un moyen fiable de reproduire la fertilité (mais de moins en moins utilisée) 3 Blé // culture de printemps (sauf légumes) (ABI) Un SC intermédiaire entre le 2 et 4. Assez répandu si le facteur de production travail est limité 4 Blé // culture de printemps (ABI) Le SC le plus répandu 5 Blé // orge / culture d été // blé // culture de printemps (ABI) SC assez récent, il semble être adopté de plus en plus par les paysans 6 Pomme de terre // oignons (ABI) Rare en champs, présents dans les jardins 7 Blé // pavot (ABI) Ce SC varie selon les années 8 Pavot d automne/trèfles (ABI) 9 Pavot // jachère (LALMI) 10 Blé // jachère (LALMI) Rare dans les villages de la vallée 11 Orge // jachère (LALMI) Rare dans les villages de la vallée Tableau 2 : Les systèmes de culture dans la zone de Baharak Lorsque les systèmes de culture possèdent une culture de printemps (sauf pavot), la culture de printemps change à chaque fois qu elle revient dans la rotation. Par exemple, le SC 4 sera : blé//légume//blé//orge//blé//trèfle//blé//patic. Ce SC de culture 57

70 s étale donc sur huit ans et sera étudié tel quel, notamment lors de l évaluation économique. Il en sera de même pour le SC 2 qui s étale donc théoriquement sur 12 ans et pour le SC 3 qui s étale sur 6 ans Evaluation économique Avant d étudier techniquement les systèmes de culture, procédons à l analyse économique en étudiant leurs valeurs ajoutées brutes 23. L annexe 10 reprend sous forme de graphe les caractéristiques économiques de chaque culture décrites plus haut. La richesse produite par 1 jerib Une première analyse économique consiste à calculer ce que permet de dégager chaque système de culture par unité de surface, ici le jerib. Le graphique suivant reprend les VAB/jb pour chaque système de culture. Afghs/jb VAB/jb VAB/jb (Mauvaise année) VAB/jb (bonne année) SC Graphique 3 : Les VAB/jb des systèmes de culture Les SC 1, 2 et 3 permettent de dégager 5000 afghs par jerib travaillé. Il s agit de SC peu exigeant en temps ; les coûts de production sont également faibles. Basé majoritairement sur la luzerne, le SC 1 permet, les mauvaises années agricoles fatales au blé, d assurer un minimum intéressant par rapport aux autres SC. Les SC 4 et 5 incluent les légumes voire une culture d été (SC 5) sans jachère (SC 2), la productivité de la terre est plus forte, cependant, les coûts et le travail le sont également. Le SC 6 (légumes) permet d optimiser légalement la productivité de la terre dans la zone d étude, il s agit d un SC maraîcher. Les SC 7, 8 et 9 sont basés sur le pavot à opium. Ces SC particuliers car illégaux sont ceux qui permettent de dégager le plus de richesse par jerib respectivement pour les abis (SC 7 et 8) et pour les lalmis (SC 9). Le SC 8 permet de dégager beaucoup de richesse par jerib grâce à une seconde culture dans la même année, dans l exemple, du trèfle. Par contre, les variations peuvent être importantes à cause de l extrême élasticité des prix 24 et du rendement. Les SC 9 et 10 et 11 sont exclusivement sur lalmi, les faibles rendements limitent la productivité de la terre. 23 VAB : il s agit du revenu que permettra la vente de la production en retranchant les coûts de production (semences, engrais, battage, moulin, ouvriers journaliers). 24 Ici, les prix de vente varient de 100 à 200 $ US le kilogramme (soit entre et afghs/kg). Cette année 2005, il semble que les prix soit plus proche de 100 que de

71 Les SC 6, 7, 8 permettent de dégager le plus de richesse par unité de surface. Il est clair que ces SC représentent une solution au manque de terre pour de nombreuses familles, ce qu indique la typologie (cf ). La richesse produite par une journée de travail (Hj) On l a vite compris, le pavot à opium permet des gains considérables si les prix sont favorables. Dans l annexe 9 sur des différents itinéraires techniques, il apparaît clairement que le pavot fait partie des cultures qui requièrent le plus de travail. Si on ramène les gains que permettent d engendrer les différents SC par unité de temps de travail, ici l Hj, il est fort probable que le pavot soit moins performant économiquement. Le graphique suivant permet de comparer les différentes VAB/Hj VAB/HJ VAB/Hj (Mauvaise année) VAB/Hj (bonne année) Afghs/Hj SC Graphique 4 : Les VAB/Hj des systèmes de culture Les différences entre les SC sont moindres car les SC qui permettaient de dégager beaucoup de bénéfices par unité de surface sont aussi ceux qui demandent le plus de travail. Seul le SC 8 se démarque grâce à la seconde culture annuelle, en l occurrence le trèfle. Mais la présence de ce SC est très variable. Les SC 1, 3, 4, 5 et 7 permettent de dégager entre 400 et 500 afghs par journée travaillée. Il s agit des SC avec de la luzerne (SC 1), avec du blé et des cultures de printemps (3, 4 et 5), et des SC avec du pavot (SC 7 et 8) le tout sur abi. Notons que si le SC 1 et le SC 8 permettent de produire la même richesse par journée travaillée (4 à 500 afghs), le SC 8 demande plus de 120 jours tandis que le SC 1 juste 15. Il est difficile de ne pas relever l intérêt du SC 8 dans un contexte comme celui de Baharak où le salaire minimum est de 200 afghs par jour Evaluation technique Reproduction de la fertilité Afin de reproduire la fertilité des sols, les paysans de la zone disposent de plusieurs techniques. La première est l apport de fumier sur leurs parcelles. Malheureusement, avec l augmentation de la population, et donc des cultures céréalières au dépend des cultures fourragères, la quantité d animaux par foyer a diminué, et naturellement la quantité de fumier également. Cette diminution de fumier a été aggravée par une augmentation de l utilisation domestique de ce fumier (moins de bois comme combustible ). Les fumiers de moutons ou de chèvres sont préférés pour la 59

72 confection de tchapaks, ces disques de fumier qui sont utilisés comme combustibles. Les déjections de ces animaux auraient des vertus pour la combustion que ne posséderaient pas celles de bovins. Aujourd hui, les agriculteurs achètent peu de fumier comme engrais. Les transactions concernent surtout l achat comme combustibles. 50 kg coûte près de 110 afghs. 2-3 jours suffisent à utiliser ces 50 kg. C est un coup évidemment très important pour les ménages ; les enfants sont donc largement réquisitionnés pour collecter les quelques déjections animales sur les chemins de sorte que c est dernier sont très souvent indemne de toute «trace» d élevage. C est pourquoi la fumure organique représente un coût élevé pour l agriculture : pour la culture du blé il faudrait 2 tonnes de fumier par jerib (Memento de l agronome, 2002, p. 779) ce qui représente plus de afghs soit pratiquement le produit de la récolte. Pour remédier à ce problème de coût, les paysans utilisent les qualités des plantes légumineuses qui captent l azote via les bactéries Rhizobium. Le trèfle perse, la luzerne et le patic sont largement utilisés dans la zone. Une jachère d un an peut être également utilisée si les paysans juge la parcelle trop «faible». Cependant, la pression foncière ayant atteint un seuil tel que la jachère devient un luxe que peuvent se permettre uniquement les grands propriétaires. Enfin, on peut se demander quel est l impact d une jachère d un an sur la reproduction de la fertilité. L emploie d engrais de synthèse afin de reproduire la fertilité est désormais généralisé dans la zone d étude. Les engrais chimiques utilisés dans la zone sont le DAP et l urée. Aucun engrais pourvu de potassium n est curieusement utilisé. Il semble que la composition géologique de l Afghanistan permette cette impasse. Là encore les coûts sont importants. Les agriculteurs utilisent les engrais chimique avec parcimonie. Même s ils sont très demandeurs d engrais auprès des ONG, il n y a, actuellement aucun abus dans les apports. Aujourd hui, l agriculteur apporte de la fumure organique l année des cultures de printemps (complété par un peu d engrais minéral s il s agit de trèfle, luzerne, pavot à opium et légumes) et des engrais minéraux l année des cultures d automne. Cette reproduction est incomplète. L apport en oligo-élément, même en tenant compte des cendres domestiques reste insuffisant. De plus le déficit d apport organique est un danger pour la fertilité de ces sols. Le risque de dégradation structurel semble bien réel. Les SC sans légumineuse (6, 7 et 8) est le plus sensibles à ce problème. L augmentation de ces SC risque de compromettre la fertilité des sols si aucune alternative n est proposée. Le SC 1 et 2 sont de moins en moins utilisés par les agriculteurs à cause de la pression foncière. En effet, la terre devenant un facteur de production rare, il est logique que les paysans cherchent à la maximiser en éliminant la luzerne et la jachère jugées trop improductives. La quantité de travail Dans un contexte où le statut professionnel de la femme est ambigu, il nous a semblé nécessaire de discuter de ce facteur de production. Le graphique suivant nous montre les différences entre les SC. 60

73 150 Hj/Jb SC Graphique 5 : Temps de travaux des SC (Hj/jerib) Les systèmes de cultures 6, 7, 8 et 9 demandent beaucoup de travail. Ce sont aussi ces SC qui permettent de produire le plus de richesse par unité de surface (cf ). Les familles qui possèdent de moins de terre et qui sont donc attirées par ces SC doivent pouvoir fournir le travail suffisant. Ces agriculteurs devront donc s appuyer sur une main d œuvre suffisante. Malheureusement, le paragraphe nous montre que 20 % foyers enquêtés ont un déficit de main d œuvre masculine rien que pour les SC basés sur le blé. Aussi, les chefs de famille devront soit engager des ouvriers agricoles, soit utiliser la main d œuvre féminine du foyer. L augmentation de ces SC dans la zone s accompagne inévitablement d un accroissement de la demande en travail. Cet accroissement induit une augmentation des salaires sur la zone. Les plus vulnérables auront des difficultés à faire face à cette augmentation et seront donc tenter d avoir recours à la main d œuvre féminine. Les paragraphes sur l Histoire nous ont montré qu à une époque, l élevage jouait un rôle central. Aujourd hui, l élevage continuent de jouer un rôle, peut être avec une part moins forte qu avant dans l économie. Qu en est-il exactement, comment fonctionne l élevage à Baharak, quels sont les systèmes d élevage? L élevage, lait, viande, fumier et force de travail Il existe huit types d animaux différents dans la zone d études : les bovins pour le lait et la viande, les bovins pour la force de travail, les caprins, les ovins, les ânes, les chevaux, la volaille et les abeilles. Etudions tout d abord ce que les mammifères ont en commun : la transhumance et l alimentation L espace, un premier facteur limitant On distingue deux périodes essentielles dans la menée du troupeau : la transhumance d avril à octobre et l hivernage d octobre à mai. L indispensable transhumance Les petits ruminants, les bovins et les équins migrent donc pendant les 6 ou 7 mois les plus chauds de l année lorsque les neiges ne recouvrent pas ces alpages. Tous ne quittent pas la vallée, notamment quelques équins toujours utiles au transport, quelques caprins et bovins pour le lait et quelques bœufs pour l arairage. Photo 4 : Les ailoqs des Shewas (pâturages d altitude) (juillet 2005) 61

74 Utiliser des pâturages d altitude : une nécessité, des conflits. Les éleveurs du district de Baharak utilisent les ailoqs, les pâturages d altitude qu illustre la photo précédente. Les plus proche de Baharak sont appelés les Shewas, ils sont situés à une journée de marche. Là-haut, chaque village de la vallée possède un espace. Ils doivent côtoyer les Shewachis, ces habitants permanents et les Kuchis, ces pachtounes semi-nomades qui sont étrangers au Badakhshan et qui ont reçu des droits d usage au cours de la Pachtounisation. Ces trois populations doivent coexister sous le contrôle du gouverneur de Baharak. Les paysans de Baharak nous affirment que cette cohabitation n est pas toujours facile, notamment avec les Kuchis. Malheureusement, pour des raisons déjà indiquées, nous n avons pas pu étudier le fonctionnement de ces ailoqs. Seul le document de PATTERSON (2004) explique les relations entre les acteurs des Shewas et confirme l existence de conflits. Les paysans de Baharak confirment les observations de PATTERSON (2004, p. 7) : au cours de la première moitié du siècle dernier, ces pâturages sont devenus privés, document nominatif officiel à l appui. Les habitants de l époque ont reçu ces titres de propriété. Nous avons vu dans la partie historique que les habitants d un village descendent d un, deux ou trois ancêtres. Aujourd hui, chacun a le droit de revendiquer ce document. Dans la pratique, chaque village possède au moins un titre de propriété, que garde le namaïnda, le maire. Tout habitant du village peut donc utiliser le document. Le fait d habiter un village donne le droit d accès aux pâturages. Les villages les plus récents comme Naubad n ont pas de titre de propriété et n ont donc aucun accès aux Shewas. Sans accès aux ailoqs pas ou peu d élevage : rares sont les habitants de Naubad qui possèdent des animaux. En effet, il est difficile de nourrir les animaux dans la vallée de Baharak. La partie historique nous permet de comprendre que les espaces utile à l élevage (prairies de fauche, pâturages, fourrages) ont disparu ou sont en train de régresser. L augmentation des cultures pour la consommation humaine tout d abord, puis les cultures de rentes (pavot) et enfin l urbanisation sont responsables de la diminution de l élevage à Baharak. Les paysans qui ne peuvent pas faire migrer leurs animaux dans les Shewas doivent leur procurer une nourriture difficile à trouver dans la vallée. Ils ne peuvent donc développer un élevage important et souvent, ces paysans ne possèdent pas plus d une vache ou deux chèvres. Le coût important de la transhumance Les paysans qui peuvent utiliser ces pâturages font transhumer leurs caprins, ovins, bovins et équins. Pour surveiller ces derniers, deux solutions s offrent aux éleveurs : envoyer quelqu un de la famille ou employer un garde dont le salaire varie entre 300 et 500 afghs par vache ou par cheval pour la saison entière (deux fois moins cher pour un petit ruminant). Le garde s octroie également le lait et le fumier produit par les animaux. Si c est un membre de la famille qui participe à la transhumance, cette personne collectera le lait, le fumier (qu elle transformera en tchapak) et souvent un peu de fourrages. Ces trois produits seront redescendus l hiver. Trois raisons peuvent retenir les animaux dans la vallée : pas de titre de propriété dans les ailoqs, un besoin de lait et un besoin de force de travail (transport, labour). Ces animaux, peu nombreux, sont nourris sur les chemins, bords de champs, vaine pâture, coupe des quelques herbes de la vallée Ils sont gardés le plus souvent par les enfants. Seuls les ânes, bœufs, vaches et chèvres peuvent être gardés. Les autres n ont aucun intérêt pour le travail ou le lait. 62

75 L hiver, le parcage est difficile «Il n y a plus de place». Cette citation revient sans cesse à la question : «Pourquoi les paysans ont moins d animaux qu avant?». La place pour parquer les animaux l hiver est donc un des premiers facteurs limitant l élevage à Baharak. Il existe deux moments pour la redescente. La première fin septembre, début octobre concerne les mâles : ceux qui vont être vendus et ceux utilisés pour travailler (transport et labour). Puis, fin octobre, début novembre, le reste des animaux redescendent (les femelles et leurs petits). L hiver dure 5 mois, il faut pouvoir parquer les animaux et les nourrir. Pratiquement toute la vallée est aujourd hui recouverte d abi. Or, dans la partie sur les cultures, nous avons vu que l immense majorité des systèmes de culture est composée d une année de blé d hiver et l année suivante d une culture de printemps. Près de 50 % des terres sont donc ensemencées en blé d hiver au moment de la redescente des animaux. Il n existe aucune gestion communautaire de l assolement si bien qu il n est pas envisageable de parquer les animaux sur les abis dont le morcellement est trop fort. De plus, les quatan, ces parcs à animaux pour l hiver ont largement été largement amputés par ces abis et l urbanisation. Aujourd hui, il y a peu de place pour parquer les troupeaux. La plupart des «gros» éleveurs ne possèdent pas plus d une vingtaine de petits ruminants et rares sont ceux qui ont plus de 7 ou 8 bovins. Ces animaux sont installés dans des étables dans l enceinte des habitations. Ces «rares» éleveurs ont donc une étable suffisamment grande, étable que la plupart des paysans ne peuvent avoir aujourd hui : le coût d un terrain étant exorbitant. La majorité des paysans possèdent donc quelques petits ruminants (une demi-douzaine), une ou deux vaches et quelques fois une paire de bœufs. Il existe quelques éleveurs qui ont des dizaines d animaux voire des centaines. Ces exceptions possèdent encore des quatans suffisamment grands pour parquer leurs grands troupeaux. Toutefois, ces éleveurs deviennent de plus en plus rares L alimentation hivernale, un second facteur limitant On l a vu, il faut donc de l espace pour les animaux, été comme hiver. Mais même avec cet espace, faut-il encore pouvoir nourrir ses animaux l hiver, époque où le climat ne permet aucun pâturage. Trèfle, luzerne, patic, paille, coupe d herbe d altitude, voilà les principaux fourrages consommés l hiver. Malheureusement, les trois premiers sont en nette régression devant les cultures destinées à la consommation humaine (blé, légumes) ou à la vente (pavot). Les éleveurs s appuient donc de plus en plus sur la paille des céréales. Malheureusement, cette dernière est peu appétente surtout depuis l utilisation massive des batteuses pakistanaise qui broient la paille. La coupe d herbe dans la vallée a disparu (abi, habitations) depuis de nombreuses années, les éleveurs se rabattent donc tous sur celle des montagnes qui subit donc une pression de plus en plus forte. Il y a de plus en plus de monde dans la vallée, les ressources fourragères spontanées sont fixes, aussi le nombre d animaux par habitant diminue. Il devient donc très difficile de nourrir les animaux l hiver. L importation de fourrages dans la vallée coûte cher. Le prix du transport est trop onéreux pour les agriculteurs qui ne possèdent que quelques animaux. Aucune association d éleveur n existe pour limiter ces coûts. Seuls les grands propriétaires peuvent produire suffisamment de fourrage pour nourrir un troupeau conséquent. Mais selon la distribution sur la typologie des foyers enquêtés ces paysans sont peu nombreux. Enfin, 63

76 certains d entre eux peuvent se permettre d importer des fourrages car plus ces importations sont importantes, plus le coût du transport diminue. L annexe 11 reprend les caractéristiques des élevages rencontrés sur la zone Systèmes d élevage, intérêts et problèmes Des systèmes d élevages nombreux Il existe de nombreux systèmes d élevage si on en respecte la définition (annexe 5). Il ne s agit pas ici d en décrire le fonctionnement mais juste de les citer : Les «petits» systèmes d élevage : Ces SE ne requièrent pas des quantités de fourrages trop importantes et des quatans pour le parcage hivernal. o SE bœufs de labour (2 ou 3 unités) o SE vaches laitières (d une à huit vaches) o SE ovins (moins d une vingtaine de moutons) o SE caprins (moins d une vingtaine de chèvres) o SE ânes (une à trois unités) o SE cheval (une seule unité) o SE volaille Les «gros» systèmes d élevage : Ces SE demandent de posséder des quatans pour le parcage hivernal et de fournir des quantités importantes des fourrages o SE vaches laitières (plus de huit vaches) o SE ovins (plus de 20 brebis) o SE caprins (plus de 20 chèvres) o SE chevaux (plus d une unité, extrêmement rare à Baharak) La viande : Intérêts de l élevage à Baharak L élevage permet aux habitants de consommer de la viande. Cet apport protéique animal est important dans l Islam. Lors de l Aïd al-adha, sacrifier un animal fait parti de la fête. Chaque famille se doit, religieusement et socialement, de tuer un animal, le plus souvent un agneau. Le lait et ses dérivés : Les produits laitiers représentent une part non négligeable dans l alimentation des habitants de Baharak. Le krout, un fromage, est également un moyen de conserver les éventuels surplus laitiers propres aux grands élevages. Enfin, ces produits laitiers, notamment le moss et le tchapak permettent une activité commerciale à Shar-é-nau. Le transport : 64

77 Le transport est un intérêt majeur de l élevage à Baharak. Les chevaux et surtout les ânes sont indispensables à de nombreuses familles d agriculteurs pour le transport de récoltes, de semences, d engrais ou de bois entre les champs, la maison, le bazar et les pâturages. De plus, les femmes et les personnes âgées trouvent avec ces animaux un moyens de locomotion économique. Le labour : Le labour, indispensable selon les paysans de Baharak, n existe que grâce aux bœufs. Car même si de vieux tracteurs russes sont visibles ici ou là, aucune motorisation de cette opération n existe à Baharak. Les surfaces, trop petites, ne permettent pas un amortissement réaliste. Le fumier : L agriculture peut être considérée comme une relation directe entre l homme, la plante et l animal. Ce dernier permet de produire un engrais organique utile à la plante. Une partie des déjections animales servent à constituer du fumier pour reproduire la fertilité des parcelles irriguées. Les combustibles : En plus d engrais organique, les déjections animales servent comme combustibles. Le district de Baharak ne peut fournir durablement assez de bois pour ses nombreux habitants : l interdiction de couper du bois vert ailleurs que chez soi témoigne de la fragilité de l écosystème. Les habitants utilisent donc massivement les déjections animales comme combustibles pour la cuisine et par extension pour le chauffage pendant l hiver. La peau et la laine : Les peaux ne sont pas, comme la laine de moutons, des produits très intéressants pour les éleveurs, les prix n induisent qu un faible intérêt économique. Il faut cependant être conscient de l utilisation de ces produits. Générer de l argent : Enfin, outre se nourrir, se déplacer, transporter, produire de l engrais et des combustibles, l élevage permet de générer un agent de plus en plus indispensable à la société de Baharak. L intérêt des nouveaux biens de consommation disponible au bazar de Shar-é-nau oblige les habitants du district à posséder de l argent. L élevage est un moyen de gagner cet argent par la vente de produits (viande, lait, animaux sur pieds, miel) ou sous produits (issu du lait, peau). Cependant, tout le monde ne peut dégager un surplus de ces produits, les élevages étant souvent trop limités. Ce sont donc les «gros» systèmes d élevage qui profitent le plus de cet intérêt financier. Capitaliser : Enfin, l élevage est bien souvent le seul moyen pour les agriculteurs de capitaliser. Les ruminants, notamment les petits ruminants (caprins et ovins) car moins chers à acheter, sont considérés comme de l épargne sur pieds. Les agriculteurs en 65

78 achètent lorsque leur trésorerie le permet et peuvent les revendre quand ils en ont besoins. Problèmes liés à l élevage à Baharak Problème de bœufs de labour La guerre et la sécheresse ont été responsable de la vente (ou de la mort) de nombreux bœufs de labour. Aujourd hui, beaucoup de paysans ne disposent pas de cette force de travail et doivent en louer aux voisins, familles, amis. Cette carence augmente la demande de location et mis à part les rares chanceux qui bénéficient de la bonté de quelques-uns (prêt gratuit), la plupart doivent payer 500 afghs par journée de travail. Ce prix limite souvent la location et quelques paysans préfèrent louer leur terre à d autres et faire un autre métier plutôt que de louer des bœufs. Problème de fertilité Une partie des déjections animales sont destinées à la combustion domestique. La plupart des agriculteurs ne peuvent pas apporter du fumier sur leurs parcelles tous les ans. Liz WILY (2003, p. 18) observe les mêmes difficultés. Il s agit là d un problème majeur dans l agriculture afghane. Ce problème dangereux pour la fertilité de la terre n est pas visible actuellement et ne sanctionnera pas les agriculteurs d aujourd hui. Toutefois, les carences occasionnées à moyen ou long terme pénaliseront les paysans de demain. L élevage d aujourd hui ne peut assurer correctement la reproduction de la fertilité, il s agit du problème le plus sournois lié à l élevage. Problème de maladie (eau, bâtiment) Les maladies causent près de 25 % de mortalité au sein de l élevage afghan. Les programmes de vaccination intensifs mis en place par de nombreuses ONG dont Afghanaid témoignent de l urgence. Le traitement curatif du problème n éliminera pas la cause. Ici, il s agit du bâtiment et de l eau. Ces deux éléments favorisent la prolifération et le développement souvent mortel de maladies. Problème de place La place, on l a dit, est un des inconvénients principales de Baharak pour l élevage : où parquer les animaux l hiver? Traditionnellement, les animaux sont parqués dans les quatan ou dans l enceinte des habitations. L avantage du premier sur le second est de disposer d un espace suffisamment grand pour élever de nombreux animaux (aboutissant aux «gros» systèmes d élevage). Problème de nourriture l hiver Outre la place, l alimentation pendant l hiver pose un véritable problème aux éleveurs. Les terres de la vallée sont beaucoup moins destinées à l élevage que par le passé. Il en résulte une diminution du potentiel fourrager par éleveur. La plupart de ces derniers ont donc de grandes difficultés à nourrir de nombreux animaux l hiver et doivent donc se contenter des «petits» systèmes d élevage. 66

79 3.1.3 Les systèmes de transformation Produit Qui Remarques éventuelles Lait Moss (yaourt), tchaka (sorte de fromage blanc), maska (beurre), krout (fromage) Les femmes et les enfants Peau et laine La peau des veaux peut servir à faire une baratte. La laine peut servir à fabriquer des tapis, fonte pour ânes et chevaux. Les femmes et les enfants Blé Farine, pain Les hommes pour la farine, les femmes pour le pain Le blé est transformée uniquement dans les moulins à eau ou électriques Oléagineux (moutarde, pavot) Huile, tourteaux, savon Les hommes pour l huile et les tourteaux, les femmes pour les savons Les graines d oléagineux sont transformées uniquement dans les moulins à eau ou électriques. La production de savon est exceptionnelle. Légumes Poudre de tomate Les femmes et les enfants Fruits Abricots secs Les femmes et les enfants Seules les tomates sont transformées en poudre. Seuls les abricots sont séchés. Tableau 3 : Les systèmes de transformation Le tableau 3 résume les principaux systèmes de transformation qui ont été recensés sur la zone. La plupart des produits sont destinés à la consommation du foyer. Seuls les produits laitiers, la poudre de tomate et les abricots secs peuvent être vendus. Ces produits ont une intéressante valeur ajoutée et n entrent pas avec autant d intérêt que la farine ou l huile dans le régime alimentaire de base des habitants de Baharak. Si ces produits ne sont pas vendus, ils seront bien souvent proposés aux éventuels invités du foyer Les systèmes de production Un système de production (SP) est une combinaison entre systèmes de culture, d élevage et de transformation. Nous allons étudier dans les paragraphes suivants les principaux SP de la vallée de Baharak. Après les avoir décrit, nous regarderons à quel(s) catégories(s) de foyer ils s apparentent et pourquoi. Enfin, nous analyserons les différentes contraintes de chacun de ces SP Description des systèmes de production Il existe une multitude de systèmes de production (SP) dans la vallée de Baharak. Pour plus de clarté, nous allons rassembler les SP dans quatre grands groupes. Il s agit donc d une simplification de la réalité, simplification nécessaire pour une compréhension globale des dynamiques agraires de la zone. Le tableau suivant indique les différents systèmes de production qui existent dans la zone d étude. Nous entendrons par grands propriétaires les exploitations qui possèdent plus de 1,25 jb/adulte tandis que les petits propriétaires sont ceux qui en possèdent moins de 1,25. 67

80 Système de production Caractéristiques générales Type(s) concernés 1 Les grands propriétaires (peu nombreux) Des SC peu exigeant en temps (1, 3, 4 majoritaires). Un élevage souvent important, ils profitent d une large production de fourrage 1 et 2 2 Les petits propriétaires qui vivent d une agriculture légale : un SP qui maximise la productivité de la terre (des coûts importants) (présence moyenne) Des SC exigeant en temps et en intrants (4, 5 et 6 majoritaires). Des élevages souvent limités à cause d une production en fourrages faibles 3, 4a et 5 (voire 4b et 6 avec le travail des femmes) 3 Les petits propriétaires qui souhaitent maximiser leur facteur de production «terre» grâce au pavot à opium (leur nombre varie fortement une année sur l autre) Des SC très exigeant en temps (7 et 8 majoritaires) Des élevages souvent limités à cause d une production en fourrages faibles 3, 4, 5 et 6 (voire 1 et 2) 4 Les petits propriétaires qui veulent se dégager du temps libre pour une double activité, un SP peu exigeant en travail (nombreux) Des SC peu exigeant en temps et en intrants (SC 3, 4 majoritaires). Un élevage moyen voire faible. 3, 4 et 5 Tableau 4 : Les systèmes de production dans la vallée de Baharak Le SP 1 «grands propriétaires» Le SP 1 caractérise des exploitations agricoles qui ont une surface cultivable conséquente. En reprenant la typologie, il s agit des type 1 et 2, ces foyers qui disposent de plus de 1,25 jb/adulte et qui peuvent dégager un surplus de céréales. Ces paysans ont donc beaucoup de surface et jugent nécessaire d y consacrer la majeure partie à des cultures peu exigeante en temps. En effet, le facteur limitant de ces exploitations agricoles est le travail. C est le plus rare des facteurs de production, il s agit donc d en maximiser la productivité. Pour cela, il faut choisir des activités qui permettent de produire beaucoup de richesse par unité de temps (ici l homme-jour). Lorsque l on reprend le tableau VAB/Hj (cf ) et le tableau sur les quantités de travail par jerib (cf ) des SC pratiqués sur la zone, on s aperçoit que les SC aux meilleurs compromis sont les SC 1, 3 et 4, ces SC basés sur le blé sans cultures exigeantes en temps (cultures d été, légumes). Il est donc tout à fait logique que les grandes exploitations orientent leur production agricole sur le blé : cela leur permet de maximiser leur travail qui est limitant et de pouvoir travailler toute leurs terres (ou presque). Ces SC possèdent deux autres intérêts qu ils nécessaires de citer pour comprendre ces stratégies. Tout d abord, ce sont ces SC qui permettent de produire le plus de 68

81 fourrages. Ces stratégies permettent donc subvenir aux besoins alimentaires d un élevage conséquent. La plupart de ces exploitations possèdent de nombreux animaux. Leur foncier et leurs stratégies autorisent respectivement un parcage l hiver et une alimentation suffisante. Le dernier intérêt pour ces stratégies basées sur le blé dépend de l orientation du développement choisi par le gouvernement et par les ONG. Ces dernières disposent de nombreux programmes d amélioration du rendement du blé. Ces programmes, basés sur la diffusion de nouvelles variétés, favorisent ces exploitations aux stratégies céréalières. Les trois systèmes de production suivant concernent les exploitations agricoles qui n ont pas assez de terre pour être autosuffisant en blé. Trois stratégies différentes existent plus une facultative transversale aux trois : le métayage. Le SP 2 «petits propriétaires, cultures intensives» Afin de résoudre le problème de surface, certains paysans ont décidé d augmenter la productivité de la terre en remplaçant les SC basé sur le blé par d autre. Ces agriculteurs souhaitent rester dans la légalité et se refusent à cultiver du pavot à opium comme ceux du SP suivant 25. Le tableau du paragraphe nous permet de comprendre les systèmes de culture sans pavot à opium qui maximisent la productivité de la terre. Il s agit des SC 4, 5 et 6. Ces SC sont les seuls qui permettent de palier la carence foncière sans se compromettre devant la loi. Cependant, nous avons vu que ces systèmes de culture requièrent de nombreuse journée de travail (cf ), notamment le SC 6. Pratiquer ces SC oblige une main d œuvre conséquente. Or, celle-ci est chère, à cause notamment de l augmentation de la demande de travail due à la culture du pavot à opium. Ce SP concernera les foyers 3, 4, 5 et 6 de notre typologie, c est-à-dire ceux qui ont un manque de terre. Toutefois, la main d œuvre requise pour ces SC combiné aux gains trop faibles par rapport aux salaires nous ferons conclurent inévitablement que ce SP concerne les foyers disposant d une main d œuvre suffisante, c est-à-dire les type 3 et 5. Pour faire face au problème de main d œuvre, les exploitations peuvent avoir recours au travail des femmes. Mais cette pratique n est pas reconnue socialement et est donc encore peu développé. Les exploitations du type 4b et 6 auraient pourtant intérêt à utiliser cette main d œuvre féminine car ce sont les foyers qui ont le plus gros déficit en main d œuvre masculine. Ce SP ne permet pas de produire autant de fourrage que le SP 1. Aussi, ces exploitations ne pourront posséder un grand élevage ; l alimentation et la place en saison d hiver en sont les facteurs limitants. Le SP 3 «petits propriétaires, pavot à opium» Ce SP est basé sur une culture illégale, le pavot à opium. Les foyers qui ne possèdent pas assez de surface cherchent à maximiser la productivité de la terre. Dans une zone où le contrôle politique est encore confus (cf ), certains paysans ont su profiter des avantages qu offre cette plante. Peu importe les quantités de travail imposées par le pavot à opium, les gains qu elle a engendrés l année dernière permettaient de couvrir de forts coûts de production, dus notamment à l embauche d une nombreuse main d œuvre. 25 Ce choix varie bien souvent d une année sur l autre, nous verrons dans le chapitre suivant les règles de décisions stratégiques quant au pavot à opium. 69

