Vers les sociétés du savoir

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2 Vers les sociétés du savoir

3 RAPPORT MONDIAL DE L UNESCO Vers les sociétés du savoir Éditions UNESCO

4 Les appellations employées dans cette publication et la présentation des données qui y figurent n impliquent de la part de l UNESCO aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites Publié en 2005 par l Organisation des Nations Unies pour l éducation, la science et la culture 7, place de Fontenoy, Paris 07 SP, France Internet : http//www.unesco.org/publications Graphiste : Roberto C. Rossi Conception Couverture : Maro Haas Impression : Imprimerie Corlet, Condé-sur-Noireau, France ISBN : X UNESCO 2005 Tous droits réservés

5 Préface Éducation, science, culture, communication : l ampleur du domaine couvert par l UNESCO garantit la pertinence de sa mission, tout en signalant sa complexité croissante. De fait, avec les bouleversements issus de la troisième révolution industrielle celle des nouvelles technologies, une nouvelle dynamique s est créée, puisque la formation des individus et des groupes, les avancées scientifiques et techniques et les modes d expression culturelle ne cessent d évoluer depuis le milieu du XX e siècle, notamment dans le sens d une interdépendance croissante. Ce dernier point, avouons-le, est plutôt une bonne chose. Pour ne prendre qu un exemple, peut-on imaginer aujourd hui un usage des biotechnologies qui ne se préoccuperait pas des conditions culturelles de sa mise en œuvre? une science qui ne se soucierait pas de l éducation scientifique ou des savoirs locaux? une culture qui négligerait la transmission éducative et les nouvelles formes de savoir? Quoi qu il en soit, la notion de savoir est au cœur de ces mutations. On reconnaît aujourd hui que le savoir est devenu l objet d immenses enjeux économiques, politiques et culturels, au point de pouvoir prétendre qualifier les sociétés dont nous commençons à voir se préciser les contours. «Sociétés du savoir» : si l on s accorde en général sur la pertinence de l expression, il n en va pas de même pour son contenu. De quel(s) savoir(s) parle-t-on en effet? Faut-il entériner l hégémonie du modèle techno-scientifique dans la définition du savoir légitime et productif? Et que faire, face aux déséquilibres qui marquent l accès au savoir et aux obstacles qui s y opposent, à l échelle locale comme à l échelle globale? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles ce premier Rapport mondial de l UNESCO s efforce d apporter des éléments de réponse éthiques et pratiques, guidé par une conviction forte : les sociétés émergentes ne sauraient se contenter d être de simples composantes d une société globale de l information ; pour demeurer humaines et vivables, elles devront être des sociétés du savoir partagé. Le pluriel vient ici consacrer la nécessité d une diversité assumée. Le moment semble bien choisi pour reprendre ce dossier : la multiplication des études sur le nouveau statut du savoir et la prise en compte croissante de ces questions dans les initiatives de développement permettent désormais d avoir le recul nécessaire à un premier bilan et d en tirer des enseignements propres à motiver une force de proposition en ce domaine. Tout cela justifie pleinement le titre et les orientations de ce rapport. Au fil de ces pages se dessinera un panorama qui peint l avenir sous des traits tour à tour prometteurs et préoccupants. Prometteurs, car le potentiel offert par un usage raisonné et volontariste des nouvelles technologies ouvre de véritables perspectives pour le développement humain et durable et pour l édification de sociétés plus démocratiques. Préoccupants, car les obstacles et les pièges sur la voie de cette construction existent bel et bien. On a souvent évoqué la fracture numérique, qui est réelle. Mais il est un fait encore plus inquiétant : la fracture cognitive qui sépare les pays les plus favorisés des pays en développement, notamment les pays les moins avancés, risque de s aggraver, tandis que, au sein même des sociétés, des fractures tout aussi 5

6 Préface profondes apparaissent ou s élargissent. Comment les futures sociétés du savoir pourraient-elles accepter d être des sociétés dissociées? C est le rôle de la prospective que de ne pas minimiser les tensions et les dangers futurs au nom d un optimisme de convention. Mais l anticipation se veut aussi une incitation à l action. En cela, elle ne saurait non plus céder au pessimisme. C est à cette condition que la réflexion prospective peut se faire, à bon droit et à bon escient, prescriptive. Forum et carrefour, c est-à-dire tout à la fois lieu de rencontres, d échanges et de débats, l UNESCO a pour vocation d inventer des cheminements qui, tout en nous orientant vers des horizons communs, préservent la diversité des rythmes et des méthodes. Et, ajouterai-je, ne se contentent pas de préserver cette diversité, mais s appuient sur elle, en la considérant comme un atout et non comme une faiblesse. Qu on ne cherche pas ici des solutions simples et unilatérales. Qu on y cherche en revanche des pistes de réflexion et d action pour mettre la communication et l information au service de la transmission du savoir, transmission que l on voudrait voir s ancrer dans le temps et s étendre dans l espace, opérant entre les générations et entre les cultures. Pour faire face à un tel défi, l UNESCO, de par ses domaines de compétence, dispose d une expertise et d une expérience précieuses. La révolution technologique et cognitive que nous avons héritée du XX e siècle a donné une dimension nouvelle au mandat de l Organisation : désormais plus stratégiques et plus complexes, les défis que nous avons à relever n en sont que plus stimulants. Les constats et les projets que nous proposons ici, dans le premier Rapport mondial de l UNESCO, soulignent tous la nécessité de refonder une éthique pour orienter les sociétés du savoir en devenir, une éthique de la liberté et de la responsabilité. Une éthique qui sera, répétons-le, fondée sur le partage des savoirs. Koïchiro Matsuura Directeur général de l UNESCO 6

