.fr. innover. tendances. pour encore
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- Brian Maximilien Ricard
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1 CRÉER «Start-uppers», êtes-vous plutôt des bâtisseurs, des utopistes, ou d ambitieux conquérants? P. 15 INNOVER Le tour du monde des idées insolites qui pourraient changer la donne. CARTE P ANTICIPER Rafi Haladjian, le créateur du Nabaztag, invente «l Internet de la banalité quotidienne». P. 28 DU VENDREDI 20 DÉCEMBRE 2013 AU JEUDI 9 JANVIER.fr 2014 N O 72-3 INVENTER LES NANOSATELLITES DÉCOLLENT TOUS AZIMUTS Bien plus légers et moins chers à lancer, des centaines de petits satellites vont coloniser l espace. P ENTREPRISES LE MONOPOLY A-T-IL VENDU SON ÂME? La nouvelle édition, Empire, bouscule la tradition et fait la part belle aux marques. P MÉTROPOLES BERLIN, PORTE VERTE VERS L EST La capitale allemande fait du respect de l environnement la clé de ses infrastructures de transports. P tendances pour encore innover en 2014 L F: 3,00 - RD «LA TRIBUNE S ENGAGE AVEC ECOFOLIO POUR LE RECYCLAGE DES PAPIERS. AVEC VOTRE GESTE DE TRI, VOTRE JOURNAL A PLUSIEURS VIES.» ANALYSE SORTIR L EUROPE DE LA DÉFLATION La BCE, encore trop «frileuse», devra faire davantage, estime Jean Pisani-Ferry. P. 26 PORTRAIT BENJAMIN BRÉHIN 27 ans, et déjà directeur de France Angels. Mission : mieux former les business angels et étoffer leur réseau. P. 30 Le monde tourne enfin la page de la crise et les révolutions numériques font naître de nouveaux espoirs et de nouvelles craintes. Quel avenir nous annonce l Internet 4.0? PAGES 4 à 10 Sergey Brin, cofondateur de Google, lors de la keynote de présentation de la Google Glass, le 27 juin 2012, à San Francisco. KIMIHIRO HOSHINO/AFP
2 EDF SA au capital de RCS PARIS Siège social : 22-30, avenue de Wagram, Paris Photo : Rob Payne 3D : Illusion EDF INVESTIT DANS UNE NOUVELLE FILIÈRE INDUSTRIELLE Au large des côtes anglaises, à Teesside, 27 éoliennes offshore produisent l équivalent de la consommation électrique de foyers. En France, nos projets en développement permettront la création de emplois dans les prochaines années. pulse.edf.com L énergie est notre avenir, économisons-la!
3 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 3 TENDANCES SIGNAUX FAIBLES ÉDITORIAL DR PAR PHILIPPE CAHEN 2014, année du cheval de bois Innovants et «bon marché» Ma chronique se conclut chaque semaine par «démontrer l inverse». Dont acte. Il n y a pas que les innovations technologiques qui nous fascinent. Hyperloop, Quechua Phone, Tabby sont trois projets sortis des cartons en 2013, sans doute les trois plus étonnants pour notre culture occidentale qui s interroge sur les limites du progrès. Hyperloop attend sa phase de prototypage. Quechua Phone est en magasin Décathlon depuis le 5 décembre, Tabby devrait l être au printemps Leur point commun? Rechercher, au meilleur prix, la simplicité de réponse aux attentes exprimées. Faire du neuf avec du vieux. Aucun de ces projets n est une prouesse technologique. Même Hyperloop était imaginé dès la fin du XIX e siècle. Ce projet d Elon Musk (Zip2, PayPal, SpaceX, Tesla Motors) consiste à relier San Francisco à Los Angeles en trente-cinq minutes dans des capsules propulsées dans des tubes à km/h par champs électromagnétiques. Toutes les techniques utilisées sont connues : ainsi, le moteur à induction électrique est celui de la Tesla. Le budget serait 10 % d un équivalent TGV. L ensemble des études est disponible sur la Toile. Le projet est open source. Elon Musk affirme que, s il avait le budget de recherche, ce serait l affaire d un an. Le Quechua Phone a été lancé après trois mois de tests. Sa particularité est d être résistant aux éclaboussures, à la poussière, aux chocs, d avoir un altimètre et une autonomie de quelques jours avec le GPS en fonction. Bref : idéal pour les sports de montagne! Techniquement, aucun dernier cri, il est même épais et lourd. Mais il est rétro-éclairé pour le lire en pleine lumière. Le Français Archos l a conçu et gère sa fabrication. 229 euros. Tabby est la première «voiture» en open source et en kit créée par l Italien OSVehicle. Quatre caisses de 100 kg chacune livrées chez vous. Quarante et une minutes pour monter le châssis. Vous optez pour 2, 3 ou 4 roues et vous montez le moteur au choix, thermique ou électrique. Le plan de montage est sur le site! Il restera à construire la carrosserie en cas de besoin! Sans doute une voiture de bricoleurs du monde entier, lassés de l électronique. Une imprimante 3D pourra être utile au remplacement de pièces? Le secret de ces trois projets : ils aboutissent à des produits innovants ET «bon marché». Comment ont-ils procédé? Ils ont tout simplement appliqué un principe simple de la prospective : partir des fondamentaux des projets. Procéder par analogie aurait fait perdre de vue le principal. Le simple est souvent le plus difficile à faire. Je repars en plongée. Rendez-vous après les fêtes pour démontrer l inverse. L ouvrage le plus récent de Philippe Cahen : Les secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, DR JP5\ZOB/WENN.COM/SIPA PAR PHILIPPE BALISES 6 MILLIARDS DE DOLLARS, le marché des imprimantes 3D et des logiciels de design en 2017, selon Wohlers. Il atteindrait 11 milliards de dollars en 2021, cinq fois plus que son niveau de L an dernier, les ventes ont dépassé les 2,2 milliards de dollars, en croissance de 29 %, avec une forte dynamique du low cost (machines de moins de dollars). 23 MILLIARDS DE DOLLARS, les revenus de l Expo 2020 pour l économie de Dubaï, selon Merrill Lynch. La ville-émirat vient de remporter l organisation de l Exposition universelle de 2020 et en espère de fructueux retours sur le luxe, le tourisme, la finance et le bâtiment. Dubaï veut faire de cet événement planétaire le laboratoire de la ville du futur. Face au sentiment de déclin qui étreint une majorité de Français et alimente l impopularité du pouvoir, on peut adopter trois types d attitudes. La première consisterait à s enfermer dans la seule protestation, qui pousse au rejet de l État, des institutions, de l euro et de l Europe et au repli sur soi. La seconde à adopter le fatalisme des déclinistes, qui montrent à l envi pourquoi et comment, à force d erreurs et de mauvais choix, on en est arrivé là : une dette abyssale, un pays qui vit au-dessus de ses moyens depuis trente ans, une population divisée et fracturée entre des intérêts divergents et irréconciliables, rendant impossible toute réforme, y compris et notamment fiscale Bien entendu, mieux vaut pousser un cri d alarme avant, qu un cri d horreur après. On peut ne voir dans l actualité que les mauvaises nouvelles qui se ramassent à la pelle, comme les feuilles mortes et les souvenirs de ceux qui se réfugient dans le «c étaitmieux-avant» avec la sourde inquiétude selon laquelle nos enfants vivront moins bien que nous. Mais ce n est pas très constructif. Et surtout ce n est pas écrit. Il y a donc une troisième attitude possible, qui consiste à prendre le parti pris inverse, celui de l avenir et de l innovation. À considérer qu à bas bruit, la révolution en train de s opérer sous nos yeux offrira des possibilités nouvelles, parfois encore inconnues, pour les individus comme pour les entreprises, à condition de se mettre en état et en condition pour les saisir. La France de cette fin d année 2013 est comme le monde dans son ensemble, à l aube de nouveaux grands changements. Les paroles d une chanson de Vanessa Paradis, un nom prédestiné s il en est, viennent à l esprit : «Parfois on regarde le monde tel qu il est, en se demandant pourquoi ; parfois on le regarde tel qu il pourrait être, en se disant : pourquoi pas?» TRÉPIDANTE, PROPICE À L AUDACE JEAN PISANI-FERRY, le commissaire général à la stratégie et la prospective mettra la dernière main pendant les fêtes au rapport France 2025 et le rendra public vers la mi-janvier. François Hollande pourra ainsi lancer un diagnostic qu il espère consensuel et un plan d action pour préparer la France aux défis de l avenir. L HISTOIRE C est ce que nous avons tenté de dessiner avec ce numéro spécial de fin d année, en essayant de décrire 14 tendances qui vont traverser l année dans le monde du numérique. Les Google Glass en couverture de ce numéro peuvent effrayer, de même que les 50 milliards d objets connectés qui feront demain notre quotidien. Mais ces mutations technologiques incarnent aussi une nouvelle réalité pleine de promesses. Il ne faut pas pour autant en négliger les dangers. Aura-ton encore le choix d une vie privée? Certains experts disent que la bataille est déjà perdue, parce que les jeunes générations n ont pas la même inquiétude que nous à ce sujet. La régulation et la gouvernance du Net n en seront pas moins au cœur de Deuxième risque, l apparition de ce que l on pourrait appeler une «cybergreed», une cupidité du Net, du fait d une trop forte captation des richesses par les géants de la nouvelle économie. Pour le dire autrement, l un de nos défis en 2014 sera de continuer à encourager l innovation, tout en en maîtrisant sa dimension disruptive. Le 31 janvier, la Chine célébrera son nouvel an, un mois après le reste du monde. Dans la mythologie chinoise, ce sera l année du cheval (de bois) a été l année du Serpent (d eau), le plus souvent caractérisée par un calme «relatif» mais parfois par des changements inattendus et de l instabilité. L année du cheval, au contraire, est souvent trépidante et propice à l audace. Ce qui est sûr, c est que le monde entre dans un nouveau cycle Une année d inventivité, de créativité et donc d espoirs. En attendant de voir si cet élan se réalisera, La Tribune vous souhaite de très joyeuses fêtes de fin d année. Rendez-vous le vendredi 10 janvier pour votre hebdomadaire et tous les jours en attendant sur Internet et mobile sur latribune.fr. PLUS D INFORMATIONS SUR LATRIBUNE.FR EUROS c est le pouvoir d achat moyen par habitant en France en 2013, selon l Institut GfK. C est aussi 1,5 fois plus que la moyenne et le 9 e rang européen sur 42 pays. Placé entre l Allemagne et la Finlande, «l homme malade» de l Europe s en sort donc bien. Mais en 2013, selon l Insee, le pouvoir d achat va baisser, à cause des impôts. POURQUOI DONC GOOGLE S OFFRE-T-IL BOSTON DYNAMICS, SON HUITIÈME FABRICANT DE ROBOTS? Cette entreprise fondée en 1992 développe des robots inspirés du monde animal et collabore avec la Darpa (Defense Advanced Research Project Agency), l agence du Pentagone chargée de la R&D. Dans le bestiaire de Boston Dynamics, Big Dog robot (photo) est considéré comme l un des plus rapides au monde. Selon Andy Rubin, le créateur du système d exploitation Android, chargé de la recherche en robotique pour le mystérieux Labo X de Google, les robots destinés aux usines et à la logistique sont en progrès, mais les capteurs et les logiciels restent encore à améliorer. Google a déjà fait l acquisition de Shaft, créée par une ancienne équipe de l université de Tokyo qui développe un robot humanoïde d Industrial Perception, une start-up américaine qui tente de fabriquer des yeux et des bras articulés, ou encore de Bot & Dolly, qui a produit les caméras robotisées utilisées dans le film Gravity d Alfonso Cuarón.
4 4 I LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O L ÉVÉNEMENT 14 tendances pour 20 encore innover en LES FAITS. En 2014, la reprise se dessine, le monde semble tourner la page de la crise, et les révolutions du numérique font naître nouveaux espoirs et nouvelles craintes. LES ENJEUX. Quel monde nous annonce l Internet 4.0 avec des milliards d objets connectés, du smartphone à la maison en passant par l usine, la voiture? Le point en 14 tendances pour bien entrer en 2014, que l on soit net-citizen, net-travailleur ou net-consommateur. SEBASTIEN BOZON / AFP PAR ODILE ESPOSITO, PHILIPPE MABILLE, PHILIPPE MANIÈRE ET @SylvRolland Le vote électronique pourrait être un bon moyen de lutter contre l abstention. À condition d éviter les bugs et les triches De 2013, on retiendra que le monde y a survécu, comme d ailleurs à la récession terrible de En 2014, l économie mondiale sera en croissance, d environ 3,5 % après un peu moins de 3 % cette année. Une croissance disparate certes, et toujours très inégalitaire, mais une croissance quand même. Le fait majeur de l année, c est le réveil de l Amérique qui, six ans après la crise, rebondit, grâce à un double choc, énergétique et technologique. En 2014, les États-Unis vont devenir le premier producteur mondial de pétrole hors OPEP et vont commencer à exporter du gaz (de schiste). Certes, ils sont aussi encore le premier pays consommateur de pétrole (près de 20 % de la consommation mondiale), devant la Chine. Le deuxième moteur, très puissant, de l Amérique, ce seront les nouvelles technologies de l information et de la communication (NTIC). Selon une enquête de l OCDE, Internet représentait déjà en % de la valeur ajoutée produite par les entreprises américaines. En France, c est moins de 4 %, même si selon McKinsey, Internet est déjà à l origine d un quart de la croissance. On n a pas encore totalement pris la mesure de l incroyable rapidité de la diffusion des NTIC dans tous les secteurs de l économie. Tous les modèles en sont bouleversés. Avec parfois des effets destructeurs sur l emploi, mais aussi la naissance de nouveaux métiers dont nous n avions pas idée il y a cinq ans. Ce qui est nouveau aussi, c est l effet d horizontalité provoqué par le Web. On entre dans un monde où la taille n est plus le seul déterminant du succès. Les petites entreprises peuvent entrer en concurrence avec les plus grandes, le rapide peut manger le lent. Les deux modèles du meilleur écosystème Internet sont les États-Unis et la Suède. La France est en retard, dans cette bataille mondiale, où il y a déjà plus de 2,5 milliards d êtres humains et 15 milliards d objets connectés, mais elle ne manque pas d atouts pour en bénéficier. C est pour cela que pour les fêtes de fin d année, La Tribune vous propose sa sélection des 14 tendances qui traversent cette révolution. 14 tendances destinées à nous aider à innover encore plus en Bonne lecture. PH.M. 1I LA LIBERTÉ DU NET MENACÉE? La sécurité des données personnelles devient un enjeu mondial face aux intrusions révélées par l affaire Prism. Comment réguler la liberté de l Internet face aux géants mondiaux du secteur et aux États? 2014 sonnera-elle la fin de la liberté sur Internet? Les données personnelles sont désormais à la portée de tous à travers nos posts sur Facebook, nos achats en ligne sur Amazon et nos recherches sur Google. Avec Apple, ces trois mastodontes américains font partie du «GAFA». Tous collectent et analysent les informations personnelles à des fins commerciales. Or, en juin dernier, les révélations d Edward Snowden sur l affaire Prism ont jeté un pavé dans la mare, provoquant une énorme vague d indignation : depuis 2007, la NSA et le FBI ont eu accès aux serveurs des géants nationaux du Web pour y consulter les informations sur leurs utilisateurs, dont ceux de l Hexagone. Même les dirigeants européens auraient été écoutés. Enjeu économique et de société, la régulation du Net et la protection des données sont donc devenues un objet de débat ultrasensible. Lors de la sixième World Policy Conference à Monaco, samedi 14 décembre, Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères a jugé que «la prochaine bataille pour la liberté dans le monde sera la bataille pour la liberté d Internet». Il faut dire que certaines puissances émergentes, comme la Chine et la Russie, veulent enterrer le système de gouvernance actuel pour faire ce qu ils veulent sur la Toile. Et au besoin, censurer certains contenus. Au niveau européen, le sujet s est mué en pomme de discorde. Au début du mois, Viviane Reding, la vice-présidente de la Commission européenne en charge de la Justice, a piqué une grosse colère contre les États membres. «Les ministres ont reculé sur la protection des données», a-telle pesté sur Twitter dans la foulée d une réunion avec les ministres de la Justice de l UE. «Le Conseil est entré en hibernation.» Ce qui, selon elle, met en danger le principe d un «guichet unique» veillant à l application des règles pour les transferts transfrontaliers de données personnelles collectées dans les pays de l UE. Avec dans le collimateur, l activité des géants amé- ricains du GAFA, qui ont engagé un bras de fer avec Bruxelles pour contrer la mesure. En France aussi, les critiques fustigeant l utilisation des données personnelles fusent. Et ce n est pas l adoption de la loi de programmation militaire (LPM) par le Sénat qui va calmer le jeu : le texte a obtenu le feu vert de l institution le 10 décembre, au grand dam de nombreux acteurs du numérique. Ceux-ci pestent contre son article 13, qui vise notamment à renforcer l accès des services de renseignements aux données informatiques. De leur côté, les entreprises tentent de jouer la carte de la transparence. «Chez nous, les données sont confidentielles et appartiennent aux clients», insiste Yves Tyrode, directeur général de Voyage-sncf.com, un des poids lourds du e-commerce français avec 3,6 milliards d euros de volume d affaires en Il prône une utilisation plus «éthique» de ces informations, pointant le risque d une perte de confiance des utilisateurs, et donc d un vrai risque en termes de business et d image. Autre enjeu, celui de la cyber-guerre et du cyber-terrorisme, avec l apparition de «malwares», logiciels malveillants plus puissants que des bombes nucléaires, et capables de s infiltrer dans les réseaux qui gouvernent les grandes infrastructures (eau, énergie, transports), capables aujourd hui de détruire un pays de l intérieur. Se prémunir de ces risques sera un des défis des années à venir. P.M.
