Prévention des pneumopathies post-opératoires

Documents pareils
La ventilation non invasive aux soins intensifs

Le sevrage de la trachéotomie

Recommandations des experts de la Société de réanimation de langue française, janvier 2002 Prévention de la transmission croisée en réanimation

Contrôle difficile non prévu des voies aériennes: photographie des pratiques

Précautions standard et complémentaires : quelles mesures pour quels patients?

PSDP et usage des pénicillines - ESAC

Présentation générale du Programme

QUALITÉ DE L APPRENTISSAGE DE L INTUBATION ORO-TRACHÉALE EN LABORATOIRE DE SIMULATION, SON INTÉRÊT POUR LES PATIENTS.

Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports. Comité technique des infections nosocomiales et des infections liées aux soins

Mise en place du contrôle du bon usage des carbapénèmes: expérience d une équipe pluridisciplinaire

Stratégies de dépistage des bactéries multirésistantes. Qui? Pourquoi? Comment? Après? L exemple des MRSA

quelques points essentiels

Infections nosocomiales

NAVA pourquoi pas. Stéphane Delisle RRT, PhD, FCCM Mohamed Ait Si M Hamed, inh. BSc.

o Non o Non o Oui o Non

Groupe 1 somnovni 12/12/14

La stratégie de maîtrise des BHRe est-elle coût-efficace? Gabriel Birgand

Comment devenir référent? Comment le rester?

Cas clinique Enquête autour d un cas IDR vs IGRA Pr Emmanuel Bergot

A. ANDRO 1, C. MESTON 2, N. MORVAN 3

La gestion des risques en hygiène hospitalière

Consignes de remplissage - Grille de recueil - Thème DAN2

La campagne québécoise des soins sécuritaires volet prévention et contrôle des infections

Evaluation péri-opératoire de la tolérance à l effort chez le patient cancéreux. Anne FREYNET Masseur-kinésithérapeute CHU Bordeaux

Programme National de Prévention des infections associées aux soins en ES,

Bio nettoyage au bloc opératoire

Gestion des épidémies en FAM et MAS. 2 ère réunion annuelle FAM/MAS 20 mars 2015

Les Infections Associées aux Soins

GESTION DU RISQUE INFECTIEUX D ORIGINE ALIMENTAIRE DANS LES UNITES DE SOINS


OUVERTURE ET MISE EN PLACE

DE QUALITE GESTION DES RISQUES DEVELOPPEMENT DURABLE

Référentiel de compétences et d aptitudes du masseur kinésithérapeute de réanimation (MKREA) en secteur adulte

Quelles sont les maladies hautement contagieuses susceptibles d être hospitalisées en réanimation en France?

Il est bien établi que le réseau d eau hospitalier peut

PRISE EN CHARGE DES PRE ECLAMPSIES. Jérôme KOUTSOULIS. IADE DAR CHU Kremlin-Bicêtre. 94 Gérard CORSIA. PH DAR CHU Pitié-Salpétrière.

Signalement et gestion des infections respiratoires aiguës (IRA) et des gastroentérites aiguës (GEA) 19 juin 2014

Otite Moyenne Aiguë. Origine bactérienne dans 70 % des cas. Première infection bactérienne tous âges confondus

AUDIT ISO SUR CESARIENNE CH MACON

8/28/2013. L inhalothérapie aux soins critiques. Objectifs. Rôles de l inhalothérapeute. Objectifs

SUTURE D EPISIOTOMIE ET PRISE EN CHARGE DE LA CICATRICE; RECOMMANDATIONS AUX PATIENTES

POURQUOI L HYGIENE HYGIENE = PROPRETE HYGIENE = PREVENTION DES INFECTIONS COMMUNAUTAIRES ET DES INFECTIONS ASSOCIEES AUX SOINS

Définition de l Infectiologie

DIU DE REEDUCATION PELVI-PERINEALE. Responsables de l enseignement :

Jean-Christophe Richard Véronique Merle CHU de Rouen

QUE SAVOIR SUR LA CHIRURGIE de FISTULE ANALE A LA CLINIQUE SAINT-PIERRE?

