Evaluation qualitative des relogements dans le cadre du programme de rénovation urbaine de l agglomération grenobloise Rapport 2010 Version finale mai 2011 é t u d e s r e c h e r c h e c o n s e i l Association loi 1901 SIRET : 414 981 829 00040 Code NAF : 7220Z OSL 29 rue du Plat 69002 Lyon Tel. 04 78 38 52 00 Fax 04 78 38 52 02 osl@observatroire-social.org 1/146
Sommaire I. Contexte et méthodologie...3 II. Analyse par site...6 II.1. L opération Teisseire à Grenoble...6 II.2. L opération La Plaine à Saint-Martin d Hères... 20 II.3. L opération Mistral à Grenoble... 40 II.4. L opération Bastille à Fontaine... 68 II.5. L opération Village 2 à Echirolles... 81 III. Le relogement sur l agglomération vu par ses acteurs...108 III.1. Des logiques essentiellement communales... 108 III.2. Un accompagnement fin des ménages... 111 III.3. Le parcours résidentiel des ménages... 113 IV. Le relogement sur l agglomération vu par les ménages...115 IV.1 De l annonce à l installation dans le nouveau logement... 115 IV.2 L entrée dans le nouveau logement : l heure de vérité... 121 IV.3 Quel lien social dans les quartiers renouvelés?... 126 IV.4 Le PRU : changer de logement ou changer de vie?... 128 Conclusion...132 Annexes...138 2/146
I. Contexte et méthodologie L évaluation qualitative des relogements dans le cadre du programme de rénovation urbaine de l agglomération grenobloise vise à compléter les mesures quantitatives des trajectoires résidentielles des ménages concernés. Il s agit de rencontrer un panel de ménages sur l ensemble des sites concernés par les opérations de renouvellement urbain sur le territoire de l agglomération. 1. Etude du contexte En amont de ces rencontres, l étude documentaire et la rencontre des acteurs du renouvellement urbain sur l agglomération permettent de : - Réaliser un état des lieux des données existantes par site et au niveau de l agglomération - Recueillir la perception des enjeux sur le renouvellement urbain selon les acteurs - Recueillir les attentes vis-à-vis de l évaluation qualitative du logement - Préparer la réflexion collective sur les plans technique, stratégique et politique sur le relogement. L OSL a rencontré en 2009 une vingtaine d acteurs du relogement, membres du groupe technique relogement et élus des communes concernées par les opérations de renouvellement urbain (liste en annexe). Un certain nombre de documents ont été transmis à l OSL sur les opérations de renouvellement urbain et le relogement sur les quartiers enquêtés. Les éléments d analyse concernant les contextes propres à chaque site sont donc issus du rapport présenté l an dernier. Ils sont conservés dans le rapport 2010 afin de disposer d éléments contextuels en parallèle de l analyse des entretiens réalisés auprès des ménages. 3/146
2. Les entretiens auprès des ménages Au total, 145 entretiens sont prévus sur les 5 sites. Ces entretiens se dérouleront entre 2009 et 2012, en fonction de l avancée des opérations de relogement sur chaque site. En 2009, 64 entretiens ont été réalisé et un terrain d enquête à pu être clos (Teisseire). En 2010, 32 entretiens ont été réalisés répartis de la façon suivante selon les quartiers (ménages relogés entre mi 2008 et mi 2009) : Quartier date relogement : jusque Nombre de ménages relogés sur la période Nombre total d'entretiens prévus nombre total d'entretiens déjà réalisés Dont réalisés en 2010 Dont réalisés en 2009 Bastille fin 2008 12 30 7 4 3 Mistral mi 2009 51 37 22 10 12 La plaine mi-2009 18 22 22 4 18 Echirolles mi-2009 58 36 25 14 11 Teisseire 20 20 0 20 Total 139 145 96 32 64 L enquête est donc désormais terminée sur La Plaine Saint-Martin d Hères. Le guide d entretien vise à recueillir le ressenti des ménages par rapport à l opération de relogement (et d une manière plus générale à l opération de renouvellement urbain), à leur nouveau logement, à leur quartier et à leur nouvelle situation. En 2010, suite aux volontés du comité technique, les enquêteurs ont revu le guide d entretien sur les aspects emploi, loisirs, garde d enfants afin de mieux identifier les impacts du relogement sur ces thématiques. Avec l accord et la participation des parents, des enfants ont été interrogés afin de mieux cerner leur perception du relogement. Le cadre d enquête (au domicile et avec les parents) n a toutefois pas permis de recueillir des informations très différentes de ce que les parents avaient pu développer lors de leur entretien. Les ménages ont été rencontrés sur la base des listes des ménages relogés fournies par les bailleurs et la Ville de Grenoble. Un certain nombre de critères (en particulier le relogement dans le neuf ou l ancien, dans ou hors du quartier d origine, la variation du taux d effort) leur a été demandé et a permis de construire un panel représentatif des ménages relogés par quartier. Les bailleurs et villes ont facilité le travail d enquête en informant les ménages du déroulement de l opération. Les entretiens, d une durée de 45 minutes à une heure, se sont déroulés au domicile de l enquêté de façon semi-directive 1. Ce rapport présente donc, dans une première partie une analyse selon chaque site d étude. Cette analyse commence par l analyse des documents et entretiens d acteurs permettant de mieux cerner les particularités de la mise en œuvre de l opération de relogement sur le quartier (partie du document 1 Cf. guide d entretien en annexe de ce rapport 4/146
reprise du rapport 2009). Elle est suivie par l analyse des entretiens des ménages rencontrés. La deuxième partie du rapport propose, de la même façon, une analyse à l échelle de l agglomération. La présentation des différents sites suit la chronologie de mise en place des opérations de rénovation urbaine sur l agglomération. Cette chronologie a son importance dans la dynamique partenariale et les outils de concertation et contractualisation mis en place sur les sites : se nourrissant des expériences antérieures (sur l agglomération grenobloise et ailleurs) le cadre d intervention se formalise et s enrichit progressivement. 5/146
II. Analyse par site II.1. L opération Teisseire à Grenoble II.1.A. Présentation de l opération de relogement 1. Contexte de l opération Les Villes de Grenoble et Saint-Martin d Hères décident, fin 1998, d élaborer un projet conjoint de renouvellement urbain sur les quartiers de Teisseire-Jouhaux, Renaudie, La Plaine, ZAC Centre et Champberton. Ce projet se concrétise sous la forme d un Grand Projet de Ville (GPV), retenu dans le cadre du programme de renouvellement urbain. Il s agit du premier programme de rénovation urbaine sur l agglomération. La convention GPV Grenoble St Martin d Hères a été signée le 30 janvier 2006 entre le Préfet, l ANRU, ACTIS, les villes de Grenoble et St Martin d Hères, la Métro et la CDC. Une opération scindée en deux Teisseire est composé de 37 immeubles (petits immeubles de deux à quatre étages et 7 tours de 11 étages) regroupant 1200 logements sociaux. Immeuble résidentialisé à Teisseire. L opération concerne deux bailleurs : ACTIS et Grenoble Habitat (qui s est porté acquéreur de 117 logements auprès d ACTIS). Depuis 2001, près de 900 logements ont été réhabilités et 237 démolis (dont 129 avant l ANRU). La démolition concerne 2 tours et 5 barres. Grenoble Habitat à démoli 80 logements. Opération Grenoble Habitat Les acteurs estiment que 70% des relogements ont eu lieu sur place et 30% hors site. Nombre de logements à démolir: 80 Nombre de logements occupés 70 Nombre de décohabitations :? Nombre de ménages à reloger : 70 Etat du relogement au 31.12.2008 70 (100%) 6/146
2. Le dispositif mis en place pour le relogement Un cadre peu formalisé Teisseire est le premier quartier bénéficiant d une convention ANRU sur le territoire de l agglomération grenobloise. Cette dimension historique est valorisante : l opération à proposé un cadre nouveau dans lequel les acteurs, en particulier les bailleurs, ont renouvelé ou inventé de nouvelles pratiques. Elle est aussi contraignante : en l absence d habitudes et de modèle de comparaison, les acteurs sont intervenus dans le cadre d un dispositif encore peu formalisé et qui a évolué progressivement. Le cadre contractuel, partenarial et d actions auprès des habitants est, en effet, peu formalisé par rapport aux autres opérations. Il n y a ni convention ni charte de relogement concernant cette opération. L opération de relogement à Teisseire apparaît, plus que les autres, comme une opération menée par les bailleurs, dans une vision plus technique (relogement de personnes en tenant compte de leurs souhaits, de l évolution de leur taux d effort et du parc disponible) que politique (les acteurs sont critiques par rapport aux exigences de l ANRU sur un relogement à 50% dans le neuf). Le relogement et l accompagnement des ménages a été assuré par les bailleurs. Aucune MOUS n a été mise en place et les partenaires ont été peu concernés par cette opération. Les bailleurs défendent l aspect «familial» de la gestion de l opération : le travail de proximité, de rencontres individuelles des ménages (au sein de véritables «conseils de famille») a compensé l absence de dispositif partenarial. Et la mobilisation des contingents des réservataires a, selon Grenoble Habitat, facilité l opération de relogement. L opération menée par ACTIS de 1998 à 2005 a bénéficié du recrutement au sein d ACTIS d un chargé de mission relogement en 2002. Le cadre de négociation avec les habitants est individuel. L opération de démolition / reconstruction menée par Grenoble Habitat se déroule également dans un cadre peu formalisé. La relation avec les relogés s est déroulée de façon individuelle : mise en place d une permanence sur le site avec la conseillère sociale, entretien individuel avec elle pour la recherche d un logement en adéquation avec le souhait des locataires, propositions de logement aux familles, visite du logement et organisation du relogement avec la conseillère sociale. D une façon générale deux éléments semblent avoir joué en faveur des bailleurs sur cette opération : le temps et la mobilisation des habitants. L opération s est déroulée sur un temps relativement peu contraint. Ceci a favorisé la prise en compte de la demande des habitants. Selon Grenoble Habitat, une seule proposition a été faite par ménage. De toute façon, il n existait pas de cadre permettant de multiplier les propositions. Une mobilisation pour le quartier ancienne et vivante. 7/146
La mobilisation des habitants est une donnée ancienne sur ce quartier, sur lequel travaillent une vingtaine d associations. Le centre social (concerné par la rénovation puisque de nouveaux locaux ont été construits pour cet équipement) a été un relais fort d information et de mobilisation des habitants (notamment par le biais du théâtre forum), et d accueil des réunions. L association des locataires des 3 rues (Letonnelier / Jouhaux / Lafourcade) a été créée spécifiquement et s est imposée comme interlocuteur auprès de Grenoble Habitat. Historiquement implantée sur le quartier, la CSF a joué un rôle d accompagnement dans la phase de concertation avec les habitants et sur le projet d ACTIS, dans la mise en place d une charte de bon voisinage (en complément à la mise en place des comités de résidents composés des habitants référents par Unité Résidentielle). Actuellement, l association accompagne les ménages dans la livraison des appartements de Grenoble Habitat (sur les problèmes de conception et finition notamment). Un travail sur la mémoire du quartier a été réalisé. Mené par l'association AMAL, il a notamment donné lieu à une exposition (photos, témoignages d'habitants..) dans l'ancien centre social Teisseire, avant sa démolition. 3. L évaluation Une évaluation sans cadre formel Il n existe pas de dispositif formalisé d évaluation du relogement sur Teisseire. L opération menée par ACTIS a toutefois donné lieu à une évaluation (dont une approche qualitative par la rencontre de 20 ménages) par une personne missionnée par ACTIS dans le cadre d un stage en 2004. Cette évaluation a révélé la satisfaction globale des usagers, notamment en ce qui concerne les travaux réalisés dans les appartements (leur prise en charge étant vécue comme un véritable avantage par rapport aux demandes de mutation hors dispositif de rénovation urbaine). Qualitativement, l étude révèle deux attitudes parmi les locataires (et parmi d autres, moins marquées) : la nostalgie du quartier (qui s estompe avec le temps) et le relogement vécu comme une opportunité. Grenoble Habitat envisage de réaliser cette enquête mais n a pas encore fixé de délai ni de modalités d enquêtes. L enquête qualitative menée par l OSL auprès des ménages concerne uniquement l opération menée par Grenoble Habitat. Ces démolitions sont intervenues plus tard que celles d Actis, les entretiens peuvent avoir lieu auprès de personnes relogées depuis un à trois ans. Les entretiens qualitatifs réalisés par l OSL auront donc lieu sans enquête de satisfaction préalable pour les ménages relogés par Grenoble Habitat 2. 2 Comme validé lors de la réunion du groupe technique relogement du 23 mars 2009. 8/146
II.1.B. Analyse des entretiens avec les ménages relogés Sur le quartier Teisseire, l enquête concerne donc uniquement l opération menée par Grenoble habitat. Vingt ménages ont été rencontrés. L ensemble de l échantillon a donc été enquêté sur l été 2009 et l enquête est terminée sur ce quartier. Les ménages rencontrés ont été relogés entre 2005 et 2007 (un relogement tiroir, commencé en 2003 a été relogé définitivement en 2007, 15 ménages ont été relogés en 2007, 3 en 2006 et un en 2005). Parmi ces ménages, afin de composer un panel représentatif, 9 ont été relogés dans l ancien et 11 dans le neuf. 13 ménages rencontrés ont été relogés dans le quartier et 7 en dehors. Teisseire : une identité collective. Le quartier de Teisseire est marqué par le sentiment d appartenance de ses habitants. Il a permis la construction d une identité collective forte. Ce sentiment d appartenance - que les acteurs du relogement ont bien noté est vécu de manière différente selon les personnes interrogées, divisant les habitants marqués par cette approche identitaire et ceux la rejetant fortement. La première catégorie se distingue donc par le sentiment que Teisseire compose un quartier très soudé, solidaire. On l observe plutôt chez des habitants présents depuis longtemps. Parmi ces personnes, la majorité a noué avec le quartier un lien fort : certains y sont présents depuis 47 ans, 30 ans, voire y sont nés (trentenaires). Cette solidarité se traduit dans les liens familiaux et surtout de voisinage. Une habitante raconte que ses enfants pouvaient frapper à n importe quelle porte à Teisseire pour emprunter 50 euros mais que dans son nouveau quartier, les voisins n ouvrent pas, «même pour une boîte d allumette». Elle s est adaptée à cette situation dans son nouveau quartier, en fréquentant plus régulièrement les commerces de proximité. qui a permis l émergence d une parole collective Ce sont ces personnes qui évoquent le plus régulièrement l association d habitants qui s est créée spécifiquement sur la question de l opération de rénovation urbaine car elles en sont (ou en on été) membres (4 ménages citent l association et quelques ménages l évoquent d une manière moins directe). Cette association, «les trois rues», serait née en 2001 d après les ménages interrogés, après la première réunion qui annonce le projet. Elle réunit les locataires qui souhaitent alors proposer une parole collective sur l aménagement du quartier et dans les rencontres avec Grenoble Habitat. Il s agit d une démarche forte et originale qui permet de structurer le dialogue avec le bailleur, qui vient de racheter ce patrimoine. L association se préoccupe du patrimoine de Grenoble Habitat, qui constitue une petite part de l ensemble des logements sociaux du quartier (117 logements rachetés sur 1200 logements). D après les personnes rencontrées, l association s est exprimées sur le projet et si elle «n a pas pu empêcher la construction de tous ces bâtiments, elle a empêché la construction des villas (là ou il y a aujourd hui le jardin)». Outre ce travail de propositions sur le projet de rénovation urbaine, l association s est investie sur le relogement comme «intermédiaire» entre les locataires et le bailleur. 9/146
Elle semble avoir bénéficié, dans un premier temps, d une bonne écoute du bailleur qui a pu favoriser la participation des habitants à l association. Mais il semble que la tension des relations avec le bailleur, intervenue au cours de l opération (au moment de l installation dans les logements), ait relâché la mobilisation collective au sein de l association. En effet, les personnes que nous avons rencontrées se déclarant membre de l association indiquent être moins mobilisées depuis la phase d emménagement. Les locataires regrettent l absence de résultats : une adhérente, par exemple, se dit moins engagée car elle a la sensation que les choses ne bougent pas (à cause du bailleur). L annonce du projet : du «miracle» à un sentiment de «rage» Trois ménages portant la vision d un quartier solidaire et uni affirment avoir été informés tardivement du relogement. L annonce, intervenant selon eux 6 mois avant le relogement, les aurait surpris et pris au dépourvu. Ces personnes expriment le plus fortement leur attachement au quartier et à la vie de l immeuble dans lequel elles habitaient. Elles se déclarent donc «surprises», «déçues», «enragées» à l annonce de la démolition. Les habitants s inscrivant, à l inverse, dans l ignorance et le rejet du quartier et de ses habitants, ne développaient que peu de relations avec leurs voisins. Il s agit, généralement, de personnes arrivées plus récemment sur le quartier, qui peinaient à s y intégrer : «quand on n est pas né à Teisseire, on n est pas de Teisseire». Les personnes en rupture avec le quartier ont été heureuses d apprendre qu un projet de démolition et reconstruction concernait le quartier et leur immeuble. Elles y ont vu la possibilité de changer de quartier. Une personne précise l avoir appris en 2001, quatre ans avant la démolition (et un autre ménage installé en 2005 précise que dès son installation, il savait qu il serait relogé). Une autre, dont les demandes de mutation n aboutissaient pas, voit cette annonce comme «une opportunité, un miracle». Une locataire se sentait isolée à Teisseire. Elle évoque le «cauchemar» qu elle à vécue dans ce quartier et précise qu elle ne veut pas en parler «pour ne pas pleurer». Un ménage déclare avoir élaboré une stratégie par rapport à la démolition / reconstruction et s être installé à Teisseire précisément pour bénéficier du plan de relogement. D une manière générale, les ménages installés récemment dans le quartier étaient au courant, sans connaître le calendrier de réalisation, de l opération de rénovation urbaine. La vision du quartier est fortement influencée par ces attitudes (orientée vers la nostalgie du quartier et des liens de voisinage ou, au contraire vers la critique d un quartier replié sur lui-même et peu sécurisé) mais parmi l ensemble des personnes interrogées, aucune n est critique par rapport à la nécessité de démolir et reconstruire (une personne déclare ne pas s intéresser à ces changements mais être présente dans les réunions d information). Une personne précise qu elle voyait des fissures dans son immeuble et à été très contente, de ce fait, de l annonce du relogement. Seules deux personnes évoquent le fait que quelques anciens locataires avaient fait des travaux dans leurs appartements et que certains les avaient transformés en «de véritables palaces». Rester sur Teisseire : le choix d un parcours par le logement tiroir 10/146
Les personnes attachées à Teisseire ont - logiquement - souhaité y rester. Il s agit de rester auprès de la famille et des amis et de conserver les habitudes, commerces de proximité, etc. Compte-tenu du déroulement de l opération, les ménages ont été confrontés à la question du «relogement tiroir», le temps de finir les travaux. Quatre familles ont renoncé à déménager une seconde fois soit parce qu elles ne voulaient pas assumer les frais d un deuxième déménagement, soit parce qu elles se sentent finalement bien dans leur nouveau logement et leur quartier : «mon fils va à l école Malherbe, il est bien, je n ai plus envie de changer». L investissement dans le logement est un élément qui pèse dans cette décision. Une locataire affirme avoir fait beaucoup de travaux dans son logement provisoire et désire y rester. Ceci d autant plus qu elle dispose d un appartement sans vis-à-vis, ce qu elle estime difficile à retrouver sur Teisseire. Une famille a été installée rue Malherbe en logement tiroir durant 4 ans. Elle affirme avoir beaucoup insisté pour revenir sur Teisseire (mais a refusé une première proposition). Les ménages installés dans le neuf à Teisseire, sur l opération menée par Grenoble Habitat, se répartissent sur l avenue Teisseire entre l immeuble situé au 16 et celui situé au n 51. Les ménages ont choisi sur plan, ce qui ne semble pas avoir créé de problème ou de surprise. Par contre, ces ménages étaient impatients de découvrir les appartements. Ils avouent donc avoir visité l immeuble quelques temps avant la livraison, «en cachette» ou «en infraction». Une habitante estime qu il aurait été vraiment bienvenu de créer un appartement témoin, pour que les locataires se familiarisent avec les espaces et envisagent plus sereinement l aménagement de leur appartement. De façon assez symbolique, une habitante indique qu elle souhaitait s installer au n 51 qui «remplace» l immeuble du 16 rue Lafourcade dans lequel elle habitait avant le relogement. Les personnes désirant quitter le quartier en font parfois une condition qui prime sur les critères de choix du logement (taille, logement neuf, nombre de pièce, étage, montant du loyer ). Un ménage, qui n a pas été entendu sur sa volonté de quitter le quartier, se dit dans l impasse. De façon transversale, le relogement permet d actualiser et d adapter le logement aux conditions de vie et à la taille du ménage. Il s agit surtout de personnes âgées ou de couples avec enfants qui cherchent un appartement en étage peu élevé et / ou équipé d un ascenseur. D autres demandes sont faites, notamment par rapport au rez-de-chaussée qu un ménage veut quitter (problème de sécurité) et qu un autre souhaitait conserver (ce qui n a pas été possible) car il donnait accès à un jardin privatif. Un ménage exprime une condition particulière, celles de ne pas changer de meubles (qui avaient été faits sur mesure dans l ancien appartement), que le nouvel appartement puisse les contenir. Ce ménage souhaite également un logement en dernier étage, dans le neuf et sur Teisseire. Par contre, il admet une hausse de loyer. Au final, il se déclare satisfait de son nouveau logement, estimant avoir été entendu par le bailleur. Deux ménages affirment avoir accepté la première proposition par absence de maîtrise du processus (difficulté à comprendre le projet, difficulté devant le dossier de relogement ) et par peur de se retrouver dans un logement très éloigné des souhaits de départ. A l inverse, un habitant avoue avoir refusé les propositions afin de mieux négocier son départ. Mais la majeure partie des ménages s est inscrit dans le cadre proposé par Grenoble Habitat. Ils affirment avoir eu le choix, avoir pu refuser une ou deux propositions. 11/146
Vers le nouveau logement Si, dans l ensemble, les ménages ont apprécié la prise en charge du déménagement par le bailleur, 7 ménages indiquent que les déménageurs ont cassé du mobilier (lit, meuble, fauteuil, lave-linge ). Aucun n a fait de demande de remboursement. Une personne a effectué seule son déménagement et avoue avoir «fait une déprime» à la suite du travail occasionné par l opération. Il ne semble pas y avoir de procédure formalisée concernant le remboursement du second déménagement ou bien celle-ci a pu évoluer dans le temps. Quelques ménages indiquent avoir choisi de ne pas bénéficier d un logement tiroir parce que le deuxième déménagement était à leur charge. Un ménage a ajouté une «petite participation» aux frais du deuxième déménagement, payé par le bailleur. Un ménage indique avoir bénéficié d une prise en charge totale des frais des deux déménagements. L installation dans le logement et la question des travaux Que pensent les relogés de Teisseire de leur logement? Les ménages relogés dans le neuf sont assez contents de leur appartement. En termes de superficie, tous n y ont pas perdu : certains ont des appartements plus grands (mais un loyer plus élevé). Quelques rares commentaires décrivent très positivement leurs logements : un appartement «magnifique», «intime, convivial». Une personne est toutefois nostalgique de son ancien logement, un «appartement parfait». Son fils n est - selon elle - pas de son avis : le nouvel appartement a l avantage d avoir une terrasse. Les ménages relogés dans le neuf expriment régulièrement leur satisfaction de pouvoir bénéficier d une (voire deux) terrasse-s : «c est mieux que l ancien, j ai deux terrasses et une grande cuisine». La locataire nostalgique de son ancien appartement évoque également la vue sur les montagnes dont elle bénéficiait et qu elle a perdue dans son nouveau logement. Une locataire décrit techniquement son appartement et les voies d amélioration qu elle entrevoit : «y a beaucoup de détails mal pensés dans ces appartements : manque de placards, chambres trop petites, portes qui s ouvrent dans le mauvais sens Par contre, l isolation, c est le top, avec les radiateurs. Avant on était au chauffage collectif au sol, aujourd hui c est possible de régler le chauffage». Trois éléments viennent pondérer la satisfaction de ces ménages : - La hausse du prix des loyers - Des souhaits non pris en compte - Des malfaçons à la livraison et des travaux qui tardent à se régler. Concernant la hausse des loyers, une locataire affirme être mécontente car elle est «passée à plus petit et plus cher». Un ménage indique que l inquiétude est ancienne : «pendant les réunions, c était 12/146
houleux, tout le monde était inquiet du prix du loyer». Un autre ménage indique l absence d anticipation sur cette question : «Ce qui a choqué, c est les prix du loyer». Un ménage avait émis le souhait d un appartement en étage. Se retrouvant en rez-de-chaussée, il affirme ne pas se sentir en sécurité. Ce ménage indique également qu il aurait préféré un appartement en réhabilitation, moins cher, mais «qu il n y en avait plus» et qu il n a pas pu émettre de conditions ou souhaits sur le logement mais seulement choisir entre le n 16 et le n 51 de l avenue Teisseire. La question des travaux est prégnante pour ces ménages relogés dans le neuf. Elle les empêche de se déclarer totalement satisfaits et vient durcir la relation avec le bailleur. Parmi les 11 ménages enquêtés relogés dans le neuf, 7 évoquent négativement les travaux et leur incidence sur la relation avec le bailleur. Il s agit de travaux de finitions qui ne sont pas faits. Il s agit ensuite de problèmes liés à l évacuation d eau des terrasses. Ils estiment que le bailleur ne prend pas en compte leurs demandes et n est plus à l écoute : «désormais, à Grenoble Habitat, ils ne décrochent presque plus le téléphone, ils ne font que prendre note des problèmes et c est tout». Un ménage se déclare, à l inverse, satisfait des travaux effectués et de la rapidité de leur exécution. Les ménages relogés dans l ancien se plaignent également de la difficulté à faire réaliser des travaux et du niveau inadapté, «ridicule», de ceux-ci. Trois ménages, relogés dans le neuf et l ancien, posent la question de l utilité de payer les charges à partir du moment où ils estiment qu elles ne reposent sur aucun service. Un couple relogé dans le neuf s interroge car il estime payer des charges élevées pour un HLM et ne comprend pas : «ce n est pas clair, il faudrait faire le point. Par exemple, on paie le chauffage même en été. On se dit que le montant trop élevé des charges doit certainement contribuer au rattrapage des dépenses faites pour l immeuble neuf». Un autre ménage insiste sur l impression d opacité : «ce n est pas clair ce qui est inclus dans les charges. C est un problème qui n a jamais été réglé». Un ménage relogé dans un appartement réhabilité exprime sa satisfaction. Il estime avoir trouvé un juste milieu qui lui permet de bénéficier d un appartement refait et très correct (les travaux ont permis de déplacer et agrandir la cuisine, de créer une terrasse ) à un loyer maîtrisé. Il oppose cette solution au neuf et estime qu à moyen terme, les ménages relogés dans le neuf auront à souffrir du montant du loyer (par sa hausse, par les accidents de la vie). Les ménages relogés dans l ancien s expriment peu sur leur satisfaction par rapport au logement. La superficie peut changer mais la distribution des pièces semble peu évoluer, elle ne génère pas de problématique d adaptation des ménages (habitudes, ameublement ). Les remarques se concentrent donc sur les travaux dans l appartement (dont une personne est satisfaite). L immeuble, dans sa qualité architecturale et sa fonctionnalité, n est pas vraiment commenté par les ménages. La résidentialisation, dans les immeubles neufs fait l objet de critiques : «il y a l interphone, dans l autre appart, il n y était pas. Mais, là, il ne marche pas». Le fait de payer pour les places de parking et le garage fait naître des réticences, va à l encontre des habitudes des habitants du quartier : «mettre des places de parking payant dans un quartier d ouvrier, c est des conneries!». Une mère de 13/146
famille note positivement le fait que les abords de l immeuble soient fermés : «les parties communes sont mieux. A Teisseire, j était obligée de surveiller les enfants, ici je peux les entendre de la fenêtre». C est la place de la voiture qui inquiète le plus les habitants (évoqué par 5 habitants relogés dans le neuf à Teisseire). Ils rappellent la période avant les travaux où «il y avait beaucoup de places». Maintenant, les voitures se garent sur les trottoirs. Ils évoquent avec inquiétude les aménagements à venir sur l avenue Teisseire qui va faire perdre encore des places de parking. Le quartier : la fin d un entre-soi Les personnes relogées hors du quartier (6 ménages) sont assez satisfaites de leur nouvel environnement. Un père de famille indique que ses enfants ne jouaient pas au parc de Teisseire tandis qu aujourd hui, ils jouent dans le quartier et ont plusieurs amis. Deux personnes sont contentes d avoir déménagé hors du quartier par rapport au voisinage. Par rapport au quartier Teisseire, ils sont partagés : certains ont conservé leurs habitudes puisque «la nounou est là bas et les commerces (boulangerie, analyse médicale )». Ceux-là reviennent voir des amis. Les autres n y retournent pas ou peu. Un habitant est particulièrement critique puisque pour lui, «les travaux l ont rendu encore plus moche. L image [du quartier] ne peut changer car le feu laisse des cendres». Les relogés sur Teisseire ont une vision plutôt positive du quartier. Ils estiment que le quartier est plus beau, que «la misère s est éloignée», que «le quartier est plus agréable à regarder maintenant il y a plus de sécurité dans le quartier. Le quartier s est amélioré pour les enfants : il ya des jeux d enfants». Selon une locataire, le quartier a tellement changé qu elle se dit habiter à Teisseire, sans y être vraiment. C est-à-dire que l endroit où elle habite est désormais calme, que ce qu elle identifie comme composant l identité du quartier (bruit, problématiques sociales) ne correspond pas à ce qu elle vit au quotidien. Teisseire se serait donc éloigné de son immeuble. Une personne estime que «les gens se sont calmés car ils sont mieux chez eux». Le quartier devient donc plus accueillant : «Le quartier change, il est plus calme et il y a plus de respect de l environnement. C est un changement de génération : les voyous d avant ont grandi, l image du quartier commence à changer : on le voit, on le ressent... Le relogement, c est une bonne expérience, on a l impression de changer de quartier, on rentre dans du neuf, c est agréable». Ces habitants sont donc satisfaits des changements du quartier et ont des attentes très fortes : «ça va devenir l un des meilleurs quartiers de Grenoble, d après ce qu ils ont dit». Plus rarement, quelques ménages estiment, au contraire, que «Teisseire est un ghetto et l image n a pas changé, il n y a pas eu d amélioration. Il y a du bruit et c est toujours un quartier chaud et sensible. Les trottoirs sont dégueulasses, à cause des crottes de chiens, l illumination publique ne marche pas. Les jardins ne sont pas entretenus». 14/146
Mais les ménages se retrouvent sur leur craintes par rapport aux changements en cours et à venir sur le quartier. Leurs craintes se cristallisent autour de deux points : la densification de l habitat et son corollaire, l arrivée de nouvelles populations sur le quartier. Les habitants estiment qu il y a trop de constructions nouvelles : «L image du quartier a changé un peu mais maintenant, il y a trop de béton». Les nouveaux immeubles sont construits trop serrées, «trop rapprochés, trop compacts». Une habitante s interroge : «on ne sait pas pourquoi ils ont construit 4 bâtiments au lieu de trois». Mais ce qui inquiète le plus les habitants, c est l arrivée d une nouvelle population sur Teisseire. L image d un quartier accueillant se fissure : «Les travaux ont fait arriver d autres gens et il y en aura encore» puis «jeudi, ils vont livrer un immeuble et il y aura 300 personnes de plus ôtées de Villeneuve et la situation va empirer». Cette crainte est relayée également par quelques personnes ayant quitté le quartier : «ils verront bien ce qui se passera avec les nouveaux locataires qui vont arriver». Il n existe aucune connaissance ou compréhension des objectifs liés à la mixité sociale. La crainte des locataires est donc liée à l image d un renforcement du caractère social du quartier qui viendrait sous peu, relancer la stigmatisation du quartier. La vie sociale Des habitants ont élaboré des stratégies de maintien dans le quartier de façon assez collective. Le bailleur a été à l écoute de cette volonté d être relogé en proximité d anciens voisins. Parmi les entretiens réalisés sur Teisseire, on retrouve des ménages qui estiment connaître peu de changements dans leur voisinage (en particulier sur les immeubles situés aux n 16 et n 51). C est l image de la stabilité qui domine dans les relations sociales des personnes relogées. Elles ne développent pas plus de relation avec leurs voisins qu avant. Une personne estime toutefois que «dans l ancien bâtiment, tous étaient pauvres et donc il y avait des voyous. Maintenant, les gens sont plus respectueux. Nous invitons plus souvent des gens à la maison car c est plus grand, neuf donc plus agréable ( ) on peut se promener, il y a plus de socialisation». Les personnes relogées hors Teisseire sont diversement satisfaites de leurs relations avec le voisinage. Ceux qui avaient vraiment choisi de quitter le quartier sont très satisfaits. Pour les autres, les relations avec les voisins ont été tendues, le bailleur a du intervenir auprès d une locataire. Un ménage a du insister pour revenir sur Teisseire tant leurs relations avec les voisins dans le nouveau quartier était tendue. Un habitant, relogé dans le centre, estime avoir vraiment perdu des relations amicales. Les familles ayant quitté le quartier évaluent différemment la situation scolaire de leurs enfants. Un père de famille estime que, concernant l école, «c était mieux à Teisseire, étant donné que c était un quartier chaud, on donnait tout aux enfants : il y avait du matériel pour l école. Ici, il y a une totale indifférence, pour les gens, qui du coup, n ont rien». Pour une autre les résultats scolaires n ont pas évolué. Une famille estime avoir vraiment amélioré la situation scolaire des ses enfants. 15/146
La diversité des trajectoires résidentielles Les ménages rencontrés sur Teisseire permettent de discerner le poids de l identité collective du quartier et la capacité de mobilisation collective de ses habitants. Bien que le cadre de cette opération ait été moins formel que sur les opérations plus récentes (et se soit formalisé progressivement), la négociation individuelle et collective a pu avoir lieu. La capacité du ménage à se saisir de ce cadre de négociation - donc sa capacité à être acteur de ce changement lui permet de mettre en place des stratégies d amélioration de sa situation par rapport au logement. Pour certains, le relogement intervient comme une étape qui permet, à moyen terme, l accès vers un logement plus adapté (anticipant un changement de situation familiale, voire préparant une accession à la propriété, dans un cas). Dans ce contexte, des freins viennent retarder (conjoncturels) ou empêcher (structurels) le sentiment d une trajectoire résidentielle ascendante de la part des ménages. Les freins conjoncturels repérés sur l opération Teisseire sont liés, principalement, à la difficulté du bailleur à réaliser les travaux. Cette absence de prise en compte des travaux crée le sentiment d un manque d écoute des besoins des ménages et retarde le sentiment d une installation pérenne dans le logement à cause de l inconfort qui renvoie à la situation vécue dans l ancien logement. Les freins structurels sont ceux vécus par le ménage et qui l empêchent de construire un projet par rapport au relogement. Sans accompagnement social spécifique, les ménages concernés peinent à comprendre les mécanismes du dispositif et, prenant peur, ne réalisent aucun choix en répondant positivement à la première proposition. Le sentiment de trajectoire résidentielle ascendante est, dans ce contexte, bien plus difficile à dégager. Sur l opération Teisseire, les ménages rencontrés permettent de distinguer les profils suivants, selon leur sentiment par rapport au relogement : - Les ménages ayant le sentiment d avoir réalisé une trajectoire résidentielle positive. Ces ménages ont, plus fortement que les autres, négocié leur relogement. Dès l annonce du projet, ils ont construit leur projet individuel et construit, dans le même temps, une parole collective. Moins que les autres, ils ont présenté des difficultés à appréhender le cadre de négociation. Par contre, ils se révèlent déçus de ne pouvoir régler les difficultés conjoncturelles liées sur Teisseire à la mise en œuvre des travaux dans les logements. Ces personnes sont plutôt relogées dans le neuf sur le quartier. Parmi elles les projets de déménagement restent au stade de l idée et sont envisagés à moyen terme afin d adapter le logement aux changements prévisibles du ménage (principalement la décohabitation des enfants). Un couple envisage sérieusement l accession à la propriété. Il s agit, en conservant le montant du loyer (700 / 800 ) de devenir propriétaire d une maison ou d un appartement et de quitter Teisseire. Pour celles qui n avaient aucune adhésion à l identité du quartier, elles se retrouvent hors quartier, dans des situations différentes. Elles sont dans un sentiment positif par rapport au départ du quartier. S ajoute pour un ménage qui avait fait plusieurs demandes de mutation et pour un autre qui a renoncé au relogement tiroir, une satisfaction plus forte vis-à-vis du logement. 16/146
- Les ménages qui ont un sentiment mitigé par rapport à leur situation. Ils sont conscients des apports positifs du relogement mais estiment que, par rapport à leur nouveau logement une adaptation doit encore être faite. Il s agit, le plus souvent, d un problème lié au montant des loyers (une personne évoque les charges liés au chauffage individuel). Bien qu elles n engagent aucune démarche en ce sens, ces personnes estiment qu un nouveau déménagement leur permettrait de mieux vivre en baissant leurs charges. - Les ménages ayant le sentiment d avoir une situation dégradée. Il s agit surtout d un sentiment de déception par rapport au relogement et à leur situation. L annonce du relogement a suscité des espoirs et le ménage a émis des souhaits. Devant la complexité de l opération, le ménage a préféré prendre la première proposition qui lui était faite, même si celle-ci ne correspondait pas complètement aux demandes formulées. Trois ménages sont dans ce cas, deux sont relogés dans l ancien et sur le quartier, ce qui semble conforter le sentiment que rien ne bouge pour eux. Les demandes qu ils avaient exprimées et qui n ont pas été prises en compte étaient importantes pour ces ménages, en particulier, le ménage souhaitant quitter Teisseire. Ces locataires sont donc désabusés par rapport à leur situation, l une d elle se dit «dans l impasse». Ces ménages expriment des désirs mais aucun projet de déménagement, malgré leur situation : «Je ne vais pas partir si on ne me propose rien». La capacité des ménages à construire un projet de relogement est déterminante quant au ressenti du ménage sur sa trajectoire résidentielle. L appui de l association créée spécifiquement par les locataires à l occasion du relogement a permis de favoriser ce sentiment positif (trajectoire plutôt choisie et ressentie comme ascendante) pour les personnes désireuses de rester dans le quartier. Celles-ci sont souvent entrées dans des parcours avec logement tiroir qu elles ont accepté au vu du produit final qui leur était proposé. A l inverse, quelques ménages auraient eu besoin d un appui renforcé dans l aide au choix sur les propositions. L absence d acteurs susceptibles de les aider à ce moment et leur attitude passive et résignée au moment du choix ont conduit ces ménages à accepter des propositions qui ne leur convenaient pas. Ces ménages sont donc déçus et dans l impossibilité de dégager les aspects positifs liés à cette opération pour leur quartier ou leur ménage. 17/146
Tableau : Situation des ménages rencontrés par rapport au logement Ménage Appart Quartier * Taux d effort Autre 1 T3 à T3, neuf Q sup Son père, titulaire du bail est passé en accession. Le couple a récupéré (bail glissant,) l appartement 2 T4 à T4, neuf HQ L appart est grand, neuf, ses enfants sont mieux dans le nouveau quartier mais problème avec bailleur 3 T4 à T3, ancien Q. Avait envie de Inférieur C est pareil ici ou avant : changer de quartier, c est le même quartier n a pas pu. Il a refusé un relogement tiroir (aurait permis d aller dans le neuf) Volonté de déménager Vers accession à la propriété Il veut partir, pour du neuf et changer de bailleur. Voudrait aller à Echirolles Il ne va pas partir si on ne lui propose rien 4 T3 àt3, ancien HQ Sup Il est content Veut déménager mais pas dans l immédiat, voudrait plus petit : c est cher et ses enfants ne viennent pas tout le temps. Voudrait aller à Echirolles (à coté de ses enfants). Voudrait un F5 5 T4 à T4, neuf Q. quartier avec tout à proximité + amis, famille sup Globalement heureuse. Mais problème de sécurité (pas rassurée) Seulement si mieux et pas trop cher (a adopté deux enfants, manque place) 6 T4, Neuf Q Contente Pas envie de bouger de là 7 T5 à T3, neuf. Regret de l ancien mais elle est globalement mieux dans celui-là Q Globalement, la situation est meilleure 8 T4 à T2, ancien Q inférieur Elle est mieux aujourd hui, sa situation financière s améliore 9 T3 à T4, ancien HQ Globalement tous satisfaits. A refusé un relogement tiroir 10 T4 à T5, neuf Q, forte volonté de revenir à Teisseire après logt tiroir Globalement content, relogement tiroir qui a duré 4 ans. Attention. Départ a eu lieu en 2003. relogement définitif en 2007. Elle n envisage pas de déménager Aimerait déménager pour un F3 et quitter Grenoble Pas avant 3 à 5 ans, voir quand son bébé aura grandi. Rester à Malherbe dans un T5 ou T6. Plus tard, ils prendront un logement plus petit quand les filles auront grandi 11 T3 à T3, neuf Q Satisfait à 80%. Les 20%, S il trouve moins cher c est le loyer qui est cher 12 T5 à T4, neuf Q Supérieur Globalement satisfaite Non 13 T3 à T4, ancien HQ supérieur Elle n aimait pas le non quartier, elle a fait plusieurs demandes de mutation. Le prix du loyer est la seule ombre au tableau 14 T4 à T4, ancien HQ Bilan plutôt bon, Non 18/146
envisageait de revenir sur Teisseire mais n y pense plus. Ils ont refait leur appart, sont près du centre-ville 15 T3 àt3, ancien Q supérieur Estime que sa situation ne bouge pas 16 T4 à T3, ancien. A pris un 2 e étage : au rdc elle ne pouvait pas ouvrir sa fenêtre 17 T5 à T4, neuf. Lui convient mieux que l ancien (2 terrasses), loyer : + 200 euros «de sa poche» Q. Voulait absolument rester dans le quartier Q Stable Globalement, mieux qu avant supérieur Globalement, sa situation est pareille qu avant, un peu plus dure à cause du loyer 18 T5 à T 3, neuf Q supérieur «Le relogement, c est une bonne expérience, on a l impression de changer de quartier, on rentre dans du neuf, c est agréable» 19 T2 à T2, ancien HQ. Apprécie d être en centre-ville 20 T4 à T4, neuf. On demandé un T5 mais n ont pas pu l avoir. Payent presque le double en loyer. Ici, c est le bordel Q stable C était une opportunité. Avant l annonce, il avait envie de partir mais pas de projet, il n avait pas déposé de demande Supérieur Ils ont le sentiment d être dans une impasse : ils veulent aller ailleurs, (moins cher, plus calme) mais n ont pas les moyens et ne savent pas où aller Déménager vers moins cher et plus calme (changer de quartier) * Q / HQ : Quartier / Hors quartier 19/146
II.2. L opération La Plaine à Saint-Martin d Hères II.2.A. Présentation de l opération de relogement 1. Contexte de l opération L opération de rénovation urbaine de La Plaine à Saint-Martin d Hères est incluse dans le GPV Grenoble-Saint-Martin-d Hères décrit précédemment. L opération est donc, elle aussi, ancienne. Les acteurs, sur ce quartier estiment avoir «essuyé les plâtres» des ORU. Le dispositif mis en place est donc, lui aussi, moins formalisé comparé à des opérations plus récentes. Démolition partielle de la barre de 88 logements de la Plaine. Photo OPAC 38 Le bâtiment a connu des réhabilitations lourdes dans le passé. L état du bâti et les difficultés d entretien ont orienté le bailleur vers la démolition. La Plaine accueillait des populations avec de faibles revenus. Un phénomène de communautarisation (à partir d une présence de personnes d origine maghrébine et portugaise) s était installé. La convention ANRU prévoit la démolition de 88 logements (sur une barre d immeuble) et une reconstitution de 68 logements sur le site et 21 PLUS CD sur la ZAC Centre voisine (soit 24% hors quartier). Un relogement inscrit dans la durée Le relogement a commencé en 2004/2005 (11 relogements et 5 départs spontanés). Il s est poursuivi en 2006 (22 relogements et 3 départs spontanés), 2007 (31/3) et 2008 (8/3), soit 86 ménages relogés ou partis spontanément. Il s est terminé au premier trimestre 2009 (il restait 14 ménages à reloger). Nombre de logements à démolir: 88 Nombre de logements occupés 86 Nombre de décohabitations : 14 Nombre de ménages à reloger : 100 Nombre départ spontanés 13 Nombre ménages relogés dans le cadre de l'opération 87 Etat du relogement au 31.12.2009 87 (100% des personnes à reloger) 20/146
