Favoriser l intelligence collective

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Transcription:

Favoriser l intelligence collective Qu est-ce que l intelligence collective? Comment la révéler et la valoriser dans le cas d un collectif agricole? Quels principes pédagogiques et quelle posture d accompagnement l animateur peut-il adopter? Une illustration avec l accompagnement de groupes d agriculteurs qui s engagent dans une démarche innovante : l agriculture écologiquement intensive. Le groupe AEI de la Sarthe en marche dans une démarche de réflexion collective. Un groupe est un système vivant qui peut, comme chacun de ses membres, produire le meilleur comme le pire. Dans cet article de Travaux-et-Innovations, il s agit d explorer et d exploiter les ressources du groupe pour en tirer le meilleur parti : mettre en place les conditions qui lui permettent de ne pas tomber dans «l illusion groupale», un vecteur d inertie des collectifs (1). La littérature sur les sciences sociales propose de nombreuses définitions de l intelligence. Howard Gardner, psychologue à l université d Harvard, parle d intelligence rationnelle (le sens logique), spatiale (le sens qu on donne aux formes), ou même musicale (le sens qu on donne aux sons). Il y a aussi les intelligences verbale, émotionnelle intra et interpersonnelle (se comprendre soi-même et l autre), et environnementale (comprendre son environnement). Ces catégories concernent l intelligence de l individu. Mais un groupe peut aussi les révéler. Il peut en plus révéler une forme d intelligence collective : sa capacité à faire «quelque chose de plus» que la production de chaque membre. C est la capacité du collectif à se poser des questions et à chercher les réponses ensemble (2). On retrouve la conscience de l intelligence du groupe dans des expressions «L union fait la force», «Le groupe est plus fort que le plus fort du groupe». Prenons un groupe de développement agricole. Ses membres peuvent y mobiliser tous les types d intelligence, chacun à sa manière. Elles s ajoutent et se complètent. Mais ils peuvent aussi bloquer ces mécanismes et produire du négatif ou du toxique. Comment mobiliser l intelligence collective qui lie connaissances, expériences, et fonctionnements individuels? Comment créer les conditions pour la révéler, la développer pour accompagner ce collectif vers ses objectifs? (1) Didier Anzieu - «Le groupe et l inconscient» - hwww.pedagopsy.eu/livre_groupe_anzieu.htm. (2) Défi nition tirée de l ouvrage d Olivier Zara «Le management de l intelligence collective» - M21 éditions 2008. NOVEMBRE 2013 - TRAVAUX & INNOVATIONS NUMÉRO 202 13

Favoriser l intelligence collective Qu est-ce que l intelligence collective? Comment la révéler et la valoriser dans le cas d un collectif agricole? Quels principes pédagogiques et quelle posture d accompagnement l animateur peut-il adopter? Une illustration avec l accompagnement de groupes d agriculteurs qui s engagent dans une démarche innovante : l agriculture écologiquement intensive. Le groupe AEI de la Sarthe en marche dans une démarche de réflexion collective. Un groupe est un système vivant qui peut, comme chacun de ses membres, produire le meilleur comme le pire. Dans cet article de Travaux-et-Innovations, il s agit d explorer et d exploiter les ressources du groupe pour en tirer le meilleur parti : mettre en place les conditions qui lui permettent de ne pas tomber dans «l illusion groupale», un vecteur d inertie des collectifs (1). La littérature sur les sciences sociales propose de nombreuses définitions de l intelligence. Howard Gardner, psychologue à l université d Harvard, parle d intelligence rationnelle (le sens logique), spatiale (le sens qu on donne aux formes), ou même musicale (le sens qu on donne aux sons). Il y a aussi les intelligences verbale, émotionnelle intra et interpersonnelle (se comprendre soi-même et l autre), et environnementale (comprendre son environnement). Ces catégories concernent l intelligence de l individu. Mais un groupe peut aussi les révéler. Il peut en plus révéler une forme d intelligence collective : sa capacité à faire «quelque chose de plus» que la production de chaque membre. C est la capacité du collectif à se poser des questions et à chercher les réponses ensemble (2). On retrouve la conscience de l intelligence du groupe dans des expressions «L union fait la force», «Le groupe est plus fort que le plus fort du groupe». Prenons un groupe de développement agricole. Ses membres peuvent y mobiliser tous les types d intelligence, chacun à sa manière. Elles s ajoutent et se complètent. Mais ils peuvent aussi bloquer ces mécanismes et produire du négatif ou du toxique. Comment mobiliser l intelligence collective qui lie connaissances, expériences, et fonctionnements individuels? Comment créer les conditions pour la révéler, la développer pour accompagner ce collectif vers ses objectifs? (1) Didier Anzieu - «Le groupe et l inconscient» - hwww.pedagopsy.eu/livre_groupe_anzieu.htm. (2) Défi nition tirée de l ouvrage d Olivier Zara «Le management de l intelligence collective» - M21 éditions 2008. NOVEMBRE 2013 - TRAVAUX & INNOVATIONS NUMÉRO 202 13