82 Cette dernière remarque nous permet de comprendre le succès su pavot : pour les foyers à la main d œuvre limitée (type 4b et 6), la culture du pavot répondait au problème de main d œuvre car elle permettait d embaucher aisément. De plus devant les gains financiers que représente le pavot, la main d œuvre féminine est plus facilement utilisée que dans les autres SP. Cette pratique concerne surtout les foyers 4 et 6 qui traverse la lacune conjoncturelle en main d œuvre masculine. Ce SP peut concerner tous les foyers de la typologie mais théoriquement, si le foyer manque de surface pour subvenir aux besoins de sa famille, il sera d autant plus attiré par la culture du pavot. Ce SP concerne donc surtout les type 3, 4, 5 et 6. Les types 1 et 2 qui ont beaucoup de surface par adulte ont pu pratiquer ce SP mais avec une urgence économique moins forte. Ce SP permet encore moins la production de fourrage. De plus, même si le produit de la vente du pavot permet d en acheter, le problème de place pour parquer les animaux l hiver reste insoluble. Ces SP ne permet pas d élever trop d animaux. Le SP 4 «petits propriétaires, double actifs» Ce SP concernent les exploitations qui n ont pas assez de terre pour couvrir les besoins de leur famille avec uniquement des SC basé sur le blé. Ces paysans, au lieu de maximiser la productivité de leur terre, ont préféré pratiquer des SC peu exigeants en temps mais qui permettent une production vivrière ce qui exclue les SC 1 (avec de la luzerne pendant 6 ans). Il s agit surtout des SC 3 et 4. Cependant, on sait que ces SC ne peuvent pas couvrir les besoins de la famille. Il faut donc trouver une autre source de revenus. Ces exploitations ont peu de surfaces. Ces petites surfaces combinées à ces SC peu exigeants en temps libèrent un temps que le paysan pourra occuper dans une seconde activité professionnelle. Nous verrons un peu plus loin en quoi consistent ces activités. Ces SP concernent donc les exploitations avec un déficit de terre : les foyers des types 3, 4, 5 et 6. Cependant, les foyers 4b seront plus attirés par ce SP. En effet, il offre l avantage de solutionner la carence en terre tout en n exigeant pas un travail agricole trop important que ces foyers ne peuvent fournir en quantité. Comme pour le SP 2 et 3, ce SP 4 n autorise pas un élevage trop nombreux. Les petites surfaces permettent de produire peu de fourrages et ne solutionne pas le problème de place l hiver. La location, une bulle d oxygène insuffisante Les exploitations des type 1, 3, 4a, et 5 ont la possibilité de louer des terres puisque toute leur main d œuvre peut ne pas être occupée en cas de SP basé sur le blé. De plus, les types 3, 4a et 5 pourrait d atteindre le seuil des 1,25 jb/adulte. Malheureusement, le coût de location est tel (50 % de la récolte) que cette stratégie est souvent utilisé dans un autre but. L objectif de cette location est davantage de fournir un travail à tous les hommes du foyer. Les foyers 4b et 6 peuvent également louer des terres mais à la condition d utiliser la main d œuvre féminine pour ainsi limiter les coûts de production. Dans la description de ces SP que reprend le schéma suivant, le lecteur aura remarqué que les foyers du type 6 n apparaissent pas beaucoup. 70

83 SC 1 : blé et luzerne SC 2 : blé, cultures de printemps et jachère SC 3 : blé et cultures de printemps sans légu m e SC 4 : blé et cultures de printemps SC 5 : blé, cultures de printemps et cultures d été SC 6 : légumes SC 7 : blé et pavot SC 8 : pavot et culture d été TYPE 1 et 2 (voire 5) SE «gros élevages» SE «petits élevages» SE «petits élevages» SE «petits élevages» TY PE 4 (voire 3 et 5) SP 1 : grands propriétaires SP 4 : petits propriétaires, doubles actifs SP 2 : petits propriétaires, cultures intensives licites SP 3 : petits propriétaires, cultures intensives illicites TYPE 3, 4, 5 et 6 (voire 1 et 2) TYPE 3 et 5 (voire 4 et 6) Figure 6 : SC, SE, SP pour quel(s) type(s) de foyer? Les foyers du type 6 manquent non seulement de terre mais aussi de main d œuvre masculine familiale. La location est donc indispensable pour une activité agricole. Malheureusement, le coût de location est trop important. En effet, ces foyers doivent engager une main d œuvre pour palier le manque d hommes dans la famille. Ces coûts de production sont trop élevés pour que les SP 2 et 4 (cultures intensives licites ou double activité) soient rentables économiquement. Seul le SP 3 basé sur le pavot peut permettre à ces foyers de vivre d une activité agricole. Dans le cas contraire, nous verrons un peu plus loin que ces foyers se tournent vers une activité non agricole Terre et travail, une gestion indispensable pour tous Gestion de la terre Dans la zone d étude, la terre est le facteur de production le plus coûteux. La faible disponibilité de celle-ci par rapport à une population toujours plus nombreuse explique des prix d achat désormais fabuleux. La culture afghane fortement teintée d Islam implique la division des facteurs de production, y compris celui de la terre lors de la transmission de l exploitation. La reconstitution du facteur «terre» est devenue quasi-impossible pour les agriculteurs. Nous n avons rencontré aucune personne qui a acheté une terre pour y développer une activité agricole. Les ventes ne concernent que des terrains où seront bâtis des habitations. Actuellement aucune politique foncière n a été mise en place afin de protéger les terres agricoles de l urbanisation. 71

84 La gestion du facteur de production «terre» passe désormais par une action préventive. Cela signifie que les agriculteurs anticipent le partage des terres. Quelquesuns investissent une partie de leur capital pour offrir à leurs enfants, et donc héritiers, la possibilité d étudier. Ces derniers auront l opportunité de pratiquer une activité non agricole. L héritier qui choisira l activité agricole devra cependant verser une rente à ses frères et sœurs. Il semble que les jeunes qui réussissent professionnellement réussissent également financièrement ce qui diminue la pression financière sur le frère resté agriculteur. Souvent, la rente devient symbolique et de plus en plus rare, notamment si les frères et sœurs vivent loin du frère agriculteur. En effet, comme nous le verrons plus loin, de nombreux habitants de la zone migrent vers les villes importantes afin de trouver du travail. Cependant, de nombreux agriculteurs ne peuvent financer les études de leurs enfants. Les surfaces sont donc toujours divisées jusqu à ne plus être suffisantes pour pouvoir vivre de l agriculture seule. Ces agriculteurs presque sans terre devront donc soit : Maximiser la productivité de la terre (SP 2 et 3) Etre double actif (SP 4) Prendre des terres en location si la main d œuvre familiale le permet Louer ses terres, devenir rentier et changer de profession Vendre ses terres et changer de profession Gestion du travail Le travail est le deuxième facteur de production dont la gestion mérite qu on s y attarde. Tout d abord tout le monde n est pas concerné par une éventuelle lacune de main d œuvre familiale. Deux facteurs induisent cette lacune : la composition de la famille par rapport aux surfaces possédées et le système de production pratiqué par la famille. Un chef de famille qui dispose d une main d œuvre masculine limité possède plusieurs alternatives : La pratique de SP peut exigeant en temps (SP 1 ou 4 combinés éventuellement à une seconde activité). L emploie de journaliers si les surfaces sont trop importantes ou si le SP pratiqué est trop exigeant en temps de travail (SP 2 et 3) Utiliser la main d œuvre féminine si les surfaces sont trop importantes ou si le SP pratiqué est trop exigeant en temps de travail (SP 2 et 3) Utiliser la main d œuvre des enfants si les surfaces sont trop importantes ou si le SP pratiqué est trop exigeant en temps de travail (SP 2 et 3) Louer une partie de ses terres pour pouvoir réduire le nombre de journée de travail Louer toutes ses terres et pratiquer une nouvelle activité professionnelle Les principales contraintes Contraintes techniques Une carence en moto-mécanisation pour le SP 1 72

85 Concernant le SP 1, la faible moto-mécanisation de l agriculture de la zone constitue la principale contrainte technique. En effet, la taille de ces exploitations peut permettre une motorisation légère qui permettrait un gain de temps considérable. Le battage est actuellement la seule opération à être moto-mécanisée. Cela permet de battre le blé dix fois plus vite qu avec les bœufs. D autres opérations pourraient être motorisées comme le labour (motoculteur), la récolte (moissonneuse) et ainsi permettre à ces «grandes» exploitations de réaliser des économies de temps importantes. Cependant, la grande taille de ces exploitations est toute relative. Le coût pour une moto-mécanisation est très élevé dans cette région isolée d Afghanistan. La création de coopérative peut s avérer pertinente pour ces exploitants. Les petites exploitations ne disposent pas assez de surfaces pour permettre une moto-mécanisation. Un amortissement réaliste de nouvelles machines agricoles n est pas envisageable. Des connaissances insuffisantes qui limite le SP 2 et 3 Les paysans concernés par le SP 2 possèdent généralement peu de terre et cherche donc à maximiser ce moyen de production en y cultivant surtout des légumes. Ce SP a du mal à se développer dans le Badakhshan à cause du manque de connaissances techniques sur ces cultures. La lutte contre les parasites est la contrainte technique la plus gênante pour ces paysans. Les connaissances de la plupart des conseillers agricoles (des ONG) sont souvent limitées : difficultés dans la reconnaissance parasitaires et très peu de connaissance sur les moyens de lutte appropriée. Une partie des légumes sera vendue et le prix dépend notamment de la qualité de ceux-ci. Les attaques parasitaires altèrent bien souvent la qualité et donc le prix de vente. Cette altération du prix de vente rebute les paysans a augmenté leur assolement en légumes. Le SP 3 est basé essentiellement sur la culture du pavot à opium. Les agriculteurs ne possèdent pas un excellent savoir technique concernant cette culture. En effet, sa culture massive, destinée à la vente, ne date pas de plus de 5 ans d où un savoir empirique trop récent pour maximiser cette culture. Un élevage difficile pour les SP 2, 3 et 4 L abandon plus ou moins significatif des SC 1, 2, 3 (voire 4 et 5) au profit du SC 6, 7 et 8 qui ne produisent que très peu de fourrages induit une diminution de l alimentation animale. Cette diminution se répercute sur le nombre d animaux qui tend à diminuer pour les SP 2, 3. Le SP 4 produit théoriquement des fourrages mais les surfaces limitées de ces exploitations ne suffisent pas. La fertilité, un problème majeure La fumure organique est un des problèmes les plus préoccupants pour l agriculture du Badakhshan. Le défaut de fumure organique risque à moyen terme de diminuer la qualité des sols. La réduction de l élevage dans la région couplée à l augmentation de la population (et donc des besoins en combustible) annonce des difficultés sérieuses dans l avenir. Le schéma suivant montre la «fuite» de la fumure organique. 73

86 H erbes spontan ées des chem ins, bordures de cham ps de la vallée de Baharak Fourrages, paille, orge, tourteaux d oléagineux et de pavot des abis (terres irriguées) Fourrages des Shewas coupés pen dan t la tran shu m a n ce Paille et orge des rares la lm is (terres pluviales). C oupe d herbes fourragères spontanées des m ontagnes p roches de B aharak D éjectio n a n im a les (bo vins, équins, caprins et ovins) et hum aines. L IT IE R E P a ille d es abis (terres irriguées) et de quelques lalm is (terres plu via les) Fumier «Fuite» de la fum ure organique Engrais organique Fum ier d origine an im ale Fum ier d origine hum aine Confection de chapaks (disque de fu m ier) sau f déjectio ns h u m a in es Cuisine C ulture m a ra îch è re Jardin potager Cendre des fo yers Figure 7 : Transfert et fuite de la fertilité dans la vallée de Baharak Contraintes sociales Les femmes ne peuvent pas travailler dans les champs La contrainte sociale la plus problématique pour l agriculture est le travail des femmes. Ce dernier se limite culturellement dans l enceinte des habitations. Il est très mal vu de devoir faire travailler les femmes dans les champs, cela signifie que le chef de famille de peut entretenir correctement les siens. Cette contrainte est particulièrement difficile pour les exploitations de type 4 et 6. La religion favorise le SP 1 Le caractère dangereux plus qu illicite (religieusement et/ou pénalement) du pavot rend cette culture souvent méprisée socialement bien qu intéressante économiquement. Cette contrainte sociale ne concerne que le SP 3. L interdiction religieuse est relative à chaque mollah, certains l autorisent, d autres l interdisent. Ces derniers reçoivent un dons des croyant : l Osher. Plus le donateur est riche, plus l offrande est généreuse. Aussi certains mollahs n hésitent pas à encourager la production de pavot qui enrichit le paysans ce qui augmente le revenus de ces premiers. D autres affirment que la drogue permet de pervertir et détruire l Occident qu il considère comme ennemie, enfin, quelques-uns autorisent la production de pavot pour aider les paysans à faire face aux difficultés financières. 74

87 Contraintes économiques Les exploitations agricoles correspondant au type 3 et 5 ont une main d œuvre familiale relative importante. Cette main d œuvre peut être utilisée pour les SP 2, 3 qui ont des forts coûts de production notamment en temps de travail. Toutefois, la main d œuvre domestique peut ne pas être suffisante pour ces SP 2 et 3, dans ce cas, le recours à une main d œuvre extérieure sera nécessaire. Les salaires élevés à cause d une demande élevée posent de sérieuses difficultés économiques aux exploitations s orientant vers le SP qui dégage le moins de richesse : le SP 2, celui des légumes. Le SP 3, celui du pavot permet de gagner suffisamment d argent (pour l instant) pour couvrir les coûts de production. Les salaires hauts représentent donc une contrainte économique importante pour les maraîchers. Ces derniers risquent d abandonner ce SP soit au profit du SP 3 ou 4 soit au profit d une autre activité à temps complet ce qui implique la location ou la vente de leurs terres. Malheureusement, la location reste difficile. En effet, cette contrainte des salaires ne favorise pas la location de terre (déjà chère) pour des foyers qui ont un manque de main d œuvre et qui devront donc embaucher, ce sont les foyers des types 4 et 6. Cette contrainte économique peut amener les sans terres (type 6) a abandonner toute production agricole et s orienter vers une autre activité. Les hauts salaires favorisent donc un ralentissement de l activité agricole sauf dans l unique cas du pavot à opium. Contraintes climatiques Le climat est une sérieuse contrainte pour les cultures maraîchères. Tout d abord, l hiver long et rigoureux de novembre à début mars oblige un démarrage de l activité maraîchère tardif. De plus, le printemps (de mars à juin) peut être soumis à des aléas climatiques auxquels fruits et légumes sont particulièrement sensibles. La grêle et le gel sont les deux aléas que les maraîchers de Baharak redoutent le plus. 3.2 LE TRAVAIL NON AGRICOLE, INDISPENSABLE A BAHARAK En Afghanistan, de nombreuses personnes se sont demandées pourquoi la dernière sécheresse ne fut pas un drame dans ce pays ravagé par 25 ans de guerre. Quelle est donc la raison d une telle résilience? La solution n est évidemment pas agricole puisque ce secteur fut durement touché par la guerre et la sécheresse. Les foyers sont donc suffisamment flexibles pour diversifier leurs activités. Outre l agriculture, de nombreuses activités existent à Baharak. De plus, nous avons vu que les foyers du type 5 et 6 sont sans terre. Une activité agricole requiert donc la location de terre qui est rappelons-le chère. Certains préféreront s orienter vers une autre activité. Les habitants de Baharak disposent de diverses stratégies non agricoles qu ils ont su adopter pendant les crises traversées (guerre et sécheresse). De plus, quelques-uns continuent aujourd hui à les utiliser pour satisfaire les besoins que l agriculture ne permet pas de combler totalement Quatre raisons de travailler en dehors de l exploitation Les paysans qui ne possèdent malheureusement pas (ou plus) de terre et qui n en louent pas non plus sont par définition obligés de travailler hors de l exploitation agricole puisqu elle n existe pas. 75

88 Ceux qui travaillent leurs terres ou qui en louent peuvent travailler hors de leur exploitation s ils possèdent assez de temps, ce sont les doubles actifs. Pour cela, nous avons vu que c est le SP 4 qui sera préféré. Si la famille dispose d une main d œuvre masculine conséquente, un membre de cette famille pourra pratiquer une autre activité. Enfin, il y a les propriétaires qui ont décidé de louer leurs terres et de pratiquer une autre profession. Diverses raisons expliquent ce choix. Tout d abord, une insuffisance de terre qui oblige à en louer peut rebuter certains à cause du coût de location. Ils préfèreront donc louer leur terre et se consacrer totalement à une autre activité. Enfin, il y a ceux qui préfèrent devenir rentier et pratiquer une activité plus lucrative et socialement reconnue Quelles activités? Les libéraux Les commerçants Tout d abord, si le foyer peut investir, un membre de la famille pourra devenir commerçant et ouvrir une petite échoppe. Pour cela, il faut soit posséder une maison sur une route fréquentée soit louer un local dans le bazar de Baharak (2 à 5000 afghs par mois). Dans tous les cas, il lui faudra acheter de la marchandise et donc investir du capital. La nature du vendeur diffère selon la localisation du commerce. Dans le nouveau bazar, c est exclusivement un homme de la famille qui s en occupe. Il ouvre son magasin à plein temps s il ne possède pas d activité agricole (sans terre, rentier, main d œuvre masculine familiale suffisante) ou de temps en temps lorsqu il est double actif. Si le commerce se situe en dehors du centre, dans les petits villages, ce sont bien souvent les enfants ou les personnes âgées qui font offices de vendeur. Les foyers des types 1, 2, 3 et 5 disposent de surfaces ou d une main d œuvre qui permettent l investissement. Les commerçants font donc souvent partis de ces foyers. Les foyers des types 3 et 5 semblent majoritaires puisque ceux des types 1 et 2 préfèreront s orienter vers des métiers plus valorisant socialement comme nous le verrons juste après. La dynamique de la typologie nous permet d affirmer que les foyers des types 3 et 5 peuvent passer parmi les types 4 et 6. On peut donc retrouver ses foyers parmi les commerçants. Cependant, à l ouverture d un commerce, ces foyers se situent nécessairement parmi les types 3 et 5 pour pouvoir investir, les foyers des types 4 et 6 ayant plus de difficultés à dégager un surplus. Les cadres et artisans Ceux qui ont eu l opportunité de faire des études sont devenus des cadres supérieurs (médecins, pharmaciens). Ces personnes sont souvent issues de familles qui peuvent dégager une richesse suffisante pour payer des études : ce sont bien souvent les grands propriétaires des types 1 et 2. Plus rarement, d autres foyers n hésitent pas à sacrifier une partie de leur confort pour encourager les études de leurs enfants, ce sont notamment les foyers du type 3 et 5. Cependant, il n est pas nécessaire de poursuivre de longues études : quelques familles incitent certains de leurs enfants à apprendre un métier manuel de l artisanat 76

89 (forgerons, tailleurs, joailliers ). Cette stratégie requiert moins d investissement et permettra un futur apport financier pour la famille. Ces métiers (cadres et artisans) ne sont jamais doubles actifs, leur profession ne le permet pas. Ils laissent donc l héritage foncier éventuel qui leur revient aux membres de la famille qui souhaitent continuer l activité agricole. Ils peuvent également louer ou vendre ces terres. Les foyers des types 4 et 6 éprouvent de trop grandes difficultés à épargner suffisamment d argent et à se séparer même temporairement de leur main d œuvre masculine. Ces foyers ont donc bien souvent du mal à permettre aux enfants d étudier où d apprendre un autre métier Les salariés plus ou moins permanents Les ONG et institutions publiques ont permis de créer de nombreux postes en développant les infrastructures de la zone (hôpital, routes, ponts, école, bureau du gouvernement). Ces institutions embauchent une main d œuvre qualifiée (ingénieurs, technicien, conseillers sociaux, instituteurs, chef d équipe, secrétariat) et également une main d œuvre peu diplômée pour leur fonctionnement (garde, chauffeur, cuisinier). La plupart des ONG de Baharak dispose d une main d œuvre locale importante. Ces professions ne permettent pas la double activité, il s agit donc de personnes qui ne travaillent pas dans l agriculture ou dont la famille dispose d une main d œuvre masculine suffisante pour gérer l exploitation ou bien encore de rentier. Les foyers de tous les types sont concernés, toutefois, ceux des types 1 et 2 préfèreront les métiers des cadre supérieurs. Les foyers du type 3 et 5 peuvent investir un minimum dans les études et donc attirer plus facilement les institutions que les personnes sans scolarité. Ces personnes se retrouvent souvent parmi les types 4 et 6 et à moins de posséder de solides relations, il sera difficile pour eux de s introduire dans le monde des institutions. Ces quatre types d activités (commerçant, cadre, artisanat et salariés permanents) nécessitent de l argent pour l investissement (dans un commerce ou dans des études) ou de solides relations avec les ONG notamment. Si le foyer ne possède aucun de ces deux avantages, deux autres types de travaux sont possibles. Le travail journalier et le travail à l étranger Etre journalier, une activité classique à Baharak Ouvriers agricoles, maçon, porteurs, ces travaux sont bien souvent saisonniers. La haute saison se découpe en trois périodes. La première, d avril à juin concerne le désherbage. La seconde, en juillet août, ce sont les récoltes. Enfin, de septembre à octobre, la maçonnerie devient la première source d emploi journalier. Pendant l hiver, de novembre à mars, aucune activité agricole n exige l embauche des journaliers et les conditions climatiques limitent les constructions. Pendant la haute saison, les salaires peuvent varier selon la demande. Par exemple, une pluie printanière risque d induire une levée des mauvaises herbes dans toute la vallée. Des cultures très sensibles à la compétition comme le pavot à opium demandent un désherbage rapide et efficace. Il y aura donc une forte demande de journalier, les salaires peuvent doubler et atteindre 350 à 400 afghs par jour (7-8 $ US). En haute saison, un salaire moyen se situe autour de 200 afghs par jour, repas compris. L hiver, le salaire des journaliers atteint péniblement les 150 afghs par jour. 77

90 Les sans terres des types 5 et 6 qui ne veulent pas louer de terres sont donc les premiers concernés par ces travaux journaliers. Ceux des types 4 (main d œuvre masculine insuffisante) devront pratiquer une activité agricole peu exigeante en temps (SP 4a) et ainsi être double actif S exiler à l étranger Le travail à l étranger est une stratégie de plus en plus utilisée. Avec le développement des moyens de communication, les jeunes n hésitent plus à quitter leur région contrairement à leurs aînés. L Iran et le Pakistan sont les deux pays le plus citer (à plus de 95%), l Inde reste très minoritaire car plus éloignée et plus difficile d accès. L Iran semble largement préféré des Tadjiks (majoritaires dans la zone d étude) car la langue commune ne constitue pas un frein. De plus, les Iraniens ont une excellente réputation. Les Pachtounes, eux, préfèrent l ouest du Pakistan car ils ont la même culture et la même langue. Les frontières ne sont pas totalement contrôlée par les gouvernements ce qui permet une migration régulière de «sans-papiers» vers l Iran même si ce dernier a renforcé ses contrôles aux frontières. Les réseaux de travail clandestins iraniens sont solides et semblent offrir du travail facilement. Quant au Pakistan, le simple fait de parler pachtoune sans accent tadjik permet sans difficulté de passer la frontière légalement. Pendant la guerre, les réfugiés ont pu se tisser un solide réseau dans les villes frontières, notamment Peshawar. De nombreux Afghans (Pachtounes) possèdent de la famille qui s y est installée, les perspectives scolaires étant bien meilleures qu en Afghanistan. Les salaires dans ces pays sont 50 % plus élevés qu en Afghanistan. Cependant, le coût du voyage, des réseaux clandestins et de la vie locale permet difficilement une grosse économie d argent pour ces émigrés. De plus la précarité de leur travail, les conditions de vie souvent difficiles et l éloignement de leurs proches rendent bien souvent ce périple pénible. Il s écoule au minimum 1 an entre le départ et le retour du migrant et la durée la plus commune semble s approcher des 2 années. Le travail dans les pays développés relèvent de l exception mais assurent bien souvent un revenu extérieur très appréciable pour la famille restée en Afghanistan. Cette migration temporaire concerne ceux qui ont trop peu de terre, c est-à-dire les foyers des types 3, 4, 5 et 6. Mais ceux des types 4 et 6 ont un déficit de main d œuvre masculine. L exil temporaire d un homme est difficile à assumer pour ces foyers. En effet, ces migrants ne ramènent de l argent (quand ils peuvent en ramener) qu au bout d une ou deux années. Ce sont donc majoritairement les foyers qui disposent d une main d œuvre masculine abondante (type 3 et 5) qui enverront un membre de leur famille à l étranger Synthèse des activité non agricole Le tableau suivant reprend les cinq types de travaux extérieurs à l exploitation en les croisant avec la typologie. Le tableau permet de noter quels types de foyers sont concernés par quels types de travaux, on remarque par exemple que les «sans terres» (type 5 et 6) le sont particulièrement par les travaux pénibles. 78

91 Type de travail Besoin d investir Permet la double activité Pénibilité Pour quel(s) type(s) Commerçant Oui Oui Faible 3,5, 4 Cadres supérieurs Oui Non Faible 1,2, 3 Artisans Oui Non Moyenne 3, 5, 4 et 6 Salariés permanents Oui Non Faible 3,5, 1, 2, 4, 6 Journaliers Non Oui Moyenne 4, 5, 6 Travail à l étranger Non Non Elevée 3, 4, 5, 6 Tableau 5 : Le travail en dehors de l exploitation agricole Les travaux, sur place, qui ne permettent pas la double activité concernent essentiellement les exploitations à la main d œuvre suffisante et qui ont (eu) un accès facile à l éducation ; il s agit des types 1, 2, 3 et LE CREDIT ET LA DECAPITALISATION, LES DERNIERS RECOURS Pour mettre en place une activité ou si ces activités agricoles et/ou non agricoles ne suffisent pas au foyer, les habitants de Baharak auront deux autres stratégies : l endettement et la décapitalisation L endettement Au Badakhshan, le crédit est une pratique courante. Nous avons vu qu ils existe au moins quatre types de crédit ( et ) : Le sout Le karlzassana Le mozabarat Le guerao L endettement pour couvrir les besoins de tous les jours Le sout est un crédit pourvu d un intérêt minimum. Le karlzassana est le crédit autorisé par l Islam. Il s agit d un prêt sans intérêt. Ces deux premiers crédits sont utilisés majoritairement pendant l hiver et le printemps (de décembre à juin). Pendant ces deux saisons, les familles s appuient sur leurs réserves issues des activités agricoles (les dernières récoltes) ou non agricoles. Ces réserves leur permettent de faire la soudure entre deux saisons de travaux journaliers ou deux récoltes. Seules les professions libérales et les salariés permanents permettent un revenu régulier même pendant ces saisons. Le travail de journalier est rare pendant la période froide. Certaines familles épuisent leurs réserves avant le début du printemps et la reprise des travaux journaliers. De plus, même pendant le printemps, certains journaliers peuvent ne pas travailler (chômage ponctuel, maladie). 79

92 Pendant l hiver et le printemps, toujours à consommer mais sans produire suffisamment de richesses, de nombreuses familles finissent par absorber toutes leurs réserves. Cette situation explique l utilisation des crédits pendant l hiver et au printemps. Il s agit donc d une pratique qui n est pas exceptionnelle. L immense majorité des habitants de Baharak ont recours aux prêts. Si la plupart de ces familles font crédit généralement en hiver et au printemps, certains foyers au capital financier très limité ne possèdent pas de réserves alimentaires et doivent selon les jours chômés (sans travail journalier) empruntés de l argent, et ceci, à tout moment de l année. Cette dernière remarque est particulièrement vraie pour les foyers des types 4 et surtout 6. C est le karlzassana qui est utilisé en premier auprès des voisins, amis et famille. Puis, quand cela ne suffit plus, les ménages dans le besoin devront emprunter à des personnes moins proches, et c est souvent le sout qui sera alors utilisé. L emprunt à tout moment rend les familles particulièrement vulnérables. Un simple accident (maladie, chômage de quelques jours) peut faire basculer ces familles dans une autre stratégie afin d honorer leurs dettes, c est celle de la décapitalisation que nous aborderons dans la partie suivante L endettement pour un investissement Le mozabarat est un prêt qui permet aux habitants de Baharak d investir. Toutes les ménages de la typologie peuvent prétendre à ce prêt pourvu que l idée sujette à l investissement intéresse le créditeur et soit réaliste. Ce prêt est particulièrement utile aux personnes désireuses de se lancer dans le commerce. Malheureusement, il n est pas toujours aisé de bénéficier de ce type de prêt qui induit souvent un trop gros risque pour le prêteur. Le mozabarat est donc assez rare à Baharak L endettement pour un fort besoin ponctuel Nous avons vu qu il existe un dernier type de crédit : le guerao ou l hypothèque des terres. Ce recours concerne surtout les foyers au besoin ponctuel et trop important 26 pour que la famille, les amis ou les voisins puissent aider. Le sout est également difficile à accorder si la somme devient trop forte. Seul l hypothèque des terres (aux prix élevés) peut décider certains à prêter de grosses sommes d argent. Ce type de prêt est un début de décapitalisation, les foyers dans le besoin se séparent temporairement d un facteur de production La décapitalisation La décapitalisation concerne la vente de produits qui n y sont justement pas destinés. Il s agit des facteurs de production agricole (hormis les moyens de production circulants), des habitations Dans un premier temps, nous décrirons quels sont les biens qui sont vendus. Puis, dans une seconde partie, nous nous intéresserons aux causes de la décapitalisation Quels biens sont vendus? Les animaux Le premier facteur de production qui est vendu, c est l animal. Les animaux sont considérés comme de l épargne sur pieds. Nous différencierons dans ce rapport la vente d animaux dit de boucherie (les mâles) des animaux reproducteurs (les femelles). La 26 Ces besoins concernent bien souvent un mariage, une maladie ou l achat d un terrain à bâtir. 80

93 vente des mâles ne sera pas considérée comme une décapitalisation. La vente des femelles induit la perte de moyens de production indispensables à l éleveur, il s agit ici d une décapitalisation. Le bois Hormis les animaux, le bois peut également être vendu. De nombreuses exploitations ont planté des peupliers sur leur bordure de leurs terres. Cette activité est un moyen simple et efficace de capitaliser. La plupart de ce bois, si chère dans la vallée (20 $ US le peuplier), doit servir à la construction de nouvelles habitations (celles des enfants) mais il arrive que certaines familles dans le besoin doivent vendre ce bois. Cette décapitalisation constitue en quelques sortes la vente d une partie de l habitation (qui n existe cependant pas encore). La terre La terre, malgré sa rareté, peut être vendue en dernier recours. Aucune loi ne protège les terres agricoles de l urbanisation. Cette lacune juridique facilite la vente de terre. Le prix de la terre est très élevé, elle représente un moyen très efficace de gagner de grosses sommes d argent rapidement, mais c est en perdant un moyen de production qui devient très difficile de reconstituer. De plus, le guerao, ce crédit qui met en gage la terre, est un excellent moyen de perdre ce moyen de production : si le débiteur de peut rembourser sa dette, le créditeur garde la terre. Ce crédit est dangereux et donc à michemin entre la dette et la décapitalisation. Les femmes? Enfin, la fille peut être considérée, entre autre, comme un moyen de gagner de l argent. Quelques pères de familles n hésitaient pas à présenter leurs enfants, quand ceux-ci étaient des filles, sous le sobriquet de «dollars». Même si cela relève plus d un certain humour, il faut cependant reconnaître que les femmes représentent de l argent aux yeux des hommes. Lors de mariage, nous avons vu que la famille du futur mari doit apporter une prestation matrimoniale conséquente pour la famille de la future mariée qui perdra de la main d œuvre domestique une fois le mariage célébré. Certaines familles n hésitent pas à marier leur fille très jeune, de force pour pouvoir toucher cette prestation matrimoniale. Cependant, nous ne pouvons pas décemment comprendre cet acte comme une décapitalisation car ce serait considérer la fille comme un simple capital. Il est tout de même important de noter cette stratégie qui malheureusement pour certaines jeunes filles existe encore. Il s agit désormais de comprendre les causes de la décapitalisation. Les causes peuvent être dues à un choc ou à une tendance qui progressivement amène le foyer à décapitaliser Quelles sont les causes de la décapitalisation? Perte de la confiance, plus de solvabilité De nombreux foyers ont recours aux crédit pour surmonter une difficulté souvent temporaire : la soudure, un fort besoin d argent ponctuel. Le prêt d argent est basé sur la confiance : le prêteur juge solvable la personne si elle possède beaucoup de terres, si elle cultive du pavot car cette culture rapporte beaucoup d argent Si cette confiance se brise, les foyers dans la nécessité auront de plus en plus de difficultés à faire un prêt. Ne pas afficher des conditions de solvabilité suffisantes ou ne pas avoir remboursé un prêt brise cette confiance. Les ménages qui ont besoin d argent devront donc vendre ce qu ils possèdent, c est la décapitalisation. 81

