Salaire minimal: «autogoal» et abus de confiance dans le Ernst Bachmann, Vice-président de GastroSuisse Président Commission pour le droit du travail et les affaires sociales Conférence de presse annuelle 23 avril 2014
Initiative sur les salaires minimums c est clairement NON! - L hôtellerie-restauration est en train de lutter pour attirer les clients, pour renforcer sa compétitivité face à l étranger, pour garantir sa rentabilité et pour des collaborateurs compétents et satisfaits. - Compte tenu de tous ces aspects, un salaire minimum de 4 000 francs par mois ou, plus exactement selon l initiative, de 22 francs de l heure serait non seulement nuisible mais fatal pour un grand nombre d établissements et leurs employés. - De notre point de vue, et pour défendre l intérêt bien compris des collaborateurs dans l hôtellerie-restauration, il faut clairement rejeter l initiative. - Nous sommes en faveur d un qui fonctionne. L Etat n a rien à faire dans la détermination des salaires. Cela n a plus rien à voir avec l économie sociale de marché et équivaut à une tentative de dicter les salaires! 2
Un salaire minimal de 4 000 francs est un «autogoal» - L hôtellerie-restauration représente un secteur de l économie à caractère social avec des employeurs pragmatiques et «proches des gens». - Nous payons les salaires que notre rentabilité nous permet de payer, et avons énormément avancé ces dernières années de notre plein gré et pas (seulement) quand l initiative sur les salaires minimums se pointait à l horizon. - Nombreux sont les propriétaires d établissement qui, de nos jours, ne gagnent pas plus que leurs employés, souvent même moins. Notre société fiduciaire attribue à un propriétaire d établissement la valeur calculée d environ 60 000 francs - par an, cela s entend! - Le but n est pas ici de nous plaindre ou de provoquer un débat fondé sur la jalousie, mais de montrer que l hôtellerie-restauration ne peut vraiment pas supporter des coûts salariaux plus élevés. 3
Un salaire minimal de 4 000 francs est un «autogoal» - Répercuter la hausse des coûts salariaux sur les prix est possible, mais uniquement en théorie, pas dans la pratique: les clients se montrent très réticents en cas de hausses des prix de leur cannette ou de leur café, par exemple. - En outre, notre compétitivité en souffrirait encore davantage: les clients étrangers, notamment européens, seraient encore moins nombreux à venir et les Suisses iraient de plus en plus à l étranger ou simplement moins souvent au «bistrot». - L autre option serait que le propriétaire d établissement supporte lui-même les coûts salariaux, au détriment de son rendement si tant est que la rentabilité soit suffisante. 4
Un salaire minimal de 4 000 francs est un «autogoal» - Quelle est la conséquence de cette situation sans issue? Une partie des établissements fermera ses portes. Par établissement, en moyenne cinq emplois seront supprimés. sera obligée de licencier une partie de ses collaborateurs. sera forcée de devenir encore plus productive et de pratiquer une optimisation extrême. Ce qui signifie concrètement que: o o o des postes à plein temps deviendront des postes à temps partiel. Il ne sera plus possible de «garder» du personnel dans l établissement durant les «temps morts». des postes à temps partiel avec un taux d occupation fixe seront transformés en postes à temps partiel avec un taux d occupation flexible, voire en postes «sur appel» afin d avoir des coûts salariaux uniquement quand les collaborateurs peuvent être totalement productifs. Seuls les meilleurs des auxiliaires trouveront un travail: si dès le départ le plongeur coûte trop cher, il faudra qu il fournisse au moins la meilleure performance possible. 5
Un salaire minimal de 4 000 francs est un «autogoal» - Il est donc évident que: ce sont justement les membres les plus fragiles de notre société qui feraient les frais de cette «expérience salaire minimum», car ils ne trouveraient plus d emploi du tout. Pour tous les autres employés, la charge de travail et le stress augmenteraient d une manière significative. - Il est légitime de se poser la question: est-ce social et est-ce dans l intérêt des travailleurs de l hôtellerie-restauration? Nous savons d ores et déjà que ce n est pas dans l intérêt des établissements. - A notre avis, c est un «autogoal» classique, marqué au détriment des salariés. Malheureusement, très souvent, la meilleure intention s avère nuisible, les répercussions étant différentes de celles envisagées par les initiateurs! - D ailleurs, l obligation de presser le «citron de la productivité» devient de plus en plus sévère. Si déjà la main-d œuvre non qualifiée de 16 ans gagne 4 000 francs, celui qui, après un apprentissage de trois ans, gagne entre 4 100 et 5 000 francs ne se contentera sans doute plus de ce salaire. Il voudra donc un salaire plus élevé, mais devra pour cela devenir également plus «rentable». 6
Un salaire minimal de 4 000 francs est un «autogoal» - Ceci soulève un autre problème: un salaire minimum aussi élevé pour la maind œuvre non qualifiée a un effet négatif sur la volonté de se former ou de se perfectionner. - Si, celui qui, à 18 ans, en habitant avec sa copine, dispose d un revenu cumulé de 8 000 francs combien de temps le professionnel qualifié mettra-t-il pour le dépasser sur le plan financier? 7
L initiative constitue un abus de confiance dans le - Comme nous venons de le montrer, ce sont avant tout et surtout les membres les plus fragiles de notre société qui feraient les frais d une expérience de politique économique vouée à l échec. - Or, les initiateurs nuisent fortement au suisse, qui a fait ses preuves. - Que penser des partenaires qui ont, dans le cadre d un CCT et pendant de longues années, participé aux négociations et à l application de ces mêmes salaires, qu ils combattent aujourd hui sur l échiquier politique les trouvant insuffisants? Cela ressemble à un couteau dans le dos. - Jusque là, la fixation des salaires minimums était l un des points cruciaux dans les négociations et dans la conception d un CCT. L acceptation de l initiative sur les salaires minimums limiterait fortement cette marge de manœuvre. 8
L initiative constitue un abus de confiance dans le - De la même façon, mesurer tous les secteurs à la même échelle nuit au partenariat social. Jusqu ici, le fait que les partenaires, qui connaissent bien un secteur donné, puissent définir les salaires dans le cadre de celui-ci, était justement un des points forts. - En faisant appel au législateur, les partenaires dans les négociations actuels menacent le modèle flexible du CCT qui était, jusqu à aujourd hui, emblématique d un modèle suisse du marché du travail et de l économie performant. Ceci est également une marque de méfiance, qui n est nullement justifiée par le comportement des employeurs. - L initiative sur les salaires minimums sape les fondations du CCT le plus important de Suisse, à savoir la CCNT. 9
L initiative constitue un abus de confiance dans le Conclusion - L «expérience salaire minimum de 4 000 francs» nuit non seulement aux employés et aux établissements, mais est aussi de nature à affaiblir grandement un facteur de réussite de l économie suisse. - L «expérience salaire minimum» a un effet particulièrement néfaste sur l hôtellerie et la restauration car celles-ci sont directement liées à leur emplacement géographique et ne peuvent pas, complètement ou en partie, délocaliser leur activités à l étranger. De ce fait, un calcul mixte permettant de compenser en partie la hausse des coûts intérieurs n est pas possible. - C est donc en particulier (aussi) du point de vue de l hôtellerie et de la restauration, qu il faut rejeter l initiative sur les salaires minimums. 10