Archives départementales du Val-de-Marne

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1 Archives départementales du Val-de-Marne Collecte de témoignages oraux sur la Seconde guerre mondiale : enregistrements sonores AV 137, , , Délai de communicabilité : Immédiate Laurence Bourgade, Stéphanie Rivoire 2007

2 Campagne de collecte de témoignages oraux sur la Seconde guerre mondiale par la Direction des Archives départementales du Val-de-Marne, I- Introduction A - Définition du projet La Direction des Archives départementales a engagé un travail de valorisation des archives traitant de la Seconde guerre mondiale dès 1998 dans la perspective d une publication à destination du grand public, publication dont la réalisation fut confiée à Serge Wolikow, professeur à l Université de Bourgogne 1. La publication de chacun des deux tomes a accompagné les manifestations commémoratives organisées par le Conseil général à l occasion du 60 e anniversaire de ces évènements. En novembre 2004 fut ainsi présenté le premier tome de l ouvrage à l occasion de la table ronde «Eté 1944-mai 1945 : citoyenneté renouvelée, renaissance républicaine». Cette table ronde fut l occasion de croiser discours historiques des historiens et témoignages d acteurs de la période, acteurs retenus parmi les élus du département (Michel Germa, Roland Nungesser, Olivier d Ormesson, Gaston Viens). La disparition progressive des témoins directs avait en effet incité la vice-présidence en charge des Commémorations à porter le projet de valoriser la parole des témoins et donc de réaliser des entretiens auprès de personnes recensées par ses soins, en partenariat avec le Musée de la résistance nationale 2. L objectif de faire partager ces parcours aux plus jeunes générations a par ailleurs conduit à programmer la réalisation d un DVD à caractère pédagogique axé sur le témoignage oral. La Direction des Archives départementales a donc mis en place ce programme, engagé en juillet Quelques entretiens avaient déjà été réalisés ou collectés par des tiers, notamment la Direction de la communication, la ville de Vitry-sur-Seine, l association Mémoire vive des convois (cf sources complémentaires). Cette campagne différait néanmoins des enregistrements ponctuels précédemment réalisés par les Archives départementales, étant conçue comme un ensemble plus cohérent. Il s agissait de constituer un corpus de témoignages variés, matériau historique contextualisé et exploitable à long terme. Ce travail a permis la constitution d un corpus de 31 témoignages menés juillet 2004 à mars Des campagnes nationales avaient déjà été menées auprès des acteurs de la Seconde guerre mondiale. Les Archives nationales conservent ainsi plus de témoignages écrits de résistants, déportés, de prisonniers de guerre, collecte menée par le Comité d histoire de la Seconde guerre mondiale et par l Institut d histoire du temps présent. A partir des années 1980, la cellule «Histoire orale et collections audiovisuelles» des Archives nationales a mené une politique de recueil de témoignages oraux en enregistrant d une part des témoignages et en collectant d autre part des enquêtes extérieures. 1 Wolikow, Serge, Zuzula Marianne, «La Seconde guerre mondiale à travers les archives du Val-demarne, Paris, le Cherche-midi, , deux tomes. 2