62 ménages ont été relogés dans le neuf (données OPAC 2010). 2. Le dispositif mis en place pour le relogement Le bailleur démolisseur est l OPAC 38, les bailleurs relogeurs sont l OPAC 38, la SDH et PLURALIS. Le projet de relogement a, comme sur le quartier Teisseire, bénéficié d un temps de mise en œuvre suffisant. Ceci a permis d organiser la vacance : 13 ménages sont partis de cette façon (départs spontanés). Mais dans un contexte tendu par la faiblesse de l offre et sans dispositif partenarial formalisé, les relogés n ont pas toujours bénéficié d une priorité dans les commissions d attribution. Il était également difficile de positionner des ménages à reloger dans les contingents des réservataires. En 2006, la Ville a opéré un rattrapage en priorisant les relogés de la Plaine. Immeuble Pluralis et Parc Jo Blanchon. Photo OSL La structuration du processus partenarial L organisation partenariale du relogement s est déroulée à partir de trois entités : - Le comité de pilotage politique, plus régulièrement sollicité par l OPAC 38 - La commission technique du relogement (incluant la cellule opérationnelle de relogement et les services sociaux de Saint-Martin d Hères) - La cellule du relogement opérationnel réunissant la chargée de mission relogement de la Ville et l OPAC 38. Cette cellule s est réunie, selon les besoins, de façon hebdomadaire à mensuelle. Cette organisation est le cadre d action dans lequel se déroulent toutes les autres opérations de renouvellement urbain. Il s agit d un socle sur lequel se greffe, en fonction des projets, une organisation complémentaire, essentiellement orientée vers l accompagnement et l implication des habitants. Il n y a pas eu de MOUS mise en place sur cette opération. L accompagnement social des familles a été peu pris en compte. L accompagnement des habitants a été réalisé avec des moyens internes à l OPAC 38, moyens qui se sont spécialisés et étoffés au cours de l opération. Le suivi des relogements est d abord assuré par le chef de projet OPAC et la chargée de clientèle. Puis une chargée de mission relogement est recrutée en 2007 pour piloter l opération au sein de l OPAC 38. Des permanences ont été mises en place conjointement entre la Ville et l OPAC 38. Ces permanences ont été organisées dans un premier temps dans un logement du quartier. Elles se sont ensuite tenues dans une antenne de quartier (service de la ville) pour plus de sécurité et pour garantir la confidentialité dans l examen des situations. 21/146
Un contexte défavorable à la concertation L absence d association de locataires n a pas permis la signature d une charte de relogement collective sur le quartier. Les habitants n ont pas été en mesure de se mobiliser collectivement ni de se faire représenter ou accompagner par une association de locataire. Le cadre d action est donc resté individuel. Parmi les actions d information et de concertation, un DVD sur l histoire de La Plaine, réalisé par Composite sous maîtrise d'ouvrage de l OPAC 38 a été diffusé aux habitants. Le dispositif d information et de participation des habitants est complété par des réunions publiques d information et une lettre d information mensuelle. Une charte individuelle de relogement a été signée entre le locataire, la ville et l OPAC. Le bailleur et la Ville s engagent auprès des relogés à : - Faire deux propositions de relogement - Prendre en considération les demandes du locataire en ce qui concerne la localisation et le type de logement souhaité, dans la limite de l offre disponible. La particularité de cette charte nominative est le rappel du souhait de relogement du locataire dans la charte. 3. L évaluation Un dispositif renforcé L OPAC 38 a commencé les enquêtes de satisfaction en 2007 de façon non systématique. Le dispositif d évaluation est renforcé depuis 2009. Au sein de l OPAC, une personne est en charge de l évaluation post-relogement. Entre fin 2008 et le premier trimestre 2009, cette personne a réalisé l enquête satisfaction auprès de l ensemble des ménages relogés depuis 2005 jusqu à 2007. L enquête a donc eu lieu 2 ans et demi à 3 ans après le relogement. Par la suite, les ménages seront rencontrés un an après le relogement. En février 2009, l OPAC 38 estime que 41 ménages ont été enquêtés sur les 86 à rencontrer ; principalement des locataires relogés avant 2008. L OPAC 38 constate un écart de satisfaction entre les ménages enquêtés 1 an ou 6 mois après le relogement. En effet, plus l enquête intervient tardivement et plus la satisfaction se conforte. 22/146
II.2.B. Analyse des entretiens avec les ménages relogés «Il y a des gens qui habitaient depuis 50 ans, ils se sentaient propriétaires» Sur le site de la Plaine, 100 ménages ont été relogés (86 ménages et 14 décohabitants) dont 13 sont partis de façon anticipée, hors du dispositif de relogement (organisation de la vacance). Aucun ménage n est resté sur la Plaine. Le site considéré est composé d un seul immeuble. Le relogement sur site dans le neuf implique donc nécessairement un relogement tiroir, le temps de réaliser la démolition / reconstruction. 24 entretiens ont été réalisés dans le cadre de l évaluation qualitative des relogements : - 20 entretiens en 2009 auprès de ménages relogés entre 2005 et 2007. Cinq enquêtés ont intégré un logement neuf et 14 ont un taux d effort supérieur depuis le relogement. - 4 entretiens en 2010 (ménages relogés en 2008) concernent les ménages relogés à la fin de l opération. Cette série d entretien à été plus difficile à réaliser que la précédente (ménages indiquant être trop sollicités, ménages parmi les derniers à être relogés qui ont rencontré des difficultés et absence de volonté d en parler : par exemple, un ménage à refusé l entretien en indiquant qu il fallait transmettre que, maintenant, tout allait bien et qu il n avait rien d autre à dire). Ces ménages sont tous relogés dans le neuf et avaient tous (sauf un) une ancienneté assez faible sur le quartier de La Plaine (3 à 5 ans). Synthèse des apports de l enquête 2010 L enquête 2010 a permis de rencontrer 4 ménages supplémentaires et de clore l enquête sur ce quartier. Le nombre de ménages rencontrés est insuffisant pour une analyse particulière. On peut noter que ces ménages, parmi les derniers relogés, ont une ancienneté moindre que ceux rencontrés en 2009 et que la nostalgie du quartier est bien moins présente. De ce fait, leur volonté de revenir à la Plaine est également moins forte. Un ménage relogé dans le neuf fait remarquer que son quartier (ZAC centre) est encore en cours d équipement : elle attend l ouverture de nouveaux commerces qui complèteront l offre de commerces de proximité. 23/146
1. LE RENOUVELLEMENT, CREATEUR DE NOSTALGIE 1.1 LES MENAGES APPRECIENT LEUR QUARTIER MAIS REGRETTENT DE SE SENTIR ABANDONNES Un bâtiment mal entretenu mais de beaux logements La plupart des ménages estime que La Plaine manquait d entretien tant en matière d aménagement, d embellissement, que d hygiène. Nombre de ménages estiment que la qualité de l entretien des parties communes s est dégradée peu avant l annonce du projet de rénovation urbaine. Ils évoquent les mauvaises odeurs et l insalubrité des caves. Deux ménages développent leur vision d un bâtiment complètement insalubre : «quand ils ont commencé à parler du relogement, le service entretien, c était un désastre. Jusqu à l eau des égouts qui retournait vers les gens. Ils ne nettoyaient plus. Au 12 ou au 13, les égouts étaient bouchés, il y avait des rats. Ils nous ont traité comme des squatteurs», ou encore «j ai quitté un logement pourri ( ) très humide avec de l eau sur les murs ( ) mes enfants sont asthmatiques donc ce n était pas possible de rester». Trois enquêtés avaient déposé une demande de mutation avant le PRU pour motif d insalubrité, aggravant parfois des problèmes de santé préexistants. Pourtant, si le manque d entretien des parties communes est remarqué, les personnes enquêtées ont une image positive de leurs appartements : «La Plaine, ça avait l air pourri mais c était bien». Certains racontent même les nombreux travaux réalisés régulièrement dans les logements, l investissement des locataires dans leur appartement : «Mes parents, ils avaient un T5 de 120 m ². Mon père, tous les ans, il retapait le logement. Pour certains, c était des logements palace, ils avaient tout recarrelé. Ils ont fait comme si ils étaient propriétaires». La bonne configuration des logements est parfois mise en avant : «les apparts étaient bien : salle à manger et salon [des balcons transformés en salons], loggia de 10m², grandes salle de bain avec baignoire, grandes surfaces. F5 avec deux douches». Quelques ménages, installés plus récemment, apparaissent plus critiques : «Le quartier était ni beau et ni agréable ( ) Le bon côté quand même, c est que les gens étaient sympa ( ) mais l architecture c était pas ça», critiquant également le manque de lumière naturelle dans les cages d escalier. Si la plupart des enquêtés rencontrés étaient en attente de mutation depuis plusieurs mois, voire plusieurs années pour certains, il s agissait avant tout d adapter le logement aux changements intervenus dans le ménage (logement devenu trop grand suite à une décohabitation principalement, et les trois ménages qui avaient déposé une demande de mutation pour insalubrité cités plus haut). Le relogement a donc représenté pour eux une opportunité de déménager plus rapidement. Le sentiment d abandon Les ménages évoquant ces problèmes d entretien et de dégradation du bâti estiment avoir été oubliés par les institutions et le bailleur durant de (trop) nombreuses années. Les travaux de réhabilitation menés au milieu des années 1980 sont évoqués mais surtout pour indiquer qu ils n ont pas eu un caractère très durable : «La Plaine, ça s est dégradé. 7 ans après qu ils aient tout refait ( ) Ils nous 24/146
avaient relogés dans l école le temps des travaux. Ca avançait montée par montée. C est de l argent jeté en l air. Mais c était pas mal ces travaux : les apparts étaient plus grands. Il y avait du double vitrage. Les montées c était pareil. Elles avaient été repeintes par les jeunes. On savait que ça allait être détruit : ils sont venus refaire les portes des caves. Ils ont dit que c était pas aux normes. Il y en avait pleins de choses pas aux normes : pourquoi changer les portes des caves?» «J ai dit [à M. le Maire] : «vos citoyens sont déjà dans l oubli». La porte blindée avec le code n a jamais fonctionné mais ils ont quand même augmenté le loyer quand ils l ont installée. La maintenance n était jamais à la hauteur et aucune peinture n a jamais été refaite ( ) Quelques consultations de l OPAC au niveau du service social. Sinon, ils ont été absents pendant des années et des années» (ménage installé depuis 1994, soit moins de 10 ans après la réhabilitation). Ces ménages ont eu le sentiment d avoir été abandonnés pendant longtemps et de faire l objet d une attention soudaine uniquement pour faciliter le relogement. L annonce du projet de renouvellement L annonce du projet de renouvellement urbain met en lumière l ambiguïté qu entretiennent les locataires entre leur volonté de concrétiser leur projet de déménagement et celui de défendre le bâtiment victime d un manque d entretien. De ce fait, quelques ménages relogés contestent encore la nécessité de la démolition : «Je pense qu ils ont détruit la Plaine à cause de l amiante. Le maire à demandé de n en parler à personne» ou encore «soi-disant le bâtiment n était pas aux normes : c est pas vrai. Il a été refait, il y a 15 ou 20 ans». Les ménages estiment ensuite avoir été insuffisamment informés. La plupart des locataires avaient appris le projet de démolition par rumeur avant même l annonce officielle aux habitants. Les ressentis vis-à-vis de l information et de la concertation sur le projet sont très partagés : - Certains auraient voulu être davantage intégrés à l élaboration du projet : «La première réunion, ils ont montré le projet. Le projet était déjà monté» - Des ménages apprécient la démarche d information entreprise par le bailleur, se souviennent de la fréquence des réunions et de certains courriers «on a bien expliqué pourquoi c était démoli, les bâtiments sont anciens, ils ont essayé de renouveler, faire des extensions, mais ça n a pas suffi». - Certains ménages déclarent qu aucune communication n a été faite sur le projet. - D autres estiment avoir été dupés : «on nous a dit qu on était prioritaire si on voulait revenir. C était du blabla. Beaucoup ont demandé à revenir : ils n y ont pas accès apparemment. C était des promesses mensongères. Le projet de renouvellement urbain, c était bien. Ils sont forts pour vendre leur produit. La réalité c est tout à fait contradictoire. On est déçu par rapport à ce qu on nous a vendu [ ] On avait plein d interrogations et on n a pas eu de réponse La mairie nous a passé de la pommade et après on n a plus eu de contacts». Ceux-ci sont particulièrement déçus par le bailleur. Ce sont ces mêmes ménages qui, souvent, ont eu le sentiment d avoir été délogés de chez eux. Les exigences de départ tel que le souhait de quitter ou pas le quartier et /ou le logement avant même l annonce du projet, ne semblent pas avoir d impact sur l appréciation des démarches d information et 25/146
de concertation. Les ménages insistent sur la nécessaire prise en charge des personnes par le bailleur «Par rapport à notre expérience, il faut qu ils rassurent les locataires. Leur dire qu ils ne seront pas mis à la porte. Nous, on savait pas trop. La deuxième partie [le 2 e temps, ceux qui sont partis après], il y a des gens qui habitaient depuis 50 ans, ils se sentaient propriétaires. Ils ont fait blocus». La tentation de la réhabilitation Les locataires mettent en avant la réhabilitation comme solution pour le bâtiment (minimisant les disfonctionnements techniques du bâtiment) : «quand ils ont voulu casser, j ai demandé : «pourquoi vous cassez?» C était de beaux logements, isolés, tout ce qu il fallait. La plupart des gens n ont pas compris. Peut-être qu ils auraient pu se contenter de refaire les façades». Quelques ménages tendent tout de même à penser que le projet devrait améliorer le quartier: «Je ne sais pas ce que ça va apporter. Pour l image du quartier, ça doit être bien. C était tout mort». Ces quelques remarques visant à conserver la Plaine en l état (en termes de peuplement) sont les seules remarques d ordre collectif qui émergent des entretiens réalisés. Malgré un fort sentiment d appartenance au quartier, les ménages n ont pas été en mesure de fédérer une parole collective. Un locataire indique qu un projet d association visant à défendre les intérêts des locataires et être force de proposition sur le PRU a été évoqué par quelques habitants mais aucune suite n a pu être donnée, faute de motivation. Impuissant, il estime que les causes de cet échec sont culturelles et que cet échec est aussi la marque d un manque de soutien aux habitants : «les gens de la Plaine ne se plaignaient pas. Ils n avaient pas le niveau intellectuel et culturel pour ça. Ils ne savaient pas, ils avaient peur d être bloqués pour s exprimer. Les gens de l autre rive, il faut qu ils sachent leurs droits et leurs devoirs. Ils n avaient pas de soutien». 1.2 LA VALORISATION D UN ENTRE-SOI Le quartier est notamment marqué, dans son peuplement par la grande stabilité des ménages locataires. Parmi les personnes enquêtées, des familles sont présentes depuis très longtemps et quelques personnes âgées d une quarantaine d années n ont jamais habité ailleurs qu à la Plaine. Le quartier partage avec celui de Teisseire cette particularité. On peut noter qu elle s exprime ici fortement à travers l évocation : - De l histoire du quartier - De la solidarité entre locataires. L histoire du quartier est régulièrement évoquée. Il se peut que le travail réalisé par l OPAC sur la mémoire du quartier avec les habitants ait initié (ou simplement accompagné) cette volonté. La vie dans le quartier est généralement évoquée très positivement : le cadre est champêtre (les champs de maïs transformés avec la ZAC centre : «ils nous ont enlevé le champ») et centrée autour de l école Voltaire, et les nuisances viennent plutôt de l extérieur (surtout l absence d entretien). 26/146
La convivialité et les liens de solidarité sont également régulièrement évoqués et valorisés : «Les habitants de la Plaine, c était comme une famille unie, pas de bagarre, une solidarité incroyable, pas de vol. Les anciens, séparés, ont la nostalgie du quartier. Toujours, l un demande après l autre. La mairie et le service social ont ignoré ça. Ils nous ont séparés» ou encore «il y avait toujours quelqu un qui dépannait l autre. Une ambiance famille. On était tous ensemble dehors l été. Les mamans se dépannaient ensemble». 1.3 L ISOLEMENT ET LE SENTIMENT DE STIGMATISATION DU QUARTIER Une absence de diversité Le quartier de la Plaine était marqué par la forte présence de familles venues du Maghreb (et dans une moindre mesure, du Portugal). Régulièrement, les familles font état de cette particularité : «ce quartier c était un ghetto : 90% de maghrébins et quelques italiens et portugais des vieux. En face de nous, l école Voltaire reflétait l image du quartier. Ils nous considéraient comme défavorisés». De ce fait, l annonce du projet de renouvellement urbain vient questionner cette homogénéité culturelle. Une part des ménages interrogés comprend que le PRU porte un objectif de diversité culturelle mais pense qu il est inavoué : «Ils ont fait ça soi-disant pour moderniser. C était surtout pour nous éparpiller». Deux ménages interrogés sur le site de la Plaine utilisent régulièrement le terme de «ghetto» pour désigner leur quartier : «le ghetto dans les écoles, c est lié, à cause du ghetto de logements». Les ménages renvoient que cette expression aurait été utilisée lors des réunions publiques pour présenter le PRU. Bien que ce terme soit réutilisé avec crispation, un ménage indique, in fine, comprendre la nécessité de diversifier culturellement le peuplement : «dans le projet, ils ont réfléchi à casser le ghetto : c est une stratégie politique. Ca a été grave pendant des années, maintenant ils mélangent : c est dur d accepter ( ) plutôt qu un ghetto, il faut mélanger les populations». 1.4 UN COCKTAIL GENERATEUR DE NOSTALGIE Les ménages de la Plaine apparaissent nostalgiques de leur quartier. Il semble que quelques facteurs constituent ce cocktail générateur de nostalgie : - La grande stabilité des ménages au sein de la Plaine unis par des liens sociaux très forts et constitués en communautés - Le sentiment d avoir vécu sur le site une histoire particulière qui a peu à peu isolé le groupe de locataires de la Plaine. La réhabilitation du milieu des années 1980 semble constituer une rupture : elle apparaît comme le dernier moment où le bailleur se serait intéressé aux ménages avant une longue période de désintérêt pour les ménages, qui se conclue finalement par le PRU. 27/146
- Un investissement important des locataires dans l entretien et l embellissement de leurs logements (voir plus loin). Il faut préciser que près de la moitié des enquêtés habitaient la Plaine depuis plus 20 ans. Cependant, tous ne voulaient pas pour autant y rester. Ce sont principalement les ménages ayant grandi dans le quartier qui souhaitaient être relogés in situ en raison d un attachement fort. Les enquêtés regrettent qu on ne leur ait pas davantage proposé de rester sur le quartier. L attachement à La Plaine est particulièrement important et ces ménages attachés au quartier ont le sentiment que le bailleur a volontairement «oublié» de leur proposer de rester sur le quartier. D autres se sont découragés parce qu on leur a expliqué que les nouveaux logements de La Plaine seraient trop chers pour eux. Certains ménages sont détachés par rapport au quartier : - Certains ménages arrivés depuis plus de 20 ans pour mise en ménage ou rapprochement familial n avaient finalement pas le sentiment d avoir choisi ce quartier. - D autres sont arrivés dans l urgence, car leur ancien logement était insalubre ou repris par le propriétaire Ceux-ci cherchaient plus souvent à quitter le quartier depuis quelques mois, voire quelques années, avant l annonce de la démolition. Enfin, malgré cette nostalgie, la plupart des personnes rencontrées sont plutôt satisfaites d avoir pu quitter le quartier. Certains ont ainsi souhaité ne pas retourner dans un ensemble similaire «ils ont mis toute la communauté arabe là-bas [parlant du centre-ville] ( ) Pas dans le neuf à La Plaine parce que je savais que dans les nouveaux bâtiments reconstruits il y aurait les mêmes personnes qu'à la Plaine, et notamment ma famille». Le relogement a permis à ce ménage de débloquer une situation personnelle, familiale, très tendue, en s éloignant d elle. 2. DES LOCATAIRES TRES INVESTIS DANS L AMELIORATION DE LEUR LOGEMENT 2.1 DES LOGEMENTS MIEUX ADAPTES La moitié des enquêtés rencontrés étaient en recherche d un nouveau logement au moment de l annonce du dispositif de relogement. Pour ces ménages en attente de mutation, la démolition a représenté une réelle opportunité et le bilan du relogement est globalement positif. Il a débloqué des situations de surpeuplement (un ménage indiquant vivre à 8 personnes dans un T4), de souspeuplement, de tension familiale, d insatisfaction liée au cadre de vie En revanche, concernant les ménages qui ne souhaitaient pas quitter leur logement ou leur quartier, rares sont ceux percevant ce déménagement comme une chance. La plupart regrettent leur ancien logement et/ou leur ancien quartier. En particulier, les ménages ayant grandi à la Plaine sont très critiques sur l opération. 28/146
Les propositions de logement Seuls deux ménages ont finalement vécu le relogement comme un moyen de pression sur le bailleur afin d obtenir exactement le logement demandé dans le quartier souhaité. Si d autres ont été au bout des deux propositions de relogement, la plupart se sont sentis obligés d accepter cette dernière et ne vivent donc pas leur nouvelle situation de la même façon : «pour nous, c était difficile. On est resté parmi les derniers. On nous a fait deux propositions dans des quartiers défavorisés. On ne voulait pas y aller, surtout avec des enfants petits. C était les quartiers Chamberton et centre-ville. A la dernière proposition, on nous a dit «il faut se décider»». Les personnes âgées se sont plus souvent senties «forcées» et ont alors accepté la première proposition qui n était pourtant pas adaptée à leurs besoins et contraintes. On constate chez ces personnes une accélération de leur mauvais état de santé physique et morale depuis l emménagement du fait d un isolement, physique et donc social, plus important «La Plaine, c était peut-être un ghetto, mais on y était bien. La mairie parle de ghetto mais nous, on ne sentait pas ça ( ). Ca a été dur pour les petits vieux. 4 familles ont eu des anciens qui sont morts avant d être relogés. Ma grand-mère, ils lui ont proposé un F2. Elle était traumatisée Beaucoup de familles comme ça». Certains on eu une réaction de type autocensure dans la mesure où ils n ont émis aucun critère pensant ne pas avoir les capacités financières suffisantes pour être plus exigeants ; ou pensant que les propositions suivant la première seraient forcément moins intéressantes ; ou encore parce qu ils ne voulaient pas «galérer». Ces personnes ont finalement vécu le relogement de façon assez négative ; surtout lorsqu elles ont vu ce que d autres obtenaient à force de négociations. D autres ce sont sentis aussi forcés dans la mesure où les premières propositions étaient apparemment inadaptées à leurs besoins et ne répondaient donc pas à leurs critères. Ils ont dû accepter la deuxième (ou troisième) proposition car il s agissait de la dernière. Parmi eux, certains ont su imposer leurs critères sans en déroger et obtenir ce qu ils souhaitaient ; d autres auraient signé le bail sans même avoir visité le logement au préalable. Placés dans un sentiment d urgence, ils estiment que cette situation est due à un manque d organisation du relogement. Parmi les derniers ménages relogés, un ménage composé d enfants adultes et de leurs parents retraités indique n avoir eu qu une proposition, tardivement. Ils se sont donc sentis obligés d accepter. Afin de limiter la hausse du taux d effort, ils ont préféré prendre un appartement plus petit et se retrouvent dans une situation inconfortable à 6 personnes dans un T4. Les ménages satisfaits de leur nouveau logement sont logiquement - ceux qui, ayant déposé des demandes de mutation depuis un certain temps, ont pu obtenir (assez précisément) ce qu ils avaient demandé. La taille du logement est généralement mieux adaptée, la vue est parfois mieux appréciée ainsi que l existence d un balcon et d une bonne isolation. La question des balcons est moins présente sur ce site dans les exigences des locataires et dans les remarques lors de l entretien. On peut noter que les anciens logements n en disposaient pas tous. On trouve ces ménages satisfaits aussi bien dans les logements neufs qu anciens : «On est bien ici. J aime bien. La surface me suffit largement.» ; «Le top» ; «Ici, c est bien : il y a une cuisine où on peut manger, suffisamment grande. Et il y a le babyfoot sur la terrasse, c est sympa, on y joue souvent» ; «Ici, c est au 2ème étage. C est bien calme. Les voisins sont bien. Ici, on a l impression d être dans du privé : il y a la petite cour, le grillage, l interphone ; on n a pas l impression d être en HLM». 29/146
2.2 UNE CRISPATION SUR LA QUALITE DU BATI ET LA REALISATION DE TRAVAUX Certains ménages ne sont pas satisfaits de leur nouveau logement, le plus souvent ceux ayant accepté la première proposition. Les mécontentements sont alors liés à des problèmes d isolation «c est du placo» et de taille de logement : un ménage qui a emménagé dans un«faux T4», ou à l état général de l appartement «Le lino est tout abîmé, la porte du balcon est mordue et griffée par les chiens des anciens locataires, les volets du balcon ne s ouvrent et se ferment qu à moitié C est en rezde-chaussée mais je suis pas en sécurité ( ) La douche est pas adaptée pour moi ( ) C est plein de crottes de chien là en bas (devant l immeuble) ( ) ils jettent les poubelles par les fenêtres». La question de l isolation au bruit est une source d insatisfaction assez présente parmi les locataires relogés aussi bien dans le neuf que l ancien : «ici, c est des maisons en carton. Quelqu un fait pipi au dessus : on l entend» «On entend vraiment bien le voisin du dessus. Il traine les meubles, ça doit être sa passion, du matin au soir. Ca commence à 6h du matin, même le dimanche. C est les nerfs qui en prennent un coup». Mais aussi pour un couple avec enfant qui avait explicitement demandé un logement bien isolé de façon à ce que leurs enfants puissent jouer librement sans déranger de voisins. Au contraire, un ménage remarque que la qualité de l isolation phonique, meilleure dans les nouveaux logements qu à La Plaine, est un élément qui renforce la cordialité des relations avec les voisins en limitant la gêne. Les logements neufs n attiraient pas particulièrement les ménages ; ils y étaient parfois même réfractaires : «Les loyers sont plus chers dans le neuf et la qualité moins bonne : les pièces sont trop petites, il n'y a pas non plus assez d'espaces extérieurs». Ces logements sont critiqués sur leur agencement et sur la qualité du bâti : mauvais agencement des pièces par ailleurs trop petites, problèmes d isolation phonique et thermique, répartition individuelle des charges sur les fluides, appartements non traversant donc moins lumineux, «C est pas fait comme on veut. Surtout, les cuisines sont toutes petites. On va revenir à une vie comme avant : dans les campagnes avant, on avait une seule pièce ou tout le monde vivait, avec des placards dans lesquels étaient les lits. Voila vers quoi on va. Dans l ancien, la disposition des pièces est meilleure». Un taux d effort en augmentation Les relogés se sont parfois explicitement interdit certaines demandes, certains critères de choix, pour des raisons financières, tels que changer de quartier ou emménager dans un logement neuf. Certains ménages s inquiètent ainsi «par rapport au relogement, ils n ont pas fait attention au budget des familles. Les restes à charge sont plus lourds : des gens qui payaient 300 sont passés à 600. Ils ont égorgé la plupart des familles. Même nous, on paie plus. Le loyer est passé de 450 à 700 à charge [loyer avec charge], c est pas bon. Economiquement, c est très juste. C est une connerie qu ils n ont pas vraiment assumé». Cependant, nous n avons pas rencontré de ménage en situation d endettement lié au budget logement. Les relogés déplorent tous avoir un reste à charge plus élevé qu à la Plaine. Pour certains «ça c'était une grande surprise», pour d autres le loyer a augmenté progressivement de 200 en 4 ans. 30/146
Si certains comprennent ce coût supplémentaire au regard de la plus grande taille du logement «On n'avait pas le choix, on devait payer plus cher pour avoir une chambre» «L essentiel c'est d'être bien chez soi», d autres ne parviennent pas à se faire expliquer par le bailleur des montants de charges jugés excessifs par l ensemble des locataires ; ou n acceptent tout simplement pas ces nouvelles conditions en rapport au cadre de vie (relogés dans l ancien) : «vu l état du quartier, on est un peu choqué de payer pour des choses comme ça. Le loyer, ça va mais avec les charges, c est cher : 600, et on n a pas d APL. On paie un loyer assez conséquent et on en a ras-le-bol du quartier. On vit dans la saleté, ça ne peut plus durer. On a envie de prendre la fuite. Ils ont tellement bien refait les allées que maintenant les jeunes squattent. Les ascenseurs sentent le pipi ( ) en bas, c est la décharge publique. On récupère les encombrants de tout le quartier. On se choppe pas mal de bestioles, il y a un bel écosystème dans cet immeuble!». Ainsi, ce n est pas l augmentation du taux d effort en soi qui semble le plus impacter la satisfaction liée au relogement, mais l augmentation de celui-ci au regard du nouvel environnement. Les travaux Tous les ménages rencontrés en 2009 (ce n est pas le cas des ménages rencontrés en 2010) ont fait des travaux dans leur nouveau logement. Ils ont le plus souvent accepté l aide du bailleur mais ont fait d autres travaux en plus. Ces personnes évoquent le manque de réactivité du bailleur face à leur mécontentement : «Le bailleur est passé pour la porte, il a dit qu il reviendrait mais ils ne sont jamais revenus pour faire les travaux» «Il y a souvent des problèmes et l'opac n'écoute jamais» «Il manque 1m² de revêtement de sol dans les toilettes [ ] Ils n ont toujours pas changé la douche mal posée». Les travaux, tout comme l achat de nouveaux meubles (pour quelques ménages), s ajoutent à l effort du déménagement. Il s agit d une étape importante dans l appropriation du nouveau logement par le relogé et la plupart des enquêtés ont accordé une importance particulière à ces travaux, au choix des matériaux, des couleurs. De façon générale, les relogés sont peu satisfaits de l aide apportée par le bailleur sur les travaux : «Ils nous ont fait les travaux. Ils ont fait des travaux légers. Après, pour les autres, ils ne l ont plus fait. Ils ont dit que ça coûtait trop cher. Le logement est bien. L Opac a dit des mensonges sur les travaux. Ils ne l ont pas fait pour les autres. Beaucoup ont râlé. Ils avaient fait des lettres pour dire qu ils payaient tout. Ils l ont fait pour nous puis ils ont arrêté, ils ont trouvé trop cher». Certains déplorent que le bailleur leur ait «imposé son entreprise» ou qu ils aient «donné des bons de réduction pour des magasins de tapisserie, peinture, très chers» et qu ils leur restent pas mal de travaux à faire par eux mêmes, ce qui allonge le temps d installation. De plus, la réactivité du bailleur face aux plaintes ne semble pas toujours à la hauteur des attentes des ménages, que ce soit pour les travaux dans le logement ou l entretien des parties communes : «On est obligés de les harceler». Au final, «c'est des petits trucs qui s'accumulent» obligeant parfois les locataires à faire «beaucoup de frais et à investir dans l'appartement». D une façon générale, les ménages qui avaient la plus grande ancienneté à la Plaine ont développé des logiques d investissement de leurs appartements proches de celles des propriétaires occupants. 31/146
2.3 DES LOGIQUES DE PROPRIETAIRES OCCUPANTS Les ménages les plus anciens à la Plaine s investissaient dans l amélioration et l embellissement de leur logement (en faisant de «véritables palaces», comme évoqué plus haut). Ces logiques ont toujours cours après le relogement. L investissement est particulièrement important : «On a jeté tous les meubles de la Plaine, on a tout racheté. C était trop vieux, ça ne pouvait pas aller dans le nouvel appart» ou encore : «ça fait trois ans que je suis là. Ils m ont refait l appartement. Mais là, il faut tout recommencer. J ai tout refait. Petit à petit, l oiseau fait son nid. Là, on va attaquer le WC et la salle de bain. Dans ces pièces, le papier peint se décolle des murs. Je fais tout à mes frais, petit à petit. La cuisine, j ai tout refait. J ai changé le lavabo, j ai mis du carrelage au sol et au mur». Poursuivant cette logique, une quadragénaire nostalgique ayant toujours vécu à la Plaine aurait souhaité acheter son ancien logement de la Plaine : «pour les anciens de la Plaine, pourquoi on nous a pas proposé de devenir propriétaire? En réunion, il y en a qui ont proposé de racheter leurs logements à l OPAC pour pas casser ce qu ils avaient payé durant toutes ces années ( ) J ai envie de retourner à la Plaine, même à vendre, on irait demain, même dans les nouvelles constructions». 3. LA PERSISTANCE DES LIENS AVEC LE QUARTIER D ORIGINE RETARDE L INTEGRATION DANS LE NOUVEAU QUARTIER Il faut préciser que la notion de quartier sur la Plaine est difficile à cerner. Le bâtiment de la Plaine (par l urbanisme, par le sentiment d appartenance des habitants) est considéré comme un quartier à part entière. Les personnes relogées sont considérées (et se considèrent) comme relogées hors du quartier. 3.1 LA COMPARAISON AVEC LE QUARTIER D ORIGINE Les ménages comparent leur nouvelle situation avec celle de la Plaine. Quelques ménages (les plus nostalgiques) évoquent les rencontres en bas de l immeuble entre les mamans et peinent à reconstruire des liens sociaux forts : «On va dans les jeux de la ZAC centre. Ici, c est juste un toboggan sur du gravier. Ici, il n y a pas d animations, pas de fête de quartier. Pour les gosses, il n y a rien. C est un quartier vieillot avec que des personnes âgées sur les bancs. A La Plaine, il y avait du ciné en plein air, le carnaval, la MJC dans les quartiers, des animations sportives Je vis ici que pour dormir. Quand on veut jouer, on reste devant l école. On ne sait pas s il y a des projets ici. Depuis qu on est là, on a eu que le bruit des travaux, même le mercredi». Quelques ménages, relogés dans l ancien, se sentent moins en sécurité dans leur nouveau quartier : «ici, on sort pas. Le quartier est composé de gens qui se connaissent depuis 30 ans et il y a le squat des jeunes. Ici, le soir, j ai peur. A la Plaine, ma grand-mère laissait sa porte ouverte, on laissait les voitures ouvertes. Ici, l an dernier, une maman s est faite cambrioler le jour de Noël». Trois ménages évoquent les voitures brûlées dans leur nouveau quartier (un dont leur voiture a brûlé), phénomène inconnu à la Plaine : «dans ce quartier, les voitures brûlent. Au début, ça allait bien. 32/146
Maintenant, c est le cauchemar. Ils mettent le feu aux poubelles. L autre fois, une voiture était garée tout prêt de la mienne, elle a pris feu. Du point de vue de la sécurité, rien ne nous protège. A la Plaine, il n y avait pas de problème. Il y avait moins de monde là-bas par rapport à ici. C est peut-être ça le problème» ou encore «Pas mal de voitures ont brulé. Moi, je m en fous. Ma fille a une voiture mais je connais tout le monde, je ne crains pas les problèmes» Parmi les comparaisons qui tournent à l avantage du nouveau quartier, une jeune fille se sent soulagée d avoir quitté la Plaine : «J étais née là-bas, je connaissais tout le monde. Ici, je peux rentrer et sortir quand je veux, je ne me sens pas observée tout le temps». Le départ du quartier signifie, pour cette jeune fille, la fin d un contrôle social qui lui apparaissait étouffant. L entretien et l hygiène dans les parties communes sont globalement appréciés en comparaison de la situation que les ménages ont quitté à La plaine. Certains déclarent inviter plus facilement du monde chez eux depuis leur déménagement «Dans cet appart, on accueille plus de monde qu avant. C était un massacre là bas. Tellement c était sale. On ne pouvait pas recevoir du monde. Ca sentait mauvais. C était sale, il y avait des crachats. Ici c est propre». Un ménage rencontré en 2010 indique que les parties communes de son nouvel immeuble sont souvent sales alors que l immeuble est neuf mais compare la situation avec la Plaine : «c est déjà mieux qu à La Plaine où c était infecte, on aurait dit un taudis». De ce fait, cette personne s interroge sur les 51 de charge qu elle paie et qui sont en partie destinée à l entretien des parties communes alors que, selon elle, la prestation est peu ou mal réalisée. Les ménages qui avaient déjà pour projet de déménager apprécient plus facilement leur nouveau quartier. Certains retrouvent une certaine convivialité «Des personnes âgées s assoient sur les aires de jeux et sortent des chaises de chez eux pour discuter en bas». 3.2 DE NOUVEAUX QUARTIERS QUI MANQUENT D EQUIPEMENTS Les ménages insatisfaits de leur quartier sont certes nostalgiques de La Plaine, mais semblent aussi manquer de commerces de proximité pour recréer un réseau social similaire : «on a gardé les mêmes commerces et médecin car il n y a rien à proximité ici». La plupart continue à fréquenter les équipements pour enfants vers La Plaine, ainsi que la pharmacie et la mosquée : «La pharmacienne le dit : elle nous voit tous revenir. «Côté commerce, ça n a rien changé. On va toujours à Leclerc ou à Saint-Egrève en bus. J ai mes habitudes. Médecin, banque, tout est à côté. J ai l impression de ne pas avoir changé de quartier. Je vois toujours le même monde. Les voisins de la Plaine ne sont pas allés loin. Il y en a pas mal ici, au moins une dizaine». Un ménage est particulièrement en colère contre son relogement, et exige un retour immédiat à la Plaine : «Mes parents ont habité 40 ans à la Plaine, alors ils veulent retourner d où ils viennent, un point c est tout, y a pas d explication à donner. Ils ont tout làbas et rien ici. Là-bas ils avaient leur mosquée, leur magasin Leclerc, les transports en commun, la pharmacie, et surtout leurs voisins. Ici, on n a rien». Cette problématique est d autant plus forte chez les personnes âgées qui, ne se déplaçant plus en raison de commerces trop éloignés, dépriment et régressent physiquement. Seule la moitié des enquêtés sont satisfaits de leur nouvel 33/146
environnement. La satisfaction liée au quartier est en grande partie liée à la présence de commerces de proximité : «et puis on a tout à côté-là, l école, la crèche, les bus». Les locataires de la rue Martin Luther-King Parmi les ménages relogés que nous avons rencontrés, un certain nombre l ont été sur la rue Martin Luther King. Le caractère homogène et particulier de leur demande peut être noté. Les ménages habitant la rue Martin Luther-King (logements neufs en bordure du par Jo Blanchon, ZAC centre) notent que leur installation dans cette rue les a éloigné des transports en commun. Cet éloignement va de paire avec un manque de commerces de proximité qui les oblige à se déplacer. C est une véritable contrainte pour les personnes âgées. A contrario, un ménage (particulièrement ravi de son relogement ayant régulé un problème de sur-occupation et l ayant éloigné d un voisinage avec qui il n arrivait pas à s entendre) déclare disposer de plus de commerces. Ce ménage nous fait part d une rumeur sur l installation d un LIDL, commerce de proximité, indiquant qu il est très favorable à une telle installation. Une habitante de la rue Martin Luther-King fait remarquer que les liens avec les voisins sont moins forts qu à La Plaine et qu ils se nouent essentiellement sur le mécontentement : par rapport au manque de commerce de proximité, dans la relation avec le bailleur Un ménage relogé dans cette rue souligne les nombreuses défaillances de l appartement et l immobilisme du nouveau bailleur : «Cet appartement ne convient pas du tout. On exige un retour à la Plaine dans le neuf au plus vite. Rien ne va dans cet appartement : l isolation est mauvaise, rien n est fini, il y a plein de choses à réparer, tout est de mauvaise qualité. Pourtant c est sensé être du neuf! L an dernier il y a eu une inondation, tous les garages ont été touchés. ( ) ils n ont rien fait, ils n ont même pas appelé les pompiers! On n arrive pas à avoir de contact avec ce bailleur, c est pas normal». Un autre ilot de mécontentement peut être observé dans le quartier autour de la caserne de pompiers. Sur ce quartier, la desserte en transport en commun est globalement appréciée mais les locataires se plaignent de l isolement du quartier et du manque de commerces de proximité. 4. VIVRE DANS UN QUARTIER DIVERSIFIE 4.1 LA DIVERSITE EN QUESTION A l épreuve de la diversité, les ménages relogés sont finalement divisés sur l intérêt de la mixité sociale et culturelle dans le peuplement des immeubles. C est surtout la mixité culturelle qui est commentée de façon plutôt positive : - Positivement : «je suis allée voir la démolition et, franchement, ça fait trop plaisir! On était tous de la même ethnie là-bas, tous pareils. C est bien ce qu ils font là ce qu ils appellent la 34/146
diversité ( ) si ils font de la diversité ça ira mieux mais si ils remettent les mêmes personnes ça ne changera rien» ou encore : «il faut métisser les choses (...) ici, ils ont tout mélangé et ça marche». «toutes les familles [maghrébines] dans un coin, c était pas bien ( ) Il y avait plein de nationalités et ça faisait des communautés, c était pas bon ( ) Il faut métisser les choses ( ) Ici, ici, ils ont tout mélangé et ça marche». Une jeune femme d origine algérienne relogée hors quartier, explique : «On était tous de la même ethnie là-bas, tous pareils. C est bien ce qu ils font là, ce qu ils appellent la diversité». - Négativement : «C est une tour de 10 étages, ça fait autant de monde, de cultures différentes. Il y a un manque de respect» (couple mixte, relogé dans l ancien). Un ménage insiste sur l intérêt d habiter avec des ménages lui ressemblant : «ici il n y a que des personnes âgées et 2 ou 3 couples avec enfants mais c est tout. Tout le monde est gentil, la plupart sont des vieux comme nous. Ca va». La mixité sociale fait débat parmi les rares personnes qui l évoquent : - Certains apprécient de se retrouver en proximité d immeubles de propriétaires occupants : «le quartier est pas mal. Pourquoi? Parce qu un bâtiment sur deux est privé. Le privé, c est des privilégiés. Ca joue pour nous, c est bien, ça nous donne du respect». - D autres estiment que ce projet est utopique : «Ils ont voulu mélanger les locataires et les propriétaires en alternant un immeuble propriétaire, un immeuble locataire. Ca peut pas marcher : les propriétaires ne sont pas tranquilles. Le même parking, le même garage, ensemble». 4.2 L EMPLOI Les ménages interrogés sur l impact du relogement sur leur vie professionnelle : «pour trouver un travail, ça ne change rien d avoir déménagé, même si c est vrai que c est peut-être moins choquant de dire qu on habite là», selon une personne en recherche d emploi. Une personne en activité est surprise que le thème de l emploi soit abordé au cours de l entretien : «le travail et le logement, ça n a rien à voir!». Elle précise que le relogement n a rien changé. Un ménage qui a accepté la première proposition de logement indique que ce logement lui convient car il lui permet de rester dans le même quartier et de conserver ses habitudes pour se rendre à son travail. Cette femme (vivant en couple) précise que les contraintes de son travail s accommodent mal avec les problèmes d insonorisation qu elle a constatés : «les voisins font du bruit et c est difficile pour moi : je me lève à 5 heures pour aller faire le ménage, je ne peux pas me reposer le week-end à cause du bruit». Cette personne, relogée dans le neuf, considère donc que son voisinage et la qualité du bâti constituent un frein au bon déroulement de sa vie professionnelle et à son besoin de repos. 4.3 LA SECURITE DES ENFANTS Les ménages avec enfants installés autour du parc Jo Blanchon sont très satisfaits des équipements pour les enfants et de la sécurité du parc. Les ménages relogés un peu plus loin se rendent également régulièrement dans ce parc. 35/146
Un ménage évoque le sentiment de sécurité qu elle connaît désormais par rapport aux sorties de ses enfants dans les parties communes de l immeuble. En restant dans son appartement, situé au rez-dechaussée, cette mère de famille peut surveiller ses enfant qui jouent dans la cour de l immeuble ou de l autre côté, dans le parc Jo Blanchon. Elle oppose cette situation à ce qu elle a connu à La Plaine où les escaliers étaient «vieux et serrés» et où il n était pas possible de laisser jouer des enfants, ce qui l obligeait à descendre dehors avec ses enfants pour qu ils puissent jouer. Par contre, interrogée sur les modifications quant à la garde de ses enfants, elle indique qu aucun changement n est intervenu : elle reste la seule à garder ses enfants et ne les a jamais confiés à quiconque. 4.4 LE RELOGEMENT ET L ECOLE Deux ménages ont du changer leurs enfants d école suite au relogement (les autres continuent de fréquenter la même école). Suite à ce changement, un père de famille nous indique qu il n a pas choisi ces écoles et que l un de ses fils a connu une baisse de ses résultats qui l a conduit à redoubler sa 6e. Il a demandé une dérogation pour son plus jeune fils, afin de le changer d école «pour qu il ne lui arrive pas la même chose». Une jeune fille de 13 ans (relogée dans le neuf) se dit très satisfaite du relogement (intervenu lorsqu elle avait 11 ans). Les amies qu elle avait à La Plaine habitaient toutes loin de son quartier. En déménageant, elle s est rapprochée de ses amies et va désormais à la même école qu elles (elle s est aussi rapprochée du lieu des activités sportives qu elle pratique). Ce changement a nettement amélioré ses résultats scolaires (confirmé par sa mère). Elle estime que, lorsqu elle était à la Plaine, l ambiance n était pas au travail. Elle était importunée par d autres enfants. Les ménages interrogés évoquent les enfants et les jeunes qu ils côtoient désormais dans leurs nouveaux quartiers. L un d eux estime avoir perdu le calme du quartier de la Plaine où «les enfants avaient grandi». 5. LE SENTIMENT PAR RAPPORT A LA TRAJECTOIRE RESIDENTIELLE Sur l opération de la Plaine, les ménages rencontrés permettent de distinguer les profils suivants, selon leur sentiment par rapport au relogement : - Les ménages ayant le sentiment d avoir réalisé une trajectoire résidentielle positive correspondent à ceux qui avaient déposé avant le PRU un dossier de demande de mutation. La réalisation au plus près de leur demande les satisfait pleinement. Parmi ces ménages, 8 indiquent n avoir aucun projet de déménagement et deux ont des projets d accession à la propriété dans leur pays d origine (Maghreb) en cours. - Les ménages qui ont un sentiment mitigé par rapport à leur trajectoire résidentielle sont ceux : o dont les critères sur le relogement n ont pas été entièrement pris en compte et qui voient des problèmes persister (sur-occupation pour un ménage) ou augmenter (hausse du taux d effort). Parmi ces ménages, certains avaient déposé des demandes de mutation. 36/146
