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1 UNIVERSITE DE LYON - UNIVERSITE LYON 2 Institut d Etudes politiques de Lyon -Des musées à la rencontre de leurs publics- L exemple des musées de mode et de textile GIRARDIN Léa Diplôme de l Institut d études politiques-section Communication Master «Stratégie des échanges culturels internationaux» Année universitaire Sous la direction de Luc Gruson, directeur adjoint de la Cité Nationale de l Immigration Mémoire soutenu le 25 septembre 2009 Président du Jury : Patrick Landre, directeur du Master SECI

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3 Table des matières Remerciements.. 5 Introduction.. 6 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière.. 15 I. Les musées dédiés au textile et à la mode, une apparition atypique ) Genèse des musées français ) Les musées dédiés au textile et à la mode : une naissance tardive.. 17 II. Développement de la prise en compte des publics par les musées ) Aller vers le public, une grande nouveauté ) Un intérêt croissant pour les publics des musées.. 25 III. Vers une formalisation et une professionnalisation de l accueil des publics par les musées ) La formalisation des services des publics : le «temps des publics» ) Diversité des statuts : un accueil dans les musées encore flou.. 31 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics.. 34 I. Ouvrir le «musée-temple» au plus grand nombre ) Offrir des aides à l interprétation par la médiation ) Découvrir le musée «autrement».. 38 II. Un travail spécifique avec le jeune public : quand l enfant d aujourd hui devient le visiteur de demain ) Le jeune public individuel ou comment apprendre en s amusant ) Une offre de médiation adaptée au jeune public.. 43 III. Public scolaire et musée, un partenariat de longue haleine ) Une difficile émancipation du musée ) Quelles spécificités des publics scolaires dans les musées de mode et de textile?.. 50 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile?.. 54 I. Une montée des impératifs gestionnaires dans les musées dédiés au textile et à la mode ) Les spécificités de gestion des musées français ) L autofinancement, une obligation inhérente aux musée privés ) L apparition de préoccupations budgétaires dans les musées publics.. 58 II) Une politique des publics au service de la politique commerciale des musées ) Un travail de fidélisation des publics acquis ) Un attrait pour les publics touristiques ) A quelles missions du musée répondent les anniversaires pour enfants?.. 65 III. Quelle politique tarifaire pour les musées de mode et de textile étudiés? ) Le maintien d une politique tarifaire favorable à l ouverture à de nouveaux publics ) La gratuité pour tous, une solution pour l élargissement des publics des musées? ) Quel bilan de la gratuité pour tous dans les musées de mode et de textile?.. 72

4 Conclusion.. 75 Résumé et mots clés.. 77 Bibliographie.. 78 Ouvrages.. 78 Histoire générale des musées.. 78 Musées et Patrimoine textile.. 78 Public et musées.. 79 Musée et impératifs budgétaires.. 79 Articles et périodiques.. 80 Etudes non publiées.. 81 Documentaires.. 82 Sites internet.. 82 Site internet des musées étudiés.. 82 Site internet généraux.. 82 Table des abréviations.. 84 Annexes.. 85 Annexe 1 : Entretien avec Cécile Demoncept, responsable du Service culturel du Musée des Tissus et du musée des Arts décoratifs de Lyon, le 3 juillet Annexe 2 : Entretien avec Géraldine Tardy, médiatrice culturelle, collection rubans.. 88 Annexe 3 : Entretien avec Jean-Marc Jacob, Plasticien, intervenant au Musée des Tissus de Lyon, Le 29 juin Annexe 4 : Entretien avec Priscilla Packer, Guide Conférencière au Musée des Tissus de Lyon, le 24 juin Annexe 5 : Entretien avec Olivier Lossi, responsable du service des publics du Musée de Bourgoin-Jallieu, Vendredi 12 juin Annexe 6 : Dates-clés du service culturel du Musée des Tissus de Lyon Annexe 7 : Exemple de document pédagogique fourni pour les visites en famille au Musée d Art et d Industrie de Saint Etienne, pour l exposition : Les enrubannées Annexe 8 : Plaquette trilingue (Français-Anglais-Allemand) du Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse Annexe 9 : interview, Lesley Miller, Conservateur en chef de la section textile et mode du Victoria and Albert Museum de Londres Annexe 10: Extrait d un entretien avec Heather Whitely, Families manager pour le Learning and interpretation departement, Victoria and Albert Museum de Londres Annexe 11 : Brochure présentant les prestations touristiques du Musée des Tissus, réalisation personnelle.. 112

5 Remerciements Remerciements Je remercie mon directeur de mémoire, Luc Gruson, qui malgré ses responsabilités professionnelles a su m accorder une grande disponibilité et des conseils avisés. Je souhaitais également remercier l équipe administrative et pédagogique du master SECI, Patrick Landre et Nadine François, ainsi que l Institut d études politiques pour ces cinq années passés en ses murs. Je souhaitais remercier le Musée des Tissus de Lyon, son conservateur Maria-Anne Privat Savigny et l équipe du service culturel notamment Cécile Demoncept et Sophie Ribéry pour leur chaleureux accueil durant ces quelques mois de stage. Je remercie également Daisy Bonnard, pour son aide précieuse dans la réalisation de mes entretiens. Je remercie également le Musée de Bourgoin-Jallieu, son conservateur Brigitte Riboreau et Olivier Lossi, responsable du service des publics ainsi que l ensemble de l équipe du musée pour m avoir offert l occasion d une seconde expérience dans le milieu du patrimoine textile. Je voulais remercier le Centre de documentation de la DRAC Rhône-Alpes, pour leur patience et leur aide dans mes recherches. Enfin, un grand merci à toutes les personnes qui m on accordé un peu de temps pour répondre à mes entretiens et fourni de nombreuses informations dans les différents musées étudiés : Lesley Miller, Conservateur du département textile du Victoria and Albert Museum de Londres, Heather Whiteley, responsable du service d accueil du public familial dans le même musée, Géraldine Tardy médiatrice au Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne, l équipe des conférenciers et plasticiens du Musée des Tissus dont Priscilla Packer et Jean-Marc Jacob mais aussi Cécile Dumesnil du Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse. Enfin, merci à Adrien Blanc, de l agence de communication Arbonne de Laurecin, merci pour ses conseils. Léa Girardin

6 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Introduction Dans de nombreux esprits le musée est un lieu poussiéreux à l image d un temple dédié aux arts et à la culture, inaccessible aux non-initiés. Dans sa nouvelle, La visite au musée écrite en 1939, Vladimir Nabokov décrit de façon très pertinente les aprioris et le rejet que peuvent ressentir de nombreuses personnes à l égard des musées. «L idée de jouer les touristes, d aller visiter des musées ou d anciennes bâtisses me répugne ( ) je pénétrai dans la grande salle. Aucune surprise ne m y attendit : partout des teintes grises, le sommeil de la matière, une matière dématérialisée. Il y avait le présentoir habituel de vieilles pièces usées et disposées sur leur glacis de velours. Il y avait au-dessus, une paire d oiseaux de nuit, étiquetés respectivement «Grand Duc et Effraie». Des minéraux vénérables reposaient dans leurs cercueils ouverts faits de papier mâché poussiéreux. 1» Ainsi en 2005,sur 100 français de plus de 15 ans interrogés, seuls 39 avaient visité un musée ou une exposition au cours des 12 derniers mois. 2 Même si les grandes expositions ont connu des records d affluence, notamment l exposition du Grand Palais «Picasso et les maîtres» qui accueillit visiteurs en seulement quelques mois. La visite d un musée reste une pratique culturelle encore peu développée en comparaison par exemple avec le cinéma. Ainsi, dans les musées on tente depuis plusieurs années d ouvrir les collections patrimoniales à un plus large public, en essayant de se détacher de l imaginaire collectif comparable à celui de Nabokov. Les services dédiés à l accueil des publics des musées sont à ce titre les premiers acteurs concernés par ce changement d image et cette volonté d ouverture. Le musée d aujourd hui se doit d offrir au visiteur ce que Paul Eluard appelle poétiquement les «yeux fertiles», une curiosité, une envie de découvrir ce qui se cache derrière les portes du musée transformant le «musée temple» en un véritable «musée forum». Le master SECI m a offert l occasion de réaliser non pas un, mais deux stages différents dans des institutions culturelles. Ainsi mes missions m ont conduite vers deux musées dédiés au patrimoine textile mais de statut et de taille différente. Dans un premier temps mon stage s est déroulé dans le service culturel du Musée des Tissus de Lyon, un musée privé. Dans un second temps, j ai pu réaliser un stage au service des publics du Musée municipal de Bourgoin-Jallieu. Ces deux expériences dans deux structures en apparence similaires, m ont amené à réfléchir à ce qui différenciait et ce qui rapprochait les musées privés et publics en matière d accueil des visiteurs. Le Musée des Tissus de Lyon est une institution singulière dans le paysage muséal français, car c est un musée privé. En effet, en 1856 la Chambre de Commerce et d Industrie de Lyon a décidé d établir un musée d Art et d Industrie pour relancer l industrie textile 1 NABOKOV Vladimir, La visite au musée in Nouvelles, édition complète et chronologique, éditions Robert Laffont, Paris, 1939, p321 2 CARDONNA Jeanine, LACROIX Chantal, Les statistiques de la culture : chiffres clés 2008, la documentation française, Ministère de la culture et de la communication, Paris, 2008, p 35 6 Léa Girardin

7 Introduction lyonnaise en perte de vitesse. Le musée fut ouvert au public en En 1890, la Chambre de Commerce de Lyon prend le parti de transformer ce dernier en Musée historique des Tissus. Il fut installé depuis 1946 dans l Hôtel particulier de Villeroy, résidence du Gouverneur du roi au XVIII e siècle dans le quartier d Ainay. Le musée présente l originalité de conserver deux collections sous une même direction : la collection principale de textiles et costumes et une autre collection dédiée aux Arts décoratifs : mobilier, orfèvrerie, céramique, dessin, située dans un second Hôtel particulier adjacent au premier 3 Le musée représente l un des éléments incontournables du patrimoine de la Soie à Lyon. Si nombre d institutions sont dédiées au processus de production notamment, notamment l Association Soierie Vivante avec son atelier de tissage ouvert au public, ou aux avancées politiques et sociales des Canuts comme la Maison des Canuts, le Musée des Tissus est la seule institution à s intéresser au produit fini, le tissu. Ceci justifie alors sa localisation dans le quartier Bourgeois d Ainay, alors que les ateliers de Soyeux étaient installés sur la colline de la Croix- Rousse 4. Le statut privé du musée le rend atypique dans le paysage muséal lyonnais car la majorité des musées de la ville sont des institutions publiques. En effet, la plupart des grands musées de Lyon sont des musées municipaux comme le Musée des Beaux-arts, le Musée Gadagne ou départementaux comme le musée des Confluences ou le musée Gallo-romain. Le Musée des Tissus est quant à lui un simple service de la Chambre de Commerce et d Industrie de Lyon au même titre que le service communication, l EM, l école de management ou l aéroport de Lyon. Grâce à ce statut privé le musée a su développer un véritable esprit entrepreneurial 5. Le double parcours du nouveau conservateur Maria-Anne Privat Savigny, arrivée en juillet 2006, témoigne de cette politique dynamique. En effet, le conservateur dispose d une double formation universitaire puisqu elle a suivi le cursus classique de la conservation du patrimoine à l Ecole du Louvre, mais elle est aussi diplômée de l ESSEC. Ce double cursus en conservation et management offre à la direction du musée une vision à la fois traditionnelle, dédiée à la conservation des collections et une vision entrepreneuriale en phase avec les impératifs gestionnaires qu exige la supervision d un musée privé. Le Musée des Tissus de Lyon présente une autre spécificité, celle de son ouverture à l international. Depuis l arrivée de son nouveau conservateur, et pour accompagner le développement international de Lyon, le musée est l une des rares institutions patrimoniales de la ville à proposer des visites en langues étrangères et des cartels d exposition en plusieurs langues notamment en anglais et en italien. Le musée offre des visites en différentes langues étrangères, les plus largement parlées. Mais il propose également des visites en langues plus rares afin de s adapter aux nouveaux besoins touristiques de Lyon notamment Japonais, Chinois et Russe. Depuis cette année, il propose même des visites en langue Arabe. Grâce à une équipe de presque vingt conférencières, le musée peut s adapter sur mesure aux besoins de ces visiteurs particuliers. 3 ARIZZOLI-CLEMENTEL Pierre, Le musée des Tissus de Lyon, Albin Michel, Paris, NDIAYE Adrien, sous la direction de RAUTENBERG Michel, Mémoire de maitrise, «Patrimoine, Tourisme et développement local : l exemple d un projet d itinéraire de la soie autour de Lyon, Etat des lieux, faisabilité et enjeux», Faculté de sociologie, Université Lyon II, GUILLOUD Laurence, Marie-Anne Privat-Savigny Conservatrice anti conformiste, in ELLE, n : 3298, semaine du 14 mars 2009, p 183 Léa Girardin

8 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Ma mission fut de travailler à l accueil des publics touristiques et sur les prestations offertes par le musée à ce public international. Il se concentra notamment sur les publics Américains et Canadiens, les plus nombreux visiteurs étrangers à se rendre au Musée des Tissus en dehors des visiteurs européens 6. Cette mission s est déclinée en différentes phases. Une première phase s est concentrée sur l étude des habitudes des visiteurs étrangers du musée et des comportements des touristes Anglo-Saxons à Lyon, auprès des structures touristiques régionales et départementales. Cette étape a été suivie par une phase de ciblage et de prospection de catégories d acteurs potentiellement intéressés par nos collections : musées étrangers, écoles de textile et de mode, associations d expatriés, consulats et alliances françaises, opérateurs touristiques locaux et étrangers Enfin, il a fallu élaborer des documents de communication en français et anglais, présentant les spécificités de l accueil des visiteurs étrangers du Musée des Tissus. Une fois ces documents réalisés, il fallut les diffuser auprès des différents opérateurs. L impact à court terme de cette mission aura bien sur été limité, celui-ci s inscrivant dans la durée. Mon travail aura néanmoins permis de poser des bases utiles au musée sur le long terme. Mon stage m a aussi permis d être intégrée au service culturel du Musée des Tissus, ce qui fut très enrichissant d un point de vue professionnel et personnel. J ai pu travailler au quotidien avec le personnel du service culturel et en partie avec le service communication du musée dans leur mission d accueil, de réservation et d élaboration de projets culturels avec les différents publics du musée. Cela m a aussi permis de travailler sur le terrain en assistant les différents intervenants (conférencières, plasticiens, couturières, stylistes) dans leurs activités respectives visites, ateliers créatifs, contes Cette expérience du contact direct avec des publics très différents, scolaires, adultes, handicapés, fut très enrichissante. Par la suite mon travail de mémoire portant sur le rôle des services des publics dans les musées de mode et de textile m a amené à rencontrer de nombreux professionnels. Cette démarche fut payante puisqu elle m a permis de réaliser une seconde mission dans un musée dédié au textile de statut différent : le Musée de Bourgoin-Jallieu. En effet, le Musée de Bourgoin-Jallieu est un musée public en régie municipale directe avec la commune de Bourgoin-Jallieu. Si les thématiques de collections présentées par le Musée des Tissus et le Musée de Bourgoin-Jallieu les rapprochent, leur mode de gestion les oppose. La régie directe avec une collectivité territoriale et particulièrement l échelon communal est l un de mode gestion le plus répandu selon Guy Saez 7. Le musé est donc représentatif d un nombre important de musées. Le fonctionnement de l institution est alors totalement intégré à celui de la collectivité, le musée ne dispose ni de l autonomie financière, ni de la personnalité juridique. Avec la création de la Communauté d agglomération des Portes de l Isère (CAPI) en 2007, un certain nombre d établissements culturels de Bourgoin-Jallieu ont progressivement basculé de la tutelle de la Ville à celle de la Communauté d agglomération, il en sera sans doute de même pour le musée dans les années à venir. Son statut sera alors peut-être repensé vers une plus grande autonomie. Le Musée de Bourgoin-Jallieu a été créé en 1929, dans le but de rassembler des collections de peintures et de sculptures d artistes dauphinois dont Victor Charreton qui donna son nom au musée jusqu en Partie 3, II) 2) Répartition de la Fréquentation du musée des Tissus par nationalité 7 SAEZ Guy (sous la direction), Institutions et vie culturelle, La documentation française, Paris, 2004, p 57 8 Léa Girardin

9 Introduction Bourgoin-Jallieu était également un bassin historique de l industrie du tissage et de l ennoblissement textile (impression, teinture..) qui connut son apogée dans les années Cette industrie fut frappée par la crise dans les années d après-guerre et on prit progressivement conscience de la nécessité de préserver cette mémoire collective en voie de disparition dans les murs d un musée. Cependant c est seulement dans les années 90 après la fermeture de l Ecomusée du Nord Dauphiné en 1992 que le musée pris une nouvelle identité, celui d un lieu dédié aux Beaux-arts et mais aussi au patrimoine de l ennoblissement textile. Après des travaux de restauration et une refonte totale de son parcours permanent, le musée a réouvert ses portes en 2000 sous une nouvelle identité passant du Musée Victor Charreton au Musée de Bourgoin-Jallieu. Ma mission dans ce musée se concentra sur les collections textiles du musée avec la mise en place d une exposition de grande envergure : «Textiles du 21 e siècle». Cette exposition tâche de présenter le patrimoine industriel contemporain en matière de textile de la région Rhône-Alpes. En effet, aujourd hui la région est devenue l une des régions pionnières en matière de textile technique avec des applications multiples dans le domaine de l électronique avec les textiles intelligents, de la santé, de l environnement ou encore de la protection, que l on ne soupçonne pas toujours. Cette exposition présente la particularité d être réalisée en co-production avec le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne. Si ce type de production est assez courant dans le spectacle vivant, elle très est rare dans le milieu muséal. Chaque musée présente un module introductif commun puis décline les spécificités de l industrie textile de son territoire. La co-production se déroule également à travers la réalisation d outils de médiation communs comme un parcours signalétique pour les néophytes, la création d un jeu de 7 familles offert aux familles, et la mise en place d une programmation culturelle commune. La co-production passe aussi par l élaboration d outils de communication et d un catalogue d exposition commun aux deux musées. Ma mission s est concentrée sur la régie des œuvres et la scénographie de l exposition ainsi que sur l élaboration des outils de médiation précédemment évoqués. Ces deux expériences dans des musées en apparence similaires par leurs collections et au sein de deux services équivalents se sont révélées très différentes par la nature des missions réalisées mais aussi par la nature des modes de gestion de ces musées. Il faut cependant préciser que ces musées bénéficient tous deux du label «Musée de France». Les différences observées dans la manière d appréhender le public entre le Musée des Tissus de Lyon et le Musée de Bourgoin-Jallieu m ont donné envie d étudier un nombre plus important de musées afin de comprendre comment les musées dédiés au textile et à la mode allaient à la rencontre de leur public. Comment les services des publics, services spécifiquement dédiés à l accueil des publics, sont-ils utilisés par les gestionnaires pour parfaire les missions parfois contradictoires des musées contemporains? Une étude du rôle des services des publics dans les musées de mode et textile Mon choix d étude aurait pu se porter sur le rôle des services dédiés à l accueil des publics dans les musées de Rhône-Alpes. Mais ce type d enquête a déjà été réalisé de façon très complète par le Laboratoire Culture et Communication de l Université d Avignon en Il m est alors paru intéressant de choisir l optique du patrimoine textile et mode, 8 HUSS Valérie, L aventure Textile en Rhône-Alpes, éditions Le Dauphiné, Grenoble 2005, p26 9 DAVALLON Jean, TAUZIN Karine, Etat des lieux des professionnels de la médiation culturelle en Rhône-Alpes, Laboratoire Culture et Communication de l université d Avignon pour l association Médiation culturelle, Lyon, février 2006 Léa Girardin

10 -Des musées à la rencontre de leurs publics- pour ainsi étudier le rôle et l organisation des Service des publics dans des musées de différents statuts privés, municipaux, nationaux, associatifs Le patrimoine textile est largement représenté dans les musées français car lorsque l on interroge la base «Museofile» du ministère de la culture, presque 350 musées semblent répondre aux termes «textile» ou «mode» sur 1310 musées référencés. Ce patrimoine industriel est surreprésenté dans les musées français. Si on le compare avec une autre grande branche de l industrie nationale telle que la sidérurgie ou la métallurgie, il existe très peu de musées présentant ce type de patrimoine. Toutefois, la région Rhône-Alpes concentre à elle-même une grande partie des musées dédiées au textile et à la mode en regard avec son passé industriel : musée de la chaussure de Romans, musée de la cravate de Pannisière, musée de la blanchisserie de Craponnes, musée de la Viscose d Echirolles Près de trente-cinq musées ou lieu patrimoniaux présentant l histoire du textile ou de la mode ont été ainsi référencés par l association Rhône-Alpes des Conservateurs (ARAC) en Mon étude s est cependant concentrée sur un nombre limité d institutions patrimoniales répondant à la définition que donne aux musées l article 3 des statuts de l ICOM : Enfin cette étude se concentre sur des musées abordant le patrimoine du textile et de la mode. Le mot textile venant du latin Textum, Texturadésigne dans un premier sens le 11 tissu, l étoffe. Toutefois il faut distinguer le terme «textile» du mot «tissu». En effet, le mot textile englobe un nombre plus important de processus de production intégrant tissage et fibre non tissée utilisée par exemple pour les vêtements jetables de protection sanitaire des blocs opératoires. Le tissu quant à lui ne désigne que les matières tissées, tricotées ou tressés et non pas le «non tissé». 12 Cependant la technique du «non tisssé» est très peu représentée voire quasi inexistante dans les musées français. Le patrimoine textile concerne à la fois une technique de production mais aussi le produit fini ainsi que l usage social de cet objet. Ainsi les musées étudiés aborderont différemment le patrimoine textile, certains se concentreront sur le produit réalisé et son utilisation domestique et sociale comme le Musée des Tissus de Lyon. D autres s intéresseront à une technique particulière de production comme le Musée de Bourgoin- Jallieu et le Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse dédiés à l ennoblissement textile ou le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne présentant le patrimoine de la passementerie et de la rubanerie. Enfin, d autres musées s intéresseront à la matière première transformée, travaillée en vêtements, en accessoires, c'est-à-dire à ce qu on appelle la mode ou histoire du costume comme le Musée Galliera, le Musée de la mode et du textile de Paris et le Victorai and Albert Museum. Le Dictionnaire des textiles définit la mode comme «un choix, émergence, pouvoir d expression et de diffusion aussi large que possible des tendances vestimentaires. La mode est issue de l inspiration, perception et sensibilité d un créateur, elle est aussi l expression d un groupe social à chaque époque, elle développe sa propre esthétique et ses propres référents ( )» LEON Patrick, Les musées du textile et de la mode en France : Bilan, questions, perspectives, Conservatoire du patrimoine de l Isère, 2005, source interne 11 DARC Rhône-Alpes, De pied en cap-patrimoines du textile et de la mode en Rhône-Alpes, éditions La passe du vent, Genouilleux, Février BAUM Chantal, BOYELDIEU Chantal, Dictionnaire des textiles, Les éditions de l industrie textile, Paris, BAUM Chantal, BOYELDIEU Chantal, Dictionnaire des textiles, Les éditions de l industrie textile, Paris, 2002, p Léa Girardin

11 Introduction Ce tableau présente succinctement les musées étudiés dans ce mémoire et leur intérêt dans cette étude. Musées étudiés Statut juridique Fréquentation moyenne annuelle 14 Musées des Tissus de Privé service de la CCI de visiteurs Lyon Musée de la mode et du textile in le musée des Arts décoratifs Musée de Bourgoin- Jallieu Musée Galliera de Paris (expositions temporaires) Victoria and Albert Museum de Londres Musée d Art et d Industrie Musée de l impression sur Etoffes Lyon Association loi 1901 reconnue d utilité publique en convention avec l Etat Musée municipal, Ville de Bourgoin-Jallieu Musée municipal Ville de Paris Musée national, Royaume Uni Musée municipal, Ville de Saint Etienne Musée municipal, Ville de Mulhouse Particularités -Musée privé -Riche collection plus de 2 millions de pièces environ visiteurs -Très grande collection française - environ 15 Musée parisien -Musée associatif visiteurs -Gratuité -Milieu rural visiteurs visiteurs -Musée municipal de grande taille -Gratuité pour l accès aux collections permanentes -Plus grand musée dédié aux Arts décoratifs au monde -Exemple étranger visiteurs -Musée municipal de taille intermédiaire visiteurs -Musée hors Ile de France et Rhône-Alpes Toutefois, les collections de ces musées ne sont pas entièrement dédiées au patrimoine textile. En effet, selon Patrick Léon, conservateur en chef du patrimoine à l inspection des musées en Rhône-Alpes, les musées du textile et de la mode sont souvent caractérisés par leur caractère «polythématique qui mélangent musée d histoire, des techniques, des arts décoratifs, du goût. ( ) Les musées du textile parlent à voix croisées entre celle des entrepreneurs, des créateurs, des artistes, des ouvrières et des ouvriers». Le Musée de la mode et du textile de Paris dépend par exemple d une structure plus importante, les Arts décoratifs, regroupant quatre musées présentant plusieurs collections liées à l histoire des arts décoratifs, à la publicité et aux arts graphiques. De la même façon le département textile du V&A Museum partage l affiche du musée avec le département des céramiques, de la ferronnerie, des sculptures et peintures, du mobilier Le Musée des Tissus de Lyon évoqué précédemment a quant à lui séparé sa collection textile de sa collection arts décoratifs dans deux musées dirigés par une seule équipe de conservation. Le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne qui présente une large collection du patrimoine de la rubanerie et de la passementerie possède également deux collections majeures de cycles et d armes. Même le Musée de Bourgoin-Jallieu spécialisé aujourd hui dans le patrimoine de l ennoblissement textile, étant initialement un musée présentant des collections de Beaux-arts. Il continue de réserver une partie de son espace d exposition aux peintres régionaux et à l ethnologie locale. Seul le Musée Galliera de Paris et le Musée de LEON Patrick, Les musées du textile et de la mode en France : Bilan, questions, perspectives, Conservatoire du patrimoine de l Isère, 2005, source interne Léa Girardin

12 -Des musées à la rencontre de leurs publics- l Impression sur Etoffes de Mulhouse présentent exclusivement des collections dédiées à la mode et au patrimoine textile. Le Musée de la toile de Jouy, à Jouy-en-Josas aurait également pu faire partie de cette étude notamment par la richesse et la particularité historique des collections présentées 18. Cependant son profil étant fortement semblable à celui du Musée de Mulhouse et à celui du Musée de Bourgoin-Jallieu, ces deux derniers lui ont été préférés pour des raisons géographiques. Le Musée de Mulhouse se trouvant dans une autre région que Rhône-Alpes et l Ile de France, offrait une certaine originalité. Enfin, ce mémoire aurait dû prendre en compte le Centre National de la Scène et du Costume de Moulins, dont le statut est très intéressant puisqu il s agit d un EPCC. En 2006, l Etat (la Bibliothèque Nationale de France, l'opéra National de Paris et la Comédie- Française) a passé une convention avec des collectivités territoriales, la Ville de Moulins, et le Conseil général de l Allier. Néanmoins des difficultés de documentation et d information sur cet établissement m ont malheureusement conduit à renoncer à l étude de ce musée. Cette carte présente les différents musées étudiés selon leur localisation géographique Ces musées ont été étudiés suivant différentes méthodologies complémentaires : sur le terrain, en rencontrant les responsables des services dédiés à l accueil du public et à 18 Dossier de presse, Musée de la Toile de Jouy, Août Léa Girardin

13 Introduction la médiation, par l envoi de documentation, par la consultation de leur site internet Cette optique fut enrichissante car elle m a permis d aller à l encontre des professionnels du secteur. Ces recherches auprès des professionnels m ont offerts l occasion de prolonger mon expérience dans le milieu de la médiation culturelle, avec un second stage au service des publics du Musée de Bourgoin-Jallieu. A travers ces deux expériences l une dans un musée privé et l autre dans un musée municipal, j ai choisi d étudier et de comparer les services dédiés à l accueil des publics dans différents types de musées : municipaux, associatifs, nationaux, de taille et de nature de collections différentes. Le but étant de mesurer dans quelle mesure le statut de ces musées influençait-t-il leur relation aux publics et l organisation de leur service dédié à l accueil des publics. Le rôle des services des publics a été récemment réaffirmé, par l article 7 de la loi du 4 janvier 2002 sur les Musées : «Chaque musée de France dispose d'un service ayant en charge les actions d'accueil des publics, de diffusion, d'animation et de médiation 19 culturelle.» Ces services doivent alors répondre aux missions principales des musées, la conservation mais aussi la diffusion du patrimoine au plus grand nombre affirmés par l article 2 de cette loi. Ces missions font des musées français un véritable service public garant du patrimoine commun. Cependant, depuis quelques années, les déficits chroniques de l Etat et les baisses des budgets des collectivités territoriales pour le secteur culturel, ont provoqué une montée des impératifs gestionnaires et financiers dans le milieu culturel. Le musée dont la gestion est très coûteuse et le rendement limité, est l un des premiers équipements culturels touchés par ce phénomène. 20 Cette tendance est d autant plus frappante dans les musées nordaméricains comme le musée du Guggenheim de New-York. Toutefois, les musées français malgré leur statut en majorité public voient les mêmes tendances se développer. On assiste à une recherche accrue d auto financement ou de financement privé y compris dans les musées municipaux, nationaux ou départementaux. On peut alors se demander comment les musées français arrivent aujourd hui à concilier deux missions essentielles qui peuvent sembler d un premier abord contradictoires que sont l ouverture à tous les publics et le souci de bonne gestion. Les services des publics dont le rôle n a cessé de croître au cours des dernières décennies peuvent-ils être l outil charnière articulant rôle pédagogique et éducatif des musées tout en développant une politique des publics rentable à tendance commerciale? Les services des publics peuvent-ils permettre aux musées de concilier leurs différentes missions comme l ouverture du patrimoine au plus grand nombre et le respect des impératifs financiers croissants? Cette étude tâchera dans un premier temps de définir les contours encore flous des services des publics dans les musées du textile et de la mode, dans une perspective historique, de la mise en place de structures d accueil des publics jusqu à leur professionnalisation dans les années Dans un second temps, nous tâcherons d étudier le rôle d accompagnement des visiteurs et l importance des services des publics dans la mission d ouverture du patrimoine du textile et de la mode au plus grand nombre. 19 LOI no du 4 janvier 2002 relative aux musées de France in JOURNAL OFFICIEL, Le Code du Patrimoine : partie législative, Les éditions des journaux officiels, Paris, TOBELEM Jean-Michel, Le nouvel âge des musées : les institutions culturelles au défi de la gestion, Armand Colin, Paris, 2008 Léa Girardin

14 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Puis dans un troisième temps, ce mémoire s interrogera sur le rôle que peuvent jouer les services des publics dans les musées face aux impératifs gestionnaires aujourd hui de plus en plus importants à travers l exemple des musées dédiés au textile et à la mode. 14 Léa Girardin

15 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière Les musées français sont presque tous aujourd hui dotés de services des publics proposant de nombreuses activités, visites commentées, ateliers, aux visiteurs des musées. Si ce type d activités apparaît comme un élément incontournable des musées français, cette politique d animation était encore quasi embryonnaire il y a une vingtaine d années. On peut alors se demander comment s est construite cette mission nouvelle devenue aujourd hui indispensable aux musées contemporains. Dans le cas de notre étude on s interrogera sur la façon dont les musées de textile et de mode sont allés progressivement à la rencontre de leurs publics : de la constitution de leurs collections au XIXe siècle à la professionnalisation des médiateurs dans les années Dans cette première partie, nous observerons tout d abord la création des musées dédiés à la mode et au textile qui semble différente des musées traditionnels dédiés au Beaux-arts et à l histoire. Puis nous nous attarderons sur les premières démarches d accueil du public dans les musées entre 1945 et Enfin, nous évoquerons la formalisation des services dédiés à l accueil des publics depuis les années I. Les musées dédiés au textile et à la mode, une apparition atypique 1) Genèse des musées français A) Naissance des musées dédiées aux Beaux-arts sous la Révolution Française L avènement des musées français a eu lieu selon de nombreux historiens lors de la Révolution française. Cependant plusieurs historiens dont Dominique Poulot, affirment que la naissance réelle d un public du musée s est déroulée en amont dès la fin du VIII e siècle, avant la période de la Révolution. En effet, à cette période où les idées des Lumières se diffusent en Europe, notamment avec la rédaction de l Encyclopédie, on observe une forte augmentation du nombre de savants, d érudits, d écrivains et d artistes se rendant dans de nouveaux musées comme le British Museum ou la Galerie des Offices de Florence. Certes, ces lieux n étaient pas ouverts à tous mais à une certaine élite, ceux-ci constituent néanmoins les premiers publics des musées POULOT Dominique, Musée et muséologie, La découverte, Paris, 2005, p25 Léa Girardin

16 -Des musées à la rencontre de leurs publics- La Révolution française va accélérer le mouvement d ouverture des collections privées. En effet, durant cette période la confiscation des biens du clergé et de la noblesse a offert au nouveau pouvoir révolutionnaire de nombreux biens, tableaux et demeures précieuses auxquels il fallait trouver propriétaire. En 1794, l Abbé Grégoire affirme la nécessité d une appropriation par le peuple de tous les monuments du clergé et de la couronne. Il fallait également préserver ces biens précieux des pillages et de la destruction que l on nommait le Vandalisme qui sera défendu par Victor Hugo et les Romantiques au cours du XIX e siècle 22. La notion moderne de patrimoine était née. Il était alors nécessaire de préserver et de conserver ces biens pour les transmettre aux générations futures. Au sens de Patrice Béghain, le patrimoine est un «trésor que l on reçoit et que l on transmet dont une génération n est jamais que l usufruitier et le propriétaire, l usager.» Les musées seraient en partie des lieux de conservation et de diffusion de ce patrimoine commun, l Etat souhaitant conserver ces biens et les offrir à la Nation toute entière 23. A partir de ce moment là, il fut été décidé que ces biens seraient exposés et visibles de tous. Entre 1793 et 1795, de nombreux musées furent crées tel le Musée du Louvre au Palais royal des Tuileries en 1793, le Musée d histoire naturelle au Jardin du Roi, le Musée des monuments français pour conserver les biens du clergé. Selon Dominique Poulot, spécialiste de l histoire de la muséographie française, l Abbé Grégoire considérait alors les musées et les bibliothèques comme des «ateliers de l Esprit humain» 24. Il fallait montrer ces biens et ces richesses autrefois cachés au peuple et tâcher de préserver ce savoir-faire. Suivant ce mouvement, l'arrêté consulaire du 14 fructidor an IX (1er septembre 1801) sous le Consulat, conduira à la création de quinze musées dans les grandes villes de Province, notamment Lyon et Lille, pour accueillir les objets ramenés des conquêtes de Bonaparte. Sur proposition de Chaptal, ministre de l'intérieur, «quinze villes recevront des collections de tableaux, pris dans les musées du Louvre et de Versailles, après qu'il aura été disposé aux frais de la commune une galerie convenable pour les recevoir». Ces musées voulaient être de véritables Palais des Beaux-arts où le textile n avait pas sa place. B) L oubli et la disparition du patrimoine textile Durant cette période les préoccupations patrimoniales ont été concentrées sur les œuvres d art au sens académique du terme, c'est-à-dire des peintures, sculptures et demeure royales ou encore de curiosités venues de l Empire. Le textile ou les costumes ne faisaient pas partie de cet élan de préservation. En effet, le textile n était pas considéré comme une œuvre d art car l aspect esthétique de l objet n était pas sa finalité première. A l époque la hiérarchie académique distinguait les «arts majeurs», peinture, sculpture, architecture, et les «arts mineurs», liés au décor de la vie quotidienne dont le textile faisait partie. Il fallait certes que l étoffe soit belle et au goût de l époque, mais la priorité était de l utiliser pour une fin usuelle, elle servait pour un vêtement, à habiller un fauteuil, une tenture. Les tapisseries bien que provenant d un savoir-faire technique et artistique, servaient en premier lieu à isoler les pièces des demeures. Selon Jean-Louis Riccioli, conservateur du Musée de l Emperi de Salon de Provence, le textile est enfin devenu un objet de collection à part entière mais cela a pris beaucoup de temps. La prise de conscience de la nécessité de préserver le textile 22 BEGHAIN Patrice, Le Patrimoine : culture et lien social, Presses de Sciences-po, Lyon, 1998, p20 à POULOT Dominique, Patrimoine et musée : L Institution de la culture, Hachette, Paris 2006, p POULOT Dominique, «Tradition civique et appréciation de l œuvre d art dans les musées français des origines à nos jours», in GALARD Jean (dir), Le regard instruit, Action éducative et action culturelle dans les musées, La documentation Française, Musée du Louvre, Paris, Léa Girardin

