Introduction p. 5. De l objet à l action p. 6
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- Jean-Sébastien St-Pierre
- il y a 10 ans
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1 ***************************************************************** LE BRICOLAGE SUPÉRIEUR ***************************************************************** ***************************************************************** Cyril Zarcone_Décembre 2012 Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris_Didier Semin
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3 Introduction p. 5 I Petite histoire du bricolage De l objet à l action p. 6 Aujourd hui p. 8 L art du bricolage selon Lévi-Strauss p. 9 II La non-technique DIY et tâtonnement p. 15 Comment se passer de l artisan avec Leroy Merlin p. 18 Ikéa ou l idée du tous bricoleurs p. 21 L oeuvre d art à l heure de sa non reproductibilité --- p. 22 III Le bricolage supérieur Un engagement corporel p. 25 Les bricoleurs (mon voisin et moi) p. 27 L intention p. 29 Le déplacement p. 30 Conclusion p. 32 Références p. 33 Annexes p. 36 3
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5 Introduction Dès que je me suis intéressé au sujet, on m'a très vite recommandé de lire Levi-Strauss, et plus particulièrement «La pensée sauvage» 1. Cet ouvrage est le point de départ de mon mémoire. Dans ce livre, Levi-Strauss fait une opposition entre l ingénieur et le bricoleur, qui est, dit dans une forme simplifiée, une opposition entre connaissance et expérience ; l'ingénieur regroupe son savoir, le bricoleur ses outils. Une de mes principales questions, découlant de ce sujet est : qu'est-ce qui différencie mon voisin bricoleur du dimanche, de talent, et un artiste sculpteur comme moi? Dans ce mémoire, je ne chercherai donc pas à remettre en cause la pensée de Levi-Strauss. Cette question, à savoir si l opposition formulée par Levi-Strauss est toujours d actualité, a fait l'objet d'un colloque, en 2008, intitulé «Génie(s) de la bricole et du bricolage» 2 organisé à ESCHiL (Equipe de Sciences Humaines de L insa 3 de Lyon) et dont la continuité papier qui a donnée lieu à un ouvrage intitulé «Des mondes bricolés?» 4, est l une de mes principales références. Mon questionnement est plutôt : qu'est-ce qui me différencie, en tant qu'artiste, de mon voisin bricoleur ; dans le faire, les expériences? Pourquoi mon voisin n'est finalement pas lui aussi un artiste? 1 Claude LEVI-STRAUSS, La pensée sauvage, Paris, Librairie Plon, Institut National des Sciences Appliquées. 4 Florence ODIN, Christian THUDEROZ, Des mondes bricolés?, PPUR, Lausane,
6 I Petite histoire du bricolage De l objet à l action Le mot bricolage n apparaît dans les dictionnaires Le Robert et Le Petit Robert 5 qu à partir de 1927 mais pourtant l origine la plus ancienne du mot daterait de 1372, par le nom féminin de bricole. Il est tiré du mot italien briccola qui désigne «une catapulte à courroies» 2, conçue par des ingénieurs militaires. Ce terme technique sortira du langage dès le XVI ème siècle, lors de la disparition de cette machine. Par référence aux cordes de la catapulte anciennement utilisée, bricole désigne alors progressivement des harnais, des courroies, des sangles, et par référence aux projectiles de la catapulte un ricochet, un zigzag. Dès 1480, le verbe bricoler signifie une démarche hésitante : «Aller par-ci, par-là, en zigzag» et «ricocher; zigzaguer, biaiser» 3. Apparaissent ensuite, au XVI ème siècle de nouveaux sens figurés. Une bricole devient un «coup indirect», une «marche hésitante», mais aussi une «mésaventure», une «tromperie», une «ruse». Le verbe bricoler signifie alors «dire des mensonges tromper». L'évolution du mot, d un objet technique vers un sens figuré s'opère alors ici. Au XIX ème siècle, bricole signifie «une petite chose sans importance, un menu objet» et bricoler signifie quant à lui «exécuter de menues besognes». Il se crée alors un rapport fort entre l objet, ordinaire et une action qui met en oeuvre des moyens de fortune. C est aussi en 1853 qu apparaissent les mots bricoleur et bricoleuse désignant «une personne qui se livre à un travail intermittent et sans connaissance technique». Dès 1919, bricoler signifie «arranger ingénieusement «quelque 5 LE ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française, T. 1, sous la direction de A. REY ; Nouvelle édition Dictionnaires Le Robert, Paris, LE NOUVEAU PETIT ROBERT 1, Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, P. Robert, éditions le Robert, Paris, 1967 ; nouvelle édition remaniée et amplifiée sous la direction de J. REY-DEBOVE et A. REY, Dictionnaires Le Robert, Paris, 1993 ; réimpression est mis à jour mars
7 chose», «installer, aménager «quelque chose en amateur et avec ingéniosité». Petit à petit, la connotation péjorative glisse vers une connotation méliorative: «l idée d ingéniosité adroite, valorisée, a détaché le verbe de bricole chose insignifiante». De même, à partir de 1938, le bricoleur devient «la personne qui se livre à de menus travaux ingénieux». Quant au bricolage, le Robert signale que ce mot est seulement attesté depuis 1927 avec ses sens propres et figurés modernes correspondant à ceux de bricoler et bricoleur, quelquefois avec une nuance péjorative. Il signifie alors un «travail d amateur, peu soigné», une «réparation ou travail manuel effectué approximativement». 7
8 Aujourd hui Les notions de provisoire déterminent le bricolage, réparation faite «tant bien que mal», ouvrage manuel «peu soigné», ordinaire, et engendre l idée d un travail approximatif. Par contre, le bricoleur fait preuve d habileté et d ingéniosité, d'inventivité, d astuce, d adresse et d imagination. Et c est de cette contradiction que nait la signification contemporaine du bricolage. L activité devient plaisante, joignant l utile à l agréable, et devient souvent un vrai travail de transformation de l objet, de l espace. En tout cas, il s agit toujours d une notion d amateurisme; le bricoleur peut être n importe qui, car il pratique «un travail intermittent» qui ne nécessite pas de «connaissances techniques particulières». Cette notion de «travail d amateur» est primordiale puisqu elle permet à certains auteurs de l opposer à la pratique de l art. En effet, dans sa définition commune, l art est le «métier exigeant une aptitude et des connaissances (apprentissage) de la part de la personne qui l exerce (l artiste).» 6 L art serait donc une activité de spécialiste, de techniciens? Actuellement, les définitions les plus communes du bricolage, comme celle du Petit Robert 7, désignent une activité qui ne nécessite pas de qualités spécifiques. Bien que la notion de bricolage soit moins péjorative qu auparavant, il s agit toujours aujourd hui de quelque chose qui ne convoque pas la technique, une sorte d opposition comparable à celle de Levi-Strauss entre l ingénieur et le bricoleur, qui est, dit dans une forme simplifiée, une opposition entre connaissance et expérience ; l'ingénieur regroupe son savoir, le bricoleur ses outils. 6 Ibid. 7 Ibid. 8
9 L art du bricolage selon Lévi-Strauss Avec la pensée sauvage 8, Lévi-strauss a convoqué deux types de connaissances - la pensée mythique, la pensée domestiquée - et mobilise donc deux figures : celle du bricoleur et celle de l ingénieur. «D'ailleurs 9, une forme d'activité subsiste parmi nous qui, sur le plan technique, permet assez bien de concevoir ce que, sur le plan de la spéculation, put être une science que nous préférons appeler première plutôt que primitive : c'est celle communément désignée par le terme de bricolage. Dans son sens ancien, le verbe bricoler s'applique au jeu de balle et de billard, à la chasse et à l'équitation, mais toujours pour évoquer un mouvement incident : celui de la balle qui rebondit, du chien qui divague, du cheval qui s'écarte de la ligne droite pour éviter un obstacle. Et, de nos jours, le bricoleur reste celui qui œuvre de ses mains, en utilisant des moyens détournés par comparaison avec ceux de l'homme de l'art. Or, le propre de la pensée mythique est de s'exprimer à l'aide d'un répertoire dont la composition est hétéroclite et qui, bien qu'étendu, reste tout de même limité ; pourtant, il faut qu'elle s'en serve, quelle que soit la tâche qu'elle s'assigne, car elle n'a rien d'autre sous la main. Elle apparaît ainsi comme une sorte de bricolage intellectuel, ce qui explique les relations qu'on observe entre les deux. Comme le bricolage sur le plan technique, la réflexion mythique peut atteindre, sur le plan intellectuel, des résultats brillants et imprévus. Réciproquement, on a souvent noté le caractère mythopoétique du bricolage : que ce soit sur le plan de l'art, dit «brut» ou «naïf» ; dans l'architecture fantastique de la villa du facteur Cheval, dans celle des décors de Georges Méliès ; ou encore celle, immortalisée par les Grandes Espérances 8 Claude LEVI-STRAUSS, La pensée sauvage, Paris, Librairie Plon, Ibid. p. 30 à 36, extrait du chapitre 1, «La science du concret». 9
10 de Dickens, mais sans nul doute d'abord inspirée par l'observation, du «château» suburbain de Mr. Wemmick, avec son pont-levis miniature, son canon saluant neuf heures, et son carré de salades et de concombres grâce auquel les occupants pourraient soutenir un siège, s'il le fallait... La comparaison vaut d'être approfondie, car elle fait mieux accéder aux rapports réels entre les deux types de connaissance scientifique que nous avons distingués. Le bricoleur est apte à exécuter un grand nombre de tâches diversifiées ; mais, à la différence de l'ingénieur, il ne subordonne pas chacune d'elles à l'obtention de matières premières et d'outils, conçus et procurés à la mesure de son projet : son univers instrumental est clos, et la règle de son jeu est de toujours s'arranger avec les «moyens du bord», c'est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d'outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l'ensemble n'est pas en rapport avec le projet du moment, ni d'ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d'enrichir le stock, ou de l'entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. L'ensemble des moyens du bricoleur n'est donc pas définissable par un projet (ce qui supposerait d'ailleurs, comme chez l'ingénieur, l'existence d'autant d'ensembles instrumentaux que de genres de projets, au moins en théorie) ; il se définit seulement par son instrumentante, autrement dit et pour employer le langage même du bricoleur, parce que les éléments sont recueillis ou conservés en vertu du principe que «ça peut toujours servir». De tels éléments sont donc à demi particularisés : suffisamment pour que le bricoleur n'ait pas besoin de l'équipement et du savoir de tous les corps d'état ; mais pas assez pour que chaque élément soit astreint à un emploi précis et déterminé. Chaque élément représente un ensemble de relations, à la fois concrètes et virtuelles ; ce sont des opérateurs, mais utilisables en vue d'opérations quelconques au sein d'un type. 10