3 Le guide réalisé par Agnès Callu et Hervé Lemoine 3 recense les sources du patrimoine sonore et audiovisuel français, notamment sur le monde combattant et les victimes de guerre : les principaux centres d archives, musées, instituts de recherche, centres de documentation et les collections privées (amicales, fondations, associations) y sont répertoriés et accompagnés d une présentation des corpus : récits biographiques et corpus thématiques. Au niveau départemental, plusieurs lieux travaillant sur des sources sonores sur la Seconde guerre mondiale ont été recensés : - le Musée de la résistance nationale à Champigny-sur-Marne possède 200 enregistrements réalisés depuis 1965 ; - l association Mémoire vive des convois des et vers les camps d Auschwitz et Birkenau a mis en dépôt aux Archives départementales une vingtaine d entretiens filmés, - certaines communes ont collecté des enregistrements d habitants concernant cette période, comme les archives municipales de Vitry-sur-Seine qui ont réalisé plusieurs entretiens pour le 50 e anniversaire de la Libération. B - Préparation de la collecte Dans le contexte de commémoration explicité ci-dessus, il n a pas été possible de mener l enquête préalable nécessaire à toute campagne de collecte de témoignages oraux, la priorité étant d abord donnée à la réalisation d un documentaire basé sur quelques entretiens. Réalisé par la Direction de la communication du Conseil général pour la table ronde tenue en novembre 2004, le film de 23 minutes s appuie sur sept entretiens. L enquêteur des Archives départementales a signalé ces sept témoins, accompagnant l équipe de tournage au domicile des témoins et sur les lieux de tournage. Les rushes et le produit fini sont consultables aux Archives départementales 4. Dans un second temps, ces témoins ont été également interviewés (un enregistrement sonore uniquement) par l archiviste en suivant la méthodologie et la grille d entretien construites au cours de ces premières semaines. Parallèlement à ce travail, les archives départementales ont peu à peu constitué un corpus de témoins. 1 - Constitution du corpus Des contacts ont été pris avec plusieurs partenaires pour constituer le corpus : en mai 2004, les Archives départementales, le Service départemental de l Office national des anciens combattants et le Musée de la résistance nationale s étaient réunis et avaient entamé le travail de repérage de témoins. le Service départemental de l Office national des anciens combattants a fourni plusieurs noms. L équipe du Musée de la résistance nationale à Champigny-sur- Marne fut un partenaire précieux et régulier tout au long de cette campagne, communiquant 3 CALLU, Agnès, LEMOINE, Hervé «Patrimoine sonore et audiovisuel : guide de recherches en sciences sociales : entre archives et témoignages». Paris, Belin, 2005, 7 tomes. 4 Conseil général du Val-de-Marne : «De l occupation à la Libération», film réalisé pour la table ronde du 24 novembre 2004, 23mn (2AV 3076).

4 des noms, une documentation, des outils méthodologiques, et servant d intermédiaire entre l archiviste et le témoin lors du premier entretien. D autres contacts ont été pris avec les associations d anciens combattants : l association des Combattants volontaires de la résistance-section Val-de-Marne a été très présente en la personne de son président et de son secrétaire. Le Mémorial Leclerc et de la libération de Paris - Musée Jean Moulin a permis de repérer deux témoignages de Val-de-Marnais dans son corpus de témoignages filmés. De même la Fondation pour la mémoire de la déportation a remis le témoignage d une résistante val-de-marnaise déportée. Les maires et les archivistes des quarante-sept communes du département furent sollicités. Petit à petit, le bouche-à-oreille aidant, le réseau s est constitué et des candidatures spontanées ont vu le jour. Des personnes se sont manifestées auprès du Conseil Général, ont été remarquées dans la presse ou en salle de lecture des Archives départementales lors de recherches sur les enfants juifs dans les écoles du Val-de-Marne par exemple. Des personnes de différentes associations du monde combattant ont été également repérées lors de la table ronde organisée en novembre L évolution du corpus : des résistants aux enfants cachés La collecte était à l origine axée sur les résistants présents sur le territoire de l actuel Val-de- Marne. Les témoins ayant agi sur ce territoire ne sont malheureusement plus très nombreux. Les associations locales d anciens combattants ont tendance maintenant à rassembler tous les anciens combattants qu ils soient résistants intérieurs ou de la France Libre. Nous avons alors décidé d étoffer le corpus en intégrant les personnes installées sur le département après la guerre et toute personne ayant traversé cette période pour ne pas limiter le regard à celui des résistants intérieurs et montrer la diversité des engagements ou les épreuves encourues par la population. Ces personnes ont eu des parcours différents qu il était dommage de ne pas prendre en compte, comme l épouse d un Français Libre qui a vécu l exode de la Belgique jusque dans les Deux-Sèvres en France. Nous avons élargi les profils en incluant les Français libres, les déportés, les STO (Service du travail obligatoire) et les Requis, les juifs déportés, les enfants juifs cachés, internés et déportés, les Justes parmi les nations, les évadés par l Espagne 3 - Motivations des témoins à parler Cette campagne a permis de fixer la parole des témoins qui parlent volontiers dans les collèges et lycées ou qui acceptent de témoigner après soixante ans de silence. Au moment de la remise de la copie du CD audio, beaucoup évoquent le désir de transmettre leur témoignage à leurs descendants. Les motivations sont diverses : certains n aiment pas parler mais se sentent moralement obligés de le faire comme Madame Matéos, résistante communiste arrêtée en 1941 qui répétait sans cesse «qu elle n avait rien à dire» et «qu elle n avait rien fait, que tout ce qu elle avait fait, tout le monde l aurait fait à sa place». Les enfants cachés parlent également

