«Sèvres» mais pas «Manufacture de Sèvres»



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Transcription:

«Sèvres» mais pas «Manufacture de Sèvres» Florence Slitine On s en doute, les pièces de céramique marquées «S è vre s» ne provi en n ent pas forc é m ent de la m a nu f actu re nati on a l e. Nous n a borderons pas ici le problème des innombrables faussaires anonymes qui ont apposé des marques apoc ryph e s sur leurs productions, mais celui des céramistes identifiés qui se sont installés dans la commune de Sèvres à l ombre de la vénérable institution et ont inscrit le nom de cette ville au revers d objets de leur fabrication. En procédant ainsi, ils ont agi de façon certes légitime puisqu ils mentionnaient l eur lieu de résiden ce, mais ils ont créé dans l e s prit de be a u coup d amateu rs une con f u s i on avec les produ cti ons de la manu f actu re nati o- nale. Si les pièces de porcelaine sont concernées au prem i er ch ef, les autres mati è res céra m i ques le sont aussi, car les artisans sévriens, à l instar de la manufacture de Sèvres, ont travaillé aussi bien la terre cuite que la terre vern i s s é e, la faïen ce, l a faïence fine ou le grès 1. Même si une pièce donnée n a pas été faite «par Sèvre s», mais «à Sèvre s», s on méri te peut ê tre fort gra n d, car les céra m i s tes dont nous a ll ons tra i ter ici et qui ont parfois appris leu r métier à la meilleure école : celle de la manufacture nationale, se sont souvent révélés des artistes de prem i er ord re. Certains ont eu une produ cti on pers on n elle alors même qu ils travaillaient à la manufacture nationale de Sèvres. Il faudra donc distinguer, par exemple, la pièce de la manu f actu re nati onale de Sèvres décorée par Taxile Doat de celle que Doat aura produite dans s on atel i er sévri en 2. Pour les iden ti f i c a ti on s, l a con n a i s s a n ce des marques est essen ti ell e : cell e s de la manu f actu re, pour proc é der par élimination et celles des céramistes privés pour procéder par attribution. Nous ne reproduirons pas ici les m a rques de la manu f actu re nati onale qui son t con su l t a bles dans plu s i eu rs ouvra ges de référence. 3 La plus ancienne manufacture privée sévrienne ayant utilisé le mot «S è vre s» dans sa sign a tu re, est la manu f actu re de faïen ces fines fondée par Charles Lambert. Le chimiste Charles-Philippe Lambert (Lauterbo u r g, Ba s - Rh i n, 8 f é vri er 1 75 3- S è vre s, 7 a o û t 1835), après avoir créé la «Manufacture des cristaux et émaux de la Reine» (à ne pas confondre avec la «Verrerie royale» qui produisait des verres dans le style de ceux de Venise) et s ê tre occupé d une en treprise de fabri c a ti on d émail pour horl ogers et bij o uti ers, ach è te en 1 7 97, de s bâtiments situés dans le bas de l actuelle Grande Ru e, de part et d autre de cell e - c i. Avec Ba rt h é l é my Boyer et d autres assoc i é s, il fon de une société pour «la fabrication des terreries dans le gen re de celles existant en An gl eterre». L a m a nu f actu re devi ent op é ra ti on n elle en 1 7 9 9 et compte deux ans plus tard une soixantaine d ou- 1. Lambert. Marque. Sté Lambert et Cie., 1799-1801. Sèvres, musée national de Céramique (MNC.10458). 7 1

vriers. Elle parvient, grâce à un débit important, à concilier qualité du travail et prix abordables, au détri m ent cependant de la ren t a bi l i t é, puisque, dès 1801, elles est dissoute pour des rais ons financière s. Ses produ cti on s, ex tr ê m em en t ra re s, en ra i s on de la bri è veté de son ex i s ten ce, portent la marque «Lambert et Cie» en creux ou bien la marque-écusson peinte à la main (fig. 1). Il n est pas impossible qu à cette époque,lambert ait produit un peu de porcel a i n e. En ef fet, u n e a n ti qu a i re anglaise a mon tr é, il y a qu el qu e s a n n é e s, à Ta m a ra Pr é a u d, une pièce en porcel a i n e, portant le décor d un servi ce de Sèvre s of fert à l ambassadeur d An gl eterre en 1 8 02. L a m a rque était la su iva n te : «x» au-de s sus de «Sevres» peints et «L & C» en creux. L antiquaire a t tri buait cet te sign a tu re à Lambert et Ci e. L a deuxième société, qui s intitule «Manufacture de terre blanche des citoyens Hupais,Gélot et Cie. 4», est dirigée par Berlancour jusqu en 1804. La plup a rt des pièces alors produ i tes sont marqu é e s «Sèvres» en lettres anglaises et en creux. (fig. 2). Cet te marque est celle qu on ren con tre le plu s s o uvent après le départ de Lambert. Après une interruption de quatre ans, la manufacture produit, sous la direction de Puibusque et Méry, de la faïen ce fine imprimée sous co uverte et non p lus pei n te -uniqu em ent des pièces de servi ce s em ble-t-il- ven due à des prix