11 C'est de la même façon que les éléments de la réflexion mythique se situent toujours à mi-chemin entre des percepts et des concepts. Il serait impossible d'extraire les premiers de la situation concrète où ils sont apparus, tandis que le recours aux seconds exigerait que la pensée puisse, provisoirement au moins, mettre ses projets entre parenthèses. Or, un intermédiaire existe entre l'image et le concept : c'est le signe, puisqu'on peut toujours le définir, de la façon inaugurée par Saussure à propos de cette catégorie particulière que forment les signes linguistiques, comme un lien entre une image et un concept, qui, dans l'union ainsi réalisée, jouent respectivement les rôles de signifiant et de signifié. Comme l'image, le signe est un être concret, mais il ressemble au concept par son pouvoir référentiel : l'un et l'autre ne se rapportent pas exclusivement à eux-mêmes, ils peuvent remplacer autre chose que soi. Toutefois, le concept possède à cet égard une capacité illimitée, tandis que celle du signe est limitée. La différence et la ressemblance ressortent bien de l'exemple du bricoleur. Regardons-le à l'œuvre : excité par son projet, sa première démarche pratique est pourtant rétrospective. Il doit se retourner vers un ensemble déjà constitué, formé d'outils et de matériaux ; en faire, ou en refaire, l'inventaire ; enfin et surtout, engager avec lui une sorte de dialogue, pour répertorier, avant de choisir entre elles, les réponses possibles que l'ensemble peut offrir au problème qu'il lui pose. Tous ces objets hétéroclites qui constituent son trésor 10, il les interroge pour comprendre ce que chacun d'eux pourrait «signifier», contribuant ainsi à définir un ensemble à réaliser, mais qui ne diffèrera finalement de l'ensemble instrumental que par la disposition interne des parties. Ce cube de chêne peut être cale pour remédier à l'insuffisance d'une planche de sapin, ou bien socle, ce qui permettrait de mettre en valeur le grain et le poli du vieux bois. Dans un cas il sera étendu, dans l'autre matière. 10 «Trésor d idées», disent admirablement de la magie Hubert et Mauss (1950, p. 136). 11
12 Mais ces possibilités demeurent toujours limitées par l'histoire particulière de chaque pièce, et par ce qui subsiste en elle de prédéterminé, dû à l'usage originel pour lequel elle a été conçue ou par les adaptations qu'elle a subies en vue d'autres emplois. Comme les unités constitutives du mythe, dont les combinaisons possibles sont limitées par le fait qu'elles sont empruntées à la langue où elles possèdent déjà un sens qui restreint la liberté de manœuvre, les éléments que collectionne et utilise le bricoleur sont «précontraints» (Lévi-Strauss, 1960, p. 35). D'autre part, la décision dépend de la possibilité de permuter un autre élément dans la fonction vacante, si bien que chaque choix entraînera une réorganisation complète de la structure, qui ne sera jamais telle que celle vaguement rêvée, ni que telle autre, qui aurait pu lui être préférée. Sans doute, l'ingénieur aussi interroge, puisque l'existence d'un «interlocuteur» résulte pour lui de ce que ses moyens, son pouvoir, et ses connaissances, ne sont jamais illimités, et que, sous cette forme négative, il se heurte à une résistance avec laquelle il lui est indispensable de transiger. On pourrait être tenté de dire qu'il interroge l'univers, tandis que le bricoleur s'adresse à une collection de résidus d'ouvrages humains, c'est-àdire à un sous-ensemble de la culture. La théorie de l'information montre d'ailleurs comment il est possible, et souvent utile, de ramener les démarches du physicien à une sorte de dialogue avec la nature, ce qui atténuerait la distinction que nous essayons de tracer. Pourtant, une différence subsistera toujours, même si l'on tient compte du fait que le savant ne dialogue jamais avec la nature pure, mais avec un certain état du rapport entre la nature et la culture, définissable par la période de l'histoire dans laquelle il vit, la civilisation qui est la sienne, les moyens matériels dont il dispose. Pas plus que le bricoleur, mis en présence d'une tâche donnée il ne peut faire n'importe quoi ; lui aussi devra commencer par inventorier un ensemble prédéterminé de connaissances théoriques et pratiques, de moyens techniques, qui restreignent les solutions possibles. 12
13 [...] «on dirait que les univers mythologiques sont destinés à être démantelés à peine formés, pour que de nouveaux univers naissent de leurs fragments.» (Boas 1898, p. 18.) Cette profonde remarque néglige cependant que, dans cette incessante reconstruction à l'aide des mêmes matériaux, ce sont toujours d'anciennes fins qui sont appelées à jouer le rôle de moyens : les signifiés se changent en signifiants, et inversement. Cette formule, qui pourrait servir de définition au bricolage, explique que, pour la réflexion mythique, la totalité des moyens disponibles doit aussi être implicitement inventoriée ou conçue, pour que puisse se définir un résultat qui sera toujours un compromis entre la structure de l'ensemble instrumental et celle du projet. Une fois réalisé, celui-ci sera donc inévitablement décalé par rapport à l'intention initiale (d'ailleurs, simple schème), effet que les surréalistes ont nommé avec bonheur «hasard objectif». Mais il y a plus : la poésie du bricolage lui vient aussi, et surtout, de ce qu'il ne se borne pas à accomplir ou exécuter ; il«parle», non seulement avec les choses, comme nous l'avons déjà montré, mais aussi au moyen des choses : racontant, par les choix qu'il opère entre des possibles limités, le caractère et la vie de son auteur. Sans jamais remplir son projet, le bricoleur y met toujours quelque chose de soi.» Références Boas F., «Introduction to James Teit. Traditions of Thompson River Indians of British Columbia», Memoirs of the American Folklore Society, vol. 6, Lévi-Strauss C., «La structure et la forme, réflexions sur un ouvrage de Vladimir Propp», Cahiers de l institut de science économique appliquée (Recherches le dialogues philosophiques et économiques, 7), n 99, Paris, Mauss M., «Esquisse d une théorie générale de la magie», L année sociologique, tome VII, , republié dans M. Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF,
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15 II La non-technique DIY et tâtonnement Il me semble que le portrait du bricoleur de Levi-Strauss n est plus adaptée au bricoleur d'aujourd'hui. Le bricoleur des années 1950 était débrouillard, celui d'aujourd'hui est autonome, il fait et surtout veut faire lui même. Le bricoleur n'est ni un technicien ni un artisan, mais il développe ses propres techniques, soit par mimétisme soit par invention, pour arriver à son but final, avec peut être une sorte d'utilisation non conventionnelle des techniques qu'il à pu observer. La notion de «DIY» 11 née aux Etats-Unis dans les années 2000 avec les Maker Faire 12 commence à se répandre partout en Europe et donc en France, avec par exemple en septembre dernier le premier salon d échange et de partage de connaissances et de compétences, l Open Bidouille Camp 13 à St-Ouen où des ateliers étaient proposés, pour par exemple, transformer son vélo en vélo électrique, fabriquer des raviolis, imprimer des objets en 3D ou encore fabriquer des cerfs- volants. Le faire soi même devient une voie d'épanouissement, une sorte de passe temps qui cumule plusieurs avantages ; il à le goût du fait maison et il est anticonsumériste. C est étonnant comment le DIY reprends finalement plusieurs vieilles recettes de marketing et que celles-ci se retrouvent comme des contres-idées d elles même. Le fait maison, la tradition artisanale, le plaisir de faire de ses mains, à la manière de ceux qui cultivent leurs légumes dans de minuscules terrains agricoles en pleine ville, une manière de mettre les mains dans la boues et 11 «Do It Yourself»,dont une traduction littérale serait «faites-le vous-même» 12 Dont une traduction serait «foire de la fabrication artisanale»
16 d avoir des légumes avec un goût de vrai ; cette idée est reprise elle même par le marketing, une manière de faire du neuf avec du vieux, avec un arrière-goût d autrefois, en convoquant les souvenirs plaisant de notre enfance. Et l alternatif, le troc d idée où l anti-consumérisme règne, avec une volonté de ménager ses choix ; j ai un iphone et je recycle un vieux meuble chiné deux fois plus cher que son prix d origine. Je ne dis pas que cette idée de DIY est une farce, sinon j y suis moi-même intégré, mais elle est finalement elle-même une idée de marketing qui surfe sur une idée de contre-marketing. Le bricoleur est plus lui, du côté d une technique du tâtonnement, il n est ni un technicien ni un artisan. Il développe ses propres techniques, soit par mimétisme soit par invention, pour arriver à son but final. En fait une sorte d'utilisation non conventionnelle des techniques qu'il a pu observer. Je vois le bricoleur comme un autodidacte, se renseignant, à l affût, cherchant des conseils, tantôt auprès des vendeurs de son magasin préféré de bricolage, tantôt auprès de ses amis et connaissances. Il ne s agit pas ici du troc d idée mais plutôt d une débrouillardise autonome, piochant ci et là dans les conseils qu il juge utile à l élaboration de son projet. Je suis arrivé à refaire tous les gros et moyens travaux chez moi, en appliquant ces règles. De la pose du carrelage dans ma nouvelle salle de bain à la plomberie de ma cuisine, en passant par la pose d un parquet clouté jusqu à la construction d une cloison en plaques de plâtre. Et c est sans compter sur les revues de bricolage, le grand Larousse du Bricolage, les catalogues explicatifs des grandes chaînes de magasins de bricolage, et les vidéos disponibles sur Internet où l on peut découvrir comment poser du carrelage au mur. 16
17 Réalisé par Objectif Habitat 14, par exemple, «le guide vidéo pour réussir vos travaux», qui est un site non commercial, qui ne propose à priori rien à vendre. Etonnant! Mais après avoir appelé la maison mère, j ai découvert auprès d un responsable que du temps de la VHS, cette société travaillait avec Castorama sur des vidéos de démonstration et non de vente d objets spécifiques. Les grandes marques auraient donc développé l'accessibilité des techniques pour connaître l essor qu elles ont aujourd hui?