7 Remerciements Équipe de préparation La préparation du Rapport mondial de l UNESCO a été placée sous la supervision d un Conseil du Rapport mondial, présidé par Françoise Rivière, Sous-Directrice générale et Directrice du Cabinet du Directeur général, et comprenant également Mounir Bouchenaki, Sous-Directeur général du Secteur de la culture ; John Daniel, Sous-Directeur général du Secteur de l éducation jusqu en mai 2004, puis Aïcha Bah Diallo, Sous-Directrice générale du Secteur de l éducation ad interim ; Walter Erdelen, Sous-Directeur général du Secteur des sciences naturelles et exactes ; Abdul Waheed Khan, Sous-Directeur général du Secteur de la communication et de l information ; Pierre Sané, Sous-Directeur général du Secteur des sciences sociales et humaines ; Noureini Tidjani-Serpos, Sous-Directeur général du secteur Afrique ; Hans d Orville, Directeur du Bureau de la planification stratégique et Denise Lievesley, Directrice de l Institut de statistique de l UNESCO (ISU). Directeur de la publication Coordination technique Autres principaux collaborateurs Recherches documentaires et travaux préparatoires Révision des textes Statistiques Assistance éditoriale Jérôme Bindé Frédéric Sampson Laetitia Demarais et Jacques Plouin Lucie Campos, David Fajolles, Benjamin Fernandez, Carolina Oedman, Jean-Michel Rabotin, Andreas Westerwinter (stagiaire) et Edna Yahil Alessandro Giacone, Charlotte Montel, Wenda McNevin Simon Ellis, Ernesto Fernandez Polcuch, Loup Wolff et les équipes de l ISU sous la supervision de Denise Lievesley, puis de Michael Millward Miroslava Ivanova, Marcel Kabanda, Fanny Kerever et Sabine Vayssières Remerciements Ce rapport a bénéficié des contributions initiales et des analyses de Youri N. Afanassiev, Izumi Aizu, Mohammed Arkoun, Bruno Amable, Philippe Askenazy, Michel Batisse, Nathalie de Baudry d Asson, Hélé Béji, Daniel Bell, Subhash Bhatnagar, José Joaquín Brunner, Néstor García Canclini, Michel Candelier, Roberto Carneiro, Manuel Castells, Fay King Chung, Abdallah Daar, Régis Debray, Goéry Delacôte, Enzo Del Buffalo, Jacques Derrida, Souleymane Bachir Diagne, Marcel Diki-Kidiri, Jean-Pierre Dupuy, Leo Esaki, Hans-Dieter Evers, Jens Erik Fenstad, John Field, Patrice Flichy, Dominique Foray, Clemente Forero-Pineda, Thierry Gaudin, Jérôme C. Glenn, Olivier Godard, Nilüfer Göle, Susantha Goonatilake, Jean-Joseph Goux, Françoise Héritier, Hide Hishiguro, Paulin Hountondji, Peter Jarvis, Serguei Kapitza, Derrick de Kerckove, Yersu Kim, Étienne Klein, Julia Kristeva, Bruno Latour, Michel Launey, Dominique Lecourt, Patrick Liedtke, Maria Cecilia Londres, David Lyon, Yannick Maignien, Robin Mansell, Gérard Mégie, Philippe Mehaut, Alain Michel, Pippa Norris, Kristof Nyiri, 7