ra i s on n a bles et qu el ques pièces en «grès fin» jaune nankin. ( f i g ; 3). En 1 8 1 0, un arch i tecte, Mi ch el - Ma ri e Cl ava reau devi ent propri é t a i re de l en trepri s e, qu il liqu i dera en 1 8 1 5. La marque est «S è v re s Clavareau Sèvres» en creux. Entre 1808 et 1815, on tro uve aussi : «S è vre s» en creux et «Im pre s s i o n sous émail à Sèvre s. Par brevet d inven ti o n» ou bi en l une ou l autre de ces deux marqu e s. ( fig. 4). Cette manufacture ayant duré moins de vingt ans, sa production est très réduite. Les pièces, de s tyle néo-cl a s s i qu e, s ont souvent agr é m en t é e s d un décor, g é n é ra l em ent brun manga n è s e, repr é s entant des scènes myt h o l ogi qu e s, h i s tori qu e s, m i l i t a i re s, des jeux d en f a n t s, des scènes de chasse, des scènes littéraires, des allégories Leur rareté,mais aussi leur qualité,tant au niveau de la peinture que de l impression font des pièces de «Lambert» des céramiques très recherchées des collectionneurs. Après la dissoluti on de sa prem i è re soc i é t é, Ch a rl e s - P h i l i ppe Lambert avait recom m encé à f a bri qu er de son côté, des «grès fin s» jaunes et 2. Lambert. Marque. A partir de 1801. Sèvres, musée national de Céramique (MNC. 18232 2.). Photo Martine Beck Coppola. 3. Lambert. Marque. Période Méry-Puibusque, vers 1808-1810. Sèvres, musée national de Céramique (MNC.14799). 4. Lambert. Marque. Période Clavareau, vers 1808-1815. Sèvres, musée national de Céramique (MNC 3026 3). 7 2 revue de la société des amis du musée nati onal de céra m i qu e

5. Lambert. Marque. Manufacture personnelle. Vers 1810. Sèvres, musée national de Céramique ( MNC. 26852.3). 6. Boudon de Saint-Amans. Marque. Sèvres, musée national de Céramique (MNC 1666 8.). 7. Boudon de Saint-Amans. Marque. Sèvres, musée national de Céramique, (MNC. 1628 5). Photo Martine Beck Coppola. n oi rs à la manière angl a i s e. Il en con ti nuait la production dans son ancienne fabrique d émaux où il em p l oyait une dizaine d ouvri ers. O n connaît de cette entreprise (1803-1808), plusieurs pièces 5, parfois dorées, signées ainsi: «LAMBERT SEVRES n o 21.» (fig. 5). Lambert était installé en ef fet, 21 ( s el on la nu m é ro t a ti on de l époqu e ), Grande Rue, à Sèvres 6. Toutes ces pièces de faïence fine faites par l une ou l autre des manufactures Lambert ne doivent pas être confondues avec les pièces de faïence fine ex é c utées à la manu f actu re royale de Sèvre s, entre 1827 et 1829, par le chevalier Pierre-Honoré Boudon de Saint-Amans, qui portent la marque «Sevre s», su rm ontée d une co u ronne ou «Sevres» en creux (figs. 6 et 7). Avec l appui de Brongniart, qui poursuivait à son tour l idée d introdu i re en Fra n ce des mati è res céra m i qu e s em p l oyées avec su ccès par les An gl a i s, Sa i n t - Am a n s, fait con s tru i re, à ses fra i s, un petit fo u r dans la manufacture. Il entreprend d y fabriquer des pièces en poterie, en faïence fine, en grès ou en «porcelaine tendre» (bone china). Brongniart ex posa les résultats obtenus à côté des produ i t s de la manufacture,lors de l Exposition des manuf actu res royales (Palais du Lo uvre, 1 er ja nvi er 1829). «Q u oi que cet te fabri c a ti on ait été faite entièrement aux frais de M. de Saint Amant [sic] et que les produits lui appartiennent, comme elle a eu lieu sous la pro tecti on du Roi, dans la fabrique de porcelaine de S.M., sous les yeux de l administrateur de cet établissement et des artistes qui lui sont attachés, on a pu en regarder les produits comme émanant de l établissement dans lequel le Roi a voulu que les arts céramiques trouvassent des modèles et des secours en tous genre s» 7. Les prem i ers essais ayant pr é s enté de s «résultats assez nombreux et assez évidens [sic] pour en ga ger des capitalistes à fon der des établ i s s em ens [sic] en gra n d» 8, l ex p é ri en ce prend fin et Boudon de Saint-Amans part pour Bordeaux où il finit par s a s s oc i er avec Davi d Johnston. Le peintre Nicolas-Marie Moriot 9, (Versailles, 7 ja nvi er 1788- Sèvre s, 20 avril 1852), s p é c i a l i s é dans les figures et les portraits travaille à la manufacture royale de 1827 à 1848, date à laquelle il est réformé à la suite de la diminution des effectifs, con s é c utive à la révo luti on de févri er. Mori o t avait monté depuis qu el ques années 10 u n e f a bri que de porcelaine ten d re dans la vi lle de «s è vre s» mais pas «m a nu factu re de sèvre s» 7 3

