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1 N 1, 2008

2 Tous droits réservés à l Université Mohammed V - Agdal, Rabat Dépôt légal n 2008/0006 MB Arts Editeur: Université Mohammed V-Agdal, Rabat

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5 Prospectives Universitaires, n 1, 2008 Sommaire Hafid BOUTALEB JOUTEI, Editorial 9 Education et formation Hafid BOUTALEB JOUTEI, Quel système d enseignement pour la formation des cadres compétents? Lahcen OULHAJ, Adéquation entre l Enseignement Secondaire et l Enseignement Supérieur : le cas de la Faculté de Droit Nouzha BOUAMOUD & Saaïd AMZAZI, Bioéthique : Enseigner la Conscience de la Science Abderrazzak ELMEZIANE, De l Opportunité de l application de l Approche Pédagogique par Compétence dans les établissements universitaires à vocation professionnelle : cas des Ecoles Supérieure de Technologie Fatima BOUZENIRH, English Studies and the Spirit of Dialogue at the Time of the Reform Nadia BOUQALLAL, Les Filières Professionnelles en Sciences Humaines et Sociales:Présentation d une Licence Professionnelle de Médiation Culturelle Problématiques de la recherche scientifique Tijani BOUNAHMIDI, Valorisation des résultats de la recherche à l Université Mohammed V-Agdal : approche d une stratégie Mohamed BERRIANE, Les Sciences Humaines à l Université marocaine entre recherche fondamentale et engagement dans l effort de développement, le cas de la Géographie Mohammed KENBIB, A propos de l histoire contemporaine du Maroc. La croisée des chemins? Mohamed FENNANE, Les recherches floristiques au Maroc : Passé riche, présent difficile et avenir incertain Ressources humaines Jilali MIKRAM, Quelques éléments de réflexion sur la profession et le statut des enseignants chercheurs 119 Gestion administrative Siham HAJJI, Management universitaire à l épreuve de la réforme 127

6 Evaluation Jamal Eddine EL HANI, L évaluation des filières: le cas de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat ( ) Saaïd AMZAZI & Nouzha BOUAMOUD, Réforme de l Enseignement Supérieur: L expérience de la Faculté des Sciences de Rabat ( ) Abdelali KAAOUACHI, Les classements internationaux des universités: Quels enjeux pour l université marocaine? L université et son environnement national et international Wail BENJELLOUN, The Knowledge-Based Economy: Challenges for the Moroccan University Lahsen AIT BRAHIM, La gestion des catastrophes naturelles au Maroc (rôles de l Université Mohammed V-Agdal et perspectives) Naïma HAMOUMI, Les Sciences de la Mer : Un outil stratégique incontournable pour le développement durable au Maroc Mustapha LAMIRI, La société et la recherche scientifique Mohamed MOUNA, Le Muséum National d Histoire Naturelle de l Institut Scientifique : fonctions et rôle dans l environnement régional, national et international Oumama AOUAD LAHRECH, Quel rôle pour la Diplomatie Académique? Article de spécialités Mahfoud ZIYAD, Place de la Catalyse Hétérogène dans la Chimie 243

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9 Prospectives Universitaires, n 1, 2008 Editorial L évolution rapide des sociétés à travers le monde, soutenue par une économie mondialisée axée sur des technologies de plus en plus sophistiquées, nécessite, pour leur mise en œuvre efficace, des ressources humaines hautement qualifiées, capables d assurer aux entreprises qui les emploient un niveau de compétitivité internationale, à même de leur permettre de garantir une part de marché suffisante pour pérenniser leurs activités et par là, contribuer à une création de richesse durable vecteur d un bien-être économique et social des populations. Ce contexte socio-économique qui se traduit par une demande sociale vis-à-vis des systèmes d enseignement supérieur, en général, et des universités publiques, en particulier, exige de ces dernières à revoir leur rôle classique qui consistait à développer et diffuser le savoir pour le savoir, en prenant en considération les besoins de la société en formation et en recherche susceptibles de produire un impact positif sur son développement socio-économique et culturel. Cette demande sociale de plus en plus pressante a amené un grand nombre de pays à travers le monde à mettre en place des réformes de leurs systèmes d enseignement supérieur. Même si le contenu pédagogique des réformes entreprises varie légèrement d un pays à l autre, les principales caractéristiques de ces dernières sont communes et sont dictées par le contexte décrit ci-dessus. Au Maroc, la loi portant organisation de l enseignement supérieur ambitionne de faire de l université marocaine la locomotive de développement du pays. C est la réponse du législateur à la demande sociale. Pour permettre à l université d assurer ce rôle, la loi a revu de manière radicale sa configuration organisationnelle. D un système facultaire où l université est composée d établissements (facultés, écoles et instituts) dotés d une relative autonomie pédagogique, administrative et financière, elle devient une entité sous forme d établissement public doté de la personnalité morale et de l autonomie administrative, financière, pédagogique, scientifique et culturelle. L objectif recherché étant un meilleur pilotage basé sur une vision et une stratégie globales susceptibles de permettre l optimisation des performances de l université en tant qu entité. L Université Mohammed V-Agdal, comme les autres universités marocaines, a œuvré depuis 2001 à la mise en application de cette ambitieuse réforme qui, en plus de la transition structurelle et organisationnelle précitée, vise une refonte complète du système pédagogique et de recherche ainsi que la mise en place de structures susceptibles de lui permettre de réaliser les nouvelles missions qui lui sont attribuées par la nouvelle loi. La mise en place de la réforme a nécessité beaucoup de débat au sein de commissions spécifiques au niveau national et à l échelle de chacune des universités. Elle a concerné tous les aspects de la vie de l université : la gouvernance, la pédagogie et la recherche ainsi que la valorisation de cette dernière. C est dans ce cadre que nous avons lancé l idée de la publication de la présente revue qui se veut être un forum de discussion et d échange de points de vues sur tout ce qui 9

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20 Hafid BOUTALEB JOUTEI les pays du Sud et à un moment où les firmes privées des pays riches qui sont, de loin, la source principale de technologie destinée à la production industrielle dans les PVD, ont tendance à considérer le transfert de technologie comme un substitut de l innovation et un moyen d allonger le cycle de vie des technologies qui ont atteint un degré élevé de maturité voire d obsolescence. Il est aujourd hui établi que le contrôle quasi total exercé par une poignée de firmes privées sur les innovations de produit ou de processus leur permet de programmer la durée de vie de ces innovations, en fonction de leur coût, des marchés susceptibles de les absorber et des profits qu elles permettent de dégager. A ce propos, certains auteurs parlent "d obsolescence programmée de la technologie." Dans un tel contexte, il s'avère urgent de repenser la relation université/ entreprise en liaison avec le problème du transfert de technologie. Il est vital de développer les relations en aval de la recherche, de favoriser l'interface entre la recherche scientifique fondamentale et le développement technologique, de promouvoir les conditions d'une revalorisation de la recherche et d'une meilleure diffusion de ses résultats. Les relations des universités avec le monde de l'entreprise sont plus développées avec les grandes entreprises qu'avec le tissu des PME. L'effort doit porter sur ces dernières dans le sens de l'incitation systématique à l'innovation, notamment par une meilleure diffusion, auprès d'elles, des résultats de la recherche. Il est aujourd'hui admis que les TIC sont au centre de profondes mutations organisationnelles des systèmes économiques et sociaux : elles en redéfinissent les frontières spatiales et temporelles, la manière de produire, d'apprendre et d'échanger. D'un autre côté, les TIC sont à l'origine d'une formidable extension de la dimension immatérielle de la production (industrie du logiciel, informatique, multimédia, Internet, téléphonie mobile ) qui est à l'origine de ce que certains appellent déjà "la fracture numérique". Une fracture qui risque d'accélérer l'exclusion des économies périphériques des grandes évolutions en cours, et partant, leur marginalisation des effets structurants de la mondialisation à l'œuvre. La réduction de cette fracture est tributaire de l'aptitude des pays en voie de développement à participer à l'offre mondiale et à tirer profit des opportunités qu'offre la recomposition de la géographie industrielle des TIC. Un autre défi pour les PVD : leurs systèmes d'enseignement supérieur se voient sommés de rénover leur démarche et leurs modes de fonctionnement. Plusieurs grands principes ou règles d or doivent guider cette nouvelle démarche : l ouverture, la diversification, la contractualisation, etc (voir paragraphe 2). La mise en œuvre de ces grands principes peut constituer le viatique à une amélioration des prestations de l'université car elle instillera entre universités une certaine dose de compétitivité. Ce repositionnement de l'université doit se traduire par une rénovation des modes de fonctionnement de l'université au double niveau pédagogique et administratif. 20

21 Quel système d enseignement pour la formation des cadres compétents? 3.1. Rénovation des processus pédagogiques et de recherche Il va falloir passer d'une situation où le rôle de l'enseignant était central à une autre situation où c est le travail d'équipe qui prime et qui fera de plus en plus appel à des personnels et des compétences extra-universitaires. L'enseignant-chercheur qui était hier "un auteur- compositeur- interprète" devient un "scénariste- réalisateur" et accompagnateur de formations centrées non plus sur l'enseignant lui-même mais sur l étudiant ou l apprenant. Les processus de recherche sont également appelés à de profondes mutations grâce à l'introduction des outils de modélisation et de calcul pour les sciences exactes ou encore à la prolifération des bases de données pour les sciences humaines Modification des pratiques administratives L'utilisation des TIC permet la mise en place de bases d'informations sur la scolarité, le budget, le patrimoine et les personnels et ne manquera pas de se traduire par l'émergence de nouveaux modes de travail (workflow, par exemple) et d une nouvelle répartition des pouvoirs dans l'université. La multiplicité des circuits d'information et la mise en réseaux des compétences permettront aux présidents d'universités et aux responsables d'établissements de se consacrer à des fonctions stratégiques et prospectives Perspectives du système de l enseignement supérieur Les mutations que connaît l économie mondiale et leur impact sur les rouages des économies nationales placent nos universités devant un double défi : elles doivent, d abord, contribuer à la modernisation sociale et ce, en s appliquant à la formation d un nouveau profil de citoyen conscient de ses responsabilités vis-à-vis de sa société et son environnement, ouvert sur le monde, sur le progrès scientifique, sur toutes les avancées de l humanité et imprégné des valeurs universelles de démocratie et de droits de l homme. Un citoyen interactif, préparé aux métiers du futur, alliant savoir, savoir-faire et savoir-être ; elles doivent, en second lieu, s impliquer davantage dans le développement économique, scientifique et technologique du pays par la contribution à la mise à niveau de son tissu économique, par la valorisation de ses avantages concurrentiels et par une recherche permanente de l insertion optimale dans une économie mondialisée certes, mais dans laquelle la concurrence et la lutte entre nations pour les parts de marché restent un leitmotiv incontournable. La réalisation de ces objectifs passe par la rénovation de l'université et son aptitude à concilier, dans un même mouvement, souplesse, réactivité, lisibilité, cohérence et maintien de son identité. Cependant, les impératifs d une croissance endogène auront tendance à accroître son rôle au niveau du développement régional et ce, par une extension de ses misions en tant 21

22 Hafid BOUTALEB JOUTEI que vecteur de transfert des connaissances entre chercheurs et acteurs socioéconomiques d une part, et en tant que détenteur d un ensemble de ressources intra et extra-universitaires comme les bibliothèques ou les pôles scientifiques, d autre part. Les universités se trouvent dès lors au centre du cercle vertueux du développement économique parce qu elles sont reconnues par les étudiants, les entreprises et les pouvoirs publics comme un instrument régional et international de croissance. Les étudiants attendent un enseignement s appuyant sur les connaissances nouvelles produites par la recherche. Il en est de même des adultes qui s inscrivent dans des programmes de formation continue. Cela implique l utilisation intensive des NTIC et donc des investissements financiers et humains importants. Les entreprises attendent de l université qu elle leur fournisse les compétences immédiatement rentables mais également qu elle adapte ses diplômes à long terme et qu elle s investisse dans la recherche fondamentale et l application de ses découvertes aux fins de la recherche et développement (R&D). Les pouvoirs publics insistent sur la qualité du capital humain en tant que facteur décisif du développement académique, social et culturel. La satisfaction de la demande de ces trois acteurs implique de : i) faire de la recherche la priorité des priorités tant au plan financier qu aux plans des politiques publiques mises en œuvre et de la gestion universitaire confrontée de plus en plus à des changements majeurs dans les conditions de travail des chercheurs ; ii) mettre en place une politique active de coopération entre universités et constituer des réseaux de recherche dans le but de rendre plus rapide les échanges et transferts des résultats de la recherche ; iii) moderniser et faire évoluer l organisation de l université. Les évolutions posent le problème de la transformation de la gestion, de la gouvernance et du statut des universités. Elles peuvent déboucher sur une déstabilisation des établissements d enseignement supérieur désormais soumis à deux logiques : la logique du "capitalisme académique" : elle touche la structure de la gouvernance et de la gestion des universités confrontées à la concurrence pour les recherches de fonds extérieurs qui assurent une part centrale de leur financement. C est le cas de certaines universités en Australie, au Royaume-Uni et aux USA qui, du fait de la compétition, se voient contraintes de refaçonner tout le travail des facultés et l enseignement universitaire lui-même. Les membres de cet enseignement, de plus en plus indépendants, sont des "capitalistes" des entrepreneurs au sein du secteur public, dont on juge la performance et qui considèrent comme naturel d obtenir des privilèges liés aux financements récoltés; la logique du service public : elle suppose que les autorités de tutelle agissent et permettent aux universités, par leur financement, de mener à bien leur mission de service public avec l équité que suppose une telle mission. Dans les deux cas, les partenaires externes attendent des modifications externes et des changements de nature organisationnelle dans le fonctionnement interne des institutions universitaires. Les autorités publiques doivent accompagner cette ouverture de l université vers le monde de l entreprise. L exemple canadien mérite d être médité : la politique fédérale canadienne accorde d importantes subventions de recherche à des 22

23 Quel système d enseignement pour la formation des cadres compétents? groupes, de préférence inter-universitaires, en les obligeant à travailler en concertation avec des entreprises privées. 4. L université publique comme Etablissement Public Scientifique Culturel et Professionnel (EPSCP) 4.1. Vers des EPSCP de la performance sur le plan gouvernance La nouvelle réforme de l enseignement supérieur marocain a permis l initiation d une mutation profonde de la conception et de la gouvernance de ce secteur public dont les opérateurs sont principalement les universités avec leur nouveau statut d établissement public doté de la personnalité morale et de l autonomie administrative, financière, pédagogique, scientifique et culturelle. Cependant, le législateur marocain n a pas distingué entre l établissement public à caractère commercial et/ou industriel et l établissement public scientifique, culturel et professionnel. Cette confusion des genres entraîne de graves dysfonctionnements surtout au niveau de la gestion administrative et financière. "Le passage de l état actuel à celui d EPSCP ou établissement public à contrôle d accompagnement est une véritable mutation d un système de moyens sans feedback et sans évaluation à un système avec feedback, évaluable, et reposant sur le triptyque objectifsmoyens-résultats avec pilotage à travers des indicateurs de performance" Exigences et enjeux de cette mutation sur le plan de la gouvernance Aujourd hui, des objectifs sont assignés aux universités, sans qu elles disposent des moyens nécessaires. La mutation implique effectivement, de façon incontestable, de nouvelles responsabilités pour les universités et de relatives libertés dans la mesure où pour un service public, essentiellement assuré grâce aux ressources de l Etat, une totale liberté des établissements n est pas concevable. Toutefois, il paraît nécessaire de donner aux universités une plus grande maîtrise des moyens, en vue d une meilleure efficience et d une qualité accrue du service public. Pour que la mise en œuvre de ce passage soit réussie, la mutation et ses enjeux doivent être compris à tous les niveaux du service public: Etat, dirigeants, personnels et usagers des universités. Cette dimension collective de la mutation devra s accompagner d une évolution des mentalités des acteurs, ce qui pourra nécessiter des actions de formation massives. Toutefois, le chantier global est pluriannuel: la construction des indicateurs ou, encore la transformation des pratiques et mentalités nécessiteront du temps Adopter un contrôle intelligent sur le plan de la gouvernance Il serait intéressant d explorer quelques pistes en matière de gestion financière et comptable des universités. L absence du statut des enseignants-chercheurs, administratifs et personnel technique relevant des universités pose un grand problème de maîtrise des ressources humaines. Il est grand temps de réformer leur statut, selon les dispositions de 23

24 Hafid BOUTALEB JOUTEI la loi 01-00, tout en évitant l usage de terminologie qui fâche et en s ouvrant sur les partenaires sociaux. En effet, il serait bénéfique que les universités disposent d une meilleure maîtrise des ressources humaines, recrutement, promotion et l utilisation de la contractualisation. De même, la gestion du patrimoine immobilier et de la maintenance doit être soutenue. L état de cette gestion influe le niveau de performance des établissements, et les indicateurs devront en prendre compte. D autre part, il sera nécessaire de simplifier les procédures administratives et financières en accompagnement des nouvelles charges qui incomberont aux services administratifs et financiers. Le contrôle d accompagnement mené les ministères de tutelle, en particulier celui des finances, semble ainsi constituer un réel instrument de progrès pour le fonctionnement des structures comptables. De même, la gestion des emplois devra évoluer, notamment en ce qui concerne les procédures et les délais de recrutement et de transformation des postes budgétaires. Pour que les établissements publics soient éligibles par le ministère des finances en contrôle d accompagnement, il faut remplir les conditions suivantes : avoir une politique claire de gestion des ressources humaines, disposer d un système d information intégré, tenir une comptabilité analytique qui fait état des immobilisations des recettes propres etc, en plus d un système d indicateurs de performance. L absence du statut personnel des universités risque de devenir une entrave à l application du contrôle d accompagnement et donc un handicap pour le développement des universités Vers des EPSCP de la performance Il est impératif que la conception, le contenu et le mode d'enseignement des programmes soient régulièrement adaptés aux besoins de la société et aux exigences du développement et qu'ils tiennent compte des innovations et des évolutions de chaque discipline, afin de créer des relations plus solides, en termes de planification et de stratégie, entre l'université et le monde du travail. Cette dynamique mènera indubitablement à de nouveaux partenariats publics - privés dont pourraient profiter les universités en matière de gouvernance et de financement. En conclusion générale, la mise en œuvre du passage à l EPSCP pour l université marocaine doit s inscrire dans un ensemble vertueux. La confiance accordée aux universités par l Etat est le premier point de cet ensemble. Cette condition n est pas encore totalement satisfaite dans la plupart des pays en voie de développement. La confiance permettra d accroître l autonomie des universités, condition de leur meilleure efficience. Cette autonomie sous-tend une politique d engagement. Cette politique nous permettra d accomplir des progrès dans notre culture de la performance et de la qualité. Ces progrès renforceront alors la confiance de l Etat. 24