17 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière a été permis entre autres grâce au travail d établissements pionniers comme le Musée de la mode de Paris (membre des Arts décoratifs) et le Musée des Tissus de Lyon. Selon lui, grâce à ces musées «le textile a gagné ses lettres de noblesses et est devenu un enjeu à part entière dans les programmes muséographiques ce qui n était pas le cas. A ce titre Marie Schoeffer, responsable de l atelier de Restauration textile du Musée des Tissus de Lyon, affirme que la Révolution a fait perdre à la France la plus grande partie de son patrimoine textile et de costumes de l Ancien Régime. On trouve très peu de robes et de costumes précieux antérieurs à la Révolution française, en témoigne l exposition «Fastes de Cours et ses cérémonies royales : le Costume de cours en Europe » organisée au Château de Versailles du 31 mars au 29 juin Le paradoxe de cette exposition vient du fait que les pièces textiles présentées à Versailles ne sont pas issues de collections françaises mais des collections venant des cours de Suède, de Grande-Bretagne, du Danemark, de Russie Un très faible nombre de costumes exposés proviennent de la cours française car la majorité de ces collections ont été détruites durant la Révolution. A la manière d un palliatif les costumes étrangers exposés, assez similaires aux costumes français de l époque permettent d avoir un aperçu de la mode française de l Ancien Régime. C est le passage par le musée qui donnera aux tissus et aux costumes leur sens même de patrimoine. Ainsi, on prendra conscience de la nécessité de conserver et de préserver ces objets pour les générations futures. Bernard Lamizet souligne cette transformation de simple objet usuel en élément de patrimoine ainsi : «Dans un musée de la mode ou du vêtement, un costume cesse d habiller et devient une forme de vêtement correspondant à un idéal social ainsi représenté. 26» La prise en compte du textile et du costume en temps que patrimoine est quant à elle plus tardive et se déroulera essentiellement au cours du XIXe siècle sous l impulsion d une autre révolution, la Révolution Industrielle. 25» 2) Les musées dédiés au textile et à la mode : une naissance tardive Ainsi les musées conservant des collections de mode et de textile sont nés d une impulsion différente de celle qui poussa à la création des musées des Beaux-arts. Ce mouvement sera plus tardif est apparaitra au XIXe siècle avec la mécanisation et la Révolution Industrielle. Cependant au regard des musées étudiés, les motifs de collecte et de l exposition de pièces textiles et de costumes semblent différents d un musée à l autre. A) Les collections textiles, vitrines du progrès technique national Dans le contexte de la Révolution Industrielle et de conquête coloniale, la concurrence entre les nations faisait rage. En effet, chaque Etat rivalisait pour montrer l avancée de son savoirfaire technique et industriel et prouver sa supériorité sur les autres nations. Les expositions universelles de la période représentent le meilleur témoignage de cette concurrence féroce. Plusieurs musées dédiés au textile et aux Arts décoratifs sont nés de cette course au progrès notamment les Arts décoratifs de Paris et le Victoria and Albert Museum de Londres. 25 RICCIOLI Jean-Louis in AUBAGNAC Gilles (dir), Réflexions sur la présentation de collections de textiles, de costume et d uniformes, éditions Farge, Lyon, 2005, p16 à LAMIZET Bernard, La médiation culturelle, L Harmattan, Paris, 1999, p 153 Léa Girardin

18 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Le Victoria and Albert Museum 27 qui est aujourd hui, le plus grand musée dédiés aux Arts décoratifs au monde est l initiateur de ce mouvement. Il est considéré par les historiens comme le musée ayant inventé le concept d Arts décoratifs : «objets comme des meubles, du tissu, de la céramique qui servent à un usage précis mais qui font preuve d un savoirfaire artistique et technique.» Ainsi, on reconnut enfin le caractère patrimonial du textile et le costume qui malgré un aspect utilitaire détenait également d un aspect esthétique. Peu après le succès de l exposition universelle de Londres de 1851, le Prince Consort et Henri Cole, le promoteur du Crystal Palace, emblème de l Exposition Universelle, étaient inquiets de la faiblesse des modèles du design Britannique au regard des modèles étrangers. Ils décidèrent donc de créer en 1852, le «Museum of manufacturer» qui devint très vite le «Museum of ornemental arts» en 1854 mêlant copies de pièces de grands maîtres comme des sculptures de Raphael ou des objets contemporains. Le but étant d associer un musée et une école, ces copies devaient fournir des modèles aux arts industriels britanniques. Selon Lesley Miller, conservateur du département textile et mode du V&A Museum, ces objets exposés servaient aussi à l industrie comme modèle d inspiration pour la production mais ils servaient aussi de vitrine d excellence pour les autres nations. 28 Dominique Poulot, parle ainsi de «pragmatisme pédagogique» 29. Plus tard, en 1899, les collections seront transportées dans le bâtiment actuel de South Kensington et le musée prendra le nom actuel de Victoria and Albert Museum, en hommage aux souverains britanniques. L Union centrale des Arts décoratifs de Paris, devenue «les Arts décoratifs» en 2004, formé de quatre musées (le Musée de la mode et du textile, le Musée de la publicité, le Musée Nassim de Camondo et le Musée des Arts décoratifs) est née en réaction à la création du Victoria & Albert Museum de Londres 30. Cette union été créée en 1882 soit trente ans après la création du musée britannique. Son but était de faire concurrence aux autres nations notamment la Grande-Bretagne. Le Musée des Arts décoratifs avait pour mission d illustrer le goût français de l époque et de soutenir la création, en constituant un fonds iconographique et un catalogue complet d échantillons de tissus. Le musée avait également pour mission de soutenir les arts appliqués à l industrie à la manière d une vitrine internationale. Il souhaitait «entretenir en France la culture des arts qui poursuivent la réalisation du beau dans l utile» 31. Le musée permit la réconciliation du «Beau» et de «l Utile» en France. Les collections furent progressivement transférées dans une aile du Palais du Louvre, lieu patrimonial hautement symbolique. Cependant, la création d un Musée de la mode et du textile autonome au sein de l Union centrale des Arts décoratifs est quant à elle beaucoup plus récente, puisqu elle date des années 80 sous le ministère Lang. En effet en 1986, le ministère de la culture souhaita intégrer à l Union centrale des arts décoratifs un espace spécifiquement dédié aux collections textiles et à la mode. Jusqu à cette période les collections textiles étaient 27 DARBY Michael, BURTON Anthony, HASKINS Susan, AYERS John, The Victoria and Albert Museum, Philip Wilson publishers, Londres, 1983, p3 à 5 28 Annexe 9 : Extrait d un entretien avec Lesley Miller, Conservatrice du département Textile et mode du Victoria and Albert museum de Londres 29 POULOT Dominique, Musée et muséologie, La découverte, Paris, 2005, p48 30 LECLERQ Jean-Paul, «L exemple du Musée de la mode et du textile de Paris», in AUBAGNAC Gilles (dir), Réflexions sur la présentation de collections de textiles, de costume et d uniformes, éditions Farge, Lyon, 2005, p16à Léa Girardin

19 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière mélangées au reste des collections. Le but de la création d un espace dédié à la mode et du textile était d intégrer aux collections anciennes la production actuelle des industries du luxe et de la mode. Il faudra cependant attendre 1997 et la réouverture du Musée des Arts décoratifs pour que le musée dispose d un véritable espace dans l aile Rohan du Louvre et prenne le nom de Musée de la mode et du textile. Initialement le musée devait retracer l histoire du costume du XVI e au XVIII e jusqu à nos jours, néanmoins les difficultés d exposition et de conservation du textile mirent très vite à mal le projet de galerie permanente. En effet, pour une année d exposition d un élément textile ancien, l ICOM préconise une conservation de douze ans en réserve à l abri de la lumière. En 2002, le musée prit sa forme actuelle, au rythme de deux expositions temporaires par an, ce qui permet un renouvellement assez rapide des pièces exposées. Ce passage à un rythme d expositions temporaires fit disparaître l unique galerie permanente présentant l histoire de la mode de Paris, puisque le musée Galliera de Paris ne présente pour les mêmes contraintes que des expositions temporaires. Le Musée Galliera de la Ville de Paris beaucoup plus récent avait été créé pour pallier ce manque. Le musée est né du don de près de 2000 costumes et accessoires de M. Leloir, collectionneur de costumes dans les années 1920, à la condition que soit créé un musée du costume pour y exposer ses pièces. C est finalement, le Musée Carnavalet, de la Ville de Paris qui accueillit ses pièces dans un espace de son parcours d exposition en Cependant la place venant à manquer dans le musée d histoire de la Ville de Paris, on transféra les collections au Musée d Art moderne de Paris puis dans son bâtiment actuel le Palais Galliera, du nom de la Comtesse qui y exposait ses collections d art au XIX e siècle. En 1977, il ouvre ses portes sous le nom de Musée Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris. L histoire du Musée Galliera est donc atypique au regard des motifs qui poussèrent à la création des musées de mode et de textile français 32. B) Des musées au service de l industrie Même si le lien entre le musée et l industrie est toujours présent dans la création de musées dédiés au textile et à la mode, certains musées ont été créés uniquement dans ce but comme le Musée d Art et d industrie de Saint-Etienne, mais aussi en partie le Musée des Tissus de Lyon. Ces musées ont été créés dans le but d éduquer les ouvriers du textile et de la Fabrique. Les musées étaient des lieux d observation et d apprentissage, le but étant de leur montrer des modèles esthétiques, qu ils devaient reproduire par la suite dans leur travail. L idée était qu en fréquentant des objets beaux, ils s en inspireraient et eux aussi créeraient des objets de qualité. Le lien entre l industrie et les œuvres exposées est alors très fort, puisque ces musées ont été créés pour servir l industrie textile. Au XIX e siècle Saint-Etienne était une ville industrielle marquée par la métallurgie, la production d armes et la passementerie. Louis Villermé en 1835 décrivait ainsi Saint- Etienne : «Le voyageur qui visite Saint Etienne est fortement étonné de trouver des ateliers de rubans et de passemens [sic] de soie dans cette ville où tant de forges alimentées par la houille versent continuellement dans l atmosphère une fumée noire et salissante 33.» 32 Musée Galliera, musée de la mode la ville de Paris : 33 DRAC Rhône-Alpes, De pied en cap-patrimoines du textile et de la mode en Rhône-Alpes, éditions La passe du vent, Genouilleux, Février 2008, p84 Léa Girardin

20 -Des musées à la rencontre de leurs publics- A Saint-Etienne le Palais des Arts fut créé en 1861 sous la pression des rubaniers, notables locaux ayant un fort pouvoir politique, qui deviendra en 1890 le Musée d Art et d Industrie. C est le seul en France à détenir cette appellation avec le Musée de la Piscine de Roubaix. L important pour le musée c est le «et» qu il existe art «et» industrie. Il dispose de trois collections majeures, le ruban et la passementerie, les armes, et les cycles. Marius Vachon, publicitaire, a beaucoup travaillé au développement de la théorie de l apprentissage au contact du Beau, notamment dans son ouvrage Le beau dans l utile publié en Il souhaitait selon Géraldine Tardy, médiatrice culturelle du Musée d Art et d Industrie, que les ouvriers puissent amener des objets du musée chez eux pour s imprégner du Beau et éduquer leur goût dans leur vie quotidienne et non plus uniquement en se rendant au musée. 34 A Lyon, ville des Soyeux et des Canuts, l idée d éduquer les ouvriers du textile aux valeurs esthétiques s est aussi développée. Ainsi, Victor Aynard, banquier qui devint président de la Chambre de Commerce et d Industrie de Lyon de 1837 à 1913, fit partie des grands partisans de l éducation des ouvriers par l exposition aux œuvres. Il prononça à ce sujet un discours resté célèbre : «Il faut instruire les ouvriers ( ) qu on les aide, en développant leur instruction, en leur donnant les moyens d étudier toutes les transformations de leur industrie ( ) On devrait user de ce puissant moyen d enseignement artistique, employé si largement par l Angleterre et l Allemagne, qui consiste à juxtaposer les écoles aux musées. Point besoin que ce soient des musées composés d œuvres originales ; des collections de copies et surtout des moulages suffisent pour l éducation générale. 35» Ce discours signe l acte de création d un musée d art et d industrie à Lyon en 1856, inauguré en 1864 et qui sera transformé en Musée Historique des Tissus de Lyon, aujourd hui devenu le Musée des Tissus. L impulsion à l origine de la création du Musée des Tissus fut double car elle avait aussi pour but de relancer la Fabrique lyonnaise, c'est-à-dire l industrie textile lyonnaise liée à la Soie, alors en perte de vitesse au XIX e siècle. En effet, Lyon disposait du monopole de la fabrication des étoffes de soie grâce au privilège accordé par le Roi François 1 er en Sous l Ancien Régime, Lyon était donc l unique ville du royaume de France à pouvoir tisser la Soie et conservait jalousement le secret de l origine de ce précieux fil. Dès 1800, l industrie se modernisa à l aide de métiers mécanisés, de teintures chimiques comme l indigo, ou encore avec l arrivé de la soie artificielle 36. Au milieu du XIX e siècle, la Fabrique lyonnaise était alors concurrencée par toutes ces avancées techniques et ses voisins européens. Elle était pour la première fois en perte de vitesse. La Chambre de Commerce prit l initiative de créer un musée qui aurait pour autre mission de relancer l industrie textile lyonnaise. En créant le Musée des Tissus et le Musée des Arts décoratifs, la CCI de Lyon souhaitait ainsi mettre en avant la qualité du mobilier et du textile lyonnais pour inspirer et motiver les industriels du textile. Le Musée des Tissus s approche alors plus d un musée des Beaux- 34 Annexe 2: Entretien avec Géraldine Tardy, médiatrice culturelle sur la collection rubans, du Musée d Art et d industrie de Saint Etienne. 35 DRAC Rhône-Alpes, De pied en cap-patrimoines du textile et de la mode en Rhône-Alpes, éditions La passe du vent, Genouilleux, Février 2008, p95 36 BLAZY Guy (dir), Le Musée des Tissus de Lyon : Guide des collections, éditions lyonnaises d art et d histoire, Lyon, Léa Girardin

21 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière arts que d un musée société exposant des étoffes plutôt que des métiers à tisser. Le souhait de Pierre Arrizoli-Clémentel directeur du musée de 1984 à 1994, était de «Réunir les plus beaux spécimens d étoffes anciennes auprès desquelles viendraient s inspirer les dessinateurs artistes, conserver les types les parfaits de la fabrication moderne ( )» Nous sommes encore dans une logique d apprentissage et d inspiration des œuvres du musée pour la création contemporaine 38. Un peu partout en France dans les régions où l industrie textile se développe des musées furent créés afin d inspirer les industriels et les ouvriers. Le Musée de Mulhouse de l Impression sur Etoffes répondra aux mêmes motifs de création en La Société industrielle de la ville décida de conserver ses plus belles créations et de compléter ses archives avec des productions venant d autres pays. L idée était encore une fois d inspirer les dessinateurs industriels dans la création de leurs motifs d impression. 39 C) Conserver un savoir-faire en voie de disparition La création de certains musées dédiés au textile et à la mode quant à eux plus récents est inscrite dans une logique différente : celle de la peur de perdre un patrimoine technique. En effet, l industrie textile française a été fortement mise à mal dans la période d après-guerre. Dès les années 70, les usines françaises dont la main d œuvre, certes expérimentée, était devenue trop coûteuse ont dû fermer leurs portes les unes après les autres. Face la perte de ces savoir-faire techniques et artistiques, certains musées se sont constitués afin de préserver la mémoire locale. Contrairement au Musée des Tissus de Lyon et au Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse, évoqués précédemment, le Musée de Bourgoin-Jallieu n a pas été initialement pensé comme un centre de ressources pour l industrie mais comme un lieu de mémoire de l industrie. 40 A sa création en 1929, le musée nommé Musée Victor Charreton, du nom d un artiste local, était uniquement dédié à la peinture et au dessin. Mais au moment de la fermeture de nombreuses usines d impression sur étoffes, on s interrogea sur la perte de cette mémoire collective. En effet, la ville de Bourgoin-Jallieu a démarré son activité d impression textile en 1787, et connut son apogée dans les années Mais de nombreuses usines ont connu un déclin dans les années d après-guerre. L activité d ennoblissement textile de Bourgoin-Jallieu n a pas totalement disparu, mais elle a évolué vers la photogravure, les applications techniques et l impression pour la Haute couture et le luxe notamment pour les Carrés de soie Hermès 41. Dès l après-guerre la question de la transmission du patrimoine textile de la ville a été soulevée. En 1948, Les Amis des Arts du musée, soutenaient déjà le projet de création d une section industrielle au musée. «Bourgoin avec son industrie très spéciale de la gravure et de l impression sur étoffes se doit de constituer un genre d archives de cette branche toute 37 DRAC Rhône-Alpes, De pied en cap-patrimoines du textile et de la mode en Rhône-Alpes, éditions La passe du vent, Genouilleux, Février 2008, p28 38 Annexe 1 : Entretien avec Cécile Demoncept, Responsable du Service culturel du Musée des Tissus de Lyon 39 et Dossier de presse : Le musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse, mai HUSS Valérie, Indiennes et Brocarts : L industrie textile en Bas-Dauphiné, Centre Alpin et Rhodanien d ethnologie, Grenoble 2000,p HUSS Valérie, L aventure Textile en Rhône-Alpes, éditions Le Dauphiné, Grenoble 2005, p26 Léa Girardin

22 -Des musées à la rencontre de leurs publics- particulière de la soierie (...) Mais l obstacle essentiel est surtout le manque de place pour cela.» 42 La prise de conscience de la perte d un patrimoine collectif sur le territoire berjallien est toutefois tardive. En 1969, l usine d impression textile Burnet-Lecomte ferme ses portes et aucun dispositif d archivage n est mis en place pour préserver la mémoire de l entreprise à Bourgoin-Jallieu. Les collections d échantillons sont alors transférées au Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse et quittent le territoire de la commune 43. Il faudra attendre les années 1990 pour que cette prise de conscience se concrétise avec la constitution de collections textiles au Musée de Bourgoin-Jallieu. A la fermeture de l Ecomusée du Nord Dauphiné en 1992, la DMF (Direction des musées de France) aide le Conseil général de l Isère à définir une ville qui recevrait ces collections, dévolues au Musée dauphinois de Grenoble, elles seront exposées à Bourgoin-Jallieu. Depuis sa réouverture après rénovation en mai 2000, le musée accueille trois parcours muséographiques permanents distincts, l un dédié aux Beaux-arts et l autre dédié à l identité industrielle textile de la région et un dernier abordant l ethnologie locale 44. L idée était de restituer au public «l aventure technique et industrielle d une population et d un territoire.» Selon Brigitte Riboreau,conservateur du musée, «il faut tenter de maintenir des savoir-faire, sans pour autant occulter les évolutions technologiques actuelles ( )» Le musée est alors perçu comme un outil au service de la mémoire collective, un instrument de lutte contre l oubli mais aussi un outil de valorisation de la création contemporaine. Le Musée de Bourgoin-Jallieu, présente aujourd hui dans son parcours permanent de nombreuses machines ayant servi aux usines d impression textile comme l usine Diederichs. Ancien cœur économique de la ville cette usine est aujourd hui détruite et a laissé place à un parc public, des parkings et un cinéma multiplexe. Le musée présente également des collections dédiées à l ennoblissement textile c'est-à-dire aux techniques de teinture, gravure, impression, apprêts et applications textiles. La présentation de photographies et les démonstrations d utilisation des métiers à tisser permettent aux plus jeunes de découvrir l histoire et le patrimoine de leur ville. De la même façon, si le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne a été créé au XIX e siècle pour une mission d éducation des ouvriers, il a lui aussi connu de profondes mutations dans la période d après-guerre. En effet dans les années 70, l industrie minière, sidérurgique mais aussi la passementerie stéphanoise subirent de plein fouet la crise économique faisant de Saint-Etienne une ville sinistrée. Nadine Besse, conservateur actuel du musée, parle alors d un nouveau rôle pour le musée, celui «d un musée comme thérapie qui accompagnerait le travail de deuil des ouvriers textile» Le musée est devenu un lieu de mémoire offrant au savoir-faire des ouvriers une légitimité patrimoniale à transmettre. 42 HUSS Valérie, Indiennes et Brocarts : L industrie textile en Bas-Dauphiné, Centre Alpin et Rhodanien d ethnologie, Grenoble 2000, p HUSS Valérie, Indiennes et Brocarts : L industrie textile en Bas-Dauphiné, Centre Alpin et Rhodanien d ethnologie, Grenoble 2000, p Dossier de presse de l exposition : «Les dessous du musée : le musée de Bourgoin-Jallieu fête ses 80 ans», du 24 avril au 20 septembre DRAC Rhône-Alpes, De pied en cap-patrimoines du textile et de la mode en Rhône-Alpes, éditions La passe du vent, Genouilleux, Février 2008, p Ibid p Léa Girardin

23 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière Le lien entre industrie et musée se fait également par l intervention de bénévoles, anciens ouvriers du textile présents au Musée de Bourgoin-Jallieu et de Saint-Etienne. Ainsi une équipe de bénévoles retraités des usines textiles de la région de Saint-Etienne viennent régulièrement au Musée d Art et d Industrie faire des démonstrations sur les métiers à tisser les rubans et la passementerie 47. Ils viennent tous les jeudis après-midi et à la demande faire fonctionner les métiers, ce qui nécessite un réel savoir-faire. La transmission de cette technique par des acteurs vivants est très importante pour la pérennisation de la mémoire. Ces techniciens permettent également d entretenir le matériel ce qui nécessite une véritable formation. La question du futur est d ailleurs cruciale pour ces musées qui exposent du matériel technique en fonctionnement. La relève de ces anciens ouvriers, appelés «gareurs» va être difficile. Que va-t-il advenir de ces machines lorsque ces personnes disparaîtront? Pour pallier ce futur manque le Musée de Bourgoin-Jallieu réfléchit actuellement à la formation d une personne en tant que «médiateur-gareur», responsable de l entretien et des démonstrations des métiers à tisser de plusieurs sites patrimoniaux de la région. Le contexte de création des musées dédiés à la mode et au textile est donc atypique au regard des musées des Beaux-arts. Ils traduisent une prise en compte de leur public dès leur création que se soit l élite industrielle ou bourgeoise capable de se procurer ces produits ou les ouvriers fabriquent ces produits. Cependant une ouverture des musées vers un public plus large et plus seulement lié à l industrie textile se fera progressivement dans la seconde partie du XX e siècle. Nous allons ainsi nous intéresser à cette prise en compte progressive des publics dans les musées français. II. Développement de la prise en compte des publics par les musées Cette partie s intéressera dans un premier temps aux prémices des activités visant l ouverture à de nouveaux publics dans les musées. Puis dans un second temps, nous nous évoquerons les principes fondateurs établis par Malraux et le ministère de la culture en faveur de la démocratisation culturelle. 1) Aller vers le public, une grande nouveauté A) Les prémices d une politique des publics dans les musées français L action envers les publics des musées afin de développer l accès à leurs collections est relativement récente. En effet, il faut attendre le début du XX e siècle pour observer les premières actions envers le public notamment dans les musées américains, puis en Europe notamment en Suède et en Belgique dans les années 20. En France, on assiste à un véritable paradoxe, si les textes fondateurs dès le XIX e siècle, prônent l importance de la mission d éducation des musées en demandant aux 47 Annexe 2 : Entretien avec Géraldine Tardy, médiatrice culturelle sur la collection rubans, du Musée d Art et d Industrie de Saint Etienne Léa Girardin

24 -Des musées à la rencontre de leurs publics- musées de «servir l instruction publique», les interventions didactiques quelles soient orales ou écrites sont très rares. Il faudra presque attendre deux siècles pour que les intentions éducatives des textes soient concrétisées 48. Ainsi, c est seulement en 1920 que le Musée du Louvre initie les premières actions envers de nouveaux publics. Jean Galard responsable du service des publics du Musée du Louvre de 1987 à 2002, parle alors de «visites pour les non-initiés», proposées aux adultes en 1920 et au public scolaire en Dans les années 30, le Front populaire a mis en place les bases d une démocratisation culturelle dans les musées. L historien Pascal Ory parle ainsi de la période : «Après avoir créé des musées du XVIII e siècle pour l élite, au XIX e siècle pour la Bourgeoisie, il fallait maintenant entreprendre des musées pour le peuple qui les ignore. En France, il faudra véritablement attendre les années d après guerre et la période 1945 à 1970 pour voir les fondements réels de la relation publics/musées. Dans les années 50, le Louvre fut le premier musée de France à formaliser une action envers les publics, il sera bientôt suivi par d autres musées parisiens. Ces prémices d actions envers le public iront tout d abord vers les publics scolaires, avec la mise à disposition de professeurs référents par l Education Nationale. Ceci permet une meilleure adéquation entre les activités proposées par les musées et les programmes scolaires. Une autre action d ouverture à de nouveaux publics, autres que les publics connaisseurs fut la gratuité accordée aux jeunes âgés de 7 ans à 16 ans les jeudis après-midi 50, jour de congés pour les enfants. Dans la lignée, le Musée des Arts décoratifs de Paris proposera dès 1951 des visites guidées et des conférences conçues pour les enfants et pour les adultes. Ces interventions sont cependant ponctuelles et limitées aux grandes institutions parisiennes. C est seulement durant la décennie 80-90, que les actions pédagogiques des musées prendront forme de façon plus généralisée. B) L impulsion de Malraux et de la démocratisation culturelle La préoccupation des musées pour leurs publics dans les années a sans doute été accrue grâce au mouvement de la démocratisation culturelle prônée par André Malraux. En effet, à sa création le 3 février 1959, le ministère de la culture, institutionnalise de grands principes d égalité républicaine d accès à la culture. En effet, lorsque De Gaulle arrive au pouvoir en 1958, une étude démontre que «seuls 3% de français vont au musée après leur vingt-quatrième année et que 55% des gens issus des classes populaires sont dans l impossibilité de cité le nom d un peintre.» De Gaulle ne pouvant laisser cette situation perdurer, il décida d établir un ministère des Affaires culturelles afin de pallier cette lacune. Malraux souhaitait s inscrire dans le prolongement de l action du Front populaire évoquée précédemment par Pascal Ory, il voulait : «Faire de la culture ce que la IIIe république a fait pour l enseignement. Chaque enfant a droit aux tableaux, au théâtre, au cinéma comme à l alphabétisation.» Ainsi la démocratisation de la culture fait partie de l essence même de l existence du ministère de la culture. 48 GALARD Jean (dir), Le regard instruit, Action éducative et action culturelle dans les musées, La documentation Française, Musée du Louvre, Paris, 2000, p Ibid p COHEN Orna, Quand l enfant devient visiteur : une nouvelle approche du partenariat école/musée, L Harmattan, Paris, 2001, p DJIAN Jean-Michel, Politique culturelle : la fin d un mythe, Gallimard, Paris, 2006, p16 24 Léa Girardin »

25 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière Le décret du 24 juillet 1959 créant le ministère, lui donna la mission suivante : «Le ministère chargé des affaires culturelles a pour mission de rendre accessible les œuvres capitales de l humanité, et d abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres de l art et de l esprit qui l enrichissent» Emancipé de la tutelle du ministère de l éducation nationale, le ministère va mettre en place ce que Philippe Urfalino appela «l invention de la politique culturelle». Malraux affirme cette volonté de séparation entre le ministère de la culture et le ministère de l Education nationale dans un discours au Sénat en décembre 1959 : «Où est la frontière? L Education nationale enseigne : ce que nous avons à faire, c est de le rendre présent. Pour simplifier [ ] il appartient à l Université de faire connaître Racine, mais il appartient seulement à ceux qui jouent les pièces de les faire aimer. Notre travail c est de faire aimer les génies de l humanité et notamment ceux de la France, ce n est pas de les faire connaître.» Malraux s inscrit dans l héritage du Front populaire avec pour objectif l égalitarisme et l accès de tous à la culture. Il travaillera au développement de sa doctrine de la démocratie culturelle dans de nombreux domaines artistiques aussi bien les Beaux-arts que le spectacle vivant avec le réseau des Maisons de la culture par exemple. Si le ministère n agit pas directement sur la démocratisation de l accès aux musées français à cette période, le contexte politique et social d ouverture de la culture au plus grand nombre a sans doute contribué à orienter les musées français vers de nouveaux publics. Le but étant d aller vers ce que Francis Jeanson appellera en 1968, dans la Déclaration de Villeurbanne, le «non- public» dans le milieu théâtral comme dans l univers muséal. 52 2) Un intérêt croissant pour les publics des musées A) Enquêter sur les publics pour mieux les connaître Pour ouvrir les musées à de nouveaux publics encore faut-il connaître le profil des personnes se rendant au musée? Dès lors, le public et le «non public» des musées ne vont cesser d être un objet d étude statistique et sociologique pour les professionnels de la culture. Dès sa création le Ministère de la culture, a mis en place une série d enquêtes annuelles et pluri annuelles afin de mieux connaître les pratiques culturelles des français, connaître leur fréquence d utilisation des équipements culturels, leur type de consommation culturelle On assiste alors à un double mouvement. D une part une impulsion, lancée par le ministère de la culture qui cherche à mieux connaitre les pratiques culturelles des français, d autre part un dynamisme dans les institutions culturelles françaises mêmes qui souhaitent mieux connaître leurs propres publics 53. Ainsi, en 1963 Augustin Girard chargé de ces enquêtes pour le Service des études et recherches (SER) introduira le principe de la quantification culturelle au sein du ministère. Il aura en quelques sortes, créé les grandes enquêtes sur les pratiques culturelles des français que l on connaît aujourd hui. 52 POIRIER Philippe, L Etat et la culture en France au XXe siècle, éditions Livre de Poche, Paris, 2000, p TOBELEM Jean-Michel, «Utilisation des études des publics et stratégies de développement des organisations culturelles», in DONNAT Olivier et TOLIA Paul, Le(s) public(s) de la culture, Presses de Sciences-po, Paris, 2003 Léa Girardin

26 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Dans les années soixante, la sociologie s empare progressivement de l étude des publics de la culture, ainsi en 1969 Pierre Bourdieu et Alain Darbel étudient le comportement des visiteurs du musée. Dans L amour de l Art, ils soutiennent la thèse d un musée comme instrument de reproduction sociale au service des classes sociales dominantes. Aux Etats- Unis, Stephan de Borhegyi réalise de nombreuses enquêtes sur les publics des musées pour étudier les caractéristiques des publics, ils ont introduit alors la notion d évaluation dans les musées. Ces séries d enquêtes font progressivement prendre conscience aux musées mais aussi aux institutions politiques comme le ministère de la culture, de la nécessité d évaluer les publics des musées afin de connaître leurs comportements et leurs spécificités et de cerner ce qu on appelle le non-public 54. En 1986, le SER deviendra le Département des études et prospectives (DEPS) du ministère de la culture 55. On distingue deux types d enquêtes statistiques, celle réalisées tous les huit ans sur les pratiques culturelles des français et les dépenses culturelles des collectivités territoriales. Le DEPS met également à jour tous les ans des données statistiques sur les pratiques culturelles des français et les publie dans le fascicule «les chiffres clés.» Il existe aujourd hui nombre de structures en charge de mieux connaître les publics notamment l observatoire permanent des publics (OPP) ou encore le bureau de l action culturelle de la DMF. Les grands musées se sont aussi lancés dans des enquêtes internes sur le terrain afin de mieux connaître leurs publics. Ainsi, des services spécifiquement dédiés à l évaluation sont nés dans certains musées comme au Musée du Louvre ou au musée des Confluences à Lyon. Dans les musées qui ne disposent pas de services d évaluation, c est bien souvent les services des publics qui sont chargés de cette mission. Ces données permettent alors de cerner au mieux le «Projet Culturel et Scientifique» de l institution et de mieux connaître les attentes de ses publics. Dans les années 1980, la Cité des Sciences et de l Industrie a par exemple étudié précisément les statistiques nationales puis a réalisé des enquêtes dans ses lieux d exposition pour tenter de définir son public potentiel et pour définir le contenu des espaces d exposition. Les enquêtes ont par exemple tâché de connaître quelle perception la population française avait des phénomènes naturels telle que la terre, le son, la matière, les tremblements de terre Ces premières grandes études constituent l une des premières prises en compte du public dans les espaces d exposition 56. Dans les années quatrevingt, le public est donc au centre des enjeux du musée au-delà de la simple mission de conservation, la mission de diffusion auprès du public prend alors tout son sens. Les musées réalisent de véritables efforts pour aller à la rencontre de leurs publics. B) Bilan : Une démocratisation culturelle toujours inachevée La multiplication des enquêtes des publics par les musées témoigne de la préoccupation nouvelle des pouvoirs politiques pour l accès à la culture des français. Cependant, selon Jean-Michel Djian au bout de cinquante ans les responsables politiques sont d accord pour 54 POULOT Dominique, Patrimoine et musée : L Institution de la culture, Hachette, Paris 2006, p POIRRIER Philippe in SAEZ Guy (sous la direction), Institutions et vie culturelle, La documentation française, Paris, 2004, p 14 à CAILLET Elisabeth, A l approche du musée : la médiation culturelle, Presse universitaire de Lyon, Lyon, 1995, p Léa Girardin

27 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière admettre que «l égal accès du plus grand nombre aux œuvres capitales de l humanité se révèle impossible en l état. 57» En 2004 un rapport du Conseil économique réaffirmait l importance de la démocratisation culturelle, qui «reste un objectif impératif puisque aucun progrès d accès à la culture ne peut être recensé». Malgré tous ces dispositifs la visite d un musée ou d une exposition ne semble pas aller de soi. Malgré les musées ont fait de nombreux efforts pour élargir le cercle de leurs visiteurs. Il est bon de rappeler dans les années 40 pour visiter le British Museum de Londres, il fallait encore plusieurs lettres de recommandation de scientifiques. La visite était accompagnée d un gardien et était limitée à trente minutes pas une de plus 58. Mais cette ouverture ne s est pas développée autant que le ministère l aurait souhaité. La démocratisation culturelle a eu un impact limité dans toutes les pratiques culturelles, théâtre, musique, patrimoine et exposition. Certes, la fréquentation des musées et monuments nationaux a fortement augmenté puisqu en 1960 on comptait 5 millions de visiteurs dans les musées nationaux et qu en 1992 ils étaient 14 millions. A titre comparatif le Musée du Louvre a reçu à lui seul en 2008 près de 8 millions de visiteurs 59. Cependant malgré une hausse globale du nombre de visiteurs dans les musées français leur taux de fréquentation reste le même entre 20 et 30% de la population. En 2003, seulement 29% des personnes interrogées par le ministère de la culture avaient visité un musée ou une exposition dans les douze derniers mois ; Alors que 65% des personnes ayant un diplôme de deuxième et troisième cycle avait visité un musée contre seulement 11% de personnes sans aucun diplôme 60. Lors d une enquête réalisée sur les publics scolaires en 1999, 12 millions d élèves n avaient fréquenté pas un musée ou une exposition dans l année de l enquête. Lorsque l on connaît l impact de cette pratique culturelle dans l enfance sur les pratiques adultes, la tâche semble difficile 61. Ces études des publics réalisées par le ministère et par les établissements culturels eux-mêmes ont participé à la constitution et à l identification de publics cibles, sur lesquels les services des publics travaillent en priorité. Dès lors les musées ont tâché de mettre en place différents dispositifs à destination de ce public identifié, gratuité, animations, supports d aide à la compréhension, afin de leur faire passer la porte du musée et aller à la rencontre de leur public. III. Vers une formalisation et une professionnalisation de l accueil des publics par les musées Malgré la grande impulsion lancée par Malraux et poursuivie par ces prédécesseurs rue de Valois, l ouverture de la culture et particulièrement des musées à de nouveaux publics est 57 DJIAN Jean-Michel, Politique culturelle : la fin d un mythe, Gallimard, Paris, 2006, p MAIRESSE François, Le droit d entrée au musée, Editions Labor, Bruxelles, 2005, p23 59 POULOT Dominique, Patrimoine et musée : L Institution de la culture, Hachette, Paris 2006, p DONNAT Olivier et TOLIA Paul, Le(s) public(s) de la culture, Chapitre VI les musées, Presses de Sciences-po, Paris, DMF, Musée et Service des publics, éditions DMF et Ministère de la culture et de la communication, Paris, Ecole du Louvre, Acte du colloque du 14 et 15 octobre 1999, p 145 Léa Girardin

28 -Des musées à la rencontre de leurs publics- restée limitée. Les musées ont donc dû renforcer leurs actions envers les publics notamment par la création de services entièrement dédiés à cette fonction. 1) La formalisation des services des publics : le «temps des publics» A) Le développement des services d accueil au public dans les années Dans les années de nombreux musées se sont dotés de personnels entièrement dédiés à l accueil du public, afin de l accompagner dans la visite de l exposition et de lui donner des clés de compréhension nécessaires. Cette structuration récente des services dédiés à l accueil des publics a été soutenue par deux mouvements. D une part l Education Nationale qui a activement participé au développement des services des publics dans les musées, notamment par le détachement de professeur pour l élaboration des visites et des activités à destination des publics scolaires. D autre part, les élus locaux ont pris progressivement conscience de l atout que pouvait représenter un musée dans la vie culturelle locale, notamment comme outil de valorisation touristique. Les élus locaux étaient alors plus enclins à augmenter les budgets et subventions des musées concernés leur permettant de développer de véritables services pour l accueil des publics 62. L offre d accompagnement des publics établie dans les années 1980 est sensiblement la même qu aujourd hui : visites commentées, ateliers pédagogiques, conférences On peut cependant noter à l heure actuelle un recours de plus en plus courant aux outils multimédias et audiovisuels. Ce développement des activités envers les publics des musées a nécessité de nouvelles formations professionnelles et universitaires. Dans les années 1990, l Ecole du Louvre a mis en place un premier programme d enseignement sur les publics, ce qui a été suivi par de nombreuses facultés qui ont mis en place des programmes consacrés à la médiation culturelle 63. La médiation est un sujet très à la mode si bien que les formations publiques et privées avec des écoles comme l EAC se sont multipliées dans toute la France. Cependant les débouchés professionnels restent quant à eux limités. Cette situation laisse craindre pour l avenir des jeunes suivant des formations spécialisées sans pour autant être sur d obtenir un emploi dans ce secteur une fois diplômés. C est dans cette période que les musées étudiés se sont progressivement dotés de services dédiés à l accueil du public. Ainsi le Musée des Tissus de Lyon a engagé une personne à mi-temps chargée des visites guidées pour les groupes et une autre pour les réservations en Au début ces deux personnes étaient assistées par deux conférencières réalisant les visites. Le service s est progressivement structuré en 2007, avec l embauche d une responsable de service à plein temps accompagnée d une assistante responsable du standard et des réservations. Le musée travaille maintenant avec une vingtaine d intervenants, guides-conférenciers, plasticiens, professionnels de la mode, artistes du spectacle... Cependant toutes ces personnes sont engagées par des 62 TOBELEM Jean-Michel, Le nouvel âge des musées : les institutions culturelles au défi de la gestion, Armand Colin, Paris, 2008, p Marie-Clareté O Neille, in DMF, Musée et Service des publics, éditions DMF et Ministère de la culture et de la communication, Paris, Ecole du Louvre, Acte du colloque du 14 et 15 octobre Annexe 6 : Historique de l organisation du Service Culturelle du Musée des Tissus de Lyon 28 Léa Girardin

