Projet de recherche Les Services de Santé au Travail et l impératif de pluridisciplinarité Phase 1 du projet de recherche: phase exploratoire Version résumée Mots-clés : Santé au travail Préventeurs Pluridisciplinarité Organisation - Profession
1. Contexte scientifique Les services de Santé au Travail au sein des entreprises sont une composante majeure du traitement des questions relatives aux conditions de travail en milieu professionnel en France. Le présent projet vise à analyser le fonctionnement de ces entités et leur mutation en considérant qu elles sont un point d entrée intéressant pour comprendre les évolutions importantes qui traversent ce qui, au 20 ème siècle, s est construit comme le domaine de la «santé au travail». Face aux évolutions des besoins des entreprises et des salariés et au vieillissement de la profession médicale, ces services doivent aujourd hui répondre à un impératif de «pluridisciplinarité» aux contours peu stabilisés. Si le terme a une existence juridique, il renvoie en effet à des évolutions très hétérogènes des organisations et des professionnels concernés (voire la récente étude «La Pluri» 1 ). Notre recherche part de ce constat. Elle vise à mieux comprendre comment l impératif de pluridisciplinarité interroge les modes d organisation et les logiques de coopération les différents acteurs impliqués : - En interne au sein du service Santé au travail, - En interne à l entreprise, avec les autres services connexes et avec les salariés bénéficiaires - En externe avec les acteurs institutionnels Et, plus largement, notre recherche doit pouvoir saisir comment ce cadre d intervention les amène à se questionner sur leur rôle, leur place et leur légitimité. L originalité du projet est double : thématique et méthodologique. - Notre originalité thématique : les préventeurs des services de Santé au Travail, une catégorie de professionnels peu interrogée - Notre originalité méthodologique : croiser analyse organisationnelle et professionnelle 1 http://www.istnf.fr/site/minisite/page.php?numsite=41, étude dirigée par les Dr Fantoni, Frimat, et Roquet. 2
2. Projet de recherche résumé 2.1. Hypothèses exploratoires Pour étudier de manière exploratoire la mise en œuvre concrète de la pluridisciplinarité dans les services de Santé au Travail et comprendre la place et le rôle des «préventeurs», nous proposons de tester 3 hypothèses de recherche. Elles décrivent ce qui nous apparait comme des modes de coordination possibles des différents acteurs impliqués dans la santé au travail, pour y comprendre plus précisément la place des «préventeurs». - Une logique de coordination organisationnelle Si les médecins bénéficient d un statut protégé, les autres intervenants sont juridiquement subordonnés au pouvoir de l employeur. C est cette action de l organisation au travers de ses cadres qui nous semble une première piste à explorer pour comprendre la mise en œuvre de la pluridisciplinarité. Quel est l organigramme? Comment les éventuels responsables de service managent des équipes pluridisciplinaires? Quelle est la cohérence pensée et voulue par l organisation? Autant de questions qui visent à interroger la rencontre d une logique gestionnaire, fondée sur les «valeurs» de rationalité / maîtrise / performance (Boussard, 2008), le travail d organisation des cadres, et les intérêts de chaque acteur, dans une perspective d analyse stratégique (Friedberg, 1993). - Une logique de coordination disciplinaire Une autre manière d interroger la place des préventeurs est de s intéresser à leur collectif concret, défendant une posture d autonomie et d expertise dans un champ. Quelle spécificité défendent-ils et quelle rhétorique (Paradeise, 1985) mettent-ils en avant? Comment définissent-ils leur expertise et la distinguent-ils de leurs collègues? Quelles sont leurs méthodes concrètes de travail et quels outils utilisent-ils (logiciel d évaluation des risques, outils gestionnaires, etc.)