8 Remerciements Gloria Origgi, Jean d Ormesson, Pierre Papon, Andrew Puddephat, Yves Quéré, Eva Rathgeber, Paul Ricœur, Francisco Sagasti, Jean-Jacques Salomon, Carlos Sanchez-Milani, Saskia Sassen, Peter Scott, Jung Uck Seo, Amath Soumaré, Dan Sperber, Nico Stehr, W. Edward Steinmueller, Bernard Stiegler, Tadao Takahashi, Naori Tanaka, Alain Touraine, Tu Weiming, Ilkka Tuomi, Christian Vandendorpe, Gianni Vattimo, Thierry Vedel, Wang Huijiong, Ahmed Zahlan, Paul Tiyambe Zeleza, Elia Zureik, et de l aide précieuse de Jean-Pierre Aubin ainsi que de René Zapata, Directeur adjoint du Bureau de la planification stratégique. Nous remercions particulièrement pour leur aide, au sein du Secrétariat de l UNESCO, les membres du Comité éditorial qui a contribué à la révision des textes, aux travaux duquel ont notamment participé Monique Couratier, Milagros del Corral, Mustafa El Tayeb, Georges Haddad, Mireille Jardin, Anthony Krause, Jean-Yves Le Saux, Louis Marmoz, Eduardo Martinez-Garcia, Saturnino Muñoz-Gómez, Krista Pikkat, Boyan Radoykov, Cheikhna Sankare, Mogens Schmidt, Susan Schneegans et Simone Scholze. Ce travail doit également beaucoup aux contributions de Michel Barton, Abdalla Bubtana, Jean-Claude Dauphin, Marina Faetanini, Émile Glélé, Moufida Goucha, Cynthia Guttman, Chaibong Hahm, Ulla Kahla, Elizabeth Longworth, Claudio Menezes, Douglas Nakashima, Steve Packer, Axel Plathe, Georges Poussin, Mauro Rosi, Davide Storti, Diane Stukel, Michiko Tanaka et Janine Treves-Habar. 8

9 Sommaire Liste des encadrés, figures et tableaux 11 Liste des sigles et acronymes 14 Introduction 17 Vue d ensemble De la société de l information aux sociétés du savoir 27 Les sociétés du savoir, source de développement 27 La solidarité numérique 29 La liberté d expression, pierre de touche des sociétés du savoir Sociétés en réseaux, savoirs et nouvelles technologies 45 L économie de la connaissance dans les sociétés en réseaux 45 L impact des nouvelles technologies sur les savoirs en réseaux 47 Des sociétés de mémoire aux sociétés du savoir? Les sociétés apprenantes 57 Vers une culture de l innovation? 57 Apprendre, valeur clé des sociétés du savoir 60 La disponibilité des savoirs Vers l éducation pour tous tout au long de la vie 69 L éducation de base pour tous 71 L éducation pour tous tout au long de la vie 78 Enrichir l éducation : réforme des institutions, formation des enseignants et qualité de l éducation 82 «E-ducation» : nouvelles technologies et éducation à distance L avenir de l enseignement supérieur 89 Vers un marché de l enseignement supérieur? Les enjeux du financement 89 Des réseaux universitaires qui restent à inventer 93 Les nouvelles missions de l enseignement supérieur Une révolution de la recherche? 101 Les nouveaux lieux de la recherche 101 Les nouvelles frontières de la science 114 Recherche et développement : les enjeux du futur 117 9

10 Sommaire 7. Sciences, publics et sociétés du savoir 123 Une bonne gouvernance des sciences et des technologies 123 Une crise de l enseignement des sciences? 130 Pour une culture scientifique Risques et sécurité humaine dans les sociétés du savoir 139 Le savoir, une panacée contre les risques? Prospective et anticipation des catastrophes 139 Les sociétés du savoir, source de nouveaux risques? Risques globaux, risques stratégiques et nouvelles criminalités 144 Sociétés du savoir, sécurité humaine, droits humains et lutte contre la pauvreté 146 Vers des sociétés du développement durable? Savoirs locaux et autochtones, diversité linguistique et sociétés du savoir 155 Préserver les savoirs locaux et auto chtones 156 Diversité linguistique et sociétés du savoir 160 Pluralisme, traduction et partage du savoir De l accès à la participation : vers des sociétés du savoir pour tous 167 De la fracture cognitive au partage du savoir 167 Les femmes dans les sociétés du savoir 176 L accès universel au savoir : partage du savoir et protection de la propriété intellectuelle 178 Le renouveau des espaces publics démocratiques dans les sociétés du savoir 188 Conclusion 195 Recommandations 201 Références 205 Notes

11 Liste des encadrés, figures et tableaux Les figures et tableaux ne portant aucune indication de source sont établis à partir de la base de données de la Division de la prospective, de la philosophie et des sciences humaines de l UNESCO, responsable de la préparation du Rapport mondial. Dans les figures et tableaux comportant un découpage régional, on notera qu il peut exister un chevauchement entre la région de l Afrique subsaharienne et celle des États arabes. Encadrés 1.1 Une fracture numérique aux multiples visages La question des équipements Les centres multimédias communautaires Un tournant «sécuritaire»? De l information au savoir et vice versa Vers des sociétés de la surveillance généralisée? 2.3 Savoir et nouvelles technologies au service des grandes causes du XXI e siècle : le cas de la solidarité avec les régions sinistrées par des désastres naturels et de la lutte contre le VIH/sida Créativité artistique et arts numériques La conservation du patrimoine numérique Les jeunes et les nouvelles technologies Innovation et développement de l Internet Knowledge management et moteurs de recherche Faire entrer l apprenance dans l agenda des sciences cognitives L éducation artistique dote l enfant et l adolescent d un passeport pour la vie Bibliotheca Alexandrina Le droit à l éducation : une conquête et un horizon Les objectifs de l Éducation pour tous seront-ils réalisés? Les centres d apprentissage communautaires Une proposition de la Commission internationale sur l éducation pour le vingt et unième siècle présidée par Jacques Delors : le «crédit de temps d éducation» Le prix de la gratuité Le «lycée virtuel» (Virtual High School) La massification de l enseignement supérieur La compétition internationale entre les universités 93 11

