Apériodique n 13/02 1 er février 2013 Zone euro : Indicateurs avancés du Crédit Agricole Un repli plus marqué au T4 2012, mais une récession qui s estompe en début d année Nos indicateurs avancés de l activité signalent un recul plus fort du PIB notamment en Allemagne au quatrième trimestre 2012. Nous révisons donc à la baisse notre prévision de croissance pour la zone euro de -0,2% à -0,4%t/t au T4 2012. Les enquêtes signalent unanimement une reprise de l activité au premier trimestre 2013 dans la zone euro, moins évidente dans la périphérie. Nous maintenons notre prévision de croissance du PIB de -0,1% t/t au T1 2013. La fin d année 2012 s est conclue sur une phase de stagnation de la production mondiale caractérisée par une contraction dans les pays industrialisés et par une reprise dans les économies émergentes, mais aussi par un nouvel écart entre la zone euro, où la récession s est diffusée aux économies les plus robustes, et les autres zones. La contraction de l activité européenne en fin d année est acquise avec les données déjà connues pour le PIB allemand et espagnol. La question est donc la suivante : la fin 2012 constitue-t-elle une simple pause ou le prélude d une autre phase récessive? Les marchés financiers semblent primer l hypothèse que le pire est derrière nous et leur appétit pour le risque augmente. Les derniers indicateurs avancés de l activité invitent aussi à partager cet optimisme. La production industrielle a encore baissé en fin d année. Le repli est modéré en novembre (-0,3% m/m et -3,7% a/a), mais le recul en octobre après la chute importante du mois de septembre laisse un acquis de croissance de -2,4% pour le quatrième trimestre. Rétrospectivement les données d enquête ne laissent pas envisager une reprise de l activité en décembre. C est au mois de septembre que les opinions sur les carnets de commandes, confirmées par les entrées de commandes effectives, ont été au plus bas, signalant une production encore en berne en fin d année. Et la composante «situation passée et présente» des enquêtes se dégrade encore en janvier dans la zone euro. Si au T3 le taux de marge s est stabilisé il reste néanmoins à un niveau encore faible (inférieur au début des années 2000) et ne permettra pas d extraire le taux d investissement des SNF de la zone euro de son creux depuis 2009. Côté offre, seule une remontée des stocks, en recul constant depuis un an pourrait créer la surprise, car les enquêtes signalent depuis novembre un niveau des stocks moins important. Côté demande, les dépenses des ménages demeurent contraintes par le chômage élevé, même si le taux de chômage s est stabilisé depuis trois mois (11,7% en décembre, soit 1,8 millions de chômeurs supplémentaires depuis un an) et un revenu disponible réel qui baisse sans cesse depuis la crise. La faible croissance de la masse salariale s est accompagnée d une nouvelle baisse des revenus de la propriété. Le taux d épargne n a plus franchement baissé depuis la mi-2011, mais il est à un niveau historiquement faible (13%) au T3 2012. La contribution de la demande intérieure serait donc encore négative au T4 2012. Les données du commerce en marchandises d octobre signalent une reprise des exportations et un nouvel effondrement des importations, qui plaiderait pour une contribution positive des échanges à la croissance. Au quatrième trimestre, l activité aurait baissé davantage que prévu en Allemagne selon les premières indications officielles (-0,5% contre -0,2%). Nos indicateurs avancés suggèrent aussi un plus fort repli du PIB en France (-0,2% contre
-0,1%) et en Italie (-0,7% contre -0,5%). Le recul de l activité a été en revanche moins marqué que prévu en Espagne (-0,7% en lieu de -1%). Nous révisons donc à la baisse notre prévision de croissance pour la zone euro de -0,2% à -0,4% t/t au quatrième trimestre 2012. Les dernières enquêtes signalent une reprise aux Etats-Unis qui va de pair avec une amélioration de la situation des ménages ainsi qu une reprise en Asie, à l exception du Japon. Dans la zone euro, la phase de dégradation continue s est interrompue et permet de situer le creux du cycle international au dernier trimestre 2012. L amélioration des opinions en janvier est néanmoins à relativiser par le niveau de départ très faible et par son hétérogénéité entre pays. L enquête de confiance pour la zone euro publiée par la Commission européenne a montré une stabilisation du climat des affaires dans tous les secteurs. Le climat de confiance dans le secteur manufacturier s améliore depuis trois mois notamment dans ses composantes anticipatrices (perspectives de production, nouvelles entrées de commandes et perspectives d exportation) alors que la situation passée et notamment les opinions sur les carnets de