18 Comment se passer de l artisan avec Leroy Merlin? Au final, ce n est pas si étonnant que les grandes enseignes aient investi dans la pédagogie du bricolage. Elles sont passées par cette étape, à la manière d un grand plan marketing sur 20 ans. Apres le toutes décoratrices, voila le tous artisans. Les grandes enseignes se sont d'abord attachées à attirer les femmes dans les magasins de bricolage, en développant l espace déco. de leur grandes surfaces. Il y a moins de 5 ans que l on peut trouver des rideaux des Leroy Merlin et des cadres chez Monsieur Bricolage. Dans un article de e-marketing.fr, le directeur des achats de chez Castorama nous annonce : «Il n'y a pas de déclin du bricolage masculin mais un vrai relais de croissance par les femmes. Et, même si le bricolage est toujours majoritairement le fait des hommes, les femmes ont un rôle de prescriptrice. évident.» 15 Les grandes enseignes ont su transformer les outils pour les rendre accessibles au grand public, ce qui permet à tous une initiation au bricolage. Les fascicules et les présentoirs pédagogiques exposés et disponibles en magasin, ainsi que les vidéos de démonstration indiquent comment par exemple enduire son mur, réparer les fissures sur un vieux plâtre. Mais la transition qui s'opère actuellement est bien plus importante. Les grandes enseignes ont développé des outils en modifiant la technique professionnelle et en l'adaptant au grand public, comme avec, par exemple, l'enduit que l'on applique au mur à l aide d un rouleau de peintre et que l'on rectifie avec une sorte de raclette à vitre. Les bricoleurs sont désormais aussi capables de refaire la
19 plomberie chez eux. Avec la plomberie multicouche, plomberie sans soudure ni outils spécifiques, tout le monde est capable de se transformer en plombier en suivant les vidéos de démonstration. Avec «Comment installer un réseau de plomberie multicouche» 16, Leroy Merlin nous donne la notice vidéo du matériel acheté. L artisan chez le particulier est donc une chose que l on verra de moins en moins. Avec la démocratisation de la pose de parquet, de plomberies en kit, avec la multiplication des systeme C de Castorama 17, non seulement le bricoleur est autonome, mais il réalise des économies. Sauf qu il devient à la merci des enseignes de bricolage. Au temps des premières grandes surfaces alimentaires, les petits commerces étaient à juste titre révoltés par ce nouveau modèle. Quelques décennies plus tard, nous constatons que les prédictions étaient justes ; la plupart des petits commerces ont fermé devant les mastodontes de chez Carrefour, et ont ainsi piégé le consommateur qui ne peut plus aller aujourd hui autre part ; qui n a finalement plus le choix que d aller dans ces grandes surfaces. Alors que nous sommes aujourd'hui prévenus, la mémoire courte et sélective du consommateur semble ignorer ce qui va se passer. Le même processus s'établit avec les enseignes de bricolage puisqu elles écrasent aujourd'hui l artisan. Demain, lorsque nous n auront plus d artisans qualifiés pour refaire l installation du réseau d eau chez nous, nous serons donc obligés de l installer par nous même, et de changer les tuyaux tous les dix ou quinze ans, puisqu ils auront été étudiés pour rentrer dans un modèle de consommation par usure programmée. Et c est bien sûr sans aborder la question catastrophique de la perte des savoirs artisanaux, qui semble préoccuper plus nos
20 anciens que nos jeunes. Pour contrer ce côté alarmiste, j ai quand même fait la rencontre sur un marché du sud de la France, d un monsieur collectionneur de vieux outils de charpentier, qui me disait que de plus en plus de jeunes artisans venaient lui acheter «des reliques» qu ils ré affûtaient, pour s en servir d une manière ancestrale, et revenir ainsi aux sources du métier. Tout n est peut être pas perdu, même si les services de l artisan spécialisé deviendront hors de prix et que les kits à monter soit même serons de plus en plus attractifs. Et c'est justement là le grand tournant, l'accessibilité pour tous des techniques, puisqu'elles se modifient pour être accessibles. Et une question me reste en tête, ne va -t'on pas vers une perte des métiers spécifiques comme ceux du bâtiment et de la construction avec cette vulgarisation des techniques, et finalement le même processus que celui de l'abandon de l'artisanat d'art par l'artiste? L'artiste comme le bricoleur se substitueraient donc aux mains des métiers? 20
21 Ikea ou l idée du tous bricoleurs En parlant du kit, le maître en la matière, et l'inventeur du genre s appelle Ikea. La chaîne de meubles, et bien plus aujourd'hui, propose à tous le monde de bricoler, en adaptant les matériaux et les outils. Par ce biais d'adaptation, Ikea semble rendre tous ses clients bricoleurs, mais sans acquis de techniques ni rassemblements d'outils puisque le guide papier de montage se substitue à la réflexion préparatoire chère aux bricoleurs. Et Ikea fonctionne aussi bien puisque l'enseigne fait croire aux gens non bricoleurs qu'ils sont doués. Et tout le monde se prend au jeu. La preuve en est le fameux guide de la marque suédoise qui indique dans quel trou va quelle vis, et qu'il est possible d'utiliser n'importe quoi pour visser les deux pièces de bois, quand l'outil n'est pas livré avec le meuble en kit. Finalement ce qu enlève Ikea au bricoleur en herbe, c'est la créativité, puisqu'il n'y a qu'une seule bonne façon de monter le fameux meuble. Seul un artiste peut essayer de monter un meuble Ikea à l'envers! Certes la plupart des gens non doués à qui l'on fait croire qu'ils sont bricoleurs vont commencer par monter le meuble à l'envers, pour finalement remonter le meuble à l'endroit. Il y a en effet un soupçon d expérience qui s'introduit chez le sujet! Un faux soupçon, puisque cette expérience ne lui servira à rien, il ne montera en effet pas plus de trois fois le même meuble dans sa vie. Par contre, l'habitué d'ikea comprendra mieux la grille de lecture proposée par la notice, et donc mieux l'univers d'ikea qui règne depuis trente ans sur le meuble en kit. Njut! ; le slogan «Njut» d Ikea correspond finalement au «Enjoy» de Coca- Cola, dont une traduction serait «Profitez». 21
22 L oeuvre d art à l heure de sa non reproductibilité 19 Si les capacités de reproduction technique de l ère industrielle ont modifié, entre autre, les processus mêmes de la création artistique, où se situe alors, aujourd hui, une oeuvre bricolée? L artiste d aujourd hui, qu il soit photographe, peintre, vidéaste ou sculpteur est bien loin de maîtriser toutes les techniques nécessaires à l'élaboration et la création de son oeuvre. De plus, dans cette époque du bricolage omniprésent, rares sont les artistes qui délèguent leurs ouvrages techniques à des artisans d art par exemple. Nous passons, avec le bricolage, d une oeuvre d art reproductible à une oeuvre d art bricolée, unique, et donc non reproductible. Un photographe, qui aujourd hui tire ses propres tirages, ne fera pas deux fois la même photo, même s il utilise le même négatif. Un peintre fait ses propres châssis, pigmente lui même ses peintures, il ne fera pas deux fois les mêmes peintures. Un sculpteur bricole ses sculptures, et ne fera pas deux fois la même construction. Le vidéaste cumule les effets artistiques sur ses vidéos, et ne fera pas deux fois le même montage... Bien sur, il faut exclure de ses exemples tout principe sériel qui, même s il peut exister d infimes variations, ne changera pas radicalement deux tirages différents. Même si le bricolage semble s associer aux différentes pratiques, son lien n est jamais aussi fort qu à celui de la sculpture, et la notion de non reproductibilité dans la sculpture paraît aujourd hui évidente. Une sculpture bricolée est faite de matériaux disponibles au moment, et de techniques trouvées aux aléas de la construction, il me paraît donc impossible de faire deux sculptures identiques. Et 19 Titre détourné de l ouvrage de Walter BENJAMIN, L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, Allia, Paris,
23 quand bien même l'artiste disposerait exactement des mêmes matériaux, vu l expérience qu'il aurait acquise en construisant la première pièce, la technique de la seconde s'en trouverait forcement changée. Dans ma pratique, j ai déjà essayé et vérifié ce raisonnement. En effet, en utilisant des matériaux achetés, avec une continuité dans l'approvisionnement (une plaque de polystyrène reste la même), la technique utilisée pendant la construction de ma sculpture s est améliorée, et avec une technique tâtonnante, j ai finalement trouvé celle qui me convenait. Au moment de refaire la première sculpture qui s'était dégradée, et au vue de l'expérience que j avais développée, je n ai pas su revenir en arrière, régresser en quelque sorte, et ma seconde reproduction, sorte de copie n'était finalement qu une pâle copie, une sculpture différente, d un aspect semblable mais pas strictement identique. Le bricolage, fait d'expériences, avait donc modifié la reproduction de ma sculpture. Nous sommes bien loin de l'artisanat d art et de l artiste simple penseur. L artiste est aujourd hui un artiste bricoleur, touche à tout, parfois même plasticien. L heure est à la transdisciplinarité, et dans ce contexte, tout le monde sait tout faire ou en tout cas s y essaie. «Avec la chaleur les mouches sont revenues et j ai dû d urgence rafistoler le garde-manger qui était tout crevé tout démantibulé. Avec du fil j ai même fait de magnifiques reprises à la toile métallique et à plusieurs endroits j y ai mis de la bordure en tissu, si bien que maintenant ça va. Surtout que j ai recloué les charnières. Je suis assez fort comme bricoleur pour des réparations de ce genre. Et c est aussi en tant que bricoleur que je peins. Si j étais un peintre professionnel, ce serait ridicule que je dessine comme ça.» 20 Gaston Chaissac 20 Gaston CHAISSAC, lettre à R.G. 25 mai 1948, Hippobosque au Bocage,(1951), Gallimard, Collection l Imaginaire, Paris, 1995, p