25 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Adéquation entre l Enseignement Secondaire et l Enseignement Supérieur : le cas de la Faculté de Droit Lahcen OULHAJ* Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales, Université Mohammed V - Agdal, Rabat KLºU p «w ª U Ë NU w «πu±fw ô Ë w «Iu Ë«FKu «ôæ BUœ W Ë«b Od. Ë w «b «ßU w ØKOW «Iu. Ë ªKh «LIU W c p v {dë b«à F W KFKu «ô LU OW w «FKOr «U uí «Q OKw, F W º IDV e «Ø Od«±s «ö±oc COd r «LGd OW Ë«b «ßU w ØKOW «Iu, OY Ê «AF W «DU OW w «UØU u U Ë w «FKu «πd OW ô ö  ±l «b «ßU «πu±fow «w ª U U KV «U±KOs «πbœ K UØU u U Os cá «LIU W ±s îö «LFDOU «dßlow Ê MU br ±ö ±W Os FV «UØU u U ±Kªh L Université marocaine (moderne), qui est relativement jeune puisque ses premiers centres n ont été créés par les autorités du Protectorat qu au cours des années vingt du siècle dernier et puisqu elle ne remonte en tant qu université qu à 1959, a parfaitement rempli la première mission qui lui a été assignée, savoir la formation des cadres du nouvel Etat indépendant. Cette université a en effet formé durant son premier quart de siècle d existence la majorité des diplômés qui encadrent les institutions sociales, politiques, économiques, culturelles, éducatives et judiciaires du pays. Durant cette période relativement courte, l Etat a assuré, sans le moindre problème, l absorption de tous ces nombreux cadres. Cependant, l Etat qui s était fortement endetté dut en 1983 se résoudre à appliquer un programme d ajustement structurel qui visait, entre autre, le rétablissement des équilibres financiers. Cela ne pouvait se faire sans réduire les dépenses publiques. C est ainsi qu il a cessé de recruter pour faire apparaître, pour la première fois au Maroc, le chômage des jeunes diplômés. Le privé peinait à prendre la relève. C est comme cela que s est posé le problème de l adéquation entre l enseignement supérieur et les besoins en encadrement des entreprises. Evidemment, l université ne doit pas former des chômeurs. Mais, sa vocation n est pas de former exclusivement pour l entreprise. Elle doit, au-delà de cette mission utilitariste, dispenser du savoir pour le savoir. Elle a la mission première de former des citoyens * Professeur des sciences économiques, Doyen de la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales, Université Mohammed V - Agdal, Rabat. 25

26 Lahcen OULHAJ autonomes, tolérants et démocrates. Des citoyens doués de créativité et porteurs des nobles valeurs universelles. Bien entendu, si ces bons citoyens sont en plus utiles pour l entreprise et pour sa croissance, ce sera l idéal. D ailleurs, la formation pour les besoins de l économie est à un double titre problématique. Primo, ces besoins évoluent rapidement et toute planification de la formation fondée sur les besoins présents ne pourra jamais atteindre l adéquation souhaitée. Secundo, quand on est dans un pays en développement comme le Maroc, on est en droit de se demander laquelle des deux, de l économie ou de la formation, doit mener et diriger l autre. Ne doit-on pas former pour une économie plus avancée aux besoins difficiles à définir au lieu de vouloir former pour satisfaire les besoins présents, lesquels sont ceux d une économie en retard? Cette problématique de l adéquation entre la formation supérieure et l emploi est importante pour le Maroc et a déjà fait l objet d abondantes études. Dans ce qui suit, nous voulons considérer une autre problématique d adéquation qui n a pas reçu l intérêt qu elle mérite. Il s agit de l adéquation entre l enseignement d avant le baccalauréat, plus particulièrement le secondaire qualifiant et l enseignement supérieur. Une comparaison rapide des effectifs des différentes séries de l enseignement secondaire et de la répartition des étudiants par champ disciplinaire universitaire dégage une inadéquation relativement importante au Maroc entre la série du baccalauréat obtenu et le champ disciplinaire choisi à l université. En effet, la répartition des nouveaux bacheliers de l enseignement public se présente en 2006 comme suit : - Enseignement général : 90.56% - Lettres Modernes : 38% - Sciences Expérimentales : 47.07% - Sciences Mathématiques A et B : 4.1% - Enseignement Originel : 2% - Technique Commerciale : 5.22% - Technique Industrielle : 2.25% Les chiffres ci-dessus indiquent que le baccalauréat Sciences Expérimentales est dominant et qu il concerne pratiquement la moitié des nouveaux bacheliers. Les sciences expérimentales et les mathématiques dépassent légèrement la moitié des baccalauréats obtenus. Les lettres modernes occupent le deuxième rang. L enseignement technique (commercial et industriel) ne représente que 7.5%. Considérons maintenant la répartition des nouveaux inscrits par champ disciplinaire ou par type d établissement de l enseignement supérieur (en ) : - Enseignement Originel : 1% 26

27 Adéquation entre l Enseignement Secondaire et l Enseignement Supérieur - Sciences Juridiques, Economiques et Sociales : 40% - Lettres et Sciences Humaines : 31.4% - Sciences et Sciences et Techniques : 23% - Médecine, Pharmacie et Médecine dentaire : 1.35% - Sciences de l ingénieur : 0.4% - Commerce et Gestion : 1% - Technologie : 2.27% Ce qui frappe au vu de ces chiffres, c est la prédominance de la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales. Ce champ disciplinaire (SJES et Commerce et Gestion) attire à lui seul 41% des nouveaux inscrits dans l enseignement public. Lorsque nous considérons la correspondance entre la série du baccalauréat et le champ disciplinaire où s inscrit le nouveau bachelier, nous pouvons retenir ce qui suit : - Les bacheliers de l enseignement originel s inscrivent dans l enseignement originel ; - Les bacheliers des lettres modernes s inscrivent en majorité à la faculté des lettres et des sciences humaines. Il en reste une fraction qui s inscrit en droit ; - Les bacheliers scientifiques (51.17%) s inscrivent dans les facultés des sciences, des sciences et techniques, de médecine et de pharmacie, de médecine dentaire et aux écoles d ingénieurs (27%). Il en reste donc une grande partie ( soit 24.15%) ; - Les bacheliers de technique commerciale (5.22%) s inscrivent en sciences économiques et gestion, à l ISCAE et à l ENCG. Leur nombre est cependant très inférieur à celui des nouveaux inscrits dans ce champ disciplinaire. La première conclusion qui se dégage de ce qui précède est que c est le bachelier sciences expérimentales qui reste disponible pour s inscrire en sciences économiques et gestion. En effet, aujourd hui, la majorité des étudiants de cette filière sont titulaires de cette série de baccalauréat. La question est de savoir si ce type de baccalauréat est adapté à ce champ disciplinaire? Nous ne le pensons pas. C est que le bachelier sciences expérimentales passe au lycée beaucoup de temps à apprendre les mathématiques qui ne servent pas toujours en sciences économiques, les sciences physiques qui peuvent être utiles pour le citoyen mais pas pour l économiste et les sciences naturelles (géologie et biologie) dont on peut dire la même chose. Il faut aussi noter que le niveau de langue française de ce bachelier est très en deçà du niveau requis pour les études d économie et gestion. Une deuxième conclusion à souligner est que le baccalauréat de lettres qui fournit le gros des inscrits en droit n est pas particulièrement adapté à ces études. En effet, cette série du baccalauréat ne donne pas une initiation au droit et à l étude des problèmes de société que le droit traite et régule. Il faut ajouter à cela que les professeurs de droit se plaignent du niveau linguistique insuffisant de leurs étudiants. L introduction dans le 27

28 Lahcen OULHAJ nouveau régime des études universitaires de modules de langues et de communication n a pas porté les fruits escomptés. S il faut terminer ce papier par former un vœu pour une meilleure adéquation entre l enseignement secondaire et la formation assurée aux facultés des sciences juridiques, économiques et sociales, il faut espérer qu une grande série de baccalauréat de sciences sociales soit créée au secondaire qualifiant. La structure de cette série pourrait être un tiers d enseignements de langues, un tiers d enseignements de sciences et techniques (mathématiques, statistiques et informatique) et un tiers de sciences humaines et sociales (philosophie, histoire-géographie, initiation au droit, à la gestion, à l économie et aux sciences sociales en général). Au niveau de la dernière année du baccalauréat, on pourrait même concevoir deux options séparées, une option de droit et une option d économie et gestion. Cette série du baccalauréat devrait être développée de manière à drainer un grand nombre d élèves lycéens. En conclusion, un enseignement secondaire qualifiant organisé à l image de l université en trois grandes séries de baccalauréat (série de sciences, série de langues et de lettres et série de sciences sociales) avec un tiers des effectifs des élèves pour chacune des séries serait à mon sens une grande réalisation sur la voie d une meilleure préparation des lycéens à l enseignement supérieur, préalable à l adéquation souhaitée entre les formations universitaires et les besoins de la société et de l économie marocaines. Le développement de l enseignement des sciences sociales au secondaire doit refléter l énorme poids de l enseignement économique et commercial supérieur, lequel poids ne fait que traduire la tertiarisation presque universelle des économies à laquelle l économie marocaine n échappe guère. Les étudiants et les diplômés de l université ne s y trompent pas. Ils sont nombreux à choisir ce type d études supérieures et, quand ils sont diplômés d un autre champ disciplinaire, ils n hésitent pas à compléter leur formation dans les différentes écoles supérieures privées d économie et de gestion. Ils ne s y trompent pas, car c est cela qui leur permet de trouver un emploi et, même quand ils en ont un, ils aspirent à découvrir leurs droits et à mieux comprendre comment fonctionnent l économie, la société et les institutions marocaines. 28

29 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Bioéthique : Enseigner la Conscience de la Science Nouzha BOUAMOUD* Faculté des Sciences, Université Mohammed V - Agdal, Rabat Saaïd AMZAZI** Faculté des Sciences, Université Mohammed V - Agdal, Rabat Abstract In a world subjected to exponential increases in knowledge and in scientific and technical advances, Bioethics, once considered a sub-discipline of philosophy and theology, has today become a source of laws and regulations that serve as the major safeguard for humanity against ever increasing possibilities for abuse resulting from progress in genetic engineering and biotechnology. Because they are essential for the future of man, the issues raised by Bioethics should not only be considered by specialists but must also become the concern of society as a whole and thus of the future citizens who are our students. That is why, with the support of international organisms, the teaching of Bioethics is becoming mandatory in scientific curricula around the world, and the Faculty of Science of Rabat has adopted this trend by preparing for a Bioethics module in its Life Science program. Introduction Dans un monde caractérisé par l explosion des connaissances et des avancées techniques et scientifiques, la bioéthique, jadis cantonnée à un statut de sous discipline de la philosophie et de la théologie, s impose aujourd hui, par le biais des lois et des réglementations qui en découlent, comme le principal garde fou destiné à prévenir l humanité contre les dérives de plus en plus inquiétantes des progrès en matière de génie génétique et de biotechnologies. Capitales pour l avenir de l humanité, les questions soulevées par la bioéthique ne doivent pas rester aux mains des seuls experts mais devenir l affaire de la société toute entière et donc des futurs citoyens que sont nos élèves. C est pourquoi l enseignement de la bioéthique est en passe de devenir obligatoire dans tout cursus scientifique à l échelle mondiale et la Faculté des Sciences de Rabat s aligne sur cette tendance vivement encouragée par les organismes internationaux en envisageant la mise en place d un module de Bioéthique destiné aux étudiants de la filière des Sciences de la Vie. * Laboratoire de Physiologie Animale, Département de Biologie - Faculté des Sciences - Université Mohammed V-Agdal, BP 1014 Avenue Ibn Batouta - Rabat, Maroc ; [email protected] ** Laboratoire de Biochimie-Immunologie Département de Biologie, Faculté des Sciences, Université Mohammed V-Agdal, BP 1014 Avenue Ibn Batouta, Rabat, Maroc ; [email protected] 29

30 Nouzha BOUAMOUD & Saaïd AMZAZI 1. Le vivant : nouveau filon en or de l économie mondiale Alerte rouge planétaire: le vivant s achète, le vivant se vend et le vivant rapporte! Tandis que les organismes internationaux et les gouvernements s échinent à élaborer des lois de Bioéthique et autres déclarations universelles, les couples stériles et nantis des pays riches affluent en Asie ou en Europe de l est pour y louer les services de mères porteuses poussées par la misère et les donneuses vendent leurs ovocytes sur le web avec des publicités dignes d une lessive machine De jeunes étudiantes américaines peuvent ainsi empocher jusqu à dollars pour subir une stimulation ovarienne à l issue de laquelle leurs ovules seront prélevés et fécondés puis destinés à des couples stériles, à tel point que des publicités du genre «Payez vos études grâce à vos ovules!!» fleurissent sur Internet 1... En outre, la «location» d un utérus aux USA coûterait environ dollars. Mieux encore : dans de nombreuses cliniques spécialisées officiellement dans l assistance médicale à la procréation (PMA), on peut choisir, en y mettant le prix, un donneur de sperme ou une donneuse d ovocytes sur catalogue en fonction de la couleur des yeux, de la taille, du Quotient Intellectuel (QI) ou encore de la religion. Les mêmes cliniques ne font ni plus ni moins qu encourager une dérive eugéniste manifeste en offrant la possibilité à un couple, pas forcément stérile (!!), de produire par la technique de la fécondation in vitro (FIV) plusieurs embryons puis de sélectionner parmi ceux-ci le futur enfant le plus conforme à leurs fantasmes parentaux 2. Cet enfant «serait», en outre, garanti comme indemne de toutes les maladies génétiques actuellement répertoriées (toujours grâce aux sacro-saints tests génétiques). Les embryons les moins chanceux étant de plus récupérables, voire monnayables (business oblige!), pour des expérimentations scientifiques souvent peu conformes. Concurrence, lois du marché, forfaits, marketing, brevetabilité sont les nouveaux maîtres mots des sciences biomédicales et le chant des sirènes est plus que tentant pour un scientifique en mal de reconnaissance ou de subventions. 2. Manipulation du vivant : les nouveaux pouvoirs de la Science Dolly, la première brebis clonée en Ecosse en 1996 a bien plus d un mérite. Car disons le clairement : il y a bel et bien un «avant Dolly» et un «après Dolly» dans l histoire de la bioéthique. Bien avant Dolly, les clonages pourtant parfaitement réussis de la grenouille (1962) et de la carpe (1963) furent annoncés dans l indifférence générale Mais les premières photos de Dolly, probablement considérée plus proche de l Homme en raison de son statut de mammifère, ont eu l effet d un tsunami qui a secoué les pouvoirs décisionnels à l échelle de la planète, pouvoirs jusque là plutôt frileux, voire sceptiques A peine quelques mois plus tard, l UNESCO publiait une «Déclaration universelle sur 1 SAUVE M.R. (2000). 2 TESTART J. (1994). 30

31 Bioéthique : Enseigner la Conscience de la Science le génome humain et les droits de l Homme» 3. A leur tour, les gouvernements convoquaient à la hâte spécialistes et hommes de lois pour tenter d imposer d urgence des garde- fous à une science devenue soudainement très inquiétante 4. Pendant ce temps, les tentatives de clonage humain vont bon train dans les laboratoires de pays «peu regardants» et chaque jour nous apporte son lot d Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) allant du poisson fluorescent au moustique anti-malaria. En outre, d autres annonces, dans des disciplines pourtant plus éloignées des biotechnologies, ont également achevé, si besoin est, de nous convaincre que le pire est devenu vraisemblable en matière de manipulation du vivant. Dans le très sérieux «New England Journal of Medicine» 5, des chercheurs évoquent, afin de pallier au manque accru de donneuses d ovocytes, une perspective hallucinante mais techniquement réalisable et par ailleurs déjà testée avec succès chez la souris : prélever sur des fœtus humains avortés des ovocytes afin de les féconder puis de les implanter dans l utérus de femmes stériles Force est de reconnaître l ingéniosité technique de la chose : le fœtus possède bien plus d ovocytes qu une femme adulte et leur prélèvement ne présente aucun danger contrairement à ce qu il en est chez la femme lors d une stimulation ovarienne classique. Mais qu en est-il des répercussions psychologiques sur les descendants lorsqu ils réaliseront que leur mère n est jamais née puisqu elle est un fœtus avorté? Depuis que les chercheurs ont compris que le code génétique était universel, c est-àdire identique aussi bien chez la baleine bleue que la tomate ou encore les bactéries, certains n ont pu s empêcher de jouer aux apprentis sorciers en faisant s exprimer des gènes animaux dans des organismes végétaux ou l inverse Ce processus, appelé transgénèse, a permis entre autre la production d OGM divers mais aussi la synthèse de nombreux médicaments par l exploitation de petites bactéries ouvrières qui ont généreusement écopé d un gène humain précieux aux industries pharmaceutiques. Actuellement, les exemples liés à l application de ce petit miracle technique qu est la transgenèse se multiplient allègrement sans aucun garde fou et laissent présager que le meilleur comme le pire peuvent encore surgir de ces bricolages génétiques contre nature: pomme de terre productrice du vaccin contre le choléra, vers à soie producteurs de collagène humain en passant par le porc qui a reçu un gène de l épinard pour améliorer la qualité de sa viande Et c est ainsi que pour la première fois dans l histoire de la vie sur terre, les gènes qui avaient déjà franchi la barrière de l espèce ignorent désormais les limites entre le monde animal et le monde végétal. «Jusqu où peut-on aller trop loin?» s interroge à juste titre Pierre Gaillard dans un article du Nouveau Courrier de l UNESCO Bioéthique : la demande doit-elle justifier l offre? Quelles que soient les innombrables inquiétudes que peuvent soulever à juste titre des 3 UNESCO (19 Octobre 2005). 4 Journal Officiel de la République Française (7 Août 2004). 5 SEIBEL M.M. (1994). 6 GAILLARD P. (2002). 31