Soins Inrmiers aux brûlés

LES NOUVEAUX ANTICOAGULANTS

STOP à la Transmission des microorganismes!

Association lymphome malin-traitement par Interféron-α- sarcoïdose

B06 - CAT devant une ischémie aiguë des membres inférieurs

PRISE EN CHARGE D'UN PATIENT ATTEINT OU SUSPECT DE CLOSTRIDIUM DIFFICILE

Fonctions non ventilatoires

BMR/ BHR en EHPAD Prise en charge des résidents

Rééducation de la rééducation de l Incontinence Urinaire de l homme : Résultats. Guy Valancogne

Bienvenue aux Soins Intensifs Pédiatriques

Prépration cutanée de l opéré

Actualité sur la prise en charge de l arrêt cardiaque

Épidémiologie des maladies interstitielles diffuses

Evaluation d un nouveau vidéo endoscope bronchique à usage unique avec canal opérateur en réanimation

Streptocoque B :apports des tests en fin de grossesse, nouvelles propositions.

Existe t il des effets pervers à l identification du portage de BMR?

Monitoring de l hémoglobine au bloc opératoire Place d une mesure continue non invasive. C Decoene PH CHRU Lille

L alimentation. du patient. paration et de service? Emilie GARDES - Xavier VERDEIL - Nicole MARTY CHU de Toulouse

Cancer et dyspnée: comment peut-on soulager? Dr Lise Tremblay 10 mai 2010

{ Introduction. Proposition GIHP 05/12/2014

BILAN DE LA DAJ EN QUALITE D AUTO-ASSUREUR SUR LES RECLAMATIONS INDEMNITAIRES. Marjorie OBADIA/DAJ/10 janvier 2012

REPOUSSER LES LIMITES DE LA CHIRURGIE BARIATRIQUE DANS LES OBESITES MASSIVES AVEC COMORBIDITES

Que savoir sur la chirurgie de LA HERNIE DE LA LIGNE BLANCHE A LA CLINIQUE SAINT-PIERRE en hospitalisation AMBULATOIRE?

Présentation des intervenants et modérateurs

BERTHIER E, CHRISTIANO M, PHILIPPE M O, IEHL J, TATARU N, DECAVEL P, VUILLIER F, ELISEEF A, MOULIN T. Introduction (1). Contexte de l étude

Traitement des plaies par pression négative (TPN) : des utilisations spécifiques et limitées

DOSSIER - AEROSOLTHERAPIE PAR NEBULISATION

AUDIT «HYGIENE DES MAINS» Partie II Qualité technique des gestes d hygiène des mains

EVALUER LA MAITRISE DU RISQUE INFECTIEUX EN EHPAD

Référentiel Officine

Le prélèvement d organes anticipé/prémédité. Ethique et Greffe Journée du 9 octobre 2012 Dr Laurent Martin-Lefèvre Réanimation La Roche-sur-Yon

Estelle Marcault. 20/01/2012 URC Paris Nord 1

La Liste de Vérification Chirurgicale

PLAN D ACTION POUR ACCELER LA REDUCTION DE LA MORTALITE MATERNELLE ET NEONATALE

Les Produits Hydro-Alcooliques et les professionnels de santé : faisons le point sur les risques!

Docteur José LABARERE

dossier de presse nouvelle activité au CHU de Tours p a r t e n a r i a t T o u r s - P o i t i e r s - O r l é a n s

Observation. Merci à l équipe de pharmaciens FormUtip iatro pour ce cas

ASSURANCE RESPONSABILITE CIVILE MEDICALE CHIRURGIE PLASTIQUE RECONSTRUCTRICE ET ESTHETIQUE

Vaccination et tuberculose en Gériatrie. Unité de Prévention et de Dépistage: Centre de vaccination et centre de lutte anti tuberculeuse CH Montauban

Prise en charge de l embolie pulmonaire

QU EST-CE QUE LA PROPHYLAXIE?

prise en charge paramédicale dans une unité de soins

La Broncho-Pneumopathie chronique obstructive (BPCO)

Les définitions des saignements ACS/PCI

HERNIE DISCALE LOMBAIRE

«Actualités et aspects pratiques de l antisepsie»

Docteur, j ai pris froid!