o dont la situation par rapport au logement semble stable (même taille de logement) mais qui connaissent une hausse de leur taux d effort. Parmi ces ménages, il existe un projet d accession à la propriété. - Les ménages ayant le sentiment d une trajectoire résidentielle négative se retrouvent parmi : o o les ménages nostalgiques du quartier es ménages ayant le sentiment d avoir subi le relogement. 5 ménages sont dans ce cas. Ils sont tous relogés dans l ancien. Ils ont adapté la taille de leur logement (deux sont passés d un T5 à un T3, deux autres d un T3 à un T4). Parmi eux, un ménage indique avoir pris le premier logement qui leur était proposé par incompréhension du dispositif de relogement. Ce ménage a un projet d accession à la propriété. Les souhaits de mobilité résidentielle sont relativement importants puisqu une petite moitié des ménages souhaite déménager à nouveau, à plus ou moins long terme (et, quelques relogés souhaitent ne plus avoir à déménager, au moins le temps de la scolarité de leurs enfants). Deux particularités sont à noter dans ces souhaits : - Le nombre de projets d accession à la propriété est important : 4 projets relativement aboutis (un projet en cours) et un certain nombre de ménages qui évoquent cette possibilité. Il semble exister un lien entre le comportement des ménages dans le fort investissement de leur logement et la volonté d accéder à la propriété. Quelques ménages ont indiqué la perte qu a représenté la démolition par rapport à des logements qu ils avaient complètement et régulièrement refaits : la volonté d accession à la propriété peut être une réaction face à ce sentiment de gaspillage. Certains pensent «rentrer au bled» à terme mais envisagent tout de même de déménager entre temps, ou d acheter le logement qu ils louent actuellement. - Le tropisme de la Plaine est encore vivace (mais les ménages rencontrés en 2010 sont moins intéressés par un retour à la Plaine) : les ménages savent que le quartier va encore beaucoup changer, mais souhaitent, pour les plus nostalgiques, retrouver «l esprit» du lieu : «c est ma jeunesse qui est partie, les anciens étaient là aussi ( ) Ca n existera plus car tout le monde est éparpillé maintenant». Les ménages s impatientent : à l approche de la livraison du neuf sur le site de la Plaine, un ménage (rencontré en 2010) s inquiète car, selon lui, le maire «nous avait dit que les personnes qui partaient de la Plaine seraient prioritaires pour revenir y habiter dans le neuf. Nous, on attend toujours : j ai pourtant déposé des dossiers. On veut partir d ici et retourner à la Plaine». Cette inquiétude se mue ensuite en une attitude vindicative : «cet appartement ne convient pas du tout, on exige un retour à la Plaine, au plus vite ( ) nous, on veut retourner à la Plaine, dans le neuf et avec l OPAC!». «J ai pris un dossier logement pour retourner à la Plaine. Je l ai pris vendredi soir [on est lundi]. Peu importe le loyer. De toute façon, ici, c est pas donné : 600. On demandera un T4» «On a fait un dossier d accession sociale sur une ancienne ferme, Chanas. On m a pas pris. Je demandais un T3 de 165 000. C est la mairie qui attribue, elle ne nous a pas sélectionnés. Il y a eu 200 demandes pour 16 logements». 37/146
Profil des ménages rencontrés Ménage Appart Quartier * Taux d effort Autre Volonté de déménager Enquêtés 2009 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Ancien logt trop petit / ils avaient déposé une demande pour + grand Ils sont passés d un T3 à un T4 Dans le parc ancien. Maintien en T4 dans le parc ancien. Passé de T3 à T4 comme demandé Parc ancien en maison mitoyenne Passage T3 à T4 avec décohabitation des gd-parents Parc ancien Passage T3 à T4 comme demandé depuis 8 ans Parc ancien maison mitoyenne Passage T5 à T4 Parc ancien Passage T4-T5 Dans le neuf Passage T5-T3 Parc ancien Passage T3-T4 Parc ancien A repris le logt de relogement de sa mère décédée depuis Passage T4-T3 Parc ancien Passage T3-T4 Parc ancien HQ : nostalgie de la Plaine Nouveau quartier : dortoir, pas d animation, vandalisme, pas de commerce, problème de TC HQ ; aimait l ancien quartier et aime aussi le nouveau HQ / satisfait mais regret de La Plaine HQ Supérieur Légèrement supérieur Supérieur Forte augmentation On ne leur a pas proposé de revenir à la Plaine alors qu ils auraient voulu, même en accession. Satisfait du nouveau logt et des travaux. Satisfait du nouveau logt et des travaux. Le bailleur n a pas assez insisté sur la possibilité de revenir à La Plaine et les habitants n y ont donc pas pensé. HQ Supérieur Sentiment d avoir pu négocier davantage grâce au dispositif de relogement HQ et satisfait Inférieur Satisfait de la prise en charge par l OPAC et des personnes chargées du relogement. HQ supérieur Dit ne pas avoir pu visiter le logement avant la signature du bail HQ Inférieur A totalement subi le relogement/logt et quartier non adapté Avait déposé une demande pour + grand Sentiment d avoir été «expulsé» Souhaite de partir : a dépose des demandes partout, dont La Plaine Sentiment d avoir été forcé de déménager. Relogement vécu comme une opportunité parfois se disent qu ils aimeraient bien retourner à la Plaine dans le neuf Le prochain déménagement sera au bled avec accession propriété en cours Déçu par l OPAC Demandait + grand depuis 15 ans Veut déménager pour quitter l Opac et accéder à la propriété Demandait + grand depuis 8 ans Veut acheter cette maison et à terme repartir au bled où ils construisent Voulait changer car trop grand Pas de projet Voulait partir depuis plusieurs années. Ne veut plus déménager Oui demande en cours Retourner à la plaine dans le neuf... ou ailleurs mais dans un logt et quartier adapté HQ Inférieur Subit le relogement Oui mais pas de démarche en cours HQ Supérieur Aller-retour Portugal fréquent HQ Supérieur Subi le relogement car méconnaissance du système Non Oui 38/146
Ménage Appart Quartier * Taux d effort Autre Volonté de déménager Passage T3-T4 Parc ancien 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 Maintien en T3 Parc ancien Passage T5 à T3 Parc ancien Maintien T3 Dans le neuf Maintien en T3 Parc ancien Passage T6 à T4 Dans le neuf Maintien en T3 Dans le neuf Maintien en T3 Parc ancien Maintien en T3 Dans le neuf T4 à T3 Parc neuf Maintien en T4 Parc neuf T5 à T4 Parc neuf T4 à T5 Parc neuf HQ Supérieur Apprécie le quartier. Les enfants étaient déçus de quitter la Plaine HQ Supérieur N a pas changé ses habitudes avec les commerces et connaissait déjà les habitants de son quartier HQ Inférieur Très insatisfaits du relogement, du nouveau logement et du quartier. Déçus par l OPAC. HQ Supérieur Le relogement n a rien changé. HQ Supérieur Très satisfaite de l accompagnement au relogement. HQ Inférieur Inquiet de l évolution de son nouveau quartier. HQ Inférieur Ne voient plus leurs amis car n habitent plus à côté. Couple en cours de séparation. HQ Supérieur Inquiet de l évolution de son nouveau quartier. HQ Supérieur Sur-occupation car les enfants sont revenus habiter chez les parents. Enquêtés 2010 HQ Non renseigné HQ stable Passif par rapport au relogement, mais content de leur nouveau logement HQ Supérieur Relogé dans le neuf mais dans un logement beaucoup plus petit HQ supérieur Ravis d avoir un appartement plus grand, d avoir changé de voisins et d être dans le neuf Voulait changer de logement Pas de projet de déménagement Ne voulait pas quitter son logement Pas de projet de déménagement Ne voulaient pas partir Veulent retourner à la Plaine Voulait partir// logt Ne veulent plus partir Voulait partir// logt Ne voulait pas partir Déménagement pour divorce Ne voulait pas partir Veut retourner à la Plaine Ne voulait pas partir Veut que ces enfants partent du logt Pas de projet Pas de projet Dossier déposé pour retourner à La Plaine Non (mais indiquent avoir besoin d une chambre supplémentaire) 39/146
II.3. L opération Mistral à Grenoble II.3.A Présentation de l opération de relogement Attention : les chiffres présentés sur cette partie sont issus des données collectées lors des rencontres avec les acteurs en 2009 (sauf mention contraire) et peuvent avoir évolué. L actualisation des données à été réalisée en fonction des données nouvelles recueillies. 1. Le contexte de l opération Le quartier compte 2799 habitants, 1080 logements sociaux. La mise en œuvre de l opération de renouvellement urbain, progressive, est prévue sur 10 ans. Une première tranche concerne 280 logements (un seul bailleur est concerné par la démolition : ACTIS). La Ville a souhaité mobiliser d autres bailleurs pour la reconstruction : ACTIS reconstruit 40% de l offre et 6 bailleurs sont concernés par la reconstruction. La reconstitution de l offre est prévue sur le quartier et l agglomération. Il s agit de diversifier l offre et d abaisser le taux de logements sociaux sur le quartier (passer de 100% à 74%) via 6 opérations de reconstruction (138 logements) sur site. 15 opérations, soit 142 logements, seront de plus construits hors site au titre de la reconstitution de l offre locative sociale démolie. Les ménages de Mistral étaient composés de couples avec de «grands enfants». L opération de rénovation urbaine favorise alors la décohabitation qui est plus importante sur ce site qu ailleurs : 15% de décohabitants (habituellement, proche de 10% en moyenne). Pour la ville, c est une problématique particulière à gérer mais qui permet de limiter la recherche de grands appartements qui aurait eu lieu sans ces décohabitations. La convention pour le projet de renouvellement urbain du quartier Mistral a été signée le 30 janvier 2006 entre l ANRU, la ville de Grenoble, les bailleurs/maitres d ouvrages (ACTIS, SDH, SCIC Habitat, PLURALIS, OPAC 38, SNI, Grenoble Habitat), le CCAS de Grenoble, la Région, le Département, La Métro, l Association Foncière Logement, la CDC et le Préfet. 40/146
Un relogement espacé dans le temps et le territoire Le premier relogement à eu lieu en 2005. 30 ménages ont été relogés en 2006 puis 58 en 2007 et 46 relogements en 2008. Il était réalisé à 72% fin 2009 : Nombre de logements à démolir: 280 Nombre de logements occupés 267 Nombre de décohabitations : 40 Nombre de ménages à reloger : 307 Etat du relogement au 31.12.2008 177 Etat du relogement au 31.12.2009 221 Objectifs visés par le plan de relogement Ménages relogés : % Dans le quartier et dans l ancien 30 Dans le quartier et dans le neuf 30 Hors quartier 30 L opération est programmée sur une longue durée. Les relogements ont lieu en parallèle des démolitions à l échelle du quartier et de la ville de Grenoble, en particulier sur l îlot Ampère. La Ville estime que le rythme des relogements s est essoufflé en raison de l exigence des ménages, faisant prendre du retard au plan de relogement. 2. Le dispositif de relogement L implication de la Ville dans l animation du dispositif Le plan de relogement mobilise 7 bailleurs, impliqués dans un dispositif partenarial de relogement conduit par la Ville. La convention de relogement a été signée en mai 2006 (Ville, préfecture, Conseil Général, les 7 bailleurs et les collecteurs 1%). ACTIS, bailleur social le plus important sur Grenoble, effectue 60% du relogement. Les autres bailleurs participent de façon moindre à l effort de relogement, en relation avec la hauteur de leur parc de logement. «La Ville se place comme garante de la mobilisation de tous les partenaires en mettant en place et en animant un dispositif de suivi et d accompagnement du processus de relogement» (charte relogement). L organisation du relogement : - Le comité de pilotage politique se réunit quatre fois par an - Le comité de pilotage technique se réunit une fois par mois. 41/146
- Le comité opérationnel de relogement, orienté sur la concertation entre acteurs et l adéquation offre / demande. La MOUS Relogement Il est mis en place, pour la durée du processus de relogement, une MOUS de relogement, regroupant une chargée de mission relogement (Conseillère en économie sociale et familiale), les référents désignés par chacun des bailleurs signataires au sein de leur organisme, ainsi que les référents de chacun des collecteurs. La chargée de relogement anime le Comité opérationnel relogement. Elle élabore les outils de suivi et rend compte de l'avancement du relogement devant le comité technique en lien avec un cadre, chargé de mission renouvellement urbain à la Direction du Logement. La particularité de Mistral réside dans la gestion de la MOUS pilotée par la Ville de Grenoble. Les personnes rencontrées jugent ce mode de pilotage plutôt efficace. Une charte de relogement volontariste. Des habitants accompagnés par la CSF ont travaillé sur une charte de relogement. Ce travail a duré 6 mois et a mobilisé une quinzaine d habitants. Cette charte a été une étape importante de l implication des habitants mais les associations de locataires jugent que ce travail est tardif, intervient «en fin de projet». La charte a été signée en 2005 par les 7 bailleurs, la Ville, la CSF, l Union de Quartier Mistral-Eaux Claires. Elle engage les partenaires sur (extraits) : - Le principe d'une offre de relogement adaptée aux souhaits des ménages, en particulier le respect de la volonté de rester ou quitter le quartier, la prise en compte du souhait de relogement dans le neuf ou l ancien - Le principe d'accompagnement des ménages à reloger et la mise en place d'une MOUS relogement - La mise en place d une enquête de satisfaction - Trois propositions de relogement par ménage - La prise en compte des dettes de loyer par la mise en place d un plan d apurement - La dérogation à la règle d une pièce par personne concernant les ménages en situation de sous-occupation manifeste - La réalisation de travaux pour adapter le logement aux personnes âgées et handicapées - La prise en charge des frais de déménagement - L appui des associations de locataires auprès des habitants. En particulier, sur ce territoire, la question du nombre de propositions est prégnante (ainsi que sur l opération d Echirolles). Selon la Ville, le processus de proposition retarde le relogement puisque certains relogés sont dans une position de surenchère (certains en seraient de fait à 5 propositions). Il y a donc une volonté municipale d accélérer le processus, de rappeler la règle et 42/146
d automatiser le congé au bout de trois refus afin de ne pas retarder le calendrier de la rénovation urbaine sur Mistral.. Elaborée avec des habitants faiblement mobilisés Sur Mistral, la participation des habitants constitue une difficulté (en particulier en comparaison avec le quartier Teisseire qui bénéficie d une histoire collective et d une participation à la vie associative locale forte). Il n y a pas d association et la parole des habitants n est pas fédérée : «il n y a pas d initiative pure des habitants». Les structures locales prennent le relais : le centre social s est mobilisé sur le dispositif de relogement et le Point Info est un relais d information sur le projet. Un acteur insiste : «c est fréquent qu il y ait peu de gens de Mistral dans les réunions, il y a de la passivité». La difficulté à faire exister une parole collective rend complexe le suivi de la charte : il existe un écart entre la charte et les souhaits réels des ménages. Dans ce contexte, le relais de la CSF apparaît important. Elle réalise les enquêtes de satisfaction et a été associée à l'organisation de visites par la Ville, dans le parc ancien et les nouveaux quartiers pour aider les ménages en difficulté de projet de relogement. La CSF tient des permanences pour le relogement, tous les jeudis matin. Faute de mobilisation des habitants, l information (relayée par des réunions publiques, des lettres d information) a primé sur la concertation. Selon la CSF, les habitants ne se seraient pas suffisamment approprié le projet de renouvellement urbain. 3. L enquête de satisfaction L enquête de satisfaction post relogement est menée par la CSF. Les ménages sont rencontrés 6 mois après la signature du bail. La Ville de Grenoble traite les questionnaires, administrés par la CSF. Les enquêtes ont commencé début 2007. Au 26 août 2009, 86 ménages ont été enquêtés. 54 % des personnes interrogées estiment que leur situation de logement et leur situation personnelle s est améliorée (entre les enquêtes de 2008 et 2009, ce chiffre à perdu 8 points). 21% estiment au contraire que ni l une ni l autre ne s est améliorée (contre 15% auparavant). Les ménages relogés dans le neuf sont un peu plus nombreux à être satisfaits. Par rapport aux engagements de la charte de relogement, les ménages sont satisfaits de la localisation à 80%. Le nombre de propositions, la taille et l état du logement les satisfont un peu moins (entre 59 et 66% de satisfaction). 71% des ménages enquêtés ont demandé au bailleur de réaliser des travaux dans leur logement. Les travaux réalisés ont satisfait 70% des locataires. Le niveau de satisfaction quant à l'accompagnement du relogement est élevé. 76 ménages (88%) sont satisfaits de l'accompagnement par l'équipe relogement. 64 ménages ont changé de 43/146
quartier (72%). Seuls 13 ménages enquêtés ont été accompagnés pour visiter et découvrir leur nouveau quartier (20%), l'accompagnement post-relogement n'ayant commencé à être réellement mis en place qu'à la mi-2008. «77% des ménages sont satisfaits de l'information donnée autour du projet Mistral et du relogement opérationnel.» Mais une moindre satisfaction est observée sur la concertation par rapport au projet de renouvellement urbain et l information sur les démolitions (seulement 62% de satisfaits). Cet élément interpelle les acteurs, la Ville en particulier, sur le mode de communication le plus adapté puisque les réunions de concertation ont bien eu lieu. D autres points de moindre satisfaction sont relevés sur le montant du loyer, le chauffage et l absence de balcon ou terrasse (plus fortement pour les ménages relogés dans l ancien). Concernant le quartier, «les ménages relogés hors quartier sont plus satisfaits que ceux relogés dans le quartier : 88% contre 76%, en sachant que 58% des ménages enquêtés se disaient satisfaits du quartier Mistral». «Les ménages relogés dans le quartier Mistral utilisent beaucoup plus les équipements et services que ceux qui ont quitté le quartier». Plus de la moitié des relogés hors Mistral viennent plusieurs fois par mois à Mistral. 74% viennent voir des amis ou la famille. Seuls 41% des ménages disent connaître la charte de relogement (contre 35% en octobre 2008), malgré un envoi individuel au domicile et sa diffusion lors des permanences. Parmi ces ménages, 81% considèrent qu'elle est "utile". 44/146
II.3.B. Analyse des entretiens avec les ménages relogés «Ils ont voulu casser un ghetto, mais c était un quartier familial» Une habitante du quartier Mistral Introduction : L enquête qualitative sur Mistral concerne 37 ménages. 22 ménages ont à ce jour été rencontrés : - sur la première phase de l enquête, 12 ménages ont été rencontrés, soit un tiers. 7 ménages ont été relogés en 2007, 4 en 2006 et un l a été en 2008. Ces ménages sont répartis à parts égales entre les relogés dans le neuf et l ancien. 5 ont été relogés dans le quartier et 7 en dehors ; - sur la deuxième phase de l enquête en 2010, 10 ménages ont été rencontrés. 9 ménages ont été relogés en 2008, et un seul début 2009. 6 ont été relogés dans le neuf, et 4 dans de l ancien, tandis que 7 d entre eux ont emménagé hors quartier, contre 3 dans le quartier. Globalement, les relogés ont accepté facilement de réaliser ces entretiens. Un ménage cependant a déclaré être en procès contre son nouveau bailleur, et a refusé l entretien après avoir consulté son avocat. 45/146
Synthèse des apports de l enquête 2010 Sociabilité : L enquête menée en 2009 avait permis d identifier une érosion de la sociabilité sur Mistral. L enquête 2010 a permis de préciser ce phénomène qui pourrait être lié à trois causes : 1. L arrivée régulière de nouveaux habitants. D après quelques habitants, le renouvellement des locataires aurait été significatif, ce qui aurait entraîné de profonds changements dans les liens de voisinage 2. Les nouveaux projets sur le quartier auraient été conçus et montés avec une vision très incertaine de l avenir. 3. Des habitants font part de fortes tensions entre locataires après l annonce du plan de rénovation urbaine. Par ailleurs, l enquête 2010 a confirmé l essoufflement de la sociabilité à Mistral, mais a fait apparaître une véritable identité de quartier au niveau de la rue Paul Strauss. Cette dernière constituait alors un «quartier dans le quartier». Qualité des logements : L enquête 2010 a largement nuancé la satisfaction unanime observée en 2009 autour de l accompagnement. Ainsi, plusieurs ménages ont eu un sentiment d abandon ou ont trouvé que cet accompagnement avait généré un stress important. Comme en 2009, les ménages rencontrés en 2010 n ont pas tari d éloges à l égard des logements de la rue Paul Strauss (sauf pour l isolation et les pannes d ascenseur). En revanche, une nette différence est apparue quant à la satisfaction des personnes relogées dans le parc neuf : en 2009, une grande majorité des relogés était satisfaite ; en 2010, une majorité de relogés, à la fois hors et dans le quartier, est très critique vis-à-vis des appartements neufs, essentiellement sur la qualité du bâti (en particulier la question du choix des matériaux, de la prédominance de matériaux léger type «placo» qui s use rapidement et isolent mal les appartements entre les pièces et avec les autres appartements. Alors que l augmentation des charges et de la dépense énergétique cristallisaient l insatisfaction en 2009, ces problématiques n ont été que peu abordées en 2010. L opération de rénovation urbaine : Lors de l enquête 2010, des questions plus spécifiques ont fait apparaître une large incompréhension du projet de rénovation urbaine sur le quartier Mistral. Malgré des lettres d information et diverses réunions souvent cible de critiques -, les habitants ne se sont pas approprié les cinq objectifs fixés par la convention de rénovation pour le quartier Mistral. L attention des habitants est focalisée sur leur logement et ils n ont presque jamais de vue d ensemble du projet. Enfin, les ménages rencontrés en 2010 ont souvent remis en cause la pertinence du plan de rénovation sur leur quartier. 46/146
I) Une sociabilité essoufflée 1) Des habitants conscients des problèmes du quartier Les personnes interrogées sur Mistral évoquent régulièrement le bruit du quartier, ses «bagarres» et ses «trafics, avec cette drogue qui tue tout le monde» pour présenter le quartier avant le projet de rénovation urbaine. Selon un locataire relogé hors quartier, les jeunes brûlaient des voitures presque chaque semaine. Si certains parlent au passé de ce phénomène pour laisser entendre que la rénovation urbaine améliore la situation, d autres n hésitent pas à employer le présent. Mais les locataires relativisent les problèmes du quartier. Ils qualifient régulièrement le quartier de «chaud» mais indiquent que c est «comme partout» et que les «quartiers privés ont aussi leurs problèmes». Au final, quelques locataires expliquent avoir trouvé un équilibre par rapport à ces jeunes : «les gars font des conneries entre eux mais ils ne sont pas méchants. Il faut les laisser, ces jeunes, leur foutre la paix. Si on les fait chier, ils t emmerdent». La taille du quartier est évoquée par deux ménages comme une motivation de départ : un locataire interrogé en 2009 décrit un «quartier étouffant [où] il y avait trop de monde concentré au même endroit». Un ménage interrogé en 2010, relogé dans le centre de Grenoble, pense qu «il y a toujours trop de monde à Mistral», ce qui expliquerait la réputation du quartier. 2) Une bonne ambiance qui peine à intégrer les nouveaux venus Dix ménages évoquent l ambiance du quartier et les relations entre les voisins de façon positive. Selon une locataire, «c est un très beau quartier, les gens sont très solidaires». Une habitante indique que lors de son accouchement, sa mère n étant pas disponible, c est son voisin qui l a emmenée à la maternité. Une locataire, qui a été relogée hors du quartier, estime qu ils «restent comme des frères avec [leurs] voisins de Mistral. On rigolait, ici, non. On n en trouve pas des voisins comme ça». Quelques rares commentaires font référence à une sociabilité spontanée qui s organise au bas des immeubles et en été. Les femmes, surtout, se retrouvaient sur l herbe pour discuter. Observation issue de l enquête 2009 mais non confirmée en 2010, l image la plus valorisée du quartier et les dynamiques créatrices de lien social sur Mistral semblent portées par les femmes. Un ménage, qui a pourtant souhaité quitter le quartier à cause d un voisin que la maladie mentale rendait dangereux (contrôle des entrées et sorties des locataires, menaces de violences ), du bruit dans le quartier et qui se trouve très satisfait de sa nouvelle situation, parle d une identité forte qui le sécurise dans le quartier Mistral : «Mistral, c est quand même bien, tu te sens en sécurité. Tu croises des gens de Mistral en ville, ils sont trop contents de te voir, ils peuvent t aider si tu as besoin, même si tu les connais à peine. Mistral c est à la fois petit et grand, c est trop particulier». 47/146
Le centre social a joué un grand rôle dans l animation du quartier et la dynamique de création de liens sociaux. Les ménages avec enfants indiquent en avoir bien profité, estimant que ce qui était proposé aux jeunes alors était de bonne qualité, mieux qu ailleurs. Une locataire indique qu elle continue à aller jouer aux cartes au centre social. Le centre social a aussi initié et animé les rencontres d un groupe de femmes «pour le bon fonctionnement du quartier sur la parole, les échanges. On avait des réunions avec les policiers, les ilotiers». Cette habitante ne sait pas ce qui a été fait par la suite mais remarque que les femmes n ont plus été convoquées. D une façon générale, les dynamiques et animations semblent s être essoufflées, n avoir plus été portées ni par les structures locales, ni par les habitants. Cette érosion progressive du lien social dans le quartier Mistral semble être consécutive à trois changements majeurs survenus dans le quartier. D abord, l arrivée régulière et relativement massive de nouveaux habitants. Ces nouveaux arrivants ne se sont pas forcément intégrés au quartier qui s était bâti depuis plusieurs décennies. Ainsi, l annonce du plan de rénovation urbaine puis la démolition n ont pas été vécues de la même manière par les anciens habitants et par les nouveaux arrivants, qui ont pour certains emménagé dans le quartier en sachant qu ils seraient relogés. Une habitante résume ce décalage d identification vis-à-vis du quartier : «on avait demandé pendant une réunion à faire un film ou un livre d or sur Mistral, pour garder un souvenir. On voulait faire l histoire de la vie de Mistral, mais les nouveaux arrivés s en foutaient de Mistral et donc c est tombé à l eau». Les deux autres facteurs explicatifs découlent directement de l annonce du plan de rénovation urbaine. D abord, une fois que le sort des barres de la rue Paul Strauss a été connu de la population et des acteurs locaux, les initiatives sociales (Centre Social, éducateurs spécialisés etc.) sur le quartier ont dû être conçues et montées avec une vision très incertaine de l avenir. Ainsi, l essoufflement de la sociabilité s est accentué dans cette phase de transition où la morphologie du quartier, les acteurs, les habitants changent à grande vitesse : la conséquence de cette complexité nouvelle semble donc être un manque de visibilité pour les projets collectifs. 3) Consensus sur la qualité des logements à Paul Strauss Parmi les relogés, on note une forte visibilité des barres de la rue Paul Strauss puisque les ménages s y sentaient bien logés. Les points forts soulevés par les ménages sont : - L entretien des parties communes ; - Les appartements de grande taille, et les grandes pièces (notamment la cuisine séparée) ; - La qualité des matériaux et le loyer modéré. Voici des extraits d entretiens tirés, pour chaque verbatim, d un entretien différent : «Les appartements à Paul Strauss étaient magnifiques, ils étaient grands. Maintenant dans le neuf, c est que des kitchenettes» selon une personne active vivant seule et relogée hors quartier ; «Les apparts de Paul 48/146
Strauss étaient trop bien» d après une mère de famille relogée hors quartier ; pour cette retraitée relogée à Mistral qui parle de Paul Strauss comme d un autre quartier «Là-bas, il y avait tout, c était des F5 et tout» ; «Les logements à Paul Strauss étaient vraiment mieux : il y avait des vrais murs, des vraies portes» selon un actif relogé dans le neuf aux Eaux Claires ; «Les appartements étaient biens, ils étaient grands et tout, mais ils étaient mal insonorisés. Et l ascenseur bloquait tout le temps» explique ce retraité relogé dans de l individuel. Néanmoins, deux critiques ont été émises à plusieurs reprises vis-à-vis de ces anciens logements, portant sur les problèmes d insonorisation et les pannes d ascenseur. Les attentes des habitants en termes de logement semblent donc se focaliser sur la taille des logements et leur fonctionnalité. II) Compréhension du projet et mobilisations 1) Un projet qui butte sur l absence d intérêt et de compréhension Dans ce contexte où l identité collective du quartier apparaît faible et essoufflée, l opération de relogement ne rencontre aucune dynamique collective. Parmi les personnes rencontrées, on peut noter une certaine passivité par rapport au projet de rénovation urbaine et au relogement. Un certain nombre de locataires n évoque absolument pas leurs impressions par rapport au projet, ni même par rapport au relogement et décrivent la succession d étapes qui les a conduits dans leur nouveau logement : «Ils ont raconté qu ils allaient démolir, j ai fait un dossier puis j ai attendu». Un ménage indique clairement son indifférence : «Je ne cherche pas midi à quatorze heures, ce n est pas mon problème, ça m arrangeait». Une personne indique qu elle ne sort pas le soir, pour des raisons de sécurité et n a donc pas pu se rendre aux réunions d information pour cette raison. D autres évoquent les nombreuses réunions qui ont permis d en savoir plus sur le projet, bien qu elles avouent régulièrement ne pas y avoir participé avec assiduité. Un ménage ne se sent «pas très bien informé : ils donnent des raisons qui changent tout le temps». Quelques ménages se sentent un peu plus concernés. Un ménage évoque une réaction collective au début de l opération : «une pétition avait circulé pour qu on ne déménage pas» sans indiquer la suite de cette action. Une personne évoque le fait qu elle s est installée dans le quartier pour pouvoir bénéficier du dispositif de relogement. Quelques ménages indiquent leur satisfaction vis-à-vis du projet : «heureusement qu ils ont cassé» ou encore : «démolir, mélanger les gens, faire des petits bâtiments, ça fera plus convivial». Quatre ménages rencontrés en 2009 ont mal vécu l annonce, ne l ont pas bien comprise. Ces ménages se sentaient plutôt bien installés dans leurs appartements et la situation de leur logement (notamment la vue) leur convenait. Ces ménages ont donc été incrédules à l annonce de la démolition : «Comment ils peuvent déloger des gens qui sont bien, qui ne se sont pas plaint? ( ) Je pensais qu ils allaient annoncer que le projet tombe à l eau». Pourtant cette habitante a trouvé ses voisins exigeants quant 49/146
au relogement et indique qu elle a «essayé de tempérer». Un ménage précise que, lors des réunions d information, «ça parlait politique, c est que des combines et des magouilles. Je suis allé voir une réunion ou deux, et puis j ai arrêté». Certains habitants n adhèrent pas à la nécessité de démolir les immeubles : «on avait tout ce qu il fallait pour être heureux, alors pourquoi cette connerie?». Un ménage fait remarquer que les bâtiments avaient été refaits il y a 15 ans tandis qu un autre concède «qu ils auraient pu abattre simplement le haut des immeubles. Par contre, il y en a un qui n allait effectivement pas, ses piliers bougeaient». Pour ces personnes, «ils ont voulu casser un ghetto, mais c était un quartier familial». Les réponses à la question «Avez-vous compris pourquoi les barres de la rue Paul Strauss ont été détruites?» en témoignent : - Un tiers des ménages, certains ayant participé à des réunions et d autres non, disent ne pas avoir compris ou n évoquent pas de raisons particulières - Un autre tiers des ménages, aux profils variés, avancent des raisons d ordre technique, dont un expliquant qu «ils ont détruit Paul Strauss pour agrandir la route». Ces habitants acceptent et comprennent les arguments d ordre technique (le bâtiment va s écrouler ; les locaux sont vétustes ; il vaut mieux construire des bâtiments plus petits) mais restent globalement imperméables aux explications basées sur l urbanisme ou la politique (mixité sociale ; mixité entre locataires et propriétaires ; mixité entre logement social et logement privé ; «ouverture» du quartier ; refonte du quartier pour le diversifier ). - Un dernier tiers est en capacité de restituer partiellement les objectifs du PRU. Deux personnes rencontrées acceptent la démolition car il existe des explications techniques : «s il y a un tremblement de terre, l immeuble, il s écroule. Il devait y avoir des problèmes qu on ne connait même pas» selon un relogé dans le quartier ; «Il fallait tout démolir en urgence, alors ils ont construit vite» d après une relogée hors quartier, certaine que tout allait s écrouler. Un habitant relogé dans le neuf hors quartier résume ainsi : «à mon avis, ils auraient dû rénover sans démolir, ça aurait coûté moins cher et ca se serait mieux passé». Un ménage pense qu «il fallait faire quelque chose pour ce quartier, mais ce qu ils ont fait c est pas forcément la meilleure solution». Pourtant ces résistances ne semblent pas empêcher le processus de relogement. Une personne s est décidée rapidement : elle indique avoir accepté la première proposition (mais ce choix est guidé par «l angoisse» de rester seule dans un immeuble vidé). 2) Des objectifs non assimilés Les ménages font globalement peu référence à la charte de relogement. Les 5 objectifs fixés à l opération de rénovation urbaine par la convention du relogement sur le quartier Mistral signée en mai 2006 par tous les décideurs et opérateurs sont les suivants : Diversifier l habitat 50/146
Doter le secteur de nouveaux équipements Créer un lieu de centralité Créer un potentiel d implantation d activités économiques Relier le quartier à la Ville de Grenoble et assurer une qualité de traitement des espaces publics et des espaces verts ; L analyse des entretiens montre que les habitants ne se sont pas appropriés ces objectifs : ils n en ont pas connaissance ; ils pensent que la démolition / reconstruction s explique avant tout par la dangerosité des bâtiments détruits ; lorsqu ils évoquent des problématiques proches de ces objectifs, c est plutôt pour en signifier l échec. - Diversifier l habitat : Un seul ménage a abordé la question de la diversification de l habitat tel que cela était entendu dans la convention : «Ca me plait pas le privé dans le social les gens payent cher pour être dans ce quartier, c est pas normal» explique cette personne qui voulait absolument quitter Mistral. Les autres ne perçoivent que l aspect «diversification des bâtiments». Une personne relogée dans les nouveaux bâtiments à Mistral trouve que le quartier s est ouvert et s en félicite «C est bien, le quartier Mistral il est changé. C est mieux les immeubles de 4 étages, surtout quand il y avait des pannes d ascenseur qui durent 4 ou 5 jours, pour monter au dixième étage J espère que le quartier Mistral il va encore s améliorer.» Si elle est satisfaite du nouveau calibrage des bâtiments plus petits-, elle met en avant des raisons pratiques (puisqu on limite les difficultés en cas de panne d ascenseur) et non des questions d esthétique ou d urbanisme. - Doter le secteur de nouveaux équipements : Les nouveaux équipements sont cités par un très petit nombre de ménages et ne semblent utilisés par aucun. Seul le Lidl, commerce de proximité à bas prix, fait l unanimité. Les ménages s inquiètent car son existence semble menacée par les nombreuses dégradations qu il a subies. A la question «Avez-vous connaissance de nouvelles infrastructures construites dans le quartier avec l opération de rénovation?» les ménages répondent par la négative en grande majorité, et pensent que rien n a été construit en plus des habitations. Un ménage cite la salle «Le Plateau» et la maison des l habitants comme nouvelles infrastructures dans le quartier, sans en connaître la fonction. Une autre personne parle des jeux pour les enfants et de la garderie, au dessus de laquelle elle habite, «elle est mal faite, on dirait un aquarium avec ces grandes vitres». Elle dit ne pas en profiter pour ses enfants. La diminution de la taille des bâtiments et les nouvelles normes de Haute Qualité Environnementale (HQE) sont peu visibles, peu évoquées et mal comprises : un ménage relogé dans le neuf et dans le quartier précise «on nous a dit que ça fonctionne avec le soleil», sans pouvoir nous en dire plus. Ainsi, l aspect HQE n est pas cité par les ménages comme un point positif des logements neufs alors qu il est présenté par l ANRU comme l un des éléments clefs du plan de rénovation urbaine. 51/146
- Créer un lieu de centralité : l un des objectifs du PRU était d ouvrir le quartier Mistral en recréant une liaison avec le quartier Eaux-Claire. Cet objectif ne semble pas perçu par les habitants rencontrés. Les personnes relogées sur Mistral sont en effet situés au centre du quartier Mistral et ironisent sur la centralité de leur nouveau logement : «Avant à Paul Strauss c était bien, on était un peu à l écart. Maintenant on se retrouve au cœur du quartier», c est-à-dire au cœur des problèmes. De plus, ce centre devient de plus en plus une zone de passage, avec l avenue Rhin et Danube qui voit le trafic routier s intensifier : les ménages logés dans ces nouveaux bâtiments notent l augmentation des nuisances sonores liées au passage des voitures, mais aussi les scooters et motos qui roulent sur le trottoir, juste devant leur porte d entrée. Les parents craignent donc pour la sécurité de leurs enfants. Les trois ménages rencontrés dans ces bâtiments n ont pas du tout le sentiment que vivre au cœur du quartier représente un avantage. - Créer un potentiel d implantation d activités économiques : Les entretiens n ont pas fait ressortir l idée d une redynamisation économique du quartier. Le Lidl, qui aurait pu être à la base d un petit pôle d activités commerciales dans le centre de Mistral, a pu avoir un effet désincitatif (nombreuses dégradations) sur les éventuels porteurs économiques qui auraient souhaité profiter de la rénovation pour s installer. Quant aux activités de services, la situation ne semble pas s être améliorée : «Les derniers temps on avait honte de dire qu on habitait à Mistral, on disait pas hein. Une fois, j ai eu besoin d un serrurier un samedi en fin d après-midi, il n a pas voulu venir, il avait trop peur» explique cette personne relogée hors quartier. Hormis le Lidl, les entretiens n ont fait état d aucune implantation d activité économique. - Relier le quartier à la Ville de Grenoble et assurer une qualité de traitement des espaces publics et des espaces verts : Le réseau de transports en commun est resté inchangé, il n y a donc pas eu d amélioration (ni dégradation) à ce niveau là. Cela étant, les ménages interrogés sont satisfaits de la desserte du quartier, deux ménages relogés hors quartier expliquent par exemple que leur nouveau quartier est bien desservi, «comme à Paul Strauss». Le point plusieurs fois soulevé sur la question des transports est le nombre de places de parking gratuites disponibles : cela constitue un véritable avantage que les relogés hors quartier ont parfois sacrifié, en témoigne cette personne relogée en centre-ville «de toutes façons, il n y a jamais de place, on paye un forfait mensuel et on ne peut pas se garer. Quand mon frère ou ma sœur viennent, ils ne trouvent jamais de place». Quant au traitement des espaces publics et des espaces verts, aucun ménage n a abordé la question, d autant que les travaux d aménagement de ces espaces ne sont pas terminés sur le quartier. 3) Des logiques personnelles qui créent de la tension Le relogement apparaît donc, sur ce quartier, comme une affaire individuelle faisant naître des tensions entre les locataires à reloger. En témoigne cette personne seule, jeune, relogée hors quartier dans de l ancien: «c était à qui allait avoir le meilleur appart, c était la guerre! C était chaud sur le moment, les gens s espionnaient. [ ] C était tellement la guerre que je voulais que personne sache où j allais, mais 52/146
y a eu des fuites le jour même de la signature du contrat. J ai jamais su d où ça venait». Si tous les ménages n ont pas fait part de telles tensions, d autres ont exprimé leur sentiment d amertume envers les ménages qui ont bénéficié d avantages injustifiés : les personnes seules ayant obtenu un T2 alors que d autres dans le même cas ont obtenu un T3 ; les ménages qui ont accepté le premier appartement alors que d autres ont pu en visiter davantage («il y a des gens, ils ont refusé jusqu à 10 fois! Ils exagèrent!») ; Les ménages qui pensaient être exclus des «petits papiers» des personnes chargées du relogement. Les seuls exemples de mobilisation observés sur Mistral dans les entretiens réalisés portent sur la défense d intérêts personnels. La passivité face au projet en général est flagrante, mais les habitants ont su, dans certains cas, mettre en place différentes stratégies pour obtenir satisfaction quant à la taille de leur nouveau logement ou la réalisation de travaux (installation d une douche, construction d une cloison pour séparer la cuisine américaine du salon) : choix rapide ou, au contraire, très lent pour pouvoir visiter plusieurs appartements ; négociation avec les référents ; menaces etc. III) Une évolution dans l accompagnement des ménages 1) Un accompagnement satisfaisant Une partie des ménages s est sentie très bien accompagnée, notamment parmi les personnes interrogées en 2009. Ils ont bien repéré et apprécié le travail des référents qui sont régulièrement nommés. Leur travail a permis de rassurer les ménages : «elle est vraiment là pour écouter les gens, elle a créé un lien avec les gens. C est important qu elle crée ce lien, qu elle ne soit pas venue comme une ennemie car pour les gens c est dur de déménager». La confiance s est installée, au point qu un ménage conseille aux locataires «de ne pas écouter les ragots et d aller discuter avec [les référents], eux ils gèrent les besoins». Plusieurs habitants étant réticents à déménager, les personnes chargées de les aider à trouver un logement ont du leur faire comprendre qu il fallait choisir vite et s impliquer pour trouver un logement correspondant à leurs attentes. Ainsi, un ménage raconte qu il a du céder à l une de ces employées qui lui a «mis la pression, m a boosté, elle a insisté». Un ménage relogé hors quartier et très satisfait de son choix dit avoir obtenu exactement ce qu il voulait dans des délais raisonnables car il était en bons termes avec la personne chargée du relogement. Le déménagement est peu commenté. Il s est globalement bien passé. Un ménage indique que le déménagement était une source d angoisse mais qu il s est bien passé car «les déménageurs ont été supers, géniaux, aux petits soins». Quelques mentions de problèmes sont relevées. Un ménage précise que le déménagement s est mal déroulé : monsieur a eu un malaise le jour du déménagement. Il a perdu des cartons qui lui auraient été volés, en plus de ceux jetés par le couple par mégarde. 53/146
2) Un sentiment d écoute qui disparaît avec les derniers relogés soumis à une plus forte pression Pour d autres en revanche, principalement des ménages interrogés en 2010, l accompagnement s est plutôt mal passé. Un ménage relogé dans le quartier, explique qu au départ, il refusait de quitter son logement, mais il dit avoir été menacé d être jeté dehors par la police et d être relogé dans n importe quel immeuble. Néanmoins, ce même ménage a pu bénéficier d un nombre de visites supérieur aux trois réglementaires, donc il convient de tempérer cette insatisfaction. Un entretien est très sévère envers la personne référente estimant qu il n existe pas d égalité de traitement entre les personnes relogées : «à nous, elle nous a mis la pression, elle nous a menti, alors qu elle a fait visiter jusqu à 10 appartements à certaines familles». Pour cette retraitée vivant seule, le relogement n a pas été de tout repos, elle a du batailler pour obtenir satisfaction : «Je me suis battue, hein!». Elle critique le comportement des référents et du bailleur à son égard : «elle a voulu me mettre dans une maison de retraite. Ensuite, elle voulait me mettre dans un studio! [ ] Si les enfants viennent, je les mets où moi? La dernière fois que j ai posé la question à la régie, ils m ont dit de les mettre dans la cave!». «On n a jamais voulu m écouter» affirme encore cet autre. Enfin, ce dernier ménage a menacé de «mettre [son] poing dans la gueule» aux personnes en charge de reloger les habitants : il pense que c est cette menace qui lui a permis d obtenir le logement qu il souhaitait. Cette différence de satisfaction entre les ménages rencontrés en 2009 et ceux rencontrés en 2010 semble être avant tout une question de chronologie : la satisfaction s est dégradée. En effet, les personnes rencontrées en 2009 faisaient partie de la première vague de relogement et n étaient pas soumis à la même «pression» que les personnes relogées ensuite (elles ont aussi été rencontrées alors qu elles étaient installées depuis plus longtemps dans leur logement). Ces dernières se composent des personnes qui rentraient dans le cadre de la deuxième vague de relogement et des personnes de la première vague qui n avaient toujours pas déménagé. Celles-ci ont donc été soumises à une pression qui s est accentuée afin que le relogement de ces personnes ne vienne pas retarder l opération dans son ensemble. 54/146