94 Les «chocs», des conséquences immédiates Les «chocs» sont violents pour l immense majorité des personnes concernées. Les «chocs» réduisent donc le nombre de prêteurs et augmente celui d endettés. Ces derniers ont alors les pires difficultés à trouver de l argent et doivent décapitaliser. Pendant la guerre, les paysans ont dû participer à l effort de guerre en fournissant de la nourriture aux résistants. Les paysans ont donc dû décapitaliser pour pouvoir soutenir (souvent malgré eux) ces moudjahiddines et nourrir leur propre famille. De plus, la guerre a mobilisé une nombreuse main d œuvre utile aux travaux des champs, ce manque de travailleurs induit une diminution de la production de richesse. Cela obligeait les paysans à vendre leurs animaux dont les reproducteurs pour combler ce manque de richesse. Un autre «choc» est venu perturber la vie économique du Badakhshan : la sécheresse. Pendant ces trois années, les prix agricoles (fourrages, blé) étaient élevés et les faibles récoltes poussaient les paysans à acheter davantage. Pour pouvoir acheter de quoi manger, de nombreux paysans ont dû décapitaliser. Cette décapitalisation a surtout concerné les animaux. En effet, le prix du fourrage a augmenté pendant cette période. De nombreux agriculteurs ont préféré vendre leurs animaux plutôt que de les entretenir à un coût trop important pour leur trésorerie. Cette stratégie concernaient la plupart des exploitations agricoles, cette subite augmentation de l offre a fait chuter les prix de vente ce qui a pousser les paysans à vendre davantage pour gagner suffisamment d argent pour pouvoir acheter de la nourriture. Enfin, les chocs à l échelle du foyer peuvent également avoir des conséquences immédiates. La maladies, les accidents peuvent diminuer l unité de production et donc limiter la production de richesse, pour y remédier, le foyer peut décapitaliser. Enfin, le mariage d un fils peut également entraîner non seulement un crédit mais aussi une décapitalisation afin de payer la prestation matrimoniale. La tendance démographique, une machine à décapitaliser Mise à part les chocs (ici guerre, sécheresse, mariage, maladie ), la tendance démographique engendre bien des difficultés pour les paysans. En effet, les surfaces agricoles par habitants se réduisent en même temps que population augmente. Théoriquement, la production de richesse agricole par habitant diminue donc. Cela induit inévitablement une diminution du capital financier pour beaucoup de ces paysans. Ces derniers doivent donc bien souvent emprunter pour faire la soudure entre deux années. Cet endettement est supportable jusqu à ce que le débiteur n offre plus assez de garantie de remboursement. Or cette tendance démographique induit une diminution des facteurs de production par habitants. De plus, la demande de travail devient de plus en plus aléatoire à cause de cette augmentation de la population et donc de l offre. Pas assez de terre, travail journalier trop aléatoire, manque de main d œuvre familiale par rapport à l unité de consommation telles sont les conséquences de cette tendance démographique. Les habitants de Baharak offrent de moins en moins de garanties aux éventuels prêteurs. Dans ce cas, le foyer qui a besoin d argent doit décapitaliser. La solution pour enrayer ce processus de paupérisation est l intensification, les agriculteurs l ont très bien saisie. Le pavot à opium fait parti de ces alternatives qui leur permettent de faire face à cette tendance démographique. Nous étudierons dans le chapitre suivant les règles de décision stratégique, à savoir pourquoi les agriculteurs sèment du pavot, ou du blé, ou bien des légumes. Mais avant cela, faisons le point sur l endettement et la décapitalisation, deux phénomènes parfois bien proches. 82

95 3.3.3 Emprunter et décapitaliser, deux phénomènes bien proches L emprunt et la décapitalisation peuvent être malheureusement très proches. Nous avons vu qu il peut être très facile de glisser de l endettement à la décapitalisation. La figure suivante explique ces liens. Remboursement de la dette T ravail jo urnalier o u récolte agricole Facteurs de p roduction par personne insu ffisante Pas de revenue extérieur régu lier Cycle «normal» de l endettement Endettement saisonnier Choc (guerre, sécheresse) Chômage persistant Facteur de production trop faible pour perm ettre d être solvable D écapitalisation Cycle dangereux de la décapitalisation Diminution des facteurs de production Exode Figure 8 : De l endettement à la décapitalisation Le cycle «normal» de l endettement n est pas dangereux en soit pour la plupart des ménages. Seuls les exploitations avec un capital foncier insuffisant et un manque de main d œuvre (type 4 et 6) sont vulnérable et peuvent sortir du cycle «normal» de l endettement pour plonger dans celui de la décapitalisation. En effet, ces foyers sont sensibles aux chocs, chômage persistant et sont ceux qui affichent le moins de solvabilité. Les foyers concernés par l endettement qui ne sont pas exposés à la décapitalisation (type 3 et 5) peuvent eux aussi avoir recours à cette stratégie en cas de choc prolongé (guerre, sécheresse). Enfin, une période de chômage pour une raison ou une autre (mécanisation, maladie ) peut également faire basculer ces foyers dans la décapitalisation. Ce schéma indique également la dernière étape de la décapitalisation, quand le foyer a tout vendu. Il ne reste à la famille que la charité des proches ou l exil dans les villes (ou pays) plus attractives. Les grandes villes de l Afghanistan semblent grossir 83

96 rapidement, les réfugiés de retour et ceux qui ont dû tout décapitaliser (parfois, ce sont les mêmes) constituent l immense majorité de ces nouveaux citadins. Après avoir décrit et analysé les différentes activités extérieures à l exploitation agricole, il s agit maintenant de faire une synthèse globale du système d activité et d en comprendre le fonctionnement afin de dégager les causes qui rendent vulnérables certaines familles. 3.4 TYPOLOGIE, SYSTEMES D ACTIVITE Le tableau suivant reprend pour chaque type les activités les plus utilisées en conditions dîtes «normales», c est-à-dire lorsque l exploitation n a pas à faire face à un éventuel choc. TYPE SP SNA Leurs besoins 1 (blé) Cadres supérieurs Des meilleures variétés Type 1 de blé 1 (blé) Cadres supérieurs Des meilleures variétés Type 2 de blé 2 (légumes), 3 (pavot), 4 (blé) Type 3 Type 4a Type 4b Type 5 Type 6 2 (légumes), 3 (pavot), 4 (blé) Commerçants, artisans, salariés permanents, travail à l étranger Commerçant, artisans, journalier et travail à l étranger 3 (pavot), 4 (blé) Commerçant, artisans, journalier et travail à l étranger 2 (légumes), 3 (pavot), 4 (blé) Commerçant, artisans, salariés permanents, journalier et travail à l étranger 2 (légumes), 3 (pavot) Artisans, salarié permanent, journalier, travail à l étranger Tableau 6 : Typologie et systèmes d activité La légalisation du pavot à opium. Une meilleure rémunération du travail non agricole. Une meilleure filière légume. La légalisation du pavot à opium. Une meilleure rémunération du travail non agricole. Une meilleure filière légume. La légalisation du pavot à opium. Une meilleure rémunération du travail non agricole. Une meilleure filière légume. La légalisation du pavot à opium. Une meilleure rémunération du travail non agricole. Une meilleure filière légume. La légalisation du pavot à opium. Une meilleure rémunération du travail non agricole. Une meilleure filière légume. Ce tableau montre la différence fondamentale entre les foyers des types 1 et 2 et ceux des autres types : les premiers gagnent à ce que les organismes de développement travaillent sur l amélioration des rendements du blé tandis que les autres n attendent finalement pas beaucoup de ces améliorations potentielles. Avant d étudier plus en profondeur le travail des ONG, en particulier d Afghan Aid, regardons d un peu plus près les activités agricoles. Ce tableau montre finalement que les ménages des types 3, 4, 5 et 6 possèdent les mêmes stratégies agricoles. Voyons donc maintenant le comportement décisionnel des ménages vis-à-vis de ces différentes stratégies agricole : le blé, le maraîchage et le pavot à opium. 84

97 SYNTHESE DU CHAPITRE 3 : les systèmes d activité Quatre systèmes de production se dégagent sur la zone : deux basés sur le blé qui comprend les «grands» et les «petits» propriétaires (les «petits» étant alors double actifs), et deux basés sur l intensification de la terre qui peut être licite (les légumes) et illicite (le pavot à opium). Lors des dernières années, les systèmes de production basés sur le pavot furent les plus nombreux, aujourd hui, ce sont les systèmes basés sur le blé. Le travail non agricole représente, pour beaucoup de ménages, une «bouée de sauvetage» indispensable, l activité agricole classique, celle basée sur le blé, ne pouvant suffire. La location, excepté pour les exploitation des types 2 et 4b, est monnaie courante à Baharak. Elle permet d utiliser toute la main d œuvre masculine du foyer pour les exploitations des types 3, 4a, 5 voire 6. Malheureusement, le coût est tel (50 % de la production) que ces exploitations ne peuvent atteindre l autosuffisance en blé. Le crédit est largement utilisé à Baharak. Le prêt, sans intérêt, auprès des amis, voisins et famille est très répandu pour de petite somme mais ne peut résoudre tous les problèmes de trésorerie. Rares sont les commerçants qui acceptent de faire crédit sans intérêt, ce prêt, interdit pas l Islam est courant et fragilise un peu plus les plus vulnérables. Si ces derniers ne sont plus solvables, la décapitalisation reste la dernière alternative avant un éventuel exode vers des pôles économiques plus attractifs comme les grands centres urbains. 85

98 4 BLE, LEGUMES OU PAVOT : COMMENT LES PAYSANS CHOISISSENT? Nous avons vu les différentes activités pour chacune des catégories de foyer de la typologie. Nous avons également dégager les principales contraintes propres à chaque stratégie et ainsi déterminer le niveau de vulnérabilité des foyers. L immense majorité (plus de 80 %) des foyers font partis des type 3, 4, 5 et 6. Or, nous avons vu que ces foyers disposent de trois stratégies agricoles possibles. La première est basée sur les cultures que nous avons nommé intensives et licites (SP 2). La seconde est basée sur le pavot à opium (SP3). Enfin, la dernière stratégie agricole pour les foyers des types 3, 4, 5 voire 6 est basée sur des culture peu exigeante en temps, c est-à-dire le blé (SP 4). Nous allons tenter de comprendre quels sont les éléments qui orientent les agriculteurs dans telle ou telle stratégie agricole, entendons ici système de production. Cette compréhension est indispensable pour celui qui désire avoir un quelconque impact agricole via des projets de développement. Orienter les agriculteurs vers tel ou tel système de production implique une parfaite connaissance des intérêts et contraintes de chaque système. Il s agit donc ici d étudier en profondeur les stratégies agricoles. Avant de modéliser les comportements décisionnels des agriculteurs, il est nécessaire d étudier chacune des productions sur une échelle qui dépasse celle de l exploitation. Ces dernières se situent au sein d une filière dans laquelle chaque élément joue un rôle. Comprendre la filière est indispensable pour celui qui veut comprendre le comportement décisionnel de l agriculteur. La filière n apporte qu une partie des réponses. Les éléments propres à l exploitation ou au milieu social dans lequel vit l agriculteur sont tout aussi indispensables. Aussi, dans un premier temps, nous étudierons les filières propres à chaque culture. Puis, dans une seconde partie, nous analyserons les avantages et inconvénients liés à chaque culture. 4.1 LE BLE Une filière blé artificielle L amont de la filière blé semble très hétérogène. Selon les agriculteurs, leurs moyens financiers et leurs relations, la qualité de la filière varie de façon significative. L aval, par contre, semble être bien plus homogène L amont de la filière blé, des hétérogénéités évidentes Les semences L accès aux semences diffère selon son origine : le bazar ou les ONG. Tout d abord, le bazar de Baharak propose une large gamme de variétés de blé. Cependant, les quantités varient selon les années, selon les mois. Un agriculteur qui souhaite acheter telle ou telle variété doit s y prendre au moment des récoltes. Après cette date, le choix devient de plus en plus limité. Cette stratégie implique d avoir une trésorerie conséquente. En effet, jusqu à la fin des récoltes, le prix du blé est élevé. Les agriculteurs qui ne possèdent pas le capital suffisant doivent atteindre la fin des récoltes ou bien utiliser une partie de leur récolte. Utiliser une partie de la récolte nécessite une large gamme de variété puisque les paysans essaient le plus souvent de changer de variétés pour lutter contre les divers parasites, notamment la rouille. Les agriculteurs aux petites surfaces doivent bien souvent renouveler leur variétés chaque année. En effet, il leur est souvent difficile de conserver une année sur l autre assez de 86

99 blé comme semences. Si leur trésorerie le permet, ils auront un choix important, sinon, ils ne prendront que ce que les commerçants pourront leur proposer, souvent des variétés dont la qualité fut mauvaise lors de la dernière campagne. Les commerçants ne sont pas les uniques fournisseurs de semences. Les ONG disposent de programmes agricoles, dont la diffusion de semences améliorées. Le choix quant à ces derniers se fait lors des shuras (réunion villageoise) qui donnent bien souvent la parole aux plus influents. Ainsi, toute une population ne peut accéder à ces programmes de développement des ONG créant ainsi des différences quant à l accès aux semences. Les fertilisants Deux types d engrais sont utilisés par les paysans : la fumure organique et les engrais chimiques. Les agriculteurs achètent peu de fumier. Les transactions concernent surtout l achat comme combustibles. 50 kg coûte près de 300 afghs. 2-3 jours suffisent à utiliser ces 50 kg. C est un coût évidemment important pour les ménages ; les enfants sont donc largement utilisés pour collecter les quelques déjections animales sur les chemins de sorte que c est dernier sont très souvent «propres». Ainsi, la fumure organique représente un coût élevé pour l agriculture. Nous avons vu dans les paragraphes que selon le Memento de l agronome, il faudrait 2 tonnes de fumier par jerib ce qui représente plus de afghs soit pratiquement le produit de la récolte. Les agriculteurs préfèrent donc remplacer l organique par le minéral. Les engrais chimiques utilisés dans la zone sont le DAP et l urée exploitations sur les recensées qui possèdent des terres irriguées au Badakhshan utilisent ces engrais chimiques (MALETTA H., FAVRE R., 2003, P. 35). Curieusement, aucun engrais pourvu de potassium n est utilisé. Il semble que la composition géologique de l Afghanistan permette cette impasse. Là encore les coûts sont importants. Les agriculteurs utilisent les engrais chimiques avec parcimonie. Les ONG fournissent à de nombreux paysans des sacs d urée et de DAP. Ces engrais sont vendus à des prix faibles pour permettre aux agriculteurs d accéder à ces intrants. Les pesticides L accès à ces produits est extrêmement limité. Seules deux échoppes proposent quelques produits qui sont pour la plupart des insecticides. Les prix sont trop élevés pour les plupart des paysans. Ces derniers n ont que très peu de connaissance sur l utilisation, le dosage, les dangers des divers produits proposés. Aucun ne possède de notice en Perse. Les agriculteurs ne peuvent se baser que sur les dires du commerçant qui n a malheureusement pas de solides connaissances sur les pesticides. Les ONG ne proposent pas de pesticides. Seuls les employés qui savent lire l anglais peuvent déchiffrer la notice des éventuels modes d emploi et ainsi fournir aux paysans quelques conseils. Excepté pour le traitement des semences, aucun produit chimique ne semble être utilisé sur le blé actuellement même lors des tests effectués par les ONG. Les outils Exceptée la batteuse, l accès aux divers outils (comme la faucille, les sacs pour le transport) nécessaires à la culture du blé semble identique pour tout le monde. Le coût des outils ne représente pas une barrière insurmontable pour les paysans de la zone, chacun peut acheter à un prix raisonnable les outils chez les commerçants de Baharak. 87

100 La batteuse qui remplace les bœufs permet de gagner un temps importants : 1 heure par jerib avec la machine contre 1 journée avec les bœufs. Ce gain de temps a un coût élevé (10 % de la récolte) ce qui ampute largement la production. Le conseil Le conseil agricole semble être peu développé dans la zone, les initiatives locales ont une vitesse d extension faible. Les ONG tentent de combler ce manque en fournissant des conseils à ceux qui sont soutenus dans leurs programmes. De même que pour les fertilisants et les semences, les conseils ne sont pas donnés à tous les agriculteurs. Notons au passage que la combinaison «semences + engrais chimiques + conseils techniques» correspond au paquet technique fourni par Afghanaid Un aval plus homogène L aval de la filière blé est plus homogène. La plupart des agriculteurs consomment leur production. Ils stockent le grain dans leurs silos et transforment au fur et à mesure des besoins en farine. Seuls quelques foyers des types 1 et 2 peuvent vendre une partie de leur blé sur le bazar, à leur voisin ou famille Pourquoi du blé? Intérêts Une forte tradition culinaire Nous l avons vu un peu plus haut, le blé est transformé en farine afin de produire le pain, ou nan, nourriture indispensable aux repas afghans. Le blé est donc une culture indispensable à l Afghanistan. L Histoire nous a appris que la vallée de Baharak a dû faire face à un certain isolement ; ses habitants ont toujours cultivé des céréales afin de satisfaire au moins une partie de leurs besoins. Le blé est donc la culture la plus importante pour les paysans de la vallée. Le chapitre dernier nous apprend que la plupart des systèmes de culture sont basés sur le blé. L aide internationale : «une mentalité blé» Avec la fin de la guerre, de nombreuses agences humanitaires se sont portées au chevet de l Afghanistan. L urgence était de nourrir les Afghans dont les facteurs de productions étaient fortement affaiblis par la guerre et par la dernière sécheresse. S appuyant sur un régime alimentaire basé sur le pain, ces agences humanitaires (Organisation des Nations Unis (ONU), ONG ) ont distribué de nombreuses quantités de blé. Actuellement, la culture du blé bénéficie de ces «subventions» (MALETTA H., 2003, p. 36). Nous verrons dans le chapitre suivant quels sont les impacts de tels programmes. On peut cependant affirmer que ces programmes incitent fortement les agriculteurs à semer du blé dans leurs champs Contraintes Des surfaces importantes ou une double activité Aujourd hui, si un paysan de Baharak veut vivre d une activité céréalière en dégageant un surplus de blé, il doit posséder plus de 1,25 jb par adulte. Cette surface, la distribution typologique le montre, peu de foyers la possèdent. Les paysans qui veulent cependant baser leur agriculture sur cette céréale doivent alors produire une autre richesse, la double activité est parfois la seule solution. 88

101 Une qualité pas assez bonne Beaucoup d habitants de Baharak affirment préférer la farine de Kunduz à celle produite à Baharak. La qualité peut devenir un critère important dans le comportement décisionnels de l agriculteur. En effet, avec l ouverture économique de la vallée et le développement probable des moyens de communication, importer du blé à Baharak coûtera moins cher qu aujourd hui. La qualité de la farine de Baharak aura donc un poids de plus en plus important pour concurrencer celui de Kunduz. Or actuellement, peu d efforts sont fournis par les divers acteurs de la filière. Avant d étudier les avantages et intérêts des cultures maraîchères, notons qu il existe de nombreuses variétés de blé à Baharak. L annexe 12 nous explique selon quels facteurs les agriculteurs choisissent entre les différentes variétés. 4.2 LES LEGUMES Une filière légumes peu développée Un amont quasiment inexistant Pas ou peu de matériel La culture maraîchère n est pas mécanisée, tant sur la production que sur la transformation. De plus, très peu d intrants sont vendus dans le district, notamment les pesticides. Un savoir technique insuffisant pour une agriculture de vente De nombreux agriculteurs cherchent à connaître les maladies et les carences contre lesquelles ils doivent lutter. Ils interrogent régulièrement les techniciens des ONG sur les moyens de lutte. En plus du manque d intrants, il y a un manque de connaissances sur la lutte contre les maladies ou carences Un aval problématique Et le marché? La plupart des paysans avancent le problème du marché : «les gens ne mangent pas beaucoup de légumes». Cependant, de nombreuses personnes habitent le district de Baharak et même s ils ne consomment pas beaucoup de légumes, ils représentent tout de même un certain potentiel. De plus, l exportation en dehors de Baharak peut aider à écouler la production. Des coûts de transport décourageant L exportation est un débouché intéressant pour les éventuels maraîchers de Baharak. Quelques camions des provinces du sud (Kunduz, voire Kaboul) importent du matériels (chaises, tables, moquettes, outils ) dans le district et souhaitent rentabiliser leur voyage en achetant des produits de Baharak pour les revendre au sud. Des pommes de terres, des pommes, des noix et des oignons sont les principales exportations de la vallée. Malheureusement, les paysans dénoncent bien souvent les difficultés de transport. Les camions des commerçants venus du sud ne suffisent apparemment pas à écouler une éventuelle production et louer un camion n est pas rentable pour un paysan. Les coopératives de transports ont du mal à se développer car les agriculteurs ne souhaitent pas forcément vendre leur production tous aux mêmes moments ce qui posent un problème de coordination. 89

102 Enfin, l état des routes est tel que le transport prend beaucoup de temps ce qui coûte d autant plus cher et risque d abîmer certains types de produits frais (tomates, abricots ) Pourquoi des légumes? Intérêts Maximisation de la productivité de la terre Le chapitre 3 nous permet de comprendre l avantage principal des légumes sur le blé : maximiser la productivité de la terre. Le manque de surface pour de nombreux paysans pousse ces derniers à intensifier. Une production légale Dans un contexte agricole où le pavot à opium fait partie des différentes stratégies, le légumes possèdent un avantage : il s agit d une culture légale. Cet avantage deviendra de plus en plus décisif avec la montée de puissance du gouvernement central. Un revenu monétaire En plus de maximiser la productivité de la terre, les légumes peuvent être vendus et donc rapporter un revenu monétaire au producteur. Dans un environnement de plus en plus soumis aux lois de la consommation (radio, télévision, sodas ), le revenu monétaire est de plus en plus important Contraintes Beaucoup de travail L annexe 10 montre que le temps de travail est la première contrainte de la production maraîchère. En ne tenant même pas compte de la transformation, il faut y consacrer de nombreuses journées de travail (100 à 137 pour la pomme de terre et l oignon). Les exploitations avec un déficit de main d œuvre doivent donc s adapter (embauche d ouvrier, travail des femmes, des enfants ). Peu d appui institutionnel Les ONG consacre moins de moyens et de temps au maraîchage qu au blé. Peu de savoir, peu d intrants et peu d outil pour une production sensible et coûteuse en temps. 4.3 LE PAVOT Une filière solide Les paysans qui s orientent vers la culture de pavot à opium peuvent actuellement s appuyer sur une filière solide. Les paysans n ont aucune difficulté à se procurer des semences de pavot au bazar. De plus, les intrants nécessaires à cette culture sont les mêmes que ceux présent pour le blé. L amont de la filière du pavot à opium n offre pas moins d avantages que celle du blé. Enfin, les rendements sont tels (35 kg par jerib) que le transport ne pose aucune difficultés aux agriculteurs contrairement aux légumes Un marché stable Le pavot à opium permet une agriculture de rente. Le marché et ses fluctuations constituent une des difficultés majeures de ce type d agriculture. Or, le pavot à opium 90

103 sert à la fabrication d héroïne, une drogue dont l accoutumance est si rapide et si forte qu un client de gagner est quasiment un client d assurer. Le marché pour le pavot à opium est un marché qui se résorbera difficilement. Il y aura donc toujours un marché bien réel pour ces paysans. Ce point constitue un avantage décisif du pavot sur d autres cultures. Toutefois, une trop grosse offre par rapport à une demande à l évolution lente, aura pour conséquence immédiate de faire chuter les prix de vente Pourquoi du pavot? Après avoir décrit ces derniers éléments (filière et marché), reprenons tous les facteurs cités dans ce document afin de mettre à plat le comportement décisionnel quant au pavot à opium Intérêts Maximisation de la productivité de la terre Le chapitre 3 ( ) nous permet de comprendre l avantage principal du pavot sur toutes les autres plantes cultivées dans la zone : dégager plus d argent par unité de surface. 80% des foyers n ont pas assez de terre pour vivre de la culture du blé et sont donc obligés d intensifier par la terre. Un revenu monétaire Comme pour les légumes, le pavot à opium permet un revenu monétaire aux producteurs. Avec l ouverture des marchés, la circulation de nouveaux biens de consommation, l argent liquide devient de plus en plus indispensable pour payer les commerçants qui, eux-mêmes, paient leurs fournisseurs avec de l argent. La meilleure filière Nous venons de voir que la filière du pavot à opium est bien en place et peut s appuyer sur un débouché stable. La vente est certaine. L accès au crédit Le pavot favorise bien souvent l accès au crédit. En effet, cette culture est considérée comme preuve de solvabilité par les éventuels créanciers qui sont certains que les paysans pourront vendre leur production et ainsi avoir de l argent pour rembourser. Les créanciers acceptent même un remboursement en nature si celui-ci s effectue avec du pavot Contraintes Une culture prohibée La culture du pavot est illégale en Afghanistan. La communauté internationale, désireuse de lutter contre le trafic de drogue, s oppose fermement à la culture et incite fortement le gouvernement afghan à l éradication. Les paysans peuvent donc voir les plantes à opium coupées par les forces de police afghane. Il s agit là d un risque majeur pour les agriculteurs qui peuvent voir quelques-unes de leurs parcelles improductives. En plus de cette interdiction gouvernementale, la culture du pavot est déclarée illégale par le Coran car cette plante produit directement une drogue : l opium (contrairement au raison qui demande une transformation particulière avant l obtention d alcool). Malgré cela, les leaders religieux ne semblent pas avoir beaucoup de poids face à la détresse de certains agriculteurs et aux possibilités financières qu offre le pavot. Enfin, plus haut ( ), nous avons vu que certains mollahs incitent même à la production pour diverses raisons. 91

104 Beaucoup de travail Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Les 135 journées de travail par jerib (cf. annexe 10) représentent une contrainte technique majeure pour les agriculteurs de la zone. Ce temps de travail élimine la potentielle double activité des paysans. Il leur faut engager de la main d œuvre pour respecter l itinéraire technique. Aussi, les exploitations à la main d œuvre masculine la plus nombreuse pourront engager quelques journaliers sans que cela ne pèse trop sur les coûts de production. Par contre, les exploitations avec une faible force de travail masculine devront faire appel aux femmes et aux enfants afin de limiter les coûts de production. Un prix de vente variables pour des coûts de production fixes L évolution de la demande en opium varie peu car le marché est difficile à accroître (politique anti-drogue) et à résorber (accoutumance). Si on exclut les stocks, c est l offre qui conditionne le prix de vente. Une production nationale élevée fera chuter les prix de vente comme le montrent les graphes du document des Nations Unis sur le pavot (Afghanistan, Opium Survey, (2004), p. 3,5). La figure suivante reprend schématiquement les éléments qui influencent l agriculture vis-à-vis de la culture du pavot à opium. Activité non agricole : Le pavot requiert beaucoup de travail Politique et éradication Situation géographique : plus on s éloigne des axes importants moins le gouvernement possède de pouvoir Crédit : le pavot permet d avoir accès au crédit La filière pavot est la plus développée Contexte social Comportement décisionnel La force de travail Religion et morale Le ratio «travail» Nouveaux biens de consommation Ratio «terre» Foyers en difficultés économiques Crises : guerre, sécheresse, maladies Figure 9 : Comportement décisionnel concernant le pavot à opium 92

105 4.4 QUI CHOISIT QUOI ET POURQUOI? Maintenant que nous avons appréhendé les avantages et les contraintes de chaque culture, il est possible de comprendre le comportement décisionnel des agriculteurs. Des scénarii ont été élaborés pour chaque type. Les caractéristiques des types représentent les causes structurelles et pour chaque catégorie de foyer de la typologie, différents événements conjoncturels vont venir perturber les choix de l agriculteur Caractéristiques générales : Tout d abord, toutes les exploitations agricoles sont dans une zone que contrôle le gouvernement. Ce dernier, hostile à la culture du pavot, influence donc directement le comportement de l agriculteur. Enfin, la filière pavot dans la vallée de Baharak est telle qu elle permet à tous les agriculteurs de cultiver et de vendre l opium Le type 1 et 2 (17 %) : le pavot, une production secondaire Lorsque une nouvelle campagne agricole commence, si la famille n a pas à faire face à des problèmes conjoncturels, le chef de l exploitation choisira de cultiver majoritairement du blé. En effet, son capital foncier conséquent permet de dégager un surplus agricole et d entretenir un troupeau conséquent afin vendre ses produits. - Un besoin d argent ponctuel Dans le cas d une récolte catastrophique à cause de la rouille par exemple, la famille devra acheter de quoi se nourrir. De même, dans le cas du mariage d un fils, la famille devra payer une prestation matrimoniale. Pour cela, il existe plusieurs alternatives : vendre des animaux, vendre du bois ou emprunter de l argent. L année suivante, le chef d exploitation cherchera à reconstituer son troupeau, acheter des arbustes pour les planter ou rembourser ses dettes. La famille pourra s appuyer sur le surplus agricole de l année suivante. - Un besoin d argent prolongé Dans le cas d un prolongement d une telle situation, la famille devra s appuyer sur une autre stratégie si elle ne veut pas que la décapitalisation soit trop préjudiciable 27. Elle cherchera donc à recapitaliser rapidement en consacrant une partie de ses terres à des cultures plus lucratives comme le pavot à opium. Dans le cas d une politique d éradication trop ferme, le chef d exploitation préférera orienter ses systèmes de production vers des cultures licites comme les légumes. - Un manque de main d œuvre Dans le cas d une maladie prolongée ou d un accident d un des membres de l unité de production, les foyers du type 1 évoluent vers la catégorie 2 de la typologie. La stratégie n évolue guère, elle reste basée sur le blé quitte à embaucher des ouvriers agricoles pour combler le déficit de main d œuvre. Le surplus agricole couvre cette augmentation des coûts de production. La figure suivante reprend schématiquement les informations précédentes : 27 On parlera alors de paupérisation, c est-à-dire d une vente trop importante des facteurs de production qui condamne l exploitation à abandonner ses stratégies les plus intéressantes et ainsi à réduire la production de richesse. 93

106 Un besoin d argent ponctuel Un besoin d argent prolongé Un manque de main d oeuvre Un système de production basé sur le blé qui permet de dégager un surplus. Décapitalisation. Les surplus dégagés par le SP basé sur le blé permettent de recapitaliser. Une partie de l assolement sera en pavot. Si l Etat devient trop fort, des SP basés sur le maraîchage seront préférés. L exploitation doit alors embaucher des ouvriers pour combler le déficit de main d œuvre. Le surplus dégagé par le SP basé sur le blé permet cette embauche. Campagne 1 Campagne 2 Campagne 3 Campagne 4 Figure 10 : Scénarii sur le comportement décisionnel des exploitations du type 1 et Le type 3 (9 %) : une stratégie «pavot» en cas de crise durable Ces exploitations doivent faire face à un manque de terre. Dans le cas d une année précédente sans endettement, avec une bonne récolte, ces exploitations privilégient la double activité quand cela leur est possible. La force de travail étant conséquente, un membre de la famille peut facilement trouver un travail comme journalier en dehors de l exploitation. Le chef d exploitation voit donc la force de travail disponible sur l exploitation diminuer et s oriente donc vers une production qui demande peu de travail : les SP basés sur le blé. Ce travail faiblement rémunéré suffit à la famille car l unité de production reste conséquente. - Pas assez de travail S il devient difficile de trouver un travail, l exploitation devra maximiser la productivité de la terre. Pour cela, il peut compter sur une main d oeuvre masculine conséquente, ces exploitations s orienteront alors vers les cultures maraîchères qui permettent une meilleure valorisation de la terre. Une seconde stratégie consiste à louer 28 des terres pour cultiver du blé afin d occuper toute l unité de production et de devenir autosuffisant en blé. Le développement des programmes blé poussent les agriculteurs à cultiver du blé et donc à louer des surfaces malgré un coût important de 50 % des récoltes. - Un besoin d argent ponctuel Dans le cas d une mauvaise récolte (rouille, grêle) ou d un mariage à payer, la famille devra trouver de l argent pour pouvoir acheter de quoi se nourrir. Ces familles dans le besoin vont emprunter de l argent ou décapitaliser en espérant pouvoir rembourser ou recapitaliser l année suivante grâce à leur importante main d œuvre masculine. L accès au crédit leur est généralement possible car cette main d œuvre masculine conséquente les rend solvable aux yeux des créanciers. 28 Lors d une location, le choix de la culture se fait via un consensus entre le propriétaire et le métayer. Ce dernier semble souvent avoir l ascendant sur le premier puisque l offre de terre en location est plus importante que la demande ce qui met le métayer dans une situation avantageuse lors des négociations. Un désaccord peut entraîner un désengagement du métayer pour un autre propriétaire plus conciliant. 94