Faire produire une vision commune En 2010 et 2011, Trame a accompagné 3 groupes d agriculteurs de la région Pays de la Loire dans une formation expérimentale sur l AEI (Agriculture écologiquement intensive). Leur objectif était d explorer le concept d AEI, nouveau et complexe, et de se l approprier pour envisager les concrétisations possibles sur leurs exploitations (3). La première modalité d animation a été de réunir les agriculteurs ayant manifesté leur envie de travailler sur des thématiques proches de l AEI, et de leur faire exprimer leurs attentes. La FRGeda Pays de la Loire (4) a mobilisé les responsables de groupes locaux et a organisé des réunions par département. Elle a confié à Trame l animation de ces rencontres. La posture de l intervenant/animateur Trame a alors été celle de l écoute et du partage des attentes individuelles : certains ont dit vouloir faire évoluer leurs pratiques dans un objectif de conservation du sol, d autres trouver des moyens de rapprocher l agriculture des attentes de la société, d autres avoir une vision de l agriculture du XXI e siècle Des attentes variées qui se rejoignent autour d une préoccupation partagée sur les nouveaux enjeux et l avenir de l agriculture. A ce stade, la vision collective est encore floue, car chacun interprète les Une information prend du sens dans l interaction avec des personnes. Un principe de base : exploiter le «réservoir de puissance» du groupe En 2010, dès la constitution des groupes en Pays de la Loire, la valorisation de l intelligence collective a été mobilisée par Trame. Elle a constitué un principe pédagogique de base pour conduire cette expérimentation et exploiter le «réservoir de puissance» du groupe : écouter les attentes individuelles, aider le groupe à produire une vision commune, veiller au processus et ne pas s impliquer sur le contenu, faire produire le groupe, aider le groupe à évaluer le chemin parcouru. contributions des autres à sa manière, à partir de son vécu et de sa culture. Mais émerge déjà l envie de travailler ensemble pour aller plus loin. Créer un groupe autour d une vision partagée Chacun des 3 groupes engagés dans la formation expérimentale a produit sa propre vision de la démarche d Agriculture écologiquement intensive. L utilisation de la méthode de la carte mentale (5) favorise l expression de chacun sur toutes les dimensions et le sens du concept. Ces contributions se complètent jusqu à constituer une image qui reflète, à un moment donné, la vision collective. Celle-ci donne du sens à l action du groupe et facilite l engagement de chacun. Mettre en place le contrat de collaboration et permettre aux membres de le tenir L intervenant/animateur met en place un contrat de collaboration pour faciliter le fonctionnement du groupe. Dans ce cadre, il s agit d expliquer l importance de certains comportements à favoriser et à éviter dans le groupe pour construire une réflexion collective. Pour que les membres d une organisation s engagent au bénéfice de l action collective, le respect de la parole des autres, l ouverture et de partage des informations, la coresponsabilité dans le résultat sont indispensables. Les membres du collectif écrivent et valident eux-mêmes ce contrat collaboratif, y compris l animateur, qui pourra y décrire son rôle. L intervenant/animateur peut s y référer en cas de besoin. Les membres du collectif connaissent les règles de fonctionnement et adaptent leurs comportements à l objectif de coopération qu ils se sont donné. Savoir partager ses informations pour coopérer Un collectif agricole qui se constitue pour faire progresser ses connaissances traite de nombreuses informations qui comportent une dimension rationnelle (pertinence technique) et relationnelle (interactions entre informations et personnes). Dans le cas de la formation expérimentale conduite en 2010, le groupe du Maine-et-Loire a analysé des références (3) Cf. l article «Explorer en groupe un concept pour construire sa stratégie individuelle» - Travaux-et-Innovations n 187 - avril 2012 - téléchargeable sur www.trame.org. (4) FRGeda : Fédération régionale des groupes d études et de développement agricole. (5) Pour en savoir plus sur la carte mentale, cf. Dossier «La créativité dans tous ses états : la carte mentale, un outil aux multiples utilisations» - Travaux-et-Innovations n 124 - janvier 2006 - téléchargeable sur www.trame.org. 14 TRAVAUX & INNOVATIONS NUMÉRO 202 - NOVEMBRE 2013

