ETAT DES LIEUX DE L'ANIMATION DANS LE PREMIER DEGRÉ L accompagnement par des professionnels attentifs, qualifiés et bienveillants est indispensable pour permettre aux enfants de s'épanouir et profiter des activités proposées. La Ville de Paris s attache à la qualité de l encadrement et à la formation des agents responsables des enfants (Charte du périscolaire de la Ville de Paris.) Des données Nombre d'enfants Paris 20ème Effectifs maternelle 58800 5825 Effectifs élémentaire 83000 8593 Cantine (2009) 80,00% 81,00% études surveillées (2009) 24,00% 30,00% goûters récréatifs (2009) 31,00% 36,00% Mercredis (2009) 17,00% petites vacances (2009) 15,00% (10% Noël) 15,00% moy/ jour en juillet et août 15,00% Normes d'encadrement Maternelle Elémentaire Midi 1 pour 15 1 pour 30 Etudes surveillées 1 pour 25 Goûters récréatifs 1 pour 25 Mercredis et vacances 1 pour 8 1 pour 12 Animateurs, surveillants, bcd, epl, directeurs Nombre (2011) Titulaires 1688 (1746 postes au budget ) Contractuels Vacataires Petit glossaire de l'animation : 434 (477 postes au budget) + de 4000, 6000 selon certains. temps périscolaire : temps de midi (pause méridienne), ou avant la classe (accueil du matin quand il existe), et après la classe (études et goûters) temps extrascolaire : mercredis, week end et vacances surveillant vacataire de l'interclasse : condition du poste avoir 18 ans surveillant d'étude vacataire : condition : avoir 18 ans + le bac animateur vacataire condition : avoir 18 ans, être titulaire ou en cours de Bafa pour 50% de ceux présents sur les centre des loisirs du mercredis et des vacances animateur titulaire : Bafa + concours interne ou externe, travaille en périscolaire et en extrascolaire. animateur contractuel : vacataire avec Bafa ayant été contractualisé au bout d'un certain nombre d'heures effectuées comprenant des interclasse et des mercredis. bécédiste : animateur ayant suivi une formation spécifique à la tenue de la Bibliothèque pendant les temps périscolaires, organise également les ateliers lectures et des projets avec les enfants ; pour l'école maternelle la BCD s'appelle EPL (espace 1er livre), vient en plus dans les effectifs prévus par les normes d'encadrement. La BCD est souvent le seul espace d'accueil ouvert à l'intérieur des écoles sur le temps de midi et constitue sans conteste un lieu très apprécié des enfants. responsable de point d'accueil, directeur de centre de loisirs : animateurs chargés de la gestion des centres de loisirs. Le directeur a le Bafd et supervise parfois plusieurs écoles. un référent est un animateur qui est présent sur l'école au moins 2/3 fois entre les mercredis, l'interclasse et l'étude, mais il peut être vacataire! Bafa : brevet d'aptitude à la formation d'animateur, Le BAFA n est pas un diplôme professionnalisant. Bafd : brevet d'aptitude à la formation de directeur. Pas non plus un diplôme professionnalisant. RAE : responsable de l'action éducative, gère les actions éducatives d'une CAS, l'animation mais aussi les dispositifs d'accompagnement scolaire : action collégiens, coups de pouce, atelier-lecture, etc
DASCO : direction parisienne des affaires scolaires, 8000 agents. CAS : circonscription des affaires scolaires, la Dasco se délègue en 9 circonscriptions, de un (20ème) ou plusieurs arrondissements, devenue CASPE récemment (+ petite enfance). Dans le premier degré les animateurs sont employés par la DRH de la Dasco, gérés par la CAS (leur supérieur hiérarchique étant le RAE adjoint) et organisés par les directeurs d'écoles sur l'interclasse et les études ; pour l'extrascolaire c'est le directeur du centre de loisirs le responsable de point d'accueil qui organise le travail. Il n'y a pas de