32 Nouzha BOUAMOUD & Saaïd AMZAZI questions telles que les OGM ou le clonage, il nous faut garder à l esprit que la science innove avant tout, quoi qu en disent ses détracteurs, dans un but humanitaire et progressiste. La dangereuse mais bien réelle tendance à la «marchandisation» du vivant à laquelle nous assistons actuellement ne doit en aucun cas être l arbre qui cache la forêt. Les milliers de couples stériles devenus parents grâce aux spectaculaires progrès des techniques de procréation médicalement assistée (17791 naissances en France de 2002 à 2004, soit environ 2% des naissances ) 7, les criminels confondus grâce à leur ADN et les médicaments produits par génie génétique ne sont que quelques exemples parmi tant d autres qui devraient nous conforter sur le fait que la recherche œuvre avant tout pour le bien de l Homme. Cependant, les découvertes scientifiques ont vite fait de se transformer en véritables bombes à retardement lorsqu elles sont détournées de leur contexte initial ou exploitées à des fins purement mercantiles. Un des exemples les plus édifiants en la matière est le diagnostic préimplantatoire (DPI), initialement mis au point dans la noble intention d éviter à un couple à risque de mettre au monde un enfant atteint d une maladie génétique grave grâce à une sélection génétique des embryons au stade préimplantatoire. A l heure actuelle, 9% des DPI réalisés aux Etats-Unis l'ont été dans le seul but de choisir le sexe de l'enfant 8 et le recours au DPI pour fabriquer des «bébés médicaments», bien qu encore très controversé, vient d être autorisé par les parlements en Grande-Bretagne puis en France. Le rôle de la bioéthique, si l on devait le résumer en une seule phrase inspirée des écrits de Jacques TESTART, éminent spécialiste en la matière, serait d évaluer les limites entre «le techniquement faisable et l éthiquement acceptable» 9. La bioéthique doit veiller à ce que tout progrès de la biologie ou de la médecine aille dans le sens de la sauvegarde de la dignité humaine et préserve l inviolabilité et l intégrité du corps humain de sa conception à sa mort. Elle doit conduire la réflexion aussi bien du scientifique qui innove que de l industriel qui exploite l innovation scientifique ou encore du juriste qui légifère pour encadrer l utilisation des nouvelles techniques scientifiques. 4. Enseignement : pas de Science sans Bioéthique «Touche pas à mon ADN!». Voilà le nouveau slogan que l on devrait afficher lors des prochaines campagnes pour les droits de l Homme Car disons le franchement, la biologie, noble discipline vouée à l origine à l étude du vivant, est en passe d être phagocytée par des enjeux économiques peu attachés à la dignité humaine et susceptibles de donner le vertige à qui toutefois peut en saisir la portée! C est là qu apparaît la faille de la quasi totalité des systèmes éducatifs actuels : un juge, un homme politique ou tout autre citoyen ont ils reçu une formation qui leur permette de comprendre les enjeux du clonage ou d estimer à quel moment un embryon peut être considéré comme un être vivant à part entière? 7 NAU J.-Y. (03/02/07). 8 BARUCH S. (2007). 9 TESTART J. (1999). 32

33 Bioéthique : Enseigner la Conscience de la Science Allons plus loin encore : combien d étudiants en sciences savent à l heure actuelle qu une femme peut porter l enfant d un homme décédé depuis plusieurs années ou que deux frères jumeaux conçus au même instant peuvent naître à cinq ou six ans d intervalles et être portés par deux mères différentes? Combien d entre eux ont entendu parler de disciplines naissantes liées aux récents progrès scientifiques telles que «la procréatique» ou «la moléculture»? Combien de programmes scolaires ou universitaires ont inclu dans leurs enseignements une sensibilisation aux problèmes éthiques engendrés par les progrès des biotechnologies et de la génétique? Par ailleurs, la bioéthique, réflexion essentielle et légitime du citoyen sur des avancées technologiques qui s enchaînent à une vitesse vertigineuse, est souvent ressentie comme une censure par les scientifiques et les médecins. C est pourquoi l Université, en tant que sanctuaire incontesté de la recherche scientifique, mais aussi en tant que structure sociale capitale, constitue inéluctablement le médiateur idéal entre un citoyen pour lequel la science est devenue source d angoisse et un scientifique légitimement assoiffé d innovation. Consciente de l importance de l instauration d un enseignement de base de l éthique dans tous les programmes de formation scientifique, l UNESCO annonçait déjà en 1999 dans sa conférence mondiale sur l usage des connaissances scientifiques «La responsabilité sociale des scientifiques exige qu ils respectent des normes très rigoureuses de qualité et d intégrité scientifique, diffusent leurs connaissances et en fassent part au public, et forment les jeunes générations. Il conviendrait que les pouvoirs publics respectent cette action des scientifiques. Les programmes d enseignement des sciences devraient inclure l éthique scientifique, ainsi qu'une formation sur l'histoire, la philosophie et l'impact culturel de la science» 10. Depuis, la COMEST, principal organe consultatif en éthique des sciences de l UNESCO, se consacre à tenter de relever ce défi 11. Le résultat a été le rapport intitulé «L enseignement de l éthique» 12 émis en 2003 qui établit neuf recommandations encourageant les universités et autres établissements d enseignement supérieur à promouvoir des cours d éthique et des doctorats en sciences et éthique, et demandant instamment à l UNESCO et aux autres organisations internationales, dont la Banque mondiale, de financer l enseignement de l éthique dans les pays en développement. De nombreux pays, tels que le Canada, les USA, la Norvège, la France, la Chine et le Mexique ont instauré l enseignement de la bioéthique à différents niveaux et les formations spécialisées en bioéthique se multiplient à travers le monde : Licences, Masters, Doctorats C est dans cet esprit qu au Maroc, le Département de Biologie de la Faculté des Sciences de Rabat a soumis une demande d accréditation dans le cadre de la filière Licence Sciences de la Vie d un programme d enseignement de Bioéthique destiné aux étudiants en 10 UNESCO (1er Juillet 1999). 11 Commission Mondiale d'ethique des Connaissances Scientifiques et des Technologies (COMEST) (2005). 12 COMEST( 2003). 33

34 Nouzha BOUAMOUD & Saaïd AMZAZI sixième semestre. Cet enseignement, s il est accrédité, impliquera des enseignants de génétique, de reproduction, de neurosciences, d immunologie et de biologie moléculaire mais aussi des médecins et des spécialistes du droit de la santé. Il comprendra des cours magistraux et des conférences traitant de l impact social et environnemental des grandes avancées scientifiques, ainsi que des principaux problèmes éthiques soulevés par certaines pratiques médicales. Ce programme prévoit également des séances de travaux dirigés pendant lesquelles les étudiants seront amenés à élaborer une réflexion éthique personnelle sur une thématique scientifique d actualité. Dans un avenir proche, l équipe pédagogique en charge de l application de ce programme envisage de promouvoir également l information sur la bioéthique auprès du grand public par l organisation de tables rondes ou de débats et auprès des institutions de l enseignement secondaire par l élaboration de présentations multimédia. Un programme de formation de base est également en cours de conception par cette équipe. Il sera destiné aux juristes, aux journalistes et autres catégories professionnelles intéressées. Notons au passage que les progrès fulgurants des biotechnologies et du génie génétique des dernières décennies ont eu raison peu à peu de l hégémonie pesante des médecins en matière de bioéthique. Cette discipline a en effet très largement débordé du cadre des rapports médecin-patient ou de l accompagnement de fin de vie et soulève aujourd hui des problèmes liés à l agriculture et à l environnement (OGM), à la justice et à la criminalité et à la société à tous ses nivaux (discrimination à l embauche ou dans les assurances, tests ADN de paternité en vente libre, recherche sur les embryons, clonage etc.). 5. Société : informer à tout prix La bioéthique est l affaire de tous. Du chercheur, du médecin, du juge, certes, mais aussi et surtout de la mère de famille, du malade, ou du consommateur. Posons la question autour de nous : ce que le commun des mortels sait du clonage ou des OGM, d où le tient-il? Réponse : des médias. Edifiant! A quoi servent les manuels scolaires? Peut-on espérer une implication constructive et cohérente des citoyens dans l élaboration des lois sur la bioéthique lorsque leur principale source d information reste très majoritairement les revues à grands titres et le journal télévisé, eux-mêmes gérés par des journalistes qui n ont reçu aucune formation scientifique adéquate? L information sur la bioéthique, au même titre que l éducation scolaire et universitaire à la bioéthique, constitue une urgence capitale pour l avenir de nos sociétés. Les spécialistes se doivent d œuvrer à communiquer de façon très dynamique et surtout très concrète sur la bioéthique à tous les niveaux de la société : tables rondes, émissions télévisées, conférences, articles, fascicules, reportages, programmes scolaires, programmes politiques 34

35 Bioéthique : Enseigner la Conscience de la Science 6. Lois : une inertie dangereuse Question : existe-t-il à l heure actuelle des lois au Maroc qui empêcheraient une femme de vendre ses ovocytes, de porter un enfant pour un couple, ou encore de subir une insémination avec le sperme de son mari défunt? Tout est dit! Ce pire qu on imagine n est qu à quelques années d aujourd hui quand on sait que la possibilité de concevoir un enfant diminue de jour en jour à travers le monde, chez les femmes en raison de leur souhait de grossesse à un âge de plus en plus avancé et chez les hommes qui perdent chaque année, en raison de facteurs environnementaux encore obscurs, plus de 2% de leurs spermatozoïdes 13 Malgré la bonne volonté de nombreux pays précurseurs en matière de lois sur la bioéthique tels que la France, force est de constater que le législateur s essouffle à essayer de rattraper une science qui avance trop vite et les lois sont facilement contournables, voire inexistantes, au delà des frontières Les trafics d organes et d embryons, les mères porteuses, les laboratoires clandestins spécialisées dans les expériences «interdites» constituent de nouveaux commerces politiquement très incorrects mais économiquement très lucratifs et aucun doute ne subsiste quant à leur avenir florissant à moins que des règles rigoureusement appliquées à l échelle internationale ne soient décidées d ici peu. Même la prestigieuse organisation de l UNESCO, pourtant très active en matière de Bioéthique, élabore annuellement de très nombreuses déclarations et recommandations à l échelle internationale mais ces dernières ne possèdent - et c est regrettable - aucun caractère contraignant. Au Maroc, à l instar de nombreux autres pays, le vide juridique en la matière pourrait dangereusement encourager le développement de certaines dérives à but mercantile telles que le trafic d organes, la vente d embryons surnuméraires congelés ou encore la location d utérus par des couples en mal d enfants. On peut toujours arguer, à juste titre d ailleurs, que la bioéthique n est pas une priorité pour un pays en voie de développement qui a surtout besoin d alphabétiser et de construire des hôpitaux. Certes, mais il s agit ici d élaborer des lois, des garde-fous, et de les faire appliquer, ce qui, reconnaissons-le, ne devrait en aucun cas peser sur les caisses de l état. Reste la bonne volonté Conclusion En guise de conclusion, un extrait du manifeste «Maîtriser la Science» paru dans le journal Le monde du 19 mars 1988 et signé notamment par Jacques Testart et Albert Jacquard, résume l essence même de la bioéthique : «Nous croyons que la lucidité doit primer sur l efficacité et la direction sur la vitesse. Nous croyons que la réflexion doit précéder le projet scientifique plutôt que de succéder à l innovation. Nous croyons que cette réflexion est de caractère philosophique avant d être technique et doit se mener dans la transdisciplinarité et l ouverture à tous les citoyens». 13 CARLSEN E. (1992), pp

36 Nouzha BOUAMOUD & Saaïd AMZAZI Bibliographie BARUCH S. (2007), Genetic testing of embryos: practices and perspectives of U.S. IVF Clinics in press in Fertility and Sterility. CARLSEN E. (1992), Evidence for decreasing quality of semen during past 50 years in British Medical Journal, 305, pp COMEST ( 2005), Actes de la quatrième session, Thaïlande. COMEST (2003), Rapport sur L enseignement de l éthique, Paris. GAILLARD P. (2002), La génétique en question : jusqu où peut-on aller trop loin?, Le Nouveau courrier (UNESCO), Journal officiel de la République Française (7 Août 2004), Lois relatives à la Bioéthique, Paris. NAU J.-Y. (03/02/07), Premier bilan exhaustif de l assistance médicale à la procréation en France, Le Monde, Paris. SAUVE M-R. (2000), L éthique et le fric, VLB éditeur, Montréal. SEIBEL M.M. (1994), Cadaveric ovary donation in the New England Journal of Medicine, vol 330. pp: 796. Boston. TESTART J. (1994), Le désir du gène, éd. Flammarion, Paris. TESTART J. (1999), Des Hommes Probables, éd. du Seuil, Paris. UNESCO (19 Octobre 2005), Déclaration Universelle sur la Bioéthique et les Droits de l Homme, Paris. UNESCO (1 er Juillet 1999), Déclaration sur la Science et l Utilisation du Savoir Scientifique, Paris. 36

37 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp De l opportunité de l Application de l Approche Pédagogique par Compétence dans les établissements universitaires à vocation professionnelle: cas des Ecoles Supérieures de Technologie Abderrazzak ELMEZIANE* Ecole Supérieure de Technologie, Université MohammedV-Agdal, Rabat «FKOU K JMu u OU, FKo «_±d U LIU W «d u W «Ld Je Kv «JHU U. Ho «πlol Kv «HAq «c l KLMEu±W «FKOLOW U LGd», c««haq ô º Mw U D l ±Kªh OU «FLq, Ë p døoeá Kv ±IU W d u W X b«nu U LRߺU «πu±fow Ë U ªBu ±MNU Kp «w LOe u t ±NMw w d«±πnu, ØLU u «AQÊ U Mº W KLb«- d Ob OU Lq «πu±fw v LJs ±s Du d FKOr «o Ë Í uœ U OW. UË «Lu{uŸ «U w «ù U W U Ao «U w ùåöõ «πu±fw c«, Ë«ªU d Ob - Fq «πu±fw «LGd OW ÆU d K MLOW «ôæ BUœ W Ë«ô LU OW, Ë p d {LUÊ b«±πnu ±l ± ODNU «ôæ BUœÍ Ë«ô LU w. «FKOr Ë u W Ë MOW. ËÆb bœ c««ùåöõ b Os ßUßOOs U Mº W K FKOr «FU w : ØUÊ Ê ±s «CdË Í «ô HU v c««lm v «ªDOd «cí Å X M uá «πu±fw «LGd OW, r «LUœ ÅöÕ c Í Ødßt «LO U «u Mw K d OW Ë«Ju s, q Ë r «U GUœ Øq Rô «πu±fw ßMu U Ij OFe Ë«ÅHu «FU KOs Ë OCDdË«LFU IW Kr «Nπd, ±l Øq ±U FMOt p ±s {OUŸ Kd ßLU «AdÍ «cí U t «öœ CLUÊ MLO NU. Q{ X ªdà Øq ßMW ô «A U» «c s ô u dëê Kv ØHU U KOU Ëô º MbËÊ v W u W. «πu±fw «w Ib ±JU NU ØLMU KFKr1, ËØIU d K MLOW «ôæ BUœ W Ë«ô LU OW, Introduction La création de l université Mohammed V, en 1957, a symbolisé la souveraineté du Maroc indépendant et sa ferme volonté de faire de l université marocaine un haut lieu du savoir et de l innovation au service du développement économique et social du pays. * Chef du département des Techniques de Management à l'ecole Supérieure de Technologie de Salé et enseignant-chercheur au sein de l'équipe de Recherche en Management Intégré du Laboratoire d'analyse des Systèmes de Traitement de l'information et du Management Intégré (LASTIMI). 1 ô u b W U±FW ±Gd OW {Ls «ªLºLQ U±FW _Ë v w «FU r. Ë «_œ v ±s p Ê «πu±fu «LGd OW ô q ßuÈ «Ld«V «u«æfw Os 03 Ë 04 {Ls «πu±fu «_ d IOW. c«omlu u b U±FW ±Bd W {Ls «ªLf ±UzW (005) ËØc«bœ u«ze u q «LLMu W KDK W Ë«_ d «d u W NcÁ «πu±fu «FU LOW «_Ë v ËØc p «AQÊ U Mº W _ l U±FU Mu» d IOW, MU Kv «d OV «FU Lw _ r «πu±fu «cí Iu t U uê ±s U±FW OUË u m MGUÍ Ë«cÍ d Je Kv b ±FU Od ±MNU bœ «LMAu «w Fi «Lπö «FKLOW 37

38 Abderrazzak ELMEZIANE Depuis, l enseignement supérieur marocain n a cessé de se développer, puisque les effectifs sont passés de 1523 étudiants (dont 1170 étrangers, français pour la quasitotalité) en à en Et tout indique que cet effectif triplera à la fin de la décennie en cours 2. Toutefois, cette massification de l enseignement supérieur s est accompagnée d une dégradation de la qualité, en témoigne la nette augmentation du pourcentage des diplômés de licence (après quatre ans d études) qui est passé de 2,4% en à 9,6% à la veille de la réforme du secteur ( ). Ce constat est lourd de conséquences puisque chaque année des milliers de jeunes quittent précocement les bancs de l université, souvent la première année. Exacerbés par le climat peu propice à l apprentissage qui y règne, même ceux d entre eux qui sortent du lot en réussissant le parcours semé d embûches, trouvent toutes les difficultés du monde à trouver des débouchés sur le marché de l emploi. Et fait inquiétant, le taux de chômage de ces diplômés est même devenu supérieur à la moyenne nationale. Il était donc grand temps de décréter une réforme en profondeur du système. C est ainsi que la Charte Nationale pour l Education et la Formation a vu le jour et a érigé l enseignement en priorité nationale pour la décennie qui court. Cette réforme a fixé deux priorités majeures pour l enseignement supérieur : - faire de l université marocaine une véritable locomotive du développement en assurant son ancrage dans son environnement socio-économique ; - rationaliser les moyens de son action, afin de lui permettre d initier un enseignement moderne et de qualité. Les développements qui suivent s articulent autour du second axe de cette réforme et ont pour ambition de présenter une approche pédagogique qui a prouvé son efficacité surtout dans les cursus universitaires à vocation professionnelle. Il s agit de l Approche Pédagogique par Compétence (APC). Nous tenterons, pour cela, de formuler une critique des approches traditionnelles centrées sur les contenus, avant d aborder le concept de compétence qui est le pilier de cette approche innovante. Il s agira, ensuite, d évoquer les fondements doctrinaux de cette approche, ses caractéristiques et ses apports, pour nous attarder, enfin, sur le processus de sa mise en place dans le contexte des Ecoles Supérieures de Technologie (EST) en nous inspirant du cas de l EST de Fès. 1. Approche critique de la pédagogie centrée sur le contenu La pédagogie axée sur le contenu consiste à morceler les connaissances et à les 2 Commission Spéciale Education Formation (1999). La charte prévoit un effectif de étudiants à l'horizon