107 - Un besoin d argent prolongé Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Au cas où cette situation (mauvaise récolte) se prolongerait, la famille aura vite atteint le seuil de décapitalisation critique, c est-à-dire une décapitalisation qui remet en cause fondamentalement les facteurs de production comme la vente de terres, des derniers animaux reproducteurs Cette famille devra donc arrêter de décapitaliser et s orienter vers le crédit. Si ce dernier devient trop important, les créanciers n auront plus confiance et ne prêteront plus d argent. Il faudra donc maximiser la productivité de la terre. La production maraîchère risque de ne pas être suffisante pour surmonter la crise conjoncturelle à cause des surfaces trop petites. Cette famille devra donc produire du pavot pour redevenir solvable quitte à rentrer en conflit avec le gouvernement. - Un manque de main d œuvre Une maladie ou un accident peut réduire l unité de production et faire passer l exploitation du type 3 au type 4. La figure suivante reprend les différents scénarii analysés ci-dessus : Pas assez de travail : pas de double activité Besoin d argent ponctuel Besoin d argent prolongé Manque de main d oeuvre Passage au type 4 Double activité avec des SP basés sur le blé. Maximisation de la productivité de la terre avec des cultures maraîchères. OU Location de terres afin d occuper toute la main d œuvre avec des SP basés sur le blé. Décapitalisation ou crédit. Remboursement l année suivante avec : la double activité et des SP basé sur le blé. Décapitalisation trop dangereuse et crédit trop difficile : Pavot à opium afin de surmonter le crise ou pour avoir accès aux crédits. Campagne 1 Campagne 2 Campagne 3 Campagne 4 Figure 11 : Scénarii sur le comportement décisionnel des exploitations du type Le type 4 (45 %) : le pavot en cas de moindres chocs Ces exploitations doivent faire face à un manque de terre et de main d œuvre. Le blé ne suffit pas et le travail comme journalier non plus. Il faut donc que ces exploitations trouvent des alternatives. Ceux qui disposent d un travail bien rémunéré (ONG) peuvent se permettre de louer tout ou une partie de leur terre. Communément, ces familles essaient d être double actif en pratiquant des systèmes de culture basés sur le blé ce qui leur permet d être double actif ou d intensifier la terre en maximisant sa productivité grâce à la culture de légumes. Pour combler le déficit de main d œuvre, les femmes et les enfants travaillent bien souvent dans les champs. Les parcelles les plus proches des habitations ou les plus éloignées des voies de communication seront cultivées en légumes afin que les femmes puissent y travailler sans être (trop) vues ; les autres parcelles sont plus souvent cultivées de façon à limiter le travail (blé, orge, cultures fourragères). Si les surfaces de l exploitation sont trop faibles, quelques parcelles peuvent être louées afin d occuper toutes la main d œuvre familiale (c est surtout vrai pour les exploitations du type 4a). 95

108 - Dans le cas d un besoin d argent ponctuel Dans le cas d une mauvaise récolte, d une mévente ou du paiement d une prestation matrimoniale, la famille devra trouver de l argent. La seule alternative est la décapitalisation puisque ces familles sont trop peu solvable devant d éventuels créditeurs (peu de terre, peu d homme dans la famille). Malheureusement, la décapitalisation atteint bien vite les limites de la paupérisation car ces familles éprouvent des difficultés à capitaliser en temps normal. Aussi, très rapidement, et bien souvent, immédiatement, ces familles vont devoir orienter leur production vers ce qui permet de gagner le plus d argent : le pavot à opium. Le manque de main d œuvre est comblé par le travail des femmes et des enfants voire par l embauche d ouvriers agricoles. Il y a donc un risque de conflit direct avec le gouvernement qui peut dégénérer violement (BASSIRA.NET, 12 avril 2005). Dans le cas d un besoin d argent sur le long terme, cette stratégie est d autant plus utilisée. Comme le montre ce dernier paragraphe, le climat n a pas d impact direct sur le comportement décisionnel de l agriculteur. On ne peut pas affirmer comme KERR- WILSON (p. 22) que le pavot sera préféré au blé en cas de sécheresse, par exemple (le blé étant plus sensible au manque d eau que le pavot). Tout d abord, l agriculteur ne peut pas prévoir la météo pour la prochaine campagne agricole, ensuite, le résultat d une année de sécheresse reste un endettement immédiat. L agriculteur choisira donc de cultiver du pavot pour rembourser sa dette et non pas pour diminuer les effets directs d une sécheresse hypothétique. - Un manque de main d œuvre Le manque de main d œuvre ralentit dangereusement la production de richesse, la décapitalisation de facteurs de production est alors la seule alternative pour combler le vide dans une unité de production déjà insuffisante. Le ménage se retrouve bien vite dans une situation d urgence économique dans laquelle l exode sera la dernière opportunité si ce déficit de main d œuvre perdure. Les scénarii sont repris sans la figure suivante : Location de terre et SP basé sur le blé pour le type 4a. OU Maximisation de la productivité de la terre avec des cultures maraîchères. Le travail des femmes et de enfants est indispensable pour combler le déficit de main d œuvre pour le 4b. Un besoin d argent ponctuel Décapitalisation dangereuse et crédit difficile. Le pavot à opium est la seule alternative. Un besoin d argent prolongé Décapitalisation dangereuse et crédit difficile. Le pavot à opium est la seule alternative. Un manque de main d oeuvre Pavot à opium, l embauche d ouvrier est la seule alternative mais les coût de production peuvent être trop important : Décapitalisation, surendettement voire exode. Campagne 1 Campagne 2 Campagne 3 Campagne 4 Figure 12 : Scénarii sur le comportement décisionnel des exploitations du type 4 96

109 4.4.5 Le type 5 (6 %) : du travail à l extérieur Les stratégies de ces exploitations sans terre sont toutes basées sur une main d œuvre conséquente. Ces exploitations préfèrent bien souvent s orienter vers du travail en dehors de l exploitation. L unité de production peut aisément subvenir au besoin de l unité de consommation avec un travail journalier. - Un manque de travail Dans le cas d un manque de travail, le chef d exploitation décidera de louer des terres afin d occuper toute l unité de production. Ce sont des systèmes de cultures basés sur le blé qui sont préférés car simple à mettre en œuvre, elles permettent également de nourrir un petit troupeau. Les cultures de rentes comme le maraîchage demandent d importants intrants pour une sensibilité souvent importante et un débouché aléatoire. Aussi ces ménages préfèrent baser leur stratégie sur le travail à l extérieur même si celui-ci est réduit. - Un besoin d argent ponctuel Dans le cas d un besoin d argent ponctuel, ces ménages vont soit décapitaliser le peu de biens superflus qu ils possèdent soit emprunter de l argent. Le travail à l extérieur permet bien souvent de rembourser la dette ou de racheter les objets vendus. Si cette situation se prolonge, le foyer n aura plus accès au crédit et devra décapitaliser davantage. Avant d atteindre un stade trop critique (vente de la charpente, mariage forcé des filles ), ces foyers vont louer des terres afin de cultiver ce qui rapporte le plus d argent : le pavot à opium. Les débouchés des légumes étant trop incertain et pas assez rémunérateurs. Les risques de conflits avec le gouvernement deviennent alors considérables. - Un manque de main d œuvre Un manque de main d œuvre fait passer ces foyers sans terre vers le type 6. La figure suivante reprend les différents scénarii élaborés ci-dessus : Un manque de travail Un besoin d argent ponctuel Un besoin d argent ponctuel Manque de main d oeuvre Travail non agricole OU location de terre avec SP basé sur le blé ou cultures maraîchères Location de terres supplémentaires avec un SP basé sur le blé afin d accéder à un éventuel travail à l extérieur et de nourrir un petit troupeau. Décapitalisation. Les surplus dégagés par le travail non agricole ou la location de terre grâce à la nombreuse main d œuvre permettent de recapitaliser. Passage au type 6 Le crédit devient difficile. La location pour cultiver du pavot à opium devient la seule alternative. Campagne 1 Campagne 2 Campagne 3 Campagne 4 Figure 13 : Scénarii sur le comportement décisionnel des exploitations du type 5 97

110 4.4.6 Le type 6 (23 %) : trop peu d alternative Ces foyers n ont pas de terres et disposent d une main d œuvre masculine trop faible pour subvenir aux besoins de l unité de consommation avec de simples travaux journaliers. Ils vont donc tenter de louer des terres afin de cultiver quelques légumes et du blé en utilisant les femmes et les enfants pour combler le déficit de main d œuvre tout en travaillant éventuellement à l extérieur de l exploitation. - Un besoin d argent ponctuel ou un manque de travail à l extérieur Dans le cas d un manque de travail ou d un besoin ponctuel d argent, le chef d exploitation décidera de décapitaliser le peu qu il possède jusqu à ce que cela devienne trop dangereux pour le foyer. Le chef d exploitation décidera alors de cultiver du pavot à opium afin de combler le manque d argent. - Un besoin d argent prolongé Dans le cas d un besoin d argent prolongé, le pavot à opium est d autant plus utilisé, quitte à rentrer en conflit avec le gouvernement. Dans le cas contraire, la décapitalisation risque rapidement d aboutir à l exode vers des centres urbains qui ont la réputation d offrir du travail. - Un manque de main d œuvre Dans le cas d un fort déficit de main d œuvre, l embauche d ouvriers agricoles supplémentaires est indispensable. Les coûts de production peuvent alors devenir trop forts pour l exploitation qui devra décapitaliser progressivement jusqu à ce que le foyer ne puisse plus vivre dans la zone, l exode est lors la seule alternative. La figure suivante reprend l analyse précédente sous forme de schéma : Un besoin d argent ponctuel ou manque de travail à l extérieur Un besoin d argent prolongé Un manque de main d oeuvre Travail à l extérieur et location de terre avec cultures maraîchères et blé avec travail des femmes et des enfants pour combler le déficit de main d œuvre. Location de terre avec du pavot à opium OU décapitalisation Location de terre avec du pavot à opium OU décapitalisation puis exode Location de pavot à opium jusqu à ce que les coût de production deviennent trop forts (location, ouvriers) ; il y aura alors la décapitalisation jusqu à l exode. Campagne 1 Campagne 2 Campagne 3 Campagne 4 Figure 14 : Scénarii sur le comportement décisionnel des exploitations du type 6 98

111 SYNTHESE DU CHAPITRE 4 : les comportements décisionnels Le pavot n est pas nécessairement cultivé par les habitants de Baharak, le gouvernement étant présent et actif. Mais, selon le degré de vulnérabilité des ménages, ces derniers se mettront à le cultiver pour surmonter une crise. Les exploitations des types 1 et 2 s appuient sur des facteurs de production importants (notamment celui de la terre) pour surmonter les éventuelles chocs, le pavot n est donc retenu qu en cas de crise prolongée. Les exploitations des types 3 et 5 s appuient sur une main d œuvre importante pour faire face aux chocs. Mais la plus petite des prolongations orientera ces exploitations vers la culture du pavot à opium. Enfin, en cas de moindres difficultés, les exploitations du type 4 et 6 cultivent le pavot à opium et s opposent donc directement au gouvernement. En conditions «normales», sans crises, les exploitations avec une main d œuvre importante peuvent s orienter vers la culture maraîchère afin d augmenter la productivité de la terre s ils peuvent écouler leur production facilement. Ceux qui possèdent un accès à la vente mais qui ne disposent d une main d œuvre masculine conséquente peuvent faire appel aux femmes dans certaines conditions (parcelles éloignées des axes de communication ). Le plus important reste, ici, de pouvoir vendre sa production. Le manque de connaissances techniques rend également les agriculteurs méfiants vis-à-vis de ces cultures maraîchères. 99

112 5 AFGHANAID, VERS UNE SECURITE ALIMENTAIRE? Les chapitres précédents nous ont permis de comprendre, en fonction des atouts et contraintes du milieu, quelles stratégies les habitants de Baharak mettent en place et pourquoi. Il nous faut maintenant analyser les actions concrètes des ONG afin de pouvoir débattre autour des hypothèses de travail et de la problématique. Dans ce chapitre, ce sont les programmes agricoles de l ONG Afghan Aid et leurs impacts sur les foyers qui seront décrits. 5.1 AFGHANAID, UNE ONG ANGLO-AFGHANE Présentation et fonctionnement général Une origine anglaise Afghan Aid est une ONG d origine anglaise créée en 1983 et qui travaille exclusivement en Afghanistan. L objectif initial d Afghan Aid fut de soutenir les réfugiés pendant la guerre. Aujourd hui, l ONG britannique travail dans le secteur de l agriculture, de la santé, de l éducation, de la condition féminine et des infrastructures (ponts, routes). Enfin, cette ONG s est engagé dans les nouveaux Programmes de Solidarité Nationale (NSP) 29 en partenariat avec le gouvernement afghan Un fonctionnement afghan Sur le terrain, l équipe d Afghan Aid est composée uniquement d Afghans. Chaque district dans lequel agit l ONG est composé d une équipe qui dispose de locaux pour vivre. Le chef d équipe n est pas de la province pour éviter tout comportement corruptible. L équipe se compose d un pôle agricole, vétérinaire, social et «femme». Chaque pôle est géré par un responsable qui peut selon les cas et les moyens avoir un ou plusieurs équipiers. Afghan Aid travaille à l échelle du village. Si un agriculteur souhaite profiter des programmes de l ONG, il doit réunir la shura de son village afin d obtenir l aval de celle-ci pour que le village puisse travailler avec l ONG. Le responsable de la shura va ainsi trouver Afghan Aid avec une lettre qui précise les motivations du village. Ce dernier doit alors accepter les règles imposer par Afghan Aid comme la possibilité pour les femmes de participer aux programmes. Ensuite, Afghan Aid traite uniquement avec la shura, c est cette dernière qui décide des bénéficiaires. En effet, l ONG peut ne pas aider tous les agriculteurs du village en même temps, la shura décide donc des personnes qui profiteront des programmes. Ce fonctionnement permet aux Afghans de s impliquer totalement dans les projets menés par Afghan Aid. Les bénéficiaires peuvent facilement s approprier les programmes de développement. Cette stratégie permet également de diminuer les risques pour Afghan Aid d être considérée comme une entité étrangère qui dicterait sa propre vision du développement sans tenir compte de la culture afghane. Ce dernier point est particulièrement important dans ce pays où les revendications contre les ONG (et plus globalement contre le monde occidental) sont encore bien présentes comme en 29 Les NSP sont des programmes financés par les institutions internationales telles que la Banque Mondiale. Les agents de développement comme les ONG doivent former des groupes locaux afin que ces derniers puissent décider eux-mêmes des projets à réaliser dans leur espace de vie (route, puits, école, ). Les ONG servent d intermédiaires entre ces groupes locaux et le gouvernement afghan qui gère les fonds. 100

113 témoignent la destruction, en mai 2005, des bureaux de deux ONG dans le centre de Baharak. 5.2 LES PROGRAMMES AGRICOLES ET SES IMPACTS Le «demonstration plot», entre recherche appliquée et fondamentale Description Afghan Aid dispose dans chaque district de parcelles de démonstration gérées par un technicien agricole. L objectif de ces parcelles est de tester différentes variétés de blé, légumes et arbres (fruitiers ou non). De plus, le technicien peut proposer des démonstrations pratiques (greffes) avec les agriculteurs qui le souhaitent. En interrogeant les techniciens, on se rend compte de l importance des tests sur les nombreuses variétés de blé. Quatre essais sont réalisés : - les premiers portent sur une vingtaine de variétés proposées par la FAO. Chaque variété est testée quatre fois dans les mêmes conditions afin d éliminer les résultats aberrants. Les autres tests portent sur la variété sélectionnée l année précédente via les premiers tests. Ils visent à déterminer : - la meilleure date de semis - la meilleure densité de semis - les meilleures doses d engrais Les autres tests portent sur les légumes : tomates, pomme de terre, aubergines, poivrons, gombos, oignons La plupart portent sur une seule variété et vise à tester la capacité du légume à se développer dans les conditions écologiques de la zone. Enfin, les parcelles de démonstration font offices de pépinières pour les arbres fruitiers (pommiers, abricotiers, noyers) et pour les arbres à bois (peupliers) Impacts Ce programme influe directement sur les variétés de blé qui seront utilisées par les agriculteurs. L unique indicateur retenu est le rendement en grain, l annexe 12 nous montre qu il en existe cependant d autre. Les tests sont réalisés en conditions optimales, c est-à-dire sans tenir compte des contraintes des agriculteurs : peu de temps pour désherber, peu d engrais Les rendements obtenus en parcelles de démonstration sont bien supérieurs à ceux observés chez les agriculteurs qui sont deux à trois fois moindres. Aussi, les résultats obtenus intéressent de nombreux agriculteurs qui voudraient bien voir leur production être multipliée par 3 et donc semés ces variétés Les multiplicateur de semences Description Une fois la variété de blé au meilleur rendement sélectionnée en année n, elle est testée en année n+1 et diffusée l année n+2 à quelques agriculteurs avec un itinéraire technique issue des tests de l année n+1. Le technicien d Afghan Aid vient vérifier les parcelles de l agriculteur afin de contrôler l itinéraire technique. Les multiplicateurs sont choisis en fonction de leurs capacités à produire de bons rendements. Ce sont 101

114 souvent des exploitations qui disposent d une main d œuvre conséquente et d un capital qui permet de suivre l itinéraire technique (notamment les doses d engrais) Impacts Ce programme vise à multiplier dans la zone les meilleures variétés de blé préalablement sélectionnées, les grains ainsi récoltés sont donc adaptés au milieu. De plus il y a un développement de la filière et du secteur privé bien que celui-ci n existe que par le soutien d Afghan Aid. Les multiplicateurs sont suivis par les technicien d Afghan Aid et ont bien souvent la capacité (en travail et en capital) d égaler les résultats des parcelles de démonstration La distribution de blé Description Après avoir récoltés le blé, les multiplicateurs de semences revendent leur production à Afghan Aid qui diffuse cette variété en année n+3 aux agriculteurs qui participent aux programmes de développement. En plus d un sac de 50 kg de semences améliorées, Afghan Aid fourni un sac d engrais et des conseils quant à l itinéraire technique. Les semences et les engrais sont vendus sous forme de «paquets» aux paysans qui doivent rembourser Afghan Aid à la récolte, c est-à-dire l année n+4, souvent sous forme de blé à des prix bien inférieurs à ceux du marché Impacts Ce programme de diffusion incite fortement les agriculteurs à semer du blé dans leurs champs. En effet, les agriculteurs bénéficient d un avantage à utiliser ces «paquets» fournis par Afghan Aid car ils sont à des prix inférieurs à ceux du marché. Refuser les avantages d une telle aide serait considéré comme un manque à gagner par les agriculteurs. Ces derniers mesurent les différences entre les «paquets» d Afghan Aid et ceux du marché et voient immédiatement les avantages financiers de tels programmes. Malheureusement, il est bien plus difficile de mesurer les différences entre ces «paquets» et une autre culture comme les légumes par exemple. Ces programmes incitent donc les agriculteurs à semer du blé puisqu ils inhibent d autres stratégies agricoles qui ne disposent pas des mêmes types d avantages Les fruits et légumes Description Grâce aux tests dans les parcelles de démonstration, Afghan Aid diffuse une quinzaine de légumes dans le district de Baharak. Les semences sont vendues à des prix symboliques. Des conseils (moins que pour la culture du blé) sont donnés aux agriculteurs, notamment aux femmes dans des programmes spécifiques Impacts La diffusion concerne davantage une activité dans le potager qu en plein champs, à grande échelle. Il s agit là d améliorer l alimentation des ménages. De très nombreux foyers disposent d un potager et acceptent volontiers les semences d Afghan Aid. Malheureusement, ces semences ne sont pas toujours intéressantes car non adaptées au milieu. Citons le cas d une variété d oignon de la FAO qui fut adoptée largement la première année mais abandonnée immédiatement à cause d un rendement équivalent et d une conservation bien plus médiocre que les variétés dites locales. L impact sur la consommation humaine n est pas évident. Les habitants de Baharak ont depuis des dizaines d année déjà de nombreux légumes dans leur maison. 102

115 Cependant, les rendements de la pomme de terre ont augmenté (grâce à la variété afghane appelée Bâmyân), les tomates ont un rythme de croissance plus court ce qui permet une récolte plus abondante Le conseil technique Description Dans le pôle agricole d Afghan Aid de chaque district, un Afghan est chargé de donner des conseils techniques et de répondre aux questions des agriculteurs. Avec ou sans rendez-vous pris à l avance, le technicien va à la rencontre des paysans. Malheureusement, si le technicien parle beaucoup, les agriculteurs écoutent sans débattre ou oser contredire. Il s agit donc bien plus d une discussion à sens unique : du technicien vers l agriculteur Impacts Ce programme permet d aider les agriculteurs à améliorer leurs pratiques. Même si la plupart connaissent bien leur métier, ils sont toujours réceptifs aux conseils. Cependant, le technicien n offre pas souvent la parole à ses interlocuteurs ; ces derniers ne peuvent donc débattre des problèmes auxquelles ils sont confrontés. Les conseils portent davantage sur des généralités déjà intégrées par les agriculteurs. 103

116 SYNTHESE DU CHAPITRE 5 : les programmes d Afghanaid Les programmes de développement agricole de l ONG Afghan Aid sont largement orientés vers une augmentation des rendements. Les plus gros efforts permettent une diffusion de variétés de blé aux meilleurs rendements ce qui atteste d une volonté de lutte contre l insécurité alimentaire : l objectif est de permettre aux agriculteurs de devenir autosuffisants en blé. Avec un fonctionnement participatif (les shuras choisissent eux-mêmes les bénéficiaires, s engager par écris), Afghan Aid réussi à intégrer les bénéficiaires en les responsabilisant. Cette orientation permet également à l ONG de ne pas frustrer, choquer la société de Baharak en imposant ses propres idées. Enfin, l équipe est considérée uniquement d Afghans ce qui facilite le contact entre Afghan Aid et les bénéficiaires. L équipe connaît les difficultés, les protocoles liés à la société afghane ce qui diminue le risque d erreurs, de mauvaises interprétations. 104

117 6 DISCUSSION : VERS L INTENSIFICATION DE LA «TERRE» Dans ce chapitre, nous tenterons de répondre aux interrogations que pose la problématique (chapitre 1) avant de discuter de celle-ci. 6.1 DISCUSSION AUTOUR DES HYPOTHESES DE TRAVAIL A la question «Quels sont les mécanismes endogènes à la zone qui ont permis aux agriculteurs d améliorer (ou au moins de stabiliser) leur niveau de vie?», plusieurs hypothèses ont guidés l étude sur le terrain : L agriculture a évolué au cours des 100 dernières années vers une intensification de la terre. La partie 2.1 sur l Histoire de la zone confirme une évolution de l agriculture. Les habitants de Baharak ont dû adapter leurs pratiques sous l effet de diverses contraintes dont la plus importante fut la croissance démographique. Les paysans ont intensifié leur agriculture en maximisant la productivité de la terre. Ils sont passés d un système agropastoral à un autre basé sur les céréales puis aujourd hui, ils commencent à passer à un système d agriculture de rente. Le pavot est la culture de la zone la plus intéressante économiquement. Lorsque l on s attarde sur l analyse économique des systèmes de culture ( ), ceux basés sur le pavot se dégagent nettement des autres, ils permettent un gain supérieur par unité de surface. Cependant, la fluctuation des prix tend à diminuer ces différences. De plus, le pavot n est pas aussi intéressant si la valeur produite est ramenée à la quantité de travail, les SC basés sur le blé et les culture fourragères le sont davantage. Le blé amélioré n est pas plus intéressant que le blé traditionnel. Grâce à l étude des systèmes de culture, on s aperçoit immédiatement que les variétés améliorées ont rapidement remplacé la variété traditionnelle sur les terres irriguées (95 % des surfaces dans la vallée). On peut donc affirmer que le blé amélioré est nettement plus intéressant que les variétés traditionnelles puisque les rendements des premières sont au moins deux fois plus forts que ceux des dernières. Les seigneurs de guerre décident des orientations politiques de la zone. La réponse à cette question reste encore confuse malgré les investigations réalisées sur le terrain. Le contrôle politique de la zone est en pleine mutation. Les seigneurs de guerre disposent encore d un ascendant évident sur leurs semblables mais le pouvoir central vient de plus en plus perturber cette organisation. Actuellement, les habitants de Baharak tolèrent de moins en moins la puissance des anciens commandants. Le pouvoir d Hamid Karzaï influence de plus en plus les orientations politiques de la zone. Enfin, les ONG pèsent également fortement dans la balance puisqu ils disposent de moyens considérables pour le développement de la zone, or même si ces organismes traitent avec les leaders locaux, leurs lignes directrices ne sont pas remises en cause sur le terrain. Les seigneurs ont donc eu un rôle dans l évolution de la zone mais ce contrôle tend actuellement à diminuer au profit des ONG et du pouvoir central. Les femmes ne peuvent pas travailler à l extérieur de leur foyer. 105

118 Socialement, le travail des femmes à l extérieur de leur foyer est mal vu. Peu de femmes sont visibles dans les champs. Cependant, les exploitations qui ont un déficit de main d œuvre masculine (type 4 et 6) emploient de plus en plus les femmes pour travailler. Le fait qu il soit rare de les apercevoir ne réfute en rien ce fait : les femmes travaillent dans les champs à proximité des villages ou dans les parcelles situées loin des axes de communications. Aussi, pour répondre à la première question, il est certain que les agriculteurs mettent en place des mécanismes d adaptation afin de satisfaire leurs besoins. Le travail des femmes, l intensification notamment par le pavot sont deux exemples d adaptation. Il faut donc tenir compte de ces phénomènes et s appuyer dessus afin de rendre les programmes efficaces. Un programme de développement sera d autant plus accepté, et donc pertinent s il est en adéquation avec ce que font les agriculteurs. A la seconde question «Comment considérer les différences des exploitations agricoles afin de mesurer la pertinence des programmes de développement?», plusieurs hypothèses furent également dégagées : La situation géographique des exploitations agricoles influent sur les stratégies agricoles Le dispositif d enquête nous a permis d étudier la plupart des villages de la vallée. Aucune différence significative quant aux stratégies mises en place par les agriculteurs n est apparue. Rappelons que les villages d altitude ou ceux situés dans les pâturages n ont pu être étudiés ; il est fort probable que les différentes situations géographiques influent sur les stratégies des ménages. Selon des critères techniques, sociologiques et économiques, les exploitations agricoles réagissent différemment vis-à-vis du pavot et des programmes de développement Le capital foncier irrigué et la main d œuvre masculine ramenés à l unité de consommation sont des critères fondamentaux quant aux choix des stratégies. Les exploitations du type 1 et 2 (les grands propriétaires) basent leurs stratégies sur le blé, les petits propriétaires (type 3 et 4) sur des cultures qui maximisent la productivité de la terre, les sans terres (type 5 et 6) basent leurs stratégies sur le travail non agricole. Les exploitations agricoles qui disposent d une main d œuvre masculine abondante peuvent diversifier leurs activités avec du travail en dehors de l exploitation (type 1, 3, 4a, 5), les autres doivent souvent faire appel aux femmes pour combler le déficit d hommes (type 4b, 6). Les stratégies et donc les besoins des agriculteurs évoluent dans le temps Le graphe sur le cycle de vie d une exploitation ( ) montrent que les exploitations agricoles ne sont pas figées dans une des catégories de la typologie (2.2.3). Il y a donc une évolution des exploitations agricoles et le passage d un type à un autre induit inévitablement un changement des stratégies disponibles et des besoins des agriculteurs. La diversification des activités est indispensable pour les agriculteurs Le fait qu il y ait plusieurs stratégies disponibles par type implique forcément une diversification des activités. Sans cette diversification, la plupart des foyers ne pourraient surmonter le moindre choc tel que la rouille, la maladie, la grêle, le mariage d un fils 106

119 La réponse à la deuxième question est propre à chaque zone mais elle est indispensable afin que les programmes soient pertinents et durables dans le temps. Il faut identifier les différences entre les exploitations agricoles afin de proposer des programmes adaptés à chacun. A Baharak, considérer les différentes exploitations via le capital foncier et la main d œuvre masculine disponible semble être tout à fait pertinent pour des programmes agricoles. Enfin, il faut garder à l esprit la dynamique des exploitations et adapter les programmes en fonction. La seconde question portait sur les impacts des programmes de développement agricole des ONG sur les stratégies des paysans de la zone. Les hypothèses qui ont guidé cette étude furent : Les programmes des ONG permettent un meilleur accès à l amont des filières agricoles. Le chapitre précédent montre clairement que le programme d Afghan Aid participe à une amélioration de l agriculture en concentrant les efforts sur l amont des filières : approvisionnement en semences, engrais, conseils. Par contre, ces programmes font l impasse sur l aval de la filière notamment sur le transport et la vente éventuelle. Notons cependant Afghan Aid travaille avec les femmes notamment sur la transformation (DUCHET, 2006, pp ). Les programmes des ONG travaillent surtout sur une agriculture vivrière. Avec un objectif clair qu est la sécurité alimentaire, Afghan Aid favorise grandement une agriculture vivrière. Les programmes «blés» (alors que très peu d exploitations peuvent dégager un surplus commercialisable) et les semences de légumes distribuées pour un maraîchage domestique témoignent de cet objectif. La nature des programmes influence les agriculteurs quant à leurs activités. En discutant avec les agriculteurs, on saisit immédiatement leur sentiment vis-àvis de ces programmes vivriers : s orienter vers une autre production, et donc ne pas profiter des programmes «blés» par exemple, serait considérer comme un gaspillage d opportunités. Il est donc évident que les programmes des ONG influence grandement les stratégies paysannes. La réponse à la troisième question est donc évidente : les programmes d Afghan Aid orientent les stratégies paysannes vers une agriculture vivrière en développant l amont des filières. Or, le pavot à opium est une culture de rente, on est donc en droit de se demander quel est l impact réel de ces programmes en matière de lutte contre le pavot. Enfin, la dernière question issue de la problématique fut : Comment améliorer ces programmes de développement afin de répondre aux attentes des habitants de la zone et ainsi d améliorer leurs conditions de vie? Les hypothèses qui accompagnaient cette interrogation furent : Les programmes de développement doivent s appuyer sur ce que font les agriculteurs de la zone afin d être pertinents. Les agriculteurs connaissent très bien leurs besoins, leurs terres, le climat De manière générale, les paysans savent ce qu ils doivent faire. Il faut que les programmes s inspirent grandement de ce savoir. Si les agriculteurs cultivent du pavot à opium, c est 107

120 qu ils ont besoin d argent, il faut leur fournir des cultures offrant cette même caractéristique, il leur faut des cultures pour vendre. Il n existe pas de programme unique qui répondrait aux attentes de tous les agriculteurs Le chapitre 2 démontre la diversité des paysans et le chapitre 3 celle de leurs stratégies. Un unique programme ne peut évidemment pas satisfaire tout le monde. Ceux basés sur une amélioration du blé ne répondent pas aux attentes de la majorité des agriculteurs, il faut donc accepter la diversité, l identifier et élaborer des programmes en fonction. Pour répondre à cette dernière question sur l amélioration des programmes agricoles, deux éléments apparaissent clairement : se baser sur ce que font les paysans et en comprendre les raisons afin que les programmes répondent aux attentes, et prendre en compte la diversité évidente qui existe afin de soutenir un maximum d agriculteurs et éviter ainsi un favoritisme involontaire. 6.2 SYNTHESE : REPONSE A LA PROBLEMATIQUE Avant de discuter autour de la problématique rappelons-là : «Dans les systèmes de production de la zone d étude, les programmes sur l amélioration des rendements du blé sont-ils pertinents afin de lutter contre la culture du pavot et d améliorer le niveau de vie paysan?» La réponse à la problématique n est pas évidente. Les programmes qui visent à améliorer les rendements du blé n ont aucun impact significatif sur la culture du pavot. La plupart des exploitations (types 3, 4, 5 et 6) ne peuvent pas vivre du blé même avec les meilleurs rendements. De plus, même avec des rendements de 80 quintaux par hectare, rendements hautement improbables dans une zone de montagne d un pays aux infrastructures quasi inexistantes, près de la moitié des exploitations agricoles enquêtées ne seraient pas autosuffisantes (cf. annexe 13). Cette céréale ne pourra donc jamais devenir la stratégie principale pour ces foyers. Le pavot, par contre, l a été, l est peutêtre encore pour certains foyers et peut le redevenir pour d autre. Dans cette période d intensification, le blé ne pourra jamais rivaliser avec une culture de rente telle que le pavot. Il vaut donc mieux orienter les programmes vers des cultures qui présentent les mêmes types d avantages. Par contre, il est évident que pour une partie de la population (types 1 et 2), ces programmes sont pertinents puisque ces exploitations peuvent vivre de la culture du blé ; améliorer les rendements revient donc à améliorer le niveau de vie de ces paysans. Il en va de même pour les double actifs car ces agriculteurs cultivent du blé pour se dégager du temps ; cependant, les avantages qui peuvent être tirer de ces programmes sont moins forts car c est le travail à l extérieur qui est à la base des revenus du ménage et non l activité agricole. Toutefois, avec les nouveaux biens de consommation vendus à Baharak, on peut se demander si cette amélioration suffira. 108

