Item 281 : Rétrécissement aortique (Evaluations)



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Item 281 : Rétrécissement aortique (Evaluations) Date de création du document 2011-2012

CAS CLINIQUE Scénario : Vous voyez en consultation un patient de 71 ans en bon état général qui se plaint de dyspnée d aggravation progressive depuis 6 mois avec plusieurs épisodes de dyspnée paroxystique nocturne depuis une semaine. À l interrogatoire, vous retrouvez une notion de souffle connu depuis plusieurs années. Au moment de la consultation, le patient se plaint à nouveau de dyspnée de repos. À l examen, la TA est à 120/70 mmhg. À la palpation, le choc de pointe est étalé et dévié vers la gauche. À l auscultation, le cœur est régulier et vous notez un souffle systolique éjectionnel au foyer aortique avec abolition du 2e bruit irradiant dans le cou. L auscultation pulmonaire retrouve des râles sous-crépitants diffus au niveau des deux champs pulmonaires. QUESTION 1/6 : Quel diagnostic évoquez-vous? Insuffisance ventriculaire gauche sur probable rétrécissement aortique (dyspnée progressive avec épisodes de sub-oap récents, souffle systolique au foyer aortique, râles pulmonaires). QUESTION 2/6 : Quelle prise en charge proposez-vous pour cet épisode dyspnéique aigu? Hospitalisation, mise au repos en position demi-assise, monitorage. Oxygénothérapie par sonde nasale si SpO2 < 90 %. Diurétiques de l anse (furosémide) en IV pour obtenir rapidement 100 à 200 ml de diurèse. Compensation des pertes potassiques. Dérivés nitrés par voie IV (dinitrate d isosorbide). QUESTION 3/6 : Quels examens demandez-vous? Dites ce que vous attendez de chaque examen. L échocardiographie-doppler retrouve les données suivantes : valve aortique calcifiée, ouverture diminuée ; gradient de pression VG-AO moyen de 30 mmhg ; surface valvulaire de 0,72 cm2 ; fraction d éjection égale à 28 % ; volume systolique éjecté de 35 ml correspondant à un débit de 3,2 L/min ;

L échocardiographie de stress sous dobutamine montre : une amélioration de la fraction d éjection qui passe à 40 % ; une amélioration du débit cardiaque qui passe à 4,7 L/min avec un volume systolique éjecté de 50 ml ; une augmentation du gradient de pression VG-AO qui passe à 45 mmhg ; une surface valvulaire qui reste pratiquement inchangée à 0,73 cm2. ECG, radiographie thoracique, échocardiographie-doppler. ECG : recherche de signes d hypertrophie ventriculaire gauche. Radiographie thoracique : recherche d un élargissement de la silhouette cardiaque et de signes de poumon cardiaque. Echocardiographie-doppler : confirmation du rétrécissement aortique par la mesure du gradient de pression ventricule gauche aorte et la mesure de la surface valvulaire. Analyse de la valve mitrale (recherche systématique d une valvulopathie mitrale associée) et évaluation de la performance ventriculaire gauche (fraction d éjection, débit). QUESTION 4/6 : Interprétez les deux échographies, quelle est votre conclusion? Demandez-vous d autres examens? RA serré avec mauvais ventricule gauche sur l échographie de base. L échocardiographie de stress sous dobutamine montre une réserve contractile du ventricule gauche (indicateur pronostique) et confirme la sévérité du RA (surface valvulaire < 1 cm2). Il faut compléter par une coronarographie préopératoire (patient âgé de 71 ans) dans l optique d un remplacement valvulaire chirurgical. Le reste du bilan préopératoire doit comporter : échographie-doppler des troncs supra-aortiques ; avis du stomatologiste et panoramique dentaire ; bilan biologique de routine (NFS, RAI, groupe, ionogramme : urée, créatinine) sérologies VIH et hépatite C après accord du patient. QUESTION 5/6 : Que proposez-vous au patient comme solution thérapeutique? Justifiez votre attitude thérapeutique. L indication opératoire est justifiée compte tenu du mauvais pronostic du patient en l absence d intervention (RA serré symptomatique avec signes d insuffisance cardiaque :