IV) Le relogement dans le neuf est valorisé mais les ménages s inquiètent de la qualité du bâti 1) Les avantages Plus de la moitié des ménages relogés dans le neuf qui ont été interrogés (7/11) sont satisfaits des nouveaux logements : «Les nouveaux logements sont magnifiques». Un ménage voit un grand changement dans l isolation du logement qui est «bien faite. On n entend pas le bruit des voisins. Ca change!». Les apports des nouveaux logements sont l insonorisation entre l appartement et l extérieur (mais pas au sein de l appartement où la qualité des matériaux choisis ne permet pas une bonne insonorisation entre les pièces), l aspect du bâtiment et des logements, et les balcons. On ne retrouve donc pas la source des insatisfactions constatées dans l analyse des enquêtes satisfaction, si ce n est quelques remarques sur l écoulement de l eau des terrasses. Pour la quasi-totalité des ménages (satisfaits ou non, relogés dans le quartier ou hors quartier) les balcons constituent un véritable avantage : «Ah, mon balcon, je l aime!», ou encore «il est grand, je peux y mettre une grande table, on ne me voit pas d en bas ( ) et j ai la vue sur les montagnes». 2) Des inquiétudes sur la durabilité du bâti Les quatre autres ménages relogés dans le neuf, que ce soit hors quartier ou dans le quartier, sont plutôt déçus par la qualité du bâti. Ces habitants appuyés parfois par des relogés dans l ancien - pensent que les nouveaux appartements «vont mal vieillir», et opposent ces constructions aux bâtiments détruits à Paul Strauss, bien plus solides et fonctionnels. Plusieurs fois, les ménages ont fait remarquer qu il était inutile de construire des logements neufs de moindre qualité que les anciens. Les principales critiques portent sur les matériaux utilisés «c est sympa, c est mignon, mais c est pas solide»- sur la rapidité de construction qui est vue comme un mauvais présage et sur la taille et la conception des logements, la cuisine américaine cristallisant les critiques. Les locataires font état de nombreux travaux réclamés à leur bailleur ou réalisés à leur charge, alors même que le logement, neuf, ne devrait pas nécessiter de tels travaux. Les travaux ou réparations sont de diverses natures : toilettes bouchées, poignées de portes cassées au bout de deux mois, radiateur déplacé car ne permettant pas d installer une machine à laver à l emplacement prévu, ajout de placards qui sont trop peu nombreux. Les personnes relogées dans l ancien ne connaissaient pas les nouveaux appartements construits et n avaient pas d avis à ce sujet, sauf un ménage qui semblait bien connaître ces nouveaux logements et 55/146
se félicitait de ne pas y avoir emménagé («C était pas mieux les nouveaux apparts là-bas. Ici c est mieux, les oiseaux chantent»). 3) Aménagement de l appartement De plus, pour plusieurs ménages (surtout relogés dans le neuf) le transfert des meubles a posé problème, à cause de la perte de superficie et de la disposition des pièces. Un ménage en particulier est mécontent de la disposition des pièces de son nouveau logement : le logement, indique-t-il, ne convient pas aux meubles de la famille. Il a du jeter son canapé et faire retourner un meuble qu il venait d acheter qui ne rentrait pas par la porte. D autres ménages ont jeté une partie de leurs meubles lors du déménagement mais trouvent qu ils sont toujours trop encombrés, et prévoient d en jeter encore. A l inverse, une locataire explique que ce déménagement a été l occasion de revoir l ameublement de son logement. Elle a enlevé son salon marocain. De cette façon, les personnes qui viennent la voir n ont plus de lieu où dormir. Elle est donc plus tranquille. Un dernier ménage, enfin, a intégralement changé son mobilier lors du déménagement car leurs meubles, selon eux, ne correspondaient absolument pas au nouvel appartement. 4) La maîtrise des charges En 2009, l aspect le plus commenté sur Mistral, celui qui retenait l attention des relogés et fixait les inquiétudes et mécontentements était celui de l augmentation des charges. Lorsque l on zoome sur les 12 entretiens réalisés en 2009, on s aperçoit que dans les anciens logements, le paiement du chauffage collectif était intégré aux charges locatives. Pour la plupart, le fait de passer à un chauffage individuel, à régler séparément, est une source d insatisfaction. Les ménages peinent à régler ces factures. Une locataire indique qu elle a failli s endetter à cause de ses factures de chauffage et d eau. Depuis son relogement, les factures de chauffage ont augmenté (relogé dans un logement individuel ancien) et il doit souvent régler ses factures de gaz et d électricité en plusieurs fois. Un autre locataire en revanche pense «qu être bien installé, ça à un prix». Deux ménages se sont adaptés en réduisant leurs dépenses énergétiques. Ils sont dans un sentiment d inconfort : «on a plus froid qu avant». Un locataire pense que les habitudes prises dans les anciens logements, où le chauffage collectif permettait d avoir «25 dans les appartements», favorisent ce sentiment d inconfort. Les habitudes, dans le neuf doivent évoluer, car le bâti est de meilleure qualité, en particulier sur l isolation : «La première année, je n ai pas fait attention, je laissais le chauffage toute la nuit et on m a dit par la suite que ce n était pas la peine. C est quelque chose à gérer, si on y arrive c est bien». Une famille fait d autres choix, elle a dû supprimer des dépenses et ne part plus en vacances. Cette situation n est, selon elle, pas due seulement à la hausse du loyer et des charges (elle paie le même loyer qu avant «mais il y a des choses qu on paie en dehors alors qu avant il y avait des 56/146
tas de choses comprises») mais également au coût de la vie. Un couple révèle sa difficulté à maîtriser la question des frais lié au logement : «le loyer change tout le temps, selon que je travaille ou pas». L augmentation de la dépense énergétique semble être une surprise pour les ménages interrogés en 2009. Ils n y ont pas été préparés. L adaptation est d autant plus difficile. De ce fait un ménage est mécontent par rapport au manque d information sur cette question : «Je dois payer l eau chaude en plus, ce que je ne savais pas avant d emménager : je me suis fait avoir. Une voisine qui n y arrive pas, elle pleure à cause des charges». Quelques ménages estiment que l effort budgétaire est acceptable car leur logement présente des avantages par rapport à l ancien : «le neuf, le confort, ça se paie». Dans la même situation (ménages relogés dans le neuf), d autres locataires ne peuvent justifier ces dépenses : «les charges sont énormes. Je veux payer pour ce que je dépense, mais là, c est trop!». Une locataire trouve «injuste» de payer «des charges qui sont énormes, tout le monde rouspète». Elle estime que le service rendu ne justifie pas les charges et décline les manques dans l entretien des parties communes : le miroir de l entrée n est pas nettoyé, elle et ses voisins doivent nettoyer le palier, les garages n ont été nettoyés que deux fois depuis qu elle s est installée (relogée depuis un an et demi). De ce fait, elle estime payer «pour des choses qui ne fonctionnent pas ( ) Là bas, avec les charges, avant souvent c était ACTIS qui nous redevait de l argent. Aujourd hui, c est nous. C est pas parce qu on est dans du logement neuf qu on doit être matraqué». Le sentiment de payer cher un service mal ou imparfaitement fait est exacerbé chez trois ménages qui se plaignent de travaux non réalisés dans leur appartement et sur les parties communes et le bâtiment : «le revêtement en plastique de la façade tombe. Il y a un panneau qui s est décollé, qui est tombé sur mon balcon, ça pourrait être dangereux». Une locataire rencontre un problème d infiltration dans son appartement. Le bailleur est venu voir mais n a rien arrangé. Finalement, un ménage relogé dans l ancien est rassuré par la permanence du fonctionnement de son logement par rapport à l ancien : «Le chauffage est compris, comme à Mistral. Pour ça, je suis bien avec ACTIS et je veux rester toujours avec eux» selon un ménage relogé dans l ancien. Toujours dans l ancien et dans le quartier lors de l enquête 2009, le ménage qui a dû changer (jeter et acheter) beaucoup de meubles en arrivant dans son nouveau logement n est pas satisfait de l état des parties communes, estimant la situation pire que dans l ancien immeuble : «C est plus sale qu à Paul Strauss». Un autre ménage relogé dans l ancien partage cet avis. Les personnes rencontrées en 2010 ont été non seulement bien moins loquaces, mais semblaient aussi moins préoccupées par la question de la dépense énergétique et des charges. A l exception d un ménage relogé dans l ancien et dont le taux d effort a fortement augmenté, et d un ménage relogé dans du neuf qui n arrive pas à assumer financièrement cette augmentation, les autres ménages ont plutôt accepté et compris ces augmentations : les uns parce qu ils étaient relogés dans un appartement plus grand, les autres parce que le logement neuf a justifié cette augmentation, et un dernier parce qu il a obtenu un logement individuel avec jardin. La disparition de ce motif d insatisfaction entre les ménages rencontrés en 2009 et ceux rencontrés en 2010 s explique par le fait 57/146
que la plupart ont trouvé des logements avec du chauffage collectif. D une manière générale, la compréhension et la lisibilité sur le règlement des fluides semble meilleure. V) Un nouveau quartier en quête de lien social et d identité 1) A la découverte d un nouveau quartier Les liens sociaux tissés avec les voisins et personnes du nouveau quartier sont relativement peu évoqués, aussi bien chez les relogés hors quartier que chez les relogés à Mistral (qui ont souvent le sentiment d avoir changé de quartier). Pour les personnes relogées dans le quartier, cette situation pourrait résulter de l essoufflement constaté dans la dynamique du quartier avant et lors des travaux. Les habitants auraient perdu l habitude d échanger et discuter avec leurs voisins. Avec les nouveaux voisins, les liens sont cordiaux et se résument à «bonjour / bonsoir». Un ménage «n a pas l intention de fréquenter qui que ce soit». Un autre précise : «avec les anciens voisins, c était bonjour bonsoir. Avec mes nouveaux voisins aussi». Deux ménages sont nostalgiques. Le premier «ne pourrait pas recréer la même chose ici, car [il] a pris des habitudes avec les anciens et les gens sont différents ici» (relogé hors quartier). Le second, une locataire vivant seule et qui participait au club du centre social reconnaît qu elle discute moins avec ses voisins, excepté «avec une dame qui vivait rue Paul Strauss, comme moi». Elle a regardé si des clubs, comme celui de Mistral existait près de chez elle mais n est plus intéressée. Elle trouve que les personnes comme elle sont un peu isolées. Les personnes relogées dans le quartier partagent ce sentiment (deux d entre elles auraient souhaité le quitter). L une d elles apprécie de manière indirecte les changements du quartier : «quand j invite des gens, ils ne passent plus toute leur soirée à surveiller si leur voiture ne va pas brûler». 2) Recomposer des liens sociaux en restant dans le quartier Les ménages ont tendance à présenter la rue Paul Strauss comme un «quartier dans le quartier», avec son identité propre. Ainsi, les personnes relogées «dans le quartier» parlent de Paul Strauss comme d un autre quartier, le vocabulaire et l attitude qu ils adoptent vis-à-vis de leur ancien logement laissent croire qu ils ont été relogés hors quartier : ainsi, lors d un entretien, une collégienne explique qu elle n invite pas ses amies dans son nouveau logement, qu elle retourne souvent les voir à Paul Strauss, qu elle préférait sa vie là-bas et qu elle est née là-bas. Le relogement, bien qu effectué à leur demande dans le même quartier, est vécu comme un exil. La situation géographique de la rue Paul Strauss, «à l écart du quartier» selon une habitante relogée dans le quartier, ainsi que l aspect des barres qui s y trouvaient, favorisent cette image d ilot associée à la rue Paul Strauss. Les habitants différencient donc Paul Strauss du «cœur du quartier» où ils ont été relogés. Les familles relogées, 58/146
dans l ensemble, sont nostalgiques de cette ambiance de quartier familial. Plusieurs ménages relogés hors quartier retournent chez les commerçants du quartier, autant pour conserver leurs habitudes que pour pouvoir y croiser d anciens voisins. Dans le cas de certains ménages relogés hors quartier, les anciens habitants de la rue Paul Strauss relogés dans le même quartier conservent des liens forts et fréquents, ce qui d un côté leur permet d éviter l isolement (notamment pour les personnes âgées vivant seules), mais d un autre côté ne les incite pas à rencontrer leurs voisins où à intégrer des associations locales : «C était notre vie de quartier, on se connaissait, c était important. Ici on connait à peine les voisins. [ ] En tous cas, je regrette bien mes voisins» explique cette retraitée relogée hors quartier et vivant seule. Selon une personne âgée vivant seule, le plus difficile est d avoir perdu contact avec ses anciens voisins. Avant, même s ils ne se rencontraient qu involontairement dans la rue, dans les commerces alentour, sur le palier- cela permettait d avoir des nouvelles des uns et des autres : aujourd hui, ce lien social «spontané» a disparu, et cette personne se dit très affectée par le fait d avoir appris à plusieurs reprises le décès d un ancien voisin avec plusieurs semaines de retard. Ainsi, l attachement des ménages à Paul Strauss semble freiner la sociabilité dans le nouveau quartier (à Mistral ou ailleurs). Par ailleurs, les habitants relogés dans le quartier n intègrent pas pour le moment- de nouveaux cercles de socialisation tels qu associations, MJC, ni même les nouveaux équipements disponibles (halte-garderie ; salle de sport). Ces offres d activités, ces opportunités d intégration sociale, ne sont pas mises à profit par les habitants bien qu ils en connaissent l existence («il doit y avoir des associations de quartier, mais moi j y vais pas» selon un père de famille relogé dans le quartier). Au contraire, on observe plutôt un repli sur la famille. Cette observation est également valable pour les ménages relogés hors quartier : aucun ménage interrogé n a intégré d association ou inscrit ses enfants dans un club de sport ; c était déjà le cas au moment de l annonce du plan de rénovation urbaine, notamment à cause du coût des activités et du temps à y consacrer. Il n y a donc pas eu d évolution à ce niveau là. 3) La pertinence du PRU remise en question Seuls deux ménages pensent que la rénovation va améliorer la situation du quartier, dont un pense qu il aurait été plus judicieux de rénover que de détruire pour reconstruire. Un ménage dit ne pas savoir comment le quartier va évoluer. Sept autres ménages doutent sérieusement de la pertinence du projet et de son efficacité, pour des raisons diverses : deux ménages pensent que la rénovation, au lieu d ouvrir le quartier, va en fait l étendre sans pour autant diluer les problèmes. La première parle d expérience puisqu elle est relogée dans le quartier voisin, les Eaux-Claires, où les gens de Mistral ont été, selon elle, perçus comme des «envahisseurs, ils pensent que ça va faire Mistral 2 ici», la seconde pense que «c est n importe quoi ces histoires de relogement. Ca agrandit les quartiers, c est tout. Ca fait juste des plus grands quartiers». Cette ouverture du quartier Mistral au quartier voisin des Eaux- Claires n est pas perçue par les ménages comme une opportunité de «tirer le quartier vers le haut», mais plutôt comme un nivellement par le bas. 59/146
Selon un relogé dans le quartier, «ils serrent trop les immeubles. La délinquance va revenir. Les réseaux vont se refaire», tout comme ce ménage relogé dans le centre de Grenoble pour qui «de toutes façons, il y a toujours trop de monde à Mistral». A cette inquiétude sur la densité des constructions dans le nouveau quartier s ajoute une incertitude qui dérange les ménages : ainsi, les personnes relogées dans les nouveaux bâtiments du quartier Mistral, avenue Rhin et Danube, aimeraient savoir ce qu il va advenir du grand espace non aménagé situé derrière chez eux. Ils craignent la construction de nouveaux logements qui augmenterait la densité de population et leur imposerait un vis-à-vis. Un ménage qui avait hésité à rester à Mistral, s avoue satisfait d avoir quitté le quartier, «c est terrible là-bas, ça ne changera jamais. La démolition ça ne va rien changer, pourtant j aimerais bien», venant confirmer les propos de ce ménage resté dans le quartier et pour qui «ça n a pas changé. Mistral, c est Mistral. Enfin, maintenant c est Mistral 2». La situation apparaît donc fragile, et l amélioration trop éphémère pour pouvoir être appréciée. Deux ménages pensent que construire des garages souterrains alors même que l on essaye d enrayer l économie souterraine est une mauvaise idée : l un d eux, relogé dans le neuf à Mistral, s est d ailleurs déjà fait voler sa voiture et son outillage professionnel dans son garage souterrain. L idée que la construction de bâtiments neufs au centre du quartier favoriserait la casse est apparue dans plusieurs entretiens, «dans les nouveaux immeubles t as qu une envie, c est d aller tout casser» d après une relogée hors quartier. Une habitante relogée dans le quartier a choisi son logement pour le vaste balcon qu il proposait et qui permettait à son fils handicapé d être en extérieur de manière autonome : pourtant, les chutes d objets venus des fenêtres supérieures (dont l inventaire est impressionnant : sac de plâtre, javel, bouteille en verre ) rendent ce balcon inutilisable. Le neuf ne semble donc pas empêcher les incivilités. Moins violente que la démolition et moins bouleversante pour le quartier, la réhabilitation aurait été préférée à la destruction puisqu elle aurait permis aux locataires de conserver les logements très appréciés des barres de la rue Paul Strauss, sans pour autant créer du neuf, perçu comme un terrain de jeu pour les casseurs. 3 De plus, les ménages considèrent que si les bâtiments changent, les habitants et leurs problèmes restent les mêmes. D après les ménages rencontrés, les difficultés du quartier Mistral n étaient pas liées aux logements mais bien aux personnes qui y vivent. Si l objectif de mixité affiché par le projet existe bel et bien, il n a pas été assimilé par les ménages, sauf par l un deux qui, en plus, y est opposé. 3 Ces remarques convergent avec les conclusions d une étude conduite sur les trajectoires résidentielles des personnes relogées en région Rhône Alpes. L étude montre en effet que la démolition est souvent perçue comme destructrice par les habitants : elle est taxée de «gâchis», supprime des logements indispensables, résulte d une mauvaise gestion antérieure et nie les histoires individuelle et collective. HARZO, C. (sous la direction de) (2007). Trajectoires résidentielles des personnes relogées lors des opérations de renouvellement urbain en région Rhône Alpes. pp 149-156 60/146
VI) Emploi et éducation : quels sont les effets du relogement? 1) L emploi des habitants n est pas impacté par le relogement Les entretiens n ont pas fait ressortir de changement dans l emploi des personnes : aucun ménage n a trouvé ou quitté un emploi avec le relogement. Très peu d habitants ont évoqué leur situation professionnelle. Un habitant relogé dans le quartier Mistral explique qu il travaille dans les activités de jardinage en Chèques Emplois Services (CES). Il utilise cette solution car il trouve les autres complexes mais n a bénéficié d aucun accompagnement, d aucune aide à la création de son activité. Avant, il disait souvent «travailler à [son] compte» mais il indique qu on lui a signifié qu il ne pouvait estimer «être à son compte» en utilisant les CES. La compréhension de l environnement législatif de son activité est faible. Selon lui, «quand vous habitez un quartier populaire, ils ont peur. Il faut bien 2 ou 3 ans pour trouver un boulot». Comme le quartier des Eaux Claires a meilleure réputation que Mistral, il disait toujours habiter aux Eaux Claires et non à Mistral au lancement de son activité. Une mère de famille avec un emploi stable, relogée dans l ancien dans le quartier, raconte elle aussi qu elle voulait quitter Mistral «parce que c'est un quartier. [ ] Pour les enfants, c'est mal vu, ils n'arrivaient pas à trouver du boulot, à cause de l'adresse. [ ] Mais finalement, ça va, c'était pas mal, les enfants sont tous casés, ils travaillent, ils ont une bonne situation...». Cette crainte d être discriminée en raison de son quartier de résidence a disparu lorsque ses enfants ont trouvé du travail (avant d être relogés). Une habitante, en congés maternité, travaille aux Eaux Claire mais n a pas profité du relogement pour se rapprocher de ce quartier. Elle regrette ce choix et a déposé une demande pour être relogée là-bas, car elle se déplace à pied et que son congé maternité allait bientôt prendre fin lorsque nous l avons rencontrée. Au début de sa grossesse, elle arrivait parfois en retard et se faisait réprimander : elle souhaite habiter plus proche de son lieu de travail pour éviter que cette situation ne se reproduise. 2) Le relogement globalement mal vécu par les enfants Les informations sur la manière dont les enfants ont vécu le relogement ont été principalement récoltées auprès des parents. L entretien avec des enfants impose un cadre méthodologique strict que ne prévoyait pas cette enquête : aussi, nous avons tenté d insister sur cet aspect lors de l enquête 2010 mais les enfants, souvent sollicités au milieu de l entretien et en présence de leurs parents, ne se trouvaient pas dans des dispositions leur permettant de s exprimer aisément. La grande majorité des enfants semblent déçus par le relogement : les relogés hors quartier disent revenir régulièrement à Mistral. L attachement à leur établissement est parfois cité comme un élément pris en compte par les ménages dans leur critère de relogement : «C'est fatigant de changer de 61/146
quartier pour les enfants. C'est aussi pour ça qu'on ne change pas, à cause de l'école» expliquent ces parents de trois enfants qui ont fait le choix de rester dans le quartier. A l inverse, plusieurs ménages ont motivé leur demande de relogement hors quartier par la volonté de scolariser leurs enfants dans des établissements bénéficiant d une meilleure réputation. Une personne relogée en centre-ville a essayé de mettre sa fille à l école du quartier au début de l année, en septembre. Elle explique que la directrice, après l avoir reçue et «regardé de la tête aux pieds», lui a dit qu elle la rappellerait pour lui dire s il restait de la place. Quelques jours plus tard, un appel lui signifiait que la classe était pleine, et que sa fille ne pourrait pas être scolarisée dans l école publique de quartier. Après s être indignée, avoir rencontré la directrice d une autre école, plus éloignée, et contacté les services municipaux après que son mari a fait un scandale à l école, elle est parvenu à scolariser sa fille dans cette école au milieu de l année. Elle explique ce refus par le racisme de la directrice. Une personne relogée dans le quartier a déjà prévu de quitter Mistral lorsque son plus jeune fils va grandir, et prévoit d aller à la campagne. Bien qu elle soit attachée à Mistral, elle n aime pas les «mœurs», «l influence» du quartier et souhaite donc le quitter d ici quelques années. Elle scolarise déjà ses enfants dans le privé. «Mon fils de 3 ans, je le préserve, il reste à la maison. Je ne veux surtout pas qu il ait des copains dans le quartier. Je ne me mélange pas avec les personnes de Mistral. Mes enfants sont dans le privé ; au collège public, y a trop d influences, la drogue circule». Plusieurs enfants disent vouloir retourner dans leurs anciens établissements. Une étudiante, en revanche, a fait son collège à Mistral mais son lycée en centre-ville et, d après sa mère (relogée dans le neuf dans le quartier), elle a gardé beaucoup de contacts avec ses ami(e)s de lycée mais aucun avec ses camarades du collège. Elle dit d ailleurs ne pas aimer le quartier. Si certains parents se disent satisfaits du changement d établissement de leurs enfants, aucun n a parlé d amélioration dans les résultats scolaires. 3) Trajectoires résidentielles Les ménages satisfaits de leur trajectoire résidentielle se situent : - Dans le neuf, où la satisfaction est assez générale (malgré les réserves évoquées sur la qualité du bâti). Un ménage émet une réserve, liée à des travaux en attente. La question des charges pèse toutefois lourdement sur les ménages sans que cela entraîne nécessairement des projets de déménagement. Un ménage souhaite déménager pour retourner dans le quartier. - Dans l ancien, de façon moins unanime. Deux ménages relogés hors quartier sont satisfaits de leurs appartements : l un a désormais deux balcons, l autre un logement individuel. Les ménages ayant un sentiment mitigé sur leur trajectoire résidentielle sont notamment ceux qui pour qui le relogement a permis de régler une situation personnelle délicate. Le relogement a constitué une opportunité mais c est bien le fait que la situation personnelle ait évolué qui soulage cette personne. En 62/146
particulier, deux ménages peinent à identifier leur satisfaction par rapport au relogement dans la mesure où leur histoire familiale, leur situation personnelle et professionnelle a fortement évolué sur la période du relogement. Un locataire était en instance de divorce au moment de l annonce du relogement. L opération lui a donc facilité la recherche d un nouvel appartement. De ce fait il «ne saurait dire si [sa] situation est meilleure ou moins bien qu avant. Au niveau du logement, c est pareil. Les problèmes avant, c était avec [son] ex, donc aujourd hui c est mieux». Parmi les sentiments négatifs et qui poussent les ménages vers un projet de déménagement, on observe un ménage relogé sur le quartier et dans l ancien qui estime que sa situation se dégrade : selon lui, l appartement est plus petit, les parties communes sont plus sales. Deux autres ménages estiment que leurs appartements sont trop petits (les appartements de la barre Paul Strauss proposaient de grandes superficies qui sont regrettées). Enfin, une locataire relogée dans le neuf avoue avoir angoissé au moment du déménagement et accepté la première proposition de peur de se retrouver seule dans l immeuble à détruire, semble désormais mieux maîtriser le dispositif. Elle hésite à déménager et a déposé une demande mais précise : «Je ne ferai pas les même erreurs, je serai plus exigeante». 63/146
Le tableau suivant se propose de synthétiser les critères de satisfaction et d insatisfaction sur le relogement à Mistral : Critères de satisfaction Critères d insatisfaction - Eloignement d un ou de plusieurs voisins avec qui les relations se détérioraient : présence d animaux ; voisin menaçant ; saleté. - Logement adapté à l agrandissement de la famille, donc relogement dans un appartement plus vaste, souvent après une procédure d urgence. - Relogement dans un quartier plus «calme» (bruit, violences). - Forte mobilisation du ménage pour que ses revendications soient prises en compte : relogement dans un logement individuel ; relogement dans un T3 pour une personne seule ; travaux personnalisés dans l appartement, notamment au niveau des douches et de la séparation salon / cuisine. - Apparence du logement neuf, ascenseur fonctionnel, insonorisation. - Impression d avoir été mal informé : pression au déménagement, sentiment d être tenu à l écart des «pistons», avoir accepté la première visite alors que d autres ont visité plus que trois appartements. - Augmentation du loyer et des charges. - Perte du lien social «organisé» (dîner entre voisins, réunions) et «spontané» (dans les commerces, dans la rue, dans l immeuble), donc perte de contrôle social sur les jeunes et intensification du sentiment d insécurité. - En cas de relogement dans le neuf : réduction de la superficie du logement, cuisine américaine, petite taille des pièces. - Sentiment plus ou moins vif selon les relogés de ne pas avoir eu le choix, d avoir été obligés de déménager. 64/146
Ménage Appart Quartier * Taux d effort Autre Volonté de déménager Enquêtés 2009 1 T4 à T3, ancien. A réglé un problème d ascenseur. Elle a deux balcons. Elle a fait des travaux. HQ. Sa fille à côté, transports et commerces. 2 T3 à T3, neuf HQ. Elle a perdu son quartier supérieur Pas de regret, «qu est-ce que je veux de plus?» Supérieur selon locataire Elle reconnaît que sa situation n est pas mal 3 T2 à T3, neuf. Q Supérieur Son nouveau logement lui convient mieux que l ancien. Elle n est pas trop mal. Elle à + de problèmes car elle a moins d argent 4 T4 à T3, neuf. Q. contente d être resté dans le quartier 5 T5 àt4, ancien. C est trop petit (les enfants ont grandi) 6 T3 àt2, ancien. Logt vraiment trop petit Q. plus tranquille par rapport aux voisins (c était urgent de déménager). Mais c est sale (P. Strauss, c était propre) HQ. Elle ne veut pas habiter ailleurs qu à Mistral stable stable inférieur Elle préfère son nouveau logement à l ancien. La perte d une pièce ne l a gênée : elle n en avait plus l utilité Ils n ont pas pensé à demander un T5 : les enfants se partagent la chambre Le relogement s est bien passé mais les circonstances (séparation, arrivée d un enfant) font que le logement n est pas adapté 7 T4 à T3, neuf. HQ Stable Globalement ce n est pas mal, il y a de petites choses à revoir dans l appartement.regret paysage et taille des pièces 8 T4 à T3, neuf Q inférieur C est une bonne chose d avoir déménagé, ça a amélioré sa situation. On vit bien ici, on est dans le propre, c est mieux ici. non Partagée : envie de retourner à Mistral et peur qu on lui attribue un logement moins bien, en mauvais état Pas de projet de déménagement futur Ce serait mieux de sortir d ici Projet de déménagement Pas de projet (pas envie, pas d argent) Elle n envisage pas de déménager 65/146
9 T5 àt4, ancien. Q stable Sa situation est meilleure sur l appartement mais pas financièrement. Elle préfère avoir son confort et payer plus 10 T3 à T3, ancien. Hq. Le quartier est bien, ils ne retourneraient pas à Mistral «pour tout l or du monde» 11 T2 à T3 individuel, HQ ancien 12 T3 à T2, ancien HQ. Le quartier est plus calme Supérieur Appartement moins bien : chauffage et travaux qui ne sont pas faits. Un peu trop petit supérieur Globalement, ils sont mieux qu à Mistral, sur tous les plans? (situation de divorce) Il ne sait dire si c est mieux ou pas. Au niveau logement, c est pareil. Les problèmes c était avec son ex, maintenant c est mieux En train de faire un dossier pour un T3 car le loyer est de plus en plus cher (il n y a plus qu un enfant). Elle fait sa demande à Epergos. Mais hésite encore : un T3 avec chauffage individuel, ca lui couterait plus cher qu aujourd hui Pas de projet, pas recommencer dans les cartons Pas de projet de déménagement futur Il retournerait peut-être à Mistral, si on lui proposait un T2 avec chauffage collectif Enquêtés 2010 13 Passage T5 à T3 Neuf 10 / 2008 Q Inférieur A eu beaucoup de mal au début, mais maintenant se plaît dans son nouveau logement Ne voulait pas déménager Ne veut plus déménager 14 Passage T2 à T4 mais presque même superficie Neuf 12 / 2008 Q Supérieur Apprécie la proximité du parc. N est pas satisfait par la qualité du neuf. Voulaient déménager car naissance enfant, mais pas fait de demande 15 Passage T5 à T4 Neuf 10 / 2008 Q Supérieur A choisi l appartement pour le grand balcon, mais inutilisable à cause des chutes d objets venus des fenêtres supérieures. Ne voulait pas déménager. Veut déménager dans quelques années. 16 Passage T2 à T2 mais plus de superficie Ancien 01 / 2009 HQ, apprécie le calme et l anonymat dans le nouveau quartier Supérieur Savait ce qu elle voulait, l a obtenu. Très satisfaite. Voulait déménager, avait posé une demande. 17 Passage T3 à T4 Ancien 10 / 2008 HQ Très supérieur Très mécontente de l accompagnement et de l augmentation du taux d effort. Voulait déménager mais n avait pas posé de demande 66/146
18 Passage T5 à T3 Neuf 11 / 2008 HQ, ne l apprécie pas. Supérieur Relogement subi de bout en bout. Insatisfait. Ne voulaient pas déménager. 19 Passage T3 à T3 Neuf 11 / 2008 HQ Supérieur Seule, elle a quand même obtenu un T3 et des travaux spéciaux dans le nouveau logement Ne voulait pas déménager. Maintenant, ne veut plus déménager. 20 Passage T5 à T4 Neuf 12 / 2008 HQ, regrette l ancien quartier Supérieur Mécontent des nouveaux appartements, pas à la hauteur du projet selon lui. Ne voulaient pas déménager. 21 Passage T3 à T2 Ancien 08 / 2008 22 Passage T5 à T3 Ancien 07 / 2008 HQ, nostalgique de Mistral mais apprécie le calme du nouveau quartier. Stable Voulait un T3 et ne l a pas obtenu. Au début très affectée, elle s habitue peu à peu à son nouveau logement. HQ Stable Logement individuel (maison) Ne voulait pas déménager. Maintenant, ne veut plus déménager. Voulaient déménager mais n avaient pas posé de demande. Maintenant, ne veulent plus déménager. * Q / HQ : Quartier / Hors quartier 67/146
II.4. L opération Bastille à Fontaine II.4.A. Présentation de l opération de relogement Attention : les chiffres présentés sur cette partie sont issus des données collectées lors des rencontres avec les acteurs en 2009 (sauf mention contraire) et peuvent avoir évolué. L actualisation des données à été réalisée en fonction des données nouvelles recueillies. 1. Le contexte de l opération Le quartier Bastille à Fontaine regroupe 1700 habitants ; 537 logements collectifs dont 124 logements sociaux. La démolition concerne quatre bâtiments (2 bâtiments de 4 étages pour la commune de Paris et 2 bâtiments de 8 étages pour la Saulne) comprenant au total 124 logements sociaux. Le quartier fait l objet d un projet de renouvellement urbain dont la convention a été signée le 27 mars 2008, entre la Ville, l Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU), l'opac38, la SCIC Habitat Rhône Alpes, Dauphilogis, la Foncière Logement, la Métro, la Région, le Département, la Caisse des Dépôts et Consignations et le Préfet. Deux bailleurs démolisseurs sont concernés : la SCIC Habitat et l OPAC 38. La démolition s effectue en deux temps, à partir des parcs des deux bailleurs, en commençant par celui de la SCIC Habitat : 40 logements de la SCIC concernant, au dépôt de l'intention de démolir, 29 familles sur le bâtiment «Commune de Paris», les autres logements étaient vacants. Le relogement et la démolition sont terminés sur cette opération en 2009. 84 logements de l'opac 38 qui concernent 83 foyers à reloger (sans compter les décohabitations) sur le bâtiment «La Saulne». Un logement servira de local pour les permanences. L opération de l OPAC 38, en attente de la convention ANRU, a démarré plus tard que celle de la SCIC. Le plan de relogement est commun, mais les démolitions seront conduites successivement : un chargé de relogement pour chacun des bailleurs, avec une coordination par la Ville. Outre les bailleurs démolisseurs, Pluralis est bailleur relogeur. Le relogement concerne 110 familles. Deux décohabitations étaient prises en compte à l origine (lors de l enquête sociale) dans le cadre de l opération de relogement, soit 112 familles. En 2011, elles sont au nombre de 18 (8 sur l opération de la SCIC Habitat et 10 sur celle de l OPA). Afin de favoriser la mixité sociale, le projet prévoit également la construction d une centaine de logements supplémentaires en locatif et accession à la propriété. 124 logements sociaux seront donc reconstruits, auxquels s ajouteront 59 logements en accession sociale et 45 en locatif libre réalisés par l Association Foncière Logement, soit 228 logements sur site élargi. On reconstruit donc davantage de logements sur un périmètre élargi en favorisant la mixité. Le phasage des travaux consistait à construire puis démolir. Il a été revu (démolition puis construction). Le projet implique donc désormais un certain nombre de relogements «tiroirs». Il faut également noter la livraison de logements neufs sur site avant relogement. 68/146
Le taux de décohabitation est à l origine de l ordre de 10% mais les ménages comprennent des jeunes adultes. Une part d entre eux a émis le souhait de décohabiter après le relogement (ils n en avaient pas fait la demande lors de l enquête sociale), faisant passer le taux de décohabation à 13%. 69/146
Objectifs visés par le plan de relogement Le plan de relogement prévoit le relogement d environ la moitié des ménages hors quartier (neuf et ancien) et l autre moitié sur site, dans le neuf. Le premier relogement de l opération SCIC Habitat a eu lieu en aout 2007 (5 relogements en 2007). L opération concerne 27 ménages et 2 décohabitations. Cette opération s est terminée en octobre 2008. Il y a eu 14 relogements tiroirs. Nombre de logements à démolir: 124 Nombre de logements occupés 106 Nombre de décohabitations : 5 Nombre de ménages à reloger : 111 Etat du relogement au 31.12.2008 32 (29%) Etat du relogement au 31.12.2009 42 (38%) L opération menée par l Opac 38 a débuté en 2009. 22 ménages ont été relogés dont une dizaine hors dispositif. 2. Le dispositif de relogement mis en place Une convention de relogement a été signée entre la ville, la Métro, le Département, l Etat, les bailleurs sociaux, les collecteurs du 1% et la CAF L organisation du relogement : - Le comité de pilotage politique se réunit deux fois par an - Le groupe de suivi des relogements groupe technique se réunit une fois par mois. - Le groupe opérationnel de relogement, orienté sur la concertation entre acteurs (et intégrant la CNL) et l adéquation offre / demande se réunit toutes les trois semaines (voire tous les 15 jours, selon besoins) réunissant l OPAC, la SCIC et Pluralis. - Un groupe de locataires est accompagné par la CNL. Ce groupe a travaillé sur l élaboration de la charte et s occupe de son suivi. Au sein de la SCIC Habitat, une assistante sociale a été missionnée sur le relogement. Par rapport à ce travail de proximité, l OPAC apparaît en retrait. La Ville affirme une volonté de développer l accompagnement social du relogement. Par exemple, elle a créé des chantiers éducatifs sur le déménagement. Le partenariat est jugé «intéressant et dynamique». Le service logement donne priorité aux relogés dans les attributions sur Fontaine. 70/146
La charte de relogement comme outil de mobilisation et d appropriation La charte de relogement a été élaborée en amont des enquêtes sociales et du plan individuel de relogement. Les objectifs de la charte sont de garantir un relogement qui respecte les modes de vie, les objectifs de parcours résidentiel et les ressources des ménages. En particulier, elle engage les bailleurs et la ville : - Sur 3 propositions de relogement par famille - Sur la mise en œuvre de travaux pour garantir l accès à un logement équivalent à l ancien - La Ville s engage à reloger les ménages dans toute la mesure du possible sur site, dans des logements neufs. - Une priorité dans les attributions : «Les locataires titulaires d un contrat de location dans les logements destinés à être démolis bénéficient d une priorité de relogement sur la liste des demandeurs inscrits sur la commune de Fontaine. Ils pourront être relogés sur l ensemble du parc des trois bailleurs (PLURALIS, SCIC HABITAT RHONE ALPES, OPAC 38) concernés par le relogement, quel que soit leur bailleur d origine» - L accompagnement social des «familles les plus fragiles». - Le transfert du dépôt de garantie - la prise en charge des frais de déménagement et d emménagement La rédaction de cette charte s est appuyée sur l exemple de différentes chartes de relogement dont celle de Mistral. La CNL est missionnée par la Ville pour le suivi de la charte et la démarche postrelogement (animation des actions collectives auprès des habitants, visites logements, rencontres entre locataires déjà relogés et futurs relogés. ). Et une grande diversité d outils mis en place Outre la rédaction et le suivi de la charte de relogement, différents outils et animations ont été mis en place : - Sur le déménagement : o Un outil d aide pour le déménagement, le «pense pas bête», septembre 2007 (démarches, contacts utiles) o Un chantier éducatif sur les déménagements a été mis en place - Des ateliers, notamment de lecture de plans d architectes - Information et concertation : o La mise en place d un lieu, en proximité du quartier Bastille : «L Etabli» (permanence des acteurs du relogement, présentation de maquettes) o Un bulletin d information, «l Etabli» o Coordination des différents acteurs intervenant dans la vie sociale du quartier par le centre social (groupe projet social Bastille) - Travail sur la mémoire : recueil mémoire, photographie, livre, recueil audio (logements OPAC de la Saulne : une photographe réalise des portraits d habitants et accompagne un groupe 71/146
d enfants et de jeunes dans la prise de photos de leurs quartiers). Une web radio de quartier, «la voix des gens» animée par l association Dyade participe à ce travail de mémoire. Il s agit de «permettre aux gens de s exprimer sur leur vécu, les aidant ainsi à se tourner vers l avenir» - Accompagnement de la CAF par deux assistantes sociales spécialisées sur le relogement - Echanges d expériences entre ménages relogés de Mistral et de Bastille Sur cette opération, la concertation avec les habitants est ancienne : dès 2005, le DSU a animé des ateliers sur l élaboration du PRU de Bastille. Il y a eu beaucoup de réunions d information avant et pendant le relogement (trois ans se sont écoulés depuis le lancement de l opération). Un essoufflement a été observé : les gens venaient plus nombreux au début dans les réunions collectives. De même, une permanence SCIC sur site a été organisée, au début tous les 15 jours, puis moins régulièrement. Cette mobilisation doit être mise en lien avec l actualité du programme de relogement : les ménages relogés se sont sentis moins concernés. 3. Enquête de satisfaction L enquête est réalisée par le bailleur, SCIC Habitat, sur la base du questionnaire proposé par La METRO. Pour la SCIC l enquête relogement auprès des familles est quasi terminée. Une seule famille n a pas répondu. Environ 80% des ménages seraient satisfaits. Les insatisfactions seraient dues à la qualité des travaux dans le nouveau logement, même si ces travaux correspondaient à une vraie demande des ménages 4. 4 D après entretien acteur, nous n avons pas pu disposer des résultats de l enquête. 72/146
II.4.B. Analyse des entretiens avec les ménages relogés «Je n aurais pas aimé être à Bastille» Un habitant de Bastille relogé hors quartier Enquête 2009 et 2010 L enquête qualitative sur Fontaine concerne 30 ménages, répartis sur deux opérations : - SCIC habitat : 7 ménages ont été rencontrés entre 2009 et 2010 - OPAC 38: 23 ménages à rencontrer lors des prochaines phases d enquête Selon la volonté de l OPAC 38, l enquête satisfaction étant en cours d administration en 2010 sur cette dernière opération, notre travail s est concentré sur l opération de la SCIC habitat : - sur la première phase de l enquête, 3 ménages ont été rencontrés, tout trois relogés dans l ancien, 2 hors du quartier et 2 avec un taux d effort supérieur - sur la deuxième phase de l enquête, 4 ménages ont été rencontrés 3 relogés dans l ancien et un dans un logement neuf, trois hors quartiers, un dans le quartier Le taux de ménages relogés dans l ancien est important car ces ménages relogés ont la possibilité de déposer un dossier de demande de logement pour intégrer les immeubles en construction sur Bastille et donc revenir sur le site en rénovation. L analyse porte donc sur 7 ménages (moins d un tiers des ménages à enquêter). Les éléments d analyse présentés ci-dessous sont donc des pistes qui seront confrontées aux analyses futures. Ce groupe d enquêtés présente un caractère commun : ils ont tous été relogés à partir de l opération de la SCIC Habitat. Des ménages attachés à leur «quartier» L enquête menée en 2010 confirme le sentiment d un attachement au quartier, marqué par sa dimension «familiale». Les familles ont «fait des efforts pour vivre ensemble» dans ce quartier. Le sentiment d appartenance au quartier semble donc fort. Les ménages rencontrés ont vécu entre 36 ans et 8 ans dans l immeuble détruit et l impression d un quartier marqué par la convivialité entre les voisins est unanime. Un ménage (couple d actifs avec enfants) précise : «Les voisins, on se connaissait tous. On disait bonjour à tout le monde. Ca se passait bien. Au moment du départ, il y a eu des mamies qui pleuraient de plus nous voir ( ) on portait les sacs des mamies dans les escaliers. Ici, il y a pas trop de mamies seules. Et il y a l ascenseur». Ce ménage parle également de «déracinement» pour évoquer son départ du quartier. Un ménage qui a déménagé tardivement insiste sur le soutien des 73/146
anciens voisins alors qu il se retrouvait seul dans son immeuble : «Quand j étais seule là-bas, heureusement que mes anciens voisins venaient régulièrement me voir». Toutefois, on peut noter que cette solidarité présente des limites liées au territoire : il s agit bien de solidarités de voisinage, entre ménages habitant un même immeuble. Deux ménages précisent ainsi les limites de leur quartier, distinguant leur quartier - où ils vivaient paisiblement - du quartier Bastille qui concentrait les problèmes : - «Ca m a pas gêné d habiter Bastille. J habitais rue Aubert, pas rue Bastille» (20 ans d ancienneté dans le logement détruit) - «Je n aurais pas aimé être à Bastille» : en précisant également qu ils habitaient rue Aubert et non rue Bastille, ce couple insiste sur le fait que, selon eux «les vrais problèmes étaient rue Bastille». Ils indiquent avoir eu peu de contacts avec cette partie du quartier où se concentraient les problèmes liés au bruit et le vandalisme («C est là que les voitures ont brûlé»). L annonce du projet de rénovation urbaine semble donc d abord ressentie comme un projet menaçant les liens de solidarité entre voisins. Il semble qu il y ait un accord sur la mauvaise qualité du bâti et la nécessité de faire quelque chose. Trois ménages déclarent que ce projet était nécessaire pour le quartier. Les ménages ont toutefois du mal à appréhender les justifications techniques de la démolition : «ils ont dit qu il y avait des craquements dans le bâtiment, qu il fallait le détruire. Je n ai jamais eu de problème, ça m étonne un peu». Un autre s étonne qu on détruise un bâtiment construit en 1962 pour l installer dans un bâtiment plus ancien, construit en 1956 et ne perçoit pas en quoi ce bâtiment est mieux bâti que celui qu il a quitté. Un ménage n est absolument pas convaincu par la démolition : «c est top secret, les raisons de la démolition». Un ménage insiste sur le calendrier de la démolition / reconstruction. Au départ, il leur a été présenté un projet où la reconstruction précédait la démolition, ce qui lui convenait (en permettant de conserver les liens de voisinage, en évitant un relogement tiroir) : «ils nous ont mené en bateau pendant 4 ou 5 ans». Ce ménage aurait préféré une réhabilitation du bâtiment. Au contraire, deux ménages avaient une volonté de changer, de s inscrire dans le changement proposé par l opération ANRU : - Un ménage avait fait une demande de mutation depuis 6 ou 7 ans, sans résultat. Le projet rend donc possible la prise en compte de cette demande - Un autre ménage, un couple dont la femme avait repris le bail de ses parents, sent qu elle est sortie «de chez papa maman» en accédant à ce nouveau logement Une certaine fierté quant au cadre de négociation collectif mis en place Les ménages rencontrés sont satisfaits du cadre mis en place sur le relogement, de façon collective. Ils estiment, en particulier, avoir pu négocier, à travers la charte de relogement et avec l appui de la CNL, un dispositif très intéressant pour les locataires. Un ménage évoque plus particulièrement la négociation de la charte de relogement. Ce ménage en retient les points suivants : : 74/146
