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1 Université Evry Val d'essonne UFR Lettres Langues Arts Master 2 Musique et Arts du spectacle Alice Paillereau ~ «La diffusion de la musique classique vivante en France et sa démocratisation. Un exemple concret : le festival des Folles Journées de Nantes édition 2012» ~ Mémoire de fin d'études préparé sous la direction de Monsieur Philippe GUMPLOWICZ Année universitaire 2011/2012

2 Alice Paillereau Mémoire Master II,

3 Paul Verlaine Alice Paillereau Mémoire Master II,

4 Sommaire REMERCIEMENTS... 5 INTRODUCTION... 6 PARTIE I La démocratisation de la musique classique vivante en France A. La musique classique en France ) Qu'appelle-t-on "musique classique"? ) Quelle vision de la musique classique aujourd'hui? a. Une musique jugée "élitiste" et inaccessible b. Classe sociale et goût musical : quelle relation? B. Démocratiser la musique classique en France ) Les différents moyens pour la rendre accessible a. L'importance de la médiatisation : émissions télévisées, radio b. L'implication locale en matière de démocratisation ) Le parcours de la chef d'orchestre Française Zahia Ziouani C. Musique classique vivante : la solution? PARTIE II Un exemple concret : le festival des Folles journées de Nantes A. L'importance de la Culture à Nantes B. Le projet Folles journées ) Le concept ) En France puis à l'étranger : les raisons d'un succès grandissant C. L'édition 2012 : "Le sacre russe" ) 4 & 5 Février a. Entre découverte musicale et accessibilité b. Culture musicale classique et "goût pour" la musique classique c. Entre concerts et conférences de qualité ) Un évènement "populaire" a. Le mélange des styles musicaux b. La musique classique auprès des jeunes publics c. Folles journées : agir auprès des publics empêchés ) Quels publics aux Folles journées 2012? CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE ANNEXES Alice Paillereau Mémoire Master II,

5 Alice Paillereau Mémoire Master II,

6 Remerciements Dans le cadre de ce mémoire de fin d'études, j'ai choisi de travailler sur un thème particulièrement intéressant pour moi. J'ai eu conséquemment la chance d'aller au festival des Folles journées de Nantes. Aussi, je remercie d'abord vivement toutes les personnes qui ont eu la gentillesse de répondre à mes questions, entre deux concerts. Je remercie également Monsieur Gumplowicz de m'avoir permis de travailler sur ce sujet qui me tenait à cœur. ~ Alice Paillereau Mémoire Master II,

7 Introduction En France, les festivals de musique classique aujourd'hui sont de plus en plus nombreux, notamment parce que leurs organisateurs souhaitent rendre un maximum accessible cette musique et casser l'image de musique "élitiste" qu'on lui colle trop souvent. Dans ce mémoire, j'ai décidé de travailler sur cette question de démocratisation de la musique classique et sur la sensibilisation de cette musique auprès des différents publics. Dans un premier temps, j'ai voulu étudier la vision de la musique classique en France qui, je dois dire, est partagée en plusieurs avis. Il y a d'abord ceux, appartenant au monde de la musique classique pour la plupart, qui pensent que la musique classique est réservée à une certaine catégorie de personnes, qui ont généralement une bonne culture musicale classique, issus d'un milieu social plutôt aisé ou ayant par exemple étudié au Conservatoire. D'autres, de catégorie sociale moindre et représentant le "grand public", sont certainement influencés par ceux-là et par cette "généralisation" : ils pensent donc également que la musique classique est réservée à cette fameuse "élite illusoire" et s'interdisent d'en écouter. Enfin, la dernière catégorie de personnes, et ils sont de plus en plus nombreux, comprend les personnes qui pensent que la musique classique peut être accessible à tous, et qu'il est utile de faire un maximum pour la démocratiser et diversifier les publics. C'est sur ces points principaux que j'ai voulu réfléchir et amorcer un début de réponse à ces questions que beaucoup de personnes se posent aujourd'hui. Faut-il nécessairement connaître la musique classique pour savoir l'apprécier? La culture musicale est-elle donc intimement liée au goût musical? En somme, les goûts musicaux ont-ils un rapport direct avec le milieu social dont nous sommes issus? Existe-t-il des éléments extérieurs qui peuvent développer ou changer nos goûts musicaux? Alice Paillereau Mémoire Master II,

8 Qu'appelle-t-on "musique classique"? Pourquoi lui colle-t-on une image élitiste et inaccessible? Comment démocratiser ce genre musical aujourd'hui et diversifier ses publics? Musiques du passé et époque moderne ne peuvent-elles définitivement pas s'entendre? La Culture aujourd'hui n'est-elle pas l'une des seules solutions qui existe pour rapprocher les gens et faire coexister les différences? Toutes ces questions, et beaucoup d'autres, que je me suis posées dans ce travail, m'ont aidée à me forger mes propres opinions à ce sujet et m'ont aidée à construire une réflexion je l'espère à peu près cohérente. J'ai choisi de diviser mon travail en deux parties distinctes pour une clarté plus évidente. Dans un premier temps, j'étudierai la vision de la musique classique, suivant les différents avis que j'ai pu évidemment rencontrés ainsi que cette relation entre milieu social et goût musical que Pierre Bourdieu a notamment évoquée dans l'un de ses ouvrages, La distinction. J'évoquerai ensuite les différents moyens mis en œuvre en France pour démocratiser la musique classique en me posant par exemple la question de savoir si le spectacle vivant s'avère la solution pour cette démocratisation musicale. Dans une seconde partie, j'ai choisi de me concentrer sur l'un des plus grands festivals de musique classique : les Folles journées de Nantes, auquel j'ai eu la chance de participer le week-end du 4 au 5 Février J'aborderai en premier lieu l'importance de la culture dans la ville de Nantes, pour me centrer ensuite sur l'édition 2012 du festival ayant pour thématique générale : "Le Sacre russe, de 1870 à nos jours". En étudiant dans le détail les différents aspects de cette édition 2012, j'analyserai les choses d'un point de vue sociologique, culturel et économique, en essayant d'être la plus concise possible. ~ Alice Paillereau Mémoire Master II,

9 La musique classique en France reste une musique appartenant au passé, peut-être estce pour cette raison que beaucoup de personnes pensent qu'elle ne peut être qu'écoutée par des gens cultivés, s'intéressant à l'histoire de la musique et au passé. Mais l'écoute d'une musique, quelle qu'elle soit, va sûrement chercher beaucoup plus loin que cela, et ce n'est pas pour rien que l'on dit souvent que la musique est un langage universel. Contrairement aux connaissances théoriques que nous pouvons acquérir au fil des années, l'écoute de musique ne nécessite pas d'apprentissage particulier. Voilà pour quelles raisons j'ai voulu décoder ce que voulaient sous-entendre les personnes qui affirment que pour apprécier la musique classique, il faut en connaître les particularités et l'histoire. Le célèbre ténor, aujourd'hui disparu, Luciano Pavarotti, disait : «Vous n avez pas besoin d un cerveau pour écouter de la musique.» Cette phrase peut paraître de prime abord quelque peu simpliste, mais pour moi, elle résume tout, et constitue ce sur quoi j'ai principalement travaillé dans le cadre de ce mémoire de fin d'études. A l'aide de mes enquêtes personnelles, des articles de revues littéraire ou sociologique que j'ai pu lire, des différentes personnes rencontrées lors du festival et d'autres nombreux éléments, j'ai tenté d'effectuer un travail cohérent et intelligible, en donnant mon avis quand cela s'avérait nécessaire et en restant neutre quand cela me l'obligeait également. ~ Alice Paillereau Mémoire Master II,

10 PARTIE I La démocratisation de la musique classique vivante en France A) La musique classique en France 1. Qu'appelle-t-on "musique classique"? Afin de préciser les différentes caractéristiques de la musique classique, il est nécessaire de revenir aux origines de celle-ci et d'établir dans le même temps une comparaison entre la définition qui lui était attribuée par le passé et ce que l'on entend exactement par "musique classique" aujourd'hui. Le terme "classique" en musicologie désigne en vérité une très courte période de l'histoire de la musique, de la fin du XVIIIème au début du XIXème siècle, celui-ci correspondant aux débuts de la période romantique. Au sens strict, ce terme désigne donc la musique produite dans le monde occidental entre 1750 et 1820 environ. La musique classique appartient à la catégorie des musiques savantes, regroupant la musique de chambre (symphonie, sonate, quatuor à cordes), l'opéra, les œuvres chorales : toutes les œuvres composées durant cette période de la vie musicale appelée Classicisme. Dans le dictionnaire, le mot "Classicisme" est défini comme suit : «Doctrine littéraire et artistique se signalant par une recherche de l'équilibre, de la clarté, du naturel ; Ensemble de tendances et de théories qui se manifestent en France au XVIIème siècle et qui s'expriment dans des œuvres littéraires et artistiques considérées comme des modèles.» 1 Il est pour moi essentiel d'évoquer ce point-là dans le sens où lorsque le terme "musique classique" est employé aujourd'hui, il regroupe plutôt les musiques du passé, de Bach à Mendelssohn, avant le XXème siècle, correspondant aux débuts de la musique contemporaine. 1 Petit Larousse, 2006 Alice Paillereau Mémoire Master II,

11 Par conséquent, le terme "classique" s'est, pour ainsi dire, généralisé. Il est important de le noter car on oublie souvent les origines exactes d'un mot, et en l'occurrence, nous pouvons constater que le mot "classique" en musicologie, tel qu'il est utilisé aujourd'hui par la plupart des personnes, a perdu son véritable sens. Les compositeurs clés de cette période musicale classique restent principalement Haydn, Mozart et Beethoven. D'un point de vue plus musicologique, la structure d'une musique appartenant à la période "classique" est aisément repérable. Les trois formes spécifiques de cette période sont la sonate, la symphonie et le quatuor à cordes. Etudions plus en détails l'une de ces formes musicales : la forme sonate. Celle-ci est définie comme suit dans le dictionnaire : «Plan du premier mouvement de la sonate classique, constitué par l'exposition, le développement et la nouvelle exposition de deux thèmes.» 2 Cette forme particulière est peut-être la plus utilisée dans les œuvres musicales dites "classiques" et reste facilement "repérable" dans les symphonies ou les concertos composés pendant cette période, même pour les auditeurs pas forcément initiés. La structure de la forme sonate dans un morceau est toujours la même, composée de trois mouvements : exposition, développement, réexposition. 2 Petit Larousse, 2006 Alice Paillereau Mémoire Master II,

12 Cette structure très propre au style classique, simple et très "cadrée", a finalement été une réaction aux excès des formes musicales appartenant au style baroque 3. C'est en cela que le style "classique" est reconnaissable en musique et qu'il n'a rien à voir avec d'autres styles musicaux, pourtant catalogués comme appartenant à la "musique classique" aujourd'hui, devenu un terme "générique". Il est important de souligner que le grand public n'entend pas forcément le bon sens du mot et que par conséquent, beaucoup d'amalgames sont faits à ce sujet. La musique classique appartient, certes, aux musiques du passé, mais le terme "classique" se rapporte à une période musicale bien définie. Il est important de le savoir. 2. Quelle vision de la musique classique aujourd'hui? a. Une musique jugée "élitiste" et inaccessible Lorsque l'on parle de "musique classique", la catégorie des musiques savantes apparait logiquement dans notre esprit. De là, l'image de la musique classique est forcément influencée par la catégorie à laquelle elle appartient. Etudions quelles sont les origines des préjugés sur la musique classique et pour quelles raisons l'image de celle-ci est de ce fait faussée. La catégorie "musique savante" sous-entend qu'il existe d'autres catégories de musiques, et rien que le fait de rattacher la musique classique et l'opéra aux musiques savantes ne fait qu'accentuer l'écart creusé entre les genres savant et populaire et, de ce fait, n'attire pas vraiment les gens qui ont alors tendance à "idéaliser" la musique classique, en la jugeant guindée et élitiste. L'appellation "musique savante" fait ainsi fuir ceux qui auraient envie d'écouter du Classique dans le sens où cela sous-entend qu'elle serait supérieure aux autres musiques : la musique classique se coupe donc elle-même des publics, par son appartenance à un genre "savant", susceptible d'impressionner les personnes non initiées. 3 Période musicale s'étendant du début du XVIIème siècle au milieu du XVIIIème siècle. Du portugais barroco, qui désigne des perles de forme irrégulière. En musique : ornements, extravagances, expressivité Alice Paillereau Mémoire Master II,

13 Un extrait du film Fauteils d'orchestre 4 illustre bien cette idée : la scène se joue entre Albert Dupontel, interprétant le rôle du pianiste Jean-François Lefort, et Cécile de France, interprétant quant à elle le rôle de la jeune serveuse montée à Paris, Jessica. Le dialogue entre ces deux personnages illustre bien notre propos. Voici les phrases qui s'en dégagent : Jean-François Lefort (J-F) : Vous allez quelques fois aux concerts? Jessica (J) : Euh, ça me viendrait pas à l'idée hein J-F : Et pourquoi? J : Bah parce que J'aime bien la musique mais comme ça quoi. Le classique ça m'a jamais Enfin, j'connais mal en fait. (Jean-François Lefort joue un air au piano : le thème de "Ah vous dirais-je maman") J-F : Vous connaissez? J : Bah ouais! (Jean-François Lefort et Jessica se mettent à chanter : "Ah vous dirais-je maman ce qui cause mon tourment, papa veut que je résonne comme une grande personne, mais je sais que les bonbons valent mieux que la raison") J-F : Mozart J : Oh! J-F : Ca me rend fou J : Bah, j'ai jamais appris moi, j'ai aucune éducation musicale! J-F : Ne vous excusez pas! Ne vous excusez pas, c'est moi qui m'excuse. J : Bah non, pourquoi? J-F : Parce que vous avez 20 ans, parce que vous chantez juste, et parce que ça vous viendrait pas à l'idée d'aller aux concerts, parce que pour vous c'est C'est un monde à part, un monde chic, cher. Non? 4 Film réalisé en 2005 par Danièle Thompson. Synopsis : "Une actrice populaire mais rêvant de cinéma intimiste, un pianiste surdoué qui rêve de jouer devant un public ignorant et naïf, un collectionneur qui vend en un soir toute l'œuvre de sa vie, une jeune provinciale qui tente sa chance à Paris car sa grand-mère lui a dit : "je n'avais pas les moyens de vivre dans le luxe, alors j'ai décidé d'y travailler. " Alice Paillereau Mémoire Master II,

14 J : Ouais J-F : J'en ai marre Ca vous étonne? J : Bah ouais quand on joue si bien J-F : Vous, par exemple, vous êtes serveuse. Un jour, vous avez plus envie d'être serveuse : tout le monde comprendra. Mais Vous êtes pianiste, personne ne comprend, même pas vous qui allez jamais aux concerts. Le pianiste est dans cet extrait bien conscient du réel décalage qui existe entre le monde de la musique classique et les gens comme Jessica, faisant partie de la catégorie que l'on nommerait le "grand public". Il en est tellement conscient qu'il souhaite d'ailleurs se détacher de ce "système", et a désormais la volonté de jouer du piano dans les hôpitaux, les prisons, les petites salles accessibles aux gens qui ne connaissent pas cette musique. Le deuxième extrait du film qui illustre cela se situe vers le milieu de celui-ci. Le dialogue se fait entre Jean-François Lefort et sa femme, Valentine : Valentine (V) : Nous avons des contrats pour 6 ans, Jean-François, signés. Jean-François (J-F) : Tu me quitterais? Réponds V : Je t'aime parce que quand tu joues j'ai envie de pleurer. Si tu étais plombier ou banquier, je ne t'aurais jamais regardé, c'est ça que tu veux entendre? J-F : Je suis pianiste, je serai pianiste toujours. C'est ma vie. Mais je ne veux plus de tout ça. J'ai envie de jouer dans les hôpitaux, dans les forêts, pour les enfants malades dans les hospices, dans les prisons, dans les salles de 5000 ou personnes, qui n'y connaissent rien à la musique. Mais je ne veux plus de ce rituel, de ce costume. J'veux quitter ce putain de système, Valentine. C'est son souhait le plus cher : il va réussir à s'éloigner de ce système qu'il critique tant et dans lequel il n'est pas à son aise, ce qui nous conforte dans l'idée que l'on peut réussir à démocratiser la musique classique par de simples moyens, et que cela est réalisable dans la vraie vie également. L'image élitiste de la musique classique en France peut être cassée, il suffit de le vouloir et de savoir user de bons moyens. Alice Paillereau Mémoire Master II,

15 De nos jours, les mots ou expressions auxquels la majorité des personnes pensent en entendant parler de musique classique sont entre autres : "ennuyeux", "pour les riches", "pour les vieux". Les origines de cette image "guindée" de la musique classique remontent, je pense, à assez loin : ces mots ("ennuyeux", "riches", "vieux") peuvent nous faire penser à des "idées reçues", venant du fait que la musique classique appartient aux musiques "du passé" et qu'à l'époque de Louis XVI par exemple, celle-ci était jouée dans des cercles restreints, à la Cour du roi : cette image de musique du passé réservée "aux riches" est restée et aujourd'hui, beaucoup de gens pensent toujours, peut-être à tort, que celle-ci n'a pas évolué Parallèlement, la musique classique n'est pas énormément diffusée en radio et en télé, ce qui n'incite évidemment pas les gens à la découvrir. L'émission Classic Classique animée par Alain Duault depuis 22 ans sur RTL a récemment été supprimée ; Christian Merlin 5 s'exprimera à ce sujet : «Nos élites étant de moins en moins imprégnées de cette culture, ils suivent la pensée dominante selon laquelle n'a de valeur que ce qui est immédiatement accessible au plus grand nombre. "Ca n'intéresse personne", entend-on alors. Rien d'étonnant, si on ne la diffuse plus : cercle vicieux bien connu.» 6 En effet, beaucoup de gens se disent : "ce genre de musique ne m'intéresse pas, cela ne va pas changer ma vie si j'en écoute pas". Or, ne dit-on pas que la musique appartient le plus souvent au registre de l'émotion? Elle touche en premier lieu l'auditeur et a des vertus thérapeutiques indéniables (musicothérapie par exemple) : c'est l'incroyable pouvoir qu'elle exerce sur celui qui écoute qu'il faut défendre pour combattre ces préjugés consistant à penser que "la musique classique est élitiste, réservée seulement aux riches ou aux vieux, et n'intéresse pas." Voilà pour quelles raisons les quelques moyens de démocratisation de la musique classique, sur lesquels nous reviendrons plus tard, sont à respecter, et les gens qui en sont à l'initiative à saluer. 5 Critique musical au Figaro, professeur de musicologie à l'université de Lille III 6 Christian Merlin, «La musique classique se meurt à la radio et la télé», le Figaro, Octobre 2011 Alice Paillereau Mémoire Master II,

16 Hormis ceux qui étudient un instrument au Conservatoire ou en école de musique, les jeunes générations aujourd'hui sont peut-être celles qui ont la vision la plus négative de la musique classique en général, ceci s'expliquant par des raisons diverses : l'éducation, les relations, la société qui peuvent influer sur leurs goûts musicaux. Nous allons à présent étudier cette notion de goût musical, en lien avec le milieu social duquel les gens sont issus, que Bourdieu a notamment évoquée dans son ouvrage La distinction 7. b. Classe sociale et goût musical : quelle relation? Pierre Bourdieu, sociologue Français, évoque cette question du goût dans l un de ses ouvrages en développant l idée selon laquelle le goût musical découlerait du milieu social dans lequel nous évoluons : «Il n y a rien qui, autant que les goûts en musique, permette d affirmer sa " classe", rien par quoi on soit aussi infailliblement " classé"» 8 Si nous suivons cette idée, alors cela voudrait signifier que les musiques savantes regroupant musique classique et opéra seraient plus écoutées par des personnes issues des hautes classes sociales, que le rap et le R'N'B seraient plus écoutés par des jeunes de banlieue de milieu plutôt défavorisé, ou encore que les styles pop/rock seraient plus écoutés par des étudiants de milieu modeste, appartenant aux classes moyennes. En nous appuyant sur l'étude réalisée par Philippe Coulangeon, s'étendant sur plusieurs années ( ), ainsi que mes enquêtes personnelles réalisées sur le terrain lors du festival des Folles Journées de Nantes 2012, nous allons analyser cette hypothèse évoquée par Bourdieu, qui aurait un peu tendance à "généraliser". 7 La distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Editions de Minuit, Ibid. Alice Paillereau Mémoire Master II,

17 Tout d'abord, la question de l'éclectisme musical est à étudier. Les plus éclectiques restent les personnes appartenant aux classes supérieures, en toute logique puisque ce sont ceux qui disposent d'un accès privilégié aux genres légitimes et enrichissent donc leur répertoire culturel en se frottant aux genres moins légitimes. Ensuite, en 2008 l'offre musicale est évidemment plus abondante et plus diversifiée qu'en ; Par conséquent, nous assistons à une montée de l'éclectisme des goûts et des habitudes d'écoute. Enfin, les jeunes générations en milieu scolaire sont attirées par le R'N'B, la pop les disques "commerciaux", contrairement aux musiques savantes qui sont quant à elles enseignées en conservatoire par exemple. Tout cela contribue bien évidemment à la formation des goûts musicaux d'une personne, qui est également réputée particulièrement sensible à l'influence du milieu d'origine et du niveau d'études. Selon Bourdieu, les pratiques et les goûts culturels ne sont pas seulement socialement différenciés mais aussi socialement hiérarchisés 10, c est-à-dire que les individus seraient classés selon leurs attitudes culturelles : par conséquent, nous assisterions à une opposition classes populaires/classes dominantes. Philippe Coulangeon reprend également cette idée dans l'un de ses ouvrages, Sociologie des pratiques culturelles : «La différenciation des goûts musicaux met simultanément en jeu la position et l'origine sociales, le niveau d'études, l'âge et le sexe.» 11 En somme, selon Philippe Coulangeon, l'attrait pour les genres savants (musique classique et opéra) dépend souvent du niveau social et du niveau d'études de l'individu alors que l'attrait pour les genres populaires (variétés, rock, rap, techno, musiques du monde ) diffère beaucoup plus faiblement selon le double critère du diplôme et de l'appartenance socio-professionnelle. Par exemple, il ne viendrait pas forcément à l'idée à un jeune fan de rap d'aller écouter un concert de musique classique, même si celui-ci est gratuit. Ce que je veux signifier à travers cette idée, c'est qu'en général, nous restons "figés" dans nos habitudes, qu'elles soient musicales ou autres. 9 Source : Philippe Coulangeon, «Les métamorphoses de la légitimité classes sociales et goût musical en France ( )», éditions le Seuil, La distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Editions de Minuit, Philippe Coulangeon, Sociologie des pratiques culturelles, Chapitre IV la montée de l'éclectisme des goûts, éditions La Découverte, 2010, page 56 Alice Paillereau Mémoire Master II,

18 Comme le dit le sociologue Antoine Hennion dans l'un de ses ouvrages 12, «on n'aime pas directement une musique inconnue, on aime la musique qu'on est prêt à aimer». Bethany Brison, sociologue américaine, rejoint encore cette même idée dans son livre Anything but heavy metal 13 : si les membres des catégories supérieures expriment un éventail de goûts plus large et plus diversifié que celui des autres catégories et débordant très largement le cadre des genres savants, ils manifestent aussi une distance assez prononcée à l'égard de genres tels que le rap ou le heavy metal, qui sont par ailleurs les plus appréciés par les catégories les plus faiblement diplômées et situées au plus bas de la hiérarchie sociale. Nous n'essayons pas, pour la plupart d'entre nous, d'ouvrir un peu plus nos oreilles et de découvrir des styles musicaux que nous connaissons moins : c'est ce qui est dommage aujourd'hui et c'est principalement pour cette raison qu'il est utile d'essayer de rendre accessible des musiques comme le classique par exemple, à des publics non-initiés. L'Ecole a également son importance, dans le sens où c'est notamment en milieu scolaire que l'individu se forge une personnalité, prend goût à des activités, etc. Aussi, elle tient un rôle essentiel, comme le rappellera Philippe Coulangeon dans un article publié en 2003 : «Il est primordial d'impliquer l'école le plus tôt possible dans ce cercle cumulatif de l'amour de l'art, de manière à corriger le plus possible les inégalités engendrées par la disparité des pratiques familiales en matière culturelle.» 14 Il est donc indispensable de multiplier les moyens de démocratisation culturelle, et ce dès le plus jeune âge, pour accorder aux individus un minimum d'ouverture culturelle, si celleci n'est pas assez grande dans leur milieu familial. Car il est prouvé que c'est dans l'enfance que se forge l'intérêt pour la culture. En effet, 41 % des personnes qui ne pratiquaient par exemple aucune activité culturelle pendant l'enfance se tiennent en retrait des loisirs culturels à l'âge adulte La passion musicale, une sociologie de la médiation, éditions Métaillé, American Sociological Review, Vol 61 n 5, Octobre Philippe Coulangeon, «Quel est le rôle de l'école dans la démocratisation de l'accès aux équipements culturels?», Les publics de la culture, sous la direction d'olivier Donnat, Paul Tolila, Source : «Les pratiques culturelles : le rôle des habitudes prises dans l'enfance», Revue INSEE Première, n 883, Février 2003 Alice Paillereau Mémoire Master II,