5 dans ce souci du devoir, notamment pour témoigner du sort de leurs proches disparus en déportation et profiter de cette occasion pour mener des recherches sur leur propre passé D autres témoins impliqués dans des associations d anciens combattants et d actions de mémoire voient dans cet exercice le prolongement de leurs propres activités mémorielles. M. Frébour, président de l Union nationale des déportés de Rawa-Ruska s est volontiers plié à l exercice après quelques réticences de peur que son témoignage ne soit tronqué ou mal exploité. Il s est d abord enquis de la démarche des Archives départementales avant d accorder pleinement sa confiance. Certains témoignent pour la première fois, curieux ou intimidés par l exercice comme Madame Savournin qui a relaté son exode depuis la Belgique ou M. Pastoukoff racontant le Service du travail obligatoire dans une usine de Linz en Autriche. Quelques témoins ayant déjà consigné par écrit leurs mémoires ou maniant avec aisance la langue française voient dans l exercice une reconnaissance supplémentaire de leurs actions et de leurs mérites. M. Tchakarian a volontiers accompagné l équipe audiovisuelle du Conseil Général à l église d Auteuil où son groupe FTP-MOI (Francs tireurs partisans Mains d œuvre immigrée) a mené une action armée contre un car de militaires allemands. De même, M. Carmagnat a souhaité être filmé au Musée de la résistance nationale de Champigny-sur- Marne afin de rendre plus concret son témoignage sur le sabotage, l armement et le parachutage. 4 - Elaboration d une grille d enquête Le Musée de la résistance nationale a fourni les grilles d entretien qu elle utilise pour interviewer trois profils de résistants (voir modèles en annexe 1) : - Résistant (document établi par la commission Histoire du MNR) - Français Libre (document établi par la commission Histoire du MNR) - Interné ou déportée (document établi par la commission Audiothèque de la FMD) Chaque grille était ensuite personnalisée en fonction des informations récoltées sur le témoin afin de l affiner et la rendre plus pertinente. Nous avons réalisé d autres grilles adaptées en fonction des profils des témoins : enfant caché, STO (voir annexe 1). Les grilles comprennent trois chapitres principaux : l avant-guerre, la période de la guerre et l après-guerre. L accent a été mis sur la période de l avant-guerre en interrogeant les témoins sur leurs origines familiales, la formation et l engagement politique, syndical, religieux souvent déterminants pour saisir l engagement et les motivations d entrée en résistance. De même, l engagement après-guerre a été questionné pour saisir les changements opérés par le conflit. La méthode retenue est l entretien semi-directif qui permet de lancer les sujets et de le laisser parler le témoin, en l interrompant seulement pour des éclaircissements, des précisions ou pour relancer ou reformuler la question. 5 - Choix de l enregistrement sonore