- La prise en charge dans le cadre du PRU du coût élevé du déménagement, de l installation des fluides et du téléphone - La possibilité, pour les ménages qui le souhaiteraient, d'un retour à Bastille dans les logements neufs. Il est intéressant de comparer cela avec les engagements de la charte ( voir ci-dessus, partie présentation de l opération de relogement sur Bastille), notamment sur une formulation plus «prudente» du retour dans le neuf à Bastille dans le cadre d une priorisation sur les listes de baillerus sociaux. Ce ménage pense que les locataires se sont bien défendus, ont réussi à bien faire passer toutes leurs demandes. Il estime que ce travail est «unique», que les autres quartiers concernés par la rénovation urbaine de l agglomération n ont pas obtenu autant qu eux. Un autre ménage insiste sur l importance de l aide de la CNL sans qui la charte de relogement n aurait pu exister. Ce ménage évoque également l intérêt des ateliers de lecture des plans d architecte indiquant qu ils ne savaient pas lire un plan auparavant. L appui de la référente sur le relogement pour expliciter le PRU est également noté. Pour un ménage, «chaque fois, je pars en réunion. Mais j ai pas bien bien compris. J ai des problèmes pour comprendre le français». C est donc par les visites de la référente, qui «est venue souvent» qu il a mieux compris le PRU et le relogement. Une qualité d écoute sur le cadre de négociation individuel, mais des crispations chez les derniers relogés L une des caractéristiques de cette opération semble être le temps laissé aux ménages sur le choix du logement et le nombre de visites de logements. Hors du cadre des trois propositions, les ménages indiquent un nombre de visites important, non comptabilisé : l un d eux estime avoir visité une quinzaine de logements! Si les ménages rencontrés en 2009 sont satisfaits de ce cadre de négociation qui leur a permis de choisir un logement proche de leurs souhaits, les ménages rencontrés en 2010 sont plus critiques. En effet, ces ménages ont bénéficié d un nombre de visites important et remarquent l investissement de la référente relogement, mais critiquent une absence de prise en compte des souhaits exprimés lors de l enquête sociale réalisée avant le relogement : «j ai demandé un balcon sinon je pars pas. J ai visité quinze apparts peut-être : il y avait pas de balcon, je partais pas. C est très important pour moi. Je suis parti presque en dernier». Un autre ménage décrit ses difficultés à faire respecter les choix indiqués lors de l enquête sociale. C est en particulier la volonté de rester sur le quartier ou sur Fontaine qui crée une tension avec le bailleur relogeur : ces deux ménages estiment que les propositions de logement faites hors du quartier choisi ne peuvent compter parmi les trois propositions. Le calendrier de négociation s étend donc et ces ménages se retrouvent isolés dans leur immeuble, les autres locataires étant partis (sur les 4 ménages rencontrés en 2010, trois indiquent avoir été dans les tout derniers à partir). Cette situation insécurisante exacerbe les tensions avec le bailleur. Le choix du nouveau logement se fait donc dans un sentiment d urgence et parfois en se concentrant sur un critère unique (pour rester dans le quartier, un ménage s installe dans un logement ancien qu il trouve particulièrement dégradé par exemple). 75/146
Parmi les critères retenus, il faut noter sur ce quartier, l importance des balcons (cf ci-dessus, un ménage qui visite une quinzaine d appartements pour en avoir un avec balcon). Un ménage déclare : «j ai pas demandé un balcon mais dans ma tête, il y en avait forcément un». Investir le nouveau logement en pensant au suivant Les deux ménages présentant la plus grande ancienneté dans le logement du quartier Bastille (36 ans et 20 ans), ont investi leurs nouveaux appartements en réalisant d importants travaux (embellissement sur l ensemble de l appartement par remise à neuf des peintures, tapisseries, carrelage, sol, installation d une cuisine équipée pour l un ). Ces ménages ont une logique d installation proche d un propriétaire occupant même s ils se réservent encore la possibilité de déménager dans les nouveaux logements de Bastille une fois qu ils seront construits (ils se révèlent toutefois moins impatients et plus attentistes que les autres ménages sur cette question). Les ménages enquêtés en 2010 font apparaître une nouvelle problématique : celle de l isolation phonique. Ils estiment que celle-ci était plus performante dans le logement détruit et se plaignent des nuisances liées à la mauvaise qualité du bâti : un ménage, relogé dans le neuf hors quartier, est gêné par le fait qu ils sont «pris en sandwich» (haut / bas) entre deux familles ayant des enfants en bas âge. Ils savent bien que ces familles font ce qu elles peuvent, que, lorsqu ils les préviennent, ils essaient de faire plus attention au bruit mais c est quand même difficile à supporter : «Il y avait moins de bruit dans l immeuble de Bastille de 1960. J ai accepté le nouveau logement en me disant : c est neuf, c est super bien isolé. En fait, on est obligé de mettre la télé à fond pour regarder un film». Ces ménages, critiques sur la qualité du bâti, se sentent d autant moins investis dans l amélioration du logement qu ils pensent déjà au relogement dans les bâtiments reconstruits sur Bastille qu ils pourraient intégrer dans le cadre d un relogement tiroir. Si les ménages savent qu ils pourront retourner dans les nouveaux logements construits sur Bastille, la plupart des ménages estiment avoir besoin de plus d informations, de voir les logements avant de prendre leur décision. Deux ménages ont pourtant déjà déposés leurs dossiers, indiquant que l information recherchée est déjà disponible. Selon les calculs réalisés, les deux ménages pensent faire des économies notamment parce que le chauffage est collectif dans l immeuble qu ils intégreront. A l inverse, un ménage a la volonté de déménager mais pense qu il ne peut, de nouveau, avoir recours au dispositif relogement et qu il n est désormais plus possible de faire appel à la référente relogement. Le ménage qui avait déposé depuis longtemps une demande de mutation n est pas prêt à déménager de nouveau. Selon la formule d un ménage rencontré en 2009, le relogement n est «pas tout à fait provisoire» : tant qu ils ignorent le montant des loyers, les ménages réservent leur décision et ne font aucune démarche (malgré le fait que la date de livraison du bâtiment approche et que cette information semble 76/146
disponible). Un seul ménage cite la construction en HQE, pour s en inquiéter : selon lui, cette qualité de construction risque de faire s élever les prix du loyer. Les frontières mouvantes du quartier Bastille et l intégration dans le nouveau quartier L une des particularités relevée auprès des personnes relogées réside dans leurs difficultés à cerner, suite au relogement, si leur nouveau logement est inclus dans le quartier Bastille. Habitant le même immeuble, deux ménages (considérés comme habitant le quartier) ne voient pas les frontières au même endroit : l un estime avoir quitté le quartier, l autre y est encore (mais indique que tant de changements sont intervenus - en particulier s installer dans un logement plus petit et changer de voisins que ce déménagement peut s apparenter à un changement de quartier). Finalement, parmi les critères retenus par les ménages pour identifier le changement de quartier, la proximité avec d anciens voisins et le fait de conserver les mêmes commerces de proximité l emporte (ce qui élargit la notion de quartier). Concernant l intégration dans leur nouveau quartier, les ménages n ont généralement pas changé leurs habitudes par rapport aux commerces de proximité, médecin Ils évoquent régulièrement leur intégration dans le nouvel immeuble. Deux ménages déclarent ne faire aucun effort : l un parce qu il a déposé un dossier pour déménager à Bastille, l autre par manque d envie (ce retraité vivant seul apparaît isolé sur Fontaine et déclare avoir des occupations hors de Fontaine). Les autres sont plutôt satisfaits des liens avec leurs nouveaux voisins : certes, il n existe pas la même solidarité qu à Bastille mais les liens se tissent et, selon deux ménages, avec le temps ces liens pourront déboucher sur des liens amicaux et de la solidarité. La mobilité Deux ménages (personnes à la retraite) évoquent les transports en commun : un ménage est satisfait de s être rapproché du tram, l autre d être toujours à proximité d un arrêt de la ligne 51 qu il utilise depuis très longtemps. Un ménage sort très peu de chez lui (couple à la retraite dont la femme est malade) et dépend de ses enfants pour les déplacements. Les autres ménages (actifs et un retraité) indiquent n avoir pas changé leurs habitudes en matière de transport, habitudes qui semblent s appuyer sur l usage de la voiture. Ils évoquent la voiture surtout pour indiquer qu elle est un moyen de s éloigner, de ne pas rester dans le quartier : cela permet de faire les courses dans les supermarchés plutôt que dans les commerces locaux. «Je ne vois rien, je ne fais pas attention. J entends les enfants qui s amusent. Je suis près de la route : je sors, je m en vais, je pars d ici avec ma voiture». Impact sur la vie scolaire et professionnelle Interrogés sur l impact du relogement par rapport à l emploi, les ménages indiquent n avoir connu aucun changement, n estimant pas que le relogement puisse avoir un lien avec des 77/146
changements dans la vie professionnelle : «les enfants et moi, on a toujours trouvé du travail sans problème». Un couple s est inquiété lors de l entrée dans la vie active de leur fils aîné, pensant qu il pouvait être victime de discrimination (par rapport à son adresse, son nom). Son recrutement très rapide par une grande mutuelle d assurances (pourtant bien renseignée sur les risques du quartier, selon ce ménage), les a complètement rassurés. L ensemble des ménages interrogés (actifs ou à la retraite) ne pensent pas que le PRU influe sur la situation des personnes sans emploi. Niant la discrimination, ils renvoient les difficultés d accès à l emploi à l attitude des personnes en recherche d emploi : «ça n a rien à voir avec où on a notre adresse c est plutôt la façon de parler : parler racaille avec une grosse casquette, c est pas bon. Je n ai jamais eu de souci de discrimination raciale». Les ménages avec enfants (trois ménages concernés et une grand-mère gardant quotidiennement son petit-fils) voient peu de changements : - Un couple avec un enfant de 10 ans indique qu il ne voit pas de changement dans la situation de l enfant (dont la mère ne travaille pas), notamment il n a pas changé d école. Il précise qu il retourne très régulièrement à Bastille où il a encore tous ses amis. Il n a pas encore créé de liens avec les enfants de son nouveau quartier. - Un couple précise que ses enfants vont au lycée hors de Fontaine (l un au lycée Champollion, l autre à Seyssinet). Cette stratégie visant à leur assurer une meilleure réussite scolaire est complétée par une limitation stricte des sorties en bas de l immeuble jusqu à l adolescence. C est une logique qu ils perpétuent quel que soit leur quartier d habitation. La personne installée durant 20 ans à Bastille indique qu elle n a pas connu d organisation particulière sur la garde d enfants durant tout ce temps. Chacun s occupait de la garde de ses enfants qui pouvaient être gardés par un voisin le temps d aller faire une course. Les trajectoires résidentielles Les ménages étant en capacité de profiter de nouveau du dispositif de relogement afin de déménager, selon leur souhait, dans les immeubles reconstruits à Bastille, le sentiment par rapport à la trajectoire résidentielle est difficile à cerner. On peut toutefois noter : Des ménages qui semblent installés dans leurs nouveaux logements : - Un ménage qui avait renouvelé durant 6 ou 7 ans sa demande de mutation a obtenu un logement qui lui convient mais cette personne seule, à la retraite et isolée, ne connaît personne ni dans l immeuble ni dans le quartier et n a pas de volonté de connaître ses voisins. - Deux ménages se sentent plutôt bien installés dans leur logement, l ont beaucoup investi et évoquent un nouveau déménagement avec beaucoup de prudence. Des volontés de déménager : - Deux ménages ont déposé leurs dossiers et sont en attente d un relogement dans le neuf à Bastille - Deux ménages relogés dans l ancien hésitent et peinent avec les démarches à accomplir pour déménager de nouveau : 78/146
o o Un ménage qui estime avoir accepté trop rapidement (dès la première proposition), un logement qui ne convient pas à leurs besoins : alors qu ils avaient demandé un logement en rez-de-chaussée parce que la santé de madame la contraint dans sa mobilité, ils se retrouvent dans un logement effectivement en rez-de-chaussée mais avec quelques marches à gravir qui fait que madame ne sort presque plus de chez elle. Ce ménage, qui comprend mal le dispositif de relogement, ignorait la possibilité de bénéficier de nouveau du dispositif pour un relogement sur Bastille. Un ménage qui a vécu le premier déménagement comme une épreuve et hésite, alors que sa situation financière s est aggravée (en faible partie à cause du déménagement, selon eux). 79/146
Tableau : Situation des ménages rencontrés par rapport au logement Ménage Appart Quartier* Taux d effort Autre Enquêtés en 2009 Volonté de déménager 1 T4 à T2, ancien 2 T5 à T5, ancien 3 T5 à T3, ancien HQ inférieur Une demande de mutation ancienne pour adapter la taille du logement : avant en famille avec enfant, aujourd hui seul. Q mais estime avoir changé de quartier supérieur Situation de surendettement Peut-être dans les nouveaux logements de Bastille mais dépend du coût des loyers HQ supérieur «Pas tout à fait provisoire», il faut voir le prix du loyer Enquêtés en 2010 non 4 T4 à T4, relogé en 2008, ancien Hors quartier supérieur Couple dont le mari est actif, enfants Oui, retour à Bastille, dossier déposé 5 T5 à T3, relogée en 2008, ancien Dans le quartier inférieur Volonté de rester au plus près de l école de son petit-fils non 6 T5 à T4, logement neuf Hors quartier supérieur Couple avec un enfant Oui, retour à Bastille, dossier déposé 7 T5 à T3, ancien Hors quartier inférieur Couple. Madame est malade d où demande d un rdc Oui mais se sentent isolé pour envisager un déménagement Q / HQ : relogement dans le quartier / hors quartier 80/146
II.5. L opération Village 2 à Echirolles II.5.A. Présentation de l opération de relogement Attention : les chiffres présentés sur cette partie sont issus des données collectées lors des rencontres avec les acteurs en 2009 (sauf mention contraire) et peuvent avoir évolué. L actualisation des données à été réalisée en fonction des données nouvelles recueillies. Contexte de l opération Le Village II comprend 2454 habitants et 982 logements. Le parc social est composé de 853 logements gérés par un unique bailleur : la SDH. Les indicateurs sociaux, les dysfonctionnements, la densité et le vieillissement du bâti ont orienté vers la définition d un projet de renouvellement urbain. 211 logements vont être démolis (5 immeubles et une maison). La reconstitution de l offre : 68 logements neufs en PLUS CD sur site, le reste (133 logements, soit 63% des reconstructions) hors site (centre ville ou quartiers ouest). Les relogements hors quartiers concernent en grande partie la ZAC du centre-ville, à proximité de Village 2, en réponse à la demande pressentie lors du diagnostic social. Sur site, un bâtiment basse consommation (BBC) et des logements sociaux intergénérationnels sont prévus. La convention ANRU a été signée le 3 septembre 2008 entre la ville d Echirolles, l ANRU, les bailleurs (SDH, ACTIS, OPAC 38, ERILIA, SCIC Habitat), La Région, le Département, La Métro, l Association Foncière Logement, la CDC et le Préfet. Au début du projet, 211 logements étaient à démolir dont 10 vacants structurels. 201 ménages étaient donc à reloger. Au dossier d intention de démolir, 8 de plus étaient vacants. 193 ménages restaient donc à reloger au début du relogement effectif. Depuis le début du relogement, il y a eu 18 autres départs (départs spontanés, décès ) soit un nombre de relogements total de 175 logements. Nombre de logements à démolir: 211 Nombre de logements occupés 175 Nombre de décohabitations : Nombre de ménages à reloger : 175 Etat du relogement au 31.12.2008 86 (49%) Etat du relogement au 31.12.2009 132 (75%) 81/146
1. Le dispositif de relogement Une organisation renforcée sur l accompagnement social La convention de relogement entre la ville, les bailleurs (SDH, ACTIS, OPAC 38, ERILIA, SCIC Habitat), le CCAS, le Conseil Général, la Préfecture, la Métro, la CAF, le collecteur EPERGOS doit être signée en 2009. Organisation : - Le comité de pilotage politique se réunit deux fois par an sur les orientations du dispositif - Le comité de pilotage technique se réunit trimestriellement - La commission de relogement, composée de la SDH et de la CESF de la Ville d Echirolles se réunit en amont des Commissions d attribution - La commission de suivi des impayés de loyers, se réunit trimestriellement (SDH, Ville, CCAS, Département) afin d examiner en amont les situations d impayé. - Le comité de suivi de la charte de relogement : la S.D.H. et la Ville d Échirolles y présentent l état d avancée du relogement aux associations de locataires. - Une commission d instance de validation des propositions refusées. Deux refus déclenchent un rendez-vous du locataire avec la SDH, la ville, la CNL et l association de locataires afin d examiner les motifs de refus et faire un point avec le locataire sur son projet de relogement. Lors des commissions d attribution, la discussion s engage au cas par cas pour permettre de prioriser les relogements tout en prenant en compte l'ensemble des demandes de logements exprimées sur la ville. Ce qui s est avéré plus facile en 2007, année de calage et démarrage de l opération. Un groupe composé d habitants, de l association des locataires et de la CNL se réunit sans les représentants ville ou bailleur afin de favoriser une expression ouverte. Il s'agit d'un lieu de rencontre, d'échange et de partage sur le vécu et les expériences du relogement (relogés et futurs relogés) permettant d identifier les besoins d accompagnements complémentaires, les relais vers de nouveaux partenaires. Cette expression permet de créer d autres relations avec les bailleurs et la ville en faisant remonter la parole des ménages. Ce groupe a posé la question de la qualité de l accompagnement social et de la nécessité de rendre complémentaires les accompagnements sans qu ils soient redondants mais de qualité et interpellé la Ville et le bailleur qui se sont saisis de la question. Le tandem Ville Bailleur sur l accompagnement social La Chargée de Relogement, missionnée par la S.D.H., accompagne les familles tout au long du processus de relogement. Elle est l'interlocutrice privilégiée des habitants et assure des permanences dans le quartier. Le turn-over sur ce poste a compliqué l identification d un référent pour les relogés. 82/146
Le Service Habitat de la Ville d'échirolles intervient tout au long de la procédure de relogement. La Conseillère en économie sociale et familiale du Service Habitat suit tous les relogements en partenariat avec la SDH. Le Centre Communal d Action Sociale (C.C.A.S.) de la Ville d Échirolles, à travers la Maison de la Solidarité et des Initiatives Citoyennes (M.S.I.C.), accompagne les familles tout au long de la procédure de relogement. Il assure un soutien social spécifique aux familles en difficulté (intervention du service social auprès des familles qui relèvent de son intervention). Il anime une démarche d information et d échanges en continu sur le relogement Ainsi, en 2005, autour de la MSIC, onze ateliers de concertation ont porté sur l intérieur des logements et les parties communes, les espaces extérieurs et aménagements, la vie sociale et les équipements. 83/146
Une forte mobilisation autour de la charte Accompagnés par l Association des Habitants du Village II et par la Confédération Nationale du Logement, 130 habitants se sont réunis à six reprises au cours de l hiver 2006-2007. Ils ont ainsi défini les droits qu ils voulaient voir garantis dans la Charte : conditions de déménagement, de relogement, d accompagnement. La charte de relogement a été signée le 3 juillet 2007 entre le représentant des locataires, la SDH, la Ville, l OPAC 38, Erilia, et Actis. Une association de locataires (affiliée à la CNL) est très mobilisée sur cette opération et participe à toutes les réunions institutionnelles. Les principaux engagements de la charte sont les suivants : sur ces situations - Le locataire bénéficie de trois propositions de relogement au maximum - Les habitants qui désirent rester au Village 2 sont prioritaires pour bénéficier des logements existants ainsi que des logements neufs en fonction du calendrier de livraison - Les travaux : «Le logement proposé devra être propre et en bon état d'habitation. Si cela est nécessaire, des travaux seront réalisés pour répondre à cette exigence». - La dette locative ne constitue pas un obstacle au relogement, à condition qu un dispositif d apurement de la dette soit mis en place. La commission de suivi des impayés de loyer permet de travailler en amont - La chargée de relogement de la SDH informe le locataire de la possibilité de se faire accompagner par ses représentants (association des locataires du Village 2 et CNL) lors de la visite du logement proposé. Si la situation le justifie, il peut également se faire accompagner par l assistante sociale. - Transfert du dépôt de garantie - Prise en charge des frais de déménagement et d installation (forfait de 150 par ménage versé par la SDH). Comme observé sur le quartier Mistral, l opération menée sur Village 2 semble se caractériser par la présence de locataires cherchant à négocier leur relogement. La Ville est confrontée à des ménages qui s installent dans la négociation mais a décidé, avec ses partenaires, de ne pas mettre en place de dispositif spécifique de congé. Une autre question prégnante concerne les travaux dans les logements. Les premiers éléments de l enquête satisfaction semblent indiquer une moindre satisfaction sur cette question. Lors de la visite du logement, le chargé de secteur note les demandes mais «tout n est pas (ne peux pas être) réalisé». Suite aux remarques des locataires, les demandes de travaux des locataires seront consignées par écrit afin d éviter tout malentendu. 84/146
Par ailleurs, la Ville n'a pas souhaité faire de relogements tiroirs. Les propositions sont donc définitives et les relogés hors quartier, s ils veulent revenir sur Village 2, devront passer par la procédure classique via la commission d attribution, sans priorité. Une parole collective forte Une pétition de 600 signatures a été signée en faveur du projet urbain et a été portée à la Préfecture avec l appui de la CNL. Selon la Ville, il existe sur Village 2 «une grande entre-aide entre les habitants. Il y a toujours eu une vie associative à Village 2». Les habitants ont fait appel à la CNL pour les représenter et les accompagner. La CNL est un partenaire historique et très présent sur la Ville. Elle assure un travail de médiation qui semble satisfaire les parties prenantes. Autres dispositifs et actions : - Le guide pratique du déménagement rédigé par un groupe de travail d habitants a été diffusé à l ensemble des ménages à reloger en 2008. - Les habitants, la Ville (le Maire, l adjointe au Logement) et la direction de la SDH ont visité le site de Reims afin de comparer les pratiques - Un site internet spécifique dédié au renouvellement urbain sur Village 2 a été créé. - Inauguration de la Maison du Projet : espace d informations et d échanges dédié au renouvellement urbain du Village 2 (inauguré en novembre 2009) - Visite du quartier de la Mosson de Montpellier concerné par le renouvellement urbain par un groupe de mamans du village II en vacances à la Grande Motte. 85/146
2. L enquête de satisfaction post relogement L enquête de satisfaction est réalisée par la CNL auprès des ménages relogés depuis plus de 6 mois, le plus souvent entre 8 et 18 mois après le relogement. La SDH traite le questionnaire. Les enquêtes ont commencé en septembre 2008. Aujourd'hui le nombre de personnes enquêtés s élève à 97, sur un total de relogés qui concernera au final 193 familles. Le niveau de satisfaction est bon. 73,1% des ménages sont satisfaits de leur logement. Le sentiment par rapport au parcours résidentiel est positif (Globalement : pensez vous que votre situation de logement s est améliorée avec le relogement? 81% des interrogés répondent OUI). Sur l annonce du projet, 66,3% sont satisfaits de l information. 78,7% connaissent la charte de relogement. 56,8% sont satisfaits de l accompagnement lors du déménagement et de l installation ; 53,7% sont satisfaits de l accueil et de l intégration dans le nouveau. 84% des ménages sont satisfaits de l immeuble et de l environnement et 86,2% sont satisfaits du quartier. Les points d amélioration révélés portent sur les délais jugés trop long de relogement ainsi que les travaux (pas de détail). 86/146
II.5.B. Analyse des entretiens des ménages relogés Sur le site d Echirolles, 211 logements seront démolis et 175 ménages doivent être relogés à terme. L enquête qualitative sur le quartier concerne 36 ménages : - sur la première phase de l enquête (2009), 11 ménages ont été rencontrés, soit près d un tiers. Tous les ménages rencontrés ont été relogés entre 2007 et 2008 et seulement un ménage est resté à Village 2. Les enquêtés ont tous eu un logement plus petit ou équivalent à celui d avant et près de la moitié a été relogée dans le neuf. - sur la deuxième phase de l enquête, en 2010, 14 ménages ont été rencontrés. Ils ont été relogés entre août 2008 et juin 2009. 9 ont été relogés dans le neuf, et 5 dans de l ancien, tandis que 10 d entre eux ont emménagé hors quartier, contre 4 dans le quartier. Synthèse des apports de l enquête 2010 Qualité des logements Le taux de satisfaction sur Echirolles est particulièrement élevé. Seuls 5 ménages ont déclaré être mécontents. L enquête 2010 a confirmé les observations de 2009 : les logements proposés, notamment dans le neuf, sont imparfaits mais les ménages restent globalement satisfaits de leur nouvelle situation. Elle a permis d apporter une précision : toutes les personnes relogées dans le parc ancien sont satisfaites. Les logements neufs sont la cible de plus nombreuses critiques. Par ailleurs, les personnes qui souhaitaient quitter Village 2 avant le plan de relogement ont toutes obtenu satisfaction. Une fois le plan de rénovation urbaine annoncé, les ménages ont trouvé le temps d attente jusqu à leur déménagement trop long et pénible. Sociabilité Selon les personnes rencontrées, la sociabilité sur le quartier se traduit plus par des liens informels et spontanés (aider à porter les courses, bonjour / au revoir, sentiment de sécurité) que par une vie sociale formelle : le lien avec les voisins, parmi les personnes rencontrées semble compter plus que la vie et l attachement au quartier. Comme dans d autres quartiers, on retrouve deux grandes catégories d habitants : les personnes vivant depuis longtemps à Village 2, qui disent «connaître tout le monde», se sentent en sécurité et étaient très satisfaits des anciens logements ; les personnes ayant peu d ancienneté, mal intégrées au tissu social local, soulignaient souvent le sentiment d insécurité et la mauvaise qualité des logements détruits. 87/146
L opération de rénovation urbaine L enquête 2010 a montré que de gros efforts avaient été faits par les institutions en termes d information (réunions publiques) et de concertation (groupes de travail) avant le relogement. Les entretiens avec les relogés ayant participé à ces réunions ont été particulièrement riches. Cette concertation a laissé des traces, même parmi les ménages qui ne se sentaient absolument pas concernés par le projet de rénovation urbaine. Néanmoins, l appropriation du projet par les ménages reste vague et trop faible au regard des efforts fournis pour la mise en place de ce dispositif de concertation. On observe donc un décalage important entre les habitants impliqués dans les démarches de concertation et les habitants qui ne prêtent pas d intérêt au projet de rénovation urbaine. I) Préparer le relogement Une forte mobilisation des ménages en amont du projet Au niveau de l agglomération, le projet de rénovation du quartier d Echirolles est l un des derniers à avoir été entamé. Il a donc bénéficié de l expérience des autres communes de l agglomération (Saint Martin d Hères et Grenoble) et a pu capitaliser les bonnes pratiques qui en sont ressorties, notamment en termes de concertation et d information en amont du projet. Plus qu ailleurs, l opération de rénovation urbaine à Village 2 a mobilisé de nombreux habitants : une pétition de 600 signatures a été signée en faveur du projet et portée à la Préfecture ; le guide pratique du déménagement a été rédigé par un groupe de travail composé d habitants(déjà dit + bas) ; un site internet spécifique dédié au renouvellement urbain sur Village 2 a été créé ; une Maison du Projet a été inaugurée ; 130 habitants se sont réunis à six reprises au cours de l hiver 2006-2007 pour définir les droits qu ils voulaient voir garantis dans la Charte. Ainsi, participaient aux groupes de travail des habitants, l Association des Habitants du Village 2, la Confédération Nationale du Logement (CNL) et la Maison de la Solidarité et des Initiatives Citoyennes (MSIC). L un des ces habitants a été rencontré en 2010 : «J ai participé depuis le départ au plan de relogement. J étais dans tous les groupes de travail, ceux qui réunissaient les habitants, les associations de Village 2, la SDH, la ville d Echirolles, les architectes etc. On a d abord eu une première réunion puis ont suivi les groupes de travail. On était sept habitants en tout à participer à ces groupes de travail, et on a eu notre mot à dire, on nous a beaucoup écouté. Ils ont pris en compte nos demandes, par exemple on s est battus pour le terrain de foot, les trottoirs. [ ] Le relogement, ça inquiétait beaucoup les habitants. On a travaillé sur des bouquins pour les aider à comprendre. Y en a qui n allaient pas bien du tout, qui tombaient en dépression». Ces groupes de travail concertés ont élaboré des documents, notamment le dossier «Je déménage! Guide pratique du déménagement du Village 2 à Echirolles», présenté comme «un guide réalisé par les habitants, pour les habitants». 88/146
La mobilisation des habitants a permis d obtenir plus de moyens, elle a eu un impact réel sur le projet : «Au moment de la phase d élaboration du PRU, on a fait des pétitions pour influencer le projet de rénovation, on a réussi à faire détruire un bâtiment de plus pour avoir plus de financements et plus de logements reconstruits. La SDH a donné plus que ce qu elle aurait du donner : on a demandé, et on l a obtenu». La Ville d Echirolles souligne au contraire que les exigences initiales de l ANRU prévoyaient un nombre de démolition plus important. Les entretiens ont reflété ces efforts réalisés par les acteurs institutionnels (bailleurs, Mairie) sur le plan de l information à propos du plan de rénovation urbaine : «Ils ont fait des réunions publiques pour présenter le projet, mais ça n'a pas été décidé seulement par la Mairie, mais aussi par les gens». En 2009, seul un ménage n était pas satisfait de l information apportée dans la mesure où il était dans son logement depuis à peine deux ans et n aurait pas accepté cette attribution s il avait été informé de ce projet. Les autres ménages étaient satisfaits des démarches d information sur le projet, de la concertation et des documents de communication réalisés. La plupart des ménages rencontrés en 2009 allaient régulièrement aux réunions et les ont trouvées intéressantes ; elles ont selon eux «servi à faire pression, à négocier». Cependant, si l enquête 2009 souligne une satisfaction globale des ménages visà-vis de l information communiquée, l enquête 2010 a fait ressortir une grande confusion, voire un fort mécontentement sur les démarches mises en place. Une mobilisation à deux vitesses Les personnes rencontrées en 2010 connaissent l existence de ces réunions, mais ne les ont pas appréciées. Seuls trois ménages (dont un faisant parti des ménages mobilisés dans la concertation) sur quatorze rencontrés sont allés régulièrement aux réunions et y trouvaient un intérêt. Généralement, les réunions sont l objet de vives critiques, autant de la part des ménages insatisfaits du relogement que des personnes satisfaites : «ils parlaient sans répondre aux vraies questions» ; «ceux qui animaient les réunions répondaient à ce qu ils voulaient, ils triaient les questions, on aurait dit des politiques» ; «on nous a mal expliqué, on croyait qu on allait être relogés dans une vieille tour ; ensuite on pensait qu on serait forcément relogés sur Village 2 alors qu on voulait sortir du quartier. Au final on a eu ce qu on voulait, mais on nous a mal expliqué» ; «ils mélangeaient tous les sujets aux réunions, on ne comprenait rien!». Ainsi, malgré l ampleur des démarches menées par le bailleur et les partenaires, certains ménages ne sont parvenus à réaliser l existence du projet qu au moment de la proposition de relogement. Les différentes démarches mises en place pour informer les futurs relogés n ont donc pas eu l effet escompté. Il faut noter l effacement dans la mémoire des habitants dans lequel s inscrit l ensemble du dispositif : 89/146
- Le cas de la charte du relogement en témoigne. Lors des quatorze entretiens menés en 2010, des questions portant sur l information pré-relogement ont été systématiquement posées : «Comment avez-vous été informés du plan de relogement?», «Les bailleurs ont-ils pris des engagements avant de vous reloger?», «Connaissez-vous la charte du relogement de Village 2?». Quatre ménages seulement évoquent la charte du relogement : le premier connaissait parfaitement la charte puisqu il avait participé à la concertation sur le projet avec les différents acteurs institutionnels ; les autres l évoquent avec imprécision ou en la confondant avec d autres documents. - Un seul ménage a évoqué le Guide du déménagement car il l a retrouvé par hasard en cherchant la charte du relogement. Cet exemple est lui aussi révélateur du décalage qu il y a eu à Village 2 entre les personnes impliquées dans l opération de rénovation urbaine et celles qui s en sont désintéressés malgré les documents, les réunions et les panneaux d information. Une majorité d habitants s est retrouvée dans une situation où, n ayant pas participé aux groupes de travail, donc à la concertation (phase de dialogue, d échange des points de vue, donc d aide à la décision), elle n a pas compris ou ne s est pas intéressée aux documents et aux réunions qui avaient pourtant un but d information (processus descendant, des opérateurs vers les bénéficiaires) et de consultation (processus ascendant, des bénéficiaires vers les opérateurs). Surtout, quatre ans plus tard, cette mobilisation semble oubliée par les ménages. Seul le ménage qui s était fortement engagé dans la concertation relate cette phase avec précision et décrit les avantages obtenus à cette occasion. Les autres ne sont pas au courant des modifications apportées au projet suite à la mobilisation de leurs voisins. En ce sens, les ménages rencontrés en 2009 avaient un souvenir plus précis du dispositif mis en place, ce qui peut expliquer leur satisfaction plus grande. Néanmoins, comparativement aux autres communes, on note sur Echirolles une meilleure vue d ensemble du projet chez les habitants, même si celle-ci demeure très vague. Bien qu ils se désintéressent souvent du plan de rénovation urbaine ou disent ne pas avoir d avis, les habitants d Echirolles ont plus tendance à mobiliser des concepts tels que la mixité sociale, l ouverture et l amélioration de l image du quartier. La mobilisation et les différentes démarches d information n ont certes pas eu les effets souhaités, notamment en termes de qualité de l appropriation du projet par les ménages, mais ont laissé des traces diffuses dans l esprit des habitants et ont permis un premier niveau d appropriation des objectifs du projet. Après l annonce du relogement, une période de flottement 90/146
Les ménages ont trouvé qu il s est écoulé trop de temps entre l annonce et le relogement effectif, «les gens déprimaient», alors même que certains auraient préféré avoir plus de temps pour emménager une fois le nouveau logement choisi : «ce qui nous a posé problème, c est qu on nous a précipité, on nous a jeté de l autre côté et on nous a mis ici en 15 jours, on n a pas eu le temps de faire de travaux et je venais d accoucher. Il y a des familles qui ont eu beaucoup plus de temps» explique ce ménage par ailleurs très satisfait de son relogement hors quartier. Un ménage évoque les frais supplémentaires qu implique un déménagement : «Il y a toujours un mois de transition pour les factures, entre finir de payer là-bas, et commencer à payer ici». Cette phase d'attente de deux ou trois ans a favorisé les dégradations et les incivilités car les habitants savaient qu ils allaient partir et que les bâtiments seraient détruits : selon un ménage relogé hors quartier, «la pelouse, en bas, c était impensable. A croire que les gens n avaient pas de poubelle. Ils jetaient les poubelles par les fenêtres», ce que confirme un second ménage également relogé hors quartier, «je pense qu il était temps que ça se fasse, il n y avait plus rien qui allait, les gens jetaient tout par les fenêtres, la pelouse en bas des immeubles était devenue une déchetterie». En revanche, les déménagements se sont bien passés. Deux relogés interrogés en 2009 prétendent avoir insisté («parce que j ai demandé») pour être dédommagé par le bailleur, la charte relogement n étant pas encore rédigée. Quelques ménages interrogés en 2009 citent la CNL et l association de locataires à partir de la description des déménagements. L apport de ces associations est alors rendu visible. II) Certaines désillusions lors du relogement Des déceptions au moment des propositions de relogement C est au moment des propositions de relogement que les habitants ont été déçus et ont eu le sentiment de promesses non tenues : «Il y a eu trop de discours changeants» «trop de choses ont changé tout le temps. [ ] Au début on disait que tout le monde pourrait revenir (relogement tiroir)». Un ménage relogé dans de l ancien, très satisfait de son choix, explique que plusieurs de ses amis, relogés dans le neuf, ont le sentiment que les engagements n ont pas été tenus : ainsi, alors que l augmentation annoncée, selon ce ménage, devait être de 100 par mois entre le loyer précédent et le loyer dans le neuf, plusieurs de ses connaissances auraient vu leur loyer doubler, pour passer de 400 à près de 800 par mois. Pour lui, ces prix ne sont plus acceptables et sont bien trop proches des prix du privé. Et de conclure en généralisant : «Tous mes amis qui habitent dans le neuf veulent déménager». Les ménages relogés dans le neuf hors quartier (les logements neufs dans le quartier ont été livrés en 2010 seulement) ont du choisir leurs logements sur plan, ce qui a parfois été source de confusion ou de déception. Par exemple, un ménage indique que «ça ne se voyait pas bien sur les plans que c'était une cuisine ouverte». Pour éviter les mauvaises surprises, les habitants qui devaient 91/146
être relogés dans le neuf venaient voir régulièrement l avancée des travaux «pour [se] rendre compte» ou développaient des stratégies pour monter directement voir leur logement : «L appartement, on a du le choisir sur plan, parce qu on devait choisir avant que les logements soient terminés. Mais mon mari connaissait un ouvrier du chantier qui nous laissait visiter et voir l évolution de la construction». Une famille explique qu ils ont du choisir leur appartement sur plan, sans pouvoir visiter. Une fois arrivés, «on voulait déjà retourner là-bas». Après qu on leur ait présenté les plans des futurs logements, certains ont estimé que «c'était juste de la com'» dans la mesure où ils n ont pas pu accéder à ces logements, soit trop cher pour eux, soit parce que, pour ceux qui désiraient du neuf dans le quartier, les bâtiments n étaient pas encore construits. Certains ménages indiquent que des plans de logements neufs ont été présentés lors des réunions publiques (ce qui n est pas confirmé par la Ville d Echirolles). Selon ces ménages, cette présentation était destinée à vanter les mérites du projet, à le faire accepter par les habitants alors que les logements n étaient pas encore construits, et qu ils seraient inaccessibles pour bon nombre de ménages à bas revenus. «On n'a jamais vu la carotte. En plus il y avait le bâton, puisque si on refusait deux propositions, la troisième était imposée» : les ménages pour qui le relogement dans l ancien était subi l ont d autant plus mal vécu que les trois propositions qu on leur faisait ne correspondaient pas toujours à leurs critères. Lors de l enquête 2010, trois ménages trouvent qu on leur a d abord proposé «les quartiers pourris» (la Luire est citée plusieurs fois et décrit comme un quartier composé de vieux bâtiments éloignés de l offre de transports en commun) et qu ils se sont «sentis obligés d accepter la troisième proposition». Pourtant, l un des quatre principaux critères pris en compte selon la charte de relogement est «les quartiers dans lesquels les locataires souhaitent résider», et l un des quatre critères complémentaires est «les quartiers dans lesquels les habitants ne souhaitent pas résider». La double apparition du «choix du quartier» dans les critères n est pas anodine : elle permet d éviter ce type de mécontentement qui se manifeste lorsque les ménages ont l impression de choisir par défaut et hors de leurs critères. Ce sentiment d un bailleur «malhonnête» est d autant plus forte que «finalement tout le monde y a eu droit au logement neuf, parce que y avait pas de place ailleurs, alors je sais pas comment ils font». Au final, la moitié de l'échantillon des personnes interrogées relogées a le sentiment de ne pas avoir eu le choix de son nouveau logement, soit pour des raisons de revenus, car même si les propositions n'étaient pas adaptées à leurs attentes ils devaient accepter la troisième, ou soit parce qu ils ont le sentiment d avoir cédé à une pression en acceptant la première proposition. Par ailleurs, certains relogés n ont pas su s exprimer lors des réunions et le regrettent : «dés qu'on posait des questions, on dérangeait». De ce fait, ces ménages, même ceux ayant obtenu gain de cause, précisent qu ils ont du «se battre», «taper un scandale», «tant pis pour eux, ils doivent me redonner un F4», «si c'est comme ça je sors pas, même si vous appelez les flics». Les ménages relogés dans l ancien sont unanimement satisfaits, malgré quelques éléments négatifs : une famille, par exemple, a été relogée dans un F3 bis alors qu on leur avait promis un F4. Ils ont donc du installer un rideau entre l alcôve et le salon pour en faire une chambre à part entière. 92/146
Enfin, plusieurs ménages trouvent que l accompagnement a été très correct : «la SDH a été assez souple, certains ont pu visiter plus que 3 appartements» ; «On a cru que tout se déciderait par piston, mais en fait non. Il suffit d être raisonnable, de ne pas visiter 15 appartements et c est bon» ; «Franchement, les personnes qui se sont occupées du relogement ont fait du bon boulot». Des habitants peu convaincus par les changements à venir Lors de l enquête 2009, les travaux sur Village 2 démarraient. Les habitants interrogés à ce moment là émettent un avis selon les plans qu ils ont vus et les informations données aux réunions. Certains attendent donc de voir le résultat avant de se prononcer : «On va voir après, on peut pas juger sur les photos». D autres habitants reconnaissent le bienfait des travaux d embellissement, d aménagement et la venue de nouveaux résidants, «de nouveaux habitants vont arriver, le changement peut faire du bien». Ils n hésitent pas à présenter l opération de rénovation urbaine comme un projet nécessaire et faisant l unanimité : «Une pétition a circulé [ ] tout le monde voulait le projet car ils voulaient changer, il fallait désenclaver le sud de la ville, c'était sale et mal famé. Ensuite, le projet a été présenté à l'anru» ou encore : «C'est le mieux pour tout le monde». Certains savent que «il y en a beaucoup qui sont restés, qui n'ont pas voulu changer leurs habitudes [ ] c est normal, certains sont là depuis plus de 30 ans» ; la démolition «ça fait quelque chose pour ceux qui étaient là depuis 40 ans». Un ménage avoue en effet lui-même qu il veut assister à la démolition afin de mieux faire son deuil, «au moins ce sera fini, on pourra plus rêver». Si la plupart des relogés apprécie les réaménagements prévus par le projet urbain, la qualité esthétique de celui-ci et le principe de mixité qui le fonde, certains estiment tout de même que ces efforts ne changeront pas le quartier en profondeur dans la mesure où les plus anciens resteront de toute façon dans le quartier : «ce sont les mêmes gens qui y restent», «ce n est pas la forme des bâtiments qui change le quartier». Depuis 2010, les travaux sur le quartier sont plus avancés : les premiers logements neufs construits sur le quartier sont maintenant occupés ; la réhabilitation des tours situées rue Jean Henri Fabre progresse (installation du chauffage collectif notamment) ; les gravats des barres démolies rue Clément Ader sont peu à peu retirés. Les personnes relogées en 2010 ont donc une idée plus précise du futur aspect de leur quartier. Les ménages rencontrés sont partagés : les avis positifs, négatifs et mitigés sont répartis à parts égales (respectivement 5/14, 4/14 et 5/14). Les arguments avancés par les personnes favorables au plan de rénovation urbaine portent principalement sur la vétusté des anciens bâtiments qui constituait une gêne pour les occupants de ces logements et participait à la mauvaise image du quartier : «Les gens se sentent moins en bas de l échelle, c est une chance d être dans du neuf, c est une autre vie! Ca ramène du neuf dans la vie». Ils distinguent bien la rénovation de la démolition : «Il aurait fallu détruire plus, les tours en 93/146