Sèvres. Sa marque : «Sèvres» en bleu, imite tout à fait une des marques employées par la manufacture de Sèvres, aux alentours de 1800. En 1846 ou 1847, il s associe avec Jacob Petit. À l Exposition des produits de l In du s trie de 1 849, Jacob Peti t obtient une médaille d argent : il exposait des pièces de porcelaine dure mais aussi quelques vases en porcelaine tendre, 11 le fruit donc de son assoc i a ti on avec Mori o t. La manu f actu re royale ne dut pas appr é c i er l uti l i s a ti on d une marque si proche de la sien n e. De plu s, Mori o t, l ors qu i l avait été rec ruté par la manu f actu re de Sèvre s, s était en gagé à «ne pas pei n d re sur porcel a i n e pour d autres que pour la manu f actu re même dans [ses] moments de loisir sans l autorisation écrite de l administration». Toujours est-il que la destruction du four, demandée par l administrati on, est constatée en 1 850 1 2. Cepen d a n t, a pr è s son licenciement et jusqu à la fin de sa vie, Moriot re ç ut une pen s i on annu elle sur les fonds de secours de la manufacture royale «eu égard à ses longs et consciencieux services et à son dévouement absolu» 13. À son décès, Moriot est domicilié, 84, Grande Rue à Sèvres. Une assiet te (fig. 8) porte la marqu e : «À LA VILLE DE SEV R E S - M AC E», bo u l eva rd de s It a l i en s, 2 3 et rue de Ch oi s eu l, 2 0» [ P h o to 9] 1 4. Louis Aimé Césaire Macé qui possédait ce magasin à Pa ris était un décora teur de céra m i qu e s installé à Auteuil, 21 bis rue Boileau 15. Il est connu pour avoir ad a pt é, vers 1 847, le procédé d impre s s i on en ch rom o l i t h ogra phie à la porcel a i n e et à la faïen ce 1 6 et en avoir lon g temps ga rdé le monopole. Dès 1855, son travail est reconnu puisqu il obti ent cet te année-là, à l Ex po s i ti on univers elle de Pa ri s, une men ti on hon ora ble po u r «d é cora ti on va riée de porcelaines de Sèvre s. Procédé particulier d impression en or et en coul eur qui réalise une gra n de écon om i e». Il pr é- s en te des pièces à l Ex po s i ti on univers elle de Londres en 1862 ; à cette date, il exporte 60 % de sa production. Il figure à l Exposition de l Union centrale de 1865 comme fabricant de porcelaines d é cor é e s. À l Ex po s i ti on univers elle de Pa ris en 1 8 67, domicilié 4 5, rue Boi l e a u 1 7, il obti ent une m é d a i lle d argent pour «ch rom o l i t h ogra ph i e c é ra m i qu e». Le ra pporteur de cet te manife s t a- tion apprécia particulièrement sur son stand,une frise et trois panneaux persans. Il salua la qualité d i m pre s s i on des autres pièces mais les tro uva cependant un peu trop colorées 18. En 1878, Macé prend part une nouvelle fois à l Exposition universelle. Enfin, à l Exposition universelle de 1889, «Macé Veuve et fils», 45, rue Boileau présentent des «porcelaines et faïences décorées, services de table» 19. La manu f actu re Mi l et est la plus ren om m é e des entreprises privées implantées dans la ville de Sèvres. Son fondateur, Félix-Optat (10 juin 1838-28 janvier 1911), est issu d une famille de céramistes normands qui tissa des liens avec la manufacture nationale de Sèvres: son père, Jean- Ni co l a s - Ma rc y fut mouleur de faïen ce, s on f r è re Ni co l a s - Am broi s e, ch ef des fo u rs et pâte s. Lu i - m ê m e, y en tre comme élève en 1 85 5, puis à partir de 1862 comme modeleur de terre cuite. Il en démissionne en octobre 1879. Il désire en effet se con s ac rer à la fabri que de céra m i ques d art qu il avait fondée quelques années auparavant 20 8, rue Troyon, non loin de la manufacture nationale. Milet participe à de nombreuses expositions où ses produ cti ons sont distinguées (médaill e d a r gent en 1 8 84 à l Un i on cen tra l e, en 1 8 85 à l Exposition universelle d Anvers, médaille d or à l Exposition universelle de Paris en 1889 ). C est la ju s te récom pense des méri tes d un céra m i s te inventif qui produisait alors des pièces uniques : des porcelaines et des grès mais surtout de belles faïences émaillées, des faïences décorées d émaux cl oi s on n é s, de paill ons d or Optat bénéficiait certes de be a u coup d ato ut s : sa form a ti on à la manufacture nationale de Sèvres,l aide technique de son frère, la collaboration de peintres de talent comme Eugène Froment-Delormel. Son fils, Paul (1870-1950), ancien élève de l école de la manufacture de Sèvres, collabore avec lu i, reprenant progre s s ivem ent l affaire à parti r des années 1 8 9 0. En 1 9 0 0, il rem porte une m é d a i lle d or à l Ex po s i ti on univers ell e. Pa u l Milet crée tout d abord dans la même veine que s on père, mais la con j on ctu re écon om i que le con traint en su i te à ori en ter sa produ cti on vers des pièces de série en faïence: animaux, statuettes genre Chine, faïences monochromes de production courante. Hen ri Mi l et (1 9 07-1 9 8 7) reprend l en trepri s e familiale en 1945. Jusqu à la mort de son père, il produit encore des grès assez fins à décor géométrique. L entreprise est rentable d un point de vue économique mais se cantonne dans une production de faïences en série. La fabrique restera active jusqu à la fin des années 1960. 7 4 revue de la société des amis du musée nati onal de céra m i qu e