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25 III Le bricolage supérieur Un engagement corporel Des mondes bricolés? 21 (Extrait) Le bricoleur, remarquait Levi-Strauss, met dans son projet «quelque chose de soi». Bricoler, c est engager un corps à corps direct avec la matière. En faisant soi-même, sans médiateur et sans assistant, on se blesse, on se salit, on transpire, on se trompe, on recommence, on s énerve, on s agite sur l escabeau, on crie après son marteau. Le bricoleur recherche l effort, le contact avec les choses ; c est là son plaisir. Une grande partie des métiers d aujourd hui sont des métiers de services ; les individus il gère des relations entre personnes. Quand ils bricolent, ils rencontrent la nature et ces matériaux, c est à dire autre chose qu eux-mêmes. En transformant un objet, le bricoleur se transforme lui-même ; et ce qu il fait est noble, puisque non asservi à un objectif de rentabilité. Le bricolage est ainsi «une révolte contre le monde du travail, contre l éclatement, voire la négation de la personnalité de l individu dans le métier» (Dupont-Beurier, 2006, p. 97). En travaillant pour soi, à son rythme, sans rechercher un quelconque rendement, le bricoleur est tout entier dans le processus ; ce faisant, «à l opposé d un travail en miettes, il fait œuvre totale». N ayant d autre maître que lui-même, son travail l épanouit ; «c est ici qu il accède à la maîtrise de soi» (p. 96). [...] L artiste [...] comme le bricoleur, s engage corporellement. Dans un documentaire sur le travail de Claude Viallat 22, nous voyons ainsi ce peintre aller et venir, manipuler des tissus, ouvrir des pots de peinture, se salir les mains, se pencher, se redresser, etc. Nombre d artistes, modernes ou 21 Florence ODIN, Christian THUDEROZ, op. cit. p Claude VIALLAT : entretien avec Bernard Ceysson, (DVD, IAC éditions d art, 2005). 25
26 contemporains, d Anthoni Clavé à Arman, ont centré leurs œuvres peintes ou leurs installations sur une même logique d accumulation et d agencement insolites d éléments hétéroclites ; un même objectif les anime : travailler la matière et, ce faisant, la faire vivre autrement.» Références Pierre-François DUPONT-BEURIER, Petite philosophie du bricoleur, Toulouse, Editions Milan,
27 Les bricoleurs (mon voisin et moi) «On a souvent fait remarqué que les ouvriers semblaient compenser dans ces passe-temps parfois bizarres, mais toujours passionnément pratiqués, les contraintes qu ils subissaient dans leur vie professionnelle : si curieuses que puissent sembler ces activités de bricolage, elles permettent en effet aux ouvriers de se reclasser et de s affirmer comme spécialistes malgré les huit heures passées à un travail sans intérêt.» 23 Richard Hoggart Une question, qui finalement fait appel à mon enfance me vient à l esprit. Qu est-ce qui aujourd hui me différencie, moi artiste bricoleur, de mon voisin, le voisin de ma maison d enfance, qui est à mes yeux un bricoleur artistique? A part l'utilité de l étagère de mon voisin et la non utilité de ma sculpture en forme d étagère, je me demande quelles sont les différences entre nos deux pratiques? Peut être parce que lui bricole pour justifier sa créativité et son besoin d apprendre, toujours, d améliorer les systèmes qu'il créé. Et peut-être parce que, décomplexé, je me dis que je fais finalement la même chose, mais sur un autre terrain, en y mettant une autre intention, celle de le faire en tant qu'artiste. Mon voisin travaille dans la construction aérienne, il a donc un travail manuel. Mais le plus marquant, c est qu il passe son temps libre à faire, refaire et re-refaire l'intérieur de sa maison. Les cloisons changent de places, et d une façon très utile, la chambre de la benjamine s agrandit lors du départ du frère cadet, la baignoire à changé de place, le garage devient une chambre supplémentaire, pour finir en salon et se différencier enfin de la 23 HOGGART, La culture du pauvre, (1957), Les éditions de Minuit, collection le sens commun, Paris,
28 salle à manger etc... J ai presque hâte de retourner chez lui pour redécouvrir à coup sûr une maison encore bouleversée. Et en pratique, il mûrit son idée comme moi je mûris les miennes. Il décide de faire une nouvelle étagère, je décide de faire une nouvelle sculpture. Il va acheter le bois dont il a besoin, je fais de même. Il regroupe ses outils, je regroupe les miens. Il se demande comment il va bien pouvoir faire, je développe mon idée, et me penche sur sa réalisation. Il fait, intègre des erreurs, je fais en intégrant les erreurs de construction. Et si nous étions, grâce au bricolage, tous sculpteurs, tous artistes! Prenons comme exemple le père bricoleur qui construit une mezzanine à son fils, l'artiste construit une sculpture avec la même quantité de bois. Dans les deux cas l'objet ne ressemblera pas à une mezzanine, puisqu'elle sera créée pour la première fois, sans l expérience, sans l'ingénierie du fabricant ou encore sans la technique de l artisan. La sculpture en bois, placée dans l'espace d'exposition, basculera vers la non utilisation, et donc vers un langage de pensée autre que la mezzanine utilisée par l'enfant fier de son papa. Il ne s'agit donc pas ici de ready-made 24, mais finalement d intention et de territoire ; l idée du «bricolage supérieur». 24 André Breton définit le ready-made, dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme, comme un "objet usuel promu à la dignité d'objet d'art par le simple choix de l'artiste". 28
29 L intention «L art sincère à mi-chemin entre la connaissance scientifique et la pensée mythique ou magique ; car tout le monde sait que l artiste tient à la fois du savant et du bricoleur : avec des moyens artisanaux, il confectionne un objet matériel qui est en même temps un objet de connaissance.» 25 Claude Lévi-Strauss L'artiste comme le bricoleur du dimanche fonctionnent finalement avec le même processus, avec comme différence l'utilité ou la non utilité. L un fait du bricolage, l autre fait du bricolage supérieur. Cette notion de «bricolage supérieur» repose essentiellement sur le fait que l'artiste, au travers de son bricolage, a le désir de faire passer une idée, une réflexion, une remarque, une pensée ou encore quelque chose à observer. Le bricolage devient alors supérieur. Le bricoleur d une étagère, lui, est préoccupé par l utilité de ce qu il créé. Il ne fait pas ou ne fera pas ce cheminement de pensée qui consiste à évacuer l utilité, pour proposer un objet de réflexion. En caricaturant ; pour lui, l art ne sert à rien. Le bricoleur (mon voisin) maîtrise tout et sait que si sa pièce ne correspond pas à ses attentes ou à quoi elle est destinée, il aura perdu son temps. L artiste bricoleur trouvera dans son raté quelque chose sur lequel rebondir. En évacuant la question d utilité, l artiste bricoleur peut donc créer avec plus de liberté, aboutir à une nouvelle vision du bricolage. 25 Claude LEVI-STRAUSS, op. cit., p
30 Le déplacement En tant qu'artiste, il me plaît de voir une réalisation sur un chantier, d'en déceler la technique, pour finalement essayer de la réinventer, en ayant comme but la reproduction, sans la technique ni l'ingénierie de la pièce prise comme modèle. J aime déplacer l objet du chantier dans l espace d'exposition, ou hors du chantier. Mon intervention se situe dans la ré-appropriation de l objet, d une démonstration technique quand il s agit de proposer à voir une prouesse technique, ou une technique incroyable de construction. Bien sûr je ne peux pas copier strictement ce dont je m inspire, j intègre mon choix d artiste, dans les matériaux et dans l'esthétique de ceux-ci, et transforme via le bricolage quelque chose que je ne maîtrise pas. Evidemment, le Bricolage Supérieur intègre le déplacement. Mais il ne suffit pas pour ça de prendre un objet, et de le placer dans une exposition, d autres l ont fait et ne l appelle pas comme ça. Il s agit d'abord de transformer l utilité en intention, et de déplacer l objet en espace d exposition. Si je prends la cabane de chantier comme exemple. Les ouvriers qui construisent cette cabane, sous un modèle bien précis, l on construite par correspondance à l utilité de ce pourquoi elle a été désirée. En déplaçant simplement l objet ; du chantier à l espace d exposition ; nous aurions trouvé un «ready-made de chantier». L artiste, «bricoleur supérieur», prendra la cabane de chantier comme modèle, et la reconstruira, en tentant tant bien que mal de se rapprocher du modèle, et en y donnant une autre intention, par exemple, montrer aux visiteurs la beauté technique de celle-ci, et Avec la notion de «bricolage supérieur», le «ready-made» est forcément évacué. Le déplacement y est intégré. 30
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32 Conclusion Il s agit ici de développer mon idée de «bricolage supérieur». Et par tautologie, le développement de cette idée me semble infini. De plus, il s agit du travail d un artiste (moi) dans un contexte de société. L'imprégnation du bricolage est forcement lié à mes origines, à mon histoire, et au contexte dans lequel j ai grandis. L'artiste est, de près ou de loin, le reflet de son époque, et bien sûr je n'échappe pas à cela. C est étonnant finalement comment le bricolage est passé de quelque chose de péjoratif à un quelque chose d ingénieux, d une préoccupation sociale à un concept de marketing, d une nécessité à un hobby, du fait main au concept d artiste. 32
33 Références Livres Walter BENJAMIN, L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, Allia, Paris, 2011 Walter BENJAMIN, Paris, capitale du XIXème siècle, Allia, Paris, 2003 Michel de CERTEAU, Art de faire t. 1, l'invention du quotidien, Paris, Gallimard, 1990 Pierre-François DUPONT-BEURIER, Petite philosophie du bricoleur, Toulouse, Editions Milan, 2006 Pierre FRANCASTEL, Art et technique aux XIXe et XXe siècle, Paris, Les Editions de Minuit, 1956 HEGEL, La raison dans l'histoire, Hatier, Paris, 2008 Rosalind KRAUSS, Passages : Une histoire de la sculpture de Rodin à Smithson, Paris, Macula, 1977 Claude LEVI-STRAUSS, La pensée sauvage, Paris, Librairie Plon, 1962 Adolf LOOS, Ornement et crime, Editions Payot et Rivages, Paris, 2003 Marielle MAGLIOZZI, Art brut, architectures marginales. Un art du bricolage, Paris, L'Harmattan, 2008 Florence ODIN, Christian THUDEROZ, Des mondes bricolés?, PPUR, Lausane, 2010 Brian O'DOHERTY, White Cube, L'espace de la galerie et son idéologie, JRP Ringier, 2008 Bernard PAGÈS, Pagès, Paris, Musée National d'art Moderne,
34 Périodiques Paul ARDENNE, «Mathieu Mercier bricoleur métaphysique», Artspress, n 280, juin 2002, p. 51 Ronald JONES, «Under construction», Frieze, n 75, mai 2003, p Manuel JOVER, «Le bricolage existentiel de Jessica Stockholder», Beaux-arts magazine, n 140, décembre 1995, p. 43 Judicaël LAVRADOR, «Rétrospective Robert Filliou», Beaux-arts magazine, n 235, décembre 2003, p Jean TINGUELY, entretien à la ZDF, 1989 Yvonne VOLKART, «Urs Frei», Flash art international, n 181, mars-avril 1995, p. 97 Sites Internet