6 Le choix de l enregistrement sonore s est imposé dès le départ du projet. L enregistrement sonore est en effet à considérer comme une source autonome, immédiatement exploitable, pour laquelle l image n apporte finalement que peu d informations nouvelles dans le cas d un récit de vie. En effet, le film semble peu pertinent si le témoin y est filmé en plan fixe. En outre, le témoin peut se révéler réticent ou nerveux face à une caméra. Sa parole risque de s altérer en présence d un plus grand nombre de personnes et l aspect «confidence» peut être gommé alors que la qualité de l échange dépend de la relation de confiance instaurée. Or si l entretien sonore mobilise une seule personne, l archiviste menant l entretien tout en s occupant du matériel, le témoignage filmé, quant à lui, requiert la présence d au moins deux personnes qualifiées : l archiviste et le technicien maîtrisant la caméra, la prise de son et l éclairage. Une exception a été faite pour un témoin qui, en sus de l entretien sonore accordé, a souhaité faire un témoignage filmé au Musée de la résistance nationale pour commenter les objets et les vitrines consacrées au sabotage et aux parachutages. Le film a été réalisé par le technicien de la régie audiovisuelle avec une caméra DVCAM. La séance fut riche d enseignement car elle a permis de voir concrètement comment monter et démonter une arme, fabriquer une charge explosive, ouvrir un caisson de parachutage. C - Déroulement de l enquête La campagne s est déroulée entre juillet 2004 et mars Moyens techniques Les enregistrements ont été réalisés en majorité sur un appareil enregistreur DAT Sony 5, appareil utilisé aux Archives départementales depuis Même si ce support est déconseillé pour la conservation (sa production est désormais arrêtée chez le fabricant Sony), il présente plusieurs avantages : compact, maniable, numérique. Quelques enregistrements ont également été effectués sur un ordinateur portable avec le logiciel d enregistrement libre «Audacity» 6. Un peu plus encombrant, il passe cependant inaperçu auprès des interviewés car ces derniers l assimilent à un ordinateur portable et non à un appareil enregistreur. Un seul micro unidirectionnel (micro-cravate accroché sur le vêtement du témoin) a été utilisé qui possède l avantage de ne capter que la voix du témoin mais rend par contre la voix de l archiviste moins audible. 5 La Digital Audio Tape (DAT) est un support d'enregistrement audio numérique sur bande magnétique conçu par Sony dans les années 1980 dans le but de remplacer la musicassette (K7). Le support, peu soutenu par les éditeurs, frileux devant les performances élevées du système, n'a jamais eu les faveurs du grand public. Il sert aujourd'hui comme support pour les sauvegardes de données de grande capacité et comme "master" pour les enregistrements en studio. Cependant, ce support est en sévère perte de vitesse, que ce soit pour l'enregistrement de données ou de musique, face aux supports optiques et aux disques durs. Il n'est, de plus, plus supporté par la plupart des constructeurs, son concepteur en tête. Les cassettes DAT sont plus petites que les cassettes classiques puisque leur taille est de 73mm 54mm 10.5mm. Source : 6