8 et 9. «A LA VILLE DE SÈVRES/MACÉ» : Assiette à thé et marque. Coll. part. «s è vre s» mais pas «m a nu factu re de sèvre s» 7 5

La maison Mi l et a em p l oyé de nom breu s e s m a rques qui doivent être proch a i n em en t publiées dans «l Estampille/L Objet d Art». Celle qui pr ê te plus que to ute autre à con f u s i on est «M P S è v re s» pour «Mi l et Pa u l» mais qui fait inévitablement penser à «manufacture de porcelaine de Sèvres»! Al bert Dammouse (Pa ri s, 2 2 octobre 1 84 8- S è vre s, 1 9 juin 1 9 2 6) : fils de Pierre - Ado l ph e, s c u l pteu r- d é cora teur de la manu f actu re nati o- nale de Sèvres, Dammouse suit de brillantes études artistiques qui feront de lui un remarquable tech n i c i en maîtrisant la porcel a i n e, comme la faïence, le grès ou la pâte de verre. Homme aux t a l ents mu l ti p l e s, il sera sculpteu r, pei n tre autant que céramiste. À l âge de 21 ans, il reçoit le Grand Prix de l Un i on cen trale des Be a u x - Art s pour une esquisse décorative. Marc-Louis Solon, dit So l on - Mi l è s, d é cora teur à la manu f actu re nationale de Sèvres, lui enseigne, dans un atelier ex t é ri eur à la manu f actu re, la tech n i que de s d é cors en pâtes d app l i c a ti on 2 1. Lors que Mi l è s part pour l Angleterre en 1871, Albert Dammouse installe à Sèvres, 12, rue des Fontaines, un atelier de décora ti on sur porcel a i n e. Son frère et tr è s proche co ll a bora teur Edo u a rd le rej oi n d ra, 24, sente de la Grande Haie. Albert connaît rapidem ent le su cc è s : dès sa prem i è re parti c i p a ti on à une exposition,à l Union centrale, en 1874, il remporte une médaille d or pour ses porcelaines. En 1887, il expose pour la première fois des faïences à l Union centrale. Il commença sans doute par faire cuire ses pièces chez des fabricants de Sèvres ( chez son ami Mi l et peut - ê tre? ) 2 2 avant de se f a i re con s tru i re, en 1 8 9 2, des fo u rs puissants lu i permettant de cuire la faïence, le grès (de plus en p lu s ), la porcelaine (de moins en moins) et la pâte de verre qui deviendra prédominante dans son œuvre. À partir du moment où il possède ses propres fours, Dammouse peut tenter toutes sortes d expérimentations de cuisson dans son atel i er. Sa lué comme un «m a î tre de la céra m i qu e contemporaine», il participe à toutes les grandes expositions : Expositions universelles de Paris en 1878, 1889 (médaille d or) et 1900 (Grand Prix) ; de Saint Louis en 1904; Exposition internationale des Arts décoratifs en 1925 et aussi régulièrement aux manifestations de l Union centrale, aux salons de la Société nationale des Beaux-Arts, de la Société des Artistes français, de la Société des Arti s tes décora teu rs Al bert Dammouse a 10. Albert Dammouse. Marque. Sèvres, musée national de Céramique, (MNC. 14717). 11. Albert Dammouse. Marque. Sèvres, musée national de Céramique, (MNC. 9543). remarquablement su traduire la sensibilité de son é poqu e. Après le style néo-ren a i s s a n ce de ses débuts, il opte pour un répertoire décoratif très n erveu x, très en l ev é, qui fait la part belle aux végétaux et aux pays a ges ja pon i s a n t s. To ut en réalisant des œuvres personnelles, Dammouse a conçu des modèles pour des fabricants de L i m oge s, trava i llé pour l atel i er d Auteu i l de Charles Haviland et pour celui de Vaugirard (grès d é cor é s ). Pour la manu f actu re nati onale de S è vre s, il a seu l em ent don n é, en 1 9 1 1, le proj et d un décor en rel i ef pour un cabaret à thé et à c a f é. Al bert Dammouse signait en général en bl eu, en vi o l et ou en vert : «A. D. S.» (fig. 1 0), «A.D. Sèvres» (fig. 11) ou «A. Dammouse Sèvres» ; ses grès et ses pâtes de verre sont gravés en creux: «A.DAMMOUSE.S» dans un cachet circulaire. Les liens de Ta x i l e - Maximin Doa t,( Al bi, 4 m a rs 1 851- Sèvre s, 1 938) (fig. 1 2) avec la manu f actu re de 7 6 revue de la société des amis du musée nati onal de céra m i qu e