12 Liste des encadrés, figures et tableaux 5.3 La pertinence de l enseignement supérieur Les enseignements du Projet du génome humain pour le collaboratoire Le collaboratoire et l UNESCO Publications scientifiques par le Science Citation Index (SCI), La propriété intellectuelle et la fracture scientifique L Observatoire global de l éthique Déclaration d Helsinki de l Association médicale mondiale, amendée en Renforcer les capacités éthiques des scientifiques La crise de l enseignement des sciences La Semaine nationale de la science en Afrique du Sud : inciter à faire des sciences Médiatiser la science sur la Toile : deux exemples «La main à la pâte» Le système d alerte aux tsunamis du Pacifique Une définition pratique du principe de précaution proposée par la COMEST Chronologie de quelques accidents technologiques et industriels majeurs Rapport mondial du PNUD sur le développement humain, Les grandes étapes de la construction du concept de développement durable La Décennie pour l éducation en vue du développement durable Préserver et connaître la biodiversité Vers un développement humain durable et partagé La prise en compte de savoirs indigènes dans des projets de développement durable La bio-piraterie La protection des savoirs traditionnels et l héritage génétique Le patrimoine immatériel dans les sociétés du savoir L éveil aux langues Les langues africaines dans le cyberespace Vers un indicateur de développement du savoir? Remédier à la fuite des cerveaux : la proposition du président Wade Vers un développement multidimensionnel des sociétés du savoir L essor des sociétés du savoir est aussi à la portée des pays du Sud Certains savoirs peuvent-ils être considérés comme des biens publics mondiaux? Les principes de base du CIUS et du CODATA pour favoriser un accès ouvert et complet aux données Quelques initiatives novatrices favorisant un accès à faible coût aux données et informations scientifiques en ligne L UNESCO et la protection du droit d auteur Les logiciels libres et open source L e-administration dans les pays du Sud

13 Liste des encadrés, figures et tableaux Figures 1.1 Nombre d utilisateurs d Internet en 2003 (pour habitants) Nombre d hôtes Internet en 2003 (pour habitants) Nombre d abonnés à la DSL en 2003 (pour 100 habitants) Pourcentage de ménages équipés d une radio en Pourcentage de ménages équipés d un téléviseur en Ratio du nombre d abonnés au téléphone mobile (par individu) par rapport au nombre de lignes fixes (par ménage) en Évolution des téléphonies fixe et mobile en Finlande Évolution des téléphonies fixe et mobile au Maroc Taux d analphabétisme par région et sexe Taux brut de scolarisation en primaire (CITE 1) par pays Taux brut de scolarisation en secondaire (CITE 2+3) par pays Taux brut de scolarisation préprimaire (CITE 0) par pays Distribution des étudiants étrangers par pays/territoires en Dépenses intérieures en recherche et développement (DIRD) en pourcentage de la DIRD mondiale par région DIRD en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) par région DIRD en pourcentage du PIB pour la Chine, la République de Corée et Singapour Une nouvelle gouvernance des sciences? L impact des nouvelles technologies sur la participation démocratique dans l Union européenne 192 Tableaux 1.1 Quelques exemples de reconnaissance de la liberté d expression et de la liberté d information dans le monde (avant le 11 septembre 2001) Six scénarios pour l école de demain Le rôle du privé dans l enseignement tertiaire (CITE 5+6) 92 13

14 Liste des sigles et acronymes ADN ADPIC AGCS AGORA AISI AJOL ALAS ANSEA APD APPEAL ARPAnet ASCII ASEA ASTA BID BNF BRAC Acide désoxyribonucléique Accord sur les aspects de droit de propriété intellectuelle qui touchent au commerce Accord général sur le commerce des services Global Online Research in Agriculture African Information Society Initiative African Journals OnLine Association latino-américaine de scientifiques Association des Nations du Sud-Est asiatique Aide publique pour le développement Programme Asie-Pacique d éducation pour tous Advanced Research Projects Agency Network American Standard Code for Information Interchange Association of Surgeons of East Africa Arab Scientists and Technologists Abroad Banque interaméricaine de développement Bibliothèque nationale de France Bangladesh Rural Advancement Committee CAC CBD CCNUCC CDESC CEPAL CEPES CERI CERN CIPIST CIPT CITE CITRIS CIUS CMC CMCD CODATA Centre d apprentissage communautaire Convention sur la diversité biologique Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques Comité des droits économiques, sociaux et culturels Commission économique pour l Amérique latine (connu également sous l acronyme ECLAC) Centre européen pour l enseignement supérieur Centre pour la recherche et l innovation dans l enseignement Organisation européenne pour la recherche nucléaire Conseil international pour l information scientifique et technique Centre international de physique théorique Classification internationale type de l éducation Center for Information Technology Research in the Interest of Society Conseil international pour la science Centre multimédia communautaire Commission mondiale pour la culture et le développement Committee on Data for Science and Technology 14