29 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière contrats vacataires, donc bien souvent précaires. 65 Le service des publics du Musée d Art et d Industrie s est formalisé lui aussi dans les années 2000, tout comme le musée de Bourgoin-Jallieu, lors de la réouverture du musée après rénovation. Le développement des services des publics s est donc d abord déroulé dans les grands musées parisiens puis s est progressivement diffusé vers des structures plus petites dans les villes de province, les musées de textiles et de la mode suivant l évolution nationale. Le développement des services des publics est donc récent au regard de l histoire des musées français et date seulement d une quinzaine d années. L importance de l accès à la culture pour tous a été affirmé par l article 140 la loi du 29 juillet 1998 :«L égal accès de tous à la culture tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive aux vacances et loisirs, constituent un objectif national. Il permet l exercice effectif de la citoyenneté.» Si cet article a poussé au développement de service d accueil dans les musées c est cependant la loi du 4 janvier 2002 sur les musées de France qui institutionnalisera les services des publics dans les musées 66. B) L apport de la loi du 4 janvier 2002 sur les musées La loi sur les musées du 4 janvier 2002, intégrée dans le chapitre IV du Code du patrimoine 67 va enfin donner une véritable reconnaissance officielle à l existence des services des publics. Elle affirme tout d abord dans son article 2, la mission d éducation et de diffusion du patrimoine au plus grand nombre, comme étant l une des missions principales des musées. Article 2, loi du 4 janvier 2002 : a) Conserver, restaurer, étudier et enrichir leurs collections ; b) Rendre leurs collections accessibles au public le plus large ; c) Concevoir et mettre en œuvre des actions d'éducation et de diffusion visant à assurer l'égal accès de tous à la culture ; d) Contribuer aux progrès de la connaissance et de la recherche ainsi qu'à leur diffusion.» La loi du 4 janvier 2002 sur les musées dans son article 7 prévoit également l obligation pour le musée de se doter d un service dédié à la médiation et à l accueil du public pour l obtention du label «Musée de France», très important pour légitimer une collection patrimoniale. «Les droits d'entrée des musées de France sont fixés de manière à favoriser leur accès au public le plus large. Dans les musées de France relevant de l'etat, les mineurs de dix-huit ans sont exonérés du droit d'entrée donnant accès aux espaces de présentation des collections permanentes. Chaque musée de France dispose d'un service ayant en charge les actions d'accueil des publics, de diffusion, d'animation et de médiation culturelle. Ces actions sont assurées 65 Annexe 1 : Entretien avec Cécile Demoncept, responsable du service des publics, du Musée des Tissus et Annexe 4 : Entretien avec Priscilla Packer, Guide conférencière au Musée des Tissus de Lyon 66 DURAND Micheline, «la culture, une priorité pour tous et un droit fondamental, A quelles conditions? Rôle des médiations? in Musées et collections publiques de France, N : 253, janvier LOI no du 4 janvier 2002 relative aux musées de France in JOURNAL OFFICIEL, Le Code du Patrimoine : partie législative, Les éditions des journaux officiels, Paris, 2005 Léa Girardin

30 -Des musées à la rencontre de leurs publics- par des personnels qualifiés. Le cas échéant, ce service peut être commun à plusieurs musées. 68» Cependant cette loi détient certaines limites, si elle oblige les Musées de France à se doter de personnel en charge de l accueil du public, elle ne précise ni leur statut ni leur nombre. Ce manque de précisions dans le texte de loi donne lieu à de grandes disparités d un musée à l autre. Selon Christian Goyon, chef du département des publics à la DMF : «Il existe bien souvent un décalage entre les grands musées disposant d un service culturel et de personnel qualifiés et les petites structures où se sont les agents de surveillance voir des bénévoles qui accueillent le public.» 69 Pour les petits musées il est coûteux de se doter de personnel dédié à l accueil des publics, les équipes sont donc très réduites. Ainsi au Musée de Bourgoin-Jallieu, c est la loi du 4 janvier 2002 qui a poussé à la création d un service en charge de la relation avec le public. En effet, après sa rénovation en 2001, le musée a obtenu le Label de Musée de France, il a donc dû mener une politique particulière envers les publics. Le responsable du service étant seul, il est soutenu ponctuellement par deux associations pour les visites commentées et les ateliers de borderie 70. Au musée de l impression sur Etoffes de Mulhouse par exemple, il n existe aucun poste entièrement dédié à la conception d une politique d accueil du public. En effet, en plus du conservateur, l équipe est composée de deux assistants de conservations en charge de la communication, des ateliers, des visites du musée 71 Malgré sa renommée, le musée Galliera de la Ville de Paris, ne dispose que deux personnes employées à plein temps pour développer des actions pédagogiques, et les activités à destination des publics spécifiques. Le musée de Saint-Etienne est doté d un service nouvellement géré par deux assistants qualifiés de conservation et de huit médiatrices vacataires, dont l une est spécialisée pour les collections de ruban et de passementerie. D autre part, d autres musées disposent d une véritable armée de médiateurs notamment le V&A Museum de Londres qui fait figure de modèle en la matière. Le V&A quant à lui dispose de deux services distincts, un dédié l action pédagogique et éducative pour petits et grands car cela va jusqu à la formation continue «Education departement» et un autre dédié au public individuel, touristes, familles..«events and activities». Le personnel dédié à l accueil du public est alors très nombreux. En ce qui concerne le musée de la Mode et du Textile de Paris, le service d activité est regroupé pour les quatre musées de l Union centrale des arts décoratifs. La répartition des activités se fait en fonction du type de public, individuel, groupes, personnes en situation de handicap. On retrouve alors trois responsables en fonction des types de publics :une pour les activités culturelle, une l action éducative en lien avec le public scolaire et une personne chargée des Programmes culturels. 68 Cette loi ne s applique cependant qu aux musées disposant du label Musée de France, c'est-à-dire des musées «appartenant à l'etat, à une autre personne morale de droit public ou à une personne morale de droit privé à but non lucratif». Cette appellation réservée aux établissements qui en font la demande et constitue désormais un label clairement 69 GAUTIER Pascal, L accueil et la visite dans les musées, les références de qualité, Agence française de l ingénierie touristique et la DMF, Paris 1998, p Annexe 5 : Entretien avec Olivier Lossi, responsable du service en relation avec le public du Musée de Bourgoin-Jallieu 71 Entretien avec Cécile Dumesnil, Chargée de communication pour le musée de l impression sur Etoffes de Mulhouse. 30 Léa Girardin

31 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière identifiable par le public. La loi du 4 janvier 2002, ne s applique donc pas à tous les musées. Les musées ne disposant pas du label Musée de France ne sont donc pas contraints de mener un politique d accueil des publics spécifique. Dans une enquête réalisée dans les établissements patrimoniaux de Rhône-Alpes en 2006, l Association médiation culturelle s était intéressée à la présence des services des publics dans les musées et plus d un tiers (36 %) des institutions interrogées déclaraient ne pas avoir de service des publics. Parmi elles, la moitié des musées non labellisés n en avait pas. 72 Ceci traduit encore une grande disparité entre les institutions patrimoniales. Les services des publics sont très répandus dans les musées français mais ces services ne sont pas encore généralisés dans tous les musées. La loi du 4 janvier 2002, si elle oblige les musées de France à établir une politique des publics, son manque de précision ne garantit pas une homogénéité de l accueil des publics dans tous les musées labélisés «Musée de France». 2) Diversité des statuts : un accueil dans les musées encore flou A) Une appellation multiple Le nom même des services dédiés à l accueil des publics n est pas défini. En effet, on entend différentes appellations pour bien souvent les mêmes fonctions. Ces services peuvent se nommer de différentes façons : service des publics, service culturel, service pédagogique, service médiation Toutes ces appellations convergent cependant toutes vers le même type de missions : accueil des publics, conception de supports de médiation, programmation culturelle et éducative Dans une enquête réalisée dans les établissements patrimoniaux de Rhône-Alpes en 2006, l Association médiation culturelle s était intéressée à l intitulé des services dédiés à l accueil des publics. Cette enquête a montré que l intitulé «service des publics» était le plus utilisé en Rhône-Alpes à 42,2%. Ensuite, c était souvent une appellation précisant les missions du service qui lui était préférée comme «service d animation, action/médiation culturelle, pédagogique ou éducative à 33,3%. Enfin l appellation «service culturel» est quant à elle encore plus rare en Rhône-Alpes car elle ne concerne que trois institutions patrimoniales interrogées dont le Musée des Tissus de Lyon 73. Cette diversité d appellations se retrouve également du côté des musées dédiés au textile et à la mode. Au Musée des Arts décoratifs on parle de service des publics regroupant service de documentation, photothèque et département pédagogique et culturel. Au Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne, on parle de service de service des publics, cependant, les personnes en charge des visites et des ateliers sont des médiateurs culturels. Au Musée Galliera, le service se nomme service éducatif et culturel, ce qui mêle à la fois travail à destination du jeune public et d un public plus spécialisé. Au Musée des Tissus, le service des publics, est devenu en 2007 «service culturel», sur décision du nouveau conservateur Maria-Anne Privat Savigny. L équipe du musée ne souhaitant pas nommer le service animation ou service pédagogique, cet intitulé qui était jugé trop réducteur car limité à l accueil des enfants. Elle ne souhaitait pas non plus le 72 DAVALLON Jean, TAUZIN Karine, Etat des lieux des professionnels de la médiation culturelle en Rhône-Alpes, Laboratoire Culture et Communication( recherche sur les institutions et les publics de la culture) de l université d Avignon pour l association Médiation culturelle, Lyon, février 2006, p Ibid p 27 Léa Girardin

32 -Des musées à la rencontre de leurs publics- nommer service médiation, car selon Cécile Demoncept, responsable du service culturel, le mot médiation lui rappelle l idée du conflit or selon ses mots «le musée n est en aucun un lieu de conflit entre une œuvre et le public, bien au contraire» 74. De plus, l appellation médiation, s il est de plus en plus en vogue est souvent mal compris du grand public, qui l associe bien souvent en premier lieu au vocabulaire juridique. Au Canada, on préfère par exemple parler de «communicateur» et non de médiateur 75. Cette hétérogénéité crée parfois une certaine confusion pour le public qui ne sait quel service contacter afin de préparer sa visite. Ce tableau résume les intitulés des différents musées étudiés dans le cadre de ce mémoire. Musée Musée des Tissus de Lyon Musée de Bourgoin-Jallieu Musée d Art et d industrie de Saint-Etienne Musée du Textile et de la mode de Paris (in Musée des Arts décoratifs) Musée Galliera, Paris Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse Victoria and Albert Museum, Londres Intitulé du service dédié à l accueil du public Service culturel Service des publics Service des publics Service des publics commun aux 4 musées : -Service documentation - Photothèque -Département pédagogique et culturel dont Activités culturelles Action éducative Programmes culturels Service éducatif et culturel Pas de service clairement défini Education department Event and activities department B) Une grande diversité d organisation dans les musées La loi du 4 janvier 2002 oblige les musées de France à se doter de personnel responsable de la politique des publics, cependant elle n en précise pas les modalités. Malgré la multiplication de formations liées à la médiation culture on trouve encore une grande diversité de modes d accueil et de types de personnel au service des publics dans les musées. En plus d une grande disparité entre les institutions, il existe une très grande disparité entre les personnels mêmes des musées notamment entre les responsables de services et le personnel qui accueille le public dans les salles d exposition, conférenciers, intervenants... Les responsables de service sont bien souvent issus de la fonction publique territoriale. En effet, le personnel des services des publics s est professionnalisé notamment par la création du corps des ingénieurs des services culturels sous le régime de la fonction publique territoriale. Le concours d attaché de conservation de la fonction publique territoriale, option médiation a été créé par le décret du 8 octobre Le premier concours de recrutement de ces personnels a été effectué très récemment en Ces personnels en poste jouissent donc de la protection et des avantages de la fonction publique territoriale. 74 Annexe 1 : Entretien avec Cécile Demoncept, Responsable du Service culturel du musée des Tissus de Lyon 75 CAILLET Elisabeth, A l approche du musée : la médiation culturelle, Presse universitaire de Lyon, Lyon, 1995, p TEHOVAL Brigitte, «Professionnaliser les services des publics» in DMF, Musée et Service des publics, éditions DMF et Ministère de la culture et de la communication, Paris, Ecole du Louvre, Acte du colloque du 14 et 15 octobre Léa Girardin

33 Partie 1 : Les musées de mode et de textile et leurs publics : une relation particulière D autre part, les acteurs du terrain, conférenciers, médiateurs et intervenants ne sont pas logés à la même enseigne. Ils sont bien souvent vacataires, c est-à-dire sous contrat avec le musée en question mais rémunérés au prorata du nombre d heures réalisées pour le musée. Ce personnel au statut précaire est bien souvent obligé d effectuer une activité complémentaire dans une autre institution culturelle ou une association. Par exemple, Jean- Marc Jacob, plasticien vacataire au musée des Tissus de Lyon 77, travaille également pour plusieurs associations comme «Art et développement». Il travaille également pour un programme culture et prison, dans les prisons de Lyon, et également pour les ITEP (Instituts éducatifs, thérapeutiques et pédagogiques). Son activité au Musée des Tissus est très variable d un mois à l autre en fonction des demandes d ateliers créatifs, d anniversaires au musée Il s agit d un exemple parmi tant d autres mais il est représentatif de la précarité de la plus part des personnels travaillant dans la médiation culturelle. Les médiateurs du Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne sont par exemple en litige actuellement avec leur employeur, la mairie de Saint-Etienne afin de faire requalifier leur contrat de travail. La situation des médiateurs culturels est donc encore aujourd hui assez complexe et inégalitaire d un poste à l autre, et d une institution à l autre. Alain Joubert dénonce ce paradoxe, selon lui malgré la création d un statut de la fonction publique territoriale pour les services culturels, cette activité est bien souvent «assurée par du personnel vacataire, ou contractuel à temps partiel, en situation de précarité, mal rémunéré, or la fréquentation des musées dépend de ces derniers. La question de la pérennisation de ces nouveaux métiers est donc à poser» Enfin, on oublie bien souvent le rôle du personnel d accueil et de gardiennage qui représente lui aussi l un des premiers contacts que reçoit le visiteur à son arrivée au musée. Selon John Reeve, directeur du département de l éducation du British Museum de Londres, on a tendance à oublier que «dans un musée tout membre du personnel est un pédagogue en puissance 79.» La question de l accueil des publics est progressivement devenue centrale dans les musées contemporains. Le public a pris tellement d importance dans les musées que Dominique Poulot se demande même si on ne serait pas entré dans un nouvel âge dans l histoire des musées : «le temps des publics». Les services des publics ont donc une histoire complexe mais relativement récente au regard de la création des premiers musées français. Leur structuration tardive tend à se stabiliser progressivement et s homogénéiser depuis les années Les contours de leurs missions semblent également se clarifier, ce qui sera l objet des deux prochaines parties de cette étude. Dans cette prochaine partie, ce mémoire tâchera d analyser la mission de transmission du savoir et le rôle pédagogique des services des publics des musées de la mode et du textile Annexe 3 : Entretien avec Jean-Marc Jacob, Plasticien pour le Musée des Tissus de Lyon 78 DE BARY Marie-Odile, TOBELEM Jean-Michel, Manuel de muséographie : petit guide à l usage des responsables de musées, Paris, 1999, p John Reeve in GALARD Jean (dir), Le regard instruit, Action éducative et action culturelle dans les musées, La documentation Française, Musée du Louvre, Paris, 2000, p 89 Léa Girardin

34 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics Avec l avènement de ce que Dominique Poulot appelle «le temps des publics», les publics sont devenus le centre des préoccupations des musées. Les objectifs de fréquentation et de démocratisation culturelle sont devenus l une des missions primordiales des gestionnaires des musées alors que le profil sociologique des visiteurs du musée ne semble guère avoir changé. Les services des publics des musées ont donc développé une série d outils afin d élargir le cercle de leurs visiteurs. On s interrogera sur la façon dont les musées contemporains réalisent leur mission de «diffusion et d éducation» en particulier vers le jeune public, visiteur adulte en puissance. Cette seconde partie s intéressera aux différentes missions des services des publics des musées aujourd hui. Notamment leur rôle d accompagnement vers les collections de mode et de textile. Puis cette étude se concentrera sur l accueil d un public particulier, le jeune public en tâchant de comparer ce qui différencie jeune public et public scolaire. I. Ouvrir le «musée-temple» au plus grand nombre Si bien souvent l action culturelle envers les publics des musées a commencé vers les publics scolaires, petit à petit le champ de diffusion de la médiation s est élargi pour aller vers de nouveaux publics, tous les publics. Yvan Mathevet, ancien responsable du service des publics du Musée d Art moderne de Saint-Etienne, aujourd hui responsable du service médiation du musée des Confluences parle alors «du service des publics comme un service 80 pour tous les publics». Par tous les publics, on entend, le public scolaire, le public familial, les adultes, les enfants, les touristes, les néophytes, le public spécialisé, enseignants, universitaires, étudiants, les personnes en situation de handicap Le service des publics est alors là pour accompagner ce large panel de visiteurs à travers les collections du musée. 1) Offrir des aides à l interprétation par la médiation A) Pacifier les relations entre le visiteur et le musée Le rôle premier du service des publics est d aider le visiteur à accéder aux collections. Cette démarche n est pas aisée car les modes de transmission du savoir sont très importantes. Si l exposition et la scénographie représentent une forme de médiation entre l œuvre et le public en elle-même, bien souvent le visiteur a besoin d une aide à la compréhension 80 DMF, Musée et Service des publics, éditions DMF et Ministère de la culture et de la communication, Paris, Ecole du Louvre, Acte du colloque du 14 et 15 octobre 1999, p Léa Girardin

35 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics complémentaire. En 1971, lors de la Conférence générale sur le rôle éducatif des musées l ICOM affirmait le rôle d accompagnement des services des publics des musées : «Nous reconnaissons qu il ne suffit plus de simplement exposer des collections quelles qu elles soient, mais il faut aider leur message à pénétrer en profondeur. En effet, l idée de la médiation culturelle est de faire le lien entre deux univers a priori opposés et conflictuels. Le mot médiation vient en premier lieu du vocabulaire juridique et du droit international. Selon Le lexique des termes juridique Dalloz, le terme médiation est définition ainsi il s agit d un «mode de règlement politique des conflits internationaux consistant dans l interposition d une tierce puissance qui ne se borne pas à persuader les parties de s entendre mais de leur proposer une solution». Dans le domaine culturel le terme médiation est moins fort mais il sous entend, une sorte de conflit apriori entre l œuvre exposée et le regard du visiteur. Le médiateur culturel par son discours et par les activités qu il propose permettrait alors de pacifier ce conflit, en allant vers une compréhension de l exposition. Jean Galard, ancien responsable du service des publics du Musée du Louvre a «la conviction que le regard a besoin d être instruit pour que les œuvres d art soient visibles et que leur sens puisse se faire entendre. 83 Les publics des musées sont nombreux et n ont pas les mêmes attentes, le travail du service des publics est en partie de trouver un discours adapté à chaque type de visiteurs. Cette transmission des connaissances peut se faire de différentes façons, par le discours et la présence humaine. C est le rôle des guides et des conférenciers que nous étudierons plus amplement par la suite. La visite guidée offre une médiation personnelle entre l œuvre et le visiteur. Cet échange entre le patrimoine et le public peut également se faire par des dispositifs techniques d aide à la compréhension, signalétique complémentaire à l exposition initiale, documents audiovisuels ou dispositifs multimédias. La mise à disposition de livrets pédagogiques pour les visites en famille en est un bon exemple. Le médiateur doit également s adapter à tous les types de publics, ainsi le service des publics doit offrir différents degrés de lecture aussi bien pour les visiteurs de passage que pour les connaisseurs comme un ingénieur textile. L association Médiation culturelle, regroupant de nombreux responsables de services des publics de musées en Rhône-Alpes, tâche de définir la médiation culturelle dans sa charte pour la médiation culturelle. Elle lui donne la définition suivante : «Cette notion est utilisée dans le sens de «technique de communication culturelle», de «vulgarisation», d «animation» ou bien d «action culturelle» (...) 84» Ainsi tous les musées dédiés au textile et à la mode étudiés proposent tous des activités à destination de tous types de visiteurs aussi bien des visiteurs très spécialisées et que des touristes de passage ou des enfants de très jeune âge. Par exemple le Musée des Tissus de Lyon propose pour les tous petits dès l âge de deux ans, une activité appelée «Eveil muséal» mêlant découverte des œuvres du musée et ateliers créatifs adapté aux» 82 81» 81 ICOM : www. icom.museum.fr 82 GUIILLIEN Raymond, VINCENT Jean, Lexique des termes juridiques, Dalloz, 14 e édition, Paris, GALARD Jean (dir), Le regard instruit, Action éducative et action culturelle dans les musées, La documentation Française, Musée du Louvre, Paris, 2000, p10 84 Association Médiation culturelle, Vers une charte déontologique de la médiation culturelle, Lyon 2008 sur Léa Girardin

36 -Des musées à la rencontre de leurs publics- tous petits. D autre part, le musée propose des visites commentées du Musée des Arts décoratifs de Lyon complétées par la visite de l atelier d un artisan d art réservée à un public connaisseur ou aux écoles d art. Le Victoria&Albert Museum de Londres va même plus loin dans l offre d activités puisque le musée à mis en place un véritable programme de cours sur l histoire de l art et la technique dans l enceinte même du musée à destination des adultes étudiants ou professionnels 85. Et en même temps il propose aux adolescents des ateliers de photographie de mode ou de création de costumes pour le Carnaval de Notting Hill et même de créations de mangas. Les musées réalisent une sorte de grand écart s adressant aux néophytes comme aux experts. Les services des publics doivent donc utiliser différents supports afin de proposer différents degrés de lecture afin que chaque visiteur puisse trouver son propre chemin dans le musée. Le «musée-temple» se transformerait presque en «musée-forum» ouvert à tous. B) Le médiateur comme «passeur culturel» Lorsque l on pense médiation et service des publics, on pense bien souvent aux visites commentées dans les musées. Si les grands musées sont dotés le plus souvent d audio guides, standardisés et impersonnels, certains musées travaillent encore avec des conférenciers ou médiateurs. Ces derniers conservent leurs médiateurs car ils n ont pas les financements pour s équiper d audio guides, d autres offrent le choix à leurs visiteurs entre la machine et l humain comme c est le cas au V&A Museum de Londres ou au Musée des Arts décoratifs de Paris. L audio guide est parfois perçu comme un substitut économique de la visite guidée par son manque de chaleur humaine. 86 Le choix de conserver des guides se fait notamment par l importance de l aspect humain et chaleureux qu ils confèrent à la visite d un musée. Le terme de «passeur culturel» emprunté à Jeanne Pot, responsable de l accueil des publics des musées d art et d histoire de Genève illustre bien le rôle du médiateur culturel 87. A la manière du passeur sur le fleuve, le médiateur amène personnellement le visiteur vers l œuvre exposée. Michèle Gellereau quant à elle parlera de «passeur-orienteur» qui offre les clés de lecture aux visiteurs, voir même d un ambassadeur de l institution. Cependant le guide ou conférencier doit veiller à laisser une partie de subjectivité au visiteur pour que son discours ne se transforme pas en «filtre de perception», voir même en «œillère». 88 Selon Michèle Gellereau, le guide conférencier ou médiateur interprète l exposition en triant, démêlant, dévoilant, révélant un message au public. Pour cela dans un premier temps il explique, il donne les clés de compréhension du tissu ou du costume exposé, puis il traduit, il essaie de rendre lisible l univers exposé, enfin il crée à la manière d un acteur, il adapte son rôle à chaque type de visiteur, il recrée un nouveau discours. 85 Annexe 10 : Extrait d un entretien avec Heather Whitely, Families manager pour le Learning and interpretation departement, Victoria and Albert Museum de Londres 86 GOB André DROUGUET Noémie, La muséologie : histoire, développements, enjeux actuels, Arman Colin, 1 er édition 2003, 2 e édition, Paris, 2006, p LOSSI Olivier, Les métiers du patrimoine dans les «musées de France : le médiateur, Ministère de la culture et de la communication-préfecture de la région Rhône-Alpes-DRAC, Dossier «Musées de France en Rhône-Alpes» sur rhone-alpes)- 5 mai GELLEREAU Michèle, Les mises en scène de la visite guidée : Communication et médias, L Harmattan, Paris 2005, p97 36 Léa Girardin

37 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics Les différentes personnes rencontrées en charge de l accueil des publics dans le cadre de cette étude m ont souligné le caractère personnel de la relation entre un conférencier ou un médiateur et le public qu il accueille. Ainsi Jean-Marc Jacob, plasticien intervenant au Musée des Tissus de Lyon, parle de son rôle comme d un «accompagnement du regard», il se perçoit comme «une interface, une courroie de transmission». Mais ce qu il privilégie dans sa fonction au sein du musée c est le côté humain de son travail, notamment dans l accessibilité d un patrimoine difficile qu est le tissu. 89 Priscilla Packer, guide conférencière au Musée des Tissus de Lyon, illustre tout à fait le discours de Michèle Gellereau et souligne l apport humain du médiateur culturel. «Le guide conférencier est là pour donner des clés aux visiteurs. Il donne des clés pour trouver son chemin surtout pour le tissu, c est quelque chose de très technique. Il offre aussi un enrichissement personnel, il ajoute une anecdote, il rend la visite personnelle, on raconte l «histoire» avec un petit «h». On rend la visite plus vivante, pus humaine, on n est pas des audio guide. 90» André God résume bien les différentes particularités de la visite commentée contrairement à une visite libre. La visite guidée tout d abord ne s appuie pas sur les textes de l exposition mais sous la forme d un commentaire tourné vers l anecdote. Le guide attire le regard vers certains éléments de l exposition, au final il peut arriver que l interprétation du guide soit légèrement différente de celle du commissaire de l exposition 91. La visite guidée dans les musées de mode et de textile est bien souvent une aide clé pour un patrimoine peu accessible et complexe pour le grand public. En effet, un tissu ou un costume présenté nécessite bien souvent des précisions sur la technique employée pour sa réalisation, une mise en contexte historique et sociale de l utilisation de cet objet. Le textile est un patrimoine particulier et difficilement accessible, ceci est souvent dû aux difficultés de conservation du textile. Les pièces doivent être protégées de la lumière du jour, placées dans un environnement particulier, souvent sous vitrine. Ceci crée une barrière supplémentaire entre le visiteur et l œuvre exposée que le médiateur doit dépasser. Si la visite guidée est appréciée du grand public, elle l est aussi d un public plus spécialisé, qui souhaitera obtenir des informations plus pointues. Cette phrase d Olivier Lossi, responsable du service des publics du Musée de Bourgoin- Jallieu, résume bien la tâche complexe du travail de médiateur culturel. «Le médiateur est un passeur multi-tâches et polyphonique. Il reste avant tout un professionnel dans l art d entremettre des connaissances, les savoirs, les pratiques avec toutes les catégories sociales et professionnelles» Annexe 3 : Entretien avec Jean-Marc Jacob, plasticien au Musée des Tissus de Lyon 90 Annexe 4 : Entretien avec Priscilla Packer, Guide conférencière au Musée des Tissus de Lyon 91 GOB André DROUGUET Noémie, La muséologie : histoire, développements, enjeux actuels, Arman Colin, 1 er édition 2003, 2 e édition, Paris, 2006, p LOSSI Olivier, Les métiers du patrimoine dans les «musées de France : le médiateur, Ministère de la culture et de la communication-préfecture de la région Rhône-Alpes-DRAC, Dossier «Musées de France en Rhône-Alpes» sur rhone-alpes)- 5 mai 2005 Léa Girardin

38 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Cependant, le médiateur culturel et la visite commentée ne sont pas les seuls outils à disposition des musées pour ouvrir leurs portes à de nouveaux publics, la mise en place d une programmation culturelle riche est également un moteur d ouverture. 2) Découvrir le musée «autrement» A) Le rôle de la programmation : contes, spectacles, événements au musée Aujourd hui de plus en plus de musées développent une programmation artistique dans leurs murs. Ainsi, il est tout à fait possible d écouter un concert dans une salle du musée ou encore de regarder un spectacle de danse. Ce mélange des genres, mêlant patrimoine et spectacle vivant s est fait progressivement dans de nombreux établissements français. Les œuvres du musée servent bien souvent de décor ou d inspiration aux artistes venus s y produire. A l inverse, le spectacle vivant constitue une porte d entrée différente pour un visiteur peu habitué des salles de musées. Il aide le visiteur à se sentir chez lui. Cette politique active d ouverture à d autres genres est largement développée au Musée des Tissus de Lyon et cela grâce à la volonté du conservateur du musée Maria - Anne Privat Savigny. En 2007, elle souhaitait déjà : «Donner vie au textile en introduisant le spectacle vivant dans les collections, danse, théâtre, marionnettes permettent de porter un 93 autre regard sur les œuvres». Dans un article publié dans ELLE 94, elle parle même de faire venir au musée le Pokemon Crew, une troupe de Hip-Hop renommée dans la région lyonnaise. Le mélange des genres ne lui fait pas peur. Depuis son arrivée, le spectacle vivant a pris une place sans cesse importante dans la programmation du service culturel. Cette année le musée a accueilli par exemple à plusieurs reprises des concerts de musique de chambre, de musiques du monde la salle des tapis orientaux, mais aussi une danseuse indienne pour des contes dansés. Le musée propose également des spectacles pour le jeune public durant les vacances scolaires, notamment des contes et spectacles comme «Si Peau d Âne m était conté» en Le Musée des Tissus propose également de nombreux contes pour enfants. Priscilla Packer, conférencière et conteuse pour le musée, souligne l apport du conte à la découverte des collections par ces propos : «En premier lieu le conte est un amusement, un divertissement mais il est en fait un véhicule pour transmettre des informations sur le musée. Le conte est un effet secondaire pour faire apprendre des choses. Cela ne doit pas être seulement un exercice pédagogique. Mais depuis toujours les Contes ont un rôle indirect d enseignement, de morale, les rois avaient des conteurs à la cour Au Musée de Bourgoin-Jallieu, on reçoit aussi des artistes en partenariat avec le Théâtre Jean-Villar ou le Conservatoire municipal. Cependant la programmation est plus ponctuelle et plus souvent liée à des événements, comme la Nuit des musées ou aux expositions comme la présentation de théâtre No durant de l exposition «Regards sur le Japon, impressions textiles» en » 93 BRIONE Isabelle, «Le musée des Tissus innove», in Le Progrès, le 24 septembre GUILLOUD Laurence, «Marie-Anne Privat-Savigny Conservatrice anti conformiste»,in ELLE, n : 3298, semaine du 14 mars 2009, p Annexe 4: entretien avec Priscilla Packer, guide conférencière au Musée des Tissus de Lyon 38 Léa Girardin

39 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics Le musée est donc devenu un lieu ouvert, lieu de vie, d échanges entre des arts trop souvent cloisonnés. Jean Galard, ancien responsable du service des publics du Musée du Louvre disait lors d un colloque organisé en 1999 : «la fonction sociale et conviviale d un musée peu revêtir différentes formes extrêmement diverses : spectacle, restauration et danses, tout permet de goûter aux autres cultures : certains musées organisent des soirées pour célibataires : ceux-ci viennent écouter du Jazz en buvant un verre dans un décor constitué d œuvres d art. 96» Jean Galard ne croyait pas si bien dire au regard des activités proposées par le V&A Museum aujourd hui. Le V&A Museum a fortement développé cet aspect dans sa programmation puisqu il propose des animations tous les vendredis soirs notamment des concerts de musique classique, par le Royal College of Music mais aussi des animations plus contemporaines avec le principe du «Friday Late». Les «Friday Late», ont lieu le dernier vendredi de chaque mois en soirée puisque le musée ferme ses portes à 22 heures ce jour là. Le «Friday Late» propose des concerts en live avec l invitation de DJs, des présentations de mode, des débats, des visites d expositions nocturnes et même un bar et des services de restauration 97. Selon Heather Whitely en charge des activités à destination des familles du V&A Museum, le profil des visiteurs visés par le Friday Late est clair : «( ) 'Friday Late' event is likely to attract a younger adult audience, keen to learn through informal engagement, fun and with a dimension of social Learning. On se retrouve bien loin de la fonction première du musée qui est la conservation et la diffusion de ses collections mais le Friday night est un moyen d attirer les jeunes actifs au musée. Enfin, certains musées dédiés à la mode et au textile servent de cadre et d inspiration à la création textile contemporaine. Ainsi la cour du Musée Galliera servit de décor au créateur de Haute couture Franck Sorbier pour l organisation d un défilé de mode. Les voies d entrée pour découvrir le musée autrement sont donc multiples et certaines sont encore à découvrir. Cependant on s interroger sur la multiplication de ces activités et animations. N éloignent-elle pas le musée des ses mission premières? Le spectacle est-il réellement un outil de médiation culturelle pour le musée? On peut également s interroger sur le profil sociologique des personnes attirées par les spectacles au musée, ne serait-il pas le même que les visiteurs habituels du musée. B) Découvrir par l expérimentation Il est également possible découvrir le musée «autrement» à travers l expérimentation. En France, le principe est encore peu développé, mais en Grande-Bretagne, l expérimentation est l un des principes de base de la muséographie contemporaine. Certains musées britanniques reposent entièrement sur ce principe comme le «Jorvik Viking center» de York ou encore le People story museum d Edimbourg. Ce dernier présente l histoire de la ville d Edimbourg du XVIII e siècle à nos jours, racontée par ses propres habitants. Chaque pièce du musée reconstitue des moments de vie des habitants grâce à des sons, de musiques mais aussi des odeurs. Ainsi dans la demeure modeste du XVIII e siècle, on sentira l odeur 96 GALARD Jean (dir), Le regard instruit, Action éducative et action culturelle dans les musées, La documentation Française, Musée du Louvre, Paris, 2000, p16 97 Victoria and Albert Museum: 98 Annexe 10: Extrait d un entretien avec Heather Whitely, Families manager pour le Learning and interpretation departement, 98 Victoria and Albert Museum de Londres Léa Girardin

40 -Des musées à la rencontre de leurs publics- du feu de bois, on entendra le crieur public faire un appel au peuple. Tout est fait pour que le visiteur se sente plongé dans une autre époque grâce à ses sens. La vue certes mais aussi le toucher, l ouïe ou encore l odorat. L usage multi sensoriel dans les lieux d exposition donne une dimension plus sensible au visiteur qui est bien souvent inaccessible à travers une vitrine. Cependant ce type de muséographie n est pas facile à mettre en place au cœur de l exposition car il nécessite un entretien régulier des dispositifs et provoque la gêne des autres visiteurs Ceci explique sans doute le faible développement de ces activités en France. 99 D autre part, les difficultés d exposition du patrimoine textile constituent également un handicap de plus au développement de ce type de muséographie dans les musées de mode et de textile. L expérimentation est au cœur de la découverte pour le jeune public mais aussi pour les adultes. Pour certains publics en situation de handicap visuel ou auditif, le recours à d autres sens que la vue est d ailleurs essentielle dans le visite d un musée. Plusieurs musées textiles proposent des visites tactiles pour les personnes en situation de handicap visuel notamment le Musée des Tissus de Lyon. Ces visites tactiles sont aisément réalisables pour les musées présentant des collections textiles, car il est possible de jouer sur les différentes matières de tissus, avec des textiles contemporains peu fragiles et renouvelables. Dans son rapport d activité le musée affirme sa volonté de faire découvrir ses collections «autrement» : «Diverses activités sont proposées pour tous types de publics. Toutes valorisent l éducation de l œil et la satisfaction de la sensibilité dans une approche concrète des collections des deux musées.» 100 Les ateliers pour adultes et pour enfants agissent dans ce sens. Les ateliers créatifs permettent après une visite commentée dans le musée d expérimenter les techniques observées dans le musée. L expérimentation par les sens est donc un moyen de découverte et d apprentissage pour le jeune public mais aussi pour les adultes, complémentaire à la visite commentée d une exposition. L expérimentation ouvre une autre porte d entrée au musée. Ainsi, David Cameo, conseiller technique pour les musées au ministère de la culture, résume bien la mission des services des publics aujourd hui : «En devenant un lieu ouvert et accessible, le musée rompt avec l image passéiste et pétrifiée qui s attache encore parfois à cette institution. Le sens de la mission de médiation est alors de susciter l envie de revenir, de créer une habitude, le goût d entrer en sympathie avec le lieu et les objets. Ces habitudes sont d autant plus importantes à prendre auprès du jeune public car bien souvent les pratiques culturelles développées dans l enfance influencent les pratiques adultes. C est pourquoi le point suivant de cette étude va se concentrer sur l accueil du jeune public dans les musées. 101» II. Un travail spécifique avec le jeune public : quand l enfant d aujourd hui devient le visiteur de demain 99 GOB André, DROUGUET Noémie, La muséologie : histoire, développements, enjeux actuels, Arman Colin, 1 er édition 2003, 2 e édition, Paris, 2006, p Rapport d activités du Musée des Tissus et du Musée des Arts décoratifs 2008, Document interne, p DMF, Musée et Service des publics, éditions DMF et Ministère de la culture et de la communication, Paris, Ecole du Louvre, Acte du colloque du 14 et 15 octobre 1999, p Léa Girardin