121 SYNTHESE DU CHAPITRE 6 : discussions Les mécanismes endogènes d adaptation mis en œuvre par les agriculteurs sont nombreux : intensification de la terre (pavot, légumes), travail des femmes Il faut que les programmes d Afghan Aid s appuient dessus afin d être plus efficaces. De plus, ces programmes doivent être adaptés à la diversité de la zone : «grands», «petits» propriétaires, sans terres, carence de main d œuvre masculine Les programmes doivent donc proposer diverses alternatives afin de satisfaire le plus de foyers possibles, or actuellement, la majorité des efforts concerne l amont de la filière blé ce qui peut satisfaire qu une minorité d exploitations agricoles (celles des types 1 et 2). Le pavot est un indice évident dont il faut tenir compte : le développement des cultures de rente doit être soutenu. Cela implique un travail aussi important en amont et en aval (la vente notamment) de la filière. 109

122 7 COMMENT ACCOMPAGNER L INTENSIFICATION? Après avoir compris l agriculture de Baharak et l impact des programmes de développement agricole, il est désormais possible de proposer quelques recommandations, les plus pertinentes possibles, afin d accompagner convenablement l évolution de l agriculture de Baharak. 7.1 UN REEQUILIBRE ENTRE LES CULTURES VIVRIERES ET LES CULTURES DE RENTE L enjeu Les paysans de Baharak ont besoin d argent pour pouvoir acheter les nouveaux biens de consommation qui commencent à être vendus sur le bazar. Le pavot fait parti des solutions mises en place par les agriculteurs. Or, les programmes agricoles s orientent majoritairement vers la culture du blé. Très peu de foyers sont capables de dégager un surplus céréalier même avec les rendements potentiels que promettent les nouvelles variétés de blé. Les subventions (semences et engrais) dont bénéficie la culture du blé ne pourront pas se maintenir ad vitam aeternam (MALETTA H., 2003, p. 36). Donc les coûts de production risquent d augmenter, on peut se demander si le prix du blé augmentera également ; COKE (2004, p. 21) affirme le contraire : une augmentation de l offre risque de faire chuter les prix. FAVRE (2005, p. 18) constate au contraire une stabilisation des prix depuis plusieurs années, même en périodes de sécheresse pendant lesquelles l offre a largement diminué. Quoiqu il en soit, le prix du blé ne risque pas d augmenter et ainsi de couvrir l augmentation des coût de production. La question est maintenant de savoir combien de temps l aide internationale continuera, via ses programmes, d être responsable de distorsions économiques faussant ainsi les prix du marché. Il est donc primordial d offrir différentes alternatives afin de ne pas étouffer la diversification des activités agricoles. La diversification est en effet une des plus pertinentes stratégies mises en place par les agriculteurs, à travers le monde, afin de diminuer les risques (CHRISOPLOS I., 2004, p. 40). Raphy Favre note que les agriculteurs afghans ont une forte capacité d adaptation aux nouvelles pratiques agricoles (FAVRE, 2003, p. 32). Aussi, il est fort probable que ces mêmes paysans soient aussi réceptifs, d un point de vue technique, à des alternatives différentes des programmes «blés». Il s agit ici de proposer aux paysans des cultures de rentes qui permettent la vente et donc un gain d argent. L un des grands enjeux du développement de Baharak sera donc de rééquilibrer les programmes «blés» qui soutiennent donc une agriculture vivrière et les programmes «culture de rentes» incarnés notamment par le maraîchage et l arboriculture Pistes Le blé, optimiser les programmes Il ne s agit certainement pas d éliminer les programmes «blés» qui s appuient sur une expérience de terrain considérable mais simplement de les optimiser. Le «demonstration plot», un moyen d appréhender le contexte Les parcelles de démonstrations constituent un fabuleux moyen d appréhender le contexte pour une meilleure efficacité. On sait que les agriculteurs de Baharak ne disposent pas tous de ressources suffisantes pour suivre l itinéraire technique proposé par les techniciens qui travaillent dans les parcelles de démonstration. Ces derniers 110

123 sélectionnent la meilleure variété de blé, en se basant sur le rendement en grain, et optimisent cette performance avec le meilleur itinéraire technique. Deux améliorations pourraient être apportées : - Prendre en compte la réalité du terrain : La sélection de la meilleure variété de blé s effectue dans des conditions optimales, notamment en ce qui concerne l apport d engrais. Afghan Aid propose donc des variétés répondant correctement à de fortes doses d engrais uniquement, aucun test de permet de dégager la meilleure variété sans engrais chimique ou avec deux fois moins d apport Lorsqu un agriculteur se renseigne sur la variété la plus adéquate avec ses faibles moyens de production (peu de trésorerie pour acheter suffisamment d engrais), les technicien d Afghan Aid ne peuvent pas l aider. Il s agit donc de tenir compte de la diversité paysanne en réalisant un travail sur les capacités des agriculteurs puis de faire des recherches en fonction. - Le rendement n est pas l unique facteur qui intéresse les agriculteurs : Le pain est la première utilisation du blé. Voilà un facteur pertinent à étudier pour Afghan Aid. De nombreuses personnes préfèrent le blé de Kunduz (importé vraisemblablement du Kazakhstan). Il est probable et souhaitable que les moyens de communications s améliorent dans un futur proche réduisant ainsi les coûts de transports. Importer du blé coûtera donc de moins en moins cher, si la qualité du blé produit à Baharak ne s améliore pas, les habitants préféreront acheter du blé importer délaissant progressivement celui de Baharak. Les efforts pour développer une agriculture céréalière dans la vallée risquent alors de ne pas être récompensés. Il s agit donc de tenir compte des attentes des consommateurs producteurs de blé. Le rendement est évidemment un facteur primordial mais ce n est pas le seul comme le montre l annexe 12. La qualité de la farine, mais aussi la hauteur des blé (pour la paille et donc pour l élevage) restent des facteurs importants dont Afghan Aid devraient tenir compte. Transformer les grains de blé produits dans les parcelles de démonstration afin de faire du pain pourrait être bien considéré par les habitants de Baharak. De plus, les variétés produisant un pain mauvais pourront ainsi être éliminées par les techniciens. Afghan Aid peut également sélectionner des variétés à hautes pailles afin de satisfaire les agro-éleveurs qui doivent faire face à des difficultés pour nourrir leurs animaux (cf ). Choix des bénéficiaires, utile et facile Afghan Aid peut également aider les shuras dans le choix des bénéficiaires en proposant une grille qui indique pour qui est destinée telle ou telle variété de blé (un agro-éleveur qui a besoin de beaucoup de paille, un agriculteurs qui vend son blé et donc recherche de la qualité pour la panification ). Pour ce dernier exemple, Afghan Aid pourra se référencer à la typologie de ce document afin de cibler les exploitations capables de vendre du blé : celles qui possèdent plus d 1,25 jeribs par adulte. Il ne s agit en aucun cas d éliminer le rôle des shuras, cela risquerait de rendre Afghan Aid impopulaire, mais d aider ces dernières à choisir leurs bénéficiaires Les fruits et les légumes, développer la filière Rééquilibrer les programmes vivriers avec ceux dits de rente permet une diversification des pratiques et donc de permettre à certaines alternatives de se 111

124 développer plus facilement. Le maraîchage et l arboriculture restent, dans cette vallée, les meilleures pistes quant à une agriculture de rentes. Le marché, premier enjeu Lorsque l on désire développer une agriculture de rente, le marché est le premier des problèmes à solutionner. La plupart des agriculteurs soulignent la difficulté de vendre leur potentielle production. Peut-être faut-il voir dans ces affirmations la difficulté de vendre tout court une production : les producteurs de Baharak n ont jamais eu l habitude de la vente. Le seul repère auquel ils se réfèrent est le pavot à opium qui rappelons-le possède une filière extrêmement solide, notamment en ce qui concerne la vente. Quoiqu il en soit, la vente est une activité qui n est pas forcément évidente, une sensibilisation menée par les techniciens d Afghan Aid pourrait s avérer utile. Il existe deux marchés géographiquement différents pour les agriculteurs : celui de Baharak et celui en dehors du district. Le tableau suivant montre l origine des légumes et des fruits consommés à Baharak. Il ne s agit que de chiffres issus des discussions avec les commerçants de bazar mais ils indiquent cependant une tendance sur laquelle il sera possible de discuter. PRODUIT De Baharak De l extérieur Pomme de terre 70% 30% Oignons 70% 30% (Ouzbékistan, Pakistan) Tomate 40% 60% Gombo 0% 100% Concombre 0% 100% (Kunduz) Ail 10% 90% Pomme 60% 40% (Kaboul, Iran) Abricot 100% 0% Melon d eau 0% 100% Pastèque 0% 100% Pêche 100% 0% Cerise 100% 0% Tableau 7 : Origine des fruits et légumes consommés à Baharak Ce tableau montre que plusieurs légumes et fruits sont largement importés à Baharak. Les producteurs peuvent donc venir concurrencer ces importations car ils possèdent un avantage déterminant dans ce pays où le transport coûte cher : ils sont déjà sur place. Il existe donc un réel potentiel concernant la tomate, le gombo, le concombre, l ail, le melon d eau, la pastèque et même la pomme. Il faut tout de même sensibiliser les commerçants et donc les habitants de Baharak à consommer des produits locaux. Des campagnes de sensibilisation par les ONG en coopération avec les commerçants et les leaders locaux comme les mollahs peuvent s avérer payantes sur le moyen terme. Outre influencer les consommateurs locaux, il faut que les agriculteurs produisent en quantité et en qualité ces fruits et légumes. La production Dans une perspective de vente, il faut permettre aux agriculteurs une production en quantité et en qualité suffisante. Pour cela, il leur faut des conseils adaptés à leurs moyens de production et à leur milieu. Il existe une demande évidente des agriculteurs qui semblent manquer de connaissances : reconnaissances de maladies et moyens de traitement appropriés. Il ne serait évidemment pas pertinent de proposer 112

125 systématiquement des moyens de lutte chimique qui sont bien souvent trop chers. Une rotation adaptée (allium qui suit solanacée ), un apport de fumier qui n est pas issu d excréments humains (diminuer les risques de maladies pour l Homme), «coup de poing azoté» (lutte contre certaine maladie), reconnaissance des carences en oligoéléments sont autant de techniques peu onéreuses. Il s agit donc de former les techniciens à la reconnaissance de maladies et à la lutte. Le climat est une contrainte importante pour les éventuels maraîchers et arboriculteurs (hiver long, grêle, gel). Il existe divers moyens afin de lutter efficacement contre ces aléas climatiques. Tout d abord, il est possible de diminuer l effet de l hiver grâce aux serres. Ces dernières permettent la confection de pépinières avec un mois d avance environ. Cette pratique permet ainsi d avancer les dates de récoltes et donc de concurrencer une éventuelle importation de régions productrices plus précoces. Les bâches en plastique, les filets de protection sont autant de moyens pour lutter efficacement contre les aléas climatiques et/ou les nuisibles comme les oiseaux. Quelques agriculteurs (leaders reconnus localement dans l agriculture) peuvent servir d expérimentateurs pour ces éventuels nouveaux programmes. Le travail des femmes n est pas reconnu socialement à Baharak. Malgré cela, les ménages qui possèdent peu de terre et qui doivent faire face à un manque de main d œuvre masculine (type 4a, 6 et surtout 4b) utilisent cette main d œuvre féminine. Ce sont donc ces exploitations qui seront les plus réceptives à des programmes qui incluent les femmes comme la diffusion de nouvelles pratiques agricoles, de transformation Le stockage Outre la production, le stockage fait parti des techniques que le paysan, qui souhaite vendre, doit maîtriser. Stocker est un moyen efficace d augmenter les bénéfices en jouant sur les prix de vente. Malheureusement, si le stockage peut être intéressant financièrement, il peut s avérer catastrophique sur la qualité et donc réduire les éventuels bénéfices. Il faut donc proposer aux agriculteurs des techniques de stockage adaptées. Ne pas cueillir les fruits ou ramasser les légumes altérés ou maladifs destinés aux consommateurs est la première étape d une démarche de vente (LAVILLE E., 1994, p. 13). De même, les fruits et légumes doivent être conservés dans l obscurité, à basse température, dans une pièce bien ventilée (LAVILLE E., 1994, p ). Ces précautions préviennent les risques d altérations de la qualité des produits. Malgré ces mesures, les pesticides sont bien souvent nécessaires et représentes donc un coût pour les agriculteurs. Les transformations éventuelles Dans le cas d une lointaine exportation, il faut compter plusieurs jours de transports. La qualité de certains produits risque donc de s altérer. Pour éliminer cette contrainte, la transformation est bien souvent pertinente. La poudre de tomate, les abricots secs, la compote ou le jus de pomme représentent des transformations envisageables à Baharak. Pour sécher les fruits et les légumes, l énergie solaire est une méthode simple et peu coûteuse (Auteur inconnu, 1989, p. 1) à condition que les techniques soient correctement vulgarisées par des techniciens formés préalablement. Les quelques légumes qui sont séchés actuellement comme la tomate le sont à même le sol, ce qui est à proscrire à cause de la poussière et des insectes et en plein soleil, ce qui décolore les produits et diminuent leurs qualités organoleptiques (Auteur inconnu, 1989, p. 64). Ces quelques exemples montrent qu il y a un réel potentiel pour améliorer les conditions de transformation des produits destinés à la vente. 113

126 Le transport On vient de voir que le transport éventuel peut s avérer long et donc coûteux pour les producteurs de Baharak dans le cas d une prise en charge. La coopération peut devenir un moyen efficace afin de réduire ces coûts. Nous verrons un peu plus loin comment mettre en place des groupes de producteurs. 7.2 LA LUTTE CONTRE LE PAVOT A OPIUM Des angles d attaques spécifiques La lutte contre la culture du pavot doit obligatoirement passer par plusieurs points. Le pavot offre plus d un avantage aux agriculteurs, il s agit donc de proposer des alternatives aux mêmes avantages. Rappelons quels sont-ils (cf ) : la maximisation de la productivité de la terre, un revenu monétaire, l accès au crédit, la meilleure des filière Des pistes Un revenu monétaire et une maximisation de la terre : Le premier des avantages que devraient posséder les éventuelles alternatives au pavot est le revenu monétaire. Il faut que les agriculteurs puissent vendre afin d avoir de l argent pour pouvoir acheter des biens de consommation (lait, sodas, confitures, radio, vêtements, médicaments, groupe électrogène, télévisions ). Pour cela, on le sait, le blé n est certainement pas la solution pour la majorité des exploitations. Il leur faut donc des productions commercialisables. Les cultures maraîchères et les fruits en font partie et présentent l avantage de pouvoir être consommés par le producteur en cas de mévente. Les épices font également partis de produits qui peuvent être vendus. Le safran, notamment, fait partie des alternatives souvent citées pour lutter contre le pavot (Groupe URD, 2004, p. 51) car elle permet de gagner 400 à 3200 $ US par jerib (AIT- OUBAHOU A., EL-OTMANI M., 2002, p.4). Même s il faut retrancher de forts coûts de production, cette culture reste aussi intéressante que celle du pavot à opium dont la VAB/jerib ne dépasse pas 1200 $ US (cf. annexe 10) Une filière et un marché solide : Le safran permet certes un revenu monétaire et une maximisation de la terre intéressante mais il ne bénéficie pas d une filière solide. Le chapitre 4 nous éclaire sur les bonnes caractéristiques de la filière du pavot à opium. De même, le marché pour ce produit est solide et stable. Enfin, l Afghanistan profite d un avantage comparatif que peu de pays possèdent actuellement : l anarchie (plus ou moins forte) qui permet une production illégale. Les clients pour le safran existent mais les éventuels producteurs de safran devront être compétitifs pour s insérer sur un marché contrôlé par l Iran et le Cachemire. Enfin, ce marché ne pourra certainement pas absorber la production d une surface aussi grande que celle sur laquelle est cultivée le pavot qui peut atteindre hectares (Afghanistan, Opium Survey, 2004, p. 3) ce qui permet une production potentielle de 250 à 400 tonnes de safran par an. Or, citons pour exemple les Etats-Unis, troisième importateur, qui n en achète que 3 tonnes par an (AIT-OUBAHOU A., EL- OTMANI M., 2002, p.4). Il ne faut donc pas voir le safran comme la solution, il faut considérer une multitude d alternatives afin d être le plus efficace possible et surtout afin de ne pas rendre les producteurs trop dépendants d une seule production. La filière du pavot étant solide, il ne faut surtout pas considérer les alternatives comme une simple culture. Il faut considérer des filières alternatives dans leur ensemble 114

127 comme le signale Alain Labrousse déjà lors d un séminaires en 1989 (Alternative aux cultures tropicales illicites, 1989, p. 25). Les programmes doivent donc nécessairement englober l ensemble des éléments de la filière, des semences à la vente, en passant par le transport. Enfin, même si le pavot fait partie de l agriculture, les alternatives pour son éradication peuvent être non agricoles comme l artisanat (PLATTEAU J-Ph., Alternative aux cultures tropicales illicites, 1989, p. 10) L accès au crédit : Le fait de cultiver du pavot rend les producteurs solvables devant les éventuels créditeurs du bazar. Il faut donc impérativement développer les possibilités de crédit pour les habitants de Baharak. De nombreux projets basés sur le micro-crédit existent et doivent être renforcés non afin de couvrir un investissement mais afin de d aider les familles les plus vulnérables à faire face aux périodes de soudure Et l éradication : La répression est indispensable pour lutter contre la culture du pavot. Il faut donc que le gouvernement soit présent dans les campagnes. Mais s il doit être présent, ce sera surtout pour faire de la prévention sur les méfaits de la production d opium en collaboration avec les leaders locaux comme les mollahs. L éradication violente risque de développer l extrémisme comme le montre l exemple du Sentier Lumineux (LABROUSSE A., Alternative aux cultures tropicales illicites, 1989, p. 24). Couper les champs d opium à la machette ne sert donc à rien et pousse les producteurs un peu plus dans la misère. En effet, le chapitre 4 montre que la production d opium intervient surtout à cause d une urgence économique suite à un choc par exemple. Il ne faut donc pas acculer les agriculteurs qui risquent de se révolter violemment La légalisation? La culture du pavot permet un développement économique du pays ce qui peut soutenir la paix (LABROUSSE, 2003b, p. 21). De plus, diminuer la culture du pavot implique un ralentissement de l activité économique (moins d argent en circulation, moins de crédit, moins de travail) ce que confirme d ailleurs David Mansfield et Adam Pain (2005, p. 6). Enfin, on sait que le pavot permet de surmonter des crises. La légalisation mérite donc d être étudiée dans ce pays qui cherche des solutions pour soutenir son développement économique. Le ministre de l Intérieur, Ali Ahmad Jalali, explore d ailleurs cette solution (BABAKARKHAIL Z., 2005) mais les chances d aboutir rapidement sont faibles, dans ce pays que le gouvernement ne contrôle pas encore totalement. 7.3 LA FERTILITE, UN PROBLEME LATENT DANGEREUX Origine du problème L intensification de l agriculture est souvent responsable d une érosion et d un épuisement des sols (ACHTERSTRAAT, 1983, p. 51). Il faut donc rester vigilant pour que les sols ne se dégradent pas ce qui serait catastrophique pour cette vallée où vivent de très nombreux agriculteurs. On sait que la culture du blé requiert près de 10 tonnes de fumure organique par hectare par campagne or les paysans de Baharak ne peuvent fournir autant de fumier, enfin, les cultures comme les légumes requièrent une grande fertilisation. Même si l insuffisance du fumier et donc d animaux n a pas été souvent évoquée, il semble évident que ce manque explique en partie la carence d apport organique 115

128 (BERGER M., 1996, p. 40) et donc le risque d observer une diminution des aptitudes agronomiques des sols Pistes Le compostage est une méthode simple et efficace pour lutter contre l épuisement d un sol, il existe de nombreux types de compostage (MARTIN B. K., 2000, pp ) dont le plus connu est dit «en tas». Parmi ce type de compostage, la cuve close possède deux avantages : la production de matière organique pour l agriculture et la production de gaz méthane à usage domestique (MARTIN B. K., 2000, p. 45). Faire du compost ou du fumier nécessite un minimum de savoir-faire que les techniciens doivent diffuser, il s agit par exemple de ne pas oublier de brasser le fumier afin d augmenter l activité microbienne et diminuer la production de matières indésirables (MARTIN B. K., 2000, p. 50). Les engrais verts sont également des pistes à étudier car en couvrant le sol pendant l hiver, cela limite le lessivage et l érosion, augmente le taux de matière organique et réduit la levée des adventices (LECLERC B. et al., 1995, pp ). L hiver, rigoureux, limite le choix d espèces comme engrais vert, il serait cependant pertinent d étudier les possibilités du radis fourrager ou de la vesce d hiver qui résistent au gel (LECLERC B. et al., 1995, pp. 117). Cela induit tout de même des contraintes financières car il faut fertiliser si les caractéristiques agronomiques du sol sont insuffisantes, cela induit également du travail supplémentaire comme l irrigation pour assurer une bonne levée à l automne et un enfouissement 6 semaines avant le nouveau semis qui a lieu au printemps (LECLERC B. et al., 1995, pp. 51). 7.4 L ELEVAGE, UNE VIEILLE SPECIALISATION A DEVELOPPER L enjeu L élevage possède plusieurs avantages (cf ) qu il ne faut pas négliger : une production monétaire, une production de fumier et une capitalisation qui peut, le cas échéant, suppléer le crédit Pistes Plus de fourrages Développer le lien Shewas-Baharak : Le chapitre 4 insiste sur les difficultés que connaissent les éleveurs pour nourrir leurs animaux. Il faut donc offrir un meilleur accès aux fourrages pour ces éleveurs. Les liens entre la vallée de Baharak et les Shewas, ces hauts pâturages où poussent de l herbe en quantité, doivent être développés. Les distances (2 à 4 heures de camion) ne sont pas insurmontables pour d éventuels transporteurs. Utilisation optimale des lalmis : Les systèmes de culture sur les terres non irriguées ne permettent pas une bonne productivité de la terre, la jachère diminue largement l intensification. Il est cependant possible de diminuer cette jachère en semant des légumineuses. Il existe une variété de luzerne possédant des caractéristiques qui permet un semis su les terres pluviales. L Oxfam a d ailleurs introduit cette variété dans le centre de l Afghanistan avec succès. Il serait intéressant d étudier la faisabilité d un tel programme à Baharak. Cette introduction permettrait non seulement de produire davantage de fourrage mais aussi de couvrir les lalmis et donc de prévenir leur érosion. 116

129 Le bâtiment, un point central Afin d améliorer la production animale comme le lait par exemple, outre une meilleure alimentation et prévention vétérinaire (FAVRE R., 2004, p. 10), il faut également orienter les programmes vers la construction de meilleurs bâtiments. De nombreuses caractéristiques animales doivent être prises en compte par les techniciens puis par les éleveurs. Par exemple, les petits ruminants redoutent le froid, l humidité et le confinement car ces conditions génèrent des infections meurtrières (LOBRY M., VANDENBUSSCHE J., PONTHUS B., PELLETIER M., 1972, p. 128). De même, les bovins doivent profiter de bâtiments bien aérés (LOBRY M. et al., 1972, p. 51) afin de diminuer les risques parasitaires ; il faut également séparer autant que possible la zone de litière avec l aire d alimentation où il y a bien souvent de nombreuses déjections (LOBRY M. et al., 1972, p. 82) ce qui peut être vecteur de maladies L eau L eau est un vecteur courant de maladie, là encore, la sensibilisation des éleveurs vis-à-vis de la pollution des canaux engendrée par l activité humaine est indispensable. Les habitants de Baharak sont conscients des maladies que peut véhiculer l eau, ils prennent alors des précautions adéquates (comme puiser l eau directement aux sources et non dans les canaux) qui doivent être intégrées à l élevage. 7.5 LA COOPERATION, UNE AIDE POUR LES PAYSANS L enjeu La notion de coopérative en Afghanistan n a jamais pu être développée convenablement. Un sentiment hostile aux systèmes coopératifs véhiculés par le courant communisme soviétique à cause de la guerre peut expliquer la réserve des paysans afghans. De plus, nous avons vu que la notion de propriété privée et peut-être d un sentiment individualiste, c est-à-dire hostile au système coopératif, est forte à Baharak. Ces deux raisons peuvent expliquer l absence de coopératives à Baharak. Il existe cependant des explications plus rationnelles que ces deux interprétations issues d à priori. Comme l avance Monrose, le nombre de petites exploitations agricoles et le niveau de formation influence fortement la création de coopérative et notamment celle de mise en commun de matériel (MONROSE N., 1987, pp ). Pour rentabiliser des machines agricoles, il faut les utiliser au maximum, c est-à-dire sur de grandes surfaces ou de grandes quantités. Plus la taille des exploitations est faible, plus il en faudra au sein de la coopérative et donc plus les négociations seront délicates. Enfin, la création d une coopérative exige des connaissances de base en matière juridiques et financières, or, le niveau de formation des agriculteurs de Baharak est actuellement beaucoup trop faible (peu savent écrire ). Malgré tout, il paraît intéressant d explorer plusieurs pistes Pistes Diminuer les coûts de transports On sait que le transport, pour les paysans de Baharak, représente un coût trop lourd pour que l import-export se développe convenablement. Il paraît donc judicieux de développer la coopération entre utilisateur. La location en commun, en fonction de la quantité transportée, semble tout à fait adéquate. Cependant, il existe un obstacle à considérer : les agriculteurs ne veulent pas forcément vendre leur production ou acheter des intrants aux mêmes moments. Un paysan peut avoir besoin d argent et donc vendre rapidement, un autre peut se permettre d attendre quelques temps et jouer ainsi sur les prix. Ce manque de coordination pénalise grandement la création de coopératives de transport. Cette mentalité provient d une agriculture vivrière (où les échanges ont 117

130 cependant toujours existé) et non de rente. Les agriculteurs ont surtout l habitude de consommer ce qu ils produisent. Le pavot représente toutefois un parfait contre exemple qui prouve que les agriculteurs sont capables de changer rapidement de mentalité et de s adapter L échange technique pour un développement global Les échanges, les discussions ou le partage d expériences autour de l agriculture semblent se cantonner à la famille étendue. Très peu de discussions à propos de l agriculture ont été observées sur le bazar, à la sortie de la mosquée, il fut même difficile de discuter technologie en présence d un groupe de paysans. Citons pour exemple l un d eux qui nous avait demandé des renseignements sur le safran lorsque nous étions seul avec lui. Le lendemain, les renseignements pris, nous le croisons avec d autres agriculteurs et nous lui parlons du safran : il nous a tout simplement ignoré et a fait semblant de ne pas comprendre notre démarche, il est fort probable qu il ne voulait pas que les autres sachent qu il possédait du safran, il ne voulait pas partager ce savoir. Le partage de savoir à travers des groupes de discussions reste néanmoins un puissant moyen de développer l agriculture d une zone. Il faut simplement identifier des groupes susceptibles de partager. Il faut que les membres du groupe soient de la même famille, ils doivent faire partie du même rechawan (cf ). Afghan Aid peut donc constituer des groupes et démarrer ces activités en proposant des cours sur les technologies comme le compost, les coopératives, les techniques de vente Four communautaire, un moyen de préserver le fumier Le fumier est largement utilisé comme combustible ce qui diminue son usage agricole. Il pourrait être pertinent de travailler à limiter la fuite de matière organique comme combustible domestique. La cuisson du pain requiert beaucoup de combustible. La cuisson communautaire du pain, sous forme de four villageois, peut concourir à économiser les fameux disques de fumier, les tchapaks. Malheureusement, le four domestique ne sert pas uniquement à la cuisson, il est particulièrement utile l hiver pour chauffer la maison. L usage des fours communautaires ne peut donc être pertinent que pendant le printemps, l été et le début de l automne AAD avec les autres ONG et le gouvernement Une dernière recommandation concerne les institutions qui travaillent pour le développement de Baharak. La spécialisation de certaines ONG dans certains programmes pourrait rendre ces derniers plus pertinents. D autre part, les bénéficiaires comprendraient davantage le rôle et le travail des ONG ce qui faciliterait leur implications dans les divers projets. L objectif d une ONG est de travailler à sa propre fin, il s agit de rendre les bénéficiaires autonomes. Aussi, dans un souci de pérennité, la collaboration avec les institutions étatiques est indispensable afin, à terme, de travailler directement pour le gouvernement (chambre d agriculture ). La représentation agricole du gouvernement à Baharak ne dispose pas de beaucoup de moyen mais ce district possède la seule école d agriculture de la province du Badakhshan, il est tout à fait indispensable de travailler en collaboration avec les élèves. La formation des jeunes rencontre toujours de bons résultats sur le long terme. Des parcelles de démonstration peuvent être envisagées dans l enceinte de l école et des cours pratiques peuvent être donnés Afghan Aid aurait un avantage évident à s investir ainsi avec les jeunes qui deviendront vite les adultes de Baharak. 118

131 7.6 L URGENCE AVEC LE DEVELOPPEMENT Ce dernier point concerne davantage la forme que le fond des programmes des développement agricole. Il s agit tout simplement d intégrer de l urgence dans le développement. Dans les pays dit développés, lorsqu un exploitant agricole doit faire face à un choc comme la grêle (pour les fruits) ou à une tendance comme la surproduction (pour la vigne), il peut s appuyer sur les compagnies d assurance (pour une indemnisation) ou sur l Etat (pour une subvention ou une prime ). De même, lorsqu une région est touchée par des inondations par exemple, les mêmes institutions sont chargées de soutenir les foyers touchés. Ces aides d urgence sont indispensables aux agriculteurs pour qu ils puissent continuer leurs activités plus ou moins normalement, sans pertes fondamentales de facteurs de production. En Afghanistan, l Etat est incapable de soutenir ses agriculteurs en cas de crises. De même, aucune compagnie d assurance ne souhaite s investir dans une agriculture peu solvable. Cette carence de protection est un véritable obstacle à la réussite des programmes de développement. En effet, la réussite de ces derniers risque d être largement compromise par les éventuels chocs rencontrés par les paysans. Dans l exemple d un projet sur les arbres fruitiers, l ONG vend à un prix symbolique des arbres fruitiers afin de développer l activité arboricole de la zone. Trois ans après, les premiers arbres commencent à produire, le projet semble être une réussite mais une sécheresse vient frapper les provinces voisines qui fournissent des fourrages pour les animaux de Baharak. Les agriculteurs cherchent à garder leurs animaux reproducteurs mais les coûts de production sont tels qu ils sont obligés de décapitaliser. Les arbres, neufs, qui produisent peu mais qui représentent de l argent sont alors abattus et vendus. Le programme est donc un échec. L ONG qui a tenté de développer ces programmes de développement aurait eu intérêt à mettre en place un système anti-choc, une sorte d assurance, afin d éviter aux agriculteurs de décapitaliser et de rendre ainsi le projet durable. Même si l ONG doit prendre en charge la plupart des coûts, la participation des éventuels assurés est indispensable afin que ces derniers s approprient la démarche. Dans ce pays sans structure qui permet de surmonter les crises, l urgence (sous forme d assurances anti-chocs) devrait être intégrée aux programmes de développement afin de rendre ces derniers durables dans le temps. 119

