J'ai bénéficié d'une reconstruction mammaire différée

Documents pareils
se reconstruire avec ou sans intervention chirurgicale

UNE INTERVENTION CHIRURGICALE AU NIVEAU DU SEIN

Les soins infirmiers en oncologie : une carrière faite pour vous! Nom de la Présentatrice et section de l'acio

va être opéré d un hypospadias

Le guide. pour tout comprendre. Agence relevant du ministère de la santé

Cette intervention aura donc été décidée par votre chirurgien pour une indication bien précise.

Qu est-ce qu un sarcome?

LA SOUFFRANCE DU MALADE EN FIN DE VIE. LES COMPORTEMENTS FACE A LA PERTE : vécu de la mort

Régime d assurance collective

Quelqu un de votre entourage a-t-il commis un suicide?

2È JOURNÉE NATIONALE DE FORMATION DES PHARMACIENS CANCER ET ACCOMPAGNEMENT DU PHARMACIEN : UN PREMIER PAS VERS LA RÉSILIENCE.

Le parcours en greffe de cellules hématopoïétiques : greffe allogénique

JE NE SUIS PAS PSYCHOTIQUE!

le guide DON D ORGANES : DONNEUR OU PAS, je sais pour mes proches, ils savent pour moi L Agence de la biomédecine

Maurene McQuestion, IA, BScN, MSc, CON(C) John Waldron, MD, FRCPC

Les renseignements suivants sont destinés uniquement aux personnes qui ont reçu un diagnostic de cancer

Association «La vie entre les mains»

Cécile Bergeron, B. Sc. inf. Anne Plante, M.Sc. Inf., CSIO, CSIP

A l Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille, Octobre Rose est l occasion de mettre en valeur la filière de soins dédiée au cancer du sein.

Guide. Chirurgie d un jour. Enfant (moins de 14 ans) HÔPITAL DE MARIA RÉVISÉ NOVEMBRE 2006

L aide aux aidants. Psychologue clinicienne. Capacité de gériatrie mars 2009

«Si quelqu un veut venir après moi qu il renonce à lui-même, qu il se charge chaque jour de sa croix et qu il me suive» Luc 9 : 23.

Le guide. Don d organes. Donneur ou pas. Pourquoi et comment je le dis. à mes proches.

Médecine en Médecine en Exigences techniques

La santé. Les établissements de l entité Mutualité Santé Services

BIOPSIE PAR ASPIRATION Sous stéréotaxie

LA CHOLÉCYSTECTOMIE PAR LAPAROSCOPIE

sur la valve mitrale À propos de l insuffisance mitrale et du traitement par implantation de clip

Carnet de bord. COMPLÉMENTAIRE SANTÉ. La Mutuelle de la mer

NOTRE OFFRE SANTÉ PERSONNALISÉE COTISATIONS MENSUELLES DU 01/01/2016

Causes d insatisfactions du patient pris en charge en ambulatoire

NUMÉRIQUEMENT VÔTRE L INNOVATION AU SERVICE DES PATIENTS ET DU MONDE MÉDICAL

GROUPE DE PAROLE SUR L HYGIENE ET LA PRESENTATION

Family Office Services

La sternotomie. Conseils à suivre après votre intervention

DOSSIER DE PRÉSENTATION

La notion de soutien dans le cadre d une équipe belge de soins palliatifs à domicile INTRODUCTION

Infirmieres libérales

Simulation en santé. Outil de gestion des risques. Avril Dr MC Moll 1

VOTRE PROCHE A FAIT DON DE SON CORPS. Ecole de Chirurgie ou Faculté de Médecine

SOMMAIRE. >>>>>>>>>>>>>>DISPOSITIONS GENERALES Mutuelle Vitalité Santé - MVS

Le dépistage du cancer de la prostate. une décision qui VOUS appartient!

PSYCHOLOGUE AU DOMICILE : PRATIQUES SINGULIERES OU PLURIELLES?