19 En sociologie de la musique, nous pouvons donc constater que la famille et l'école jouent un rôle primordial dans la construction des goûts musicaux de l'individu. Néanmoins, bien que cette théorie puisse s'avérer pour le moins véridique, ce que l'on nomme les "sociabilités de groupes" (qui constituent les soirées entre amis, fêtes, concerts ) font quant à elles partie des occasions idéales pour les individus : elles permettent de discuter, d'échanger leurs avis sur telle musique, tel artiste, tel album. Et c'est à partir de là que peuvent évoluer les goûts musicaux : ceux-ci ne restent donc pas "figés" et peuvent être modifiés au fil des années et des rencontres. Ayant étudié cette notion de goût musical défini par le milieu social, nous allons à présent orienter la suite de notre propos sur la politique et les moyens de démocratisation de la musique classique qui existent en France, mais dont les tentatives restent pour l'instant peu fructueuses, même si la situation s'améliore nettement par rapport à il y a quelques années. B) Démocratiser la musique classique en France 1. Les différents moyens pour la rendre accessible Avant d'entrer dans les détails de la démocratisation de la musique classique, il est nécessaire de faire un bref retour en arrière sur l'histoire de la démocratisation culturelle en France. En effet, la politique de démocratisation culturelle en France ne date pas d'hier puisqu'elle a été amorcée par André Malraux. Le décret fondateur de cette politique de démocratisation de la culture date du 24 Juillet 1959 : «Il s'agit de rendre accessible les œuvres capitales de l'humanité et d'abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d'assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et de favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit qui enrichissent.» Alice Paillereau Mémoire Master II,

20 Les objectifs de cette politique culturelle étaient notamment : la conservation et la mise en valeur du patrimoine, l'aide à la création et à sa diffusion, l'éducation artistique et le développement des pratiques culturelles des Français, la diffusion de la Culture à tous les Français. En somme, la politique de Malraux constituait principalement la diffusion de l'art au plus grand nombre. En 1966, un Comité de Sauvegarde de la musique est créé, ainsi qu'un service de la musique. La seconde personne, nommée à la tête de ce service, qui a œuvré pour cette démocratisation de la culture en France, est Marcel Landovski. La politique culturelle musicale ne va pas cesser de se développer par la suite, et les actions de démocratisation en faveur des publics, notamment des concerts de musique classique, deviendront très vite une priorité : des orchestres et des opéras régionaux seront créés, ainsi que des conservatoires nationaux, des écoles nationales de musique, etc. Le troisième protagoniste de cette démocratisation culturelle Française reste Maurice Fleuret, à la tête de la Direction de la musique et de la danse 16 entre 1981 et Une nouvelle politique de la musique sera centrée autour de l'objectif de démocratisation : la fête de la musique sera créée, chaque 21 Juin, apparaîtra également la notion de "développement culturel", et les moyens financiers augmenteront. Le problème de l'accès à la culture pour tous est donc intégré depuis longtemps, mais la politique de démocratisation de la musique classique reste tout de même toujours difficile à mettre en place, tant les mentalités ont du mal à "évoluer" à ce sujet, comme nous avons pu l'étudier précédemment. En 2008, une étude démontrant l'échec de la démocratisation de la culture est faite, beaucoup s'interrogeant même sur la nécessité d'un ministère de la Culture et se demandant pourquoi persévérer dans des politiques à ce point inefficaces. 16 Créée en 1969 Alice Paillereau Mémoire Master II,

21 Les solutions pour résoudre ce problème sont certes de plus en plus nombreuses mais peinent encore à trouver de bons résultats. En effet, la médiatisation aujourd'hui est importante : que ce soit par la télévision ou la radio, la culture doit être diffusée pour être regardée ou écoutée, et appréciée par le plus grand nombre de personnes possible, de tout âge et de toute catégorie socio-professionnelle. Or, la musique classique aujourd'hui souffre d'un vrai manque de médiatisation, bien que certains efforts soient fournis pour tenter de la "démocratiser" à travers la télévision, comme nous allons l'étudier. ~ a. L'importance de la médiatisation : émissions télévisées, radio L'une des émissions télévisées créées dans le but de rendre accessible la musique classique et dont le succès a été relativement bon, est La boîte à musique, proposée et animée par Jean-François Zygel, sur France 2. Alice Paillereau Mémoire Master II,

22 Jean-François Zygel anime La boîte à musique tous les étés depuis 2006, le jeudi soir vers 22h30. Depuis 2007, la formule de l'émission a légèrement évolué et la durée est passée de 90 à 110 minutes. Chaque émission est consacrée à un thème (et non plus à un compositeur) : l'opéra, les claviers, la nature, la musique de chambre, la danse, en public et en compagnie de plusieurs personnalités françaises. Elles entourent Jean-François Zygel sur le plateau, qui leur fournit des explications en direct sur des œuvres classiques, avec humour et originalité, reprenant par exemple des thèmes au piano. Des musiciens classiques sont également invités dans l'émission et viennent interpréter des morceaux en relation avec la thématique (musique de chambre, opéra, orchestre, etc). L'émission évolue encore en reprenant pour huit rendez-vous au cours de l'été Les thèmes abordés sont alors : musique et cinéma, la musique française, les modernes, les classiques, les romantiques, la sensualité, pochette surprise, l'improvisation. L'émission est reconduite au cours de l'été 2009, avec un nouveau décor, puis au cours des étés 2010 et 2011, le jeudi en deuxième partie de soirée. La boîte à musique existe donc depuis cinq saisons déjà et ce concept permet non seulement aux invités (généralement des personnalités connues : comédiens, chanteurs, humoristes, écrivains ) d'apprendre à mieux connaître ce genre de musique souvent méconnu mais permet également, en parallèle, aux téléspectateurs d'apprécier petit à petit cette musique, puisqu'ils en apprennent un peu plus à chaque émission. Le succès de l'émission a réellement prouvé que la télévision reste un outil de démocratisation musicale très efficace. Jean-François Zygel dira à ce sujet : «Ce succès prouve deux choses. Premièrement, que beaucoup de gens peuvent aimer l'immense répertoire de la musique classique, ses huit siècles de création, de chefs-d'œuvre de tous les pays, et ce, dans tous les domaines. Deuxièmement, ce succès montre qu'il faut renouveler la manière dont la musique classique est traditionnellement présentée, avec cet apprêt "bourgeois" qui lui nuit tant» Alice Paillereau Mémoire Master II,

23 Voilà pour quelles raisons les émissions de ce genre devraient être plus nombreuses sur les chaînes publiques Françaises, ce qui n'est malheureusement pas le cas, peut-être notamment parce que les producteurs n'ont pas assez confiance en ce genre de musique et qu'ils n'osent de ce fait pas multiplier les émissions qui créeraient peut-être pourtant de l'intérêt pour la musique classique de la part d'un certain nombre de téléspectateurs, pas forcément experts mais désireux de connaître. La deuxième émission qui a également tenté de démocratiser la musique classique, en appliquant ce fameux "mélange des genres", est la Grande Battle, diffusée sur France 2 le 6 Décembre en prime-time et animée par Nagui et Jean-François Zygel. Là encore le concept était simple : dix groupes de musique ont été sélectionnés pour "revisiter les classiques", à leur sauce (rock, jazz, rap, électro, métal ) mais dix œuvres classiques étaient imposées : La Symphonie n 5 de Beethoven, Carmen de Bizet, La Symphonie n 9 de Dvorak, Roméo et Juliette de Prokofiev, le Boléro de Ravel, la Chevauchée des Walkyries de Wagner, les Quatre Saisons Eté de Vivaldi, le Lac des cygnes de Tchaïcovski, la Symphonie n 40 de Mozart et le Beau Danube bleu de Strauss. Alice Paillereau Mémoire Master II,

24 Les œuvres classiques étaient donc assez connues mais France 2 a tout de même osé et pris un risque en diffusant cette émission en prime time. Plus les émissions de ce genre se multiplieraient, plus la musique classique serait regardée et appréciée par les téléspectateurs. La médiatisation est très importante pour la diffusion de la culture et elle est malheureusement trop rare en ce qui concerne la musique classique. Des chaînes comme Arte diffusent peut-être plus de concerts mais ce sont les chaînes les plus regardées (TF1, France 2, M6) qui devraient oser et tenter de créer des émissions du même genre que La boîte à musique ou La grande battle, et ce plus régulièrement. La seule émission diffusée sur une chaîne publique et durant laquelle des concerts de musique classique sont interprétés en direct live reste Les victoires de la musique classique, sur France 3. Les victoires de la musique ont été créées en 1986 mais celles de la musique classique n'ont eu droit à une cérémonie distincte qu'à partir de Certes, les victoires de la musique classique permettent la mise en avant d'un large panel de musiques interprétées par différents musiciens mais le bémol réside dans le fait que cette émission n'est évidemment représentée qu'une seule fois par an, ce qui ne suffit par conséquent pas à toucher assez de nouveaux publics. Alice Paillereau Mémoire Master II,

25 b. L'implication locale en matière de démocratisation Comme nous l'avons dit, le concert de musique classique souffre d'une mauvaise image et véhicule des représentations souvent négatives, pour les personnes qui n'y sont pas vraiment habituées ou qui méconnaissent cette musique. Les acteurs locaux en France et en particulier les directeurs artistiques et les musiciens essaient donc d'améliorer cette perception en agissant à deux niveaux : la forme et le contenu. D'abord, la forme du concert classique aujourd'hui doit obligatoirement évoluer : on ne peut plus donner des concerts comme on les faisait aux 18 ème ou 19 ème siècles. Il faut donc réfléchir à de nouvelles manières d'attirer du public en adaptant la forme des concerts, ce qui passe nécessairement par une réduction de la durée des concerts : lors des festivals régionaux en effet, la durée des concerts classiques ne dépasse généralement pas une heure. Ensuite, cela passe également par une ouverture plus grande au public, une ambiance conviviale, une certaine souplesse au niveau des tenues vestimentaires, des concerts donnés à l'extérieur des salles traditionnelles, pour lutter contre ce côté "inaccessible", "fermé" et "élitiste" qui nuit à l'image de la musique classique. Ensuite, sur le contenu, certaines œuvres classiques sont évidemment totalement méconnues et de ce fait difficiles d'accès pour un certain nombre de personnes. Or, la meilleure façon de toucher un large public est de jouer des œuvres connues de tous, comme dans l'émission la Grande battle, principalement composées par Mozart, Beethoven ou Schubert par exemple. La deuxième solution est également d'ouvrir ce répertoire à d'autres genres musicaux qui seront alors adaptés pour être joués "classiquement", de "mélanger les genres" en quelque sorte. Par exemple, l'orchestre National de Lyon s'ouvre de plus en plus à d'autres répertoires, tels que les musiques du monde, le jazz, ou encore les musiques de films. Les acteurs locaux se démènent donc pour adapter les concerts classiques et pour que ceux-ci soient plus attractifs pour tous ceux qui, dans la forme et le contenu, peuvent ressentir une trop grande distance entre cet art et leur propre univers. Enfin, les actions locales consistent également à attirer de nouveaux publics : pour démocratiser la musique classique, il faut diversifier les publics. Alice Paillereau Mémoire Master II,

26 La première façon d'en attirer de nouveaux est d'agir auprès de ceux qui ont déjà des pratiques culturelles, notamment dans le secteur du spectacle vivant, comme la danse ou le théâtre mais pas des concerts de musique classique. Dans ce cas-là, sont créés des spectacles pluridisciplinaires, qui allient danse, musique et théâtre, qui permettent donc de découvrir un autre univers culturel et peuvent ainsi donner envie de venir écouter la musique seule. La seconde façon d'attirer de nouveaux publics réside notamment dans le fait de cibler des publics particuliers, comme ceux constitués par les enfants par exemple. En effet, le travail de sensibilisation des enfants à la musique classique représente aujourd'hui un grand défi pour les acteurs culturels locaux, comme nous l'étudierons notamment dans la seconde partie de ce travail portant sur le festival des Folles journées de Nantes. Bon nombre d'actions sont menées dans ce sens : l'organisation de classes musicales, des interventions ponctuelles d'artistes en milieu scolaire, des concerts adaptés, ludiques et explicatifs, etc. Aussi, le fait d'agir auprès des publics empêchés 17 est de plus en plus courant et très apprécié car les artistes se déplacent souvent d'eux-mêmes et les spectacles donnés dans des établissements de ce genre sont importants dans le cadre de cet élargissement du public. Des représentations au niveau local sont donc souvent données dans des hôpitaux, des maisons de retraite ou encore des prisons, et c'est, je pense, une très bonne façon, de rendre accessible la musique classique. Enfin, beaucoup de personnes disent souvent qu'elles ne veulent pas assister aux concerts classiques principalement à cause de leurs tarifs. Nous aurons l'occasion d'en parler plus en détails dans la troisième sous-partie de ce point mais nous pourrions penser que le prix d'un concert classique devient presque une "excuse" pour ne pas y aller : en effet, certains concerts de variété ou de rock sont bien souvent aussi chers, voire plus chers, que les concerts de musique classique Mais si nous prenons en considération cette idée, pour démocratiser la musique classique dans les petites villes ou régions par exemple, il faut bien sûr agir en modifiant le prix du concert, dans le but d'attirer plus de gens, si tant est que ce soit la seule raison pour laquelle ces gens ne viennent pas aux concerts. Or, la question du prix ne constitue forcément pas le principal problème. 17 Correspondent aux personnes qui ne peuvent pas se rendre à des spectacles pour des raisons médicales (personnes malades, personnes âgées) ou d'emprisonnement. Alice Paillereau Mémoire Master II,

27 L'action sur la politique tarifaire, sur laquelle nous reviendrons dans la deuxième partie de ce travail avec le festival des Folles journées de Nantes, est donc primordiale pour inciter les personnes à venir aux concerts et pour diversifier les publics. Il faut un accès facilité à la culture, il est donc essentiel de mettre en place une bonne politique tarifaire mais il faut également trouver d'autres alternatives pour faire connaître cette musique. Tous les acteurs culturels locaux, qu'ils soient musiciens, directeurs artistiques ou encore enseignants réfléchissent à ces différentes manières d'agir pour essayer d'élargir et diversifier le public des concerts de musique classique : la démocratisation et la diversification des publics représentent bien un objectif essentiel, voire une priorité. L'atout majeur de l'implication locale réside essentiellement dans la relation de proximité. En effet, les actions restent considérablement plus efficaces lorsqu'il existe cette relation directe et cette proximité avec les publics : nous l'étudierons dans la deuxième partie de ce mémoire avec la ville de Nantes et son implication dans le festival des Folles journées. Un bel exemple d'action locale en matière de démocratisation de la musique classique réside également dans le travail de Zahia Ziouani, jeune chef d'orchestre Française et directrice du conservatoire de musique de Stains, en banlieue parisienne. Nous allons revenir sur son travail, sur ses projets et son ambition, ayant au fond un même objectif : sensibiliser les publics de banlieue, qui ne connaissent pas forcément cette musique et qui n'y ont surtout pas forcément accès. ~ Alice Paillereau Mémoire Master II,

28 2. Le parcours de la chef d'orchestre Française Zahia Ziouani Zahia Ziouani, jeune femme d'origine algérienne âgée de 33 ans, dirige aujourd'hui son propre orchestre, Divertimento, et est à la tête du Conservatoire de musique de Stains en région parisienne (93). Nous allons revenir sur son parcours atypique et pas toujours facile qui lui a permis de se faire une place dans le monde fermé de la musique classique et de devenir l'une des rares femmes chefs d'orchestre en France qui a largement participé à développer le concept de démocratisation de la musique classique, notamment à travers son travail en banlieue parisienne. Ses débuts de musicienne se sont faits au Conservatoire de Pantin (93) dans lequel elle a commencé la guitare, à l'âge de huit ans. Ensuite, elle étudia la musicologie à la Sorbonne et fit la rencontre du grand chef d'orchestre Sergiu Celibidache, qui la forma pendant deux ans entre la France et l'allemagne. Son ambition était forte dès le début et à l'âge de 20 ans, elle crée son propre orchestre, Divertimento: «Comme dans la plupart des milieux, celui de la musique nécessite d avoir un réseau... N en n ayant aucun à l époque, pas question pour moi d attendre dix ans avant de diriger! La solution était de monter mon propre orchestre. Il a fallu que je m impose, que je propose un contenu artistique solide, que des musiciens me fassent confiance. Étape par étape, nous avons réussi. Aujourd hui, douze ans après, notre orchestre est reconnu et nous nous produisons partout dans le monde.» 18 Avoir créé cet orchestre lui a donc permis de "s'implanter" à Stains et de réussir à sensibiliser des publics pas forcément habitués à entendre de la musique classique. Sa détermination est forte et son ambition est toujours aussi grande, nous pouvons le remarquer lorsqu'elle est par exemple interrogée à ce sujet : «Enseigner en Seine-Saint-Denis est très important pour moi. Soyons clairs, l égalité des chances n existe pas. Au conservatoire de Stains, je veux donner plus que des cours de musique aux jeunes. Nous organisons des sorties aux musées, des concerts. Nous voulons offrir à ces jeunes toute la culture générale nécessaire dont ils manquent pour accompagner leur progression dans la musique.» «Zahia Ziouani, chef d'orchestre à 32 ans : "Mixité, respect de l autre : la musique transmet des valeurs fondamentales"», Salamnews, n 22, Décembre Ibid. Alice Paillereau Mémoire Master II,

29 Divertimento est un orchestre qui compte aujourd'hui soixante musiciens permanents, avec trente autres musiciens qui viennent en plus régulièrement, ce qui constitue un ensemble de quatre-vingt-dix musiciens dans son intégralité. Zahia Ziouani en parle comme l'un de ses "bébés" et est consciente qu'au regard de son parcours pour le moins original, son orchestre "lui ressemble" : «C'est un projet atypique dans la mesure où je veux le rendre accessible à tous les publics et le développer dans tous les lieux, à la fois dans les salles prestigieuses traditionnellement dédiées à la musique classique, mais également, et surtout, partout ailleurs.» 20 La principale ambition de Zahia Ziouani constitue en quelque sorte à dresser des ponts entre les mondes auxquels elle appartient, qui vivent côte à côte mais sans vraiment se comprendre, et à abattre des murs invisibles, entre Paris et sa banlieue, entre la musique classique et les milieux populaires, entre la France et l Algérie, ses deux patries : «Ceux qui n'ont pas les moyens de découvrir la musique classique, ou ne s'en autorisent pas l'accès, il faut aller vers eux et leur faire rencontrer ce monde si riche, si varié. J'ai ainsi mené de nombreuses actions éducatives et de sensibilisation auprès du public scolaire, du public associatif, des familles de Stains et d'autres villes, afin de les inciter à venir au concert ou à pratiquer un instrument.» 21 A travers son parcours, son travail et les différents projets qu'elle veut concrétiser, Zahia Ziouani donne également confiance aux jeunes de banlieue, qui n'ont pas forcément une bonne image d'eux-mêmes, dû au fait que la banlieue est souvent stigmatisée par les médias notamment. Le fait de rendre accessible cette musique aux jeunes de banlieue et de leur permettre de pratiquer un instrument les hisse forcément vers le haut et c'est en ce sens que nous nous devons de travailler, pour aider à casser cette image de musique "réservée à une élite" : 20 Zahia Ziouani, La chef d'orchestre, éditions Anne Carrière, 2010, page Ibid. page 136 Alice Paillereau Mémoire Master II,

30 «Mon combat est clair : je cherche à ce que l'on me considère pour ce que je fais et non pour mes origines, l'exotisme de mon prénom ou mon lieu de résidence ( ), que la diversité soit perçue comme une chance et non un danger, et que l'image de la banlieue change non seulement à l'extérieur mais aussi pour ses habitants afin qu'ils cessent de la vivre comme une fatalité.» 22 C'est le combat de Zahia Ziouani et cela devrait le devenir pour beaucoup d'acteurs culturels Français. Elle a d'ailleurs récemment été décorée "Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres" par le ministre de la culture, Monsieur Frédéric Mitterrand 23, qui lui a livré un discours dont voici un extrait : «Par votre talent, votre sensibilité et votre générosité, vous contribuez au rayonnement de la musique classique dans le monde et dans nos villes. Votre engagement en faveur de la sensibilisation à la musique et de l accès à la culture pour tous est à la fois remarquable et exemplaire. Pour toutes ces raisons, je suis très heureux, chère Zahia Ziouani, au nom de la République française, de vous faire chevalier de l ordre des Arts et des Lettres.» Le monde de la culture en France reconnait largement son travail ainsi que son implication au service de la musique classique et de sa démocratisation. Et cette idée confirme le fait que nos goûts musicaux, même s'ils peuvent être définis par notre milieu social, peuvent évoluer, en fonction d'un certain nombre de caractéristiques. Alors "oui", la musique classique a sa place en banlieue! En réalité, comme il a été dit dans un reportage qui lui était consacré, «Zahia Ziouani montre que la musique classique est accessible à tous, pour peu qu'on y mette de la passion et des moyens, comme à Stains.» Ibid. page NB : Le 12 Avril Reportage TF1 "Zahia Ziouani, un chef d'orchestre hors du commun", Journal de Laurence Ferrari, 10 Février 2011 Alice Paillereau Mémoire Master II,

31 Les jeunes qu'elle encadre, au conservatoire de Stains par exemple, prennent exemple sur elle et peuvent être influencés par sa réussite, c'est l'une de ses forces à travers le travail qu'elle fournit en banlieue : «Tout le monde peut être maître de sa vie. La musique, c est comme le sport : si on est déterminé, on y arrive.» 25 En étudiant le parcours et le travail de Zahia Ziouani, nous avons pu constater que le spectacle vivant tient une importance considérable en matière de démocratisation de la musique classique, notamment parce que ce sont principalement les concerts qui peuvent attirer des publics différents : à Stains par exemple, la musique classique fait désormais partie de la vie culturelle de la ville et attire de plus en plus de publics, notamment grâce à Zahia Ziouani. Nous pouvons donc nous demander si la musique vivante ne constituerait pas l'une des meilleures solutions permettant de rendre accessible la musique classique et de diversifier les publics; C'est la question que nous allons étudier dans ce dernier point. C) Musique classique vivante : la solution? En France, les festivals de musique sont de plus en plus présents et deviennent même des formes privilégiées de diffusion de la culture : chaque style de musique peut être représenté dans un festival, et cela est donc également vrai pour la musique classique, dont les festivals se multiplient chaque année. Alors, pourquoi ce "phénomène festival" en France? Et pourquoi serait-ce le spectacle vivant la solution au problème du manque de fréquentation des concerts de musique classique? Tout d'abord, il est évident que le spectacle vivant contribue largement à «à la diffusion des œuvres, à la promotion des genres artistiques et à l'irrigation culturelle des territoires» 26, notamment parce qu'il représente une bonne occasion de présenter des œuvres en direct au public. 25 «Zahia Ziouani, chef d'orchestre à 32 ans : "Mixité, respect de l autre : la musique transmet des valeurs fondamentales"», Salamnews, n 22, Décembre Luc Benito, Les festivals en France Marchés, enjeux et alchimie, 2001 Alice Paillereau Mémoire Master II,

32 Plus spécifiquement, les festivals restent attirants car ils mettent plus à l'aise que les concerts donnés dans une salle comme la salle Pleyel par exemple, et les tarifs sont plus abordables. De plus, le festival en lui-même présente un certain intérêt pour les objectifs de démocratisation de la musique classique, d'une part parce que les tarifs sont évidemment plus abordables et d'autre part parce qu'un festival donne l'opportunité d'attirer de nouveaux publics. Pour que les concerts dans des salles parisiennes soient "attrayants" pour le grand public, il faut que les tarifs soient plus abordables, comme lors de la Folle nuit à Gaveau organisée par René Martin chaque année, durant laquelle les concerts classiques sont à un maximum de 10 euros. J'ai pu assister à l'un de ces concerts 27 et je peux confirmer le fait que le public était assez mélangé : des enfants étaient accompagnés de leurs parents, des gens simples comme des gens plus "snobs" étaient présents, des étudiants. J'ai donc bien remarqué la différence avec un concert auquel j'avais eu la chance d'assister gratuitement à la salle Pleyel, grâce à quelqu'un qui m'avait offert une place : les personnes qui assistent à ce genre de concert sont issues de classes sociales élevées, cela ne fait aucun doute quand on observe les publics, comme j'ai l'habitude de le faire. Il semble donc évident que les tarifs des concerts classiques soient tout de même une explication à leurs faibles fréquentations car les festivals ou les concerts organisés avec une politique tarifaire abordable attirent beaucoup plus de personnes que les concerts dans les salles dédiées aux concerts classiques. C'est bien la preuve que la démocratisation de la musique classique et la diversification des publics passe tout d'abord par une politique tarifaire abordable et un concept un minimum attrayant. ~ 27 La folle nuit à Gaveau Claire Désert, le 26 Novembre 2011 à 15 heures, salle Gaveau Alice Paillereau Mémoire Master II,