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36 Annexes Petite philosophie du bricoleur (extraits 26 ) Pierre-Francois Dupont-Beurier 1 Voyages au pays des possibles 27 «Le monde vient s imaginer dans la rêverie humaine.» (Gaston Bachelard, L air et les songes). Pénétrons dans un magasin de bricolage. Quelques instants suffiront pour que la magie du lieu opère... Une surabondance de formes, une débauche de couleurs, une profusion d odeurs attisent l essence jusque dans des nuances insoupçonnées. Sur les étiquettes qui s égrènent le long des rayonnages, des noms aussi exotiques qu inusités forment, par leur juxtaposition, un inventaire digne de Prévert. Nous cheminons parmi des matériaux dont jamais nous n aurions eu l audace d envisager l existence et, moins encore, dans pressentir la texture. Au détour d une allée, de surprenantes rencontres, comme ces outils aux formes imprévues et aux usages non moins improbables qui laissent un goût de mystère. Nous sommes dans le plus loufoque qui est le plus riche des cabinets de curiosités. Perdus dans ces amoncellements hétéroclites, le vertige nous saisit. Une totalité se donne dans les plis et les replis enchevêtrés de chacune de ses parties. Le magasin de bricolage captive et même capture. Il produit l effet d une esthétique baroque : le merveilleux d une présence inédite et le sublime d un appel vers l infini. Il donne à tous ceux qui en franchissent le seuil, même aux plus néophytes, la saisissant impression que le monde repose là, en pièces détachées, attendant sa future création. 26 Extraits de l ouvrage Petite philosophie du bricoleur, Toulouse, Editions Milan, Extrait du chapitre : «ESTHETIQUE. L imagination à l œuvre», p. 19 à
37 Ce n'est pas un commerce comme les autres. Ici le «prêt-àconsommer» n'est pas de mise; ici les choses ne sont pas faites pour être vendues, mais vendues pour être faites. Qui ne s'étonnerait pas d'une semblable exception à la règle de l'échange marchand? Qui ne serait pas profondément séduit par le magasin de bricolage où l'on n'achète pas du réel, mais seulement du possible? Nous sommes tous étourdis devant des virtualités ainsi étalées; le vrai bricoleur, lui, est littéralement hypnotisé. Parmi la foule qui se presse, il se reconnaîtrait entre mille, car les longues pauses qui rythment son périple trahissent sa manière d'être au monde. Il aime à se laisser distancier. Il s'arrête à l'improviste, se saisit d'une chose, apparemment quelconque, et se fige avec elle un long moment. Ses mains se mettent au travail, l'auscultent fébrilement, la palpent, la soupèsent, la caressent, comme à la recherche de ses plus subtiles propriétés. Oubliant la cohue qui l'entoure, le bricoleur est tout à son examen. Quelques minutes passent. Finalement insatisfait, il la repose sur l'étalage, et se remet en chemin, l'air songeur. Mais il s'arrête quelques mètres plus loin, fait un geste de dépit, retourne sur ses pas et, comme à regret, se ressaisit de cette chose à laquelle il vient de vouer une si patiente attention. L'examen recommence, obéissant au même rituel, inlassablement. S'il la replace à nouveau sur son étalage, c'en sera fini de leur histoire communeun bricoleur ne s'obstinant que rarement auprès de ce qui l'a doublement déçu. Mais qu'importe, puisque sa quête infatigable le conduira vers d'autres examens et d'autres immobilités. La scène est insolite... Que fait donc le bricoleur dans ses longues pauses? Il ne faut pas longtemps pour le comprendre : il rêve. Prisonnier de ses pensées, il échappe au temps profane et laisse le monde à son agitation furieuse pour se projeter corps et âme dans un ailleurs imaginaire- celui des ouvrages futurs. Dissimulant un bouillonnement impétueux, son immobilité n'est qu'apparente. S'il se fige, c'est pour apprêter et affûter ses gestes ultérieurs. Et cette chose inerte, qui gisait anonyme à 37
38 côté d'innombrables autres, s'il la recueille dans ses mains, c'est pour sonder la vie qu'elle porte en elle. Il se demande ce qu'il va bien pouvoir en tirer, quels projets elle suscite ou permettra d'accomplir. Son immobilité est prospective. Seules l'intéressent les ramifications futures. Il explore les choses, non pour savoir ce qu'elles sont, mais pour estimer ce qu'elles ne sont pas, ce qu'elles ne sont pas encore, mais promettent d'être. Ses rêves ne sont pas des songes, mais des prolongements. Ne négligeons pas l'évidence: le vrai bricoleur ne cesse pas de l'être après avoir quitté le magasin de bricolage. Toujours habité par quelques desseins et toujours en quête de nouveaux projets, ce qui étonne, fascine, ou peut-être même agace chez lui, c'est qu'il n'est jamais complètement dans le monde, totalement de ce monde. Sans relâche, il examine ce qui est afin d'y puiser des ébauches de ce qui sera. Et parce qu'il est constamment tendu vers l'à-venir, il s'abstrait de la réalité présente. Il ne l'abandonne pas, disons plutôt, qu'il la transfigure en y voyant une immense réserve de matières, de formes et d'idées. Ainsi, invité par des amis, il lui arrive de manquer aux règles de la convivialité. Il s'éclipse de la conversation pour se perdre dans une analyse scrupuleuse de leur aménagement intérieur: réfléchissant sur l'organisation des lieux, relevant les imperfections de la décoration, s'interrogeant sur la fonctionnalité de certains agencements, il se construit pour luimême une image mentale de leur intérieur, rectifié et réarrangé comme il se doit. Dans le public traditionnel d'une brocante ou d'un vide-grenier, il dénote tout autant. Les objets devant lesquels il s'arrête n'intéressent que lui: ce sont les rebuts! Disons-le plus plaisamment, ce sont des objets qui devront attendre d'être réparés, remaniés, transformés, détournés de leur fonction première, avant de révéler leur vraie valeur. Le bricoleur, fondamentalement, est un rêveur de possibles. Il n'est qu'à pénétrer dans son atelier pour finir de s'en convaincre. A côté de l'établi où règne déjà un savant désordre d'outils, s'amoncelle un stock considérable d'objets tous plus 38
39 hétéroclites, fragmentaires et défectueux les uns que les autres. Une boîte de vis et de boulons dépareillés côtoie une chambre à air crevée, de vieilles planches s'appuient sur un tourne-disque depuis longtemps hors d'usage, quelques carreaux de plâtre jouxtent un pied de lampe en bronze. Peut-être nous prendrait-il l'envie de faire le tri dans cet étrange bric-à-brac... Il ne nous pardonnerait pas d'avoir fait place nette, lui qui, années après années, rencontres après rencontres, s'est efforcé d'amasser tout ce qu'il sait devoir lui être un jour utile. Microcosme reflétant le macrocosme du magasin de bricolage, son atelier n'est pas un capharnaüm où s'empilent des vieilleries, mais une provision d'avenir. De fait, son stock n'est pas là par hasard ou par négligence : il a recherché des possibles pour constituer une antichambre de la création. Sa manie récupératrice doit être prise au sérieux. «Ça pourra toujours servir!», telle est la devise du bricoleur, et elle exprime la spécificité de sa relation au réel. Réinvestissant les objets du quotidien, il en explore les prolongements et, par là, démultiplie leurs usages possibles. Pour lui, une bicyclette rouillée n'est pas seulement une bicyclette rouillée: en se dégageant des usages socialement normés des choses, il les voit mieux. Il sait qu'une chose n'est pas réductible à sa simple présence ici et maintenant: elle est aussi ce qu'elle porte en filigrane. Pour lui, la réalité déborde. Par là, le bricoleur retrouve l'ouverture au monde propre à l'enfance. L'enfant est celui qui ignore les vrais usages des choses. Lorsqu'il les découvre, c'est toujours, en-deçà de leur utilité; pour lui, elles sont avant tout des supports de rêveries. Comme le montre magnifiquement Gaston Bachelard dans tous ses ouvrages consacrés à l'imagination matérielle, c'est toujours par le rêve que nous commençons à explorer le réel, et que nous nous initions à sa maîtrise. Vérité que l'on a peut-être tendance à oublier. Mettre des étiquettes sur les choses, codifier les rapports que nous entretenons avec elles, autrement dit quitter la 39
40 manière d'être de l'enfant, c'est se restreindre au monde de l'immédiatement donné, c'est perdre en possibilités. Le bricoleur est peut-être l'un des rares à prendre le temps de vivre au rythme de la puissance imaginante de la matière. Sans tomber dans l'enfantillage, il sait désapprendre l'utilité des choses, leur utilité communément admise. Il entretient donc un rapport esthétique avec le réel, au sens littéral de l'esthétique grecque, c'est-à-dire un rapport qui s'ouvre aux sensations et où seules priment les sensations. Unique moyen d'accéder aux possibles qui reposent discrètement dans le creux des choses. 2 Travailler pour imaginer 28 «L'imagination n'est qu'un tourment; elle ne nous satisfait jamais. [...] C'est parce que l'imagination est incapable de créer dans l'esprit seulement, c'est pour cela qu'il y a des Beaux-arts. L'imagination ne peut créer qu'en changeant réellement le monde, par le mouvement, par le travail des mains, par la voix.» (Alain, Vingt leçons sur les Beaux-arts). Pourquoi lire des romans, aller au cinéma, écouter des récits d'aventures? Pourquoi voyager? Le goût du nouveau, répondra-ton. Mais la question se redouble: pourquoi est-il nécessaire de sortir hors de soi pour trouver ce nouveau? Manifestement, nos rêves ne suffisent pas à nous rendre heureux; et il est faux de dire que l'on n'est jamais si bien qu'en compagnie de soi-même. Si l'imagination était aussi forte qu'on le prétend parfois, nous n'aurions pas besoin de voyager. Nous imaginerions, et cela nous suffirait. Comprendre qu'il y a une déception essentielle au coeur de l'homme, c'est comprendre pourquoi il y a des bricoleurs, mais aussi, indissociablement, des artistes - car, aussi étrange que cela puisse paraître,, ils apportent tous deux une même réponse. 28 Extrait du chapitre : «ESTHETIQUE. L imagination à l œuvre», p. 27 à