produites par un Institut technique sur le travail du sol. Le groupe a confronté ces références avec celles issues de sa propre expérience, ce qui lui a permis de relativiser ces informations pourtant fournies comme des données scientifiques avérées : la qualité du travail de certains matériels à dents n était pas celle annoncée dans des conditions de Le groupe construit sa collaboration autour d une vision commune, les dimensions du concept d AEI. La carte mentale permet au groupe d expliciter une vision collective qui lui sert de moteur. sol sec, le prix des machines qui n est plus le même lorsqu on l adapte soimême, etc. Les informations apportées par les membres d un collectif forment un ensemble de connaissances exploitable. Il sera d autant plus important que la réflexion collective va le transformer et l amplifier en lui donnant un sens nouveau, lié à l action du groupe. Pour accompagner cette réflexion, l animateur doit rester à distance du contenu, et rester vigilant sur le processus. Il laisse ainsi les participants prendre eux-mêmes la distance nécessaire à l interprétation des informations traitées. De l information à la collaboration Une information nécessite un émetteur (celui qui amène l information dans le groupe), et des récepteurs (les membres du groupe qui découvrent cette information). Lorsqu un groupe réalise un travail de veille informative, ses membres sont alternativement émetteurs et récepteurs d informations : chacun va chercher des informations sur des sujets L intelligence arrêtés à l avance, collective à travers et les restitue aux autres membres du l expérience de groupe. S ils jouent groupes engagés à la fois ces deux dans la démarche rôles, ils partagent l information, en de l Agriculture plus de se la diffuser. C est ce qui écologiquement intensive (AEI). se passe lorsque le groupe analyse collectivement des informations apportées par ses membres. Les membres du collectif peuvent jouer un troisième rôle vis-à-vis d informations : celui d acteur. Il s agit de transformer les informations échangées et en créer de nouvelles. Le travail de prospective réalisé par les groupes AEI révèle cette collaboration. Là encore, le contenu est apporté par les participants, et l animateur met en place un processus de réflexion étape par étape, dans lequel chacun se concentre sur une question à la fois. Après avoir identifié des variables de l environnement déterminantes pour leurs exploitations, les groupes ont formulé des hypothèses d évolution de ces variables, NOVEMBRE 2013 - TRAVAUX & INNOVATIONS NUMÉRO 202 15

puis ils ont élaboré à partir de ces dernières des scénarios d avenir. Les groupes ont créé ces scénarios prospectifs à partir de leurs propres ressources et de leur analyse collective. Chaque groupe a expertisé sa propre situation, et cela a donné à ces scénarios d autant plus de sens pour la stratégie des exploitations de ses membres. Acquérir les compétences nécessaires au travail collaboratif Pour exercer cette collaboration, le groupe peut avoir à développer des connaissances spécifiques (caractériser son système de production, identifier ses atouts et contraintes, se situer dans son environnement ) L intervenant/animateur doit être à l écoute du collectif pour aider ses membres à identifier ses ressources internes, et définir, avec eux, les besoins en formation, pour atteindre l objectif collectif. Si des formations sont mises en œuvre, il doit alors aider le collectif à faire le lien entre l exercice des compétences acquises et ses effets. Par exemple, le groupe AEI de la Sarthe a identifié en 2011 un besoin de renforcer ses compétences dans le partage de ses expériences, au sein du groupe et vers l extérieur. Une formation de 3 jours a été organisée par Trame en 2012 pour répondre à ce besoin. A l issue de cette formation, les membres du groupe ont pu organiser une journée de témoignage de leur démarche auprès d une quarantaine de personnes. En revanche, la compétence d acceptation de la critique s est développée spontanément au cours du travail du groupe. Au début, que ce soit par excès de modestie ou d orgueil, chacun pouvait être inquiet des remarques des autres : Que vont-ils penser de moi ou de ce que je fais? Le travail régulier d analyse objective des informations et des expériences a développé une confiance réciproque qui fait Le partage de points de vue permet de prendre de la hauteur par rapport à l information. que chacun ne prend pas à titre personnel les remarques des uns et des autres : les expériences sont analysées, pas les personnes. Des freins à la coopération Mettre en place un fonctionnement collaboratif ne va pas toujours de soi, ni pour les membres du collectif ni pour son animateur, puisqu il nécessite des comportements spécifiques comme le respect de la parole des autres, l ouverture et de partage des informations, la coresponsabilité dans le résultat. Ces comportements se manifestent si les membres du collectif - dont l animateur, croient à l intérêt d un fonctionnement collaboratif, s il s inscrit dans leurs valeurs. Un animateur conforté dans son métier par le sentiment de pouvoir qu il exerce sur le groupe risque de freiner des comportements collaboratifs, en entretenant une relation verticale, de «maître à élève». L animateur doit être vigilant en permanence sur le rôle qu il joue et ne pas prendre la place du collectif lui-même dans le partage et la collecte d information. Par ailleurs, les informations analysées ne sont pas connues à l avance, et le groupe se retrouve responsable de leurs analyses, avançant dans le brouillard. Cette production de nouveaux savoirs révèle au collectif ses capacités d innovation et de créativité. Dans le cas des 3 groupes AEI des Pays de la Loire, cette peur de l inconnu a été l une des principales raisons de retrait de certains participants lors des deux premières journées de formation. Et vous? Votre groupe a-t-il un fonctionnement de coopération? Que produit son intelligence collective? Quel rôle jouez-vous dans cette coopération? Comment l améliorer? Adrien Boulet Trame avec la collaboration de Muriel Astier Trame Source : «Le management de l intelligence collective, vers une nouvelle gouvernance» - Olivier Zara, M 21éditions - 2008 Contact : Adrien Boulet, chargé de mission AEI à Trame - Tél. : 06 82 81 01 94 - a.boulet@trame.org 16 TRAVAUX & INNOVATIONS NUMÉRO 202 - NOVEMBRE 2013