7 2 - Préparation du recueil de témoignage Les premiers contacts téléphoniques ont été pris rapidement, notamment pour les sept témoins filmés par le service communication pendant l été Ces contacts permettaient de présenter le projet des Archives départementales et de convenir d un lieu et d une date de rendez-vous pour une première rencontre. Très souvent, l équipe du Musée de la Résistance nationale, le personnel du Conseil Général ou les membres d associations d anciens combattants ont servi d intermédiaire auprès des interviewés. Les témoins eux-mêmes pouvaient parfois faire l intermédiaire auprès de témoins potentiels en leur parlant de la collecte. La plupart des personnes contactées ont volontiers accepté de témoigner, exceptées trois personnes, un couple qui s est rétracté sans donner de motivations claires et une femme «Juste parmi les nations» qui a refusé net la proposition. D autres personnes se sont au contraire proposées à l instar de M. Wenig qui a souhaité faire témoigner son père Zysman Wenig, juif polonais déporté à Auschwitz. Une rencontre préliminaire est nécessaire pour faire connaissance, présenter le travail des Archives départementales et de l archiviste, et plus spécialement la collecte. Il s agit de passer un contrat moral avec eux : exposer les conditions d entretien, signer une convention de dépôt au moment de la remise d un exemplaire du témoignage. Des informations générales sont également recueillies afin de personnaliser et de contextualiser la grille d entretien. S agissant des résistants, il convient au préalable de prendre les renseignements sur le groupe de résistance, les activités, de maîtriser le vocabulaire de base, de connaître les noms, les événements et d avoir une chronologie de la période Les entrevues suivantes sont consacrées à l enregistrement du témoignage. Celui-ci dépend entièrement du témoin dans le sens où aucune limite de temps n est imposée. Parfois, plusieurs entrevues sont nécessaires pour ménager sa concentration et sa santé. Les rendezvous s effectuent de préférence à son domicile dans une pièce isolée des bruits extérieurs (la maison, la rue, le téléphone, les pendules) et de la présence de tiers (les conjoints, les enfants). Certains entretiens se sont déroulés aux Archives départementales à la demande des témoins. Le matin ou le début d après-midi sont privilégiés afin de ménager une plage horaire assez souple. Avant de mettre en marche l appareil, l archiviste donne les grandes lignes de l entretien (période avant-guerre, pendant, après-guerre) ainsi que les principales questions : origines familiales, raisons de l engagement Les premières secondes de l enregistrement sont réservées à introduire l entretien en présentant le témoin, la date et le lieu et le sujet de l entretien. Le cadre donné au témoin est d exposer son histoire, son parcours personnel en suivant une trame chronologique et en évitant les cours d histoire et les reconstitutions, les événements auxquels où le témoin n avait pas participé. Parfois il était difficile d éviter cet écueil, tant

8 certains témoins sont rompus à l exercice pour avoir témoigné fréquemment dans les établissements scolaires, ou pour avoir écrit leurs souvenirs. Dans la mesure du possible, les interventions de l archiviste se limitent à la relance, la demande de précision et la reformulation de certains propos. L enregistrement est clos par l archiviste qui prend soin, après chaque séance, de réinscrire le témoin dans le temps présent en parlant du quotidien, de l actualité ou de sujets plus légers. La juste distance entre l archiviste et le témoin s installe pendant la construction de la relation. Il est nécessaire de se rencontrer plusieurs fois, d expliquer le travail des archivistes, le rôle des archives départementales. C est dans cette perspective qu une visite guidée des Archives départementales a été proposée aux membres d une association d anciens combattants afin de montrer les conditions de conservation des documents et leur consultation en salle de lecture. La relation de confiance s établit facilement grâce aux liens transgénérationnels, plusieurs témoins ayant assimilé l archiviste à un de leurs petits-enfants. De même des liens réguliers avec les témoins sont précieux (remise de la convention, échange de vœux, invitation à des manifestations, envoi de textes et de documentation, déjeuners) afin de tenir au courant les témoins des activités des Archives départementales et revenir vers eux pour des questions, des contacts. Dans une relation privilégiée, la disponibilité, l écoute et la neutralité permettent à la parole de s installer. Des témoins ont parfois dit «vous ne le répéterez pas», «je ne devrais pas dire ça» au milieu de l enregistrement, ou se sont étonnés à l écoute de l entretien d avoir tenu des propos personnels. S en tenir à la grille d enquête permet en général de préserver les limites. De même, l enquêteur s interdit d émettre un jugement sur la parole du témoin. 3 - La convention de dépôt de témoignage oral Une copie de l enregistrement est envoyée ou remise au témoin en même temps que la convention de dépôt signée en deux exemplaires par le témoin (voir annexe 3). Ce geste est une simple formalité lorsque l archiviste a pris soin d expliquer au préalable le pourquoi d une convention : permettre aux archives d exploiter le document et le rendre accessible au public. Dans deux cas, le témoin a souhaité limiter l accès à certains extraits. Les limitations sont alors indiquées dans la convention, les copies de consultation sont modifiées mais le master d archivage reste inchangé. D - Traitement archivistique 1 - Traitement technique et cotation Une fois l entretien terminé, les cassettes DAT ou le fichier numérique sont transmis à la régie audiovisuelle des Archives et transférés sur cd audio en trois exemplaires : - un master de conservation coté en 11AV, - une copie de consultation en 31AV, - une copie pour le témoin sans cote.