15 Liste des sigles et acronymes COI COMEST CRESALC DATAD DFID DIRD Dot.Force DRM ECLAC ECOSOC EPA EPT FAO G8 GEO GIC/ITSU GPS GRID GURTs Commission océanographique internationale Commission mondiale de l éthique des connaissances scientifiques et technologiques Centre régional de l UNESCO pour l éducation supérieure en Amérique latine et dans les Caraïbes Database for African Theses and Dissertation Department for International Development Dépenses intérieures en recherche et développement Digital Opportunity Task Force Digital Rights Management Economic Commission for Latin America and the Caribbean (connu également sous l acronyme CEPAL) Conseil économique et social Agence pour la protection de l environnement (États-Unis) Éducation pour tous Organisation des Nations Unies pour l alimentation et l agriculture Groupe formé par les huit pays suivants : l Allemagne, le Canada, les États-Unis d Amérique, la France, l Italie, le Japon, le Royaume-Uni et la Russie. L Union européenne y participe également, représentée par le président de la Commission européenne et par le président du Conseil européen en exercice au moment du Sommet du G8. Global Ethics Observatory Groupe international de coordination du système d alerte aux tsunamis dans le Pacifique Global Positioning System Globalisation des ressources informatiques et des données Genetic Use Restriction Technologies HINARI Health InterNetwork Access to Research Initiative HTML HyperText Markup Language IDH Indicateur du développement humain IFLA Fédération internationale des associations de bibliothécaires et de bibliothèques IIEP Institut international de l UNESCO pour la planification de l éducation INASP Réseau international pour l accès à l information scientifique INRS Institut national de la recherche scientifique IPA International Publishers Association ISU Institut de statistique de l UNESCO ITER International Thermonuclear Experimental Reactor ITIC Centre international d information sur les tsunamis MAB Programme sur l homme et la biosphère MAEP Mécanisme africain d évaluation entre pairs MIRCEN Centre de ressources microbiennes MIT Massachussets Institute of Technology MONDIACULT Conférence mondiale sur les politiques culturelles MOST Programme «gestion des transformations sociales» MSF Médecins sans frontières NASA National Aeronautics and Space Administration NEPAD New Partnership for Africa s Development NOAA National Oceanographic and Atmospheric Administration NSF National Science Foundation OCDE Organisation de coopération et de développement économiques OGM Organisme génétiquement modifié OIT Organisation internationale du travail 15

16 Liste des sigles et acronymes OMC OMD OMPI OMS ONG ONU ONUSIDA OPAC PDF PERI PIB PISF PIST PLoS PMA PNUD PNUE QCM R&D RCST RICYT SCI SciDev.Net SIPRI SMSI SRAS TICs TPE/PME TWAS Organisation mondiale du commerce Objectifs du Millénaire pour le développement Organisation mondiale de la propriété intellectuelle Organisation mondial de la santé Organisation non gouvernementale Organisation des Nations Unies Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida Online Public Access Catalog Portable Document Format Programme soutien à l information de recherche Produit intérieur brut Programme international relatif aux sciences fondamentales Principaux indicateurs de la science et de la technologie Public Library of Science Pays les moins avancés Programme des Nations Unies pour le développement Programme des Nations Unies pour l environnement Questions à choix multiples Recherche et développement Recrutement de conseillers seniors techniques Réseau ibéro-américain d indicateurs scientifiques et technologiques Science Citation Index Science and Development Network Stockholm International Peace Research Institute Sommet mondial sur la société de l information Syndrome respiratoire aigu sévère Technologies de l information et de la communication Très petites entreprises/petites et moyennes entreprises Académie des sciences pour le monde en développement UA UE UICN UIT UNESCO UNICEF UN ICT Task Force URL USAID VHS VIH/sida Union africaine Union européenne Union mondiale pour la nature Union internationale des télécommunications Organisation des Nations Unies pour l éducation, la science et la culture Fonds des Nations Unies pour l enfance Task Force des Nations Unies sur les technologies de l information et de la communication Uniform Resource Locator United States Agency for International Development Virtual High School Virus de l immunodéficience humaine/syndrome d immunodéficience acquise 16