S è vres sont ex tr ê m em ent étroi t s, p u i s qu il y en tre en 1 8 77, a pr è s des étu des de dessin et de sculptu re et que pendant près de tren te ans (ju s qu en 1 9 0 5), il y exerce les méti ers de décora teu r, m odel eur et sculpteu r 2 3. Il trava i lle la porcelaine et le grès et se spécialise dans les décors «p â te sur pâte». Pa ra ll è l em ent à son activité au sein de la manu f actu re, il produit des œuvres à ti tre pers on n el : a près avoir eu un atel i er à Pa ri s, rue de Ba gn eu x, o ù il cuisait sa produ cti on pers onn elle (des gr è s, des porcel a i n e s, des émaux à la manière de s émaux limousins) dans son fo u r à houill e. Il en installe un autre à Sèvre s, 47, rue Bra n c a s, vers 1 8 9 8. Il y po u rsuit ses trava u x dans un four à boi s. Doat partic i pe à de nom breuses ex po s i- ti on s : Sa l on des Arti s tes fra n ç a i s de 1 8 78 à 1 8 9 1, Sa l on de la Soc i é t é n a ti onale des Be a u x - Arts à partir de 1 8 9 2, Ex po s i ti on univers elle de 1 8 8 9 (où il obti ent une médaille d or pour de s «porcel a i n e s, p â tes ra pportées et des émaux de Limoge s» ), Ex po s i ti on univers elle de 1 9 0 0 Son œuvre est recon nu e en Fra n ce comme à l étra n ger. Après sa retra i te de la manu f actu re, il déploie une intense activi t é. To ut en con ti nuant ses ex p é ri m en t a ti on s, il fait la synthèse de ses con n a i s s a n ces dans le livre qu il publie en 1 9 0 5 aux Et a t s - Unis «Gra n d Feu Cera m i c s, a practical Tre a tise on the making of fine porcelain and gr è s». En 1 9 0 9, il accepte le po s te de directeur de l école de céra m i que de l un iversité de Saint Louis aux États-Un i s. En 1 9 14, i l ren tre en Fra n ce et po u rsuit son activité créatri ce ju s qu à la fin de sa vi e. Doat orne ses vases de fleu rs, dont les pétales on dulants con tra s tent avec de longues ti ges ra i de s. Cet te oppo s i ti on se retro uve dans l aspect des su rf aces qui peuvent être m a tes et bri ll a n tes sur une même pièce, com m e dans celui des émaux, tantôt fla m m é s, tantôt unis. 12. Caricature de Taxile-Maximin Doat par Fernand Paillet, 1879-1883, «Album des caricatures de la Manufacture de Sèvres». Archives M.N.S. Photo Martine Beck Coppola. E s prit curi eux et écl ecti qu e, il puise son inspirati on à des sources va ri é e s : ses profils en camée é voqu ent l An ti quité ou la Ren a i s s a n ce, ses émaux «sang de bœuf» imitent les émaux ch i n ois tandis que ses vases en forme de co u r ge ou de co l oqu i n te ex pri m ent une sen s i bilité nouvelle à la natu re, bi en en prise avec son époqu e. Taxile Doat peignait souvent la marque «T DOAT Sèvre s». La marque «AU VASE DE SEV R E S» (fig. 13) «de s tinée à être app l i quée en creux ou en rel i ef sur tous produits de porcel a i n e» fut déposée en 1 8 9 1 pour qu i n ze ans, par Emile Ro u xevi ll e, «s è vre s» mais pas «m a nu factu re de sèvre s» 7 7

13. «Au Vase de Sèvres». Marque déposée. 14 et 15. Amalric Walter. Vase en grès à décor végétal, H. :2 3 c m. Si gn a tu re. Co ll. p a rt. P h o to Ma rtine Beck Coppo l a. 7 8 dem eu rant 6 ou 1 0 2 4, rue Vi ll eh a rdouin à Pa ri s. «Au Va se de Sèvre s» est une marque de march a n d. En ef fet, à cet te date, E. Ro u xevi ll e, f a bricant de bron zes est pr é s enté dans l An nu a i re - Al m a n ach du Com m erce comme le su cce s s eur de la maison H é ri co u rt, 1 0, ru e Vi ll eh a rdo u i n, fondée en 1 84 8, qui proposait de s «va s e s, pen du l e s, c a n d é- l a bre s, l a m pes etc., d é cor é s gen re Sèvre s, sur mon tu re s Louis XV et XV I» et sous la ru bri que «m a rch a n d s de porcel a i n e», on peut lire, cet te année-là: «Au Vase de Sèvre s, porcelaines arti s ti qu e s, S è vre s, Sa xe, L i m oge s, E m a u x, Grand Feu, P â te ten d re, G a rn i tu res à vases porcel a i n e s, grand ch oix de fantaisie pour cade a u x. 1 5 bo u l eva rd Mon tm a rtre». La marque «Au Va se de Sèvre s» est ren o uvelée en 1 9 0 6, pour une même du r é e, par E. Ch é ron,n é gociant dem eu rant 1 5, bo u l eva rd Mon tm a rtre, su c- ce s s eur de Ro u xevi ll e. Il dut éten d re la gamme de s produits de la maison, car en 1 9 0 8, il parti c i pe au 3 e Sa l on des In du s tries du mobi l i er sous la dénom i n a ti on su iva n te : «Au Vase de Sèvre s - E. Ch é ron, D é cora ti on com p l è te d intéri eu rs d app a rtem en t s, 1 5 bo u l eva rd Mon tm a rtre». Amalric, Victor, Walter (Sèvres, 19 mai 1870 -? 1959), fils du peintre de fleurs de la manufacture de Sèvre s, Ado l phe Wa l ter, f ut lui-même élève peintre puis décorateur dans cette maison (1885-1892) pour laquelle il réalisa de nombreux projets de décors de vases. Il ouvre ensuite dans la commune de Sèvres un atelier où il aurait produit des faïences décorées en cloisonné 25. Il y fait en tout cas des grès, parfois en collaboration avec Gabriel Lévy (figs. 14 et 15). En 1903, il expose des pâtes de verre et des grès à la Société des Artistes français. Il s installe à Nancy où il se fait un nom en réalisant des pâtes de verre, mais il con ti nu e cependant à de s s i n er des proj ets de céra m i qu e s produites en série. Nous avons tro uvé à l In s ti tut nati onal de la propriété indu s tri elle la marque à profil végétal souligné de R.L. (fig. 16), destinée à «tous articles de porcel a i n e de leur fabri c a ti on» déposée en 1895, par René Lahaussois, 151, rue du Vieux Pont de Sèvres à Billancourt. En 1896, René Lahaussois et Cie est inscrit dans l An nu a i re - Al m a n ach du Commerce sous la rubrique «marchands de porcelaines» et sous celle de «manufactures de porrevue de la société des amis du musée nati onal de céra m i qu e