41 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics Lorsque l on parle du jeune public dans les musées, il est tout d abord important de dissocier deux types de jeune public : d une part l enfant individuel qui se rend au musée dans un cadre non obligatoire et familial, et le public scolaire qui se rend au musée avec l école. Ces activités peuvent alors concerner le même enfant à des moments de visites différents qu il vienne avec ses parents ou avec sa classe. Ces publics en apparence similaires puisqu il s agit d enfants répondent à des approches tout à fait différentes par les services des publics des musées. 1) Le jeune public individuel ou comment apprendre en s amusant Nous allons nous intéresser tout d abord au jeune public individuel. Il s agit d un enfant ou d un adolescent se rendant au musée en famille ou participant à une activité proposée par le musée dans un cadre non obligatoire. Les enfants peuvent donc être âgés de deux ans pour les plus jeunes jusqu à l âge de dix-huit ans environ. Les jeunes étant l une des cibles privilégiées des services des publics des musées ils disposent d outils de médiation spécifiques complémentaires aux visites commentées comme les ateliers et les dispositifs muséographiques interactifs et ludiques. Selon Claude Origet du Cluzeau, ingénieur conseil en tourisme et culture, le visiteur péri- scolaire, c est à dire l enfant qui se rend au musée dans un contexte familial est encore peu connu des enquêtes. On connaît mal leur fréquentation, leurs intérêts. Toutefois, les enfants et leurs familles constituent aujourd hui l une des premières cibles d élargissement des publics 102. D après les quelques enquêtes réalisées afin de mieux connaitre ces publics, on observe les mêmes inégalités chez le jeune public que chez les adultes. On retrouve alors les schémas sociologiques de la reproduction sociale théorisés par Pierre Bourdieu. Selon les principes que Bourdieu et Darbel ont établi dans «L amour de l Art», les parents feraient de la visite familiale au musée une transmission de capital culturel, ils créeraient un habitus favorable au développement des pratiques culturelles. Selon Anne Jonchéry, «la visite en famille s affirme comme un principe éducatif des parents visant notamment 103 la réussite scolaire.» La visite en famille au musée, derrière un aspect ludique et divertissant serait en fait un moyen d apprentissage et de perfectionnement pour l enfant. Les pratiques culturelles des parents semblent alors fortement influencé celles de leurs enfants. Ainsi, d après une enquête menée par l INSEE en 2003, «seules 5% des personnes dont les parents ne sont pas diplômés fréquentaient les musées étant enfants, contre 61% de celles dont les parents étaient diplômés du supérieur.» Cependant, dans cette même enquête, la visite d un musée ou d une exposition semble être l une des pratiques s étant le plus développée d une génération à l autre depuis les années 50. L action des services des publics des musées a peut-être eu un effet sur cette pratique.la médiation permet également de créer une habitude de fréquentation, une inscription dans la durée. En proposant des activités aux familles les services des publics des musées doivent alors mener un double langage et satisfaire deux types de publics complètement différents : parents et enfants. Le marketing familial a sans doute une tâche complexe à accomplir, ORIGET DU CLUZEAU Claude, «L enfant au musée ou le musée pour enfants», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p148 à JONCHERY Anne, «Se rendre au musée en famille», in La lettre de l OCIM, n115, Janvier-février 2008, p TAVAN Chloé, Les pratiques culturelles : le rôle des habitudes prises dans l enfance, INSEE première, n883, février 2003, Léa Girardin

42 -Des musées à la rencontre de leurs publics- intéresser les enfants sans ennuyer les parents. Les motivations des visites en famille sont multiples. Il y atout d abord une volonté didactique de parfaire la culture de l enfant, le musée est alors perçu comme lieu d éveil et de découverte. Un autre aspect à prendre en compte est l intention de faire plaisir à l enfant, de favoriser son épanouissement personnel. Enfin, une autre source de la motivation est celle de la convivialité d une sortie familiale, moments rares passés en famille. Le service des publics doit aussi réussir à réunir ces différents aspects parfois contradictoires dans une même visite au musée 105. Selon Olivier Lossi, responsable du service des publics du Musée de Bourgoin-Jallieu, il est cependant difficile de conserver les missions scientifiques et culturelles du musée et le côté ludique de la visite en famille sans pour autant «devenir une garderie». Il faut veiller à trouver un bon équilibre, ce que le Musée de Bourgoin-Jallieu réussit. Sa brochure à destination des publics individuels se nomme «Amusée!» mêlant bien le rôle de transmission des connaissances du musée et divertissement. De plus les intitulés des activités traduisent habillement ces deux notions comme «le musée amusant», pour les ateliers des vacances scolaires ou encore «musons au musée» pour les visites familiales. 106 Visuel de la plaquette du musée destinée au jeune public Au V&A Museum, les programmes pour les familles sont également développés dans cette double optique du jeu et de l apprentissage. Selon Heather Whitely, les activités familiales sont développées sous un aspect amusant et ludique visant un objectif d apprentissage et des connaissances sérieuses JONCHERY Anne, «Se rendre au musée en famille», in La lettre de l OCIM, n115, Janvier-février 2008, p Annexe5 : Entretien avec Olivier Lossi, responsable du Service des publics du Musée de Bourgoin-Jallieu 107 Annexe 10: Extrait d un entretien avec Heather Whitely, Families manager pour le Learning and interpretation departement, Victoria and Albert Museum de Londres 42 Léa Girardin

43 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics Enfin la visite en famille détient un dernier objectif qu il ne faut pas oublier. En effet, la médiation auprès du jeune public est aussi un moyen de les «rendre responsables de leur patrimoine, garants de sa transmission, les enfants sont amenés à devenir le public 108 de demain» L accueil du jeune public nécessite donc des supports et des outils de médiation adaptés. Ces derniers doivent fournir un double niveau de lecture adapté aux enfants et aux parents. Ces outils doivent aussi allier au plus juste apprentissage et divertissement. Les ateliers créatifs et les dispositifs interactifs répondent en partie à cette problématique. 2) Une offre de médiation adaptée au jeune public A) Les ateliers créatifs : un outil efficace de médiation avec le jeune public Les ateliers créatifs sont les premiers outils au service du musée pour réussir à réunir amusement et découverte, création et apprentissage. Les enfants peuvent seuls ou accompagnés de leurs parents suivre un atelier proposé par le musée. Bien que l objectif d apprentissage soit important, ces ateliers ne doivent pas ressembler à l école. Selon Claire Merleau-Ponty, les ateliers doivent veiller à «mettre en appétit sans imiter les pratiques pédagogiques de l école» 109 Le divertissement paraît primer sur l apprentissage. Ce type de médiation doit s adapter aux différentes les tranches d âges et aux différents stades de développement de l enfant. Les services des publics ne proposent pas les mêmes types d ateliers aux mêmes tranches d âges. Pour les touts petits il s agit plutôt de savoir ce qu est un musée, de s approprier le lieu ce que l Eveil muséal du Musée des Tissus propose pour les 2-4 ans. Pour la tranche d âge des 4-7 ans qui sont encore non-lecteurs, il faut compléter l écrit et les cartels. Il est important d utiliser les mots exacts car les enfants sont en période d acquisition du langage. A partir de l école primaire, la visite du musée se pense un enrichissement de la lecture faite à l école. Enfin, pour les adolescents la tâche est plus difficile car il faut travailler sur le dialogue entre l émotion et la découverte. Cette cible est par exemple très difficile à atteindre pour le Musée des Tissus de Lyon. Ainsi les musées dédiés au textile et à la mode proposent tous nombres d ateliers créatifs ciblés pour différentes tranches d âges en lien avec le textile. Pour les plus petits il s agit souvent d ateliers d impression textile (pochoirs, tampons..), pour les plus grands, on peut aller vers des ateliers de customisation de vêtements ou d accessoires ou des ateliers autour d une technique particulière comme la couture ou la broderie. Le Musée d Art et d Industrie propose par exemple pour les 6-12 ans un atelier sur le Tanin. Les enfants sont amenés à récolter du tanin sur les plantes du jardin du musée puis à réaliser des impressions textiles. Alors que les plus petits (4 à 6 ans) confectionneront des masques à l aide de rubans 110. Les musées dédiés au textile et à la mode proposent tous plus ou moins le même type d ateliers thématiques. Ainsi le Musée Galliera propose des ateliers de personnalisation de vêtement (jeans et sacs) que l on retrouve dans la programmation du Musée des Tissus de Lyon, on retrouve également le même type d atelier autour du stylisme et de la création d une collection de mode dans les deux musées. 108 «Gestion et animation d un équipement culturel» in Mémento de l action culturelle : réglementation, financement et organisation d événements, éditions WEKA, septembre MERLEAU-PONTY Claire, «Les enfants dans les musées : encore un petit effort», in La lettre de l OCIM, n : 72, Janvier février 2000, p 10 à PERCHEC Claudine, «A la conquête de l Ouest en pinceau au Musée d Art et d Industrie», in le Progrès, le 8 mars 2003 Léa Girardin

44 -Des musées à la rencontre de leurs publics- La médiation avec le jeune public sur le lieu d exposition n est pas toujours possible par manque d espace et pour des raisons de sécurité, les musées sont donc aujourd hui de plus en plus équipés de salles d atelier. Selon Sophie Chaumont, médiatrice au Muséum d histoire naturelle de Lyon, ancien musée des Confluences, les ateliers pédagogiques répondent au «besoin physique du jeune visiteur de s approprier l espace, d utiliser le corps, de débattre, de manipuler 44 Léa Girardin » D autre part malgré sa grande réputation le Musée Galliera ne propose pas beaucoup d ateliers, ceci étant dû au caractère temporaire des expositions et peut-être à la vétusté des locaux.le rapport d activité de la Ville de Paris de souligne les lacunes du Musée Galliera en matière d accueil du public : «Le Musée Galliera est fermé au public entre deux expositions, jusqu à six mois par an (en cumulé), les expositions s espaçant depuis quelques années. Les conséquences négatives en sont nombreuses : une faible valorisation de collections pourtant importantes et onéreuses à conserver, un fort risque de désaffection du public, notamment non parisien et étranger, qui trouve souvent porte close, et des services culturels (ateliers pédagogiques, bibliothèque) qui voient leur fonctionnement perturbé par ce rythme d ouverture à la fois réduit et irrégulier.» Les travaux de rénovation préconisés par cet audit et entamés à l été 200 vont sans doute combler cette faiblesse. Malgré les efforts faits dans la mise en place d espaces pédagogiques certains musées subissent des dysfonctionnements. La salle d atelier du Musée d Art et d Industrie de Saint- Etienne, malgré ses grandes qualités ne dispose pas de point d eau. Cet oubli est très handicapant pour l organisation d ateliers créatifs avec des enfants nécessitant l usage de peinture pare exemple. Cette situation oblige les médiateurs à travailler au sous-sol du musée dans une salle réservée à l accueil et à la restauration des groupes 113. Le Musée des Tissus de Lyon bien qu équipé d une salle d atelier et d une salle polyvalente, ne dispose toutefois pas de sanitaires adaptées aux tous petits. Si bien qu ils ne peuvent ni se laver les mains seuls, ni aller aux toilettes. Les ateliers sont peu à peu devenus des outils essentiels de la médiation avec le jeune public individuel. Selon Claude Origet du Cluzeau, «l atelier est sans doute l instrument de médiation privilégié de la médiation culturelle avec l enfant. 114» Après une visite au musée il permette d approfondir leur découverte du patrimoine par l expérimentation, par la pratique ce qui permet une mémorisation ludique et efficace. Avant la visite, les ateliers représentent un bon mode d introduction au musée avant l entrée effective dans l exposition, il permet de rendre les enfants réceptifs. Cependant, les ateliers créatifs ne sont pas les seuls outils mis à disposition des familles par les services des publics, pour accompagner leur visite au musée. D autres supports à l intérieur même du parcours d exposition participent à la médiation auprès du jeune public. B) Les dispositifs muséographiques interactifs 111 CHAUMONT Sophie, «Les ateliers pédagogiques : espaces de médiation dans les musées», in La lettre de l ICOM, n : 98, mars-avril 2005, p 4 à Rapport d activité annuel de la Ville de Paris Annexe 2 : Entretien avec Géraldine Tardy, Médiatrice culturelle au Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne 114 ORIGET DU CLUZEAU Claude, «L enfant au musée ou le musée pour enfants», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p151

45 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics Lors des visites en famille, le service des publics peut aussi proposer des supports de découvertes ludiques dans le parcours de l exposition. En effet, représentant un nombre de personne restreint, la visite familiale peut bénéficier d outils de médiation à travers le parcours de l exposition, jeux, parcours-découverte, tables d expérimentations, plaquettes de jeux L offre à destination des visites familiales dans les musées est très riche. La Cité des Sciences et de l Industrie de Paris fait office de précurseur en la matière avec la création un espace entièrement dédié aux plus jeunes, la Cité des enfants. Avec un budget très limité, le Musée des Tissus offre néanmoins quelques espaces ludiques pour les plus petits à travers le parcours permanent, matières à toucher, kaftan à essayer, puzzle à construire. Plusieurs petits jeux permettent aux enfants de se divertir en apprenant. Le Musée de Bourgoin-Jallieu s est également récemment équipé d espaces de jeu et d expérimentation autour de l impression sur étoffes au cœur de son parcours permanent. Cependant s est lors de ses expositions temporaires qu il innove réellement. En effet, pour l exposition de l automne 2009 «Textiles du 21 ème siècle» 115 sur les textiles techniques, le service des publics du musée a mis l accent sur l accessibilité de l exposition aux plus jeunes avec la mise en place de panneaux de lecture spécialement adaptés aux enfants. Mais l exposition offre également des dispositifs interactifs permettant d expérimenter les différentes fonctionnalités des tissus techniques comme l imper-respirabilité, la résistance au vent, l élasticité et la déperlance. Ces manipulations sont assez rares dans les musées dédiés au textile, elle sont plus souvent présentes dans les musées de sciences et techniques. Cependant, les musées français sont bien en retard par rapport à leurs homologues britanniques en matière de dispositifs muséographies ludiques. Le V&A Museum offre de nombreux espaces ludiques où les enfants peuvent essayer des costumes d époque comme une crinoline ou un corset du temps de la Reine Victoria. Ils peuvent aussi construire un Crystal Palace miniature, essayer un métier à tisser la tapisserie Dans presque toutes les salles du musée on trouve des espaces ludiques où les enfants peuvent manipuler des copies ou des jeux sur la thématique de la salle 116. A la manière des plaquettes pédagogiques à destination des enseignants, les musées proposent souvent des plaquettes ludiques pour aider les parents dans leur visite en famille. Par exemple, le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne avait mis en place en 2007, pour l exposition «Les enrubannées : Haute-couture, hommage au ruban» un parcours familial appelé «Parcours de mômes». Le personnage d un petit paon «Léon la couture» accompagnait l enfant dans ce livre de jeux permettant une découverte ludique de l exposition. 117 Les musées proposent parfois des mallettes pédagogiques pour les visites scolaires mais très rarement pour les visites en individuel. Le musée londonien quant à lui va plus loin que le simple livret de jeux pour les familles, il propose le prêt gratuit d un «sac à dosdécouverte» pour accompagner les visites en famille dont voici la photographie. 115 Dossier de presse de l exposition «Textiles du 21 ème siècle», du 16 octobre 2009 au 14 mars 2010, au Musée de Bourgoin- Jallieu 116 Victoria and Albert Museum: Annexe 7 : Extrait de la plaquette famille «Parcours de mômes» du Musée d Art et d industrie de Saint-Etienne Léa Girardin

46 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Ce sac contient différentes activités et jeux à réaliser à travers les différentes salles du musée pour des enfants âgées de 5 à 12 ans. Il se décline selon différentes thématiques comme la fête de l Empereur, où l enfant devient un empereur indien et doit organiser un fête ou encore «Fancy furnishing» où l enfant apprend comment vivait au quotidien une famille bourgeoise dans la Grande-Bretagne Georgienne 118. Ces dispositifs ludiques s avèrent très utiles pour la découverte d une exposition en famille, car ils répondent aux questionnements des parents qui ne maitrisent parfois pas le sujet de l exposition. Cependant ces dispositifs occupent un certain espace dans la scénographie et sont parfois source de gêne pour les autres visiteurs (bruit, agitation). Les services des publics doivent donc veiller à faire cohabiter tous les types de publics dans un espace restreint, nécessitant des normes de conservation strictes, ce qui n est pas toujours facile, notamment pour un grand musée comme le V&A Museum de Londres qui accueille presque 2,5 millions de visiteurs par an. Le jeu et le divertissement semblent être privilégiés pour les visites en famille afin de satisfaire ce type de public. Cependant l enfant peut se rendre au musée dans un autre contexte que la cadre familial celui de l école. On peut donc s interroger sur ce qui différencie l accueil du jeune public et l accueil du public scolaire, puisqu en apparence ces deux publics semblent identiques car il s agit enfants âgés de 3 ans à 18 ans. III. Public scolaire et musée, un partenariat de longue haleine L accueil du public scolaire semble être abordé différemment par les services des publics des musées, notamment à cause du lien historique quasi fusionnel qu il existe entre l Ecole et le Musée. La relation entre le musée et l institution scolaire est ancienne puisque selon ce que nous avons évoqué précédemment, les musées ont été créés et ouverts au public dans un objectif d éducation citoyenne. Cependant la relation entre le musée et l Ecole est parfois ambiguë. Quelle est la place du musée au regard des publics scolaires? Le musée estil une prolongation de l école, doit-il s autonomiser au regard des exigences de l éducation nationale, la relation est encore complexe. 118 Victoria and Albert Museum: 46 Léa Girardin

47 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics 1) Une difficile émancipation du musée A) Musée et Ecole, un lien très fort Le musée dans sa définition donnée par l ICOM est un lieu dédié «à des fins d'études, d'éducation et de délectation.» La mission d éducation du musée est donc centrale puisqu elle constitue l une de ces premières raisons d être. Si bien que dès le XIX e siècle le peintre David affirmait la mission éducative du musée par ces mots : «Il faut qu il devienne une école importante. Les instituteurs y conduiront leurs jeunes élèves, le père y mènera son 119 fils.» A travers la visite des publics scolaires, le musée peut agir sur la démocratisation culturelle. En effet, en touchant l école, le musée atteint toutes les classes sociales sans distinction et peut développer une sensibilisation et une habitude de fréquentation d un musée pour les plus jeunes. Historiquement, le ministère de la culture a mis un certain temps à se dégager de la tutelle du Ministère de l Education nationale, car il faut attendre 1959 et la création du ministère des affaires culturelles pour voir enfin deux ministères distincts. Cependant, malgré cette séparation en deux ministères distincts, le lien avec le public scolaire a longtemps été privilégié par les musées. En effet, c est bien souvent le détachement du personnel de l Education Nationale auprès des musées qui a été le moteur du développement de l action éducative dans les lieux d exposition dans les années 70. Un décret du ministère de l Education Nationale de 1985 institutionnalise la collaboration entre l Ecole et le musée, en mettant à disposition des enseignants auprès de l administration du ministère de la culture et auprès des services des publics des musées. Ces enseignants peuvent alors pendant un temps donné travailler à l élaboration du programme pédagogique d un musée en vue de l accueil des publics scolaires 120 Puis en 1992, le ministère de l Education Nationale réaffirme ce lien entre programmes scolaires et musées en autorisant au niveau de chaque rectorat la mise à disposition d enseignants volontaires comme correspondants culturels. Ces enseignants sont toujours en poste dans un établissement mais ils accordent quelques heures de travail par semaine à un établissement culturel dont ils sont le référent. Ces professeurs référents permettent d ajuster au mieux les activités pédagogiques proposées aux programmes scolaires. Ces professeurs deviennent des interfaces entre le milieu scolaire et le musée, un lien permanent très important. 121 Le Musée de Bourgoin-Jallieu travaille par exemple avec un professeur de lycée technique, section mode et textile du lycée Argouges de Grenoble. Musée et professeur relais travaillent ensemble parfois plusieurs fois par semaine à l élaboration du contenu des expositions, des ateliers proposés au public scolaire et de dossiers pédagogiques. Le service des publics du musée va même plus loin dans son partenariat avec l Education Nationale puisqu il a dernièrement travaillé avec le CCSTI, «Centre culturel de la culture scientifique, technique et industrielle du Rhône» et l Université Lyon 2. Cette collaboration 119 «Chapitre 5/5 le Service éducatif au cœur de la vie muséale», in «Gestion et animation d un équipement culturel» in Mémento de l action culturelle : réglementation, financement et organisation d événements, éditions WEKA, septembre DMF, Musée et Service des publics, éditions DMF et Ministère de la culture et de la communication, Paris, Ecole du Louvre, Acte du colloque du 14 et 15 octobre 1999, p «Gestion et animation d un équipement culturel» in Mémento de l action culturelle : réglementation, financement et organisation d événements, éditions WEKA, septembre 2006 Léa Girardin

48 -Des musées à la rencontre de leurs publics- a abouti à la création d un dossier pédagogique appelé «Fils d hier et d aujourd hui» présentant l ensemble des thématiques du patrimoine textile pour les classes de maternelle et de primaire ainsi que des exercices à réaliser en classe. Ce projet est en cours de finalisation pour la rentrée 2009, voici donc un projet d exercice visant l apprentissage du le vocabulaire du tissage. 122 Le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne bénéficie lui aussi d un professeur référent de niveau collège. Il les aide à élaborer les dossiers pédagogiques en relation avec les programmes scolaire, il permet aussi la formation des professeurs à leurs collections. Mais le musée a également passé une convention avec le lycée professionnel Testud, lycée de formation aux métiers de la mode et du textile, à Chambon-Feugerolles ce qui tisse des liens très fort entre cette école et le musée avec l organisation par exemple de défilés de mode dans l enceinte du musée. Cependant, le principe du professeur référent est en train de progressivement disparaitre car le ministère de l Education Nationale ne souhaite plus accorder de nouveaux postes de professeurs référents aux musées qui en auraient besoin, comme c est le cas du Musée des Tissus de Lyon. Le musée ne peut donc pas bénéficier de l aide d un professeur relais dans l élaboration de sa programmation d activités à destination des publics scolaires. On peut s interroger sur l avenir du partenariat entre l Ecole et le musée si ces professeurs référents disparaissent? Il existe également le dispositif des conseillers pédagogiques, présents au niveau de chaque rectorat. Ces conseillers sont répartis dans des domaines périscolaires différents : 122 CCSTI, pôle universitaire de Lyon, «Dossier pédagogique : Fils d hier et d aujourd hui», Source interne, 2009, p34 48 Léa Girardin

49 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics sports, arts visuels, musique Ils ont un rôle de formation des professeurs lors des changements de programme scolaire au niveau de l enseignement primaire et maternelle. Par exemple, le conseiller en arts visuels va aider et former les instituteurs à l enseignement de l histoire des arts devenu obligatoire dans les classes de primaire depuis Le conseiller met aussi en relation les instituteurs et les services des publics des musées dans l élaboration de projets avec les écoles. Il joue lui aussi le rôle d interface entre l école et le service des publics du musée. D autre part, il ne faut oublier que c est le rectorat qui accorde les subventions aux écoles pour les projets extra scolaires. Sans subvention du rectorat, les groupes scolaires ne peuvent se rendre au musée. L accueil des publics scolaires dans les musées est donc intiment lié aux décisions du ministère de l Education Nationale aussi bien au niveau central qu au niveau local. Selon Jean-Marc Jacob plasticien au Musée des Tissus, les ateliers pour les publics scolaires se révèlent être différents des ateliers pour le jeune public individuel. Contrairement à ces derniers, la démarche didactique prime sur le divertissement. «Avec les scolaires on est dans un véritable dispositif pédagogique. On s assoie sur les collections du musée pour après dans l atelier travailler sur la composition, la matière de façon individuelle ou collective. On travaille aussi le regard, regarder un œuvre ca s apprend puis il faut faire ressortir ce qu on a vu au musée au cours de l atelier. Pour certaines écoles on a un vrai projet à long terme comme avec l école Michelet.» L idéal est donc que le professeur souhaitant amener sa classe au musée puisse élaborer un véritable projet culturel avec le service des publics. Si cela est souhaitable en théorie, dans la pratique, les professeurs manquent souvent de temps pour préparer leurs sorties scolaires. De plus les médiateurs étant des personnels vacataires, ils n ont bien souvent connaissance de l activité à mettre en place que quelques jours avant. Les professeurs ont souvent affaire au personnel en charge des réservations et non directement aux médiateurs. Le lien entre le médiateur et le professeur serait donc à renforcer. 123 Le lien entre l Ecole et le musée est donc très fort. Contrairement au jeune public individuel, où la logique de divertissement prime, pour les publics scolaires la logique didactique semble être privilégiée. Le danger serait alors que le musée se transforme en une seconde salle de classe. B) Mais le musée n est pas un prolongement de l Ecole Même si le rôle de la pédagogie semble primer dans le travail avec les publics scolaires, le musée doit veiller à ne pas devenir un simple prolongement de la salle de classe. Pour Orna Cohen chercheuse spécialiste de la relation Enfant/ musée 124 qui a participé à la conception de la Cité des Enfants de la Villette, le musée ne doit pas être le prolongement de la salle de classe. Il ne doit pas ya voir de «pédagogie frontale» entre le médiateur culturel et le groupe scolaire. Le médiateur n est pas un professeur. Ces missions sont multiples et vont au delà du travail du professeur, il doit tâcher d éveiller la curiosité de l élève, susciter son questionnement et son intérêt, tout en favorisant l observation et le contact avec les œuvres. Enfin, il doit s attacher à conserver un lien avec le programme 123 GOB André DROUGUET Noémie, La muséologie : histoire, développements, enjeux actuels, Arman Colin, 1 er édition 2003, 2 e édition, Paris, 2006, p COHEN Orna, Quand l enfant devient visiteur : une nouvelle approche du partenariat école/musée, L Harmattan, Paris, 2001, p85 Léa Girardin

50 -Des musées à la rencontre de leurs publics- scolaire sans pour autant l appliquer à la lettre. Le musée devient progressivement un pôle de ressources et un référent culturel pour le professeur. Cécile Demoncept, responsable du service culturel du Musée des Tissus de Lyon, soutient cette opinion, même si la visite scolaire se déroule dans un cadre d apprentissage, elle doit être avant tout ludique et divertissante. C est pourquoi elle ne souhaite pas fournir de dossier pédagogique aux professeurs avant leur visite au musée afin qu ils préparent seuls leur visite, en rapport avec le travail préalable effectué avec leur classe 125. Les ateliers à destination des publics scolaires doivent mettre en pratique des points du programme abordé en classe mais d une façon propre à celle du musée. La confusion entre école et musée vient parfois des salles d ateliers qui ressemblent encore trop à des salles de classe (bureaux, tableau). L aménagement est alors perçu comme trop scolaire pour empêcher la «pédagogie frontale». 126 Cette phrase Kenneth Hudson illustre bien le rôle d interface entre le patrimoine et l école et non de prolongement de l école que représente le musée : «Le musée ne saurait enseigner : en revanche il peut créer une atmosphère qui donne envie d apprendre.» 127 Le musée et l école sont complémentaires et doivent travailler ensemble pour installer une programmation culturelle cohérente. En revanche le musée doit veiller à différencier ces modes de transmissions du savoir. Il ne doit pas devenir l Ecole et il doit offrir quelque chose de différent aux élèves ou étudiants. 2) Quelles spécificités des publics scolaires dans les musées de mode et de textile? A) Une approche généraliste pour les écoles primaires, collèges et lycées Le public scolaire fait partie de qu on appelle les publics acquis du musée. Il fait partie des publics traditionnels des musées et expositions comme le sont les professions intellectuelles supérieures par exemple. La part moyenne des publics scolaires dans les musées français est d environ 30% de la fréquentation totale. On retrouve cette tendance pour les musées de textile et de mode de taille moyenne comme le Musée des Tissus de Lyon ou encore le Musée de Bourgoin- Jallieu. Le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne a reçu quant à lui en 2007, visiteurs scolaires ce qui représentait 23% de se fréquentation annuelle. 128 Cependant la proportion est un peu différente pour les grands musées comme le V&A de Londres et le Musée des Arts décoratifs de Paris, dont le public touristique constitue l essentiel des visiteurs. La proportion de publics scolaires peut cependant aller jusqu à 70 ou 80% des visiteurs pour certains musées 129. Ceci concerne des musées présentant des 125 Annexe 1 : Entretien avec Cécile Demoncept, responsable du service culturel du Musée des Tissus de Lyon 126 CHAUMONT Sophie, «Les ateliers pédagogiques : espaces de médiation dans les musées», in La lettre de l ICOM, n : 98, mars-avril 2005, p GOB André DROUGUET Noémie, La muséologie : histoire, développements, enjeux actuels, Arman Colin, 1 er édition 2003, 2 e édition, Paris, 2006, p Chiffres de la fréquentation du MAI de Saint-Etienne en 2007 et 2008, source interne 129 DE BARY Marie-Odile, TOBELEM Jean-Michel, Manuel de muséographie : petit guide à l usage des responsables de musées, Paris, 1999, p Léa Girardin

51 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics thématiques directement en lien avec les programmes scolaires comme le Centre d Histoire de la résistance et de la déportation de Lyon (CHRD) correspondant au programme d histoire des classes de troisième et de terminale. Les musées dédiés au textile et à la mode travaillent souvent avec des établissements scolaires spécifiques. Les écoles primaires sont bien souvent intéressées par l univers du textile car il aborde une thématique du quotidien. Selon les mots de Géraldine Tardy, «avec les tous petits on part bien souvent de loin, les enfants d aujourd hui sont déconnectés des réalités matérielles, lorsqu on leur demande comme est fait leur pull, ils nous disent qu il vient du magasin.» Les visites et ateliers des différents musées de la mode et du textile étudiés abordent bien souvent les thèmes comme «d où vient le tissu?», «comment le fabrique-t-on?», quelles sont les matières?», «Comment s habillait-on dans le passé?...» Avec les classes plus âgées les activités abordent des thématiques plus complexes liées au contexte historique, à une technique de production particulière. Géraldine Tardy précise également que le Musée d Art et d Industrie souhaite s inscrire dans un processus évolutif dans les classes que le musée accueille. En effet, le but étant de suivre les écoles d une année à l autre. Chaque année l élève pourra avoir des données complémentaires. Ainsi les élèves des écoles primaires découvriront le parcours de la soie de l élevage du ver à soie jusqu à la passementerie, puis une fois au collège ou au lycée l élève abordera l histoire sociale et la solidarité ouvrière de l industrie textile. Au cours de sa scolarité, l élève aura pu aborder l ensemble des problématiques liées au patrimoine du ruban et de la passementerie 130. Le Musée des Arts décoratifs de Paris a quant à lui développé des objectifs pédagogiques très précis en fonction du niveau scolaire des élèves et de leur âge 131 : 4-6 ANS / MATERNELLE : Le langage au cœur des découvertes En accueillant le jeune enfant dans nos musées, nous lui proposons de s émerveiller, de s étonner, de se questionner. Nous avons l ambition qu il développe sa sensibilité et son imagination, qu il puisse faire revivre par la parole sa découverte des œuvres, qu il communique ses connaissances, s explique et argumente. L enfant trouve sa place et ses repères, se confronte à des règles et les respecte. Le dessin et les compositions plastiques sont les moyens d expression privilégiés ANS / ELEMENTAIRE : Comprendre le monde, ensemble Les Arts Décoratifs offrent la transdisciplinarité et les musées donnent accès aux formes symboliques par l observation. L enfant est invité à dessiner, à comprendre le dessein des artistes, stylistes et artisans. Il s initie à la comparaison. L histoire est révélée par les chefsd œuvre conservés au fil des siècles. L enfant découvre les collections rassemblées par des conservateurs attentifs aux évolutions des goûts, chacun est invité à mieux comprendre cette relation entre passé, avenir, conservation et transmission ANS / COLLEGE : La maîtrise des langages, l analyse des formes Les jeunes découvrent notre principe phare «le beau dans l utile» et leurs travaux s inspirent de cette recherche d une plus grande adéquation entre un matériau et sa fonction. Ils s approprient les repères chronologiques et situent les principaux évènements de l histoire humaine à travers des objets quotidiens. Nos conférenciers invitent le jeune à 130 DRAC Rhône-Alpes, De pied en cap-patrimoines du textile et de la mode en Rhône-Alpes, éditions La passe du vent, Genouilleux, Février 2008, p Léa Girardin

52 -Des musées à la rencontre de leurs publics- dessiner mais également à nommer, à énoncer, à comparer, chacun s exprime et repère les évolutions, les styles, les ruptures. L accueil des classes de maternelle, de primaire, de collège et de lycée abordent des thématiques en lien avec les cours d histoire ou de technologie. Ces thématiques constituent bien souvent un complément à la culture générale des élèves. Avec l accueil d élèves des formations techniques type baccalauréat professionnel ou de formations supérieures en textile, on entre dans un nouvelle logique, celle de la formation professionnelle par le musée. B) Le musée comme lieu d apprentissage pour le secteur du textile et de la mode contemporain Les musées dédiés à la mode et au textile poursuivent également leur mission de formation des professionnels héritée du XIX e siècle. Ainsi ces musées accueillent de nombreux élèves des filières techniques de la mode et du design, bac professionnel, BEP métiers de la mode. Ces musées accueillent également les établissements d études supérieures comme les BTS stylisme, ou des écoles de modes privées ou écoles d ingénieur textile comme l ITECH de Lyon. Par exemple, le Musée des Tissus de Lyon a tissé des liens privilégiés avec les écoles de mode de Lyon, Sup de mode et Esmod puisque les étudiants viennent suivre certains cours d histoire de la mode au musée. La visite des espaces d exposition permet d illustrer par des pièces ou costumes anciens ou contemporains le cours théorique enseigné dans leur formation. Certaines classes ont mêmes des examens à réaliser à partir des pièces exposées. Le V&A Museum va plus loin en proposant des cycles de formation destinés aux adultes et aux étudiants. A la manière d une université, le musée propose des cycles de formation en histoire de l art d une durée d un an 132. Cette formation est si légitime qu elle a quasiment la valeur d un diplôme universitaire en art en Grande-Bretagne. Il est possible également de suivre des stages intensifs de cours sur des thématiques précises comme la Route de la Soie. Le Musée des Tissus quant à lui héberge dans ses locaux l association ModaLyon, ancienne université de la mode de l Université Lyon 2. La présence de l université de la mode dans les locaux mêmes du musée revêt un caractère symbolique fort, donnant une certaine légitimité à cette formation car reconnue et acceptée par l institution muséale. Ces partenariats entre musée et formation de textile et de mode soulignent le lien fort qu il existe entre le musée et les futurs professionnels du métier. Les étudiants viennent se former au contact des œuvres anciennes et contemporaines comme le faisaient les ouvriers du textile au XIX e siècle. La spécialisation des professeurs relais des musées de textiles et de mode participe à la pérennisation du lien entre en formation professionnelle et musée. Le professeur relais du Musée de Bourgoin-Jallieu est par exemple professeur de couture et techniques industrielles dans la section mode et textile du Lycée Argouges de Grenoble. Ses connaissances de l univers textile en lien direct avec les collections du Musée Bourgoin- Jallieu favorisent la mise en place de partenariats et de projets entre les établissements de formation professionnelle de l industrie textile et le musée. 132 Annexe 10: Extrait d un entretien avec Heather Whitely, Families manager pour le Learning and interpretation departement, Victoria and Albert Museum de Londres 52 Léa Girardin

53 Partie 2 : Les services des publics des musées de textile ou comment le musée se met au service de ses publics Les partenariats avec les écoles supérieures de mode ou de textile se manifestent également à travers une politique tarifaire favorable à ce type de public. Cette politique allant du tarif réduit pour les étudiants de ces écoles à la gratuité comme c est le cas au Musée Galliera ou au Musée des Tissus de Lyon. Le travail que réalise les services des publics avec les formations professionnelles et des écoles supérieures de mode, replace le musée au centre de sa mission historique de formation des ouvriers, ingénieurs et créateurs de l industrie textile comme ce fut le cas pour le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne ou le Musée des Tissus de Lyon. Le musée est toujours un lieu d inspiration pour les futurs professionnels du secteur textile français. Musée et école son encore une fois intimement liés. A travers ces différents exemples nous avons pu observer que le jeune public et le public scolaire en apparence similaires répondaient à des missions et des logiques d accueil très différentes. Les services des publics des musées contemporains disposent donc de nombreux outils en termes de personnel et de matériel afin d élargir la base de leur public et remplir leur mission d éducation. Cependant malgré tous les efforts fournis par les services des publics des musées, le profil sociologique des visiteurs du musée n a guère évolué. On peut donc s interroger sur l efficacité des dispositifs de médiation en eux-mêmes car le travail d ouverture du musée doit aussi se réaliser en amont avec l aide des services communication véhiculant l image extérieure du musée. En effet, ce sont les supports de communication externes du musée qui participent en majorité à la prise de décision de se rendre au musée. Toujours dans le but d élargir ses publics le musée peut également choisir d agir à l aide d autres outils que la médiation comme la politique tarifaire qui elle semblerait avoir en apparence un impact fort sur la décision de se rendre ou non au musée. D autre part, si les missions des musées ont été clairement affirmées par la loi du 4 janvier 2002, aujourd hui les musées doivent faire face à de nouvelles obligations latentes et officieuses. La crise économique et financière de 2008, les déficits chroniques de l Etat, la baisse des budgets des collectivités territoriales sont autant d éléments peu favorables au secteur culturel. Le musée, en tant qu institution culturelle se situant hors marché, répond à des règles économiques différentes de la loi de l offre et la demande qui régule habituellement les acteurs économiques 133. Aujourd hui il doit faire face à de nouveaux impératifs de nature financière et budgétaire pour lequel il n est pas organisé. On peut alors se demander comment le musée arrive à respecter ses missions de conservation et d éducation tout en répondant à ces obligations d une nature nouvelle. Les services des publics, en tant que structure d accueil direct des visiteurs est alors au cœur de ces nouveaux enjeux notamment à travers sa politique tarifaire. 133 BENHAMOU Françoise, L économie de la culture, La découverte, Paris, 2004 Léa Girardin

