UNITED NATIONS Office for the Coordination of Humanitarian Affairs NATIONS UNIES Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires Rapport sur la Situation Humanitaire au Tchad Du 22 septembre au 5 octobre 2008 Faits majeurs Recrudescence des actes de banditisme à l encontre du personnel humanitaire Trois organisations humanitaires suspendent temporairement leurs activités à la suite d attaques. Certains secteurs de l aide compromise pour environ 70 000 déplacés à l est. Augmentation des cas de poliomyélite au Tchad: 24 cas depuis le début de l année contre 21 en 2007. Inondations à Doba, au sud, plus de 8 000 sinistrés. 88 000 élèves ciblés par le programme des cantines scolaires pour l année scolaire 2008/2009. 98 victimes de mines et UXO depuis le début de l année Signature du décret présidentiel pour le déploiement du DIS Mandat MINURCAT prorogé jusqu au 15 mars 2009 Contexte politique et sécuritaire Au cours des deux dernières semaines de septembre, des organisations humanitaires ont été victimes d actes de banditisme à l est du Tchad. Huit attaques -dont six entre le 27 et le 28 septembre- ont été perpétrées à et dans d autres localités de l est. Depuis le début de l année plus de 120 incidents sécuritaires dont trois s étant soldés par la mort tragique de trois personnes ont été enregistrés parmi les acteurs humanitaires. Le Conseil de sécurité, par une résolution du 25 septembre, a prorogé à l unanimité le mandat de la Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) jusqu au 15 mars 2009. Le conseil se prononcera d ici au 15 décembre 2008 sur le déploiement d une composante militaire de l ONU pour succéder à la Force de l Union européenne (EUFOR) dont le mandat expire à la date du 15 mars 2009. Le Président de la République du Tchad a signé, le 26 septembre, le décret créant un Détachement Intégré de Sécurité (DIS), conformément au Mémorandum d Accord entre les Nations Unies et le Gouvernement du Tchad. Les 320 éléments du DIS déjà formés par la MINURCAT devraient être déployés à l est très prochainement. Pour rappel, le DIS est composé de gendarmes et policiers tchadiens qui doivent «assurer le maintien de l ordre et le respect de la loi dans les camps de réfugiés, les sites regroupant les personnes déplacées et les principales villes dans les régions avoisinantes et aider à assurer la sécurité des humanitaires». 1 Situation humanitaire Accès L accès reste limité à certains endroits à cause de la dégradation de l état des routes causée par les pluies et aussi par la montée de l insécurité. Cette insécurité a entraîné la suspension temporaire des activités de trois ONG et la réduction des activités d autres intervenants à Goz Beida, Adé et Dogdoré. L accès aux soins de santé, à l eau et à l assainissement ainsi qu aux centres nutritionnels thérapeutiques pourrait être compromis pour environ près de 70 000 déplacés 2 à Dogdoré et à Adé, si des mesures appropriées ne sont pas prises par les autorités locales pour garantir la sécurité et permettre aux organisations de travailler dans un minimum de quiétude. Protection et Mouvement de population Mouvements de population dans l Assoungha Une centaine de familles en provenance des villages de Mourou et Wandalgalda se sont déplacées dans l Assoungha nord. Ces familles auraient fui des exactions perpétrées dans leurs villages. Elles sont 1 Texte du document. 2 Chiffre ONG.