5 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 5 14 REPÈRES Snowden, héros ou traître? Au-delà de 30 ans, les Américains sont plus de 60 % à penser qu Edward Snowden, qui a révélé l espionnage dénéralisé d Internet par la NSA, doit être condamné. Entre 18 et 30 ans, ils ne sont plus qu un tiers. Deuxième personnalité de l année pour Time Magazine (derrière le pape François!), il pourrait devenir un héros dans la Silicon Valley. Huit géants d Internet, dont Google, Facebook, Microsoft, Amazon et Apple ont publié une lettre ouverte au président Obama demandant de clarifier les règles de l espionnage numérique. Leur pire crainte est intéressée : que les jeunes ne leur confient plus leurs données. THE GUARDIAN / AFP - Facebook bang En diffusant des spots publicitaires sur les pages de ses quelque 1,2 milliard d amis, Facebook franchit une nouvelle étape dans la construction de son modèle, mais déclare aussi la guerre aux grands médias audiovisuels. Une guerre à 66 milliards de dollars pour les seuls États-Unis. Les spots ne pourront durer plus de 15 secondes, ils démarreront automatiquement et, surtout, ils seront diffusés par défaut sans le son. Pour l activer, il faudra cliquer sur l image. 2I GARE À L E-COLÈRE DE L E-CITOYEN! Dépassés, les syndicats ou les partis politiques? Entre les «Pigeons», les «bonnets» multicolores et autres volatiles, les oppositions s expriment désormais sur les réseaux sociaux. nets rouges ont obtenu le report de l écotaxe. Et les centaines de milliers de manifestants contre le mariage pour tous ont tant effrayé le gouvernement que la PMA (procréation médicalement assistée) et la GPA (gestation pour autrui) ne seront pas abordées dans la grande loi sur la famille prévue pour En cette année d élections municipales et européennes, l e-citoyen restera au cœur des préoccupations. Peu de candidats oseront défier le suffrage universel sans recourir à Internet et aux réseaux sociaux dans leur campagne, en s inspirant de ce qu a fait Obama aux États-Unis. À l heure du Netcitizen, ou Netizen, on invente le «porte-àporte numérique». Les nouvelles technologies peuvent-elles aider la démocratie? De plus en plus de voix, à commencer par la CNIL (Commission nationale de l informatique et des libertés) s élèvent pour réclamer le vote électronique et la carte électorale biométrique. Peu utilisés dans l Hexagone, ces outils pourraient se révéler très efficaces pour lutter contre l abstention À condition d éviter les triches et les bugs qui ont parasité, en juin dernier, le vote électronique pour désigner la candidate UMP à la mairie de Paris. «Techniquement, il est tout à fait possible d organiser un vote en ligne sécurisé et à grande échelle. Mais la classe politique française n a pas encore pris la mesure de l importance de l ecitoyenneté», déplore Jean-Michel Huet. En plus d améliorer le taux de participation, le vote électronique pourrait simplifier l organisation des élections, éviter les votes nuls 3I LA FIN DE LA PROPRIÉTÉ? Société du «share», de l automobile à la maison partagée : la propriété change de nature, se dématérialise, ou se déstructure dans le temps. Partager plus pour consommer plus, ou mieux? Dans une société hyper-connectée, la démocratie passe aussi à l ère numérique. Désormais, la colère citoyenne naît sur les réseaux sociaux avant de se propager à la rue. Twitter, Facebook, les blogs et les médias en ligne agissent comme des «accélérateurs» de la prise de conscience collective. Depuis les révolutions arabes de 2011 jusqu aux manifestations contre la Coupe du monde de 2014 au Brésil, la Toile démultiplie l accès à l information, créé le débat, favorise les mouvements populaires. «Internet et les réseaux sociaux facilitent la capacité des citoyens à se mobiliser et influer sur le cours des événements», explique Jean-Michel Huet, le directeur associé du cabinet de conseil Bearing Point. Ainsi, dans le tourbillon des jacqueries sociales, ou plutôt fiscales, qui sillonne actuellement la France, les collectifs bonnets rouges, pigeons, dindons, poussins, moutons éclipsent les acteurs traditionnels de la contestation. Syndicats et partis politiques peinent à contrôler et à tirer profit de l e-révolte. Dépassé par la puissance de ces collectifs citoyens, le pouvoir vacille. Les pigeons ont donné le signal avec la révolte et les erreurs de dépouillement. Un prochain Près de locations par jour pour Autolib, le service de mise à disposition de véhicules électriques créé voilà tout juste deux ans ; petites annonces quotidiennes et 17,5 millions de visiteurs uniques par mois (soit un Français sur quatre!) sur le site leboncoin.fr, qui, après sept ans d existence, dépasse les 100 millions d euros de chiffre d affaires et les 200 salariés s il ne fallait que deux exemples pour montrer à quel point la consommation vit aujourd hui une profonde mutation, ces deux-là suffiraient. Autrefois très attaché à sa voiture, considérée comme un élément de statut, le consommateur privilégie de plus en plus, pour se déplacer, l usage à la propriété. Et la tendance ne se limite pas au bobo parisien. En témoigne le succès des sites de covoiturage BlaBla- Car, le leader, né en France en 2009, transporte près de un million de personnes en Europe chaque mois ou de prêt de véhicules entre particuliers. Ce succès tient bien évidemment à la généralisation d Internet, qui facilite les mises en relations et les transactions. On met en vente contre la taxation des plus-values. Les bon- combat e-citoyen? S.R. sur leboncoin.fr la lampe ou Suite p. 6 s Le centre de distribution du géant américain Amazon, à Peterborough, en Angleterre, ou la face cachée de la vente en ligne. ANDREW YATES / AFP Malware La NSA, impliquée dans l affaire Prism aux États-Unis, aurait découvert l existence d un logiciel malveillant conçu en Chine et capable de détruire un ordinateur en s attaquant au Bios, le programme de base qui le fait fonctionner. Les cyber-terroristes pourraient ainsi paralyser complètement les infrastructures d un pays. Cyberélite? Dans son numéro spécial «The World in 2014», The Economist prédit une année où la démocratie est menacée, avec près de 40 % de la population mondiale qui se rendra aux urnes. Le magazine croit à un retour sur le devant de la scène des pays riches, et s attend à un retour de bâton pour une «cyberélite» trop avide de richesses. PLUS D ÉVÉNEMENTS SUR LATRIBUNE.fr THE ECONOMIST
6 6 I L ÉVÉNEMENT LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O Comme de grands adolescents impatients et sans cesse frustrés, nous avons basculé dans un monde où l exigence de performance, de vitesse et de qualité ne connaît plus de limite. C est la fameuse loi de Moore, en fait une simple conjecture, qui dit en gros que la puiss Suite de la p. 5 le manteau qu on aurait autrefois proposé sur le trottoir dans une braderie ou un vide-grenier. Mais sans se déplacer et avec la possibilité de toucher des milliers d amateurs potentiels. Le phénomène s est bien sûr accru avec la crise. Cette «économie du partage» touche désormais tous les secteurs d activité. Et plusieurs start-up se créent chaque mois, pour proposer des locations entre particuliers d appartements, de voitures, de places de parking, d outils, d électroménager «Ces plates-formes collaboratives se bâtissent généralement sur une des verticales du Bon Coin», observe Paulin Dementhon, cofondateur de Drivy, qui a choisi le créneau de la location de voitures. Cet engouement signe-t-il la fin de la propriété? «Oui, tout à fait, estime Paulin Dementhon. Ce n est pas une vague, mais une tendance lente, qui s étale sur des années. Les gens privilégient le bon sens pratique et l efficacité.» Le militantisme ne joue qu un rôle mineur dans cette vague du partage et l éclosion de ces sites. «Les militants ne sont que 7 %, selon nos sondages, mais nous prenons ce chiffre avec prudence car les vrais militants refusent en général de répondre, indique Nathalie Damery, la présidente de l Obsoco. Les Français veulent continuer à consommer et, dans un contexte de pouvoir d achat plutôt contraint, ils sont prêts à partager ou à acheter d occasion tous les produits qui ne sont pas des signes de reconnaissance.» O.E. 4I SUR-MESURE ET ME.COM Voyages sur mesure, mode du selfie (on se prend en photo soi-même), imprimantes 3D, tout cela dessine monde où individualisme rime avec ultra-personnalisation. Des robes ou des chaussures sur mesure chez Moodbyme.com, des chemises taillées à vos exactes mensurations chez Celio, et même des caleçons personnalisables selon vos formes et vos goûts chez edol.fr : à l évidence, la tendance est à l extrême personnalisation dans la mode. Et le phénomène s étend à bien d autres secteurs de la consommation. Calibag.com vous promet de ne plus vous tromper de bagage sur les tapis des aéroports grâce à des valises à la couleur et au décor de votre choix, tandis que Planetveo.com, un spécialiste du voyage sur mesure créé en 2007, connaît une croissance fulgurante depuis cinq ans. Il atteindra 60 millions d euros de chiffre d affaires cette année avec près de 200 collaborateurs. La société du partage cohabite avec un néoindividualisme plus vivant que jamais. En témoigne la mode du selfie, cet autoportrait réalisé à l aide d un smartphone puis mis en ligne sur Facebook, Twitter, Instagram et autres réseaux sociaux. Tous les grands de la planète s y sont prêtés, du pape François au président américain Barack Obama. Le terme selfie a été choisi comme «mot de l année» par les auteurs du dictionnaire d Oxford, véritable référence en Grande- Bretagne, qui soulignent sa progression de % sur les douze derniers mois. Et le phénomène intéresse désormais le business. Dans le nouveau magasin Marionnaud des Champs Élysées, la table de maquillage est connectée, pour faciliter l envoi des photos à ses amis. Et le distributeur de mode Etam vient de lancer un concours de self leg une photo de ses jambes gainées de collants avec promesse de voyage à New York pour la gagnante. Besoin de se démarquer, d exister, tels sont les arguments mis en avant par les adeptes de cette pratique narcissique. Nathalie Damery, la présidente de l Observatoire société et consommation (Obsoco), ne voit pas forcément de contradiction entre cette ultra-personnalisation d un côté et la montée du prêt et des mouvements collaboratifs de l autre. «Un même consommateur peut adopter des attitudes très différentes dans son rapport aux objets. Il y a les objets auxquels il tient et qu il va personnaliser à outrance. Le plus symbolique dans cette catégorie étant le smartphone, individualisé grâce aux applications téléchargées par son propriétaire. Et il y a ceux qu il partage, parce qu il en a un usage assez réduit, comme par exemple les outils de bricolage.» Une dualité, renforcée par la crise, qui a toutes les chances de perdurer en O. E. 5I TOUJOURS MIEUX, ET PLUS VITE La tendance est à l ultra. Ultramobilité avec la 4G en 2014 et bientôt la 5G prévue pour Ultra-haute définition avec la 4K, la prochaine révolution des téléviseurs. Jusqu où ira la technologie? La montre Galaxy Gear connectée au smartphone Galaxy Note 3 de Samsung. La bataille des fabricants pour l Internet des objets a commencé SEAN GALLUP/GETTY IMAGES EUROPE/AFP sance des micro-processeurs double à peu près tous les deux ans à coûts constants et ce depuis la création d Intel (dont Moore était un des fondateurs), en Le résultat est à la portée de tous les geeks : oubliez votre télé «full HD» dernier cri ou votre smartphone dernière génération, car en 2014, soyez en sûrs, il faudra encore en changer. Pour les téléviseurs, le nouveau sigle à la mode, c est 4K, pour ultra HD, avec une résolution de x pixels, là où le «full HD» affiche du x pixels, deux fois moins. On est loin des premiers écrans LCD de papa. Le «K» est celui du «kibi», une unité de mesure qui est l équivalent informatique du kilo, d une valeur absolue de K, c est donc 4 fois la valeur d un kibi, soit En quelques années, les écrans de télévision ont atteint des performances d affichage professionnelles. Les écrans 4K sont déjà sur le marché grand public, à des prix toutefois assez dissuasifs puisque ce type de résolution nécessite de grandes diagonales (plus de 50 pouces) et vont avec la 3D (sans lunettes). Il faut donc compter autour de euros, moins que les euros du premier modèle, en Ce qui n empêche pas la bataille de la 4K d être déjà lancée par Sharp, Toshiba, LG, Samsung ou encore Sony. Car cette bataille de l ultra-réalisme n en est qu à ses débuts : Sharp a présenté un téléviseur 8K4K (7 680 x pixels) de 85 pouces. La même évolution a lieu côté vidéoprojecteurs et les caméras vidéos, ce qui devrait ramener assez rapidement le Blu-ray vers l obsolescence programmée qui frappe tous les produits high-tech. Pour en savoir plus, attendez le prochain Consumer Electronic Show, La Mecque de l innovation électronique grand public du 7 au 10 janvier prochain, à Las Vegas. Autre tendance, désormais bien connue avec JEFF J MITCHELL / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES/AFP Une militante indépendantiste écossaise, portant kilt et drapeau, le 21 septembre RISQUE 1 ET SI LA CRISE EN ZONE EURO REVENAIT PAR L ÉCOSSE? Le 18 septembre prochain, les électeurs écossais auront à faire un choix historique : demeurer dans le Royaume-Uni ou dissoudre l acte d Union de 1701 et faire de l Écosse un pays indépendant. L indépendance semble peu probable. Chez Ladbrokes, le plus grand bookmaker du monde, le «non» à l indépendance est donné à un contre six! Et dans les derniers sondages, le rejet d un État écossais dispose d une large avance de plus de vingt points. Mais si les choses évoluaient? Dans un référendum, les dernières semaines de campagne sont parfois déterminantes. La part des indécis est encore forte, elle est proche de 20 % de l électorat et, en 2011, le Scottish National Party (SNP), le seul parti important de l ancien royaume à soutenir la cause de l indépendance, avait glané près de la moitié des suffrages. D autant que, sur cette terre qui n a jamais été favorable aux conservateurs, le discours très dur de David Cameron et la montée du parti eurosceptique et anti-immigration UKIP ne plaisent guère. Une percée de ce dernier lors des élections européennes de mai pourrait convaincre une partie de l électorat travailliste écossais qu ils n ont décidément rien de commun avec les Anglais. Si l Écosse dit oui à son indépendance, des négociations difficiles s engageraient sur le partage de la dette et sur le maintien ou non d une union monétaire. Durant ce processus, la confiance dans la dette britannique, dans son économie et dans la livre sera forcément plus faible. La croissance qui reprend avec plus de vigueur que sur le continent fin 2013 pourrait aussi être affaiblie. Mais le plus grand défi concernera l Union européenne. L Écosse est une terre pro-européenne. En cas de «oui» le 18 septembre, elle pourrait demander son adhésion à l UE en tant qu ancienne partie d un État membre. Comment l UE pourrait-elle refuser de l intégrer alors qu elle négocie l adhésion de la Serbie? Sauf que, en Europe, les dents grinceraient. En Espagne surtout, où le gouvernement catalan a promis également de tenir un référendum et pour qui un «oui» écossais serait un signal fort. Sauf si, évidemment, l UE se montre très dure avec l Écosse Madrid plaidera la fermeté face à Edimbourg. D autant que dans une Espagne en convalescence, la question de la dette est bien plus délicate qu au Royaume-Uni. Logiquement, un succès de l indépendance écossaise ferait douter les investisseurs sur l Espagne et les taux du royaume ibérique remonteraient. Mais dans ce cas, inévitablement, tous les taux des pays périphériques seraient sous pression. Car, si la Catalogne quittait l Espagne comme l Écosse le Royaume-Uni, la question de son maintien dans la zone euro se poserait. Or, cet automne 2014 sera crucial pour le Portugal et la Grèce dont les programmes d aide viendront à échéance en juillet. Lisbonne tentera de revenir sur le marché, Athènes de négocier un plan le plus léger possible. Un regain de tension sur les marchés replongerait ces pays dans la logique austérité-récession. La crise de l euro sera alors relancée. ROMARIC GODIN
7 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 7 la guerre entre Free et les opérateurs historiques, la 4G qui est au smartphone ce que le très haut débit sera pour l Internet fixe. Alors que la guerre des prix s exacerbe, Xavier Niel faisant enrager ses concurrents avec la 4G incluse dans tous ses forfaits sans hausse de prix, le succès commercial est la grande inconnue de la période des fêtes. Encore balbutiant, le très haut débit mobile bute sur un équipement encore insuffisant en France, qu il s agisse du nombre d antennes ou des appareils compatibles. Mais ce sera à n en pas douter LE grand sujet de Et pourtant, le monde des télécommunications travaille déjà sur la cinquième génération, la 5G, attendue pour L enjeu n est pas seulement de pouvoir télécharger un film en une seconde, mais aussi de se préparer au grand embouteillage des réseaux mobiles que promet l arrivée de l Internet des objets, qui pourraient être plus de 50 milliards en 2020 PH.M. 6I ANTICIPER FACE À L IMPRÉVISIBLE La crise a montré le poids de l imprévisible. Pour s en prémunir, les entreprises veulent anticiper et s en remettent au big data pour élaborer des modèles marketing de plus en plus sophistiqués. Un monde à la «Minority report»? «Miroir, mon beau miroir»! Au premier abord, prédire l avenir semble relever de la science-fiction. Mais face à l électrochoc de la crise, les entreprises font leur possible pour anticiper leurs actions. Dans cette logique, le big data fait office de poule aux œufs d or. Qualifiée de «nouvel or noir», l analyse des monceaux de données émanant des sociétés, organisations publiques, individus et objets connectés a le vent en poupe. Moulinées dans des modèles mathématiques complexes, ces informations issues de l activité sur Google, des réseaux sociaux et autres SMS permettent aux entreprises d adopter des postures prédictives. À la tête de la start-up française Dataiku, Florian Douetteau s est spécialisé dans ce type de services. Depuis la création de la société en janvier dernier, il affiche déjà un beau tableau de chasse, avec des clients comme PagesJaunes, Ventes-privées.com, le spécialiste des ventes événementielles de fins de série ou le distributeur de produits en ligne Cdiscount. «Notre activité consiste à éditer des logiciels spécifiques avec une interface simple pour traiter les données et les rendre intelligibles via des probabilités d achat ou de clics par produits», détaille le jeune homme. À l arrivée, «nos modèles permettent à l entreprise de mieux cerner ses clients, ses habitudes d achat et donc de développer des opérations marketing ciblées». Ou encore de prendre des décisions stratégiques en termes de profitabilité, comme «mettre en avant les produits qui généreront le plus de marge, plutôt que d afficher un top 15 des ventes». En France, le big data en est à ses débuts. S il a déjà été adopté par quelques acteurs de la distribution, de la banque ou de l assurance, seules 8 % des entreprises de l Hexagone s y sont converties, d après une étude IDC de septembre dernier. Aux yeux de nombreux spécialistes, 2014 devrait voir le secteur décoller, avec la démocratisation de l usage des smartphones et l essor des objets connectés. En parallèle, les entreprises jouent la carte de la prévention pour gérer leurs risques. Elles sont de plus en plus nombreuses à embaucher des «risk managers». Leur rôle? Identifier, analyser et évaluer en amont les dangers liés à l activité d une société. L éventail des risques est large : on y trouve les risques industriels, de fraude ou de catastrophes naturelles comme les ouragans et inondations. Une fois la menace décelée, le risk manager imagine une couverture spécifique, en faisant appel, par exemple, à une société d assurance. P.M. 7I TOUT CONTRÔLER À DISTANCE Le rêve démiurge de l homo modernicus prend forme : de la voiture qui roule toute seule (Google Car, Tesla), à la domotique avec la maison connectée et le développement de l Internet des objets en passant par l arrivée RISQUE 2 L IMPOSSIBLE ÉQUATION DES BANQUES CENTRALES L année 2014 ne sera dominée que par cette question qui a déjà obsédé tout le monde en 2013 : que va faire la Fed? La Réserve fédérale américaine doit trouver une porte de sortie pour sa politique très généreuse de Quantitative Easing (QE), qui l amène chaque mois à racheter sur le marché 85 milliards de dollars. C est ce qu on appelle le tapering. Mais la voie est étroite : sortir trop vite ou trop tôt peut conduire à une nouvelle récession ou à un choc obligataire, sortir trop tard, à la formation de nouvelles bulles ou à une fièvre inflationniste. Lorsque Janet Yellen, la nouvelle présidente de la Fed, a été nommée, les marchés ont été soulagés. Avec sa réputation de «colombe», elle devait maintenir le plus longtemps possible la politique de rachat massif, puis réduire progressivement cette aide. Les rendements des bons du Trésor remonteraient alors également progressivement, mais les investisseurs et le Trésor pourraient aisément des Google Glass et autres montres intelligentes (smartwatch). Mode ou mouvement de fond? Qui n a jamais rêvé de vivre entouré d objets intelligents qui réalisent les tâches quotidiennes à notre place? Ce fantasme de science-fiction tend à devenir réalité. De la cafetière intelligente à l aspirateur autonome, en passant par le réfrigérateur qui fait la liste des courses et prévient quand les produits atteignent la date de péremption, la maison apparaît comme le terrain de jeu privilégié des objets connectés. Selon une étude réalisée par le cabinet Coda Stratégies, le marché de la domotique pèserait en 2013 près de 6 milliards d euros en Europe, dont 18 % en France, soit 900 millions d euros. La domotique? «La mise en relation des objets connectés de la maison pour améliorer le confort, la sécurité et gérer la consommation d énergie», explique François-Xavier Jeuland, le président de la Fédération française de domotique. «Par exemple, les solutions domotiques permettent au thermostat de mon salon de non seulement optimiser ma consommation d énergie, mais aussi de piloter ma chaudière et de déclencher l ouverture des volets roulants s il fait beau, en faire face grâce à l économie florissante qui offre à la fois des recettes fiscales et des opportunités d investissements. C était et c est encore pour beaucoup d économistes le scénario le plus crédible et le moins dangereux pour Mais l accélération de la croissance américaine au troisième trimestre et la baisse du chômage américain pourraient changer ce scénario et accélérer le calendrier de la Fed. Il se prépare sans doute des discussions très vives sur le sujet au sein du Comité fédéral de politique monétaire (FOMC). Et si la Fed presse le pas, elle prend le risque d un autre scénario. Comme on l a vu en 2013, ceci pourrait déclencher une panique et, finalement, un choc obligataire sur les rendements d État américains. Un choc qui serait particulièrement rude pour le système financier américain et qui pourrait replonger la première économie mondiale dans la crise. Mais les conséquences seraient mondiales. convergence avec mon smartphone» Cette tendance, encore embryonnaire, semble promise à un bel avenir. SFR, Orange et Bouygues se sont tous trois lancés sur le marché en En 2014, ils tenteront de toucher le grand public. Orange lancera pendant l été sa «box» domotique, baptisée «Smart home». Constituée d un boîtier et de capteurs, elle permettra de surveiller le domicile à distance, d être prévenu en cas de début d incendie, de fuite d eau, d effraction D autres opérateurs, par exemple la PME d Indre-et-Loire Avidsen, proposent des solutions liées au chauffage ou à la gestion à distance de l éclairage. «Les maisons intelligentes sont dans l air du temps et représentent un levier de croissance important dans les années à venir», affirme François-Xavier Jeuland. Cette volonté de contrôle de l homo modernicus s épanouit grâce à un phénomène plus vaste, l Internet des objets. Cette tendance peut se décrire comme la nouvelle capacité des produits à envoyer et à recevoir des données par l intermédiaire d Internet. Le gouvernement français estime qu une cinquantaine de milliards d objets seront connectés à court terme, soit dix fois plus que le nombre de smartphones L Internet des objets ne touche pas seule- Suite p. 8 s Car en Europe, la reprise est lente et, dans plusieurs pays, la déflation menace. En cas de choc aux États-Unis, la BCE n aurait alors d autres choix que d accélérer sa politique d assouplissement pour éviter la contagion sur les taux européens et de combattre la déflation en dépréciant l euro. Un QE européen pourrait alors voir le jour. Mais dans ce cas, la marge de manœuvre de Mario Draghi, le président de la BCE, sera fort étroite. La Bundesbank et l Allemagne auront beau jeu de montrer les conséquences du QE outre-atlantique et feront tout pour empêcher la BCE d entrer dans une politique ultra-expansionniste. À l inverse, l Italie et la France auront tout intérêt à ce que les investisseurs viennent acheter leurs obligations pour maintenir leurs taux bas. Et l on sait qu un choc obligataire sur ces pays serait très difficile à gérer pour la zone euro. La BCE devra donc naviguer en eaux troubles et éviter de se retrouver à la fin de 2014 comme la Fed à la fin de 2013 devant une équation impossible à résoudre. R.G. Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale américaine, une des femmes les plus puissantes du monde. JEWEL SAMAD / AFP