132 SYNTHESE DU CHAPITRE 7 : Recommandations Rééquilibrer les programmes d agriculture vivrière, incarnés par le blé, avec les programmes d agriculture de rente est indispensable pour le développement de la zone. De plus, il serait nuisible de prendre le contre-pied de l évolution spontanée de l agriculture à Baharak : l intensification par la terre. Il faut donc développer des programmes basés sur les cultures maraîchère et fruitières tout en gardant à l esprit qu il s agit d un développement de filière et non d une culture toute simple en stimulant notamment le marché local par de la sensibilisation et en soutenant les initiatives de transports collectifs pour l exportation. Le développement de filière agricole pour la vente pourra venir concurrencer la culture du pavot. Pour soutenir cette lutte, l accès au crédit de base, pour pouvoir acheter de la nourriture, un sac d engrais, doit être largement développé. L élevage peut être développé en améliorant le bâtiment afin de prévenir les maladies et en fournissant plus de fourrage. Afin de satisfaire cette dernière exigence, développer les liens avec les Shewas et introduire de la luzerne pour les terres pluviales sont envisageables. La baisse de la fertilité des sols est un problème dont les effets n apparaîtront qu à moyen terme. Il s agit donc de développer les engrais verts ou le compost. L augmentation de fumure organique passe également par une diminution de son usage domestique. Les fours communautaires pour la cuisson du pain, hors saison froide, peuvent être particulièrement pertinents. De même, dans un esprit de coopération, les groupes de discussion technique doivent être supportés tout comme la coopération entre ONG et surtout avec le gouvernement, par l intermédiaire, par exemple, de la seule école d agriculture de la province. Enfin, afin de rendre les programmes de développement durables en faisant en sorte qu ils puissent surmonter les crises, l urgence, sous forme d assurances ou de subventions anti-chocs, doit être intégrée. 120

133 CONCLUSION Pour définir l agriculture de Baharak, nous retiendrons l intensification par la terre et sa mutation vers une économie de marché. Le pavot est le meilleur argument que les agriculteurs de Baharak pouvaient nous donner. Il faut que les organismes de développement intègrent ces deux paramètres. Ne pas reconnaître l intensification risque de rendre les programmes mal adaptés et leurs résultats certainement peu durables ; quant à vouloir que ces hommes et ces femmes n entrent pas dans une économie de marché, et avoir accès aux nouveaux biens de consommation (radios pakistanaises, vêtements iraniens, films indiens, télévisions et motos chinoises, sodas américains ), c est les empêcher de vivre. Il est indispensable de proposer des projets en phase avec l intensification et qui permettent aux habitants d avoir accès aux nouveaux biens de consommation. Pour la majorité des foyers, les programmes «blés» ne répondent pas à ces deux exigences. Le développement des cultures de rentes est indispensable, ne serai-ce que pour lutter contre le pavot à opium. Mais attention, ce type d agriculture plongera les paysans dans une dépendance croissante à travers cette économie de marché (intrants, variétés, transports, prix du pétrole, compétition ). De plus, les risques quant à une surexploitation du milieu (érosion, diminution de la fertilité) sont bien réels. Les programmes de développement trouvent ici toute leur place afin de réduire ces risques. Ils doivent accompagner cette intensification et cette entrée dans l économie de marché de manière intelligente. En plus d être adaptés à un contexte global, les programmes doivent s ajuster à la diversité agricole de la zone. Il faut donc proposer les programmes adéquats à chaque type d agriculteurs. Ce ne sont pas les agriculteurs qui doivent s adapter mais les institutions de développement à travers leurs différents projets. L élaboration de ces derniers doit donc se faire sur le terrain et non pas dans un quelconque bureau de Kaboul ou d ailleurs. Il est évident que multiplier les programmes complique le travail de ces organismes de terrain mais c est à ce prix que les résultats deviendront de plus en plus satisfaisants. 121

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137 WILY L. A. (2003), Land Rights in crisis. Restoring Tenure Security in Afghanistan. Kaboul, Afghanistan Research and Evaluation Unit (A.R.E.U.), 133 p. WILY L. A. (2004), Looking for peace on the pasture: Rural and Land Relation in Afghanistan. Kaboul, Afghanistan Research and Evaluation Unit (A.R.E.U.), 111 p. ZIKRIA, H., MISSEN, F. (2002). Pour mieux comprendre l Afghanistan. Aixen-Provence : Edisud, 142 p. In ROBIN G. (2004), Diagnostic agraire de la vallée de Doab en Afghanistan. Mémoire de fin d étude. Master in agriculture. Beauvais : I.S.A.B., 125 p. 125

138 Table des annexes Annexe 1 : Histoire de l Afghanistan (chronologie) Annexe 2 : Le Groupe URD Annexe 3 : le projet LLRD Annexe 4 : L ONG Afghan Aid Annexe 5 : L approche systémique Annexe 6 : Questionnaire, guide d enquête Annexe 7 : Zonage géographique Annexe 8 : Calcul du coût moyen journalier alimentaire de base d un adulte Annexe 9 : Les différentes cultures de la zone Annexe 10 : Caractéristiques économiques et techniques des cultures Annexe 11 : Principales caractéristiques des élevages à Baharak Annexe 12 : Pourquoi telle ou telle variété de blé? Annexe 13 : Distribution de la typologie avec des rendements de 80 quintaux par hectare

139 Annexe 1 : Histoire de l Afghanistan (chronologie) Les premières invasions : du VIème siècle av. J.C. au VIème siècle ap. J.C. Vie siècle av. J.- Invasion de la région par le Perse Darios Ier C. 328 av. J.-C Le Grec Alexandre le Grand envahit à son tour la région IIe et Ier siècles Invasions des Scythes, des Parthes et des Kouchans bouddhistes av. J.-C Ve et VIe siècles les Huns Hephthalites, ou Huns Blancs après J.-C L'Islam : VIIème siècle à XVIème siècle VIIème siècle Les Arabes introduisent la religion musulmane en Asie Centrale Les Turcs, sous le règne du sultan Mahmoud de Ghaznî, font Début du XIème momentanément de l'afghanistan le centre de l'hégémonie et de la siècle civilisation islamiques Début du Les Mongols de Gengis Khan envahissent l'afghanistan et Timour Lang XIIIème siècle Au début du XVIe siècle (ou Tamerlan) l'annexe à la fin du XIVe siècle Baber (ou Zahir al-din Mohammad) établit un empire en Inde à partir de ses bases de Kaboul Les premières dynasties afghanes : XVIIIème et XIXème siècles 1747 Les Pachtous, sous le règne d'ahmad Khan, fondent la première dynastie afghane indépendante Dost Mohammad (émir de Kaboul) établit une seconde dynastie. ( Abd ar-rahman Khan réussit le premier à exercer un véritable contrôle sur la totalité du pays. XIXème siècle : Le Grand Jeu. L'Afghanistan entre Russie et Empire britannique des Indes Face à la menace expansionniste Russe sur les Indes britanniques, le Royaume-Uni déclenche la première "guerre afghane" contre la Russie L'armée britannique est décimée par une révolte populaire ème guerre afghane : le Général Roberts conquiert Kaboul et libère Kandahar 1907 Traité anglo-russe qui donne l'autonomie à l'afghanistan ème guerre afghane: le pays acquiert son indépendance, laquelle est concrétisée par le traité de " Rawal Pindi " en 1921 Le royaume d'afghanistan : Le royaume est fondé par l'emir Amanullah 14/01/1929 Amanullah abdique; des musulmans traditionalistes prennent le pouvoir. Situation anarchique 16/10/1929 Le Général Mohammed Nadir Shah devient roi 1933 Nadir Shah meurt. Muhammad Zaher Shah est proclamé roi de l'afghanistan L'Afghanistan conserve sa neutralité durant la seconde guerre mondiale Mohammed Daoud ( ), cousin du roi devient Premier Ministre et 1953 établit un programme de modernisation économique et sociale avec l'aide soviétique 127

140 L'opposition pousse Daoud à la démission et une monarchie constitutionnelle est mise en place. Les partis politiques sont interdits. Création du PDPA (Parti Démocratique du Peuple Afghan), procommuniste et pro-soviétique La République d'afghanistan : /07/1973 Coup d'état de Daoud qui, avec l'appui militaire russe, renverse son cousin Zaher. Ce dernier abdique en août et s'installe en Italie 1977 Daoud est élu Président de la République Le régime communiste : Coup d'état du PDPA, et assassinat de Daoud. Muhammad Taraki ( /04/ ), leader de la faction radicale " Khalq " (Parti du Peuple, équivalent du parti communiste dans les pays arabes) devient Président de la nouvelle République démocratique d'afghanistan (pro soviétique) Mai 1978 Mise en place d'un programme de réformes d'inspiration "kemaliste" 14/09/1978 Coup d'état d'hafizullah Amin, assorti de l'assassinat de Muhammad Taraki 5/12/1978 Signature à Moscou d'un traité d'amitié avec le "Grand Frère" soviétique 25/12/1979 Entrée des troupes soviétiques en Afghanistan L'occupation soviétique : /12/1979 Nouveau coup d'état militaire soutenu par l'urss, qui installe Babrak Karmal au pouvoir Janvier 1980 Les troupes soviétiques envahissent la majeure partie du pays et combattent la rébellion anti-communiste Des Musulmans de nombreux pays (dont le Saoudien Oussama Ben Laden) 1980 rejoignent l'afghanistan afin de se battre contre les soviétiques. La CIA commence à apporter un soutien matériel et financier à divers groupes de la résistance Afghane, dont les mouvements composés " d'étrangers " 30/11/1986 Mohammed Nadjibullah remplace Babrak Karmal à la tête du gouvernement 15/04/1988 Accords de Genève entre le gouvernement de Kaboul, l'urss, le Pakistan et les Etats-Unis. L'opposition afghane ne reconnaît pas ces accords. La guerre civile : L'Armée Rouge est vaincue par le Djihad. Début de la guerre civile qui Février 1989 oppose le gouvernement communiste et les rebelles - : Début de la Guerre du Golfe et du débarquement des troupes américaines en Arabie Saoudite. Démission de Mohammed Najibullah. Fin du régime communiste et début 16/04/1992 de la guerre civile entre factions moudjahidin divisées selon des critères religieux, ethniques et régionaux 29/04/1992 Ahmad Shah Massoud, islamiste modéré tadjik, entre dans Kaboul avec plusieurs milliers d'hommes et devient ministre de la Défense en mai 28/06/ Burhanuddin Rabbani, islamiste modéré du Jamiat-e-Islami, est nommé président intérimaire, puis élu chef du gouvernement en décembre Un gouvernement issu de la résistance afghane prend le pouvoir, mais il y a des dissidences internes 128

141 7/05/ Été 1996 Malgré un accord de Paix entre les factions rivales, les affrontements continuent au sud de Kaboul. Massoud démissionne du gouvernement, lequel est recomposé autour de Gulbuddin Hekmatyar, un fondamentaliste appartenant à l'ethnie pachtoune, majoritaire dans le pays. Début de l'offensive des taliban et conquête progressive des différentes provinces du pays. Soutenus par l'armée pakistanaise, les taliban conquièrent l'essentiel du pays (sauf le réduit tadjik au Nord-Est) et instaurent une dictature fondamentaliste. La plupart des factions afghanes, à l'exception des taliban, se mettent d'accord pour former un gouvernement présidé par Hekmatyar. Oussama Ben Laden, fuyant l'arabie Saoudite, et après un séjour de deux ans au Soudan, retourne en Afghanistan. Il diffuse " une déclaration de Djihad contre les américains ". Le régime Taliban : 1994/ /09/1996 Mai 1997 Juillet 1997 Février 1998 Avril /08/ /11/ /07/ /10/ /12/2000 Prise de Kaboul par les taliban, qui s'emparent dès lors du pouvoir. Le Mollah Omar, chef charismatique du mouvement et " Commandeur des Croyants ", dirige le pays sans aucun titre politique ou constitutionnel Le Pakistan est le premier pays à reconnaître officiellement le régime taliban. Il sera bientôt suivi par l'arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis Les forces de Massoud prennent le contrôle des zones au Nord de Kaboul Ben Laden et les responsables de quelques groupuscules islamiques extrémistes créent un " Front Islamique International contre les juifs et les croisés " dont la charte fondatrice précise les menaces contre les Etats-Unis Echec du processus de paix proposé par l'onu A la date anniversaire du débarquement des soldats américains dans les pays du Golfe, deux attentats sont perpétrés contre les ambassades américaines de Tanzanie et du kenya. Ben Laden en est tenu responsable et devient l' "ennemi public n 1" de Washington Après le retour de l'onu en Afghanistan et le nouvel échec des négociations de paix, un embargo aérien est mis en vigueur. Des sanctions financières sont votées par le conseil de sécurité de l'onu qui, à l'instigation des Etats-Unis, avait adopté, le 15 octobre, une résolution donnant aux taliban un mois pour extrader Oussama Ben Laden Le Mollah Omar décrète, sous la pression internationale, l'interdiction de produire du pavot en Afghanistan, ainsi que la destruction des récoltes. L'USS Cole est endommagé par un canot suicide dans le port d'aden, au Yemen Le conseil de sécurité de l'onu inflige de nouvelles sanctions aux taliban en raison de leur soutien au terrorisme 129

142 26/02/2001 Le Mollah Omar ordonne par décret la destruction de toutes les statues préislamiques, dont le bouddha de Bamiyan. Elles sont dynamitées le 9 mars, malgré les multiples protestations de la communauté internationale. 9/09/ /09/2001 Octobre 2001 Le commandant Massoud est victime d'un attentat suicide. Il sera remplacé à la tête du Front Uni du Nord par son ancien chef des services de renseignements, le général Mohammad Fakhim Attentats aux Etats-Unis. Oussama Ben Laden, fondateur du réseau Al Qaeda basé en Afghanistan, est tenu pour responsable de ces actes. Le régime des taliban est alors la cible première des Etats-Unis dans leur lutte contre les réseaux terroristes. Bombardements américains sur les principales villes talibanes et bases d'entraînement terroristes. Hiver Chute du régime Taliban. Mise en place d'un régime de transition. Printemps 2002 Retour de Zaher Shah en Afghanistan en tant que simple citoyen. Novembre 2004 Karzaï est élu président de la République Islamique d Afghanistan Septembre 2005 Elections législatives 130

143 Annexe 2 : Le Groupe URD Le Groupe URD (créé en 1993) est un institut associatif de recherche, d'évaluation et de formation pour l'amélioration des pratiques de l'action humanitaire dans les crises et lors des transitions entre urgence et développement. Il fonctionne comme un groupe d'intérêt scientifique et réunit des ASI françaises, des partenaires européens, ainsi que des universités. 10 ans de recherche engagée au service des acteurs de l'aide : L évolution de l analyse des crises sur ces dernières décennies questionne les modèles pré-établis de l aide. L analyse de la crise comme un phénomène passager justifiant la polarisation du secteur de la solidarité et des modes d actions (Urgence - Développement) est remise en question. C est de ce besoin de prendre en compte la complexité des situations et de la nécessité de faire évoluer les modalités de l aide, que le Groupe Urgence- Réhabilitation-Développement (Groupe URD) est né. D abord groupe de discussion inter associatif de 1993 à 1997, l association est créée formellement en 1997 pour poursuivre et structurer les recherches. Le Groupe URD se définit comme un «laboratoire d analyse et de recherche» au service des acteurs, plutôt que comme une structure opérationnelle. Au carrefour de l urgence et du développement, de la recherche et de l action, sa place privilégiée lui permet la prise de distance nécessaire à l analyse des situations et à l exploration de nouveaux modes d action. Il s appuie pour cela sur une équipe multiculturelle d une dizaine de permanents (Afrique, Amériques, Europe) aux expériences variées (agronome, urbaniste, juriste, médecin, nutritionniste, gestionnaire) et sur un groupe de consultants. Des évaluations de programmes : Le Groupe URD répond à diverses demandes d évaluation de programmes qu il conduit toujours dans l optique d apprentissage et d amélioration continue. Evaluation des programmes de l Unicef au Darfour, des projets de Solidarités en ex-yougoslavie, de Euronaid, Consortium DACAAR en Afghanistan Des processus de capitalisation d expériences : Certains thèmes étant communs aux divers acteurs intervenant sur une même zone, le Groupe URD propose des processus de capitalisation d expériences, étalés dans le temps, pour analyser les actions de manière transversale et tirer collectivement les leçons. Post- Mitch de 1999 à 2001, Afghanistan à partir de 2001, Asie à partir de 2005 Des projets de recherche opérationnelle : De l analyse des pratiques (souvent à travers les évaluations ou les capitalisations d expériences) apparaissent des problématiques dont la complexité ou l importance nécessite une étude approfondie. Le Groupe URD développe alors des projets de recherche opérationnelle. La participation des populations à l action humanitaire, la qualité des actions humanitaires, Les pratiques humanitaires dans les contextes urbains en guerre, le passage de l urgence à la reconstruction en Afghanistan Des modules de formation : Sur la base de ces travaux et à la demande d une institution ou de centres de formation le Groupe URD propose une série de modules pour les ONG, les agences des Nations Unies, le mouvement Croix-Rouge, les ministères. 131

144 Le lien urgence-développement, La Sécurité alimentaire, Qualité & Evaluation, la Participation dans l action humanitaire, Droit international humanitaire, etc. A la disposition des acteurs de l'aide : Des outils et méthodes de travail : A l issue de certains projets de recherche, de nouveaux outils ou méthodes sont conçus et mis à disposition des acteurs : Le COMPAS Qualité, (Cd-rom et Manuel) Le Manuel du Praticien sur la participation Des publications et des ouvrages : Les recherches donnent lieu à des publications (dans les revues spécialisées) ou des ouvrages (collection «Pratiques humanitaires en questions» chez Karthala) «Entre urgence et développement», «Evaluer l action humanitaire» «Guerres en ville et villes en guerre» Des évènements : Pour diffuser les résultats de ses travaux, le Groupe URD organise ou participe régulièrement à des colloques. Il organise chaque année «Les Universités d automne de l humanitaire» dans son siège Drômois. Des sites Internet : Tous les résultats de ses travaux de recherche sont mis en ligne sur les sites ; ; 132

145 Annexe 3 : le projet LLRD Termes de référence Linking Relief, Rehabilitation and Development in the Afghan Reconstruction process Depuis plus de dix ans, l Afghanistan a reçu de l aide pour des opérations d urgence et de développement qui ont été mises en place par des ONG nationales et internationales en dehors du cadre gouvernemental. Après le 11 septembre et la chute du pouvoir taliban, l Afghanistan à reçu de grosses sommes d argent pour le développement. La plupart des fonds ont été dévolus à l urgence et la réhabilitation sans analyse approfondie du contexte et des besoins. On sait peu de choses au sujet de l impact de l assistance. L Afghanistan reste encore un pays très pauvre aux infrastructures sociales affaiblies. L agriculture reste le pilier de l économie et les processus d urbanisation s accélèrent. L élite intellectuelle a été durement touchée par la guerre, une grande partie s est exilée. Cependant, une aide financière massive conjuguée et une conjecture climatique favorable en 2003 a permis de passe progressivement de l urgence au développement : il est important d accroître les réflexions autour de cette transition. La commission européenne a choisi l Afghanistan comme un pays ou l approche LRRD devrait être appliquée afin de tirer les leçons du passé pour être plus efficace dans les nouvelles actions entreprises. La commission cherche donc une structure spécialisée sur les liens urgence et développement capable de mettre en place le LRRD à la fois avec les ONG et le gouvernement afghan à travers des techniques et des concepts innovateurs. LRRD concerne 4 secteurs : Développement rural / Secteur agricole Secteur de la santé Secteur urbain (et situation des réfugiés relations ville campagne) Secteur de la société civile Politiques nationales et locales Secteur du développement rural et du secteur agricole : la politique vise au renforcement du secteur agricole afin de consolider la sécurité alimentaire, affermir la base économique du secteur rural en tenant compte de la diversité des conditions naturelles. Secteur de la santé: la politique nationale vise à accroître la couverture des services de santé en assurant la promotion des services de santé de base et en développant les PPA. Dans le secteur urbain: L exode rurale est un phénomène de très grande ampleur, conséquences de plusieurs années de guerre. Ce secteur est encore peu développé malgré les efforts du ministère de l urbanisme et de la municipalité de Kaboul. Secteur de la société civile : Le secteur privé et la société civile sont de nouveaux secteurs qui demandent à être appuyé et renforcés. Le projet LRRD vise à supporter les liens entre les programmes implantés par la commission européenne et les autres donneurs. - Les liens au sein de la Commission européenne : ECHO, Aid to Uprooted People, Commission Européenne, RRM 133

146 - D autres programmes financés par des donneurs multilatéral: AREU, FAO, NOVIB, etc.; - Des programmes financés par des pays de l UE de façon bilatérale. Lier les programmes d urgence et de réhabilitation établis entre 2002/2003 (pour la commission: ECHO, ALA Food Security, aid to uprooed people) et les programmes de développement établis en 2003 avec le TISA (B7-305 ALA ligne budgétaire pour les secteurs de la santé, du développement rural et des réfugiés, de même que la ligne B7-20 Sécurité alimentaire pour le secteur du développement rural) doit être une composante cruciale du programme LRRD. Objectifs et résultats attendus Les objectifs globaux Accroître les liens entre urgence et développement dans les programmes mis en œuvre par le gouvernement, l Europe et la communauté des ONG. Les objectifs spécifiques sont les suivants : 1 : capitaliser les leçons du passé à propos du LRRD 2: Développer les connaissances et analyses dans certains secteurs afin d accroître l efficacité du LLRD 3 : Former le personnel du gouvernement et le personnel des ONG pour renforcer les capacités d expertise et d évaluation de projet. 4 : Capitaliser, partager et faire circuler les connaissances acquises. Results to be achieved by the Consultant L équipe en place doit assurer qu un processus d apprentissage issu des réalités du terrain se met en place afin de capitaliser les leçons apprises sur les liens entre urgence et développement. L équipe doit participer au renforcement des capacités techniques des différents ministères et des ONG. L équipe doit assure que son expertise participe au renforcement de L UE notamment de son rôle pour dans la transition urgence et développement. Hypothèses et risques 3 hypothèses principales. - Beaucoup de ministères et ONG afghanes ont déjà conscience que de meilleurs diagnostics et évaluations sont la clé d'une meilleure valorisation de l aide et une plus grande efficacité. - Les connaissances relatives aux secteurs ruraux et urbain et celui de la santé doivent être renforcées. - L équipe de recherche devra travailler avec les projets et les institutions d ores et déjà impliquées dans la recherche et l évaluation, notamment AREU. 3 types de risques 134

147 - La dégradation des conditions de sécurité est particulièrement rapide et l accès aux différentes zones d évaluation et de recherche devient de plus en plus compliqué. - Les ressources humaines afghanes sont trop peu formées et l équipe en place doit travailler beaucoup plus pour réaliser le travail. - Les difficultés politiques internes empêchent une collaboration efficace avec les différents ministères. Buts de la mission Description du projet Le projet doit comporter Un solide volet évaluation avec les idées de suivre régulièrement un ensemble de projets et de secteur afin de suivre l évolution des programmes (en terme de pertinence /flexibilité par rapport aux évolutions des contextes) Un solide volet recherche évaluation afin de combler certaines lacunes de connaissances au sujet des systèmes agraires, systèmes urbains et problématiques liées à la santé. Un solide volet formation afin de renforcer les capacités locales sur le terrain au niveau du diagnostic et de l évaluation. Un important volet communication afin de partager les informations recueillies et le résultat des analyses au plus grand nombre d acteurs possibles et pour accroître la visibilité des efforts entrepris par la commission européenne pour l urgence, la réhabilitation et le développement. Les régions à étudier Secteur rural : Un mélange de systèmes agraires comprenant, systèmes irrigués de vallées système pluviaux de moyenne altitude (ex : Kunduz ou Takhar), système céréalier de moyenne altitude (ex : secteur de Parwan), polyculture d altitude moyenne (ex : Wardak), systèmes pastoraux de haute montagne (ex : Bamyan) et systèmes de cultures ne terrasses sur pente et Système pastoraux (ex : Nouristan). Secteur urbain : Un mélange de systèmes urbains de grande taille (Kaboul), taille moyenne (Bâmyân, Faizâbâd Pul I kumri) et de petites tailles (Nahrin or Jalrez) seront étudiés. Secteur de la santé : La recherche concernera a la fois la politique de santé en place (au niveau central et sur le terrain dans les différentes provinces du pays et en lien avec les partenaires de l Europe comme AMI, SCA, CORDAID par exemple). Groupes Cibles - Pour les objectifs de «lessons learning» : le groupe cible comprend des institutions nationales et internationales (gouvernements, ONG) - Pour la composante recherche appliqué: idem et l université d agriculture de Kaboul devra également faire partie du programme et les professeurs et étudiants devront participer au programme de recherche. 135

148 - Pour la partie formation : les ONG nationales et différents ministères seront les groupes cibles. - En ce qui concerne la communication, l ensemble des acteurs de l aide ainsi que les ministères concernés. Activités spécifiques Evaluations itératives avec mini séminaires: 3 missions multidisciplinaires devront être conduits. A la fin de chacune d entre elle, une restitution sera organisée et deux mois après la fin du travail de terrain, un rapport sera communiqué aux acteurs ayant pris part au processus. Une série de recherches menées par des étudiants de cycles supérieurs seront conduites dans les secteurs ruraux et urbains. Chacune d entre elle aboutira à la rédaction d un rapport et d un article. Une série d au moins 6 sessions de formations seront organisées sur les pratiques de diagnostic et d évaluations. Le Groupe URD devra expliquer le choix des partenaires et des participants aux formations. Une conférence internationale sera organisée à Kaboul afin de présenter les résultats du travail effectué. Les documents préparatoires et les actes de la conférence seront distribués afin d accroître la visibilité des actions menées par la CE. Le programme doit travailler en réseau avec les structures existantes telles AREU, ACBAR et les autres programmes finances par l UE. Gestion du projet Le bureau de représentation de la communauté européenne sera en charge du suivi du contrat. Ce contrat sera mis en œuvre par une approche centralisée. Toutes les décisions relatives aux activités entreprises seront prises par le bureau de représentation de la commission européenne. Cependant, des échanges seront organises avec les ministères et la communauté des ONG. Logistique et Calendrier Location D après les conditions de sécurité actuelle, les opérations de terrain pourront se dérouler dans les provinces suivantes : autour de Kaboul, Bâmyân, Kunduz, Badakhshan, Nouristan et Parwan. Le siège sera situé à Kaboul. Dans les différentes provinces, les ONG partenaires assureront un support logistique à l équipe du projet. Date de démarrage LE projet devrait commencer autour du 15 janvier 2004 et le projet durerait 24 mois au maximum. Cf. article 4 et 4 Selon les résultats de ce projet, il est envisageable qu une deuxième phase destinée à approfondir certaines problématiques soit requise ultérieurement. Sur demande de la commission européenne, des programmes de recherche et d évaluation pourraient être entrepris mais sur la base d un autre contrat. 136

149 L équipe Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Chef de projet: 4 mois Qualifications et expériences : Au moins un niveau master et un diplôme en économie, sociologie ou agriculture. Il doit faire preuve d au moins 10 ans d expérience en tant que chef de projet et évaluateur et avoir de bonnes capacités de communication. Il doit aussi maîtriser les concepts LRRD. Une connaissance des réalités afghanes serait appréciée. Expérience professionnelle: Expérience dans les institutions européennes, sur les mécanismes de recherche de fonds et sur les méthodologies de l évaluation. Expérience professionnelle spécifique: Expérience de formation /enseignement et dans un des secteurs de recherche. Expert: Agronome 4 mois Qualifications au niveau d un master avec 10 ans d expérience au minimum. Il doit être habitué à travailler avec les institutions gouvernementales et avoir une expérience de formation. Une connaissance du pays serait appréciée. Expérience dans les PED sur l évaluation et l analyse des SA. Expérience professionnelle spécifique: Il doit avoir une bonne expérience sur les OPR et sur la valorisation des productions agricoles. Expert santé: 4 mois Master, 10 ans d expérience, connaissance Afghanistan, Expert hydraulique : 4 mois Expérience sur les système d adduction d eau de petite échelle a la fois eau potable te irrigation. Evaluateur, spécialiste et formateur: 4 mois Au moins un master dans ce domaine avec une longue expérience dans la promotion de la qualité et les méthodologies d évaluation. Expert Junior base à Kaboul Master, 5 ans d expérience dans les PED, connaissances en Dari Autres experts Au fil du projet et selon les problématiques à traiter des experts pourront être engagés. L équipe doit veiller à engager également des acteurs locaux lorsque la formation requise est disponible ainsi qu un mélange de personnel national et international. Tous les experts doivent être indépendants des enjeux politiques. Les processus de sélection doivent être transparents et basés sur des critères objectifs prédéfinis tels que le les qualifications professionnelles, les connaissances en langue et l expérience. Le personnel de l administration publique ne peut pas être recrutés comme experts RAPPORTS Des rapports de mission doivent être rédigés chaque 6 mois et accompagnés des comptes. Un rapport final et la comptabilité du projet doivent être remis à la fin du projet. Le rapport d activité et un rapport financier doivent être remis pour relecture au moins un mois avant la fin du projet. Ils doivent être accompagnés d une facture finale et d un certificat d audit. Suivi et évaluation : Définition des indicateurs Les indicateurs doivent donner des éléments sur : La façon dont les leçons apprises est utilisée Les connaissances supplémentaires sur des problèmes spécifiques à la qualité. 137

150 Annexe 4 : L ONG Afghan Aid Afghanaid est une association britannique à but non lucratif, qui a pour fonction d aider les communautés rurales en difficultés de l'afghanistan en les développant leurs propres capacité afin d aboutir à un développement économique et social de manière durable et équitable. Créée en 1983, Afghanaid a fourni une assistance humanitaire, lors des deux dernières décennies, aux populations réfugiées afghanes au Pakistan et aux communautés restées en Afghanistan. Le programme «Développement des Communautés» (CD) d'afghanaid a été mis en oeuvre en premier dans le Badakhshan en 1986 et est maintenant effectif dans 4 des provinces les plus vulnérables du pays. Le programme CD est complété avec projets d'ingénieries majeurs, tel que la construction de routes et ponts. Afghanaid possède son bureau principal à Kaboul, quatre bureaux provinciaux, et un bureau de la liaison à Londres. Afghanaid est connu comme une des premières agences soutenir le concept du «Afghanisation» d'aide et développement, c est-à-dire assurer dans la mesure du possible une personnel afghan. L'objectif total du programme AAD est de contribuer à la réintégration soutenable des réfugiés et à la reconstruction socio-économique de communautés locales, avec le but fournir des avantages économiques et sociaux aux réfugiés et aux communautés résidantes à travers interventions multi sectorielles. AAD travaille dans les secteurs de l'infrastructure, de la production agricole et de la santé dans province du Badakhshan. L'objectif du programme d'afghanaid est prévenir la migration de familles aux provinces voisines et à l étranger, et d encourager les familles qui sont parties précédemment à revenir dans leurs régions d'origine. Objectifs spécifiques et bénéficiaires : Établir et / ou consolider la capacité des institutions villageoise (VO) et les groupes de femmes afin de rendre les populations actives dans mise en oeuvre de programmes. Aider des communautés visées à réhabiliter ou construire des infrastructures vitales qui amélioreront la qualité de vie des résidents et fortifieront leur capacité de production ; assurer la diffusion de compétences techniques à ces communautés pour leur permettre de prendre efficacement leur responsabilité dans la gestion des structures au-delà de la phase de la construction. Assurer une meilleure compréhension des fermiers sur l amélioration de leurs rendements à travers la diffusion de variétés végétales améliorées et des nouvelles techniques agricoles grâce notamment aux parcelles de démonstration. Améliorer, à travers la promotion de variétés végétales améliorées localement adaptées, d une part le régime alimentaire mais aussi d augmenter la production d un surplus marchand. Sécuriser le revenu des familles vulnérables à travers la diversification et la gestion améliorée, en encourageant des micros entreprises locales grâce notamment au micro crédit. 138

151 Améliorer la régime alimentaire et les revenus des familles à travers la production animale en formant et en équipant des techniciens vétérinaires afin de fournir des vaccins et des traitements de base. Améliorer la régime alimentaire et les revenus des familles à travers la production arboricole et en développant la transformation. Réduire la mortalité, particulièrement parmi les mères et enfants, à travers une meilleure hygiène et de meilleurs soins. Consolider les économies locales à travers un meilleur accès aux marchés et améliorer la qualité de vie pour les résidents en facilitant l'accès des services tels que les installations médicales. Permettre des conditions pour une agriculture plus productive et sécuriser une alimentation améliorée en augmentant la quantité de terres irriguées pour les communautés. 139