Votre santé, notre quotidien 2014/

Sinitres Responsabilité Civile Professionnelle déclarés. Rapport protection juridique

Barème de garanties Complémentaire Santé. Allianz Composio Classic Senior

Ordonnance du DFI sur les prestations dans l assurance obligatoire des soins en cas de maladie

MÉDECINE PSYCHANALYSE DROIT JURISPRUDENCE QUESTIONS À FRANÇOIS-RÉGIS DUPOND MUZART. première partie

L axe 5 du Cancéropole Nord Ouest

Y A-T-IL COUPLE? Introduction. Pour qu il y ait couple, il faut du temps

ASSURANCE COLLECTIVE RÉSUMÉ DES GARANTIES. Régime d assurance collective multi-employeur RAPNQ-RBA

Quelques exemples de croyants célibataires

GUIDE D'ENSEIGNEMENT PRÉOPÉRATOIRE Pour la clientèle admise avant l'opération

Conduite à tenir devant une morsure de chien (213b) Professeur Jacques LEBEAU Novembre 2003 (Mise à jour mars 2005)

Centre Hospitalier Restigouche 63, promenade Gallant Campbellton (Nouveau-Brunswick)

Entretiens Pharmaceutiques en Oncologie : Où en sommes nous en 2014, au CHPC

Modules optionnels. Passer à l acte en implantologie

LE FINANCEMENT DES HOPITAUX EN BELGIQUE. Prof. G. DURANT

APRES VOTRE CHIRURGIE THORACIQUE OU VOTRE PNEUMOTHORAX

Après l intervention des varices. Informations et conseils sur les suites du traitement. Réponses aux questions fréquemment posées

Les tumeurs bénignes ne sont pas cancéreuses. Elles ne se propagent pas à d autres parties du corps.

Réseau de Santé du Pays des Vals de Saintonge Pôle de santé du Canton d Aulnay de Saintonge MSP Aulnay et Néré PROJET D AULNAY PSP

PROGRESSONS MAIN DANS LA MAIN EN IMPLANTOLOGIE

DON D ORGANES Donneur ou pas

FRAIS DE santé. Présentation des garanties et des tarifs. Professions de la Photographie. JANVier 2014

COMPLÉMENTAIRE SANTÉ ÉTUDIANTE

Pour les Pros, par des Pros!

ARBITRAGE DE GRIEF EN VERTU DU CODE DU TRAVAIL DU QUÉBEC (L.R.Q., c. C-27) CENTRE HOSPITALIER LE GARDEUR

Parent avant tout Parent malgré tout. Comment aider votre enfant si vous avez un problème d alcool dans votre famille.

DEFINITION OBJECTIFS PRINCIPES

DISPOSITIONS GENERALES

Protection Familiale C est arrivé à vos clients Exemples d interventions menées par AXA Janvier 2013

Enjeux psychologiques de la greffe pour le donneur et le receveur

Donneur ou pas... Pourquoi et comment je le dis à mes proches.

Information au patient

L'œsophage L'œsophage est un tube musculaire qui traverse de la bouche à l'estomac. Causes

A.PERRIER, Directeur Soins Infirmiers A. GAUDILLERE, Resp. Assurance Qualité

Renseignements : Secrétariat Dispositif Diabest Tél rubrique diabétologie

Startup Santé. Les avantages pour vous :

Complément à la circulaire DH/EO 2 n du 30 mai 2000 relative à l'hospitalisation à domicile

Un autre regard sur. Michel R. WALTHER. Directeur général de la Clinique de La Source 52 INSIDE

Don d organes et mort cérébrale. Drs JL Frances & F Hervé Praticiens hospitaliers en réanimation polyvalente Hôpital Laennec, Quimper

Dossier de presse. Le don de sang sur les lieux fixes de collecte. Juin Contact presse :