8 8 I L ÉVÉNEMENT LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O Autolib, le service parisien de mise à disposition de voitures électriques, enregistre locations par jour. Doit-on y voir la disparition d un signe extérieur de richesse? ANTOINE LORGNIER / ONLY FRANCE/AFP un des ingrédients de cette révolution de l ultramobilité. Il permet l accès, via le réseau de communication mondial qu apporte l Internet généralisé (WiFi ou mobile 3G, 4G, 5G demain), à des ressources informatiques partagées et en libre service. Plus besoin de stocker des fichiers ou des données chez soi dans son disque dur : tout est dans des data centers de plus en plus gigantesques (qui posent d ailleurs de sérieux problèmes énergétiques). Déjà dominé par les géants de la nouvelle économie américaine (Apple, Google, Microsoft, Amazon, Facebook), le cloud va connaître en 2014 de nouvelles ruptures, avec l entrée en scène en février d IBM, qui a racheté en 2013 SoftLayer pour 2 milliards de dollars. On s interroge aussi sur la mystérieuse barge que Google va construire dans la baie de San Francisco. Le cloud, General Electric en a fait un de ses axes stratégiques. Selon le groupe américain, nous entrons dans la grande aventure de «l Internet industriel», qui va bouleverser la relation de l homme à la machine. Et entraîner, par la magie de l IOT (Internet of things) un univers de smart technologies. «L Internet industriel est le prolongement logique de la révolution industrielle et de la révolution Internet. Il les fait se rencontrer. La puissance du data et de l analyse passe à présent au stade industriel et constitue le carburant de la croissance de l économie mondiale», explique Marco Annunziata, économiste en chef de General Electric. Pour Paul Hermelin, le patron de Cap Gemini, rencontré à la World Policy Conference début décembre à Monaco, 2014 sera l année du Smac (Social, Mobility, Analytics, Cloud). La multiplication des solutions de cloud va entraîner une mutation considérable du monde des services avec, à la clé, des économies et un changement radical du com- ssuite de la p. 7 ment aux objets intelligents mais aussi à des biens de consommation comme les voitures. Alors que Google développe depuis 2010 sa voiture sans conducteur, Toyota proposera son véhicule à pilotage automatique en 2015, suivi par Volvo à l horizon 2017 et Nissan en L Internet des objets va transformer notre vie quotidienne en créant de nouveaux usages. Annoncées comme la prochaine révolution de l électronique grand public, les lunettes connectées de Google devraient débarquer sur le marché américain en Elles seront dotées d une caméra, d un appareil photo, d un GPS, d un accès à Internet Un gadget parfait pour contrôler son environnement partout, tout le temps. S.R. 8I ÉNERGIE : L ÈRE DE LA SOBRIÉTÉ Économies d énergie, voitures électriques et autres solutions pour dépenser moins et mieux dans un contexte de croissance faible, de rareté des ressources et de pouvoir d achat qui stagne. La «chasse au gaspi» reprend vie à l ère digitale. «Étudiant, dans des salles de cours aveugles, je me disais qu il y avait là un vrai gaspillage énergétique et qu il devait exister des solutions, raconte Florent Longa, un Polytechnicien de 26 ans, cofondateur, en 2012, avec un camarade de promotion, de la société Echy. D où l idée d étudier le transport de la lumière naturelle par fibre optique. Le concept date des années 1980, mais nous essayons de le démocratiser en améliorant les rendements tout en réduisant les coûts. La difficulté consiste à concentrer la lumière du soleil sans augmenter la température de la fibre optique au-delà des 60 degrés qu elle peut supporter.» Echy fait partie de ces dizaines de start-up françaises qui fourmillent d idées et de solutions pour limiter les consommations énergétiques. À l instar de Stimergy, une société iséroise qui propose un système d interconnexion de mini-data centers susceptible de récupérer et de réutiliser l énergie émise par ces centres de stockage de données pour satisfaire les besoins des bâtiments qui les abritent. Ou bien d Energiency, à Rennes, avec son logiciel d optimisation des performances énergétiques destiné aux industriels. Ce bouillonnement d initiatives le montre, la sobriété énergétique devrait rester un maître mot en 2014 et un grand moteur de l innovation. À juste titre. Car les besoins mondiaux en énergie s accroissent. En Chine, en Inde, mais aussi dans les pays occidentaux avec, par exemple, le développement de data centers qui émettent désormais autant de CO2 que le secteur de l aviation et consomment, au niveau mondial, l équivalent de 30 centrales nucléaires. Face à cette demande, les énergies fossiles et nucléaires ont montré leurs limites. Quant aux énergies renouvelables, elles peinent à prendre le relais, à cause notamment de leur intermittence. D où l impérieux besoin d économiser, mais aussi de pouvoir stocker l électricité lorsqu elle est produite en surabondance. RISQUE 3 Ce stockage de l énergie, qui figure parmi les sept secteurs stratégiques d innovation à l horizon 2030 définis par la commission présidée par Anne Lauvergeon, fait l objet d une belle effervescence dans les laboratoires. Avec plusieurs technologies concurrentes en cours d expérimentation : la transformation de l électricité excédentaire en hydrogène, lequel peut être retransformé en électricité en fonction des besoins, à condition que soient résolues les questions économiques et technologiques posées par le stockage de ce gaz très léger ; les batteries, bien sûr, dont les performances s améliorent régulièrement, mais aussi les très prometteurs supercondensateurs capables de se charger fois plus vite que nos batteries et de supporter sans dommage des millions de cycles de charge et de décharge. Enfin, les batteries de nos voitures électriques, sous réserve qu elles soient rechargées durant les seules heures creuses de consommation électrique, pourraient constituer un très bon moyen de stockage mobile. De jolis défis en perspective. O.E. 9I DES PÉTAOCTETS DE DONNÉES Dans le nouveau monde connecté, on veut pouvoir stocker de façon sécurisée. Le cloud data sera, avec l explosion du nombre de données, la prochaine révolution de l informatique. Avec des enjeux économiques colossaux. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, nous faisons du cloud sans le savoir. La révolution des smartphones nous a fait entrer dans un nouveau monde aux possibilités presque infinies. Le cloud computing, ou informatique dans les nuages, est LES ÉMERGENTS À LA FÊTE OU PAS Le 13 juillet 2014, dans le stade de Maracana, à Rio de Janeiro, la Coupe du monde de football sera remise à l équipe qui remportera la finale. Ce sera l apogée de cet événement mondial organisé par le Brésil pour la première fois depuis Ce sera aussi l occasion, quelques mois après les Jeux olympiques d hiver de Sotchi et alors que le Brésil organisera les prochains JO d été et la Russie la Coupe du monde de football de 2018 de prendre conscience de ce fameux «basculement du monde», où les émergents deviennent le principal moteur de l économie mondiale. L image semble pourtant émoussée. Désormais, les émergents doivent faire face à une croissance plus faible, tandis que les pays développés reconstituent progressivement leur potentiel de croissance sera donc encore une année à risque pour les émergents. Deux éléments pourraient même les faire tomber dans une véritable crise. Le premier, c est le ralentissement chinois. Le pouvoir chinois a entamé un virage très périlleux en affichant sa préférence pour la qualité plutôt que pour la quantité en matière de croissance. Mais un trop fort ralentissement serait très risqué : en dessous de 7 %, les investisseurs commenceront à s inquiéter de voir les campagnes s agiter. L emballement de l immobilier et l obscurité du secteur bancaire sont également des risques qui, en cas de ralentissement, deviendront sensibles. Or, si la Chine tousse, les autres pays émergents seront grippés, notamment les pays exportateurs de matières premières (Brésil et Russie, notamment). De façon générale, les investisseurs iront chercher les rendements et la croissance ailleurs. D autant que, parallèlement et c est le second risque pour la zone la fin du Quantitative Easing (lire encadré page page 7) de la Fed entraînera un mouvement d aversion au risque et un rapatriement des capitaux vers les pays développés. Un mouvement déjà observé au printemps 2013 et qui pourrait s entretenir lui-même : les monnaies des grands émergents baissant, la fuite s accélérera. Or, pour le Brésil, la Russie, l Inde, la Turquie ou encore l Afrique du Sud, ce double risque est très dangereux. Dans ces pays, l inflation demeure élevée et les pays accusent des déficits courants chroniques. En cas de dépréciation accélérée de la monnaie, les banques centrales n auront pas d autres choix que de relever sensiblement les taux. Donc de faire ralentir une croissance qui a déjà ralenti. Les conséquences sociales en Inde et au Brésil, mais aussi en Russie, d un ralentissement inflationniste pourraient déboucher sur des mouvements de protestation de grande ampleur, comme celui qui a touché le Brésil en Car l expérience montre que les effets bénéfiques sur la croissance d une Coupe du monde ou de Jeux olympiques sont limités. La situation est d autant plus délicate que l Inde et le Brésil votent l an prochain. Dans les deux cas, le pouvoir pourrait sortir affaibli de ces votes, ce qui ne rassurera guère les marchés. Le risque d une déstabilisation des pays n est donc pas à écarter entièrement. La croissance mondiale en subirait alors un contrecoup violent R.G. Manifestants dans les rues de Rio de Janeiro, en juillet Des mouvements de protestation qui pourraient toucher d autres pays émergents en cas de ralentissement inflationniste. CHRISTOPHE SIMON / AFP
9 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 9 portement des clients et des consommateurs. Un des grands sujets pour le monde informatique sera de faire communiquer les différentes interfaces entre elles face à une surabondance d offres cloud. Cette possibilité de stocker dans les nuages permettra à vos données de vous suivre partout, quel que soit le lieu ou le support. À la maison, dans la voiture, chez des amis ou en vacances, nous aurons un libre accès à une bibliothèque de données potentiellement illimitée. L explosion des données, qui se compteront en pétaoctets (10 puissance 15 octets) sera aussi une source inépuisable pour les «data scientists» et le big data, avec de lourds enjeux en termes de protection de la vie privée. Mais le jeu en vaut peut-être la chandelle, par l ampleur des services nouveaux proposés. Chacun pourra devenir un média, diffuser soi-même des spectacles, des événements sportifs et autres, l université deviendra numérique, et la presse en ligne, si elle sait saisir l opportunité, se réinventera. Pour le meilleur, comme pour le pire. 2014, année de la fin de la presse papier? Espérons que non, mais Ross Dawson prédit que cela arrivera avant 2020 aux États-Unis. Ce n est pas pour rien que Jeff Bezos a racheté le Washington Post, ou Xavier Niel Le Monde PH.M. 10I TRAVAILLER PLUS, OU MIEUX? Le chômage de masse rouvre le débat sur le travail dans une société numérique où la course à la productivité domine. La révolution digitale change la donne avec de nouvelles formes de management collaboratif. C est l heure du travail 4.0. Fini le règne sans partage du management pyramidal dans les sociétés, les entreprises «agiles» pointent le bout de leur nez. Ces dernières ont décidé de briser le processus de décision classique. Ou du moins, de le faire évoluer. Concrètement, plutôt que de privilégier un système hiérarchique, elles mettent en place un nouveau type de management, plus horizontal, via de petites équipes autogérées qui fonctionnent par projet. Le manager n est plus considéré comme un donneur d ordres, mais devient un incubateur d idées. Tandis que l employé passe du statut d exécutant à celui d acteur à part entière, encouragé à partager ses idées et sa vision du projet. Chez Wemanity, une start-up parisienne spécialisée dans les technologies de l information, on ne jure que par ce mode de management estampillé «3.0». Au sein de cette structure de 45 personnes née en mars dernier, Éric Seguier chapeaute les travaux et innovations dans ce domaine. L intitulé de son poste, «Chief Happiness Officer», CHO, balaye d emblée toute référence hiérarchique. Pour lui, l intérêt de ce nouveau type d organisation va crescendo. Wemanity organise ainsi des formations auprès de cadres de grosses sociétés, comme la Société générale, Orange ou Schneider Electric. Et ce, «même si cela concerne surtout leurs services des technologies de l information», indique le CHO. Professeur au sein du groupe de recherche et d études en gestion de HEC, Charles- Henri Besseyre des Horts observe, pour sa part, que d autres secteurs de l économie notamment dans l industrie, se convertissent progressivement à cette nouvelle organisation du travail. Pourquoi? «Parce que face à la dérégulation, à l essor du Net, des réseaux sociaux et des nouvelles technologies, les entreprises ont besoin de gagner en réactivité, ce que permet ce type de management.» Tous les repères sont bouleversés dans un monde du travail qui protège les «in», mais exclut un nombre croissant de «out». Plus de 20 millions de chômeurs en Europe, plus de 3,2 millions en France, et une difficulté surtout à y faire entrer les jeunes. Face à ce défi, dans un monde occidental en croissance faible, on cherche d autres solutions. La flexibilité du temps de travail, l ouverture des magasins le dimanche ou la nuit font partie de la boîte à outils. Mais ce changement de société se heurte à de profondes résistances. Et d autres pistes, comme le partage du travail, refont surface, à l image du nouveau parti de Pierre Larrouturou, La Nouvelle Donne, partisan de la semaine de quatre jours. Et si l avenir était à la fin du travail tel que nous l avons connu? PH.M. ET P.M. 11I VIVRE LONGTEMPS EN BONNE SANTÉ Modes du fitness, du bio, lutte contre l obésité, développement de la silver économie et de l e-santé. Entre vieillissement et défi alimentaire mondial, comment adapter nos modes de vie? Va-t-on finir par vaincre la mort? En 2050, la population mondiale passera la barre des 9,7 milliards d individus, contre 7,1 milliards actuellement, selon une récente étude de l Institut français d études démographiques (Ined). En clair, il faut donc produire davantage de nourriture tout en préservant l environnement. Un vrai défi qui, petit à petit, bouscule notre manière de vivre. Manger équitable ou bio n est plus la chasse gardée des militants. Les deux tendances continuent de progresser. En France, le bio va afficher une croissance de 6 à 7 % en 2013, à 4,5 milliards d euros selon l Agence bio. Le secteur bénéficie d un fort soutien de l État : dans son plan Ambition bio 2017, le ministère de l Agriculture s est fixé pour objectif de doubler les surfaces cultivées dans l Hexagone. Lesquelles avoisinaient le million d hectares en En outre, ce souci de manger mieux s explique par des raisons de santé. En France, 15 % Français étaient touchés par l obésité en 2012, contre 6 % au début des années Conséquence : le marché de la minceur poursuit son essor. Mais les compléments alimentaires minceur, les crèmes amincissantes et la diététique n ont plus autant la cote qu avant. Ils se font damer le pion par les méthodes de coaching et la nouvelle vague du «bien-être». D après un sondage Ipsos paru l an dernier, près d un tiers des Français affirment pratiquer la musculation, la gymnastique d entretien ou le fitness. Cette dernière pratique a déjà séduit plus de 4 millions d abonnés en France. Un business juteux, puisque, selon le dernier rapport de l IHRSA (International Health, Racquet and Sportsclub Association), l industrie de la remise en forme générerait 2,3 milliards d euros annuels en France. Dans le créneau du «vivre mieux», la silver économie est en pleine expansion. Les produits et services pour seniors se multiplient. Il faut dire que cette population devrait augmenter de 80 % entre 2005 et 2035, selon un rapport réalisé au début du mois par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP). Selon Xerfi, le marché de la maison intelligente (avec une centralisation des systèmes comme l éclairage, le chauffage ) va progresser de 35 % par an pour atteindre 1 milliard d euros en Côté médecine, la recherche n est pas en reste. En témoignent les nombreux projets visant à séquencer le génome humain d une population pour identifier des maladies spécifiques. Mais il y a mieux : à la miseptembre, Google a annoncé le lancement de Calico, une entreprise qui s attaque au défi de l âge et des maladies associées. Si le géant américain n a rien d un labo ou d un institut de recherche, il mise sur son savoir-faire pour analyser les données dans le secteur de la médecine pour tirer son épingle du jeu. Son défi, augmenter de vingt ans l espérance de vie d ici à 2035 En attendant de vaincre la mort, vieux rêve transhumaniste? P.M. 12I L ÉPOQUE DU ROBOTCÈNE Robotisation et numérisation d usines 4.0, la machine prend de plus en plus la place de l homme. Avec des risques pour l emploi, mais de vraies opportunités pour réinventer l industrie. Propre, totalement connectée, autonome en énergie, évolutive : les qualificatifs ne manquent pas pour décrire cette usine du futur, 4.0, qui doit tout à la fois restaurer notre compétitivité industrielle et réconcilier les citoyens avec leur industrie. Le sujet, nul ne s en étonnera, figure parmi les 34 plans industriels définis par Arnaud Montebourg et son pilotage a été confié à Dassault Systèmes et au groupe d ingénierie industrielle Fives. «En mars, nous devrons présenter des recommandations sur les filières jugées stratégiques, les maillons technologiques à développer, les pilotes à créer, indique Michel Dancette, directeur innovation et RSE de Fives. Ce travail sera présenté à des PME pour que ces recommandations soient développées à travers un ancrage régional.» L objectif, en effet, est de rester pragmatique pour que les solutions proposées puissent être déployées dans toute l industrie. «Il ne faut pas construire l usine d après-demain, insiste le dirigeant. Mais il nous faut travailler sur plusieurs éléments : la maîtrise de l énergie, où il reste beaucoup à faire sur la récupération et le stockage, par exemple ; les nouveaux matériaux qui vont entrer dans l industrie ; la fabrication additive [impression 3D] qui peut révolutionner la conception ; et bien sûr la digitalisation qui imprègne le tout.» Révolutionnaire? Les briques existent pour construire cet ensemble idéal. «On sait, par exemple, faire des machines virtuelles en 3D qui reproduisent la machine physique et permettent notamment d optimiser son ergonomie, indique Michel Dancette. Et on dispose aussi d outils de simulation d usines complètes.» Mais relier toutes ces briques, tel est le défi. L Allemagne et les États-Unis ont pris de l avance sur le sujet. GE, par exemple, a installé dans l État de New York une usine 4.0, bardée de capteurs. Elle fabrique des accumulateurs à très hautes performances, euxmêmes bourrés d une électronique d autosurveillance complexe qui dialogue avec les équipements de pilotage de l usine. Les millions de données ainsi transmises sont analysés à l aide des techniques du big data. Possible en France? «On se heurte à des freins économiques, estime Michel Dancette. De tels équipements trouvent leur intérêt dans la durée, mais il n y a pas beaucoup d industriels prêts à prendre de tels risques.» Quant au concept d usine sans âme qui vive, il reste à l état de rêve. Le site modèle de GE emploie 400 personnes. «Je ne suis pas convaincu que l usine sans homme soit l avenir, indique Michel Dancette. Il faut décharger l opérateur de Pétaoctets Les données se comptent désormais en octets. Des quantités d informations bientôt consultables partout. Suite p. 10 s L usine BMW de Liepzig, en Allemagne, où sont assemblés les châssis de la nouvelle BMW i3. Un assemblage totalement robotisé pour un véhicule totalement électrique. JENS SCHLUETER / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES/AFP
10 10 I L ÉVÉNEMENT LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O Le quartier d affaires de Songdo, à Incheon, en Corée du Sud. Un projet exemplaire en matière de développement durable et de ville connectée. Incheon Free Economic Zone Authority (IFEZA) / AFP ssuite de la p. 9 toutes les tâches pénibles, mais il faut lui rendre des capacités de décision. Les nouvelles technologies, le numérique en particulier, peuvent redonner de l attrait aux jobs industriels.» L usine comme un grand jeu vidéo? Pourquoi pas. On semble en tout cas entrer dans une ère industrielle nouvelle, où la machine parlera à la machine (M-to-M). Et si le robotcène succédait à l anthropocène O.E. 13I VIVRE UNE VILLE CONNECTÉE Smart city, c est le mot de l année à l approche des municipales de mars Services publics numériques, e-administration, transports collectifs autonomes : la ville intelligente et connectée est pour demain. Téléphones, voitures, box, électroménager Puisque tous les objets du quotidien deviennent intelligents, pourquoi pas la ville? En vogue depuis quelques années, le concept de smart city devient un enjeu essentiel, à la fois pour les pays développés et pour les puissances émergentes. «La smart city est une ville dont les infrastructures durables et interconnectées améliorent le confort de vie des citoyens», explique Alain Renk, architecte et urbaniste à Montreuil. De New York à Shanghai, en passant par Dubaï, Amsterdam ou Lyon, les experts de la ville sont unanimes. Dans un contexte de concurrence acharnée entre les territoires, la ville de demain devra savoir optimiser ses dépenses, se préoccuper de la cohésion sociale, fournir les informations et les services adaptés à sa population (numérique, sécurité, santé ), proposer un système de transports à la fois efficace et respectueux de l environnement et lier tous ces paramètres les uns avec les autres. «Il faut penser les villes comme des organismes vivants. Des systèmes artéro-veineux de réseaux et de flux qu il faut connecter entre eux», écrivait début décembre Julien Damon, sociologue et professeur associé à Sciences Po. Un travail difficile et de longue haleine. Certains pays créent de toutes pièces des villes intelligentes, à l image des Émirats arabes unis (Masdar, construite en plein désert, sera achevée à l horizon 2025) et de la Corée du Sud (Songdo, quartier d affaires bâti sur un terrain gagné sur la mer jaune). Le plus souvent, il s agit plutôt de rendre les villes «smart» via une redéfinition de l existant. En France, la transition se réalise en douceur. Près de projets dans 200 villes ont été lancés ces dernières années. Selon un classement réalisé fin 2013 par la société m2ocity, Lyon, Lille et Nantes sont les cités les plus «smart» de l Hexagone, mais aucune ne maîtrise toutes les dimensions d une ville intelligente. Car la smart city à la française repose essentiellement sur la rencontre du numérique et de l énergie. Avec le retour en grâce du tramway qui se poursuivra en 2014 (Strasbourg, Grenoble, Besançon, Toulouse ) tandis que les voies vertes et systèmes de partage d autos et de vélos se multiplient. D autres cités se montrent plus innovantes, à l image d Issy-les-Moulineaux, 4 e du classement m20city. Son maire, André Santini (UDI), a inauguré en 2013 le premier réseau d énergie intelligent à l échelle d un quartier, avec notamment un éclairage adapté au nombre de personnes dans la rue. D autres projets de ce genre devraient être annoncés pendant la campagne pour les élections municipales. Car les maires élus en 2014 n auront pas d autre choix que l intelligence s ils veulent offrir un avenir à leur ville. S.R. 14I DU TEMPS, POUR QUOI FAIRE? Le développement du paiement mobile à distance avec un smartphone, les puces connectées, la mode du drive pour faire ses courses, le développement de nouveaux services de conciergerie, etc. Une nouvelle société de services se met en place avec des business innovants. L enjeu, gagner du temps, mais pour quoi faire? Les entreprises l ont bien compris : le consommateur est désormais un être pressé. Il ne veut plus simplement un bien, il le veut rapidement! D où une multiplication des services à cet effet. Dans les magasins, on voit ainsi naître d étranges casiers estampillés «clic and collect». Dans le nouveau centre Darty Beaugrenelle, à l ouest du 15 e arrondissement de Paris, ceux-ci permettent de venir chercher son téléviseur ou son micro-ondes une heure à peine après avoir passé sa commande sur la Toile. Il en va de même pour les drives. Ceux-ci permettent aux clients de faire leurs courses sur le Net, puis de venir les chercher en magasin en évitant les files d attente. En France, 850 drives ont vu le jour ces douze derniers mois, portant leur nombre total à près de Soit plus que le nombre d hypermarchés! Dans la même veine, les services de conciergerie se développent. En témoigne l apparition de DaddyGroom, un nouveau service dédié aux papas soucieux de s occuper au mieux de leurs bambins. Lancé par Daddy- Coool.fr, un site né en avril dernier visant à épauler les pères de famille, il propose, par exemple, de livrer des repas équilibrés, ou d organiser des goûters d anniversaire. Les food trucks, eux aussi, comblent les désirs des actifs désireux de manger vite et bien. Ces camions-cantine ambulants qui délivrent des burgers, empanadas et autres sandwiches de qualité sont de plus en plus nombreux à tirer le frein à main au pied des entreprises le midi (lire La Tribune n 71, du 13 décembre 2014). C est le cas de Zesto Food, un food truck de sandwiches qui sillonne, à l heure du déjeuner, une zone d activité tertiaire d Aix-en-Provence. Pour Romain de Saint-Pierre, son patron, les employés n ont donc plus besoin de marcher jusqu aux brasseries, restaurants et boulangeries, parfois bien éloignés de leurs bureaux. Cette tendance à courir contre la montre va se poursuivre en Mais pourquoi diable sommes-nous devenus si pressés? Pour Alain Chenu, professeur de sociologie à Sciences Po Paris, cette tendance à l accélération des rythmes est notamment la conséquence des chambardements du monde du travail, couplés au boom des nouvelles technologies. «Les 35 heures ont accouché d une plus grande flexibilité du travail», rappelle-t-il. Ce qui fait que l employé doit souvent gérer un emploi du temps changeant, et donc profiter efficacement de créneaux horaires variables. À cela, il faut ajouter «la tendance des entreprises à responsabiliser et impliquer davantage leurs équipes». Du coup, si l employé doit lever l ancre du bureau plus tôt pour voir son banquier, il peut néanmoins rester en alerte en gardant l œil sur ses mails professionnels sur son smartphone. Et achèvera ses tâches chez lui, sur son ordinateur personnel connecté à Internet. On a donc bel et bien tourné la page du fordisme, avec ses horaires fixes et immuables. P.M. ENTRETIEN George Colony, PDG de Forrester Research «LE CONSOMMATEUR N A JAMAIS EU AUTANT DE POUVOIR» De passage à la conférence LeWeb à Paris, George Colony, qui dirige le cabinet d études Forrester Research et prédisait l an dernier le rachat de Nokia par Microsoft, a présenté sa vision d une nouvelle ère marquée par la prise de pouvoir des consommateurs tout le temps connectés. LA TRIBUNE Vous prédisez l avènement de «l ère du consommateur connecté», en quoi consiste-t-elle? GEORGE COLONY Les consommateurs n ont jamais eu autant de pouvoir, en raison du foisonnement d appareils connectés et de la force des réseaux sociaux. Ils peuvent influencer directement les prix, partager leurs avis et critiques et acheter n importe quoi, n importe quand, n importe où et à n importe qui. Nous pensons que ce sera un cycle économique de vingt ans. La nouvelle génération de consommateurs, cette génération Y qui regarde moins la télévision, écoute moins la radio et lit moins les journaux que ses aînés, mais utilise plus Internet et joue plus aux jeux vidéo, est celle qui a déjà complètement basculé dans un état d esprit mobile. Ils sont beaucoup plus exigeants, attendent qu un service ou une information soit disponible tout le temps, partout, quel que soit l appareil utilisé. Qu est-ce que cela change pour les entreprises? Nous entrons dans un monde qui sera très dur, avec des clients extrêmement exigeants et changeants. À l ère du consommateur connecté, seules les entreprises obsédées par leurs clients vont survivre : les parts de marché et la satisfaction du consommateur vont dépendre de la qualité du niveau technologique la technologie, les systèmes et les processus que les entreprises vont mettre en œuvre pour conquérir, servir et fidéliser ce nouveau type de clients. Mais cela crée une vraie opportunité, «l engagement mobile» : avec le smartphone, l entreprise peut se trouver à portée de main, dans la poche du client, tout le temps et n importe où, pour de l information, de la recommandation, de l achat. Les entreprises vont devoir augmenter significativement leurs investissements dans tout ce qui permet l engagement mobile. Les applications ne sont qu une petite partie de l équation, il y a les big data, tous les outils d analyse, l expérience client, etc. Si vous voulez monter une start-up, il faut être dans l une des parties de ce business de mille milliards de dollars centré autour des «données clients massives», le Big Customer Data : soit dans le domaine des terminaux connectés, des capteurs ou des objets intelligents, soit dans les réseaux sociaux, soit dans les services tels que le paiement en ligne ou la géolocalisation, soit dans les bases de données qui doivent évoluer de l archivage à l anticipation du comportement des clients. Les logiciels sont la nouvelle monnaie d échange et sont devenus plus importants que le capital financier. Vos marques vont rivaliser avec Microsoft, Google, Oracle et Amazon pour différencier les expériences client. À l avenir, toutes les entreprises devront devenir des entreprises de logiciels, même si elles vendent des shorts ou des voitures. Comment réussir cette mutation, quand on n est pas déjà dans l univers du logiciel? Ces entreprises vont devoir changer de management afin de fournir cette expérience client fantastique dans le monde numérique. Il faut impérativement un homme ou une femme de technologie qui siège au conseil d administration pour insuffler cette culture et rééquilibrer les investissements dans ces nouveaux domaines. Problème : le directeur informatique est souvent juste un spécialiste de l IT, habitué à traiter uniquement avec les grands de l industrie comme SAP et Oracle. Or, il faut avoir une vision très business de fidélisation des clients, savoir traiter avec Twitter, Facebook, etc., il faudrait qu il aille au moins deux semaines par an dans la Silicon Valley! Ce sera un vrai défi pour ces entreprises, car l âge moyen des patrons de grands groupes est de 59 ans : ils ne sont pas tellement versés dans le numérique, ce n est pas leur culture. PROPOS RECUEILLIS PAR DELPHINE CUNY FORRESTER RESEARCH, INC.