priorité : ça sera fait dans les 20-30 ans. Ils les rénovent, c est déjà pas mal» ; «Ils ont détruit les immeubles à Village 2 parce que c était vieux, presque insalubre» ; «Il n y a que du vieux ici, maintenant il y a de la vie dans le village» ; «Ils ont détruit parce que c était trop vieux. Les tours sont rénovées, heureusement parce que ça faisait honte! [ ] C est une bonne idée d avoir rénové ces tours». Ils espèrent que l opération de rénovation va améliorer le quartier. Certains sentent déjà quelques changements : «le PRU, ça change un peu», «Village 2 ça a changé, il y a des nouvelles têtes, les anciens sont tous partis. Oui, bien sûr, je pense que ça va améliorer les choses», «le fait de détruire, ça amène de la mixité, ça évite de faire un ghetto». D autres se contentent d espérer : «Dans 10 ans je ne sais pas, j espère que ça va être mieux, mais j avoue que je n ai pas réfléchi à ça». Enfin, le ménage ayant participé aux groupes de travail espère que les moyens mobilisés vont améliorer durablement le quartier, et explique qu il aurait même préféré un plan plus ambitieux sur le quartier : «J espère que le PRU va améliorer des choses à Village 2, ma grande appréhension c est que ça ne change rien ou que ça empire. [ ] L ANRU ça sert à mixer les cités, à les désenclaver, à mélanger les milieux sociaux. Je pense que ça fonctionne». Les personnes relogées en 2010 ayant un avis mitigé sur le plan de relogement pensent, globalement, que la rénovation devrait améliorer le quartier, au moins temporairement : «Selon le projet qu on a vu, c est propre mais est-ce que ça va durer?», «Dans 10 ans, Village 2 ça sera mieux», «Oui, ça va améliorer le quartier», «Je ne sais pas si ça va améliorer les choses, on verra bien». Ils émettent des doutes sur la durabilité de cette amélioration, pensent que les problèmes ne viennent pas des logements mais des gens ou trouvent le projet trop peu ambitieux : «Les problèmes, ça vient des gens» ; «ça fait plus grand, plus aéré, moins quartier. Mais ils ont laissé les deux tours, donc ça reste un peu pareil». Pour ces ménages, le projet de rénovation urbaine à Village 2 vise essentiellement à en finir avec cette image de quartier mal famé, ce qui explique la rénovation et le souci de mixité : «ça doit apporter de la qualité de vie aux gens, enlever cette image de quartier difficile» ; «Ils ont détruit pour faire moins quartier, faire des petits bâtiments» ; «Ils voulaient détruire et reconstruire des habitations en location-vente et rénover». Enfin, quatre ménages pensent que le plan de rénovation ne va rien apporter au quartier, donc que les dépenses engagées ne sont pas justifiées. Tout comme certains ménages dont l avis est mitigé, ils pensent que «le problème n est pas dans les logements», que les principales difficultés du quartier Village 2 proviennent des personnes qui y habitent : «Soit disant qu ils veulent ouvrir les quartiers mais on change les logements et pas les personnes qui habitent dedans. Il faudrait éduquer les gens avant tout. Peut-être que ça a dispersé les jeunes désœuvrés. Mais on continue de leur donner le RMI, ils foutent rien, ils ne font que des conneries». Dès lors, le plan de rénovation urbaine n a plus de raison d être puisqu il consiste principalement à investir dans le bâti et non dans l humain : «Cette démolition, c est des tracas pour rien», «c est du gaspillage inutile». Un ménage, pourtant satisfait de son relogement dans le quartier, fait part de son incompréhension lors de l annonce du relogement : «On n a pas compris la démolition, on était tellement bien». En fin de compte, l opération de rénovation urbaine s étant attaqué au mauvais problème, elle ne pourra améliorer véritablement le 94/146
quartier : «A mon avis, le relogement ne va pas changer les choses enfin, l avenir nous le dira», «Dans 10 ans, on verra ; à mon avis il n y aura pas de changements. C est pas parce qu on fait du neuf que ça va tout changer. C est bien de détruire si tu fais du neuf qui est mieux que l ancien! Mais là, il est moins bien». Deux ménages dubitatifs envers le plan de rénovation connaissent l objectif de mixité fixé par la convention. Ils en ont connaissance, pensent que dans l idéal ce serait un point positif pour le quartier, mais doutent de la capacité de Village 2 à accueillir de nouveaux publics : «Oui, ils voulaient faire venir des gens différents, c était dans leur plan, je crois, de mélanger», «La mixité, oui, c est une bonne chose mais est-ce que des gens voudront devenir propriétaires à Village 2?». III) Changer de quartier, changer le quartier : Village 2 face à ses habitants Village 2, un quartier à l identité peu marquée Au sein de l'échantillon interrogé, on ne constate pas de sentiment collectif fort sur Village 2, comme cela peut être le cas sur d autres sites, en particulier pour des personnes installées depuis longtemps sur le quartier. La plupart des ménages sont arrivés sur Village 2 par hasard et non par choix, l offre de logements étant importante et les loyers bas sur le quartier. On trouve donc de nombreux ménages arrivés à Village 2 en urgence après un divorce ou après des naissances (situations de sous-occupation ou de sur-occupation dans le logement précédent). Il restait à Village 2, relativement à la population totale du quartier, peu de personnes ayant grandi dans le quartier ; le plan de relogement a donc intensifié un turn-over déjà fort sur le site, et augmenté la proportion de nouveaux arrivants. La cohésion sociale existe à Village 2 et elle compte pour les habitants, mais elle présente certaines spécificités. Premièrement, elle ne bénéficie qu aux «anciens» de Village 2, et exclut de fait les nouveaux venus. Deuxièmement, elle consiste en des relations cordiales, des petites aides ponctuelles entre habitants qui se connaissent seulement de vue. Les personnes qui habitent le quartier depuis longtemps disent y connaître tout le monde : «Là-bas c était mieux, on connaissait beaucoup de monde. C était une autre vie» explique un jeune ménage ayant quitté le quartier ; «Là-bas, tout le monde nous connaissait» selon cette personne relogée hors quartier ; ou encore «Il suffisait de sortir et on connaissait tout le monde». Cette concentration de population permet donc un contrôle social certain et créé un sentiment de sécurité fort, notamment chez les personnes âgées et les femmes qui, lorsqu elles sont relogées hors quartier, se sentent plus vulnérables qu avant : «Je rentrais seule la nuit sans problème», «Je pouvais rentrer en toute sécurité, toute seule, à 2 heures du matin». Ce lien social informel et ponctuel compte beaucoup pour les ménages. Les ménages ont conscience du caractère intergénérationnel de ce lien social qui fait toute sa spécificité, et ils ne manquent pas de le souligner : «Si je laissais ma porte de voiture ouverte, on venait me la fermer», «Les jeunes d ici, ils 95/146
m ont toujours aidé à porter mes courses», «Il y avait beaucoup de jeunes mais on se disait bonjour au revoir, il n y avait pas de problème.» Un ménage cependant note qu après 30 ans passés à Village 2, il est content de «voir des nouvelles têtes», de ne plus se sentir surveillé constamment. Ce contrôle social, vanté par certains ménages, lui pesait. Lors des entretiens, nous n avons pas observé «d esprit Village 2». Un ménage relogé hors quartier, dans le parc ancien, déclare : «Non, on ne retourne jamais à Village 2, on n a rien laissé sur place. C est un changement de mentalité : Village 2, c est pas un quartier solide, il n y a pas d association de quartier. Ici, on fait partie d une association de quartier qui est venue nous voir dès qu on est arrivés, en nous disant «Si vous avez un problème, on pourra vous aider, on parle directement à SDH» et ils ont organisé la fête du quartier». Par ailleurs, un film destiné à suivre l évolution du quartier et à conserver la mémoire des habitants est en cours de réalisation à Village 2 selon une habitante : «ils continuent à prendre des photos pour le film, pour qu on puisse voir l avant et l après». Une opinion très divisée sur les logements détruits Neuf ménages sur les vingt-cinq enquêtés souhaitaient déménager au moment de l annonce du projet. La plupart parce que le logement était devenu trop grand, parce qu ils le trouvaient trop délabré ou encore pour des raisons liées au quartier. Certains souhaitaient partir du quartier pour accéder à un cadre de vie plus calme et mieux entretenu car au Village 2 «c était laissé à l abandon». Quelques personnes interrogées sont apparues très insatisfaites des anciens logements : les appartements étaient «vieux comme le monde» et perçu comme trop chers, notamment avec les charges et en lien avec l entretien estimé peu fréquent ; «Là-bas, c était pas isolé, on entendait tout» ; «Avant, le chauffe eau faisait du bruit, c était mal insonorisé» ; «Village 2 c était sombre. A Clément Ader, c était horrible, les pannes d ascenseur pouvaient durer 2 mois, on a du faire des pétitions» ; «Là-bas, c était tout pourri : il n y avait pas d isolation, il faisait froid, le chauffage était individuel et cher. Quand tu ouvrais le robinet, l eau qui coulait puait. Les gens buvaient presque tous de l eau en bouteille». Environ un tiers des ménages appréciaient les anciens logements, s y sentaient bien et ne voulaient pas les quitter : «Avant, c était plus grand» ; «On aurait préféré rester là-bas. Les appartements étaient impeccables» ; «A Village 2, les logements étaient en dur, c était du vrai bâti»; «à Village 2 on avait tout, on était bien! [ ] Avant c était vraiment mieux». Une habitante préférait la vue avant : comme son appartement était traversant, il donnait sur deux montagnes différentes ; aujourd hui, elle n en voit plus qu une. Certaines personnes appréciaient le rapport qualité prix de leur appartement, souvent parce qu ils avaient beaucoup investi dans l entretien et l embellissement de leur logement. Deux ménages avaient émis le souhait de rester sur le quartier car ils pensaient ne pas avoir de revenus suffisants pour en sortir : «On sait qu on n a pas les moyens d aller ailleurs, on connaît, donc 96/146
on a demandé à rester ici, dans le quartier quoi», «pour aller où, de toute façon? C est forcément dans du vieux parce que c'est en fonction des revenus. Dans le neuf c'est trop cher». On trouve aussi le cas d un ménage qui aurait souhaité rester dans le quartier mais qui a le sentiment d avoir accepté la première proposition par crainte que les prochaines soient encore moins satisfaisantes. Ce ménage était très satisfait du quartier Village 2. Il pense ne pas avoir suffisamment pris le temps de se projeter dans un parcours résidentiel approprié à son mode de vie, ne pas avoir réfléchi au préalable à ses besoins réels. Ce ménage relogé hors quartier est aujourd hui déraciné et insatisfait de son nouveau logement comme de son nouveau quartier. Près de la moitié des ménages rencontrés voulaient emménager dans un logement neuf, mais leurs revenus leurs semblaient insuffisants et se restreignaient donc sur leurs choix. IV) Une satisfaction partagée sur les logements, malgré quelques réserves Des déceptions dans les logements neufs Les nouveaux logements restent satisfaisants malgré quelques reproches. Parmi les éléments satisfaisants du nouveau logement, le balcon apparait fréquemment. «Ici c est le balcon qui nous a décidé» déclare un ménage. Ils peuvent notamment y faire pousser des tomates ou bien y entreposer les affaires qui ne rentrent plus dans l appartement, apprécient particulièrement la vue qu il offre et affirment que dorénavant, ils souhaiteront toujours un balcon. Une personne se réjouit de son nouveau logement car le salon est grand et qu elle dispose d un balcon sur lequel donne sa chambre. L aspect des nouveaux logements est également apprécié : un ménage apprécie le carrelage qui «fait plus propre» et il ajoute «ici c est propre, le jardin et les parties communes sont propres». Un ménage dit se sentir très bien dans son logement, comme s il y avait passé toute sa vie. Quelques ménages se plaignent de l agencement du logement mais se raisonnent et restent satisfaits de leur situation globale. «Mais ça ne me gêne pas trop, on ne peut pas tout avoir» ; «la cuisine est trop petite, mais on se débrouille». Une personne fait remarquer que les chambres sont trop petites mais qu elle s en accommode dans la mesure où elle n y passe que peu de temps et que la salle de bain est en revanche très grande. Concernant l installation, étant donné que les superficies ont toutes diminué, les relogés ont du jeter des meubles, racheter de nouveaux mobiliers, construire des étagères, ranger des affaires dans les caves et garages, changer les habitudes de vie telle que manger dans le salon au lieu de la cuisine, Même parmi les ménages satisfaits, plusieurs défauts techniques sont pointés du doigt. Les «murs en placo», notamment, sont trop fins donc ils offrent une mauvaise isolation phonique au sein de l appartement - «quand on couche les enfants, on va pas se coucher tout de suite donc ça fait du bruit, la télé ou si on discute» - et les ménages se plaignent de ne rien pouvoir accrocher aux murs «je peux 97/146
pas mettre ce que je veux sur les murs, mes tableaux d avant, ça tient pas. Alors on met rien, comme ça, c est vide» ; «j avais accroché un meuble de cuisine et un jour il s est écroulé» ; «c est un travail bâclé. Ils sont complètement barjots, tu ne peux même pas planter un clou». La qualité des matériaux «premier prix» utilisés pour la construction des nouveaux immeubles est souvent mise en doute par les ménages. Cinq ménages sont très insatisfaits de leur nouveau logement ; cette nouvelle situation impacte fortement leur moral. Parmi eux, quatre sont relogés dans le neuf hors quartier (vers la clinique des Cèdres). Ils portent principalement leurs critiques sur la mauvaise qualité des appartements, leur petite superficie, les loyers élevés et la cuisine américaine. «On s est fait rouler! L espérance de vie de ces nouveaux logements est beaucoup trop faible» explique ce jeune célibataire vivant seul. «Pour faire le ménage il faut toujours tout déplacer, replacer. [ ] Au début j arrivais pas à rester dans le logement, à l intérieur, je supportais pas. [ ] C est trop d encombrement partout, c est trop petit, [ ] les enfants font leurs devoirs dans le salon parce qu on ne peut pas mettre de bureau dans les chambres. [ ] Dans l entrée, je suis obligée de les mettre au garde à vous devant la porte pour que d abord l un entre, enlève ses chaussures et vienne jusque dans le salon et ensuite un deuxième, c est pas poli» témoigne ce couple de trentenaires, parents de trois enfants. A cela s ajoutent des facteurs d insatisfaction spécifiques : pour une habitante vivant seule depuis le décès de son mari et le départ de ses enfants, le passage d un T5 à un T2 est très mal accepté -«Les gens ont râlé mais c est partout pareil maintenant. Le neuf, c est petit»- ; pour un autre, ce sont d importants problèmes de chauffage - «En hiver, on est crevés de froid!»- et la proximité avec la clinique (bruit des ambulances et de l hélicoptère). Il s agit parfois d une coupure avec le réseau social liée à la nouvelle localisation, à l absence d animation et d espaces de jeux pour les enfants : «c est trop calme comme immeuble, surtout pour les enfants» explique cette dame. Elle dit retourner à Village 2 tous les mercredis, samedis et dimanches «pour que les enfants jouent, qu ils voient du monde». Enfin, le cinquième ménage mécontent est relogé dans l ancien dans le quartier : son insatisfaction est liée à d importants problèmes de voisinage (deux mains courantes déposées). Par ailleurs, les ménages ont bien conscience que ce confort supplémentaire peut avoir un coût. En effet, concernant le coût du logement, tous s accordent sur l augmentation et la plupart estiment être tout de même mieux ainsi que dans les anciennes conditions. Un ménage déclare tout de même parfois s endetter à cause du budget logement trop élevé et mettre en place un étalement des paiements avec le bailleur. Cependant, les locataires ont parfois l impression de payer le prix du locatif privé et s en étonnent. Un ménage estime payer moins cher pour plus de confort. Au regard de leur nouvel environnement et de la qualité de leur logement, ces augmentations de taux d effort ne semblent pas entacher la satisfaction générale des ménages. Le relogement dans l ancien fait l unanimité 98/146
Les personnes relogées dans de l ancien sont toutes satisfaites (sauf une, à cause de problèmes de voisinage). Pour les personnes relogées dans de l ancien, il convient de distinguer deux profils : celles qui sont restées dans le quartier, et celles qui en sont parties. - La première catégorie correspond à des ménages qui ne souhaitaient pas déménager et qui ont tenté de limiter les effets du relogement sur leur vie. Les logements proposés dans le quartier étant anciens, ils ont souvent été largement rénovés : l insatisfaction du déménagement forcé est compensée par la satisfaction d avoir un logement rénové. Ces ménages disent systématiquement qu ils sont satisfaits mais qu ils auraient préféré ne pas avoir à déménager : «On aurait préféré rester là-bas. Les appartements étaient impeccables», «J aurais voulu rester à Ader bien entendu». - La deuxième catégorie est constituée de ménages qui souhaitaient quitter Village 2 et qui avaient, dans la plupart des cas, une idée bien précise du quartier où ils souhaitaient être relogés. Neuf des vingt-cinq ménages rencontrés avaient l intention de quitter leur logement au moment de l annonce de la démolition. Pour ceux-ci le bilan du relogement est positif. Pour ces personnes le relogement a représenté une opportunité ; un ménage avoue avoir cessé ses recherches avec soulagement lorsqu il a appris la démolition. Souvent, ce relogement permet aux ménages de se rapprocher d amis ou de membres de la famille, ou de retourner dans un quartier où ils avaient déjà habité. Ces ménages avaient souvent déjà déposé des demandes de déménagement ou pensaient le faire. Les personnes les plus satisfaites du relogement coïncident avec ce profil. Par ailleurs, ces personnes s impliquent très peu dans le projet global de rénovation du quartier, ne cherchent pas à s informer sur la rénovation du quartier qu ils quittent. En effet, le plan de relogement est une opportunité pour eux d accélérer une demande de mutation et d obtenir des avantages liés exclusivement au logement (prise en charge du déménagement, rénovation de l appartement), mais ils se désintéressent de l avenir de Village 2 : «Je ne suis pas allé aux réunions d information. Je crois qu ils détruisent pour faire un nouveau quartier non, je ne sais pas, j ai pas compris» explique cette personne relogée dans du parc ancien, hors quartier. Des efforts récompensés La prise en compte, dans le cadre du relogement, des liens familiaux et amicaux permet de conserver des liens sociaux forts, tel qu exposé dans la charte : «les liens de solidarité et d entraide (familiaux ou amicaux)». Cette prise en compte satisfait grandement les locataires qui en ont bénéficié. Ainsi, nous avons rencontré plusieurs cas de mère / fille relogées à côté l une de l autre (dans le neuf et dans l ancien), ainsi que des amis relogés dans la même montée d immeuble (dans le parc ancien dans le quartier) : «c est un peu comme avant, on est tous restés dans la même montée d immeuble. On était bien, alors on est restés» raconte cette retraitée relogée dans le quartier. Cet effort joue énormément dans la satisfaction des ménages, notamment pour les personnes qui 99/146
habitent le quartier depuis longtemps, puisqu il permet de ne pas rompre le lien social et évite d isoler les personnes âgées. Les ménages qui bénéficient de cette attention se focalisent moins sur les aspects négatifs de leur logement : cet effort permet à des ménages de mieux accepter le relogement. Les ménages restent globalement satisfaits de leur nouveau logement et continuent à souligner le caractère opportun du relogement pour eux. Plusieurs ménages disent être satisfaits du relogement mais auraient préféré ne pas avoir à déménager. Ils sont satisfaits, relativement à la situation qui leur a été imposée : en effet, une majorité de ménages ne souhaitaient pas déménager (16 /25). Tous les ménages qui souhaitaient déménager se déclarent satisfaits : les mécontents sont des ménages qui se sentaient bien dans leur ancien logement. «J étais pas mal logé, j étais bien, que ça soit pour l appartement ou pour la qualité de vie, c était beaucoup mieux. C est sur, c était sale, c était tagué, mais ton confort intérieur était beaucoup mieux». Comme indiqué plus haut, plusieurs ménages ont insisté sur la qualité des logements détruits : grands, solides, fonctionnels et bon marché. Ce qui semble primer, c est la qualité intérieure du logement : même si la façade n est pas esthétique ou si les parties communes sont sales, un logement bon marché, vaste et solide contente ces ménages. Un sentiment de désinvestissement du bailleur après le relogement Ce qui semble entacher l appréciation des relogés sur Echirolles est l accompagnement dans le nouveau logement, que ce soit en matière de travaux ou d entretien. Avec l opération de rénovation urbaine, les ménages ont fait l objet d une attention particulière de la part des bailleurs, et ont été sollicités à plusieurs reprises (réunions, visites d appartement, déménagement, enquête de satisfaction, entretiens etc.). Le bailleur, très disponible lors du relogement, se fait à nouveau plus discret et cette situation inquiète les ménages à plusieurs égards. Ainsi, la vie dans le nouvel immeuble est parfois assombrie par le sentiment que celui-ci va se dégrader progressivement jusqu à ressembler aux anciens bâtiments. Certains locataires aimeraient que le bailleur explique aux résidents le fonctionnement de l immeuble, leur laisse des consignes. Ainsi, un relogé craignant de voir son immeuble ressembler à Village 2 nous explique à quel point son immeuble ainsi que les espaces verts de son ancien quartier étaient sales : «et ben ici ils vont faire pareil [ ] Un chien reste un chien. C est pas en mettant dans du neuf que les gens vont changer [ ] la mixité c est de la poudre à perlimpinpin». Un autre ménage explique que le bailleur a laissé quelques consignes mais que le travail aurait dû être approfondi à ce niveau là : «Un mot a été mis pour dire aux gens de ne pas jeter ça dehors (bouteilles en plastique, couches, préservatifs) [ ]. Il y a un problème de suivi de la SDH après le relogement [ ]. Les gens laissent leur sac poubelle percé dans l ascenseur, fument dans l ascenseur,». Un autre s étonne que deux ans après son emménagement et de nombreux courriers, son nom n apparaisse toujours pas sur l interphone. 100/146
Le bailleur semble plus difficilement joignable après le relogement. Certains ménages souhaitant des retouches sur les travaux réalisés à l entrée dans le logement ou du matériel supplémentaire pour réaliser plus de travaux d embellissement, ont été déçus de ne pas avoir de réponse du bailleur, voire de se confronter à un refus : «il faut attendre 3 mois pour les moindres travaux». Un ménage relogé dans le neuf dans le quartier de la clinique des Cèdres, très satisfait de son relogement par ailleurs, fait part de ses difficultés à joindre le bailleur : «Chez [mon bailleur], ils sont corrects, mais ils mettent trop de temps à répondre. Par exemple, l interphone est en panne depuis plusieurs semaines». De plus, ce même ménage signale que, sur les autres problèmes, le bailleur met souvent du temps à répondre. Il est difficile de le contacter, il faut appeler directement le référent mais il n est pas souvent disponible. Il a aussi une boîte aux lettres dans le hall d entrée, mais relève peu son courrier. La plupart des locataires semblent tout de même satisfaits des travaux réalisés par le bailleur, et certains ont préféré faire eux-mêmes les travaux. Pour les ménages fragiles, la réalisation des travaux a été douloureuse, a représenté un effort important en termes de temps et d argent. Certains locataires ont eu gain de cause quand, interpellé par la CNL, le bailleur a visité le logement et s est aperçu de lui-même des malfaçons. D autres locataires ont dû attendre plus longtemps avant de pouvoir utiliser leur logement en toute sécurité. Par exemple, un ménage n a pu utiliser un volet électrique car il générait des courts-circuits. Sur Echirolles, les logements détruits appartenaient tous à un bailleur unique : la SDH. La diversification des bailleurs lors du relogement ne laisse pas les ménages indifférents. Le bailleur est parfois l un des critères de choix des ménages parce qu il est jugé plus sérieux, plus fiable que les autres bailleurs ; cette relation paisible avec le bailleurs justifie alors les demandes de rester dans le parc de ce bailleur : «On a toujours été avec la SDH, mes parents aussi, on n a jamais eu de problème» explique ce ménage visiblement très attaché à son bailleur «historique». De plus, le quartier autour de la clinique des Cèdres (en proximité du siège de la SDH) accueille plusieurs relogés dans des bâtiments voisins mais gérés par différents bailleurs qui comparent leurs situations. En témoigne cette famille dont la fille a été relogée dans les bâtiments gérés par la SDH, en face de la clinique, et la mère dans les bâtiments gérés par l OPAC, à côté de la clinique : «Là-bas [chez la mère], c est horrible. Les entreprises ont fait faillite les unes après les autres, la construction a pris du retard, rien ne fonctionne. L ascenseur est resté en panne pendant 6 mois! On a du faire intervenir le député-maire. Il y a eu une inondation, ils ont du changer tous les sols. D ailleurs, nous, la SDH nous a mis du carrelage alors que l OPAC a mis du lino. On a du changer beaucoup de portes. En plus, le chargé de secteur de l OPAC n est jamais disponible, c est impossible d avoir quelqu un au téléphone, et les réparations trainent toujours pendant des mois. Dans le bâtiment de ma mère, il y a un malade mental qui fait peur à tout le monde, qui fait plein de bêtises». 101/146
V) Installation et vie sociale : des disparités entre le parc neuf et le parc ancien Dans l ancien, une vie sociale qui plaît aux ménages Comme précédemment, il convient de distinguer les personnes relogées dans l ancien dans le quartier, et les personnes relogées dans l ancien hors quartier. Les personnes restées dans le quartier s y plaisent car les anciens reviennent régulièrement et puis «ici au moins il y a des espaces verts, ça pourrait être un super quartier [ ] ici c est plus calme, Villeneuve c est trop fermé sur lui-même comme quartier [ ] y a pire [référence à Villeneuve et Mistral]». Les personnes relogées dans le quartier y habitaient depuis longtemps déjà et souhaitaient conserver ces liens d amitié et d entraide qu aucun logement hors quartier, aussi beau soit-il, n aurait pu remplacer. De plus, ce sont des personnes qui se sentent en sécurité dans le quartier et qui relativisent les problèmes du quartier : «C est un quartier très sur, ici c est pas chaud» affirme cette retraitée. Un ménage est relogé dans le quartier mais dans l ancien bâtiment des instituteurs, légèrement excentré. Il considère bénéficier des avantages du quartier «on n a pas envie de déménager, on est bien comme on est. Ici, on est tranquille»- mais en est assez éloigné pour éviter les ennuis «Autour de l immeuble, avant c était angoissant, pas ici. [ ] On a changé de voisins, c est une bonne chose»-. Trois ménages ont été relogés dans le parc ancien dans le quartier du Gâtinais et affichent une grande satisfaction qu ils n attribuent pas tant à la qualité de leur logement qu à leur nouvel environnement. Un ménage reflète particulièrement bien cette situation. En quatre ans à Village 2, ils n ont pas su s intégrer correctement et ne se sentaient pas en sécurité alors qu ils connaissaient tous leurs voisins. Ils habitent maintenant au Gâtinais depuis moins de deux ans et ont tout de suite été intégrés au quartier par les anciens habitants, via l association de quartier à laquelle ils ont adhéré dès leur arrivée et qui semble constituer un ciment social fort sur le quartier, et grâce aux liens familiaux qu ils ont dans le quartier. Un autre habitant, relogé dans le bâtiment voisin, a lui aussi adhéré à l association de quartier, qu il décrit comme «dynamique, qui aide les locataires en cas de problème» (l association organise par ailleurs une fête de quartier annuelle et fédère une grande partie des locataires). Cet habitant était très peu impliqué dans la vie sociale de Village 2 et n a participé à aucune réunion d information. Plutôt solitaire, il a quand même intégré cette association de quartier et participe maintenant à toutes les réunions. 102/146
Repenser la socialisation dans le quartier de la clinique des Cèdres Les ménages relogés dans le quartier de la clinique des Cèdres présentent un certain nombre de remarques de même nature dont la particularité nous incite à proposer une lecture contextualisée : La morphologie du nouveau quartier empêche la consolidation du lien social, car il est coupé en deux par une route très passante (un ménage signale d ailleurs l absence de feux tricolores pour la traverser). De plus, la diversité des bailleurs comme nous l avons exposée plus haut, la plus ou moins grande proximité des appartements avec la clinique, l absence d espaces de rencontres (pelouses, route avec peu de passage, bancs) ne favorise pas le renforcement du lien social et, au contraire, crée des rivalités. Les relations de voisinage se limitent à un «bonjour- au revoir» cordial mais qui ne permet pas de créer de solidarité, d entraide, de relations de confiance. Ainsi, certains ménages ont le sentiment d avoir perdu un cadre de vie agréable car leur réseau social était important sur l ancien quartier : «Ici on se dit à peine bonjour dans l ascenseur» ; «Je suis toute seule ici, et mes enfants ils n ont pas d amis». D autres encore avaient pour habitude de rester près de chez eux pour les équipements scolaires et les loisirs : «C est pour les personnes âgées [ ] ils ne sortent pas beaucoup, ils n ont pas besoin de beaucoup d espaces [ ]. C est pas pour nous». Une personne n a pas retrouvé la solidarité existante dans son ancien immeuble ; elle dit être bien dans ce nouveau quartier car les soirées sont tranquilles et qu il y a des commerces et des services. Les ménages satisfaits du quartier apprécient tout particulièrement la tranquillité : «Ici il y a des gens, mais ils sont tranquilles, ils ne jettent pas des canettes, ne rigolent pas tout ça, quand on passe». Ceux-ci ajoutent tout de même : «on s est fait voler les lumières de l ascenseur, le miroir a été cassé». La mixité entre le logement social et le logement privé donne l espoir à plusieurs ménages de vivre dans un quartier dont la propreté et la tranquillité vont être durables. Un ménage avoue avoir choisi ce logement car il sait d avance que le quartier sera entretenu étant donnée la proximité des commerces, du cinéma, de la clinique. Plusieurs ménages opposent à l image de «quartier qui craint» celle du «quartier résidentiel» qui caractérise, à leurs yeux, les nouveaux bâtiments du quartier de la clinique : «C'est du HLM, mais ça fait résidentiel» ; «le quartier paraît résidentiel». Un couple explique qu ils ont «eu leur dose de quartier» ; et précise que «tout le monde travaille dans l'immeuble, ça joue aussi [ ] C'est du HLM, mais ça fait résidentiel» et nous explique ensuite qu il apprécie la présence du parc privé autour de son immeuble. Dans leur nouveau quartier, ils ne voient pas trop leurs voisins. Certains ménages cependant pensent que les relogés sont peut être mal perçus : «Ici les gens font que de vendre [ ] étant donné qu'ils ont fait habiter les gens du quartier, ils sont en train de partir, mais pourtant c'est tranquille.». 103/146
Education : entre stratégies d évitement et attachement au quartier Cinq ménages soulignent l attachement de leurs enfants à Village 2 : soit les enfants ont insisté pour rester dans la même école, soit ils ont changé d établissement (ou sont sortis du système scolaire) mais retournent régulièrement dans le quartier : «Mon fils, il passe toujours beaucoup de temps à Village 2. Il a fait l'école là bas, jusqu'au collège» ; «Les enfants vont toujours s amuser à Village 2 car ils ont tous leurs amis là-bas. [ ] On y retourne tous les mercredis, samedis et dimanches pour que les enfants jouent, qu ils voient du monde» ; «Mes enfants ne voulaient pas partir, ils ont tous leurs amis ici». Le fait que des grands-parents ou des amis puissent s occuper des enfants est un avantage évoqué par deux ménages. A l opposé, plusieurs parents souhaitent quitter Village 2 car ils considèrent que l influence du quartier peut être néfaste à l éducation de leurs enfants. Quatre ménages disent avoir changé leurs enfants d établissement, ou vont le faire bientôt. Ainsi, une personne relogée dans le neuf hors quartier affirme qu il y a eu une amélioration dans les résultats scolaires de ses enfants depuis qu ils ont changé d établissement. Elle a changé ses enfants d école : un fils de 12 ans, un fils de 10 ans, et la fille de son mari de 11 ans. «Mon fils a pu aller dans un meilleur collège grâce à notre nouvelle adresse». Un jeune couple explique que, comme ils ont fini leurs études et ont des revenus plus conséquents, ils peuvent se permettre de payer un quartier plus calme pour leurs filles, ce à quoi aspire ce ménage qui voudrait changer ses enfants d école pour «éviter l influence de Village 2». Un ménage en revanche fait état d une dégradation des résultats scolaires des enfants après qu il a profité du relogement pour les changer d établissement. Plusieurs exemples témoignent de stratégies d évitement qui étaient déjà en place avant le relogement. Ainsi, un couple scolarise son fils à l'école privée Notre-Dame à Grenoble car ils sont catholiques donc ils souhaitaient que leur fils ait une éducation catholique. Une mère de famille pense qu'il vaut mieux éviter de fréquenter les jeunes du quartier car certains ne sont pas fréquentables, et scolarise ses filles à Grenoble. Ses filles souhaitent d ailleurs quitter Village 2. Sentiment par rapport à la trajectoire résidentielle Echirolles est un site sur lequel on rencontre des ménages pour qui le bilan est positif alors qu ils ne souhaitaient initialement pas quitter leur logement. Ainsi, un ménage déclare qu il a gagné en confort de vie que ce soit pour le logement ou pour le quartier, «mises à part les grandes promesses de ne pas augmenter le loyer». Un autre ménage précise qu il est mieux maintenant car il dispose d un ascenseur et du Carrefour à côté ; d autres encore apprécient davantage leur nouveau voisinage. 104/146
Quatre ménages ne souhaitant pas déménager au moment de l annonce de la démolition estiment que le relogement n a rien changé à leur situation dans la mesure où ils sont relogés dans le quartier et dans le parc ancien «On voit les même gens [ ] on utilise toujours les commerces là [ ] Là on sait qui on va rencontrer». Ils sont satisfaits de cette nouvelle situation. Sur 25 ménages rencontrés, 11 émettent le souhait de déménager à nouveau (un seul indique avoir déposé son dossier ; globalement 6 demandes de mutation ont été déposées sur l ensemble de l opération, faisant suite au relogement). On retrouve parmi ces 11 ménages les 5 ménages faisant un bilan négatif de leur relogement. Ils recherchent alors un réseau social perdu, un logement plus agréable (agencement, luminosité, isolation phonique, proximité de jeux pour enfants et espaces verts, ) ou un logement moins cher. Les autres ménages en cours de démarches sont assez satisfaits de leur nouvelle situation mais souhaitent acheter, retourner dans leur pays d origine ou trouver un logement plus grand car ils attendent des enfants. Un ménage déclare ne plus vouloir déménager «jusqu'à ses vieux jours» «Pour aller où? Tant qu'on a trouvé son coin où on est bien». Il souhaite rester dans son logement en grande partie parce qu il estime qu il est trop difficile de trouver un autre logement, que les délais d attribution sont trop longs. 105/146
Tableau : situation des ménages rencontrés par rapport au logement Ména ge Appart Quartier TE Autre Volonté de déménager 1 T2 à T3 Dans le neuf 2 Passage T5-T4 Parc ancien 3 Passage T4-T3 Dans le neuf 4 Reste en T3 Dans parc ancien 5 Reste dans T4 Dans le neuf 6 Pssg T4-T3 Dans le neuf 7 Pssg T5-T4 Parc ancien 8 Resté dans T4 Dans le neuf 9 Passage T3-T2 Parc ancien 10 Passage T5-T4 Parc ancien 11 Passage T3-T3 Parc ancien Hors quartier Hors quartier, mais tout proche Hors quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Dans le quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Enquêtés 2009 Supérieur Sentiment que les problèmes ont été déplacés avec les ménages et que le bailleur devrait prévenir les problèmes avant que ça devienne comme à V2 Supérieur surtout à cause du départ des enfants Sont mieux ici qu à Villeneuve. Choix logement et quartier par faute de moyens financiers Supérieur A été actrice de son relogement Supérieur Déçu et sentiment promesses bailleur non tenus Supérieur Un peu supérieur Fait parti de la CNL Equivalent La situation n a pas changé, sont satisfaits. Inférieur Légèreme nt inférieur Relogement très mal vécu car n ont pas pris le temps de réfléchir avant d accepter le logement : logt et quartier inadaptés, coupure douloureuse avec le réseau social Bilan positif car supermarché plus proche et ascenseur dans l immeuble + arbres, jardin et crèche. Supérieur De nombreux points négatifs mais une satisfaction globale. Equivalent / supérieur N a pas voulu «être exigeante» et le regrette : problème voisinage, financier générant une dépression. Enquêtés 2010 Voulait partir Ne voulait pas partir Ne veulent plus partir Voulait partir Ne veut plus partir Ne voulait pas partir, venait d arriver Acquisition logt plus grand en cours Voulait partir. Souhaite partir pour acheter ou rentrer en Martinique Voulait partir. Oui pour rentrer en Espagne, dans 2 ans Ne comptait pas déménager tout de suite car emménagé récent mais l aurait fait un jour ou l autre pour raison de santé. Ne veut pas déménager Ne voulait pas partir Veut déménager pour se rapprocher de ses amis, 1 logt plus spacieux et des jeux pour les enfants Ne voulait pas partir Souhaite déménager mais trop faibles revenus Ne voulait pas partir Ne souhaite plus déménager Ne voulait pas partir Souhaite déménager 12 Passage T4-T4 Dans le Supérieur Contents d avoir quitté leurs Ne voulaient pas déménager 106/146
Dans le neuf (ancien réhabilité) 13 Passage T4-T4 Dans le neuf 14 Passage T4-T4 Dans le neuf (ancien réhabilité) 15 Passage T3-T4 Dans l ancien 16 Passage T3-T4 Dans le neuf 17 Passage T5-T2 Dans le neuf 18 Passage T4-T3 Dans le neuf 19 Passage T3-T2 Dans le neuf 20 Passage T2-T2 (mais plus petit) Dans le neuf 21 Passage T3-T4 Dans le neuf 22 Passage T3-T4 (T3 bis) Dans l ancien 23 Passage T3-T2 Dans l ancien 24 Passage T2-T2 Dans l ancien 25 Passage T4-T3 Dans l ancien quartier Hors quartier Dans le quartier Dans le quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Hors quartier Dans le quartier Supérieur Satisfaits voisins, mais appartement petit et mauvaises odeurs. Supérieur Plusieurs défauts techniques dans ce logement pourtant rénové. Avis mitigé. Supérieur Satisfaite mais aurait préféré ne pas devoir déménager Supérieur Très impliquée dans le plan de relogement. Identique (mais passée d un T5 à un T2) Relogement mal vécu. Supérieur Très mécontents. malgré des problèmes de voisinage. Ne veulent plus déménager Voulaient déménager (plusieurs demandes) Se renseignent pour acheter une maison Ne voulaient pas déménager. Ne veulent plus déménager. Ne voulaient pas déménager. Ne veulent plus déménager Ne voulait pas spécialement déménager. Ne veut plus déménager Ne voulait pas déménager. Voudrait trouver plus grand. Ne voulaient pas déménager. Veulent déménager (ont déjà déposé une demande) Inférieur Contente Ne voulait pas déménager. Ne veut plus déménager Légèreme nt supérieur Très mécontent Supérieur Très satisfaits Identique Inférieur Très satisfaits, avaient les idées très claires sur le logement et surtout le quartier qu ils ont demandé. Satisfaits, car ne supportait plus la cohabitation avec son frère à Village 2. Supérieur Satisfait, aime bien ce quartier où il avait déjà vécu avant. N aimait pas Village 2. Inférieur Relativement satisfaite. Elle aurait préféré ne pas déménager. Elle est restée au plus proche de sa vie passée. Ne voulait pas déménager. Veut déménager rapidement Voulaient déménager. Ne veulent plus déménager Voulaient déménager (avaient déposé deux demandes). Veulent déménager car nouvelle naissance, mais rester dans ce quartier Voulait déménager. Ne veut plus déménager Voulait déménager (avait déposé plusieurs demandes). Ne veut plus déménager Ne voulait pas déménager. Ne veut plus déménager 107/146
III. Le relogement sur l agglomération vu par ses acteurs III.1. Des logiques essentiellement communales La démolition D ici 2013, plus de 1200 démolitions sont envisagées sur l agglomération grenobloise, dont près de 1000 au titre des opérations de renouvellement urbain. Le programme cadre de rénovation urbaine engagé dans l agglomération concerne 5 quartiers (répartis sur 4 communes) : Nombre total de logements sur le quartier Dont nombre de logements sociaux Taux de logements sociaux sur le quartier Nombre de logements démolis Village II, Echirolles 982 853 87% 211 Bastille, Fontaine 537 124 23% 124 Mistral, Grenoble 1080 889 82% 280 La Plaine, St Martin d'hères 88 88 100% 88 Teisseire-Jouhaux Grenoble 1700 1554 91% 237 TOTAL 940 Ces projets répondent à des objectifs généraux : - Urbains : mieux intégrer ces secteurs dans la ville en modifiant la trame viaire et en améliorant la qualité des espaces publics - De mixité en introduisant des activités économiques, et en proposant une diversité de forme d habitat (collectif, intermédiaire et individuel) et de statuts d occupation avec des logements en accession - De développement durable à travers la qualité environnementale du bâti, la démarche de concertation avec les habitants. La reconstruction Les projets de rénovation urbaine financés par l ANRU prévoient la reconstruction au «un pour un» des logements sociaux démolis. La reconstruction s accompagne de la construction de logements en accession et en locatif libre/encadré sur certains quartiers. Dans un objectif de mixité, une partie seulement des logements sociaux neufs (dits «PLUS CD») est reconstruite sur le site de démolition. Les projets de l agglomération sont hétérogènes de ce point de vue, en moyenne 60% des logements démolis sont reconstruits sur le site de rénovation urbaine. 108/146
Il s agit, sur ces quartiers, de desserrer le taux de logement social, diversifier et densifier l offre d habitat. Les projets s accompagnent d une résidentialisation des bâtiments. Celle-ci interroge les acteurs sur le sentiment des ménages : ces équipements représentent-ils un «plus» ou bien ne voientils que l augmentation des charges induites par ces installations? Des opérations similaires ont été engagées sur l agglomération hors ANRU (quartier Jean Macé). Les acteurs concernés par les deux types de programme indiquent que l ANRU apporte un cadre méthodologique, des critères. Les opérations hors ANRU seraient menées de manière «plus empirique», allant plus vers l individu. L ANRU oblige donc à formaliser et contractualiser l opération. C est donc plutôt la dynamique partenariale qui évolue dans ce cas. Le relogement Les relogements s inscrivent dans un contexte de marché immobilier général (public et privé) très tendu sur l agglomération grenobloise. Les prix du foncier et de l immobilier ont fortement augmenté. La chaîne du logement est bloquée ; le taux de rotation dans les logements sociaux à l échelle de l agglomération est donc lui aussi très bas (environ 7% contre 10% en Isère, en 2008). Nombre de logements à démolir sur lequel porte l enquête Nombre de logements occupés au début de l opération Bastille Mistral Village II La Plaine Teisseire Total 124 280 211 88 80* 783 106 267 201 86 Nombre de décohabitations 5 40 11 12 Nombre de départ hors dispositif 26 14 Nombre de ménages à reloger 111 307 175 87 106 786 Etat du relogement au 31.12.2008 32 (29%) Etat du relogement au 31.12.2009 42 (38%) 177 (58%) 221 (72%) 86 (49%) 132 (75%) 87 (100%) 106 (100%) * Rappel : sur Teisseire, l évaluation porte uniquement sur l opération menée par Grenoble Habitat. Au total, 237 logements ont été détruits en incluant l opération d ACTIS. Le programme de renouvellement urbain sur les 5 quartiers impose le relogement de 786 ménages (décohabitants inclus). A la fin de l année 2008, le relogement est donc réalisé à plus de la moitié. L état d avancement du relogement est très disparate selon les sites (terminé sur Teisseire, en commencement sur Bastille et Echirolles). Des départs ont également lieu hors dispositif, ce qui fait baisser le nombre de ménage à reloger au cours de l opération (exemple à Echirolles : 26 départs hors dispositifs à fin décembre 2009). Démarches et partenariats 109/146
Le relogement constitue pour les ménages concernés une étape importante : une opportunité pour certains, pour d autres un bouleversement et parfois une épreuve pour les plus fragiles, âgés ou en situation précaire. Il nécessite donc un travail fin d accompagnement. Ce travail est pris en charge par les Villes et bailleurs qui mobilisent des moyens humains pour l accompagnement des ménages. Constituées de travailleurs sociaux spécialisés, ces équipes (organisées de manière informelle ou sous forme de MOUS relogement pour les projets les plus récents) sont conduites par le bailleur social ; sauf à Mistral où la MOUS est prise en charge par la Ville. Pour faciliter la démarche partenariale entre l ensemble des parties prenantes au relogement, des initiatives structurantes ont été mises en place : - Un groupe technique relogement a été constitué depuis 2006, à l initiative de la Métro. Il permet aux techniciens des communes et des bailleurs concernés par ces opérations complexes d échanger et de se doter d outils de suivi communs (logiciel RIME, par exemple). - Des conventions de relogement établissent les relations et apports des différents acteurs : Villes et CCAS, bailleurs sociaux, Etat, Conseil général, la Métro, le dispositif 1%, la CAF. Une convention est signée pour chaque quartier, hors Teisseire (programme démarré antérieurement). Au-delà, à l échelle de chaque site, il existe aussi des comités de pilotage spécifiques relogement. La démarche partenariale est envisagée comme un moyen de faciliter les opérations de relogement et la coordination entre les acteurs du relogement via des dispositifs spécifiques de relogement (équipes MOUS, service particulier sur le relogement au sein de la CAF ). A l échelle de l agglomération, le partenariat représente la possibilité de partager sur les expériences et les pratiques de chaque site. Dans la continuité de ces actions, plusieurs acteurs s interrogent sur la nécessité croissante d un renforcement d actions au niveau intercommunal. Il s agirait ainsi notamment de faciliter les relogements à cet échelon lorsque la demande existe. La question du relogement à cette échelle permettrait par ailleurs de mieux répondre aux exigences de l ANRU. Parmi les acteurs en présence, la CNL et la CSF bénéficient d un statut particulier, sorte de trait d union entre les habitants (regroupés en collectif ou non), les bailleurs et les villes. Par exemple sur Echirolles la création d un groupe de parole CNL/habitants sans les représentants institutionnels vise à favoriser «une expression plus ouverte, moins orientée». Cette action permet d'identifier les besoins des habitants et ainsi d'orienter la démarche de concertation habitante, l'accompagnement et le suivi autour du relogement.) 110/146
