La compétitivité Le défi français
I. Définition de la compétitivité Définitions La notion de compétitivité des entreprises d un pays renvoie à l attractivité des biens et des services que ces entreprises produisent pour les entreprises et consommateurs étrangers. (source: Le Monde) C est donc la capacité d un pays à exporter. La compétitivité est très importante pour un pays car sans exportations, l Etat ne peut obtenir les revenus suffisants pour continuer à mener ses diverses politiques. On distingue deux dimensions de la compétitivité : La compétitivité prix. La compétitivité hors-prix.
La compétitivité prix Elle dépend de plusieurs facteurs : Les coûts liés au transport, aux droits de douane et à la réglementation. Le taux de change : la valeur de la monnaie par rapport aux autres. La concurrence : plus il y en a, moins le produit est cher, et inversement. Le prix des exportations. Le prix des exportations est lui-même déterminé par les coûts de production (source : Dessine moi l éco) : Le coût du travail (les salaires). Le coût du capital (les intérêts). La productivité.
Comment améliorer sa compétitivité prix? La concurrence et les coûts liés au transport sont des données que l on ne peut pas modifier. On peut donc agir directement sur : Le taux de change. Les coûts de production. Agir sur le taux de change? Il peut être influencé par la Banque centrale. Pour l euro, c est la Banque centrale européenne qui agit directement et non pas les Banques centrales de chaque Etat membre. Que peut faire la Banque centrale européenne? Elle peut dévaluer la monnaie, c est-à-dire abaisser le taux de change. En conséquence, le prix des biens devient moins élevé, ce qui les rend plus compétitif : les exportations augmentent. En revanche, comme «notre monnaie» vaut moins, les autres monnaies valent «plus». Ainsi, le prix des importations augmente, comme le pétrole, que l on achète en dollar. La France est un pays qui importe beaucoup plus qu il exporte.
Agir sur les coûts de production? Les coûts de production, on l a vu, se composent du coût du travail, du coût du capital et de la productivité. Il est possible d agir sur le coût du travail ou d améliorer notre productivité. Réformer le coût du travail? Réduire le coût du travail réduirait les coûts de production et renforcerait notre productivité. Le coût du travail est complexe : il se compose du salaire et des charges. Par exemple, quand un salarié gagne 2000 il coûte en réalité +2000 de charges à l employeur. Une TVA sociale réduirait ce coût du travail : les charges seraient baissées ; une augmentation de la TVA financerait cela, payée par les consommateurs, les touristes, etc. Améliorer notre productivité? Plusieurs éléments sont susceptibles d affecter notre productivité : La qualité des infrastructures (routes et réseaux de télécommunication). La proximité des partenaires (l importance de notre tissu entrepreneurial. La qualification des travailleurs. La capacité à organiser la production de manière efficace et innovante. Le progrès technique.
La compétitivité hors prix Elle relève davantage de la stratégie des entreprises. Elle dépend de : La qualité des produits. L innovation. Ces stratégies d entreprises dépendent de l environnement économique, fiscal, social et réglementaire des Etats. Ces derniers peuvent en effet : Apporter un soutien à l innovation et à la formation professionnelle. Inciter à des stratégies de «montée en gamme». Aider à la constitution d un réseau et du tissu entrepreneurial les «pôles de compétitivité». France-Allemagne On entend souvent dire que l Allemagne a bien mieux su faire face à la crise que nous de par sa meilleure compétitivité. Comment peut-on expliquer cela? Le coût du travail y est moins élevé (31 /h en moyenne ; 34,9 /h en France). Le tissu entrepreneurial y est bien meilleur (3 fois plus de PME qu en France). L Allemagne produit du «haut de gamme» ; la France, qui produit du milieu de gamme, est beaucoup plus exposée à la concurrence, en particulier celle des pays émergents.
La compétitivité française en question Les chiffres qui accablent l économie française : 1000 milliards : coût des pertes de parts de marché enregistrées depuis 10 ans du fait d une compétitivité insuffisante des entreprises françaises (source : L Expansion). - 67 milliards : déficit de la balance commerciale française en 2012 (source : Boursier). + 158 milliards : excédent de la balance commerciale allemande en 2011 (source : 20 minutes). 90 000 : le nombre d entreprises françaises qui exportent. 364 000 : le nombre d entreprises allemandes qui exportent (source : 20 minutes). Si la France avait la même densité d entreprises exportatrices que l Allemagne, notre pays compterait environ 284 200 entreprises qui exportent. Part des exportations françaises dans le commerce mondial (source : L Expansion) : 6,3% en 1990. 4,7% en 2000. 3,3% en 2011 (8,4% pour l Allemagne). Part d investissement dans la recherche et développement : France: 1,4% du PIB. Allemagne : 1,9% du PIB.