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12 12 I LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O ENTREPRISES INVENTER Les nanosatellites décollent tous azimuts En pleine expansion, le marché des nanosatellites aiguise les appétits des fabricants de petits lanceurs. Les coûts de mise en orbite réduisent, ce qui donne naissance à une longue traîne de start-up, tant dans le secteur des lanceurs que dans celui des nanosatellites. La démocratisation de l espace prend son envol. PAR ERICK Cinq, quatre, trois, deux Ignition (mise à feu)! De Kourou à Cap Canaveral en passant par Baïkonour, Ryad ou Bangalore, des fusées comme Atlas V, Delta II, Dnepr, Longue Marche, 33, c est le nombre de petits satellites mis en orbite sur la seule année 2012, contre 71 entre 1999 et Soar, le projet de navette spatiale pour envoyer de petits satellites dans l espace, mené par le Suisse S3. S3 Minautor, Soyouz, Taurus, ou encore Vega devraient effectuer de 120 à 188 lancements d ici à 2020, selon une étude du cabinet américain SpaceWorks. Au bas mot, car le marché est loin d être fermé, comme le montre l arrivée, le mois dernier, de la fusée Falcon-9, proposée par un nouvel entrant, SpaceX, créé par Elon Musk, cofondateur de PayPal. Ces tirs s ouvrent à un nombre croissant de petits satellites qui, dans l ombre des gros et très gros (de 500 kg à plusieurs tonnes) opérés par des agences gouvernementales (Nasa, Esa, Cnes ) ou des multinationales, «squattent» le volume disponible restant dans les lanceurs. Selon une étude autour du projet Perseus pour le Centre national d études spatiales (Cnes), si 71 de ces petits satellites, acceptés en charge auxiliaire, ont été mis sur orbite entre 1999 et 2007, pour la seule année 2012, ce ne sont pas moins de 33 petits satellites qui ont ainsi rejoint l espace. Et ce n est qu un début! «Le nombre des lancements devrait être multiplié par 2,5 sur les cinq prochaines années», estime Roger Walker, ingénieur systèmes à l Agence spatiale européenne (Esa). Cette accélération est stimulée par la diversification des satellites en fonction de leur poids. On parle de minisatellites (de 100 kg à 500 kg), de microsatellites (de 10 kg à 100 kg), de nanosatellites (de 1 kg à 10 kg) et même de picosatellites (moins de 1 kg). Pour la seule période , SpaceWorks prévoit la mise sur orbite de près de 322 nanosatellites. Dont 86 % pèsent de 1 kg à 3 kg. Pourquoi un tel engouement? D abord, les gros clients, Nasa, Esa et Cnes en tête, se font à l idée d accepter, sous certaines réserves, d autres satellites à bord de la fusée qui transporte la charge principale dont ils sont propriétaires. Seconde raison, l accroissement du nombre de fabricants de lanceurs attirés par le business : «Les petits satellites deviennent une source de revenus non négligeable pour les lanceurs et opérateurs de services de lancement», explique Spas Balinov, directeur général de NovaNano, une start-up française créée en 2009, qui s est spécialisée dans le courtage en services de lancement, la fabrication de composants pour nanosatellites ainsi que de plates-formes de nanosatellites complets. En témoigne l ukrainien Dnepr, qui fabrique des lanceurs à partir d un stock d anciens missiles intercontinentaux balistiques : l un de ses derniers vols vient de déployer 34 petits satellites! Avec 22 % des lancements de satellites de 1 kg à 10 kg et 29 % de ceux de 11 kg à 50 kg sur la période , Dnepr est d ailleurs, de loin, le leader mondial. Suivi par l indien Polar Satellite Launch Vehicle (12 % et 9 % du marché). Pour sa part, Vega (Arianespace) en détient 6 % et 1 %. LANCEMENTS MOINS CHERS ET STANDARDISATION EN VUE «On trouve des créneaux de lancement à euros pour un satellite de 1 kg et à 1 million d euros pour un satellite de 20 kg», reprend le DG de NovaNano, qui a négocié auprès de Soyouz son premier créneau de lancement le 19 avril dernier pour le satellite de radio amateur OSSI-1 du Sud-Coréen Future Electronic Technology Mixer. «De fait, les lanceurs préfèrent passer par les courtiers avec lesquels ils ont développé une relation de confiance afin de massifier la collecte de projets de satellites à lancer.» Le courtier américain Spaceflight Services affiche ouvertement ses tarifs sur Internet : euros pour 1 kg en orbite basse (jusqu à km d altitude) à 2,360 millions pour 20 kg en orbite géosynchrone ( km au-dessus de l équateur). L Américain est talonné, entre autres, par le Néerlandais Isis, le Danois GomSpace et le Français NovaNano. Pour presser encore davantage les prix de lancement, certains pensent à lancer qui une navette, qui un missile à partir d un avion en altitude. «Au Cnes, il y a eu un tel projet avec Dassault. Mais il n y avait pas assez de satellites à lancer. Le projet a été abandonné. À présent, ces réflexions redeviennent d actualité», confie Didier Vassaux, directeur des activités transverses à la direction des programmes du Cnes. En effet, S3 (Swiss Space System) conçoit une navette spatiale qui décollera à d altitude du dos d un Airbus A300 et atterrira en vol plané afin d être réutilisée à la demande. S3 prévoit son premier vol commercial en 2018 à un prix de 8,2 millions d euros par vol pour 250 kg de charge utile, soit euros le kilogramme. De son côté, l Américain Generation Orbit Launch Services (GOLS) préfère recourir à un petit jet privé, le G3 de Gulfstream, et à un missile de chez Ventions qui va emporter de petites charges de 40 kg. Lauréate en novembre 2012 du concours NewSpace Business Plan de la Nasa qui, depuis, lui a passé une commande de 1,5 million d euros, la start-up compte procéder à son premier lancement en Prix du lancement : euros, soit moins de euros le kg. Qui plus est, GOLS compte réduire le délai de notification du lancement à 1 jour! Autre moteur de cette démocratisation de l espace : la création d un standard de nanosatellite baptisé CubeSat. Déployé pour la première fois dans l espace en 2003, ce nanosat a été inventé par les professeurs Bob Twiggs (université de Stanford) et Jordi Puig- Suari (California Polytechnic State University). Ce cube, qui embarque ses panneaux solaires sur ses facettes, pèse 1 kg et mesure 10 cm d arête. «Grâce à cette standardisation, des start-up, issues généralement d universités, ont émergé pour concevoir et fabriquer des composants ou des plates-formes complètes de nanosatellites, remarque Roger Walker, de l Esa. Aujourd hui, il est possible de faire un nanosat entièrement à partir d éléments sur étagère pour à euros. On peut aussi assembler les CubeSat par 2, 3, 6 ou 12 pour composer un satellite spécifique plus grand et plus puissant.» De fait, les universités américaines sont à l origine d une vingtaine de start-up. Comme Deep Space Industries, GeoOptics, Planet Labs, Planetary Resources, Pumpkin ou Skybox. Cette dernière vient de lever 65 millions d euros pour fournir, grâce à une constellation d une vingtaine de satellites, des images spatiales d observation de la terre. Notamment pour indiquer aux chaînes de supermarchés le taux d occupation des parkings de ses concurrents. Autre belle levée de fonds, les 9,5 millions d euros de Planet Labs qui se positionne en concurrent direct de Skybox. LES CONSTELLATIONS DE NANOSATS, VOIE D AVENIR De son côté, l Europe compte moins de startup mais de belles pépites. À commencer par l écossaise Clyde Space et l anglaise Surrey Satellite Technology Ltd (rachetée par EADS Astrium), toutes deux spécialisées dans les microsatellites. En nanosat, citons Gom- Space et Isis qui offrent le courtage de lancement, le test spatial (amplitude thermique, pression, radiations ) des composants, la fabrication de sous-systèmes et platesformes complètes ainsi que les services de liaison au sol et de collecte de données satellitaires. «Aujourd hui, 80 % des CubeSat sont 56 % d applications civiles Selon le cabinet SpaceWorks, les applications des nano et microsatellites vont se répartir sur la période à 56 % sur des applications civiles (universités, agences gouvernementales, etc.), à 30 % dans les applications de défense et de contre-espionnage, à 7 % dans des applications commerciales et à 7 % également dans des applications gouvernementales. 35 % pour la science Le contenu des missions des nano et microsatellites concerne, selon SpaceWorks, la démonstration technologique à 36 %, l expérimentation scientifique à 35 %, les communications à 10 %, la reconnaissance de formes (9 %), la collecte de données distantes (6 %) et l observation de la Terre (4 %). 3 financements participatifs Kickstarter, le célèbre site américain de financement participatif, ne recense pas moins de trois projets de nanosatellites. Dont SkyCube, qui fonctionne avec une application pour iphone et Android! L idée consiste à tweetter des images et des messages provenant de l espace. Un nouveau support qui intéresse le magazine MacTech, qui a misé dollars.
13 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 13 Un assemblage de trois CubeSat, avec panneaux solaires déployables en orbite. Isis lancés partout dans le monde par des universités ou des agences spatiales gouvernementales dans un but pédagogique : apprendre aux élèves ingénieurs à relever des défis du spatial», souligne Julien Hennequin, responsable commercial d Isis qui réalise un chiffre d affaires 2012 de 5 millions d euros avec 50 personnes. Pour faciliter cette dissémination des nanosats, Clyde Space, GomSpace et Isis ont ouvert des boutiques électroniques. Celle d Isis, CubeSatShop.com, donne ainsi accès à tous les composants sur étagère pour fabriquer un satellite complet. «Nous distribuons ainsi les produits d une quinzaine de partenaires. Dont GomSpace, Pumpkin, Clyde Space, ESL (Afrique du Sud), Head (Chine). Bien sûr, nous ne vendons pas à n importe qui», tente de rassurer Julien Hennequin qui commercialise l équivalent d une dizaine de CubSat. Bien entendu, l expérimentation scientifique et la démonstration technologique sont de puissants moteurs de développement. «Avant d embarquer dans un grand satellite le dernier processeur d Intel, on peut tester son durcissement, notamment aux radiations, dans un nanosat. Une fois la démonstration faite, on pourra alors l intégrer plus facilement à un gros satellite», décrit Frédéric Saigné, directeur de la Fondation Van Allen, à l origine du premier centre spatial universitaire français qui vient d être inauguré à Montpellier. Mais à vrai dire, l avenir réside dans les constellations de 20 à 50 nanosats. En témoigne le premier satellite de la constellation Triton, qu Isis a mis en orbite le mois dernier. Objectif à terme : collecter pour deux fois moins cher les signaux radio spécifiques qu émettent les bateaux (identité, cargaison, destination, etc.). «L intérêt, c est de dire au capitaine de réduire sa vitesse pour économiser du carburant car il y a beaucoup d attente à Rotterdam, souligne Julien Hennequin. Quant aux douanes, elles sauront quels bateaux contrôler en priorité. Par ailleurs, ce système aidera à repérer les navires suspects dans les zones de piraterie» ROBUSTA, LE PREMIER NANOSATELLITE ÉTUDIANT FRANÇAIS En février 2012, 300 étudiants de l université Montpellier 2 ont vu le fruit de plusieurs années de travail concrétisé par le lancement, à Kourou, de Robusta, le premier nanosatellite étudiant français. Une démonstration de la volonté de la région à construire une filière complète de nanosatellites étudiants dans la capitale languedocienne. Dans un premier temps a ainsi été créée la Fondation Van Allen, qui rassemble du beau monde : le Cnes, l Esa, le constructeur de satellites Astrium, le fabricant de circuits électroniques en trois dimensions 3D Plus, le leader européen des contrôles de systèmes satellitaires, Intespace, et l Université de Montpellier 2 (UM2). Objectif? Financer des satellites étudiants en développant des relations avec les industriels et créer le premier Centre spatial universitaire (CSU) français. Un centre qui accueille déjà sa première start-up, Systheia, portée par la société suisse Micro Camera & Space, spécialisée dans les microcaméras dont celle qui est à bord du robot Curiosity actuellement sur Mars. Le CSU vient d annoncer la construction d un bâtiment de m 2 pour 2015 ainsi que le lancement du programme Janus : la construction de 15 nanosatellites étudiants dans toute la France, financés par le Cnes, en complément du programme européen QB50 de 50 CuberSat provenant de toute l Europe. INNOVONS ENSEMBLE, AVEC ET CARBONEX, UNE AUTRE FAÇON DE PRODUIRE DE L ÉLECTRICITÉ «Le charbon de bois Made in France est compétitif, sans déforestation et sans travail esclave», explique Pierre Soler-My, PDG de Carbonex. Pendant quelques années, cette société basée dans l Aube est allée s approvisionner au Brésil et en Afrique où les coûts étaient moindres, et aujourd hui elle entend exporter son nouveau savoir-faire dans ces pays. Entre temps, Carbonex a modernisé son site de production de plaquettes de chauffage et charbon de bois. Cette activité génère des gaz que la société a appris à valoriser plutôt qu à devoir les détruire, selon un processus original. Carbonex a investi près de 20 millions d euros pour construire la première unité de transformation de ces gaz résiduels en électricité tout en produisant du charbon de bois à haut rendement. Après six ans de recherches, cette centrale a fait l objet de six dépôts de brevets. Cet effort d innovation a été mené avec le soutien de Bpifrance. «Bpifrance nous a aidés pour financer la construction de ce matériel innovant qui n existait pas encore, avec plusieurs prêts à taux zéro et des garanties apportées auprès des banques», souligne Pierre Soler-My. «Nous avons noué un rapport humain très fort avec les équipes de Bpifrance. Il y a une vraie relation de confiance et de la discrétion, ce qui est essentiel quand on travaille sur une innovation.» Carbonex estime pouvoir vendre plusieurs dizaines de ses unités de carbonisation à l export, selon le modèle des PME industrielles allemandes. Avec 11,5 millions d euros de chiffre d affaires en 2013, dont 30% à l export avec ses 39 salariés, Carbonex continue son développement à l international. Entrepreneurs, Bpifrance vous soutient en prêt et capital, contactez Bpifrance de votre région : bpifrance.fr Pierre Soler-My (à gauche), PDG de Carbonex, avec ses frères et associés, Philippe, Jean et Alexandre Thomas LEKDORF
14 14 I ENTREPRISES LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O INVENTER Le «cheval de trait de l Amérique» devient électrique et moins onéreux Sur le marché balbutiant des véhicules électriques, la société Via Motors se distingue avec des pick-up, des camionnettes et des SUV neufs qu elle rachète à GM. Et elle vient de signer un contrat de 20 millions de dollars avec l administration américaine. PAR LOÏC PIALAT, À LOS À 81 ans, Bob Lutz, légende vivante de l industrie automobile américaine, apporte toute sa crédibilité à la démarche entrepreneuriale de Via Motors. Via Motors Le châssis est celui du Chevrolet Silverado, l un des fleurons de General Motors. La différence du pick-up Via Motors se trouve plutôt sous la carrosserie. La société a remplacé la transmission et l échappement par une batterie électrique suffisamment puissante pour lui assurer une autonomie de 60 km sans réduire ce qui fait l intérêt du «cheval de trait de l Amérique» : sa puissance. Soixante kilomètres, c est la distance quotidienne maximale parcourue par deux tiers des Américains. Au-delà, un générateur électrique tournant à l essence prend le relais pour 300 km supplémentaires. Les «V-Trux» contournent ainsi les traditionnels problèmes d autonomie de cette technologie tout en limitant la consommation de carburant à 3 litres aux 100 km. Incroyable (ou presque) au pays de l Oncle Sam. Alors que Tesla semble en passe de réussir son pari de la voiture électrique de luxe avec le Model S, Via en tente un autre, celui des utilitaires «verts». Un marché jusqu alors inexploré, alors qu il s agit à la fois d engins gourmands (plus de 10 litres aux 100 km) et très populaires aux États-Unis. En 2013, les ventes de pick-up devraient y atteindre les 2 millions d exemplaires. En recyclant des modèles existants, Via s épargne également un long et coûteux travail de développement. Plus que sur son idée, la crédibilité de Via Motors repose sur un homme : Bob Lutz. Membre de son conseil d administration, il a pleinement joué son rôle de VRP de luxe, lors du dernier salon de l Auto de Los Angeles, fin novembre. À 81 ans, cet Américano-Suisse est en effet une légende vivante de l industrie automobile. Il a notamment porté le succès ( modèles vendus en trois ans) de l électrique Chevy Volt (Opel Ampera en Europe). Et il rassure les investisseurs par son aura et un discours pragmatique. GROSSES ÉCONOMIES SUR LE CARBURANT ET L ENTRETIEN S il a déclaré en 2008 que «l électrification de l automobile était inévitable», il a aussi qualifié le réchauffement climatique de «plus grosse arnaque de l histoire de l humanité». Avec un prix du baril en hausse constante, l électrification relève pour lui de la pure logique économique. «Les V-Trux ont du sens, non pas parce qu ils sont bons pour l environnement, mais parce qu ils coûtent moins cher, explique ce francophone. L erreur de l industrie, c est d avoir conçu l électrique pour des petites voitures qui consomment peu à la base.» Créée en 2010, Via a inauguré cet automne sa première usine de montage à San Luis de Potosi, au Mexique, une zone de libreéchange où se trouvent déjà Chevrolet, des fournisseurs et une main-d œuvre qualifiée. L entreprise installée dans l Utah s est fixé un objectif, optimiste, de ventes en Cela étant, le contrat de 20 millions de dollars signé avec le département américain de l Énergie en octobre dernier constitue une étape de plus dans son développement. Via équipera une agence du contrôle de la qualité de l air en Californie. Les performances des véhicules fournis seront analysées afin de mesurer leurs économies effectives. «20 millions, c est peu à l échelle de l industrie», analyse Sebastian Blanco du site spécialisé Autoblog Green, «mais cela leur dégage de la trésorerie et c est le signe que le projet est jugé suffisamment prometteur pour engager de l argent public». Via Motors fournit déjà une cinquantaine de sociétés comme le géant de la communication Verizon. L économie en carburant pourrait représenter jusqu à 10 millions de dollars par an pour un groupe comme Pacific Gas and Electric. «Via est seul sur ce marché. Si ses V-Trux tiennent leurs promesses, les entreprises n auront pas d autre choix pour électrifier leur parc», prédit Noel Adams de EVWorld. com. La marque aura plus de mal à convaincre les particuliers. Elle souffre des handicaps récurrents de l électrique : le temps de recharge (au moins trois heures) et le prix de son V-Trux ( dollars minimum). «Il faut éduquer le client à voir plus loin que le prix de vente et travailler sur le financement», prévient Alan Perriton, le PDG. Selon ses calculs, le V-Trux coûterait sur la durée jusqu à dollars de moins que la version conventionnelle grâce aux économies sur la maintenance (peu d entretien mécanique nécessaire) et l essence. Le développement de points de vente constitue un autre enjeu. Aujourd hui, ces véhicules ne sont disponibles que sur Internet. AGIR Air France décolle aussi sur Twitter et FB Si la stratégie digitale est au cœur de sa relation client, la compagnie utilise aussi les réseaux sociaux pour vendre avec une approche complètement nouvelle. PAR FABRICE Tous les spécialistes des compagnies aériennes le savent bien : les ventes sur Twitter ou Facebook sont un peu particulières. Non seulement parce que toute réservation entamée sur les médias sociaux doit se finaliser sur le site Internet ou par téléphone il n y a pas de transactions financières qui transitent via Twitter ou Facebook, mais surtout parce qu elles nécessitent des efforts d imagination sans fin. «Mettre un tarif sur Facebook, en attendant que les gens réservent, ne fonctionne pas. Sur Facebook, les gens ont besoin de proximité, de communauté. Il ne s agit pas de faire un copié-collé du site», explique Arnaud Bourge, responsable des médias sociaux chez Air France. Du coup, le moteur de réservations de la compagnie aérienne sur Facebook a été arrêté. «Peut-être reviendra-t-il, mais de manière différente», explique Stéphane Ormand, responsable ventes et promotion digitales chez Air France. L idée sur les réseaux sociaux est plutôt «d avoir une offre la plus pertinente et la plus adaptée possible» à chacun, en se fondant sur la connaissance des clients. Celle-ci s appuie en partie sur les bases de données statistiques non confidentielles de Facebook, que la compagnie achète. Air France propose ainsi des offres adaptées à chacun en fonction du lieu de résidence des clients potentiels, de leur profil, de leur langue Les Japonais aiment Paris, ils recevront des infos sur la capitale française avec une offre tarifaire à la clé. Ailleurs, Air France a demandé aux gens de construire un voyage avec «leurs amis» et leur a ensuite glissé une offre tarifaire en baissant les prix en fonction du nombre de «Like». Faire participer les gens, créer de la viralité sur un tarif sont deux aspects fondamentaux de l offre commerciale sur les réseaux sociaux. En surfant sur le buzz du lama dans le tramway à Bordeaux à la Toussaint, Air France l a bien montré. La compagnie a immédiatement mis en avant sa promotion en cours sur Lima en tweetant : «Le Pérou et ses animaux célèbres dès 998 euros #lamabordeaux», avec une photo d un lama devant le Machu Picchu. En moins de deux, 241 retweets et vues sur Facebook. Car si toutes les promotions sont mises en ligne au même moment dans tous les canaux de distribution, le fan ou le follower les reçoivent en temps réel. «Pourquoi ne pas imaginer demain l envoi aux followers d offres superdiscount pendant quelques secondes seulement», s interroge un spécialiste de la distribution. L aspect commercial complète l autre grosse fonction de la présence, plus classique, d Air France sur les réseaux sociaux : la relation client. La semaine dernière la compagnie a appuyé sur l accélérateur en lançant un service d assistance aux clients 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Une question relative au voyage, un doute sur l horaire d un vol ou une envie de modifier votre réservation : Air France répond directement sur Facebook depuis sa page officielle et sur Twitter en mentionnant #AirFrance. Quarante et un agents de la compagnie, basés à Paris, Londres, Canton (Chine), Sydney et Santiago du Chili, répondent aux clients dans neuf langues (français, anglais, espagnol, allemand, chinois mandarin et cantonnais, coréen, japonais, portugais et italien). «En cas de crise, on peut augmenter les effectifs», assure Arnaud Bourge. Les réseaux sociaux sont donc bien l une des composantes de la stratégie digitale d Air France, poussée par Alexandre de Juniac depuis son arrivée à Air France, fin Depuis, la compagnie augmente fortement ses investissements dans ce domaine. «Les grands acteurs du digital investissement 3 % à 4 % de leur chiffre d affaires en ligne. Nous étions à 0,5 %, on met le paquet pour se remettre dans les standards», explique Stéphane Ormand. Prochaine grande étape en Avec une nouvelle application mobile.
15 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 15 CRÉER «Start-uppers», êtes-vous conquérants ou bâtisseurs? L Atelier BNP Paribas et TNS Sofres ont scruté ces jeunes entrepreneurs innovants, leurs ambitions, leurs idées et leurs rêves sans limite. PAR PERRINE Heureux qui, comme Céline, Alexandre, Jonathan, Khalid et Thibaut fait un long voyage entrepreneurial! Qu on se le dise, les startuppers sont des gens épanouis, selon l étude «Portrait-robot de l entrepreneur innovant» publiée par L Atelier BNP Paribas et TNS Sofres (1). À la tête d une start-up comprendre «société à fort potentiel de croissance, en recherche d un business model nouveau et réplicable», ils se considèrent comme des entrepreneurs comme les autres. Pourtant, ils s en distinguent par leur jeunesse 35 ans en moyenne contre 38 ans, et leur très haut niveau d études. Tous se disent passionnés, dynamiques, ambitieux, pragmatiques et créatifs. Et deux start-uppers sur trois revendiquent l amour du risque. Rares sont ceux, en revanche, qui confessent être accros au travail. Mais ils rentrent tard du bureau et continuent de gérer leurs affaires à la maison via leur smartphone ou tablette. UTOPISTES, PRAGMATIQUES, VISIONNAIRES, AMBITIEUX Cette entreprise qui les mobilise tant résulte d une idée fixe dans la moitié des cas. On est loin de l image d Épinal qui présente l entrepreneur comme celui qui, à force de se confronter à un problème, finit par inventer sa propre solution. Un start-upper sur dix déclare même s être lancé sans idée précise, porté simplement par l envie de créer une société. Une caractéristique surprenante qui s observe surtout chez les «bâtisseurs», l une des trois typologies d entrepreneurs innovants définies par l étude. Pour ces «bâtisseurs», qu importe l activité pourvu qu il y ait de l emploi. Se disant volontiers «pragmatiques», ils se montrent préoccupés par la pérennité de leur structure, pour leurs salariés et pour eux-mêmes : la moitié d entre eux se voit toujours à la barre de leur société dans cinq ans. Plus que l idée initiale, c est l exécution du projet qui compte à leurs yeux : bien gérer les finances, veiller à la qualité du produit, soigner le marketing, etc. Dans la communauté des start-uppers, généralement adepte de la «hiérarchie plate» et de l autonomie laissée aux collaborateurs, les «bâtisseurs» se distinguent par leur penchant pour la mise en place de processus et la coordination des talents au sein des équipes. Ce management structuré et fédérateur, fondé sur leur capacité d écoute, permet selon eux de laisser davantage de place à la stratégie, à la réflexion et à l anticipation, notamment pour se préparer aux évolutions de marché. À l inverse, les «nouveaux Galilée» ont basé leur projet entrepreneurial sur une idée personnelle qui les taraudait depuis longtemps. Convaincus que le service ou le produit qu ils imaginent bouleversera les usages des consommateurs, ils sont plus enclins que la moyenne à prendre des risques. Ces utopistes misent sur leur dynamisme et leur créativité pour transmettre leur passion et «faire bouger les choses», ce qui constitue pour eux une source d accomplissement personnel. Leur ouverture d esprit et leur convivialité font l unanimité. Mais la gestion n est pas leur tasse de thé. Ils visent haut, désirant devenir leader en France et s implanter à l international. Des ambitions qui peuvent sembler bien modestes à côté des objectifs que se fixent les «conquérants». Souvent plus âgés que la moyenne, ayant dépassé la quarantaine voire la cinquantaine ils rêvent d un parcours à la Zuckerberg (le créateur de Facebook) ou mieux encore, un succès semblable à celui de Steve Jobs (le fondateur d Apple, qui a créé une véritable «way of life»). Adeptes des défis à relever, ils se qualifient volontiers de visionnaires. Leur charisme est indéniable, mais ils sont parfois difficiles à suivre pour leurs équipes. De quoi faire dire à certains esprits moqueurs que les «conquérants» sont des «bâtisseurs» et des «nouveaux Galilée» qui ont pris la grosse tête. (1) Étude basée sur un sondage auprès d un échantillon représentatif des Français de personnes et 200 interviews de 18 minutes de dirigeants d entreprises, réalisées par téléphone fin novembre, ainsi que 17 entretiens approfondis d une heure avec des créateurs de start-up. CINQ PARCOURS D ENTREPRENEURS NOUVELLE GÉNÉRATION CÉLINE LAZORTHES Fondatrice de leetchi.com Cette Toulousaine avait 26 ans quand elle a fondé le site de collecte en ligne Leetchi.com, à l issue d un Mastère Digital Business suivi à HEC Paris. La plate-forme, qui revendique 1 million d utilisateurs dans 150 pays, ouvre son service en Grande-Bretagne en cette fin d année. Après l obtention, il y a un an, d une licence européenne d établissement de monnaie électronique, sa technologie a été ouverte à des tiers avec la solution MangoPay. Le groupe Leetchi est soutenu par 360 Capital Partners, Idinvest et Kima Ventures. JONATHAN BENHAMOU Président de Novapost Ce Grenoblois avait 24 ans quand il a créé Novapost en 2007 avec Clément Buyse. Quatre levées de fonds plus tard notamment auprès d Alven Capital et de Kernel Investissements, la holding de Pierre Kosciusko-Morizet, Novapost s est imposé sur le marché de la dématérialisation de documents pour les ressources humaines. La société emploie 38 salariés et entend se développer à l international. «Entrepreneur heureux» et père de deux enfants, Jonathan a été formé à HEC. ALEXANDRE BOUCHEROT Cofondateur d Ulele Diplômé d un DEA de Lettres modernes, il est un «serial entrepreneur» et l un des pionniers de l entrepreneuriat numérique en France. Il a cofondé Fluctuat.net en 1998, a survécu à l explosion de la bulle Internet des années 2000, et revend en 2006 son webzine culturel au groupe Medcost, l éditeur de Doctissimo. En 2010, à 39 ans, il lance Ulele, la première plate-forme de financement participatif créée en Europe, sur le modèle des sites américains Kickstarter et Indiegogo. KHALID EL GUITTI Président de PriceMatch Diplômé de Sciences Po Paris et de la Sorbonne, il a 25 ans quand il cofonde le site PriceMatch avec trois associés, en 2012 à La Courneuve. L idée de ces spécialistes de l économétrie? Industrialiser le «yield management», un système de fixation des prix en fonction des fluctuations de la demande. La plate-forme, dédiée aux professionnels (compagnies aériennes, hôtels ), envoie de façon automatisée des prévisions des niveaux de réservations et propose un tarif dédié. THIBAUT JAROUSSE Cofondateur de 10-Vins Il y a un an, Thibaut Jarousse et deux autres jeunes ingénieurs amateurs de vins ont lancé le site 10-Vins pour proposer des grands crus en conditionnement réduit, à déguster en tête-à-tête, pour un prix cinq fois inférieur à celui d une bouteille. Les clients peuvent tester le breuvage avec les commentaires d un œnologue qui intervient sur le site. Leur dernière invention : une machine pour préparer la dégustation, capable de mettre un vin dans les conditions optimales de température et d oxygénation en quelques minutes.