41 A première vue, s'essayer à rapprocher le bricolage des beaux-arts est une entreprise qui pourrait prêter à sourire, si elle ne semblait pas faire injure aux artistes. Aucune commune mesure, en effet, entre une Annonciation de Fra Angelico ou une fugue de Bach et des étagères encastrées! Et à supposer que l'on range bricoleurs et artistes parmi les hommes d'imagination, on précise aussitôt qu'ils mettent en oeuvre deux types d'imagination radicalement différents: le bricoleur userait d'une imagination simplement transformatrice, quand l'artiste, lui, serait doté d'une pure imagination créatrice. Le premier ne ferait que s'adapter tant bien que mal à tout ce qu'il trouve autour de lui et ne jouerait que de combinaisons; tandis que le second, infiniment plus éminent, choisirait, parmi les images qui se présentent naturellement en son esprit, celle qu'il juge la plus belle et qu'il veut matérialiser. L'artiste s'opposerait donc au bricoleur, comme la spontanéité s'oppose à l'effort, comme le génie s'oppose à ce qui n'est, dans le meilleur des cas, que du talent. C'est que toute une mythologie tourne autour de l'artiste comme être à part, aimé des muses et disposant de facultés presque divines, un être capable tel un démiurge d'enfanter des mondes ex nihilo. Mythologie trompeuse. Certaines oeuvres d'art nous plaisent jusqu'à nous troubler, et nous ne pouvons pas faire autrement qu'interroger le mystère de leur présence, que chercher comment l'artiste a bien pu avoir l'idée de faire ce qu'il a fait. Mais crier au «génie», c'est ne rien expliquer du tout. Croire en l'existence d'un naturel artiste et se figurer que certains êtres possèdent par nature le don de l'inspiration,c'est affirmer ce qu'il faudrait démontrer, c'est se complaire au mystère en inventant du miraculeux là où il n'y a, peut-être, rien de plus qu'un travail acharné. Effectivement, emparons-nous des notes laissées par les artistes, disséquons leurs cahiers d'esquisses, analysons les études et les croquis préparatoires, lisons ce qu'ils ont lu, regardons ce qu'ils ont longuement regardé; passons outre l'idée 41
42 de «premier jet», et cherchons les ratures, les repentirs, les voies abandonnées; ne nous arrêtons pas sur une seule oeuvre, mais comparons tout ce qu'ils ont pu produire, et jugeons les parties en fonction du tout; scrutons les répétitions, les réécritures, les différentes manières d'explorer les mêmes thèmes; bref, observons tout simplement comment ils s'y prennent pour faire ce qu'ils font, alors, le caractère mystérieux de l'inspiration se dissipe et avec elle le qualificatif de «génie». La spontanéité créatrice n'est qu'une illusion due à un effet de perspective : nous voyons l'oeuvre achevée et non le processus par lequel elle s'est élaborée. Ce qui se donne à nous dans la perfection d'une forme achevée n'était pas déjà présent dans le cerveau de l'artiste. Loin de tous les clichés, Friedrich Nietzsche nous rappelle que le «génie» n'est qu'un labeur infatigable : toutes les productions géniales, précise-t-il, «s'expliquent si l'on se représente des hommes dont la pensée s'exerce dans une seule direction, à qui toutes choses servent de matière, qui observent toujours avec la même diligence leur vie intérieure et celle des autres, qui voient partout des modèles, des incitations, qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens. Le génie ne fait rien non plus que d'apprendre d'abord à poser des pierres, puis à bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de toujours les travailler.» (Humain, trop humain, 162). L'extraordinaire se révèle donc extrêmement ordinaire. Les artistes ne commencent jamais par se demander ce qu'ils pourraient bien être capables de produire, mais ils se lancent à corps perdu dans le travail. Ils essayent d'abord beaucoup. Certes, tout n'est pas bon, et même les plus grands «génies» n'ont pas toujours fait des oeuvres géniales. Mais là n'est pas l'essentiel. En s'attelant inlassablement à la tâche, ils finissent par en récolter les fruits; une fois l'ouvrage amorcé, ils découvrent, et nous découvrons avec eux, rétrospectivement, ce qu'ils sont capables de produire. Leurs efforts opiniâtres agissent comme des révélateurs : ils nous montrent à quelles conditions l'imagination peut devenir 42
43 véritablement créatrice. Et, contre toute attente, ce n'est pas l'imagination qui inspire l'action, mais bien plutôt l'action qui inspire l'imagination. Spontanément, l'imagination nous apparaît comme une puissance d'invention sans limite, là où les autres facultés humaines nous semblent quelque peu restreintes, puisque dépendantes du monde extérieur. L'imagination serait la faculté de créer des images, une capacité qu'a notre esprit de se forger des représentations d'objets absents, irréels, voire impossibles. Mais lorsque l'on s'interroge sur son processus, l'imagination se révèle, non pas comme le pouvoir de fabriquer des images de toutes pièces, mais bien plutôt comme le pouvoir de transformer les images de la perception. Comment pourrions-nous imaginer des satyres, si nous n'avions jamais vu des corps humains, des cornes et des sabots de bouc? Que serait le rouge dans notre esprit, si nous n'expérimentions jamais le rouge dans les choses? L'imagination ne fait que combiner des formes et des couleurs, elle les mélange, les étire, les chahute, les assemble, mais elle ne les crée jamais ex nihilo. On ne peut pas se «re-présenter» ce qui n'a d'abord été présenté aux sens. Si l'on ne tient compte que de l'imagination en elle-même, ce qui étonne le plus, finalement, c'est la médiocrité de l'image que l'on ne fait qu'imaginer. Essayons par exemple de nous représenter mentalement le visage d'un ami : nous ne pourrons qu'être déçus de l'avoir tant regardé, mais de ne pouvoir former de lui une image solide et précise. Mais prenons un crayon et efforçons-nous de tracer quelques traits : pour peu que nous ayons l'habitude de cet exercice, l'image deviendra plus fixe et plus nette. L'imagination pure n'offre que des chimères évanescentes, de pâles rêveries, des fantaisies informes, bref des images sans réalité; et il n'est pas d'autre moyen, pour les réaliser, que de s'acharner à travailler avec et sur la matière. Imaginerait-on bien et imaginerait-on beaucoup si la main ne venait poursuivre les premières ébauches de l'esprit? 43
44 «Ah! frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie.» Qui ne connaît cette fameuse invite d'alfred de Musset? Mais qui n'a pas vu, aussi, qu'en se frappant le coeur, il ne sort jamais rien, ou jamais rien qui vaille, et certainement pas un poème digne de Musset? Fuyant le labeur et se contentant de facilités, qui n'a pas fait l'expérience, infiniment décevante, de ne trouver en lui qu'une absence de chose à dire et à faire? Seule une confrontation avec le donné matériel est susceptible de faire jaillir des idées. L'imagination ne peut créer lorsqu'elle est coupée de l'action; mais couplée à l'action, elle devient puissance d'invention. Aussi, ce qu'il faut percevoir, c'est qu'il n'y a pas deux choses distinctes et deux moments séparés: «imaginer» et puis «faire». Réfléchissant sur la création artistique et sur ce qui la permet, Alain dégage une constante de l'esprit: «la loi suprême de l'invention humaine est que l'on n'invente qu'en travaillant». (Système des Beaux-Arts). Il n'y a pas d'homme d'imagination qui ne soit toujours en même temps homme d'action. Ainsi, on ne peut opposer le bricoleur et l'artiste, car une même dynamique est ici à l'oeuvre. Créer, ce n'est pas transcrire une forme donnée dans une matière, mais c'est informer une matière donnée en la transformant. L'artiste n'est pas cet être d'exception qui, doué d'une imagination débordante, choisirait de livrer au public ses plus belles images en les gravant dans le marbre, en les peignant sur la toile ou en les couchant sur le papier. Il est avant tout un travailleur, parce que c'est là le seul moyen de remédier aux insuffisances, aux déficiences et aux simulacres de l'imagination pure. L'artiste ne part pas d'une oeuvre imaginée, il oeuvre pour imaginer. Et le bricoleur fait de même. A qui se demanderait pourquoi il existe des artistes, des êtres qui cherchent à créer, il faudrait répondre qu'il y a des hommes qui ne se satisfont pas d'images toutes faites et qui restent frustrés par la faiblesse de leur imagination. Des hommes donc qui veulent rêver et qui ne peuvent s'en tenir aux rêves 44
45 seuls, toujours fuyants, défaillants et même tristes. «L'homme d'imagination, nous dit Alain, est peut-être un homme qui ne sait pas se contenter de ce qui est informe, un homme qui veut savoir ce qu'il imagine. Ainsi c'est parce qu'on ne peut feindre des images que l'on fait des oeuvres» (Vingt leçons sur les Beauxarts). C'est sur ce mode que l'on peut comprendre pourquoi le bricoleur n'en reste pas au stade du doux rêveur. Il veut pouvoir rêver mieux. Et, il ne se contente pas de voir du nouveau, le nouveau qu'un autre produirait pour lui, il crée le nouveau dont il a besoin. Si, au sens propre comme au sens figuré, il «met la main à la pâte», c'est parce qu'il est déçu par une imagination «incapable de créer dans l'esprit seulement». [...] 3 Contre la méthode 29 «Il n'y a pas de méthode de recherche qui ne finisse par perdre sa fécondité première. Il arrive toujours une heure où l'on n'a plus intérêt à chercher le nouveau sur les traces de l'ancien, où l'esprit scientifique ne peut progresser qu'en créant des méthodes nouvelles. [...] Toute la pensée scientifique doit changer devant une expérience nouvelle; un discours sur la méthode scientifique sera toujours un discours de circonstance, il ne décrira pas une constitution définitive de l'esprit scientifique.» (Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique). Un détour par le sens figuré s'impose. Tout serait probablement plus simple" si le bricolage restait une affaire de manuels. Hélas! les penseurs s'emparent du mot et s'en servent comme d'une arme. Pour discréditer une théorie et jeter l'opprobre sur son auteur, il n'est pas de meilleur moyen que d'invoquer un bricolage 29 Extrait du chapitre «EPISTEMOLOGIE. Pour une intelligence du tâtonnement.», Est minuscule. 69 à
46 conceptuel. Censée dénoncer une absence de rigueur et de probité intellectuelles, la critique se veut rédhibitoire : une théorie «bricolée», c'est une théorie qui ne mérite pas son nom, c'est une contradiction dans les termes, une sorte de trompe-l'oeil. Entre l'accusation offensante et la discrète activité manuelle, le contraste est saisissant. A tel point qu'une ombre fatale semble projetée sur tous les bricolages, quels qu'ils soient. Difficile de croire en une quelconque valeur du bricolage, notamment en une valeur cognitive, lorsque l'on connaît l'usage péjoratif du terme dans le champ théorique. Commençons par le reconnaître: l'image est parlante. Le penseur aurait oeuvré avec les idées, comme le bricoleur avec des matériaux de récupération. Il n'aurait fait que réunir, combiner, trafiquer quelques concepts disparates pour les faire servir à tout autre chose que ce à quoi ils étaient originellement destinés. Il se rendrait donc plus coupable d'un tour de force grossier, de quelque chose qui tient plus du collage maladroit et de la juxtaposition hasardeuse que de la réflexion véritable. Bref, l'homme de méthode se serait honteusement mué en homme de tâtonnement. La puissance séductrice de cette image risque cependant de nous conduire trop loin. Le bricolage conceptuel peut-il servir le genre d'accusation auquel on le destine communément? Certes, une théorie qui ne propose rien de beau, de juste ou de vrai doit être rejetée et condamnée à errer pour toujours dans les limbes du savoir, n'ayant pas plus de valeur que celle d'une tentative ratée. Et l'esprit scientifique est un esprit critique qui se doit d'être impitoyable, jusqu'à l'intolérance, avec toutes les théories qui se présentent: il s'agit d'en tester le contenu doctrinal, la pertinence descriptive, la validité logique ou l'efficacité explicative. Mais s'il faut s'en prendre au résultat final, doit-on chercher à juger la manière dont une théorie s'est constituée? On peut penser que la part d'intuition, de pragmatisme ou de détournement conceptuel, à l'origine d'une théorie, importe peu, 46
