Chp. 4. Minimisation d une fonction d une variable

Documents pareils
Optimisation non linéaire Irène Charon, Olivier Hudry École nationale supérieure des télécommunications

Résolution d équations non linéaires

Limites finies en un point

CCP PSI Mathématiques 1 : un corrigé

Image d un intervalle par une fonction continue

Équations non linéaires

Correction du baccalauréat ES/L Métropole 20 juin 2014

3 Approximation de solutions d équations

Continuité et dérivabilité d une fonction

Baccalauréat ES/L Métropole La Réunion 13 septembre 2013 Corrigé

Baccalauréat ES Pondichéry 7 avril 2014 Corrigé

I. Ensemble de définition d'une fonction

I. Polynômes de Tchebychev

Continuité d une fonction de plusieurs variables

Continuité en un point

Rappels sur les suites - Algorithme

Dualité dans les espaces de Lebesgue et mesures de Radon finies

Licence à distance Chapitre V : Equations différentielles. Méthodes numériques à un pas.

RO04/TI07 - Optimisation non-linéaire

Cours d Analyse. Fonctions de plusieurs variables

Chapitre 3. Quelques fonctions usuelles. 1 Fonctions logarithme et exponentielle. 1.1 La fonction logarithme

MESURE ET INTÉGRATION EN UNE DIMENSION. Notes de cours

Chapitre 6. Fonction réelle d une variable réelle

Chapitre 2 Le problème de l unicité des solutions

Souad EL Bernoussi. Groupe d Analyse Numérique et Optimisation Rabat http ://

Baccalauréat S Antilles-Guyane 11 septembre 2014 Corrigé

FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES (Outils Mathématiques 4)

Programmation linéaire

Fonctions de plusieurs variables

Raisonnement par récurrence Suites numériques

Chapitre 7 : Intégration sur un intervalle quelconque

Nombre dérivé et tangente

Fonctions de plusieurs variables : dérivés partielles, diérentielle. Fonctions composées. Fonctions de classe C 1. Exemples

EXERCICE 4 (7 points ) (Commun à tous les candidats)

Correction du Baccalauréat S Amérique du Nord mai 2007

Exercices - Fonctions de plusieurs variables : corrigé. Pour commencer

Théorème du point fixe - Théorème de l inversion locale

Développement décimal d un réel

Optimisation des fonctions de plusieurs variables

Leçon 01 Exercices d'entraînement

Calcul différentiel. Chapitre Différentiabilité

* très facile ** facile *** difficulté moyenne **** difficile ***** très difficile I : Incontournable T : pour travailler et mémoriser le cours

M2 IAD UE MODE Notes de cours (3)

F1C1/ Analyse. El Hadji Malick DIA

Résolution de systèmes linéaires par des méthodes directes

LES MÉTHODES DE POINT INTÉRIEUR 1

Bac Blanc Terminale ES - Février 2011 Épreuve de Mathématiques (durée 3 heures)

n N = u N u N+1 1 u pour u 1. f ( uv 1) v N+1 v N v t

IV- Equations, inéquations dans R, Systèmes d équations

Correction du baccalauréat S Liban juin 2007

BACCALAUREAT GENERAL MATHÉMATIQUES

Baccalauréat ES/L Amérique du Sud 21 novembre 2013

Chapitre VI Fonctions de plusieurs variables

Chapitre 2. Eléments pour comprendre un énoncé

Fonctions de deux variables. Mai 2011

Dérivées d ordres supérieurs. Application à l étude d extrema.

La mesure de Lebesgue sur la droite réelle

De même, le périmètre P d un cercle de rayon 1 vaut P = 2π (par définition de π). Mais, on peut démontrer (difficilement!) que

Séminaire TEST. 1 Présentation du sujet. October 18th, 2013

Soit la fonction affine qui, pour représentant le nombre de mois écoulés, renvoie la somme économisée.

Sites web éducatifs et ressources en mathématiques

Différentiabilité ; Fonctions de plusieurs variables réelles

Fonctions de plusieurs variables, intégrales multiples, et intégrales dépendant d un paramètre

Capes Première épreuve

Annexe 1 Programmes des classes préparatoires aux Grandes Ecoles

Programmation linéaire et Optimisation. Didier Smets

CHAPITRE 5. Stratégies Mixtes

Les indices à surplus constant

Dérivation : cours. Dérivation dans R

Exercices - Polynômes : corrigé. Opérations sur les polynômes

Moments des variables aléatoires réelles

Fonctions holomorphes

Texte Agrégation limitée par diffusion interne

Problème 1 : applications du plan affine

Méthodes de quadrature. Polytech Paris-UPMC. - p. 1/48

Seconde Généralités sur les fonctions Exercices. Notion de fonction.