celaines» avec cette précision : «Vente et location pour bra s s eri e s, h ô tels et re s t a u ra n t s. Pa ri s. Province et Étranger. Service de luxe». Chavagnac et Gro ll i er sign a l ent que «R.Lahaussais [sic], a n c i en em p l oyé à la manu f actu re nati on a l e 2 6, fonda une peti te fabri que qui ne trava i lla qu en 1896» et ils reproduisent la marque «Pt SEVRES R.L et Cie» (fig. 17), en noir, relevé sur un buste en biscuit de l impératrice de Russie. La marqu e : «C E RA M I QUE NOUVELLE DE S EVRES Ch.F. et Cie S è vre s» dans un carto u ch e obl ong et échancré (fig. 1 8) est déposée en 1 9 01, par Ch. Foi s n on, domicilié à Pa ri s, pour «d é s i- gn er une pâte spéciale gen re Sèvre s». E lle est de s- tinée à être reprodu i te sur les éti qu et te s, l e s em b a ll a ges et les papiers de com m erce. Foi s n on était sans do ute seu l em ent un reven deu r. To u j o u rs en 1 9 01, il dépose une autre m a rqu e : ( f i g. 1 9) «C E RA M I QUE DE SEVRES C.A. FOISNON et Cie SEVRES PA R I S» dans un rect a n gle aux bord s a rron d i s. C est une «é ti qu et te de s tinée à désign er la céra m i qu e. E lle sera apposée sur les bon bonn i è re s, en c ri ers, ja rd i n i è re s, s t a tu et te s, etc.». Jean Mayodon (Sèvre s, 29 d é cem bre 1 8 93- Pa ri s, 2 7 octobre 1 9 67), re s s en tit pour la pei n tu re une voc a ti on qui tra n s p a raît dans son œuvre de terre: le décor, les co u l eu rs, lui importeront to u j o u rs p lus que la form e. Mayodon ne disait-il pas avoi r fait une «c é ra m i que de pei n tre»? Il ef fectue vra i- s em bl a bl em ent son appren ti s s a ge dans ce domaine chez Mi l et où, en to ut cas, il fait cuire ses prem i è res œuvre s, avant de con s tru i re son propre four vers 1 9 1 5. Ce four ne dut pas corre s pon d re à s on atten te, car il en fit en su i te con s tru i re deu x a utres par des spécialiste s, à côté de son atel i er i n s t a llé dans la maison familiale de Sèvre s, 3 0, ru e Bra n c a s 2 7. En 1 9 1 9, il ex pose au musée Gall i era où Géo Ro u a rd le rem a rque Il parti c i pe en su i te régul i è rem ent aux ex po s i ti on s s p é c i a l i s é e s : Sa l on de s Arti s tes décora teu rs, Sa l on d Autom n e, musée de S è vre s ; aux gra n des manife s t a ti on s : Ex po s i ti on i n tern a ti onale des Arts décora ti fs de 1 9 25, Ex po s i ti on intern a ti onale de Pa ris de 1 93 7 Se s œ uvres sont pr é s entées dans de pre s ti gi euses ga l e- ries priv é e s : Ro u a rd 2 8, Pri n t z, P é tri d è s, K. Gra n of f Il trava i lle étroi tem ent avec les grands noms de son époque dans le domaine de s a rts décora ti fs. Bi en qu ayant paru qu el qu e s années auparavant en con trad i cti on avec ce qu e l on faisait à Sèvres où on lavait les émaux, l e s d é b a rrassant à son avi s, «de to ut ce qui fait leu r 16. René Lahaussois et Cie. Marque déposée 17. «Pt SEVRES R.L. et Cie». Marque publiée par Chavagnac et Grollier, Paris, 1906. 18. «CÉRAMIQUE NOUVELLE DE SÈVRES.Ch. F & Cie «SÈVRES». Marque déposée. 19. «CÉRAMIQUE DE SÈVRES C.A. FOISNON & Cie SÈVRES- PARIS». Marque déposée. «s è vre s» mais pas «m a nu factu re de sèvre s» 7 9

20. Jean Mayodon. Signature avec une dédicace à Mme H. Milet. Coll. part. Mayodon signait généralement en creux. 21, 22 et 23. Vinsare. Marques déposées. (n o 21 : photo Martine Beck Coppola). be a ut é» alors que lu i, «s ef forçait de les em p l oyer à l état impur, a fin que les parcelles de produ i t s é tra n gers jouent au feu», il assume de 1 934 à 1 93 9 le po s te de con s ei ll er arti s ti que auprès de la manuf actu re de Sèvre s. Il en devi ent le directeur arti s- ti que pour une très co u rte péri ode, en 1 9 41-1 9 42, mais en est démis d of fice pour des ra i s ons aya n t tra i t, s em ble-t-il à son app a rten a n ce à la fra n c - m a ç on n erie dont il n a u rait pas fait la décl a ra ti on con form é m ent à la régl em en t a ti on de l époqu e 2 9. Jean Mayodon a su all i er comme pers on n e, la puiss a n ce à l éléga n ce. Ses femmes nues sem bl ent s é- ch a pper d anti ques bacch a n a l e s, ses tri tons et ses sirènes ja i llir d un univers marin qui lui est ch er. La Méditerranée n est pas