54 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? Dans un contexte économique peu favorable au secteur culturel non-marchand, le musée doit mener une double politique tachant de conserver sa mission d ouverture au plus grand nombre et son équilibre financier. La politique des publics menée par les services des publics des établissements est alors perçue comme un instrument permettant de balancer ces deux objectifs par nature peu conciliables. On peut alors s interroger sur les moyens mis en place par les musées et leurs services des publics pour établir l équilibre entre contrainte financière et mission de démocratisation culturelle. Comment les musées réussissent-ils à mener politique tarifaire à la fois socialement équitable et rentable? Cette partie étudiera la montée des impératifs budgétaires dans les musées privés mais aussi publics. Puis dans un second temps, nous nous intéresserons à la politique d activités à tendance commerciale menée par les services des publics depuis quelques années. Enfin nous observerons que malgré cette tendance, les musées parviennent à maintenir une politique tarifaire favorable à l ouverture du musée au plus grand nombre. I. Une montée des impératifs gestionnaires dans les musées dédiés au textile et à la mode Avant d étudier la relation actuelle qu entretiennent les musées dédiés à la mode et au textile avec leurs gestionnaires, il semblerait important de définir les spécificités de la politique de gestion des musées français. 1) Les spécificités de gestion des musées français Si pour certains le musée peut être considéré comme une forme d «entreprise culturelle», le musée étant une unité économique qui offre certains services au public, expositions, prestations autour des expositions (visites, ateliers), boutique, restauration Cependant le musée n est pas une entreprise et n appartient pas au secteur marchand 134.En effet, au-delà des quelques services commerciaux qu il fournit, le musée offre des missions à caractère non lucratif comme des missions de conservation du patrimoine, de diffusion ou encore d éducation qui se trouvent hors des lois du marché classique. 134 GRUSON Luc, «L'entreprise culturelle entre fossile et mutant», in Les cahiers du management culturel en Europe, Écume - Numéro 1, Mai Léa Girardin

55 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? Le musée répond aux mêmes lois économiques que le spectacle vivant. Selon la loi de Baumol, le musée ne peut bénéficier de rendement d échelle croissant à la manière d une usine. En effet, si on augmente le nombre d expositions ou le nombre d activités proposées par le service des publics, alors les coûts, notamment ceux liés au capital humain, augmenteront eux aussi dans les mêmes proportions. Le musée doit faire face à des coûts fixes très élevées alors que ces coûts marginaux sont plutôt limités voir proches de zéro : le coût d un visiteur supplémentaire d une exposition n a pas beaucoup d impact sur les dépenses globales du musée 135. On estime que les dépenses de fonctionnement se mesurant sur le temps régulier comme l entretien des bâtiments, le chauffage, les frais de sécurité, d assurance représentent en moyenne 70% des sommes allouées aux musées. Il reste alors seulement 30% du budget des musées pour financer la production d expositions ou de nouvelles acquisitions. 136 Plus le musée est grand, plus les charges de fonctionnement augmentent. C est le problème que rencontre la Cité des Sciences et de l Industrie aujourd hui, puisque la quasi-totalité de son budget de fonctionnement est happée par la gestion quotidienne de la structure et ne peut être utilisée pour la production d expositions. Face à ces dépenses considérables les musées fonctionnent essentiellement grâce aux subventions des pouvoirs publics et partiellement par le mécénat privé qui se développe depuis la loi du 31 août En effet, le prix d entrée d une exposition ou d une visite guidée ne pourrait pas couvrir le coût réel d une exposition. Le musée ne propose donc pas un prix d entrée mais un tarif d entrée qui résulte plus de motivations politiques et sociales que de principes économiques. Le tarif d entrée d un musée est donc arbitraire, le prix est alors fictif, il correspond à une réalité non monétaire 137. Les services des publics disposent donc d un outil efficace pour agir sur la fréquentation de leurs expositions, la politique tarifaire. Dans une optique d ouverture à un plus large public, l idée serait donc de trouver un équilibre entre un tarif consenti à payer pour entrer au musée par le visiteur et un tarif trop élevé qui l en dissuaderait. 138 Mais la conjoncture économique actuelle défavorable amène progressivement les musées à réfléchir et à remettre en question leur politique tarifaire favorable au plus grand nombre en faveur d une billetterie plus rentable. On peut alors se demander si ces préoccupations budgétaires sont uniquement le fait des musées privés ou si elles touchent également le secteur public? 2) L autofinancement, une obligation inhérente aux musée privés Les musées privés sont peu répandus en France où la majorité des musées dépendent des pouvoirs publics : Etats ou Collectivités territoriales. Ce modèle est beaucoup plus courant notamment en Amérique du Nord. Aux Etats-Unis, les musées couvrent leurs frais de fonctionnement à 70% par leurs recettes propres alors qu en France seulement 20% 135 FREY Bruno, MEIER Stephan, L économie des musées, inhandbook for Economics of Art and Culture, Ginsburgh and Throsby, editions Elsevier, 2003, p1018 à TEBOUL René, CHAMPARNAUD Luc, Les publics des musées : analyse socio-économique de la demande musée,l Harmattan, Paris, 1999, p LANDRE Patrick, «La fixation des prix et la politique de tarification dans les institutions culturelles du secteur public», in Les cahiers du management culturel en Europe, Écume - Numéro 1, Mai ROUET François, «Les enjeux de la tarification des musées», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p 126 à 129 Léa Girardin

56 -Des musées à la rencontre de leurs publics- des musées sont en capacité de la faire 139. Cependant en France il existe un secteur muséal privé, certes moins répandu que le secteur muséal public. Il s agit de musée de type associatif ou ayant le statut de fondation comme la Fondation Yves Saint-Laurent et Pierre Berger. Au regard des musée dédiés au textile et à la mode étudiés dans ce mémoire, deux musées privés retiendront notre attention : le Musée des Tissus de Lyon et le Musée de la mode et du textile de Paris dépendant du Musée des Arts décoratifs Le Musée des Tissus de Lyon a un statut particulier car il s agit d un service de la Chambre de Commerce et d Industrie de Lyon. A ce titre ce musée est privé et ne reçoit aucune subvention publique pour financer ses frais de fonctionnement. Certaines expositions temporaires bénéficient cependant de subventions ponctuelles comme l exposition «Franck Sorbier : couture corps et âme» qui a bénéficié du soutien de la Communauté urbaine du Grand Lyon. Grâce à son label de Musée de France, le musée bénéficie également de subventions de la DMF et de la DRAC pour le financement d acquisitions. Le musée ne détient pas de compatibilité propre étant considéré comme un service de la CCI, cette dernière lui alloue un budget annuel qu il doit conserver à l équilibre. Le service culturel doit donc respecter des impératifs budgétaires et comptables. Le service dispose d un budget annuel qu il doit tâcher d équilibrer entre les dépenses liées aux salaires du personnel vacataire (conférenciers, plasticiens ) mais aussi à l achat de matériel pour les ateliers et les recettes liées aux réservations de visites commentées, d ateliers créatifs, de spectacles. 140 Ainsi, si un atelier créatif programmé n atteint pas un nombre de réservations significatif et ne dépasse pas ce que l on appelle le point mort, c'est-à-dire le point au-delà duquel les recettes deviennent égales aux dépenses, alors l atelier est annulé. Les annulations d activités au service des publics du musée sont malheureusement assez fréquentes, ce qui peut à termes être nuisible à la fidélisation du public. Rendre les activités rentables suppose une véritable connaissance des publics suivant les activités afin d orienter au mieux la programmation annuelle d activités et de visites. La programmation du service au départ fortement orientée vers le jeune public a d ailleurs été modifiée afin d aller vers un public adulte plus rentable. En effet, les jeunes de moins de 16 ans bénéficient d une entrée gratuite au musée. La CCI a demandé au service culturel de devenir rentable en allant vers des publics, sources de recettes supplémentaires pour le musée, comme les touristes ou le public individuel adulte. Aujourd hui le service travaille à destination de tous les publics sans distinction. D autre part jusqu en 2008, les activités du service culturel étaient soumises à une TVA à 19,6%, alors que les musées publics en sont exonérés. Depuis 2008, le Musée des Tissus est enfin exonéré de la TVA pour ses activités, ce qui allège les charges du service. En respectant à la lettre ces impératifs de rentabilité parfois au détriment des visiteurs, le service culturel parvient à maintenir le petit équilibre. C'est-à-dire que le budget du service est équilibré si l on n inclut pas les charges du personnel prenant en compte les salaires de la responsable du service et de son assistante BENGHOZI Pierre-Jean, BAYART Denis, in TEBOUL René, CHAMPARNAUD Luc, Les publics des musées : analyse socioéconomique de la demande musée,l Harmattan, Paris, Rapport d activités du Musée des Tissus et du Musée des Arts décoratifs 2008, Document interne 141 Annexe 1 : Entretien avec Cécile Demoncept, responsable du service culturel du Musée des Tissus de Lyon 56 Léa Girardin

57 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? Paradoxalement la première source d auto financement pour le Musée des Tissus de Lyon n est pas la billetterie mais la location d espace. Dans son cadre XVIII e siècle le musée propose un cadre original aux entreprises désireuses d organiser un cocktail, sa position centrale en plein cœur de Lyon étant stratégique pour ce type d activité. Les autres postes d auto financement du musée sont la billetterie, les activités du service culturel puis les ventes de la boutique. Le musée trouve également des recettes grâce à son atelier de restauration de textile qui effectue également des demandes privées et la banque d image qui retire des droits sur l utilisation de ses photographies. Le musée diversifie donc ses activités afin de multiplier ses sources de recettes tout en respectant son Projet Scientifique et Culturel. Il souhaite à termes aménager un espace de restauration ou un café afin de développer un autre pôle de rentabilité. Le Musée de la mode et du textile de Paris provient lui aussi du secteur privé puisque ce sont les industriels qui ont poussé à la création du musée au XIX e siècle. Aujourd hui le musée détient toujours un statut privé, puisqu il s agit d une association de type loi 1901, à caractère non lucratif. Il peut paraitre surprenant qu un musée français d une telle envergure, situé dans le palais du Louvre depuis 1905 ne dispose que d un statut associatif et ne soit pas géré par l Etat. Si le bâtiment a été mis à disposition par l Etat dans une aile du Louvre, le musée a dû l aménager à ses frais. Malgré son statut privé, il bénéficie depuis 1882 du statut «d utilité publique». Bien que les collections appartenaient à l Etat, le musée ne pouvait pas recevoir de subventions publiques, les frais de fonctionnement étaient payés grâce aux recettes des droits d entrée et aux legs de donateurs. En 1920, une convention avec l Etat permit au musée de rémunérer le personnel du musée grâce à des subventions du ministère de la culture, mais le reste des frais de fonctionnement resteraient à la charge du musée Cette convention est renouvelée régulièrement, la dernière convention date de la réouverture du musée après réorganisation complète des collections en Aujourd hui le financement du Musée des Arts décoratifs est mixte, 47% de son budget provient de ses ressources propres : billetterie, activités, boutique, location d espaces Le reste de son financement est obtenu grâce à de nombreuses subventions publiques possibles par son statut d intérêt public ainsi que les dons financiers liés au mécénat d entreprise. Le conseil d administration est également dominé par des représentants du secteur privé ce qui facilite le mécénat privé. Le musée fait alors habillement le lien entre le secteur privé dont il est issu et le secteur public ce qui lui permet de recevoir de nombreuses subventions publiques et d être éligible au mécénat. La proximité historique du musée avec le monde industriel favorise par ailleurs le mécénat d entreprise. 143 Cet équilibre qui fonctionnait jusqu alors très bien entre le secteur privé et le Musée des Arts Décoratifs est cependant fragile. Si l Etat alloue des subventions au musée pour ses frais de fonctionnement (salaire du personnel, assurances ), il ne finance toujours pas les expositions ni les acquisitions. Le musée doit faire appel à ses mécènes industriels pour ce type de dépenses. Le développement du mécénat permis par la loi du 31 août 2003, a créé un effet de concurrence accrue dont souffre aujourd hui le Musée des Arts décoratifs. De plus, la crise économique et financière de 2008 a provoqué un net désengagement du mécénat pour le Musée des Arts décoratifs si bien que la programmation des expositions en est affectée. 142 SALMON Béatrice, Guide du musée des Arts décoratifs, Les Arts décoratifs, Paris Rapport d activité Les Arts décoratifs 2008, sur Léa Girardin

58 -Des musées à la rencontre de leurs publics- En effet, à chaque exposition thématique le musée est obligé de chercher de nouveaux mécènes. Face à l ampleur de la tâche Béatrice Salmon, directrice du musée parle de «travail de Sisyphe», tâche pénible et interminable à recommencer à chaque exposition. Trois expositions majeures sont aujourd hui reportées dont l exposition «Kate Moss» initialement prévue en 2010 au Musée de la mode, reportée en Cette exposition a été remplacée à la dernière minute par une exposition moins couteuse issue des collections du musée «Madeleine Vionnet, puriste de la mode» 144. Le projet culturel et scientifique du musée semble alors pénalisé par le statut privé du musée. Les musées privés ont donc des impératifs budgétaires rigoureux à respecter et le rapport avec le secteur privé marchand est encore fragile. Le lien avec les institutions publiques est très présent même pour les musées privés. Selon Alain Joubert 145, l autofinancement complet d un musée est très rare en France, le musée privé devant payer l amortissement, les investissements, les salaires, frais de personnel et les charges de fonctionnement, il arrive bien souvent au petit équilibre mais pas à l équilibre budgétaire complet. Mais il est très difficile pour un musée en France de s affranchir totalement des institutions publiques. 3) L apparition de préoccupations budgétaires dans les musées publics Depuis les années 1980 des préoccupations de bonne gestion des musées ont commencé à se développer dans les musées français. Ceci s est en partie déroulé par une autonomisation progressive des institutions culturelles notamment avec la création d établissements publics administratifs comme le Musée du Louvre 146. Un rapport parlementaire proposé le 3 juin 2009 souhaite aujourd hui généraliser le statut d Etablissement public administratif afin de «libérer les énergies des musées.» en transformant tous les établissements publics d Etat en EPA. Ce statut permettrait d améliorer la gestion financière et en matière de ressources humaines des musées 147. Au niveau des collectivités territoriales la création du statut d EPCC (Etablissement public de coopération culturelle) en 2006 a offert un fort degré d autonomie à certaines institutions culturelles comme Centre national du costume et de la scène de Moulins. Même si la majorité des musées français restent sous la tutelle d une collectivité territoriale et notamment des communes, avec le statut de régie directe, les préoccupations gestionnaires se développent. On retrouve cette importance du statut municipal puisque quatre des sept musées étudiés possède ce statut. Si les institutions privées ne peuvent s affranchir des institutions publiques, les musées publics quant à eux se comportent de plus en plus à la manière de structures privées. Même si les musées municipaux aujourd hui ne couvrent la plus part du temps que 15 à 20% de leurs coûts de fonctionnement par leurs 144 ANDREUX Lily, MAROZEAU Maureen, «Reports aux Arts déco», in Le Journal des Arts, n : 305, 12 au 25 juin 2009, p5 145 JOUBERT Alain, «Comment assurer le développement du musée par le biais de l autofinancement?», in DE BARY Marie- Odile, TOBELEM Jean-Michel, Manuel de muséographie : petit guide à l usage des responsables de musées, Paris, 1999, p ROUET François, «Les enjeux de la tarification des musées», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p 126 à FLOUQUET Sophie, «Accroître l autonomie des musées» in Le Journal des Arts, n : 305, 12 au 25 juin 2009, p5 58 Léa Girardin

59 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? recettes. 148 Une demande d auto financement accrue se fait sentir de la part des pouvoirs publics. Le mode de gestion du musée représente parfois un frein au développement de l auto financement, notamment le statut le plus répandu celui de la régie directe d une collectivité territoriale. En effet, le musée ne dispose pas de personnalité juridique, ses fonds et sa comptabilité dépendant de la collectivité de tutelle. Cette situation bloque parfois le développement de recettes propres, certains chefs d établissements souhaiteraient par exemple conserver le bénéfice de la boutique pour développer directement le musée mais cela n est pas possible. La régie directe rend également difficile les partenariats car elle empêche les relations contractuelles. Cependant ce statut assure une certaine sécurité financière pour les collections et une stabilité pour le personnel du musée 149. La régie directe peut-être transformée en régie autonome ce qui offre une certaine marge d autonomie financière aux établissements. La recherche de recettes propres a été accélérée, après la crise financière de septembre 2008, la CGT Culture affirmait dans Beaux-Arts magazine : «Le nuage toxique de la crise économique et financière ne s est pas arrêtée aux portes des établissements 150 culturels français» Les musées souffrent de coupes budgétaires des collectivités territoriales et du ministère de la culture, une baisse en moyenne de 5% des crédits de l Etat en région. Ils pâtissent également du recul du mécénat et du sponsoring d entreprises. Selon Jean-Michel Tobelem 151, les musées sont devenus aujourd hui des «OCM» organisations culturelles de marché, en effet même si les musées sont publics, ils sont en permanence en relation avec le marché. Par exemple même si leur entrée est gratuite, ils fournissent des prestations payantes aux visiteurs tels les spectacles ou les visites commentées Avec le développement d offres muséales, le musée s inscrit aussi dans une logique d offre culturelle et touristique concurrentielle. Il définit l OCM par trois grandes dimensions que l on a pu observer dans les musées étudiés : la prise en compte des publics, une approche stratégique plutôt active que réactive et un mode d organisation visant l efficacité managériale. On peut noter néanmoins quelques différences dans la gestion des services des publics des musées étudiés. Si le Musée des Tissus était obligé d annuler des activités organisées par le service culturel pour cause de non rentabilité dans les musées publics on peut éviter ce genre de pratiques. Le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne, en régie avec la Ville de Saint-Etienne maintient par exemple ses activités même s il n y qu une seule personne inscrite. Cependant, en ce qui concerne les activités proposées aux enfants, les médiatrices ne pouvant rester seule avec un enfant pour des questions de responsabilité, l animation sera annulée. Le service peut donc proposer des activités à perte. Le projet scientifique et culturel est privilégié aux impératifs gestionnaires JOUBERT Alain, «Comment assurer le développement du musée par le biais de l autofinancement?», in DE BARY Marie- Odile, TOBELEM Jean-Michel, Manuel de muséographie : petit guide à l usage des responsables de musées, Paris, 1999, p DE BARY Marie-Odile, TOBELEM Jean-Michel, Manuel de muséographie : petit guide à l usage des responsables de musées, Paris, 1999, p DE WAVRIN Isabelle, BLAIN Françoise-Aline, «Enquête : l impact de la crise sur la culture», in Beaux Arts magazine n297, p TOBELEM Jean-Michel, Le nouvel âge des musées : les institutions culturelles au défi de la gestion, Armand Colin, Paris, 2008, p Annexe 2 : Entretien avec Géraldine Tardy, médiatrice culturelle au MAI de Saint-Etienne Léa Girardin

60 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Néanmoins dans d autres établissements de taille plus modeste, les impératifs budgétaires ont fait leur apparition. Le Musée de Bourgoin-Jallieu, en régie directe avec la mairie de Bourgoin-Jallieu, bénéficie lui aussi de fonds de la municipalité, mais aussi du département de l Isère et de la DRAC Rhône-Alpes. Le musée n a donc pas de comptabilité propre et les recettes issues de ces activités reviennent directement à la municipalité. Malgré ce statut municipal, et l absence d impératifs budgétaires réels, le service des publics du musée est soucieux de la rentabilité de ses activités. S il n y a pas assez de personnes pour mettre en place une activité ou une visite, cette dernière sera annulée 153. Le V&A Museum de Londres, bien qu aujourd hui gratuit par décision de l Etat britannique depuis 2001, avait été créé dans une optique de rentabilité correspondant aux musées américains et canadiens d aujourd hui. En effet, dès sa création l entrée au V&A Museum était soumise au paiement d un billet d entrée. Henry Cole, le premier directeur du musée, affirmait sa volonté de financer le musée par ses propres recettes «The Museum should as far as possible pay for its own runnings costs.» Aujourd hui cette vision semble avoir changé puisque le musée est devenu gratuit et c est l Etat britannique qui finance la majorité du budget de fonctionnement du musée. Enfin, malgré la politique lancée par la Ville de Paris en 2002 d offrir l accès aux collections permanentes de neuf musées municipaux gratuitement 155, il est à noter que l entrée au Musée Galliera est quant à lui payant. Cette différence peut s expliquer car le musée de la mode ne présente pas de collections permanentes mais uniquement des expositions temporaires, qui sont plus coûteuses à organiser et donc nécessitent un accès payant. Selon Catherine Ballé, ces dernières années les musées ont profondément modifié leurs missions. La croissance et le développement des activités culturelles se sont développés au détriment de leurs missions initiales de conservation. Il est alors nécessaire d accorder les finalités contradictoires entre missions patrimoniales,culturelles, commerciales, administratives et sociales 156. Petit à petit on voit se généraliser dans les musées les procédures de gestion et des exigences financières. Les impératifs budgétaires ont gagné une place prépondérante dans la gestion des musées contemporains. La montée de ces préoccupations financières a conduit progressivement les services des publics des musées à diversifier leurs activités et à développer des activités à caractère commercial pour augmenter leurs ressources de financement 157. Les services des publics sont alors tentés de se concentrer sur les publics acquis du musée et de limiter leur recherche de nouveaux publics Annexe 5 : Entretien avec Olivier Lossi, Responsable du Service des publics du Musée de Bourgoin-Jallieu 154 DARBY Michael, BURTON Anthony, HASKINS Susan, AYERS John, The Victoria and Albert Museum, Philip Wilson publishers, Londres, 1983, p4 155 GOMBAULT Anne, PETR Christine, La Gratuite des musées et monuments coté publics, La documentation française, Paris 2006, p BALLE Catherine (dir), «Musées et organisation», in Culture et Musée n : 2, Actes Sud, Avignon, Novembre 2003, p MAIRESSE François, Le droit d entrée au musée, Editions Labor, Bruxelles, 2005, p23 60 Léa Girardin

61 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? II) Une politique des publics au service de la politique commerciale des musées Selon Françoise Benhamou 158, la logique économique est devenue une donnée que les musées ne peuvent plus négliger. Les besoins financiers accrus des musées les ont conduits à faire de plus en plus attention à leurs ressources, aussi bien dans les musées privés que publics. Les musées ont cherché petit à petit des activités commerciales leur permettant de développer des recettes propres : librairies, boutique, cafétéria ou service de location d espaces. Pour certains on parle d un véritable marketing culturel dont Kotler explique ce développement par la montée d une offre concurrentielle de type loisirs : «Les organismes culturels produisent des biens culturels ; il s agit des musées, des salles de concert, des bibliothèques et des universités. Tous ces organismes commercent à s apercevoir qu ils sont concurrencés par une foule d autres organisations luttant pour accaparer l attention des consommateurs et une part des ressources nationales et qu ils se heurtent donc à un problème de marketing. 159» Les services des publics des musées ont alors tourné leurs activités vers des publics et des activités plus lucratives sur des cibles très précises. En ciblant leurs activités vers des publics rentables ils développent dans un sens une forme de marketing culturel que ce soit par la fidélisation des publics acquis, la mise en place de prestations à destination des publics touristiques ou l organisation d anniversaires pour enfants. 1) Un travail de fidélisation des publics acquis Selon Schuster, économiste anglo-saxon libéral : «Même si les pouvoirs publics veulent voir élargir leur public en faveur de groupes jusque-là exclus, les musées dans un contexte où l accent est mis de plus en plus sur le financement privé, ont plutôt intérêt à viser une clientèle restreinte et prospère qu à déployer des efforts sur un développement tous azimuts dont le rendement serait faible.» Même si ce point de vue est un peu exagéré au regard des musées français, il est vrai que les musées travaillent aujourd hui à fidéliser des publics déjà acquis leur cause. Dans une optique d accroissement des recettes et de fréquentation, les services des publics peuvent choisir la solution de facilité en fidélisant des publics habitués. L idée serait qu il est plus rentable de conserver une clientèle existante que de conquérir à un coût élevé de nouveaux publics 160. Les publics fidélisés sont constitués selon les grandes enquêtes sur les pratiques culturelles des français : par des personnes issues des catégories socio professionnelles supérieures, des personnes diplômées de l enseignement supérieur et des étudiants. Selon Olivier Donnat, dans une enquête réalisée par l INSEE en 2003, 64% des personnes interrogées par s étaient rendues dans un musée durant les douze derniers mois contre seulement 11% des personnes sans diplôme. D autre part 51% des étudiants interrogés 158 BENHAMOU Françoise in BALLE Catherine (dir), «Musées et organisation», in Culture et Musée n : 2, Actes Sud, Avignon, Novembre 2003, p COLBERT François, Le marketing des arts et de la culture, Editions Gaëtan Morin, Paris, 1993, p TOBELEM Jean-Michel (Dir), La culture mise à prix, L Harmattan, Paris, 2005, p 248 Léa Girardin

62 -Des musées à la rencontre de leurs publics- s étaient également rendus dans un musée 161. Ceci montre qu il existe des publics précis de personnes habituées à se rendre dans un musée. Les musées mettent en place des dispositifs de fidélisation afin que ces publics acquis se rendent de façon plus régulière dans leurs murs. On peut alors voir une logique d abonnement commercial qui en l échange d un paiement annuel unique offre un accès illimité aux collections et aux expositions. Ce processus de fidélisation ne peut cependant fonctionner que s il est complété par des avantages offerts au détenteur de ce dispositif tels que les coupe-file pour les expositions, les invitations au vernissage, les réductions sur la boutique, un abonnement à la newsletter du musée etc. Le visiteur abonné doit se sentir différent, comme un visiteur privilégié. Les cartes d abonnement permettent de renforcer et de faciliter la fidélisation des visiteurs des musées en amoindrissant l impact de tarifs élevés de l entrée individuelle sur des publics de fidèles ou des publics «fidélisables». Grâce à ces dispositifs les musées cherchent à multiplier et à cibler leurs publics ainsi ils sont nombreux à avoir mis en place des laissez-passer, des cartes-inter musée 162 Le Musée des Tissus propose par exemple à ses visiteurs les plus assidus, un pass musée qui offre un accès illimité aux collections permanentes pendant un an. Il offre également d autres avantages à son détenteur comme un tarif réduit pour les expositions temporaires, 5% de réduction sur certaines activités, 5% de réduction sur certains produits boutique, l envoi de la plaquette à domicile, une invitation aux inaugurations. De la même manière le musée a développé une série de pass pour s adapter à ces différents publics cibles : un PASS-musée jeune ans, un PASS-musée enseignant et un PASS-musée duo. Il s agit là d une véritable segmentation des publics acquis, étudiants et enseignants. D autres dispositifs d abonnement existent afin de mutualiser l activité de plusieurs musées sur un territoire donné. Ainsi il existe des cartes valables dans plusieurs musées comme la carte «intermusées» de Paris. Cette carte vise notamment les publics touristiques, car elle donne l accès gratuit et illimité à près de soixante musées et monuments parisiens sur une période définie de deux, trois ou six jours. Le Musée de la mode et du textile de Paris, ainsi que le Musée Galliera participent à ce dispositif. Dans un autre univers que le textile, la carte d adhésion au centre Pompidou («laissezpasser») génère près de 20% de la fréquentation des expositions temporaires avec ses titulaires dont 42% sont des jeunes et des étudiants. Ce succès démontre une fidélisation accrue des publics déjà habitués à la visite du musée comme les étudiants. 163 Selon Xavier Greffe, les visiteurs fidélisés présentent un certain avantage pour les musées car ils permettent un gain stable en trésorerie acquis dès l achat de l abonnement. Même si le visiteur n utilise pas son pass, l abonnement est quand même payé au musée. De plus, les visiteurs fidélisés sont plus aptes à effectuer des dépenses annexes comme des achats de publications ou de produits dérivés à la boutique du musée 164. Ces dispositifs mis en place par les services des publics sont nombreux et sont en constante évolution. 161 DONNAT Olivier, «Sociologie de la culture, publics, et pratiques culturelles», in SAEZ Guy (sous la direction), Institutions et vie culturelle, La documentation française, Paris, 2004, p 128 à TOBELEM Jean-Michel, Le nouvel âge des musées : les institutions culturelles au défi de la gestion, Armand Colin, Paris, 2008, p SOUFI Nabil, JEANTER Christophe, Augmenter la fréquentation des musées sans les brader?, consultants Farman & Partner, sur GREFFE Xavier in TOBELEM Jean-Michel (Dir), La culture mise à prix, L Harmattan, Paris, Léa Girardin

63 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? Cependant ces pass semblent relever plutôt d une pratique commerciale allant en direction des publics fidélisés que des non-publics ce qui diffère de la mission principale de l ouverture du patrimoine au plus grand nombre. 2) Un attrait pour les publics touristiques Le public touristique représente également un atout dans la politique des publics du musée. Ce public se trouve dans des conditions de visite particulières dans lesquelles il est prêt à payer un certain prix pour découvrir le patrimoine français. Il peut s agir de touristes étrangers ou de touristes français ou régionaux. Selon Claude Origet du Cluzeau le tourisme culturel se définit par «un déplacement d au moins une nuitée dont la motivation principale est d élargir ses horizons de rechercher des connaissances et des émotions au travers de la découverte d un patrimoine et de son territoire» Les musées français représentent un atout touristique pour le pays et un élément fort de la destination France pour les publics étrangers. Le musée représente en France, une institution légitime pour le tourisme. Les touristes sont pour de nombreux musées comme au V&A de Londres et au Musée des Arts décoratifs les premiers pourvoyeurs de visiteurs 166. Les musées participent à la «mise en tourisme du patrimoine». Le musée devient alors un instrument de valorisation économique d un territoire. Le public touristique est important car il visite les collections permanentes, il assure un nouveau public à ces collections. Le public local habitué leur préférant les expositions temporaires régulièrement renouvelées. Afin de s adapter à ce type de public les services des publics proposent des prestations spécifiques. Pour les visiteurs français, les musées offrent des visites découverte des collections permanentes. Le véritable intérêt des publics touristiques réside dans les publics étrangers car selon de nombreuses enquêtes ils disposent d un fort pouvoir d achat. Depuis quelques années les musées dédiés à la mode et au textile étudiés dans ce mémoire ont développé une politique d ouverture à l international. Ils deviennent de véritables opérateurs touristiques offrant des prestations sur mesure à leurs visiteurs étrangers. Le Musée des Tissus de Lyon fait figure de modèle à Lyon puisqu il propose des visites commentées en huit langues, Anglais, Allemand, Italien, Espagnol, Japonais. Il s ouvre vers de nouveaux touristes avec des visites en Chinois et en Russe et Arabe. Ces visites commentées à un tarif légèrement plus élevé que les visites en français est une spécificité du musée. Ma mission au sein du musée des Tissus s est par ailleurs concentrée sur la promotion des visites sur mesure pour les étrangers, en témoigne la plaquette de présentation en anglais réalisée par mes soins située en annexe 11 de cette étude. 167 Cette offre riche de visites commentées en langues étrangères semble bénéficier au musée puisque près d un quart de ses visiteurs sont de nationalité étrangère ce qui est plutôt rare pour un musée à Lyon. Les visiteurs étrangers venant le plus visiter le musée sont de façon surprenante les Américains. Puis les Suisses, qui se rendent aisément à Lyon grâce à la ORIGET DU CLUZEAU Claude, Le tourisme culturel, PUF Que sais-je?, Paris, 1 er éd. 1998, 4 e éd. 2007, p3 166 PLANEL Michèle, in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre Annexe 11 : Plaquette de présentation des prestations offertes au public touristique par le Musée des Tissus, réalisée durant ma mission Léa Girardin

64 -Des musées à la rencontre de leurs publics- proximité géographique, viennent ensuite les Britanniques et les Japonais, très intéressés par l héritage de la Soie à Lyon. 168 Des musées de tailles plus modestes localisés dans des destinations moins touristiques proposent eux aussi des visites en langues étrangères. Ainsi, le Musée des Bourgoin- Jallieu, propose des visites en anglais à destination d un public touristique atypique. En effet, la ville de Bourgoin-Jallieu renommée pour son équipe de rugby, accueille souvent des équipes Britanniques, Irlandaises voir Néo-Zélandaises et Australiennes. Les supporters venus accompagner leur équipe souhaitant parfois visiter le Musée de Bourgoin-Jallieu, ces visites s adaptent à leurs besoins. Le Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse malgré la petite taille de son équipe, propose aussi des visites Anglais, Allemand, Italien, Espagnol, ceci est sans doute dû à sa position géographique frontalière avec l Allemagne et la Suisse. La brochure du musée située en annexe 8 de ce mémoire est par ailleurs réalisée en trois langues, français, anglais, allemand depuis Ceci souligne le caractère international des visiteurs visés par le musée localisé dans une région frontalière 169. Paradoxalement, le Musée Galliera, malgré sa position à proximité des quartiers touristiques parisiens ne semble pas proposer de visites guidées en langues étrangères ni d audio guide, ce qui limite l accès des touristes étrangers aux expositions de ce musée pourtant réputé. Par ailleurs, le site internet du Musée Galliera n est pas accessible en langue anglaise. Le Musée des Arts décoratifs de Paris, face au grand nombre de public touristique qu il reçoit, a préféré automatiser les visites grâce à des audio-guides. Lorsqu on aborde la question de la politique tarifaire et l épineux débat de la gratuité, la question de public touristique entre en jeu. Car si l accès au musée est rendu gratuit pour tous, il le sera aussi pour les publics touristiques qui eux étaient prêts à payer pour se rendre au musée. Selon Patrice Béghain, ancien adjoint à la culture à la mairie de Lyon : «Le problème avec la gratuité, c est que l on se priverait des recettes touristiques car elle 168 Etude de la fréquentation du Musée des Tissu de Lyon, Document interne, Juillet Annexe 8 : Plaquette trilingue du Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse 64 Léa Girardin

65 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? ne s appliquerait pas qu aux lyonnais mais à tous les visiteurs.» Le musée doit donc au mieux faire concorder les conditions tarifaires pour le public local tout en conservant des recettes touristiques. Face à des impératifs gestionnaires croissants les services des publics des musées veillent à accueillir au mieux les publics touristiques, tout en préservant le public local au risque de perdre une source de recette importante. Cette question fait encore débat ) A quelles missions du musée répondent les anniversaires pour enfants? Cette partie aurait pu s intéresser à la location d espaces source de revenus importants pour les musées qui pratiquent cette activité. Cependant les locations d espace sont bien souvent prises en charge par les services communication des musées et non les services des publics. Cette partie étudiera donc une activité très particulière, fournie par les services des publics : l organisation d anniversaires pour enfants. Située à mi-chemin entre location d espace et prestation de service, on peut s interroger sur la compatibilité de l organisation de goûters d anniversaire pour enfants et du projet scientifique et culturel du musée? Les anniversaires pour enfants au musée sont très répandus dans les musées de mode et de textile. A l exception du Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne dont la responsable du service des publics refuse l organisation d anniversaire par principe éthique, tous les musées étudiés proposent cette activité. On peut se demander si cette position ne va pas évoluer avec le changement de direction du service des publics du Musée d Art et d Industrie au printemps L organisation d un anniversaire au musée consiste en une prestation de service à destination du public individuel familial. En effet, le temps d un après-midi, le musée met à disposition de l enfant et de sa famille et amis un espace du musée et un médiateur culturel. Ce médiateur est chargé de mettre en place une animation, le plus souvent un atelier créatif. Certains établissements comme le Musée de Bourgoin-Jallieu vont jusqu à même proposer un goûter et une boisson aux enfants. On peut donc s interroger sur les missions pédagogiques des anniversaires pour enfants au musée. Lors d un colloque sur «l avenir des musée» organisé au Louvre, un chercheur de l université de Milan remettait en cause les missions des services des publics aujourd hui: «le programme éducatif remplitil encore une fonction éducative ou son action n est-elle pas en train de devenir une version chic de la garde d enfants ou consigne d enfants proposées par IKEA?» 172 Jean-Marc Jacob, plasticien au Musée des Tissus, qui anime régulièrement des anniversaires, souligne l ambigüité des anniversaires pour enfants qui sont selon lui à mi-chemin entre la pédagogie et l amusement. Ce dernier n apprécie pas vraiment ce type d activité mais elle s avère intéressante financièrement et répond à une demande croissante du public 173. Durant la saison culturelle 2008, le Musée des Tissus a organisé 29 anniversaires pour enfants et ce chiffre est en augmentation pour l année Patrice Béghain interwiewé par MENVIELLE Dominique, Musées : entrée gratuité à l étude, in Le Progrès, Lyon, 2 mai Annexe 2 : Entretien avec Géraldine Tardy, médiatrice culturelle au Musée d Art et d Industire de Saint-Etienne 172 GUEZONI Guido, TROILO Gabriele, «Pour et contre le marketing», in Acte du colloque L avenir des musées, Musée du Louvre et RNM, Paris, 2001, p 135 à Annexe 3 : Entretien avec Jean-Marc Jacob, Plasticien au Musée des Tissus de Lyon Léa Girardin