hiérarchie entre directeurs, animateurs et surveillants, référents ou pas, un directeur peut faire des «rapports» sur un animateur et l'inverse est vrai. Des réglementations sur le temps de midi, les BCD et EPL et les centres de loisirs existent et se trouvent sur le site http://animateurs-cgt.org/reglements.php Aucun règlement de service n'existe pour les études surveillées et cela pose un vrai problème, d'une part les parents s'attendent souvent à une séance de travail dirigé, ce en quoi les surveillants ne sont pas compétents, d'autre part sans concertation ou consigne de la part des enseignants, certaines interventions de personnes non formées peuvent s'avérer néfaste pour les élèves. La loi de 1958 interdit les devoirs écrits mais dans la réalité cela est laissé à l'appréciation des professeurs. Les études surveillées sont traditionnellement consacrées à l'étude individuelle des leçons pour une partie du temps, et rien n'empêche le surveillant de proposer des jeux ou de lire une histoire, mais en aucun cas il ne doit se substituer à l'enseignant ou proposer lui-même du travail en plus aux enfants. En l'absence de réglementation ou de définition claire, on assiste à des pratiques parfois totalement incontrôlées. Les animateurs sont embauchés dans le secteur animation de la ville comme «adjoints d'animation», en catégorie C, la plus basse, au Smic en début de carrière 1. Les seuls postes en catégorie B sont occupés par des agents encadrants de la Dasco : les adjoints des RAE, qui sont des secrétaires administratifs.. Dans le secteur de l'animation aucun poste sur le terrain n'est au dessus de la catégorie C, les bécédistes et directeurs ou responsables de points d'accueil dont la qualification est nécessaire (BAFD, formations BCD/EPL) touchent des primes mensuelles ridicules (32 pour un bécédiste, 90 pour un directeur ) Les mois d'été la prime de bécédiste n'est pas servie, et les directeurs touchent une prime supérieure. Il y a dans nos écoles et collèges plus de 6000 animateurs ou surveillants, dont au moins 2/3 sont des vacataires. Un vacataire ne peut travailler plus de 910 h/an, ne touche pas d'indemnités de sécurité sociale en cas de maladie, sa paye comprend ses congés payés. Le salaire horaire des vacataires, surveillant de l'interclasse, études et animateur vacataire est inférieur à 11 /h brut Exemples de postes à moins de 910h Interclasse+étude+mercredis = 839h ->brut annuel = 8873 Mercredis+ vacances (sauf été) = 665h-> brut annuel = 6517 Vacances (sauf juillet) = 513h ->brut annuel = 5027 Des formations au Bafa et au Bafd sont proposées y compris aux vacataires, environ 300/an pour le Bafa (essentiellement à des vacataires hors temps de travail, avec possibilité de faire le stage pratique rémunéré), et 130 pour le Bafd. Pour passer le concours et être titularisé, il faut être un ressortissant de la communauté européenne et avoir au minimum le Bafa et le brevet de secourisme. 60 postes sont pourvus chaque année, qui ne compensent pas les départs en retraite et les postes non pourvus. La limite de 910 h imposée aux 4000 voire 5000 vacataires empêche ceux qui le souhaiteraient de prétendre à une contractualisation. Pourtant, l'emploi d'un vacataire depuis de nombreuses années correspond à des besoins permanents, au delà d'un an, et devrait leur donner le statut de contractuel de fait. Il y a eu 600 titularisations et 200 contractualisations entre 2001 et 2007, mais ce n'est pas suffisant pour que 1Depuis décembre 2012, les directeurs se sont vus attribuer une nouvelle catégorie C+ avec l'intitulé «directeur de centres et relais périscolaire», leur conférant un rôle sur le périscolaire, et un léger avantage salariale.