16 16 I LE TOUR DU MONDE DE L INNOVATION LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE NO Du timbre vidéo australien à la rêve-machine américaine Chaque semaine, La Tribune vous propose de partir à la découverte des petites et grandes innovations qui annoncent l avenir. ÉTATS-UNIS Modifiez vos rêves en portant un masque de sommeil sateur entre dans une phase de sommeil paradoxal, propice à la production des rêves. Le signalement permet d avoir conscience d être en train de rêver!: si vous n aimez pas la direction que semble prendre votre rêve, libre à vous de l orienter en pensant à des choses plus agréables sans vous réveiller. Cette initiative révolutionnaire a permis à la start-up de collecter 500!000 dollars via la plate-forme de financement collaboratif Kickstarter, pour 35!000 recherchés. Le masque est commercialisé au tarif de 95 dollars, et dans plusieurs couleurs. REMEE/BITBANGER LLC N avez-vous jamais imaginé pouvoir contrôler vos rêves!? Jusqu à présent, ce fantasme relevait de la science-fiction. Désormais, c est une réalité. Deux ingénieurs américains ont trouvé comment créer des «rêves lucides» grâce à un masque de sommeil. Remee c est son nom permet de savoir lorsqu on commence un rêve et éventuellement, d en modifier le scénario. Conçu par les Américains Duncan Frazier et Steve McGuigan, ce masque comprend plusieurs LED rouges qui se déclenchent lorsque l utili- SUISSE Bientôt un système privé de bourses universitaires E-éducation. Le canton de Lucerne veut mettre en place un système totalement nouveau qui permettrait aux étudiants d obtenir une bourse auprès d investisseurs privés. Une approche très peu utilisée en Europe. Studienaktie.org met les candidats directement en contact avec les investisseurs. Cette coopération, qui vise à favoriser l accès à l éducation pour tous, est critiquée pour son risque de dérive à l américaine. ÉQUATEUR Des QR codes dans les bananes Tourisme. Tous les moyens sont bons pour se faire connaître. Depuis 2010, l Équateur équipe les 15 millions de bananes destinées à l exportation d un QR code autocollant. Lorsqu un consommateur le scanne avec son téléphone mobile, il est dirigé sur une vidéo promotionnelle du pays, puis sur le site du ministère du tourisme. PÉROU Lima GABON Haut-Ogooué Le panneau publicitaire produit de l eau potable Le vin qui crée des emplois en pleine jungle Agriculture. Passionné de défis et de viticulture, le Français Dominique Auroy a réussi à produire 4!000 bouteilles par an de Carignan rouge au cœur d une zone peu ensoleillée, entourée de forêts et d animaux sauvages. Une prouesse technique, soutenue par le président gabonais, qui permet de créer des emplois, puisque l objectif est d arriver à produire entre 40!000 et 50!000 bouteilles d ici à UTEC/MAYO Marketing. Et si la publicité finançait un projet environnemental innovant!? L Université d ingénierie et de technologie (UTEC) de Lima et l agence de publicité Mayo/DraftFCB se sont associées pour créer un panneau publicitaire qui capte l humidité de l air et la transforme en eau potable. Grâce à l action d un filtre à air, d un filtre à charbon et d un réservoir, ce panneau peut capturer 9!450 litres d eau tous les trois mois, de quoi satisfaire les besoins de centaines de familles, d après les concepteurs. Étendue, cette installation pourrait pallier la pénurie d eau potable dont souffre la ville de Lima.
17 II 17 ÉNERGIE TRANSPORTS DU FUTUR INTERNET BIOTECH LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE NO RUSSIE Moscou ROYAUME-UNI Londres Londres va se chauffer à la graisse d égout Énergie. Londres va inaugurer en 2015 la plus grande centrale électrique de la planète alimentée en huiles de graisse des égouts. Ces graisses constituent un véritable fléau pour la capitale britannique": provenant essentiellement des restaurants, elles bouchent régulièrement une partie des 109"000 km d égouts de la City. Si bien que la municipalité dépense chaque mois plus d un million de livres pour déboucher quelque 40"000 «fatbergs» (montagnes de graisse). L utilisation de ces graisses a déjà commencé": plus de 20"000 taxis londoniens utilisent déjà ces déchets comme carburant. Mais l usine développée par l entreprise 2OC produira 130 gigawatts/heure d électricité renouvelable. De quoi alimenter 40"000 maisons de taille moyenne. Banque. Et si les réseaux sociaux permettaient aussi de payer en ligne"? Dans un monde dominé par Facebook et Twitter et qui comptera en 2016 davantage de smartphones en activité que d habitants, l idée n est pas si saugrenue. C est, en tout cas, le pari de la start-up moscovite Instabank. Son nouveau service en ligne permet d effectuer en toute sécurité des paiements instantanément, avec son téléphone portable, à n importe quel autre utilisateur de Facebook. Déjà financé à hauteur de 4 millions de dollars par la firme de capital-risque Life Sreda, Instabank partira à l abordage du marché dès INSTABANK Instabank ou la révolution du paiement en ligne JAPON Kagoshima La plus grande centrale photovoltaïque flottante Énergie. Depuis l accident nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011, le Japon se tourne à marche forcée vers d autres sources d énergie. D où le projet lancé par le géant de l électronique Kyocera de bâtir la plus grande centrale photovoltaïque flottante du monde aux abords de la ville de Kagoshima (sud du pays). Au total, la société nipponne compte déployer dans le port de Nanatsujima, sur un peu plus de 1 km2, près de 290"000 panneaux solaires, maintenus à la surface à l aide de flotteurs en plastique. Au total, la centrale de Kagoshima aura une puissance de 70 mégawatts. De quoi satisfaire la consommation électrique de 22"000 familles"! ISRAËL Téléphoner et surfer en conduisant, c est possible! KYOCERA CORPORATION Mobilité. Quand les constructeurs de voitures et les opérateurs téléphoniques travaillent ensemble, cela donne «Voyager», un smartphone autonome «greffé» directement dans la voiture. Ce téléphone main libre, qui fonctionne oralement, copie contacts et applications pour que le conducteur soit connecté en permanence. AUSTRALIE Envoyez votre vidéo sur un timbre! AFRIQUE DU SUD Northam Des drones pour livrer de la bière aux fêtards Marketing. Le festival sud-africain de musique Oppikoppi a trouvé un moyen original pour étancher la soif des participants en août dernier. Les fêtards ont pu utiliser leur smartphone pour commander de la bière à la start-up Darkwing Aerials et être livrés directement sur place, via des drones qui éjectent des bières individuelles équipées de mini-parachutes. Services. Et si vous le disiez avec une vidéo"? La Poste australienne vient de lancer Video Stamp, un timbre un peu spécial qui permet, grâce à un QR code, d envoyer un message vidéo avec votre courrier. Une initiative très utile pour souhaiter un anniversaire ou dire bonjour depuis son lieu de vacances Le client doit d abord scanner le QR code en utilisant l application Stamp, disponible sur ios et Android. L application associe alors le QR code au timbre. Il ne reste ensuite qu à enregistrer la vidéo et coller le timbre sur l emballage du courrier. Lorsque le destinataire scanne le QR code, il peut visionner le message vidéo. SÉLECTION RÉALISÉE PAR SYLVAIN ROLLAND
18 18 I ENTREPRISES LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O ÉVOLUER Le Monopoly a-t-il vendu son âme? Suppression de la case «prison», nouvelle version où l on achète des grandes marques en lieu et place des rues, brièveté des parties : depuis plusieurs semaines, le Monopoly défraie la chronique. En cause, sa nouvelle déclinaison, le Monopoly Empire, où l éditeur Hasbro révolutionne fondements et préceptes du célébrissime jeu de société. PAR NICOLAS l été dernier, le RICHAUD Monopoly Le Monopoly, jeu de société célèbre pour la longueur de ses parties, peut l être aussi pour sa taille, comme en témoigne ce plateau géant installé à Sydney, en Australie. TORSTEN BLACKWOOD/AFP bloqué sur la case «buzz». En cause, la énième déclinaison du jeu de société mondialement connu : Monopoly Empire. Cela a commencé par une rumeur annonçant la suppression, dans la nouvelle mouture alors en préparation, de la fameuse case «prison», au grand effroi de nombreux joueurs. L éditeur du jeu, Hasbro, avait vite démenti ces potins qui faisaient grand bruit. Rebelote quelques semaines plus tard, cette fois avec une annonce officielle : dans Monopoly Empire (jeu à partir de 8 ans), commercialisé depuis plusieurs semaines, si la case «prison» a été maintenue, les lieux ont disparu au profit des grandes marques. Au revoir la rue de Vaugirard, le boulevard de La Villette, la Gare du Nord, etc. Bye bye la rue de la Paix et bonjour Spotify, JetBlue, ebay et Coca-Cola. Entre autres. Même les pions ont été changés : un cornet de frites Mac Do, une bouteille de Coca-Cola et une manette de Xbox ont notamment remplacé les inusables dé à coudre, brouette ou encore voiture de course Dans la foulée, les cartes «Empire» (équivalentes dans la version traditionnelle aux cartes «Caisse de communauté») ou «Chance» n ont pas été épargnées par la nouvelle tendance «corporate» mondialisée, puisque le vocabulaire des affaires y est très présent. Des exemples? La carte du «Prix du businessman de l année» vous permet de gagner une jolie somme, tout comme la carte «Campagne publicitaire payante». À l inverse, la carte «Amende pour espionnage industriel» vous fera perdre de l argent mais moins que la carte «Krach boursier!». BÂTIR UN CONGLOMÉRAT LE PLUS VITE POSSIBLE Point d orgue de l innovation de Hasbro : les sacro-saintes règles officielles du jeu ont également été modifiées. Car l objectif n y est plus, comme dans la version originelle, «de vendre, acheter ou louer des propriétés d une manière profitable de telle sorte que l un des joueurs devienne le plus riche et même arrive au monopole». Non, non, dans Monopoly Empire, il faut «s emparer des plus grandes marques du monde», et gérer le développement de ce qui s apparente davantage à un conglomérat qu à un empire immobilier. Il faut donc empiler ces marques «dans une tour» qu il faut être le premier à avoir remplie pour gagner la partie. Plus la peine, donc, de mettre ses adversaires sur la paille, il faut les racheter au meilleur prix. Monopoly Empire devient ainsi une course de vitesse où il faut étoffer son groupe le plus rapidement possible : Hasbro assure même qu une partie de cette nouvelle mouture se joue en seulement une demi-heure Une révolution un sacrilège diront certains! pour un jeu dont la longueur fait partie de l ADN. Mais pourquoi diable l éditeur américain de jeux s est-il lancé dans une telle déclinaison du Monopoly? «Cette version répond à une attente réelle de la part des consommateurs, estime Frédérique Tutt, consultante chez NPD Group et spécialiste du marché mondial du jouet. C est une tendance que l on observe depuis plusieurs années sur le marché des jeux de société. Ceux qui fonctionnent sont funs et brefs, on le voit avec le succès des Jungle Speed, ou encore de Time s Up.» Une analyse que confirme Yves Cognard, ancien directeur marketing d Hasbro France et aujourd hui directeur général d Asmodee, le numéro un français dans le secteur du jeu de société : «C est une manière de maintenir ce jeu au goût du jour et de le faire perdurer dans le temps. L image du jeu qui n en finit pas, cela colle aux baskets de Monopoly depuis longtemps et ce n est pas forcément très porteur de nos jours.» Mais pourquoi donc devoir désormais acheter des marques et non des rues ou des gares? «C est également une tendance du marché, observe Frédérique Tutt. Pour moi, c est une réaction au jeu des logos et des marques [édité par Lansay, ndlr] qui rencontre un certain succès depuis trois ans.» UN JEU TRADUIT EN 43 LANGUES Monopoly Star Wars, Monopoly Équipe de France de football, Monopoly Pokémon, Monopoly The Beatles, Monopoly New York, Madrid, Marseille, Nantes, Lyon : la liste des versions du célèbre jeu de société est extrêmement longue et variée. Mais toujours, jusqu à présent, avec les mêmes règles et les mêmes bases immobilières. Empire, «ce n est qu une énième extension de gamme, tempère Frédérique Tutt. Une telle multiplication des versions permet de toucher un plus grand nombre de consommateurs. Ce que font d ailleurs toutes les maisons d édition, à l image de Mattel qui a sorti le Scrabble en versions jeunes, luxe, voyages, etc. De plus, si Hasbro ne proposait jamais rien de neuf, tous les gens possédant déjà un Monopoly n auraient strictement aucune raison d en acheter un nouveau.»
19 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 19 La version graphique actuelle du «capitaliste» historique et emblématique du jeu, qui était interdit en URSS. Hasbro Quoi qu il en soit, avec le Monopoly Empire, Hasbro joue gros. Destinée au marché mondial, cette version est, ou sera, disponible dans pas moins de 57 pays, de la Chine à l Afrique du Sud en passant par le Pérou, la Turquie ou encore l Australie. L éditeur a donc pris un risque non négligeable avec un changement aussi radical. Car, au fil des ans, le Monopoly est devenu une institution planétaire, voire une religion pour certains : plus d un milliard de personnes y ont déjà joué à travers le monde, 275 millions d exemplaires en ont été vendus ; il en existe plusieurs centaines de déclinaisons différentes, 111 pays possèdent la licence de ce jeu traduit en 43 langues, dont le birman, le croate ou le thaï. Or, pour de nombreux «fidèles», la dernière mouture n est rien de moins qu une «hérésie». «On sort complètement du concept initial du jeu car on ne joue plus avec des villes, estime Marie-Françoise Fleury, maître de conférence à l université de Lorraine et géographe qui a écrit plusieurs essais sur le Monopoly en collaboration avec Hervé Théry, professeur de géographie à l université de São Paulo et ancien élève de l ENS. C était déjà le cas avec certaines des dernières versions, mais c était moins dérangeant.» «Le moindre changement sur le Monopoly et la planète tremble. Ce n est d ailleurs pas la première fois que cela arrive et nous n avons pas été plus surpris que cela. Il s agit d une marque patrimoniale et on ne peut pas y toucher sans qu il y ait des retombées», confirme Christine Pagani, directrice du marketing chez Hasbro France. Certes, mais un point en particulier a fait grincer des dents de nombre d habitués : avoir introduit des grandes marques dans un jeu de société familial, destiné en priorité aux plus jeunes. Pour Benoît Heilbrunn, professeur de Marketing à l ESCP Dans l Empire, les grandes sociétés mènent le jeu. Hasbro Europe, cela va permettre à «certaines marques d asseoir leur notoriété». «Le Monopoly, c est mieux qu une pub [ ], les joueurs ne se méfient pas, ils ont confiance», a-t-il estimé dans une interview au Parisien. De là à penser que l éditeur de jeu perçoit, en plus, des royalties de la part des marques présentes dans cette version Une accusation que Hasbro refuse de commenter. L IMAGINAIRE DES ENFANTS MODELÉ AVEC DES LOGOS «Tous les préadolescents et adolescents ont une histoire forte avec les marques, rétorque Christine Pagani, en rappelant que le Monopoly Empire a pour cœur de cible les 8-12 ans. C est quelque chose d attrayant pour eux, qui fait partie de leur quotidien. Aujourd hui, acheter une marque pour un préadolescent ou un adolescent, cela leur parle plus que d acheter une gare ou n importe quelle rue de Paris.» De fait, surfer sur les modes, épouser son époque, suivre l actualité, c est sans doute une des clés essentielles du succès mondial de ce jeu, outre ses liens géographiques. En 2002, dans leur essai, Le succès mondial du Monopoly, Marie-Françoise Fleury et Hervé Théry écrivaient ainsi qu «au-delà de sa valeur ludique, le Monopoly est pour des millions de joueurs le moyen de découvrir les rues des grandes villes du monde, de déambuler dans Milan, Jérusalem, Tokyo ou Santiago, de découvrir des espaces et des monnaies souvent inconnues, des langues étrangères, des dimensions différentes en fonction des États visités». Dès son lancement en 1935, la première version se déroule ainsi dans les rues d Atlantic City (New Jersey). Très vite, le jeu débarque en France avec une déclinaison hexagonale où il est possible de jouer avec des rues et places de Paris. Avec une hiérarchie sur le plateau de jeu qui ne relève en rien du hasard. «La rue de la Paix a été choisie parce qu elle donne sur la place Vendôme et le quartier des diamantaires. La rue Paradis était celle du cristal, de la porcelaine», explique Marie- Françoise Fleury. L universitaire a d ailleurs proposé à Hasbro, il y a quelques années, une version actualisée de ce Monopoly. Toujours en compagnie d Hervé Théry et avec l aide d un notaire et d un agent immobilier, ils ont élaboré un nouveau plateau de jeu pour tenir compte de la «forte évolution de la plupart des quartiers, et des bouleversements des prix du foncier». Avec des modifications du genre : «L avenue de Neuilly, trop chère et trop chic pour sa position sur le plateau, pourrait être remplacée par l Avenue du général Leclerc dans le 14 e arrondissement, oubliée sur le plateau initial. Cela permettait de surcroît de rendre hommage à un héros de la Seconde guerre mondiale, l événement étant postérieur à la création du jeu.» Une proposition finalement retoquée par la maison d édition, même si, pour les 70 ans du Monopoly, quelques modifications ont été apportées : l avenue de Breteuil a été remplacée par la Défense, l avenue Mozart par le musée d Orsay, etc. UN REFLET DE LA PUISSANCE DES MULTINATIONALES? Ce lien étroit avec la réalité est similaire dans la plupart des pays où le Monopoly a pris racine. Ainsi en Italie, Rome, la capitale, «n a pas été retenue lors de la conception du jeu. Le choix s est porté sur Milan, la capitale économique du pays : ce jeu capitaliste par excellence a logiquement choisi la ville économiquement la plus riche (la Turquie a fait le même choix en retenant Istanbul)», peut-on lire encore dans Le succès mondial du Monopoly. Cela va même plus loin puisque, durant la guerre froide, ce jeu a été interdit dans l ex-urss, ainsi que dans tous ses pays satellites. Il était perçu comme un moyen de diffuser subrepticement les principes du capitalisme. Le Monopoly a dû attendre la perestroïka et l ouverture de la Fédération russe à l économie de marché pour ne plus y être ostracisé. Tout un symbole. Il en a été de même dans les pays arabes où il a longtemps été perçu comme un instrument de propagande pro-américain. Aujourd hui, le Monopoly est vendu dans les pays du Golfe dans une déclinaison où l on se partage les rues de Dubaï. En définitive, le Monopoly n est-il pas «un excellent indicateur des mutations du monde et des zones d influences des principales puissances économiques», comme l ont écrit Marie- Françoise Fleury et Hervé Théry dans leur ouvrage? De là à voir dans le Monopoly Empire le reflet de la mondialisation ainsi que la toute-puissance de grandes marques gérées par des multinationales, il n y a qu un pas que beaucoup ont franchi allégrement La directrice marketing d Hasbro France ne dit d ailleurs pas autre chose à propos de cette nouvelle mouture : «un jeu international, mondial». «Pour un préadolescent ou un adolescent d aujourd hui, reprend-elle, peu importe qu une marque soit américaine, européenne ou française. Pour eux, il n existe aucune différence. Or, pour continuer à exister et à séduire les plus jeunes, ce jeu se doit d être ancré dans l actualité et la réalité.» Il est donc clair que l éditeur de jeux craint davantage l immobilisme que de désarçonner quelques fidèles qui, de toute façon, pourront continuer à jouer avec les versions «traditionnelles». Pour Hasbro, en effet, il est crucial de ne pas laisser s enrayer cette véritable machine à cash, dont le groupe a acquis la propriété en En termes de ventes, les voyants du Monopoly ont jusqu à présent toujours été au vert. Selon le cabinet de conseil NPD, le Monopoly a été le jeu le plus vendu en France en Et l innovation et la multiplication de ses déclinaisons ne seraient pas étrangères à ces bons chiffres, si l on en croit Christine Pagani : «En 2002, nous avons lancé la version en euros qui a rencontré un vrai succès. Ce qui nous a incités à sortir de nouvelles versions. Aujourd hui, nous vendons près de exemplaires par an en France, contre il y a dix ans. En fait, les nouvelles déclinaisons redonnent de l intérêt à l ensemble, et principalement au Monopoly standard.» Certes, mais jusqu à présent les règles de base n avaient pas été modifiées dans les diverses moutures. En tout cas, Hasbro faisant sien ce constat de l économiste Joseph Schumpeter : «Nous ne sommes pas dans une économie de marché, nous sommes dans une économie d innovation», les nouvelles versions vont donc continuer à fleurir dans les années à venir. Car on n arrête pas le progrès. Ni le Monopoly. À moins que les fans n envoient les concepteurs du Monopoly Empire en «prison», sans passer par la case «départ» ni toucher de dividendes? 275 millions d exemplaires du Monopoly ont été vendus depuis sa création, en La première ville africaine à servir de décor au Monopoly a été Lagos, capitale économique du Nigeria, en PIUS UTOMI EKPEI/ AFP