III.2. Un accompagnement fin des ménages L accompagnement des ménages Concrètement, depuis le début des opérations, une grande part des bailleurs sociaux a intégré des chargés de mission relogement. Il s agit souvent de postes créés pour le suivi du programme de rénovation urbaine et la coordination du relogement. Cette coordination s opère en interne avec le chargé de secteur, le chargé de clientèle. Elle intervient en externe dans la relation avec la Ville en particulier. Sur l opération Teisseire, cette structuration s est mise en place progressivement et en conservant, pour Grenoble Habitat, un caractère non formel. La mise en place de ces moyens humains spécifiques corrélés à des moyens matériels (par exemple, mise en place de lieux de permanences dans les quartiers) et des démarches spécifiques de concertation et d écoute des attentes des habitants révèle la prise en compte des enjeux, «la volonté d être exemplaire», selon un bailleur. En particulier, les acteurs insistent sur la nécessité d un accompagnement en grande proximité avec les ménages : «c est beaucoup d humain», «il faut rester humain, proposer du dialogue, de la disponibilité et pas trop d intervenants ni de procédures» ou encore «les rencontres à l appartement sont de vrais conseils de familles» selon des bailleurs. Un élu note la volonté d aller vers les gens, de les écouter sur le projet de rénovation urbaine et le relogement. Un autre précise : «on n est pas dans un processus mécanique». C est d un travail au cas par cas dont il s agit. Certains apportent des nuances à cette forte implication des différents acteurs : «les ménages ont le sentiment d être accompagnés jusqu au déménagement, mais après?» Face à cette qualité d accompagnement, un acteur analyse : «le plus traumatisant, c est pour les non relogés, qui restent dans le quartier». Dans le contexte de forte pression de la demande en logement que connaît l agglomération, le positionnement prioritaire des relogés sur certains logements ne risque-t-il pas, en effet, de générer un certain «ressentiment» des demandeurs hors dispositif de relogement, vis-à-vis des relogés? Selon la CNL, «le relogement reste une étape assez traumatisante. Les ménages n ont pas choisi de déménager. Mais beaucoup le voient comme une opportunité (par exemple, les délais de mutation sont accélérés)». Deux enjeux forts semblent ressortir de cet accompagnement : - Faire accepter le relogement. Les nombreux outils de concertation complètent le dispositif d accompagnement individuel pour faire comprendre et faciliter l appropriation du PRU et du relogement. L implication des associations dans les négociations a par exemple permis le transfert du dépôt de garantie entre le logement détruit et le nouveau logement. - Construire un projet réaliste pour le ménage. Certains ménages ont fait remarquer qu ils n avaient pas demandé à être relogés. Les acteurs indiquent que ceux-ci ont été très exigeants dans leurs demandes de relogement. Il a fallu notamment fermer des cuisines (de type cuisine américaine) dans des logements neufs, pour s adapter. Elus, techniciens, bailleurs sont confrontés à ce phénomène et regrettent de ne pouvoir «réaliser tous les rêves». Il faut alors faire comprendre aux ménages que tout n est pas possible. Trois propositions formelles 111/146
peuvent être faites au ménage. Au-delà, les partenaires peuvent «durcir le ton» (et parfois s'appuyer sur la médiation d'une fédération de locataires, comme à Echirolles où la CNL est sollicitée lorsque 2 propositions successives sont refusées). Dans les faits, une à deux propositions semblent suffisantes. Pour autant, parmi les exigences les plus difficiles à satisfaire, certains ménages émettent des souhaits très complets : cuisine fermée, quartier précis, logement avec balcon et avec vue La difficulté que rencontrent l ensemble des acteurs est de se placer au bon niveau de dialogue pour accéder au plus près des souhaits du ménage tout en limitant ses exigences. L ambition commune est bien sûr d éviter les relations conflictuelles avec les ménages. La prise en compte de ces enjeux a orienté les acteurs vers la formalisation des engagements avec les habitants. Entre l opération de Teisseire et celles d Echirolles et Fontaine, on assiste à une plus grande formalisation de la relation avec les habitants ainsi qu à une diversification des formes d information et d implication. L opération Teisseire ne formalise pas la relation avec les habitants mais un travail avec les associations de quartiers a permis une implication et appropriation du projet de relogement par les ménages. A Saint-Martin d Hères, une charte individuelle est mise en place. Elle engage la Ville et les bailleurs sur la prise en compte des souhaits des ménages et la proposition de deux logements. A partir de l opération Mistral, les chartes de relogement apparaissent plus structurées. Les exigences ANRU et la participation des associations de locataires créent une inflation dans les engagements réciproques : le nombre de propositions de relogement passe à trois, des engagements sur les dépôts de garantie, les travaux complètent les chartes. Sur Mistral et Village 2, où l implication des communes est forte, la question du nombre de proposition est prégnante. Sur les deux sites, la charte engage les parties sur 3 propositions. Les ménages négociant leur relogement jusqu à la 3 e proposition peuvent retarder le calendrier du relogement. Globalement (et en fonction de la capacité des sites à produire une parole collective), l implication des habitants est en hausse. Leur non participation constitue, de l avis général, un véritable frein dans le déroulement du relogement (observé en particulier sur Saint-Martin d Hères). Mais leur mobilisation est aussi fonction de la durée et des étapes de relogement : mobilisés très en amont, ils peuvent s essouffler (Bastille). De la même façon, les outils et dispositifs d animation mis en place n ont qu un temps : les permanences, réunions et lieux d information sont fréquentés dans les phases amont du relogement. La mise en place de comités de suivi de la charte de relogement permet de créer un espace d échanges avec les habitants adapté à leurs besoins. Ces espaces offrent l écoute et la prise en compte de leurs demandes. La médiation par les associations de locataire apparaît alors primordiale dans la qualité des échanges. La prise en compte de la mobilité Le cadre d action est aujourd hui communal. Les propositions de relogement sont faites à cette échelle qui correspond aux possibilités de la commission locale d attribution et des bailleurs. Les relogements sont largement situés sur la commune de départ. Il est actuellement bien difficile de savoir si les 112/146
ménages se sont résignés à faire des demandes à l échelon communal ou si cet échelon convenait bien à leur demande. Pour la DDT, la question de la mixité sociale est insuffisamment prise en compte et les relogés restent sur place sur certains quartiers. Cette question, liée aux enjeux de peuplement d un territoire sont mieux pris en compte par les opérations les plus récentes. Les bailleurs insistent généralement sur la difficulté à «déraciner» les ménages. Un élu souligne que la mobilité concerne plus facilement les jeunes. Dans des quartiers comme Mistral où la population est assez âgée, il est plus difficile de faire des propositions hors quartier. D autant qu une installation dans un quartier inscrit dans la géographie prioritaire (ZUS, CUCS) peut être vécue comme une trajectoire résidentielle descendante à logement équivalent, selon un bailleur. III.3. Le parcours résidentiel des ménages La notion de parcours résidentiel Les objectifs de l ANRU sont le relogement de 50% des ménages dans du bâti neuf ou de moins de 5 ans. La gestion des démolitions et reconstructions par les PRU a modifié progressivement les façons de considérer ces opérations. Les bailleurs et les villes identifient un glissement d une logique plutôt «technique» (à partir du bâti) à une logique plus «politique», intégrant les enjeux de mixité, de peuplement et d équilibre des quartiers. Les PRU ont favorisé la prise en compte d objectifs sur les équilibres de population, de prise en compte des attentes des locataires (par la charte de relogement par exemple) que la démarche partenariale a renforcés. C est donc progressivement que s est construite, par site ou par type d acteurs, une définition du parcours résidentiel pour les ménages. Toutefois, les acteurs reconnaissent qu il n existe pas une vision commune, une définition partagée sur l ensemble des sites ANRU de la notion de parcours résidentiel attachée aux opérations de renouvellement urbain. Ainsi, s il s agit globalement de favoriser une «trajectoire résidentielle ascendante» via le relogement, certains acteurs rappellent que cette notion est définie à l origine par le trajet du ménage vers l accession à la propriété. Les programmes de reconstruction incluent d ailleurs des logements en accession. Mais, généralement, le parcours résidentiel dans le cadre de l ANRU est compris différemment, ne s appuyant pas seulement sur la question du statut d occupation. Très peu de ménages ont profité du programme pour devenir propriétaires. De même et par rapport aux exigences de l'anru, il est impossible de réduire la notion d'un parcours résidentiel «ascendant» (ou satisfaisant pour les intéressés) au seul critère de l'accès au neuf. La prise en compte du ressenti des ménages relogés permet d'affiner l'analyse. Dans la mesure où la trajectoire résidentielle telle qu est est vécue dans ces opérations a pour cadre le logement social, les différents acteurs insistent sur la prise en compte de deux critères qui leur apparaissent fondamentaux : 113/146
- l appropriation du projet. La participation aux réunions, à la vie associative pour décider de façon partagée l installation d équipements publics, la plantation d arbres, les cheminements, permet aux ménages de mieux s approprier le projet, de se sentir bien dans son quartier en participant à l amélioration du cadre de vie. Cela concerne plus particulièrement les ménages installés depuis longtemps sur le site et qui font le vœu d y rester. - Le respect des souhaits du ménage en ce qui concerne le relogement (avec les limites évoquées plus haut). Les outils mis en place (logiciel RIME, enquêtes satisfaction) visent à mesurer l appréciation du ménage au-delà du taux d effort. Cette mesure s avère complexe parce qu elle évolue au fil du temps et que la notion de parcours résidentiel telle que ressentie par les acteurs, est subjective et non partagée entre les acteurs du relogement au niveau de l agglomération. Cette subjectivité existe également entre les acteurs et les ménages. Ainsi, selon Epergos, «la satisfaction du relogement renvoie à plusieurs problématiques. Beaucoup de ménages ont le sentiment d être mal relogés et ça, ça dépend de la façon de recevoir le logement : il y a un écart entre le travail intellectuel du projet de relogement et la réalité du ressenti lors de la visite du logement. On s aperçoit alors que certains critères paraissant évidents pour le ménage n ont pas été exprimés et donc entendus par la MOUS et non pris en compte dans la proposition de logements, par exemple, le rez-de-chaussée. La satisfaction dépend aussi de la qualité de l offre qui ne renvoie pas forcément à du neuf mais à un environnement précis. Il faut donc tenir compte de tous ces éléments humains, de la perception du logement : c est un gros travail et c est compliqué». 114/146
IV. Le relogement sur l agglomération vu par les ménages A ce jour, 96 entretiens sur 145 ont été réalisés : 64 en 2009 puis 32 en 2010. A partir de l analyse de ces entretiens, un certain nombre de constats peuvent être dressés au niveau de l agglomération. La comparaison entre les 5 sites étudiés éclaire les spécificités des sites et les axes transversaux d analyse. A noter que les entretiens sont terminés pour les sites de Teisseire (20 entretiens réalisés) et de Saint Martin d Hères (22 entretiens réalisés). Les séries d entretiens 2011 et 2012 concerneront donc Mistral (15 entretiens restants), Echirolles (11 entretiens restants) et Bastille (23 entretiens restants). IV.1 De l annonce à l installation dans le nouveau logement Entre l annonce du plan de rénovation urbaine et le relogement effectif, les ménages doivent s approprier le projet et préparer leur déménagement. L acceptation du projet, la conduite de l opération et, finalement, la satisfaction des ménages semblent dépendre de quatre facteurs principaux : - L état du bâti et les modes d'appropriation au moment de la démolition - L identité collective du quartier - La capacité à se mobiliser, collectivement ou individuellement - Le travail des partenaires en termes d information et de suivi L état du bâti au moment de l annonce Des ménages avaient fortement investi dans leurs appartements. Sur deux quartiers (Teisseire et La Plaine), les ménages évoquent les «palaces» qu auraient construits les locataires, faisant des travaux dans leurs logements comme s ils étaient propriétaires. Ce phénomène d appropriation se conjugue mal avec le projet de rénovation. Ces investissements font sens pour les ménages dans la mesure où ils peuvent les rentabiliser en restant le plus longtemps possible : «dans notre idée, on était là jusqu à notre mort» (Mistral). Même sans investissement particulier, le bâti peut avoir des avantages bien repérés par les ménages. C est le cas, sur l ensemble des sites, avec la superficie des logements (évoquée fréquemment sur Mistral à propos de la barre Paul Strauss). Les ménages étaient aussi très attachés aux cuisines, vastes et séparées du salon : certains ménages ont refusé d être relogés dans le parc neuf pour ne pas perdre cet avantage. De façon moins homogène, les points forts du parc ancien sont les balcons et la vue sur les montagnes. Ainsi, sur le quartier de la Plaine, la question des balcons (dans les souhaits) est moins prégnante qu ailleurs tandis que celle des cuisines apparaît plus 115/146
fortement. L état du bâti antérieur, ne proposant pas de balcon, semble influer sur les remarques des ménages. L incapacité à utiliser certains espaces (des caves inondées à la Plaine par exemple) compte dans l appréciation du ménage par rapport au projet de démolition / reconstruction. La démolition est donc acceptée différemment selon la qualité des logements détruits et l entretien des parties communes. La qualité des logements des barres de la rue Paul Strauss à Mistral fait presque l unanimité. Les relogés regrettent la taille des pièces, la solidité des matériaux utilisés ou encore la cuisine séparée du salon. Ils soulignent le très bon entretien des parties communes, ce que les ménages relogés dans l ancien ne retrouvent pas toujours. Seule l isolation phonique et les pannes d ascenseur viennent ajouter une ombre au tableau. Ainsi, la démolition est mal acceptée sur Mistral, les ménages tentent de se convaincre que les bâtiments «allaient bientôt s écrouler». Les situations de la Plaine et de Village 2 sont assez similaires. Dans ces deux quartiers, les ménages parlent de logements fonctionnels, vastes, agréables à vivre, mais insistent sur le laisser-aller général au niveau de l entretien des parties communes. Ils livrent des descriptions d égouts qui débordent, de véritables «écosystèmes» dus à la prolifération des rats et des cafards, de «poubelles à ciel ouvert» à cause des gens qui jettent leurs poubelles directement par la fenêtre. La démolition est alors mieux acceptée, notamment par les ménages qui vivaient le plus mal ce mauvais entretien des parties communes (certains réclamant même davantage de démolition sur Village 2). Plusieurs habitants décrivent ces quartiers comme étant «à l abandon», situation qui n a fait qu empirer après l annonce du plan de rénovation urbaine. L existence de travaux de réhabilitation vient impacter ce sentiment : sur le quartier de la Plaine, la mention des travaux de réhabilitation réalisés une quinzaine d année avant le projet de rénovation urbaine est fréquente. Lorsque cette réhabilitation est citée, le ménage cherche surtout à exprimer son incompréhension par rapport au projet de destruction. Sur Teisseire, on ne trouve pas de critique par rapport à la nécessité de démolir les bâtiments. Elles sont un peu plus nombreuses à Fontaine (mais peu d entretiens pour ce dernier). Quelques réactions assez fortes peuvent émerger : «c est top secret les raisons de la démolition» (Fontaine), «ils donnent des raisons qui changent tout le temps» (Mistral). De l identité collective du quartier La constitution d une identité collective pour les quartiers considérés est un élément présentant quelques variations entre les sites. Des sites se sont composé une identité forte et fédératrice comme Teisseire, la Plaine et Fontaine. Le sentiment d appartenance est fort sur ces quartiers et introduit une dimension «familiale» au quartier. Les membres ont le sentiment d appartenir au quartier. Ce sentiment, présent chez les habitants de longue date sur le quartier, peut être excluant pour les nouveaux locataires : «Quand on n est pas né à Teisseire, on n est pas de Teisseire», selon une personne arrivée récemment sur le quartier. On peut distinguer deux catégories d habitants : ceux qui disent appartenir au quartier et affirment connaître tout le monde. Ils se sentent en sécurité, relativisent les problèmes du quartier, pensent que leur quartier constitue plutôt un bon environnement pour éduquer leurs enfants car le lien social y est fort. Ceux, ensuite, qui ne sont pas parvenus à intégrer le tissu social local. Certains ont passé 10 ans dans le quartier et disent ne «pas y vivre depuis 116/146
assez longtemps pour s intégrer». Le sentiment d insécurité est assez vif, ils perçoivent seulement les aspects négatifs du quartier et ne veulent pas y élever leurs enfants car ils craignent «l influence» du quartier. La capacité des personnes à intégrer cette identité semble influer sur le choix de demeurer ou non dans le quartier après les travaux. Les réactions les plus vives se font entendre, entre une adhésion totale à cette identité (le ménage n imagine pas vivre ailleurs) et un rejet (le relogement doit être l occasion de sortir du quartier). Le quartier Mistral a pu présenter ces caractéristiques, relayées par les équipements locaux tels que le centre social mais cette dynamique semble complètement essoufflée au moment de l annonce du PRU. La présence d équipements et commerces de proximité viennent renforcer ce sentiment. Sur le quartier Mistral, les habitants notent qu ils ne pouvaient faire leurs courses sur le quartier, ce qui n est pas le cas des habitants des autres quartiers. à la construction d une parole collective? A partir de cette identité collective, peut se constituer une parole collective. Celle-ci a pu exister sur Teisseire (où une vitalité associative est observée par les acteurs du logement) et sur Mistral (où, bien qu elle ait été forte et structurante, elle n existe plus au moment de l annonce). Cette parole collective, lorsqu elle se construit, est bien accueillie par les acteurs du relogement car elle permet d installer un interlocuteur et médiateur portant la parole des habitants. L association «Les trois rues», créée sur Teisseire, s est rapidement imposée parmi les acteurs du relogement, avec l appui de la CSF. Le cas de La Plaine est singulier : bien que l identité du quartier soit forte et que les partenaires de l opération aient été intéressés par l émergence d une association de locataires, les habitants ont échoué à construire une parole collective. Un habitant indique qu ils ont réfléchi un moment à constituer une association mais y ont renoncé. La situation est encore différente à Village 2 : la préparation du projet s est faite en lien étroit avec les habitants, avec une forte mobilisation citoyenne. Mais contrairement à Teisseire, il s agissait plutôt d une offre de concertation, les institutions ayant joué un grand rôle dans la mise en place de ces instances de concertation. Ainsi, l initiative de la mobilisation vient des habitants à Teisseire, et des institutions à Village 2. A Fontaine, le Programme de Rénovation Urbaine 5 parle même de coproduction du projet lors d ateliers de travail urbain qui ont mobilisé entre 80 et 100 personnes à chaque séance : seuls deux ménages ont évoqué ces réunions, l un pour dire qu on leur annonçait les prochaines étapes du projet (dispositif d information mais pas de coproduction), l autre que les réunions étaient «bien trop longues, interminables». Dans ces contextes, l annonce du projet de renouvellement urbain est vécue différemment selon les quartiers et le sentiment d appartenance au quartier. On note une relative indifférence sur Mistral : le projet est peu commenté, les habitants sont peu assidus aux réunions d information Cette participation est plus importante sur Teisseire, à la Plaine où le projet global est un peu commenté. Les habitants attachés au quartier et présents depuis longtemps se révèlent plus facilement insatisfaits des dispositifs d information et concertation. Ils sont plutôt incrédules et disent avoir besoin de voir la démolition pour y croire ; certains estiment avoir été informés tardivement : sur Teisseire, des ménages affirment avoir été informés 6 mois seulement avant le relogement. 5 Programme de Rénovation Urbaine de l agglomération grenobloise. Note d étape. 2007 : http://www.lametro.fr/include/viewfile.php?wbt_code=wbt_document&idtf=1630&path=bb%2fweb_chemi N_1630_1258732417.pdf 117/146
Plusieurs dispositifs ont été mis en place sur les quartiers, permettant de répondre à différents types de demande de la part des habitants et de la part des institutions. Les dispositifs d information permettent aux institutions de tenir les habitants du quartier au courant du projet de rénovation urbaine, de son évolution et de ses modalités. Il n y a pas de création de connaissance. Ils répondent à une forte demande de la part des habitants, ces derniers cherchant à savoir d abord comment ils vont être relogés, et ensuite ce que va devenir leur quartier. Les réunions publiques et la distribution de courriers constituent les principaux dispositifs d information ; ils peuvent être complétés par la visite des référents au domicile des futurs relogés, ce complément étant particulièrement important pour les personnes qui comprennent mal le français ou que le relogement déstabilise fortement. Les ateliers de lecture de plans d architecte (Bastille) en font également partie. Globalement, les réunions d information ont déçu les ménages : beaucoup disent n y avoir été qu une ou deux fois, puis avoir arrêté car «c était du bla bla» (la Plaine), «ils triaient les questions, on aurait dit des politiques» (Village 2), «ils donnent des raisons qui changent tout le temps» (Mistral). Les retours positifs sur ces réunions sont très rares. Les dispositifs de consultation permettent aux institutions de «prendre le pouls» des habitants, notamment via des enquêtes satisfaction. Les institutions peuvent ainsi savoir si les ménages soutiennent le projet, et prennent connaissance des souhaits des ménages quant à leur futur logement. Une minorité de ménages trouvent que ce qu ils avaient indiqué à l occasion des enquêtes satisfaction n a pas été pris en compte. Les démarches de concertation sont celles qui mettent autour de la table associations, habitants, bailleurs, Métro, Mairie, etc. Elles permettent de confronter les avis et de faire évoluer le projet. Ce sont les élus qui, en dernier lieu, prennent la décision : il est donc important qu ils expliquent clairement et dès le départ ce qui, dans le projet, est négociable et ce qui ne l est pas. La concertation est donc une source de connaissance et un outil de gouvernance. Le processus de concertation le plus avancé semble être celui mis en place sur Echirolles (et d une façon moins formelle sur Teisseire avec l implication de l association «Les trois rues» sur le projet de rénovation urbaine), où les habitants ont obtenu la démolition de plus nombreux bâtiments pour franchir un seuil de financement supérieur de la part de l ANRU. Sur les autres quartiers, cette concertation s est, selon les ménages, limitée à négocier des engagements des bailleurs uniquement sur les logements (rédaction de la charte, prise en charge du déménagement, nombre minimum de visites, etc.). Les habitants mobilisés lors de ces phases de concertation sont les animateurs des paroles collectives ; on observe parmi eux un bon niveau de satisfaction à propos du relogement. Cette satisfaction concerne les aspects collectifs (sur Teisseire, l association a «empêché la construction de villas (là où aujourd hui il y a le jardin)») et individuels (par rapport au choix du logement, la maîtrise du dispositif étant complète pour ces personnes) du relogement. Lorsqu il n existe aucune forme de parole collective, les acteurs du relogement traitent de façon individuelle et par des réunions d informations collectives (La Plaine) ou font appel aux fédérations de locataires (CSF à Mistral sur la rédaction de la charte du relogement). L accompagnement au choix 118/146
Le cadre contractuel et partenarial des opérations de renouvellement urbain s est structuré au fil des années et les nouvelles opérations se sont enrichies de l expérience des premières. Dans ce cadre, la comparaison entre les sites doit intégrer la dimension historique. En particulier, sur la question des souhaits des ménages quant au futur logement et sur celle de l accompagnement des ménages, de l élaboration des souhaits à la décision de retenir un logement, le dispositif a évolué entre les opérations de Teisseire / La Plaine et celles de Fontaine / Echirolles. On note sur les premières un nombre de propositions moindre (une ou deux propositions) et un cadre formel restreint dans la relation entre le bailleur, la Ville et le ménage. Pourtant, le nombre de propositions déclaré par les ménages sur ces quartiers dépasse ce cadre puisqu il se situe, selon les ménages, à deux ou trois propositions. En l absence de cadre formel de type charte de relogement, la négociation par les ménages a permis pour certains d entre eux d assouplir les conditions annoncées quant au nombre de propositions de relogement. Les ménages ont pu discuter à partir de propositions qui ont permis de mieux cerner leurs demandes. Il n existe, en tout cas, aucune frustration des ménages sur ce point. Sur Bastille et Village 2, l accompagnement est satisfaisant au dire des ménages, les référents ont été «assez souples» et ont «fait du bon boulot». En revanche, de façon transversale sur les quartiers, des ménages indiquent que la première, voire parfois la deuxième proposition, ne correspondait pas à leurs souhaits. Selon eux, cette proposition ne compte donc pas. C est le cas en particulier de propositions faites pour des logements situés dans d autres quartiers prioritaires (le refus de quitter son quartier pour aller dans un autre quartier stigmatisé est à peu près unanime) et dans une moindre mesure de l absence de balcon contrairement au souhait des ménages. Quelques ménages, surtout sur les opérations les plus anciennes, n ont pas maîtrisé le dispositif, se sont sentis isolés au moment du choix et ont préféré accepter la première proposition devant l angoisse générée par cette incompréhension Concernant l accompagnement des ménages sur le choix du logement, on trouve une forte personnalisation de cet accompagnement sur certains sites : Mistral, Fontaine / SCIC Habitat. Cette personnalisation est en général liée à une bonne satisfaction, le sentiment d avoir été entendu. Cependant, lors de l enquête 2010, plusieurs ménages ont émis un avis négatif sur l accompagnement. Parmi elles, on peut distinguer trois profils : - Les personnes qui se mobilisent pour obtenir des avantages et entrent en conflit avec les bailleurs et les référents (Mistral, Fontaine) ; - Les personnes qui sont les dernières de l immeuble à être relogées, se retrouvent seules et ont un fort sentiment d insécurité. Ce sont principalement des personnes qui veulent être relogées dans le quartier. L heure de la démolition approchant, elles ont l impression de devoir se décider en urgence et de faire d importantes concessions (Bastille). - Les personnes qui peinent à trouver un logement à leur convenance ou sont réticentes à partir. Elles se reportent sur la vague suivante de relogement, et sont donc soumises à une pression plus importante de la part des référents (Mistral). La question de la fin de l accompagnement revient de façon récurrente. Les ménages ont bénéficié de moyens particuliers sur le relogement. Ils avaient une écoute en mairie et chez les 119/146
bailleurs. Certains, qui avaient peur d être «oubliés» dans le relogement, sont allés quotidiennement voir les chargées de relogement. Il y a donc, lorsque cet accompagnement prend fin le sentiment d être abandonné, de ne plus intéresser personne. La nostalgie par rapport au quartier, le sentiment du caractère inéluctable de leur situation par rapport au logement et dans la relation avec le bailleur, revient en force à ce moment. Le retour au «droit commun» semble peu préparé et renvoie les ménages très fortement à la situation vécue antérieurement. Le déménagement est rapidement évoqué par les ménages. Sur l ensemble des sites, le sentiment est positif. Des personnes qui angoissaient par rapport au déménagement ont été rassurées. Des ménages ont eu du mobilier détérioré ou cassé pendant le déménagement (surtout à Teisseire) et aucun ne s est fait rembourser (le plus souvent la demande n a pas été faite). Aucun de ces ménages ne lie son insatisfaction à des problèmes lors du déménagement. Par contre, en particulier pour les ménages qui ont vécu longtemps au même endroit avant ce déménagement, l idée de déménager de nouveau est très mal accueillie. Cette idée freine tout projet pour ces ménages (plutôt âgés). Enfin, il est important de souligner le cas particulier des ménages relogés dans des logements neufs qui n étaient pas encore construits au moment du choix. Le fait de choisir sur plan a déstabilisé certains ménages qui n avaient pas réalisé, par exemple, que la cuisine était intégrée au salon. Ce procédé peut donc être source d insatisfaction. Certains ménages disent être allés sur le chantier à plusieurs reprises pour se rendre compte et suivre l avancée des travaux (Mistral, Village 2). Des stratégies individuelles du «quitte ou double» Quelques cas de mobilisations individuelles très marquées ont été observés sur chacun des quartiers, sorte de stratégies du «quitte ou double». Les revendications portent sur le type de logement (individuel au lieu de collectif ; T3 au lieu de T2 pour une personne seule), sa localisation (notamment lorsque les propositions ne correspondent pas aux souhaits exprimés dans le questionnaire) ou des éléments intérieurs (douche au lieu de baignoire ; paroi entre la cuisine et le salon). Elles peuvent se traduire par des menaces (tel ménage a menacé de «mettre [son] poing dans la gueule» du référent ; tel autre a affirmé «on est cinq garçons vous allez voir») ou le refus de quitter l appartement : «si c'est comme ça je sors pas, même si vous appelez les flics» ; «Alors le monsieur de la SCIC a dit qu il y aurait encore une proposition et que je serais expulsée. Mon fils a dit : «Essayez! Elle n a rien demandé»». Cette stratégie ne s est pas traduite, de façon systématique par une satisfaction des revendications (ce qui provoque de l amertume pour les ménages qui n ont pas été entendus malgré un ton menaçant). Ces ménages ont une forte visibilité, ont fait connaître leur combat parmi les ménages concernés par le relogement. Les ménages qui ne se sont pas mobilisés le regrettent parfois lorsqu ils comparent leur situation à celle de ménages au profil similaire qui ont obtenu des avantages : un ménage dit avoir été «arrangeant» en acceptant cette première proposition qui s avère être hors de ses moyens alors que d autres ont «eu jusqu à 10 propositions» ; une retraitée vivant seule trouve anormal qu une personne dans la même situation qu elle ait obtenu un T3 avec une douche, alors qu elle n a qu un T2 avec une baignoire. 120/146
A côté de ces mobilisations «extrêmes» existe un ensemble de mobilisations moins visibles : le fait de bien s entendre avec le référent, de connaître un ouvrier qui travaille sur le chantier, d obtenir quelques travaux supplémentaires sont cités par quelques ménages comme des éléments qui ont facilité la prise en compte de leurs revendications. IV.2 L entrée dans le nouveau logement : l heure de vérité Le sentiment des ménages par rapport au logement est marqué par quelques éléments clés, qui peuvent diverger en fonction des quartiers : - La présence et la qualité de certains équipements et pièces - La disposition des appartements et l ameublement - Habiter dans le neuf ou l ancien. La présence déterminante de certains équipements Deux éléments sont particulièrement commentés sur ces opérations : la présence de balcons et la disposition des cuisines. Lors des souhaits, les ménages de Mistral et Teisseire insistaient sur la présence d un balcon ou d une terrasse. La prise en compte de cette demande est importante pour le ménage. Le balcon est lié à la vue sur les montagnes qui revêt une grande importance également. Il semble qu il s agisse plutôt de conserver un acquis de l ancien appartement. Cette demande est quasi inexistante à la Plaine et à Echirolles. L installation de douches à la place des baignoires est un élément essentiel, mais trop rare, de la satisfaction des personnes âgées ou handicapées. Les cuisines font l objet de beaucoup d attention. La taille de la pièce est commentée puis la disposition par rapport au salon. Il y a une très nette préférence pour les cuisines fermées chez les ménages, tous âges et origines confondus. Il y a donc satisfaction lorsque la cuisine est fermée (ou a été fermée par le bailleur) et lorsqu elle compose une pièce dans laquelle on peut installer une table. Des ménages ont construit eux-mêmes une cloison de séparation, d autres ont fait pression sur le bailleur pour l obtenir. Certains parents considèrent la cuisine ouverte comme un danger pour leurs enfants (d autres, plus rares, l apprécient car ils peuvent les surveiller pendant qu ils cuisinent). Des ménages se sont également adaptés à des cuisines ouvertes (Echirolles, La Plaine). D une façon générale, les ménages qui souhaitaient adapter leur logement à un changement de situation et, a fortiori, ceux qui avaient déposé des demande de mutation ont pu être très précis sur leurs demande de logement et sont plutôt satisfaits de leur nouveau logement qui vient régler un problème connu depuis un certain temps : une personne habitant un étage élevé sans ascenseur et qui avait mal au genou, une personne habitant au rez-de-chaussée ne se sentant pas en sécurité, une mère qui voulait un grand balcon pour que son fils handicapé puisse profiter de l extérieur 121/146
Les ménages qui ont mis fin à une situation de sur-occupation grâce au relogement sont presque tous satisfaits. Ils sont par ailleurs les seuls à avoir bénéficié d une augmentation de la surface habitable par rapport à leur ancien logement. A l inverse, les cas de sous occupation sont souvent insatisfaits même si certains disent s y habituer peu à peu. Ces personnes sont souvent des personnes âgées vivants seules, qui ont du jeter beaucoup de meubles (passage d un T5 à un T2) et qui se plaignent de manquer d une chambre ou deux supplémentaires pour recevoir leurs enfants. Ameublements stratégiques? Meubler les appartements peut apparaître difficile. Cette étape donne des indications sur la capacité du ménage à se projeter dans son nouveau logement. La plupart des locataires ont adapté leur ameublement au nouveau logement. Cette situation peut apparaître frustrante, en particulier pour les ménages ayant une pièce en moins. Les meubles sont alors stockés (caves, garages) ou donnés (un don à une association caritative). Quelques situations particulières sont intéressantes à relever. Quelques ménages (La Plaine, Mistral) se sont débarrassés de tous leurs meubles et ont racheté l ensemble de leur mobilier pour s adapter au logement neuf. Un autre ménage (Teisseire) a fait adapter la chambre de son nouveau logement à son mobilier. Un ménage de Village 2 relogé dans le neuf a jeté ses anciens meubles pour éviter de ramener d éventuels cafards dans les nouveaux bâtiments (situation qui se serait produite dans les nouveaux bâtiments construits aux Eaux-Claires). Le neuf fragilisé, l ancien plébiscité Le relogement pose la question d habiter dans le neuf ou l ancien. Par rapport aux volontés des ménages, on observe des nuances selon les quartiers. Il existe une forte volonté d habiter dans le neuf à Teisseire et à Echirolles et une méfiance à la Plaine et Fontaine. C est, d abord, la question de la maîtrise des charges qui est posée (sur Fontaine, les inquiétudes sont notamment liées au fait que les bâtiments neufs seront construits en HQE, ce qui implique des loyers plus élevés selon les ménages). Ce sont, ensuite, des préoccupations liées à la qualité du bâti et à l aménagement des logements neufs. Sur la Plaine et dans certains cas à Mistral et Village 2, on peut noter que la méfiance est argumentée techniquement : le neuf est mal agencé, trop petit, mal isolé, il risque de mal vieillir Habiter dans l ancien n est, a priori, pas un motif d insatisfaction. Cette solution peut être choisie pour mettre en avant un autre critère : équilibre du taux d effort, rester sur le quartier ou au contraire rejoindre de la famille ou des amis dans un autre quartier Le relogement dans l ancien peut être rassurant : le fonctionnement est connu, tant dans le logement (en particulier sur les dépenses énergétiques) que dans l immeuble. Mais l ancien peut aussi être source d insatisfaction. C est le cas de ménages relogés dans le même quartier et qui estiment stagner, voir régresser dans leur trajectoire résidentielle. A Mistral, un locataire dans ce cas indique que sa situation est pire que dans son ancien 122/146
logement, l immeuble étant plus sale que celui qu il a quitté. On retrouve une situation similaire à Village 2. Lors de l enquête 2009, les ménages relogés dans le neuf sont apparus globalement plus satisfaits que les ménages relogés dans l ancien. Cette tendance semble s être inversée en 2010. Parmi les ménages les plus insatisfaits, la majorité ont été relogés dans le neuf : ils voulaient saisir l opportunité du plan de rénovation urbaine pour améliorer leur situation, s inscrire dans une trajectoire résidentielle ascendante, quitte à augmenter leur taux d effort. Aussi, les attentes de ces ménages sont plus nombreuses que les personnes ayant choisi de rester dans l ancien. Dès lors, les désillusions peuvent être très mal vécues d autant que, sur certains quartiers, les ménages ont choisi leur logement neuf sur plan, sans même avoir pu le visiter. Les principales désillusions sont : - La qualité du bâti neuf jugée mauvaise (murs en placo notamment, poignées de portes qui cassent, équipements premiers prix) - La réduction significative de la superficie (pièces de 9m², «à la limite de la légalité») - L agencement des pièces (notamment la cuisine américaine) - L augmentation du taux d effort plus importante que prévue (plusieurs ménages ont dit avoir subi une augmentation bien plus importante que celle annoncée initialement 6 ). A cela s ajoute pour certains une rupture avec le tissu social du quartier quitté, concession acceptable si le nouveau logement est séduisant mais qui n a plus de sens si le nouveau logement n est pas à la hauteur des espérances. Pour éviter ces désillusions, il aurait fallu respecter l ordre construction / démolition, et non démolir d abord pour reconstruire ensuite. De cette manière, les ménages auraient pu avoir un meilleur aperçu des logements neufs. Cela aurait permis d éviter les relogements tiroirs qui peuvent être mal vécus ou qui s éternisent. La satisfaction est plus importante parmi les ménages relogés dans l ancien. Soit ils ont obtenu un logement dans le quartier, géographiquement très proche de leur ancien logement et d aspect similaire: ils ont alors le double avantage d avoir un logement rénové et de conserver le tissu social auquel ils sont attachés. Soit ils sont relogés hors quartier : certains avaient une idée très précise du quartier souhaité, car ils connaissaient le quartier, voulaient élever leurs enfants dans un meilleur cadre, se rapprocher d amis ou de membres de la famille, ou vivre dans un quartier plus tranquille ; souvent, ces ménages sont très satisfaits du relogement. Soit ils ont demandé à être relogé dans l ancien et dans un quartier qu ils pensaient être plus agréable à vivre mais où ils ont du mal à intégrer les réseaux sociaux locaux. Cet isolement social peut alors être mal vécu. Plusieurs facteurs explicatifs permettent d éclairer cette tendance selon laquelle le neuf n est pas durable alors que l ancien représente une valeur sûre. D abord, les ménages rencontrés en 2009 avaient été relogés jusqu à cinq ans auparavant, alors que ceux rencontrés en 2010 n avaient été relogés qu un à deux ans avant. L insatisfaction, les désillusions du neuf qui apparaissent au bout d un an ont pu ainsi s estomper sur une plus longue période et faire relativiser les ménages sur leur situation. Ensuite, l insatisfaction des ménages relogés dans le neuf pourrait aussi s expliquer par un essoufflement plus général de l enthousiasme autour du PRU au niveau de l agglomération : un an plus tard, les ménages ont toujours du mal à ressentir les avantages du PRU promis lors de l annonce du projet, et l espoir 6 cela pourrait avoir un lien avec la réforme du calcul des APL liée au RSA (possibilité de perdre 4 à 500 d'apl d'un mois à l'autre, en cas de passage la «neutralisation des ressources» dans le cadre du RSA «socle», où le montant des APL est à son maximum - à un barème basé par défaut sur les ressources de l'année N-2) mais les ménages ne l ont pas exprimé de cette façon (voire ne l identifie pas). 123/146
laisse place aux désillusions. Les séries d entretiens 2011 et 2012, menés sur la même base que ceux de 2010, tâcheront de vérifier ces hypothèses. Les derniers travaux pour se sentir enfin installés De façon plus conjoncturelle, la question des travaux vient empêcher ou retarder l installation et la fin du déménagement pour certains ménages. Cette situation est évoquée sur tous les sites mais reste d actualité et présente sur Teisseire. Il s agit de travaux de finition qui ont généralement été assez rapidement pris en compte par les bailleurs. La réactivité du bailleur sur la prise en compte des travaux permet de donner satisfaction aux locataires. Lorsque la réponse tarde ou ne vient pas (concernant le logement ou les parties communes) la relation avec le bailleur se complique. Cette situation renvoie les ménages dans le sentiment que, malgré le relogement, leur situation ne va pas évoluer. Cette crispation des ménages renvoie, en partie, à la question du retour du traitement de leur situation dans le droit commun, qui est mal vécu par un certain nombre. Les ménages relogés dans l ancien sont également concernés par cette question. Ils ont fait des travaux dans leur logement. Ils estiment que l aide apportée par le bailleur est plutôt limitée. Ils ont le sentiment de ne pas pouvoir maîtriser ces travaux (choix des matériaux, budget, choix des entreprises ). Au final, certains avouent recommencer ou compléter les travaux, «j ai donné la pièce» explique cette personne âgée qui voulait en finir rapidement avec les travaux pour se sentir enfin installée. La résidentialisation Une part des ménages, en particulier ceux relogés dans le neuf et ceux habitant des immeubles ayant connus des réhabilitations importantes (Teisseire) ont accès à des immeubles résidentialisés. Ces ménages ont un a priori positif sur ce nouveau fonctionnement qui leur semble découler de l accès à un logement neuf. Ils sont en mesure d énumérer (en particulier en comparant à l ancien) les aspects les plus significatifs : interphone, place de parking, miroir dans les allées. Le fait de distinguer un espace collectif privé en pied d immeuble par rapport à l espace public agrémente le cadre de vie et peut être vécu comme un élément de valorisation de l immeuble : «Ici, on a l impression d être dans du privé : il y a la petite cour, le grillage, l interphone on n a pas l impression d être en HLM» selon une relogée sur Saint-Martin d Hères. Toutefois, ils pointent trois aspects qui nuisent au bon fonctionnement de cette résidentialisation : - Le manque d entretien : ils estiment, au regard du fonctionnement (miroir jamais nettoyé, interphone en panne ) que, si l idée est bonne, l entretien est insuffisant. Il relève de ce qu ils connaissent du fonctionnement d un immeuble géré par un bailleur social. C est-à-dire qu il leur semble que ces équipement sont sous entretenus. Leur fonctionnement et leur intérêt s en trouvent altérés, voire rendus dangereux (cas d un portail électrique qui dysfonctionne). 124/146
- Les incivilités : les locataires apprécient la présence de parties communes aménagées mais regrettent les incivilités, les déjections canines dans les espaces verts, la présence d animaux dans les appartements - Le coût de ces équipements est jugé trop élevé. Quelques-uns jugent que la dépense est bien trop élevée au regard du service proposé. En particulier, les places de parking et garages payants sont mal acceptés (surtout à Teisseire). D une façon générale, le coût de l'entretien des espaces en pied d'immeubles résidentialisés peut contribuer à faire augmenter les charges. Dans l ancien, les ménages regardent de près l entretien des parties communes. Un manque d entretien les renvoie vers l état antérieur et la peur de retourner dans un cadre de vie similaire à ce qu ils ont quitté (Village 2, Teisseire). La mixité entre locataires et propriétaires est perçue par certains comme un avantage : ils estiment que les propriétaires entretiennent mieux les parties communes, font plus attention à l aspect du quartier, ce qui devrait améliorer, en moyenne, la propreté du quartier et des bâtiments. Cela est aussi valable, dans une moindre mesure, entre locataires en logement social et locataires dans le privé : sur Saint- Martin d Hères, les ménages relogés autour du parc Jo Blanchon apprécient l alternance réalisée entre les immeubles des bailleurs sociaux et ceux de bailleurs privés. D autres trouvent que cette mixité est vouée à l échec car personne ne voudra accéder à la propriété dans des quartiers ayant mauvaise réputation (Village 2, Mistral). Les coûts et charges Il s avère rassurant pour les ménages de conserver les même types de charges, individuelles ou collectives. Globalement, la hausse des charges est constatée par tous les ménages, sauf ceux qui ont pu adapter la taille de leur logement (ils notent parfois avoir conservé le même loyer pour un appartement bien plus petit). Certains ménages se raisonnent par rapport à cette hausse et estiment, notamment, que «le neuf, ça se paie». Il s agit le plus souvent de ménages satisfaits de leur négociation avec le bailleur. D autres, également satisfaits de leurs logements, ne comprennent pas ces hausses de charges et estiment qu il s agit d une certaine manière de couvrir les coûts de la construction (Teisseire). Sur le quartier Mistral (et quelques cas sur Teisseire), l incompréhension est forte par rapport à ces hausses. C est la hausse de la dépense énergétique qui est en cause. Les ménages sont mécontents de n avoir pas été informés de ces changements (notamment le fait de quitter le système de chauffage collectif inclus dans les charges). Enfin, plusieurs ménages se plaignent de hausses de loyer dans le neuf plus importantes que celles annoncées lors des réunions, ces hausses pouvant aller du simple au double. 125/146