152 Annexe 5 : L approche systémique L approche systémique utilise le cadre d étude que reprend la figure suivante : Situation politique Situation économique Climat Milieu bio-physique Environnement social : (Religion, le rôle de la femme, ethnie, Démographie ) Situation Géographique : (qualité pédologique, accès au maché ) ONG CONTEXTE Facteurs de production : 1. Terre (surface, caractéristiques pédologiques, tenure) 2. Travail (force de travail, activités non agricole ) 3. Moyens de production : C apital fixe (bâtiments, outils, animaux reproducteurs) Capital variable d exploitation (semences, (semences, engrais, engrais, alimentation alimentation animale, ) animale, Le cycle de vie de l exploitation agricole Système d élevage Système de culture Système de transformation Système de production Figure 15 : L approche systémique Le Memento de l agronome définit un système de production comme «la combinaison des productions et des facteurs de production (capital foncier, travail et capital d exploitation) dans l exploitation agricole. L étude du système de production s intéresse donc au fonctionnement d une combinaison organisée, plus ou moins 140

153 cohérente, de divers sous-systèmes productifs : systèmes de culture, systèmes d élevage et systèmes de transformation» (Memento de l agronome, 2002, p. 348). De même, selon cet ouvrage (Memento de l agronome, 2002, p. 351), «Un système de culture se définit, au niveau de la parcelle ou d un groupe de parcelles traitées de manière homogènes, comme l ensemble des modalités techniques mises en œuvre sur ces parcelles, il est caractérisé par : - la nature des cultures ou des associations de cultures et leur ordre de succession ; - les itinéraires techniques 30 appliqués à ces différentes cultures - les produits et les sous-produits, leurs rendements.» Selon Philippe Lhoste, un système d élevage se définit comme «l ensemble des techniques et des pratiques mises en œuvre par une communauté pour exploiter dans un espace donné les ressources végétales par des animaux dans des conditions compatibles avec ses objectifs et avec les contraintes du milieu.» (BEDU L. et al., 1987, p. 17) 30 L itinéraire technique est une «suite logique et ordonnée d opérations culturales appliquées à une culture ou association de cultures.» (Memento de l Agronome, 2002, p. 351). 141

154 Annexe 6 : Questionnaire, guide d enquête Excepté la partie «généralités» pour les agriculteurs et les questions pour les commerçants qui était systématiquement posée, les autres questions ne l étaient pas forcément, les sujets étaient abordés les uns après les autres en laissant l agriculteur libre de répondre. Ce guide d entretiens devait servir à ne pas oublier la question pertinente qui pouvait relancer une remarque de l agriculteur. Ce guide permettait également de veiller à ce que tous les sujet soient traiter (dans la mesure du temps disponible). AUX AGRICULTEURS GENERALITES : Village? Nom? Ethnie? Age? Où êtes-vous né? Et vos parents, grands-parents (Pourquoi et quand ont-ils migré ici)? Combien de personnes vivent chez vous (Sexe, âge, lien de parenté)? Combien de jeribs possédez-vous (irriguée, non irriguée, pâturage )? Combien de jeribs travaillez-vous? A qui louez-vous des terres? Combien cela coûte, qui décide des cultures? Un ou des membres de la famille travaille-t-il (travaillait-il) en dehors de l éventuelle? Où, combien est le salaire? HISTOIRE : Combien de terre, d animaux possédaient vos ancêtres? Quels types de cultures existaient à l époque de vos grands-parents? Que mangiez-vous quand vous étiez enfants (plus de viande, sucre )? Quand avez-vous vu pour la première fois un sac d engrais, une automobile, une radio, une télévision, un policier? Quand a été construite la route pour la capitale Faezabad? Quand est arrivé le premier médecin, le premier instituteur? Comment les gens se soignaient avant? Qui contrôlait politiquement la zone? Où sont les premiers villages? Pourquoi? Combien il y avait de maisons de votre village quand vous étiez enfants? Comment viviez-vous pendant la guerre contre les Russes? Pendant la guerre civile? (Réfugiés, efforts de guerre, menace, manque de nourriture, décapitalisation ) SYSTEME DE CULTURE : 142

155 Pour chaque type de terre, quelles est la culture (voire variétés) cette année, l année dernière, l année suivante? Avez-vous une stratégie quelconque quant à vos rotation? Pour chaque culture, quel est l itinéraire technique (labour, fumure, engrais chimiques, semis, densité, désherbage, pesticide, récoltes, rendements (bonne, moyenne et mauvaise année, sous-produits, précédents, dates, prix, durée pour chaque opération )? Comment s effectue le transport, le stockage, la transformation éventuelle? S il y a vente, où, à qui, comment (transport), prix de vente (variation)? SYSTEME D ELEVAGE : Pour chaque type d animal (race, âge, sexe) : race, nombre (aujourd hui et au début et à la fin de l année dernière), combien de femelle, combien de naissance, de mort (causes), de consommer (quand, pourquoi), de vente (à qui, où, prix (variation)) chaque année? Quelles sont les différentes saisons pour l alimentation? Pour chaque saison, qualité et quantité de la nourriture? Quelles sont les périodes alimentaires difficiles? Achat éventuel (à qui, où, quantité, qualité et prix)? A propos de la transhumance : quand, qui, où, coût? Quels sont les produits, (quantité, qualité), transformation (qui, quand) vente, consommation? Quels sont les maladies et les traitements (coûts)? AUTRES INFORMTIONS : Avec qui discutez-vous d agriculture? Avez-vous des problèmes d irrigation? Où achetez-vous vos outils (prix)? Avez-vous un crédit (type, à qui, depuis combien de temps, régulièrement, que ce passet-t-il si vous ne remboursez pas dans les délais )? Avez-vous une quelconque activité non économique en dehors de l exploitation (groupe de discussion, ONG ) Dans votre budget mensuel, quel est la part pour l alimentation, les médicaments, les fournitures scolaires, les vêtements, les combustibles, les transports? Qui fait les achats? Quelles sont les dépenses exceptionnelles? En cas de crise (maladie, mariage, décès, mauvaise récolte ) comment faîtes vous face? (Crédit ) AUX COMMERCANTS : Semences, engrais, pesticides : variétés, noms, origine, caractéristiques, qualité, prix (variations intra et inter annuelles et entre les commerçants, pourquoi)? 143

156 Annexe 7 : Zonage géographique Afin de mieux appréhender la réalité, il faut savoir parfois la simplifier. Simplifier la réalité peut revenir à regrouper des espaces et à en séparer d autres. Pour réaliser ce zonage, il nous faut dégager des facteurs pertinents qui permettent de grouper certains ensembles et d en différencier d autres. Ces critères de différenciations doivent être le plus objectifs possibles afin d éviter tous jugements de valeur qui pourraient venir biaiser ce zonage. Enfin, pour plus de clarté, nous nous appuierons sur un seul facteur issu du milieu naturel et un seul issu de sa mise en valeur par l homme. La partie (Le contexte naturel) montre que selon la topographie, trois espaces se dégagent clairement les uns des autres : les fonds de vallées, les pentes des montagnes et les hauts pâturages d été. Ce critère topographique semble tout à fait pertinent dans ce contexte montagneux ou l altitude (et les différents climats qu elle engendre) et la pente influent de manière évidente sur l Homme. La partie (La mise en valeur) met en évidence plusieurs facteurs de différenciation. Cependant, le rayonnement que possède le nouveau bazar de Shar-é-nau semble avoir un impact majeur sur la vie des habitants du district. En effet, ce nouveau bazar est le centre économique, politique et social du district de Baharak. Plus on s éloigne de celui-ci et moins son influence est évidente. Les habitants proches du bazar bénéficient de ses avantages mais aussi de ses inconvénients sur les autres habitants. Citons pour exemple que la politique d éradication de pavot orchestrée par le gouvernement sera plus forte sur une exploitation agricole si celle-ci se situe près du bazar et donc des bureaux du gouvernement. A contrario, les exploitations proches du bazar bénéficient plus facilement des éventuels conseils techniques des ONG dont leurs bureaux se trouvent à Shar-è-nau. Les croisements des facteurs «la topographie» et «le rayonnement du bazar» permettent de dégager quatre ensembles agro-écologiques 31 : 1. Shar-é-nau 2. Les kochlaks 3. Les villages des pentes 4. Les Shewas Reprenons les principales caractéristiques pour chacun de ces ensembles agroécologiques. 1. Shar-é-nau Shar-é-nau est le centre politique, économique et social de Baharak. Les institutions politiques et les ONG y possèdent leurs bureaux. Le bazar, avec ses nombreuses échoppes, attire tous les habitants du district et même d au-delà. Il s agit d une capitale qui monopolise tous les services du district (médecins, pharmaciens, police, écoles, vétérinaires ), ses habitants possèdent ainsi un ascendant pratique et social sur ceux des kochlaks. 2. Les kochlaks Lorsque l on s intéresse aux activités des femmes permettant de dégager un revenu, une des conséquences de l éloignement est la difficile commercialisation des 31 Nous définirons ici un espace agro-écologique comme un espace naturel que l homme a transformé (agriculture, routes, écoles ). 144

157 produits agricoles comme les fruits, les légumes frais, les produits laitiers et des produits non agricoles d artisanat (broderie, couture, pâtisseries, ). Le difficile accès à l éducation (école à plus de 30 minutes à pied) est une autre conséquence de cet éloignement, notamment pour les jeunes filles adolescentes souvent gardées à la maison pour les travaux domestiques. Dans les villages dits «koshlaks», des fonds de vallées ou isolés, la plupart des habitants ont des liens de parentés plus ou moins proches et sont issus d une ou deux branches familiales différentes. Il y a donc des liens très forts entre voisins et on a parfois l impression d une seule et même grande maison lorsque l on pénètre les murs d enceinte de ces villages. Ainsi, les femmes se déplacent plus librement entre les maisons et les échanges de produits de premières nécessités (lait, œufs, riz, ) sont très communs. 3. Les villages des pentes Les villages de Warshir, de Dashtok et de Formulagh sont tous les trois à flanc de montagne et éloignés des rivières. Proche des villages, ils bénéficient de sources d eau pour les jardins et l alimentation mais pas en suffisance pour l irrigation des terres qui sont en majorité des terres pluviales. 4. Les Shewas Pour les villages Shewashis, peu de terres sont irriguées et la majorité de l espace est allouée aux pâturages. Ce facteur est discriminant pour le développement des cultures à haut rendement, du maraîchage et de l élevage entre les ensembles des fonds de vallées et les ensembles des pentes et des estives. La figure suivante reprend sous forme de schéma le zonage géographique. Le centre Shar-é-nau apparaît en rouge foncé, les kochlaks en rouge clair, les cercles de couleurs rouges représentent les villages des pentes et enfin, une flèche indique le dernier espace : les Shewas, hauts pâturages. 145

158 Figure 16 : Carte schématique de la vallée de Baharak, zonage géographique N 3300 m KHASH JURM 1660 m FAIZABAD 1500 m 3400 m SHEWAS WARDUJ m CHAR-E-NAU SHOHADA 1km Légende : Terres irriguées cultivées principalement en blé, en fourrages et en «culture de rente». Terres pluviales cultivées en céréales ou en jachère. «Silva*» de type épineux (chardons, broussailles). «Ville nouvelle» autour du bazar et des infrastructures récentes : clinique, gouvernement, ONGs, Zone d habitats regroupés en villages appelés koshlack. Villages d altitude. Route principale et carrossable. Arbres fruitiers et potagers de jardins privés. 146

159 Annexe 8 : Calcul du coût moyen journalier alimentaire de base d un adulte Annexe tirée du rapport de Cécile Duchet 1. Choix des aliments «de base» Les aliments «de base» choisis sont : o le pain (en quantité de blé) o les pommes de terre o le riz o le lait o l huile o le sucre o les légumes frais o la viande o les noix (en hiver) Explication du choix de ces aliments et non choix des autres : Les condiments comme le sel et les oignons sont très importants dans la consommation locale mais leur coût est négligeable en comparaison des autres aliments. De plus, les quantités consommées sont difficiles à estimer car les femmes ne disent ne pas savoir combien elles en consomment. Les légumes frais choisis concernent les légumes en dehors des patates et des oignons. Ils ont été mis en vente au bazar de Baharak depuis 4-5 ans et sont donc consommés plus massivement par les ménages. Les produits laitiers autres que le lait ne font pas partie de l alimentation de base car ils sont uniquement consommés par des ménages qui en produisent eux-mêmes ou en reçoivent comme dons. Le krout est consommé par beaucoup en hiver mais représente plus un aliment d accompagnement (en quantité négligeable) qu un aliment de base. Les légumes secs comme les pois, les lentilles, les haricots ainsi que les légumes séchés sont de même très consommés par les ménages mais sont des «condiments». Ils sont consommés en très petite quantité et en cas de pénurie, ces aliments ne sont pas consommés. Les produits comme le miel, la confiture, les amandes, les fruits secs ne sont pas des aliments de base car ils sont d abord destinés aux invités, aux occasions festives et ne sont pas consommés par les ménages les plus pauvres. Les fruits frais sont consommés en été par la plupart des familles lorsqu ils possèdent un jardin avec des arbres fruitiers. Les familles pauvres n en consomment que très peu, si elles en œufs les vendent, sinon elles n en achètent pas. Les noix représentent entre 1 et 2 kg par mois et par adulte en hiver ce qui correspond à un coût non négligeable dans l alimentation. 2. Calcul des quantités moyennes consommées par adulte et par mois : (Cf. le rapport de Cécile Duchet 2006, chapitre 4) Comme il a été très difficile d obtenir des réponses en terme de quantités consommées pour les légumes et les fruits, il a été décidé de questionner les femmes 147

160 sur leur fréquence de consommation et d estimer les quantités consommées à partir de ces fréquences de consommation pour les légumes frais et la viande : Fréquences Codes pour mise à plat des enquêtes Nombre de jours de consommation par mois Portion quotidienne par adulte (kg légumes ou viande)* Quantités moyennes consommées (kg/adulte/mois) ts les jours fois/semaines ,5 2 fois/semaine ,8 1 fois/semaine ,4 2 fois/mois ,2 1 fois/mois ,1 Moins 1 fois/mois Tableau 8 : Tableau explicatif des calculs suivants *A partir des enquêtes et des quantités observées et pesées au cours des repas servis par AAD, on peu estimer à 100g par personne adulte une portion quotidienne de légumes ou de viande. Rares sont les familles qui en consomment plus sauf à l occasion de fêtes ou d invités. - La consommation moyenne (en Kg ou L par adulte et par jour) est calculée à partir de la moyenne des quantités relevées lors des enquêtes dans les tableaux de l annexe n du chapitre 4 du rapport de Cécile Duchet Les aliments sont consommés en plus ou moins grande quantité selon les saisons. Ainsi, les valeurs sont maximales ou minimales selon les aliments et selon les saisons. E= été ; A=automne ; H=hiver ; P=printemps. - Les prix varient eux aussi suivant les saisons, les prix indiqués dans les tableaux sont les prix du bazar de Baharak en 2004 et aliments de base conso moy E (Kg/adulte/jour) conso moy A conso moy H conso moy P Pdt 0,04 0,08 0,08 0,04 Blé 0,37 0,50 0,50 0,37 Huile 0,04 0,05 0,05 0,04 Lait 0,08 0,03 0,03 0,08 Légumes 0,06 0,06 0,03 0,03 Viande 0,03 0,03 0,01 0,01 Sucre 0,02 0,03 0,03 0,02 Noix 0,00 0,00 0,03 0,00 Riz 0,07 0,07 0,13 0,13 Total 1,74 2,10 2,17 1,74 Tableau 9 : Consommation alimentaire moyenne 148

161 aliments de base prix E (afg/kg oul) prix A prix H prix P coût E (afg/adulte/jour) Pdt 11,50 7,00 7,00 17,00 0,41 0,56 0,56 0,61 Blé 11,50 11,50 14,30 14,30 4,20 5,71 7,10 5,22 Huile 50,00 50,00 50,00 50,00 1,82 2,30 2,30 1,82 Lait 25,00 50,00 50,00 25,00 1,92 1,32 1,32 1,92 Légumes 40,00 40,00 40,00 40,00 2,44 2,44 1,01 1,01 Viande 150,00 150,00 200,00 200,00 4,25 4,25 2,43 2,43 Sucre 30,00 30,00 30,00 30,00 0,54 0,84 0,84 0,54 Noix 60,00 0,00 0,00 1,60 0,00 Riz 28,50 28,50 43,00 28,50 2,12 2,12 5,45 3,61 Total Tableau 10 : Coût alimentaire coût A coût H coût P Coûts journaliers de l'alimentation de base moyenne selon les saisons (afg/adulte/jour). 50,0 45,0 Coûts (afg/ adulte/jour) 40,0 35,0 30,0 25,0 20,0 15,0 10,0 5,0 0, été automne hiver printemps Saisons total noix sucre riz viande légumes lait huile blé pdt Graphique 6 : Coût moyen journalier alimentaire par saison et par adulte L objectif de ce graphique est d estimer combien d argent une personne de plus de 12 ans à besoin chaque jour pour se nourrir. On remarque que ces besoins sont en moyenne supérieurs en hiver et au printemps ce qui confirme qu à cette période les problèmes d argent sont encore plus grands. En s appuyant sur ces enquêtes alimentaires, un adulte consommerait donc de 17 à 23 afghs de nourriture par jour. La variation illustre les différence entre les saisons : l hiver, il faut près de 25 afghs pour nourrir une personne par jour tandis que l été, il n en faut que 25. En plus des aliments, l achat de combustible est indispensable à la consommation alimentaire d un adulte. Les quantités de combustible ne sont pas vraiment proportionnelles au nombre de personnes, il s agit de dépenses fixes qu on estime entre 50 et 100 afghs par jour (toujours selon les saisons). En effet, le tableau ci-dessous permet d évaluer le montant des dépenses moyennes d une famille à Baharak pour les combustibles. 149

162 Remarque : Chaque ménage choisit le type de combustible qui est le plus abordable pour lui, le bois, le gaz ou le fumier. Mais il peut aussi utiliser au cours de l année un peu de chaque, selon les disponibilités et les saisons. Aussi, certains ménages très pauvres n achètent pas de combustible et se «débrouillent» par la récolte de fumier sur les chemins, au bord des rivières et par la recherche de broussailles dans les montagnes. Il s agit donc ici de proposer une moyenne des dépenses afin de donner une tendance et non une valeur exacte! Bois : Gaz : Fumier : Pour une famille moyenne (5 à 10 personnes), il faut environ 7 kg de bois par jour en été et 20 kg en hiver. Le prix est d environ 6 afghs/kg en été et 8 afghs/kg en hiver (bois de districts voisins). Chaque mois, une famille dépenserait donc pour le bois environ 1250 afghs en été et 4800 afghs en hiver. Pour une année ceci revient à une dépense de afghs par an soit prés de 100 afghs/jour. 40 afghs / kg. Pour une famille (entre 5 et 10 personnes), une bouteille de 5kg fait environ 6 jours. Soit environ 2000 afghs par mois/ménage ou 67 afghs/jour. Prix du fumier : 280 afghs/buji 32 soir 5,6 afghs/kg. Une famille moyenne (5 à 10 personnes) brûle environ 500 kg de fumier par mois. Ceci revient à un coût de afghs par an soit environ 90 afghs/jour. Trois adultes consommeraient (aliments et combustible compris) donc entre 100 et 180 afghs par jour ce qui correspond au salaire journalier d un homme à Baharak. Trois est le chiffre que nous retiendrons pour le ratio : un journalier peut subvenir au besoins de deux autres adultes. Le reste du salaire, s il existe, doit permettre d acheter vêtements, médicaments, ustensiles de cuisine, Le ratio UC/UPM sera donc de 3. Au dessus de celui-ci, la famille peut avoir de graves difficultés à couvrir ses besoins vitaux buji = 50 kg (environ) 150

163 Les variétés : Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Annexe 9 : Les différentes cultures de la zone Le blé, culture principale Il existe deux types de blé : le blé tendre (nommé simplement blé dans cette étude) et le blé dur. Ce dernier n est pas panifiable et n est donc pas semé par les paysans de Baharak sur leurs champs. Il faut également distinguer deux autres sortes de blé : le blé d hiver et le blé de printemps. Le blé de printemps permet aux paysans des régions à hiver très rude d en produire. Cependant, le blé d hiver est plus apprécié car il permet généralement de meilleur rendement ; il est donc utilisé en priorité lorsque le climat le permet comme celui de Baharak. Dans cette région, près d une douzaine de variétés sont connues par les agriculteurs. Le blé de printemps est semé sur les terres qui sont en altitude, le climat y est plus rigoureux. Ces terres sont exclusivement pluviales (lalmi). Sur les terres irriguées ou non (abi et lalmi) de la vallée, c est le blé d hiver qui est semé. Sur lalmi, les paysans choisissent le plus souvent des variétés dîtes locales tandis que sur les abis, la plupart sont dîtes améliorées : Type de terre Type de blé Variétés Lalmi en altitude Blé de printemps Variétés dîtes locales Lalmi dans la vallée Blé d hiver Variétés dîtes locales Abi Blé d hiver Variétés dîtes améliorées Tableau 11 : Les différents types de blé utilisés Les raisons quant au choix de variétés améliorées ou non seront abordées dans le chapitre suivant sur les règles de décisions. Les variétés dîtes locales sont issues de la période d avant guerre. La recherche afghane, les échanges technologiques (notamment avec l URSS) ont fourni différentes variétés de blé qui sont considérés, 25 ans plus tard, comme locales. Les variétés améliorées sont celles qui ont été introduites récemment via les ONG, la FAO ou des agences gouvernementales étrangères comme l ambassade de France par exemple. Ces variétés sont issues de la recherche menée par la FAO, L ICARDA ou encore des organismes de recherche étrangers. Itinéraires techniques, temps de travaux et rendements : Trois itinéraires techniques sont utilisés dans la zone d étude. L un concerne les terres irriguées, les deux autres les pluviales. La figure 7 indique les différents itinéraires techniques du blé. 151

164 CULTURE Octobre Novembre D J F Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Blé sur lalmi d'altitude Labour + semis + Labour (1 Hj) Récolte (5 Hj Quantité de travail nécessaire 10 dont 25% en déplacement Blé sur lalmi de Labour+semi+labour possible apport de vallée (1 Hj) Possible apport d'urée Récolte (4-5 Hj) fumier et labour (1 Hj) 5 à 7 Labour+semi+labour+ Désherbage (3-5 confection des canaux Hj)+apport d'urée (15 d'irrigation+apport kg)+début de Blé sur abi d'urée (15 kg) et de DAP (30 Kg) (2 Hj) l'irrgation quasihebdomadaire irrigation possible apport de Récolte (4-5 Hj) fumier et labour (1 Hj) 9 à 13 Hj Figure 17 : Itinéraires techniques et temps de travaux du blé Sur lalmi, la première différence entre les deux ITk concerne le type de blé utilisé (d hiver ou de printemps) suivant l altitude des parcelles. La date de semis sera donc différente (tout comme la date de récolte). De plus, selon ses moyens et selon le climat : s il pleut 33, l agriculteur peut apporter des engrais (organique et/ou chimique) sur les lalmis proches de l exploitation, c est-à-dire sur les lalmis situés dans la vallées ensemencés avec du blé d hiver. Les lalmis d altitude sont trop éloignées de l exploitation pour permettre au paysan de Baharak d y apporter de l engrais. Le premier labour 34 est réalisé si possible après une averse sur lalmi ; l irrigation remplace les pluies hypothétiques sur abi. Cette pluie (ou cette irrigation) permet d humidifier la terre ce qui facilite le passage de l araire. Après les semis, un passage d araire permet la confection de petits remblais. Ces remblais servent à diviser la parcelle en différentes planches de 2 m sur 4 environ. Ainsi, l agriculteur pourra irrigué planche après planche et s assurer ainsi d un bon recouvrement de l eau sur la totalité de la parcelle. Cette irrigation est nommée irrigation en planche. Les engrais ne sont apportés que sur les parcelles qui ont les meilleurs rendements, c est-à-dire sur les terres irriguées. Rappelons que si la pluie le permet, certains lalmis, qui sont proches des exploitations, peuvent bénéficier d un apport. Le désherbage est un travail long et fastidieux car il est manuel. Là encore, cette opération n est réalisée que sur ces parcelles qui permettent les meilleurs rendements, c est-à-dire sur les abis. Les agriculteurs de la région de Baharak affirment que ces deux opérations (apports d engrais et désherbage) n ont pas assez d effets positifs sur les parcelles non irriguées. Ils se refusent donc d augmenter leurs coûts de production (achat d engrais) ou leur temps de travail (désherbage) sur des parcelles qui de toute évidence ne pourront jamais permettre de haut rendement. Rappelons que les variétés utilisées sur les lalmis sont dîtes locales. Il est difficile de savoir l effet d une variété améliorée sur le rendement de ces terres pluviales. Actuellement, aucune variété améliorée n a pu remplacer celles qui sont locales malgré le travail d ONG comme Focus. Le blé irrigué est donc la base de l agriculture, les paysans assurent leur année agricole avec cette culture. Ce sont ces blés qui demandent le plus de travail : 9 à Selon les paysans interrogés, l irrigation permet une meilleure pénétration des engrais dans le sol. C est pourquoi l apport d engrais sur les terres pluviales doit s accompagner de pluies. 34 Dans cette étude, nous entendons par labour un travail du sol à l araire. Notons qu il ne s agit pas d un réel labour puisque celui-ci implique un retournement de la terre que l araire ne permet pas. 152

165 Hj 35 contre 5 à 7 pour le pluvial. Ce blé pluvial peut être considéré comme un pari dont le résultat est très incertain car dépendant du climat. La densité de semis varie également entre abi et lalmi. Sur ces premiers, les agriculteurs sèment entre 4 et 8 sers de blé par jerib soit 140 à 280 kg par ha 36. Selon diverses sources, cette haute densité empêcherait un développement trop important des mauvaises herbes. D autres personnes affirment que les températures hivernales provoquent des dégâts d où une forte densité pour combler ces pertes. Sur lalmi, les paysans sèment 2 à 4 sers de blé par jerib soit 70 à 140 kg par ha. Pour les mêmes raisons indiquées plus haut, les agriculteurs de la zone considèrent le blé pluvial comme un pari et refusent donc de «miser» une trop grosse quantité de blé. Après les moissons de juillet (ou septembre pour le blé de printemps), le blé est laissé sur la parcelle pendant une semaine afin qu il soit totalement sec. Les moissons s étalent sur une petite vingtaine de jours. 4 à 5 Hj sont nécessaires pour moissonner un jerib, un actif pourra donc récolter 3,5 à 4 jeribs. Au-delà de ce chiffre, il devra embaucher des ouvrier ou faire appel à la main d œuvre familiale. On considérera 3,75 comme la surface maximum en blé qu un actif seul peut cultiver. Puis les paysans regroupent tous le blé d une parcelle en un seul tas. Cet unique tas permet de gagner du temps pour le battage. Contre 10% de la récolte, la plupart des agriculteurs louent les services d une batteuse que possèdent quelques rares commerçants. La batteuse (d origine pakistanaise) est amenée sur la parcelle via un tracteur (d origine soviétique) et réalise un gain de temps considérable (2 jours par jerib). De moins en moins utilisent les bovins pour battre le blé. Cependant, ces derniers écrasent mieux la paille la rendant plus appétente pour les animaux. En effet, de la batteuse ne ressort que de la paille complètement achée. Les rendements en grain varient fortement selon les terres et selon les années. Les agriculteurs raisonnent de la façon suivante : sur abi, 1 ser de semé permet de produire en moyenne 6 à 15 sers soit un rendement variant entre 10 et 35 Qx/ha. Cette variation dépend des conditions naturelles et des variétés utilisées. La rouille, une maladie issue d un champignon est le fléau le plus grave dans cette région ; cette année est considérée comme particulièrement mauvaise à cause de cette maladie. Sur lalmi, 1 ser de semé permet d obtenir 2 à 6 sers soit un rendement variant de 1,5 à 8,5 Qx/ha. Les rendements de paille sont difficiles à évaluer car variables d une variété à l autre. Il semble que les agriculteurs stockent près d une tonne de paille par jerib., Les différentes utilisations et le prix: Cette paille est stockée dans les bâtiments alloués aux animaux. Les grains de blé sont stockés dans des silos à l intérieur des maisons. Les paysans le transforment au fur et à mesure en farine via les moulins hydrauliques (avec un coût de 5% de la transformation) ou électriques (le coût est alors de 10%). La farine est également stockée dans des silos. La paille représente un produit important. Elle est stockée et sert de litière pour les animaux, de matériaux de construction pour la maison et d aliment pour les moutons et les bovins. Les prix du blé varient entre 60 et 90 afghs le ser. Les différentes variétés au moment des semis et la saison en général expliquent ces différences : au moment des moisson, les prix sont bas, ils augmentent pendant l hiver (MALETTA, 2004, P. 7). La 35 Hj : Homme jour. Unité de temps de travail, elle est égale à une journée de travail d une personne adulte 36 La densité de semis du blé recommandée généralement varie de 125 à 150 kg par hectare. 153

166 paille vaut 200 afghs le jowal 37 juste après la récolte soit un peu moins de 3000 afghs (60 $ US) la tonne. Pour des raisons d offre qui diminue et de demande qui augmente, ce même jowal peut valoir 500 afghs l hiver. Les variétés : L orge Deux variétés d orge sont utilisées par les agriculteurs de Baharak. «Safejaw» (orge blanc), et «Caljaw» (orge bouillie). La première est vendue un peu plus cher, de l ordre de 70 afghs/ser contre 50 pour la seconde. Les agriculteurs dont les besoins en orge sont variables selon les exploitations semblent ne pas avoir un intérêt particulier pour telle ou telle variété. La sole en orge reste relativement faible par rapport à celle du blé, le prix des semences n a donc pas un impact majeur sur les coûts de production de l exploitation. Seuls les paysans qui ont des bœufs de labour et des ânes (la majorité de agriculteurs) ont besoin pour cette céréale. Itinéraire technique et rendements : Comme pour le blé, l orge peut être cultivé sur trois terrains différents, les lalmis d altitude, ceux des vallées et les abis des vallées. La figure suivante reprend les différentes étapes des ITk. Notons que l irrigation est comme pour le blé en planche. CULTURE Octobre Novembre D J F Mars Avril Mai Juin Juillet Août Sept. Quantité de travail nécessaire Orge sur lalmi d'altitude possible apport de fumier et labour (1 Hj) Labour+semi+labour(2 Hj) Récolte (4-5 Hj) 8 à 10 Hj (dont 25% en déplacement) possible apport de fumier Orge sur lalmi de vallée et labour (1 Hj) Labour+semi+labour(2 Hj) Récolte (4-5 Hj) 6 à 8 Hj Désherbage (3- Orge sur abi possible apport de fumier et labour (1 Hj) Labour+semi+labour+ confection des canaux d'irrigation(2 Hj) 5 Hj)+début de l'irrgation quasihebdomadaire Récolte (4-5 Hj) 9 à 13 Hj Figure 18 : Itinéraires techniques de l orge Les rendements de l orge sont un peu plus faibles que ceux du blé soit sur abi, 8 à 30 Qx/ha. Sur lalmi, le rendement varie de 1,5 à 8,5 Qx/ha Les différentes utilisations : L orge est largement utilisée pour l alimentation animale. Considérée comme très énergétique, elle est donnée aux équins et aux bœufs de labour avant le travail de la terre. La paille utilisée comme celle de blé (alimentation animale, matériaux de construction, litière animale). Les variétés : Le pavot à opium Différents noms de pavot (cf. photo suivante) existent dans la zone d étude. Ces noms dépendent avant tout de la variété utilisée mais aussi de l aire de culture. Toutes les variétés ne sont pas cultivées dans la zone mais elles sont cependant connues de 37 On peut considérer le jowal comme ce que peut transporter un âne. Un âne peut transporter un gros sac à la fois (question de place sur l animal). Les paysans estiment qu un gros sac de paille pèse environ une dizaine de sers soit 70 kg environ. 154

167 certains agriculteurs et commerçants que l on peut suspecter de jouer un rôle même mineur dans la filière. Photo 5 : Un champs de pavot à opium dans le district de Baharak (juillet 2005) Il est cependant impossible de savoir si l un ou l autre de ces noms représentent une même variété. En effet, le nom peut changer selon la région où le pavot est cultivé. Par exemple, le nom générique watani (locale) peut désigner différentes variétés selon la province où elle est cultivée. Une des variétés cultivées dans le district de Warduj est nommé watani par les habitants de Warduj et Warduji par les habitants de Baharak. Le tableau suivant indique les différents noms (ou variétés) qui ont été notés lors des différents entretiens. Toutes le variétés sont alternatives, c est-à-dire qu elles peuvent être semées en automne comme au printemps. Rendement Qualité du pavot Utilisé dans le district de Baharak India + + OUI Watani + ++ OUI Irani +? NON Rudusi ++ + OUI Kashlami?? NON Warduji + ++ NON Caduci?? OUI Jalalabi (Jalalabad) + + OUI 155