39 De l opportunité de l Application de l Approche Pédagogique par Compétence «administrer» par petites doses espacées dans le temps. Au terme de l action éducative, il y a certes apprentissage de «choses» nouvelles, mais les apprenants ne savent souvent pas s en servir ou ne voient pas directement l utilité de ce qu ils ont appris. Les apprenants s entendent souvent dire «faites ce que l on vous dis! vous verrez plus tard à quoi cela vous servira». Mais, malheureusement, un savoir non utilisé est vite oublié. Il n en reste, avec le temps, que des souvenirs vagues et imprécis. Ce constat est, tristement, souligné par MUCCHIELLI qui fait remarquer que «dans toutes les écoles, lycées, collèges et universités, la situation pédagogique de base consiste à mettre en présence chronométrée, d une part, des émetteurs de connaissance et, d autre part, des récepteurs dont on teste de temps en temps le pouvoir d ingurgitation et de régurgitation» 3. Les connaissances acquises, selon cette approche pédagogique, ne sont pas mobilisables, car les apprenants n ont pas appris à les intégrer. PERRENOUD 4 évoque, à ce propos, un exemple significatif. Il précise qu il est bon, pour un étudiant d une branche scientifique, par exemple, de savoir ce qu est un virus, quelles sont les voies de contagion d une maladie virale? Mais quel est le sens de ce savoir, s interroge l auteur, s il ne permet que de répondre à des questions d examen ; alors que dans la vie celui qui réussit l examen imagine qu on peut attraper le «SIDA» en serrant la main ou en respirant l haleine d une personne séropositive? Il est, en effet, aberrant de constater que ceux qui ont réussi leurs examens dans telle ou telle discipline n arrivent pas à mobiliser les connaissances ainsi acquises pour, par exemple, prendre soin d eux-mêmes ou pour comprendre les enjeux socio-économiques et politiques qui les interpellent au quotidien. On convient à la nécessité d instaurer une pédagogie active centrée sur les compétences à acquérir, surtout dans le contexte particulier des formations universitaires professionnalisantes. 2. Concept de compétence et sa place dans les cursus universitaires La compétence peut être définie comme «la combinaison des connaissances, savoirfaire et comportements professionnels nécessaires pour faire face aux situations professionnelles évolutives» 5. Elle fait appel aux habiletés des individus beaucoup plus qu à ce qu ils ont comme connaissances théoriques. Elle est orientée vers l action et s entend aussi comme «l ensemble des habiletés et des comportements qui permettent d agir efficacement» 6. En réalité, le concept de compétence ne fait pas l unanimité. Il est même à l origine d une controverse à caractère idéologique lorsque la promotion des compétences paraît 3 MUCCHIELLI R. (1991). 4 PERRENOUD P. (1997) ; (1999). 5 FLÜK C. (2001). 6 LEVY-LEBOYER C.(2001). 39

40 Abderrazzak ELMEZIANE détourner l université de son essence au profit d une vision utilitariste du savoir cultivée par le néo-libéralisme. Ce constat peut être nuancé en faisant remarquer qu il existe trois catégories de formations universitaires : - formations universitaires clairement professionnelles (professions de santé, formations techniques ) - les formations à la recherche, certes, moins professionnalisantes, mais censées, tout de même, préparer à une pratique de recherche en laboratoire ou sur le terrain et donc exigent l installation de compétences chez les apprenants. - les formations moins clairement professionnalisantes qui sont censées cultiver une certaine conception de la culture et de l érudition et, en tant que telles, ne font apparemment pas (ou ne devront pas faire) bon ménage avec la notion de compétence. Mais, même dans ce contexte particulier, ne pas centrer ces formations sur les compétences reviendrait à cultiver une indifférence totale vis-à-vis de ce que feront les étudiants une fois leurs études achevées. Nonobstant la polémique autour de la compétence, il est clair que celle-ci est une fin en soi lorsqu il s agit de formations universitaires professionnalisantes, donc résolument orientées vers l action et favorables à l installation de compétences confirmées chez les apprenants. 3. Fondements de l APC Née au début des années soixante-dix aux USA, l APC est une démarche centrée sur l apprenant plutôt que sur le savoir 7. Elle se base sur la construction d un savoir individuel (constructivisme) ou même social (socioconstructivisme). C est une approche qui suppose que l on passe d une logique d enseignement à celle d entraînement (coaching), le professeur devient, dans ce contexte, un facilitateur. Contrairement à l approche traditionnelle, l APC est mobilisatrice des savoirs acquis (savoir, savoir-faire, savoir être et savoir percevoir). Ceci ne signifie nullement que l APC rompt avec le contenu des disciplines à enseigner. Elle s efforce, au contraire, à les mettre en œuvre pour faciliter leur intégration. Sur le plan théorique, l APC s inspire à la fois de la théorie constructiviste et de la théorie cognitive : 3.1. Apport de la théorie constructiviste à l APC La théorie constructiviste met l accent sur la nécessaire interaction entre le «sujet connaissant» et l environnement (conflit cognitif). Le processus d apprentissage se fait 7 TRAMBLAY L. et Alii (1990). 40

41 De l opportunité de l Application de l Approche Pédagogique par Compétence alors par étapes. Il y a d abord assimilation des données nouvelles, lesquelles viennent conforter d anciennes données en vue d une nouvelle réorganisation. Par conséquent, l acquisition du savoir est une pure construction de l esprit qui résulte de l interaction entre le sujet et le milieu. Par ailleurs, l assimilation serait d autant plus efficace qu elle se réalise dans un cadre socialisé (conflit sociocognitif), et c est justement ce que privilégie l APC en mettant l accent sur la nécessité du travail en groupe, la résolution des problèmes ou le travail par projets Apport de la théorie cognitiviste à l APC Selon cette théorie, l apprentissage est assimilable à un processus de traitement de l information qui doit passer par les étapes suivantes : - collecte de l information, - interprétation de l information, - inférence, - prise de décisions, - résolution des problèmes, - prise de conscience des démarches, - régulation. La mémoire, objet de stockage de l information, est divisée en mémoire à long terme et celle à court terme. La première emmagasine les informations de manière consciente et explicite ce qui favorise leur restitution au moment voulu. La seconde, au contraire, ne permet pas un tel rappel. Il y a par conséquent déperdition de l information. Selon cette théorie, plus on devient conscient de ce qu on a appris et la manière dont on l a appris, plus on a des chances d améliorer la qualité de l apprentissage en fixant les connaissances dans la mémoire à long terme. L APC s inspire de cette théorie en encourageant l apprentissage actif et en fixant les objectifs éducatifs à poursuivre. 4. L APC au service de la qualité Le monde académique s inspire de plus en plus des pratiques managériales modernes. C est ainsi que des concepts comme la compétence, la productivité, l excellence et la qualité sont de plus en plus d usage dans l université. La qualité est particulièrement appréciée lorsqu il s agit de valoriser une action de formation. Elle est devenue, pour ainsi dire, le gage de l excellence. Cette quête de la qualité est la consécration d une volonté internationale favorable à la qualification des systèmes éducatifs nationaux (OCDE, BIT, ONU, UNESCO, CEDEFOP ). 41

42 Abderrazzak ELMEZIANE Le Maroc n est pas en reste, puisque la charte nationale de l éducation et de la formation fait de la qualité son cheval de bataille, et stipule, à ce propos, que l université doit devenir un vivier qui «pourvoit l ensemble des secteurs en cadres compétents à même, non seulement, de s y intégrer professionnellement, mais aussi, d y améliorer les niveaux de productivité, de compétitivité et de qualité, afin de pouvoir rivaliser avec ceux des pays développés» 8. L APC peut contribuer à la réalisation de formations obéissant aux normes de la qualité dans le sens où elle identifie clairement des compétences normées ce qui en facilite l évaluation et le suivi sous forme de bilans de compétences. 5. Principes de l APC L APC repose sur cinq principes de base : - «le tout n est pas la somme des parties»; c est-à-dire que le mode d accumulation du savoir est intégratif et non pas cumulatif comme le suggèrent les approches pédagogiques traditionnelles, - «tout n a pas la même importance» ; cela veut dire qu il faut hiérarchiser le savoir de façon à se concentrer sur l essentiel en premier lieu, - «le droit à l erreur», car même le plus compétent est susceptible de commettre des erreurs, il faut pour cela tolérer une marge d erreur chez les apprenants, - «ce qui est significatif résiste mieux à l usure du temps» ; cela veut dire que le savoir doit être intelligible et explicite, car les connaissances qui ont un sens se stabilisent, ce qui exige la mise en place de situations d apprentissage, - «évaluer c est évoluer» ; c est-à-dire que l évaluation a pour but de dresser un état des lieux, mais aussi aide à prendre des décisions à l avenir de façon à permettre une meilleure intégration du savoir. 6. Atouts de l APC L APC présente de nombreux atouts. Nous en citons les principaux. C est une approche qui permet de répondre aux besoins du marché de l emploi en encourageant le partenariat avec les opérateurs socio-économiques et en assurant une formation de qualité selon des normes précises (relevé des compétences au lieu d un simple diplôme). C est aussi une approche qui permet une optimisation du rendement du système de formation, en mettant en œuvre des programmes pertinents, cohérents et pratiques, ce qui favorise l atteinte des objectifs de formation en la situant dans une perspective d éducation permanente et de formation continue tout en minimisant les perspectives d échec. 8 Cf. Commission Spéciale Education Formation (1999), la première partie de la Charte: Principes Fondamentaux. 42

43 De l opportunité de l Application de l Approche Pédagogique par Compétence C est une approche centrée sur l apprenant plus que sur les contenus, elle établit avec précision les compétences que l apprenant doit acquérir et se concentre sur le développement des habiletés (savoir-faire), l adoption de nouvelles attitudes et la manifestation de nouveaux comportements (savoir être et savoir percevoir). L APC favorise l intégration du savoir en facilitant la progression harmonieuse et individualisée d une compétence à l autre. C est ainsi que l apprenant est évalué en référence aux objectifs poursuivis et non pas par référence à un groupe. C est une démarche qui améliore l employabilité des apprenants et favorise leur mobilité professionnelle par l adoption d une formation polyvalente. Enfin, l APC permet une évaluation critériée en utilisant comme seuil de réussite les standards exigés par le marché de l emploi en matière de reconnaissance des compétences. 7. Mise en place de programmes de formation professionnelle inspirés de l APC Le processus de mise en place d un programme de formation professionnelle, inspiré de l APC, passe par quatre phases essentielles : - phase d étude et de planification, - phase de conception et de production, - phase d implantation, - phase d évaluation Phase d études et d évaluation Il s agit, au cours de cette phase, de réaliser des études sectorielles aboutissant à la réalisation d un recueil de données permettant de déterminer avec précision les besoins quantitatifs et qualitatifs de formation exprimés par le marché de travail pour un secteur d activité donné. Sur le plan pratique, cela se traduit par une recherche documentaire sur le secteur en question de façon à collecter le maximum d informations le concernant. Il s agit, ensuite, d élaborer un plan de développement de programmes de formation au service de ce secteur Phase de conception et de production des programmes Cette phase insiste sur l Analyse de la Situation du Travail (AST) qui se réalise en étroite collaboration avec les professionnels ayant une connaissance approfondie des emplois et métiers correspondant à la fonction de travail. Cette phase permet la réalisation d un référentiel des compétences (voir annexe) ou projets de formation conciliant à la fois l information recueillie au cours de l AST et les buts généraux de la formation souhaitée. 43

44 Abderrazzak ELMEZIANE La validation de ce référentiel, par les représentants du système de formation et ceux du monde de travail, débouche sur la production d un programme de formation qui doit être accompagné de trois documents pédagogiques : - le guide pédagogique qui fournit des indications pédagogiques relatives à la planification des stratégies d enseignement et des activités d apprentissage, - le guide dévaluation qui vise à développer les mécanismes et outils d évaluation permettant de s assurer de l atteinte des objectifs opérationnels fixés en terme de compétences, - le guide d organisation pédagogique et matérielle qui présente l infrastructure et les ressources nécessaires à l implantation de programmes de formation Phase d implantation du programme de formation Il s agit, d abord, de programmer cette implantation en réalisant un devis réunissant les conditions nécessaires à la réussite de cette action. Il est question, ensuite, de mettre en œuvre le programme de formation proprement dit en créant un climat favorable à l acquisition, par les apprenants, des compétences prévues au programme de formation. Cela passe, essentiellement, par l exercice de la fonction de travail dans le milieu de formation ou, mieux encore, par alternance avec le milieu de travail Phase de l évaluation du programme La qualité des activités de formation et leur concordance avec les exigences du milieu de travail sont vérifiées au cours de cette phase. Cela passe par l élaboration de grilles d évaluation du programme de formation, le suivi statistique du rendement interne de ce programme, des enquêtes de satisfaction auprès des lauréats du programme et des employeurs ainsi que par des consultations ponctuelles des personnes engagées dans la mise en œuvre du programme et ceux chargés de sa gestion. Cette phase devrait permettre une mise à jour de la formation et son amélioration pour qu elle puisse répondre constamment aux attentes du marché du travail. 8. Mise en place d un programme de formation selon l APC dans un établissement universitaire à vocation professionnelle: cas de l Ecole Supérieure de Technologie de Fès L EST de Fès a été pionnière en matière d implantation de l APC dans ses cursus de formation. Elle a procédé, dès l année 2000, à la mise en place d un programme de formation des techniciens supérieurs en maintenance industrielle selon cette approche. S inspirant de l esprit de cette démarche pédagogique, les concepteurs de ce programme ont respecté les quatre phases clés : phase d étude et de planification, phase de conception et de production, phase d implantation et phase d évaluation. 44

45 De l opportunité de l Application de l Approche Pédagogique par Compétence 8.1. Phase d étude et de planification Une enquête a été réalisée auprès d une vingtaine d entreprises relevant du secteur de la mécanique. L enquête a été menée sur la base d un questionnaire qui a couvert des aspects tel que la définition du champ d activité de la profession, le profil socioéconomique de ce champ, les caractéristiques de la main d œuvre qui y travaille, les perspectives d évolution du métier et le portrait de la formation à initier, ainsi que les attentes des entreprises relativement à cette formation Phase de conception et de production Au cours de cette phase, il a été question d un atelier d AST qui a vu la participation de 13 industriels, 6 professeurs observateurs, un professeur spécialiste de la profession, un rapporteur et un animateur. Au cours de cet atelier, les participants ont dressé une liste des principales définitions et caractéristiques de la profession et l ont validée. Il a été question, ensuite, de préciser les tâches, les opérations et les sous opérations. Ainsi, 8 tâches ont pu être dégagées des débats. Des tableaux des opérations et sous opérations ont pu aussi être confectionnés pour chacune des 8 tâches identifiées. Des tableaux récapitulatifs de l importance relative des 8 tâches spécifiées ont été élaborés par les participants en fonction du temps consacré à la tâche, du degré de sa difficulté et des effets sur les résultats attendus. De même, l analyse a permis de situer les conditions de réalisation et les critères de performance de chacune des 8 tâches précitées. A l issue de cet atelier, les résultats ont été consignés dans un rapport validé par les différents intervenants Phase d implantation Dix compétences générales et 14 compétences particulières ont pu être identifiées au cours de cette phase (voir annexe). Une table des correspondances pour chacune des compétences a été établie et un planning de la formation en terme de volume horaire et d organisation humaine et matérielle a été esquissé avec les spécialistes concernés Phase d évaluation Le programme étant à sa phase de mise en œuvre, son évaluation par les apprenants n a pas été possible. Aussi a-t-il fallu collecter les avis et les recommandations des professionnels vis-à-vis du projet de formation qui leur a été soumis sous forme de rapport, cela a permis d affiner les tables de correspondances et la matrice des compétences. 45

46 Abderrazzak ELMEZIANE Conclusion En dépit des atouts indéniables de l Approche Pédagogique par Compétences, celle-ci est suspectée d être une conception excessivement pointue et utilitaire. En mars 2005, des universitaires espagnoles ont publié un manifeste 9 dans lequel ils ont exprimé leurs préoccupations vis-à-vis de l instrumentalisation de l université à laquelle aboutit l adoption de cette approche «Taylorienne». Ils se disent «inquiets que, sous prétexte que l université doit répondre aux demandes sociales, mais en interprétant de façon clairement réductionniste qu est-ce qu est la société, l université soit mise au service exclusif des entreprises et que seule soit prise en considération la formation des professionnels dont celles-ci ont besoin». Plusieurs considérations, compréhensibles du reste, expliquent les réserves émises à l égard de cette approche pourtant d un grand apport pour les formations universitaires professionnalisantes. PERRENOUD 10 en cite les principales raisons : > l aversion naturelle des universitaires pour le formalisme. Or, les méthodes, les démarches et les approches sont synonymes de pouvoir et d autorité aux yeux des professeurs qui sont très fiers de leur autonomie. Beaucoup d entre eux, d ailleurs, affirment avoir choisi ce «métier» pour cette vertu qui tranche avec le «fonctionnariat»; > l université s est toujours refusée à se voir jouer le rôle d une «entreprise productive de service de formation» au sens mercantile du terme ; > le monde académique est réfractaire au changement : les professeurs ont tendance à reproduire les mêmes clichés du passé et l étudiant, devenu professeur, exerce exactement comme son ancien professeur. En définitive, si l université veut coller à la réalité qui l environne et ne pas s isoler, elle se doit de former des compétences indispensables au développement socio-économique du pays sans, toutefois, sombrer dans l utilitarisme à outrance. De toute évidence, entre l université «à vocation professionnelle» et l université «de l érudition». Il existe bel et bien une université berceau du savoir et gardienne des valeurs sociétales mais qui est, en même temps, socialement responsable. Il est, en effet, indéniable que l université participe à la formation de professionnels au profil pointu (ingénieurs, médecins, pharmaciens, architectes, juristes, informaticiens, managers, techniciens ) et pour lesquels une Approche Pédagogique par Compétence est toute indiquée. Par ailleurs, l université n est plus l unique acteur de l enseignement supérieur. Elle est d ores et déjà en compétition avec de grandes écoles et instituts dont les performances sont en constante amélioration et dont le sens de l écoute et l adaptation à l environnement socio-économique ne cessent de se développer. 9 Appel de professeurs de l'université Complutense de Madrid sur le site : 10 PERRENOUD P. (1997) ; (1999). 46

47 De l opportunité de l Application de l Approche Pédagogique par Compétence L université se trouve donc aujourd hui devant un double choix : - occuper du terrain et s organiser pour développer des compétences ou fuir ses responsabilités sociétales et se concentrer (se renfermer) sur le développement du savoir en laissant cette tâche aux grandes écoles et instituts, - Opter pour ce dernier choix c est condamner l université à cultiver une indifférence totale à ce que feront ses lauréats à l issue de leurs formations. Si l université s applique sur cette voie, celle-ci sera, certainement, à l origine de quelques «brillants savants». Quant à ses autres lauréats (et ils sont majoritaires), ceux-là n ont qu à se débrouiller dans la vie La mission de l université s est terminée le jour où elle leur a délivré leurs diplômes! Bibliographie BELMIR F. et BOUAMI D. (2006), Elaboration d un programme de formation technique selon l approche par compétence, Repères et Perspectives, n double 8-9. COMMISSION SPÉCIALE EDUCATION FORMATION (1999), La Charte Nationale d Education et de Formation, édition spéciale (Maroc). FLÜK C. (2001), Compétences et performances : une alliance réussie, édition DEMOS. HAROUCHI A (2003), La pédagogie des compétences, édition Le Fennec, Casablanca. LEVY-LEBOYER C. (2001), La gestion des compétences, édition d Organisation, Paris. MUCCHIELLI R. (1991), Les méthodes actives dans la pédagogie des adultes, E.S.F, Paris. PERRENOUD P. (1997), Construire des compétences dès l école, ESF, Paris. PERRENOUD P. (1999), Construire des compétences, tout un programme!, Vie Pédagogique, n 112 (septembre-octobre). TREMBLAY L., MUNN J., FRADETTE G. (1990), L approche par compétence, pour une formation intégrée, Québec. 47