Pour l épreuve d algèbre, les calculatrices sont interdites.

Correction de l examen de la première session

I - PUISSANCE D UN POINT PAR RAPPORT A UN CERCLE CERCLES ORTHOGONAUX POLES ET POLAIRES

La fonction exponentielle

Intégration et probabilités TD1 Espaces mesurés Corrigé

I Stabilité, Commandabilité et Observabilité Introduction Un exemple emprunté à la robotique Le plan Problème...

Sujet proposé par Yves M. LEROY. Cet examen se compose d un exercice et de deux problèmes. Ces trois parties sont indépendantes.

Exercices Alternatifs. Quelqu un aurait-il vu passer un polynôme?

Exercices Alternatifs. Quelqu un aurait-il vu passer un polynôme?

La classification automatique de données quantitatives

3. Conditionnement P (B)

Suites numériques 3. 1 Convergence et limite d une suite

DÉRIVÉES. I Nombre dérivé - Tangente. Exercice 01 (voir réponses et correction) ( voir animation )

BACCALAURÉAT GÉNÉRAL SESSION 2012 OBLIGATOIRE MATHÉMATIQUES. Série S. Durée de l épreuve : 4 heures Coefficient : 7 ENSEIGNEMENT OBLIGATOIRE

L analyse d images regroupe plusieurs disciplines que l on classe en deux catégories :

1 Recherche en table par balayage

t 100. = 8 ; le pourcentage de réduction est : 8 % 1 t Le pourcentage d'évolution (appelé aussi taux d'évolution) est le nombre :

Fonctions homographiques

Amphi 3: Espaces complets - Applications linéaires continues

Chapitre 5 : Flot maximal dans un graphe

4. Martingales à temps discret

Programme de la classe de première année MPSI

Programmation Linéaire - Cours 1

Comparaison de fonctions Développements limités. Chapitre 10

Transcription:

Chp. 4. Minimisation d une fonction d une variable Avertissement! Dans tout ce chapître, I désigne un intervalle de IR. 4.1 Fonctions convexes d une variable Définition 9 Une fonction ϕ, partout définie sur I, est dite convexe (resp. strictement convexe) sur I si : α ]0, 1[, s, t I, s t, ϕ(α s + (1 α) t) α ϕ(s) + (1 α) ϕ(t) (resp.<) Cette définition a une signification géomètrique simple : une fonction ϕ définie sur un intervalle I de IR est convexe (resp. strictement convexe) sur I si la corde joignant deux points quelconques du graphe de ϕ dont les abscisses sont dans I est toujours située au dessus (resp. strictement au dessus) du graphe de ϕ. Exemple 4.1 ϕ = t est convexe sur IR On dit que ϕ est concave (resp. strictement concave ) sur I si : ϕ est convexe (resp. strictement convexe) sur I. 4.2 Propriétés des fonctions convexes définies sur un intervalle I de R n Si ϕ est convexe sur I, elle y est continue. Si elle convexe sur I et continue sur l adhèrence J de I, elle est convexe sur J. Si ϕ est dérivable sur I, elle y est C [1]. Si ϕ est C [1] sur I, elle y est convexe (resp. strictement convexe) si et seulement si ϕ est croissante (resp. strictement croissante) sur I. La somme de deux fonctions convexes sur I est convexe sur I. Si ϕ est convexe (resp. strictement convexe) sur I et ψ est convexe et croissante ( resp. strictement croissante ) sur J = ϕ(i), ψ ϕ est convexe (resp. strictement convexe) sur I. Attention! Le produit de deux fonctions convexes sur I n est pas nécessairement convexe sur I. Contre-exemple 4.2 ϕ = t et : ψ = t 2 sont convexes sur I =] 1, 1 [, mais pas leur produit ϕ.ψ = t 3.