momentanément installées à 32 km de Farchana aux environs de Toumtouma, dans le village de Guerdjedide. Une mission d évaluation a été menée dans la zone de déplacement et dans celle d origine afin de mieux cerner la situation. Inondations à Doba au sud Depuis une dizaine de jours, de fortes pluies ont inondé la ville de Doba et au moins cinq quartiers de l est de la ville ont subi des dégâts considérables avec notamment 8 000 personnes sinistrées et 575 cases effondrées. Un comité de crise, présidé par le Gouverneur et comprenant la Croix Rouge départementale et la Mairie, a commencé à recenser les sinistrés et évaluer leurs besoins. Les autorités vont donner une aide en vivres, moustiquaires, nattes. Elles ont déjà procédé au traitement de l eau à l hypochlorite mais il y a un manque de produits qui limite ce traitement. Sécurité Alimentaire L approvisionnement en vivres du PAM est actuellement favorable et permet depuis le 1er septembre 2008, la distribution de rations de vivres de 2 100 kcals aux réfugiés soudanais à l est du Tchad. Le plan d assistance alimentaire du PAM pour 2 009 pour les déplacés et les retournés va dépendre des résultats de l enquête sur la vulnérabilité des ménages (VAM -Vulnerability Analysis and Mapping/Cartogtaphie et Analyse de la vulnérabilité des ménages-) du PAM et de l évaluation de la campagne agricole en cours. En fonction des résultats de l enquête et des récoltes, le PAM prévoit des distributions de vivres ciblées aux groupes vulnérables, d étendre le programme des cantines scolaires, d appuyer des centres nutritionnels ainsi que des projets de développement à impact rapide dans les villages de retour. Le PAM continuera à apporter une aide ponctuelle ciblée dans des poches d insécurité alimentaire identifiées par les partenaires opérationnels et le CICR. Les distributions de semences de cultures de contre saison ont commencé cette semaine à l est et vont se poursuivre durant le mois d octobre. Elles permettront la production de cultures vivrières (sorgho de décrue), maraîchères et de vente. A travers ce projet financé par OFDA, la FAO assiste 7 500 personnes (déplacés, retournés et communautés hôtes). La distribution des semences de pois-chiche, dont la récolte sera distribuée l année prochaine aux populations vulnérables à l est du Tchad, a également commencé cette semaine. Ce projet financé par la coopération française sera exécuté par 200 agriculteurs multiplicateurs de semences. L ONG nationale Sahel Action Durable vient de s installer à Farchana. Cette ONG, financée par la Coopération Suisse, développera des activités de sécurité alimentaire dans le camp des réfugiés de Farchana et les villages environnants sur un rayon de 15 km. Santé Du 1 er janvier au 30 septembre, 24 de cas de poliomyélite virus sauvage (23 de type 3 et un de type 1) ont été confirmés au Tchad. En 2007, il y avait 21 cas de polio (19 cas de type 1 et deux de type 3). Ces chiffres montrent qu il y a une recrudescence des cas de polio nécessitant des actions urgentes pour freiner la propagation de cette maladie handicapante. Actuellement la poliomyélite est endémique dans cinq pays au monde dont deux en Afrique à savoir le Tchad et le Nigéria. Selon l OMS, un seul cas suffit pour qu une épidémie de poliomyélite soit déclarée. L OMS a organisé, le 25 septembre, à Amleyouna à l est du Tchad, une formation sur la surveillance épidémiologique des cas de paralysie flasque aigue (PFA) et la prise en charge des cas de poliomyélite à l intention des infirmiers et du personnel communautaire des centres de santé des camps et des centres de santé publique. D autres formations sont planifiées pour les autres districts de l est du Tchad. L épidémie d hépatite E dans le camp des déplacés de Dogdore sévit toujours avec 21 nouveaux cas notifiés au cours de la troisième semaine de septembre (38) portant ainsi le total des cas recensés à 1 057 cas, incluant 11 décès depuis le début de l épidémie. L OMS soutient les activités de surveillance et de réponse. Depuis le 22 septembre 2008, l OMS, le UNHCR et la Délégation Sanitaire du Ouaddai conduisent une mission d enquête dans le camp de réfugiés de Bredjing. Cette mission a pour but de préparer la réponse aux 2
nombreux cas de syndrome Ictérique Aigüe enregistrés dans ce site. Le rapport de cette enquête est attendu au cours de la semaine qui vient. L OMS prépare la livraison d un don en équipements et matériels de laboratoire (sur financement ECHO) aux autorités administratives et sanitaires de la région de Wadi Fira. Ce don est destiné à la création d un laboratoire bactériologique à l hôpital de Biltine Cette Semaine, UNFPA a fourni des kits individuels pour assurer 300 accouchements propres aux femmes déplacées dans trois sites. UNFPA travaille en partenariat avec MSF-Hollande pour ce programme. Nutrition ACF a partagé cette semaine, les rapports préliminaires des trois enquêtes nutritionnelles menées sur deux sites de déplacés situés autour de Goz Beida (Gassiré et Gouroukoun) et sur le site de