survie moyenne inférieure à 2 ans). Indication légitime de mise en place d une prothèse biologique du fait de l âge et de la durabilité de ce type de prothèse qui évite la prescription d un traitement anticoagulant. QUESTION 6/6 : Quelle éducation thérapeutique prévoyez-vous pour le patient et sa famille? Education concernant le risque d endocardite infectieuse. Consultation en cas de fièvre ou frissons, altération de l état général ou signes cardiovasculaires. Attention aux infections dentaires ou ORL. Antibioprophylaxie en cas de soins dentaires ou de geste invasif. Carte de porteur de prothèse valvulaire. Suivi à 2 3 mois postopératoires pour échocardiographie de référence suivi semestriel ou annuel chez le cardiologue avec échocardiographies régulières.

CAS CLINIQUE Scénario : Un homme, âgé de 75 ans, est hospitalisé en urgence au décours d une chute, survenue dans la rue alors qu il se hâtait pour prendre le bus. Ses antécédents comportent un souffle cardiaque connu, non suivi, une hypercholestérolémie à 2,60 g/l non traitée, une cholécystectomie pour lithiase. À l admission, le patient est parfaitement conscient et bien orienté. Il est en bon état général et demeure actif pour son âge. Il pèse 80 kg pour 1,70 m. Il a un hématome fessier consécutif à la chute. Il raconte avoir perdu brutalement connaissance à la marche rapide puis de s être réveillé au sol ; son épouse, témoin de la scène, indique que la perte de contact a duré une minute environ et que son mari était parfaitement orienté à la reprise de conscience. L auscultation révèle un souffle systolique râpeux, 3/6 à la base, irradiant vers les vaisseaux du cou, suivi d un souffle protodiastolique 1/6 ; le 2e bruit est aboli. L examen clinique est sans particularité par ailleurs et il n existe aucun signe d insuffisance cardiaque. Les pouls artériels périphériques sont tous perçus sans souffle. La pression artérielle est à 120/90 mmhg la température à 37?C. Le cliché de thorax montre un cœur de taille normale et une aorte ascendante dilatée et calcifiée. Le bilan biologique est sans particularité. L ECG est le suivant : Cas clinique : Figure 1 Le patient est hospitalisé en soins intensifs et surveillé sous scope. Quelques heures après son admission, le tracé suivant est enregistré :

Cas clinique : Figure 2 QUESTION 1/10 : Caractérisez le «malaise» Syncope car perte de connaissance brève, sans prodromes, à l effort, avec perte du tonus postural et de récupération spontanée devant témoin. QUESTION 2/10 : Interprétez le premier ECG Rythme sinusal, PR normal, bloc de branche gauche complet (BBG). QUESTION 3/10 : Quelle anomalie apparaît sur le second ECG comparé au premier? Bloc auriculoventriculaire (BAV) complet paroxystique. Fréquence atriale normale, mais ondes P non conduites aux ventricules, notez que les QRS se décalent progressivement par rapport aux ondes P. Rythme d échappement ventriculaire très lent à complexes QRS larges, différents des QRS conduits du premier ECG. Donc, BAV complet (ou bloc de haut degré compte tenu de sa brièveté) infra-hisien. QUESTION 4/10 : Donnez les deux étiologies possibles pour le «malaise» de ce patient

Deux étiologies : syncope d effort et auscultation évocatrice de rétrécissement aortique (RA) chez un homme de 75 ans : diagnostic probable de RA serré, syncopal ; BBG à l état basal et BAV complet paroxystique documenté : possible syncope liée au BAV. QUESTION 5/10 : Quel est le mécanisme physiopathologique qui pourrait lier ces deux étiologies? Coulées calcaires vers le septum membraneux et le faisceau de His par extension des calcifications valvulaires aortiques présentes sur l anneau chez ce patient atteint de RA du sujet âgé (ou maladie de Mönckeberg). Notez qu il n y a pas d argument en faveur d une endocardite bactérienne. QUESTION 6/10 : Quel est le seul examen complémentaire qui confirmera votre diagnostic auscultatoire? Quels en seront, a priori, les résultats? Un échocardiogramme-doppler qui permet de : confirmer le diagnostic de RA (valves aortiques remaniées, calcifiées, s ouvrant peu ; orifice bi- ou tricuspide ; HVG fréquente) ; quantifier la sévérité du RA : mesure des gradients transvalvulaires aortiques au doppler continu et détermination de la surface valvulaire aortique en écho-doppler. Un RA est considéré comme serré lorsque le gradient moyen dépasse 40 à 50 mmhg, ou que la surface valvulaire aortique est inférieure à 1 cm2, ou mieux à 0,60 cm2/m2 de surface corporelle ; en préciser le retentissement : cinétique VG notamment ; pressions droites ; préciser l existence de lésions associées, notamment d une insuffisance mitrale, d une dilatation de l aorte ascendante ; en déterminer éventuellement l étiologie (orifice bi- ou tricuspide, importance des calcifications). QUESTION 7/10 : Quel examen paraclinique supplémentaire envisagez-vous pour expliquer l anomalie mise en évidence sur le second ECG?