Théorème 4.1 Si ϕ est convexe sur I, et admet un point critique t minimise ϕ sur I. dans l intérieur de I, t Preuve : l inégalité : ϕ(α s + (1 α) t ) = ϕ(t + α (s t )) α ϕ(s) + (1 α) ϕ(t ) est vérifiée pour tout s dans I, et tout α dans ]0, 1[, d où : α 1 [ϕ(t + α (s t )) ϕ(t )] ϕ(s) ϕ(t ). En faisant tendre α vers 0, on obtient : ϕ(t ) ϕ(s). Donc t minimise ϕ sur I. 4.3 Fonctions unimodales Définition 10 Une fonction ϕ, partout définie sur I, est dite unimodale sur I si : elle admet un unique minimum t dans l intérieur de I. elle est strictement décroissante sur : I ], t [ et strictement croissante sur : I ] t, + [. Théorème 4.2 Si ϕ est strictement convexe sur I et atteint son minimum sur I en un point t dans l intérieur de I, elle est unimodale sur I. Preuve : Si : s < t < t, il existe α dans l intervalle ] 0, 1[ tel que : t = α s + (1 α) t, d où : ϕ(t) < α ϕ(s) + (1 α) ϕ(t ) ϕ(s) Donc ϕ est strictement décroissante sur I ], t [. On montre de même que ϕ est strictement croissante sur I ] t, + [. Corollaire 4.3 Supposons : ϕ strictement convexe sur [0, + [, ϕ dérivable en 0, ϕ (0) < 0, et : ϕ(t) + lorsque t +. Alors ϕ est unimodale sur [ 0, + [. On dit qu une fonction d une variable ϕ partout définie sur IR est coercive sur IR si : ϕ(t) + dès que : t +. Corollaire 4.4 Si ϕ est strictement convexe et coercive sur IR, elle y est unimodale. 4.4 Utilisation de la section dorée On utilise l inverse : α = 5 1 2 ( 0.618) du nombre d or : 5 + 1 2 : GoldenSearch(ϕ, a 0,b 0, tolerance) a a 0 b b 0 c α a + (1 α) b d a + b c Tant que : b a > 2 tolerance Si : ϕ(c) < ϕ(d) b = d ; d = c ; c = a + b d ; (elimination de b) Sinon : a = c ; c = d ; d = a + b c ; (elimination de a) Retourner : (a + b)/2 gmi1.opti. G.L. cours 02/05 p. 16

Théorème 4.5 Si ϕ est unimodale sur l intervalle : [ a 0, b 0 ], l algorithme GoldenSearch converge vers le minimum de ϕ sur cet intervalle. Preuve : L intervalle d incertitude est réduit, à chaque étape, d environ 40%. 4.5 Interpolation quadratique On approche itérativement le graphe de la fonction à minimiser par une parabole. L abscisse du sommet de la parabole fournit, à chaque étape, une nouvelle estimation du minimum cherché : QuadSearch(ϕ, a 0,b 0, tolerance) a a 0 b b 0 c (a + b)/2 Repeter : d 1 2 (a + b) + 1 2 Si : ϕ(c) < ϕ(d) (ϕ(a) ϕ(b)) (b c)(c a) (b c) ϕ(a) + (c a) ϕ(b) + (a b) ϕ(c) si : c < d b = d sinon : a = d sinon : si : c < d a = c c = d sinon : b = c c = d Tant que : d c > tolerance Retourner : d Attention! L algorithme QuadSearch n est pas nécessairement convergent, même si ϕ est unimodale sur l intervalle [ a 0, b 0 ]. Contre-exemple 4.3 ϕ = t 3 t, a 0 = 0, et : b 0 = 1. Mais il donne rapidement une approximation du minimum d autant meilleure que le graphe de ϕ est proche d une parabole. 4.6 Méthode de Newton unidimensionnelle La méthode de Newton est un algorithme de descente unidimensionnel utilisant la direction de descente de Newton : gmi1.opti. G.L. cours 02/05 p. 17

NewtonSearch(ϕ, t 0, tolerance) t t 0 Tant que : ϕ (t) ϕ (t) 2 > tolerance : t t ϕ (t)/ ϕ (t) Retourner : t Lorsque le calcul de ϕ est possible et pas trop coûteux, la méthode de Newton est remarquablement efficace. On a, par exemple : Théorème 4.6 Supposons que ϕ est de classe C 2 sur l intérieur de son domaine de définition, et admet un minimum local t. Dans chacun des cas suivants : ϕ est strictement positive et croissante sur ] t, t 0 [. ϕ est strictement positive et décroissante sur ] t 0, t [. ϕ est strictement positive (sauf peut être en t ) et croissante sur ] t 0, + [, avec : t 0 < t. ϕ est strictement positive (sauf peut être en t ) et décroissante sur ], t 0 [, avec t < t 0. l algorithme NewtonSearch converge. Si en outre ϕ est C 3 et : ϕ (t ) 0, sa vitesse de convergence est quadratique. Preuve : Par construction : t k+1 t = t k t ϕ (t k )/ϕ (t k ) = (t k t ) ϕ (t k ) ϕ (t k ) + ϕ (t ) (1) ϕ (t k ) En appliquant Taylor-Lagrange à la fonction ϕ sur l intervalle : [ t k, t ], on déduit : t k+1 t = (t k t ϕ (t k ) ϕ (θ k ) (2) ) ϕ (t k ) avec : θ k ] t k, t [, que l on récrit : (3) t k+1 t = (t k t ) 2 t k θ k t k t 1 ϕ (t k ) ϕ (t k ) ϕ (θ k ) t k θ k En utilisant (3), on vérifie que, dans chacun des cas, la suite t k construite par l algorithme de Newton est bien définie et reste, pour k 1, toute entière d un même côté de t. En utilisant (2), on montre alors qu elle est monotone et bornée, donc convergente. Finalement (1) implique que sa limite ne peut être que t. Pour estimer la vitesse de convergence, on combine (1) et : (t k t ) ϕ (t k ) ϕ (t k ) + ϕ (t tk ( ) = ϕ (t k ) ϕ (u) ] du t (4) tk L(t k u) du = L t 2 (t k t ) 2 où : L est une constante de Lipschitz de ϕ sur un intervalle borné quelconque contenant la suite t k. On en déduit, pour k suffisamment grand : (5) t k+1 t L 2 c t k t 2 gmi1.opti. G.L. cours 02/05 p. 18