déplacés de Dogdoré. Selon les résultats préliminaires, le taux de malnutrition générale est de 10.1% à Gassiré, 5,8% à Dogdore et 4,7% à Gourounkoun. Concernant la malnutrition sévère les taux seraient de 0,5 % à Gassiré et Gourounkoun et 0,1% à Dogdore. Les enquêtes prévues à Adé et Kerfi n ont pas pu être menées pour des raisons sécuritaires. Selon le cluster nutrition, ces résultats préliminaires reflètent des taux de malnutrition acceptables dans les sites enquêtés toutefois quelques acteurs humanitaires ont signalé que la situation serait préoccupante dans la zone de Kerfi d où la nécessité d y conduire des enquêtes dés que les conditions sécuritaires le permettent. Ces enquêtes nutritionnelles sont financées par UNICEF et font partie d une série d enquêtes nutritionnelles actuellement en cours sur les sites de déplacés de l est. Education L ONG RET a constaté que le programme d éducation à distance a enregisté une augmentation du nombre de candidats à la prochaine session d examen au baccalauréat. RET envisage de recruter 30 élèves réfugiés par camp et cinq autochtones par localité à la prochaine rentrée scolaire. Le 20 septembre, l ONG JRS, en collaboration avec la Direction chargée de la Formation de Maîtres, a terminé la formation pédagogique de 141 enseignants communautaires dans les sites de déplacés de Koukou-Angarana et Goz Beida. L ONG Feed the Children, partenaire du PAM pour la mise en œuvre du programme des cantines scolaires, a visité récemment les sites de déplacés à l est du Tchad pour évaluer l état des infrastructures scolaires avant le lancement du programme pour l année scolaire 2008/2009. Au total, 88 000 élèves sont ciblés par le programme des cantines scolaires cette année. Logistique Le cluster logistique, animé par le PAM, a fait le bilan des vols humanitaires durant la saison des pluies lors de la dernière rencontre du groupe, à, le 24 septembre. Globalement, les différents opérateurs ont réussi à desservir toutes les destinations, malgré des difficultés à Guéréda (à cause de l état de la piste), à Koukou (problème techniques des avions) et à Dogdoré avant la réelle mise en place des vols UNHAS. Les réhabilitations des pistes n ont pas permis un accès permanent aux avions, surtout pendant ou juste après une forte pluie. Le cluster recommande, ainsi, pour l année 2009 de faire un état des lieux sur les réhabilitations nécessaires et de réaliser les travaux bien avant les pluies. Le compte rendu des réunions du cluster logistique et tous les documents relatifs aux évacuations des différents opérateurs sont en ligne sur le site: www.logcluster.org Cohésion sociale et coexistence pacifique Le 25 septembre, une rencontre a regroupé la majorité des chefs des villages et de ferriques de la souspréfecture de Kerfi, y compris les Arabes, les Muro, les Dajos et les chefs des déplacés. Cette réunion a permis de commencer à mettre en place un comité local de réconciliation entre les membres des différents groupes de la localité ainsi que de rechercher les mécanismes pour la prévention et la gestion des conflits intercommunautaires. L UNHCR, qui a été initié et facilité cette initiative, aidera à la mise en place technique des instruments de fonctionnement de la structure à instituer. Une mission de suivi du UNHCR sera faite dans la localité très prochainement. 3
Action contre les mines Les opérations de dépollution et de déminage se poursuivent au Tchad sous l égide du Haut Commissariat National au Déminage (HCND). La présence des mines et des engins non explosés constitue un danger quotidien pour la population et un frein au développement socio-économique ainsi qu au bon déroulement des opérations humanitaires dans certaines zones. Le HCND dispose, depuis août 2008, d une capacité opérationnelle de deux unités de déminage et de trois unités de dépollution. Selon le HCND, 190 nouvelles victimes des mines et UXO 3 dont 57 décès et 133 blessés) ont été enregistrées en 2007 contre 98 entre janvier et septembre 2008-dont 17 décès et 81 blessés. Plus de 70 % des victimes sont des enfants. L éducation au risque des mines (ERM) mise en œuvre par les équipes du Centre National de Déminage bénéficie d un appui de l UNICEF pour la mise en place d un module intégré au programme scolaire. Depuis 1998, le PNUD appuie le Gouvernement du Tchad dans la coordination du programme national de lutte contre les mines par l intermédiaire du Bureau des Nations Unies pour l Appui aux projets (UNOPS). L UNICEF et le PNUD recherchent un million de dollars ($1 157 000) à travers le CAP pour le Tchad en vue d appuyer les actions du gouvernement dans les volets de l éducation au risque des mines, du renforcement des capacités et des activités de dépollution. A ce jour aucun financement n a été reçu. : L ONG MAG (Projet PNUD/UNOPS d appui au programme national de lutte contre les mines) a achevé l action de dépollution de la ville de. Le bilan total des UXO collectés et détruits dans la ville est de 46.888 munitions (3,15 tonnes) sur une surface totale contrôlée