33 Les avantages d'un festival de musique classique sont par conséquent nombreux. En effet, ils permettent dans un premier temps de toucher un public large et considérablement plus diversifié que dans telle ou telle salle parisienne. L'avantage principal constitue le fait que l'on peut retrouver en un même lieu aussi bien un public de réels passionnés qu'un public de touristes, venus "un peu par hasard, parce qu'ils passaient par là", ou encore un public d'une provenance par exemple plus locale, venu "parce qu'un festival avait lieu près de chez eux". Ensuite, étant donné que dans la plupart des cas, les festivals de musique classique ont lieu chaque année, leur popularité peut s'accroître et attirer de nouvelles personnes l'année suivante, et ainsi de suite. De plus, l'organisation d'un festival nécessite de faire agir des acteurs culturels locaux, comme nous l'avons vu dans une partie précédente en étudiant l'importance de l'implication locale en matière de démocratisation musicale, et constitue ainsi une bonne occasion de mobiliser également la population locale, de créer de nouvelles formes de convivialité. La musique classique souffrant d'un véritable manque de reconnaissance, le concept du festival est de ce fait particulièrement adapté, à sa diffusion et à la diversification sociale et culturelle de ses publics : démocratisation et intégration sociale vont souvent de pair; Les organisateurs de festivals et les acteurs culturels locaux l'ont bien compris Ils agissent ainsi tous pour essayer de "dénicher" de nouveaux publics, tant la musique classique reste méconnue et de ce fait, quelque peu désaimée. Les actions locales ont, à mes yeux, plus d'impact que toutes les autres en matière de démocratisation de la musique classique et le festival reste, à mon avis, le concept le plus adapté pour rendre un maximum accessible cette musique à des publics diversifiés. ~ Alice Paillereau Mémoire Master II,

34 Nous sommes réellement au cœur de l'une des plus importantes problématiques du milieu culturel aujourd'hui : celle de la démocratisation musicale, initiée il y a presque plus de 50 ans par André Malraux. Nous allons à présent insister sur l'implication des acteurs locaux, que nous avons déjà évoqués précédemment, dans ce concept d'élargissement et de diversification des publics, en étudiant le cas particulier d'un festival de musique classique Français, les Folles journées de Nantes, édition 2012, auquel j'ai eu l'opportunité d'aller cette année et sur lequel j'ai travaillé pour pouvoir illustrer avec précision les arguments que j'essaie d'apporter et tenter de répondre aux différentes problématiques et aux questions que je me pose dans ce travail de recherche. Entamons cette seconde partie en analysant dans un premier temps l'importance de la culture dans la ville de Nantes. ~ Alice Paillereau Mémoire Master II,

35 PARTIE II Un exemple concret : le festival des Folles journées de Nantes A) L'importance de la culture à Nantes Il me parait important d'analyser quelle place occupe la culture à Nantes pour ensuite nous centrer sur un des évènements culturels les plus importants de cette ville, devenu le festival de musique classique l'un des plus réputés dans le monde, celui des Folles journées. Les acteurs culturels locaux à Nantes ont essayé d'inventer de nouvelles formes de manifestations qui permettent de décloisonner les genres et les publics : à travers des évènements réguliers, Nantes a en quelque sorte inventé une "culture de rendez-vous" et le festival des Folles journées est particulièrement emblématique de cette démarche-là. Mais nous allons voir que ce n'est pas le seul rendez-vous culturel à Nantes, en étudiant chacun d'entre eux dans le détail. ~ Le premier évènement culturel nantais qui a son importance se nomme Les Rendezvous de l'erdre et a lieu chaque année à la fin du mois d'août. En 2012 ce sera la 26 ème édition de ce festival qui accueille tous les ans plus de spectateurs sur quatre jours. Les types de musique représentés sont autour du Jazz et la particularité des Rendez-vous de l'erdre réside dans le fait que les participants naviguent sur des voiliers ou des bateaux motorisés, venus de France et d Europe entre l Ile de Versailles et le bassin Ceineray : les passants ont donc l occasion d admirer de nombreux navires anciens (toues, gabarres, navires à vapeur ) à quai, et d'écouter en même temps de la musique, du blues à l'électro et du jazz traditionnel aux formes les plus contemporaines. Chaque année, plus de 300 musiciens jouent environ 110 concerts. Alice Paillereau Mémoire Master II,

36 En ce qui concerne l'organisation de cet évènement, les acteurs culturels locaux sont évidemment mobilisés, mais également les associations nantaises, les collectivités territoriales et partenaires privés, afin de mettre en valeur à la fois la richesse du patrimoine naturel de l'erdre mais également le dynamisme de la scène Jazz de Nantes et sa région en somme. Le Printemps des Arts est un autre évènement culturel important à Nantes. Fondé en 1984 par le metteur en scène Philippe Lénaël, ce festival a pour thématique générale la musique ancienne sur la période des XVII ème et XVIII ème siècles; Il fait appel chaque année aux interprètes, ensembles vocaux et orchestres les plus réputés en Europe et dans le monde, en étant attaché à la promotion de jeunes artistes les plus talentueux. A travers le Printemps des Arts, on assiste en quelque sorte à une redécouverte de la musique ancienne et de l'engouement que celle-ci a suscité dans le public. Alice Paillereau Mémoire Master II,

37 Entre ces deux évènements qui représentent assez bien la diversité culturelle de Nantes et les différentes associations œuvrant pour la diffusion de l'art pour les jeunes publics par exemple, la ville de Nantes est vraiment ancrée dans la diffusion artistique et a réussi à inventer cette fameuse "culture de rendez-vous". Jean-Mars Ayrault, le maire de Nantes, confirme cet état de fait : «La culture est au cœur de Nantes. Elle est source de notre dynamisme. Elle est un facteur d'émancipation pour chacun. C'est un irremplaçable créateur de lien social, un outil éducatif et de lutte contre les inégalités.» 28 La place qu'occupe la Culture au cœur de la ville de Nantes est par conséquent assez grande et les actions locales sont nombreuses, ce qui attire de plus en plus de publics, comme nous l'avons étudié dans une partie précédente. La proximité avec les publics que permet l'action locale en matière de démocratisation culturelle est plus efficace que n'importe quel autre moyen : c'est en cela que réside l'importance de l'implication locale pour la culture en France. C'est pourquoi j'ai choisi d'axer mes recherches sur la démocratisation de la musique classique et la diversification des publics, en m'intéressant à un festival en particulier, qui fait partie des évènements culturels récurrents de Nantes : le festival des Folles journées. ~ 28 Thierry Guidet, «La Folle journée de Nantes : une ville à l'unisson», Place publique, 2009, page 43 Alice Paillereau Mémoire Master II,

38 B) Le projet Folles journées 1. Le concept Nantes est une ville de cultures, comme nous avons déjà eu l'occasion de l'évoquer dans ce travail. La musique est donc au centre des activités culturelles de la ville et le festival des Folles journées de Nantes, créé par René Martin, ne cesse d'attirer des publics en s'étendant de surcroit aujourd'hui dans plusieurs pays étrangers, victime de son succès. L'idée originale de départ est donc signée René Martin : à la suite d'un concert du groupe de rock U2 à Nantes, il imagine le concept du festival des Folles journées : réunir autant de monde pour un concert de rock est possible, alors pourquoi pas pour des concerts de musique classique? C'est la question que René Martin s'est posée et c'est celle-ci qui est à l'origine du projet Folles journées. René Martin a eu l'idée de donner le nom Folle journée au festival tout simplement en référence à la pièce de Beaumarchais intitulée «Le Mariage de Figaro ou La Folle Journée», devenue Les Noces de Figaro de Mozart, premier compositeur "invité" en L'objectif de René Martin à partir de l'année 1995 est en réalité d'avoir en premier lieu la volonté de faire descendre la musique classique de sa tour d'ivoire, casser ce côté élitiste qui lui colle à la peau. Pour attirer un maximum de personnes, René Martin se devait bien évidemment de mettre en place certaines conditions, paraissant évidentes : il a donc tout d'abord choisi d'appliquer une politique tarifaire abordable, puis de regrouper le festival en un week-end les premières années, qui se multiplieront en cinq jours ensuite, et enfin le fait que chaque concert n'excède pas 45 minutes. Ces trois conditions-là ont été remplies pour la création du festival des Folles journées et en ont fait sa réputation : ce sont majoritairement ces conditions qui ont d'ailleurs attiré tant de personnes, d'abord à Nantes puis dans les différentes villes étrangères par la suite. Alice Paillereau Mémoire Master II,

39 2. En France puis à l'étranger : les raisons d'un succès grandissant 29 Le festival des Folles Journées, à l'origine duquel se trouve son directeur artistique René Martin, a tout de suite attiré des milliers de personnes et eu un impact assez important sur la mentalité et le goût musical des différents publics, peut-être plus que ce que René Martin l'imaginait au départ. Depuis l'année 1995, les Folles journées n'ont cessé d'attirer de plus en plus de gens et c'est majoritairement grâce à cela que René Martin et son équipe ont pu l'étendre jusqu'à l'étranger. 29 Pour prendre l'exemple d'une pianiste étrangère adepte du festival, nous pouvons citer la pianiste Etsuko Hirose car le festival, même s'il s'est étendu dans plusieurs villes étrangères, garde pour les artistes étrangers une saveur toute particulière à Nantes : «C'est vraiment un moment spécial pour moi. Cela me permet de voir beaucoup d'artistes, dont certains que j'admire énormément.» 29 Pianiste japonaise Etsuko Hirose, habituée du festival des Folles Journées Alice Paillereau Mémoire Master II,

40 Et seule la musique compte pendant ces quelques jours. Etsuko Hirose avoue par exemple d'ailleurs ne connaître de Nantes que l'hôtel et la Cité des Congrès Par conséquent, seule compte la musique. Etsuko Hirose ajoute : «La Folle Journée permet à des gens qui ne sont pas habitués à la musique classique de la découvrir, il y a beaucoup d'enfants, de jeunes publics. Et ils reçoivent la musique avec beaucoup d'attention, de curiosité. En tant qu'artiste, je le ressens fortement.» En ce qui concerne le nombre de billets vendus, il a en réalité considérablement augmenté chaque année et par conséquent le festival est devenu de plus en plus réputé, de plus en plus populaire. Par exemple, avec une moyenne atteinte depuis 2007 de spectateurs ( à Nantes et plus de en région), la Folle Journée de Nantes est devenue l'un des plus grands évènements de musique classique en Europe et, pour illustrer cet état de fait, le festival est par exemple passé de spectateurs, 180 artistes et 35 concerts à spectateurs (dont scolaires), artistes et 250 concerts en Pour résumer cela en un bref historique, la première édition en 1995 avait ainsi réuni spectateurs, celle de 2001 en avait réuni , celle de 2003 environ , et celle de 2011 plus de Il est donc somme toutes logique que pour la 18 ème édition du festival ayant eu lieu cette année, le nombre de spectateurs ait atteint les billets vendus. D'année en année, le succès du festival se confirme et nous fait dire qu'il constitue réellement la plus grande fête populaire de la musique classique : c'est un festival à nul autre pareil où se croisent tous les publics, des mélomanes avertis, amateurs et profanes, jeunes et moins jeunes, aux enfants et familles. Pour étudier l'évolution de la popularité du festival, nous pouvons dire que depuis 2002, le week-end précédent l'évènement à Nantes, des concerts sont également donnés en région, pour ensuite s'élargir depuis 2005, à dix villes des Pays de la Loire en plus de Nantes : Challans, Cholet, Fontenay-le-Comte, La Roche-sur-Yon, La Flèche, Laval, Sablé-sur-Sarthe, Saint-Nazaire, Saumur, L'Île-d'Yeu et Fontevraud-l'Abbaye (Centre Culturel de l Ouest). Alice Paillereau Mémoire Master II,

41 Et, ces dernières années, le succès a été tel que La Folle Journée a été exportée dans d'autres villes du monde : notamment Lisbonne (de 2000 à 2006), Bilbao depuis 2002, à Tokyo depuis 2005, à Rio de Janeiro depuis 2007, en Pologne à Varsovie et au Japon à Niigata en Encore plus récemment décidé, en septembre 2012, le Canada aura sa Folle Journée à Montréal. ~ Dès lors, nous pouvons nous dire que le budget d'un festival de cette ampleur-là se doit d'être sérieusement géré. Les Folles journées constituent un évènement musical qui a longtemps été produit par la Cité des Congrès mais ce festival est depuis l'année 2005 géré par une SAEML 30 présidée par Yannick Guin et dirigée par Michèle Guillossou. La SAEML ne se cantonne cependant pas à la simple gestion financière : elle assure également l'ensemble de l'organisation de l'évènement, à l'exception bien sûr de la programmation, quant à elle entièrement décidée par René Martin et son équipe du CREA. 31 Le prix réduit des places et l'accueil d'artistes de renommée internationale sont donc rendus possibles grâce à l'investissement des financeurs publics : la Ville de Nantes, principal financeur, qui s'applique à médiatiser l'événement, le Conseil régional des Pays de la Loire, le Conseil général de la Loire-Atlantique, l'etat. De plus, lors du festival, et j'ai pu le constater par moi-même, les transports publics mettent en place des navettes régulières et gratuites pour les détenteurs d'un ticket, ainsi que des billets de train TER à 10 euros pour toute la région : la ville de Nantes met par conséquent beaucoup de choses en œuvre pour que cela se passe du mieux possible durant le festival. ~ 30 Société d'economie Mixte Locale 31 Centre de Réalisations et d'études Artistiques à Nantes Alice Paillereau Mémoire Master II,

42 D'autres éléments sont également caractéristiques de ce concept gagnant : les artistes qui acceptent des cachets inhabituellement faibles pour se produire, les médias partenaires (Ouest France, Télérama, Le Monde de la musique, France Musique, Arte, Mezzo), les commerçants locaux qui relaient l'événement et les sponsors quant à eux de plus en plus nombreux chaque année. Les différents actionnaires de la SAEML La Folle Journée se répartissent en réalité comme suit : Ville de Nantes 61 % Conseil Régional des Pays de la Loire 15 % Conseil Général de Loire-Atlantique 6 % Caisse des Dépôts 10 % CCI Nantes Saint-Nazaire 6 % Centre de Réalisations et d'études Artistiques 1% La Cité, le centre des congrès de Nantes 1% Michèle Guillossou dira à ce sujet : «L'équilibre financier est l'un des objectifs signés à la SAEML. La Culture a un coût, il ne faut pas avoir peur de dire les choses ( ) Par exemple, si les dépenses dépassent les prévisions, il faudra augmenter le prix des places, ce qui ne nous paraît pas souhaitable, ou bien rechercher de nouveaux partenaires.» 32 René Martin ne le cache pas non plus : il faut des moyens pour créer un festival aussi important, inviter des artistes prestigieux, conquérir autant de publics en si peu de jours. Aussi, il en demande un peu plus chaque année. A ce propos, l'adjoint à la Culture à Nantes, Monsieur Jean-Louis Jossic, considère cette réalité "normale" puisque l'importance d'un évènement culturel est toujours proportionnelle au budget nécessaire pour sa création mais il faut savoir parallèlement jouer de prudence : 32 La Folle journée de Nantes : une ville à l'unisson, Place Publique, Thierry Guidet, 2010, page 27 Alice Paillereau Mémoire Master II,

43 «C'est normal qu'un directeur artistique qui bouillonne d'idées veuille plus de moyens, comme il est normal que la ville soit prudente : les innovations n'attirent pas forcément un public nouveau. Cela dit, je n'entends aucune critique sur les sommes allouées à la Folle Journée. Son succès public et son esthétique irréprochable en font une manifestation intouchable.» 33 En 2009, le budget de la Folle journée approchait donc les 3,8 Millions d'euros HT, ce qui représente une somme tout de même non négligeable pour un festival de musique classique. Aucun festival en France n'approche un budget aussi élevé, ce qui prouve aussi que les Folles journées constituent réellement le festival classique le plus populaire et le plus important d'europe. Les raisons de ce succès grandissant sont donc multiples : nous pouvons citer évidemment les tarifs des concerts, oscillant entre 5 et 25 Euros, ainsi que leur durée relativement courte permettant d'en enchaîner plusieurs en une seule journée. Ce concept assez simple et attrayant a donc plu au point d'être exporté dans les différentes villes étrangères préalablement citées, et c'est en réalité assez logique pour René Martin et toute l'équipe du CREA, qui fournissent un travail tout de même conséquent : en effet, chaque année, il leur faut planifier environ 250 concerts sur cinq jours dans les différentes salles de la Cité des Congrès de Nantes, gérer l'alternance des orchestres, les passages d'une salle à l'autre, l'intendance des musiciens, la gestion du matériel, réguler les mouvements du public dans la cité, proposer des animations de qualité sur le kiosque de la grande halle, etc. Cela constitue un travail titanesque et c'est donc bien normal qu'ils soient ainsi récompensés. Le travail fourni pour ce festival est réellement proportionnel au succès que celui-ci a à travers ces quelques villes du Monde. Nous allons à présent étudier plus précisément le festival des Folles journées de Nantes à travers l'édition 2012 de celui-ci, auquel j'ai eu la chance d'aller les 4 et 5 Février de cette année, et sur lequel je vais donc me centrer dans cette dernière sous-partie, afin d'analyser notamment le concept de démocratisation musicale classique Français à travers le festival des Folles journées 2012 ayant pour thématique générale : 33 La Folle journée de Nantes : une ville à l'unisson, Place Publique, Thierry Guidet, 2010 Alice Paillereau Mémoire Master II,

44 «Le Sacre Russe, de 1870 à nos jours» Nous allons donc étudier les différents éléments caractéristiques de cette édition, en évoquant les quelques conférences et concerts auxquels j'ai eu l'opportunité d'assister durant ces deux jours. Parallèlement, grâce aux enquêtes que j'ai menées "sur le terrain", nous pourrons étudier les caractéristiques des différents publics présents, afin d'effectuer une sorte d'analyse sociologique en prenant par exemple en considération l'âge, la catégorie socio-professionnelle et les goûts musicaux des personnes constituant ces publics. Cela nous aidera à tenter de répondre aux problématiques que je me suis posées dans ce travail de recherche, notamment celles concernant la culture et le goût en matière de musique classique. Nous étudierons également le fait que la musique classique soit de plus en plus jouée dans des lieux inédits, et c'est notamment le cas lors du festival de Nantes. C) L'édition 2012 : "Le Sacre Russe" 1. 4 et 5 Février 2012 La 18 ème édition du festival des Folles journées de Nantes avait lieu du 1 er au 5 Février, et j'ai décidé d'y aller le week-end, du samedi 4 au dimanche 5 donc. Je voulais assister à quelques concerts et quelques conférences, et entre chaque concert interroger des personnes venues au festival à l'aide de questionnaires que j'avais préalablement préparés. 34 Les observations et analyses que j'ai pu faire relèvent donc autant de recherches d'ordre musicologique que sociologique. 34 Cf. Annexe 1 Alice Paillereau Mémoire Master II,

45 a. Entre découverte musicale et accessibilité Lorsque j'arrive à la Cité des Congrès de Nantes, les premiers mots qui me viennent à l'esprit sont ceux que j'ai utilisés dans cette première sous-partie : "découverte" et "accessibilité". Et nous allons notamment étudier le fait que beaucoup de personnes constituant les différents publics ont pensé la même chose. Il est important de spécifier que pour la première année, une nouvelle "scène" a fait son apparition : celle du Lieu Unique 35. Et pour la 18 ème édition, 300 manifestations étaient prévues, il fallait donc deux lieux prestigieux : celui de la Cité des Congrès et celui du Lieu Unique, environ deux cent mètres les séparant. Ceci constitue également l'une des raisons pour lesquelles les Folles journées attirent, et attireront, de plus en plus de monde chaque année : l'agencement des salles dans la Cité des Congrès et même entre le Lieu Unique et la Cité, qui permettait aux spectateurs de circuler librement d'une salle à l'autre ou d'un bâtiment à l'autre. Il était donc facile de venir assister à plusieurs concerts par jour, tout étant parfaitement agencé et coordonné pour cela. 35 Scène nationale de Nantes, espace d exploration artistique, de bouillonnement culturel et de convivialité qui mélange les genres, les cultures et les publics, pour les différents domaines de l art : arts plastiques, thé tre, danse, cirque, musique, mais aussi littérature, philo, architecture et arts gustatifs. Alice Paillereau Mémoire Master II,

46 Michèle Guillossou, directrice générale de la SAEM La Folle Journée, s'explique : «Afin de respecter l'unité de lieu qui contribue à la réussite du festival depuis sa création, la Ville de Nantes a chargé la Saem de concevoir, de financer, et de mettre en œuvre l'installation qui relie désormais la Cité des Congrès, où se déroule traditionnellement l'événement, avec ce nouveau site.» Une structure de 215 mètres de long et 10 de mètres de large a donc été installée et selon moi, cela a réellement apporté une "touche nouvelle" au festival, permettant de surcroit une augmentation considérable du nombre de concerts, dans les deux lieux que sont la Cité des Congrès et le Lieu Unique. ~ D'abord, la question que l'on pourrait être amené à se poser est : pourquoi peut-on associer les mots "découverte" et "accessibilité" au festival des Folles journées? Les publics présents ont su partiellement y répondre en répondant notamment aux quelques interrogations que j'ai posées à travers mes enquêtes. Aux Folles journées, il y a découverte dans le sens où des artistes inconnus se produisent, des airs de musique classique choisis sur le même thème (en 2012 : la musique russe) et que les gens ne connaissent pas forcément sont joués par des artistes eux-mêmes venus pour réellement partager, des conférences sont données pour que les gens enrichissent leurs connaissances, en plus de ce qu'ils sont venus écouter, etc. A l'image du groupe Le Balcon présent aux Folles journées cette année, dont le jeune chef s'appelle Alphonse Cemin 36 et dont la moyenne d'âge des membres du groupe est de 25 ans, les personnes constituant les différents publics pouvaient assister à une véritable découverte en écoutant les œuvres jouées par ce groupe passionné de musique contemporaine et pour le moins original. Pour définir plus en détails ce que fait ce groupe, c'est un ensemble musical Français, créé en 2008 et basé à Paris. 36 A étudié au Conservatoire national de Paris, dans la classe la plus prestigieuse ouverte aux chefs d'orchestre Alice Paillereau Mémoire Master II,

47 Le Balcon a été fondé par six étudiants du Conservatoire national de Paris, que sont Juan Pablo Carreno (compositeur), Mathieu Costecalde (compositeur), Pedro Garcia- Velasquez (compositeur), Maxime Pascal (chef d'orchestre), Florent Derex (ingénieur du son), et donc : Alphonse Cemin (pianiste). Malgré leur jeune âge, leurs prestations sont incroyablement réussies et très professionnelles. En tant qu'auditeurs qui "découvrons" leurs interprétations, nous sommes véritablement admiratifs de leur travail et de leur professionnalisme : nous ressentons réellement leur virtuosité à travers les interprétations musicales qu'ils nous livrent. Par exemple, de l'interprétation de la pièce de Stravinsky intitulée Le renard, qu'ils ont eu l'occasion d'interpréter en collaboration avec une troupe théâtrale au Lieu Unique pendant le festival, émane une véritable cohésion musicale : cela donnait une pièce burlesque au jeu scénique quelque peu "déjanté", accompagnée d'une musique contemporaine quant à elle admirablement interprétée par les musiciens du Balcon, et je pense personnellement que chaque spectateur a pu apprécier à sa juste valeur le beau mélange entre musique et théâtre sur scène. Alice Paillereau Mémoire Master II,

48 37 Le spectacle vivant détient ces avantages-là : écouter et voir les artistes en direct contribue à faire apprécier la musique, notamment classique, aux différents publics présents. Et le festival des Folles journées s'appuie également sur cette notion de mélange des arts : entre théâtre, danse et musique surtout, les arts se mêlent de façon admirable dans beaucoup de manifestations ayant lieu au cours de ce festival. 37 Répétition du concert d'ouverture de la Folle Journée, dirigée par Alphonse Cemin (au centre). Photo : Rodolphe Escher pour Télérama. Alice Paillereau Mémoire Master II,

49 Un deuxième exemple illustrant cet état de fait et que j'ai eu également l'occasion de voir le dimanche 5 Février est la pièce de théâtre sur la vie du compositeur Tchaïcovsky, intitulée «DANS LA RUSSIE DES TSARS, AVEC TCHAÏKOVSKY» et brillamment interprétée par Ronan Cheviller et Jean-Marie Lorvellec, comédiens jouant respectivement le rôle de Tchaïcovsky et celui de son frère. Pour bien comprendre comment est constituée la pièce, en voici le synopsis : «Nous sommes en octobre Tchaïkovski fait une pause pendant une répétition de sa Symphonie Pathétique, qu il s apprête à diriger pour la première fois. Avec son frère et confident, Modest, il évoque le pressentiment de la mort qui l étreint à la création de cette œuvre, mais aussi les moments plus heureux de son existence, les œuvres clés qui l ont émaillée, le contexte dans lequel elles sont été écrites. Cela lui permet d expliquer ce qui l oppose au Groupe des Cinq, dont les orientations musicales sont très différentes des siennes, ou d évoquer encore le pacte étrange qui l a relié pendant douze ans avec la baronne Von Meck. Neuf jours après la première de cette Symphonie n 6, Tchaïkovski meurt de façon mystérieuse à Saint-Pétersbourg.» Alice Paillereau Mémoire Master II,