Traiter la Fausse Couche avec des pilules: ce que vous devez savoir

La Liste de Vérification Chirurgicale

PREPARATION DU PATIENT POUR UNE CHIRURGIE. Marcelle Haddad

GARANTIES. Étudiants NOUS NOUS ENGAGEONS À ÊTRE PLUS QU UNE MUTUELLE

CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR SUR VOTRE ASSURANCE ACCIDENT-MALADIE

Vous allez être opéré du coeur

Offre Efficience Santé Extrait des prestations et services proposés applicables au 01/01/2014 Régime Général

Médicaments contre la douleur Ce que vous devez savoir au sujet des analgésiques opiacés

Traitement des plaies par pression négative (TPN) : des utilisations spécifiques et limitées

Vivre pendant et après un cancer

Descripteur global Interaction orale générale

Cours de Systèmes d Exploitation

Aider une personne atteinte de cancer

Les différentes maladies du coeur

Gestion du traitement personnel des patients : Enquête et audit régional

Droits et aides pour les aidants familiaux «Être aidant être soi» Prendre soin de soi c est prendre soin de l autre.

Transcription:

J'ai bénéficié d'une reconstruction mammaire différée Le site du Docteur Alain RICHARD Adresse du site : www.docvadis.fr/alain-richard Validé par le Comité Scientifique Oncologie Aujourd hui, Patricia a 47 ans. Elle a été traitée par tumorectomie pour un premier cancer à l âge de 33 ans. La tumorectomie est une opération chirurgicale qui consiste à retirer la tumeur. En 2007, un nouveau cancer s est déclaré sur le même sein. Cela a nécessité son ablation, suivie, un an plus tard, d une reconstruction mammaire. L annonce de la récidive et de l ablation «En 2007, onze ans après mon premier cancer, j ai constaté que mon sein avait changé d aspect. J ai rapidement consulté mon médecin qui m a annoncé que l ablation allait être nécessaire. J ai très mal vécu cette annonce. Je ne m étais pas préparée ni à la récidive ni à l ablation», raconte Patricia. «Le médecin a tout de suite évoqué la reconstruction. J avais donc déjà cette perspective, même si ça ne fait pas passer la pilule.» L annonce avait sans doute été traumatisante, du fait de l état d impréparation de la patiente : l emploi du présent en témoigne, commente le psychologue clinicien.

De retour à la maison, Patricia a informé son mari : «Il n a pas fait de commentaires. Nous savions l un comme l autre qu il fallait en passer par là. Il restait un mois et demi avant l opération, nous étions mijuillet et nous devions partir en vacances. Je n ai pas voulu trop en parler à mes enfants qui avaient 12 et 17 ans.» «Si je devais donner un conseil aux femmes qui traversent cette épreuve, c est vraiment de se raccrocher au reste. Il faut absolument intégrer que cette opération va vous sauver. Et puis, un sein, ce n est pas un poumon! Il faut relativiser, même si c est dur!» L opération «Quand je suis partie pour la salle d opération, j ai vraiment pris conscience que, le lendemain, je ne serai plus la même. En plus, comme c était une récidive, je savais aussi à quoi m attendre concernant les traitements. Je repartais pour le parcours du combattant, j étais abattue!» «L opération s est bien passée. Au réveil, mon premier geste a été de porter ma main sur mon sein. Il y avait un gros pansement à la place. Mais, à ce moment-là, j étaismoins mal : une étape était franchie!» «Je crois qu il est essentiel de ne pas ressasser le présent. Il faut regarder devant et aller de l avant.» Le retour à la maison et l image de soi «Le premier pansement est un choc, puisqu on voit la cicatrice pour la première fois. A la maison, c était plus difficile de soutenir le regard de l infirmière qui venait faire les soins. Elle m a pourtant rassurée sur la qualité de ma cicatrice qui n était ni boursouflée ni douloureuse.»