Zone de commentaires. Convention EFS / ES ( document à joindre) II, Les systèmes d'information OUI NON NC Zone de commentaires. Zone de commentaires

Causes d insatisfactions du patient pris en charge en ambulatoire

Cas clinique 2. Florence JOLY, Caen François IBORRA, Montpellier

STAGE D'INITIATION AUX SOINS INFIRMIERS D'ACCES EN PCEM2 ou en 2ème ANNEE DE CHIRURGIE DENTAIRE

Hygiène Bucco Dentaire en EHPAD. 1 ère Réunion du groupe de travail régional «Espace Le Bien Vieillir» Angers Le 19 Janvier 2012

Transcription:

IXe Journées nationales d infectiologie, Marseille le 4 juin 2008 Prévention des pneumopathies post-opératoires Pr Olivier MIMOZ Inserm ERI-23 Pharmacologie des agents anti-infectieux DAR CHU de POITIERS

Physiopathologie Voies endogènes Estomac Hématogène Voies exogènes Oropharynx Soignants Ventilateur Trachée Inoculum élevée Diminution des défenses immunitaires Chirurgie Pneumopathie

Prévention - Généralités Surveillance régulière de la densité d incidence des infections Rétro information à l équipe soignante Existence de protocoles de soins audit de pratique Respect des règles d hygiène Hygiène des mains Utilisation de matériel stérile à usage unique Utilisation prudente des antibiotiques

Techniques d hygiène des mains Avant lavage Savon doux 30 s Savon antiseptique 30 s SHA 20-30 s

Ventilation non invasive Fréquence des pneumopathies Ventilation conventionnelle Ventilation non invasive P Brochard NEJM 95 Antonelli NEJM 98 Nava Ann Intern Med 98 7/42 2/43 0.09 8/32 1/32 0.03 7/25 0/25 0.01

Protocole de sédation Sédation continue Sédation discontinue P Kollef Chest 98 Kress NEJM 98 148 h 79 h 0.01 175 h 118 h 0.02 Améliore le drainage bronchique et diminue la durée de VM, le nombre de VAP et la mortalité

Antibioprophylaxie 100 AVC ou TC, GCS<12, VM>72h Céfuroxime 1,5 g/12h pendant 24h vs rien (RCT) ATB + (n=50) ATB - (n=50) Pneumonie 12 (24%) 25 (50%) 0,007 P Pneumonie précoce 8 (16%) 18 (36%) 0,04 Les patients du groupe ATB- ayant reçu une antibioprophylaxie à J0 ont développé moins de VAP, p=0,016) Sirvent JM et al, Am J Respir Crit Care med 1997

Antibioprophylaxie Etude prospective randomisée 38 patients comateux Ampicilline-sulbactam 3g/6h pendant 3j vs rien VAP précoces 21% vs 57%, p=0,022 Pas d effet sur VAP tardives Emergence de BMR Durée de VM Durée de séjour Mortalité Acquarolo A et al, Intens Care Med 2005

Antibioprophylaxie Effectifs faibles Malades neurologiques comateux uniquement Absence de double aveugle Pas d effet sur la mortalité ou la durée de séjour Impact écologique non étudié Retarderait la survenue de la 1 ère VAP mais avec des bactéries plus résistantes Hoth JJ et al, J Trauma 2003 Non recommandée

Décontamination sélective digestive Anti-infectieux à usage local Pour réduire la colonisation oro-pharyngée et digestive Non absorbé Respectant la flore de barrière Antibiotique à usage systémique Durant les 3-4 premiers jours Réduire les VAP précoces, en attendant l effet de l antibiothérapie à usage locale

Décontamination sélective digestive Etudes > 50 Méta-analyses > 10 DDS locale diminue les VAP sans effet sur mortalité DDS locale + systémique diminue les VAP et peut-être la mortalité, mais pas la durée de VM ni la durée de séjour DDS semble plus efficace en milieu chirurgical Impact écologique semble limité dans les unités à faible prévalence de BMR Son utilisation (si VM prévisible >48h) impose une surveillance de l écologie bactérienne