50 Les deux talentueux acteurs ont relevé avec brio le défi de jouer 80 fois pendant un mois cette pièce écrite par Patrick Barbier, sur une idée originale de René Martin. Cette pièce de théâtre est véritablement très bien écrite et très bien interprétée, donne au festival un aspect encore plus attrayant, au vu du mélange des genres artistiques dont les organisateurs ont su user. A l'une de mes questions : "Que représente pour vous le festival des Folles journées", beaucoup de personnes présentes ont entre autres répondu : "découverte d'un horizon musical qui m'est peu familier", "une excellente journée de découverte musicale", "un excellent moyen de découverte musicale pour les publics pas habitués (les publics scolaires par exemple)", "bonne occasion de découvrir des compositeurs moins connus et des artistes très variés", "un grand rendez-vous annuel qui mêle accessibilité à la musique classique et convivialité", "découverte d'interprètes, de compositeurs, et tout cela en live" Parmi ces réponses données, il parait évident que les termes "accessibilité" et "découverte" sont deux des mots les plus évocateurs lorsque les différents publics sont interrogés au sujet du festival des Folles journées. De plus, à la question 2 de l'enquête que j'ai créée 38, à savoir : "Musique classique : quel adjectif vous vient à l'esprit?", paradoxalement au vu de ce que beaucoup pourraient penser de la musique classique et de son image "élitiste", 42,5% des personnes sondées ont répondu "accessible", ce qui prouve aussi que les Folles journées sont là pour faire évoluer les mentalités à ce sujet. Pour résumer, plusieurs raisons font de ce festival de musique classique un festival riche car accessible à différentes découvertes musicales, accessible à tous les publics, accessible dans tous les sens du terme finalement. Suivant cet état de fait, nous pouvons nous demander si connaissance musicale et goût musical sont forcément liés, plus précisément, et en d'autres termes : Comme nous l'avons étudié précédemment, et comme l'a écrit Bourdieu, il s'avère que nous sommes tous plus ou moins intéressés par des styles musicaux qui nous sont familiers, que ces goûts aient été forgés pendant notre éducation, pendant notre parcours scolaire ou avec des amis par exemple. Nous allons, dans ce point, analyser d'autres éléments, de registre plus philosophique, qui nous amèneront à développer une réflexion plus profonde. 38 Enquête de terrain personnelle Le festival des folles journées et ses publics 4 & 5 Février 2012 Alice Paillereau Mémoire Master II,

51 b. Culture musicale classique et "goût pour" la musique classique Selon mes premières analyses, la réponse à la question "faut-il connaître la musique classique pour l'apprécier?" semble plutôt pencher du côté du "oui", dans le sens où les personnes habituées à "baigner" dans ce milieu et à écouter ce genre de musique seraient forcément plus à même d'aller assister à des concerts classiques. Mais, ce que pensent certains philosophes ou artistes se situerait en réalité entre les deux opinions, relevant d'une certaine neutralité : en d'autres termes, tous les publics pourraient se sentir concernés par les dires de ces personnes. Par exemple, dans l'ouvrage Le gai savoir, ouvrage écrit par Friedrich Nietzsche et publié en 1882, l'auteur nous dit qu'il faut apprendre à aimer une œuvre musicale et que cet apprentissage-là nécessite des efforts. Le philosophe dit qu'il faut en premier lieu apprendre à discerner l'œuvre musicale : elle nous est parfois inconnue, étrange. Cela peut par exemple être le cas pour des personnes qui écoutent pour la première fois une œuvre classique. Ainsi, en la "discernant" lors de l'écoute musicale, elle devient "identifiée", saisie. La seconde phase que décrit Nietzsche, c'est celle qu'il définit comme étant la "phase de l'effort" : en effet, une fois identifiée, l'œuvre doit alors être supportée L'œuvre implique en fait un effort de notre part pour être identifiée, comprise, et il faut ensuite encore «de l'effort et de la bonne volonté pour la supporter, en dépit de son étrangeté, user de patience pour son regard et pour son expression, de tendresse pour ce qu'elle a de singulier.» Il parle ensuite de la troisième et dernière phase : celle de la fascination, qui nous fait en quelque sorte enfin aimer l'œuvre que l'on écoute. Nietzsche décrit la manière dont nous arrivons à aimer une œuvre musicale, en trois phases. Selon lui, le fait d'aimer immédiatement un morceau est quelque part toujours un peu suspect. Et c'est là que nous arrivons au sujet qui nous intéresse : aimer, par exemple, une œuvre de musique classique ou de jazz implique une éducation. Et cette dernière relève des deux dernières étapes dont Nietzsche nous fait part. Ce n'est en effet qu'en "supportant" telle œuvre de musique classique et en étant "fasciné" par celle-ci que les auditeurs peuvent apprécier la musique classique. Alice Paillereau Mémoire Master II,

52 Nietzsche s'appuie donc sur la notion d'étrangeté, que les publics non-initiés à la musique classique par exemple pourraient ressentir lors d'une première écoute au festival des Folles journées de Nantes : «L étrangeté peu à peu se dévoile et vient s offrir à nous en tant que nouvelle et indicible beauté». Par conséquent, selon cette théorie nietzschéenne, tous les publics, qu'ils soient mélomanes invétérés ou non connaisseurs de musique classique, pourraient se sentir concernés par cette notion, si tant est qu'ils veuillent bien fournir les efforts nécessaires contenus dans les trois phases de l'écoute musicale, dont Nietzsche nous fait part dans cet ouvrage. Il ne suffirait donc pas de "connaître" la musique classique pour l'apprécier : il suffit juste d'avoir la volonté d'écouter et de découvrir un nouveau style musical, que nous n'avons pas forcément l'habitude d'entendre. La question de la culture musicale mêlée à celle du goût musical dans le domaine classique est donc complexe. Pourtant, il existe un lien évident entre ces deux termes. Cela rejoint en réalité la relation raison/émotion souvent rencontrée lors d'une écoute de musique classique : fait-elle appel à notre raison ou à notre cœur? Lorsque certaines personnes disent qu'il faut à tout prix maîtriser un minimum les bases de la musique classique pour pouvoir "y goûter" et en apprécier l'écoute, devons-nous les croire? ~ Le deuxième exemple allant dans ce sens, c'est la musique comme thérapie : les concerts classiques donnés dans les hôpitaux sont interprétés pour des auditeurs pour le coup non-initiés, pas forcément connaisseurs, n'ayant peut-être jamais écouté de musique classique. Et il est pourtant prouvé que la musique aide le patient moralement, car celle-ci touche d'abord le cœur, les émotions, pas l'esprit ni les connaissances musicales d'un individu. C'est en ce sens que les arguments donnés par les personnes pensant qu'il faut connaître les bases de la musique classique pour pouvoir l'apprécier sont quelque peu caduques Alice Paillereau Mémoire Master II,

53 Après, il existe forcément des œuvres musicales qui parlent plus que d'autres à certaines personnes faisant partie du "grand public", comme il en existe même chez les connaisseurs de musique classique, pour qui certaines œuvres ne sont pas "écoutables". Cette idée rejoint ici la notion de goût que nous avons évoquée précédemment. à aimer" Cependant, comme le spécifie Nietzsche dans Le gai savoir, nous pouvons "apprendre Si nous résumons brièvement ce dont nous venons de parler, nous nous posons la question de savoir si nous devons être cultivés et avoir des connaissances musicales pour apprécier une œuvre à l'écoute. Selon mon avis personnel, il n'est pas nécessaire d'être musicien pour apprécier un morceau classique dans le sens où la musique constitue un langage universel. Comme nous le disions, je pense qu'une personne, sans être musicienne, peut ressentir des émotions que transmet la musique : il suffit juste d'avoir des émotions justement. Et, en règle générale, tout être humain en a. Certes, un musicien ou un individu cultivé en termes de musique classique sera peutêtre plus "habité" par le morceau qu'il écoute, parce qu'il connait les différentes notes, les harmonies, la structure de l'œuvre. Mais cela ne signifie pas qu'un auditeur moins cultivé en matière de musique classique ne ressentira pas autant le morceau, émotionnellement parlant. La musique touche le cœur avant toute chose, bon nombre de compositeurs et de philosophes l'ont dit, Nietzsche pour le plus connu d'entre eux et Schopenhauer notamment : «C est un art si élevé et si admirable, si propre à émouvoir nos sentiments les plus intimes, si profondément et si entièrement compris, semblable à une langue universelle qui ne le cède pas en clarté à l intuition elle-même.» 39 De plus, dans l'un de ses ouvrages intitulé le Drame musical grec, Nietzsche citera à nouveau Schopenhauer pour le reprendre à son compte : «La musique touche immédiatement le cœur, car elle est la véritable langue universelle, partout comprise.» Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, trad. Burdeau revue et corrigée par R. Roos, Paris, 1966, page 327 Alice Paillereau Mémoire Master II,

54 L'auteur de la phrase «Sans la musique la vie serait une erreur» et le philosophe allemand Schopenhauer soutiendront donc cet état de fait, bien que leurs avis aient souvent divergé avec d'autres, considérant quant à eux qu'un auditeur se doit de connaître un minimum la musique pour pouvoir l'appréhender avant l'écoute. Il me semblait intéressant d'étudier cette question, en donnant quelques exemples d'auteurs ayant défendu des idées sur le lien certain entre musique et émotion, ainsi que d'autres ayant défendu le fait qu'il faut préalablement avoir une certaine oreille musicale pour pouvoir apprécier les musiques savantes, comme l'opéra ou la musique classique par exemple. Cette notion s'étend bien évidemment au festival des Folles journées, dans le sens où les questions de démocratisation musicale et de diversification des publics sont forcément abordées au sein de cette manifestation. Nous allons analyser cela en détails et ouvrir sur d'autres sujets à travers les concerts et les conférences qui ont eu lieu durant le festival en Février 2012 et auxquels j'ai eu l'opportunité d'assister les 4 et 5 Février. ~ c. Entre concerts et conférences de qualité L'un des nombreux points positifs de ce festival concerne notamment l'accessibilité à des conférences de qualité, et pour un tarif plus qu'abordable (2 Euros). Celles-ci permettent à des personnes pas forcément cultivées en matière de musique classique d'appréhender ce style musical et d'améliorer leurs connaissances, ce qui constitue un véritable plus par rapport aux concerts classiques auxquels ils peuvent assister pendant le festival. Par curiosité, j'ai assisté à l'une des conférences données par André Lischke, professeur à l'université d'evry et spécialiste de la musique russe, intitulée «Sonates et concertos russes au début du 20 ème siècle», dans le Salon Belaïev. 40 Nietzsche, Le drame musical grec, Écrits posthumes, , trad. Backès, Paris, 1975 Alice Paillereau Mémoire Master II,

55 L'autre conférence à laquelle j'ai pu assister était donnée par la musicologue Brigitte François-Sapey, également professeur au Conservatoire National Supérieur de Paris, et s'intitulait «Petite histoire de la musique russe de 1850 à 1900». Enfin, la dernière conférence intéressante à laquelle j'ai eu l'opportunité d'assister s'intitulait «Entre la Russie et l'occident : Stravinsky», donnée par Emmanuel Reiber, maître de conférences à l'université Paris Ouest Nanterre, chargé de séminaire à l'ens 41 et auteur de plusieurs livres dont Faust, la musique au défi du mythe par exemple. Il s'intéresse notamment beaucoup aux rapports entre musique et sciences humaines de l'époque romantique à nos jours et je peux dire que cela s'est ressenti lors de sa conférence, véritablement passionnante. Ayant eu l'opportunité d'assister à ces trois différentes conférences, je peux donc confirmer l'essentialité et le grand intérêt que représentent celles-ci durant un festival comme celui-ci. Toutes données par des professionnels de la musique, je pense qu'elles sont indispensables au bon déroulement des Folles journées, notamment parce qu'elles offrent la possibilité à tous d'améliorer leurs connaissances en matière de musique classique, en l'occurrence russe, et de permettre quelques "intermèdes" au public, au lieu que celui-ci s'ennuie dans l'attente d'autres concerts Ces intermèdes-là sont également agréables lorsque, en tant que spectateurs, nous passons par la Grande Halle de la Cité des Congrès, située en plein milieu donc à laquelle nous avons forcément accès lorsque nous changeons de salle. En effet, tous les concerts ayant eu lieu dans la Grande Halle étaient gratuits et accessibles à tous. S'il y avait deux concerts à retenir, de ceux auxquels j'ai pu assister, je retiendrai celui de l'ensemble Aperto, ensemble de flûtes traversières de Nantes dirigé par Monsieur Gilles de Talhouët, dont les œuvres jouées m'ont touchée car, malgré le jeune âge de certains membres de l'ensemble, elles étaient exécutées avec un grand professionnalisme et une vraie sincérité. Ensuite, les concerts données par Motion Trio, un trio d'accordéonistes virtuoses, magnifiques interprètes, sont ceux que je retiendrai également pour ce lieu de la Grande Halle. 41 Ecole Nationale Supérieure Alice Paillereau Mémoire Master II,

56 Pareillement, les émissions de radio qui ont été enregistrées dans un studio présent dans le hall de la Cité des Congrès pour l'occasion et auxquelles le public pouvait assister en direct ont été très intéressantes et ont représenté également un vif intérêt pour les personnes présentes. J'ai eu la chance d'aller dans ce studio, parmi le public, et d'assister à une émission diffusée sur Radio Classique, qui recevait le jeune pianiste Alphonse Cemin dont nous avons déjà parlé précédemment et qui a parlé de son groupe Le Balcon, présent aux Folles Journées, et donnant un concert le soir de ce samedi 4 Février dans la salle du Lieu Unique, durant lequel le groupe a revisité l'œuvre de Stravinski intitulée Renard, devenue pour eux et pour nous une histoire burlesque chantée et jouée pour 15 musiciens, 2 ténors et 2 basses. Enfin, pour terminer cette dernière sous-partie, je vais évoquer les quelques concerts auxquels j'ai eu le plaisir d'assister et qui m'ont le plus "marquée" durant ces deux jours de festival. Le premier reste incontestablement celui du Samedi 4 Février, ayant eu lieu dans la salle nommée "Tolstoï" pour l'occasion, donné par la célèbre et regrettée pianiste Brigitte Engerer, dont je voulais absolument parler dans ce travail, tellement son talent et sa générosité sont grands. Elle a notamment joué des œuvres pianistiques de Tchaïcovsky, Une larme de Moussorgski, mais surtout l'œuvre qui m'a particulièrement émue : La séparation, de Glinka, que j'avais eu l'honneur de jouer une fois devant un public, et qui, magnifiquement interprétée par Brigitte Engerer, m'a vraiment plu, pour des raisons de goût personnel certes, mais également parce que j'aime et j'admire beaucoup cette pianiste, malheureusement disparue très récemment. Le second concert que je retiens est encore celui d'un pianiste, dont la technique et la qualité de jeu m'ont impressionnée : celui de David Kadouch, qui a interprété à la suite : le Prélude et Fugue en sol dièse mineur opus 29 de Taneïev, la Sonate Reminiscenza en la mineur opus 38 n 1 de Medtner et les Tableaux d une exposition de Moussorgski. Pour faire bref : absolument sublime. Enfin, le trio Wanderer a interprété la célèbre œuvre de Tchaïcovsky : le Trio pour piano et cordes en La m opus 50, et j'ai trouvé que les trois musiciens avaient fait de ce morceau une œuvre encore plus belle, de celle que j'avais pu par exemple écouter sur CD auparavant. Alice Paillereau Mémoire Master II,

57 ~ 2. Un évènement "populaire" a. Le mélange des styles musicaux Les éléments qui font des Folles journées l'un des meilleurs festivals de musique classique du monde sont divers comme nous avons pu le constater. A travers le travail du groupe Le balcon par exemple, nous pouvons observer le fait qu'ils ont adapté "à leur façon" l'œuvre du Renard de Stravinsky, en mêlant les styles musicaux, et c'est quelque chose que l'on retrouve beaucoup de nos jours : les différents genres de musique se mélangent et s'influencent les uns les autres en quelque sorte. Et, à l'instar de l'émission diffusée sur France 2 La grande battle, dont nous avons déjà parlé précédemment, les musiciens issus de tel milieu musical n'hésitent plus aujourd'hui à tester d'autres styles musicaux, et à faire des adaptations modelées selon leurs propres influences. J'ai déjà assisté, durant l'un des festivals de la Folle journée (pas cette année), à un concert réunissant des jeunes issus de banlieue, plutôt portés sur la musique rap, qui ont justement chanté des textes sur des thèmes musicaux classiques connus, et c'était un véritable moment de partage, un véritable échange entre musique du passé et textes modernes. De plus en plus de personnes adaptent à leur façon des musiques qui ne constituent pas forcément leurs préférences. Ces concerts mêlant les différents styles et les différentes influences sont très répandus dans la musique d'aujourd'hui car ceux-ci plaisent aux publics et c'est en continuant à avoir cette vision de la musique que de plus en plus de publics différents viendront assister à des concerts dont le style musical ne fait au départ pas obligatoirement partie de leurs préférences. C'est comme cela que l'on pourra faire par exemple évoluer les mentalités quant à la réputation de la musique classique, trop souvent jugée "ringarde". Alice Paillereau Mémoire Master II,

58 Parallèlement, des ateliers de retranscription musicale sont organisés dans le but de permettre à de jeunes musiciens amateurs de travailler leur interprétation à partir d'une œuvre choisie dans la programmation de la Folle Journée Tchaïkovski et d'autres compositeurs classiques sont ainsi repris sur des rythmes rock, rapp, slam, reggae, jazz, électro acoustique, hip hop ou pop rock. Ainsi, après s'être entrainée pendant plusieurs mois, une cinquantaine de jeunes issus de différents quartiers sont venus jouer sur scène, participant à l'ouverture du festival vers un large public. Dans la même logique, près de billets à seulement 4,50 euros ont également été émis dans le cadre d'une politique sociale solidaire visant à proposer un événement culturel de qualité même aux plus petits budgets. Par ailleurs, pendant cette édition du festival 2012, le trio d'accordéonistes notamment, présent dans la Grande Halle de la Cité des Congrès, est un bon exemple de ce mélange des genres : avec l'accordéon, qui ne constitue pas forcément l'instrument de prédilection de la musique classique, ils ont démontré que ces deux-là pouvaient tout de même s'accorder et, en adaptant la musique classique à leur propre style, cela donnait un résultat fort appréciable à l'écoute. J'ai d'ailleurs pu constater que ce trio était le plus applaudi, à chacun de leur passage dans la Grande Halle. Pour revenir sur le sujet des publics, qui sont de plus en plus attirés par les "nouveautés" musicales mêlant différents styles, il est évident qu'au festival des Folles journées, les différents spectateurs viennent également parce qu'ils se sentent proches de telle ou telle musique, de tel ou tel artiste. Mais pour les attirer vers un autre genre de musique, qu'ils n'ont pas forcément l'habitude d'écouter, il est nécessaire d'utiliser ce mélange des genres : c'est ce qu'a compris le créateur du festival René Martin, en multipliant les différentes alternatives pour diffuser, avec la meilleure qualité possible, la musique classique sous la forme du spectacle vivant. Parmi ces différents publics, une catégorie est particulièrement présente lors des Folles journées : celui correspondant aux jeunes publics. C'est cette catégorie-ci, leurs goûts musicaux et leur présence aux Folles journées 2012 que nous allons étudier à présent. Alice Paillereau Mémoire Master II,

59 ~ b. La musique classique auprès des jeunes publics Durant ce festival 2012, plusieurs actions ont été menées afin de sensibiliser les plus jeunes à la musique classique, et ce par de multiples façons. D'abord, il existe les ateliers de retranscription graphique, imaginés par l'aquarelliste Anne Gravier. Ces ateliers permettent aux plus jeunes de réaliser des dessins ayant pour thématique de départ la musique classique, en l'occurrence russe. Les plus beaux dessins feront alors l'objet d'agrandissements en vue de la constitution d'une exposition itinérante, après Juin Ce projet se veut également intergénérationnel et c'est ainsi que l'académie de Nantes, l'accoord et l'orpan ont établi une étroite collaboration avec la Folle Journée dans cet objectif. Voici quelques dessins d'enfants réalisés dans le cadre de ce projet : Alice Paillereau Mémoire Master II,

60 Alice Paillereau Mémoire Master II,

61 Parallèlement, beaucoup de scolaires ont assisté aux multiples concerts donnés par les artistes du festival, à l'image des élèves de CE2 et CM1 de l'école Paul Fort de Saint-Brévinles-Pins (44), qui sont même des habitués des Folles journées. Chaque année, les institutrices se renseignent sur le thème qui sera celui du festival et font écouter aux enfants les œuvres associées à ce thème : pour l'édition 2012, les élèves ont donc été préparés en écoutant du Tchaïcovsky. A la sortie d'un des concerts, l'interprétation de Pierre et le loup de Prokofiev, les enfants étaient très enthousiastes et en redemandaient, ce qui prouve une fois de plus que la musique classique n'est absolument pas réservée à une élite, comme on a coutume de le dire. Le deuxième exemple prouvant cet état de fait a eu lieu en région, à la Roche sur Yon (85). En effet, trois cent enfants des écoles yonnaises, issus des quartiers populaires, sont allés assister à un concert dans la plus grande salle du chef-lieu vendéen : le Manège, mettant en scène le pianiste Hervé Billaud, qui interprétait du Moussorgski, autre célèbre compositeur russe. Au regard de l'excellente attention dont les enfants ont fait preuve, Hervé Billaud dira : «Alors que ces jeunes n'écoutent presque jamais de musique classique, j'ai trouvé leur qualité d'écoute formidable» 42 Ces familles aux revenus plutôt "modestes" n'osent généralement pas écouter de la musique classique tellement "on" la dit inaccessible. C'est ce qui est véritablement dommage à notre époque, car la musique classique est accessible à tous, il faut impérativement que cette réalité s'ancre dans les mentalités, quelles qu'elles soient. Rien que pour avoir voulu faire mentir cette idée-là : un grand merci à René Martin. La troisième illustration de cette Action menée auprès des plus jeunes aux Folles journées concerne les ateliers d'éveil musical, menés par deux professionnelles des arts du spectacle : une danseuse, Magalie Le Guillard, et une musicienne percussionniste, Sandrine Mary. L'objectif principal de ces ateliers est en fait de créer du lien avec les jeunes enfants, les sensibiliser par l'écoute, le jeu, l'expérimentation sonore et corporelle, en utilisant la danse et la musique (extraits musicaux de compositeurs Russes en lien avec la programmation) comme vecteurs de communication. 42 Marc Lambrechts, «A la Folle journée, les enfants des quartiers au concert», Ouest France, 30 Janvier 2012 Alice Paillereau Mémoire Master II,

62 La rencontre et le partage musical avec ces jeunes enfants vont alors permettre de susciter l'envie de découvrir et de faciliter l'approche de la musique classique. Pour plus de détails, la séance, durant 30 minutes, comprend plusieurs étapes ludiques: la présentation avec marionnettes à doigts, la forêt des sons, le miroir magique (corps en illustration musicale), l'expérimentation sonore autour des percussions et le voyage dans l'imaginaire par l'écoute. Ce ne sont que trois exemples démontrant la volonté de sensibiliser les jeunes publics aux Folles journées, mais il reste encore beaucoup d'activités menées dans le cadre de cette sensibilisation et de cette démocratisation. Comme nous pouvons le constater, et comme le dira Michèle Guillossou, directrice de la société qui gère le festival, «un plan d'actions est mené chaque année pour impliquer aussi bien les scolaires que les personnes éloignées de la culture qu'elles soient en situation de précarité, souffrant de handicap ou bien âgées et isolées». C'est précisément de cette catégorie de public dont nous allons à présent parler dans cette dernière sous-partie, publics que l'on nommera les "publics empêchés" afin de généraliser convenablement la catégorie. ~ c. Folles journées : agir auprès des publics empêchés Il est tout d'abord nécessaire d'expliquer le terme "publics empêchés" : la définition précise se résume en réalité comme ceci : «Personnes privées de la totalité des services offerts par une bibliothèque du fait d un handicap (mobilité réduite, cécité, etc.) ou d une impossibilité à se déplacer (personnes hospitalisées, incarcérées, etc.).» Alice Paillereau Mémoire Master II,

63 La première catégorie appartenant aux "publics empêchés" pendant le festival des Folles journées constitue celui des personnes emprisonnées, auprès desquelles bon nombre de musiciens se produisent dans le cadre du festival chaque année. En effet, partenaire du festival depuis 2010, les maisons d arrêt de la région des Pays de Loire, ont reçu des artistes comme Hervé Billaut, Shani Diluka, Claire Désert ou encore Anne Quéffelec, tous les quatre pianistes et invités par le festival. En partenariat avec le CREA (Centre de Réalisations et d Etudes Artistiques), les bibliothèques des différentes MA ont également pu faire découvrir les œuvres et la vie musicale russe (CD, livres) aux personnes détenues. Par exemple, au Centre Pénitentiaire de Nantes, 2 pianistes, Sanja et Lidija Bizjak, ont interprété Le sacre du printemps de Stravinsky pour piano à 4 mains. Par cette manifestation, les personnes détenues ont appréhendé d autres cultures au travers de la musique classique. La pianiste Anne Quéffelec, une habituée du festival des Folles journées de Nantes, en parle très bien puisqu'elle a eu l'occasion de jouer dans la prison de Nantes : «Lors de la Folle Journée, les vibrations ne se limitent pas à la Cité des Congrès. Elles vont jusqu à la prison de Nantes où je jouerai pour la quatrième fois. Loin des médias, c est l occasion d aller vers un nouveau public qui nous offre une écoute incroyable, ainsi que ce rare sentiment, pour nous artistes, de faire du bien aux gens.» 43 Selon elle, cette "parenthèse musicale" à laquelle les détenus ont en quelque sorte le droit de participer les libère de leur quotidien plutôt lourd La musique leur apporte en fait la touche de légèreté qui manque à leur vie en prison. Et Anne Quéffelec a été particulièrement émue de jouer à la prison de Nantes la première fois, notamment par une question posée par un détenu : 43 Rencontre avec Anne Quéffelec, Février 2011 Alice Paillereau Mémoire Master II,