20 20 I ENTREPRISES LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O Fondé en 1924 à Haïfa, le Technion dispose aujourd hui de 18 départements universitaires et de 52 centres de recherche. Technion/Israel Institute of Technology À SUIVRE Technion, institut israélien de R&D, essaime en Chine Le milliardaire chinois Li Ka-shing a investi 130 millions de dollars pour créer, dans le sud de la Chine, une filiale de l Institut israélien de technologie. Explication : 70 % des ingénieurs qui ont permis à Israël de devenir une nation de start-up en sont issus. PAR PASCAL LACORIE, À JÉRUSALEM L investisseur à l initiative de l implantation de Technion en Chine est Li Ka-shing, homme le plus riche d Asie et 6 e fortune mondiale en 2013, selon le magazine Forbes. BAI ZI/IMAGINECHINA/ AFP Fascinés par la haute technologie israélienne, les Chinois ont décidé de transférer un de ses fleurons, clés en main, chez eux. Le milliardaire Li Ka-shing, patron de Hutchison Whampoa, l homme le plus riche d Asie avec une fortune estimée à 28 milliards de dollars, n a pas hésité à mettre cet automne 130 millions de dollars sur la table pour créer, dans l empire du Milieu, une filiale du Technion, l Institut technologique de Haïfa, au nord d Israël. Un choix bien réfléchi : 70 % des ingénieurs qui ont permis à Israël de devenir une «nation de start-up» ont été formés dans cet établissement qui compte parmi ses professeurs trois lauréats du prix Nobel de chimie. La qualité et la palette de diplômes délivrés ont convaincu des multinationales telles qu Intel, Microsoft, Google, Motorola, Hewlett Packard ou Alcatel Lucent d implanter en Israël des centres de recherche et de développement. Le secret de cet institut qui a formé élèves? Avoir trouvé la formule magique qui permet d obtenir une fusion des sciences et des technologies avec le souci constant de coller en permanence aux besoins des entreprises. Et les résultats ont été au rendez-vous : le Technion occupe la 26 e place dans le monde parmi les universités pour les capitaux mobilisés (403 millions de dollars) destinés au financement de start-up créées par d anciens élèves. Et puis, autre garantie de sérieux, cet institut technologique de haute volée figure en bonne place dans le hit-parade, établi par l université de Shanghai, des 100 meilleures universités dans le monde. Dans le secteur des sciences de l informatique, le Technion enregistre sa meilleure performance en décrochant la 18 e place. L établissement se veut également réactif : quelques mois à peine après la découverte d importants champs gaziers en Méditerranée au large des côtes israéliennes, l institut se lançait déjà dans la formation d ingénieurs spécialisés dans ce secteur! Ces atouts expliquent l intérêt suscité chez le milliardaire chinois. D autant que le Technion est loin d être un centre de recherche et de développement inconnu pour Li Kashing : il a déjà gagné gros en misant sur la «high-tech» israélienne. Une partie de sa contribution à la création d une filiale chinoise du Technion provient d ailleurs des retombées sonnantes et trébuchantes de la vente par Horizon Ventures, sa société de capital-risque, de sa participation dans Waze, une application facilitant la circulation des automobilistes, vendue en 2013 pour 1,1 milliard de dollars à Google. Auparavant, Li Ka-shing avait pris, en 1999, une participation majoritaire dans Partners Communications, un opérateur de téléphonie mobile qu il a revendu avec profit dix ans plus tard. Le fonds Horizon Ventures détient, en outre, un portefeuille de participations dans sept autres sociétés de haute technologie israéliennes. Li Ka-shing espère désormais dupliquer ces succès dans son pays. «UN EXEMPLE POUR LES UNIVERSITÉS CHINOISES» La filiale chinoise ne devrait rien avoir à envier à sa «maison mère». Le nouvel établissement sera installé dans la province du Guangdong, dans le sud du pays, près de la ville de Shantou, les deux collectivités ayant prévu d investir 147 millions de dollars pour la construction des futures installations d un campus de m 2. Dans un premier temps, le futur Technion chinois se spécialisera dans les sciences de l informatique et de l ingénierie environnementale, ainsi que dans les sciences de la vie, notamment la biotechnologie. Les frais annuels de scolarité devraient atteindre les dollars par étudiant. L anglais sera la langue d enseignement et les professeurs seront recrutés par des chasseurs de têtes parmi les chercheurs et les scientifiques employés dans des universités partout dans le monde. Durant la période de transition, avant que les installations ne soient achevées, un premier contingent de 40 étudiants chinois suivra un cursus de deux ans à Haïfa. Les étudiants rentreront ensuite au pays pour leur troisième année. À plus long terme, la filiale chinoise élargira ses activités à l ingénierie aéronautique. «Dans un monde où les frontières ne cessent de bouger, le pouvoir fascinant de la technologie ressemble à une baguette magique en offrant de nouvelles solutions et de nouvelles frontières à un rythme qu il est difficile de suivre», affirme Li Ka-shin. «Le Technion chinois va s intégrer dans un parc industriel qui constituera un tremplin pour les entreprises israéliennes qui tenteront de pénétrer le marché chinois», souligne un de ses collaborateurs. «Ce que le Technion a accompli pour faire avancer l économie israélienne par l intermédiaire de ses étudiants et équipes de recherche, constitue un exemple à suivre pour les universités chinoises», estime pour sa part le professeur Gu Peiha, un des responsables de l université de Shantou. Du côté israélien, on se frotte également les mains. Cette nouvelle opération couronne des années d ouverture sur le monde. Chaque année, le Technion reçoit quelque visiteurs étrangers, parmi lesquels plus de deux délégations chinoises par semaine, qui viennent faire la tournée des classes et tenter de comprendre le modèle. «À terme, soulignait récemment le professeur Arnon Bentur, président du département international du Technion, nous allons former des centaines, voire des milliers d élèves qui auront ensuite des postes clés et deviendront autant d ambassadeurs» de la haute technologie israélienne. Détail important : le Technion n est pas le seul établissement israélien à susciter l engouement des Chinois. Au début de l été, un accord a été signé entre l université de Tel-Aviv et celle de Tsinghua, à Pékin. Il prévoit des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars dans la création d un institut de recherche centré sur les sciences de la vie et la nanotechnologie
21 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 21 ANTICIPER La recherche n est pas un long fleuve tranquille Pour élargir sa gamme de machines de tri des déchets, Pellenc ST s est lancée dans un programme de R&D collaboratif. C était ça ou disparaître. Cet investissement, d un montant de 20 millions d euros, aura mobilisé une dizaine de partenaires et cinq labos de recherche pendant quatre ans. PAR ISABELLE Grâce au projet TRI +, Pellenc ST accède au marché du tri des ordures ménagères résiduelles, qui atteignent 20,1 millions de tonnes par an en France. PELLENC ST. Chez Pellenc ST, on peut enfin souffler. Basée dans le Vaucluse, cette PMI de 120 personnes spécialisée dans le tri des déchets sort d un intense marathon de recherche qui aura duré quarante-cinq mois. Une course qui aboutit aujourd hui à la commercialisation de plusieurs nouveaux modèles de machines. Le directeur R&D de la PMI, Antoine Bourely, ancien chercheur public, inventeur d un robot trieur de pommes et recruté par la société Pellenc en 1991, est au cœur de cette aventure industrielle qui a commencé par une diversification stratégique. En 2001, Pellenc était en effet spécialisée dans la fabrication de machines agricoles (machines à vendanger et à trier, notamment). La PMI prend conscience qu un marché est en train de naître : la valorisation des déchets. Elle décide alors de créer Pellenc ST (pour Selective Technologies), en s appuyant sur ses recherches sur le tri des fruits grâce à des robots. Depuis, PST n a pas cessé d investir dans la recherche et développement, à laquelle elle consacre environ 15 % de son chiffre d affaires (22 millions en 2012). Point d orgue de ces investissements : le projet TRI+. Celui-ci a démarré en 2009 et s est achevé voici tout juste quelques jours, début décembre, par une réunion de conclusion et une démonstration chez Pellenc ST. Avec TRI+, la société s est en effet attaquée aux «déchets industriels banals», dont le bois ( tonnes mises en décharge tous les ans en France), et aux «ordures ménagères résiduelles»: 20,1 millions de tonnes par an en France, dont 11 millions de tonnes qui sont susceptibles d être méthanisées. C est un nouveau marché, énorme, qui s ouvre ainsi à côté des emballages plastique que les machines de Pellenc ST maîtrisent déjà. Un marché d autant plus prometteur que la mise en décharge des déchets va être interdite progressivement dans toute l Europe. La gamme de machines mises au point par la PMI intègre les nouvelles technologies photoniques, pour n importe quel type de prétraitement d ordures ménagères et de recyclage pour toutes les filières de déchets (emballages, déchets des équipements électriques et électroniques, ordures ménagères, etc.), et tous les matériaux (papier, plastique, bois, métaux, matériaux de construction, etc.). Ses machines sont, par exemple, capables de reconnaître du bois naturel ou du bois traité, les couleurs des plastiques, les différentes qualités de papier. Plus de 9,2 millions financés par Bpifrance Pour une PME axée sur la recherche, le projet TRI+ a toutefois été une énorme gageure, tant par sa taille que par son périmètre. «Quand les membres d Oseo [devenu Bpifrance] sont venus me voir pour me proposer de participer à ce programme, j ai cru qu ils s étaient trompés de société, assure Antoine Bourely. J ai présenté sept ou huit axes de recherche et Oseo a décidé d en faire un seul programme, ce qui a beaucoup tiré sur nos forces pendant quatre ans, au point que cela a nui à la société en période de crise. Avaler des phases de recherche, de développement et de déploiement sur cinq ou six fronts à la fois, c est un rythme difficile», résume aujourd hui le directeur R&D de la société. Il faut dire que le projet TRI+ aura nécessité plus de 20 millions d euros d investissements, dont 9,2 millions proviennent du programme Innovation stratégique industrielle (ISI) de l ex-oseo. De son côté, la société aura investi 6,5 millions d euros pendant ces quatre ans, aura reçu 2,1 millions d euros de subventions et 3,5 millions d euros d avances remboursables de Bpifrance, qui a aussi financé les partenaires de TRI+. Sans oublier le crédit d impôt recherche (CIR), qui représente entre 30 et 40 % des investissements non subventionnés. Lourd donc, très lourd, le projet TRI+. Mais «sans ce programme de recherche, on n existerait plus», n hésite pas à dire Antoine Bourely. Chez Pellenc ST pourtant, la recherche a toujours été au centre de la stratégie. «Sur un effectif de 120 salariés, nous sommes 20 personnes dédiées à la R&D, avec une équipe de 15 personnes qui travaillent sur la valorisation des résultats de nos recherches», explique Antoine Bourely. Leur mission : concevoir des machines capables de trier rapidement tous les types de déchets. TRI+, programme de recherche collaborative chapeautant en tout neuf lots de travaux et sept nouvelles technologies, a mobilisé une dizaine de partenaires, cinq labos de recherche et quatre autres entreprises. Recherche publique et PMI font bon ménage Une de ces équipes de chercheurs est l unité mixte de recherche ITAP de l Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l environnement et l agriculture), dirigée par Jean-Michel Roger, à Montpellier. Cette équipe a une longue histoire de partenariat avec Pellenc, puis Pellenc ST. «Nous avions déjà travaillé sur une série de projets européens avec Pellenc pour le tri à haute cadence des fruits, dans les années Dans ce type de recherche en amont, qui est très risqué, c est l équipe académique qui pilote le projet selon le cahier des charges de l industriel.» Étape suivante pour le labo et la PME, un projet européen «Craft», dont la spécificité est de mettre la PME participante aux manettes du projet, qui est tenu de produire des retombées économiques. La recherche a toujours été au centre de la stratégie de Pellenc ST, afin d améliorer les capacités de ses machines de tri. PELLENC ST. Mais, preuve que les projets n aboutissent pas toujours : ces recherches utilisant la spectronomie à infrarouge pour le tri des fruits ne réussissent pas à convaincre les grands distributeurs comme Carrefour et Leclerc. En revanche, elles encouragent Pellenc à se diversifier dans le tri des déchets. Après avoir exploré et abandonné la piste des robots, trop lents et devenus personæ non gratæ dans les années 1990 pour des raisons liées à l emploi, les deux partenaires se recentrent sur d autres pistes, plus fructueuses. L Irstea, qui fait partie du réseau des instituts Carnot chargés de booster la recherche entre les chercheurs publics et les entreprises françaises, trouve aussi son compte dans ce partenariat : un contrat financièrement avantageux, l exploration de nouvelles pistes prometteuses et la possibilité de publier dans revues scientifiques des connaissances générales acquises dans le cadre du projet tant que la confidentialité promise à l industriel est respectée. «Produire des connaissances académiques et amener de la croissance à une entreprise ne sont pas incompatibles», insiste Jean-Michel Roger dont l équipe aura consacré environ 35 mois/ homme sur quatre ans à TRI+. Pellenc ST n a pas attendu la fin officielle du programme pour commercialiser ses nouvelles machines, testées sur quinze sites en Europe et au Canada. Par exemple, au Mans, où Valor Pôle 72, le nouveau site de retraitement des déchets de Suez Environnement, a inauguré une nouvelle machine Pellenc ST en septembre dernier. «Ils n ont pas hésité à démarrer la machine devant 300 invités, dont les représentants du ministère de l Agriculture», sourit Antoine Bourely, qui ne ferme pas la porte à un autre programme lorsque toutes les connaissances auront été «digérées». En attendant, sa gamme s est étoffée de cinq nouvelles machines, aujourd hui en phase de commercialisation. À noter que la PMI exporte ses machines dans plus de 40 pays (soit 80 % de son chiffre d affaires).
22 22 I LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE NO MÉTROPOLES BRETAGNE Dans la capitale bretonne, le développement durable s intègre à la politique urbaine. Objectifs : encourager la proximité et l écomobilité, assurer la mixité des logements, des lieux de travail et des services. PAR PASCALE Championne des villes françaises où il fait bon vivre, Rennes est aussi la troisième cité, après Toulouse et Montpellier, pour la croissance démographique : chaque année, l agglomération compte 6000 habitants de plus et, en dix ans, le nombre d emplois a grimpé de 13 %. Forte de habitants, dont Rennais, actuellement répartis sur 38 communes (43 à compter du 1 er janvier 2014), l agglomération devrait atteindre habitants vers Pour répondre à l évolution des modes de vie et aux aspirations des habitants, la métropole rennaise a engagé de nombreux chantiers mêlant innovations technologiques, architecturales et environnementales. Dans les années qui viennent, la capitale bretonne va se forger un nouveau visage fondé sur une politique d aménagement urbain où la question du développement durable dans ses dimensions économiques, sociale et environnementale est un élément clé. PROXIMITÉ, MOBILITÉ, BIEN-ÊTRE DES HABITANTS Alors que la deuxième ligne de métro actuellement en construction (12,7 km, 1,3 milliard d euros dont 90 millions d euros de subventions d État), réunira en 2019 le Nord-Est au Sud-Ouest, l agglomération a initié deux projets urbains emblématiques à chaque extrémité du tronçon. Destinés à assurer des liaisons transversales et reconstituer la couture du tissu urbain, ViaSilva et La Courrouze sont montrés comme des laboratoires, l exploration d une nouvelle façon de penser la ville durable de demain. Maquette du futur campus rennais B-com. Dédié aux technologies du numérique, il accueillera 200 chercheurs. J.P. MEIGNAN/B<>COM. Rennes se redessine pour devenir une écocité «L agglomération rennaise est la moins touchée par la périurbanisation effrénée, assure Daniel Delaveau, maire de Rennes (PS) et président de Rennes Métropole. Reconstruire la ville sur elle-même, c est d abord maîtriser les opérations nouvelles. L enjeu est quantitatif logements construits pendant le mandat mais aussi qualitatif. Il est nécessaire de faire grandir la ville et sa métropole tout en préservant l espace naturel et la qualité de l agriculture périurbaine. Notre modèle de ville archipel, à bientôt 43 communes, résulte d une urbanisation maîtrisée, qui s est effectuée à partir du cœur des communes extérieures.» Respectivement labellisés écoquartier et écocité, La Courrouze et Via- Silva font ainsi leur lit sur la préservation de l environnement, le réinvestissement de sites délaissés et la maîtrise des prix de l immobilier. Au Sud-Ouest de Rennes, à l intérieur de la rocade, La Courrouze constitue même l une des dernières grandes opportunités foncières pour les communes de Rennes et de Saint-Jacques-de-la-Lande (où se situe l aéroport). Sur 115 hectares, dont 40 d espaces verts, d anciennes friches industrielles et militaires sont réhabilitées avec le souci de préserver les ressources de la biodiversité. Le quartier se veut «novateur», telle une «coulée verte» proche du cœur de la ville. Onze secteurs sont à aménager, et chacun avec son ambiance. Les urbanistes Bernardo Secchi et Paola Vigano ont imaginé des immeubles à l architecture originale pour accueillir à la fois de l habitat diversifié, des activités et des équipements de quartier logements sont prévus à horizon Les premières livraisons datent de mais, à terme, le quartier comptera habitants et emplois. Sans doute désireuses de «travailler dans un parc», des entreprises y sont déjà installées, comme le cabinet d audit Ernst & Young et le siège HQE du Crédit Agricole. «À La Courrouze, la ville se renouvelle en tenant compte du bienêtre des usagers et des préoccupations des gens, l emploi, l habitat, les transports», souligne Daniel Delaveau. Proximité et mobilité, sont aussi deux valeurs fortes de ViaSilva, qui projette l agglomération rennaise à Mené sur 650 hectares entre Cesson-Sévigné, Rennes et Thorigné-Fouillard, l aménagement de l écocité sera achevé dans vingt-sept ans, avec une première tranche Ouest livrée en Cette ville dans la ville réunira habitants et emplois. Autant dire qu elle couvre opportunément la technopole Rennes Atalante, un site stratégique pour la métropole. L IRT B-com, dédié aux images et aux réseaux de demain, y installera son campus fin 2014, Thomson Vidéo Networks son siège social en «Chaque logement ou entreprise sera situé à moins de 500 mètres d une station de métro ou de bus à haut niveau de service, mais également d un pôle commercial», résume l urbaniste Christian Devillers, concepteur du projet. Outre les enjeux énergétiques, croisés avec ceux des transports et de mobilité durable, de la nature en ville et de la gestion des eaux, ViaSilva place l humain au cœur de sa réflexion. Des cafés citoyens favorisent l échange avec des habitants et entreprises de Rennes Métropole sur divers thèmes : la place des jeunes dans le projet, la ville et les TIC Rennes Métropole investit plus de 30 millions d euros par an dans l habitat, et consacre 120 millions (hors métro) aux transports urbains. Une quinzaine de chantiers sont en cours qui vont générer aussi plusieurs milliers d emplois directs sur C est l ensemble de la métropole qui ambitionne de se muer en écocité. Maquette de l aménagement, côté nord, autour de la future gare, appelée «Pôle d échanges multimodal», EuroRennes. FGP TER EURORENNES, PORTE DE BRETAGNE En 2017, la ligne à grande vitesse (LGV) mettra Paris et les grands hubs européens à 1 h 25 de Rennes. En 2020, voyageurs par jour (TGV et TER) transiteront par le futur Pôle d échanges multimodal (PEM, 107 millions d euros, première livraison en 2017), contre dans la gare actuelle. Principal nœud d échanges de la Bretagne, le PEM vise aussi à renforcer la position de Rennes à l échelle du Grand Ouest. Pour autant, au-delà des enjeux de transports, le projet EuroRennes porte sur l ensemble du quartier de la gare. D ici à 2025, ce dernier sera entièrement transformé en un véritable axe économique de centre-ville. Avec, à la clé, 5000 emplois nouveaux, m 2 de bureaux, 1400 logements construits, 3000 habitants et une centaine de commerces.