17 Introduction Vouloir construire des sociétés du savoir a-t-il un sens, alors que l histoire et l anthropologie nous enseignent que, depuis la plus haute antiquité, toutes les sociétés ont probablement été, chacune à leur manière, des sociétés du savoir? Aujourd hui comme par le passé, la maîtrise du savoir peut aller de pair avec un lot important d inégalités, d exclusions et de luttes sociales. Longtemps le savoir a été accaparé par des cercles de sages ou d initiés. Le secret était le principe organisateur de ces sociétés du savoir réservé. À partir de l époque des Lumières, les progrès de l exigence démocratique, fondée sur un principe d ouverture ainsi que sur la lente émergence d un espace public du savoir, ont permis la diffusion des idées d universalité, de liberté, et d égalité. La propagation des connaissances par le livre, puis par l imprimerie, ainsi que la diffusion d une éducation pour tous par l école et l université ont accompagné cette évolution historique. Cet idéal d un espace public du savoir, qui est au fondement de l UNESCO et de son Acte constitutif, ne saurait être tenu pour définitivement acquis. À présent, la diffusion des nouvelles technologies et l avènement de l Internet comme réseau public paraissent ouvrir de nouvelles chances pour élargir cet espace public du savoir. Serions-nous désormais dotés des moyens qui permettraient un accès égal et universel à la connaissance, et un authentique partage? Celui-ci devrait alors être la clé de voûte de véritables sociétés du savoir qui soient source d un développement humain et durable. Quelles sociétés du savoir? Une société de la connaissance est une société qui se nourrit de ses diversités et de ses capacités Chaque société dispose d atouts propres en matière de connaissance. Il faut par conséquent œuvrer pour assurer l articulation des savoirs dont les sociétés sont déjà dépositaires avec les nouvelles formes d élaboration, d acquisition et de diffusion du savoir valorisées par le modèle de l économie de la connaissance. La notion de société de l information repose sur des progrès technologiques. Celle de sociétés du savoir inclut pour sa part des dimensions sociales, éthiques et politiques bien plus vastes. Le pluriel ici n est évidemment pas un hasard : il vient récuser l unicité d un modèle qui serait fourni «clés en main» et qui refléterait insuffisamment la diversité culturelle et linguistique, seule à même de permettre à tout un chacun de se reconnaître dans les évolutions en cours. Il y a toujours différentes formes de savoir et de culture qui entrent dans la construction de toute société, y compris celles qui sont fortement influencées par le progrès scientifique et technique moderne. On ne saurait admettre que la révolution des technologies de l information et de la communication puisse conduire, par un déterminisme technologique étroit et fataliste, à n envisager qu une seule forme de société possible. 17

18 Introduction L importance de l éducation et de l esprit critique souligne combien, pour bâtir de véritables sociétés du savoir, les possibilités nouvelles offertes par l Internet ou les outils multimédias ne doivent pas nous conduire à nous désintéresser de ces instruments du savoir à part entière que sont la presse, la radio, la télévision et, surtout, l école. Car la majorité des populations du monde, avant d avoir besoin d ordinateurs et d accès à l Internet, a faim de livres et de manuels scolaires et manque cruellement d enseignants. On ne peut séparer la question des contenus de celle des langues et des savoirs. Dire cela, ce n est pas simplement s en tenir aux débats relatifs à la prépondérance de la langue anglaise sur les autres grandes langues véhiculaires ou au sort réservé aux langues en voie de disparition. C est également réfléchir à la place qui peut être réservée aux savoirs locaux ou autochtones, dans des sociétés du savoir dont les modèles de développement valorisent considérablement les formes de codification propres au savoir scientifique. Cette nouvelle importance que prend la diversité culturelle et linguistique souligne combien les problématiques de l accès aux savoirs sont inséparables des conditions de leur production. Favoriser la diversité, c est également favoriser la créativité des sociétés du savoir émergentes. Une telle perspective ne répond pas uniquement à un impératif abstrait d ordre éthique. Elle vise surtout à susciter dans chaque société une prise de conscience de la richesse des connaissances et des capacités dont elle est dépositaire pour mieux les valoriser et les mettre à contribution. Ce faisant, chaque société sera sans doute mieux armée pour affronter les changements accélérés qui caractérisent le monde d aujourd hui. Une société du savoir doit garantir le partage du savoir Une société du savoir devrait pouvoir intégrer chacun de ses membres et promouvoir de nouvelles formes de solidarité, tant vis-à-vis des générations présentes que des générations futures. Il ne devrait pas y avoir d exclus dans des sociétés du savoir, dès lors que la connaissance est un bien public qui devrait être disponible pour tout un chacun. Les jeunes sont appelés à y jouer un rôle crucial, puisqu ils sont le plus souvent aux avant-postes de l usage des nouvelles technologies et qu ils contribuent à en inscrire la pratique dans la vie quotidienne. Les publics plus âgés ne seront pas en reste, eux qui disposent de l expérience nécessaire pour compenser la relative superficialité de la communication «en temps réel» et nous rappeler que le savoir n est luimême qu un chemin vers la sagesse. Toute société dispose de la richesse d un vaste potentiel cognitif qu il convient de mettre en valeur. En outre, s il est vrai que les sociétés du savoir de l «ère de l information» se distinguent des sociétés anciennes de la connaissance par leur caractère intégrateur et participatif hérité des Lumières et de l affirmation des droits de l homme, cette importance des droits fondamentaux s y traduira notemment par l accent particulier qui est mis sur : la liberté d opinion et d expression (art. 19 de la Déclaration universelle des droits de l homme), ainsi que sur la liberté d information, le pluralisme des médias ou la liberté académique ; le droit à l éducation et son corrélat, la gratuité de l enseignement de base et l évolution vers la gratuité aux autres niveaux d éducation (art. 26 de la Déclaration universelle des droits de l homme et art. 13 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels) ; le droit de «prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent» (art. 27, alinéa 1 de la Déclaration universelle des droits de l homme). La diffusion des technologies de l information et de la communication crée de nouvelles chances pour le développement La coïncidence de l essor de l Internet, de la téléphonie mobile et des technologies numériques avec la troisième révolution industrielle qui a vu, dans les pays développés dans un premier temps, une bonne partie de la population active migrer vers le secteur des services a bouleversé la place du savoir dans nos sociétés. On connaît le rôle joué par ces technologies 1, non seulement dans le développement économique 18