64 «J'ai été, dès ma première "visite" à la prison de Nantes, fascinée par la justesse des questions posées par certains détenus. Je me souviens d'une question que m'avait posée un détenu. Il m'avait demandé : "Pourquoi les gestes des musiciens sont si beaux?" Donc ne peut pas répondre n'importe quoi à une pareille question, et cette sensibilité à la beauté, cette révélation qu'apporte la beauté, à travers des manifestations comme la Folle journée Ca fait œuvre de santé publique si vous voulez, je pense que le Ministère de la santé devrait avoir beaucoup plus recours à des gens comme René Martin» 44 C'est depuis l'année 2002 que le CREA et le Service Pénitentiaire d'insertion et de Probation de Loire-Atlantique se sont associés à la Folle Journée afin de proposer des animations favorisant la découverte de la musique classique, en lien avec la programmation. Projections de films, représentations théâtrales, conférences, rencontres avec des interprètes et concerts sont ainsi planifiés pour permettre aux détenus cette initiation et qu'ils peuvent renforcer, s'ils le souhaitent, par l'écoute de CD et la lecture de publications consacrées aux compositeurs de la Folle Journée. Pour décrire plus précisément l'échange surprenant qui s'installe à chaque concert entre musiciens et détenus, pendant quelques heures, pédagogie et découverte de la musique classique laissent en fait souvent place à l'émotion. Les paroles de Jacques, détenu fidèle de la manifestation, en témoignent : «Nous sommes des privilégiés. Chaque année, je m'enrichis. "Dehors", nous n'aurions jamais eu la chance de parler avec des artistes d'envergure internationale, telle la harpiste Isabelle Moretti ou la pianiste Anne Queffélec! Je ne connais pas la musique, mais j'aime l'écouter, notamment quand je peins dans ma cellule. Grâce à la Folle Journée, je situe mieux les œuvres et les artistes dans l'histoire.» 45 En ce qui concerne les données chiffrées, à l'heure actuelle, environ 9 des 480 personnes détenues à la prison de Nantes ont assisté à une ou plusieurs rencontres de la Folle Journée. 44 Entretien, «Anne Quéffelec, pianiste : "la Folle journée, une grande fête populaire qui démystifie la musique classique"», Arte TV, Blandine Dahéron, «Quand la folle journée s'invite en prison», la Gazette SantéSocial.fr, Juin 2008 Alice Paillereau Mémoire Master II,

65 Toutes les personnes détenues espèrent que la démarche continuera dans les années à venir, car c'est pour eux une façon de rester en contact avec la société : «Si la prison exclut par la sanction, elle ne doit pas devenir un lieu d'exclusion par la culture», dira très intelligemment André Page, directeur du Centre pénitentiaire de Nantes. La deuxième catégorie de "publics empêchés" concerne les personnes hospitalisées. En effet, comme dans le cadre de démarches de musicothérapie, certains musiciens ont été invités à jouer dans des hôpitaux, afin de "faire oublier", le temps d'un concert, le lourd quotidien des malades, comme celui des détenus. Comme nous avons pu le constater dans cette deuxième partie de notre travail, le festival des Folles journées touche chaque année de plus en plus de monde. Et, il permet entre autres l'accès à la culture dans des lieux où celle-ci n'apparaît plus comme une évidence. Ainsi, René Martin a également souhaité associer le CHU de Nantes à ce festival en organisant des concerts dans l'hôpital au profit des patients hospitalisés. Par ailleurs, Art'musik classique, l'orchestre classique du CHU, joue également pour les malades à l'occasion du festival. Pour citer le premier exemple, en 2009, lors du premier concert organisé à l'hôpital de Pirmil de Nantes, Anne Quéffelec était encore une fois la première musicienne invitée par René Martin et son équipe. Le point de départ de ce projet est venu d'une collaboration entre l'association des Petits frères des Pauvres 46 et l'équipe du CREA Association qui accompagne, depuis 1946 et dans une relation fraternelle, des personnes en priorité de plus de 50 ans souffrant de solitude, de pauvreté, d'exclusion, de maladies graves. Association et fondation reconnues d'utilité publique. 47 Anne Quéffelec après son concert à l'hôpital de Pirmil, Février 2009 Alice Paillereau Mémoire Master II,

66 Anne Quéffelec avait prononcé, à l'issue du concert, la phrase suivante : «Au sein d'un hôpital, il n'y a rien de mieux pour la santé, que la beauté», paroles qui font écho à ce qu'elle avait également pensé en jouant à la maison d'arrêt de Nantes. ~ 48 Comme le démontre l'image ci-dessus, un autre concert a de nouveau eu lieu le 3 février 2011 à l'hôpital de Pirmil, où deux pianistes de renom, Claire Désert et Emmanuel Strosser, ont joué pour les résidents. L'orchestration au piano de Claire Désert et d'emmanuel Strosser ont ainsi permis à une centaine de personnes âgées de s'émouvoir et de s'évader le temps d'un après-midi Image : Claire Désert pendant son concert à l'hôpital de Pirmil, 3 Février 2011 Alice Paillereau Mémoire Master II,

67 Et, cette année, c'est la pianiste Claire-Marie le Guay qui a eu l'opportunité de jouer au CHU de Nantes cette fois-ci. Ce concert a été également organisé à l'initiative de l'association des Petits frères des Pauvres. La pianiste a bien évidemment interprété des œuvres en lien avec la thématique de l'édition 2012 du festival : les personnes âgées du CHU de Nantes ont ainsi pu écouter des œuvres de compositeurs tels que Rachmnaninov, Borodine ou encore Scriabine. Les résidents du CHU de Nantes ou de l'hôpital de Pirmil, et les détenus des maisons d'arrêt de Nantes, de Fontenay-le-Comte en Vendée ou d'angers, représentent les principales personnes faisant partie de la catégorie que l'on nomme "publics empêchés", et qui ont ainsi participé, à leur façon, aux concerts donnés dans le cadre du festival des Folles journées de Nantes depuis l'année Quels publics aux Folles journées 2012? J'ai décidé de consacrer cette dernière sous-partie aux observations que j'ai pu faire en enquêtant les 4 et 5 Février 2012, à la Cité des Congrès de Nantes, dans le cadre du festival. J'ai choisi de diviser ces différents publics en quatre catégories : celle des 15/26 ans, celle des 27/39 ans, celle des 40/59 ans, et celle des 60 ans et plus. D'abord, en observant attentivement tous les aspects du festival que nous avons étudiés, un élément principal se dégage indubitablement : les Folles journées nous offrent un regard complètement différent de celui que le grand public pourrait porter en temps général sur la musique classique et fait mentir tous ceux qui penseraient, à tort, que ce genre musical n'est réservé qu'à une certaine catégorie de personnes. Pour donner quelques exemples, une personne que j'ai interrogée lors de mon enquête de terrain, m'a par exemple répondu que selon lui le festival des Folles journées, c'était "le supermarché du classique", mais m'a bien précisé que ce n'était en aucun cas méchant. Selon lui, cette expression résumait seulement le concept du festival, dans le sens où celui-ci nous offrait la possibilité d'assister à de multiples concerts, donnés par beaucoup d'artistes différents, connus ou non, et ce en très peu de temps. Alice Paillereau Mémoire Master II,

68 Comme si, finalement, nous faisions notre "marché", en choisissant à quel concert on veut assister, quel artiste on ne veut surtout pas voir, etc. La majorité des personnes sondées lors de mon enquête étaient, certes, de milieu plutôt aisé : en effet, j'ai interrogé beaucoup de professeurs, quelques médecins, quelques cadres, et une majorité de retraités. Ces observations de départ ne m'ont donc pas rassurée sur la fameuse réputation de la musique classique, dite "guindée" et "réservée à une élite". Mais, fort heureusement, j'ai rencontré beaucoup d'autres personnes qui, par exemple, n'ayant jamais été à un concert de musique classique, profitaient du festival de Nantes pour venir écouter cette musique qui leur était "étrangère". Beaucoup de jeunes étaient présents, de personnes de milieu plutôt modeste au vu de leur métier, beaucoup de personnes au final que l'on considérerait comme non concernées par la musique classique et qui pourtant ont pris le temps de venir au festival, afin d'élargir leur culture musicale. La première catégorie de personnes, présentes aux Folles journées, concerne donc les personnes âgées de 15 à 26 ans. Et, comme le démontre le graphique ci-dessous, au sujet de leurs préférences musicales, le style musical "pop/rock" apparait en première position, la musique classique en second. Cependant, ce sondage confirme bien le fait que les jeunes qui ont l'habitude d'écouter de la musique plus catégorisée "pop/rock" sont ouverts musicalement, pour preuve : ils viennent à un festival de musique classique Graphique démontrant les préférences musicales des 15/26 ans aux Folles journées Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 Alice Paillereau Mémoire Master II,

69 Les préférences musicales des 40/59 ans diffèrent avec celles des 15/26 ans, la musique classique apparaissant tout de même en première position, à 31 % : 51 ~ La deuxième question que j'ai posée aux personnes présentes au festival concernait précisément la vision que l'on peut avoir de la musique classique. Ainsi, les 15/26 ans ont répondu à 60 % que l'adjectif qui leur venait à l'esprit quand on leur parlait de musique classique était le mot "reposante", à ma grande surprise car, le mot "élitiste" n'a justement pas été souvent coché par les auditeurs : seulement 20 % des 15/26 ans l'ont en l'occurrence coché. 51 Graphique démontrant les préférences musicales des 40/59 ans aux Folles journées Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 Alice Paillereau Mémoire Master II,

70 52 La catégorie des 27/39 ans a quant à elle répondu à 40 % ex-aequo les termes "reposante" et "accessible", et celle des 40/59 ans a également répondu, à 59 %, par le mot "reposante", ce qui m'a également conforté dans l'idée que les jugements concernant la musique classique qui ne pouvait être écoutée que par une élite, étaient complètement erronés Graphique démontrant ce que pensent les 15/26 ans de la musique classique en général Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 53 Graphique démontrant ce que pensent les 27/39 ans de la musique classique en général Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 Alice Paillereau Mémoire Master II,

71 54 En ce qui concerne les raisons de leur venue au festival cette année, les 15/26 ans ont répondu pour la majorité d'entre eux qu'ils y allaient de toute façon chaque année car ils adoraient la musique classique (40%) : Graphique démontrant ce que pensent les 40/59 ans de la musique classique en général Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 55 Graphique démontrant les raisons de la venue au festival des 15/26 ans cette année Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 Alice Paillereau Mémoire Master II,

72 Les 27/39 ans ont répondu la même chose, à 42 % : 56 Pas de grosse surprise pour cette question-là, puisque les 40/59 ans et les 60 ans et plus ont répondu la même chose, respectivement à 32 et 44 % Graphique démontrant les raisons de la venue au festival des 27/39 ans cette année Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 57 Graphique démontrant les raisons de la venue au festival des 40/59 ans cette année Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 Alice Paillereau Mémoire Master II,

73 58 L'une des questions qui me tenait à cœur, notamment parce que je voulais absolument évoquer ce sujet dans mon travail, c'est celle concernant la culture musicale classique et le goût musical classique. Faut-il absolument connaître tout sur tout en matière de musique classique pour pouvoir l'apprécier? Les connaissances musicales sont-elles forcément un atout pour appréhender une écoute de musique classique? Pour cette question, j'ai choisi de faire un graphique englobant les réponses de toutes les personnes que j'ai interrogées, afin de montrer la réponse qui se dégage de toutes. Il est cependant nécessaire que j'explique comment j'ai procédé pour que les personnes répondent à cette question : c'était un système d'échelle, de 1 à 10. La première partie de la question concernait donc les connaissances en matière de musique classique : la personne devait cocher à combien, de 1 à 10, elle évaluait ses connaissances en musique classique. Et, la deuxième sous-partie concernait le goût musical classique : à combien, de 1 à 10, la personne évaluait son goût pour la musique classique. Par conséquent, j'ai pu savoir si, en général, la culture musicale pouvait avoir un lien avec le goût musical, comme l'affirment certains experts et certains musicologues 58 Graphique démontrant les raisons de la venue au festival des 60 ans et + cette année Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 Alice Paillereau Mémoire Master II,

74 59 Comme le démontre le graphique ci-dessus, la culture musicale classique de la majorité des publics présents aux Folles journées 2012 se révèle donc plutôt moyenne (entre 4 et 6 sur 10), tandis que leur goût pour la musique classique se révèle quant à lui évidemment élevé (entre 7 et 10 sur 10). J'en ai donc conclu qu'il ne faut absolument pas être mélomane invétéré, féru d'histoire de la musique classique ou extrêmement cultivé en musique pour savoir apprécier la musique classique, n'en déplaisent à beaucoup de personnes qui pensent le contraire, souvent les mêmes personnes qui pensent que la musique classique est réservée à une élite d'ailleurs Les 34 % (culture musicale : entre 7 et 10 et goût musical : entre 7 et 10) ne sont pas vraiment représentatifs des publics présents aux Folles journées car ces 34 % représentent peut-être 80 % des retraités ou des cadres supérieurs qui ont répondu à mes questions : voilà pourquoi je voulais un graphique global, représentant toutes les tranches d'âge du public venu au festival. 59 Graphique la relation entre culture musicale classique et goût musical classique, pour toutes les tranches d'âge des personnes présentes aux Folles journées Enquête personnelle, 4 et 5 Février 2012 Annexe 1 Alice Paillereau Mémoire Master II,

75 Au regard de ces statistiques, il semblerait donc que la musique classique sous forme de festival comme celui des Folles journées gagnerait peut-être plus puisque cette forme parle à plus de personnes que les concerts classiques habituels, dans des salles dont seulement le nom effraie, notamment à cause de leur réputation de "salle qui attire les gens riches et dont les places sont chères" Le festival de musique, du fait qu'il existe pour la musique techno, la variété, le rock, fait de ce fait sûrement moins peur aux gens, et, puisque les Folles journées ne durent que cinq jours maximum, dans un même lieu, les gens y vont ne serait-ce que par curiosité, parce qu'ils ont envie de découvrir la musique classique ou tout simplement pour goûter à la convivialité d'un festival de musique, quel que soit le genre. Il est vrai que le festival des Folles journées rassemble tous ces avantages-là, beaucoup de personnes interrogées ayant répondu qu'elles appréciaient cette "convivialité", ce "partage", voire cette "parenthèse de bonheur dans l'hiver" Le spectacle vivant semble donc réellement une bonne solution pour la diffusion de la musique classique et pour que celle-ci élargisse ses publics. Comme indiqué dans l'article du 25 Avril 2012 extrait du journal Le Monde, le spectacle vivant rapporte beaucoup, ce qui est une bonne chose au regard de ce qu'a subi l'industrie du disque ces dernières années, et le festival des Folles journées de Nantes est justement l'un des festivals qui rapporte le plus d'argent : «Même s'ils ne représentent que 15,6 % des droits gagnés grâce au spectacle vivant, ils ont permis à la Sacem de collecter 12 millions d'euros de droits d'auteur, avec une hausse de fréquentation qui place Les Vieilles Charrues, Solidays et La Folle Journée de Nantes dans le trio de tête (chiffres de 2011). Bourges, un des premiers de la saison des réjouissances musicales (concentrées en juillet) n'arrive qu'en onzième place du classement.» «Le spectacle vivant rapporte, selon la Sacem», Le Monde, 25 Avril 2012 Alice Paillereau Mémoire Master II,

76 Pour revenir aux réactions des personnes que j'ai interrogées pendant le festival, parmi elles, beaucoup ont également répondu que René Martin avait eu une excellente idée puisque ce festival donne l'opportunité à des enfants, issus d'écoles de quartiers défavorisés, ou à des personnes aux revenus modestes qui n'auraient jamais eu l'idée d'écouter de la musique classique, de néanmoins se déplacer pour pouvoir assister aux différents concerts proposés par le festival. Comme une personne me l'a dit (ancienne professeur agrégée de philosophie) : «Aux Folles journées, il y a des personnes appartenant à toutes les couches de la société, qui viennent de milieux sociaux différents, et c'est ce qui fait la beauté de ce festival, vous voyez» Selon moi, cette femme a assez bien résumé le concept du festival, et cette diversification des publics que j'y ai trouvée. Je savais avant d'y aller, pour l'avoir lu dans des journaux ou sur des sites Internet, que le festival des Folles journées représentait en somme assez bien le grand public et que René Martin réussissait à attirer de plus en plus de monde chaque année. Mais, en allant sur le terrain, je me suis vraiment rendue compte de la situation et c'est vrai que j'ai été frappée par cette "mixité sociale" en un seul et même lieu, qui constituait des personnes toutes venues écouter la même musique, en l'occurrence celle que l'on catégorise trop souvent comme "inaccessible"; C'est ce qui est le comble et c'est ce qui donne, je trouve, la meilleure réponse à tous ceux qui pensent que musique classique et classe sociale sont intimement liées. ~ Alice Paillereau Mémoire Master II,

77 Alice Paillereau Mémoire Master II,

78 Conclusion Dans ce travail, j'ai voulu d'abord donner une définition de la musique classique au sens propre et étudier la vision que le grand public pouvait avoir de celle-ci, en évoquant notamment la question du lien entre goût musical et milieu social, et principalement l'image de musique élitiste et inaccessible que nous pouvons souvent lui donner. Bien évidemment, j'ai essayé d'analyser les raisons qui amènent beaucoup de personnes à penser cela; J'ai ensuite voulu démontrer que cette image, née le plus souvent de préjugés, pouvait être cassée en France, et ce par de multiples moyens : les émissions télévisées et de radio, accessibles au grand public, la politique tarifaire des concerts, plus accessible, etc. J'ai par ailleurs voulu illustrer mon propos avec des exemples concrets, notamment des personnes qui ont œuvré, ou œuvrent aujourd'hui, pour cette démocratisation musicale, d'andré Malraux à Zahia Ziouani en passant par Jean-François Zygel et Alain Duault, et tant d'autres, l'implication locale en matière de démocratisation musicale ayant également une grande importance. J'ai donc choisi de me concentrer sur le festival des Folles journées de Nantes afin d'illustrer le plus concrètement possible les questions que j'ai étudiées dans la première partie de mon travail et souligner l'importance de l'implication locale dans la démocratisation musicale classique et la diversification des publics. Grâce à ce travail "sur le terrain", les observations que j'ai faites se sont avérées de véritables preuves pour illustrer ce sur quoi je travaillais dans le cadre de ce mémoire. Les personnes que j'ai rencontrées sur le terrain m'ont en effet apporté beaucoup de réponses et les concerts ou conférences auxquels j'ai pu assister m'ont permis de constater que les personnes qui constituaient les différents publics appartenaient à toutes les tranches d'âge et, j'ai pu m'en rendre compte dans leurs réponses, issues de tous les milieux sociaux. Alice Paillereau Mémoire Master II,

79 Comme nous l'avons vu dans mes deux parties, les moyens pour rendre accessible la musique classique en France sont mis en œuvre dans le but de toucher les jeunes publics dans un premier temps, les personnes non-initiées (le "grand public") ensuite, et enfin : les publics empêchés. Ainsi, nous avons étudié le fait que ces trois catégories de personnes constituaient les nouveaux publics recherchés et ciblés par les différents acteurs de la démocratisation musicale classique, notamment pendant le festival des Folles journées de Nantes. Les réponses et les conclusions que nous pouvons établir après ces nombreuses recherches et analyses sur un même sujet ne peuvent s'avérer que "nuancées". En effet, dans un sens, les préjugés sur la musique classique et sa réputation ne cesseront pour l'instant d'être présents chez un certain nombre de personnes dont les idées restent difficiles à faire évoluer. Mais, d'un autre côté, pour faire changer les mentalités, le monde musical classique est obligé de passer par toutes ces démarches ayant trait à la démocratisation de la musique classique et à la diversification de ses publics. Après avoir étudié les différentes questions que nous nous sommes posées dans la problématisation de départ, je pense que nous pouvons en réalité diviser le public en quatre catégories. Tout d'abord, certaines pensées restent peut-être immuables car les personnes ont baigné dans le monde classique dès leur plus jeune âge et, pour eux, la musique classique ne peut et ne pourra qu'être écoutée par une certaine catégorie de personnes, correspondant à une "élite". Ceux-là représentent, fort heureusement, une minorité. La plupart, même si elles ont "baigné" dans la musique classique dès leur plus jeune âge, à travers des études au Conservatoire ou une éducation musicale très poussée, veulent casser cette image erronée qui colle souvent à la musique classique et à ses auditeurs. Ces personnes représentent ainsi la seconde catégorie. Ensuite, il y a bien évidemment ceux qui ne connaissent pas, ou peu, la musique classique, et qui sont désireux d'apprendre, de l'écouter, pour ouvrir un peu plus leurs oreilles et élargir leur culture musicale. Cette catégorie de personnes représente évidemment l'un des publics les plus ciblés par le festival des Folles journées et ses acteurs. Alice Paillereau Mémoire Master II,

80 Et, la dernière catégorie constitue les personnes qui, ne connaissant rien de la musique classique et se référant à l'image que l'on s'en fait, ne veulent pas faire l'effort d'en écouter et de la connaître. Celles-ci préfèrent donc écouter les genres musicaux qu'ils ont l'habitude d'écouter, en laissant la musique classique "de côté", pour ceux qui l'aiment ou veulent la connaître d'avantage. Cette catégorie est le plus souvent constituée par les jeunes générations, au regard des statistiques que j'ai pu étudier dans le cadre de ce travail. Nous avons pu également étudier que le festival représentait réellement le moyen de diffusion de musique classique le plus adapté au grand public, et le plus efficace. Le spectacle vivant est d'une part l'un des moyens de diffusion musicale les plus appréciés en France, au vu du grand nombre de spectateurs présents chaque année dans beaucoup de festivals musicaux Français. Et, d'autre part, au vu du peu d'émissions télévisées et radiophoniques consacrées à la musique classique, le festival reste le moyen le plus sûr pour diffuser de la musique classique à des publics diversifiés, au "grand public" en somme. La politique tarifaire est dans un second temps assez importante, dans le sens où les gens aux revenus modestes ainsi que les étudiants, représentant tout de même la majeure partie du public visé par les acteurs de la démocratisation musicale, n'ont peut-être pas envie de mettre trop d'argent pour un concert dont la musique leur est méconnue. Les tarifs accessibles comme dans le cadre des Folles journées, sont par conséquent plus qu'attrayants pour ces catégories de publics-là et il me semble important de continuer dans cette lignée pour attirer de plus en plus de nouveaux publics. Les réponses apportées aux questions de départ sont également nuancées dans le sens où pour certains, les goûts musicaux n'ont pas forcément un lien avec le milieu social dont on est issu puisque la culture et le goût en musique se forgent au fil des rencontres et des années, avec le temps. Pour d'autres, comme nous l'avons étudié, le lien entre milieu social et goût musical est indiscutable : à l'image des jeunes de banlieue, qui sont plus attirés par l'écoute de rap ou de R'N'B, les retraités, qui aiment plus les musiques du passé et qui sont donc des adeptes de musique classique, etc. Alice Paillereau Mémoire Master II,

81 Selon mon avis personnel, il me paraît évident que l'influence musicale des parents et des proches, pendant notre éducation, est grande. Par conséquent, les goûts musicaux sont forcément orientés dès le début de notre enfance et en quelque sorte influencés par notre milieu social et familial. C'est en grandissant que ceux-ci peuvent changer, cette fois-ci influencés par des amis ou d'autres personnes. Nos goûts musicaux sont donc pour moi, certes, influencés par notre milieu familial au début, mais peuvent évoluer au fil du temps si nous détenons une ouverture d'esprit et une ouverture musicale assez grandes. Mon avis sur la question est donc plus ou moins partagé. Ce que je retiens de ce travail également, c'est le fait que par de simples moyens, nous pouvons arriver à faire de grandes choses, dans le domaine de la Culture en tout cas. Par ces temps de crise, il est important de multiplier les festivals de musique comme celui des Folles journées et les actions de sensibilisation à la musique classique, qui ne réunit finalement que des termes simples à l'écoute : émotion et beauté. Alors, tout ce qui l'entoure doit être simple : c'est le but de la démocratisation musicale classique et je pense humblement que les spectateurs de ce genre musical seront effectivement de plus en plus nombreux, et issus de tout milieu social, de toute génération, dans les années à venir. Pour revenir sur le terme "beauté" qui résume en somme ce qui émane de la musique classique, je conclurai avec les mots de la pianiste Anne Quéffelec : «Il y a des idées préconçues sur la musique classique, qui peut encore vis-à-vis d'énormément de personnes sembler ne pas appartenir à leur monde, demander des clés particulières pour entrer dans ce monde, comme s'il fallait un mode d'emploi pour aller vers Beethov, Jean-Sébastien Bach ou Schubert. Alors qu'en fait ça concerne tout le monde parce que la beauté ça concerne tout le monde. La beauté pour moi c'est absolument vital, crucial, et c'est quelque chose que René Martin a très bien compris.» 61 Je trouve que cette phrase résume finalement tout ce que j'ai appris en effectuant ce travail et tous les objectifs des démarches effectuées dans le cadre de la démocratisation musicale classique en France. La musique, et la beauté qui en émane, sont universelles. 61 Rencontre avec Anne Quéffelec, Février 2011 Alice Paillereau Mémoire Master II,