48 Abderrazzak ELMEZIANE 48

49 De l opportunité de l Application de l Approche Pédagogique par Compétence 49

50 Abderrazzak ELMEZIANE Exemple détaillé d une compétence Source : Repères et Perspectives, n double 8-9,

51 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp English Studies and the Spirit of Dialogue at the Time of the Reform 1 Fatima BOUZENIRH Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université MohammedV-Agdal, Rabat Résumé Le présent travail a deux objectifs. Dans un premier temps, il s agit d aborder quelques obstacles de la réforme concernant la filière des études anglaises à la FLSH- Rabat. Dans cette optique, les aspects tels que le niveau des étudiants, les pré requis, la logistique,la discipline ainsi que l absence de «cellules pédagogiques» sont présentés comme autant d obstacles à la mise en place de la réforme dans le département de Langue et Littérature anglaises. Dans un second temps, l article soulève l aspect de la nécessité d inclure la matière de littératures africaines, d expression anglaise, délaissée dans la nouvelle mouture des, dans la filière des Etudes Anglaises du département. Est également discutée, dans cet article, la justification pour la création de la composante «African Studies» au sein du module Advanced Culture Studies. Comme solution à l absence de littératures africaines, l auteure préconise l insertion de cette matière dans une composante de littératures comparées au 5e Semestre, vu le rôle important que joue cette matière quant à l ouverture sur les autres cultures et valeurs du continent et à la contribution qu une connaissance de ces littératures peut, de ce fait, apporter au renforcement de l aspect identitaire et de l Esprit de Dialogue au sein des Etudes Anglaises à l Université. Cet article, donc, vise simplement à soulever des problèmes et à émettre des opinions sur des aspects pédagogiques de la réforme dans la filière des Etudes Anglaises à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat. Il s'agit, ici de relancer la réflexion sur des aspects pratiques qui émanent d'une expérience d'enseignement dans le but de gommer des zones d'ombre qui ont constitué des entraves pour la filière des Etudes Anglaises. Introduction It is undeniable that the new Educational Reform started with some positive objectives in the background despite the fact that the real actors- staff and students- were not all the time part of the scheme. Indeed, because of this situation, the Reform- especially in 1 Cet article -revu- a fait l'objet d'une communication lors du colloque sur le thème : English Studies : Issues and Perspectives (21-22février 2006), à l'université Hassan II, Mohammedia. 51

52 Fatima BOUZENIRH respect to some of its pedagogical aspects and the choice/ orientation of the studies in the English track- has shown some difficulties in the stage of implementation. While some of these difficulties could disappear with time, other problematic aspects need reevaluation or recontextualization to give the whole entreprise its full significance. 1. Some Pedagogical Implications of the Educational Reform for English Studies 1.1. The Positive Aspects 1)The division of the curriculum into independent modules allows the students not to leave the track empty handed. 2)The reform enforces regular attendance or is supposed to do so through continuous assessment and official checking of attendance. 3)The time division into semesters requires the development of autonomy in the learning process, which presupposes that most information and reading material be first acquired and done outside the classroom Problematic aspects in the implementation of the Educational Reform in the English track Linguistic Competence The first problematic aspect facing the implementation of the reform for English studies is the students level of linguistic competence in the target language, i.e. English. It is for the majority of in-coming students simply appalling. Except in very rare cases, often including the repeaters from the old system, the reading and writing skills are very poor. The sentence structure in its basic form is totally inadequate if not inexistent. Words, also in other languages, are thrown together without the least attempt at achieving meaning, which makes the instructor/reader often face total incoherence. The situation is aggravated by very poor note-taking skills, which reveals the students inability to make sense of the clearest and simplest lecture. This problem occurs mostly in content courses. However, it is worth pointing out that the students are more proficient in oral skills where they achieve high scores. Indeed, the ratio between marks for written subjects and those for oral subjects is often 1 to 3, or 1 to 5. The aim of English Studies is not only to produce competent communicative public speakers. While admitting that the source of the problem lies in the teaching methods used at the secondary level, the situation at the university level reveals serious problems of evaluation and assessment which need to be dealt with if instructors are to retain a measure of credibility Prerequisites Another serious obstacle for the implementation of the Educational Reform is the absence of prerequisites. A student who has not passed the basic language courses in say 52

53 English Studies and the Spirit of Dialogue at the Time of the Reform semester II is entitled to be registered and can attend courses in semester IV and V. This issue needs to be seriously addressed in re-evaluating the reform Assessment The new reform in English Studies at the Faculty of Arts and Humanities- Rabat has also revealed problems at the level of assessing students work. The unified and doublechecked examination type,which was a gain in the old system, has unfortunately disappeared, replaced by quasi anarchy defeating the purpose of any course description. This shortcoming in the implementation of the Educational Reform raises the issue of ethics in the teaching profession and deserves serious consideration Infrastructure and Logistics The infrastructure and the logistics which are supposed to make the backbone of the new reform are either deficient or totally absent in our faculty. Suffice it to mention the lack of classrooms, of teachers, of offices for the instructors Group sizes and the management of students' lists also constitute serious hindrances.the instructors are often faced with group sizes of more than 80 or 100 students. This problem is coupled with the chaos created by the erratic management of lists and thus defeats any attempt at achieving continuous assessment which is thus emptied of any positive purpose it might initially have had. Students are dispatched and assigned to groups at the very eve of the final examination period. The danger that emerges from this situation is that this problem encourages student migration and instructor shopping, leading to an impossibility in tracking down students and keeping any accurate record of marks for these cases. The old system with its logistics was by far more efficient in dealing with this issue Semester Length The length of the semester, tremendously shortened because of the problems of infrastructure mentioned above, also constitutes a problematic aspect in the implementation of the reform on a general scale. The amount of material to be covered is thus limited and, therefore, the students find themselves treated to bits and pieces of the curriculum, a process carried over from one semester to the next. This can only reinforce the low quality of university degrees and provoke an increase in the already existing high number of unemployed degree-holders. One of the aims of the new reform has precisely been to do away with this problem or at least try to reduce it Discipline The frustration resulting from the points raised above has created a serious problem of discipline of a magnitude unknown to the department in the old system. Teachers have 2 Cf. HIMMICH B. (1997). 53

54 Fatima BOUZENIRH to face single-handedly problems of generalized cheating, threats and aggressions. These problems have become rife and salient characteristics of the new generation of students. The result is the loss of any interest in teaching and a deterioration of the staff s psychological state Pedagogical cells The lack of clear orientation for some courses and their contents brings to mind some of the proposals made during the conference on The Idea of the University held in Rabat in One such proposal was the creation of pedagogical cells whose suggestions could aid and ease the process of implementing the reform in terms of looking into teaching matters, materials and coordination 3.These pedagogical cells, which can be informed by the on-going research in specific fields, have not yet been established. 2. English Studies and the Spirit of Dialogue If the issues raised above have constituted serious stumbling blocks for the teaching in the English Studies track, other issues linked to subject choice also deserve to be addressed because of their wider cultural implication. One such problem is the subject of African literatures and its future in the new reform The history of African literature in the department of English Because of its importance, it justifiable to raise the pedagogical issue pertaining to the subject of African literatures, and more precisely, its absence (deletion?) from the new configuration of the courses in the reform in its relation to English Studies in Rabat, especially that Mohammed V University was the first institution of higher education to introduce the subject in the 70s.It is worth pointing out that budding universities across the country have integrated this subject into their various curricula in a clearly spelt out form. French departments have used the same policy for Maghreb and North African literatures of French expression, and have dealt with them through a comparative approach. Since its inception in the curriculum of the department of English, the subject has proved to be a source of interest for the students, as it provides them with a cultural grounding which is part of their social concerns and identity. In fact, the material to which students were exposed in the old system at the level of the second cycle of the licence was met with keen interest because of the closeness of cultural references and the original stylistic devices exploited by the writers in their use of the English language, often a second or a foreign language. In the old system, African literatures, both in the third year and in the fourth year seminars, provided the students with a forum of knowledge to which they were responsive both orally and in the written form. Some students have even become creatively productive 3 Cf. The papers presented by BOUZENIRH F. and OUAKRIME M. (1997). 54

55 English Studies and the Spirit of Dialogue at the Time of the Reform by trying their hand at the short story or poetry. Thus, their experience with the subject has made them achieve one of the objectives of the course, namely to be aware of an interesting use which can be made of a foreign language, a situation similar to their own African Studies In the past, the issue of teaching African culture to Moroccan students was raised at several points. First,there was the crucial historical event of the Gulf War(1991) which forced both staff and students to a reconsideration of allegiances to centres and margins. At this point, a consensus was reached to allot the subject of African literatures more time to cover both the cultural background necessary for the comprehension of the fictional material and the actual literary works. At another point, it was not deemed right to teach the cultural background together with the literature in one single course. This issue was addressed in a paper which was a plea for introducing a course in African civilization 4. At the time of the preparation of the reform, the same issue was raised both in relation to the content for the component Initiation to World Culture and also in relation to Advanced Culture study in which the course of African studies was created. The rationale behind the creation of the African Studies component is to fill in a gap in the old system. In the new educational reform,it can be considered as a gain as it establishes a balance with the already existing British and American studies,and constitutes a contextualizing element for the Moroccan students. In addition, the component has been devised to initiate the students to the African cultural aspects necessary for their future exposure to fiction works which can only take place once they have reached the level of competence-both at the linguistic and conceptual levelsnecessary to allow them to delve into literary critical approach and analysis. It is also worth noting that unless such levels of competence are reached, the teaching of a fully fledged literature course is not feasible. Besides the specific objectives set for the component of African Studies, the aim of the course is to allow the Moroccan students to reconcile themselves with the basic facts about the African continent to which they belong by warding off aspects of stark ignorance such as not knowing in Semester III the Maghreb countries or the countries forming North Africa, giving Chili as a sub-saharan country and Madagascar as an English speaking country. The students' basic knowledge of the general geography of the continent, necessary to contextualize the course material, is indeed very poor. Righting such a situation, and providing the desirable cultural opening is also the responsibility of the university.the previous arguments serve to clarify the fact that both African literatures and the cultural background necessary for the comprehension of the material form two sides of the same coin. 4 Cf. BOUZENIRH F. (1996). 55

56 Fatima BOUZENIRH 2.3. African Literatures As far as literature is concerned, the Eurocentric and centre-oriented attitude which has marked the teaching of the subject of literature deserves attention and more investigation in order to bring about change in the English Studies track. It is interesting to note that a similar attitude related to the teaching of Arabic literature has recently been analysed in an article by Benaissa BOUHMALA 5. In this paper, the author deals with the absence of interest in teaching African literature written in Arabic as an enriching orientation for research. As was the case in the past, Moroccan students have the right to be introduced to and familiarized with the literatures of the continent. Access to such a specific field of knowledge can serve as a basis to be expanded and refined at a later stage of their studies. Another important aspect of maintaining t the subject within the English Studies track and teaching the literatures of the continent serves to meet one of the aims of university education in our country, namely the building up of confidence in the Moroccan character and identity 6. Indeed, the teaching of African literatures in a comparative approach is an important step towards achieving this aim by a contextualization of identity. Besides, the scope of comparative African literatures can be very enriching, since it can establish links and exchanges with various geographical and cultural areas on the continent. The major link that has been developed so far in the old system - is the comparison between North African and Sub-Saharan literatures. The field is open to other comparative orientations.this approach will enforce in the students of English Studies the spirit of dialogue which will allow them to bridge cultural gaps by accessing areas of cultural differences on the continent. It is in this perspective that a component of comparative literature, including African literatures of English expression could usefully be inserted in the English Studies track. Conclusion The spirit of dialogue, whose famous proponent was Leopold Sedar Senghor in the 50s, should take place at both the intercontinental and intracontinental levels. In view of the challenges facing the continent at the uncertain times of globalization, this spirit should indeed be encouraged in all domains of knowledge. The opening up to the cultures and literatures of the African continent is a sure way of warding off alienation. It can also play the role of a catalyst for inculcating dialogue. At the dawn of the 21st century,the English Studies track is called upon to integrate the literatures of the margins as potential areas of research. 5 BOUHMALA B. (October 14th,2005). 6 Cf. HIMMICH B. (1997, p. 40). 56

57 English Studies and the Spirit of Dialogue at the Time of the Reform Reeferences BOUHMALA B. (2005), The Arabic-African Literary Relations: The Aborted Neighbourhood...The Possible Future ( in arabic) in Al Ittihad Al Ishtiraki, n 8065, Octobre 14th, BOUZENIRH F. (1996), African Literature, Culture and The Moroccan University in Cultural Studies, Interdisciplinarity and The University, Dahbi, Ezroura and Haddad ed., Publications of The Faculty of Letters and Humanities (PFLH hereafter), n 60, Rabat, pp BOUZENIRH F. (1997), Research: At What Price? in The Idea of The University. Belghazi ed., PFLH, n 72, Rabat, pp HIMMICH B. (1997), Where Is The University Heading? The Moroccan Case, The Idea of The University, ( in Arabic), Belghazi ed., PFLH, n 72, Rabat. pp OUAKRIME M. (1997), What Is High About High Education? in The Idea of The University, Belghazi ed., PFLH, n 72, Rabat, pp

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59 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Les Filières Professionnelles en Sciences Humaines et Sociales: présentation d une Licence Professionnelle de Médiation Culturelle Nadia BOUQALLAL* Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Hassan II, Mohammedia Abstract The professional license in cultural mediation of the Faculty of Arts and Human Sciences of Mohammedia (Hassan II University Mohammedia) is a specialized training in human and social sciences opened to all students having validated their four semesters and meeting the profile and pre-requirements. Connected with the French Studies subject, it takes place over two academic semesters (Semesters 5 and 6) and is aiming at training Moroccan cultural mediators for working in cultural activities, management and administration of arts and culture, communication or cultural tourism. In its training system, the license privileges the relationship with the professional sector, which provides a minimum of 25% of the faculty: teaching, cultural seminars, visits, trainings and professional projects. In providing training for the social and cultural activities careers, the professional license of cultural mediation addresses the needs of a very promising, abounding niche of employment at the short and medium term. Introduction En guise de préambule, une définition de la licence professionnelle s impose : c'est une licence qui offre une formation de spécialisation à partir de la troisième année universitaire et qui vise l'insertion professionnelle à courte échéance. Ce n'est donc pas une licence "professionnalisante" comme on a tendance à le croire et à le dire et ce n'est pas non plus une autre version des licences appliquées qui se sont développées dans les universités marocaines pendant près de dix ans. On peut noter néanmoins que plusieurs licences appliquées se sont reconverties en licences professionnelles après avoir capitalisé une expérience très enrichissante sur le plan didactique et avoir développé des partenariats avec des entreprises. Les licences dites "innovantes" doivent mettre en œuvre un véritable partenariat avec * Professeur-chercheur, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Hassan II - Mohammedia. 59

60 Nadia BOUQALLAL le secteur professionnel, à hauteur de 25% de la formation. Le rôle joué par les professionnels est essentiel, aussi bien dans la conception de la licence professionnelle que dans l'encadrement et l'évaluation. On peut constater que depuis leur démarrage en 2005, les licences professionnelles ne sont pas nombreuses dans le domaine des sciences humaines et sociales. Communication de l'entreprise, métiers du livre, LEA (langues étrangères appliquées), médiation culturelle, tourisme, travail social sont à l'heure actuelle les principales spécialités proposées aux étudiants. 1. Le choix de la filière de médiation culturelle à la FLSH 1 de Mohammedia Deux expériences pédagogiques extrêmement riches sont à l'origine de la création de la filière de médiation culturelle. Il serait intéressant d'en rappeler brièvement les faits marquants Historique du projet La première expérience, la plus ancienne, est celle de l'action culturelle universitaire qui date des années 90 avec la mise en place, dans chaque faculté, des activités culturelles para universitaires. Des cellules d'animation ou d'action culturelle ont ouvert leurs portes, offrant aux étudiants des activités variées, encadrées par des enseignants bénévoles, des vacataires, ou des professionnels de la culture. Cette expérience nous permit de constater non seulement l'intérêt grandissant des étudiants pour les pratiques artistiques et les métiers de la culture, mais aussi une forte motivation et implication dans l'organisation des manifestations. Les rencontres avec les professionnels, l'acquisition de nouvelles compétences pratiques dans les ateliers permirent à beaucoup d'étudiants de se familiariser avec le terrain, de mettre en œuvre un véritable projet professionnel et de donner à leur formation initiale une valeur ajoutée très appréciée dans le monde du travail. Toutefois, évoluant dans un cadre para académique, ces formations "informelles" toujours mises en place en marge de la formation initiale de l'étudiant ne pouvaient déboucher sur aucune "validation" donc ne bénéficiaient d'aucune reconnaissance institutionnelle. L'autre expérience commence en 2002 avec le lancement à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Mohammedia du premier DESS en Management et Développement Culturel avec un taux d'insertion des plus satisfaisants notamment en ce qui concerne la première promotion avec plus de 80 % de recrutés. Toutefois et malgré ces résultats très encourageants, l'équipe pédagogique a pu à chaque fois constater chez les étudiants admis en DESS, de regrettables lacunes liées à 1 FLSH = Faculté des Lettres et des Sciences Humaines. 60