9 Les cassettes DAT ne sont pas conservées en raison de la fragilité de ce support. 2 - Description archivistique Les témoignages sont décrits dans la base Thot-Cindoc à deux niveaux : - au groupe d articles pour l ensemble du témoignage. Il s agit du premier niveau de recherche pour le lecteur (base d orientation). Nous avons choisi à ce niveau de signaler les éléments biographiques permettant au lecteur de repérer les témoins susceptibles de l intéresser. Les notices sont indexées par lieux, personnes, mot-clés du thésaurus réglementaire W.

10 - au dossier pour chaque cd audio : un relevé des principaux thèmes et événements évoqués par le témoin permet au lecteur qui a retenu ce témoin de prendre connaissance du contenu de l entretien. Enfin, les copies de consultation sont dotées d un relevé chrono-thématique qui liste au dos du cd audio les principaux sujets abordés et les time-codes correspondants. Ce relevé permet au lecteur de s orienter dans le témoignage et d aller directement au passage choisi. 3 La question de la transcription La plupart des témoignages ont été transcrits dans l optique de la préparation du DVD. Les transcriptions se sont révélées un outil utile pour les archivistes qui ont sélectionné des extraits en fonction des thèmes retenus. Cependant, à long terme, il est souhaitable de s en tenir au seul relevé chrono-thématique car le temps manque à transcrire la totalité des témoignages. Il convient par ailleurs de s interroger sur une pratique de consultation des témoignages très répandue qui consiste pour le lecteur à se référer uniquement à la transcription écrite. Or il semble réducteur de ne pas s intéresser aux voix, aux silences, aux hésitations, aux émotions qui passent par la voix bien plus facilement que par une transcription. 4 - Le dossier documentaire En parallèle avec la collecte, un dossier documentaire a été réalisé sur chaque témoin permettant de replacer le témoin dans son contexte. Il était constitué de trois types de documents : - une documentation sur le sujet permettant de contextualiser le témoignage (les groupes de résistance, les textes de loi sur le STO, les mesures anti-juives, les camps de concentration et les camps de déportation ) - des documents remis par le témoin : photographies d époque, photocopies d attestations, correspondance, articles de presse, témoignages écrits. Informels au départ, ces documents ont pris une place croissante et l on songe lors de la révision de la convention de dépôt de témoignage d inclure un paragraphe sur cette documentation papier car elle s est avérée utile lors de la réalisation du DVD sur la Seconde guerre mondiale. - de même, il a été décidé de prendre en photographie le témoin lors de l enregistrement afin de fixer son image. Cette demande est souvent bien accueillie et un tirage papier du portrait et des documents numérisés sont remis au témoin. Le dossier documentaire sera à terme consultable dans la base de données sous réserve de l autorisation du témoin (voir en annexe un exemple de documents remis par un témoin). E - Description globale du fonds Le corpus de 31 témoignages (ce qui représente environ 85 heures de témoignages, un témoignage variant de 40 minutes à 9 heures) se compose de : 8 entretiens de résistant(e)s intérieur(e)s 1 entretien de Juste parmi les nations