82 Bibliographie Ouvrages BENITO Luc, Les festivals en France Marchés, enjeux et alchimie, Collection Gestion de la Culture, Ed. l'harmattan, 2001 BOURDIEU Pierre, La distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Ed. de Minuit, 1979 BRISON Bethany, American Sociological Review, Vol 61 n 5, Octobre 1996 COULANGEON Philippe, «Les métamorphoses de la légitimité classes sociales et goût musical en France ( )», Ed. le Seuil, 2008 COULANGEON Philippe, Sociologie des pratiques culturelles, Chapitre IV la montée de l'éclectisme des goûts, Ed. La Découverte, 2010, page 56 ESQUENAZI Jean-Pierre, Sociologie des publics, Ed. La Découverte, 2003 GUIDET Thierry, «La Folle journée de Nantes : une ville à l'unisson», Place publique, 2009 HENNION Antoine, La passion musicale, une sociologie de la médiation, Ed. Métaillé, 1993 NIETZSCHE Friedrich, Le drame musical grec, Écrits posthumes, , trad. Backès, Paris, 1975 SCHOPENHAUER Arthur, Le monde comme volonté et comme représentation, trad. Burdeau revue et corrigée par R. Roos, Paris, 1966 WALLACH Jean-Claude, La culture, pour qui? Essai sur les limites de la démocratisation culturelle, Ed. de l'attribut, 2006 ZIOUANI Zahia, La chef d'orchestre, Ed. Anne Carrière, Paris, 2010 Alice Paillereau Mémoire Master II,

83 Articles de revues COULANGEON Philippe, «La stratification sociale des goûts musicaux», Revue Française de sociologie, 2003/1, Vol. 44, pages COULANGEON Philippe, «Quel est le rôle de l'école dans la démocratisation de l'accès aux équipements culturels?», Les publics de la culture, sous la direction d'olivier Donnat, Paul Tolila, 2003 COULANGEON Philippe, «Les pratiques culturelles : le rôle des habitudes prises dans l'enfance», Revue INSEE Première, n 883, Février 2003 DONNAT Olivier, «Les univers culturels des Français», Sociologie et sociétés, volume 36, n 1, 2004, pages Articles de presse (journaux, magazines) MERLIN Christian, «La musique classique se meurt à la radio et la télé», le Figaro, Octobre 2011 MERIGAUD Bernard, «A Nantes, la Folle journée forge la jeunesse», Télérama, n 3237, Mars 2012 Sites internet Alice Paillereau Mémoire Master II,

84 Autre(s) DAHERON Blandine, «Quand la folle journée s'invite en prison», la Gazette SantéSocial, Juin 2008 Enquête de terrain personnelle Le festival des folles journées et ses publics 4 & 5 Février 2012 Entretien, «Anne Quéffelec, pianiste : "la Folle journée, une grande fête populaire qui démystifie la musique classique"», 2008 Rencontre avec Anne Quéffelec, Février 2011 Reportage «Zahia Ziouani, la maestra de Seine-Saint-Denis», Isabelle BAECHLER et Annie TRIBOUART, France 2, Mai 2011 Reportage «Zahia Ziouani, une chef d'orchestre entre Paris et Alger», Valérie BREGAINT, Arte, 21 Février 2011 Reportage TF1 "Zahia Ziouani, une chef d'orchestre hors du commun", Journal de Laurence Ferrari, 10 Février 2011 «Zahia Ziouani, chef d'orchestre à 32 ans : "Mixité, respect de l autre : la musique transmet des valeurs fondamentales"», Salamnews, n 22, Décembre 2010 Alice Paillereau Mémoire Master II,

85 Table des annexes Annexe 1 : Enquête personnelle de terrain 4 & 5 Février Annexe 2 : Articles de presse Ouest France, Janvier & Février Annexe 3 : Article de presse Télérama, Mars Annexe 4 : Bilan 2012 des Folles journées Annexe 5 : Article de presse Le Monde, Avril Annexe 6 : Article de presse L'Express, Février Annexe 7 : Article Site Internet France Infos Net, Décembre Annexe 8 : Article Arte TV Annexe 9 : Article Interview Zahia Ziouani, 21 F évrier Annexe 10 : Article La démocratisation culturelle en France Alice Paillereau Mémoire Master II,

86 Annexe 1 : Enquête personnelle de terrain Le festival des folles journées et ses publics 4 & 5 Février 2012 Musicologie Master II Mémoire «Les Folles journées de Nantes, édition 2012» Enquête de terrain Analyse sociologique 5 questions ciblées Question 1 Vos préférences musicales (3 réponses maximum) : Pop/Rock Chanson française/nouvelle scène Rap/R'N'B/Reggae Soul/Jazz Classique Techno/Electro Variété internationale Variété française Question 2 Combien de fois êtes-vous déjà venue aux Folles journées depuis la création du festival (en 1995)? C'est la première fois Moins de dix fois J'y vais chaque année depuis sa création Question 3 La ou les principale(s) raison(s) de votre venue au festival cette année : Les tarifs, peu élevés par rapport à ceux des concerts classiques habituels La popularité des Folles journées m'a incité(e) à y aller La thématique du festival «la musique russe de 1870 à nos jours» J'adore la musique classique et j'y vais de toute façon chaque année Alice Paillereau Mémoire Master II,

87 Question 4 Sur une échelle de 1 à 10, à combien situeriez-vous votre culture musicale classique? classique? Et à combien vous situeriez-vous en termes de «goût pour» la musique Question 5 Que représente le festival des Folles journées pour vous? (réponse ouverte) Veuillez préciser, SVP : Age : Sexe : Catégorie socio-professionnelle : Si, par manque de temps ou autre raison, vous n'avez pas pu remplir ce questionnaire, vous pouvez le recopier sur word et me l'envoyer à cette adresse mail : [email protected]. Cela ne prend que quelques minutes et vos réponses m'aideront à avancer dans mes recherches donc par avance, merci beaucoup. Alice Paillereau Mémoire Master II,

88 Annexe 2 : Articles extraits du journal Ouest France Alice Paillereau Mémoire Master II,

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96 Annexe 3 : Article Télérama A Nantes, la Folle Journée forge la jeunesse Reportage La Folle Journée de Nantes attire un public nombreux vers la musique classique. Son fondateur, René Martin, y associe les jeunes des quartiers. Du rock et du rap dans le répertoire russe, thème de cette année. Bernard Mérigaud- Télérama n 3237 Répétition du concert d'ouverture de la Folle Journée, dirigée par Alphonse Cemin (au centre). Photo : Rodolphe Escher pour Télérama. «Réhabiliter la réalité, en sommes-nous capables?» Le slogan fuse, régulièrement ponctué par un «paranoïa!» rageur. Les poings des jeunes sont levés. Une manif contre Poutine en avant-première de la Folle Journée de Nantes, qui se met à l'heure russe? Niet! Mais Moussorgski «rappé» par le groupe SKE ; tout comme le même compositeur, enchaîné à Stravinsky, prend des décharges funk par les Sons of Chuck ; quand les Chmus, eux, attaquent au gros son le Casse-Noisette de Tchaïkovski, sur lequel une chanteuse timide tente d'éructer la rengaine «Plaine, ma plaine». Quel bortsch musical! René Martin, le fondateur de la Folle Journée, rejoindrait-il les doux dingues qui hantent la littérature russe? Ce serait oublier sa jeunesse de batteur rock. Donc son sens du tempo. Il y a quatre ans, il est approché par Nicolas Etourneau. Cet enthousiaste membre de l'accoord (1) anime des ateliers musicaux dans la maison de quartier de Doulon, où trente-huit groupes d'autodidactes se relaient en répétitions. Pourquoi ne pas les associer à la Folle Journée? René Martin, prêcheur insatiable, ne peut ignorer les richesses musicales amateurs qui ceinturent le centre de Nantes. Mais c'est lui qui donne le diapason. Aptitude à s'ouvrir Dès septembre, les animateurs des maisons de quartier ont sélectionné les volontaires sur leur passion. Pas de critères techniques, mais le désir de s'engager durant trois mois, en sacrifiant huit samedis aux répétitions. René Martin les auditionne «sur leur aptitude à s'ouvrir sur scène, à donner quelque chose au public. Aucune excentricité ne me gêne, mais je réagis à la manie qu'ont certains groupes de jouer fermés sur eux-mêmes.» Puis il les rassemble pour une grande séance d'écoute musicale et d'explications pédagogiques sur le thème de l'année. Chaque groupe repart avec plusieurs CD d'extraits, soixante-seize morceaux russes cette année. «Des thèmes chantants et identifiables, des rythmes riches, mais des mouvements entiers», précise René Martin, qui opère lui-même la sélection. La première année, six groupes. Aujourd'hui, neuf ont été invités à choisir les thèmes qui les inspiraient, quitte à en mixer plusieurs, à charge pour eux de les retranscrire dans leur propre style musical. J'apporte surtout rigueur et méthodologie dans les répétitions, des paramètres souvent ignorés quand on joue entre copains. Alice Paillereau Mémoire Master II,

97 Mais pas question de les abandonner à leur seule ardeur pendant trois mois. Pour les aider dans leurs transcriptions, René Martin a mis à leur disposition le pianiste Jean-Frédéric Neuburger, certes capable de relever n'importe quel défi musical (une forme de bizutage dont les groupes ne se sont pas privés), mais qui, à 22 ans, fut surtout le plus jeune de l'histoire du Conservatoire de Paris à prendre la prestigieuse classe d'accompagnement, battant de six ans le record d'olivier Messiaen. Aujourd'hui, c'est un de ses élèves, Alphonse Cemin, qui lui succède : «Peut-être parce que je suis le moins classique-classique, suggère ce blondinet qui a l'air d'avoir 15 ans, fût-il un des fondateurs de l'ensemble Le Balcon, consacré à la musique contemporaine. Au début, nous écoutons plusieurs fois les morceaux originaux choisis par les groupes, puis je les invite à détailler ce qui les frappe. Très vite, certains me demandent de retranscrire des harmonies trop complexes à relever, d'autres comment détourner certaines rythmiques pour les fusionner à leur esthétique. Il y a ceux qui se protègent dans un cadre rassurant, trop littéral, note à note, que je dois "libérer" ; et ceux, au contraire, qui s'emballent au point de perdre l'inspiration originale, qui doit toujours rester identifiable.» Les gaillards de La Musique du Coffre n'en reviennent pas : «Quelle oreille! Il suggère simplement ce qui pourrait améliorer nos choix, tout en respectant pleinement notre identité.» Alphonse Cemin reste pragmatique : «J'apporte surtout rigueur et méthodologie dans les répétitions, des paramètres souvent ignorés quand on joue entre copains, sans vraiment s'écouter mutuellement, avec un volume sonore saturé, dans un boeuf perpétuel.» Première répétition collective. La scène de la salle de conférence de la banque du CIC. Parfaitement équipée en instruments et amplis, avec un technicien à disposition. Le grand frisson. Les groupes s'accordent dans un magma acoustique assourdissant. Le chanteur de La Musique du Coffre bataille avec le larsen. Music Box s'égare dans une rythmique en montagnes russes. SKE surjoue sa fameuse «paranoïa». Les Famous Grouse ont déjà du plomb dans l'aile avec leur guitariste avachi contre l'ampli. Free-Dum ne prend le temps de rien - charge guitares au clair et au grand galop : il faudrait couper le courant pour les arrêter. Alphonse Cemin ne les lâche pas d'un conseil. Puis arrive Amac 1... Ils sont calmes, s'accordent dans le silence, soignent leur balance. Et forgent César Cui et Prokofiev dans un métal d'enfer. Net. En se regardant les uns les autres. Ils sont emmenés par un beau grain de duo vocal. Un vrai filage. Applaudissements, sifflets et ovation saluent leur prestation. C'est un groupe du conservatoire de Nantes. DJ, sons scratchés, boîte à rythmes : je découvre un nouveau mode d'improvisation Marie, violoniste Cette confrontation de niveaux, René Martin l'a mise en place seulement après que les groupes de quartier en ont accepté le principe. Surtout, elle n'intervient qu'au bout de trois mois afin que les autodidactes acquièrent une maîtrise suffisante pour ne pas avoir à rougir. Amac 1 ne frime pas, mais démontre ce que produit un travail sérieux. «On a pris une déculottée, instrument par instrument, rigole le costaud de La Musique du Coffre. Et dire que leur batteur hallucinant joue en inversant les mains pour ne pas s'ennuyer!» En retour, le groupe du conservatoire reçoit une leçon d'énergie, de présence scénique. Un échange fluide, comme l'envie de SKE de débaucher Marie, la violoniste d'amac 1, pour donner un peu de chair instrumentale à leur prestation. Elle accepte spontanément : «DJ, sons scratchés, boîte à rythmes : je découvre un nouveau mode d'improvisation», se réjouit-elle. Alice Paillereau Mémoire Master II,

98 Marie la violoniste et les rappeurs : ils lui apportent leur énergie, elle, sa maîtrise technique. Photo : Rodolphe Escher pour Télérama. Vive le métronome Le contact avec le conservatoire ne se limite pas à la scène. Chaque jeune des quartiers, s'il le souhaite, peut profiter de master class pour l'aider à surmonter une impasse technique, trouver une clé pour progresser, rectifier une mauvaise habitude. «La première année, il n'y avait que deux volontaires. J'ai poussé un coup de gueule, avant de réaliser que l'institution leur faisait peur, que certains étaient venus mais n'avaient pas osé entrer. Ils sont restés à la porte. J'aurais dû être dans la rue pour les accueillir», dit René Martin. Franchir cette porte devient désormais naturel. Et les profs jouent franc jeu, avec tact. En une séance de chant, Annaïg Alice Paillereau Mémoire Master II,

99 Cottin aide la timide Justine à libérer son émission vocale et, surtout, la pousse dans un registre aigu qu'elle ne soupçonnait pas et sur lequel, désormais, tout son groupe devra se recaler. Dans une autre salle, Emmanuel Birault demande à un batteur de sautiller le contretemps du ska et d'accentuer la frappe rock. Jean-Marie Bellec invite Famous Grouse à noter par écrit et à mémoriser la structure de leur morceau «afin de parler le même langage. Et travaillez avec un métronome! Il reste le meilleur ami du musicien, car il dit toujours la vérité. C'est lui qui désigne le bon musicien. Quelles que soient vos aptitudes, un bon tempo permet de jouer avec n'importe qui.» Pas d'effort sans réconfort, et la promesse est d'or : les neuf groupes sont programmés lors de la soirée d'ouverture de la Folle Journée, dans la très belle salle de huit cents places de la Cité des congrès. Une reconnaissance. Même si le trouillomètre donne le diapason collectif. Avant chaque prestation, un DJ fait entendre les morceaux choisis dans leur instrumentation originale. Puis la fête continue! Retour à la maison. Les groupes de quartier se produisent ensuite chez eux, lors d'un concert commun avec une des formations classiques participant à la Folle Journée et interprétant dans son intégralité la pièce concernée. A Doulon, par exemple, c'est tout le Sinfonia Varsovia qui jouera du Tchaïkovski. Cette folle équipée laisse des traces, se réjouit l'animateur Nicolas Etourneau : «Ces jeunes autodidactes mettent désormais en pratique une méthode de répétitions fragmentées avec des objectifs précis, s'enregistrent et s'écoutent avec plus de recul. Le morceau sur lequel ils ont appris à se concentrer durant trois heures de répétition devient l'étendard de leur répertoire personnel. Lors de concerts rock ou metal, ils en expliquent le contexte, font un effort de présentation pour s'adresser au public.» «Réhabiliter la vérité, nous en sommes capables!» pourraient finalement conclure les rappeurs. La vérité d'une aventure dans laquelle tous ont joué la partition commune, autodidactes et musiciens confirmés, ados et adultes, musicos et classicos, sans jamais rien renier de leur personnalité. Une aventure concertante. La musique de toutes les Russies Une thématique russe exigeante pour cette dix-huitième édition, avec une forte programmation d'oeuvres du XXe siècle, dont l'intégrale des concertos de Chostakovitch, le rare Concerto pour choeur de Schnittke, le psychédélique Prométhée de Scriabine, et des compositeurs méconnus comme Medtner, Mossolov ou Roslavetz. René Martin est le tsar de toutes les réussites, qui étend désormais son empire au Lieu unique limitrophe, mais en respectant l'unité d'espace qui reste le fondement de la Folle journée. Plus de 200 mètres de promenade séparent la Cité des congrès du Lieu unique. Cette perspective sera recouverte d'une structure amovible. Un couloir ombilical, débouchant sur trente mille places de concert supplémentaires. Jusqu'où ira-t-il? Quand la place viendra de nouveau à manquer, il amarrera des péniches-salles de concert au quai de l'erdre, qu'il rattachera par le même système à la Cité mère. Et pour les 20 ans de la plus grande manifestation classique en France, imagine-t-il de mettre toute la ville de Nantes sous une bulle? Il sourit. Il en serait capable... B.M. Alice Paillereau Mémoire Master II,

100 Article 4 : Bilan 2012 des Folles journées Pour sa 18 e édition, la Folle Journée reste cette grande fête populaire de la musique classique. Un festival à nul autre pareil où se croisent tous les publics, mélomanes avertis, amateurs et profanes, jeunes et moins jeunes, enfants et familles. Ce qu en retiennent les organisateurs : La Folle Journée parvient à rassembler un public toujours plus audacieux venant découvrir ce grand courant musical de 1860 à nos jours avec plus de 50% de concerts consacrés aux compositeurs du XXe siècle à partir de Le public a plus que jamais témoigné sa confiance à La Folle Journée : billets ont été délivrés. La Folle Journée : 284 concerts payants 37 concerts gratuits 48 conférences 18 représentations de théâtre musical 20 concerts hors les murs (Université, maisons de quartier, centre de détention, communes de la Métropole ) 1800 artistes billets disponibles billets délivrés Taux de fréquentation : 97,4 % personnes ont accédé à La Folle Journée avec un billet à 4,50 euros Plus de 500 personnes travaillent sur la manifestation. Source : Alice Paillereau Mémoire Master II,

101 Annexe 5 : Article du journal Le Monde Le spectacle vivant rapporte, selon la Sacem Le Monde.fr La publication du rapport de la Sacem coïncide avec l'édition 2012 du Printemps de Bourges. Pierre Soppelsa (illustrateur) et Roland Lecouteux (directeur artistique) Les droits d'auteurs issus du spectacle vivant sont repartis à la hausse en 2011 (+ 1,9 %), a annoncé la Sacem, alors que la 36 e édition du festival du Printemps de Bourges vient de commencer. "Les droits d'auteur du spectacle vivant s'établissent en 2011 à 76,9 millions d'euros, contre 75,5 millions d'euros en 2010, mais ils n'ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2009", précise Claire Giraudin, déléguée aux relations extérieures et à l'analyse stratégique de la Sacem. La Société des auteurs distingue festivals et tournées. Ces dernières, qui pèsent pour 34 % des droits, affichent une baisse des recettes pour la deuxième année consécutive, avec un recul de 1,2 %, aggravant la chute de 14 % en Concernant les festivals, la Sacem ne peut communiquer de chiffres de hausse ou de baisse des droits perçus, l'année 2011 étant la première année d'étude enregistrée. Même s'ils ne représentent que 15,6 % des droits gagnés grâce au spectacle vivant, ils ont permis à la Sacem de collecter 12 millions d'euros de droits d'auteur, avec une hausse de fréquentation qui place Les Vieilles Charrues, Solidays et La Folle Journée de Nantes dans le trio de tête (chiffres de 2011). Bourges, un des premiers de la saison des réjouissances musicales (concentrées en juillet) n'arrive qu'en onzième place du classement. LE FESTIVAL D'AIX LE PLUS ONÉREUX Malgré leurs budgets modestes, ces manifestations renforcent l'attractivité des territoires où ils sont bien ancrés, analyse le quotidien Les Echos. Etalées sur plusieurs jours, elles génèrent notamment d'importants revenus en matière d'hébergement et de restauration. Environ un tiers des festivals français ont pour objet les musiques amplifiées et électroniques, 20 % le jazz et les musiques du monde, 15 % la musique classique et 10 % la chanson. Dans cette catégorie, le festival lyrique d'aix se classe comme le plus onéreux toutes catégories confondues, avec un budget de 19 millions d'euros. Le total des budgets des vingt festivals les plus fréquentés établi par la Sacem s'élève à 82 millions d'euros, avec une fourchette variant de 2,5 à plus de 10 millions selon les manifestations. Concernant la répartition géographique, la région Provence-Alpes-Côte d'azur est la région la plus riche en festivals avec 145 manifestations et les droits d'auteur générés les plus importants, devant Rhône-Alpes (87 manifestations, deuxième pour les droits d'auteur) et l'ile-de-france (62 manifestations, quatrième en droits d'auteur). La Bretagne n'est qu'en sixième position pour le nombre de manifestations (53), mais deuxième (ex-aequo) pour ce qui est des droits d'auteur, en raison de la présence sur son territoire de festivals de grande envergure, dont le mastodonte des Vieilles Charrues. Alice Paillereau Mémoire Master II,

102 Annexe 6 : Articles du journal L'Express La musique classique russe à l'honneur de La Folle Journée Bertrand Dermoncourt, L'Express le 01/02/2012 Mieczyslaw Weinberg. O. RAKHALSKAYA En 2012, La Folle Journée célèbre les compositeurs russes. Présentations. Mieczyslaw Weinberg ( ) Sa bio D'origine juive polonaise, Weinberg fuit l'invasion allemande en 1939 et perd toute sa famille. Il subit ensuite les persécutions antisémites en URSS. Il ne sera libéré de prison qu'après la mort de Staline, en Signe d'une reconnaissance tardive, il reçoit le prix national d'urss, en Sa musique On ne s'étonnera pas de la trouver particulièrement tragique. Comme son mentor, Dmitri Chostakovitch, Mieczyslaw Weinberg est l'auteur d'oeuvres grinçantes aux climats délétères, rythmées de marches grotesques, de danses macabres et de mélodies hésitantes. Ce style musical ambigu est l'expression, souvent bouleversante, d'un être déchiré par les tourments de l'histoire. Weinberg l'a développé à satiété dans de vastes cycles de quatuors à cordes ou de symphonies. Alice Paillereau Mémoire Master II,

103 Une oeuvre à découvrir L'opéra La Passagère, désormais disponible en DVD (Neos), traite d'un sujet extrêmement sensible : les camps de concentration et leur place dans la mémoire des hommes. Sofia Goubaïdoulina (née en 1931) Sa bio Ce n'est qu'en 1986, à l'âge de 55 ans, que Sofia Goubaïdoulina fut autorisée à créer ses oeuvres en dehors de l'union soviétique. Auparavant, elle avait, comme Schnittke, travaillé pour le cinéma, tout en laissant s'exprimer dans des partitions confidentielles une personnalité trop originale pour être tolérée. Elle s'est installée en Allemagne à la chute du Mur. Sa musique Sofia Goubaïdoulina a connu plusieurs mutations stylistiques : après diverses oeuvres conceptuelles, après avoir expérimenté l'électronique et l'improvisation, elle a exploré les jeux d'oppositions et de contrastes sonores. Cette native de la République autonome tatare, fille d'un mollah, s'est souvent attachée à rapprocher l'orient et l'occident à travers l'intégration d'instruments folkloriques, comme le bayan, un accordéon traditionnel russe. Une oeuvre à découvrir Durant la Folle Journée, on entendra à plusieurs reprises la bouillonnante Chaconne pour piano, qui allie virtuosité et spiritualité. La pianiste Claire- Marie Le Guay en a enregistré une version ébouriffante (Accord). Alfred Schnittke ( ) Sa bio Il a été l'enfant rebelle de la musique soviétique, osant toutes les provocations jusqu'à être interdit en URSS. En 1985, une attaque cérébrale le laisse dans le coma pendant plusieurs jours. Ce traumatisme a une influence directe sur sa musique, dès lors de plus en plus décharnée. Promu par les musiciens russes comme le compositeur n 1 de son temps, il est mort à Hambourg, où il avait émigré. Sa musique Sa capacité à intégrer les styles les plus divers, de l'avant-garde à la pop, a permis à Schnittke de forger un style reconnaissable entre tous, qu'il résuma sous le terme de "polystylistique". Cela correspond à un geste musical violent, où l'angoisse naît de la juxtaposition du sublime et du trivial, de la simplicité et de la complexité. Une oeuvre à découvrir Lors de la Folle Journée, on entendra de nombreuses oeuvres, notamment son Quatuor avec piano, devenu un classique du répertoire contemporain. Une partition funèbre et acerbe où la matière sonore se contracte et se dilate de manière cathartique. La Folle Journée, à la Cité, Nantes. Du 1er au 5 février. Alice Paillereau Mémoire Master II,