où c est une constante positive arbitraire minorant strictement ϕ (t k ). Du théorème 4.6, on déduit directement : Corollaire 4.7 Supposons ϕ de classe C 2 sur l intervalle ouvert ] a, b [ ( a < b + ), admettant un minimum local t dans ] a, b [. Si ϕ est strictement positive sur ] a, b [, sauf peut être en t, décroissante sur ] a, t [ et croissante sur ]t, b [, l algorithme NewtonSearch converge pour toute initialisation dans ] a, b [. Si en outre ϕ est de classe C 3 sur ] a, b [ et : ϕ(t ) 0, la convergence est quadratique. Exemple 4.4 Si ϕ = t 4 + t 2, l algorithme converge, quelle que soit l initialisation t 0 dans IR, vers 0, et la vitesse de convergence est quadratique. Si ϕ = t 4, la convergence reste assurée pour toute initialisation, mais la vitesse de convergence est seulement linéaire (explication : ϕ (0) = 0). Corollaire 4.8 Supposons ϕ de classe C 2 sur l intervalle ouvert ] a, + [ (resp. ], a[), et admettant un minimum local t dans ] a, + [ (resp. ], a[). Si ϕ est strictement positive sur ] a, + [ (resp. ], a[), sauf peut être en t, et croissante sur ] a, + [ (resp. décroissante sur ], a[), l algorithme Newtonsearch converge, pour toute initialisation t 0 dans ] a, + [ (resp. ], a[). Si en outre ϕ est de classe C 3 sur ] a, b [ et : ϕ(t ) 0, la convergence est quadratique. Exemple 4.5 On peut calculer l unique racine t de l équation : t e t = 0 en appliquant NewtonSearch à : ϕ = (1/2) t 2 + e t. L algorithme converge, quelle que soit l initialisation t 0 dans IR, et sa vitesse de convergence est quadratique. Attention! Contre-exemple 4.6 Le résultat est faux si on inverse le sens de monotonie. ϕ = 1 t + t est C2 sur ]0, + [, ϕ est strictement positive et décroissante sur ]0, + [. L algorithme NewtonSearch converge vers l unique minimum t = 1 de ϕ sur ]0, + [ dès que : 0 < t 0 < t (thm (4.6)), mais : t 1 = 1 si t 0 = 2! On peut cependant énoncer : Théorème 4.9 Si ϕ est C 3, strictement convexe et unimodale sur [a, b], et ϕ est uniformément minorée par une constante strictement positive c sur [a, b], NewtonSearch converge pour toute initialisation t 0 dans [a, b] vérifiant : t 0 t < 2 c/l, où : L est une constante de Lipschitz de ϕ sur [a, b]. Preuve : On reprend les arguments de la démonstration précédente, en déduisant (5) de (1) et (4) pour établir directement que la suite t k construite par l algorithme est alors bien définie et converge vers t. En reprenant le contre-exemple (4.6) précédent, on voit que ϕ est C 3 sur ]0, + [, et : ϕ (1) = 2. L algorithme NewtonSearch convergera donc encore pour toute initialisation t 0 > 1 suffisamment proche de 1. Mais t 0 = 2 est déja trop grand. Sans sortir de l intervalle sur lequel la fonction à minimiser est définie, comme dans (4.6), l algorithme peut aussi se tromper de point critique lorsque l initialisation est trop loin du minimum local : Contre-exemple 4.7 ϕ = 1 t + cos t est C3, strictement convexe et unimodale sur ]2, π[. Elle atteint son minimum en t 3.033, et sa dérivée seconde ϕ est minorée par : c = 0.16 et croissante gmi1.opti. G.L. cours 02/05 p. 19

sur ]2, π[. Mais l algorithme NewtonSearch, initialisé avec t 0 voisin de 2, converge vers un maximum local de ϕ voisin de 6.3 : le point 2 est ici trop loin de t. gmi1.opti. G.L. cours 02/05 p. 20