23 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 23 ALLEMAGNE Berlin, plaque tournante verte vers les pays de l Est Face au développement démographique et économique de la capitale allemande, les autorités locales développent les infrastructures routières et ferroviaires. Ouverte à l Est, cette ambitieuse politique de transports se veut aussi respectueuse de l environnement. PAR MARC MEILLASSOUX, À BERLIN «Le centre de Berlin est devenu un véritable enfer pour les automobilistes. On essaie d éviter les zones de travaux, mais elles sont si nombreuses que même les taxis s y perdent», jette, résigné, un chauffeur de taxi berlinois. Pour ce professionnel, qui sillonne les rues de la capitale depuis 1995, pas de doute, c est une volonté délibérée des autorités pour chasser les voitures du centre de la ville. Le cœur de la métropole allemande est, en effet, parsemé de déviations et de chantiers plus ou moins actifs. La municipalité met en avant les gigantesques mais nécessaires mutations de la ville depuis la réunification. «Après la chute du mur, il a fallu connecter des infrastructures fondamentalement différentes, tant d un point de vue technique que dans l organisation du réseau. Ce rattrapage a duré une dizaine d années et empêché de mener une politique plus volontaire et durable», explique Burkhard Horn, directeur du département transports de la ville de Berlin. Un premier plan stratégique en 2003, puis un second en 2011, et à l horizon 2025, jettent les bases de la politique de transports de Berlin : une métropole verte et une plaque tournante vers les pays de l Est. «En raison de son positionnement central, Berlin a pour vocation de devenir un nœud pour le transport de voyageurs et de marchandises, entre le sud et le nord du pays, mais aussi entre l Ouest, l Est et les pays de l ancien bloc soviétique. Le rôle du ferroviaire est également primordial pour désengorger les axes routiers et atteindre les objectifs environnementaux», explique Ole Kreins, député socialdémocrate (SPD) au parlement régional. Un des principaux chantiers consiste à relier le Stadtring, autoroute semi-circulaire du sud de Berlin, au Berliner Ring le plus grand périphérique circulaire d Europe qui relie lui-même la région Berlin-Brandebourg aux grands Länder et aux frontières polonaises et tchèques, via six autoroutes. Ce sera bientôt chose faite, avec la mise en service de la nouvelle liaison Avus (A 115) au sud-ouest la première autoroute construite au monde et en attendant la fin des travaux de la de l A113 au sud-est. Le grand Berliner Ring sera, lui, entièrement opérationnel une fois le tronçon berlinois terminé, au nord-est de la ville, alors que la Tangente de l Est devra permettre un trafic plus fluide, notamment des marchandises en provenance de l est de l Allemagne. «Une fois ces travaux achevés, la ville en aura fini avec ses grands projets routiers et sera équipée pour faire face aux transports de voyageurs et surtout de marchandises. La prochaine étape consistera à mettre à niveau de nombreuses infrastructures vieillissantes et pour lesquels l argent fait actuellement défaut», détaille Burkhard Horn. DES LIAISONS PLUS RAPIDES AVEC LA POLOGNE La ville de Berlin compte également sur le développement et la modernisation de son système ferroviaire. Après la rénovation de l axe Berlin-Dresde, celle de la ligne Berlin- Stettin, «la route du Nord», a fait l objet, en début d année, d un accord historique entre la Pologne et l Allemagne, après un siècle et demi de trafic interrompu en raison de normes divergentes et de rivalités régionales. Les travaux, qui commenceront en 2015 et devraient s achever en 2020, permettront de réduire d un tiers le temps de trajet. Autre ligne hautement stratégique pour l Allemagne : l axe Berlin-Wroclaw, tronçon du corridor paneuropéen II. Outre l augmentation des voies praticables, les travaux en cours concernent également la gare de l est berlinois (Ostbahnhof) et permettront, à horizon 2020, d assurer une vitesse de 160 km/h entre la capitale allemande et la quatrième ville polonaise. Enfin, le futur aéroport de la ville, le Willy Brandt Flughafen, ou BER, doit permettre à Berlin de se doter d une infrastructure de standing international. Malgré le vif débat suscité par les retards à répétition et les surcoûts engendrés, l aéroport, d une capacité annuelle de 27 millions de passagers, devrait ouvrir ses portes en Les aéroports Tegel et Schönefeld, d une capacité limitée à cinq et sept millions, seront alors fermés. Au désenclavement de la région et à «l internationalisation» de la ville, s ajoute la volonté pour les autorités locales de répondre aux exigences d une ville propre et durable. La prise en compte de l accroissement de sa population plus de 5 % en deux ans et de son vieillissement a, enfin, été déterminant lors de la conception du dernier plan stratégique «Berlin 2025». Les sociauxdémocrates ont donc massivement investi dans les pistes cyclables km au total, banni du centre-ville des véhicules polluants, et limité la vitesse pour les automobilistes 70 % des rues sont limitées à 30 km/h. Les résultats ne se sont pas fait attendre : le nombre de trajets à vélo a doublé depuis 2001, atteignant 13 % des déplacements, soit environ un million et demi de trajets par jour. DES BONUS POUR FINIR LES TRAVAUX PLUS VITE Certains objectent ne pas avoir le choix, la faute aux nombreuses perturbations dans les transports en commun un tiers des lignes de métro sont partiellement en travaux ou sur les routes. D après les autorités, ces difficultés proviennent de la profusion de chantiers non-coordonnés : les entreprises de télécommunications ou d énergie peuvent intervenir à toute heure sur le réseau, le besoin d assainissement des infrastructures connaît un pic et les arrondissements mènent une politique indépendante. «L an dernier, une cellule de coordination des projets a été mise en place, mais les moyens et le personnel manquent. Nous avons également mis en place des incitations financières pour les entreprises privées afin de minimiser les retards, mais elle ne sont viables que pour les grands projets», se défend le député Kreins. L entreprise gestionnaire de l autoroute Avus, à laquelle le Land promettait des bonus si elle terminait ses travaux prématurément, a ainsi empoché un million d euros supplémentaires en finissant avec une année d avance. La gare principale de Berlin, sur les rives de la Spree et du Humboldthafen. La ville compte sur l amélioration du réseau ferroviaire pour désengorger ses routes. EUROLUFTBILD.DE/ ROBERT GRAHN/ DPA-ZENTRALBILD/ EUROLUFTBILD.DE/DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP
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25 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 25 VISIONS ANALYSE Quand le parti pris de l action de l État nuit à l innovation privée YOHAN GROSJEAN Et si l État, en cherchant à stimuler l innovation mais en accordant des privilèges fiscaux majorés aux laboratoires publics de recherche, voulait en récupérer les fruits avant qu ils ne soient mûrs CLAUDE- ALAIN CUDENNEC DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DE L ASSOCIATION FRANÇAISE DES SOCIÉTÉS DE SERVICES ET D INNOVATION (AFSSI) L importance de l innovation pour la compétitivité demeure incontestable. Les moyens de l État pour en favoriser l émergence sont classiquement l attribution de financements et la diminution des prélèvements fiscaux. D un côté les investissements d avenir ont fortement doté les organismes de recherche publics et les aides à l innovation (IHU, IRT, IDEX, Labex, Equipex, Instituts Carnot, ANR, Bpifrance, etc.). De l autre, le dispositif de réduction fiscale pour les programmes innovants s est voulu stimulant. Mais pour qui? L innovation découle d un long et coûteux processus de développement pour atteindre le marché. Elle nécessite de très nombreux acteurs dotés de technologies et de savoir-faire. Si parfois l initiative émerge d organismes publics de recherche, la conduite des opérations en revient très largement à l industrie. Or, celle-ci a depuis longtemps renoncé à réaliser seule les étapes de la R&D. La sous-traitance et le partenariat sont devenus la règle. Et l incitation fiscale profite alors globalement à ceux qui apportent les phases créatives. Ce principe est louable sous réserve que l action de R&D présente un caractère innovant nécessaire à faire sauter un verrou technologique et que le programme de travaux est bien justifié par l aboutissement de l innovation. Les dépenses de recherche bénéficient alors d un crédit d impôt (CIR) à ceux qui en ont la charge. Et ce, même si ces dépenses sont sous-traitées, soit à des organismes publics, soit à des entreprises privées dûment agréées par le ministère de la Recherche! L ÉTAT A INSTAURÉ UNE DISTORSION DE CONCURRENCE ENTRE PUBLIC ET PRIVÉ Mais voilà. L État édicte des discriminations entre les bénéficiaires. Depuis 2004, les dépenses de «sous-traitance publique» sont prises en compte pour le double de leur montant : celles facturées par les laboratoires publics à des entreprises menant des opérations de recherche s établissent à raison de 200 % dans l assiette du CIR, conférant aux entreprises facturées un avantage de 60 % (soit 30 % de 200 %). À l inverse, lorsque les entreprises sous-traitent une partie de ces opérations à d autres entreprises du secteur privé, les dépenses ainsi engagées ne leur confèrent qu un avantage de 30 %, dans la mesure où les dépenses sont retenues pour leur montant exact. Et ces dispositions favorables au secteur public ont même été renforcées en 2008, 2009 et 2010 pour s appliquer aux fondations d utilité publique, à certains établissements d enseignement supérieur, ou même à des associations ayant pour fondateur et membre un organisme de recherche. De fait, l État reconnaît l équivalence des prestations effectuées soit par ses organismes de recherche, soit par des entreprises privées en leur accordant à tous l agrément CIR. Mais dans le même temps, il procure à ses propres structures un avantage fiscal déterminant et instaure une distorsion de concurrence aussi grossière que celle qu il dénonce dans la compétition internationale entre pays de fiscalités ou de charges sociales différentes. Qui est lésé par de telles dispositions iniques? Il existe en France une filière d entreprises de services et d innovation, regroupées au sein de l AFSSI, dont l objet principal est de conduire des travaux de R&D pour le compte de donneurs d ordres industriels. Essentiellement des PME ou ETI. Leur activité est donc intimement liée à l application des incitations gouvernementales en faveur de l innovation, dont le CIR. Le piment de cette histoire est que l État a bien souvent été l instigateur de la création de nombre de ces mêmes entreprises à coup de concours à la création d entreprises, de qualification de Jeune entreprise innovante (JEI), etc. Une fois celles-ci installées, l État organise le «siphonage» de leur marché en attirant les donneurs d ordres vers les organismes de recherche publics par un cadeau fiscal injustifié. Et l effet n est pas mince. On estime aujourd hui à environ 1 milliard d euros le chiffre d affaires de la filière des entreprises de service et d innovation en Science de la vie en France. Or, le rapport de la Cour des comptes de septembre 2013 souligne que entreprises ont déclaré des dépenses de sous-traitance vers les laboratoires publics pour un montant de 435 millions d euros. Tout se passe comme si l État, tout en affichant une politique de soutien à l innovation, organisait la récupération du moins-perçu fiscal par la collecte de ressources propres des établissements publics de recherche. Ce qui le dispense d en augmenter les dotations de fonctionnement. Il y a deux ans, le Conseil supérieur des industries de santé (CSIS), placé sous l égide du Premier ministre, affirmait : «En bonne harmonie avec le tissu français des PME de prestations scientifiques et technologiques, le CSIS demande à AVIESAN (Alliance pour les sciences de la vie et de la santé) de proposer une charte de bonnes pratiques en matière de prestations de services et prestations de recherche dans le contexte de la recherche partenariale.» Cette initiative a abouti dernièrement à l engagement des organismes membres d AVIESAN de ne pas pratiquer de «dumping» tarifaire à l égard des sociétés de services et d innovation. Celles-ci s en félicitent. Mais si dans le même temps l État maintient une différence de 30 % dans l assiette de l attribution du CIR, où est l équité de la compétition? La Cour des comptes n en tire pas d autres leçons quand elle conclut à l opportunité de simplifier le dispositif en appliquant une éligibilité des dépenses de sous-traitance sans plafonnement et sans doublement, c est-à-dire pour leur montant réel. Sur la base de ces éléments, une remise à plat des conditions de sous-traitance publique-privée est nécessaire pour renforcer l efficacité du CIR. Cela est possible grâce à : une simplicité et une sécurité d utilisation ; un partenariat combiné efficace entre les donneurs d ordres et les partenaires publics et privés sous-traitants ; une égalité de traitement des sous-traitants qu ils relèvent du secteur privé ou public. De grâce, ne jetons pas le bébé avec l eau du bain. Le CIR reste un formidable outil. Mais les PMI/PME représentaient en % des déclarants pour seulement 35 % du volume total du crédit d impôt! Or, on sait que l innovation est essentiellement liée aux structures de type PME et ETI. Si un rééquilibrage doit se faire, il devra l être au profit de ces dernières. On estime aujourd hui à environ 1 milliard d euros le chiffre d affaires de la filière des entreprises de services et d innovation en Science de la vie en France. Ici, un chercheur du laboratoire de pharmacoimagerie I.R.M d Oncodesign (thérapies anticancéreuses), à Dijon. ONCODESIGN
26 26 I VISIONS LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O IDÉES Pour sortir l Europe de la déflation, la BCE devra faire davantage! La déflation menace de plus en plus l Europe, mais la BCE reste frileuse, quand un peu d audace pourrait sauver la zone euro En 2014, peut-être? BERTRAND GUAY/AFP JEAN PISANI- FERRY PROFESSEUR À LA HERTIE SCHOOL OF GOVERNANCE DE BERLIN, COMMISSAIRE GÉNÉRAL À LA STRATÉGIE ET À LA PROSPECTIVE En 2002, le président sortant de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, prononçait une phrase qui a fait mouche : Club Entreprises Petit déjeuner économique sur le thème :!"#$%&"'()*+(,-.#-#*,/0&"1/-#)*,2&"'"1/-* +-*&3-4,&2"*5*6%/'7"&*'2/'*8*9-4-''9-*:*,&%'*;*< animé par Philippe Mabille Directeur Adjoint de la rédaction de La Tribune avec notre invité =-26692>**?2/@*+-*A(B"-/@!"#$%&'()*#+%,-!+).)/0)!+0!1%+%2! %-!3()*#+%,-!24,+5-%0(!+67189!:8;8<71 C%9+"*DE*F%.G"-9*HIDE à JKLI Chambre de commerce et d industrie de région Paris Ile-de-France 27, avenue de Friedland - Paris 8e En partenariat avec «Ayant dit que la déflation est hautement improbable aux États-Unis, je serais imprudent d en exclure l éventualité.» À cette époque aux États-Unis, le taux d inflation annuel dépassait 2 % et le risque qu il devienne négatif paraissait éloigné. Néanmoins, Bernanke estimait nécessaire d indiquer une voie pour échapper à un scénario potentiellement catastrophique. Les mesures qu il a alors décrites étaient une anticipation de la politique de la Fed après le choc de Aujourd hui, la déflation menace la zone euro. Selon les dernières données relatives à l inflation, les prix des biens de consommation ont augmenté de 0,9 % seulement (1 % si l on exclut l énergie et l alimentation) sur un an. C est un point de pourcentage en dessous de l objectif de la Banque centrale européenne (BCE), une inflation «inférieure, mais proche de 2 %». L économie fonctionnant en sousrégime et le taux de chômage étant supérieur à 12 %, on ne peut exclure une aggravation de la crise, notamment en raison de la pression à la baisse sur les prix liée à un taux de change qui s apprécie peu à peu, à un contexte général de mauvaises surprises des taux de croissance et au repli du cours des matières premières. Il est donc urgent de reconnaître le risque de déflation qui pèse sur l Europe et d envisager des mesures supplémentaires pour l éviter. Premier problème soulevé par la déflation : elle pousse les taux d intérêt réels (ajustés en fonction de l inflation) au-dessus de leur niveau d équilibre. Comme les taux d intérêt nominaux ne peuvent être inférieurs à zéro, la banque centrale peut très bien se trouver dans l incapacité de maintenir le différentiel taux d intérêt-inflation à un niveau suffisamment bas, ce qui peut conduire au marasme, voire à une spirale économique descendante. Il est vrai que certaines banques centrales (en Suède en 2009 et au Danemark en 2012) ont facturé les banques pour prendre des dépôts, ce qui revenait à afficher des taux d intérêt négatifs. Mais une telle tactique a ses limites, car si les déposants doivent payer, il arrive un moment où il est préférable pour eux d acheter un coffre pour y placer leur argent. Ce problème concerne au premier chef Un événement Inscriptions et renseignements : [email protected] la zone euro qui sort d une longue récession, avec un PIB encore inférieur à son niveau de 2007 et une reprise, qui si elle est bien réelle, manque encore de vigueur. Ayant reconnu le danger, la BCE a diminué deux fois son principal taux directeur au cours de ces derniers mois jusqu à sa valeur actuelle de 0,25 %. Mais c est trop peu et trop tard pour ramener les taux d intérêt réels là où il faudrait qu ils soient pour permettre une reprise économique suffisamment forte. La déflation rendrait bien plus douloureux le rééquilibrage économique au sein de la zone euro. D octobre 2012 à octobre 2013, le taux d inflation était négatif en Grèce et en Irlande, nul en Espagne et au Portugal. Mais ces pays doivent encore améliorer leur compétitivité en baissant le prix relatif de leurs exportations, car ils ont besoin d un excédent extérieur pour corriger leurs déséquilibres cumulés. Avec une inflation moyenne proche de zéro dans la zone euro, ces pays doivent faire face à un choix très inconfortable entre manque de compétitivité et déflation intérieure accrue. Une inflation trop faible fait obstacle au rééquilibrage de la zone euro. Enfin, et ce n est pas négligeable, la déflation augmente le fardeau de la dette. Contrairement à un titre en Bourse, la valeur nominale d un titre de créance ne varie pas en fonction de l inflation. La déflation conduisant à une diminution des revenus, le poids de la dette par rapport aux revenus s alourdit et peut devenir ingérable pour les emprunteurs ce qui augmente le risque d une crise de la dette, qu elle soit souveraine ou privée. Il fut une époque où ce scénario n était qu un cas théorique présenté aux étudiants en macroéconomie, mais aujourd hui la situation a changé. En raison de la déflation et de la récession, le PIB (à prix constant en euro) de la Grèce, de l Irlande, du Portugal et de l Espagne est au même niveau qu en Aussi, en dépit des efforts de désendettement, l héritage des erreurs du passé pèse-t-il encore lourdement sur l économie de ces pays. La récente baisse des taux d intérêt décidée par la BCE traduit clairement la conscience qu elle a de ces risques. Elle s attend à une période prolongée d inflation faible, suivie par un mouvement à la hausse progressif vers sa valeur cible, avec les risques de baisse des prix qu implique ce scénario. C est pourquoi elle va sans doute maintenir son taux principal à son niveau actuel de 0,25 % ou le ramener à zéro. LA DÉFLATION AUGMENTERAIT LE FARDEAU DE LA DETTE On ne peut accuser la BCE de négliger le risque déflationniste, mais du fait de son positionnement, maintenir le taux d inflation annuel autour de 1 % en espérant que par la suite il monte progressivement ne sera sans doute pas suffisant. Non seulement c est en contradiction avec son mandat, mais cela amoindrirait l amortissement d un choc déflationniste supplémentaire, constituerait un obstacle trop important au rééquilibrage de la zone euro et rendrait inutilement douloureux le désendettement des pays les plus endettés. La BCE peut-elle faire davantage? Ayant fait preuve d audace durant l été 2012 pour préserver l intégrité de la zone euro, elle s est crue obligée de ne pas mécontenter les faucons et de se montrer prudente en formulant sa stratégie monétaire. C est une voie moyenne très malaisée. La BCE devrait oublier le politiquement correct et faire davantage pour honorer son mandat consistant à veiller à la stabilité des prix en formulant une stratégie de retour à la normalité et en indiquant sa volonté d adopter une liste explicite de mesures non orthodoxes. Il faudrait qu elle soit prête à faire ce choix. Ainsi que Ben Bernanke peut en attester, une politique monétaire classique risque de perdre rapidement toute efficacité. Project Syndicate Mario Draghi, président de la BCE, et Michael Noonan, ministre des Finances irlandais, le 23 octobre, date à laquelle la BCE lançait l évaluation complète des banques européennes. ANDREAS BÖTTCHER/ BCE
27 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 27 IDÉES Santé sur Internet : réalités et dérives du selfcare DR DR Toujours plus de Français cherchent des réponses à leurs problèmes de santé sur Internet. Mais les anonymes qui les conseillent constituent une réelle menace pour eux, comme pour les professionnels. OLIVIA GRÉGOIRE MATTHIEU CREUX DIRECTEURS ASSOCIÉS D ISTRAT, CABINET D INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE L e Web plonge dans l obscurité les internautes souhaitant faire la lumière sur leurs questions de santé. Il empile les contenus à l infini, créant un écosystème aux allures de jungle sombre et épaisse. Écheveau au-dessus duquel aucune parole d expert ne parvient à surnager. Et pour cause, rendus frileux par l impossibilité légale et légitime dans laquelle ils se trouvent de faire de la promotion, les acteurs de la santé n osent tout simplement pas prendre la parole sur Internet. Ils sont convaincus de la pertinence de cet outil mais ne s en saisissent pas. Est-on pour autant condamné à y lire des contenus douteux, voire potentiellement dangereux sur les questions de santé? Non. Aujourd hui, plus de six Français sur dix déclarent utiliser Internet pour se renseigner sur leurs problèmes de santé, notamment pour s enquérir des traitements adaptés à leurs pathologies. Depuis 2009, on ne s étonnera donc pas que le prolongement de ces recherches en ligne, l automédication, connaisse une croissance continue (+3,2% pour la seule année 2012), au détriment de la prescription (-2,4%). Interpellant, non? Le selfcare est en vogue. Bien. La récente autorisation accordée aux pharmaciens de vendre des médicaments en ligne ne devrait pas contribuer à enrayer le phénomène. Le Web constitue une antichambre privilégiée dans laquelle on circule avant ou après la consultation, pour diverses raisons : mieux comprendre ce que le médecin va dire, pouvoir discuter avec lui du traitement, affûter les questions qu on lui posera et chercher des informations complémentaires sur une maladie ou des médicaments. Autrement dit, il représente un espace de dialogue sain, qui enrichit la relation patients-professionnels de santé. Il est en revanche primordial d inverser la tendance actuelle qui consacre la parole de l amateur et gomme celle de l expert. On trouve, en écumant médias en ligne, blogs, réseaux sociaux et forums, un fatras d informations impressionnant, émanant de sources souvent incertaines. Sans tomber dans l extrême, la Toile est tissée d avis repris en boucle selon le principe du téléphone arabe, et tronqués un peu plus à chaque étape. Peu importe qu ils proviennent à l origine de sources fiables : à force d être à chaque fois reproduits à epsilon près, ils finissent par ne plus avoir grandchose en commun avec leur version originelle. Ce ne serait pas si grave si chacun savait où chercher les contenus pertinents sur les questions de santé. C est loin d être le cas. La santé est un sujet naturellement anxiogène et il apparaît logique que les citoyens aillent chiner sur Internet, média le plus usité de nos jours, pour s informer à son sujet. Mais comment s y prendre? Sur le Web, 69 % des contributions ne sont pas signées. Cette prééminence de l anonyme rend toute tentative de hiérarchisation vaine et la recherche de l information viable plus que délicate. Alors, on tente de comparer son expérience à celles d internautes ayant témoigné sur tel ou tel site de leur vécu personnel. Leurs témoignages manquant de précision et recouvrant de ce fait un grand nombre de réalités potentielles, on se trouve des points communs avec leurs pathologies. EN CROISSANCE CONTINUE, L AUTOMÉDICATION A ENCORE CRÛ DE 3,2 % EN 2012 Et l on finit par donner raison à l auteur Fred Metcalf, qui écrivait avec humour «l hypocondrie est la seule maladie que les hypocondriaques ne se connaissent pas». Cette tendance a un nom : la «cybercondrie», ou l art de se découvrir mille et une maladies uniquement en surfant sur la Toile. Sur le média Web où l expérience de l anonyme dispose d une influence décuplée, les risques concrets pour la santé des internautes commencent à se faire sentir. De mauvais conseils parfois repris en boucle finissent par avoir la consistance de vérités éternelles. «La répétition ne transforme pas un mensonge en vérité», disait Roosevelt. Sur le Web, si, et les conséquences sont lourdes. Des recommandations d utilisation de médicaments sur les forums individuels ouvrent grand la porte à l explosion du mésusage, comme à la multiplication des iatrogénies médicamenteuses. Le risque majeur dans la multiplication des informations santé publiées par des néophytes est surtout la lente mais réelle substitution en cours entre le recours à Internet et la consultation médicale, une réalité qui se développe de plus en plus en France, et qu un contexte de crise ou de difficile gestion de notre système de santé viendra probablement renforcer. Une information ne saurait remplacer le recours à un professionnel. A fortiori quand elle est fausse. Compte tenu de son immense pouvoir de prescription sur l opinion publique, il y a une réelle nécessité à faire émerger des contenus médicaux fiables et maîtrisés sur le Web. Comment? En encourageant les acteurs gravitant autour du monde de la santé à se saisir de leurs claviers. Facile à dire. En France, l article L du code de la Santé publique stipule que «la publicité pour les médicaments» comme «l information qui vise à promouvoir la prescription, la délivrance, la vente ou la consommation de médicaments» sont prohibées. Il n en fallait pas davan tage pour inhiber le secteur pharmaceutique, qui craint que la moindre de ses interventions, même innocente, ne soit perçue comme promotionnelle, face à une réglementation sévère. Que les professionnels de la santé se rassurent. La loi est juste. S il est effectivement interdit d articuler son discours autour de la mise en avant d un traitement ou de la valorisation d une molécule, informer reste permis. Plus qu un droit à l information des patients, comme l avait justement instauré Bernard Kouchner en 2002, alors ministre de la Santé, il est désormais de l ordre du devoir d améliorer la qualité des informations diffusées en ligne sur la santé. Il y a urgence à délivrer des messages cohérents aux patients et à les orienter vers de bonnes pratiques, à défaut de bons médicaments. Ces contenus à vocation informative, notamment sur les affections de longue durée (le sujet de recherche majoritaire en ligne), provenant d experts, trouveront preneur sur des médias influents et auront donc tendance à remonter naturellement sur les moteurs de recherche, au détriment des avis d anonymes peu au fait des sujets de santé. La loi est juste, le Web aussi. Entre des sachants bâillonnés, des ignorants influents et des patients de plus en plus curieux, il y a un juste milieu à trouver pour orienter les internautes vers des informations santé de qualité et réduire les risques encourus aujourd hui. Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, présente, le 1 er octobre 2013, la base de données publique des médicaments, accessible sur le site medicaments. gouv.fr. WILLIAM ALIX/SIPA 63/>>1IJ./@B!"#$%&'$%(')*+'*,$-./!01%2134/ :;#'%<"#+-%./!01%=47!7/>%?@/!7471>>1 89:;#'%,)$A:)A-% B@0%C6%!073@>1DE0 2!%F%G",$H Je m abonne à l hebdomadaire papier et au Par chèque bancaire à l ordre de La Tribune Nouvelle quotidien numérique pour 390 HT soit 440 TTC / an Par carte bancaire n I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I M. M me Nom Prénom Adresse CP I I I I I I Tél I I I I I I I I I I I Ville ** Expire fin I I I / I I I Cryptogramme*** I I I I À réception de facture (par chèque ou virement) Si adresse de facturation différente d adresse de livraison : Raison sociale Adresse de facturation CP I I I I I I Date et signature : / / Ville Bulletin à retourner à : La Tribune Service Abonnements 2 rue de Châteaudun Paris * paiement à l année sans possibilité d échelonnement ** indispensable pour recevoir vos codes d accès *** inscrit à l arrière de votre CB