104 Les Français et la musique classique Erikson Franck, L'Express le 01/02/2001 L'Express et Classica les ont interrogés sur leurs goûts musicaux. Leurs réponses sont surprenantes Etonnant et déroutant, tel apparaît ce sondage Classica-L'Express qui tente de mieux comprendre le rapport des Français avec la musique classique. Première surprise: les Français préfèrent la musique classique à la pop (39% contre 30%). Quand on sait qu'un disque classique se vend en moyenne à exemplaires, il y a de quoi s'étonner. Moins surprenant: le clivage des générations. Seulement 11% des ans sont fans de classique, contre 71% des plus de 65 ans. L'amour du classique varie beaucoup selon son appartenance politique (28% pour l'extrême gauche, 67% pour le RPF), mais très peu selon son origine sociale (33% chez les agriculteurs, 32% chez les cadres supérieurs). Seconde surprise: une écrasante majorité juge la musique classique accessible, belle, reposante et moderne, même si 60% des ans la trouvent dépassée. Tout devrait donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, quand on apprend que les trois oeuvres préférées des Français restent Les Quatre Saisons, de Vivaldi, le Boléro, de Ravel, et la Symphonie n 9 de Beethoven, on mesure la portée réelle de leur connaissance du répertoire. Encore plus lorsqu'ils préfèrent André Rieu à Ravel et placent à égalité Andrea Boccelli et Herbert von Karajan. Sans doute parce qu'ils sont 44% à savourer les musiques de films, contre 8% à lire les critiques musicales, pour leur donner envie d'écouter du classique. Car, s'ils aiment a priori la "grande musique", ils la fréquentent beaucoup moins: 35% en écoutent peu ou jamais, 80% n'ont pas assisté au moindre concert ou opéra depuis deux ans. Ici, le clivage est d'abord social: 3% d'agriculteurs, 6% d'ouvriers, mais 23% de cadres supérieurs sont allés entendre un ouvrage lyrique. L'âge du spectateur, en revanche, ne joue plus: parmi eux, 12% de ans et 11% de ans. Le sondage ne fournit pas d'explications précises sur cette désaffection. Mais la pauvreté de l'enseignement musical, le prix des places (même si un match de foot coûte aussi cher qu'un concert symphonique), le cérémonial du concert sont certainement des problèmes à résoudre. Car des manifestations comme La Folle Journée à Nantes et des labels discographiques comme Naïve prouvent que la musique classique peut conquérir un nouveau public si on la présente avec audace et originalité. Alice Paillereau Mémoire Master II,

105 Annexe 7 : Article Site Internet : France Net Infos Festival de musique classique de la Folle Journée de Nantes Edition décembre, 2011 La folle journée de Nantes, certainement un des plus grands moments de la vie culturelle Nantaise annonce son retour du 1er au 5 février prochain avec une programmation autour de la musique Russe. France net infos vous informe en avant-première de quelques informations qui marqueront la vie de cet évènement pour cette année Le festival de la folle journée de Nantes est devenu à ce jour le plus grand festival de musique classique en Europe avec près de places vendues l année passée ; Il se déroule de manière annuelle dans la capitale ligérienne et dans la région des Pays de la Loire. Ce projet, il faut bien le dire un peu fou est né de l esprit d un homme, René Martin (désormais directeur artistique de l évènement) en 1995 à l issu d un concert de rock, ce doux paradoxe marque bien l esprit de ce premier. Il présente environ 250 concerts à tarif très raisonnable sur maintenant 5 jours, de 9h00 à 23h00 avec des concerts de 45 minutes pour la plupart ayant vocation à faciliter l accès à ce type d événement. Il s accompagne également de concerts hors les murs de la cité des congrès, mais aussi de conférences ou d ateliers musicaux pour le public scolaire. Chaque année, la folle journée est conçue comme un voyage autour d une période musicale, d un compositeur ou d une idée en guise de fil rouge. Celui-ci à su s imposer au fil des années tant comme un vivier de jeunes talents en devenir que comme rendez-vous annuel immanquable pour de nombreux solistes internationaux. Cette année, le voyage musical proposé aux spectateurs est intitulé «Le Sacre russe de Rimsky-Korsakov à Chostakovitch». Alice Paillereau Mémoire Master II,

106 Ainsi les auditeurs pourront découvrir l émergence d une musique nationale russe autour du «groupe des cinq» : Balakirev, Cui, Rimski-Korsakov, Borodine et Moussorgski focalisés par l emblème national que fût Tchaïkovski ainsi que par Rachmaninov, le pianiste virtuose, dernier des romantiques. Mais loin de ne présenter que ces monuments du XIX siècle, la programmation poursuivra dans cette grande lignée de la tradition soviétique au siècle dernier par des compositeurs tels que Scriabine, Stravinsky, Prokofiev ou encore Chostakovitch. Enfin, une découverte de compositeurs modernes tels que Katchaturian, Kabalewski ou Goubaïdoulina complétera ce vaste panorama qui permettra à l auditeur de retracer toute l évolution de la musique russe de Glinka jusqu à nos jours. Pour servir cette programmation aussi passionnante qu osée, les plus grands artistes français et internationaux de la musique classique seront présents : Des grands solistes pianistes comme Anne Queffelec, Brigitte Engerer ou par exemple Renaud Capuçon, Henri Demarquette ou Tatjana Vassiljeva aux cordes. Ces solistes ne feront pas oublier les grandes formations internationales telles que l Orchestre Philharmonique de l Oural, le Ricercar Consor ou les plus modeste mais néanmoins talentueuses telles que l Orchestre du 3ème cycle du Conservatoire de Nantes ou le Brass band des Pays de la Loire. De même, les conférences proposées seront données par des spécialistes de renom. Cette année, et pour un plus grand confort des auditeurs, l auditorium 800 à été totalement rénové, et deux nouvelles scènes au Lieu Unique s ouvriront. La Folle journée sort également de son cocon de la cité des congrès en s exportant dans les maisons de quartier, la prison de Nantes et par des activités graphiques, de théâtre ou de musique assistée par ordinateur (MAO). - Pour les plus aventureux et passionnés d entre vous ainsi que pour nos lecteurs de l étranger, sachez que vous retrouverez la Folle journée de Nantes «exportée» au Japon, à Bilbao ou à Varsovie au fil de l année Alice Paillereau Mémoire Master II,

107 Annexe 8 : Article Arte TV Roma DILLENBERG et Clémence HUBLET Emportés par la foule Qui se cache réellement derrière cet amas de personnes présent aux Folles Journées? Nous sommes parties avec nos bloc-notes et nos stylos à la recherche des visiteurs afin de leur poser quelques questions, et de cette manière cibler le public de ce festival de musique classique. Grâce aux multiples et agréables rencontres faites lors de notre sondage, nous avons constaté que le visiteur type des Folles Journées a environ 50 ans. C est un visiteur régulier et de longue date. Mais comment expliquer cette fidélité à la Folle journée? L'envie de retrouver cette atmosphère incomparable qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. En effet, c'est pour lui un moment convivial et populaire qu'il peut partager entre amis et/ou en famille. La plupart du temps, notre visiteur va voir des concerts d'œuvre, de compositeur ou encore d'interprète qu'il connaît. Il s'adapte aussi en fonction de son entourage et organise pour les enfants un parcours ludique et accessible, en l'emmenant par exemple voir le Ciné-Concert de Pierre et le Loup. Il a parfois aussi soif de découverte et se laisse surprendre par une représentation choisie au hasard. Les visiteurs sont en grande majorité comblés par les Folles Journées. C'est une manière de continuer à cultiver leur goût pour la musique classique, et d'un autre côté de le transmettre aux générations futures en les initiant dès le plus jeune âge. Si nous avons éveillé votre curiosité et que vous désirez une approche plus précise, en voici une. En lisant tous les sondages que nous avons récoltés, trois types de visiteurs se sont démarqués! Alice Paillereau Mémoire Master II,

108 Tout d'abord, on retrouve les Mélomanes. Ils sont passionnés de musique classique depuis déjà...euh.. on ne sait plus, cela remonte déjà à bien longtemps! Ce sont bien sûr les plus fidèles à l'événement. Baignés depuis toujours dans l'univers de la musique classique, ils ne «peuvent pas passer à côté de cette grande occasion d'aller voir de prestigieux artistes pour un prix plus que raisonnable». Ils sont incollables sur chaque compositeur ou interprète qui est présent au Festival. Ainsi, le mélomane ne va voir que ce qu'il connaît, et surtout que ce que lui plaît! Nous avons également rencontré les Orchestres, qui viennent apprécier les concerts en famille. Pour les parents et les grands-parents, c'est une occasion à ne pas louper pour initier de manière beaucoup plus ludique et ainsi beaucoup moins conventionnelle leurs enfants et petits-enfants. En effet, le cadre des Folles Journées est plus propice à une transmission des savoirs car l'atmosphère y est beaucoup plus détendue! Pour finir, il reste les Festivaliers. Ce sont ceux qui viennent apprécier la musique classique sans y connaître vraiment grand chose. Ils sont principalement là pour se cultiver et partager ce moment entre amis. L'atmosphère conviviale et l'accessibilité des concerts les enchantent. Tous ces petits groupes sont très sympathiques mais toutefois ne vous semble-t-il pas qu une catégorie manque à l appel? Et oui les Jeunes! Nous avons rencontré certains ovnis se baladant dans la Cité des Congrès. Ils étaient très enthousiastes mais faisaient là office d exception. De plus, après un examen approfondi de leur profil, il nous est apparu qu ils baignaient dans un environnement familial influençant leurs goûts musicaux. Nous pourrions penser qu il revient aux Folles Journées d attirer plus de jeunes et de les inviter à s intéresser davantage à la musique classique. Mais en toute franchise, même si les concerts étaient gratuits on se demande si nous les jeunes nous ne continuerions pas à bouder la musique classique. Les plus matures d entre nous sauront faire la différence. Alice Paillereau Mémoire Master II,

109 Annexe 9 : Article SaphirNews Zahia Ziouani Zahia Ziouani, chef d'orchestre à 32 ans : «Mixité, respect de l autre : la musique transmet des valeurs fondamentales» Propos recueillis par Mérième Alaoui Lundi 21 Février 2011 À 32 ans seulement, Zahia Ziouani dirige déjà son propre orchestre ainsi que le Conservatoire de musique et de danse de Stains, où elle nous accueille. Femme à poigne, elle a des rêves pleins la tête, qu elle réalise tout au long de son parcours empli de passion et de convictions. Zahia Ziouani : «Tout le monde peut être maître de sa vie. La musique, c est comme le sport : si on est déterminé, on y arrive.» Devenir chef d orchestre, vous en rêviez déjà à 12 ans... Zahia Ziouani : Oui, c est vrai! Quand j étais adolescente, j avais dans ma chambre des posters de chefs d orchestre. J ai découvert les chefs d orchestre alors que je jouais de l alto. Je trouvais qu ils avaient une telle présence, un tel charisme. J ai tout de suite été attirée. Un chef d orchestre a du pouvoir, tout en mettant en valeur ses musiciens avec finesse et harmonie. Je suis entrée au conservatoire à 8 ans. Depuis, la musique classique ne m a jamais quittée. Dans ma jeunesse, mon but était de devenir chef d orchestre, moi qui ai grandi dans un HLM du 93. Cela n a pas dû être facile pour une femme Z. Z. : Non, surtout pour une femme très jeune Mais j ai rapidement fait abstraction de ces difficultés, car j ai pris conscience très tôt de l importance de la fonction. J ai énormément travaillé. Mais, surtout, j ai fait une rencontre décisive, celle du célèbre Maestro Sergiù Celibidache qui m a repérée Il m a formée durant deux ans entre la France et l Allemagne. Alice Paillereau Mémoire Master II,

110 Puis j ai étudié l orchestration et la musicologie à la Sorbonne. À côté de mes études, je dirigeais des orchestres d étudiants Puis vous avez monté Divertimento, votre propre orchestre, à l âge de 20 ans! Z. Z. : Comme dans la plupart des milieux, celui de la musique nécessite d avoir un réseau... N en n ayant aucun à l époque, pas question pour moi d attendre dix ans avant de diriger! La solution était de monter mon propre orchestre. Il a fallu que je m impose, que je propose un contenu artistique solide, que des musiciens me fassent confiance. Étape par étape, nous avons réussi. Aujourd hui, douze ans après, notre orchestre est reconnu et nous nous produisons partout dans le monde. Cela doit être étonnant pour le public de voir une jeune femme d origine maghrébine diriger un orchestre Z. Z. : L étonnement est surtout causé par mon jeune ge et par le fait que je sois une femme. Je n ai pas souffert à cause de mon origine algérienne. Heureusement, dans les milieux artistiques, on est plus ouvert et on a l habitude de travailler avec des étrangers. Vous êtes aussi chef d orchestre à Alger, depuis Quelle relation entretenez-vous avec votre pays d origine? Z. Z. : C est simple, je suis autant algérienne que française. J ai la double nationalité, même si j ai grandi en France. Comme à Stains, j aime l idée de donner goût à la musique classique. Et j aime aussi explorer et révéler la musique arabo-andalouse! Je veux être un pont entre la France et l Algérie afin que ces deux pays aillent dans la même direction ; au moins dans le cadre d un programme musical. Et un jour votre orchestre s installe en Seine-Saint-Denis, là ou vous avez grandi... Z. Z. : J ai grandi ici et j y vis toujours. Lorsque j ai monté Divertimento, la municipalité de Stains nous a proposé de nous accueillir en résidence. M être implantée ici m apporte beaucoup, car je veux sensibiliser, notamment les jeunes, à la musique classique et à la création artistique en général. Nous sommes déjà fiers de constater que nous faisons salle comble, ici, à Stains! Vous êtes aussi directrice de l École de musique et de danse de Stains Z. Z. : Enseigner en Seine-Saint-Denis est très important pour moi. Soyons clairs, l égalité des chances n existe pas. J ai enseigné dans le 9e arrondissement de Paris auprès d enfants qui vivaient dans des hôtels particuliers Au conservatoire de Stains, je veux donner plus que des cours de musique aux jeunes. Nous avons mis en place un programme d éducation musicale. Nous organisons des sorties aux musées, des concerts Nous sensibilisons les familles sur la nécessité du travail quotidien sur un instrument. Nous voulons offrir à ces Alice Paillereau Mémoire Master II,

111 jeunes toute la culture générale nécessaire dont ils manquent pour accompagner leur progression dans la musique. Tout cela va plus loin qu un simple enseignement? Z. Z. : Oui, on peut dire que c est une démarche militante de ma part. Je me bats pour la musique pour tous! La musique permet à ces gamins d apprendre la rigueur, le travail, la curiosité, l échange, le respect de l autre et la mixité. Ces notions ne sont, à mon sens, malheureusement plus beaucoup enseignées à l école publique aujourd hui. Elles sont pourtant primordiales. Je veux les transmettre à travers la musique. Vous pourriez pourtant retourner enseigner à Paris. Où allez-vous chercher cette force? Z. Z. : À Stains, je suis ancrée dans la réalité. Je peux très bien être reçue par un ministre le matin, mais j aime l idée que, dans l après-midi, je prends simplement le RER pour retrouver la vraie vie. C est mon moteur! Quand j étais jeune, mes parents avaient les mêmes problèmes que ceux de mes élèves actuels. Pourtant, j ai réussi à concrétiser mon rêve. Je veux montrer que c est possible! Et j ai un très bon contact avec ces jeunes. Peut-être parce qu ils me voient à la télévision parler d eux et de la Seine-Saint-Denis positivement Justement, depuis la crise des banlieues de 2005, vous êtes devenue une icône médiatique! Comment avez-vous vécu cela? Z. Z. : J ai accepté de raconter mon parcours à plusieurs médias pour combattre les préjugés. Les journalistes s arrachaient mon histoire et j ai dû refuser énormément d interviews! Cette médiatisation était assez décevante, j ai senti une sorte d instrumentalisation. On voulait absolument me filmer dans la cité avec des jeunes comme si j étais une animatrice de colonie! On ne me parlait que très rarement de ma musique. Les journalistes ne se déplaçaient pas à Stains, prétextant que c était trop loin de Paris Aucun d entre eux n est d ailleurs venu filmer un concert. Et, du côté des institutionnels, on me trouvait «formidable», mais aucun ne nous aide à trouver de nouveaux financements en ces temps de crise. Votre parcours intéresse tellement qu on vous a proposé de le raconter dans un livre Z. Z. : J ai publié en octobre La Chef d orchestre, aux éditions Anne Carrière. Cette idée m a tout de suite plu, je pouvais exprimer ma conception de la direction d orchestre avec mes sensibilités, délivrer mes messages et mes valeurs en toute liberté. On m a aussi consacré un documentaire, qui sera diffusé le 21 février 2011 sur Arte. Quelles valeurs voulez-vous faire passer? Z. Z. : Je veux dire notamment aux jeunes que tout le monde peut être maître de sa vie. Il suffit d avoir de l ambition et de travailler car, dans la vie, on n obtient rien sans travail! La musique, c est comme le sport : si on est déterminé, on y arrive. À ce moment-là, on ne voit plus aucune différence sociale, culturelle, etc. Il faut que les jeunes sortent de l image négative qu ils ont d eux-mêmes et dans laquelle on veut les enfermer. Alice Paillereau Mémoire Master II,

112 Annexe 10 : Article La démocratisation culturelle en France Démocratisation de la culture : fin... et suite? 12 janvier 2010 Depuis sa création, une des principales missions du ministère français de la culture est de promouvoir un meilleur accès à la culture. Selon Olivier Donnat, sociologue et auteur du rapport sur les pratiques culturelles des Français, cet objectif de démocratisation a été peu à peu oublié sans que celui-ci soit atteint. Article extrait de Culture et société : un lien à reconstruire, sous la direction de Jean-Pierre Saez, Editions de l Attribut, Le ministère français des affaires culturelles, quand il fut créé en 1959, s est vu confier comme principale mission de «rendre accessible au plus grand nombre les œuvres capitales de l humanité et d abord de la France», ce qui plaçait d emblée la question du public au cœur de la politique culturelle. Pendant de longues années, le projet de démocratisation a servi de légitimation à l action des pouvoirs publics en matière culturelle : élus en charge de la politique culturelle, responsables d établissements, artistes, etc., tous faisaient référence certes avec plus ou moins de lyrisme ou de conviction à l exigence de démocratisation pour justifier leurs choix ou préciser le sens de leur action. Puis, le vent a tourné, le souffle de l histoire est passé et ces dernières années, le terme a totalement disparu de la rhétorique ministérielle au profit d autres thématiques, celle de la diversité culturelle notamment. Il ne peut être question ici de revenir sur les dimensions contradictoires du projet initial de démocratisation ni sur le foisonnement d initiatives du début des années 80 qui a contribué à l engloutir [1], mais simplement de constater que la politique culturelle a progressivement «oublié» ses missions touchant à l élargissement de la demande au profit de celles relatives à la création et à l aménagement culturel du territoire. Le projet de démocratisation a peu à peu quitté l horizon de la politique culturelle, sans que personne n assume explicitement la responsabilité de cet abandon ni ne procède à un examen précis des raisons qui le justifiaient. Faut-il en déduire que les inégalités d accès à l art et la culture ont été réduites ou que les questions soulevées par la problématique de la démocratisation ont été résolues? Je pense au contraire que la «question du public» reste pleinement d actualité. Même si on laisse de côté le caractère messianique du projet initial de Malraux et les arguments d ordre éthique ou social qui constituaient le fondement de la politique de démocratisation pour s en tenir aux seuls arguments financiers ou économiques, demeure une vérité que beaucoup cherchent à fuir : la survie de pans entiers de la vie culturelle et donc des artistes et des œuvres passe par l élargissement des publics qui y accèdent. C est pourquoi une des conditions - nécessaire quoique insuffisante - à la refondation de la politique culturelle [2] que tout le monde semble appeler de ses voeux réside dans notre capacité à renouveler la «question du public» et à lui trouver des réponses qui tiennent compte des nouvelles Alice Paillereau Mémoire Master II,

113 conditions d accès à l art et la culture liées au numérique mais aussi de l état des inégalités aujourd hui dans la société française [3]. Oublier ou refonder l exigence démocratique? Bien sûr, on aura beau jeu de rappeler qu il y a toujours eu un écart considérable entre la grandiloquence des discours et la réalité des moyens humains et financiers effectivement mis en œuvre. Ceci n est pas contestable : même au temps des plus grandes envolées lyriques sur les maisons de la culture, le ministère de la culture n a consacré qu une faible part de son budget à la réduction des inégalités de l accès à l art et à la culture. Il n en reste pas moins que la problématique de la démocratisation permettait de maintenir une tension entre les deux séries de missions poursuivies par les pouvoirs publics en matière culturelle, celles qui concernent l offre culturelle et la qualité de la création d une part et celles qui touchent à la question des publics d autre part. La vertu essentielle de ce dispositif rhétorique, outre le fait qu il mettait en débat la question des inégalités d accès à l art et à la culture, était de poser comme une évidence le fait que «l offre entraîne la demande» et ainsi de lier les objectifs relatifs à l offre et ceux portant sur l élargissement de la demande. Or, le bilan du demi siècle qui vient de s écouler est sur ce point sans ambiguïté : la relation offre/demande n a rien de mécanique, l entreprise de soutien aux professionnels et aux institutions artistiques et celle d élargissement ou de diversification des publics ne sont pas indissociablement liées. Autrement dit, les objectifs relatifs à l offre culturelle (soutien à la création, mise en valeur du patrimoine, création d équipements...) et ceux relatifs à la demande, qui ont été longtemps pensés comme les deux volets d un seul et même projet, sont en réalité largement autonomes ; les uns et les autres sont également légitimes, mais la poursuite des premiers ne garantit en aucune façon la réalisation des seconds. Dès lors, l alternative est claire. On peut être tenté tout d abord d abandonner en le disant ou sans le dire - tout projet de lutte contre les inégalités d accès à l art et à la culture et considérer que le projet de démocratisation de la culture relevait, certes, d une noble ambition mais qu il était totalement irréaliste car trop ignorant des mécanismes sociaux produisant le «désir de culture». Pourquoi, après tout, ne pas prendre acte de l impuissance de l action culturelle à remédier aux inégalités sociales entravant l accès à l art et la culture et accepter de tourner la page en privilégiant sans culpabilité les objectifs de la politique culturelle relatifs à l offre? Cette position, que défend par exemple P.Urfalino [4] quand il encourage les décideurs culturels à rompre avec une grandiloquence qui n est plus de mise à un moment où l Etat doit apprendre à se faire modeste, présente l avantage de la cohérence : les discours sont enfin en accord avec la réalité des budgets, et en passant d une légitimation de l action des pouvoirs publics structurée autour de la thématique de la démocratisation à un discours auto-centré sur les conditions de création et de production des biens culturels, la politique culturelle atteint l ge de raison. Mais, il faut bien reconnaître qu elle a pour principal inconvénient de ne pas être facile à tenir (au moins publiquement...) dans un régime démocratique [5]. Alice Paillereau Mémoire Master II,

114 On peut, à l inverse, rester fidèle à l exigence qui était au fondement de la politique culturelle et rechercher, à la lumière des enseignements qui peuvent être tirés du passé, un équilibre politiquement et moralement acceptable dans une démocratie entre les missions relevant du soutien à l offre et celles relatives à l élargissement de la demande. Une telle orientation est aussi, bien entendu, difficile à tenir car elle implique un redéploiement des moyens financiers, sauf à imaginer un doublement du budget consacré à la culture, comme cela avait été le cas en A budget constant, toute politique de rééquilibrage ne peut que heurter des habitudes acquises et réduire les «marges artistiques» à un moment où les milieux concernés attendent au contraire leur augmentation. Qu on nous comprenne bien : en se situant dans une telle perspective, il ne s agit pas de céder aux charmes de la nostalgie ou de lancer un vibrant appel pour qu on revienne à un quelconque ge d or. Si, comme nous le pensons, le demi-siècle de politique culturelle qui s achève nous oblige à rompre avec l illusion qui était au fondement du projet de démocratisation, le défi à relever pour tous ceux qui n ont pas abandonné toute ambition en matière d élargissement de la demande peut se formuler ainsi : quelles révisions faut-il opérer pour continuer à faire vivre l idéal d égalité qui fondait le modèle de la démocratisation, tout en tenant compte des profondes mutations intervenues depuis le début des années 60 tant au plan économique, politique, social que des conditions de production et de diffusion de la culture? Ou pour dire les choses plus directement : quelles sont les principales inflexions ou ruptures que réclame un rééquilibrage de la politique culturelle en faveur des questions relatives à la demande? Je propose d apporter quelques brefs éléments de réponse personnels à cette interrogation, en évoquant successivement les trois principaux leviers susceptibles de faire évoluer les conditions de production du désir de culture : l éducation artistique et culturelle, la politique des établissements culturels en direction des publics et la «culture à domicile». En finir «vraiment» avec la démocratisation D abord, sans succomber aux charmes du paradoxe, on est tenté de penser que l abandon du terme de «démocratisation» constitue aujourd hui une des premières conditions pour mener une politique plus efficace en matière d accès à l art et à la culture. Renoncer à ce terme qui a trop servi permettrait d abord d éviter les amalgames et les confusions coupables : l augmentation de la fréquentation des équipements, la conquête de nouveaux publics et la fidélisation des publics en place par exemple ne sont pas des objectifs équivalents ou complémentaires, mais différents ; ils demandent par conséquent à être explicitement distingués et réclament la mise en œuvre de stratégies spécifiques. Abandonner le terme de démocratisation au profit d objectifs plus précis peut par conséquent aider à séparer les finalités relatives à l offre culturelle et celles relatives au public. Cela permettrait de déchirer l épais écran de fumée qui trop souvent recouvre les objectifs réellement poursuivis et empêche une réelle évaluation des actions menées. Cela serait aussi une manière d admettre non seulement le caractère formel du principe d égalité au fondement du projet de Alice Paillereau Mémoire Master II,