66 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Ces animations sont très en vogue dans les différents musées étudiées. Au Musée de Bourgoin-Jallieu, il fallait par exemple réserver un mois à l avance durant le printemps 2009 pour pouvoir organiser un anniversaire. A Bourgoin-Jallieu, lors du lancement des premiers anniversaires au musée, seule la chaine de fast-food Mac-Donald proposait ce type de prestation. Aujourd hui le musée est concurrencé par les magasins Décathlon et le restaurant Buffalo Grill. Le musée propose donc une prestation concurrentielle mais non lucrative 175. Le Musée des Arts décoratifs de Paris et le Musée de l Impression sur Etoffes proposent eux-aussi des prestations similaires. Le V&A Museum ne propose pas d organisation d anniversaires pour enfant dans ses collections de mode et de textile. Cependant, une partie de ses collections sont spécifiquement dédiées à l enfance (expositions de jouets, mobilier, vêtements,..) et sont exposées dans «le Museum of Childhood». Dans ce lieu plus approprié pour l organisation de goûters d anniversaire, le musée offre de vraies prestations de services à la manière d une location d espace pour adulte. Il propose même de prendre en charge la restauration pour un coût supplémentaire à la manière d un cocktail 176. On peut se demander si les anniversaires au musée en permettant de découvrir le musée «autrement» et attirent de nouveaux publics? Au regard des quelques musées étudiés la réponse est non. Malgré, un prix abordable d en moyenne 5 à 8 euros par enfants, on retrouve le même type de visiteurs que pour les visites en famille : des catégories socioprofessionnelles supérieures, parents fortement diplômés venant de quartiers aisés. Les anniversaires pour enfants ne se révèlent donc pas être des vecteurs d ouverture à de nouveaux publics. Ils sont plutôt des prestations de services, répondant à la demande d un certain type de public déjà habitué aux visites au musée. En regard des musées britanniques, américains et canadiens, qui disposent d espaces entièrement dédiés à la location pour l organisation de cocktails et même de mariages, on peut s interroger sur l évolution que vont connaître les locations d espace et les prestations de service dans les musées français. Le musée peut-il conserver ses missions «de conservation, d éducation et de délectation» tout en développant des prestations de services événementielles purement ludiques? Un professeur de marketing Italien à l Université de Milan s interrogeait sur les missions des musées contemporains, en les comparant à des «hôtels cinq étoiles sans ascenseurs ni chambres» Au regard des différentes activités se concentrant sur les publics acquis des musées, cartes d abonnement, prestations touristiques et anniversaires pour enfants, certains comme Pierre-Jean Benghozi mettent en garde les musées «contre une dérive gestionnaire». Les musées oublieraient selon lui, leur mission de conservation au profit «de l indice de fréquentation et du résultat financier, la quantification devenant le seul critère de décision utilisé Bilan du Service culturel 2008, document interne. 66 Léa Girardin » Malgré le développement d activités commerciales dénoncé 175 Annexe 5 : Entretien avec Olivier Lossi, responsable du service des publics du Musée de Bourgoin-Jallieu GUEZONI Guido, TROILO Gabriele, «Pour et contre le marketing», in Acte du colloque L avenir des musées, Musée du Louvre et RNM, Paris, 2001, p BENGHOZI Pierre-Jean in GALARD Jean (dir), Le regard instruit, Action éducative et action culturelle dans les musées, La documentation Française, Musée du Louvre, Paris, 2000, p

67 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? par certains, les musées français conservent leur mission d accessibilité au plus grand nombre. Ils gardent une certaine spécificité les maintenant hors marché contrairement aux grands musées américains. Ces derniers n hésitent pas développer une véritable politique commerciale comme le Guggenheim, vendant les œuvres jugées mineures et ouvrant des musées à l étranger à la manière de filiales d entreprises. Les musées français semblent encore préservés par cette tendance ce qui leur permet de maintenir une politique tarifaire en faveur de la démocratisation culturelle. III. Quelle politique tarifaire pour les musées de mode et de textile étudiés? 1) Le maintien d une politique tarifaire favorable à l ouverture à de nouveaux publics Malgré une tendance au développement des actions vers des publics acquis, les musées étudiés continuent à tenter d ouvrir leurs collections au plus grand nombre grâce à un autre instrument que la médiation, celui de la politique tarifaire. L hypothèse serait que la modulation du tarif d entrée au musée aurait un impact sur la décision ou non de se rendre dans une exposition. Peu importe leur statut public ou privé les musées dédiés à la mode et au textile étudiés mènent tous une politique tarifaire socialement favorable. Pour agir sur leurs publics, et élargir leur audience de base, les services des publics des musées contemporains ont choisi d agir sur la tarification de leurs prestations : billets d entrée, visites guidées, ateliers. En effet, l idée serait que le prix à payer par un visiteur potentiel constituerait une barrière à son envie de visiter un musée. Le tarif d entrée d un musée n étant pas lié à la loi de l offre et la demande et étant fixé arbitrairement, ce dernier doit trouver la meilleure combinaison tarifaire pour que les visiteurs poussent la porte du musée 179. Ce tableau donne une idée indicative des tarifs pratiqués par les musées étudiés à l été LANDRE Patrick, «La fixation des prix et la politique de tarification dans les institutions culturelles du secteur public», in Les cahiers du management culturel en Europe, Écume - Numéro 1, Mai 1994 Léa Girardin

68 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Musée étudié Billet d entrée plein Tarifs réduits tarif Musée des Tissus 7 euros -Gratuité moins de 16 ans -4,5 euros (16-25 ans, demandeur emploi ) Musées des Arts décoratifs 8 (audio guide -Gratuit pour les moins de 26 ans -6,5 Dont Mode et Textile inclus) (demandeurs d emploi et bénéficiaires du RMI) Musée de Bourgoin-Jallieu Gratuit Gratuit MAI de Saint- Etienne Visite libre 4,50 -Libre : 3,70 -Gratuit pour les -12 ans -Entrée gratuite pour tous les premiers dimanches du mois Musée de l Impression sur Etoffes Mulhouse Plein tarif : 7, -Gratuité jusqu'à 12 ans -3,50 (étudiants, handicapés et chômeurs) -Jeunes de 12 à 18 Musée Galliera (tarifs exposition : Sous l Empire des Crinolines) ans : 3 Plein tarif : 8,50 euros -Gratuit pour les moins de 14 ans -Tarif réduit : 6,50 euros -Tarif jeunes (14/26 ans) : 4,20 euro -Entrée gratuite pour les lycéens et les étudiants des métiers de la mode. V&A Museum Gratuit Gratuit Au regard des études de marketing culturel menée par le cabinet de consultant Farman et Partner, la fourchette du prix consenti à payer par un visiteur pour un billet d entrée au musée est comprise entre 6 et 8,5 euros. Cette fourchette permettrait d attirer un large public. Si l on compare aux tarifs des grands musées nord américains il faut par exemple débourser 20 dollars pour entrer au Metropolitan Museum of Art de New York et 13 dollars pour entrer au Textile Museum of Canada de Toronto. En regard des politiques tarifaires menées par les musées dédiées à la mode et au textile étudiés, on se rend compte que les tarifs de ces derniers se trouvent dans cette fourchette voir même en deçà. Tous les musées disposent de tarifs en faveur de public cibles comme le jeune public, les demandeurs d emplois, les personnes en situation de handicap. Ceci témoigne d une politique tarifaire en faveur de l ouverture à de nouveaux publics. Ce qu on appelle en sociologie le non-public, un ensemble de personnes peu habituées à venir au musée. Cette volonté de démocratiser l accès aux musées par la politique tarifaire a été réaffirmée par l article 7 de la loi sur les musées du 4 janvier Les services des publics des Musées de France doivent aujourd hui mener une politique tarifaire favorable à la démocratisation culturelle : «Les droits d'entrée des musées de France sont fixés de manière à favoriser leur accès au public le plus large. Dans les musées de France relevant de l'etat, les mineurs de dix-huit ans sont exonérés du droit d'entrée donnant accès aux espaces de présentation des collections permanentes. (..)» 180 Les musées étudiés, on note une politique tarifaire ciblée vers le jeune public avec une gratuité accordée pour les moins de 16 ans au Musée des Tissus, pour les jeunes de moins de 26 ans pour le Musée des Arts décoratifs ou pour les moins de 14 ans pour au Musée 180 LOI no du 4 janvier 2002 relative aux musées de France in JOURNAL OFFICIEL, Le Code du Patrimoine : partie législative, Les éditions des journaux officiels, Paris, Léa Girardin

69 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? Galliera. On notera que ces musées ne respectent pas tous l obligation de gratuité pour les moins de 18 ans évoquée dans la loi du 4 janvier Même si la politique tarifaire des musées étudiés semblent épargnés par la montée des impératifs budgétaires dans les musées publics, dans les musées privés la donne est un peu différente. En effet, pour le Musée des Tissus la billetterie représente un poste budgétaire important si bien que le musée doit rendre ses expositions rentables. La politique tarifaire du musée est aussi touchée par ces impératifs budgétaires. A l heure où les musées municipaux de Lyon harmonisent leur politique tarifaire en offrant la gratuité à tous les jeunes de moins de 26 ans, le musée propose seulement la gratuité pour les moins de 16 ans. De plus, cette gratuité pour les plus jeunes est aujourd hui remise en question par la direction du musée. Malgré ces objectifs de rentabilité, le musée propose des tarifs réduits pour les étudiants, les demandeurs d emploi mais ne propose pas non plus de tarifs pour les seniors, nombreux à fréquenter le musée. Le statut du musée représenterait donc un frein à son ouverture à de nouveaux publics. Tous les musées proposent également une politique tarifaire pour les étudiants et pour les personnes demandeuses d emploi ou percevant le RMI, y compris les musées privés. Selon une étude allemande réalisée en 1998, plus le revenu de la personne est bas, plus le prix du produit a un impact dans sa décision de consommer un bien culturel ou non 181. Il faut savoir que cette tarification segmentée permet de toucher une large frange de la population puisque dans les musées municipaux lyonnais par exemple, 50% des visiteurs ne paient pas leur billet d entrée pour des raisons d âge ou de condition sociale. 182 La tarification ciblée semble alors fonctionner. Les publics des musées sont donc segmentés en différentes cibles à toucher en priorité. Le tarif d entrée est ensuite modulé en fonction de ces publics cibles. L idée est de limiter la barrière à l entrée que représenterait le billet du musée. Ainsi pour désigner cette politique tarifaire ciblée, François Rouet parle de «gratuité-outil» que l on pourrait moduler au gré des publics que l on souhaiterait faire venir en priorité au musée. On parle alors de discrimination par le prix. 183 Cette dernière peut être de plusieurs ordres : temporelle, ainsi le Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne propose une entrée gratuité tous les premiers dimanches du mois, sociale en faveur des jeunes ou de personnes sans emploi ou encore éducative comme c est le cas pour la gratuité pour les étudiants en école de mode au Musée Galliera. La gratuité peut être aussi liée à un événement comme c est le cas pour la Nuit des musées ou les Journées européennes du patrimoine 184. Cependant, une politique tarifaire segmentée auprès des publics en difficulté revêt un impact symbolique et médiatique très fort qui semble fonctionner puisqu en 2007, au Musée d Art et d industrie 44% des visiteurs avaient bénéficié d une entrée gratuite pour des raisons d âge ou de conditions sociales. La gratuité le premier dimanche du mois semble également bien fonctionner puisque ces visiteurs représentent 18% de la fréquentation globale annuelle et 41% de la fréquentation gratuité du musée TOBELEM Jean-Michel (Dir), La culture mise à prix, L Harmattan, Paris, 2005, p MENVIELLE Dominique, Musées : entrée gratuité à l étude, in Le Progrès, Lyon, 2 mai ROUET François, «Les enjeux de la tarification des musées», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p 126 à TOBELEM Jean-Michel (Dir), La culture mise à prix, L Harmattan, Paris, 2005, p Chiffres de la fréquentation du Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne pour 2007, Source interne Léa Girardin

70 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Néanmoins, selon les études le tarif n est pas déterminant dans les facteurs de fréquentation. Un tarif bas ne suffira pas forcement à faire entre une personne dans un musée mais un tarif trop élevé l en dissuadera. Le cabinet de consultant Farman et Partner termine son étude sur le marketing culturel par une note d optimisme car selon eux : «Il ya beaucoup de raisons de croire qu il est possible pour un musée d atteindre des objectifs culturels que lui fixe sa mission tout en préservant l équilibre économique. Son succès nécessite néanmoins qu il trouve et développe sa propre combinaison public, offre, prix. 186» Malgré un contexte où les enjeux financiers semblent de plus en plus prégnants, les musées français conservent une politique tarifaire ciblée favorable à l ouverture au plus grand nombre. Il faut cependant garder à l esprit qu à l exception des musées privés, la billetterie ne représente pas une source de financement significative pour les musées en France ce qui expliquerait en partie la possibilité de conserver une politique tarifaire équitable. 2) La gratuité pour tous, une solution pour l élargissement des publics des musées? Au regard des politiques tarifaires ciblées visant l ouverture à de nouveaux publics on peut s interroger sur le cas de la gratuité permanente. En effet, il est tout d abord important de différencier une gratuité ciblée sur certaines tranches de la population ou à certains moments comme la gratuité le premier dimanche du mois de la gratuité permanente accordée à tous. Cette dernière peut-elle être compatible avec les enjeux budgétaires des musées contemporains? Peut-elle participer à la mission de démocratisation culturelle des musées? La question de la gratuité fait toujours débat et pourrait faire l objet d un mémoire à elle seule. Deux musées de notre étude ayant choisi cette politique tarifaire, le V&A Museum et le Musée de Bourgoin-Jallieu, il semblait important de s interroger sur ce type de politique tarifaire. Selon Anne Gombault, spécialiste de la question gratuité dans la culture, l opposition entre l idéal de la gratuité dans les musées et les impératifs gestionnaires est «un vieux serpent de mer» puisque les premiers débats sur la question sont apparus dès le XIX e siècle et qu on n a pas encore tranché sur la question 187. En effet, si l accès au musée était devenu gratuit pendant la Révolution Française, permettant l accès du peuple au patrimoine national, le principe de gratuité a progressivement disparu au cours du XIX e siècle. Le nœud du problème réside dans la divergence d intérêts entre d un côté le fait que tous les citoyens puissent avoir accès au patrimoine commun et d autre part que le musée puisse obtenir les ressources nécessaires à leur fonctionnement. Ceci étant d autant encore plus renforcé avec la montée des impératifs gestionnaires évoqués précédemment. 188 Le débat a été relancé récemment puisqu après une période d essai de gratuité ponctuelle dans plusieurs musées nationaux (Musée du quai Branly, Musée d Orsay..), le Président de la République Nicolas Sarkozy a décidé d accorder la gratuité aux jeunes de moins de 26 ans dans les 186 SOUFI Nabil, JEANTER Christophe, «Retrouver le juste prix d entrée des musées», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p130 à GOMBAULT Anne, PETR Christine, La Gratuité des musées et monuments coté publics, La documentation française, Paris 2006, p TOBELEM Jean-Michel (Dir), La culture mise à prix, L Harmattan, Paris, 2005, p Léa Girardin

71 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? musées et monuments nationaux. Cette mesure est néanmoins déjà remise par un rapport parlementaire de la Mission Evaluation et de contrôle de l Assemblée Nationale du 3 juin En effet cette mesure a eu un coût pour le premier semestre 2009 de 30 millions d euros, or selon le rapport cela «équivaut à l ensemble du coût de personnel de médiation 189 de ces musées». On peut donc s interroger sur la compatibilité de cette mesure de gratuité et la pérennité des actions des services des publics? Ce tableau présenté par Jean-Michel Tobelem résume les différents arguments en faveur et contre la gratuité dans les musées. Cette liste d arguments n est bien sur pas exhaustive. Pour Démocratisation et partage de la culture Le prix peut être une barrière matérielle ou psychologique à la fréquentation Les citoyens financent déjà indirectement les musées par leurs impôts A meilleure option du point de vue de la collectivité Rentabilité douteuse d un système de tarification sophistiqué Effet psychologique d Aubaine Fidélisation des visiteurs Contre Argument utilitariste : ce qui apporte de la valeur a un prix Diminution de la valeur perçue du musée Le prix n est pas un obstacle premier à la fréquentation du musée Limite à l équité Responsabilisation de la gestion du site Limite à l autonomie des musées Outil de rationnement de la demande dans des situations de capacité d accueil limitée On pourrait penser au premier abord que le prix représenterait un frein pour l entrée au musée mais de nombreuses enquêtes prouvent que bien que le prix représente une barrière il ne constitue pas la barrière principale de l entrée au musée. Selon l étude d Hannah Gottesdiener, qui a réalisé une enquête sur les freins et motivations des publics pour le DEPS en , c est la distance culturelle avec la pratique muséale et non le prix qui constituerait une barrière principale. Cette thèse était déjà soutenue par Pierre Bourdieu dans L Amour de l Art, dans années 60. Elle fait du capital culturel et de l Habitus social le premier élément qui influence la visiter ou la «non visite» au musée 191. D autre part, selon Pommeherne et Frey 192, la visite gratuite ne l est jamais totalement, car elle induit tout d abord des coûts monétaires indirects comme le coût de transport, le prix d un ticket de bus ou de parking. Par exemple, malgré son accès gratuit, une visite au Musée de Bourgoin-Jallieu pour des visiteurs venant de Lyon coûtera un trajet de 45 km, de 45 minutes de route avec un péage de 2,40 euros 193. La visite gratuite induit aussi des coûts non monétaires déplacements vers le lieu de visite, le coût d effort de compréhension, les coûts d information, le risque de ne pas aimer 189 FLOUQUET Sophie, «Accroître l autonomie des musées» in Le Journal des Arts, n : 305, 12 au 25 juin 2009, p5 190 Hannah Gottesdiener in GOMBAULT Anne, PETR Christine, La Gratuite des musées et monuments coté publics, La documentation française, Paris 2006, p JONCHERY Anne, «Se rendre au musée en famille», in La lettre de l OCIM, n115, Janvier-février 2008, p POMMEHERNE et FREY in MAIRESSE François, Le droit d entrée au musée, Editions Labor, Bruxelles, 2005, p R.B, «Bourgoin-Jallieu : Quelques heures dans la soie», in le Progrès, le 8 avril 2005 Léa Girardin

72 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Claude Fourteau, qui a travaillé à l étude de la gratuité les premiers dimanches du mois au Musée du Louvre fait l état de la complexité de la politique tarifaire des musées et de l abandon progressif de la gratuité permanente : «La cause de la gratuité ne trouve guère de défenseurs : sous divers arguments et son peu d efficacité, de la dévalorisation qui s y attacherait, de son incidence négative sur l économie des musées( ) la gratuité intégrale a disparu au profit d une situation tarifaire complexe en évolution très rapide.» 194 Malgré les nombreuses critiques que peut recevoir la gratuité permanente accordée à tous deux musées de notre étude ont opté pour cette politique tarifaire. Tâchons d observer si cette politique est favorable à la démocratisation de l accès au patrimoine. 3) Quel bilan de la gratuité pour tous dans les musées de mode et de textile? Certains musées étudiés ont mis en place une politique d accès permanent gratuit à leurs collections et expositions, le V&A Museum de Londres et le Musée de Bourgoin-Jallieu en Isère. Il semblerait opportun d étudier l impact de la gratuité sur le profil des visiteurs de ces musées. Le Musée du V&A de Londres après avoir été payant depuis le XIX e siècle est devenu gratuit après les promesses électorales du gouvernement Blair. Ainsi, entre novembre 2001 et avril 2002, l accès aux collections permanentes des musées nationaux comme le British Museum ou la National Gallery et le V&A Museum sont devenus gratuits. L idée était de démocratiser l accès au musée, en l ouvrant gratuitement au plus grand nombre, le gouvernement compensant le manque à gagner de la billetterie. Neuf ans après la mise en place de cette mesure l Etat continue d être le premier financeur du musée, en témoigne cette répartition du budget du musée pour puisqu il finance 58% du budget annuel du musée. On peut également noter l importance des dons et legs qui représentent presque un tiers du budget alloué par l Etat et 17% du budget global. Budget du V&A Museum 195 Grant in Aid (Government): million Exhibitions admissions, touring and loan fees: 2.47 million Donations: million Sponsorship: 0.59 million Lottery income: 4.30 million Trading income: 8.91 million Other income: 2.11 million Total : 76,92 million 194 MAIRESSE François, Le droit d entrée au musée, Editions Labor, Bruxelles, 2005, p Annexe 9 : interview, Lesley Miller, Conservateur en chef de la section textile et mode du Victoria and Albert Museum de Londres 72 Léa Girardin

73 Partie 3 : Ouverture au public et impératifs financiers sont-ils conciliables pour les services des publics des musées de textile? La gratuité a déclenché une forte augmentation de la fréquentation dans les musées britanniques soit plus de 11 millions de visiteurs en deux ans, le V&A Museum par exemple a vu sa fréquentation augmenter de 96% en un an. 196 Depuis 2001, de nombreuses enquêtes ont mesuré l impact de la gratuité permanente dans les musées nationaux britanniques. La gratuité permanente, pour tous, a certes fait augmenter la fréquentation du V&A Museul, mais s il l on regarde la composition des publics, ce sont les mêmes visiteurs qui viennent plus fréquemment. On retrouve dans le profil sociologique des visiteurs de la gratuité des catégories socio professionnelles supérieures et deux fois plus de personnes âgées de plus de 55 ans ; Alors que l objectif de la gratuité en Grande-Bretagne était de toucher les travailleurs à faible revenu et les jeunes dont la proportion a baissé depuis la mise en place de la gratuité. Selon Neil Mac Gregor, directeur de la National Gallery, la gratuité a quand même permis une plus grande liberté de visite, la possibilité d une visite impulsive ou la multiplication de brèves visites répétées. 197 Selon le cabinet de consultants Farman et Partner, la gratuité en Grande-Bretagne s est révélée être un leurre, car il n y a pas eu conquête de nouveaux publics mais cela a créé une aubaine pour les habitués. De plus, la gratuité est selon eux une facilité politique qui dédouane les décideurs de toutes démarches actives de conquêtes de nouveaux publics. 198 Il est à noter que malgré sa gratuité le V&A Museum conserve une offre d activité dynamique payante ainsi qu une riche programmation culturelle. Suivant l expérience britannique, en 2004, le Conseil général de l Isère a souhaité rendre gratuit l accès à neuf musées du département. Bien qu étant un musée municipal le Musée de Bourgoin-Jallieu est rattaché au Conservatoire départemental du patrimoine, est entré dans cette mesure le 1 er janvier La stratégie était d ancrer le musée dans la ville de créer un véritable lien social par le musée. Selon les mots d Olivier Lossi, responsable du Service des publics : «Le but s est de faire aller les gens au musée comme on va à la boulangerie!» De la même façon que l exemple du V&A Museum de Londres, mais à une échelle inférieure, la gratuité a fait légèrement augmenter la fréquentation du Musée de Bourgoin-Jallieu. Néanmoins, de la même façon, cette augmentation n est pas due à l arrivée de nouveaux visiteurs, mais à une multiplication des visiteurs connaisseurs du musée. Malheureusement ce passage à la gratuité n a été suivi d aucune campagne médiatique particulière ce qui a sans doute participé à limiter son impact. Olivier Lossi a pu observer une modification des comportements de visites, vers des visites plus fréquentes mais plus courte, il parle alors de consommation «fastfood». Cette modification des comportements a entrainé même quelques dérives puisque les enfants du quartier venaient au musée pour faire leurs devoirs. Malgré un bilan mitigé dans les deux musées étudiés le V&A Museum et le Musée de Bourgoin-Jallieu, la gratuité a quand même participé à une certaine ouverture du musée au public. L impact symbolique et médiatique de la gratuité agissant fortement. L exemple de ces deux musées, convergent vers les résultats de nombreuses études entreprises sur la gratuité : la gratuité qu elle soit ponctuelle ou permanente augmente la fréquentation à 196 MAIRESSE François, Le droit d entrée au musée, Editions Labor, Bruxelles, 2005, p Ibid p SOUFI Nabil, JEANTER Christophe, «Retrouver le juste prix d entrée des musées», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p130 à 135 Léa Girardin

74 -Des musées à la rencontre de leurs publics- court terme mais ne change rien à la fréquentation à plus long terme. 199 Une segmentation des publics cibles et une adaptation des tarifs aux différents types de visiteurs s avère alors parfois beaucoup plus efficace pour l accessibilité du musée pour tous qu une gratuité permanente. Selon Anne Gombault, l essentiel ne réside pas dans de la gratuité elle même, «Il faut travailler sur l attractivité de la visite et non sur la gratuité». Le point central est une politique d accompagnement actif des publics, par le travail de la médiation par exemple, afin de donner envie de venir et de revenir au musée. Le rôle des services des publics des musées prend alors tout son sens. Jean-Pierre Saez, spécialiste de l étude des politiques culturelles soutient cette opinion. Selon lui il est essentiel de mettre l accent sur l accueil du public et sur la médiation et l éducation artistique, la billetterie étant marginale dans les efforts de démocratisation. Il faut selon lui mettre en place un véritable «plan global de 201 formation des publics». Patrice Béghain, ancien adjoint à la culture du maire de Lyon soutient l idée que la gratuité est un facteur favorable à la démocratisation culturelle certes mais elle doit être accompagnée par la médiation : «la gratuité permet d aller plus facilement au musée mais cette mesure doit être complétée par des mesures d accompagnement qui permettront cette facilitation d accès. 202 Des évènements de gratuité ponctuelle accompagnés d effets médiatiques forts comme la Nuit des Musées ou les Journées européennes du Patrimoine semblent beaucoup plus efficaces dans un l ouverture des musées à de nouveaux publics, qu une gratuité permanente et offerte à tous. «La gratuité événementielle peut favoriser des retrouvailles communautaires autour d un objet patrimonial» La gratuité ponctuelle et ciblée si elle est soutenue par une campagne médiatique forte et un accompagnement des visiteurs peut participer à ouvrir le musée au plus grand nombre. Les files d attentes chaque année plus longues aux journées du patrimoine sont à mon sens un exemple à suivre pour la politique des publics à mener à l avenir pour les musées français. Les musées contemporains doivent aujourd hui faire face à des objectifs qui peuvent paraître contradictoires, ils sont balancés entre des impératifs gestionnaires, besoins de financement croissants et doivent accomplir une mission de démocratisation culturelle. A mon sens, les musées dédiés à la mode et au textile étudiés font de nombreux efforts à destination de leurs publics pour concilier ces deux objectifs. En mêlant politique tarifaire segmentée et actions de médiation ciblées, les musées arrivent progressivement à élargir la base de leur public. Mais bien souvent, les causes de non visites résident dans des facteurs sociaux ou politiques qui vont bien au-delà du musée. Il ne peut être seul dans son combat pour la démocratisation culturelle GOMBAULT Anne, PETR Christine, La Gratuite des musées et monuments coté publics, La documentation française, Paris 2006, p GOMBAULT Anne in «Dossier : Le devenir des musées», in Le journal des Arts, n : 269, 16 novembre 2007, p SAEZ Jean- Pierre in «Dossier : Le devenir des musées», in Le journal des Arts, n : 269, 16 novembre 2007, p GABRIEL Nelly, «La synergie avenir des musées», in Le Figaro Lyon, le 26 juin GOMBAULT Anne, PETR Christine, La Gratuité des musées et monuments coté publics, La documentation française, Paris 2006, p Léa Girardin

75 Conclusion Conclusion Depuis quelques années, les musées français connaissent des fréquentations record, comme le Musée du Louvre qui reçut plus de 8 millions de visiteurs en Malgré une apparente démocratisation de l accès aux collections des musées, la typologie de publics visitant les musées français reste identique. Depuis la période de l après-guerre le public de la culture est devenu l objet de toutes les attentions, de toutes les enquêtes. On a vu progressivement se développer des services totalement dédiés à l accueil des publics : les services des publics. Progressivement cette fonction s est formalisée jusqu à s institutionnaliser dans les années Les services publics jouent aujourd hui un rôle incontournable dans les musées. Les services des publics des musées sont des outils complexes qui détient de nombreuses missions, accueil des publics, recherche de nouveaux publics, animation, notamment la plus noble, celle d ouvrir le «musée-temple» au plus grand nombre. Par leur travail avec le jeune public et le public scolaire, les musées jouent un rôle clé dans le développement des pratiques culturelles des jeunes, visiteurs adultes en puissance. A ce titre le service des publics des musées et leur travail de médiation avec le jeune public sont considérables, car ils ont en partie la responsabilité de la transmission du patrimoine matériel et immatériel aux générations futures. L étude des services des publics dans les musées dédiés au textile et à la mode, nous a montré que malgré leurs différents statuts et leur différence de taille et de typologie de publics, ces musées mettent en place des politiques d accueil des publics similaires. Malgré une histoire différente de celle des musées traditionnels français tels les musées des Beaux-arts, leur politique des publics est aujourd hui également similaire aux autres musées. Malgré leur petite taille, certains musées comme le Musée de Bourgoin-Jallieu ont su développer une véritable politique des publics active, alors que certaines grandes institutions comme le Musée Galliera mènent une politique des publics plutôt limitée. Ceci est dû au caractère temporaire de ses expositions et à l absence de présentation permanente des collections. On attend beaucoup de la rénovation de ce musée perçu aujourd hui par de nombreux visiteurs comme poussiéreux. Cette réouverture programmée pour 2010, réactivera sans doute la politique des publics de ce grand musée parisien. Le statut privé du Musée Tissus de Lyon, malgré les impératifs financiers qu il entraîne, lui offre une certaine souplesse et une certaine audace dans sa programmation culturelle. Si la présentation des collections du musée paraît parfois encore poussiéreuse aux visiteurs, sa programmation culturelle (ateliers, visites, spectacles) fait partie de l une des plus riches de la région Rhône-Alpes. La rénovation complète du parcours des collections permanentes qui aura lieu à l hiver prochain, donnera sans doute un coup de jeune à la présentation des collections faisant concorder programmation culturelle dynamique et muséographie moderne. Malgré tous ces efforts en ce qui concerne les dispositifs de médiation notamment avec le jeune public, les musées français ont encore de nombreux exemples à prendre du côté des musées britanniques et notamment du Victoria and Albert Museum, véritable modèle en la matière par la richesse et la diversité des dispositifs de médiation qu il propose. Léa Girardin

76 -Des musées à la rencontre de leurs publics- De plus, dans un contexte où les impératifs financiers deviennent de plus en plus marqués, les services de publics s avèrent être de formidables outils pour les gestionnaires des musées. Ils permettent de conserver une politique tarifaire équitable tout en développant certaines activités vers des publics fidélisés les services des publics des musées français arrivent encore à préserver les deux équilibres. Malgré leur mission de bien commun, les impératifs financiers des musées s accroissent progressivement, on peut s interroger sur le développement d activités de type lucratif dans les musées français. Malgré cette tendance les musées étudiés semblent préserver leurs publics des impératifs financiers en conservant un politique tarifaire favorisant l accessibilité pour tous. Au regard des évolutions récentes on peut se demander encore combien de temps pourront-ils conserver une tarification déconnectée du coût de fonctionnement du musée. Afin de préserver leur politique tarifaire, certains musées comme le Musée du Louvre optent pour l exportation de leurs collections comme à Abbu Dhabi, perçue par certains comme une «Mac Donnalisation» du patrimoine français à l étranger 204. Qu en sera-t-il pour des musées plus modestes qui ne peuvent s exporter? Les services des publics ont donc un véritable rôle d arbitrage à jouer pour articuler la mission de diffusion du patrimoine au plus grand nombre et les impératifs financiers du musée. Au regard des évolutions actuelles, les services des publics encore émergents vont devenir des services clés de la gestion des musées contemporains au même titre que les services de conservation ou d exposition. Bien que nous fêtions cette année le cinquantenaire du ministère de la culture, la démocratisation culturelle est plus que jamais au cœur des préoccupations des musées français, en témoigne le thème des Journées européennes du Patrimoine 2009 : «Un patrimoine accessible à tous». Frédéric Mitterrand nouvellement nommé au poste de ministre de la culture nous rappelle l idéal toujours inachevé instauré par Malraux à travers ces mots : «La France a su construire, conserver, restaurer et entretenir un patrimoine unique au monde, riche et divers, qui fait encore aujourd'hui sa réputation et son attraction bien au-delà de nos frontières. Ce patrimoine est celui de tous et un patrimoine qui appartient à tous doit être un patrimoine accessible à tous. «Assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel». Cette déclaration d André Malraux, ( ) est toujours la mission primordiale de notre ministère.» Le Business des musées, de réalisation Sylvain Bergère, auteur Stéphane Osmon, Coproduction : No one et Arte France, France 2008, 52, distribution ADAV 205 MITTERRAND Frédéric, Brochure de présentation des Journées du Patrimoine 2009 en Isère, p 2 76 Léa Girardin

77 Résumé et mots clés Résumé et mots clés Les musées français connaissent des fréquentations record. Cependant, malgré une apparente démocratisation de l accès aux collections des musées, la typologie de publics se rendant dans les musées français restent les mêmes. Partant de ce constat, ce mémoire s intéressera à la relation qu entretiennent les musées et leurs publics, à travers l exemple de plusieurs musées dédiés à la mode et au patrimoine textile. A travers le prisme de ces différents musées, il tâchera d étudier la formation progressive de la relation «public et musée», son histoire mais aussi la relation charnière que mènent les services des publics entre mission pédagogique et impératifs gestionnaires croissants. Depuis la période de l Après-guerre le public de la culture est devenu l objet de toutes les attentions, de toutes les enquêtes. Des services sont progressivement nés pour être totalement dédiés à l accueil des publics. Les services des publics dans les musées sont des outils complexes qui disposent de nombreuses missions, notamment la plus noble celle d ouvrir le musée au plus grand nombre. Par leur travail avec le jeune public et le public scolaire, les musées jouent un rôle clé dans le développement des pratiques culturelles de ces jeunes, visiteurs adultes en puissance. Enfin, les services des publics des musées sont aujourd hui au cœur de nouveaux enjeux, celui de la politique tarifaire segmentée à la fois un outil de stratégie commerciale et un levier de la démocratisation culturelle. Les services des publics des musées doivent aujourd hui concilier ces deux impératifs qui paraissent opposés. Mots clés : Culture/ Musée/ Patrimoine/ Textile/ Mode/ Public/ Service des publics/ Médiation/ Marketing/ Economie de la culture/ Politique tarifaire/ Gratuité Léa Girardin

78 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Bibliographie Ouvrages Histoire générale des musées BEGHAIN Patrice, Le Patrimoine : culture et lien social, Presses de Sciences-po, Lyon, 1998 BUI-XUAN Olivia, Guide juridique de l action culturelle locale, éditions Territorial, Paris, octobre 2006 DJIAN Jean-Michel, Politique culturelle : la fin d un mythe, Gallimard, Paris, 2006 JOURNAL OFFICIEL, Le Code du Patrimoine : partie législative, Les éditions des journaux officiels, Paris, 2005 NABOKOV Vladimir, La visite au musée in Nouvelles, édition complète et chronologique, éditions Robert Laffont, Paris, 1939, p321 à 330 ORIGET DU CLUZEAU Claude, Le tourisme culturel, PUF Que sais-je?, Paris, 1 er éd. 1998, 4 e éd POIRIER Philippe, L Etat et la culture en France au XX e Poche, Paris, 2000 siècle, éditions Livre de POULOT Dominique, Patrimoine et musée : L Institution de la culture, Hachette, Paris 2006 POULOT Dominique, Musée et muséologie, La découverte, Paris, 2005 SAEZ Guy (sous la direction), Institutions et vie culturelle, La documentation française, Paris, 2004 «Gestion et animation d un équipement culturel»in Mémento de l action culturelle : réglementation, financement et organisation d événements, éditions WEKA, septembre 2006 Musées et Patrimoine textile ARIZZOLI-CLEMENTEL Pierre, Le Musée des Tissus de Lyon, Albin Michel, Paris, 1990 AUBAGNAC Gilles (dir), Réflexions sur la présentation de collections de textiles, de costume et d uniformes, éditions Farge, Lyon, 2005 BAUM Chantal, BOYELDIEU Chantal, Dictionnaire des textiles, Les éditions de l industrie textile, Paris, Léa Girardin

79 Bibliographie BLAZY Guy (dir), Le Musée des Tissus de Lyon : Guide des collections, éditions lyonnaises d art et d histoire, Lyon, 2001 DARBY Michael, BURTON Anthony, HASKINS Susan, AYERS John, The Victoria and Albert Museum, Philip Wilson publishers, Londres, 1983 DRAC Rhône-Alpes, De pied en cap-patrimoines du textile et de la mode en Rhône- Alpes, éditions La passe du vent, Genouilleux, Février 2008 HUSS Valérie, L aventure Textile en Rhône-Alpes, éditions Le Dauphiné, Grenoble 2005 HUSS Valérie, Indiennes et Brocarts : L industrie textile en Bas-Dauphiné, Centre Alpin et Rhodanien d ethnologie, Grenoble 2000 SALMON Béatrice, Guide du musée des Arts décoratifs, Les Arts décoratifs, Paris 2006 Public et musées CAILLET Elisabeth, A l approche du musée : la médiation culturelle,presse universitaire de Lyon, Lyon, 1995 CARDONNA Jeanine, LACROIX Chantal, Les statistiques de la culture : chiffres clés 2008, la documentation française, Ministère de la culture et de la communication, Paris, 2008 COHEN Orna, Quand l enfant devient visiteur : une nouvelle approche du partenariat école/musée, L Harmattan, Paris, 2001 DE BARY Marie-Odile, TOBELEM Jean-Michel, Manuel de muséographie : petit guide à l usage des responsables de musées, Paris, 1999 DMF, Musée et Service des publics, éditions DMF et Ministère de la culture et de la communication, Paris, Ecole du Louvre, Acte du colloque du 14 et 15 octobre 1999 DONNAT Olivier et TOLIA Paul, Le(s) public(s) de la culture, Presses de Sciences-po, Paris, 2003 GALARD Jean (dir), Le regard instruit, Action éducative et action culturelle dans les musées, La documentation Française, Musée du Louvre, Paris, 2000 GAUTIER Pascal, L accueil et la visite dans les musées, les références de qualité, Agence française de l ingénierie touristique et la DMF, Paris 1998 GELLEREAU Michèle, Les mises en scène de la visite guidée : Communication et médias, L Harmattan, Paris 2005 GOB André DROUGUET Noémie, La muséologie : histoire, développements, enjeux actuels, Arman Colin, 1 er édition 2003, 2 e édition, Paris, 2006 LAMIZET Bernard, La médiation culturelle, L Harmattan, Paris, 1999 TEBOUL René, CHAMPARNAUD Luc, Les publics des musées : analyse socioéconomique de la demande musée,l Harmattan, Paris, 1999 Musée et impératifs budgétaires Léa Girardin