11 5 entretiens de Français Libres 3 entretiens de résistant(e)s déporté(e)s 4 entretiens d enfants juifs cachés 2 entretiens de juifs déportés 1 entretien d enfant juif interné 3 entretiens de civils ayant notamment subi l exode 2 entretiens de requis au service du travail obligatoire 1 entretien de prisonnier de guerre évadé 1 entretien de républicain espagnol interné en France. Il comprend notamment le témoignage de huit femmes. Des lacunes existent dues notamment à l ancienneté du sujet : les personnes interrogées en 2004 qui ont 80 ans n en avaient que 16 à la déclaration de la guerre. D autres personnes ont quitté le Val-de-Marne, certaines se sont installées dans le département après la guerre et y ont mené une vie associative active. Il est difficile d interviewer des prisonniers de guerre, car ils sont en général plus âgés, des Juifs déportés car peu sont revenus. Nous avons essayé de palier à certaines de ces lacunes en interviewant par exemple des enfants cachés qui ont pu raconter l histoire de leur famille touchée par la déportation. 1 - Intérêt du fonds, orientations de recherche Le fonds présente un intérêt certain car il constitue une source historique originale. Il ne s agit pas ici d un fonds sonore venant en complément d un fonds d archives papier, servant d illustration, mais bien d un fonds propre qui puisse être exploité comme principal matériau de recherche. Sans revenir sur l intérêt que présente une source sonore (voir les ouvrages de Florence Descamps 7 ), la collecte propose un panel de témoins ayant vécu la période de la Seconde guerre mondiale. Elle reflète une partie de la diversité des situations existantes à cette période troublée. Si des paroles sont hésitantes, des dates erronées, des noms imprécis soixante ans après les faits, des reconstructions mentales inévitables, elles ont le mérite de dresser un portrait varié et nuancé de la période de l Occupation et des moyens de résistance mis en action. Les questions comme la motivation dans une action de résistance, l engagement politique avant guerre, la situation de la famille sont révélatrices des parcours. Les «leçons» tirées du conflit expliquent les engagements après-guerre. Les histoires familiales et l héritage laissés aux générations suivantes sont également présentes dans cette campagne notamment par le biais des enfants cachés qui racontent à la fois la situation des parents pendant la guerre et leur destin personnel. En exemple, l histoire de Zysman Wenig, juif polonais déporté et son fils, Jacques âgé de six ans, caché chez une nourrice. Des sujets communs abordés permettent de croiser les témoignages : les modes d entrée en résistance, les actions menées les 14 juillet, le rôle et la place des femmes dans la résistance, les solidarités pour cacher les enfants juifs, les restrictions et la vie quotidienne 7 DESCAMPS, Florence, Les sources orales et l histoire : récits de vie, entretiens, témoignages oraux, Rosnysous-Bois, Bréal, 2006, 287 p. (AA 4479) DESCAMPS, Florence, L'Historien, l archiviste et le magnétophone : de la constitution de la source orale à son exploitation, Paris, Comité pour l histoire économique et financière de la France, 2001, 863 p. (AA 4304)

12 2 - Les conditions d accès et d utilisation Tous les témoignages sont communicables et accessibles en salle de lecture, la copie du témoignage et les usages par des tiers sont soumis à l autorisation du déposant. 3 - La valorisation Un DVD est réalisé par le service de l action culturelle des AD avec le concours du Musée de la résistance nationale de Champigny-sur-Marne. Il est à destination du public scolaire, collège, lycée. Le DVD, en cours d élaboration, prévoit deux entrées : une entrée par témoin qui raconte en 10 minutes les principaux événements de sa vie à cette période et une entrée par thème toujours à partir des témoignages : la vie quotidienne, l encadrement de la jeunesse sous Vichy, réquisition et STO, engagement en résistance, mesures anti-juives, déportation, libération de la France, libération des camps. Les extraits seront illustrés de documents concernant les témoins ou touchant spécifiquement le territoire du Val-de-Marne. Un dossier pédagogique accompagne le DVD en fournissant des fiches thématiques et contextuelles.