47 pourvu qu'elle marque un progrès dans la compréhension des choses. Refuser tout bricolage conceptuel au nom de la connaissance, c'est peut-être, paradoxalement, entraver les avancées de cette même connaissance. Le paradoxe mérite quelque analyse: ne faut-il pas hasarder qu'il existe une valeur heuristique du tâtonnement, même intellectuel? Face à la puissance prédictive et à la fécondité des sciences de la nature, on se persuade aisément que leurs brillants résultats sont le fruit d'une méthode singulière et infaillible. Nul ne conteste, évidemment, que la physique diffère de la biologie, elle-même distincte de la géologie, et ainsi pour toutes les sciences; mais l'on reste convaincu que la spécificité de chacune de ces disciplines ne tient qu'à la spécificité de son objet, et non pas à la mise en oeuvre d'une méthode à chaque fois spécifique. Toutes les découvertes scientifiques, aussi hétérogènes soient-elles, proviendraient donc simplement de l'application d'une méthode unique à des sujets différents. Autrement dit, les sciences seraient «scientifiques» parce qu'il existerait une prétendue méthode scientifique. Quelles pourraient bien être les caractéristiques de cette méthode inestimable? Inutile de chercher longtemps, car il n'y à rien à trouver! Dans le magma des théories dites «scientifiques», c'est déjà une gageure de dégager un critère de scientificité un tant soit peu fiable. Seule l'idée de «falsifiabilité», proposée par Karl Popper, semble pouvoir emporter l'adhésion. Selon lui, ne sont «scientifiques» que les théories réfutables, mais non encore réfutées, autrement dit les théories qui prennent vraiment le risque de se confronter à la réalité en laissant ouverte, de par leur structure, la possibilité d'être contredite par un fait. C'est là bien peu! Et les conséquences sont redoutables : loin de pouvoir assimiler ce qui est «scientifique» et ce qui est «vrai», ce critère nous rappelle que les théories scientifiques sont condamnées à n'être, au mieux et pour toujours, que des conjectures provisoirement 47
48 corroborées, des modèles explicatifs dont rien ne peut jamais prouver le caractère définitif. Il suffit d'adopter une perspective historique et d'analyser la genèse des diverses théories pour constater qu'il n'existe pas de logique de la découverte scientifique. Dans son très critique Contre la méthode, l' épistémologue Paul Feyerabend se consacre à cet examen scrupuleux, et ne laisse aucune place à l'hésitation: «Il n'y a pas une seule règle, aussi plausible et solidement fondée sur le terrain de l'épistémologie soit-elle, qui n'ait été violée à un moment ou à un autre. Ces violations ne sont pas des faits accidentels; elles ne proviennent pas d'une connaissance insuffisante ou d'une étourderie qui aurait pu être évitée. Au contraire, elles sont nécessaires au progrès.» Quid alors de la fameuse méthode expérimentale? Observer, formuler des hypothèses, les intégrer dans des systèmes déductifs, tester leur pertinence en recourant à l'expérimentation et ne garder que ce qui a résisté à l'épreuve des faits - les sciences semblent avoir tout à gagner à instaurer ce dialogue indéfiniment continué de la raison avec le réel. Pourtant, il ne faut pas être dupe de son apparente puissance heuristique. La méthode expérimentale n'est pas une méthode d'invention, mais une méthode de preuve ou plutôt d'objection. Or, le progrès scientifique se joue dans le moment même où sont proposées de nouvelles hypothèses explicatives. Mais le constat est là: il n'y a pas de procédure uniforme qui garantirait une découverte féconde à tous les coups. Si l'esprit humain a une propension naturelle à forger des hypothèses, dépassant les données de l'expérience pour en imaginer les causes, le contenu concret de ces hypothèses varie au grès des individus et du hasard: au grès de la témérité de certains à proposer des suppositions d'abord purement gratuites et au grès des événements, des coïncidences, voire des accidents de parcours. Combien d'absurdités, d'errances ou de fourvoiements, pour une idée enfin fructueuse! 48
49 Jamais la méthode ne devance la découverte. Toute méthodologie est condamnée à n'être qu'un propos de circonstances ou une normativité inféconde. Les faits sont là pour le prouver: les théories scientifiques ne s' élaborent pas selon une démarche rodée permettant une accumulation progressive de connaissances, mais par crises, par ruptures, par rectifications et réinterprétations continuelles. Le champ scientifique est un champ de bataille. Le chaos règne: des méthodes, toujours diverses et changeantes, se confrontent, se remplacent, se juxtaposent et se contredisent. Victime d'une illusion de perspective, on a tendance à confondre la recherche scientifique telle qu'elle est présentée ou enseignée, et la recherche scientifique telle qu'elle est réellement menée. C'est dans le mot même de «méthode» que réside l'enchantement et le leurre. Venant du grec methodos, le mot parle d'un «chemin», celui qui serait tracé à l'avance, celui qui conduirait nécessairement au but que l'on se fixe. Mais en sciences, le chemin se construit au fur et à mesure de l'avancée. Aucun scientifique ne sait, avant de s'attaquer à un problème, comment il va procéder pour le résoudre. Les règles sont continuellement à réinventer, et vouloir en donner entraverait la recherche. Autrement dit, pour ce qui touche les sciences telles qu'elles se constituent, le projet cartésien d'un «discours de la méthode» est un voeu pieu et une impasse de la pensée. Alors se comprend la fécondité de tous les bricolages. Pour transformer un échec en succès, il faut une certaine souplesse, une capacité d'adaptation. Cela exige que l'on se défie des méthodes traditionnelles, prétendument indispensables, et que l'on jongle avec les possibles, en osant parfois tenter l'improbable. Dans quelque domaine que ce soit, la recherche du nouveau nécessite que soient mises en oeuvre de nouvelles manières de procéder. Ainsi, la «méthode» du bricoleur est non seulement efficace dans le domaine des réalisations pratiques, mais elle a aussi le mérite de constituer un véritable modèle pour la 49
50 recherche intellectuelle - «méthode» efficace, précisément parce qu'elle n'a rien d'une méthode, au sens propre du terme. Ce que nous montre le bricoleur, c'est la puissance heuristique du tâtonnement. Seule peut être créatrice une logique de la récupération qui use d'ajustements et de modifications, qui va dans toutes les directions, qui fonctionne continuellement par essais et erreurs. Même si cela peut paraître déconcertant de la part d'un épistémologue, Feyerabend ne fait pas autre chose, dans son Contre la méthode, qu'une apologie du bricolage méthodologique. Après avoir étudié ce qui pourrait stimuler la découverte scientifique, il ne trouve aucune autre doctrine à défendre que celle d'un «anarchisme méthodologique», qu'il résume en une seule leçon, simple et infiniment ouverte: «Le seul principe qui n'entrave pas le progrès est: tout est bon.» Il ne s'agit évidemment pas de faire n'importe quoi, de croire que «tout est dans tout, et réciproquement», mais d'admettre qu'il faut sans cesse tester la transposition de matières et d'outils dans les domaines d'application les plus divers. Sortir les concepts de leurs champs propres, les détourner de leurs usages rodés, instaurer des rapprochements inédits et composer avec des idées hétéroclites, telle est l'une des activités les plus productrices de l'esprit. Pour créer de la compréhension, il faut «com-prendre», c'est-à-dire «prendre avec», «rassembler ce qui est épars». Quand la recherche intellectuelle s'inspire du bricolage manuel, elle retrouve l'une des marques les plus certaines de l'intelligence humaine- entendue au sens étymologique d'interlegere, désignant la capacité de repérer et de tisser des liens. 4 Une utopie de l autonomie Extrait du chapitre : «POLITIQUE. Un individualisme exigeant», p. 99 à
51 «La subordination au travail salarié et aux buts économiques de toutes les autres activités et fins humaines perd son sens et sa nécessité. L'émancipation par rapport à la rationalité économique et marchande devient possible. Elle ne se réalisera que par des actions qui non seulement la prennent expressément pour but mais en illustrent la possibilité.» (André Gorz, Les Métamorphoses du travail). «Bricoleurs de tous les pays, unissez-vous!» On connaît la rengaine de l'unisson, mais ici elle tourne court. C'est toujours seul que le bricoleur part à la conquête de ses projets, et pour lui seul qu'il se détourne de la société de consommation tout comme du monde du travail. Il est un solitaire qui entend bien le rester, un isolé qui ne cherche manifestement rien moins que de faire corps. Parce que, dans le bricolage, l'individu se replie sur sa sphère privée, on pourrait croire à première vue que sa pratique épouse, voire accentue le mouvement d'atomisation caractéristique des sociétés modernes. Phénomène de société, il ne ferait qu'en suivre la dynamique, celle d'un délitement progressif et fatal. Si l'accusation semble faire mouche, l'analyse qui la soustend reste peut être faussement pénétrante. Pourquoi ne pas voir, au contraire, dans l'individualisme du bricoleur une réaction contre l'individualisme ambiant? Il est des révoltes profondes et salutaires qui se préparent loin des mots d'ordre complaisants et du tumulte de la scène publique; et celle du bricoleur n'est peutêtre pas des moindres, aussi restreinte et ciblée que soit son action sur le monde. Dans le silence de son atelier, parions qu'une autre société se montre. Deux types d'individualisme sont en effet à distinguer. L'individualisme du bricoleur ne ressemble en rien à l'individualisme contemporain toujours en quête de jouissances faciles. Un rapide regard sur l'offre sociale, dans sa riche diversité, suffit pour comprendre qu'aujourd'hui l'effort n'est plus une valeur ayant le vent en poupe. Des jeux vidéo aux 51