61 Les Filières Professionnelles en Sciences Humaines et Sociales l'absence de formations antérieures dans le même champ disciplinaire. Il devenait donc urgent de mettre en place dans les universités des formations Bac+3 liées aux métiers de la culture et de l'animation Le secteur professionnel choisi et la niche d'emploi Le lancement des licences professionnelles en 2005 constitue une grande innovation de la réforme universitaire non seulement parce que ces filières mettent en place une nouvelle ingénierie pédagogique, avec l'introduction du stage et du projet professionnel, mais aussi parce qu'elles privilégient, dans leur dispositif de formation, la relation avec le secteur professionnel qui intervient à hauteur de 25% (au minimum) de l'encadrement. Basées sur une stratégie de «niche» pour une insertion ciblée, les licences professionnelles doivent s'insérer dans l'un des différents secteurs professionnels majeurs parmi lesquels figurent, entre autres, "communication et information", "échange et gestion", "production et transformation", "services aux collectivités", ou encore "services aux personnes". Le "service aux personnes" regroupe quant à lui, tous les métiers de l'intervention sociale et de l'animation culturelle et artistique. C'est donc dans ce secteur que l'on peut trouver les formations professionnelles en rapport avec les métiers de la culture et de l'animation. Aujourd'hui, les métiers de la culture sont nombreux et diversifiés car ils recouvrent un large spectre qui va de la conception et gestion de la culture ou de projets à l'intervention auprès des publics. Consciente de cette évolution des métiers de la culture, l'université Hassan II Mohammedia a mis en place en 2005 une Licence Professionnelle de Médiation Culturelle Les objectifs de la licence professionnelle de médiation culturelle A l'heure actuelle, la gestion de la culture constitue un volet important du secteur économique national. Aussi, la Licence professionnelle de Médiation culturelle vise-t-elle à répondre à une demande de plus en plus forte des institutions, collectivités locales et des organismes culturels publics ou privés du pays, aussi bien dans le secteur de l'animation culturelle, de l'audiovisuel, des industries culturelles que du patrimoine. La Licence professionnelle de Médiation culturelle a pour objectif essentiel de former des médiateurs culturels marocains avec un profil polyvalent, une bonne culture générale, une bonne connaissance du terrain et une maîtrise des outils nécessaires à la mise en œuvre des projets culturels. L'enseignement proposé par la Licence professionnelle de Médiation culturelle repose sur trois axes : - une formation théorique - une formation pratique 61

62 Nadia BOUQALLAL - une formation professionnelle La formation en "Médiation culturelle" permet les débouchés dans les domaines de l'animation culturelle, de la gestion et administration des arts, du tourisme culturel, des relations publiques, de l'audiovisuel, de la communication, de la publicité, du journalisme et de la critique. Certains de ces emplois sont proposés par les collectivités locales (communes, régions ), les institutions culturelles publiques ou privées (universités, ministères, délégations, musées, maisons de jeunes, centres culturels ), le secteur associatif, les entreprises culturelles, les fondations, les comités d'entreprises, les départements ou services de communication /sponsoring/mécénat, les compagnies artistiques. Leur but est d'effectuer les tâches suivantes : - la conception et la gestion de projets culturels ou d'animation socioculturelle en milieu urbain ou périrural - l'organisation de manifestations, festivals ou événements culturels - la programmation d'activités culturelles - la coordination des équipes chargées de l'animation culturelle ou de la mise en œuvre de projets culturels 2. Ingénierie pédagogique de la licence professionnelle La Licence professionnelle de Médiation culturelle est une licence de 5ème et 6ème semestres. Elle est rattachée à la filière Etudes françaises du Département de Langue et de Littérature françaises de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Mohammedia. L'admission des étudiants nécessite au préalable un certain nombre de prérequis bien définis dans la demande d'accréditation : la validation des quatre semestres du DEUG, le CV et la lettre de motivation mentionnant le projet professionnel de l'étudiant, une bonne culture générale, une expérience associative, une expérience dans le domaine culturel et artistique, autant de points qui seront vérifiés lors de l'entretien sélectif Le dispositif de formation Le cursus se déroule sur deux semestres (S5 et S6) qui sont composés d'un bloc de modules majeurs (projet professionnel et stage compris), d'un bloc de modules "outils" et d'un bloc de modules complémentaires. Le Semestre 5 se compose essentiellement d'enseignements visant à définir les notions clés du champ disciplinaire, à approfondir la culture générale et à fournir les outils méthodologiques. Une attention toute particulière à été apportée à "la méthodologie du projet" qui constitue un élément essentiel de la formation. Cet enseignement se présente 62

63 Les Filières Professionnelles en Sciences Humaines et Sociales sous la forme d'un atelier intensif où les étudiants se retrouvent en simulation professionnelle et sont chargés d'un projet d'animation soit à l'intérieur de l'établissement, soit à l'extérieur dans une structure partenaire. Le Semestre 6 est axé sur l'aspect pratique et professionnel de la spécialité. L'étudiant est amené à prendre des initiatives, à aller à la rencontre des professionnels, à organiser des activités et à développer sa créativité. Une part importante de la formation est réservée au stage et au projet tutoré dont les objectifs sont bien définis. L'ensemble du module complémentaire de ce semestre est consacré aux séminaires thématiques afin d'approfondir des questions abordées dans les enseignements du semestre précédent. Les actions sont mises en place suivant un calendrier préétabli avec les partenaires professionnels. Présentation des enseignements : Semestre 5 : Modules majeurs : 17 - Connaissance des arts et de la culture Matière 1 : le secteur audiovisuel Matière 2 : les spectacles vivants, les festivals Matière 3 : le patrimoine oral arabo-berbère 18 Conception de projets culturels Matière 1 : marketing culturel Matière 2 : droit de la culture Matière 3 : atelier de montage de projets culturels 19 Les domaines de la médiation culturelle Matière1 : anthropologie du tourisme Matière 2 : institutions et organismes culturels, associations (cas d'études); programmes euro-méditerrannéens Matière 3 : médiation socioculturelle Module outils : 20 - Communication Matière 1 : méthodologie de l'insertion professionnelle (porte folio, CV + lettre de motivation ) Matière 2 : maîtrise des NTIC (PAO, maîtrise des logiciels Power Point, Installator, création d'une page web culturelle ) Matière 3 : communication professionnelle 63

64 Nadia BOUQALLAL Semestre 6 : Module majeur: 21 Créativité Matière 1 : atelier audiovisuel Matière 2 : atelier théâtre Matière 3 : atelier écriture Module complémentaire : 22 - Séminaires culturels Matière 1 : conférences Matière 2 : débats d'actualité culturelle Matière 3 : visites culturelles 23 le Stage : Le stage est d'une durée de 25 jours ouvrables. Il a pour but : - de permettre à l'étudiant d affirmer son engagement dans le monde du travail - de tester ses possibilités d'adaptation personnelle à un niveau de travail correspondant à son niveau de formation (Licence Professionnelle, Bac + 3) - de poursuivre sa formation dans un contexte professionnel - de donner à l étudiant la possibilité de se préparer à l'une des épreuves de la licence portant sur la rédaction d'un mémoire professionnel et sa soutenance. 24 Le Projet tutoré : L objectif du projet tutoré est de réaliser avec des groupes d étudiants (2 ou 3) des projets collectifs sur le terrain, en collaboration avec une structure d accueil (institution, maison de jeunes, complexe culture, association ) sur un territoire donné. Le projet mis en œuvre devra donc tenir compte des objectifs et des intérêts des différents partenaires impliqués. Il peut s agir aussi bien d une recherche à mettre en œuvre que d une intervention de terrain à réaliser ou les deux L'équipe pédagogique L'équipe pédagogique de la Licence professionnelle de Médiation culturelle reflète bien les composantes de la formation. C'est une équipe pluridisciplinaire, composée de membres permanents issus des différentes filières de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Mohammedia (études françaises, études anglaises, sociologie) et de vacataires ou intervenants professionnels partenaires de la formation. 64

65 Les Filières Professionnelles en Sciences Humaines et Sociales 2.3. Les relations avec le secteur professionnel Les relations avec le secteur professionnel touchent aussi bien les enseignements et les séminaires thématiques qui se déroulent à la faculté que les visites, les stages et les projets tutorés qui ont lieu sur le terrain. L'intervention des professionnels dans le parrainage et l'évaluation d'un stage ou d'un projet tutoré est obligatoire dans le cas des licences professionnelles. Les partenaires professionnels de la Licence de Médiation culturelle proviennent du secteur institutionnel ou privé, national ou étranger, des collectivités locales et territoriales de la société civile. 3. Assistance à la mise en œuvre des licences professionnelles: le soutien du FSP ARESM Le Fonds de Solidarité Prioritaire (FSP) qui est un Appui à la Réforme de l'enseignement Supérieur Marocain (ARESM) témoigne d'un partenariat privilégié entre les conférences des présidents d'universités françaises et marocaines. Parmi les différentes composantes du FSP figure "l'ingénierie Pédagogique" qui vise, entre autres objectifs, à favoriser l'adaptation de l'enseignement universitaire dans le cadre de la relation emploi formation L'appui aux licences professionnelles ou filières "novatrices" Cet appui a permis la programmation d'un certain nombre d'actions pour les quatre réseaux marocains sélectionnés parmi lesquels figure le réseau "médiation culturelle". Grâce à cet appui, la Licence professionnelle de Médiation culturelle a pu bénéficier d'un partenariat privilégié avec l'université Bordeaux 3, IUT Michel de Montaigne et l'université de Besançon-Franche-Comté, IUT de Belfort qui oeuvrent dans le même sens. Les principales actions programmées ont porté sur l'organisation de séjours pour les responsables marocains et leurs collègues dans les universités françaises partenaires, sur la mise en place de cours spécialisés et de stages de fin d'études pour les étudiants marocains. Enfin, un soutien logistique pour l'achat de matériel et de documentation a été octroyé à l'ensemble des licences professionnelles marocaines soutenues par le FSP L'impact du dispositif d'appui sur la Licence professionnelle de Médiation culturelle Certes, le dispositif d'appui a eu tout d'abord des effets très structurants au niveau du réseau "médiation culturelle" qui regroupe cinq licences professionnelles issues des Universités de Mohammedia, Kénitra, Rabat-Agdal et de deux universités françaises (Bordeaux 3 et Besançon Franche-Comté). L'observation du modèle français qui insiste beaucoup sur la présence des professionnels pendant toutes les étapes de la formation évaluation, les informations sur les démarches de mise en place de dispositifs pour la construction de partenariats structurés avec les professionnels, la présentation du dispositif de formation ont été les 65

66 Nadia BOUQALLAL points forts des programmes des séjours des responsables et encadrants marocains en France. Les cours spécialisés organisés chaque semestre au Maroc et encadrés par les partenaires français ont permis aux étudiants de renforcer leurs compétences professionnelles, de se perfectionner en méthodologie et conduite de projets et de développer leur efficacité professionnelle en communication et gestion des conflits interpersonnels. Grâce à une action "échanges d'expériences" réalisée en visioconférence entre Bordeaux et Mohammedia et à la mise en place d'un projet d'écriture sur une thématique urbaine impliquant les étudiants des deux licences professionnelles, les liens entre étudiants marocains et français ont pu être renforcés. Enfin, la programmation de quatre stages d'une durée de deux mois dans des structures d'animation socioculturelle partenaires du réseau français a contribué à favoriser la mobilité des étudiants. Conclusion La Licence professionnelle de Médiation Culturelle en touchant aux métiers de l'animation socioculturelle répond à une niche d'emploi assez riche et très prometteuse dans les années à venir. Le réseau des partenaires est en construction, c'est un vaste chantier où la communication et la sensibilisation jouent un rôle primordial. Aussi, à l'heure du développement humain et durable, à l'heure où la société civile devient un levier de la démocratie participative, il ne fait nul doute que les formations professionnelles en sciences humaines et sociales, notamment dans le domaine du travail social, seront largement sollicitées par les décideurs pour mettre en place des profils spécialisés répondant à la demande. 66

67 Problématiques de la recherche scientifique

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69 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Valorisation des résultats de la recherche à l'université Mohammed V-Agdal: approche d'une stratégie Tijani BOUNAHMIDI* Vice-Président chargé de la Recherche, de la Coopération et du Partenariat, Université Mohammed V - Agdal, Rabat Abstract In this paper, we propose, in the light of the national strategy of scientific and technological research by 2025 and of the action plan correspondent aiming at the levelling of the National System of Research and Innovation (SNRI), a methodology based on some techniques likely to allow a very significant improvement of the performances of the structures of research for this system, as regards scientific production and utilization of the results of research by mechanisms of innovation and technology transfer. The case of the University Mohammed V-Agdal was used to illustrate the practical implementation of this methodology and techniques, within the framework of the application, by this university, of the above mentioned strategy and action plan. Methodology and the techniques suggested are interested mainly in the way in which it is necessary to proceed for a better utilization of the results of the various types of activities of research: activities of basic research; activities of contractual research; activities of research for the development; and activities of innovation. They are based on the tools of scientific, technological and economic information systems. Introduction Il ne fait plus aucun doute, nulle part au monde, que le savoir est le facteur clé de tout développement socioéconomique et culturel des nations. En effet, dans le contexte actuel de la mondialisation, la compétition entre les nations devient de plus en plus rude et elle est axée principalement sur le développement de sociétés de savoir où la formation des ressources humaines, le développement de nouveaux savoirs et la mise en œuvre de ces derniers en innovations susceptibles de produire un impact socioéconomique et culturel sur les populations tout en respectant les concepts d'un développement global durable, constituent les principaux facteurs de compétitivité à l'échelle internationale. Cette prise de conscience de la place prépondérante qu'occupe actuellement la science et la technologie dans la vie des nations est générale et se reflète dans les stratégies gouvernementales développées durant ces dernières années par un grand * Professeur à l'ecole Mohammadia d'ingénieurs, Université Mohammed V-Agdal, Avenue des Nations Unies, Agdal; B.P. : 554 -Rabat-Chellah, Maroc ; [email protected] 69

70 Tijani BOUNAHMIDI nombre de pays à travers le monde, dont le Maroc. En effet, le Maroc a élaboré, en matière de recherche et d'innovation, une stratégie nationale à l'horizon 2025 et un plan d'action pour la période Ce travail a été réalisé par une commission nationale constituée par le Ministre de l'education Nationale, de l'enseignement Supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche Scientifique. Les résultats des travaux de cette commission ont été soumis au débat lors de la Rencontre Nationale de la Recherche Scientifique et Technologique tenue à Skhirat les 03 et 04 mars 2006, en présence de plus de 700 personnalités représentant le monde académique et le tissu socioéconomique national ainsi que des invités étrangers de pays frères et amis portant un grand intérêt à la science et à la technologie. La vision portée par cette stratégie est de bâtir un Système National de Recherche et d'innovation (SNRI) susceptible de constituer, à l'horizon 2025, la locomotive de développement socioéconomique et culturel pour le Maroc 1, le plan d'action ayant pour but de réaliser les fondations de cette importante construction d'une nécessité vitale. L'objet de cet article n'est pas de revenir sur ce travail dont la mise en œuvre est en cours de réalisation par les différents opérateurs concernés, dont notamment les universités et en particulier l'université Mohammed V-Agdal qui a adopté toutes les actions du plan d'action précité s'adressant aux universités 2, mais d'apporter une contribution à la façon dont les travaux de recherche peuvent être menés pour une meilleure valorisation de leurs résultats. En effet, les concepts de la qualité se généralisant de plus en plus à toutes les activités humaines et l'évaluation de ces dernières, en se basant sur des indicateurs de performance standard, devenant une pratique internationalement partagée, les activités de recherche, pour être performantes, sont, elles aussi, soumises à l'évaluation et aux concepts de la qualité : la recherche et l'innovation étant des facteurs de compétitivité entre les nations, leur évaluation est menée selon des référentiels standard auxquels tous les pays doivent se soumettre. 1. Considérations générales En général, les activités de recherche et d'innovation sont menées aussi bien par des opérateurs publics que privés. Dans les pays développés, la part de l'effort de recherche déployée par le privé est de plus en plus importante et dépasse, en termes financiers, 50%. Aux USA elle dépasse les deux tiers et au Japon, elle était de l'ordre de 80 % en Les opérateurs publics de recherche se chargent principalement de la recherche de base fondamentale ou appliquée, alors que les opérateurs privés s'activent le plus souvent dans l'exploitation des résultats de recherche de base en élaboration de nouveaux produits, services ou procédés. Dans les pays en développement, la situation est tout à fait différente : la part de l'effort de recherche des secteurs privés est très faible comparée à celle de l'etat. Au Maroc, elle est inférieure à 10 %. Ainsi, les capacités de recherche 1 Ministère de l'education Nationale, de l'enseignement Supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche Scientifique (04 et 05 mars 2006). 2 BOUTALEB JOUTEI H. (2006). 70

71 Valorisation des résultats de la recherche à l'université Mohammed V-Agdal existantes dans ces pays sont en très grande partie publiques. Au Maroc, ces capacités, sont réparties entre les universités et les centres de recherche publics sectoriels, avec une prépondérance pour les universités. Les activités de recherche menées par les établissements d'enseignement supérieur ont été pendant longtemps considérées comme un sous produit de l'enseignement supérieur ayant pour finalité première la formation par et pour la recherche de ressources humaines pour l'enseignement supérieur et les centres de recherche publics et privés. Les résultats de ces recherches de base sont souvent valorisés par des publications scientifiques dans des revues spécialisées. Des résultats de portée technologique étaient rarement protégés par des brevets d'invention comme c'est fréquemment le cas lorsqu'il s'agit de même type de résultats obtenus par des entreprises. La compétition économique entre les Etats des Etats-Unis d'amérique a poussé les gouverneurs de ces Etats, au début des années cinquante, à encourager le développement d'activités économiques à haute valeur ajoutée basées sur la valorisation des résultats de la recherche en créant, en partenariat avec les universités, des parcs scientifiques à proximité des universités pour accueillir des entreprises technologiques permettant une fertilisation croisée entre le monde académique et celui des entreprises. Ce fut le cas de la création, entre autres, du parc scientifique de l'université de Stanford, en 1953, et de " Research Triangle Park " de la Caroline du Nord, en Ces structures ont amené les universités américaines à développer les activités de transfert de technologie et d'innovation à partir de leurs laboratoires tout en renforçant les activités de recherche de base. Cette tendance a été suivie par les autres pays développés, à partir des années soixante-dix, et par les pays émergents durant les années quatre-vingt. Dans les pays en développement, ce phénomène est encore nouveau et se met en place petit à petit vu la faiblesse des capacités de R&D de ces pays. Deux pays musulmans, l'indonésie et la Malaisie, ont fait de grand pas en avant dans le domaine de la valorisation des résultats de recherche. La Jordanie, l'egypte et la Tunisie ont développé des programmes durant ces dernières années visant la mise en œuvre du savoir et de la technologie au service du développement économique et social. Au Maroc, des structures de valorisation des résultats de recherche ont été créées par les universités dans le cadre de la mise en place de la réforme de l'enseignement supérieur régie par la loi Cependant, mis à part les activités de recherche contractuelles menées pour le compte des entreprises et dont le volume est encore relativement faible, l'essaimage de nouvelles activités socioéconomiques et culturelles à partir des résultats de recherche est encore balbutiant. Ceci est dû, en grande partie, au fait que les activités de recherche menées n'ont pas encore intégré dans leur processus les techniques susceptibles de leur permettre d'obtenir des résultats valorisables par l'essaimage de nouvelles activités. En ce qui concerne la valorisation des résultats de la recherche de base par la publication scientifique, des possibilités existent pour permettre un rayonnement international plus important des structures de recherche marocaines en ciblant des revues 71