19 Introduction (à travers la diffusion de l innovation et les gains de productivité qu elles rendent possibles), mais aussi dans le développement humain 2. Pour certaines économies développées en plein marasme à la fin des années 1970, l essor des nouvelles technologies est apparu comme une panacée offrant des solutions à nombre de problèmes nationaux persistants, comme l éducation et la santé des plus défavorisés aux États- Unis, les chocs industriel et monétaire au Japon ou le chômage structurel en Europe. Pour les pays en développement, la promesse d un «saut technologique» (leapfrogging) est apparue particulièrement séduisante, puisqu elle fait l hypothèse qu on peut sauter des étapes du développement industriel en adoptant directement les technologies les plus avancées pour bénéficier ainsi de leur immense potentiel. Il existe effectivement, dans les sociétés du savoir naissantes, un cercle vertueux par lequel les progrès du savoir produisent à terme, grâce à l innovation technologique, davantage de savoir. On assiste alors à une accélération de la production de savoir. La révolution des nouvelles technologies marque l entrée de l information et du savoir dans une logique cumulative, que Manuel Castells décrit comme «l application [du savoir et de l information] aux procédés de création et de traitement/diffusion de l information en une boucle de rétroaction cumulative entre l innovation et ses utilisations pratiques 3». Dans des sociétés du savoir, les valeurs et les pratiques de créativité et d innovation joueront un rôle important, ne serait-ce que par leur capacité à remettre en cause les modèles existants, afin de mieux répondre aux besoins nouveaux des sociétés. La créativité et l innovation conduisent également à promouvoir des processus de collaboration d un type nouveau, qui se sont déjà révélés particulièrement fructueux. Les sociétés du savoir ne sont pas réductibles à la société de l information L émergence d une société mondiale de l information, fruit de la révolution des nouvelles technologies, ne doit pas nous faire perdre de vue que celle-ci ne vaut que comme moyen de la réalisation de véritables sociétés de la connaissance. L essor des réseaux ne saurait, à lui seul, jeter les bases de la société du savoir. Car si l information est bien un instrument du savoir, elle n est pas le savoir 4. Née du désir d échanger les savoirs en rendant plus efficace leur transmission, l information reste une forme fixe et stabilisée de ceux-ci, indexée sur le temps et son utilisateur : une nouvelle est fraîche ou n est pas. Aussi l information est-elle potentiellement une marchandise qui s achète et se vend sur un marché et dont l économie repose sur la rareté, tandis qu un savoir, en dépit de certaines limitations (secret défense, formes traditionnelles de savoirs ésotériques, par exemple), appartient de droit à tout esprit raisonnable sans que cela soit contradictoire avec la nécessité de protéger la propriété intellectuelle. L importance excessive accordée aux informations par opposition aux savoirs révèle combien notre rapport au savoir s est trouvé profondément modifié par la diffusion des modèles d économies de la connaissance. Or, si aujourd hui nous assistons à l avènement d une société mondiale de l information où la technologie a accru au-delà de toutes les anticipations la quantité d informations disponible et la vitesse des transmissions, la route qui peut nous faire accéder à de véritables sociétés du savoir est encore longue. Une information, même si elle peut être «améliorée» (par exemple pour supprimer les bruits ou erreurs de transmission), ne fait pas nécessairement sens. Et, tant que partout dans le monde tous ne jouiront pas de l égalité des chances dans le domaine de l éducation pour aborder l information disponible avec discernement et esprit critique, pour l analyser, la trier et en incorporer les éléments qu ils jugeront les plus intéressants dans une base de connaissances, l information ne restera qu une masse de données indistinctes. Ainsi, au lieu de la maîtriser, beaucoup s apercevront que c est elle qui les maîtrise. Par ailleurs, l excès d informations n est pas nécessairement source d un surplus de savoir. Encore faut-il que les outils permettant de traiter ces informations se montrent à la hauteur. Dans des sociétés du savoir, chacun devra pouvoir apprendre à se mouvoir avec aisance dans le flot des informations qui nous submerge, et à développer capacités cognitives et esprit 19