par les équipes de 10 km². Am-Zoër: A partir du 15 Septembre 2008, les équipes se sont déployées sur Am-Zöer pour commencer le travail de collecte et de marquage des munitions dans la ville. Les équipes ont marqué les munitions non déplaçables et collecté les munitions abandonnées. Le bilan total des munitions inventoriées dans la ville de Am-Zöer est de 136 munitions et 600 kg de cartouches de divers calibres sur une surface totale contrôlée par les équipes de 18900 m². Coordination et plaidoyer A la suite des multiples actes de banditisme de cette semaine et les conséquences désastreuses pour les opérations humanitaires, le Coordinateur Humanitaire, a. i, accompagné de la Coordinatrice Humanitaire Adjointe et de la Responsable du bureau OCHA au Tchad, ainsi que des représentants d ONG victimes de ces actes, ont rencontré le Représentant Spécial de la CONAFIT (Coordination nationale d appui au déploiement de la force internationale à l est du Tchad), le 28 septembre à Ndjaména. Lors de cette rencontre, les humanitaires ont rappelé les conditions de sécurité dans lesquelles ils travaillent et ont demandé le renforcement des mesures de sécurité mais aussi, et surtout, que les agresseurs soient recherchés, arrêtés et jugés, que l impunité générale dont jouissent ces personnes stoppe. Le Représentant spécial de la CONAFIT a fait part de la signature du Décret Présidentiel créant un Détachement Intégré de Sécurité, conformément au Mémorandum d Accord entre les Nations Unies et le Gouvernement du Tchad. Les éléments du DIS déjà formés par la MINURCAT devraient être déployés à l est très prochainement. Des actions parallèles ont été menées aussi aux niveaux régional et local par les intervenants concernés. Le cluster Sécurité Alimentaire, animé par le PAM et la FAO, prépare actuellement l enquête VAM (Vulnerability assessment mapping/enquête sur la vulnérabilité des ménages) pour l'est du Tchad. Cette enquête qui se déroulera du 20 octobre au 3 novembre couvrira les 12 camps de refugies, 15 sites de déplacés et 3 villages de retour. Le PAM y convie tous les partenaires intéressés. Le sous-cluster cluster Violences basées sur le Genre (SGBV), animé par UNFPA, s est réuni le 26 septembre à pour discuter, entre autres, des termes de référence du sous cluster et du plan d action des différents acteurs intervenant dans ce domaine pour le dernier trimestre de l année. UNFPA prévoit d organiser un atelier à sur le thème des violences basées sur le genre à l est du Tchad. Mobilisation des ressources L appel de fonds humanitaire pour le Tchad financé à 67% 3 Engins non explosés. 4
La base de données pour le suivi des fonds reçus dans le cadre de l appel de fonds humanitaire (CAP) pour Tchad 2008 indiquait que les contributions financières reçues au 30 octobre s élèvent à 211 millions de dollars américains soit 67% du montant total de 315 millions de dollars recherchés depuis la révision semestrielle de cette année. Les financements reçus par secteur sont répartis comme suit : agriculture 34%, coordination et services d appui 55%, éducation 12%, alimentation 91%, santé 29%, multi secteur 59%, protection/droits de l homme 28%, eau et assainissement 56%. Les projets destinés aux actions contre les mines et pour relèvement économique n ont pas encore reçu de financement dans le cadre du CAP. Pour plus d informations sur les contributions des donateurs, les niveaux de financement par secteur et par organisation veuillez consulter le site de ReliefWeb: http://ocha.unog.ch/fts/reports/daily/ocha_r3sum_a796.pdf Calendrier des événements/réunions Date Evénements Où 6-7 octobre Etats généraux de l éducation (ONG RET, SECADEV, PU, CRT, CORD et UNHCR) 7 au 11 octobre Session de formation des prestataires secteur nutrition organisée par UNICEF et Délégation Sanitaire du Ouaddai Département de l Assoungha 7-15 octobre Mission DPKO pour la revue à mi-parcours de la mission Minurcat Ndjamena/est Tchad 8 octobre Session d information sur le droit international humanitaire organisée par le CICR à OCHA 8 octobre à 9h. 8 octobre Sommet Tchad/Soudan Ndjaména 9 octobre Rentrée scolaire dans les camps de réfugiés Est 15 au 16 octobre Réunion du Groupe Technique Consultatif (GTC) pour l éradication de la Polio au Tchad (OMS et Ministère de la Santé). Ndjaména 15 octobre Journée internationale de lavage des mains Goz Beida 16 octobre Journée Mondiale de l Alimentation (FAO) -Moundou 20 oct - 3 nov Enquêtes VA M (PAM) Est Tchad 23-24 octobre Evaluation des approches et stratégies d aide aux victimes de violences basées sur le genre les 23 et 24 octobre (UNFPA) Ce rapport a été préparé grâce aux informations collectées auprès des sous-bureaux de OCHA à Farchana, Goz Beida, Koukou Angarana,, du bureau de OCHA à Ndjaména et des partenaires. Pour toute autre information, prière contacter: Katy Thiam, Chargée de l Information, OCHA : Maurizio Giuliano, Chargé de l Information Publique, OCHA Ndjaména: Tél. (235) 620 15 42 e-mail : thiamk@un.org Tel : (235) 605 38 92 email : giuliano@un.org 5