80 -Des musées à la rencontre de leurs publics- BENHAMOU Françoise, L économie de la culture, La découverte, Paris, 2004 COLBERT François, Le marketing des arts et de la culture, Editions Gaëtan Morin, Paris, 1993 GOMBAULT Anne, PETR Christine, La Gratuité des musées et monuments coté publics, La documentation française, Paris 2006 GRUSON Luc, «L'entreprise culturelle entre fossile et mutant», in Les cahiers du management culturel en Europe, Écume - Numéro 1, Mai 1994 FREY Bruno, MEIER Stephan, L économie des musées, inhandbook for Economics of Art and Culture, Ginsburgh and Throsby, editions Elsevier, 2003, p1018 à 1040 LANDRE Patrick, «La fixation des prix et la politique de tarification dans les institutions culturelles du secteur public», in Les cahiers du management culturel en Europe, Écume - Numéro 1, Mai 1994 MAIRESSE François, Le droit d entrée au musée, Editions Labor, Bruxelles, 2005 TOBELEM Jean-Michel (Dir), La culture mise à prix, L Harmattan, Paris, 2005 TOBELEM Jean-Michel, Le nouvel âge des musées : les institutions culturelles au défi de la gestion, Armand Colin, Paris, 2008 GUEZONI Guido, TROILO Gabriele, «Pour et contre le marketing», in Acte du colloque L avenir des musées, Musée du Louvre et RNM, Paris, 2001, p 135 à 154 Articles et périodiques ANDREUX Lily, MAROZEAU Maureen, «Reports aux Arts déco», in Le Journal des Arts, n : 305, 12 au 25 juin 2009, p 5 BALLE Catherine (dir), «Musées et organisation», in Culture et Musée n : 2, Actes Sud, Avignon, Novembre 2003 BRIONE Isabelle, «Le Musée des Tissus innove», in Le Progrès, le 24 septembre 2007 CHAUMONT Sophie, «Les ateliers pédagogiques : espaces de médiation dans les musées», in La lettre de l ICOM, n : 98, mars-avril 2005, p 4 à 12 DE WAVRIN Isabelle, BLAIN Françoise-Aline, «Enquête : l impact de la crise sur la culture», in Beaux Arts magazine n297, p DURAND Micheline, «la culture, une priorité pour tous et un droit fondamental, A quelles conditions? Rôle des médiations? in Musées et collections publiques de France, N :253, janvier 2008, p 40 à41 FLOUQUET Sophie, «Accroître l autonomie des musées» in Le Journal des Arts, n : 305, 12 au 25 juin 2009, p5 GABRIEL Nelly, «La synergie avenir des musées», in Le Figaro Lyon, le 26 juin 2006 GUILLOUD Laurence, «Marie-Anne Privat-Savigny Conservatrice anti conformiste»,in ELLE, n : 3298, semaine du 14 mars 2009, p Léa Girardin

81 Bibliographie JONCHERY Anne, «Se rendre au musée en famille», in La lettre de l OCIM, n115, Janvier-février 2008, p4-14 MARIANI-DUCRAY, Francine, «Développer le rôle éducatif et social des musée» in : Le Journal des arts, Paris, No. 228, 6-19 janvier 2006, p 4 MENVIELLE Dominique, Musées : entrée gratuité à l étude, in Le Progrès, Lyon, 2 mai 2006 MERLEAU-PONTY Claire, «Les enfants dans les musées : encore un petit effort», in La lettre de l OCIM, n : 72, Janvier février 2000, p 10 à 18 ORIGET DU CLUZEAU Claude, «L enfant au musée ou le musée pour enfants», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p148 à 154 PERCHEC Claudine, «A la conquête de l Ouest en pinceau», in le Progrès, le 8 mars 2003 R.B, «Bourgoin-Jallieu : Quelques heures dans la soie», in le Progrès, le 8 avril 2005 ROUET François, «Les enjeux de la tarification des musées», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p 126 à 129 SOUFI Nabil, JEANTER Christophe, «Retrouver le juste prix d entrée des musées», in Musée et Tourisme, Les cahiers espaces, n : 87, Paris, Novembre 2005, p130 à 135 SOUFI Nabil, JEANTER Christophe, Augmenter la fréquentation des musées sans les brader?, consultants Farman & Partner, sur TAVAN Chloé, Les pratiques culturelles : le rôle des habitudes prises dans l enfance, INSEE première, n883, février 2003 «Dossier : Le devenir des musées», in Le journal des Arts, n : 269, 16 novembre 2007, p16-22 «Les Grandes heures de la soierie lyonnaise», dans Les Dossiers de l art, hors série n : 92, 2002 Etudes non publiées Association Médiation culturelle, Vers une charte déontologique de la médiation culturelle, Lyon 2008 sur Dossier de presse : Le Musée des Tissus et le Musée des Arts décoratifs de Lyon, juin 2009 Dossier de presse de l exposition : «Les dessous du musée : le musée de Bourgoin- Jallieu fête ses 80 ans», du 24 avril au 20 septembre 2009 Dossier de presse : Le musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse, mai 2009 DAVALLON Jean, TAUZIN Karine, «Etat des lieux des professionnels de la médiation culturelle en Rhône-Alpes», Laboratoire Culture et Communication de l université d Avignon pour l association Médiation culturelle, Lyon, février 2006 Léa Girardin

82 -Des musées à la rencontre de leurs publics- LEON Patrick, Les musées du textile et de la mode en France : Bilan, questions, perspectives, Conservatoire du patrimoine de l Isère, 2005, source interne LOSSI Olivier, Les métiers du patrimoine dans les «musées de France : le médiateur, Ministère de la culture et de la communication-préfecture de la région Rhône-Alpes- DRAC, Dossier «Musées de France en Rhône-Alpes» sur rhone-alpes) NDIAYE Adrien, sous la direction de RAUTENBERG Michel, Mémoire de maitrise, «Patrimoine, Tourisme et développement local : l exemple d un projet d itinéraire de la soie autour de Lyon, Etat des lieux, faisabilité et enjeux», Université Lyon II, Rapport d activité Les Arts décoratifs 2008, sur Rapport d activités du Musée des Tissus et du Musée des Arts décoratifs 2008, Document interne Documentaires Le Business des musées, réalisation Sylvain Bergère, auteur Stéphane Osmon, Coproduction : No one et Arte France, France 2008, 52, distribution ADAV Sites internet Site internet des musées étudiés Musée des Tissus et des arts décoratifs de Lyon : www. musee-des-tissus.com Musée de Bourgoin-Jallieu : www. bourgoinjallieu.fr/51- musee - bourgoin.htm Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne : Victoria and Albert Museum: Musée des Arts décoratifs de Paris : artsdecoratifs.fr Musée Galliera, musée de la mode la ville de Paris : Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse : Site internet généraux ICOM : www. icom.museum.fr 82 Léa Girardin

83 Bibliographie UNESCO : www. unesco.org/fr DRAC Rhône-Alpes : rhone - alpes Ministère de la culture : Association médiation culturelle : www. mediationculturelle.free.fr P ortail des musées français : www. museorama.com Léa Girardin

84 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Table des abréviations CCIL : Chambre de commerce et d industrie de Lyon EPCC : Etablissement public de coopération culturelle ICOM : International Council of Museums DMF : Direction des musées de France DEPS : Département des études et prospectives DRAC : Direction régionale des affaires culturelles MAI : Musée d Art et d Industrie de Saint-Etienne V&A: Victoria and Albert Museum 84 Léa Girardin

85 Annexes Annexes Annexe 1 : Entretien avec Cécile Demoncept, responsable du Service culturel du Musée des Tissus et du musée des Arts décoratifs de Lyon, le 3 juillet 2009 Pouvez rapidement me présenter le statut et les relations du Musée des Tissus avec la CCI de Lyon? Est-ce une régie directe? Le musée est un service de la Chambre de commerce au même titre que l EM. Le budget de la CCI est reparti entre ses différents services, nous faisons partie d un de ces services. Nous devons présenter notre budget prévisionnel tous les ans en octobre à la chambre. Comment sont gérées les deux types de collections textile et arts décoratifs? Pourquoi avoir deux musées et deux types de collections sous une même direction? Historiquement, les fondateurs du musée étaient des collectionneurs, ils ont rassemblé ces deux collections dans le but de relancer l artisanat et la création à Lyon, qui étaient un peu au ralenti au XIXe siècle. L industrie lyonnaise était réputée pour deux domaines le mobilier et le textile. L idée était de présenter au palais de la bourse ce qui se faisait de mieux mais surtout du textile. Le textile étant aussi présent dans le mobilier avec des sièges et fauteuils ou encore des tentures. Au départ les deux collections étaient mélangées. Pui lors de l achat des deux hôtels particuliers dans les quels se trouve le musée aujourd hui, on a séparé les collections en deux, le textile et les arts décoratifs. On a bien deux musées mais un seul service de conservation ou plutôt un musée avec deux collections complémentaires, on a par exemple une billetterie commune. Quand fut créé le Service des publics du Musée du MT? A-t-il connu des évolutions depuis sa création? Le service a été crée en , je ne me souviens plus exactement. Avant il n y a que quelques conférencières. Le service était très peu développé, il ya une personne à mitemps toute seule pour les réservations et trois conférencières. Le post s est développé en 2007 depuis que je suis à plein temps. Je vous envoie le texte de gouvernance qui décrit toutes les évolutions du service et ses différentes missions. Pourquoi le changement de nom du service en service culturel? Ce changement de nom a été décidé par Maria-Anne (NDLR : La conservatrice du musée), cela faisait pus chic. Avant on s appelait service des publics. La seule chose que je ne voulais pas c était le service animation, car cela ne concerne que les enfants. Des fois on sépare le service animation et le service pédagogique. Par contre je n aime pas du tout Léa Girardin

86 -Des musées à la rencontre de leurs publics- le terme médiateur, pour moi cela induit un conflit, or le musée n est pas le lieu de conflit entre l œuvre et le visiteur, au contraire. Pouvez-vous brièvement me décrire l organisation du Service culturel? CF texte de gouvernance Connaissez-vous le nombre de visiteurs annuels du Musée, la part de scolaires/ visiteurs individuels? Je vous envoie le bilan annuel 2008, ca vous donnera une idée, je n ai pas encore le 2009, il sera peut-être différent avec le succès de Borchgrave. Mais on doit être dans la moyenne des musées, avec environ un tiers de scolaires. Quels types de publics sont visés par le service culturel? Objectifs différents en fonction de deux collections? Au début on accueillait beaucoup de jeune public. Mais la CCI nous demandé de rendre plus rentable, le service culturel. Nous avons donc cherché à faire venir le public adulte. (NDLR : le musée est gratuit pour les moins de 16 ans). Aujourd hui la politique est l ouverture au plus grand nombre, vers tous les types de publics. On essaie vers les ados mais ce n est pas toujours facile. Existe-t-il des conventions spécifiques avec le ministère de l éducation nationale et le musée, ou des établissements scolaires de la région? Nous n avons pas de conventions sauf avec l école Post bac, Sup de mode et Esmode qui propose des BTS et des diplômes d Etat en stylisme. Nous ne bénéficions pas d un professeur référant culturel de l Education nationale. Le problème est que les départs en retraites ne sont pas renouvelés, et qu il n y a plus de création de poste de professeur référant, dont chaque musée garde bien celui avec qui il travaille. Quel type d établissements scolaires recevez-vous le plus? Des classes de primaire, pas mal de classe de 6 e et 5 e mais très peu de 4 e et 3epeu de lycée. Après, le musée reçoit des BEP/CAP spécialisé en mode, dans le travail du bois ou encore des fleuristes, pour les modèles de fleurs dans le textile. On reçoit aussi beaucoup d écoles post bac, mode textile, stylisme Existe-il des dispositifs d abonnements/privilèges? Nous avons des abonnements pour les ateliers, on réserve plusieurs ateliers d un coup à un prix plus avantageux. Le musée a aussi un pass musée, valable un an de date à date. Ce qui permet de l acheter quand on le désire. Cette carte permet d entrer dans les collections permanentes librement et donne des réductions pour les expositions, la boutique... Que pensez-vous que puisse apporter les visites et les ateliers aux enfants? Divertissement ou apprentissage? La première qu un atelier ou une visite doive apporter c est du plaisir. Les ateliers permettent de montrer le musée différemment. Ils permettent aux enfants de prendre l habitude de se rendre au musée une fois qu ils seront adultes. Il s agit d un apprentissage ludique et pas purement scolaire. Même pour les écoles, je leur donne des livrets de jeux, 86 Léa Girardin

87 Annexes de coloriages, je ne veux pas faire de dossiers pédagogiques comme certains professeurs me le demandent. Je trouve qu il prépare mieux la visite en faisant leurs recherches seuls. Comment concevez-vous la programmation de spectacle vivant? J essaie qu il y ait un lien entre le spectacle et le musée. Mais c est bien souvent une rencontre avec un artiste avant tout. Ce sont très souvent eux qui viennent vers le musée et non l inverse. Le statut privé du musée selon est-il un frein ou un atout pour le MT? Avantages et inconvénients de statut? Ce qui peut freiner le musée, ces sont les tarifs élevés et les objectifs financiers à maintenir. Mais l avantage c est qu on est beaucoup plus libre, plus réactif dans la programmation culturelle Le musée est un musée privé mais reçoit-il le soutien financier d autres institutions département, région Rhône-Alpes, mécénat privé? Le musée ne reçoit pas de subventions pour son fonctionnement, sauf pour le financement d acquisition nous bénéficions du soutien de la DRAC et de la DMF. Pour certaines grandes expositions nous avons des subventions ponctuelles comme c est le cas avec l exposition Sorbier qui est soutenue par le Grand Lyon. Nous recevons également du mécénat par forcément d entreprises textiles. Nous recevons des dons et legs en nature venant de Guedj (affichage et cartels), France machine à coudre nous prête des machine pour les ateliers, mondial Tissu. Les amis du musée font aussi des dons financiers au service culturel. Les recettes liées aux activités du Service culturel sont-elle considérées comme un poste budgétaire au même titre que la billetterie ou la boutique? Les recettes des visites et des ateliers entrent dans le budget du service culturel. Elles permettent de financer les dépenses d achat de matériel, de payer les conférencières Ces activités sont elle soumises à des impératifs ou objectifs de rentabilité? L objectif est l équilibre budgétaire. Le budget du service est équilibré hors salaires, mais on parvient à payé nos conférencières et le matériel des ateliers. Connaissez-vous environ la part d auto financement liée au revenu des ateliers et des visites? Le premier poste de recette du musée est la location d espace qui arrive devant la billetterie, puis vient le service culturel, puis la boutique. L atelier de restauration textile, permet d engranger des recettes avec des commandes de restauration pour des particuliers. La vente de photos de la banque d image est aussi une source de recettes pour le musée. Quels sont les projets à venir pour le MT et MAD? A l automne nous allons poursuivre la réorganisation du parcours permanent des collections avec le premier étage les collections de Tissus venant d Inde, de Chine et Léa Girardin

88 -Des musées à la rencontre de leurs publics- du Japon, l espace des soieries occidentale d Italie et d Espagne. Il faudra également réorganiser le rez-de-chaussée et les Soieries lyonnaise avec plus de costumes. Des nouveautés pour la programmation du service culturel à la rentrée? Au lieu d une seule plaquette, nous allons éditer deux plaquettes une pour le public individuel et une pour les groupes. Au niveau contenu nous avons quelques nouveautés comme une chasse à l œuf, des visites en arabe, un stage de théâtre. Du côté du musée des Arts décoratifs, il n y aura pas beaucoup de changement, nous allons essayer de reconstituer un espace aménagé en atelier qui sera uniquement sur visite guidée. En 2010 nous travaillerons aussi beaucoup sur l accessibilité du musée avec le musée en place d un diagnostic. Quel est l intitulé exact de votre poste, quelles sont vos missions principales? Je suis cadre de la CCI, responsable du service culturel. La description de mon poste est médiateur culturel. Depuis quand travaillez-vous au musée? Je suis arrivée au musée en 2003 à mi-temps, puis je suis passée à plein temps en Quelles sont vos autres activités (prof ), combien de temps cela vous prend il? Je donne des cours sur la médiation à l EAC et je donne aussi quelques conférences sur l histoire de l Art, l histoire de la mode. Quelle est votre parcours universitaire et professionnel? J ai fait la fac d histoire de l Art à Lyon II, puis l Ecole du Louvre 1 er et 2 e cycle. Puis je suis partie au Canada, pour suivre un projet au musée des Beaux arts de Montréal, sur l insertion sociale au musée. Plus tard j ai passé un DEA en histoire de l art à Lyon II.J ai commencé comme conférencière au musée des tissus, au musée de l Imprimerie et au musée des Hospices civiles c est là que j ai rencontrée Isabelle Bretones et Priscilla Packer du musée. Pourquoi avez-vous choisi le MT et l univers le textile? J avais un goût personnel pour la mode et le costume, car j avais fait mon mémoire sur le costume de spectacle mais pas de spécialité particulière. Annexe 2 : Entretien avec Géraldine Tardy, médiatrice culturelle, collection rubans Musée d Art et d Industrie de Sain Etienne, suivi d une visite seule des collections du musée, suivi d un atelier autour de la soie. Lundi 25/05/09 Pouvez vous me rappeler brièvement le statut/ et l historique du Musée d Art et d Industrie de Sain- Etienne? 88 Léa Girardin

89 Annexes Il s agit d un musée municipal de la Ville de Saint-Etienne. Au milieu du XIXe, il y a avait une forte activité en matière d armes et de rubans à Saint Etienne. Il y avait un lien fort entre la municipalité et les rubaniers, notables du coin. Très visite est apparu l idée de créée un palais des arts afin de montrer la qualité du travail aux ouvriers. L idée était d éduquer les ouvriers. Le palais des arts fut crée en L histoire du bâtiment est un peu compliquée. Au départ Saint Etienne était juste une sous préfecture, dont le bâtiment était l actuel musée la préfecture était à Montbrison. Puis finalement Saint Etienne a obtenu le statut de préfecture, mais le préfet de l époque n aimait pas ce bâtiment, il était excentré sen hauteur, loin des autre lieux de pouvoirs. Finalement, on a fait construit une nouvelle préfecture à côté de l Hôtel de Ville, sur la place Marengo. Pour en revenir à l idée d éduquer les Marius Vachon, un publicitaire qui a théorisé «le Beau et l utile» en 1889 il me semble. Il a vraiment travaillé à rendre l art et la technique accessible au plus grand nombre, aux ouvriers. Il souhaitait par exemple que les ouvriers puissent amener des objets du musée chez eux pour s imprégner du Beau et éduquer leur goût. Nous avons un large fonds documentaire sur Marius Vachon au centre de documentation du musée, vous devriez demander à ma collègue Blandine Fond. Donc en 1889, le palais des arts s est transformé en Musée d art et d industrie, c est d ailleurs la seule en France avec le musée de la Piscine à Roubaix. Au départ s y trouvait des collections textiles, des collections des beaux arts et des armes. Saint-Etienne avait était désigné sous Louis XV pour fabriquer des armes militaires, des armes de guerre à la Manu. Elle se situait en centre ville mais on la confond souvent avec ce qu on appelle aujourd hui la manu. Cette industrie a pris tellement d importance que pendant la Révolution on a appelé Saint-Etienne «Armeville». Sous Napoléon III la manu est devenue ma manufacture impériale qui est devenu la MAS, manufacture d arme stéphanoise. On fabriquait toujours des armes militaires, officielles. On confond souvent avec Manu France, or il s agit d autre chose. C était une entreprise privée qui fabriquait des armes de chasse, mais pas des armes conventionnelles, petits à petits ils se sont diversifiés dans la fabrication de Cycles. Ce qui explique notre collection de cycles. Les deux manufactures sont actuellement des friches industrielles en vois de réhabilitation, l une va accueilli la cité du design à la rentrée. Au début du siècle, le conservateur d origine allemande, son nom m échappe, le musée d art et d industrie proposait au public, une collection de beaux-arts, une collection d armes conventionnelles et de chasse, une collection de cycles, une collection de rubans et de passementerie, mais il y avait aussi au sous-sol là où se trouvent les cycles aujourd hui la reconstitution d une galerie d une mine, témoignage de l activité minière de la ville. Je ne sais pas si vous imaginez tous ca dans un même musée. Finalement en 1987 ; la ville décidé de crée le musée d Art moderne et les collections de peintures, sculptures ont été transférées dans ce nouveau musée. En 1991, on a crée le Musée de la mine qui se situe à l extérieur de la ville dans un lieu plus approprié et qui est aussi plus réaliste. C est le musée qui a le plus de visiteur à Saint-Etienne, car là on est plus dans l affect le sentiment, d avoir partagé un passé commun. Il y a aussi l aspect Léa Girardin

90 -Des musées à la rencontre de leurs publics- divertissant, l idée de mettre un casque, de descendre à la mine. Finalement, entre 1991 et 2007 le Musée d art et d industrie fut fermé pour rénovation. On réorganisa les collections autour de 3 thèmes le Ruban, les cycles et les armes. Il fut ré ouvert en décembre 2001 sous l aspect actuel. Pouvez-vous me décrire l organisation des différents services du musée? Il y a le service des publics, avec une nouvelle responsable comme je vous l ai dit. Ce service est composé d une chargée de programmation, de 7 médiatrices vacataires et d une responsable des réservations. Il y a un service d accueil en charge de la boutique, un service de documentation avec deux personnes Blandine Fond et une responsable de la photothèque. Il y a une équipe de surveillants séparés du service d accueil, des reclassés. Un service logistique et technique qui s occupe du montage des expos et bien sûr j oubliais le service conservation et administration avec un régisseur des collections pour chaque type de collections, armes, cycles, rubans. N y a-t-il pas de service de communication dans le MAI? Cette fonction n est pas structurée comme en réel service.il s agit d une seule personne, une dame responsable des relations externes du musée, mais aussi des actions de mécénat, location d espace. Le statut et la fonction de cette personne est complexe. Qu en est-il des personnes faisant des démonstrations sur les métiers à tisser, vues lors d une précédente visite au MAI? Ce sont des passementiers, anciens ouvriers du textile à la retraite. Ils sont bénévoles et viennent tous les jeudis après-midi faire des démonstrations sur les métiers. Ils viennent aussi à la demande pour d autres occasion, journées du patrimoine, nuit des musées... Quand fut créé le Service des publics du MAI? A-t-il connu des évolutions depuis? Le service fut créé en 2001, lors de la réouverture du musée après rénovation. Au départ il n y avait Corinne Vaucourt (assistante conservatrice) et 3 médiatrices. Aujourd hui la responsable du service a quitté son poste, le service est géré par deux médiatrice sui se repartissent les tâches de programmation et de gestions des médiateurs (vacataires du musée) Quels rapports entretient le service des publics du MAI avec les autres musées de la Ville de Saint Etienne : musée d art moderne, musée de la mine? Historiquement les 3 musées sont liés, mais ils disposent aujourd hui chacun de leur propre service des publics. Ils partagent des outils de communication en commun à destination des publics scolaires. Ils ont une page web présentant les activités pour les scolaires et une brochure annuelle que je vous ai envoyée, sur laquelle on retrouve tous les musées de Saint-Etienne pas uniquement les musée des la ville. Connaissez-vous le nombre de visiteurs annuels du MAI, la part de scolaires, d entrées gratuites? Malheureusement je ne connais pas ces informations, vous pouvez les demander à la dame responsable de la communication, elle donnera ce genre d information. Adressez- 90 Léa Girardin

91 Annexes lui un de ma part, elle très occupée comme s occupe de beaucoup de choses en même temps. Pouvez- vous me décrie l organisation du service des publics du MAI: Question déjà évoquée plus haut, non reposée Quels types de publics visés par le service des publics du MAI? Nous accueillions 70% de public individuel, enfin c était les chiffres de cette année. Je suis septique cela fait beaucoup, je pensais qu il s agissait des scolaires. Ce chiffre est sans doute biaisé par la Biennale (NDLR : le musée était partenaire de la Biennale du design novembre 2008 avec un pass commun biennale et musée) Le public scolaire est quand même une grande partie de nos publics. Existe-t-il des conventions spécifiques avec le ministère de l éducation nationale et le musée, ou des établissements scolaires de la région? Nous avons un professeur relais, un prof de collège, qui nous permet d élaborer les dossiers pédagogiques en relation avec les programmes scolaires. Il permet aussi la formation des professeurs à nos collections. Nous avons aussi une convention avec le lycée professionnel Testud, (NDLR : Lycée professionnel Adrien Testud, lycée de formation aux métiers de la mode et du textile, à Chambon Feugerolles), avant nous travaillons avec les classes spécialisées techniques mais elles n existent plus. Un autre de nos relais est le CAN, Comité des activités nouvelles Qu est-ce que le CAN? Le CAN, comité des activités nouvelles (NDRL : de l école publique) est une structure réfèrente qui regroupe toutes les actions et événements de la Ville pour les écoles. Elle communique dans un programme annuel et sur son site internet. C est le principal moyen d information pour les enseignants, pour les sorties scolaires, projets pédagogiques. Quel type d établissements scolaires recevez vous le plus sur la thématique du Ruban? Pour la thématique de la mode, ce qui concerne les expos temporaires ce sont surtout les lycées professionnels, de mode. Pour la thématique du ruban, ce sont plutôt les classes primaires qui sont intéressées. Recevez-vous des publics étrangers? Proposez-vous des visites en langue étrangère? Très peu, quelques classes en échanges scolaires, comme tu peux le voir Saint-Etienne n est pas vraiment une ville touristique. Mais on propose quand même des visites en Italiens, en Espagnol et Anglais. Existe-il des dispositifs d abonnements/privilèges? Non. Il existe juste un pass patrimoine pour la ville. Comment communiquez-vous sur votre programmation d ateliers, de visites? Edition d une plaquette trimestrielle comme je vous ai envoyé. Le service réalise en collaboration avec les autres musées de la ville une plaquette scolaire annuelle. La saison prochaine elle ne sera plus que disponible en ligne sur le site commun aux 3 musées. Léa Girardin

92 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Comment se conçoivent les ateliers en rapport aux collections permanentes, aux expositions temporaires? Nous avons une partie de nos ateliers basés sur nos collections, que l on retrouve d une saison à l autre et on se renouvelle à chaque nouvelle exposition. Oui il y a un lien entre expo et collections. On s adapte aussi au projet pédagogique des classes qui nous rendent visite. Quelle est l organisation d un atelier type? Disposez-vous d espace dédiés aux ateliers? Visite de la collection du musée choisie puis atelier dans le local d atelier. Le problème avec ce local c est qu il n y a pas de point d eau. Le musée a été rénové par l architecte....très connu. Mais le fait est que nous n avons pas de point d eau, c est pourquoi on se rend souvent au sous-sol dans ce que nous appelons la salle Hors-sac, elle se trouve au niveau des Cycles. Ce n est vraiment pas pratique car dans cet espace, passent des groupes en visite sur le cycle, mais il ya aussi la machine à café. Les gardiens y prennent aussi leur pause café. Combien d enfants accueillez-vous par groupe? 10 à 12 pas plus. Vous arrive-t il d annuler des visites ou ateliers par manque de réservations? Non seulement lorsqu il n y a qu un seul enfant nous somme obligé pour des raisons de sécurité, je n ai pas le droit de rester seule avec un enfant. Sinon nous n avons pas d objectif de rentabilité comme cela peut être le cas dans le privé. Si c est ce que vous entendez par annulation, nous pouvons travailler à perte. Que pensez-vous que puisse apporter les visites et les ateliers aux enfants? Divertissement ou apprentissage? C est un mélange entre découverte et plaisir. Je dirais que c est une découverte à travers le plaisir, le jeu. Ce qui fait le plus plaisir c est quand les enfants me disent à la fin de l atelier, «quoi c est déjà fini?». Là je sens que j ai fait du bon travail! Quel type de public adulte recevez-vous le plus pour les ateliers du musée? Pour les adultes se sont souvent des dames pas forcément âgées qui viennent faire les ateliers de teinture, ce qui est l une de nos spécificités, j ai suivi une formation sur la teinture mais aussi sur la création de bijou. Don essentiellement des femmes. Le musée est un musée municipal, mais reçoit-il le soutien financier d autres institutions département de la Loire, région Rhône-Alpes, mécénat privé? Malheureusement, je ne connais pas bien les informations liées au financement du musée. Je ne pas vous dire. Par contre vous pourrez aussi demanderez ça à Sylvie Chauvin par , elle vous le dira surement. Pour le mécénat je ne sais pas trop non plus, sans doute. Connaissez-vous environ la part d auto financement liée au revenu des ateliers et des visites? 92 Léa Girardin

93 Annexes Je n ai pas en tête les infos sur la gestion comptable du service. Pensez-vous que les activités soient une source de revenus pour le musée?une source de visibilité médiatique? Nous pouvons travailler à perte donc la rentabilité d un atelier ou d une visite n est pas la priorité. Pourquoi n y-a-t-il pas d organisation d anniversaires pour enfants au MAI, alors que vous proposez la location d espace privatif? Ma responsable Corinne Vaucourt est contre. Il y a parfois des exceptions...à voir avec le changement de responsable du service. Organisez-vous de spectacles ou musée danse théâtre, en complet de vos collections, je n en ai pas vu sur vos documents de communication? Si si, nous organisons du spectacle vivant dans le musée mais selon la programmation des expositions. Nous avons travaillé à l automne sur un spectacle de danse avec Transexpress dans l escalier central du musée. Nous faisons aussi ça pour des événements comme la Nuit des musées. Quels sont les projets à venir pour le MAI, expositions, programmation? Nous organisons deux expositions, une mi-octobre sur les textiles techniques fonctionnels. Ce n est pas très glamour. Mais nous travaillons ne partenariat avec des entreprises textiles de la région. Nous avons aussi courant juin une exposition sur les métiers du musée, sur ce qu on y fait qui s appelle «Qu est ce que tu fabriques au musée?» Cela ne ressemble-t il pas à l exposition présentée par le musée de Bourgoin- Jallieu «les dessous du musée qui a lieu en ce moment? Oui c est un peu le problème, nous avons eu la même idée en même temps, mais le musée de Bourgoin étant plus petit, il est plus réactif et a lancé son expo avant nous. On verra bien ce que ça va donner. Quel est l intitulé exact de votre poste, quelles sont vos missions principales? Selon ma carte de visite je suis médiatrice culturelle pour le département textile. Mais j ai un autre statut car je suis aussi guide conférencière pour Saint-Etienne, ville d art et d histoire. Je suis vacataire avec un certain nombre d heure garanties par mois mais je suis quand même vacataire avec un contrat renouvelable annuellement, donc c est un statut précaire et apparemment pas vraiment légal. D ailleurs nous sommes en conflit avec la ville de Saint-Etienne pour la requalification de nos contrats de travail, à voir ce que ca va donner. Depuis quand travaillez-vous au musée? Je suis arrivée en 2001 avec la réouverture du musée après rénovation et la création du service. Quelle est votre parcours universitaire et professionnel? Léa Girardin

94 -Des musées à la rencontre de leurs publics- J ai fait une fac d histoire jusqu à la maitrise, puis je suis partie à Montpelier pour faire ce qu on appelait alors une MST, maitrise des sciences et techniques, je ne sais pas si ca existe encore. Sur la restauration et la valorisation du patrimoine Pourquoi avez-vous choisi le MAI? Pourquoi le Ruban? C est l opportunité, le musée ré ouvrait, le service venait d être créé. Je n ai pas de spécialisation dans le textile seulement dans l histoire et le patrimoine, j avais travaillé dans un château auparavant, rien à voir avec le textile. Annexe 3 : Entretien avec Jean-Marc Jacob, Plasticien, intervenant au Musée des Tissus de Lyon, Le 29 juin 2009 Quel est l intitulé de votre poste au musée des Tissus? Plasticien-Conférencier Depuis quand travaillez-vous au musée? 2004, 2005 je ne me souviens plus trop! Pouvez-vous me rappeler votre parcours scolaire et professionnel? J ai fait les Beaux-arts et une fac d Arts plastiques en même temps. J ai fait ça à Saint- Etienne car c est le seul endroit qui me permettait de suivre les deux cursus en même temps. Après j ai travaillé dans une galerie associative dans le Vieux Lyon et j ai travaillé comme intervenant dans diverses associations. J ai aussi passé de concours d assistant d enseignement artistique. C est un concours de la fonction publique territoriale, le problème c est qu il y a très peu de poste, le concours doit être ouvert tous les 5 ans. Il est rare que les villes se dotent d un enseignant d arts plastiques à temps plein, c est plus courant avec les écoles de musiques. Dans quelles autres structures travaillez-vous? Je travaille pour le Musée des Tissus, mais aussi pour les maisons d arrêts de Lyon. Surtout Villefranche, Saint Paul aujourd hui transféré à Corbas. J organise aussi ateliers pour des ITEP, des Instituts Thérapeutiques, Educatifs et Pédagogiques ce sont un peu des anciens IME (Instituts médicaux éducatifs) mais ca a une double casquette. Cela a prend en charge des handicapé comme dans les IME mais certains avec des troubles du comportement plus lourd. J aime beaucoup travailler avec ce public. Je fais des interventions pour des associations auprès des publics défavorisés. Et j écris aussi si ca t intéresse dans un journal en ligne le petit journal.com. Quels types d activités proposez-vous au Musée des Tissus? Au musée j anime des ateliers d art plastique pour un public très large. Ca va de l éveil muséal pour les touts petits. D ailleurs ca marche super bien! C est très intéressant comme atelier et surtout c est plutôt rare je crois qu on est les seuls à Lyon à proposer ça. Je travaille 94 Léa Girardin

95 Annexes avec les scolaires pour un atelier ou pour des projets plus longs comme avec l école Michelet qui sont venus deux ou trois fois. Je fais les ateliers le samedi et pendant les vacances pour les individuels avec les ateliers «A la manière de..»je fais aussi des interventions avec quelques écoles partenaires comme sup de mode et Esmod. Je donne quelques cours de présentation de l Art moderne et de l Art contemporain. Car ils beaucoup d heures d histoire du costume mais peu d heure d histoire de l art pure. Je donne des bases générales aux 1eres années et des point plus précis pour les 2 e années. Combien d heurs environ par mois effectuez-vous pour le musée? Je ne sais pas du tout c est très variable. En général au minimum une fois par semaine. Quelle activité est prépondérante le Musée ou autre activité? Mon travail au musée est assez irrégulier car c est en fonction des demandes d ateliers ou d anniversaires, ah oui je fais aussi les anniversaires pour enfants. En plus des ateliers planifiés dans le programme annuel. Pour les autres activités c est plus régulier, je travaille tous les mercredis dans une assoc j ai un CDI le mercredi, je ne peux donc pas travailler au musée. Je travaille sur des cycles ou des stages longs pour les prions ou d autres associations comme «Arts et développement». C est une association pour aider des publics défavorisés dans les barres à Bron, à Moulin à vent, à l extérieur de Lyon. J ai par exemple amené des femmes apprenant le française à venir au musée la semaine dernière. Elles n auraient jamais osé entrer au musée sans l association. Que pensez-vous de l apport pour le visiteur d un plasticien à la visite? Je pense que les ateliers devraient être généralisés. Les gens quand ils dessinent au musée, ou font des croquis, cela leur donne un regard nouveau sur les œuvres. Le problème c est que bien souvent les gens ont peur, peur de s exprimer, de mettre à nu en dessinant. C est dommage, ca devrait être plus courant! C est vrai un simple croquis tout bête, ca peut être valorisable après dans un atelier et donne un truc super! Avec le public des handicapés mentaux par exemple, c est super car on n a pas ce blocage, ils dessinent sans peu d être juger ni quoi. S ils y arrivent pour un public adulte n y arriverait pas. Comment définiriez-vous son rôle? On est donc là pour rassurer les gens. On a un rôle d accompagnement du regard. Ici le musée n est pas forcément accessible du premier abord, du tissu accroché au mur ca ne parle pas forcément. Je me vois bien avec mes collègues comme une interface, un médiateur mais je n aime pas ce mot ca fait guerrier, ca sous entend un conflit. Un peu comme une courroie de transmission, j aime mieux cette image. On est avant tout un relai humain, c est aussi ça qui compte. Ateliers : Que pensez vous que cela apporte aux enfants? Un divertissement? Un éclairage que les collections du musée? Selon moi on est pas du tout dans le divertissement, enfin c est plus difficile pour les anniversaires, je n aime pas ca du tout, mais il faut bien vivre! Avec les anniversaires on est dans l ambigüité entre pédagogie et amusement ce n est pas toujours facile. Avec les Léa Girardin

96 -Des musées à la rencontre de leurs publics- scolaires on est dans un véritable dispositif pédagogique. On s assoie sur les collections du musée pour après dans l atelier travailler sur la composition, la matière de façon individuelle ou collective. On travaille aussi le regard, regarder un œuvre ca s apprend puis il faut faire ressortir ce qu on a vu au musée au cours de l atelier. Pour certaines écoles on a un vrai projet à longs termes comme avec l école Michelet. Avez-vous suivi une formation particulière pour travailler avec les enfants? Les scolaires? Non pas particulièrement, tu sais aux beaux-arts on n apprend pas vraiment la pédagogie, même pas pour le concours d enseignant artistique. C est une dissertation d histoire de l Art pas de place pour la pédagogie. Ah si lorsque j étais étudiant aux beauxarts j ai fait quelques colonies de vacances comme tous les étudiants des beaux-arts pour gagner des sous l été. Comment élaborez-vous les ateliers scolaires? Travaillez-vous directement avec les professeurs? Cela dépend des fois. Des fois on a des projets structurés comme avec l école Michelet, on a travaillé directement avec les professeurs, ils savaient précisément ce qu ils voulaient. Mais parfois il ya un décalage entre le service culturel et vos réservations et les ateliers. Des fois c est seulement vous qui avez les professeurs au téléphone au moment de la réservation. Des fois, on sait un peu avant d arriver pour l atelier ce qu on doit faire et pour quelle classe. En général les professeurs aiment bien de thématiques autour de la Soie, autour de Lyon quelque choses d une peu historique. Ce qui est important avec les professeurs, c est tout de suite se présenter dire qui ont ce que l on fait, d où on vient, cela installe une relation de confiance, cela pose un cadre être après ca passe tout seul. En général les professeurs sont très contents de leurs ateliers, après c est comme partout quand on travaille avec du public, il y a toujours des mécontents. Quel type d activités et de type d enfants préférez vous et pour quelles raisons? Ce qui me plait le plus, c est de travailler avec ce qu on appelle des publics empêchés, les ITEP, les maisons d arrêt, les publics handicapés Il est pour moi très important de mettre en place des dispositifs d accueil pour ces publics Annexe 4 : Entretien avec Priscilla Packer, Guide Conférencière au Musée des Tissus de Lyon, le 24 juin 2009 Quel est l intitulé de votre poste au musée des Tissus? Je suis guide conférencière, vacataire au musée. On peut dire qu il y a des évolutions car maintenant on parle plus de médiateur. Avant, cela se résumait souvent à débiter un texte appris par cœur à un groupe de touristes, alors que maintenant il ya un véritable rapport avec les personnes, plus personnel. Le guide est une personne. Le métier a évolué, 96 Léa Girardin