72 Tijani BOUNAHMIDI avec un indice d'impact le plus haut possible en adéquation avec la pertinence et le degré d'originalité des résultats objet de la publication. Dans cet article, nous passerons en revue certaines techniques susceptibles d'aider les structures de recherche à mieux valoriser leurs résultats de recherche par publication, transfert de technologie ou essaimage de nouvelles activités socioéconomiques. 2. Typologie des activités menées par les structures de recherche Dans les domaines des sciences et techniques, les activités menées par les structures de recherche sont généralement de types suivants : activités de recherche fondamentale visant le développement de nouveaux savoirs relatifs aux sciences fondamentales; activités de recherche appliquée ayant pour objet de développer de nouvelles connaissances liées aux sciences de l'ingénieur; activités de développement ayant pour but l'élaboration de nouveaux produits, services ou procédés ; activités d'innovation technologique visant la transformation des résultats des activités de développement en applications commercialisées. Pour être valorisables, les activités de recherche de base, fondamentale ou appliquée, doivent être conçues et menées de manière à obtenir des résultats permettant d'améliorer les connaissances relatives à l'objet traité ; les activités de développement doivent déboucher sur des résultats protégeables par des brevets d'invention ou d'autres titres de propriété intellectuelle ; les activités d'innovation technologique doivent être justifiées par un potentiel de marché avéré, des solutions techniques adéquates et une équipe de projet dynamique et entreprenante. Dans ce qui suit, nous examinerons quelques approches et techniques susceptibles de permettre aux structures de recherche d'être performantes en menant des activités de recherche aboutissant à des résultats pouvant être valorisés dans les meilleures conditions. 3. Valorisation des résultats de la recherche de base Comme il vient d'être dit plus haut, les activités de recherche de base ont pour but de développer de nouveaux savoirs et connaissances. La performance de ces activités se mesure par le degré de leur originalité et l'impact qu'elles produisent sur la science et la communauté scientifique internationale à travers la diffusion de leurs résultats par la publication dans des revues appropriées. Ainsi, la chaîne de valeur correspondante comporte deux maillons principaux : le processus de génération de nouveaux savoirs et connaissances, d'une part, et la diffusion des savoirs et connaissances générés, d'autre part. Il va sans dire que la performance globale de cette chaîne dépend de celle de chacun de ses deux maillons, et que la performance du deuxième maillon est fortement dépendante de celle du premier maillon. D'où la très grande importance à accorder à la façon dont il faut mener les activités de recherche de base, condition sine qua non pour une meilleure valorisation de leurs résultats. Une attention, au moins toute aussi 72

73 Valorisation des résultats de la recherche à l'université Mohammed V-Agdal importante, doit être accordée au processus de diffusion de ces résultats pour garantir la performance globale de la chaîne de valeurs précitée. En vue d'identifier les conditions à réunir pour atteindre cet objectif, une analyse assez approfondie de chacun de ces deux maillons est décrite ci-après Processus de génération de nouveaux savoirs et connaissances L'analyse systémique de ce processus permet une décomposition de celui-ci en étapes interdépendantes: i) choix de la thématique de recherche ; ii) montage du projet de recherche ; iii) management du projet de recherche. Chacune de ces étapes doit satisfaire un ensemble de conditions pour répondre aux exigences de qualité requises Choix de la thématique de recherche Par rapport au choix de la thématique de recherche, il est important de souligner qu'il s'agit ici du choix d'une thématique au sein d'une discipline donnée qui relève des compétences d'une structure de recherche donnée. En effet, la génération de nouveaux savoirs nécessite une connaissance très approfondie dans un champ disciplinaire donné, qui ne peut être acquise que par des efforts de recherche de longue haleine au sein du même champs disciplinaire. Cela ne veut pas dire que la multidisciplinarité n'est pas source de progrès scientifique, bien au contraire. Mais, généralement, la multidisciplinarité fertile est le fruit d'une collaboration étroite entre structures de recherche spécialisées complémentaires couvrant les différents champs disciplinaires impliqués dans la thématique multidisciplinaire concernée. Il faut cependant souligner que certaines thématiques multidisciplinaires pertinentes finissent, avec le temps, par constituer de nouveaux champs disciplinaires elles-mêmes. Ceci étant dit, le choix d'une thématique de recherche susceptible de produire un impact significatif sur la communauté scientifique et le progrès de la science, doit se placer dans un contexte international et tenir compte de l'état de l'art dans le domaine considéré. Pour ce faire, une recherche bibliographique très approfondie doit être menée en utilisant les bases de données bibliométriques couvrant la thématique concernée. Plusieurs types de ces bases de données existent. Parmi les plus importantes on peut citer celles des maisons d'édition scientifiques (Elsevier, ) et celles des centres d'information spécialisés (INIST, ISI, ). Pour des raisons d'accès qui sont souvent limités aux abonnés, il est recommandé de faire usage du site de l'inist 3 qui est d'accès libre, pour la consultation des résumés d'articles. Dans le souci d'une meilleure valorisation des résultats de recherche, le choix d'une thématique doit tenir compte de l'intérêt de la communauté scientifique en termes de sujets de recherche. Cet intérêt peut être mesuré par les statistiques de téléchargements d'articles de revues scientifiques pendant une période donnée. Le service " Top 25 Hottest Articles " 4 offert par Sciencedirect d'elsevier tient ces statistiques pour toutes les revues

74 Tijani BOUNAHMIDI éditées par cet opérateur d'édition scientifique. Les listes des 25 articles dont le nombre de téléchargement est le plus important sont publiées trimestriellement par revue, par spécialité, par domaine et pour tous les domaines scientifiques simultanément. Les articles figurant sur ces listes sont les plus lus par les pairs et répondent donc à l'intérêt actuel de la communauté scientifique. Pour illustrer cet aspect, j'utiliserai pour exemple le domaine du Génie des Procédés qui est le mien. Pour ce domaine, on peut lire sur la liste des Top 25 relative au premier trimestre 2007, que l'article le plus lu parmi tous les articles publiés dans toutes les revues éditées par Elsevier en relation avec le Génie des Procédés ou " Chemical Engineering " est celui publié par un chercheur de l'université Selcuk en Turquie sur les biocarburants 5. Cette liste permet de constater aussi que le deuxième article le plus téléchargé durant cette même période traite aussi des biocarburants et date de Il ressort aussi de cette liste que sur les 25 articles les plus téléchargés durant le premier trimestre 2007, 14 sont relatifs aux biocarburants et 5 aux nanomatériaux. Ainsi, il est facile de déduire de ce qui précède que l'intérêt actuel de la communauté scientifique dans le domaine du Génie des Procédés à travers le monde porte essentiellement sur deux thématiques principales : les biocarburants et les nanotechnologies Montage du projet de recherche Une fois la thématique de recherche choisie en tenant compte des critères décrits cidessus, le montage du projet de recherche doit se faire en définissant des objectifs à atteindre et ce, le plus précisément possible. Etant donné qu'on se place ici dans le contexte de la production de nouveaux savoirs et connaissances de base, le principal objectif attendu d'un projet de recherche est de produire des résultats originaux. L'un des préalables à cela est de constituer une base de données sur toutes les structures de recherche qui mènent des travaux sur la même thématique. Une étude de benchmarking 7 de la structure de recherche concernée avec les structures de recherche identifiées travaillant sur la même thématique doit être effectuée. Cette étude permettrait aussi de mener une analyse " SWOT 8 " de cette structure. Ces deux études mettront au clair les stratégies susceptibles d'être adoptées pour mener des travaux de recherche compétitifs à ceux réalisés par les autres structures de la base de donnée qui vient d'être mentionnée. Pour la constitution de cette base de données et la réalisation de l'étude de benchmarking précitée, des outils de veille scientifique et technologique peuvent être employés : la consultation des sites-web des organismes de recherche, des bases de données bibliométriques et des offices de brevets peut être d'un grand apport pour ce travail. Le moteur de recherche spécialisé dans la littérature scientifique "Scholar.google 9 " 5 DEMIRBAS A. (2007), pp MA F., HANNA M.A. (1999), pp Analyse comparative. 8 " Strengths, Weaknesses, Opportunities and Threats " : méthode d'analyse permettant d'identifier les forces,les faiblesses, les opportunités et les menaces

75 Valorisation des résultats de la recherche à l'université Mohammed V-Agdal est d'une efficacité prouvée pour ce genre d'entreprise. Une fois l'analyse " SWOT " de la structure de recherche effectuée par rapport au projet considéré, le montage proprement dit de celui-ci peut être réalisé. Les forces et les faiblesses de la structure, ainsi que les opportunités et les menaces présentées par l'environnement de la structure doivent être prises en considération pour ce montage. Les forces de la structure doivent constituer les points d'appui pour le projet ; les faiblesses de la structure pouvant handicaper la réalisation du projet doivent être éliminées en prévoyant les moyens nécessaires dans le cadre du projet ; les opportunités offertes par l'environnement à la réalisation du projet doivent être saisies de manière la plus appropriée et, enfin, le montage du projet ne doit pas ignorer d'apporter une attention particulière aux menaces qui risquent de réduire les chances de succès du projet. Parmi les forces les plus importantes sur lesquelles le montage de projet doit se bâtir est la compétence des membres de l'équipe de recherche par rapport à la thématique du projet. La composition de cette équipe doit être conçue avec le maximum de soins en faisant recours, si nécessaire, à des compétences externes à la structure dans le cadre d'un partenariat négocié. Une autre force non moins indispensable au succès d'un projet de recherche réside dans la capacité de la structure de recherche à drainer des fonds à travers la participation aux appels à projets nationaux et internationaux. Cette force est intimement liée à la force précédente. Parmi les faiblesses de nos structures de recherche actuelles, il faut considérer le fait de réaliser les activités de recherche par des doctorants non rémunérés et ne disposant pas de moyens pour une subsistance décente au cours de la réalisation de leur thèse. Pour réduire l'acuité de cette faiblesse, le montage du projet de recherche doit prévoir une rémunération de ces doctorants dans le budget de financement du projet. Par rapport aux opportunités, il est important de souligner les possibilités offertes par la coopération internationale dans le cadre bilatéral ou multilatéral. Cependant, pour que cette opportunité soit saisie de façon appropriée, la structure de recherche doit être dotée d'une stratégie " gagnant-gagnant " répondant aux priorités nationales et permettant la sauvegarde de ses intérêts et ceux de l'organisme auquel elle est rattachée. L'une des menaces qui peuvent réduire les chances de succès d'un projet est la forte dispersion des efforts de la structure due à la non définition d'un plan de charge. Pour lutter contre ce risque, la structure de recherche doit définir sa propre politique scientifique et doit être munie d'un plan d'action quadriennal avec un plan de charge bien étudié mais permettant une certaine souplesse pour tenir compte des aléas associés aux activités de recherche Management du projet de recherche Les deux étapes du processus de production du savoir et des connaissances, décrites ci-dessus, ont permis de mettre en évidence l'importance qui doit être accordée au management du projet de recherche avant même son démarrage. En effet, les tâches 75

76 Tijani BOUNAHMIDI correspondantes sont stratégiques. Leur succès est une condition sine qua non pour la réussite du projet. La réalisation de ces tâches nécessite, comme il a été souligné plus haut, une politique scientifique, une stratégie et un plan d'action pour toute la structure de recherche ainsi que l'utilisation de techniques appropriées. Ces conditions font parties des normes nationales d'accréditation des structures de recherche, définies par le projet national de structuration de la recherche 10, et peuvent donc être réalisées dans le contexte actuel de l'um5a. Le management de la structure de recherche doit veiller au bon pilotage des projets de recherche menés par la structure à travers des mécanismes de coordination en laissant toute la latitude aux responsables des projets de s'acquitter de leurs tâches. Des rapports sur l'état d'avancement de chaque projet doivent être présentés au Conseil de la structure pour une évaluation interne. Ce conseil doit prendre les mesures nécessaires pour un bon déroulement des projets. Le management de l'activité de recherche revient au responsable du projet qui, pour une bonne performance de cette activité, doit définir des procédures pour les différentes tâches composant ce processus. Le programme des activités prévues lors du montage du projet doit être respecté le plus possible sauf en cas de force majeur. Bien entendu, vu le caractère exploratoire des activités de recherche, ce programme doit prévoir toute la souplesse nécessaire à la réalisation de ces activités. Lors du déroulement des activités de recherche, la communication externe sur ce déroulement et sur les résultats obtenus doit être bien gérée. Des engagements de confidentialité doivent être signés par tous les membres de la structure de recherche et ses partenaires ayant accès à l'information sur le projet. Un cahier de laboratoire relatant le déroulement de toutes les tâches liées au projet doit être tenu en respectant les bonnes pratiques en la matière. Des opérations de veille scientifique doivent être menées en continu pour suivre tout ce qui se fait à travers le monde sur la thématique traitée. Les résultats de ces opérations doivent être pris en considération dans la conduite des activités de recherche liées au projet. Ces résultats peuvent aussi renseigner sur les moments opportuns qui doivent être utilisés pour communiquer en externe sur le projet. La mise à jour de la base de données des structures de recherche travaillant sur la thématique du projet doit être effectuée régulièrement au cours du déroulement de celui-ci. Pour une meilleure valorisation des résultats de recherche obtenus, la forme et les moyens susceptibles d'être utilisés pour leur publication doivent faire l'objet d'une analyse approfondie Processus de diffusion des résultats de recherche La performance de ce processus dépend essentiellement du degré de succès du processus de production du savoir décrit ci-avant. Cependant, des résultats de recherche 10 Ministère Délégué Chargé de la Recherche Scientifique et Technique (24 mai 2004). 76

77 Valorisation des résultats de la recherche à l'université Mohammed V-Agdal de très bonne qualité peuvent se trouver mal valorisés si le processus de diffusion n'est pas performant. Dans le cadre de la mondialisation et de l'internationalisation de l'enseignement et de la recherche, les universités se voient évaluées et classées à leur insu par des organismes de benchmarking (Shangaï Jiao University 11,The Times 12, Leiden 13 ). Même si les résultats de ces classements sont critiquables sur les critères adoptés et leur façon de procéder, il n'en reste pas moins qu'ils ont produit un effet très significatif sur les universités à travers le monde. En effet, ces classements ont érigé des groupes d'universités (surtout américaines et anglaises) comme des universités leader et d'autres universités, dont des universités européennes notamment, comme moins performantes. Ce qui a amené des universités françaises, par exemple, à examiner la possibilité de se regrouper en pôles universitaires plus influents et de repenser leurs politiques scientifiques et leurs méthodes de gouvernance. Cet environnement de compétition internationale entre les universités à travers le monde, doit amener notre université à adopter des critères plus exigeants que par le passé en matière de la qualité des publications scientifiques de ses structures de recherche. C'est ainsi qu'elle a adopté, pour la répartition de son budget de recherche sur ses structures de recherche accréditées, pour la première fois de son histoire, des critères quantitatifs et qualitatifs relatifs à la production scientifique de ces structures. Cette tendance ira en s'accentuant durant les années à venir. D'où la nécessité de sensibiliser les enseignants-chercheurs et les doctorants à la méthodologie à suivre en matière de publications scientifiques. Ci-après, quelques règles de bonnes pratiques pouvant être observées par les structures de recherche pour une bonne performance du processus de diffusion des résultats de recherche : - ne publier que dans une revue indexée dans des bases de données ISI, car ce sont ces dernières qui sont le plus fréquemment utilisées dans les études de benchmarking des universités. Pour vérifier si une revue donnée est indexée dans l'une de ces bases, accéder au site ISI 14. En cas de difficulté d'accès, car l'accès à la plupart des rubriques du site n'est pas libre, essayer l'accès via le site Thomsonscientific 15. Une fois la page d'accueil du site obtenue, cliquer sur la rubrique " Master journal list ". La page web affichée va permettre de consulter les bases de données par domaine. Tous les champs disciplinaires sont présents dans ces bases. Après sélection du champ disciplinaire concerné, il est facile d'accéder à la liste des revues indexées dans la base de données correspondante revues sont actuellement indexées dans les bases de données ISI. - choisir parmi les revues indexées celles susceptibles d'être utilisées pour la publication des résultats de recherche concernés. Si plusieurs revues peuvent convenir, 11 SJTU (2003, 2004, 2005) THES (2004); THES (2005), voir 13 VAN RAAN A.F.J. (2005)

78 Tijani BOUNAHMIDI choisir l'une dont l'indice d'impact (mesuré en termes du nombre de citations par publication) est parmi les plus élevés. - le directeur de recherche doit toujours valider le choix de la revue effectué par un doctorant car, souvent, pour des considérations de délais, celui-ci préfère une revue moins exigeante. 4. Valorisation des résultats de la recherche contractuelle La recherche contractuelle est menée par les structures de recherche pour le compte de partenaires institutionnels ou socioéconomiques. Les activités correspondantes sont réalisées dans le cadre de contrats négociés avec ces partenaires. Pour un meilleur succès de ces activités, les négociations doivent être menées avec l'accompagnement des professionnels de la valorisation des résultats de recherche dont est dotée la structure de valorisation de l'université 16. Il est important de rappeler ici que l'université Mohammed V-Agdal dispose d'une structure de valorisation dotée d'un conseil d'orientation et d'un comité de pilotage, ainsi que d'antennes dans chacune de ses composantes : la structure de valorisation de la Présidence et une structure de valorisation par établissement. La structure de valorisation de l'université (SVU) comporte un service de veille scientifique, technologique, d'intelligence économique et de gestion de la propriété intellectuelle, d'un service Interface, pour la gestion de la recherche contractuelle, de transfert de technologie, des prestations de services et de la formation continue non diplômante, et d'un service d'incubation d'entreprises innovantes et d'entreprenariat. Cette structure, créée en 2005, se base sur l'expérience développée au Centre d'innovation Technologique depuis l'an 2000 sur les différents aspects de valorisation cités ci-avant 17. La commercialisation des produits et services générés par les structures de recherche accompagnées par la structure de valorisation de l'université, sera effectuée par une société filiale de l'um5a, qui est au stade de création. Cette entité va permettre d'améliorer la gestion financière des activités de recherche et de professionnaliser les activités de commercialisation développées par l'université. Même si un volume d'activité assez significatif a été réalisé par les enseignantschercheurs de l'um5a dans les domaines de la recherche contractuelle, de transfert de technologie, de prestations de services et de formation continue non diplômante, pour le compte de grandes entreprises nationales ou les PME à travers le Réseau de Diffusion Technologique (RDT) 18, beaucoup reste à faire pour une meilleure exploitation du potentiel de cette université dans ces domaines à condition que les dispositions suivantes soient prises : 16 UM5A (2005). 17 UM5A (2006). 18 RDT est créé par les deux ministères chargés de l'industrie et de la recherche scientifique et technique dans le cadre du projet de coopération maroco-française : Fonds de solidarité prioritaire " valorisation de la recherche et mise à niveau de l'entreprise ". 78