28 28 I VISIONS LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O IDÉES Rafi Haladjian invente «l Internet de la banalité quotidienne» Le créateur du Nabaztag, pionnier des «objets connectés», lance Mother, un nouveau concept qui vise à enregistrer des données sur la vie quotidienne de ses utilisateurs. À ses yeux, cet outil contribuerait à rendre à chacun le contrôle sur ses données. Entretien. DR MARINA TORRE Il a commencé par le Minitel avant de devenir l un des pionniers d Internet en France. Puis il a vendu des lapins lumineux dans les années 2000 (les Nabaztag, un objet connecté, déjà). Rafi Haladjian, le fondateur de Sen.se tente aujourd hui l aventure du «little data», ou les big data mis à la portée de votre voisine de palier. Pour y parvenir, il tentera, à partir de mars 2014, de faire entrer Mother dans les foyers. Cette moucharde connectée espionne toutes nos petites habitudes en étant reliée par WiFi à des puces (appelées Motion cookies) à coller un peu partout Un pari d autant plus risqué que le sujet des données personnelles est plus sensible que jamais après les multiples révélations sur les pratiques de surveillance de la NSA et des grandes agences de renseignement. L entrepreneur, rencontré en marge du salon LeWeb13 qui s est tenu les 11 et 12 décembre à Paris, explique comment il compte justement rendre aux individus le contrôle sur leurs propres données. Elle voit tout, elle entend tout, elle n est pas un peu angoissante votre «Maman»? Non, elle ne voit pas tout. C est en cela que c est une maman, mais en mieux, précisément. C est votre maman qui voit tout et qui entend tout. Ce en quoi votre Mother est mieux que votre maman, c est qu elle ne voit et n entend que ce que vous voulez. C est vous qui prenez le contrôle. Vous pouvez dire : «En ce moment je grignote trop entre les repas, je vais mettre un cookie dans le frigo et j aurai une espèce de voix méchante qui va me rappeler à l ordre.» Si ça ne vous amuse plus ou si ça marche, vous l enlevez. Au moment où vous désinstallez ce programme, vous pouvez soit enregistrer les données, soit les jeter. Au-delà du discours grand public, il est temps de donner des produits matures aux gens. Le meilleur antidote contre cette tentation ou ce fantasme du Big Brother, c est encore de donner des outils aux gens en leur disant : «Tenez, jouez avec et voyez ce qu on peut apprendre. Et ne laissez pas simplement à Google, Apple, Orange, EDF le droit de savoir tout sur vous.» Parce que c est ce qui se passe : quand un gamin rentre de l école aujourd hui, Google le sait, Apple le sait, EDF le sait, le Crédit mutuel le sait tout le monde le sait, sauf ses parents. Donc peut-être est-il légitime qu ils aient un moyen de le savoir. Il est aussi légitime que les ados, quand on leur aura collé un «cookie» dans la poche, inventent des moyens de le contourner. Ça fait aussi partie de l éducation. D une certaine manière, le but, c est d adapter et de démocratiser le big data pour les ménages Nous, on n est ni big data, ni Big Brother. Nous nous sommes bien rendu compte du cousinage quand on a choisi le nom Mother. On savait qu on allait faire des jeux de mots avec, sinon on ne l aurait pas appelé comme ça. On l assume. On fournit tous les outils qui permettent d effacer les données. Big Brother ce sont de grosses entités qui ont les moyens de vous contrôler. Vous avez un moyen pour enregistrer vos données à vous. Ce n est pas du big data, c est du «little data». L an dernier, vous affirmiez que l Internet des objets c était déjà fini. Pourtant, votre nouveau concept y ressemble beaucoup C est une façon de présenter les choses. Pour moi, l appellation Internet des objets était appropriée à l époque où on vivait avec des ordinateurs, des smartphones et ce genre d appareils qui sont incontestablement des objets alors que ce vers quoi on tend, en tout cas ce que l on essaie de faire avec Mother, c est que les gens n interagissent pas avec l appareil lui-même, mais interagissent en mettant bêtement leur pyjama et en allant se coucher Ce n est plus un monde d appareils et de terminaux, c est l Internet des habitudes quotidiennes, voire de la banalité quotidienne. Pour cela, il faudrait faire oublier la présence du réseau. Par quel moyen? La chose la plus difficile à faire, ce n est pas la technologie, c est d entrer dans les habitudes des gens. Quand on a un, deux, ou trois appareils, on peut apprendre à les utiliser, à charger leur batterie et tous les travaux d entretien nécessaires. Mais si l Internet des objets existe ou doit exister, si on invente cette révolution, ça veut dire que les gens ne vont pas avoir trois appareils chez eux, mais 40. Si vous avez 40 appareils de plus chez vous, ça ne va pas être 40 trucs dont vous rechargez la batterie, 40 trucs qui ont chacun leur logique de comportement. On ne va pas non plus accepter de recevoir une notification à chaque fois qu il se passe quelque chose, donc il faut intégrer un certain niveau d intelligence pour que seules les informations pertinentes soient transmises. Donc il ne faut pas réfléchir à l échelle d un seul nouvel objet à la fois, ça c est l Internet des cadeaux de Noël. Celui où on vous offre un objet que vous avez toute la patience de mettre en œuvre et d adapter à votre vie. Alors que si on veut aider les personnes âgées, les enfants ou suivre réellement notre santé de tous les jours, il faut que le système se fonde dans les habitudes. Le meilleur produit, c est celui qui ne nécessite pas de changer ses habitudes. Il est plus difficile de changer les habitudes de milliards de gens que d inventer la technologie qui fait des choses extraordinaires. Il suffit d avoir cinq bons ingénieurs qui planchent sur le sujet, c est bien plus facile. Vous avez pourtant eu des retards, d où provenaient-ils? Il y a plein de retards. Ce que l on est en train de faire n est, malgré tout, pas évident technologiquement. C est précisément parce que l on essaie de faire des appareils qui vivent longtemps sur la même batterie. Il ne faut pas que l appareil tombe en rade au bout de trois mois car c est le moment où en général les gens risquent le plus d être démotivés par l utilisation d un objet. Alors il est mort. Ça veut dire qu il arrête de capter des informations à partir desquelles on va pouvoir rendre des services intelligents. Le problème des services intelligents, c est que l on a besoin de récolter beaucoup d informations sur des périodes assez longues pour apprendre des choses personnalisées et pertinentes pour l utilisateur. La batterie, c est l élément de base pour créer de l intelligence. Vous prévoyez aussi des partenariats avec des entreprises C est le volet B-to-B de notre activité. Comment permettre à des entreprises d entrer dans ce monde des objets connectés? Ça fait des années que je suis sollicité par des groupes, des industriels qui disent : «On a fait du Web, on a fait des applications, maintenant on veut faire de l Internet des objets.» Mais l Internet des objets, c est compliqué parce qu il faut dix-huit mois pour mettre au point un appareil, ensuite il faut le transporter, il faut convaincre les gens de l avoir chez eux. Et si vous vous êtes trompés, vous recommencez tout. L idée, c est de dire aux industriels : «Vous n avez pas besoin de construire des objets, vous pouvez enrichir des produits que vous faites déjà en incorporant des cookies.» Les industriels pourront donc réutiliser les données collectées par Mother? Les données sont à vous. Ensuite, comme quand on installe n importe quelle application, on accepte ou pas de transmettre des informations. Je pourrais utiliser l application que propose la société «Duchmoll», moyennant quoi je serai d accord pour qu elle reçoive les données capturées par ma pelle à tarte, mon chapeau ou mon sac d oignons Mais elle ne recevra les données du sac d oignons que si elle est dans les oignons. L entreprise devra être transparente et dire pourquoi elle a besoin de ces données. PROPOS RECUEILLIS PAR MARINA TORRE Rafi Haladjian est l inventeur du robot Nabaztag. En forme de lapin et connecté au Web, il réagit à des informations et change de couleur, par exemple en fonction de la météo. DAMIEN MEYER/AFP
29 LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O I 29 VU DE BRUXELLES Touche pas à mon secret! AU CŒUR DE L INNOVATION 2014? La montée des inquiétudes FLORENCE AUTRET CORRESPONDANTE À BRUXELLES Un nuage de sauterelles s abat régulièrement sur l économie européenne, mais personne ne semblait jusqu à présent s en soucier. La cible de ce fléau? Les «secrets d affaires», ces précieux actifs qui, de la recette du Coca-Cola en passant par l aménagement intérieur d une usine ou l assemblage d un vin ou d un parfum, constituent des réserves de valeur parfois inestimables pour les entreprises. Elles seront une sur quatre en 2013 à être victimes de cette razzia, selon un «rapport sur la fraude mondiale» signé Kroll, le spécialiste du renseignement économique. Le double de l année dernière. Au point que la Commission européenne s est inquiétée de les protéger et vient de proposer la première directive sur le sujet. Or, l apparition de ces vols de secrets sur l agenda européen est en soi un petit chef-d œuvre d influence. L affaire remonte à Cette annéelà, un des premiers cabinets d affaires publiques de la place crée un nouveau lobby : la Trade Secret and Innovation Coalition. Trois «cas» vont lui servir à étayer sa cause. Ils frappent des géants par ailleurs peu susceptibles de négliger la défense de leurs droits de propriété intellectuelle : Dupont de Nemours, Michelin et Alstom. Le premier a maille à partir avec un concurrent coréen qui a reconstruit EN 2013, UNE ENTREPRISE SUR QUATRE AURA ÉTÉ VICTIME DE VOL DE «SECRETS D AFFAIRES» exactement à l identique l atelier d un de ses sites de production de Kevlar, sur la base de plans détaillés monnayés par un ancien ingénieur du groupe. Le chimiste américain a mobilisé le FBI et fait fermer l usine. Confrontées à un vol comparable, les entreprises européennes se trouvent dépourvues. À l exemple de Michelin qui a connu une mésaventure comparable avec un concurrent singapourien. Alstom, de son côté, a vu débarquer sur son marché domestique, en Roumanie puis en Bulgarie, un industriel chinois inconnu qui propose à prix cassés une technologie de désulfurisation. Or, cette technologie, dont le brevet a expiré, avait été commercialisée sous licence dans l empire du Milieu jusqu à ce que le «partenaire» du géant européen le lâche mystérieusement. Un recours s avère impossible : le droit bulgare, comme celui de nombreux autres pays européens, ne connaît pas la notion de secret d affaires. Forte de ces exemples, la Trade Secret and Innovation Coalition est allée frapper à la porte de la Commission européenne. Refus poli des fonctionnaires en charge du commerce : ils lui ont répondu que, puisque le «secret d affaires» était reconnu par l Organisation mondiale du commerce (OMC), la Coalition n avait qu à demander aux États membres de transposer les accords TRIPS sur la propriété intellectuelle. Son de cloche semblable chez les «douaniers», au motif qu ils n étaient pas là pour créer de nouveaux droits de propriété intellectuelle. Les défenseurs des «secrets» ont finalement trouvé une oreille attentive auprès de Michel Barnier, le commissaire au Marché intérieur qui n a pas eu de mal à constater que les législations sont pour le moins disparates d un pays à l autre, quand elles existent. Il propose donc de créer une protection européenne permettant saisine de produits, demande de dommages et intérêts et autres mesures de rétorsion. Pour autant, la bataille est loin d être gagnée. «Il y a une grande réticence à parler de propriété intellectuelle depuis le rejet d ACTA par la Parlement», constate Thomas Tindemans, un ancien associé chez White & Case, qui a été l artisan de cette Coalition. ACTA? L accord commercial anticontrefaçon (ACAC), plus connu sous l acronyme ACTA (pour Anti- Counterfeiting Trade Agreement). Les défenseurs des «secrets» ont beau ne pas vouloir se placer sur le terrain des principes mais, plus prosaïquement, du coût économique de ces «vols», ils devront bien à un moment donné répondre à ceux qui estiment que ces sauterelles font partie de l écosystème de l économie mondiale et participent à la diffusion des technologies et des savoir-faire. Prudemment, l actuelle Commission a d ailleurs sorti sa proposition si tardivement qu elle n a aucune chance d être adoptée sous cette mandature et rejoindra donc le legs législatif cédé à la prochaine. En attendant, les nuées de sauterelles pilleuses vont pouvoir continuer à satisfaire leur gourmandise. DR FRANCIS PISANI CHRONIQUEUR, AUTEUR, EXPERT INTERNATIONAL EN INNOVATION, CONFÉRENCIER. SON BLOG : L année 2013 finit en beauté avec la 10 e itération de LeWeb, la conférence de technologies la plus importante d Europe. Une fabuleuse occasion de faire le point sur ce qui se passe dans le monde des TIC (en Europe et aux États-Unis en tout cas). Et, le chiffre s y prêtant, le thème retenu était celui des «Dix prochaines années». Mais, la prévision étant un art élusif, les orateurs nous ont plus parlé de leur prochain produit que de l avenir. Même Robert Scoble, qui prend sa douche avec des Google Glass et se spécialise dans la détection des tendances, s est fait accompagner d un développeur d application pour ipad (Eightly.com), application séduisante mais dont on imagine mal qu elle ait un grand impact sur le futur. Il a quand même retenu cinq «forces» qui, selon lui, marquent le moment (à défaut des dix prochaines années) : les capteurs, l informatique qu on porte sur soi, la géolocalisation, le «social» qui continue à croître de façon «exponentielle» et la data dont personne ne parle plus sans la faire précéder du qualificatif «big». LES ROBOTS PEUVENT NOUS AIDER OU NOUS PRENDRE NOTRE TRAVAIL Tapant plus haut, le capitalrisqueur Fred Wilson a fait part du cadre qu il utilise pour choisir ses investissements. Il parle de sa boutique, mais son mérite est de le faire en regardant un peu plus loin que les technologies qu on lui propose. «Ce sont les grandes évolutions de la société qui comptent», a-t-il précisé en guise d introduction. Il en retient trois. La première est le «passage des hiérarchies bureaucratiques aux réseaux animés par les technologies». Twitter, par exemple «remplace le journal». Tout le monde est capteur et distributeur d informations. L éducation change avec des services comme CodeCademy pour le code et DuoLingo pour les langues. La seconde méga-tendance est le «dégroupage des produits et des services». Ils ne sont plus vendus en paquets (comme les morceaux de musique dans les CD d hier) mais un par un. Même les banques commencent à être touchées et leurs services déconstruits. Troisième tendance : tous connectés entre nous par nos smartphones, nous sommes des «nodes», des points sur les réseaux. Hailo, par exemple, une application britannique pour trouver les taxis, connecte un utilisateur avec un chauffeur de taxi. Science Exchange, un marché online de la collaboration scientifique, montre que ça affecte même la recherche. Comme dans toutes les discussions sur les tendances, on a parlé à LeWeb de l Internet des objets, des imprimantes 3D et du big data. L important avec Bitcoin, la monnaie virtuelle qui a fait l objet d une discussion, n est pas sa valeur du moment ou sa possibilité de réussite. Retenons que c est une plate-forme adaptée à l Internet que personne ne peut contrôler et, comme le fait remarquer un récent article du New York Times, qu il s agit en fait d une idéologie visant à révolutionner les monnaies et le contrôle qu exercent sur elles les banques. En dehors de la conférence, j ai été frappé par l achat de l entreprise de robots militaires Boston Dynamics par Google, qui a déjà des voitures sans chauffeur et des robots capables de livrer des paquets. Ils courent plus vite que nous, peuvent nous aider au quotidien, faire la guerre à notre place ou prendre notre travail. Ils le feront de plus en plus. En 2014, il sera difficile d ignorer que cet univers mobile dans lequel nous nous mouvons sera de plus en plus influencé par l Asie et des entreprises comme Kakao Talk, Line et WeChat. Mais ce qui manquait peut-être le plus dans cette grand-messe qu est LeWeb, c est la montée des inquiétudes face aux conséquences de nos utilisations des technologies de l information et de la communication. Je rencontre de plus en plus de technophiles qu inquiètent le manque de respect de la NSA et le contrôle sans partage de Google ou de Facebook sur nos données personnelles. Ni les gouvernements, ni les grandes entreprises ne pourront l ignorer longtemps. C est, en tout cas, ce que nous pouvons souhaiter, exiger. La Tribune 2, rue de Châteaudun Paris Téléphone : Pour joindre directement votre correspondant, composer le suivi des 4 chiffres mentionnés entre parenthèses. SOCIÉTÉ ÉDITRICE LA TRIBUNE NOUVELLE. S.A.S. au capital de euros. Établissement principal : 2, rue de Châteaudun Paris Siège social : 10, rue des Arts, Toulouse. SIREN : Président, directeur de la publication Jean-Christophe Tortora. RÉDACTION Directeur de la rédaction Éric Walther. Directeur adjoint de la rédaction Philippe Mabille. ( Économie Rédacteur en chef : Robert Jules. Rédacteur en chef adjoint : Romaric Godin. Jean-Christophe Chanut, Fabien Piliu. ( Entreprise Rédacteur en chef : Michel Cabirol. Rédacteurs en chef adjoints : Delphine Cuny, Fabrice Gliszczynski. Alain-Gabriel Verdevoye. ( Finance Rédacteur en chef adjoint : Ivan Best. Christine Lejoux, Mathias Thépot. ( Correspondants Florence Autret (Bruxelles). ( Rédacteur en chef La Tribune Hebdo Jean-Louis Alcaïde. ( Rédacteur en chef La Tribune du Grand Paris Jean-Pierre Gonguet. RÉALISATION RELAXNEWS ( Direction artistique Cécile Gault. ( Graphiste Elsa Clouet. ( Rédacteur en chef édition Alfred Mignot. ( Secrétaire de rédaction Sarah Zegel. ( Révision Fatima Camara. ( Iconographie Sandrine Sauvin. Cathy Bonneau. ( Infographies ASKmedia. ACTIONNAIRES Groupe Hima, Laurent Alexandre, JCG Medias, SARL Communication Alain Ribet/SARL, RH Éditions/Denis Lafay. 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30 30 I LA TRIBUNE - VENDREDI 20 DÉCEMBRE N O GÉNÉRATION BENJAMIN BRÉHIN Aiguilleur d anges Le discret Benjamin Bréhin assure la direction du réseau France Angels. Avec la volonté de mieux former les business angels français, et de leur donner une visibilité auprès des pouvoirs publics. PAR PERRINE Jamais un mot plus haut que l autre. Benjamin écoute ses interlocuteurs, explique avec pédagogie, maîtrise son discours. Calmement. À 27 ans, le directeur opérationnel de France Angels coordonne les 86 réseaux qui regroupent en France 4500 business angels, ces particuliers qui consacrent une partie de leur patrimoine au financement de toutes jeunes entreprises. «Les business angels français investissent en moyenne 40 millions d euros par an, dans 350 stratus. Le ticket moyen est de 4000 euros, mais cela ne signifie pas grand-chose car les écarts entre les mises sont importants. La médiane, qui s établit à euros, est plus significative. Surtout, il faut noter que les deux tiers des entreprises accompagnées existent toujours au bout de trois ans, contre seulement une sur trois sans accompagnement», explique doctement Benjamin Bréhin. Ce pragmatique s est lancé dans l entrepreneuriat au cours de sa formation à France Business School (ex-escem Tours-Poitiers). Avec deux amis, il a développé pendant deux ans Edicarte, une société proposant des cartes postales assorties d un mini-dvd pour faire découvrir les charmes de la région. «Nous avions découvert ce concept lors d un voyage en Bretagne. Nous avons décidé de le transposer à l échelle nationale. Pour recueillir le contenu de nos DVD, nous avons organisé un concours qui a réuni huit écoles de photographie et de commerce. Et pour la diffusion, nous avons signé un partenariat avec La Poste, pour sa gamme Prêt-à-poster.» LA FORMATION EST SON CHEVAL DE BATAILLE Parti un semestre au Mexique dans le cadre de sa formation, il en profite pour monter une association pour promouvoir les échanges culturels entre Mexicains et Français. «J ai été frappé par l importance que les Mexicains accordaient à la culture française. L association a d abord vu le jour dans le cadre de l Université de technologie de Monterrey, puis elle a essaimé grâce à un accord passé avec l Alliance française au Mexique. Elle existe toujours.» Cette facilité à faire décoller des projets a vite été repérée lorsqu il a rejoint France Angels, en tant que stagiaire, en Alors directeur général de la fédération, Nicolas Fritz lui avait confié pour mission de monter des actions de sensibilisation. «À l époque, il n existait qu une vingtaine de réseaux de business angels en France. Nous étions une équipe jeune, avec peu de moyens, mais une grande envie d aider les entrepreneurs dans leur quête de financement. Benjamin a contribué à mettre en place des événements prestigieux, réunissant de grands sponsors et des ministères, sans expérience préalable et en s amusant. Il est très vite devenu mon bras droit, et il était naturel qu il prenne plus de responsabilités quand j ai quitté France Angels», souligne Nicolas Fritz. Ces actions de «prosélytisme» ont porté leurs fruits, et le mouvement des business angels a pris de l ampleur. Benjamin Bréhin s est alors attelé à former ces nouveaux investisseurs. «J ai créé trois programmes de formation dans le cadre de France Angels Campus. L un d eux est destiné à faire découvrir les rudiments de l investissement, avec des conseils pour sélectionner les dossiers, des explications sur le pacte d actionnaires mais aussi des processus d accompagnement des jeunes entrepreneurs. Le business angel apporte sa compétence autant que son capital.» Pour mettre au point ces guides pratiques, Benjamin Bréhin a travaillé avec Christophe Bernard, associé en charge du Middle Market de la zone Europe chez KPMG. «Benjamin est quelqu un qui donne envie de travailler avec lui. Il est direct, rapide et efficace. Depuis qu il est arrivé chez France Angels, il a ainsi collaboré avec trois présidents différents. Il mise sur le collectif, à l instar d un joueur de rugby.» En fait, c est plutôt le basket qui passionne Benjamin Bréhin. Jusqu en 2010, il a même entraîné les joueurs du club de La Loupe (Eure-et-Loir), où il a marqué ses premiers paniers. Malgré ses fonctions chez France Angels et ses déplacements fréquents, il préfère vivre à la campagne, quitte à passer trois heures dans les transports chaque jour. «Les promenades à la campagne me permettent de me ressourcer. C est important quand on a beaucoup de choses à penser et à faire en même temps.» Cette année, les projets n ont pas manqué pour cet homme qui «déteste le superflu». Un réseau européen de business angels, baptisé BAE, a été fondé en partenariat avec les fédérations du Royaume- Uni, du Benelux, d Allemagne, d Italie, Zone d influence : #business angels, #financement, #formation. d Espagne et du Portugal. «La Pologne devrait rejoindre cette alliance de réseaux qui doit aider les start-up à s internationaliser en fédérant nos contacts dans les différents pays.» Lancé en janvier dernier, un premier fonds commun d investissement européen, Angel Source, doté de 20 millions d euros en partenariat avec le Fonds stratégique d investissement, a réalisé sa première prise de participation. «La société iséroise Fluoptics, qui travaille dans l imagerie médicale, a reçu 2 millions MODE D EMPLOI : «Je fréquente tous les cercles d entrepreneurs, et les salons à Paris et en province qui touchent de près ou de loin à l entrepreneuriat Et je prends mon café à La Penderie (2 e ), juste à côté des locaux de France Angels.» : «J apprécie la convivialité et la simplicité. L entrepreneur m intéresse autant que le projet. Envoyez-moi un mail après une rencontre de visu pour me rafraîchir la mémoire, car je rencontre beaucoup de gens chaque jour.» : «Je passe mes journées au téléphone avec le réseau des business angels, donc évitez de me contacter par ce biais. Mais je réponds rapidement aux mails.» d euros.» Pour autant, Benjamin Bréhin n en oublie pas son cheval de bataille : la formation. Une démarche qualité pour perfectionner les pratiques des business angels va être déployée auprès des réseaux en «La plupart des business angels sont des bénévoles amateurs. Nous voulons donner un cadre à notre action pour faciliter le dialogue avec les autres acteurs du financement, investisseurs en capital-risque et venture capitalistes, mais aussi les partenaires publics comme Bpifrance et les fonds régionaux.» À la tête du réseau Ensae Business Angels, Didier Negiar apprécie la qualité de ces formations, mais plus encore, les conseils que Benjamin Bréhin lui a apportés. «Dans l univers morcelé des start-up, Benjamin est un facilitateur. Il sait orienter vers la bonne personne, le bon endroit. Ce qu il donne est immédiatement utilisable.» Discret, Benjamin Bréhin n en reste pas moins un homme de convictions. Il milite actuellement «pour qu une partie de l épargne dormante soit fléchée vers la création d emploi et l innovation. En France, nous avons des idées mais il faut des fonds pour créer de la valeur ajoutée. Pour répondre à la demande des start-up, il faudrait business angels dans notre pays.» Il se réjouit donc d y voir émerger «une nouvelle génération, des entrepreneurs d une quarantaine d années, qui ont revendu une première entreprise et deviennent investisseurs quelque temps avant de créer une nouvelle activité». Et reprend son bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole actionnariale. Même par temps de crise. TIMELINE Benjamin Bréhin Juin 1986 Naissance 2006 Création d Edicarte 2007 Création d une association culturelle au Mexique 2008 Entre chez France Angels 2010 Responsable de France Angels Campus 2011 Directeur des opérations de France Angels 2015 Entrepreneur. Ou acteur de l écosystème dans une autre structure, voire à l étranger. MARIE-AMÉLIE JOURNEL
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32 LA TRIBUNE - VENDREDI 29 NOVEMBRE N O J AI CHOISI LA BANQUE QUI COMPREND LES BESOINS DES MUTUELLES UNE GESTION SÉCURISÉE DES COTISATIONS ET DES REMBOURSEMENTS DES ADHÉRENTS UNE BANQUE DE CONFIANCE POUR LA GESTION DE TRÉSORERIE (1) UNE OFFRE GLOBALE ENTIÈREMENT DÉDIÉE AUX MUTUELLES LA BANQUE DE DEUX MUTUELLES SUR TROIS (2) M&C SAATCHI.GAD BANQUE ET CITOYENNE LABANQUEPOSTALE.FR (3) (1) Le placement en Bourse est risqué, vous pouvez subir des pertes. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Elles ne sont pas constantes dans le temps. (2) Source La Banque Postale. (3) Coût de connexion selon le fournisseur d accès. La Banque Postale Société Anonyme à Directoire et Conseil de Surveillance au capital de Siège social : 115 rue de Sèvres Paris Cedex 06 RCS Paris Code APE 6419Z. Intermédiaire d assurance immatriculé à l ORIAS sous le n
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