commandes à l exportation se sont encore retournées. Le taux d utilisation des capacités a aussi poursuivi son redressement, mais il reste faible, au niveau de la crise de 1993. L indice d enquête PMI auprès des directeurs d achats confirme ces évolutions. Les contraintes restent très serrées sur le front monétaire. L enquête de la Banque centrale européenne signale un léger desserrement des critères d octroi de crédits notamment pour les entreprises au T4 2012, mais un resserrement pour les ménages. Les conditions d octroi aux ménages sont prévues en desserrement au T1 2013. Nos indicateurs avancés signalent un nouveau repli du PIB au premier trimestre 2013 avec une légère baisse de l activité dans les pays du centre hors Allemagne et un recul du PIB en ligne avec nos prévisions dans la périphérie. C est pourquoi nous maintenons notre prévision de croissance du PIB de -0,1% t/t au T1 2013. Allemagne L indicateur avancé de l activité pour l économie allemande signale une croissance du PIB de -0,3% au quatrième trimestre 2012, moins négative que celle annoncée par l institut de statistique allemand. Du côté de l offre, la forte baisse de la production industrielle en octobre n a pas été rattrapée en novembre et l acquis de croissance pour le quatrième trimestre est fortement négatif (-3%). Les carnets de commandes se sont dégarnis en novembre, notamment en provenance de l étranger, même si leur croissance acquise au T4 reste positive (+0,6%). Du côté de la demande, l indice du commerce au détail s est replié en décembre et reste en recul sur le trimestre en termes réels. Le chiffre d affaires réalisé sur le marché intérieur par les producteurs de biens de consommation était aussi encore en baisse en novembre. Seules les ventes de biens d investissement sur le marché intérieur se sont redressées timidement. Le chiffre d affaires réalisé à l exportation s est aussi replié, comme le confirment les données sur les exportations qui ont baissé considérablement en novembre (-3,4% m/m), mais le repli des importations encore plus marqué a permis de peu dégrader l excédent commercial. La contribution positive du commerce extérieur serait néanmoins insuffisante à compenser le repli de la demande intérieure. Nous baissons donc notre prévision de PIB au T4 2012 de -0,2% à -0,5% conformément aux indications de Destatis. Les signaux des indicateurs qualitatifs d enquêtes pour le premier trimestre 2013 sont nets avec un redressement pour le troisième mois consécutif commun à l indice PMI et Ifo. Toutes les composantes, hormis l emploi, mais surtout celles anticipatrices des nouvelles commandes, notamment à l exportation, de l indice PMI rebondissent. La nouvelle remontée de l indice Ifo en janvier est commune au secteur manufacturier et à la construction, plus mitigée dans le commerce au détail et absente dans le commerce de gros. Le redressement de la composante «anticipations» est très net et, pour la première fois, le taux d utilisation des capacités remonte dans la manufacture. L indice ZEW pour l économie allemande est aussi en hausse et a atteint en janvier son point le plus haut depuis mai 2010. Notre indicateur avancé prévoit une stabilisation de l activité, au premier trimestre 2013, qui nous conduit à maintenir notre prévision de +0,1% t/t. N 13/02 1 er février 2013 2
Italie L indicateur avancé pour l économie italienne signale un recul de l activité de -0,3% au quatrième trimestre 2012. La nouvelle baisse de la production industrielle en novembre laisse un acquis de pour le T4, de -2,1% si on prend en compte la prévision de Confindustria pour décembre (+0,5%) avec une croissance en moyenne annuelle de -6,2% en 2012. Ce résultat est compatible avec une baisse du PIB au quatrième trimestre supérieure à 0,5%. Du côté de la demande, les informations ne sont pas positives avec un revenu disponible des ménages dont la baisse en cours depuis deux ans s est accélérée, un taux d épargne au plus bas et une confiance des ménages encore en recul en janvier. Les immatriculations de voitures ont baissé de 2,7% au T4 2012 et en novembre l indice du commerce au détail en valeur n a pas arrêté sa chute en cours depuis cinq mois. Le chiffre d affaires réalisé sur le marché intérieur a poursuivi sa baisse pendant que les carnets de commandes en provenance de l intérieur se sont dégarnis en novembre. Nous révisons donc légèrement à la baisse notre prévision de croissance de l économie italienne pour le quatrième trimestre 2012 de -0,5% à -0,7%. Pour le début de l année 2013, les signaux d amélioration sont mitigés. En janvier, l enquête Confindustria prévoit une nouvelle remontée de la production industrielle (+0,5% m/m) et une moindre dégradation des commandes (-0,3%). La confiance auprès des entreprises s améliore modérément dans l enquête ISTAT mais pas encore dans le secteur manufacturier. Les opinions sur les commandes se dégradent reportant plus loin dans l année le redressement de l activité anticipé par l amélioration des perspectives de commandes. Notre indicateur avancé concorde avec les résultats des enquêtes dans l amélioration de la situation conjoncturelle, mais ne situe pas encore le point de retournement au premier trimestre 2013. Il signale la poursuite de la récession (-0,3%) en ligne avec nos prévisions. N 13/02 1 er février 2013 3