Patricia a fait le choix de tout partager avec son mari très rapidement : «J ai tout de suite montré ma cicatrice à mon mari à l hôpital. Je voulais qu il voie vite, c était dur, mais il le fallait! De mon côté, je pouvais me regarder dans la glace et soutenir mon image. Cela dit, je ne l ai montrée à personne d autre.» Evoquant sa vie intime, Patricia considère que l opération a été moins pénible à supporter que le traitement de chimiothérapie : «J étais complètement épuisée, les effets secondaires étaient très importants et m empêchaient parfois de me lever.» Le port de la prothèse A l extérieur, Patricia a fait le choix de porter systématiquement une prothèse : «Quand je suis sortie de l hôpital, je ne portais rien et j avais l impression d un creux. L infirmière m a proposé un renfort en coton et j ai rapidement acheté une prothèse autocollante. Je n ai pas pu utiliser l autocollant immédiatement. Mais je plaçais la prothèse dans mon soutien-gorge. Ensuite, j ai pu l utiliser en la fixant sur mon buste.» Pendant les vacances d été, Patricia a porté sa prothèse sous son maillot de bain : «On ne voyait pas grand-chose, et je me disais que je n allais pas me priver de vacances. D ailleurs, je ne crois pas que les gens aient vraiment remarqué quoi que cesoit.» «Pendant cette étape, il faut garder en tête que c est une situation provisoire. D ailleurs, on parle déjà de la reconstruction.» Objectif reconstruction «Lorsque le chirurgien a évoqué la reconstruction, il m a expliqué qu il allait, peut-être, être nécessaire de retoucher l autre sein pour rééquilibrer l ensemble. J avais pour objectif d effectuer la reconstruction avant de reprendre le travail, pour éviter d être de nouveau arrêtée. J ai posé toutes les questions sur les effets secondaires, j ai vu les prothèses, j ai demandé des informations sur l intervention, sa durée, celle de l hospitalisation et de l arrêt de travail.» Patricia était décidée, mais il lui a fallu patienter pendant le délai légal de réflexion. «Je voulais aller le plus vite possible! Mais, finalement,

entre la fin des traitements et la reconstruction il ne s est passé que quelques mois.» «Le jour de l opération, j étais joyeuse! C était mon choix, je ne subissais pas!» Après la reconstruction «Mon premier geste aussi a été de toucher. J avais une grosse brassière, mais je pouvais voir un petit bout de décolleté. C était très satisfaisant! Ce n est pas vraiment un sein, le mamelon n est pas encore tatoué, le tatouage vient plus tard, mais l esthétique de la silhouette est modifiée. L autre sein n a pas été retouché. Comme la prothèse doit durer dix à quinze ans, on verra à ce moment-là s il est nécessaire de faire quelque chose.» Et maintenant? Après la reconstruction, Patricia a participé à un groupe de parole, animé par un psychologue, pour aider des patientes qui hésitent à franchir le cap de la reconstruction. «Nous avons eu des échanges formidables. Je venais pour témoigner de mon expérience, et elles m ont beaucoup apporté aussi.» «Aujourd hui, j ai retrouvé mon image pour l extérieur. Je n y pense quasiment plus. Je peux faire de nouveau les mêmes choses qu avant, y compris la plupart des sports, car je suis très sportive! Cet été, je rachète de nouveaux maillots de bain!» Le point de vue du psychologue clinicien La mammectomie constitue, pour la très grande majorité des femmes, une profonde blessure psychique. Dans le cas de la reconstruction différée, imposée le plus souvent par des considérations thérapeutiques (radiothérapie adjuvante), l attente de la

chirurgie réparatrice donne du temps pour faire le deuil du sein perdu. Le sein reconstruit, au-delà de la prouesse chirurgicale, est alors le plus souvent investi positivement sur le plan psychique et peut être considéré comme une véritable réparation. «Là, c est du bonheur!», disent même certaines patientes. Jean-Luc MACHAVOINE Psychologue clinicien Centre François BACLESSE