Prévention de l ulcères stress Nombreuses études et méta-analyses avec résultats contradictoires sur la prévention de l ulcère de stress et le risque de VAP L intérêt d une prophylaxie anti-ulcéreuse est de plus en plus remis en question par rapport à la correction du choc et à une alimentation entérale précoce Si besoin, préférer ceux qui modifient le ph, plus efficace sur la prévention du risque hémorragique et pendant une durée courte

Sonde d intubation Intérêt des sondes imprégnées par des agents antiinfectieux? Rello J, Respir Care 2004 Pression du ballonnet 25 cmh2o 35 cmh2o Micro-inhalation Ischémie

Aspirations sous-glottiques Méta-analyse des 5 essais chez les patients nécessitant une VM >72 h Diminution de la moitié l incidence des infections pulmonaires, principalement précoces Diminution de la durée de VM de 2 j et celle de l hospitalisation en réanimation de 3 j Retard dans le développement d une pneumopathie de 7 j Dezfulian, Am J Med 2005

Aspirations sous-glottiques Problèmes Difficulté de sélectionner a priori les patients nécessitant une VM prolongée Oedème laryngé au site d aspiration nécessitant une ré-intubation Gioru E, Intens Care Med 2004 Dysfonction par effet de succion de la muqueuse trachéale Dragoumanis CK, Anesth Analg 2007

Système d aspiration clos? Méta-analyses 8 études 1272 patients Jongerden IP, Crit Care Med 2007

Autres Humidificateur chauffant vs filtre échangeur de chaleur et d humidité (FECH) Pas d augmentation du risque de VAP avec les nouveaux système Changement des circuits et des FECH à la demande contamination Siempos II et al, Crit Care Med 2007 Pas de diminution du risque de VAP avec un changement systématique Lorente L et al, Infect Control Hosp epidemiol 2004

Position demi-assise (45 ) 86 patients randomisés Allongé strict 1/2 assis P (n=47) (n=39) PAV clinique 34% 8% 0,003 PAV microbiologique 23% 5% 0,02 Seul facteur indépendant PAV= position allongée (OR=5,7 - IC95% [1,1-39,9]) Souvent difficile à obtenir en pratique Le seuil d angulation idéal n est pas déterminé Drakulovic MB et al, Lancet 1999

Décontamination oro-pharyngée Chan EY et al, BMJ 2007

Décontamination oro-pharyngée Problèmes Protocoles de décontamination non standardisés Pas d évaluation en double aveugle Pas d effet sur La durée de la VM La durée de séjour La mortalité Impact écologique? Chan EY et al, BMJ 2007

Facteurs de risque en chirurgie Altération clairance muco-ciliaire Insuffisant respiratoire chronique Fumeur Inhalation à l intubation (urgence) Atélectasies (douleur hypoventilation) Fausse route (chirurgie voies aéro-digestives hautes) Altération mécanique ventilatoire (chirurgie thoraco-abdominale)

Prévention en chirurgie Arrêt le plus précoce possible du tabagisme Kinésithérapie respiratoire pré et postopératoire Eviter l intubation Crush induction si intubation VNI post opératoire systématique Oter la sonde gastrique dès que possible Lutter efficacement contre la douleur Lever précoce

Sonde gastrique Compromet la fermeture du sphincter oesophagien inférieur Augmente le risque de reflux surtout s il existe une surdistention gastrique Favorise l inhalation et la contamination trachéale Heyland DK et al, Crit Care Med 2001 Sa présence est un facteur de risque indépendant de pneumopathie Joshi Net al, Am J Med 1992

Conclusions Première cause d infection nosocomiale en réanimation, mortalité élevée Physiopathologie mieux connue Protocoles de soins écrits (y compris sédation) Diminuer la durée de la VM Règles d hygiène Pas de position déclive Qualité de l hygiène bucco-pharyngée Arrêt du tabagisme - lutte contre la douleur kinésithérapie VNI systématique DDS?