97 Annexes aujourd hui on a plus d implication dans la muséographie, dans l agencement des salles d exposition. On a des formations avec les services de conservation, on est plus impliqués dans la présentation. Et puis chaque conférencier a une spécialité, c est subjectif mais on a tous des sujets de prédilection. Mais cette évolution est très récente. Depuis quand travaillez-vous au musée? Depuis fin Pouvez-vous me rappeler votre parcours scolaire et professionnel? Alors j ai fait une Hypokhâgnes et une Khâgnes, Ulm Fontenay à Bordeaux. Puis je suis partie étudier les Sciences-politiques à l université de Conventry, dans le Warwickshire, dans le Nord de l Angleterre. J avais avec ma prépa des équivalences à la fac d histoire de bordeaux. Puis j ai travaillé pour la Mairie de Londres. C est une grosse machine, comme une sorte de Parlement, avec la majorité et l opposition en face à face qui peuvent débattre. La mairie est doté de nombreuses sous comités, et j ai donc travaillé pour le sous comité à l éducation. C était sous Thatcher mais la mairie était Labour, et le président de ma commission était Ken, très engagé à gauche, on le surnommait «Ken the red». D ailleurs il est devenu maire de Londres par la suite mais avec lui ca bougeait, j aimais bien! Ensuite j ai travaillé au Canda pour suivre mon mari, toujours dans l éducation. J ai travaillé pour le service des admissions de l université d Ottawa. De retour en France j ai travaillé pour Sup de Co Bordeaux, pour l accueil des étudiants étrangers en programme d échange. Ensuite j ai travaillé à la bibliothèque municipale de Bordeaux, j ai suivi une formation de gestion de bibliothèque, un peu barbant. Par contre je faisais aussi des animations, j ai suivi un stage de conteuse, ca c était super. A la fin je faisais presque que ca! J ai suivi mon mari à Lyon sans travail. J ai donc décidé de suivre une nouvelle formation de guide interprète régional, du ministère de la culture. Il s agit de formation continue pour les adultes en reconversion professionnelle. C est là que j ai rencontré Isabelle du musée qui était guide au départ. J ai suivi cette formation entre 1998 et 200, c est très complet, histoire de l art, géographie locale. Avant l annonce des résultats officiels j ai été contactée par l Office du tourisme qui lui avait repéré les résultats des meilleurs candidats. Ils m ont appelé avant que j ai moi-même les résultats, c était un peu étrange! J ai travaillé une saison avec l OT, c est une bonne école, ca forme d être capable d emmener un groupe de 50 personnes en visite bilingue dans le Vieux Lyon! Puis j ai eu des propositions du musée de l Imprimerie en 2003, puis du musée des Hospices civils mais ils ont arrêté d avoir une équipe de guide pour des raisons budgétaires, c est bien dommage. Ils ne font plus appel à des vacataires c est la personne qui entretient les collections qui le fait si besoin. Puis par le musée de l Imprimerie, j ai commencé à travailler au Musée des Tissus. Dans quelles autres structures travaillez-vous? Je travaille au musée des Tissus et au musée de l Imprimerie de Lyon. Depuis 2003, avec deux amies nous avons monté une association qui s appelle Prima rêves. Nous proposons des visites guidées à la carte pour des groupes indépendants. Nous avons une petite plaquette mais on travaille vraiment à la carte, c est surtout du bouche à Léa Girardin

98 -Des musées à la rencontre de leurs publics- oreille, on travaille avec des amicales de retraités, des sorties de fin d années Une fois par an on fait une petit soirée pour présenter notre actualité. Quels types d activités proposez-vous au musée? Je fais un peu tout, les visites générales du Musée des Tissus et du Musée des Arts décoratifs, les visites d expositions. Les ateliers, enfin j en fais beaucoup moins aujourd hui car on a une équipe de plasticiens pour nous soutenir. Je fais bien évidement les Contes et les visites en anglais. Combien d heures environ par mois effectuez-vous pour le musée? Cela dépend des saisons, des expositions, je dirai que fais environ 20 heures par mois à l Imprimerie et 15 heures par mois au Musée des Tissus. Mais bon pendant Borchgrave c est plus par exemple. Je travaille aussi pour les bateaux de Route Marine, environ 10 heures par mois. Que pensez-vous de l apport pour le visiteur d une guide conférencière? comment définiriez-vous son rôle? Le guide conférencier est là pour donner des clés aux visiteurs. Il donne des clés pour trouver son chemin surtout pour le tissu, c est quelque chose de très technique. Il offre aussi un enrichissement personnel, il ajoute une anecdote, il rend la visite personnelle, on raconte l «histoire avec un petit h. On rend la visite plus vivante, pus humaine, on n est pas des audio guide. On met un peu de chaleur au Musée des Tissus. Pour le Musée des Arts décoratifs c est plus un travail de débroussaillage, il tellement de choses à voir dans chaque pièce. On amène le visiteur à poser son regard sur un objet, sur sa technique, sur son histoire, sur le nom de la personne qui la faite. Contes : Que pensez vous que cela apporte aux enfants? Un divertissement? Un éclairage que les collections du musée? En premier lieu le conte est un amusement, un divertissement mais il est en fait un véhicule pour transmettre des informations sur le musée. Le conte est un effet secondaire pour faire apprendre des choses. Cela ne doit pas être seulement un exercice pédagogique. Mais depuis toujours les Contes ont un rôle indirect d enseignement, de morale, les rois avaient des conteurs à la cour Avez-vous suivi une formation particulière pour les contes? J ai suivi plusieurs formations du temps où j étais bibliothécaire. Avec la bibliothèque départementale j ai suivi plusieurs stages. Chaque conteur à une méthode différente. J ai suivi par exemple un stage avec un conteur africain, c est super il travaillait sur la musique, les sons. Avec une autre conteuse, elle avait une approche plus corporelle. On fait un travail sur la voix, en allant du cri au chuchotement. On se rend en compte de l importance de la voix et de son rôle social, surtout chez les femmes. On a souvent une voix plus aigue que sa voix naturelle. Au final, le métier de guide c est un peu comme être acteur, on rend une performance scénique et c est épuisant, on donne aux visiteurs, une visite ca vous vide. Comment abordez-vous les publics touristiques? Je m adapte surtout selon les âges par exemple si j ai un groupe d ado je ne vais pas leur faire une visite trop historique, trop scolaire sinon ca devient barbant pour eux. Ce matin 98 Léa Girardin

99 Annexes par exemple j ai eu des étudiants étrangers d Esmode, donc comme ils ne connaissent pas Lyon j essaie de faire passer quelques références générales sur Lyon, quelques éléments historiques clés. Mais on s adapte forcément au public que l on a en face de soit, on ne parle pas de la même façon à des ados qu à des dames BCBG. On fait peut-être des erreurs en jugeant un public trop vite. Quel type de visite préférez vous et pour quels raison? J aime bien travailler avec des publics un peu spécialistes pour avoir un échange avec eux. Et j aime beaucoup les Contes avec les tous petits. Annexe 5 : Entretien avec Olivier Lossi, responsable du service des publics du Musée de Bourgoin-Jallieu, Vendredi 12 juin 2009 Pouvez vous me rappeler brièvement le statut/ et l historique du Musée de Bourgoin- Jallieu? Le musée est un musée municipal. Il a été créé en 1933 puis rénové en Il est devenu musée de France en Il est soutenu par l Etat, région, département et la ville. Il travaille en association avec la conservation du patrimoine de l Isère. Il faut savoir que Rhône-Alpes est la 2 e région en matière de musées après paris évidement, la 3 e étant PACA. Notre région est très structurée car nous avons une conservation du patrimoine en Isère et dans l Ain mai spas dans le département du Rhône. Le musée s inscrit aussi dans le réseau Textile et accessoires de mode, dans le TISTRA (NDLR réseau du Tourisme industriel scientifique et technique en Rhône-Alpes) qui est le plus le 2 e plus gros réseau de France avec la Normandie on comprend des entreprises textiles mais aussi des entreprises comme Badoit, Anthésite ) Qu est ce que le Conservatoire du patrimoine de l Isère? Quel est le lien entre le Musée de Bourgoin-Jallieu avec le Musée de Dauphinois que l on dit associé? Le conservatoire du patrimoine de l Isère regroupe 6 musées gérés par le conseil général et des musées associés comme le musée de Bourgoin. Cela nous donne une aide financière, cela nous inscrit dans le réseau de la conservation du patrimoine de l Isère. On travaille aussi ensemble en ce qui concerne les publics scolaires. Quand fut créé le Service des publics du Musée de BJ? A-t-il connu des évolutions depuis? Le service des publics a été créé en 2001 plus précisément le 1 er avril 2001 lors de la réouverture du musée après rénovation. C est devenu une obligation pour obtenir le label musée de France. Le code du patrimoine de 2002 oblige les musées à se doter d un service des publics même s il ne s agit que d une seule personne comme c est mon cas, je fais tout ici ce qui me rend proche du terrain, du concret. Depuis 200 il n y a pas d évolutions, je demande tous les ans à la ville de créer un poste supplémentaire mais pas de changement. Léa Girardin

100 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Décrivez-moi rapidement l organisation des différents services du musée? Alors en haut vous avez notre conservatrice qui est accompagné d un chargé des collections, nous avons une personne responsable des affaires financières, un responsable du service des publics, enfin je suis tout seul. Nous avons un chargé de com en alternance, qui là trois jours par semaine. Nous avons trois agents d accueils dont un régisseur, un documentaliste, une personne qui ne fait que de l accueil. Nous n avons pas de gardien, on a un système de vidéos surveillance. Ce qui est précieux ou fragile est sous vitrine sécurisée, ce qui est accessible au public n est pas précieux. On travaille aussi au récolement de nos collections qui doit être effectué comme tous les autres musées de France en Connaissez-vous le nombre de visiteurs annuels du Musée, la part de scolaires/ visiteurs individuels? Nous avons une belle amplitude d ouverture car nous sommes ouverts tous les jours sauf lundi et jours fériés de 10h à 12 et de 14h à 18h.Depuis la réouverture nous accueillons environ visiteurs par an. Cela dépend des expos mais nous accueillons environ un 30 de scolaires pour 70 visiteurs individuels. Quels types de publics visés par le service des publics? On accueille à 80% de visiteurs du 38 (NDRL : Isère), 19% de visiteurs de Rhône-Alpes et reste de ma France et 1% d étrangers. On accueille surtout des britanniques, des néozélandais et des Irlandais à cause du rugby. Les supporters arrivent tôt dans l après-midi alors ils s occupent, les plus motivés sont déjà au pub pour boire de la bière mais ceux qui viennent en famille ou avec leur épouse aiment bien venir visiter le musée. Nous recevons aussi des Suisses et des Italiens. Le musée a d abord essayé d attirer les touristes de l A43. Le tourisme blanc attire plus d un millions de personnes par an sur de passage sur l A43. On pensait pouvoir récupérer ce flux, mais ce fut un échec. Les gens ne pensent qu à une chose arriver sur les pistes. Nous avons changé de stratégies, aujourd hui mon axe est d ancrer le musée dans la ville de créer un véritable lien social par le musée. Le but s est de faire aller les gens comme on va à la Boulangerie! C est la démarche mise en place avec la gratuité mise en place en janvier On accueille néanmoins, je ne vous le cacherai pas une typologie classique de visiteurs, on a fait des essais comme la fête des voisins, la nuit des musées. On multiplie les essais avec la gratuite, une diversité d offres malgré tout cela ne génère pas une augmentation significative de la fréquentation cela la maintient juste. Existe-t-il des conventions spécifiques avec le ministère de l éducation nationale et le musée, ou des établissements scolaires de la région? Oui vous ouvrez une grande porte! On a un professeur relais avec qui on travaille plusieurs fois par semaine. C est un prof de lycée technique en section mode et textile, il travaille sur la souplesse des matériaux. Il s agit du lycée Argouges de Grenoble. Le musée collabora avec le CCSTI (Centre de culture scientifique, technique et industrielle) de l Isère et du Rhône. Nous travaillons en lien avec l IEN, inspection de l éducation nationale, avec des conseillers pédagogiques sur Bourgoin-Jallieu, la délégation académique du rectorat de Grenoble. On travaille aussi avec le service actions culturelles de la DRAC. 100 Léa Girardin

101 Annexes En septembre je travaille à un projet important, un outil en ligne appelé référentiel pédagogique. Pour l instant ce n est pas encore officiel mais ce projet me tiens à cœur, j attends le bon moment pour le proposer. Il s agit d une base de données e ligne pour les professeurs ou se trouve des documents liées des thématiques proposées par les musées en lien avec les programmes scolaires. Chaque thème sera décliné pour chaque niveau scolaire. Nous travaillons avec l IUFM de Grenoble pour être en conformité avec les programmes nationaux. Le prof pourra préparer sa visite en fonction du programme et du niveau de sa classe. Le plus de la base c est d adapter les thématiques à chaque matières (histoire, français..) et elle proposera des exercices et leurs corrigés, des documents complémentaires aux professeurs. On a aussi un guide pour les enseignants pour les aider à préparer leur visite avec le réseau TISTRA. On travaille aussi avec les hôpitaux par le programme «Culture et hôpital» pour aider les adultes et les enfants. On a également un partenariat depuis 3 ans avec la Prison de Saint-Quentin Fallavier. Le but est multiple, il s agit à la fois de réinsertion professionnel mais aussi par l idée de l amélioration des conditions de détention par la présence d objets crées par les détenus. (Nappes, portes photos...) On travaille avec des peintres comme Stéphane Braconnier. Ce qui est intéressant c est que les détenus veulent être exposés au musée, même s ils ne peuvent s y rendre il y là une sorte de reconnaissance pour eux.( ) Quel type d établissements scolaires recevez-vous le plus? Beaucoup d écoles primaires, peu de collèges sauf la 3 e option découverte des entreprises. Et d autre part des publics plus ciblés, des lycées techniques et professionnels et l enseignement supérieur en spécialité design ou stylisme pour la partie ennoblissement textile. Recevez-vous des publics étrangers? Proposez-vous des visites en langue étrangère? Déjà évoqué précédemment. Nous avons donc des visites en anglais pour les supporters de rugby et des visites en LSF, même si ce n est pas vraiment une autre langue. Existe-il des dispositifs d abonnements/privilèges? Non rien de spécial, juste la carte M RA et le chéquier jeune Isère. On propose une visite couplée avec le Musées des Tissu à Lyon, je laisse mais ca ne marche pas! Comment communiquez-vous sur votre programmation d ateliers, de visites? Chaque année on réalise deux plaquettes annuelles. Une générale pour le musée pour mes adultes individuels et groupes d adultes et une autre pour les enfants en individuel et scolaires. On a donc deux documents un pour les enfants et un pour les adultes.pour chaque exposition on édite une petite brochure qui présente l expo et les visites et activités relatives à l expo. Vous pouvez le voir sur la brochure de l exposition «Les dessous du musée». Comment se conçoivent les ateliers en rapport aux collections permanentes, aux expositions temporaires? Sur le parcours permanent on a 7 visites et 9 ateliers dont une en LSF. Cela dépend des années on suit plus ou moins les activités d une année à l autre, on arrête un Léa Girardin

102 -Des musées à la rencontre de leurs publics- atelier un ou deux an puis on le refait, ca dépend. Pour chaque exposition temporaire on propose évidement une visites guidées et quelques ateliers en rapport direct avec l expo. Par exemple avec l exposition actuelle «40 ans : Les dessous du musée» (NRDL : exposition qui présentent tous les métiers et activités d un musée) nous proposons une visite découverte du musée ceci nous permet de toucher un nouveau public que sont les Maison familiales et rurales et les BEP secrétariat. Habituellement il est difficile de faire venir ces établissements au musée car il n y a souvent de lien avec leur programme pédagogique. Quelle est l organisation d un atelier type? Disposez-vous d espace dédiés aux ateliers? Pour les scolaires il s agit soit d une visite soit d un atelier, mais souvent ils dont l un après l autre. Pour les individuels on commence par une petite visite puis l atelier. Oui oui, nous avons une salle pédagogique, nous irons la visiter, avec un point d eau Combien d enfants accueillez-vous par groupe? Environ 15 enfants par groupe soit une demi-classe. Vous arrive-t il d annuler des visites ou ateliers par manque de réservations? En dessous de 4 personnes en individuel nous annulons les activités. Nous avons un certain seuil de rentabilité enfin par comme dans le privé, mais nous devons trouver un équilibre. Que pensez-vous que puisse apporter les visites et les ateliers aux enfants? Divertissement ou apprentissage? Pour les scolaires on a plus une démarche pédagogique et didactique car on est dans une démarche d apprentissage. Pour les individuels c est plus compliqué, d un côté on ne veut pas être une garderie, il faut quand même garder un lien avec le textile avec nos collections. Mais le but est de passer un bon moment, un moment de plaisir et de découverte. D ailleurs ce n est pas pour rien que notre brochure annuelle enfants s appelle «AMUSEE!». Il est vrai qu à Bourgoin, il y a peu d offres pour les enfants et les familles, à Lyon vous avez le planétarium, l aquarium, pleins d activités dans les musées. A Bourgoin c est plus limité à par la musique au conservatoire ou la piscine, il n y pas grand-chose. Quel type de public adulte recevez-vous le plus pour les ateliers du musée? Surtout des dames par forcément âgées pour les stages de borderie de Lunéville et les stages de customisation qu on a abandonné. On a monté une expérience qui a bien fonctionné c est d organiser des ateliers du musée«hors les murs» au magasin Cultura (NDLR : magasin culture et loisirs créatifs type FNAC, Virgin). Ce la s est fait car je connaissais bien l ancien directeur du magasin, qui a malheureusement changé donc je ne sais pas ce qu il en serait à l avenir. Je suis parti du constat que sur la période de Noel le magasin recevait environ clients, vous vous rendez comptez cela fait presque la population de Bourgoin-Jallieu. C est un lieu inespéré pour faire connaître le musée. Nous avons procédé à un petit échange, nos catalogues seraient en vente au magasin et en échange nous avons organisé un atelier. 102 Léa Girardin

103 Annexes Cela a très bien marché mais la frontière entre nos activités et des opérations commerciales est quand même délicate. Le musée est un musée municipal, mais reçoit-il le soutien financier d autres institutions département de l Isère, région Rhône-Alpes, mécénat privé? Nous sommes par la «Sainte Trinité» Etat, région, département ce qui représente environ 50% de nos financements le reste c est surtout la ville de Bourgoin-Jallieu. Pour le mécénat nous avons un Club d entreprises partenaires, essentiellement des entreprises textiles au niveau local mais aussi national, mais je ne peux pas vous donner des noms. Nous avons aussi reçu de l argent de la fondation Mac Donald pour notre programme Culture et hôpital avec les enfants En ce qui concerne la location d espace, cela nous est arrivé par le passé mais cela est surtout réservé aux mécènes. Cela demande trop de temps de présence te d accueil pour le personnel, avec des horaires en soirées. Nous n avons rien contre le principe, mais notre équipe ne travaille pas en ce sens. Depuis que l entrée du musée est devenue gratuite pour tous comment financezvous la billetterie? Il faut d abord savoir qu étant en régie directe avec la municipalité cela n a pas changé grand-chose. La billetterie n était pas considérée comme un poste de financement. Pensez-vous que la gratuité a amené de nouveaux publics vers votre musée ou cela a seulement fidélisé les visiteurs habitués? Véritable démocratisation? La gratuité était un choix du conservateur, pour ma part j y étais opposé, nos tarifs étaient déjà très bas, 2 euros pour entrer au musée, ce n est pas beaucoup. Cette gratuité a légèrement fait augmenter la fréquentation du musée, mais ce sont essentiellement les mêmes qui viennent il ne faut pas se leurrer, 80% de la population ne va pas au musée. Nous faisons un grand écart entre les CSP+ et leurs enfants des écoles privées (Saint Michel, Saint Joseph..) et les centres sociaux. L écart est extrême mais on sait bien que pour les anniversaires au musée ce sont les CSP+ qui viennent, les enfants de pharmaciens, les gens du 2 e, du 6 e à Lyon. D un autre côté on travaille beaucoup avec les centres sociaux notamment avec un projet de femmes turcs. Notre musée s adresse à tous. Mais cela a quand même entrainé une modification du comportement de visiteurs avec des visites plus courte, comme au «Fast food», on passe 15 minutes voir ce qui se passe au musée. Cela a entrainé quelques dérives, les enfants du quartier avaient trouvé la parade ils venaient pour faire leur devoir pour être tranquille sans les parents. On a dû se mettre d accord avec les parents du quartier. Connaissez-vous environ la part d auto financement liée au revenu des ateliers et des visites? Les visites ne sont pas considérées comme des sources de revenus pour le musée, les revenus proviennent de la boutique avec la vente d objets, de livre et l édition de foulards, comme le foulard inédit de Stéphane Braconnier. Ce qui est une première pour le musée! Pensez-vous que les activités soient une source de revenus pour le musée?une source de visibilité médiatique? Léa Girardin

104 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Etant en régie directe, les activités sont considérées comme de la billetterie et arrive donc directement à la municipalité. Nos tarifs de visites et d ateliers sont quand même abordables. C est quand parfois un peu compliqué pour modifier un tarif il faut que cela soit voté au conseil municipal. Il n y a que l atelier de borderie de Lunéville, pour lequel l argent va directement du participant à l intervenante extérieur. Pensez-vous que la régie directe de la ville sur le musée soit un frein à son activité? Parfois la ville ralentie les procédures, c est peut-être un frein mais c est toujours mieux quand dans le privé. Je ne regrette en aucun cas la fonction publique territoriale, c est parfois complexe et lourd. C est sûr que si j ai besoin d une brique de lait au final je l achèterai moimême, mais cela fonctionne très bien, la ville dispose d une certaine souplesse. Organisez-vous beaucoup d anniversaire pour enfants au musée? L anniversaire au musée se déroule de la façon suivant, je prends en charge les enfants de 14h30 à 16h30, il s agit d une sorte de package avec une petite visite un petit atelier. Le musée fournit un petit goûter, une brioche et un jus de fruit. Cela revient à 8 euros par enfants mais c est gratuit pour le héros de la fête! L après-midi se déroule sans les parents, je mets les parents à la porte, ca se passe beaucoup mieux pour tout le monde! C est une formule qui fonctionne très bien, en ce moment qui est un période chargée il faut réserver environ un mois à l avance si on veut que la date de la fête corresponde bien à l anniversaire en question. Cela marche car on n est pas beaucoup à proposer cela dans la ville, au départ j ai fait ca pour faire un pied de nez au Mac Donald qui était le seul à proposer des anniversaire pour enfants. Aujourd hui on trouve aussi le magasin Décathlon et le restaurant Buffalo grill qui propose des anniversaire à Bourgoin après il faut aller à Lyon. Organisez-vous de spectacles ou musée danse théâtre, en complet de vos collections, je n en ai pas vu sur vos documents de communication? Si si nous proposons des spectacles ou évènements en relations avec les expositions. Nous n avons pas une programmation fixe. Mais on a proposé par exemple pour la Nuit des musées une pièce de Théâtre «Musée Haut, Musée bas» en relation avec l exposition «Les dessous du musée». On avait des petits concerts dans «les Heures musicales» organisées en partenariat avec le Conservatoire. On a travaillé avec «les Abattoirs» (NDL : Salle de musique actuelle), la médiathèque, le théâtre Jean Villar. On a fait organiser un défilé de mode au musée. Pour l exposition Cachemire on proposait une dégustation de thé Indien, pour l exposition sur le Japon on avait proposé du théâtre et des gâteaux japonais. Quels sont les projets à venir pour le Musée de Bourgoin, expositions, programmation? A la rentrée on aura l exposition «Tissus et matériaux du XXIe siècle» à partir du 15 octobre en partenariat avec le Musée d Art et d industrie de Saint Etienne. Puis en mai, juin 2010 on aura une exposition sur le peintre lyonnais et Berjalien Chabas, symboliste avec l école de Pont-Aven. Que pensez-vous de l exposition «qu est ce que tu fabriques au musée» du MAI de Saint Etienne similaire au dessous du musée? Même public? 104 Léa Girardin

105 Annexes Cela n a aucune interférence entre nos publics, nous sommes trop loin l un de l autre. Vous savez à la rentrée l exposition sur es textiles techniques se fera en coproduction avec le Musée d Art et d industrie, donc cela ne pose aucun problème. Quel est l intitulé exact de votre poste, quelles sont vos missions principales? Responsable du service des publics, enfin responsable du service en charge des relations avec le public. Mes missions principales sont l organisation et la gestion des activités du service pour les publics. L organisation de manifestations nationales comme la fête de la Science, les journées du patrimoine, la nuit des musées Le travail en relation avec les publics scolaires et des projets spécifiques. Comme on est une petite équipe je suis aussi associé au montage des expositions et à la scénographie, je veille à ce que les vitrines soient accessibles aux enfants par exemple. Je suis seul dans le service mais je me fais aidé par deux associations pour les visites commentées, le Fil d Ariane et Prima Rêves. Depuis quand travaillez-vous au musée? Depuis 2000, depuis la création du service. Quelle est votre parcours universitaire et professionnel? J ai fait la voie classique histoire de l Art à Lyon II jusqu à la maitrise. Après j ai fait un DU médiation (diplôme universitaire) niveau maitrise. J ai travaillé à la région Rhône-Alpes à la direction cadre de vie, j ai par exemple travaillé à la mise en place des chèques culture Rhône-Alpes dont vous avez bénéficié. Ensuite j ai travaillé pour le Musée des Beaux-arts et d Art contemporain de Toulon, j ai fait pas mal de recherche et travaillé pour les catalogues. J ai aussi passé le concours d assistant de conservation qualifié du patrimoine pour être titulaire de mon poste. Pourquoi avez-vous choisi Bourgoin-Jallieu et l univers de l impression textile? C était l opportunité du poste qui s ouvrait. Je n ai pas de spécialisation textile particulière. Ma spécialisation pour mon mémoire était la peinture de l entre de guerre entre le surréalisme et le machinisme, un sujet très peu connu bien loin du textile. Annexe 6 : Dates-clés du service culturel du Musée des Tissus de Lyon Création du service 1 ère mission : Visite guidée auprès des scolaires et des adultes. Constitution du service : une responsable à temps partiel, une standardiste à temps partiel, des conférencières vacataires (2 à 3) 1998 à Prémisse d un développement avec notamment la mise en place d atelier plastique pour les enfants à Continuation de la politique de développement Création d un atelier plastique pour les adultes Léa Girardin

106 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Visites thématiques au sein des collections Prémisse d une démarche commerciale (mise en place d une activité de prospection) L année des changements Développement du service des publics Création de deux postes : responsable du service + assistante Mise en place d une équipe de 20 vacataires : 12 Conférencières / 2 Plasticiens / 1 Brodeuse / 2 Stylistes-modélistes / 3 Clavecinistes Etude sur les cibles-public suite à l étude réalisée par l EM LYON Public adulte (groupe+individuels) : Association, Club de retraités, CE, touristes, etc. Jeune public (groupe+individuels dès 2 ans) : les scolaires, les Centres Sociaux, etc. Familles Publics en situation de handicap Mise en place d une politique d activités par cible Adulte Visite guidée des collections et visites thématiques : Anglais/Allemand/Italien Espagnol/ Russe Chinois/Japonais Visite en matinée Visite en soirée Rencontre avec des artisans Spectacle vivant Conférences Ateliers et stages Jeune public Contes Visite découverte Ateliers spécifiques Parcours-conférence Vacances au musée Stages Spectacle vivant Activité festive Anniversaire Familles Spectacle vivant Activité festive Visite interactive 106 Léa Girardin

107 Annexes Eveil muséal Publics en situation de handicap Visite atelier Visite autour des sens Atelier Etude tarifaire sur 83 lieux de culture et de loisirs à Lyon, en région Rhône-Alpes et à Paris. Suite à cette étude mais aussi à une étude sur la TVA, une nouvelle politique tarifaire a vu le jour en Mise en place de partenariats Collaboration avec des institutions Musée de l Imprimerie Maison des Canuts Musée Gadagne Entreprises textiles Artisans CNSMD / CNR Devoir de formation Importante préoccupation face aux scolaires «Les enfants d aujourd hui sont les adultes de demain» Être à l écoute des enseignants Lien avec le rectorat et l académie Faire rêver les enfants Leur donner envie de revenir Intervention régulière tout au long de l année SUPDEMOD ESMOD EAC Perspectives à venir Augmenter l équipe Conférencier en langue arabe Conférencier en langue des signes Une personne administrative Accueillir toujours plus Tourisme Public handicapé Léa Girardin

108 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Retraités Adolescents Fidéliser le public régional Accroitre la communication (malgré le manque de moyen humain et financier) Multiplier les partenariats S adapter au programme d enseignement Mallettes pédagogiques Dossier pédagogique Formation pour le corps enseignants Obtenir un professeur relais Autre domaine à développer La pédagogie au sein des collections Le multimédia Les jeux dans les salles Parcours tactile et technique (Marie-Hélène Guleton) Annexe 7 : Exemple de document pédagogique fourni pour les visites en famille au Musée d Art et d Industrie de Saint Etienne, pour l exposition : Les enrubannées A consulter sur place, sur la version papier, au Centre de Documentation Contemporaine de l'institut d'etudes Politiques de Lyon Annexe 8 : Plaquette trilingue (Français-Anglais- Allemand) du Musée de l Impression sur Etoffes de Mulhouse A consulter sur place, sur la version papier, au Centre de Documentation Contemporaine de l'institut d'etudes Politiques de Lyon 108 Léa Girardin

109 Annexes Annexe 9 : interview, Lesley Miller, Conservateur en chef de la section textile et mode du Victoria and Albert Museum de Londres Can you briefly describe me the organisation of the collections and the services of the V&A? I attach a diagram. If you need any clarification, please let me know. Why did they decide to collect textiles and fashion in the 19 th century? To provide good examples of technical and aesthetic merit for artisans and designers to learn from (i.e. for exactly the same reason as they decided to collect all other media) Can you explain me in a few words your mission as a curator of the textile department of the V&A museum? My job description is attached at the end.: note I am a Senior Curator which means that my role has a large component of management and mentoring of junior colleagues. Can describe me your university and your professional career? CV attached. I taught textile and dress history in the context of art and design history in a number of institutions, latterly in a School of Art based in the Humanities faculty of a University. Please note that the V&A is a research institution as well as a museum so my own particular trajectory is less surprising than many French curators think. How are organised the educational and families activities concerning the textile and fashion collection? Are they decided at the level of the textile department or at the level of the educational activities service? There are two tiers: those organised by the Learning and Interpretation Department, often with advice or input from curators. From the textile department s perspective, I would say that L&I approach us with suggestions about events and courses, particularly related to exhibitions, and that we in turn offer them suggestions or put them in touch with appropriate lecturers. For example, the Medieval and Renaissance Galleries open after a major refurbishment later this year. The Costume Society and the Medieval Dress and Textiles Society approached me to see if they could hold a joint study day here in the Spring of next year. I suggested some internal speakers and put them in contact with Jo Banham who coordinates such events. She is now working with the speakers suggested by the Societies and internal V&A staff. Most exhibitions have a conference or study day. Learning and Interpretation also run courses (see their section on the website). teaching sessions organised in the department and delivered to small student groups from particular university courses on special subjects in our stores (e.g. eighteenth-century silks, nineteenth-century underwear) or on how to analyse objects (e.g. our own MA course introduces students to basic models of analysis via objects in the collection). On the whole, these are relationships that have grown up over the years between individual curators and the university lecturers who value the first hand experience of objects that can only be gained in the museum. We are paid a fee for such sessions as they take up a lot of curatorial time up to an hour getting out appropriate objects, one to two hours teaching, then an hour or so to put away the objects. Léa Girardin

110 -Des musées à la rencontre de leurs publics- Have you an influence on the visits and the workshops about the textile and fashion collection proposed by the educational services? How do you work with these departments? Yes, we do (see above), but we are not involved in every one of their activities as that is not the purpose of our jobs. We have in the department a curator who acts as a liaison person, passing on our suggestions and queries and passing to us at departmental meetings information about planned activities. Our Keeper (Head of Department) is also on an Education Group which discusses matters of policy. Do you think that the free admission have modified the public of the V&A? Do you think the free admission has opened the museum to new publics? The V&A only had paying admission for a very short time, so this question is impossible to answer sensibly. In the UK, national museums have traditionally been free to the public, the public only paying for temporary exhibitions, not for the permanent gallery displays. Since the museum is open for a free admission, how is it now financed? The Department for Media, Culture and Sport allocates a sum of money and the rest is raised by our Development department through sponsorship of different types. In 2008/9 the income and expenditure were as follows: INCOME Grant in Aid (Government): million Exhibitions admissions, touring and loan fees: 2.47 million Donations: million Sponsorship: 0.59 million Lottery income: 4.30 million Trading income: 8.91 million Other income: 2.11 million Investment income: 1.05 million TOTAL: million EXPENDITURE: million What do you think the guided visits and workshops for children and adults, can offer to visitors of the textile and costume department? They can instil an appreciation of the objects in the museum and of history in general at an early age, encourage people to become life-long museum visitors, and sometimes to identify and donate important objects. Engendering an excitement about the museum and its role in society is crucial. To finish, British museums are often regarded as models of accessibility for French museum, as a British curator, what would you advise to a French museum to become more accessible to visitors? This is tricky because many French museums have already adopted new practices, but the following seem important: Free entrance to permanent collections Friendly staff (front-of-house and behind-the-scenes). My experience of French museums (as a user, rather than now) is that enquiries are often not answered, or are 110 Léa Girardin

111 Annexes considered a nuisance, something the museum only has to deal with if he or she feels like it! We have a policy that requires us to answer everything within 20 working days. We also have an open afternoon once a month which allows the public to bring in objects and receive a view on what they are (we do not give valuations). Consideration of the needs of the public (who is the audience, what do they need/want in the way of explanation and activities, how should we communicate with them?). We carry out audience research and adjust our labels, text panels and other explanations to suit. Most of the public do not want long, erudite labels; they want a simple introduction and that is what we provide. We hope to provide more in-depth information in other places (e.g. on website). Dynamic exhibition programme, supported by appropriate methods of display Activities for all ages and good opening hours (we open every day except Christmas Day and New Year s Day) and we have late night opening once a month with exciting events Good café Website Annexe 10: Extrait d un entretien avec Heather Whitely, Families manager pour le Learning and interpretation departement, Victoria and Albert Museum de Londres What do you think the visits and workshop offer to visitors (children, families and adults)? Is it more entertainment or learning? All events developed by the Learning & Interpretation Division are based on the premise of 'Learning through Creative Design'. There are different learning objectives for each audience group and each type of event. For example, Adult learners participating in a formal year course, are likely to want an academic approach to learning, while a 'Friday Late' event is likely to attract a younger adult audience, keen to learn through informal engagement, fun and with a dimension of social Learning.All family programmes are developed with a sense of fun and playfulness, however there are serious learning objectives inherent within the programme. For schools what we endeavour to offer is a new and creative way of teaching and learning about art & design outside of the classroom setting. We offer handson experiences with objects and different design practices as well as the opportunity to work directly with artists and designers. Creativity is inherent is all of our programmes, supported by looking, thinking and creating. We also aim to encourage engagement with objects in the V&A's collection in all of our programmes. Concerning visits of schools, are you working with the education department to match with the school programs? Do you have programs of partnership with some schools? We ensure that our programme for students and teachers is kept up to date with the latest changes to the curriculum - for example, we now offer a professional development day for teaching on the new Creative & Media Diploma that was introduced recently. We do, however, at the same time like to keep a relative amount of creative freedom with Léa Girardin

112 -Des musées à la rencontre de leurs publics- our sessions rather than be too directed by specific objectives outlined in the National Curriculum. We do run some partnership projects with specific schools offering them the opportunity to work with us over an extended project - such as an A2 Graphics project last year. Details of this project can be found on our Flickr pages : sets/ / The majority of our programme though is working with schools on a one-off basis. What is the type of school you receive the most at the V&A museum for visits about textile and fashion (primary school, university class of fashion and design...)? A very high proportion of the school groups we receive are textile and fashion secondary school students. Can you briefly describe me your university and professional career? I originally trained as an architect (Bachelor of Architectural Science) and then undertook a Postgraduate Diploma in Education. While teaching in primary schools, I completed a Graduate Diploma in Visual & Performing Arts Education. Following this, I began work as an Education Officer for the National Gallery of Victoria in Melbourne, Australia for 6 years. In this role, I delivered tours and workshops to school groups (kindergarten to Year 12), ran professional development programmes for teachers and developed education resources (print and online). During this time, I completed my Masters in Arts Administration (Education). After moving to London in 2005, I worked as Curator: Family & Community Programmes at Tate Modern for 2 years; followed by Head of Learning for Open House (the Architecture Education Organisation) for 1 year. I have now been working at V&A as Families Manager for 18 months. Annexe 11 : Brochure présentant les prestations touristiques du Musée des Tissus, réalisation personnelle A consulter sur place, sur la version papier, au Centre de Documentation Contemporaine de l'institut d'etudes Politiques de Lyon 112 Léa Girardin

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