IV.3 Quel lien social dans les quartiers renouvelés? Se repérer dans le quartier renouvelé Les enjeux de mixité donnent lieu à des inquiétudes. En particulier sur Teisseire, les ménages s inquiètent de voir arriver des populations d autres quartiers prioritaires et que le quartier connaisse de nouveau des dégradations. Les ménages venus de Mistral disent ne pas être les bienvenus aux Eaux- Claires où l on craint que le quartier ne devienne «Mistral 2». Sur Mistral et Teisseire notamment, les ménages trouvent que les nouveaux bâtiments, bien qu ils soient moins hauts qu avant, sont trop serrés. Conséquence de la densité de construction des immeubles, les ménages regrettent les espaces verts qui disparaissent avec la construction des nouveaux immeubles. Les ménages sont très sensibles à la présence de commerces de proximité. Sur Mistral, les ménages apprécient particulièrement le Lidl construit dans le quartier (certains ménages d autres quartiers y font même référence) mais ils craignent une fermeture prochaine à cause des nombreuses dégradations qu il subit. Sur Saint-Martin d Hères, un certain nombre de ménages continuent à utiliser les commerces de la Plaine, même s ils sont relogés dans le secteur de la ZAC Centre, par manque de commerces de proximité (ceux logés vers la caserne de pompiers ou dans les nouveaux bâtiments de la rue Martin Luther King se plaignent de l éloignement des commerces). A Village 2, il n existe plus de commerces de proximité depuis l incendie. Les ménages s en plaignent et réclament un magasin de type discount. Les entretiens témoignent du peu de visibilité des nouveaux équipements d animation socioculturelle proposés sur le quartier : le Plateau à Mistral, par exemple, est inconnu d une majorité d habitants et ceux qui en connaissent l existence ne s y rendent jamais. Un ménage dit apprécier les jeux pour enfants du parc Jo Blanchon à Saint Martin d Hères. La vie sociale : un engrenage qui peine à se réenclencher On trouve, en particulier chez les personnes âgées (mais un cas à Village 2 d une personne qui n est pas âgée), un sentiment d isolement depuis le relogement (évoqué à Saint-Martin d Hères, Mistral, Bastille). Ces personnes sortent peu de chez elles. Elles indiquent que le relogement a renforcé leur isolement. A l inverse, sur Teisseire, des habitantes surtout des personnes âgées ont demandé au bailleur à ne pas être séparées. Elles ont été entendues et sont satisfaites d avoir pu conserver ce voisinage qui évite ce sentiment d isolement. De même, le fait d attribuer des logements proches à des personnes de la même famille (le cas le plus fréquemment observé étant celui mère/fille) permet d éviter l isolement et de faciliter l installation pour la personne âgée (changements d habitudes ; petits travaux). Cet élément est déterminant dans la satisfaction des ménages intéressés. En ce qui concerne les relations avec les voisins, la plupart évoquent des relations cordiales mais distantes, marquées par un «bonjour bonsoir». Ceux qui avaient peu de relations avec leurs voisins 126/146
ont le sentiment d avoir gagné en tranquillité (notamment les ménages habitant depuis peu dans des quartiers où le sentiment d appartenance, qu ils ne partageaient pas, était fort). Ceux qui avaient des problèmes avec leurs voisins ont cherché à les régler par le relogement. Les liens avec les anciens voisins sont plutôt privilégiés. Ils sont provoqués (invitations) ou recherchés (les personnes se croisent sur le marché, comme à Fontaine ou à l école comme à la Plaine). Plusieurs ménages indiquent retourner dans leur ancien quartier pour aller à la Poste, chez le médecin ou chez le buraliste, ce qui leur permet de croiser d anciens voisins. A l exception de trois ménages qui ont quitté Village 2 pour le quartier du Gâtinais (rôle d accueil fort de la vie associative du quartier), une majorité des ménages relogés hors quartier ont pour le moment encore du mal à créer des liens sociaux forts. Les ménages se sentent moins en sécurité dans leur nouveau quartier car, contrairement à leur ancien quartier où tout le monde les connaissait, ils se sentent anonymes et donc menacés. Si les ménages mettent souvent en avant l ambiance moins familiale de leur nouveau quartier, ou la distance qu imposent leurs nouveaux voisins, il ne faut pas oublier que le relogement reste relativement récent, donc les liens sociaux devraient se renforcer avec le temps. De façon assez générale, nous constatons deux types de réactions chez les enfants (qui sont peu évoqués comme moteur ou acteur de la décision dans le choix d un quartier ou d un logement) : - Soit ils privilégient le fait de rester dans le quartier pour rester en contact avec leurs amis - Soit ils n expriment pas d opinion sur le déménagement, ne semblent pas perturbés par le relogement et vivent ces changements de façon relativement passive. Du côté des parents, les avis se partagent entre rester dans le quartier où les enfants ont leur école, leurs amis et leurs habitudes («C'est fatigant de changer de quartier pour les enfants. C'est aussi pour ça qu'on ne change pas, à cause de l'école»), et quitter le quartier ou obtenir des dérogations pour qu ils ne subissent pas la «mauvaise influence» du quartier. A quelques exceptions près, les stratégies d évitement étaient déjà en place avant le relogement. Ce dernier n a qu un impact limité sur les résultats scolaires des enfants (là encore, à part quelques exceptions, positives et négatives). Les avis émis par les enfants sur le projet de rénovation urbaine sont trop hétérogènes pour que se dessinent des grandes tendances : parmi les relogés hors quartier, certains se disent satisfaits d avoir quitté le quartier, d autres disent y retourner fréquemment pour retrouver leur amis ; parmi les relogés dans le quartier, certains se rendent compte des évolutions dues au PRU, d autres ne les perçoivent pas. La constitution d une identité collective et d une parole collective dans les quartiers semble influencer la reprise de la vie sociale pour les ménages. Ainsi, les ménages de Teisseire conservent des liens sociaux forts et ont traversé l opération en mettant en avant l importance de ne pas rompre ces liens. Les amitiés et voisinages ont donc été plus qu ailleurs conservés. L inverse se produit à Mistral (ce qui apparaît en lien également avec le projet où le nombre de relogement hors quartier est plus important que sur les autres sites). On peut noter que les sentiments de nostalgie par rapport à l ancien quartier sont plus forts chez les anciens habitants de la Plaine et de Teisseire. 127/146
IV.4 Le PRU : changer de logement ou changer de vie? Le PRU souvent mal compris Les ménages ont peu d avis sur le projet global de renouvellement urbain, ils restent généralement focalisés sur les problématiques directement liées à leur logement. Lorsque le PRU est abordé, il semble mal maîtrisé. Les questions relatives à l impact du PRU sur le quartier déstabilisent souvent les ménages. Sur Teisseire, le quartier a pu être présenté comme allant devenir «l un des plus beaux quartiers de la ville», sentiment que nous n avons pas retrouvé sur les autres quartiers. La démolition est régulièrement remise en cause. Les locataires les plus anciens, notamment, auraient préféré une réhabilitation : moins violente, elle n implique pas de relogement et apparaît comme une solution consensuelle. Dans les quartiers tels que Mistral où les ménages étaient très satisfaits des anciens logements, le seul argument en faveur de la démolition qu ils acceptent d entendre est celui de la dangerosité du site (fissures, écroulement ). Les motivations telles que l ouverture du quartier, la mixité sociale, le désenclavement, la création d un lieu de centralité ne justifient pas à leurs yeux les démolitions et le relogement. Une minorité de ménages pensent que la démolition est une bonne mesure, soit parce que les bâtiments détruits étaient délabrés, soit parce que la densité d habitants était trop importante. Les normes de Haute Qualité Environnementale (HQE) qui se trouvent au cœur des projets de renouvellement urbain sont au mieux mal comprises («on nous a dit que ça fonctionne avec le soleil» explique un ménage de Mistral), au pire cibles de critiques («Tout écolo c est beau, mais ça va coûter plus cher» selon un ménage sur Bastille), et la plupart du temps inconnues des ménages. Les ménages n ont donc pas l impression de retirer de bénéfice de ces dispositifs HQE. L objectif de mixité sociale quant à lui ne fait pas l unanimité parmi les ménages interrogés : plusieurs ménages, rencontrés sur les différents quartiers, ne voient pas comment les futurs propriétaires pourraient vouloir s installer dans des quartiers prioritaires. D autres en revanche pensent que la mixité est porteuse d espoir, tant dans sa dimension sociale - «l ANRU ça sert à mixer les cités, à les désenclaver, à mélanger les milieux sociaux. Je pense que ça fonctionne» (Village 2) - qu ethnique - «je suis allée voir la démolition et franchement ça fait trop plaisir. On était tous de la même ethnie là-bas, tous pareils. C est bien ce qu ils font là, ce qu ils appellent la diversité» (La Plaine) -. Par ailleurs, les nouvelles infrastructures mises en place par les plans de rénovation urbaine, qu elles soient déjà construites ou encore en projet, souffrent d un manque de visibilité. A Village 2 est prévue la création d une place centrale ainsi qu un renforcement des équipements publics par la réhabilitation et la création d un pôle social et culturel sur la nouvelle place, et de 1000 m² de surfaces commerciales et de services ainsi que d un pôle de petite enfance. A Mistral a été créée une nouvelle place sur laquelle s est installé un Pôle Jeunesse, Sport et Culture (le Plateau), et la maison des habitants (qui fusionne antenne mairie et centre social). Ces infrastructures ne sont presque jamais évoquées par les ménages, ni lors des questions relatives au contenu des réunions d information, ni lors des questions sur les évolutions du quartier. Dans certains cas extrêmes, des ménages n ont absolument pas maîtrisé le processus de relogement. Le PRU a été pour eux générateur de stress - «il a fallu assurer sur pleins de choses, 128/146
psychologiquement» (Village 2) et ils ont pour certains accepté directement la première proposition de peur de ne rien avoir d autre. Parfois, c est la qualité du logement qui est jugée inacceptable (dans le neuf et dans l ancien) : la voie judiciaire apparaît alors comme la seule solution restante. Un ménage de Mistral relogé dans le neuf, actuellement en procès contre le bailleur, a refusé de nous recevoir sur conseil de son avocat. D autres «exigent» une action immédiate du bailleur à leur égard sous peine de saisir leur avocat. Ces ménages sont peu nombreux mais un réel effort serait nécessaire pour regagner leur confiance. Malaise et pression pour se faire entendre au moment de la présentation des propositions par une retraitée vivant seule, passée d un T5 à un T3, 20 ans d ancienneté dans le logement détruit. «Je me suis énervée, je me laisse pas faire. J ai téléphoné au responsable ( ) à Grenoble. Je me suis disputée avec [la référente] ( ) J ai téléphoné aussi à la CNL. Mais à ce moment là, il n y avait plus personne, ça sonnait toujours occupé. Il a fallu que je crie, que je m énerve. C était une jeune fille à l époque. Donc, j ai fait une réunion dans mon ancien appartement. [Du ballieur], il y avait le directeur, le grand directeur, celui de l agence de Grenoble, et [la référente] une personne de la CNL et ma famille, je veux dire : mon fils et ma belle-fille. Entre temps, tout le monde a déménagé, j étais seule de juin à octobre, c était l angoisse des merdeux sont venus, ils ont cassé l interphone. Ils auraient du commencer par reloger les personnes seules. C est vrai ça, on dit les couples ils passent avant, mais eux ils sont deux, pas seuls. Quelle angoisse d être seule, je dormais pas la nuit. J ai du prendre des médicaments pour dormir. [ ] A la réunion, on a expliqué qu ils n auraient pas du me laisser là. On a dit que sur l enquête, on avait été précis sur les lieux où je voulais être, alors à quoi elle servait cette enquête si c est pour toujours me proposer autre chose? Alors le [bailleur] à dit qu il y aurait encore une proposition et que je serais expulsée. Mon fils a dit : «Essayez! Elle n a rien demandé» On se met pas à la place des gens. Mon fils, il a voulu être là pour montrer que j étais pas seule. Il a dit : «on est cinq garçons. Vous allez voir». Une semaine après, on m a proposé celui-là [indique l appartement où a lieu l entretien]. Soi-disant, tout ce temps, il n y avait rien de prêt et en une semaine, ils ont trouvé cet appartement. Ils nous écoutent pas. La CNL m a soutenu pendant la réunion, sinon on n a pas pu compter sur eux, c était plein de promesses. [La référente], elle a toujours été présente, elle s en est pris plein la tête. Elle est très courageuse. [ ] [Quand j ai visité l appartement, je l ai trouvé] complètement pourri. Je le voulais pas mais mon fils m a dit le prendre, après tout ce qu on avait fait». Emploi, logement : deux sphères étanches Le guide d entretien utilisé lors de l enquête 2010 comportait plusieurs questions sur l emploi des personnes relogées. Les ménages indiquent unanimement que le relogement n a eu aucun impact sur leur situation professionnelle : nous n avons relevé ni embauche, ni changement de poste, ni licenciement. Plusieurs s étonnent même que cette question leur soit posée car «on ne 129/146
change pas forcément d emploi quand on change de logement!» (Echirolles), «le travail et le logement, ça n a rien à voir!» (la Plaine). Quelques effets, à la marge, ont été reportés : deux ménages relogés dans le neuf (Fontaine et Saint Martin d Hères) disent se lever tôt pour leur travail et se plaignent de la mauvaise isolation phonique (voisins bruyants). L un des objectifs du renouvellement urbain est de lutter contre la discrimination à l embauche dont seraient victimes les habitants des quartiers en géographie prioritaire. Pourtant, cette discrimination n est généralement pas ressentie par les ménages, à quelques exceptions près : «quand vous habitez un quartier populaire, ils ont peur. Il faut bien 2 ou 3 ans pour trouver un boulot» (Mistral). Deux ménages indiquent qu ils pensaient que leur quartier était discriminant pour trouver un emploi jusqu à ce que leurs enfants se fassent embaucher. Ils ont alors changé d avis : «Pour les enfants, c'est mal vu, ils n'arrivaient pas à trouver du boulot, à cause de l'adresse. [ ] Mais finalement, ça va, c'était pas mal, les enfants sont tous casés, ils travaillent, ils ont une bonne situation...». Les embauches ont eu lieu avant le projet de rénovation urbaine. Plusieurs ménages expliquent qu il y a discrimination à l embauche, mais qu elle n est pas liée au quartier, comme le résume ce ménage de Fontaine : «ça n a rien à voir avec où on a notre adresse c est plutôt la façon de parler : parler racaille avec une grosse casquette, c est pas bon. Je n ai jamais eu de souci de discrimination raciale». Principaux apports 2010 Les entretiens sont terminés pour les sites de Teisseire (20 entretiens réalisés) et de Saint Martin d Hères (22 entretiens réalisés). L annonce du PRU : - Entre les premières et les dernières opérations, il y a eu une capitalisation des bonnes pratiques en matière de concertation : l ingénierie de la concertation mise en place a eu un effet, mais ce dernier reste limité (Village 2). L information se heurte au manque d intérêt des ménages qui restent souvent focalisés sur leur logement et trouvent les réunions peu claires. - La qualité des logements de la rue Paul Strauss fait l unanimité, ce qui complique l acceptation du PRU par les ménages sur le quartier Mistral. Seules sont comprises les raisons techniques (dangerosité du site). - Les ménages parlent d un laisser-aller après l annonce de la démolition («poubelles à ciel ouvert»). La satisfaction des ménages : 130/146
- On observe une dégradation de la satisfaction vis-à-vis du relogement entre 2009 et 2010 : cela est valable pour les logements neufs qui se trouvent fragilisés (au profit de l ancien), ainsi que pour la qualité de l accompagnement (ménages qui se mobilisent et entrent en conflit avec les référents ; derniers ménages à être relogés qui se retrouvent seuls dans le bâtiment ). - Le quartier du Gâtinais à Echirolles : un exemple à suivre? La compréhension du PRU et ses effets - Le PRU est mal compris, les ménages ne se le réapproprient pas. On peut noter un important décalage entre les objectifs fixés par l ANRU et la manière dont les ménages perçoivent le PRU. - La mixité est perçue soit comme une manière de tirer le quartier vers le haut, soit comme une illusion car personne ne voudra accéder à la propriété dans les quartiers prioritaires. - Les nouveaux équipements des quartiers très peu visibles, excepté les commerces de proximité à bas prix, très appréciés et souvent réclamés par les ménages. - La «normalisation» du quartier est remise en doute : les ménages fortement engagés dans la concertation commencent à se demander si le PRU aura l effet escompté (Village 2), beaucoup pensent que «ça ne va rien changer», et une minorité affirme que leur quartier va devenir «un des plus beaux quartiers de la ville». - En termes d éducation, les stratégies d évitement (détourner la carte scolaire, scolarisation dans le privé ) étaient déjà en place avant le relogement. Quelques ménages affirment avoir quitté leur quartier lors du relogement pour éviter à leurs enfants d en subir l influence. Le relogement ne bouleverse pas les résultats scolaires, à quelques exceptions près (positives et négatives). - Le PRU n a pas d effet sur l emploi des relogés. Ces derniers ne ressentaient pas de discrimination à l embauche liée à leur lieu de résidence, et concluent donc que «le travail et le logement, ça n a rien à voir». 131/146
Conclusion Comment mesurer la satisfaction? Les 5 PRU en cours de réalisation sur l agglomération grenobloise sur lesquels se base l étude qualitative des ménages relogés présentent une certaine diversité en fonction principalement de leur date de mise en œuvre (entre les opérations anciennes de Teisseire et La Plaine et les plus récentes de Bastille-Fontaine et Village 2) et de la composition sociale des quartiers. Le cadre de l ANRU propose une démarche et une lecture commune de ces opérations mais le cadre d action est essentiellement communal aujourd hui. La dynamique intercommunale est mobilisée autour du partage d expériences entre les acteurs. Sur l ensemble des opérations, les ménages ont bénéficié d informations collectives régulières et d un accompagnement individualisé afin de définir un projet de relogement réaliste. L identification de ce projet pour certains ménages s est avérée longue et difficile. Les caractéristiques du ménage (sociales, culturelles ), du logement, du quartier (services, voisinages ) doivent être prises en compte et confrontées à l offre existante ou en création (bâti rénové ou en construction, nouveau quartier ou quartier rénové ). Face à cette complexité, les acteurs ont proposé de l écoute et de la proximité et ont développé des savoir-faires. Il s agit au final de favoriser un parcours résidentiel «ascendant» pour ces ménages. Face à la difficulté à définir cette notion dans le cadre des relogements et à l échelle de l agglomération, la satisfaction des besoins des ménages apparaît comme une préoccupation commune des acteurs du relogement. Mais certains acteurs s interrogent sur la place de la satisfaction dans la définition d une trajectoire résidentielle : suffit-elle à rendre compte d une trajectoire ascendante et dans quelle mesure? Les indicateurs retenus pour qualifier la trajectoire résidentielle sont le plus souvent le taux d effort et le reste à charge au regard du type de logement, la capacité à s intégrer dans son nouveau quartier pour les relogements hors sites, à tisser du lien social. Lors de l enquête 2010, d autres facteurs ont été pris en compte pour quantifier au mieux la satisfaction des ménages, et tenter de dresser des profils de ménages satisfaits et insatisfaits : - La capacité des ménages à se projeter dans l avenir, sans quoi le concept de trajectoire résidentielle n a pas de sens ; - L étude de l environnement dans lequel se trouve le logement (présence d associations, proximité des transports en commun ou des commerces, offre d activités ) ; - L impact du relogement sur l éducation et l emploi. Dès lors, peut-on être certain que les objectifs de l ANRU garantissent un parcours résidentiel ascendant aux yeux des ménages? Le sentiment de parcours résidentiel ascendant passe-t-il nécessairement par l emménagement en logement neuf? Dans la mesure où les logements neufs proposent généralement 132/146
des superficies plus petites pour un loyer plus élevé, les habitudes et les cultures des ménages semblent bousculées. Sentiment des ménages par rapport à leur trajectoire résidentielle A partir des 96 entretiens réalisés, une première typologie peut être tentée en fonction du sentiment des ménages par rapport à leur trajectoire résidentielle et répond à un certain nombre de questions posées par les acteurs. Cette analyse se base sur 96 entretiens. 145 sont prévus au total. La réalisation et l analyse des 49 entretiens restant viendront préciser et affiner cette première approche. Un sentiment positif Les ménages relogés dans l ancien sont globalement plus satisfaits que ceux relogés dans le neuf. Le relogement a, pour ces locataires, permis de régler une situation insatisfaisante en maîtrisant la question du coût (et en permettant de retrouver un cadre proche du logement quitté) : le ménage a pu quitter le quartier, trouver un logement particulièrement adapté à sa situation (un ménage relogé dans un appartement réhabilité est satisfait de vivre dans un appartement «presque neuf» à un tarif bien inférieur au neuf, un ménage s est installé dans un logement individuel ). Dans le neuf, la satisfaction des ménages est presque toujours entachée par l augmentation du taux d effort. Un certain nombre s en accomodent («c est le prix à payer») tandis que d autres s en inquiètent nettement car ils craignent de ne plus pouvoir assumer cette hausse à court ou moyen termes. Les principales qualités du neuf avancées par les ménages sont l aspect des bâtiments, les balcons, la quiétude qu apportent les espaces verts (dans les bâtiments «résidentialisés»). D une façon générale, les personnes qui ont le sentiment d avoir obtenu quelque chose par ellesmêmes, dans le cadre de la négociation, sont plutôt satisfaites (et se raisonnent plus facilement sur des aspects contraignant comme la hausse des charges). Celles qui ont, en plus, porté la parole des habitants sont «doublement» satisfaites. Certaines personnes, en même temps que le relogement, ont pu régler des situations personnelles (divorces, sur occupation, voisin menaçant). Ces personnes estiment que leur situation s est améliorée surtout par le règlement de cette situation. Le relogement intervient comme facilitateur, il permet de trouver plus rapidement un logement social adapté. Ces personnes avaient souvent déposé des demandes de mutation avant l annonce du PRU. Sentiment mitigé, stable Un certain nombre de ménages présentent une situation mitigée. Il peut s agir de ménages dont l augmentation du taux d effort et des dépenses énergétiques est très importante. Ils peinent à régler ces factures ce qui les empêche de profiter des éléments sur lesquels leur situation s est améliorée. 133/146
D autres ont connu une prise en compte partielle de leur demande. Leur situation par rapport au logement a pu s améliorer mais leur volonté de quitter le quartier n a pas été entendue, par exemple. Des problèmes de travaux non pris en compte et d entretien des parties communes viennent mitiger le sentiment de certains ménages. Tant que le bailleur ne prendra pas en compte ces demandes, le ménage aura le sentiment d être peu écouté et ne profitera pas pleinement de son installation dans le nouveau logement. Des personnes âgées se sont trouvées isolées suite au relogement lorsqu elles ont emménagées dans un logement hors quartier. Elles peuvent apprécier le nouveau logement mais ne reçoivent plus de visite et ne peuvent plus participer aux animations en après-midi. Elles sont donc nostalgiques de cette animation et vivent dans un sentiment d isolement préjudiciable à leur moral. Parmi ces ménages, il y a peu de projets de déménagement. Par contre, nombreux sont ceux qui hésitent : ils imaginent adapter leur logement sur la question de la superficie, du chauffage Sentiment négatif Les ménages ayant un sentiment négatif par rapport à cette opération sont de deux types : - Ceux qui n ont pas maîtrisé le processus. Ces ménages ont accepté la première proposition par peur de ne rien avoir d autre. Leur décision apparaît en décalage avec l adéquation de la proposition aux souhaits du ménage : elle ne se fait pas (ou peu) en comparaison des souhaits émis mais plutôt sur la base d une crainte de ce qui pourrait advenir en cas de refus de cette proposition. Ils se révèlent déçus car ils sont relogés dans des conditions qui n améliorent pas leur situation (et parfois l empirent, surtout dans le cas d installation dans des quartiers isolés, manquant de commerces ). Ces ménages ne formalisent pas de projet de déménagement malgré l insatisfaction. Ils sont dans l attente de propositions. Deux exceptions sont repérées : une locataire a déposé une demande et indique qu elle sera «plus exigeante» ; un autre qui cherche à acheter un logement et qui estime que, finalement, le relogement, en aggravant leur situation par rapport au logement, les a forcés à réfléchir et améliorer leur situation. - Des ménages, qui, au contraire, ont tenté de négocier fermement avec le bailleur. Ils ont tenté de rester le plus longtemps possible dans leur ancien logement. Ils ont rejeté, parfois avec peu d analyse, les propositions. Ces ménages ont été relogés plutôt dans l urgence et n ont pas obtenu ce qu ils désiraient. Ils persévèrent dans des projets de déménagement qu ils ne formalisent pas. En outre, les relogés dans le neuf : l enquête 2010 a révélé une évolution de la satisfaction des ménages. Le prix du mètre carré, les défauts techniques, les aspects peu fonctionnels révélés après plusieurs mois d utilisation, ont donc fait l objet de nombreuses critiques lors de cette deuxième série d entretiens. Après avoir placé de nombreux espoir dans ces logements neufs, notamment en termes de trajectoire résidentielle ascendante, ces ménages font maintenant face à diverses désillusions. 134/146
Vers un «quartier normal»? La question de fond, le dénominateur commun aux problématiques posées par le renouvellement urbain, est celui de la normalisation du quartier. De ce fait, le projet de rénovation urbaine sur l agglomération grenobloise ne se contente pas de détruire et de reconstruire des logements. Il s accompagne, d une part, de l installation de nouveaux équipements urbains et, d autre part, d une articulation avec les Contrats Urbains de Cohésion Sociale. Ainsi, pour 469 M d'engagements prévisionnels du PRU (pour les 7 sites concernés par le PRU), 300 M sont destinés au volet habitat (64% des engagements) et 169 M (36%) au volet urbain. L objectif est de se diriger vers une normalisation des quartiers, comme l indique le Programme de Rénovation Urbaine de l Agglomération Grenobloise à propos de Village 2 à Echirolles : «Un changement d image et d usage : vers un quartier normal». Les objectifs de l ANRU sont les suivants : «Au-delà de son intervention sur les logements, les aménagements et équipements publics, selon une forte exigence de qualité, l ANRU soutient un projet global qui tend à désenclaver durablement l espace urbain, à faciliter l accès à l emploi, à l éducation, à la culture, en cohérence avec la politique menée dans le cadre des Contrats Urbains de Cohésion Sociale». 7 Pourtant, les ménages ne pensent pas que la rénovation urbaine permette à leur quartier de se «normaliser». Beaucoup pensent que rien ne va changer, même s ils apprécient de voir du neuf dans le quartier. Une remarque récurrente consiste à dire qu il est inutile de changer les bâtiments si l on ne change pas les gens: «Soit disant qu ils veulent ouvrir les quartiers mais on change les logements et pas les personnes qui habitent dedans», «ce n est pas la forme des bâtiments qui change le quartier». Pour «changer ces personnes», plusieurs ménages pensent qu il faut les «éduquer». Les initiatives destinées à articuler le renouvellement urbain et la Politique de la Ville restent très peu visibles. Les cinq quartiers concernés par cette étude sont prioritaires et classés en catégorie 1. Les institutions affichent une nette volonté d articuler au maximum le projet de rénovation urbaine, la Politique de la Ville et le droit commun. En effet, si la rénovation urbaine fait l objet d une contractualisation spécifique avec l Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine, les institutions tentent de la structurer en s appuyant sur le CUCS. Cette volonté est très clairement affichée dans le contrat cadre du CUCS 2007 2009 ainsi que dans l avenant 2010. Il est ainsi indiqué que «la conduite de ces projets nécessite une étroite coordination avec d autres compétences communautaires : - La mise en œuvre du PLH. - La conduite du CUCS. - La compétence collecte des ordures ménagères - largement impliquée dans les actions de Gestion Urbaine et Sociale de Proximité. - Le développement économique et l insertion. - Les compétences déplacement, assainissement mobilisées pour répondre aux enjeux de requalification de ces territoires prioritaires» 8. Globalement, les habitants n ont presque pas reporté d activités spécifiques mises en place sur leurs quartiers respectifs. Ils ont pourtant été interrogés sur leur adhésion éventuelle à des associations de 7 8 http://www.anru.fr/-creation-.html http://www.lametro.fr/456-renovation-urbaine.htm 135/146
quartier, leur participation au centre social ou aux MJC, sur les activités organisées pour les enfants, etc. Sur 96 entretiens, une petite minorité a affirmé bénéficier de ce genre d actions financées par la Politique de la Ville. Synthèse du sentiment sur la trajectoire résidentielle selon les ménages Satisfaction Mitigé Insatisfaction Vie sociale - Eloignement d un ou de plusieurs voisins avec qui les relations se détérioraient : présence d animaux ; voisin menaçant ; saleté. - Relogement dans un quartier plus «calme» (bruit, violences). - Amélioration d une situation personnelle (divorce, décohabitation). - Déménagement dans le quartier souhaité (rapprochement d amis ou de membres de la famille). - Perte du lien social pour les relogés hors quartier, bien que relations cordiales avec les nouveaux voisins. - Perte du lien social «organisé» (dîner entre voisins, réunions) et «spontané» (dans les commerces, dans la rue, dans l immeuble), donc perte de contrôle social sur les jeunes et intensification du sentiment d insécurité. - Logement adapté à l agrandissement de la famille, donc relogement dans un appartement plus vaste, souvent après une procédure d urgence. - Apparence du logement neuf, ascenseur fonctionnel, insonorisation. - Pour les relogés dans l ancien, appartement rénové pour un Logement - Amélioration des conditions de vie mais forte augmentation du taux d effort. - Demandes de travaux non prises en compte. - Logement neuf au même prix, mais bien plus petit. - Augmentation du loyer et des charges. - En cas de relogement dans le neuf : réduction de la superficie du logement, cuisine américaine, petite taille des pièces. Désillusions. - Démolition avant reconstruction : les relogements tiroirs durent plus longtemps que prévu. 136/146
prix au mètre carré à peu près équivalent à l ancien logement. Accompagnement - Forte mobilisation (collective ou personnelle) du ménage pour que ses revendications soient prises en compte : relogement dans un logement individuel ; relogement dans un T3 pour une personne seule ; travaux personnalisés dans l appartement, notamment au niveau des douches et de la séparation salon / cuisine. - Sentiment de ne pas avoir bénéficié de «pistons» qui auraient aidé des ménages au profil similaire à obtenir des avantages. - Difficultés à contacter le bailleur. - Impression d avoir été mal informé : pression au déménagement, sentiment d être tenu à l écart des «pistons», avoir accepté la première visite alors que d autres ont visité plus que trois appartements. - Sentiment plus ou moins vif selon les relogés de ne pas avoir eu le choix, d avoir été obligés de déménager. - Ménages qui n ont pas maîtrisé le processus du relogement. - Sentiment de désinvestissement du bailleur après les procédures extraordinaires mises en place. 137/146
Annexes ANNEXE I Profil des ménages concernés par le relogement ANNEXE II Caractéristique des logements reconstruits ANNEXE III Liste des personnes rencontrées pour l état des lieux ANNEXE IV Guide d entretien auprès des ménages relogés ANNEXE V Ancienneté dans le logement des personnes rencontrées en 2009 et 2010 138/146
ANNEXE I - PROFILS DES MENAGES CONCERNES PAR LE RELOGEMENT La Plaine Saint-Martin d Hères : Moyennes calculées à partir des données RIME juin 2009 Données sur site Nb d occupants par ménage 3,1 Nb moyen d enfants par ménage 1,4 Répartition selon les niveaux de revenus du ménage Moyennes calculées à partir des données RIME - juin 2009 Données sur site Part sur les ménages ayant renseigné les revenus Moins d un SMIC 35 40,7% Un à deux SMIC 35 40,7% Plus de deux SMIC 16 18,6% Total des ménages ayant renseigné leur revenus 86 Les charges de chauffage sont individuelles Mistral Grenoble : Moyennes calculées à partir des données RIME juin 2009 Données sur site Nb d occupants par ménage 3,2 Nb moyen d enfants par ménage 1.3 Répartition selon les niveaux de revenus du ménage Moyennes calculées à partir des données RIME - juin 2009 Données sur site Part sur les ménages ayant renseigné les revenus Moins d un SMIC 137 48,4% Un à deux SMIC 117 41,4% Plus de deux SMIC 29 10,2% Total des ménages ayant renseigné leur revenus 283 Autres informations : charges sur le chauffage et les fluides 139/146
Les charges de chauffage sur Mistral sont collectives. Elles représentent 65% des charges du logement et 23% du loyer chargé. En moyenne, les locataires de Mistral dépensent 6,5% de leurs revenus (salaires et prestations sociales) pour le règlement des charges liées aux fluides. Bastille Fontaine (concerne uniquement l opération menée par la SCIC habitat) Moyennes calculées à partir des Données sur site données RIME juin 2009 Nb d occupants par ménage 3,5 Nb moyen d enfants par ménage 1,3 Répartition selon les niveaux de revenus du ménage Moyennes calculées à partir des données RIME - juin 2009 Données sur site Part sur les ménages ayant renseigné les revenus Moins d un SMIC 9 27,3% Un à deux SMIC 13 39,4% Plus de deux SMIC 11 33,3% Total des ménages ayant renseigné leurs revenus 33 Les charges de chauffage sont individuelles Village 2 Echirolles Moyennes calculées à partir des données RIME juin 2009 Données sur site Nb d occupants par ménage 2,9 Nb moyen d enfants par ménage 1,4 Répartition selon les niveaux de revenus du ménage Moyennes calculées à partir des données RIME - juin 2009 Données sur site Part sur les ménages ayant renseigné les revenus Moins d un SMIC 74 37% Un à deux SMIC 100 50% Plus de deux SMIC 26 13% Total des ménages ayant renseigné leurs revenus 200 Les charges de chauffage sont individuelles 140/146
ANNEXE IV - CARACTERISTIQUE DES LOGEMENTS RECONTRUITS La Plaine Saint-Martin d hères Caractéristiques des logements* OPAC 38 SDH PLURALIS TOTAL PLUS CD 22% 40 PLUS CD 17% PLAI PLUS TOTAL Mistral Grenoble : Caractéristiques des logements* ACTIS Grenoble Habitat SDH SCIC Habitat SNI PLURALIS OPAC 38 PLUS CD 22% 0 0 0 0 0 0 0 0 TOTAL PLUS CD 17% 110 38 51 38 16 15 12 280 PLAI 0 0 0 0 0 0 0 0 PLUS 0 0 0 0 0 0 0 0 TOTAL 0 0 0 0 0 0 0 0 *convention ANRU Bastille - Fontaine Caractéristiques des logements* OPAC 38 SCIC Habitat Rhône Alpes TOTAL PLUS CD 22% 20 26 46 PLUS CD 17% 32 30 62 PLAI 3 8 11 PLUS 0 5 5 TOTAL 55 69 124 (*) Convention de relogement Village 2 - Echirolles Caractéristiques des logements* OPAC 38 SDH SCIC Habitat Rhône Alpes TOTAL PLUS CD 22% 30 161 10 99 PLUS CD 17% 102 PLAI PLUS TOTAL (*) Convention Partenariale de relogement 141/146
ANNEXE 3 Acteurs des dispositifs rencontrés dans le cadre de l étude en 2009 Organisme référent site concerné METRO M DUNET Agglomération E RUIZ PLURALIS Michel BRUN Ville d'echirolles Clotilde TARDITI - responsable service habitat Village 2 ACTIS Tristan CANAT - chargé de mission rénovation urbaine GPV-Teisseire Mistral Ville de Grenoble Edith FREZZA - service habitat pôle rénovation urbaine + M Saint-Aman GPV-Teisseire Mistral OPAC 38 Yolande Moreau GPV-La Plaine Fontaine-Bastille CSF Lysiane VEYSSIERE Grenoble-Mistral Grenoble-Teisseire CNL Aurélie MALLET Fontaine Bastille/ Echirolles Village 2 EPERGOS collecteur 1% SCIC Habitat Rhône Alpes CAF de Grenoble Patricia DUDONNE Sabatier Christine Marie-Claude PALMIERI Agglomération Fontaine-Bastille Agglomération SDH Cécile RAY chargée de mission rénovation urbaine Echirolles Village 2 Ville de St Martin d'hères Michèle GALVAIN - chargée de mission relogts SAIEM Gble Michelle RICHARD Habitat DDE Isère Bernard Imberton, chef du service Habitat et Ville, Catherine Charvoz, Isabelle Jahier et Isabelle Poncet du bureau ville et rénovation urbaine de la DD Ville de Fontaine Mathilde RABUT chargée de mission rénovation urbaine GPV-La Plaine GPV-Teisseire Agglomération Bastille Ville de Fontaine Ville de Grenoble Sylvie BALDACCHINO Monique VUAILLAT adjointe à l'action sociale adjointe au logement et à l'habitat Ville d'echirolles Carole SIMARD adjointe au service logement Ville de Saintmartin d'hères José ARIAS Conseil général José ARIAS 1er adjoint au Maire vice-président chargé de l'action sociale, de l'insertion, de la politique de la ville et du renouvellement urbain au Conseil Général de l'isère 142/146
ANNEXE IV METRO Grenoble Evaluation qualitative des opérations de relogement ANRU OSL - Mars 2009. 23/03/2009. version finale Guide d entretien ménage relogé Vous avez été relogés par «nom du bailleur» en «année» et votre ancien immeuble a été démoli. Vous avez répondu à une première enquête de votre bailleur sur le relogement pour connaître votre satisfaction par rapport au nouveau logement et à l opération de relogement. Aujourd hui, la Métro de Grenoble et les villes aimeraient savoir si le relogement a eu un impact réel sur votre quotidien. Questions posées aux ménages : Pouvez-vous me raconter comment s est passé le relogement pour vous et votre famille? Problématique et thèmes à aborder : annonce du PRU, du projet de relogement, du déménagement, sentiments des membres du ménage, appropriation et autocensure par rapport au projet de relogement. Que pensez-vous aujourd hui de votre nouveau lieu d habitation? Problématique et thèmes à aborder : installation dans le nouveau logement, vie du quartier et lien social, évolution des usages, des habitudes et comportements des membres du ménage Globalement, que pensez-vous de votre nouvelle situation? Problématique et thèmes à aborder : place du nouveau logement dans la trajectoire résidentielle et projet éventuels de mutation Pouvez-vous me raconter comment vous êtes arrivé dans le logement qui a été démoli? Dans quelles circonstances? Problématique et thèmes à aborder : trajectoire résidentielle du ménage. Caractéristiques sociales (si pas abordé au cours de l entretien) - Composition du ménage (nombre d enfants, âge, activité. nombre de personnes dans le logement) - âge/profession/niveau d études/nationalité de la personne qui interviewée. - Idem pour conjoint(e) (Distinction au moment du relogement et après). 143/146
Grille d entretiens : pistes de questions pour relancer l entretien L entretien semi-directif sera mené à partir des 4 questions ouvertes sur le relogement et le sentiment des ménages. Le cas échéant, pour relancer l entretien sur un des thèmes abordés, voici des questions qui pourront permettre d avoir des renseignements sur des aspects pas ou peu abordés : Pouvez-vous me raconter comment s est passé le relogement pour vous et votre famille? Relances : Annonce de la démolition et du relogement - Comment avez-vous appris que votre logement allait être démoli? - Quelles ont été les relations avec «nom du bailleur»? la Mairie? Pouvez-vous nous dire comment cela s'est passé? Choix du nouveau logement - À l'époque aviez-vous un projet de déménagement? Lequel? - Qui vous a aidé à trouver un logement? Comment cela s'est-il déroulé? Vous a-t-on fait plusieurs propositions? - Aviez-vous envie de rester dans le même quartier ou d en partir? pour quelles raisons? Aviez-vous une préférence pour un quartier/une commune spécifique? L avez-vous dit, à qui et comment? (attention à l autocensure) - Aviez-vous une préférence pour un certain type de logement? Avez-vous pu proposer ces préférences à «nom du bailleur» ou à la personne qui s occupait du relogement? Trouvez-vous qu on en a tenu compte? - Quel était pour vous la chose la plus importante dans le choix du nouveau logement (situation, prix, taille, voisinage, rester proche d amis/voisins/famille, )? - Avez-vous parlé de tout ça en famille (avec conjoint, enfants)? avez-vous demandé conseil à d autres personnes (voisins, amis, famille élargie, assistante sociale, collègues de travail )? Dans la famille, qui s est occupé des démarches et visites? Le déménagement - Comment s'est passé le déménagement, l'installation dans votre nouvel appartement? - Quel était votre sentiment à l'époque par rapport à ce déménagement? Et pour les autres membres de la famille? Que pensez-vous aujourd hui de votre nouveau lieu d habitation? le logement : - Pouvez-me décrire votre nouveau logement (type, taille, disposition, loyers, charges...)? (données chiffrées si possible) - Avez-vous fait des travaux dans votre nouveau logement? Y-a-t-il eu des travaux avant votre arrivée? Lesquels? - Est-ce qu il vous convient mieux (taille, étage, situation, ) que l ancien? En quoi? - Est-ce que vous invitez plus souvent des amis ou de la famille ici? Moins? En quoi? - Y-a-t-il des changements sur les parties communes (jeux d enfants, parking, espaces verts )? Qu en pensez-vous? Le quartier - Pensez-vous que l image du quartier concerné par les démolitions change, est meilleure? Est-ce important selon vous? En quoi? - Qu est-ce que vous attendez du projet de renouvellement pour le quartier? (tester le niveau de réappropriation du projet et les conditions d appropriation) 144/146
En cas de changement de quartier : - Comment trouvez-vous le quartier? la commune? Le cadre de vie est-il différent de (plus ou moins agréable) de l ancien quartier? En quoi? - Avez-vous retrouvé les mêmes commodités : commerces, services publics, garde d'enfants, transports, centre social...? - Trouvez-vous ce quartier mieux desservi par les transports en commun? D une manière générale, est-il plus facile de se déplacer dans ce quartier ou l ancien? - Pouvez-vous vous rendre facilement (plus ou moins qu avant) sur vos lieux de vie réguliers (travail, activités des enfants, écoles, amis, famille, )? - Est-ce que vous êtes retournés dans votre ancien quartier? Pourquoi? Conservez-vous des habitudes (commerces, médecins ) et pensez-vous en changer? Connaissez-vous les commerces et équipements de votre nouveau quartier? - Avez-vous pu rencontrer vos nouveaux voisins? Comment se passent les relations de voisinage dans ce nouveau quartier? (attention au regard des habitants sur les relogés) La famille - Vos enfants ont-ils changé d'école? Comment cela s'est-il passé? Y-a-t-il une évolution dans les résultats scolaires? Laquelle? Dans le comportement et les habitudes? Lesquelles? Que pensez-vous de leurs nouvelles fréquentations? - Professionnellement, quels changements avez-vous connus depuis votre emménagement? Et dans la famille? Vous êtes-vous rapprochés de votre lieu de travail? Avez-vous des projets d évolution, de changement dans le travail? des projets pour retrouver une activité, vous insérer, créer une activité? Globalement, que pensez-vous de votre nouvelle situation? - Pensez-vous que ce déménagement a été une bonne chose ou au contraire, qu il vous a plutôt amené des problèmes? Et les membres de votre famille? - Aujourd hui, envisagez-vous de changer de logement à plus ou moins long terme? Pourquoi? A quel moment? Pour aller où? Vers quel type de logement? Quel statut d occupation? Pouvez-vous me raconter comment vous êtes arrivé dans le logement qui a été démoli? Dans quelles circonstances? - Date arrivée? raisons et circonstances? - pour vous, l arrivée dans ce logement était une chose positive? En quoi? - Comment trouviez-vous cet appartement? Son confort? Le quartier et le voisinage? - Pour mieux comprendre l impact de ce relogement sur votre vie, pourriez-vous nous faire la liste de tous les logements que vous avez occupé depuis que vous êtes parti de chez vos parents? (social/privé, statut d occupation, état physique, taille, localisation, avec qui, motifs de départ) 145/146
ANNEXE V Ancienneté dans le logement des personnes interrogées en 2009 et 2010 Ancienneté des ménages par quartier 14 12 10 8 6 4 2 0-9 ans 10-19 ans 20-29 ans 30-39 ans 40-49 ans 50-59 ans 60-69 ans 70-79 ans 0 Bastille Total Echirolles Total Mistral Total SMH Total Teisseire Total Tableau 1 Répartition des ménages interrogés par ancienneté et par quartier Bastille Total Echirolles Total Mistral Total SMH Total Teisseire Total TOTAL 0-9 ans 2 12 5 8 9 36 10-19 ans 2 4 1 5 3 15 20-29 ans 1 3 5 1 4 14 30-39 ans 2 3 4 5 2 16 40-49 ans 0 3 3 5 1 12 50-59 ans 0 0 2 0 1 3 60-69 ans 0 0 1 0 0 1 70-79 ans 0 0 1 0 0 1 146/146