L impôt sur les sociétés (IS) en France et en Allemagne (source : Le Figaro) France : 34,4% Allemagne : 29,8% Les taux de TVA en France et en Allemagne (source : L Express) France, 2013 : 19,6% / 7% / 5,5% France, 2014 : 20% / 10% / 5% Allemagne : 19% / 7% / 0% Les cotisations patronales en France et en Allemagne (source: IFRAP) France : 14 % du PIB Allemagne : 11,2% du PIB
Les points forts de la compétitivité française (source : Pacte pour la compétitivité de l industrie française) Des pôles d excellence mondiaux : l industrie culturelle, le luxe ou encore l aéronautique et l aérospatiale. De grands groupes plus nombreux qu ailleurs : ils participent du rayonnement de la France. Les 200 premières entreprises françaises emploient 28% des salariés des secteurs marchands, et réalisent 50% des exportations. Terre d émergence de PME innovantes : la création d entreprises innovantes est plus active en France que chez la plupart de nos voisins européens. La recherche française, une reconnaissance mondiale : nos ingénieurs et personnels techniques sont parmi les mieux formés au monde. Continuons d investir en recherche et développement! La productivité horaire du travail est l une des plus fortes d Europe. Le prix de l électricité, (deux fois moins élevé qu en Allemagne), est un avantage important qu il nous faut préserver. La qualité des infrastructures et des services publics est indéniable, et constitue un facteur d attractivité et de productivité. La qualité de vie en France, un atout fort influant sur la localisation des activités industrielles.
II. Le débat sur la compétitivité en France Les 22 propositions du rapport Gallois (source : Pacte pour la compétitivité de l industrie française) 1. L État s engage à ne pas modifier cinq dispositifs, au moins, au cours du Quinquennat :, - le crédit impôt recherche, - les dispositifs dits «Dutreil» favorisant la détention et les transmissions d entreprises, - la contribution économique territoriale (68modifications de la taxe professionnelle en 35 ans!), - les incitations «sociales» aux jeunes entreprises innovantes, rétablies à leur niveau de 2010, - les dispositifs en faveur de l investissement dans les PME, notamment «l IR PME» et «l ISF PME». 2. Introduire dans les Conseils d Administration ou de Surveillance des entreprises de plus de 5000 salariés, au moins 4 représentants des salariés, sans dépasser le tiers des membres, avec voix délibérative, y compris dans les comités des conseils. 3. Créer un Commissariat à la Prospective, lieu d expertise et de dialogue social. Accompagner chaque Loi de Finances d un rapport sur la situation de l appareil productif fondé sur les travaux du Commissariat. 4. Créer un choc de compétitivité en transférant une partie significative des charges sociales jusqu à 3,5 SMIC de l ordre de 30 milliards d euros, soit 1,5 %du PIB vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernerait pour 2/3 les charges patronales, et pour 1/3 les charges salariales.
5. Mener les recherches sur les techniques d exploitation du gaz de schiste. 6. Aligner les conditions de crédit et des garanties export, en volume, quotité et taux sur le meilleur niveau constaté dans les pays avancés et créer un «prêteur direct» public. 7. Sanctuariser le budget de la recherche publique et celui du soutien à l innovation sur la durée du quinquennat. 8. Créer un mécanisme d orientation de la commande publique vers des innovations et des prototypes élaborés par des PME : objectif de 2 %des achats courants de l État. 9. Créer, au sein de la BPI, un produit constitué d actions de préférence sans droit de vote (bénéficiant en contrepartie d une rémunération privilégiée). 10. Elaborer un équivalent du «Small Business Act», comme cadre de cohérence des dispositifs en faveur de la croissance des PME. 11. Conditionner les soutiens de l Etat aux actions des grandes entreprises à leur capacité à y associer leurs fournisseurs et sous-traitants.
12. Renforcer la gouvernance et les moyens des comités de filières de CNIL. 13. Donner aux régions la responsabilité de coordonner l action des différentes structures régionales en charge de promouvoir l innovation et le développement de l industrie, ainsi que d animer le dialogue social. 14. Systématiser la présence des entreprises dans la gouvernance de l enseignement technique et professionnel au niveau des établissements (Conseils d administration), des Régions (établissement des cartes de formation) et au niveau national. 15. Doubler le nombre de formations en alternance sur la durée du quinquennat. 16. Demander aux partenaires sociaux de négocier les modalités de mise en œuvre d un compte individuel de formation, «crédité» soit au début de la vie active, soit chaque année, et attaché non au statut, mais à la personne. 17. Confirmer aux Commissaires aux comptes qu ils doivent obligatoirement joindre à leur avis sur les comptes de l entreprise, un rapport sur le crédit interentreprises. Prévoir des sanctions administratives (DGCCRF) en cas de manquement aux règles sur les délais de paiement.