les équipes que nous rencontrons dans les écoles soient stables et composées de personnes formées et investies dans leur travail. Si certains sites fonctionnent correctement, cela ne minimise pas tous les dysfonctionnements liés à la précarité des postes et du système. En 2005 un audit de la Dasco souligne la difficulté de recrutement de personnel d'animation et de surveillance dans le 10ème, 19ème et 20ème arrondissements, ceux-ci n'étant pas pourvus en établissements d'enseignements supérieurs (donc pas de proximité avec des étudiants qui seraient volontaires ). Les viviers traditionnels de recrutement désertent au profit d'autres emplois plus rémunérateurs. La Ville de Paris ne reconnaît pas les diplômes professionnels de la filière animation (BAPAAT, BEATEP, BPJEPS, DEFA, DEDPAD) mais seulement le BAFA et le BAFD qui sont des diplômes non-professionnels, créés dans les années 70 dans le but de former des publics (souvent des enseignants) désirant devenir animateur ou directeur occasionnel. L'emploi massif de vacataires sur toute les périodes de l'année, et les mêmes personnes plusieurs années de suite, est la preuve du besoin réel et constant en personnel, dont la mobilité n'est pas choisie mais conséquentes aux mauvaises conditions de travail et de salaire. La déprécarisation demandée par l'ensemble des syndicats de la profession engagerait financièrement et assez lourdement la Mairie de Paris Paris n'est pas la seule ville à employer des précaires dans l'animation et c'est une revendication de ces personnels sur toute la France. Dans certaines villes ce service est remis à des associations : ligue de l'enseignement par exemple et n'est plus un service public. Mais peut-on considérer que c'en est un à Paris, quand deux-tiers ou trois-quarts des personnes chargés de nos enfants sont des vacataires? La Dasco parisienne serait d'après la CGT la plus grosse direction publique en nombre de vacataires en France. Notes de terrain : Les animateurs avec qui nous avons discuté, disent travailler sous pression permanente de la Dasco dont ils invoquent l'esprit «bureaucratique, autoritaire et routinier» (site CGT-animateurs). La question du manque de cohésion des équipes et du manque de compétences est centrale dans les dysfonctionnements relevés par les parents pendant les temps périscolaires et extrascolaires. Les parents rapportent souvent le peu d'investissement apparent des animateurs et surveillants auprès de leurs enfants : animateurs discutant entre eux, ne répondant pas aux demandes des enfants, n'intervenant que trop tard dans les disputes, ne jouant aucun rôle régulateur, ne respectant pas le règlement de service en matière d'hygiène sont malheureusement choses courantes. Parfois même il y a des personnels tellement peu aptes à s'occuper d'enfants qu'ils sortent totalement de leur rôle et maltraitent verbalement ou physiquement les élèves. Malgré les préconisations de la Charte Educative, les temps périscolaire et extrascolaire ne sont pas suffisamment reconnus comme des temps pédagogiques, et on déplore le manque de visibilité des personnels et de synergie avec les autres membres de la communauté éducative. Les enseignants soulignent que depuis l'instauration de l'aide personnalisée, il y a encore moins de lien possible avec les animateurs, il n'y a en effet plus d'enseignant assurant le service du midi. Les conditions d'accueil des enfants pendant les vacances sont parfois alarmantes, de nombreuses écoles étant fermées pour des travaux pas toujours effectifs, certains centres sont à près de 300 enfants (y compris en maternelle) dans des locaux saturés, dans des conditions d'insécurité alarmantes et au détriment du bien être des enfants. Les directeurs d'écoles (dans le cas général c'est eux qui sont en charge de l'organisation de l'interclasse et des
études ou goûters récréatifs et ils sont rémunérés pour cela, (cf le tableau) qui rencontrent régulièrement les équipes obtiennent de meilleurs résultats, mais il leur semble souvent impossible d'exiger un tel investissement de personnes aussi peu considérées. Organiser des réunions d'interclasse avec une équipe qui vient pour 2 heures et termine son service à 13h20 s'avère difficile à mettre en œuvre, d'autant que les conditions de la rémunération de l'équipe pour ce type de réunion ne sont pas clairement définies, on nous parle d'une heure annuelle, extensible sur demande. Le turn-over des animateurs est tel que le travail effectué sur une année pour réussir à faire fonctionner une équipe est à refaire à la rentrée suivante ; et en zep il faut y ajouter celui des enseignants. C'est un élément déstabilisant pour les