52 émissions grand public, des conseils de vie dispensés à longueur de magazines aux différentes formes de coaching, des associations de défense des droits aux multiples allocations garanties par l'etat-providence, des plats surgelés aux fast-foods, des services à domicile aux clubs de vacances où s'activent des GO dévoués, tout est fait pour alléger l'existence. La modernité semble ne suivre qu'une seule voie, celle qui consiste à simplifier l'accès au plaisir. Les médiations ne sont plus de mise; on les fuit comme si elles étaient stériles et superflues. Tout se doit d'être immédiatement utilisable, immédiatement attrayant, immédiatement profitable, immédiatement abordable, immédiatement ludique,' bref: dans tous les domaines, on vise l'adéquation parfaite avec les besoins, les désirs, voire les caprices individuels. L'individu moderne exige du «prêt -à-jouir», et la société lui offre ce qu'il réclame: la prise en charge de chacun des aspects de sa vie. Cet individualisme-là est passif, opportuniste, pour ne pas dire toujours assisté. L'individu moderne se décharge non seulement de sa responsabilité envers les autres, mais aussi de la responsabilité de sa propre existence. Il attend qu'on s'occupe de lui, qu'on fasse son bonheur, qu'on lui apporte ce qu'il ne veut pas prendre la peine de faire par lui-même. Inutile alors de préciser que le «prêt-à-jouir» est toujours décevant. En témoigne, par exemple, l'attitude de l'enfant à qui l'on offre des jouets ne laissant aucune prise à l'action véritable: quelques minutes suffisent pour qu'il délaisse le jouet «pré-joué», et aspire déjà à autre chose. Lorsque les variations sont limitées, les usages codifiés ou les métamorphoses impossibles, le plaisir est fugitif et l'ennui guette. Ne cherchant que des jouissances faciles, l'individu moderne va d'insatisfactions en insatisfactions. C'est se faire une piètre idée du plaisir que de le croire antithétique avec la peine liée à l'effort. Loin d'être son opposé, le plaisir est son dépassement, quelque chose comme sa rançon. Il ne s'agit pas ici d'adopter une quelconque perspective moralisante, de n'approuver le plaisir que comme la récompense 52
53 d'un sacrifice de soi. On peut simplement constater que chercher un plaisir séance tenante, c'est se condamner à le manquer, c'est n'atteindre que ses versions édulcorées et fugaces. Le plaisir est un accident non une promesse, un plus et non pas un but; il est ce qui se surajoute à l'action lorsqu'elle a rempli sa fonction propre. Voilà ce qu'a intimement compris le bricoleur, et ce qui fait, une fois de plus, son inactualité. Il sait par expérience que le plaisir véritable, celui qui épanouit aussi bien le corps que l'esprit, ne peut avoir d'autres sources que l'ardeur à l'ouvrage, la persévérance et la résolution de faire bien. Et il sait que l'intensité de ce plaisir, sa prégnance et sa pérennité, ne dépendent que des difficultés surmontées: avoir triomphé de matériaux coriaces, avoir usé quand il le fallait de force ou de délicatesse, avoir apprivoisé des outils inconnus, avoir trouvé des solutions inédites, ne pas avoir cédé à l'énervement ou à la fatigue et, finalement, avoir dépassé tous ses espoirs. A bonne distance, plaisir et fierté ne font qu'un, car la vraie jouissance n'est jamais autre chose qu'une légitime estime de soi: non pas une satisfaction de ce que l'on est ou de ce que l'on possède, mais un regard rétrospectif et serein sur ce que l'on a eu le courage de commencer et d'achever, sur les victoires que l'on a remportées contre soi. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le bricoleur dénote! Ce n'est pas tant le plaisir qu'il recherche, que les occasions de travailler encore et toujours. A l'heure où la facilité est partout promue, il choisit de vouer un culte à l'effort. Cette attitude n'est pas le symptôme d'une fuite; elle est foncièrement délibérée. Il contrarie en lui toute hypothétique tendance à la passivité pour atteindre la seule satisfaction qui l'intéresse, celle d'avoir voulu progresser. Si à l'individualisme ambiant, toujours futile et attentiste, il oppose un individualisme de l'effort, c'est donc parce qu'il a compris la fécondité des médiations, et notamment celle du travail que l'on fait par et 53
54 pour soi-même. Il travaille, sachant que l'autonomie en est la récompense ultime. Cette vérité-là se dérobe trop souvent. Elle échappe à ceux qui jugent de la valeur du travail à l'aune d'un métier qu'ils détestent; et persuadés qu'il n'y a pas d'autres douceurs que celles de l'oisiveté, ils fuient dans une passivité d'autant plus creuse qu'elle les fait passer à côté des bénéfices du travail bien compris. Certes, après une semaine difficile absorbée par un métier aliénant, qui ne souhaite pas se retrouver? Mais faire le choix du repos pendant son temps de loisir, c'est faire un mauvais choix, car, dans la facilité, on ne peut que s'oublier et se perdre encore plus. Ce qu'exprime le bricolage, c'est un désir fort de renouer avec soi-même, le désir que ce soit le travail qui fasse partie de la vie et non pas la vie qui soit sacrifiée au métier. Or, il y a là quelque chose de fondamental : le bricoleur présente un modèle politique. La manière dont il occupe ses temps libres nous donne à penser une autre organisation sociale possible, plus soucieuse de l'épanouissement individuel. Comme le démontre André Gorz dans les Métamorphoses du travail, nos sociétés modernes sont confrontées à un problème qui ne réside pas tant dans l'opposition entre le temps travaillé et le temps libre, que dans l'opposition entre la sphère des activités hétéronomes et celle des activités autonomes. Le monde du travail repose sur une contradiction insoluble : parce qu'il est mû par l'impératif de la rentabilité, on travaille tout en cherchant à minimiser le temps de travail nécessaire- aussi travaille-t-on tout en dévalorisant le travail. Or, «un travail qui a pour effet et pour but de faire économiser du travail ne peut pas, en même temps, glorifier le travail comme la source essentielle de l'identité et de l'épanouissement personnels.» On ne peut pas s'accomplir pleinement dans son métier, parce qu'il est le lieu de contraintes subies, inhérentes à la sphère marchande. Aussi plaisant et créatif soit-il, le métier reste nécessairement une activité hétéronome. Selon André Gorz, un 54
55 épanouissement personnel fort n'est possible que dans la sphère non marchande. Elle est le seul lieu où peuvent se développer des activités autonomes, c'est-à-dire des activités ayant leur fin en elles-mêmes et dont l'organisation ne tient qu'à la libre volonté de l'individu. Leur spécificité est d'importance: «Toutes ces activités requièrent un travail au sens d'effort, d'application méthodique, mais portent leur sens et leur récompense dans leur accomplissement autant que dans leur résultat: elles ne font qu'un avec le temps de vivre.» Une utopie nouvelle se dessine alors. Les progrès techniques ont permis de travailler moins en produisant plus, mais ils n'auront de sens que s'ils sont mis au service des individus. Aussi, André Gorz propose de penser une nouvelle organisation sociale où la sphère des activités hétéronomes est subordonnée à la sphère des activités autonomes. Pour que l'individu puisse «reprendre du pouvoir sur sa vie», il est nécessaire que le métier cesse d'en être le centre, pour ne devenir, même s'il reste incontournable, qu'un épiphénomène de sa vie. Devenu un loisir pratiqué par toutes les couches de la population, le bricolage semble montrer par l'exemple que cette utopie est souhaitée, et peut-être même possible. Loin d'être un phénomène de société, le bricolage s'oppose à la société telle qu'elle va. Il est une force de contestation sociale, car il est quelque chose comme une réponse aux agressions de la société, celles d'une sphère marchande où l'individu est réduit à son pouvoir d'achat et celles d'une sphère productive où il n'est plus que le rouage interchangeable d'un gigantesque mécanisme. L'individualisme qui anime le bricolage est un individualisme conséquent. En affirmant la valeur fondamentale de l'individu, il montre la voie que doit suivre toute société soucieuse de garantir une organisation sociale juste, à savoir: créer des sphères où nous puissions vouloir ce que nous faisons et où nous puissions nous reconnaître dans ce qui est fait. 55
56 L'humanité a souvent vécu par ses rêves, attendant des lendemains qui chantent. Le bricoleur, lui, n'attend pas. Il agit ici et maintenant. Sa sphère d'action est limitée, certes. Pourtant, si chacun agissait comme lui, dans les limites de sa sphère d'action... L'utopie que porte le bricoleur n'est pas une utopie du futur parlant de jours radieux qui, toujours, resteront à venir. C'est une utopie du présent, un désasservissement continuel. Se défiant de tous les embrigadements, ne cherchant pas même à faire école, il vit son utopie pour lui-même- il ne fait que montrer l'exemple. 56
57 Bricolage? Retranscription d une entrevue vidéo d Emanuel Latreille, Directeur du Frac Bourgogne, à propos d une exposition intitulée Bricolage? dont il a été commissaire d exposition en «Je dirais que si on ramène l artiste à un bricoleur, on peut être tenter de le confondre avec un amateur indécis, en tant que l amateur est quelqu un qui flirt mais avec une certaine distance avec la réalité des enjeux matériels ou actuelles des réalités qu il prend en charge. L artiste n est pas un amateur au sens où que ce qu il aime, il le traite avec sérieux. Bien sûr quelque fois avec certaines distances comme Duchamp nous l a appris, parfois même avec de la paresse ou un semblant de désinvolture mais néanmoins avec un grand sérieux qui consiste à effectivement chercher encore une fois à créer dans l objet qu il considère une nouvelle situation. C est ça qui, je crois, distingue l artiste bricoleur de l amateur du dimanche, du bricoleurs du dimanche ; c est son intention forte qui est au fond d aboutir à une nouvelle vision. Donc l artiste a l air d un bricoleur plus qu il ne l est réellement. Ceci étant, évidemment dans le concret de son travail, il peut être très proche de ses gestes rapides, succinct, un peu tâtonnant, qu on voit chez les bricoleurs.» 57
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