115 démocratisation mais aussi le fait que la politique d offre qui est menée peut produire des effets d aubaine contraires au principe d équité. Le temps n est-il pas venu de tirer les enseignements du constat répété, enquête après enquête, que les citoyens ne sont pas tous égaux devant l art et que la politique culturelle, si on se fie au profil socio-démographique des publics qui en profitent le plus, relève plutôt d une redistribution à rebours? Dès lors, pourquoi ne pas admettre que la diversification des publics de la culture passe nécessairement par des actions soigneusement ciblées et pleinement assumées comme telles [6], puisque chacun sait bien que chercher à «convertir» les personnes les moins portées vers l art exige plus de temps, d énergie et de pouvoir de conviction et par conséquent réclame plus de moyens? Toutefois, la clarification sémantique que permettrait un usage raisonné des termes de fidélisation, de diversification et d élargissement des publics à la place de celui de démocratisation risque d être insuffisante, si elle ne s accompagne pas d une profonde remise en cause de toutes les représentations qui tendent à survaloriser le pouvoir des œuvres et des artistes. Beaucoup d acteurs de la vie culturelle continuent en effet à croire en la capacité "naturelle" d attraction des œuvres et/ou des artistes, ce qui est toujours une manière de méconnaître les mécanismes réels à travers lesquels naît le désir de culture, et restent de ce fait convaincus que les personnes auxquelles ils s adressent sont prêtes à adhérer aux modèles qu ils leur proposent : à leurs yeux, le désir de culture est toujours là, présent bien que muet, tapi derrière les «mauvaises habitudes» (la télévision, la routine ou les mentalités qui - on le sait - évoluent toujours lentement ) ou contenu par des contraintes matérielles (le prix, l éloignement de l offre, etc...) qu il suffirait de lever pour que la «révélation» opère. Personne n a en réalité totalement rompu avec le modèle initial de l action culturelle, et l hostilité manifestée à l égard de ceux ou celles qui s y sont risqués [7] en dit long sur les résistances idéologiques qui empêchent aujourd hui encore de s affranchir des illusions qui étaient au fondement du projet de démocratisation. Il suffit d analyser les discours autour des expériences de résidence d artistes ou d interventions en milieu scolaire pour se rendre compte que le mythe de la révélation perdure, même s il prend désormais des formes plus diffuses qu au temps de Malraux. Bien entendu, il n est pas question de nier que le désir de culture puisse naître de l émotion surgie à l occasion d une rencontre avec un artiste ou une œuvre, ou de contester l existence de ces expériences «miraculeuses» qu aiment rapporter les professionnels de la culture : un élève immigré de milieu défavorisé devenu grand lecteur après avoir découvert la littérature à la bibliothèque, un jeune apprenti ébloui par la peinture classique lors d une visite scolaire, etc. Il s agit simplement de rappeler que de tels cas de conversion à l amour de l art demeurent statistiquement peu fréquents car liées à des trajectoires personnelles particulières ou à des circonstances exceptionnelles, et qu il est par conséquent difficile d imaginer qu on puisse les généraliser, même en faisant l hypothèse que tous les artistes sont soucieux de faire partager leur expérience, et dotés de surcroît des qualités humaines ou pédagogiques pour le faire. L observation des faits oblige à faire le deuil du mythe de la révélation et à reconnaître que le désir de culture comme le plaisir éprouvé au contact des œuvres, loin d être spontanés Alice Paillereau Mémoire Master II,

116 et universels, font souvent partie du legs hérité de son milieu familial : l un comme l autre renvoient, sauf exception, aux conditions de socialisation des personnes concernées et à leur environnement social immédiat. Admettre cette vision des choses conduit évidemment à voir dans l éducation artistique et culturelle le seul véritable levier de transformation des conditions de production du «désir» de culture et à déplorer la place trop modeste que lui accorde en France le système scolaire. On sait que cette question figure en bonne place dans l agenda politique depuis les années 80 : plusieurs plans nationaux se sont succédés sans que les moyens nécessaires à leur mise en œuvre soient toujours dégagés, en partie pour des raisons liées à l histoire tumultueuse des relations entre les ministères de la culture et de l éducation nationale. Notre propos n est pas ici de revenir sur cette question, mais juste de souligner qu à nos yeux l objectif d une telle politique, loin de se limiter à la seule promotion de l offre proposée par les institutions culturelles dans une perspective de formation des «spectateurs de demain» ou à la stimulation du potentiel créatif des enfants et adolescents, doit concerner l ensemble de la production culturelle d hier et d aujourd hui, dans toute sa diversité. Comment l éducation artistique et culturelle pourrait-elle aujourd hui esquiver les débats sur le statut désormais incertain de l œuvre d art et sur la pluralisation des instances de légitimation en restant prisonnière d une conception de la culture limitée aux seules grandes œuvres de l art et de l esprit, définie en opposition par rapport aux produits culturels marchands [8]? Et surtout comment pourrait-elle faire l impasse sur le rôle que jouent dans notre société les «usines du rêve» pour parler comme Malraux? Loin de nous l idée de contester la nécessité de transmettre les références nécessaires à la compréhension des œuvres de la culture classique à des jeunes générations de moins en moins armés pour les «lire» en raison du recul concomitant des humanités dans les programmes scolaires et de la religion dans l éducation familiale ; loin de nous aussi l idée de nier que la création contemporaine, plus que tout autre forme d expression, appelle un travail d explicitation et de sensibilisation préalable pour être appréciée comme oeuvre, qu il s agisse d arts plastiques, de musique, de théâtre ou de danse. Il est en effet plus que jamais indispensable que les politiques éducatives intègrent ces dimensions, mais à condition de les inscrire dans le contexte qui est le nôtre aujourd hui, à savoir celui d une société dominée par les médias et les industries de la distraction où le statut symbolique des œuvres et des produits culturels est devenu plus incertain. Qui aujourd hui en effet peut prétendre ne pas ressentir un certain embarras au moment de définir ce qu est une œuvre d art ou un produit culturel? La logique interne de l art contemporain qui pousse à s interroger sans cesse sur la frontière entre art et non art, la tendance au métissage artistique observée dans plusieurs formes de spectacle vivant (danse contemporaine et hip hop, nouveau cirque ), la programmation de plus en plus éclectique des lieux de spectacle, la patrimonialisation d objets ou de lieux considérés auparavant comme ordinaires, l accentuation du caractère évènementiel de la politique culturelle, etc., tout cela rend particulièrement redoutable l exercice consistant à définir les contours du monde de l art ou à situer les genres artistiques les uns par rapport aux autres à l aune des critères qui, il a encore quelques décennies, servaient à distinguer les arts majeurs des arts mineurs. Et ceci d autant plus que cela fait maintenant longtemps que se développent au sein de l espace domestique de nouveaux rapports à l art et à la culture. Avec la diversification de l offre télévisuelle et l arrivée d internet, il est devenu absurde de réduire la Alice Paillereau Mémoire Master II,

117 culture médiatique aux émissions les plus populaires des grandes chaînes hertziennes et aux grands succès de l industrie du divertissement. En réalité, les contenus des médias et des industries culturelles constituent aujourd hui une source essentielle d informations, de connaissances et de modèles référentiels qui participent activement à la représentation de la réalité : les livres, les films, mais aussi les chansons de variétés, les séries télévisées, les émissions de télé-réalité, les blogs, etc. alimentent en permanence une sorte de supermarché mondialisé des biens symboliques, où les adolescents puisent des manières d être et de paraître, mais aussi des éléments de discours qui les aident à exprimer ce qu ils pensent, ce qu ils ressentent ou ce dont ils rêvent ; en un mot, la profusion de produits culturels permise par la diversification de l offre et des moyens de diffusion - des chaines de télévision généralistes aux sites internet les plus «personnalisés» - constitue une source permanente de ressources identitaires que les adolescents utilisent de manière privilégiée pour signifier leur appartenance à des groupes de pairs, tout en revendiquant leur statut d individu singulier et en se vivant comme tel. C est pourquoi l éducation culturelle a un rôle décisif à jouer dans ce que M. Gauchet appelle la formation de l individualité [9] : dans une société de l hyper-choix où le formatage des préférences opéré par la publicité va croissant à mesure que celle-ci participe de plus en plus directement à la diffusion des produits culturels et dans un contexte médiatique où la circulation des informations et des marqueurs identitaires est toujours plus rapide, il est devenu essentiel de doter chacun des ressources permettant de maîtriser les flux d images, de sons et de textes, de donner sens à l ensemble des phénomènes culturels en les inscrivant dans une perspective historique, et au final d exprimer ses préférences culturelles «en connaissance de cause». Faire de l éducation artistique et culturelle une priorité de la politique culturelle ne doit pas toutefois être une habile tactique pour décharger les établissements culturels de toute responsabilité en matière de formation et de diversification des publics, et se dérober devant la question des moyens effectifs qu ils mobilisent pour atteindre les publics qui ne constituent pas leur cible «naturelle». En effet, un rééquilibrage de la politique culturelle en faveur de la demande passe aussi nécessairement par une attention plus soutenue dans les établissements culturels aux questions relatives à la diffusion des œuvres et la mise en œuvre d une «véritable» politique de développement des publics. Maîtriser les outils du marketing au service d une diversification des publics La mise en œuvre d une telle politique, qui dépasserait les déclarations d intention et les expériences ponctuelles sans lendemain, constitue à l évidence un défi de taille. En effet, combien de lieux de spectacle vivant ou de musées [10] ne disposent d aucune structure en charge des publics ou, quand elles en ont une, considèrent leur activité comme un simple volet de l activité de communication, confondant «relations publiques» avec «relations avec le public»? Quelle est la proportion d établissements culturels disposant d un personnel qualifié capable non pas de «faire du marketing» mais d utiliser efficacement les outils du marketing au service des missions figurant à leur cahier des charges? Par exemple, pour s en tenir à des considérations très opérationnelles, combien d entre eux tirent pleinement profit Alice Paillereau Mémoire Master II,

118 des potentialités offertes en matière de connaissance des publics par les logiciels de vente de billets ou de gestion des abonnements? Réintroduire avec force la problématique du public dans le jeu de la subvention sans tomber dans les facilités du discours sur la démocratisation commence par une meilleure connaissance des usagers des équipements, de leur profil, de leurs comportements et de leurs attentes, mais aussi de ceux qui ont cessé de venir (les abandonnistes) et ceux qui ne sont jamais venus (le «non public»). La nécessité de «connaître ses publics» est depuis longtemps déjà une figure rhétorique obligée pour la plupart des responsables culturels, mais dans bon nombre de domaines, notamment celui du spectacle vivant, les intentions sont loin de se traduire toujours en actes. Certains dénoncent la production de chiffres comme une capitulation devant la logique de l audimat qui mettrait en avant les préférences du «grand public» pour mieux étouffer le pouvoir des programmateurs ou entraver la liberté des créateurs, sans toujours échapper d ailleurs à la peur de la démocratie finement dénoncée par J. Rancière [11] ; d autres continuent à parler du public de leur établissement au singulier, comme d une entité abstraite, ou parlent des publics au pluriel à travers des catégories idéologiques et/ou administratives (les jeunes, le grand public,...) sans interroger leur pertinence dans le contexte qui est le leur ; d autres enfin se risquent sur le terrain des enquêtes mais comme à regret, avec des préventions qui ne tiennent pas seulement au caractère souvent littéraire de leur formation, évoquant tantôt le risque que les résultats soient répétitifs, routiniers, bref qu ils n apportent rien qu on ne sache déjà, tantôt le risque qu ils révèlent ce qu il est préférable de taire pour ne pas fournir d armes à ses adversaires (réels, potentiels ou imaginaires...). Au final, rares sont ceux qui se donnent les moyens de développer une réelle approche par la demande en recrutant des professionnels compétents, maîtrisant sans tabou mais sans fascination les outils du marketing, et en dégageant des budgets suffisants pour mener à bien des études «scientifiquement correctes» sur les problématiques qu ils auraient eux-mêmes définies en fonction de l offre qu ils proposent et du contexte social dans lequel celle-ci s inscrit. De même que sont peu nombreux ceux qui surmontent les préventions anciennes des milieux culturels à l égard de toutes mesures visant à soutenir la demande on pense notamment aux chèques culture toujours suspectées de préparer plus ou moins directement un désengagement des pouvoirs publics au niveau de l aide à la création. Et pourtant, la description de la réalité constitue un passage obligé avant la définition des actions à mettre en place pour tenter de la modifier : les études sont là pour aider à poser un diagnostic et engager une réflexion sur les objectifs à poursuivre et bien entendu sur les stratégies les plus appropriées pour les atteindre. S agit-il de fidéliser les publics en place? d élargir le cercle des amateurs en cherchant à attirer les personnes dont les propriétés sociales les portent à venir? de rechercher une diversification en partant à la conquête de nouveaux publics?... On sait qu une fois les objectifs définis, la palette des registres d intervention dont dispose tout responsable soucieux de faire évoluer le profil du public de son établissement est particulièrement riche : choix des horaires, politique tarifaire, politique de communication, conditions de réservation et d accueil, actions de sensibilisation auprès de populations-cible Tout le travail d un service en charge du développement des publics Alice Paillereau Mémoire Master II,

119 consiste précisément à maîtriser l ensemble de la chaîne des décisions qui pèsent sur la réception de l offre et à rechercher la combinaison optimale en jouant sur les différents leviers possibles. Bien entendu, il n existe pas de recette miracle : aucune mesure ne peut prétendre transformer radicalement les conditions générales de production du désir de culture, mais toute action entreprise en matière de communication, toute modification de la politique tarifaire ou des conditions d accueil, etc.. peut contribuer à faire bouger les lignes, toute initiative peut rapprocher de l objectif poursuivi mais... aussi générer des effets d aubaine qui éloignent de cet objectif [12]. La fonction première de la médiation culturelle est de permettre au plus grand nombre de s approprier les œuvres mais aussi de veiller à toutes les dimensions, autres que la qualité de l offre artistique ou culturelle en elle-même, qui concourent à la satisfaction des usagers : facilité d accès, convivialité du lieu, qualité de l accueil, diversité des services offerts, etc... Or, en France plus qu ailleurs, la sacralisation des œuvres et des artistes a souvent conduit à considérer les personnes assurant cette fonction plus comme des intercesseurs ou des serviteurs à leur service que comme des prestataires de services (publics). N oublions jamais que les expériences esthétiques sont aussi toujours des activités sociales, comme le souligne judicieusement D. Pasquier quand elle rappelle que «la sortie à l opéra est parfois moins une relation aux œuvres qu une relation aux autres» [13]. Le plaisir éprouvé à la confrontation des œuvres est en effet souvent un plaisir partagé, inscrit dans la sociabilité amicale ou familiale et souvent nourri du sentiment d être attendu. Comme en amour, le désir peut naître dans le domaine culturel du désir de l autre, et nombreux sont les moyens qui peuvent alimenter ce désir tant au plan de l aménagement de l espace que de l attitude des personnels en charge de la médiation. Certaines grandes institutions ont pris la mesure de cette question et assument désormais sans état d me une démarche marketing dans la perspective d augmenter le volume de fréquentation mais aussi d améliorer la qualité des services offerts aux usagers. C est le cas notamment de l Opéra de Paris qui a mis en place depuis plusieurs années un «programme qualité» [14]. Mais, l existence de telles expériences dans quelques lieux emblématiques ou dans certains musées ou médiathèques récemment crées ne doit pas abuser. En réalité, que de chemin à parcourir dans ce domaine pour la plupart des établissements culturels! Au risque de se faire traiter de populiste et de se montrer injuste à l égard des thé tres, musées, médiathèques, etc. qui mobilisent d importants moyens pour apparaître comme des lieux ouverts et chaleureux, il faut bien reconnaître - c est une litote de le dire qu il existe encore une marge de progression en matière d accessibilité, de communication ou de convivialité... Nous ne nous prêterons pas au jeu facile qui consisterait à recenser tout ce qui, trop souvent, fait apparaître les établissements culturels comme des lieux intimidants ou peu accueillants pour des non initiés, et pourtant... Faut-il rappeler le contenu de certains supports de communication pour se persuader que les discours des milieux culturels sont parfois clos sur eux-mêmes, ou se faire ethnologue pour décrire dans le détail le catalogue des codes, tics de langage et diverses postures qui peuvent fonctionner comme autant de machines à exclure pour ceux qui ne font pas partie du "milieu"? Alice Paillereau Mémoire Master II,

120 Ces brèves remarques sur la nécessité de développer dans les établissements culturels une politique de développement des publics ne doit pas faire oublier que depuis longtemps déjà, la rencontre avec les œuvres, petites et grandes, ne passe plus systématiquement par eux. C est pourquoi la question des inégalités d accès ne peut plus, comme au temps des maisons de la culture, être posée seulement dans une perspective d aménagement du territoire, surtout depuis que la progression spectaculaire d internet a profondément transformé les conditions de diffusion des oeuvres. Développer un service public de «culture à domicile» Le mouvement continu d équipement des ménages en appareils audiovisuels - depuis l arrivée de la télévision jusqu à l internet haut débit fait qu aujourd hui, la plupart de nos pratiques et consommations culturelles se déroulent au sein de l espace domestique. La politique culturelle peine à prendre en compte cette réalité car elle a toujours été pensée presque exclusivement par rapport aux équipements culturels : depuis la création des premiers musées nationaux jusqu à la politique des années 80 en passant par la décentralisation thé trale, l objectif a toujours été, quelle que soit la conception de la culture ou les options retenues, de travailler à l extension d un espace public de la culture défini par une double opposition : d un côté par rapport au domaine du privé/commercial (la culture comme lieu préservé des lois du marché et des intérêts économiques) et de l autre par rapport au domaine du privé/intime (les spectateurs ou visiteurs des lieux culturels comme citoyens «sans identité», simples éléments du peuple rassemblé). Les changements de ces dernières décennies ont rendu largement caduque cette vision des choses. D une part parce que nous l avons évoqué à propos des mutations survenues dans les années 80 les frontières entre le public et le privé/commercial se sont largement estompées du fait de l essor des industries culturelles mais aussi du caractère de plus en plus évènementiel de la vie culturelle (festivals, expositions,...) et de la «marchandisation» relative des établissements culturels, notamment dans le domaine patrimonial avec le développement des produits dérivés. D autre part, parce que les frontières entre le public et le privé/intime se sont trouvées, elles aussi, singulièrement brouillées avec l évolution des programmes des différents médias on pense notamment au succès des émissions de libre antenne à la radio ou de télé-réalité [15] et bien entendu à l essor de la blogosphère ces dernières années. La montée en puissance de la «culture à domicile» liée à l équipement des ménages et au développement du numérique a entraîné un déplacement du centre de gravité des enjeux artistiques et culturels en transformant radicalement les conditions de production, de conservation, de diffusion et d appropriation des œuvres. Elle a aussi par voie de conséquence déplacé le centre de gravité de la politique culturelle en l obligeant à intervenir sur des dynamiques de développement très largement dominées par la logique du marché et sur des comportements relevant pour l essentiel de la sphère domestique. La brutalité des mutations en cours ajouté au fait que celles-ci avaient été peu anticipées par les milieux culturels peut expliquer le caractère essentiellement défensif du discours ministériel, notamment dans les premières réactions face à la diffusion des pratiques de partage de fichiers ; mais aujourd hui Alice Paillereau Mémoire Master II,

121 l évidence s impose à tous : l ère du numérique dans laquelle nous venons d entrer ouvre pour la politique culturelle un nouveau champ d intervention considérable, au moins aussi important que celui ouvert par Malraux à la création du ministère des affaires culturelles. Côté offre, le défi consiste à créer les conditions d un service public de qualité en mobilisant d importants moyens mais au fond sont-ils plus importants que ceux qui ont permis ces dernières décennies de mener à bien la politique de Grands Travaux? pour la numérisation des fonds patrimoniaux, qu il s agisse de bases de données, d imprimés, de films, de monuments ou d archives audiovisuelles. A cet égard, le succès rencontré par le site «archives pour tous» récemment crée par l INA est riche d enseignements car il montre qu à l évidence une forte demande sociale existe du côté de ce qu il est convenu d appeler le «grand public», ce qui incite à ne pas concevoir les projets actuellement en cours ou à venir pour les seuls milieux de professionnels et d amateurs éclairés. Côté demande, le défi consiste, comme toujours, à veiller à ce que les richesses culturelles numérisées soient accessibles à tous car, même si la fracture numérique a eu tendance à se réduire ces deux dernières années, les écarts d équipement entre milieux sociaux demeurent importants. En effet, le développement de la «culture à domicile» reste essentiellement gouverné par la logique du cumul : de même que les amateurs d Arte ou des émissions culturelles à la radio ou la télévision sont souvent des habitués des théâtres et des musées, les internautes amateurs de sites culturels fréquentent plus les équipements que la moyenne [16]. De ce fait, le développement de la «culture à domicile» a jusqu à présent surtout permis aux personnes ayant un intérêt pour l art et la culture de diversifier leur univers culturel en cumulant les modes d accès. Ceci ne veut pas dire que rien n a changé, au contraire. On a bien vu ces dernières années que le développement des pratiques d échange de musique ou de vidéos sur internet a eu des effets sur les comportements en matière d achat de disques ou de fréquentation de concert, même s il convient de faire preuve d une grande prudence dans ce domaine, en évitant notamment de raisonner en termes de simple substitution [17]. En réalité, l essor de la «culture à domicile» a déjà commencé à modifier en profondeur les pratiques culturelles «traditionnelles», et tout indique que ce mouvement ira en s amplifiant à mesure que les générations ayant grandi avec elle avanceront en âge : on ne regarde pas un film en salle de la même façon quand on a l habitude de les regarder chez soi, on ne lit pas un livre de la même façon quand bon nombre d actes de lecture ont pour support les écrans, on n entretient pas la même relation aux œuvres et au savoir à l heure du copier/coller. Aussi est-il difficile de ne pas penser que la diffusion de cette «culture à domicile» encore largement en devenir va entraîner à moyen terme de profondes modifications des modes d appropriation des contenus et des hiérarchies culturelles [18]. Et comment imaginer que le fait que la «culture à domicile» apparaisse de plus en plus fréquemment comme libre d accès, soit parce qu elle est financée par la publicité soit parce qu elle fait l objet d un paiement en amont ou en aval, puisse rester sans effet sur le consentement à payer des jeunes générations dans le domaine culturel? Par ailleurs, l essor de cette «culture à domicile» ramène à la question des équipements culturels. En effet, le numérique et les moyens de communication d aujourd hui (et plus Alice Paillereau Mémoire Master II,

122 encore de demain) offrent aux établissements la possibilité d enrichir considérablement leur offre en proposant une palette diversifiée de services «à distance», et donc de toucher de nouveaux publics au delà des cercles de leurs habitués, tout en engageant avec eux un dialogue permanent et interactif. Cette nouvelle donne contribue par conséquent à décentrer la question des publics en l étendant à celle de l ensemble des usagers, qu ils viennent en personne ou non dans l établissement, obligeant à considérer les équipements culturels d un regard neuf : les bibliothèques, les musées mais aussi les lieux de spectacle vivant, s ils restent bien entendu les lieux privilégiés de la confrontation directe aux œuvres et aux artistes, sont aussi de plus en plus appelés à devenir des centres de ressources et des prestataires de services à distance, surtout bien entendu quand ils disposent de richesses susceptibles d être numérisées. Au final, il apparaît qu une politique qui ne renoncerait à lutter contre la logique du cumul qui fait que spontanément «la culture va à la culture» devrait se fixer (au moins) trois objectifs au demeurant parfaitement complémentaires : inscrire durablement l éducation artistique et culturelle dans les politiques éducatives, doter les établissements culturels des moyens nécessaires à une politique ambitieuse de développement des publics, produire un service public de «culture à domicile» en direction du plus grand nombre. Autant de chantiers considérables qui, pour être menés à bien, réclament enthousiasme et volontarisme, comme aux premiers temps de l aménagement culturel du territoire. Cessons donc de nous croire modernes en présentant la «question du public» comme ringarde, historiquement dépassée, et affrontons ce qui reste un véritable défi près d un demi-siècle après la naissance du ministère des affaires culturelles : mettre en œuvre une «vraie» politique de la demande pour sortir la politique de soutien à l offre de l impasse dans laquelle elle se trouve aujourd hui. ~ Alice Paillereau Mémoire Master II,

123 Alice Paillereau Mémoire Master II,

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