seule à impr é gn er son œ uvre; la Pers e, l In de, l i n s p i rent éga l em en t. Se s d é cors fig u ra ti fs,s o uvent rehaussés d or, s é p a i s s i s- s ent parfois en léger rel i ef. Ses œuvres néce s s i ten t une gra n de maîtrise tech n i qu e : p a rfois cinq ou six c u i s s ons su cce s s ives de s cendant ju s qu à 7 0 0, ce qui lui perm et d obtenir des co u l eu rs ch a toya n te s et des ors som ptu eu x. S il a su rto ut décoré des pièces de form e, Mayodon a aussi conçu des œuvre s de gra n de taille (fon t a i n e s, s c u l ptu re s, p a n n e a u x d é cora ti fs ). Sa mati è re de pr é d i l ecti on est la f a ï en ce, mais il a réalisé des œuvres en grès et d autres en porcel a i n e. Mayodon signait «M» ou «M J» souvent su ivi de «S è vre s» (fig. 2 0). Paul Sa i lly (né à Mon tpell i er, vers 1 8 78), i n g é- n i eur céra m i s te, 140, Gra n de Ru e, d é pose en 1 9 29 les marques (figs. 21 et 2 2) «S EVRES MNF Fra n ce» et «XR Sèvre s» ; pour des faïen ces arti s ti qu e s. MNF pour «Ma nu f actu re No uvelle de Fa ï en ce s», mais ce sigle su ivant le mot «S è vre s», ne po uva i t m a n qu er d être con fon du avec celui de la manuf actu re nati onale de Sèvre s. Celle-ci dut sans do ute pro te s ter et en 1 93 6, la S.A.R.L. d i te V I N- SARE dépo s e : «S EVRES VINSARE Fra n ce» (fig. 2 3) pour «porcel a i n e s, f a ï en ces et po teri e s». «L. Ba t tut, 3 7, rue de Pa rad i s» à Pa ri s en a la repr é- s en t a ti on exclu s ive en 1 93 0. Vi n s a re, qui com pt a i t six ou sept ouvri ers fig u re en core dans l An nu a i re du Com m erce en 1 9 42. Cet te en treprise a fabri qu é des va s e s, des lampes et be a u coup de sculptu re s d animaux reco uverts d un «émail ch a gri n» donnant un ef fet plus «c ri s p é» que cra qu elé (fig. 24). En 1 9 4 6, Jean Ma ze a u d, domicilié 6, rue Croi x - Bo s s et à Sèvre s, d é pose la marque «LES AT E L I E R S DE CERA M I QUE fmf S è vre s Made in Fra n ce» ( fig. 25) pour «d i s ti n g u er : porcel a i n e s, f a ï en ce s, po teri e s, c é ra m i qu e s, gr è s, obj ets d art et d orn e- 8 0 revue de la société des amis du musée nati onal de céra m i qu e

m en t, s c u l pt é s, pei n t s, grav é s». Jean Ma ze a u d (1 1 n ovem bre 1 9 0 9-? ),p u p i lle de la Na ti on, avait un certain baga ge arti s ti que puisqu il avait fait des études à l école nati onale su p é ri eu re des Be a u x - Art s (1 932-1 935). Il fut bri è vem ent model eur à la manuf actu re de Sèvre s : un an seu l em ent (1 2 f é vri er 1 9 4 5-1 avril 1 9 4 6), le temps de ren con trer Jean Favero t (décédé vers 1 9 9 0), m o u l eur en plâtre qui démiss i onne en 1 9 4 6. Tous deux s a s s oc i en t. En 1 9 62, l e Bo t tin men ti onne «Les Atel i ers Céra m i qu e, 1 5 bi s, rue Vi lle d Avray à Sèvres (S. et O. )». Ce petit atel i er qui ne du ra pas très lon g tem p s, une qu i n z a i n e d a n n é e s, a produit une assez belle céra m i que avec proj ecti ons d or. ( fig. 2 6) La société «Kera m o s», peti te en treprise de céramique de six à huit employés, était implantée à Sèvre s, 1 2, rue des Pom m eret s. Créée par M. Henon, céramiste originaire des Ardennes qui avait établi un premier atelier à Montrouge, elle a existé dans les années 1950 et 1960. L entreprise était active et trava i llait même à l ex port a ti on. E lle produisait de petits obj ets en faïen ce émaillée, des cache-pot, des pieds de lampe, des poupées, des services à thé et à café, mais pas de services de table. (figs. 27 et 28). Ajoutons, avant de conclure, qu au xix e siècle, des su rd é cora teu rs de porcelaine «f a bri qu a n t» du faux Sèvre s, ont signé de leur nom su ivi de «Sèvres». Au hasard des catalogues de ventes aux en ch è re s, nous avons tro uvé les noms su iva n t s : H. Desprez, E. Pinmly, Barré, Schilt Il dut y en avoir bi en d autre s. E n f i n, nous avons vu aux a rch ives municipales de Sèvres la ph o togra ph i e d une pièce, une peti te kou bba, en céra m i qu e portant la marque «JRLS Sèvres», mais nous ne pouvons, hélas, en dire davantage. Les céramistes vivant et travaillant à Sèvres ont été beaucoup plus nombreux que ceux que nous ven ons d évoqu er, mais la plu p a rt ne sign a i en t pas «Sèvres». Depuis une trentaine d années, la com mune a su bi de profonds réaménagem en t s. Elle a connu d importants bouleversements écon om i ques et soc i a u x. À notre con n a i s s a n ce, l a m a nu f actu re nati onale est désormais la seu l e entreprise, œuvrant dans la domaine de la céramique, à y être encore installée. Je rem ercie vivem ent pour leur aide et pour les rensei gn em ents qu ils m ont fou rn i s : M m e s C l a i re C a n a pl e, An to i n et te