18. Allonger la «durée» des contrats d assurance vie par une adaptation de leur régime fiscal ; avantager fiscalement les contrats en unités de compte (c'est-à-dire investis en actions) et les «contrats diversifiés» par rapport aux contrats dits en euros (placements essentiellement obligataires). 19. Doubler en cinq ans la capacité de France Investissement (BPI) à développer des partenariats public-privé dans le domaine du capital-investissement pour soutenir les entreprises ayant de forts besoins d investissement au moment de l industrialisation de leurs innovations. 20. Donner au CGI la mission de porter trois priorités techniques et industrielles : (1) les technologies génériques, (2) la santé et l économie du vivant et (3) la transition énergétique. 21. Accompagner toutes les décisions européennes concernant la concurrence d un avis d experts économiques et industriels extérieurs à la Commission ; cet avis serait public. 22. Autoriser les entreprises qui le souhaitent à faire présider le Comité d Entreprise par un représentant des salariés.
Les décisions du gouvernement Dans le cadre du rapport Gallois Jean-Marc Ayrault a annoncé que le gouvernement reprendrait «la quasi-totalité du rapport Gallois». Le dispositif, le «pacte de compétitivité», repose sur les mesures suivantes : Augmentation de la TVA : le taux normal sera relevé de 19,6% à 20% à partir du 1 er janvier 2014, ce qui devrait rapporter 2,6 milliards d euros à l Etat. Le taux intermédiaire passera quant à lui de 7% à 10%, pour un gain estimé à 1,1 milliard d euros. (source : Le Figaro) Crédit d impôt de 20 milliards d euros : les entreprises bénéficieront d une baisse d impôts sur 3 ans. Cette mesure serait financée par la hausse de la TVA ainsi que par une baisse des dépenses publiques de 10 milliards d euros sur le budget 2014. Le rapport Gallois plaidait lui pour un transfert des charges sociales vers la TVA, mesure adoptée à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy et supprimée en juillet par l actuelle majorité : la TVA sociale. Mise en place d un fonds de 500 millions d euros pour les PME : le fonds aurait pour objectif de financer les PME et les ETI (entreprises de taille intermédiaire) en mal de trésorerie. (source : Libération)
Mise en place d une fiscalité écologique : le 18 décembre dernier, Delphine Batho, ministre de l Ecologie, de l Environnement et du Développement durable, a officiellement lancé le Comité sur la fiscalité écologique, chargé d établir des propositions qui seront intégrées au projet de loi de finances pour 2014. Le but est de dégager 3 milliards d euros de recettes via la fiscalité écologique à horizon 2016. Développement de l apprentissage : l objectif du gouvernement est d atteindre dès que possible 500 000 apprentis, contre 420 000 ou 430 000 aujourd hui. L accord sur l emploi Le 11 janvier dernier, les partenaires sociaux ont paraphé l accord national interprofessionnel (ANI), appelé «accord de sécurisation de l emploi» ou «accord sur l emploi». L objectif de l accord était de concilier flexibilité pour les entreprises et sécurité pour l emploi, dans une logique de flexi-sécurité. Pour les entreprises (source : Europe 1) Adapter les temps de travail et les rémunérations à l activité : en cas de difficultés conjoncturelles, les entreprises pourront négocier avec les syndicats pour diminuer les temps de travail et la rémunération des salariés (au-delà d 1,2 smic). Une mobilité accrue des salariés : en cas d accord avec les syndicats, la mobilité géographique deviendra obligatoire. En cas de refus de la part du salarié, le motif du licenciement deviendra économique.
Facilitation des licenciements : les plans sociaux seront facilités (notamment au niveau du délai de leur mise en œuvre). Pour les salariés Meilleure représentativité : l accord prévoit que des représentants de salariés pourront intégrer les organes décisionnels des grandes entreprises, avec avis consultatifs. Droit à la formation étendu : chaque salarié disposera d un compte personnel de formation de 120 heures. Obligation de disposer d une complémentaire santé : une complémentaire santé, financée pour moitié par les entreprises, devra être proposée aux salariés. Les conditions d application de ce volet font l objet de vives critiques de la part de ceux qui redoutent un financement déguisé de l activité syndicale. De nouveaux droits à l assurance chômage : les salariés conserveront leurs droits lorsqu ils retrouvent un emploi après une période de chômage.
IV. Comparaisons internationales Le classement du World Economic Forum (source : The Global Competitiveness Report) Les critères considérés
Le classement 21 ème pays le plus compétitif au monde selon le WEF, la France perd trois places par rapport au précédent classement.
V. Les travaux de la Fondation pour l innovation politique Les notes de la Fondation La croissance économique est l un des domaines de recherche principaux de la Fondation pour l innovation politique. Or, il ne peut y avoir de croissance économique sans compétitivité. La Fondapol vous invite à consulter ses précédents travaux sur le sujet : «Relancer notre industrie par les robots (1) : les enjeux», par Robin Rivaton «Relancer notre industrie par les robots (2) : les stratégies», par Robin Rivaton «La compétitivité passe aussi par la fiscalité», par Aldo Cardoso, Michel Didier, Bertrand Jacquillat, Dominique Reynié et Grégoire Sentilhes «La compétitivité par la qualité», par Emmanuel Combe et Jean-Louis Mucchielli