enfants. Et une tâche lourde pour les directeurs. Directeurs d'écoles, indemnités versées pour organisation d'activités, nombre de classes et/ou enfants indemnité mensuelle (2005) selon grade, l'indemnité a peu évolué depuis 2005 Servie sur 9 mois et 1/2 interclasse moins de 10 classes 150 à 185,50 10 classes et plus 200 à 247,40 études surveillées moins de 10 classes 110 à136,07 10 classes et plus 140 à 173,18 ateliers bleus 30 à 37,11 Garderie (goûters) moins de 10 classes 110 à 136,07 10 classes et plus 140 à 173,18 Le code de l'éducation ne prévoit pas de représentation des personnels d'encadrement du périscolaire au conseil d'école, si ils peuvent y être systématiquement invités en tant que membres supplémentaires, ils n'ont que voix consultative. Les questions du périscolaire y étant régulièrement abordées, ils sont souvent sollicités à venir s'exprimer, on ignore si cette participation est intégrée à leur service et payée. Et si on déplore qu'ils soient peu présents, il faudrait sans doute réfléchir aux raisons qui les poussent à rester si discrets : découragement de la profession, peur de la hiérarchie, application du «devoir de réserve» qui est tellement mis en avant dans leurs règlements de services? Les directeurs d'écoles sont quant à eux peu intéressés à faire intervenir les parents dans des rencontres avec les animateurs, par craintes bien et mal fondées sans doute ; pourtant nous avons pu constater que quand cela a lieu le climat s'améliore, chacun prenant la mesure de la place qu'il occupe dans l'école avec au centre la préoccupation commune des enfants dont les parents délèguent la charge et la responsabilité à d'autres adultes. Conclusions : Malgré les efforts de formation de la Mairie, la prise en charge des enfants «hors la classe» souffre de manques de personnels suffisants et suffisamment efficaces pour accomplir les buts déclarés dans la Charte Educative du Périscolaire de juin 2007. Nous affirmons que les parents sont légitimes à s'inquiéter de ces temps d'interclasse, d'études, de goûters, et qu'ils ont le droit de connaître les problèmes rencontrés, autrement que par leurs enfants dont les récits sont souvent partiels, voire totalement fantaisistes. D'autant que, si les problèmes de «cour de récréation» ne datent pas d'hier, ils ont toujours été aussi un facteur de grande souffrance chez certains enfants, de nos jours certains enfants font des journées de 10 heures à l'école, et n'ont parfois pas d'autre vie sociale que ces temps périscolaires et extrascolaires.
La Mairie ne peut continuer à ignorer que la précarité des conditions d'emploi, mais aussi précarité due à la mobilité imposée aux personnes qui sont souvent employés comme bouches-trous et déplacés comme des pions (sic) et les mauvaises conditions de travail (salaire très bas, absence de formation et d'encadrement) sont les causes des difficultés de recrutement qu'elle rencontre surtout dans les quartiers excentrés et pauvres, là où il faudrait des équipes encore plus stables et qualifiées. Cette politique dont les motivations apparaissent comme essentiellement budgétaires a pour effet de mettre au contact des enfants des personnes sans les compétences et la formation nécessaires. Mais surtout, ce système les maintient une absence de statut qui leur interdit toute perspective d'amélioration et entrave le développement de leurs compétences. Il nous paraît urgent et important d'améliorer la qualité générale de la prise en charge de nos enfants, en revalorisant la fonction et le métier des personnels qui travaillent dans les écoles, de l'agent de service à l'animateur référent en passant par les assistants de vie scolaire, en les intégrant à la communauté éducative et en leur donnant une visibilité active. Il est temps de considérer sérieusement ces métiers afin que des adultes censés participer à l'éducation des enfants ne soient pas des facteurs d'aggravation de la violence entre les enfants et de leur mal être à l'école, ni non plus considérés comme des assistants disciplinaires de l'équipe enseignante, mais bien reconnus pour leur rôle complémentaire au corps enseignant. Leur regard croisé sur les enfants est essentiel au rééquilibrage et à la réussite de la vie collective dans les écoles. Anne Coret, Union Locale Paris 20ème FCPE Février 2012, actualisé en janvier 2013 Toutes les sources utilisées sont accessibles sur Internet : rapport d'observations définitives Ville de Paris par la Chambre régionale des comptes 2007, audit périscolaire 2005, charte éducative périscolaire 2007, rapport action réussite éducative 2010, site CGT animateurs, site UNSA animation, budget Ville de Paris 2011