168 Shalrami (Jalalabad) Jonymani (Jalalabad) Shirtchagâl (Jalalabad) ++ + OUI?? OUI ++ + OUI Tableau 12 : Les différentes variétés de pavot à opium connues dans la zone d étude Itinéraires techniques et rendements : Il existe deux périodes de semis possibles pour le pavot dans la zone d étude. L hiver est assez doux pour permettre une plantation en octobre sur les terres situées en fonds de vallée. Les lalmis d altitude ne le permettent pas, le pavot est semé au printemps. Dans les fonds de vallée, si le pavot d automne atteint le stade 2-3 feuilles, il pourra résister sans problème au froid de l hiver. Les agriculteurs sèment également le pavot au début du printemps, certains sèment au cours des deux saisons. L avantage d un semis en octobre permet de dégager un temps précieux aux agriculteurs au début du printemps. De plus, il semble que le rendement du pavot semé en automne soit meilleur que celui semé au printemps. Enfin, le pavot d automne se récolte courant juin, cela permet aux agriculteurs qui le souhaitent de semer un patic ou un trèfle juste après la récolte du latex. Cependant, l interdiction de cultiver du pavot rend les agriculteurs prudents et certains préfèrent suivre l évolution politique le plus longtemps possible avant de prendre la décision de semer ou non du pavot. Enfin, le pavot de printemps se récolte en juillet, les pluies y sont quasi inexistantes. Or, un temps pluvieux pendant les récoltes diminue fortement la qualité du latex de pavot. En effet, il faut que le latex soit le plus concentré possible. L eau des pluies risque de diluer la qualité du pavot. Hormis cette différence dans la date de semis, les itinéraires techniques sur abi sont les mêmes, par contre, il diffère sur lalmis. La figure suivante présente les différents itinéraires techniques ainsi que la quantité de travail nécessaire pour un jerib. CULTURE Octobre NovembreD. J.F. Mars Avril Mai Juin Juillet A. S. Pavot sur lalmi d'altitude Pavot sur lalmi de vallée Pavot sur abi Labour+plane+(fumier) +semis (1kg)+labour+plane (2 Hj) Labour+plane+(fumier) +DAP (50 kg)+semis (1kg)+labour+plane+co nfection de canaux d'irrigation (4 Hj) Labour+plane+(fumier) +semis (1kg)+labour+plane (2 Hj) (Préparation sol et semis éventuel) (Préparation sol et semis éventuel) Irrigation+ désherbage (30 Hj) Récolte (40 Hj) Figure 19 : Itinéraire technique du pavot à opium Quantité de travail nécessaire 90 dont 25% en déplacement Irrigation+ désherbage (30 Hj) Récolte (40 Hj) 72 Irrigation +désherb Irrigation+ désherbage (30 age+urée Irrigation+ Hj)+ Récolte en juin si semis (50 kg) désherbage d'automne ou en juillet, août si (30 Hj) (30 Hj) semis de printemps 134 Les temps de travaux sont très élevés, les paysans qui choisissent de cultiver cette plante doivent employer des journaliers, notamment pour le désherbage. Il s agit d un 156

169 coût important pour les paysans. Ce facteur et d autres seront analysés dans le chapitre suivant. Notons que le pavot d automne peut être suivi d un patic, d un trèfle ou d un maïs juste après sa récolte, en juin. Le pavot de printemps, récolté en juillet, ne le permet pas. Ces doubles cultures annuelles, avec le pavot, sont rares puisque cela implique de nettoyer rapidement la parcelle pour éviter une repousse du pavot et de la préparer pour la culture suivante. Ces travaux prennent un temps qui est précieux aux paysans car ils se situent aux moments importants des moissons. Les différentes utilisations et le prix : Le pavot est d abord cultivé pour son latex que les paysans vendent. Ce sont quelques commandants ou commerçants qui rachètent l opium pour soit la revendre telle quelle soit la transformer en héroïne dans des laboratoires locaux. L opium ou l héroïne seront de toute façon vendues au Pakistan, à moins qu elles ne soient saisies par la police auparavant. Nous verrons plus en détail cette filière de la drogue dans le chapitre suivant. Cependant, la drogue n est pas le seul débouché pour cette plante. Elle possède d autres vertus que les habitants de Baharak ont su utiliser. La guerre a ravagé le pays laissant notamment peu de forêt dans les vallées du Badakhshan. Le gouvernement a depuis interdit la coupe de bois pour permettre la reforestation et ainsi lutter contre l érosion. Cette interdiction pose un problème aux habitants de la région qui sont obligés de remplacer la part que prenait le bois pour la cuisine. Les cannes de pavot, une fois récolté et séché peut faire office de combustible. Cependant, il n a que l avantage de diminuer un peu l utilisation du fumier pour la cuisine. En effet, le pavot brûle très vite si bien qu il en faudrait des quantités énormes pour remplacer la lente combustion du fumier. Les graines de pavot sont petites et très nombreuses à l intérieur de chaque fruit. Ces graines peuvent être utilisées pour faire de l huile. Les fruits sont écrasés et les graines sont récupérées par tamisage ; 200 kg de graines par jerib soit 1000 par hectare peuvent être ainsi récoltés. Le taux de transformation des graines en huile est de l ordre de 0,2. Il est possible de récupérer près de 20 kg d huile par jerib soit 100 par hectare. Contrairement à d autres huiles produites dans la région, celle du pavot n est utilisée que pour la cuisine. Ses propriétés pour la cosmétique seraient moins intéressantes que l huile de moutarde par exemple. L huile de pavot est considérée par les habitants de Baharak comme «froide 38», c est-à-dire sans énergie (DUCHET, 2006, p.57). Deux sous-produits de l huile sont actuellement utilisés à Baharak : le savon et le tourteau. Le savon, fabriqué par les femmes, n a été que très rarement mentionné. Ce débouché ne semble avoir que peu d intérêt. Par contre, le konjara (tourteau) est largement utilisé comme aliment animal. Il est surtout donné aux bœufs avant le travail du labour, il s agit d un aliment énergétique très intéressant dans la région où les bœufs ont un rôle agricole majeur. 38 Culturellement, les Badakhshis séparent les aliments en deux catégories : les chauds et les froids. Les «chauds» sont des aliments considérés comme énergétiques et consommés habituellement pendant la saison froide (graisses animales, aubergine, légumes cuits, viandes, pain). Les «froids» sont des aliments considérés comme peu énergétiques et consommés davantage pendant la saison chaude (yaourt, légumes crus, fruits frais ). 157

170 Cultivé traditionnellement sur de petites surfaces depuis de nombreuses décennies, le pavot à opium (papaver somniferum) était consommé localement. Connu pour ses caractéristiques analgésiques, les Badakhshis utilisaient le latex de cette plante comme un médicament (LABROUSSE, 2003a). Il y a une cinquantaine d années, le secteur de la santé était quasi inexistant au Badakhshan. Aussi afin de soulager d éventuelles douleurs ou maladies, les habitants fumaient le pavot : «j avais mal au ventre, quelqu un m a conseillé de fumer un peu de pavot ; juste après, je me suis senti mieux et je n ai plus eu mal au ventre» souligne un vieux paysans de Baharak. De plus, pour lutter contre le froid qui peut être mortel dans les montagnes, les habitants utilisaient également le pavot. Cette consommation provoquait une sensation de chaleur agréable. Enfin, le pavot pouvait être utilisé pour calmer les enfants un peu trop turbulents, notamment au moment du coucher, les parents recrachant la fumée dans le nez des enfants. Aujourd hui, avec le développement des infrastructures et notamment des cliniques, l utilisation du pavot cultivé comme pour ses vertus thérapeutiques est en forte régression. Les paysans rencontrés dans les districts de Baharak, Faizâbâd, Warduj et Shohada nous ont certifié qu actuellement personnes n utilise le pavot comme médicament mise à part quelques rares personnes âgés qui fument encore le pavot pour des raisons thérapeutiques. Le schéma suivant résume les différentes utilisations du pavot à opium. PAVOT A OPIUM LATEX GRAINES CANNE DE PAVOT Analgésique local Héroïne Huile Combustibles Savon Tourteau Figure 20 : Les différentes utilisations du pavot Les prix de l opium varient fortement d une année à l autre. Il y a trois ans (2002), le kg d opium valait jusqu à afghs soit 350 $ US (Afghanistan, Opium Survey, 2004, p.5). Cette année 2005, le prix de vente approchait les 5000 afghs le kg. Le prix de ce produit illicite varie fortement face à un marché régulé par l offre et la demande. Une croissance soudaine de l offre comme ces deux années précédente implique une chute des prix inévitable (Afghanistan Opium Survey, 2004, p. 5). 158

171 Quels légumes : Les légumes Blé ou pavot, les paysans ont choisi. De nombreux légumes sont cultivés dans la région de Baharak. Les jardins potagers permettent cette diversité (pomme de terre, navet, tomate, aubergine, choufleur, oignons, melon d eau, pastèque, concombre, laitue ). Cependant, l activité en plein champs concerne surtout trois légumes : la pomme de terre, l oignon et le melon d eau. L étude de ces trois légumes suffira à donner une tendance générale du travail nécessaire à la culture des légumes en général. Les paysans disposent de différentes variétés. Les variétés dîtes locales sont encore largement utilisées, notamment pour l oignon : les nouvelles variétés d oignons distribuées par la FAO auraient une résistance moins bonne au stockage. Pour les pommes de terres, la diffusion de nouvelles variétés (par les ONG) permet de meilleurs résultats qualitatifs et quantitatifs. Les melons d eau proviennent de la région de Kunduz, il est difficile de savoir quels types de variétés sont utilisés. Itinéraires techniques et rendements : Exclusivement cultivés sur les terres irriguées, les légumes demandent de nombreuses journées de travail. CULTURE N D J Fev. Mars Avril Mai Juin Juil Août Sep. Oct. Quantité de travail nécessaire PdT double labour+ apport DAP + confection des canaux d'irrigation(2 Hj)+ plantation (3 Hj) Désherbage-binage (80 Hj)+début de l'irrigation quasi-hebdomadaire + apport d'urée Coupe éventuelle des feuilles (3 Hj) Récolte (15 Hj) 100 Hj Oignon double labour+ apport DAP + confection des canaux d'irrigation (2 Hj) + préparation nursery Repiquage (20 Hj) Désherbage (100 Hj)+début de l'irrgation quasihebdomadaire + apport d'urée Récolte (15 Hj) 137 Hj Melon d'eau Labour+ apport DAP + confection des canaux+ semis + bêchage (12 Hj) Désherbage éventuelle (15 Hj) + apport urée Récolte (5 Hj) 32 Hj Figure 21 : Itinéraires techniques de la pomme de terre, de l oignon et du melon d eau La figure précédente montre que la culture de pomme de terre et d oignons demandent beaucoup de travail. Le melon d eau demande beaucoup moins d effort mais sa culture ne s étale que sur 3 mois tandis que les deux premières s étalent sur 7-8 mois. La pomme de terre et l oignon sont complémentaires (dans le temps) avec la culture des céréales. En effet, pendant le mois de juillet, ces deux légumes ne demandent que peu de travail alors qu il s agit du mois des moissons pour le blé ou l orge. Pour le melon d eau, le semis se fait juste derrière l orge, c est-à-dire pendant les moissons. Les paysans n ont pas le temps de préparer une trop grande surface pour semer leur melons d eau. Les différentes utilisations : 159

172 Les légumes des potagers sont largement utilisés pour la consommation domestique. Seule les familles les plus vulnérables vendent leur faible production au bazar de Shar-é-nau. Ce sont les enfants qui sont chargés de la vente directe sur le bazar des quelques kilogrammes de tomates ou d aubergines. Les légumes des champs sont destinés à la vente et l autoconsommation. Une partie de la récolte est directement vendue, une autre stockée. Les hommes chargent leurs ânes et vont vendre aux commerçants du bazar. D autres vont déposer leurs sacs de 50 kg légumes sur le bord de la route principale qui se dirige vers Faizâbâd. Ils attendent le passage d un camion (de Faizâbâd ou des provinces voisines comme Tajar) pour vendre leurs marchandises. Les légumes qui ne sont pas vendus sont stockés. Ils seront consommés au fur et à mesure par la famille ou vendus plus tard dans la saison. La loi de l offre et la demande explique cette vente tardive : le paysans n a pas réussi à vendre car la demande est trop faible par rapport à l offre et personne ne souhaite acheter ou alors à un prix qui n est pas acceptable pour le maraîcher. Au moment des récoltes, l offre de légumes est très forte et beaucoup de paysans préfèrent stocker. Les plus gros producteurs peuvent se permettre de vendre leurs légumes à prix réduit, ce manque à gagner est compensé par la quantité vendue. Les paysans les plus vulnérables, ceux qui ont un besoin urgent d argent (remboursement d une dette, maladie, mariage ) sont bien souvent obligé de vendre leurs productions rapidement à des prix souvent faible. Ceux qui peuvent se permettre de différer la vente s oblige donc à stocker. Cette opération est donc primordiale pour la vente de légumes et de sa qualité va dépendre les bénéfices. Les pommes de terre sont enterrées dans de grands trous. Les agriculteurs en creusent plusieurs afin de diminuer le risque de perdre leur production (attaque d insecte, humidité ). Les oignons sont placés dans les habitations et résiste bien au stockage. Les melons d eau doivent être vendus le plus tôt possible. Il s agit d un fruit qui se consomme surtout par temps chaud. La plantation en juillet (après les moissons) induit une récolte tardive (septembre, octobre). Cette récolte se situe juste avant l apparition des premiers froids et n incite pas à consommer ces fruits. Aussi, les agriculteurs vendent rapidement leurs melons d eau à des prix souvent bas. Notons que quelques légumes font l objet de transformation comme la carotte (en confiture) et la tomate (en poudre). Nous verrons ces activités plus loin dans ce document. Quels fruits : Les arbres fruitiers Dans le district de Baharak, de nombreux arbres fruitiers indiquent un fort potentiel. Les pommes (différentes variétés), les griottes, les abricots et les mûres locales 39 sont les fruits principaux du district. L amateur de fruits trouvera également des pêches, prunes, noix, grenades, amandes, poires. Les vergers sont cependant rares et mal entretenus, la taille n est utilisée que pour nettoyer l arbre des branches mortes. La plupart des fruitiers poussent dans les jardins potagers où il n y a aucun travail 39 Les mûres sont issues d un arbre qui peut atteindre plus de 20 m de haut. Le fruit de cet arbre ressemble aux mûres européennes à la différence que celles de Baharak sont blanches. Les habitants du district nomment ce fruit tout que le traduit par mûre, c est pourquoi nous appelons ce fruit mûre locale dans le texte. 160

173 particulier selon les agriculteurs. Seule la récolte (et un peu d irrigation) constitue l itinéraire technique des arbres fruitiers. Par contre, l irrigation des quelques vergers de la zone demande du temps. De plus, ces arbres font l objet d un soin particulier au moment de leur plantation : préparation du terrain avec du fumier, plantation, et apport d engrais azoté pendant les deux ou trois premières années. Ces vergers requièrent toujours un garde, souvent payé en nature. Ce dernier doit donc vendre une partie de la récolte pour voir son salaire transformé en monnaie. Les différentes utilisations : Comme pour les légumes, les fruits sont soit consommés par la famille soit vendus. La vente s effectue sur le bazar de Shar-é-nau ou sur la route de Faizâbâd. Le stockage est quasi-impossible, seule la transformation le permet : certains fruits sont séchés (abricots et mûres locales), d autres servent à confectionner de la confiture comme la pomme mais cette dernière activité est extrêmement rare malgré les tentatives des ONG de développer cette transformation. Nous reparlerons de ces activités plus loin. Les variétés : Les plantes fourragères Trois plantes fourragères sont utilisées dans la zone d étude, il s agit de la luzerne, du trèfle persan et d une légumineuse locale nommée patic. Itinéraires techniques et rendements : CULTURE N D J F Mars Avril Mai Juin Juil Août Sep. Oct. Trèfle Trêfle dans le blé Luzerne Patic Labour croisé+semis+labour+pla ne+canaux (2 Hj) Labour+plane+labour+ca naux+semis (la première année) (2 Hj) Labour croisé+apport de Irrigation fumier+semis+labour+pla tous les ne+canaux (2 Hj) 10 jours Figure 22 : Itinéraire technique des cultures fourragères La luzerne, à cause de ses 3 ou 4 coupes annuelles demande près de 15 Hj de travail. Le trèfle semé dans le blé profite de ce dernier et ne demande quasiment pas de travail sauf pour la récolte. Le battage du patic demande un travail important. Celui-ci, réalisé dans l enceinte des habitations, peut être effectué par les femmes. Les différentes utilisations : Première coupe (3 Urée Hj) Semis quand le blé est au stade Seconde coupe (3 Hj) Quantité de travail nécessaire Séchées, ces plantes servent de fourrages l hiver pour les animaux. L éventuel surplus est vendu localement aux voisins ou aux commerçants du bazar qui le revende 8 Hj épiaisons Urée Coupe (3 Hj) 3 Hj quatrième première seconde troisième coupe coupe ( 3 coupe (3 coupe (3 éventuelle Urée Hj) Hj) Hj) (3 Hj) 15 Hj récolte (8 Hj) 10 Hj 161

174 ensuite. Les prix d un ser (7 kg) de fourrage varient autour de 1 $ US, 50 afghs, deux fois le prix de la paille. Notons que le pois du patic sert d aliment énergétique pour les bœufs de labour. Ce pois peut, quelques fois être consommées par les familles les plus vulnérables. Selon plusieurs personnes interrogées, le patic peut être responsable d une intoxication dont les conséquences sur la motricité peuvent être importantes. Les oléagineux Les oléagineux représente une part importante dans l alimentation à Baharak (DUCHET, 2006, p. 59). Les agriculteurs cultivent surtout la moutarde. Le tournesol dont l huile ne semble pas correspondre aux attentes des consommateurs locaux est peu cultivé. C est pourquoi, nous ne décrirons l itinéraire technique que de la moutarde. Il existe deux variétés de moutarde : la locale et la russe. La moutarde russe peut être semée avec le patic, par contre, la moutarde locale doit être seule sur sa parcelle pour ne souffrir d aucune compétition. L avantage agronomique de la moutarde locale serait un meilleur rendement par rapport à la variété russe si celle-ci est semée avec un patic, sinon, les rendements sont quasiment équivalents. De plus, les qualités gustatives de la variété locale seraient supérieures à celle de la variété russe. CULTURE N D J F Mars Avril Mai Juin Juil Août Sep. Oct. Quantité de travail nécessaire Moutarde Labour croisé+apport de fumier+semis+lab our+plane+canau x (2 Hj) Figure 23 : Itinéraire technique de la moutarde Les grains d moutarde (ou de tournesol) sont ensuite écrasés pour obtenir de l huile et du tourteau, aliment énergétique pour les animaux, notamment les bœufs de labour. Le tourteau quelque soit son origine coûte approximativement 50 afghs (1 $ US) le ser, les 7 kg. Le litre d huile coûte environ 1 $ US, 50 afghs mais n ai jamais vendu. Les agriculteurs et leur famille n en produisent pas assez pour espérer dégager un surplus. Ce prix correspond aux huiles (d origines végétales diverses) importées et vendues sur le bazar. Quelques autres cultures Irrigation Hormis les cultures décrites précédemment, les agriculteurs de Baharak cultivent ponctuellement quelques autres plantes. Il ne s agit pas ici de les décrire mais juste de les évoquer afin de garder à l esprit la diversité agronomique de la zone. Quelques paysans cultivent le tabac pour leur consommation personnelle. Aucun usage agronomique 40 n a été décelé lors des entretiens. Le maïs est également cultivé dans la zone. Cette plante est actuellement en perte de vitesse à cause d une compétition féroce et inégale avec le blé. Les paysans utilisaient les grains de maïs pour faire de la farine, puis du pain. Cependant, les efforts des ONG et du gouvernement pour développer la culture du blé ont été responsables d une nette diminution de l intérêt du maïs par rapport au blé. Cette plante quelques fois semée en culture d été a rarement le temps de produire un épi satisfaisant pour être 40 La nicotine est un insecticide utilisé contre les pucerons et les petites chenilles (MESSIAEN, 1998, p.125). 162 Récolte, battage (8 Hj) 10 Hj

175 consommé par l homme. Aussi, cette culture d été sert bien souvent d aliment pour le bétail. D autres agriculteurs cultivent le cannabis. Cette plante peut être soit semée en plein champs avec la pomme de terre soit semée dans les habitations. Les paysans coupe la plante, la hache, la mélange avec de l eau et obtiennent ainsi un «pain» illicite revendu à des commerçants qui eux-mêmes le revendent à des personnes de Jalalabad, proche de la frontière pakistanaise. 163

176 Annexe 10 : Caractéristiques économiques et techniques des cultures VAB/jb en Afghs Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Blé sur abi Blé sur lalmi Pavot à opium sur abi Pavot à opium sur lalmi Pomme de terre oignons melon d'eau Trêfle Luzerne Patic Orge sur abi Orge sur lalmi Afghanis Graphique 7 : VAB/Jb pour les cultures principales de la zone 164

177 VAB/Hj an Afghs Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Mauvaise année Bonne année Blé sur abi Blé sur lalmi Pavot à opium sur abi Pavot à opium sur lalmi Pomme de terre oignons melon d'eau Trêfle Luzerne Patic Orge sur abi Orge sur lalmi Afghanis Graphique 8 : VAB/Hj pour les cultures principales de la zone 165

178 Patic Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Orge sur lalmi Orge sur abi Luzerne Trêfle Hj/Jb (moyenne) oignons melon d'eau Pomme de terre Pavot à opium sur lalm Pavot à opium sur abi Blé sur lalmi Blé sur abi Graphique 9 : Journées de travail nécessaire pour un jerib pour les cultures principales de la zone 166

179 Quelles Races? Blé ou pavot, les paysans ont choisi. Annexe 11 : Principales caractéristiques des élevages à Baharak Les bovins (Gaw) Deux races de bovins sont actuellement élevées dans la vallée de Baharak. La plus commune est celle dite local, nommé Syagow (vache noire). Ces vaches ont la caractéristique d être petite : entre 1 m et 1,15 de hauteur au garrot (BOUY, DASNIERE, 1994, p. 246). La robe foncée de cette race explique son nom. L autre race est moins fréquente, les habitants l appellent Lewandi, elle vient des provinces voisines du Badakhshan (notamment Tajar). Contrairement à ce qu observent BOUY et DASNIERE (1994, p. 246) dans le district de Jurm, voisin de Baharak, cette race est bien présente. Un éleveur nous a affirmé que la taille, plus grande, de la Lewandi ne serait pas la seule différence : cette race donne plus de lait, plus de viande et travaille mieux que la race locale Syagow. Toutefois, ce même éleveur insiste sur les coûts de production plus élevés pour la Lewandi. Quels produits? Le lait, la force de travail pour le labour et le fumier sont les trois principaux produits des bovins dans le district de Baharak. A Baharak, les bovins ne sont pas utilisés pour le transport contrairement à d autres zones (GRACE, PAIN, 2004, p. 42). Les produits laitiers : Selon les éleveurs, une vache donne 4 à 7 litres de lait par jour. La plupart des foyers de la zone possèdent peu d animaux pour le lait, celui-ci est donc largement autoconsommé. Cependant, dans les koshlaks, les villages éloignés de Baharak, l échange, le don de produits laitiers est fréquent entre voisins, il n y a jamais de vente. Dans Shar-é-nau, le centre du district, le commerce de lait commence à se développer. La plupart des habitants de Shar-é-nau n ont pas d animaux et sont donc des clients potentiels de produits laitiers. Les éleveurs proches du centre peuvent donc vendre leurs produits laitiers. Outre le lait (chir), il existe quatre produits laitiers dont nous décrirons la transformations un peu plus loin : o Le moss, sorte de yaourt o Le tchaka, sorte de fromage blanc o Le maska, beurre o Le krout, fromage La viande : La viande de bovins est n est pas un produit commun à Baharak. Les nombreuses maladies tuent beaucoup d animaux comme nous le verrons plus loin. La plupart des animaux sont gardés pour le renouvellement du troupeau. Quelques-uns sont vendus pour renouveler le troupeau d un voisin, d un amis ou d un membre de la famille. D autres, plus rarement, sont vendus pour la viande. Il s agit de veaux d un ou deux ans que des courtiers des provinces voisines viennent acheter pour les engraisser. Le prix de vente varie entre et afghs (selon la taille). La vente s effectue toujours après la descente des pâturages, lorsque les animaux ont pu se nourrir correctement et engraisser le plus possible. A Baharak, aucun boucher n achète des bovins pour la 167

180 viande. Force est de constater que si de nombreuses chèvres et moutons sont abattus chaque jour devant les échoppes des bouchers, nous n avons jamais aperçu le moindre bovin. Les peaux : Les peaux sont vendues 300 à 400 afghs à des courtiers des provinces voisines qui eux-mêmes les revendront pour l exportation au Pakistan. Avant, à Baharak, les peaux étaient utilisées pour la confection de chaussures. La force de travail : Le labour est un des produits principaux que fournissent les bovins et plus précisément les bœufs dans ce cas particulier. Fin septembre, octobre, mars, avril et juillet sont les mois pendant lesquels les bœufs sont mis à contribution. Nourris correctement, une paire de bœufs peut labourer 2 jeribs par journée. Nous avons vu que les paysans possèdent de petites surfaces, toute moto mécanisation ne serait pas soutenable économiquement : les bœufs de labour ont donc encore toutes leur place dans le fonctionnement de l agriculture de Baharak. La guerre et la sécheresse qui a frappé l Afghanistan n ont pas épargné le Badakhshan où les éleveurs ont dû vendre une partie de leur cheptel. Les bœufs de labour doivent donc être partagé entre tous les paysans de la zone. C est ce que confirme les rapport SMU (1994, p. 21). Ce partage n est pas évident car les coûts de location deviennent problématiques : «Je n ai pas de bœufs, et je ne peux pas en louer, je n ai pas assez d argent, je suis obligé de louer mes deux jeribs à quelqu un et faire un autre travail» affirme un paysans dont le cas est loin d être exceptionnel. Selon le Saint Coran, si quelqu un apporte les bœufs de labour, il gagne 20 % de la récolte ; à Baharak, le coût est fixe et approche les 500 afghs par jour soit près de 10% d une récolte de blé. La plupart essaient d utiliser gratuitement les bœufs d un membre de la famille, d un voisin compréhensif mais cette démarche n est pas toujours couronnée de succès. Le fumier : Le fumier est un produit vital pour les agriculteurs de la zone. Renouveler la fertilité de leurs champs coûte cher. Les agriculteurs essaient d épandre cet engrais organique un an sur deux afin d alterner avec les coûteux engrais chimique. Malheureusement, le manque de combustible pour la cuisine pousse à consommer le fumier comme tel sous forme de disque les tchapaks. L alimentation Les bovins se nourrissent d herbes fraîches d avril à octobre. Qu ils soient dans les pâturages ou qu ils restent dans la vallée, le régime est le même. Notons cependant que les quantités sont plus faibles dans la vallée, les animaux ayant passé leur été dans les Shewas redescendent mieux nourris que ceux resté dans la vallée 41 dont les besoins d entretien ont tout juste été couverts. Les bœufs qui restent dans la vallée bénéficient d une ration supplémentaire pour couvrir leurs importants besoins d entretien. L hiver (de novembre à mars), la ration est composée essentiellement de fourrages secs (trèfle, luzerne, patic, paille, coupe d herbes de montagnes). Ces apports alimentaires sont loin de couvrir les besoins de animaux qui maigrissent dangereusement pendant cette période malgré les restes des repas humain (pain sec mélangé à de l eau notamment). 41 Il est possible que la qualité herbagère soit meilleure dans les pâturages d altitude que dans la vallée. 168

181 Certains animaux demandent ponctuellement plus de nourriture. Il s agit des bœufs aux moments des labours et des vaches gestantes. Le tourteau, l orge et les pois du patic sont indispensables aux bœufs pour qu ils puissent travailler à plein régime. Les vaches gestantes sont nourris (si les stocks ou la trésorerie le permettent) de la même façon pendant l hiver. Les maladies Les maladies sont nombreuses et les conséquences désastreuses. Citons la douve du foie, la gale et la fièvre aphteuse. Ces maladies aggravées par la malnutrition de l hiver provoque la mort de 25 % des animaux selon les paysans interrogés et BOUY et DASNIERE (1994, 247). Les conditions sanitaires sont les causes principales du développement de ces maladies. L insalubrité de certains canaux amenant l eau interdit tout consommation par les humains, les animaux sont certes moins sensibles mais le reste cependant. Les problèmes d eau seraient responsables de la plupart des maladies selon le technicien vétérinaire d Afghanaid travaillant à Baharak. Si l eau est un vecteur de maladie, les bâtiments sont les nids : très peu d ouverture (aucune ventilation, pas de lumière), les déjections mélangés à la nourriture Ce sont les veaux qui pâtissent les premiers de ces conditions sanitaires, beaucoup de morts nés mais aussi beaucoup qui ne passeront pas le premier mois. Les naissances ont lieu généralement en février mars, juste avant la montée dans les pâturages. Les femelles gestantes, mal nourris soumis à une pression parasitaires fortes ont beaucoup de difficultés à faire vivre leur veau juste après la mise-bas. Les caprins (buz) Les races Les éleveurs de la zone nous ont affirmé que deux races caprines sont élevées à Baharak : la Gudjuri, la race locale et la Nuristani, originaire de la province du même nom. En 1990, dans le district voisin de Jurm, seulement la Gudjuri existait (BOUY, DASNIERE, 1994, p. 247). La race Nuristani fut donc importé il y a moins de 15 ans. Cette dernière est d ailleurs la plus grande des deux et est donc plus intéressante pour la viande. Par contre la Gudjuri exige une nourriture moindre et résiste mieux aux maladies. Les produits Les caprins permettent trois produits : le lait, la viande et le fumier. Les chèvres peuvent donner 1 litre de lait par jour. Comme pour celui de la vache, le lait peut être consommé tel quel ou transformé en sous produits comme le moss, tchaka, maska, krout. En plus des produits laitiers, les chèvres sont vendues pour leur viande. Les bouchers de Shar-é-nau sont les premiers acheteurs, les transactions s effectuent tout au long de l année. Comme pour les bovins, des courtiers viennent des provinces voisines pour acheter les caprins après la transhumance, en automne, période pendant laquelle les animaux sont les plus gras. La viande de caprins n est pas la plus appréciée, les habitants de Baharak préfèrent celle de moutons. Comme les bovins, les déjections servent à la confection du fumier et des tchapaks éventuels. Enfin, les peaux de caprins (100 afghs) connaissent le même parcours que celle des bovins, à savoir qu elles sont destinées à l exportation vers le Pakistan via des courtiers. L alimentation 169

182 Les caprins sont soumis au même régime alimentaire que les bovins, avec, évidemment, des quantités moindres. Toutefois, ils ne bénéficient pas d un apport énergétique tels que le tourteau, l orge ou le patic. L hiver, les femelles gestantes sont complémentées avec du pain sec mélangés à de l eau. Les chèvres qui restent dans la vallée pour leur lait au moment de la transhumance sont surveillées par les enfants. Ces animaux ont la fâcheuse possibilité de pouvoir grimper dans les arbres ce qui peut les abîmer. Cette particularité constitue avec sa viande peu appréciée les inconvénients propres aux caprins. Ces inconvénients sont contrebalancés par l aptitude à produire du lait contrairement à son homologue ovin. Les maladies Comme pour les bovins, les caprins sont exposés à de nombreuses maladies que les bâtiments d élevage font proliférer et que la sous-alimentation hivernale rend particulièrement mortel. Citons l anthrax, la douve, la fièvre aphteuse ou encore la gale. Les ovins (guzfan) Les races Le Gadic et le Turki sont les deux seules races ovines répertoriées à Baharak. Le Turki qu illustre la photo suivante est la race privilégiée par les éleveurs. Photo 6 : Le mouton turki, un des plus grands du monde (novembre 2005) Considérée comme performante pour la viande, cette race mesure plus de 75 cm de hauteur au garrot et figure parmi les plus haut moutons du monde (BOUY, DASNIERE, 1994, p. 247). Les moutons Turki sont facilement reconnaissables grâce à la poche de graisse située sur leur postérieur. Les produits Les brebis ont le désavantage de produire juste assez de lait pour leurs agneaux, pas pour la consommation humaine. Cependant, la viande d ovins est très appréciée à Baharak, c est d ailleurs l animal indispensable à l Aïd ul-adha (deux mois après la fin du Ramadan) fête religieuse musulmane. Les agneaux sont sacrifiés et partager avec voisins, famille, amis. En plus de la viande, les ovins peuvent être tondus pour leu laine. La tonte a lieu l été, si un pâtre est engagé pour la transhumance, c est lui qui s adjugera la laine dont le prix varie entre 40 et 50 afghs/kg. Cependant, les éleveurs de la zone affirment, tout 170

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