Espagne L ajustement douloureux de l économie espagnole se poursuit avec une baisse marquée du PIB fin 2012. En effet, selon les chiffres provisoires de l Institut national (INE), le PIB aura reculé de -0,7% t/t au quatrième trimestre (après -0,3% au T3). Cette aggravation de la récession est liée notamment à la correction de plusieurs facteurs temporaires. La suppression du treizième mois des fonctionnaires en décembre et le contrecoup lié aux achats anticipés avant la hausse de la TVA de 3 points en septembre ont provoqué un recul important de la consommation privée en fin d année (-1,7% selon nos estimations). Les importations ont suivi et ont fortement chuté (-5,0% t/t). Cette baisse a contribué au redressement du déficit de la balance commerciale en 2012 (selon les données mensuelles des biens, le déficit est passé de -41,2Mds de janvier à novembre 2011 à -29,3Mds sur la même période en 2012). Les exportations quant à eux ont progressé sur l année 2012 (+3,3%), mais ont légèrement reculé au quatrième trimestre tirés vers le bas par la faiblesse de la demande des partenaires européens. Au total, le PIB s est contracté de -1,4% sur l année 2012. Notre indicateur avancé basé sur les données d enquêtes de janvier, suggère une baisse encore importante de -0,5% du PIB au T1-2013. Après une baisse marquée en fin d année, le moral des consommateurs s est redressé en janvier. Néanmoins, la confiance dans le secteur de la vente au détail continue à baisser (les ventes ont baissé de 10,7% a/a en décembre). Le sentiment économique dans l industrie a également reculé par rapport à décembre, avec des perspectives de commandes en baisse, même à l exportation. Par ailleurs, dans le secteur de la construction la confiance s est redressée en janvier, mais l ajustement dans ce secteur pourrait s accélérer au T1-2013 avec la suppression de certains avantages fiscaux en janvier (annulation des mesures incitatives pour les primo-accédant, retour de la TVA de 4 à 10%) et de la mise en place d une structure de défaisance (SAREB) où les banques espagnoles transfèrent leurs actifs immobiliers toxiques. Dans ce contexte et malgré une amélioration des conditions de marché, l investissement devrait continuer à reculer début 2013 (après une baisse de 8,8% a/a en 2012). L accès au crédit se fait rare, mais avec la hausse de la productivité et des marges, la capacité d autofinancement des entreprises augmente. Toutefois, celles-ci ont pour l instant favorisé le désendettement à l investissement, avec un taux d épargne accru. Au total, la perception par les marchés du risque espagnol s est améliorée en raison notamment de la protection offerte par la BCE et son programme de rachat de dette. Le pays a émis à des maturités plus longues et moins coûteuses. Cependant, la situation économique reste très difficile, la récession sévit toujours (-1,5% attendu sur N 13/02 1 er février 2013 4
l année 2013) et le taux de chômage, qui atteint des niveaux records (29,3%, de la population active et 55% des jeunes en novembre 2012), ne devrait pas refluer cette année encore. Le gouvernement Rajoy a annoncé cette semaine un plan de relance avec des mesures incitatives pour l emploi et l entrepreneuriat, ainsi qu une forme de prime à la casse. Un signe peut-être que le retour de la croissance prime sur la réduction des déficits. Néanmoins, sans aide de l UE, les capacités du gouvernement à faire un plan de relance sera assez limité avec un déficit budgétaire encore élevé (estimé à -8,4% du PIB à fin 2012). Indicateurs avancés Crédit Agricole Evolution t/t, % T4 11 T1 12 T212 T312 T412 T113 Zone euro PIB -0,3 0,0-0,2-0,1 Prévisions de croissance -0,4-0,1 France PIB 0,0 0,0-0,1 0,1 Indicateurs avancés CA -0,3-0,2 Prévisions de croissance -0,2-0,1 Allemagne PIB -0,1 0,5 0,3 0,2 Indicateurs avancés CA -0,3 0,0 Prévisions de croissance -0,5 0,1 Italie PIB -0,7-0,8-0,7-0,2 Indicateurs avancés CA -0,3-0,2 Prévisions de croissance -0,7-0,3 Espagne PIB -0,5-0,4-0,4-0,3-0,7 Indicateurs avancés CA -0,6 Prévisions de croissance -0,5 Source: INSEE, DESTATIS, ISTAT, INE, estimations Crédit Agricole SA N 13/02 1 er février 2013 5
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