? Quels types de diplômes ou d expérience mobilisent-ils pour attester de leur compétence et quels effets en termes de coordination sont produits par la standardisation des qualifications (Mintzberg, 1982)? - Une logique de coordination et de légitimation relationnelle externe Une troisième hypothèse sur la structuration de la coordination des services de Santé au Travail est qu elle repose fortement sur les caractéristiques des environnements dans lesquels ils agissent et sur les relations qui peuvent être plus ou moins stratégiquement organisées avec ces environnements. Il s agit alors de comprendre comment la reconnaissance professionnelle dépend en partie des relations développées localement avec les bénéficiaires des services de santé au travail (employeurs et salariés). Dans cette perspective, il est intéressant d analyser systématiquement ces relations, les formes d alliance ou de compétition qu elles peuvent entraîner entre acteurs, la manière dont est prise en compte, interprétée et utilisée la «demande des clients». 3
2.2. Méthodologie Pour explorer ces hypothèses, nous proposons la méthode suivante : Dans une phase exploratoire, notre enquête se concentrera sur deux services de Santé au Travail dans deux entreprises différentes (taille, secteur, métiers ) et sur l analyse des relations entre l ensemble des travailleurs qui les font fonctionner. Dans une phase ultérieure, les services de Santé au Travail de plusieurs entreprises seraient analysés systématiquement au moyen de grilles d analyses développées préalablement. L analyse se fera dans une perspective qui fera discuter sociologie des organisations et sciences de l information et de la communication. Cette seconde phase s inscrirait dans un financement par l Agence Nationale de la Recherche (ANR) après soumission d un projet. Une démarche hypothético-inductive par entretiens semi-directifs : Nous nous intéresserons particulièrement, via des entretiens biographiques et à l analyse des carrières, à la manière dont les services de Santé au Travail constituent ou non des lieux de structuration de groupes professionnels nouveaux (IPRP, Préventeurs, etc.) et de négociations des frontières entre groupes professionnels. 4
3. L équipe L équipe est coordonnée par : Constance Perrin-Joly est Maîtresse de conférences en sociologie (IRIS, Université Paris 13). Sociologue du travail, elle oriente ses recherches à la fois sur les organisations à travers leurs politiques de santé au travail et de diversité, et sur les acteurs professionnels qui portent ces politiques. Ses travaux en cours mettent en particulier l accent sur l étude des temporalités, des parcours et des générations. «Innovation et redéfinition des groupes professionnels au sein de leurs organisations : étude comparée des secteurs de la poste et du transport» (avec Nadège Vézinat), in Durand, Moatty, Tiffon, Travail et Innovation, Innovation dans le travail et travail d innovation, Octarès, 2013. «De la recherche salariée : lien de subordination et liberté de la recherche», SociologieS, 2010. «La sélectivité par l'âge dans les métiers de l'informatique : comprendre sa récurrence», (avec Poussou-Plesse M., Duplan D.) Travail et Emploi, 2010. Giovanni Prete est Maître de conférences en sociologie. Spécialiste de sociologie des organisations et de sociologie des sciences et de l'expertise, il a réalisé une thèse sur les dynamiques de production de connaissances scientifiques sur des risques sanitaires et environnementaux. Chercheur à l IRIS (Université Paris 13), il mène actuellement des recherches sur les processus de reconnaissance des maladies professionnelles dans le monde agricole (projet ANSES). «De l intoxication à l indignation : le long parcours d une victime des pesticides» (avec Jean-Nöel Jouzel), Terrains & travaux, 2013. «Les frontières de la mobilisation scientifique, entre recherche et administration», Revue d'anthropologie des connaissances, 2013. «À l épreuve de «crises agricoles» : la gestion confinée d introductions de pathogènes des cultures», Terrains & Travaux, 2012. Antoine Debure est sociologue, chercheur associé à l Institut Francilien Recherche Innovation Société (Univ. Paris Est CNRS EHESS), consultant en prévention des RPS au sein du cabinet idéhos et enseignant (Ecole Centrale Paris, ParisTech). «Sociologie des organisations», in Zawieja P et Guarnieri F, coord. (2014). Dictionnaire des risques psychosociaux. Paris : Le Seuil. 864 p. «Générations d experts et leur rapport à la précaution», Soumission en cours 5