13 II Bibliographie Les sources orales o Direction des archives de France. «La Seconde guerre mondiale, guide des sources conservées en France : », Paris, Archives nationales 1994 (BR 3823) o Jenn, Jean-Marie. «Guide des sources historiques conservées aux Archives de Paris», Paris, Editions des musées de la ville de Paris (1994 BR 3189) o Callu, Agnès, Lemoine, Hervé. «Patrimoine sonore et audiovisuel : guide de recherches en sciences sociales : entre archives et témoignages». Paris, Belin, 2005, 7 tomes (AA 4225) Méthodologie des entretiens o Descamps, Florence. «Les sources orales et l histoire : récits de vie, entretiens, témoignages oraux», Rosny-sous-Bois, Bréal, 2006, 287 p. (AA 4479) o Descamps, Florence. «L'Historien, l archiviste et le magnétophone : de la constitution de la source orale à son exploitation», Paris, Comité pour l histoire économique et financière de la France, 2001, 863 p. (AA 4304) La guerre sur le territoire du Val-de-Marne o Wolikow, Serge, Zuzula Marianne, «La Seconde guerre mondiale à travers les archives du Val-de-marne, Paris, le Cherche-midi, , deux tomes, bibliographie (BB 4535 et BB 4357). Le deuxième volume contient une bibliographie détaillée des ouvrages, la plupart disponibles aux Archives départementales. Les autobiographies des témoins o Belbéoch, Roger, «Je n ai fait que mon devoir», Paris, Robert Laffont, 2007 (AA4547) o Biegielman, Albert, «J ai eu 12 ans à Bergen-Belsen, s.l., nouveau monde, 2005 (AA4359) o London, lise, «La mégère de la rue Daguerre», Paris, Seuil, 1995 (AA 3382) o London, Lise, «Le printemps des camarades», Paris, Seuil, 1996 (AA 4306) o Savournin, Henri, «Parachutiste avec la France combattante», s.l., Barre et Dayer, s.d. (BB4375) o Tchakarian, Arsène, «Les Francs-tireurs de l affiche rouge», Paris, éditions sociales, 1986 (épuisé) Les ouvrages cités dans l instrument de recherche o BOULLIGNY Arnaud, "Les Déportés de France arrêtés en Europe nazie". Université de Caen, mémoire de Dea d'histoire, o Amicale de Sachsenhausen-Oranienbourg, "Sachso, au coeur du système concentrationnaire nazi, Paris, Editions de Minuit, 1982 (AA4266) o Amicale des Anciens d Eysses, «Eysses contre Vichy 1940, Paris, Tirésias, 1992 (épuisé) o "D'hier à aujourd'hui, le club athlétique de l'haÿ-les-roses se raconte", 2000 (BR 3590)

14 Les sites internet o Prison d Eysses : (site non mis à jour), (site en construction), o Union nationale des déportés de Rawa Ruska : o Association pour l'histoire des chemins de fer en France : III - Sources complémentaires Aux Archives départementales Archives sonores o «Eté 1944-mai 1945 : citoyenneté renouvelée, renaissance républicaine», table ronde organisée par les Archives départementales le 24 novembre 2004 (11AV 10-13) o «50e anniversaire de la Libération, collecte de témoignages menée auprès des habitants de Vitry-sur-Seine», Archives municipales de Vitry-sur-Seine, 1994 (14AV ) o Témoignage de Paul de Ronne sur la Seconde guerre mondiale, Office départemental des anciens combattants 2000 (14AV ) Archives audiovisuelles o «Témoignages de déportés et/ou de leur famille», Association Mémoire vive des convois des et d'auschwitz-birkenau, (4AV ). o «Témoignage de Geneviève Mathieu sur la Seconde guerre mondiale», Fondation pour la mémoire de la déportation (4AV ) o «De l occupation à la Libération», film réalisé pour la table ronde du 24 novembre 2004, 23mn (2AV 3076) et rushs (2AV ). Réalisation Direction de la communication, Conseil général du Val-de-Marne. Autres lieux possédant des archives sur des Val-de-Marnais

15 o Musée Jean Moulin-mémorial Leclerc : entretien filmé du père Fouquet et du père Cordier, aumôniers militaires engagés dans la 2e DB, 1992 (1h33) ; entretien avec Lise London, 2004 o Mémorial de la Shoah : entretien filmé de Roger Belbéoch, 2006 o Centre de documentation juive contemporaine : interview filmée d Albert Bigielman par Esther Shalvez-Gerz, , 1h33mn, collection "Derniers témoins" puis par Yvette Withschafter, , 1h11mn, collection "Témoins et documents". o Université de Yale, Antenne française des archives vidéo Fortunoff, interwiew filmée de Danièle Dubowsky-Haddad et ses deux frères par Josette Zarka, Régine Waintraier, 1993

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