20 Introduction critique pour faire la part entre l information «utile» et celle qui ne l est pas. Et les savoirs utiles ne sont pas exclusivement les savoirs immédiatement valorisables dans une économie de la connaissance : savoirs «humanistes» et savoirs «scientifiques» obéissent chacun à des stratégies différentes d utilisation de l information. Les sociétés du savoir : une nouvelle approche du développement pertinente pour les pays du Sud De surcroît, la réflexion sur les sociétés du savoir et leur construction permet de reconsidérer le développement lui-même. La valorisation nouvelle du «capital humain» laisse penser que les modèles de développement traditionnels, reposant sur l idée que d immenses sacrifices étaient nécessaires pour atteindre à terme la croissance (au prix d inégalités très fortes, et éventuellement d un profond autoritarisme), sont en train de laisser la place à des modèles reposant sur la connaissance, l entraide et les services publics. La mise en valeur de la connaissance ne conduit-elle pas en effet à envisager un nouveau modèle de développement collaboratif, fondé sur la garantie, par la puissance publique, d un certain nombre de «biens publics», et où la croissance ne serait plus considérée comme une fin en soi, mais seulement comme un moyen? En donnant au savoir une accessibilité inédite, en valorisant davantage le développement des capacités de chacun, la révolution technologique pourrait permettre de redéfinir la cause finale du développement humain. Pour Amartya Sen, ce dernier réside dans la recherche des libertés élémentaires, dites «substantielles», libertés empiriquement constatables et non pas seulement de droit : celles-ci seront à la fois la fin et le principal moyen du développement. Elles recouvrent les capacités élémentaires d accès notamment des filles et des femmes à l éducation, au marché du travail, à la santé, aux produits, la participation aux décisions politiques, l accès égal à l information et le droit à la sécurité collective 5. Or, ces libertés substantielles ne coïncident-elles pas avec les traits caractéristiques de sociétés du savoir fondées sur l éducation pour tous tout au long de la vie et sur la promotion des savoirs comme valeur, pris dans leur pluralité? Sociétés en réseaux, les sociétés du savoir favorisent nécessairement une meilleure prise de conscience des problèmes globaux ; les atteintes à l environnement, les risques technologiques, les crises économiques et la pauvreté sont autant d éléments dont on peut espérer un meilleur traitement par la coopération internationale et la collaboration scientifique 6. Le savoir est en effet un levier puissant de la lutte contre la pauvreté, dès lors que celle-ci ne s en tient pas uniquement à la fourniture d infrastructures, au lancement de microprojets (dont la durabilité dépend largement de financements externes au coup par coup) ou à la promotion de mécanismes institutionnels, dont l utilité pour les pays les moins avancés pourrait être mise en question. L infostructure et le développement des capacités sont tout aussi importants, sinon plus. Les succès obtenus par un certain nombre de pays d Asie de l Est et du Sud-Est dans la lutte contre la pauvreté s expliquent en grande partie par les investissements massifs qu ils ont consentis, durant plusieurs décennies, en matière d éducation et de recherche et développement. Il y a là un exemple à méditer pour bon nombre de pays en développement, qui gagneront à s inspirer d expériences ayant permis de réduire dans des proportions considérables la pauvreté absolue. Dans cette perspective, la notion de sociétés du savoir ne saurait être réduite à une vision du Nord : elle paraît constituer aussi une nouvelle approche du développement pertinente pour les pays du Sud. Quel contexte? La notion de «société du savoir», utilisée pour la première fois en 1969 par l universitaire Peter Drucker 7, a été approfondie dans les années 1990, en particulier par les études détaillées sur le sujet publiées par des chercheurs tels que Robin Mansell 8 ou Nico Stehr 9. Comme nous le verrons, elle est née au tournant des années 1960 et 1970, à peu près en même temps que celle de «sociétés apprenantes» et d éducation pour tous tout au long de la vie, et ce n est sûrement pas un hasard. L UNESCO n a d ailleurs pas été étrangère à cette évolution, comme en témoigne par exemple le 20

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