Aucun autre examen n est nécessaire pour confirmer le trouble de conduction, qui est suffisamment documenté. QUESTION 8/10 : Quels traitements envisagez-vous? 1. Remplacement valvulaire aortique (RVA) si le caractère serré du RA se trouve confirmé (RA serré symptomatique), après s être assuré de l opérabilité du patient. Compte tenu de l âge du patient, une prothèse biologique lui est proposée, de préférence à une valve mécanique (pas de nécessité de traitement anticoagulant si le rythme est sinusal, mais durabilité moindre, donc à n implanter qu au-delà de 75 ans environ). 2. Implantation d un pacemaker définitif double chambre dans tous les cas, avec ou sans RVA (et que le patient soit ou non opérable de son RA). QUESTION 9/10 : Quel bilan préthérapeutique complémentaire ferez-vous? Bilan préopératoire avant RVA, avec : coronarographie (fréquence des lésions coronaires associées, qui peuvent nécessiter des pontages) : la réalisation de pontages en plus du RVA aggrave nettement la mortalité postopératoire) ; appréciation des grandes fonctions vitales : bilan rénal et respiratoire (une insuffisance rénale aggrave la mortalité postopératoire) ; écho-doppler artériel des vaisseaux du cou et des membres inférieurs ; appréciation de l âge physiologique du patient, plus important que son âge réel, de son état mental, de «l élan vital», de sa motivation pour l intervention ; recherche et traitement des foyers infectieux, notamment ORL et dentaires ; appréciation au mieux du risque opératoire global par l Euroscore. QUESTION 10/10 : Quel suivi préconiserez-vous ultérieurement? 1. Suivi de la prothèse valvulaire : Séjour de réadaptation à l effort de 3 à 4 semaines au décours de l hospitalisation. Suivi régulier, mensuel par le médecin traitant, et 1 à 2 fois par an par le cardiologue. Le suivi est clinique, échocardiographique et biologique :

suivi clinique : vérifier l absence de récidive des symptômes, l absence d insuffisance cardiaque, l auscultation de la prothèse (normale en cas de bioprothèse ; bruits métalliques de prothèse si valve mécanique ; absence de souffle de régurgitation), l absence de foyer infectieux (car le porteur de prothèse est à risque majeur d endocardite infectieuse, quel que soit le type de prothèse) ; suivi échocardiographique : c est l examen du 3e mois postopératoire qui sert d examen de référence, le patient devant toujours être son propre témoin. Ensuite, une échographie transthoracique est préconisée tous les 2 ans ; les examens sont ensuite rapprochés, tous les 6 mois environ, lorsque la bioprothèse atteint 7 ans en raison du risque de dégénérescence ; suivi biologique : en cas de bioprothèse et en l absence d autre indication d anticoagulant, le traitement par antivitamine K est limité à 3 mois. Au début du traitement, les contrôles biologiques sont effectués aussi souvent que cela est nécessaire pour équilibrer l INR. Lorsque l équilibre est obtenu, un contrôle mensuel est préconisé. 2. Suivi du stimulateur cardiaque : le premier contrôle du pacemaker doit être effectué le lendemain de l implantation ou tout au moins avant la sortie de l hôpital ; le contrôle ultérieur est fait environ 1 mois après l implantation par le cardiologue, puis tous les 6 mois (ou au moins une fois par an) ; les stimulateurs actuels (boîtiers) ont une durée de vie de 7 à 10 ans, au-delà de quoi le boîtier doit être remplacé.