Place des corticoïdes dans le traitement de l urticaire



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Transcription:

Place des corticoïdes dans le traitement de l urticaire Conférence de consensus 2003 «les corticoïdes ne sont pas en général indiqués dans l urticaire chronique idiopathique (absence d effet à long terme, voire aggravation, bien souvent échappement ou corticodépendance )»

Place des corticoïdes dans le traitement de l urticaire «leur prescription ne peut être que limitée à une phase aiguë et réduite ensuite avec prudence. Ils sont considérés comme utiles pour les formes sévères (auto-immune ou avec vasculite) utilisés alors à la dose minimale efficace»

L arrêt des corticoïdes améliore les urticaires résistant aux anti- histaminiques F Augey,, I Guillot,N Gunera-Saad Saad, F Berard, JF Nicolas Service d immuno immuno-allergologie Centre Hospitalier Lyon Sud

Patients et méthode Etude prospective non randomisée de novembre 2003 à juillet 2006 Prise en charge de 17 urticaires idiopathiques sévères de l adulte évoluant depuis au moins 6 semaines

Patients et méthode Tous recevaient des corticoïdes (cause ou conséquence?). Tous les malades ont accepté de ne plus avoir recours qu aux anti-h1 +/- à l hypostamine. Arrêt immédiat ou progressif selon les cas des corticoïdes

Patients et méthode Le sevrage en corticoïdes des urticaires sévères a-t-il influencé l évolution de ces urticaires?

Patients et méthode 11 femmes et 6 hommes de 21 à 72 ans (moyenne 40 ans, médiane : 38 ans) Prise de corticoïdes : 3 à 30 jours par mois Urticaire sévère depuis 1,5 mois à 10 ans (moyenne 48 mois ; médiane 36 mois)

Patients et méthode Urticaire sévère : résistant aux anti H1, au moins 2 items parmi les suivants : prurit très intense (avec insomnie, dépression ) Des angiooedèmes répétés Des symptômes associés lors des poussées : Arthralgies (n=5) Douleurs thoraciques ou dysphagie (n=4) Douleurs abdominales (n=1) Fièvre(n=3)

Patients et méthode «Idiopathique» : Bilan clinique et paraclinique souvent répété toujours normal malgré la mise en évidence dans 3 cas d une vasculite cutanée (2 fois lymphocytique, une fois leucocytoclasique) Acan : positifs faibles 2 fois : 1/320, avec vasculite lymphocytique ; à 1/80 avec v. leucocytoclasique ; pas d évolution vers une connectivite.

Patients et méthode 9 patients souffraient de symptômes de type urticaire retardée à la pression (URP), toujours associés à une urticaire commune

Patients et méthode Traitements antérieurs considérés comme des échecs : Anti-H1 dans tous les cas, parfois anti H2 Anti-leucotriènes Ciclosporine, hydroxychloroquine Veinoglobulines

Patients et méthode Arrêt des corticoïdes le plus souvent immédiat (n=9) ou après un relais de 2 mois par hydrocortisone (n=7) ou arrêt très progressif de la corticothérapie (1 fois). Prise uniquement d anti-h1 (2 le plus souvent) +/- hypostamine

Patients et méthode Visites de contrôle à M2 et M4 après arrêt de tout corticoïde Visite ou contact téléphonique à M12

Résultats Rémission partielle (RP) : diminution de la fréquence mensuelle des poussées invalidantes d au moins 2/3 Rémission complète = plus aucun signe d urticaire (RC) Echec dans les autres cas sortie d étude à M4

Résultats Recrudescence des symptômes («effet rebond») pendant 2 à 40 jours (médiane 15 jours) pour 8 malades (47%)

Résultats Après 2 mois d arrêt des corticoïdes (M2) échecs : 2/17 (12%) RP : 13/17 (76%) RC : 2 /17 (12%), dont une sans aucun tt

Résultats A M4 : échecs : 3/17 (17%) RP :7/17 (41%) RC : 7/17 (41%), dont 2 ont arrêté tout traitement

Résultats A M12 : 15 malades analysables (2 pas encore évaluables) Pas d échec supplémentaire : 3/15 (20%) RP : 7/15 (47%) RC : 5/15 (33%) qui ne prennent plus de traitement

14 12 10 8 6 4 2 ECHEC RP RC M12 8 6 4 2 0 ECHEC RP RC 0 M2 M4 M12 nombre de patients (n=17) nombre de patients (n=15)

Conclusions de l étude 14 malades sur 17 ( 8 URP/9) atteints d urticaire en échec thérapeutique ont eu à nouveau une réponse satisfaisante aux anti-h1 après 4 mois d arrêt des corticoïdes et une disparition des signes associés.

Conclusions de l étude 5 malades sur 15 (1/3) n ont plus besoin d aucun tt après un an de sevrage. 3 patients sur 9 ayant des symptômes de type urticaire retardée à la pression sont en rémission complète à un an

Conclusions de l étude Effet rebond dans 47% des cas ancienneté moyenne de l urticaire résistante: 59 mois contre 37 mois dans le groupe «sans rebond»

Conclusions de l étude Echec dans 20% des cas Échec relatif 2 fois sur 3 non corrélé à l âge, l ancienneté de l urticaire sévère, la quantité de corticoïdes consommés Possible corrélation avec un profil psychologique hyperanxieux

Données de la littérature 39 publications concernent la place des corticoïdes dans le traitement de l urticaire Les deux seules études de bonne qualité plaident en faveur de l intérêt des corticoïdes dans l urticaire aiguë Emerg Med J 2004

Corticoïdes et urticaire aiguë Pollack et al 1995 (randomisée-double insu) 24 malades : prednisone 40 mg/j +hydroxyzine 19 malades : placebo + hydroxyzine A J2 et J5 : moins de prurit dans le groupe prednisone (suivi téléphonique), différence peu significative à J5 Pas de suivi au-delà de J5

Zuberbier 1996 prospective, non randomisée 109 patients dont des enfants A J3 : 93,8% de rémission dans le groupe prednisone 50 mg/j (n=65), 65,9% sous loratadine (n=44) En l absence de rémission à J3 : tt identique pour les 2 groupes : loratadine seule A J21 : 100% en rémission, quelque soit le tt initial

Conclusion Le bénéfice d une corticothérapie de 3 jours dans l urticaire aiguë avec une molécule à ½ vie brève est possible mais Bannir les prises prolongées ou répétées Éviter les molécules de longue demi-vie (betamethasone )