Ha ll é, Anne La jo i x, G i n et te Le Lou a rn, V é ronique Ma gn ol, Germaine Mi l et, 24. Vinsare. Deux pigeons, faïence fine recouverte d «émail chagrin» ; H. : 19 cm. ; marque photo 21. Coll. part. Dolky de Mo n tbel, S a rah Sl i ti n e, Ta m a ra Pr é a u d, M M. Al ou a n i, Bern a rd Ba n n i er, Je a n - Yve s C h erm eu x, Ja cques Du pl a n, Pi erre Fou q u et, Go rd o n Mo rri s, Mi ch el Sch n ei d er, Jean-Claude Wa t tel. Florence Slitine, chargée de mission aux archives de la manufacture de Sèvres. N ote s 1 La manufacture nationale eut un atelier de faïences et de terres vernissées de 1852 à 1872. Elle ouvrit un autre atelier de faïences de 1920 environ à 1945. En 1925, elle présenta à l Exposition des arts décoratifs, des bas-reliefs en terre cuite et des pièces en faïen ce fin e. À l Ex po s i ti on universelle de 1900 et plusieurs fois par la suite, elle présenta des pièces en grès. 2 Nous avons souvent noté dans les catalogues de ventes aux en ch è res qu e, dans la de s c ri pti on d une pièce faite par un artiste connu pour la manufacture de Sèvres, le nom de l artiste précédait celui de la M.N.S. Nous estimons que c est le contraire qui devrait se produire. 3 No t a m m en t : Bru n et, Ma rcell e, Pr é a u d, Ta m a ra, S è vre s, Fribourg, 1978. «s è vre s» mais pas «m a nu factu re de sèvre s» 8 1

8 2 revue de la société des amis du musée nati onal de céra m i qu e

25 et 26. Les Ateliers de Céramique. Coupe en faïence bleue avec un décor de marbrures dorées. Ce décor était décliné sur des vases et sur des pièces de service. Diam. : 31 cm. H. : 9 cm. Marque. Coll. M. Schneider. 27 et 28. Keramos. Cendrier et marque. Coll. part. 4 Ex-associés de Lambert. 5 Buste de Bonaparte, théières, pièces de service à thé ou à café. 6 No u ga r è de, Cl a u de, «Fa ï en ces fines de Sèvres (1 7 9 8-1815)», Cahiers de la Céramique, du Verre et des Arts d u Feu, n o 45, 1969, pp.26-54. 7 «Notice sur quelques unes des pièces qui entrent dans l Exposition des manufactures royales faite au Palais du Louvre le 1 er janvier 1829», Paris, 1829, pp. 25-26. 8 «No ti ce sur qu el ques unes des pièces qui en trent dans l Ex po s i ti on des manu f actu res roya l e s», Pa ri s, 1 83 0, pp.34-35. 9 Dit «Moriot père». 10 En 1 844 s el on Ch ava gn ac et Gro ll i er, Hi s to i re des Manufactures.françaises de Porcelaine, Paris, 1906. 11 «Ra pport du ju ry cen tral sur les produits de l agri c u l tu re et de l indu s trie ex posés en 1 9 49», Pa ri s, 1 850, pp. 8 6 6-8 67. 12 Gu i ll ebon, R é gine de, Fa ï en ce et Po rcelaine de Pa ri s, xviii e -xix e siècles, Dijon, 1995. 13 Arch. man. Sèvres, dossier Moriot, carton Ob 8. 14 L Al m a n ach - Bo t tin du Com m erce de 1 840 i n d i que qu e Macé était marchand et fabricant de porcelaines et cris - t a u x, 4 5 ga l erie Vivi en n e. En 1 85 4, Macé C. est inscri t dans l An nu a i re général du Com m erce comme «f a bricant de porcelaines pour l exportation, cristaux des fab. de Baccarat, 20, rue de Choiseul» et «Macé (à la ville de Sèvres)», comme «marchand de porcelaines et cristaux, 23, Bd. des Italiens, au coin de la rue de Choiseul». 15 An nu a i re - Al m a n ach du Com m erce de Pa ri s, 1 8 67, p. 1 144. 16 Potin, Charlotte, Albert Dammouse, Paris IV Sorbonne, 1999, p. 99 : 17 Neuwi rt h, Wa l tra u d, Po r zell a n m a l er- Lexi kon 1 840-1 9 14, Braunschweig, 1977, p. 80. 18 «Ex po s i ti on Un ivers elle de 1 8 67 à Pa ri s. Ra pports de s d é l é ga ti ons ouvri è re s. Pei n tres sur céra m i qu e», Pa ri s, s.d., pp.25-26. 19 «Macé (C.), pei n tre et doreur sur porcel., Boi l e a u - Auteuil, 45» figure toujours dans l Annuaire-Almanach du Commerce de 1891. 20 Vers 1870. 21 Il subit sans doute aussi l influence de son père qui était un spécialiste de ce décor. 22 Cela paraît a priori plus simple et moins risqué que de les envoyer cuire à Limoges comme on l avance généralement. 23 En 1 8 85, il obti ent une médaille d or à l Ex po s i ti on univers elle d Anvers en tant que co ll a bora teur de la manu f actu re. 24 Selon les documents. 25 Cu s h i on, Jo h n P., Ma nu el de la Céramique eu rop é en n e, faïences, faïences fines, grès et terre cuites, Fribourg, 1987, p. 573. 26 Nous n avons pas trace de ce nom dans le fichier du personnel aux archives de la M.N.S. 27 En 1933, il fit cuire un grand vase (1 m 80 de haut) dans un four de la MNS. De 1930 à 1966, c est un tourneur de la M.N.S., René Auburtin, qui façonne ses pièces. 28 Lorsqu il expose chez Rouard en 1921, il vend 200 pièces en un mois! 29 Mayodon a créé pour la manufacture des formes et des décors de pièces de service, mais surtout des vases. «s è vre s» mais pas «m a nu factu re de sèvre s» 8 3