79 Valorisation des résultats de la recherche à l'université Mohammed V-Agdal - finaliser la structuration de la recherche à l'um5a, initiée en 2005, par la mise en place de structures plus performantes respectant le règlement de la recherche établi par la commission de recherche du Conseil de l'université. Ce règlement et les canevas de descriptifs de demandes d'accréditation des structures de recherche sont soumis à ce Conseil pour validation. En plus des structures prévues par le projet national de structuration de la recherche (équipe, laboratoire, centre d'études et de recherche et réseau de recherche interuniversitaire), le règlement de recherche de l'um5a prévoit, pour fédérer et créer des synergies entre les structures de recherche des établissements, la création de réseaux de recherche inter-établissements. Ces réseaux peuvent être d'une grande utilité pour le montage des projets relatifs aux activités concernant le présent paragraphe. Le succès de cette opération de structuration conditionne en grande partie l'amélioration des performances de notre université par rapport à ces activités et toutes les autres examinées dans cet article. - renforcer l'accompagnement des structures de recherche par la structure de valorisation de l'université en vue de développer un volume plus important d'activités dédiées au monde socio-économique et culturel. Les activités d'accompagnement de celui-ci doivent couvrir la prospection, la préparation des contrats et le montage des projets, le suivi de la réalisation des projets ainsi que la gestion financière et la gestion de la propriété intellectuelle associée. - créer quelques centres de R&D dans quelques domaines répondant à des besoins bien identifiés du monde socioéconomique et reposant sur des compétences avérées de notre université. Une fois ces dispositions prises, la négociation des contrats avec les partenaires socioéconomiques pourrait se faire dans des conditions susceptibles de permettre la sauvegarde d'un principe essentiel souvent adopté: le partage de la propriété des résultats se fait au prorata des efforts déployés par chaque partie. Pour apprécier ces efforts, tous les coûts directs et indirects doivent être pris en compte. En cas de dépôt de brevet, une règle de bonne pratique est de considérer que la propriété intellectuelle revient à l'université et aux inventeurs tout en faisant bénéficier le partenaire d'une licence d'exploitation non exclusive. Il est important de souligner que le rapport de forces qui règne actuellement entre le monde des entreprises et les universités impose à ces dernières des conditions contractuelles draconiennes telle que celle qui accorde les droits de la propriété intellectuelle exclusivement aux entreprises, même si elles n'ont payé qu'une toute petite partie des frais de réalisation des travaux de recherche correspondants. Pour un meilleur succès des activités de R&D contractuelles, le contenu de celles-ci doit être défini en se basant sur un travail de veille scientifique, technologique et économique afin d'orienter les investigations vers la recherche de solutions innovantes et compétitives sur le marché. Les bases de données bibliométriques et de brevets 19 ainsi que les sites commerciaux 20 et d'intelligence économiques peuvent être d'un grand apport pour ce travail. 19 Les principales bases de données des brevets peuvent être consultées sur les sites : A titre d'exemple : 79

80 Tijani BOUNAHMIDI 5. Valorisation des résultats des activités de développement Les activités de développement de nouveaux produits, services et procédés doivent être basées sur des besoins de marché bien identifiés. Avant de lancer une activité de ce type, il est recommandé de mener une pré-étude de marché succincte, afin d'évaluer les chances de succès de l'activité économique visée, ainsi qu'une étude de veille scientifique, technologique et d'intelligence économique pour inventorier les solutions concurrentes ou susceptibles de l'être à court ou moyen terme. Ces activités de développement nécessitent une expérimentation à différentes échelles et des équipements spécifiques (unités semi-pilotes et/ou pilotes) qui sont rarement disponibles dans les structures de recherche universitaires. Ainsi, pour mener de telles activités au sein de notre université, des centres de R&D spécialisés peuvent être créés dans des domaines d'activité répondant à des besoins réels du marché. Une étude de faisabilité pour la création de tels centres figure dans le plan d'action de l'um5a en matière de recherche pour l'année Pour une meilleure valorisation des résultats de ces activités, ceux-ci doivent être originaux et remplissant les conditions susceptibles de permettre leur protection par des titres de propriété intellectuelle. Il faut souligner que l'um5a a développé depuis quelques années une bonne expertise en matière des services liés aux brevets : recherche d'antériorité, examen de brevets, rédaction des mémoires descriptifs et procédures de dépôt national et international. 6. Valorisation des résultats des activités d'innovation Les activités d'innovation visent à transformer des résultats des activités de développement de nouveaux produits, services ou procédés en activités commerciales réussies. Cette transformation est effectuée dans des centres d'innovation qui permettent de mener les études de prototypage et de faisabilité technico-économiques des projets innovants. Les études de prototypage peuvent être menées par un centre de prototypage rapide spécialisé. Les études de faisabilité technico-économiques couvrent une étude de marché, une étude de l'ingénierie du projet permettant de dimensionner l'entreprise en projet pour une capacité de production fixée par l'étude de marché, une étude financière permettant d'évaluer la rentabilité du projet et un plan de financement de l'entreprise en projet dans le cas où l'activité prévue est rentable. L'étude de faisabilité doit être entérinée par la rédaction du plan d'affaire qui servira d'outil de négociation avec les partenaires potentiels. L'Université Mohammed V-Agdal possède une expérience dans ce domaine à travers le Centre d'innovation Technologique de l'ecole Mohammadia d'ingénieurs créé en 2000 dont j'ai été le fondateur et le directeur jusqu'à fin Elle projette dans son plan d'action de se doter d'un centre de prototypage rapide et de quelques centres de R&D spécialisés comme cela a été indiqué plus haut, de même qu'une pépinière d'entreprises innovantes au sein d'un parc scientifique prévu lui aussi dans ce même plan d'action. 80

81 Valorisation des résultats de la recherche à l'université Mohammed V-Agdal L'expérience de l'université en matière d'innovation montre que le succès de ce type d'activité dépend principalement de la capacité qu'a l'université à générer des projets remplissant les conditions nécessaires à une valorisation par la création d'activités innovantes. Ces conditions sont au nombre de trois: le potentiel de marché de l'activité économique concernée par le projet, la qualité de la solution proposée pour répondre à un besoin bien identifié du marché et enfin, la qualité entrepreneuriale de l'équipe du projet. Pour satisfaire la condition relative au potentiel du marché et celle liée à la qualité de la solution proposée, le choix des thématiques des activités de recherche liées au développement de nouveaux produits, services et procédés doit être effectué à la lumière d'une étude de veille, comme indiqué dans la section précédente. En ce qui concerne la troisième condition, une formation à l'esprit d'entreprendre doit être développée au profit des étudiants de Master et de doctorat et même à ceux de 1 er et de 2 ème cycle universitaire afin de les doter des capacités requises. Les mécanismes prévus dans la structure de valorisation de l'université Mohammed V-Agdal sont à même de relever ce défi si leur mise en œuvre est bien réussie. Conclusion Dans cet article, les techniques de veille scientifique et technologique et d'intelligence économique ont été mises à profit pour proposer une méthodologie susceptible d'améliorer les performances des structures de recherche en matière de valorisation des résultats de leurs activités. Selon cette méthodologie, le choix de la thématique de recherche doit être effectué en tenant compte de l'objectif d'une meilleure valorisation des résultats attendus. Le service "Top 25 Hottest articles" de Sciencedirect, par exemple, permet d'identifier les thématiques de recherche de base qui ont le plus d'attrait pour la communauté scientifique et dont les résultats produisent un impact maximum, en termes du nombre de citations. Les bases de données de brevets ainsi que des sites web renseignant sur les activités commerciales dans différents domaines d'activités économiques sont d'une grande importance pour le choix des thématiques de R&D et d'innovation. Les techniques de veille peuvent être aussi d'un grand intérêt pour le pilotage des projets et la stratégie de communication autour des résultats de ces derniers. La qualité du montage des projets et de leur management, combinée à l'emploi des techniques précitées, constitue un pré-requis utile pour la production de résultats susceptibles d'être bien valorisés. Le montage de projet doit se baser sur l'analyse "SWOT" de la structure de recherche concernée par rapport au projet considéré. Le montage du projet doit mettre à profit les forces de la structure, prévoir les moyens pour atténuer ses faiblesses, saisir les opportunités offertes par son environnement et éviter les menaces présentées par ce dernier. Une étude de benchmarking de la structure de recherche concernée à d'autres structures de recherche travaillant sur la même thématique du projet considéré peut aussi être d'une grande utilité pour le montage du projet. La mise en œuvre de la méthodologie présentée peut être facilitée par les dispositions 81

82 Tijani BOUNAHMIDI mises en application par l'université Mohammed V-Agdal par rapport à la structuration de la recherche, à la mise en œuvre de sa structure de valorisation et au plan d'action du Système National de Recherche et d'innovation s'adressant aux universités. Dans ce cadre, l'um5a apporte à sa communauté scientifique les soutiens suivants: - un soutien financier aux structures de recherche accréditées basé sur des critères de performances liés à la formation par la recherche, à la production scientifique et à la valorisation des résultats de cette dernière ; - un service de montage de projets de recherche pour soutenir les structures de recherche dans leurs efforts de recherche de financements des activités de recherche dans le cadre de programmes nationaux, bilatéraux et internationaux ; - un service de gestion des activités de recherche visant à apporter la logistique susceptible d'améliorer le fonctionnement des structures de recherche accréditées; - l'édition de benchmarks dans certains domaines d'importance pour la politique scientifique de l'université respectant les priorités nationales en relation avec la production de nouveaux savoirs et le développement socioéconomique du pays; - l'encouragement d'une politique de publication ciblée visant l'indexation des revues de l'université dans les bases de données bibliométriques internationales telle que ISI ; - une structure de valorisation de la recherche dotée des principaux outils susceptibles de permettre la valorisation des résultats de recherche au profit du développement socioéconomique du pays et de faire émerger des projets innovants. Bibliographie BOUTALEB JOUTEI H. (2006), Plan d'action de l'université Mohammed V- Agdal, Projet de développement de l'um5a, éd. UM5A, Rabat. DEMIRBAS A. (2007), "Progress and recent trends in biofuels" in Progress in Energy and Combustion Science, Volume 33, Issue 1, Elsevier, Amsterdam, pp MA F., HANNA M.A. (1999), "Biodiesel production: a review " in Bioresource Technology, Volume 70, Issue 1, pp Ministère de l'education Nationale, de l'enseignement Supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche Scientifique (04 et 05 mars 2006), Actes de la Rencontre Nationale sur la Recherche Scientifique et Technologique, Rabat. Ministère Délégué Chargé de la Recherche Scientifique et Technique (24 mai 2004), Projet de structuration de la recherche au Maroc, Journée nationale de structuration de la recherche, Rabat. SJTU, Academic Ranking of World Universities (2003, 2004, 2005), Shanghaï, Tong University, Institute of Higher Education. THES (2004), "World University Rankings: The World's Top 200 Universities (2004)" in 82

83 Valorisation des résultats de la recherche à l'université Mohammed V-Agdal The Times Higher Education Supplement, November 5. THES (2004), "University rankings cause global stir" in The Times Higher Education Supplement, November 12. THES (2004), "The best of the bright sparks" in The Times Higher Education Supplement, December 10. THES (2005), "World University Rankings. Who is Number One?" in The Times Higher Education Supplement, February 24, April 29, May 2. UM5A (2005), Potentiel et structures de valorisation de la recherche à l'université Mohammed V-Agdal, éd. UM5A, Rabat. UM5A (2006), Bilan de l'université Mohammed V-Agdal, éd. UM5A, Rabat. VAN RAAN A.F.J. (2005), "Challenges in Ranking of Universities" in The First International Conference on World Class Universities, Shanghaï Jaio Tong University, Shanghaï, June

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85 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Les Sciences Humaines à l'université marocaine entre recherche fondamentale et engagement dans l'effort de développement, le cas de la Géographie Mohamed BERRIANE* Doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Mohammed V - Agdal, Rabat ±AUØq ±d DW Qßd «U Os HºNr. w c««liu UË Ê In ËÆHW Ë Oe Kv c««πu V ±s «Y «πu±fw. Ë ºU b Kv «Æ d«õ Fi «Ku NcÁ «ôød«u. Ë M Z cá «ù UÆU s ØuÊ «Y w «FKu «ù ºU OW ô FU±q Ø Y ßUßw Í îbuåou ØLU d l CU cë U v uÿ ±s «Ou W NcÁ «L U Y. Ë LJs «LUœ «πgd«ou öß ANUœ Kv c««u{l. Nc««ªBh u{` w Hf «uæx c««bë Ë d «LAUØq «w F d c««muÿ ±s «Y ± Uœ ««Fb b ±s «U Os «L bîkos ØQ d«œ Ë w U d Y MIq «FKu «ù ºU OW v ßU W «FLq «LOb«w, Ë HCq e««uà «_ØUœ LOW Ë«ù d«zow ±FU,«w F d s p S t M Bd w ±º uè «ªDU». Ë U HFq, SÊ LuÆl «FKu «ù ºU OW U Mº W ICU U «MLOW Ib ±JU OU ºL` S Uœ «ô U Nc««Y. Ib Å ` c«±ljmu HCq «FKu «ù ºU OW døe OµU AOµU Kv «Lu{u U «Ld DW Uô LU±U «U OW KLGd» Ë«LGU W w ±πu «MLOW. ô Ê c««bë «NU Od ±F d t ßLOU Ë v «Bq Uù{U W v «LU±U t «LAdË W ù Uà ±Fd W KLOW, Å ` «Ou «Y «_ØUœ Lw w ±Kªh Introduction Les recherches en Sciences Humaines se focalisent de plus en plus de nos jours sur des thématiques qui renvoient aux préoccupations actuelles du Maroc et des Marocains. Mais ce rôle n'est pas reconnu officiellement ou alors cette reconnaissance se limite au niveau du discours. Le positionnement des SH par rapport aux questions du développement offre de grandes possibilités de valorisation de cette recherche. Ceci a été possible grâce, d'une part, à des initiatives de nombreux chercheurs intervenant individuellement ou en groupe pour porter les SH sur le terrain de l'action pratique et, d'autre part, à un foisonnement des recherches à la fois académiques et opérationnelles qui traduisent une certaine vitalité de ces disciplines. Le cas de la Géographie peut à la fois illustrer ce rôle, mettre en évidence les problèmes que rencontre cette recherche en suggérant quelques pistes pour des solutions à ces blocages. Ces blocages résultent du * Professeur, Responsable de l'equipe de Recherche sur la Région et la Régionalisation, à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Mohammed V-Agdal, Rabat. 85

86 Mohamed BERRIANE fait que la recherche dans les sciences humaines n'est pas traitée comme une recherche majeure et spécifique. La Géographie en tant que discipline scientifique universitaire relevant du large champ des sciences humaines et sous sa forme moderne a commencé à se mettre en place au Maroc dès le début du siècle dernier. Les premières recherches géographiques publiées dans la Revue de Géographie du Maroc remontent, en effet, à De cette date à nos jours, la Géographie est passée au Maroc par différentes phases et a répondu à différents objectifs: - Science auxiliaire de la pénétration coloniale, elle a préparé celle-ci et l'a accompagnée grâce à un travail d'exploration et de reconnaissance systématique des grands ensembles de reliefs et des territoires occupés par les différentes tribus. Des noms comme G. Hardy et J. Célerier (1933) ont marqué cette époque et des analyses détaillées ont été consacrées à cette Géographie du début du siècle (Naciri, 1989) ; de ce fait on ne s'arrêtera pas sur cette époque dans ce qui suit. - Méthode d'analyse des relations de l'homme avec son espace, elle est utilisée dès les premières années de l'indépendance pour préparer des actions de développement. Il faut, en effet, rappeler ici, que dès 1957, des géographes comme Couleau (1957) ou Joly (1960) étaient sollicités par le Ministère de l'economie Nationale pour proposer des découpages du Maroc permettant à l'administration de l'époque de mener des enquêtes socio-économiques en bonne et due forme, alors qu'aujourd'hui les géographes ne sont pratiquement plus impliqués dans les découpages officiels et le remodelage du territoire que confectionne l'administration de l'intérieur. Ils mènent certes des réflexions pertinentes relatives à cette problématique 1, mais les résultats de leurs travaux sont rarement pris en compte - Discipline d'éveil, elle occupe une place de choix dans le cursus de l'enseignement primaire et secondaire en accompagnant le processus d'identification de l'élève à son pays et à sa société. C'est probablement cette place privilégiée dans l'enseignement secondaire qui lui porte préjudice, quant à la place réelle qu'elle devrait occuper au niveau de la prise de décision. En effet, on peut émettre l'hypothèse que pendant longtemps, les décideurs et les politiques ne retiennent de la géographie que ce qu'ils ont reçu comme enseignements à l'école ou au lycée, soit une discipline de découverte certes, mais aussi de mémorisation des altitudes, des noms de lieux, des rivières, etc. et non une discipline scientifique pouvant avoir des retombées sur le développement. Or, la Géographie a une autre dimension, que des pays et des sociétés appartenant à différentes aires culturelles ont valorisée depuis fort longtemps et que notre pays commence juste à saisir ces dernières années. Il s'agit de la capacité de cette discipline à accompagner l'effort de développement : - Par ses questionnements et thématiques se rapportant aux rapports qu'entretient 1 Voir l'ouvrage, Maroc, Régions, pays, territoire, chez Maisoneuve - Larose et Tarik, de Jean François Troin et al. lauréat du prix Grand Atlas et paru la même année en version arabe sous le titre: Le Maroc : une nouvelle approche de géographie régionale, Edition Tarik. 86

87 Les Sciences Humaines à l'université marocaine l'homme avec son environnement à différentes échelles (le local, le régional et le national); - Par ses méthodes d'approche faisant largement appel à un travail de terrain qui descend à la plus petite unité spatiale, obligée qu'elle est de créer de l'information originale, alors que les données ne sont disponibles qu'agrégées au niveau des grandes unités spatiales; - Par ses investigations qui combinent de plus en plus le quantitatif et le qualitatif et qui font appel et de façon systématique aux Nouvelles Technologies de l'information. Rappelons ici que l'une des techniques les plus utilisées aujourd'hui par plusieurs disciplines dans le domaine du développement et qui est connue sous le nom de Système d'information Géographique porte de manière significative le nom de la discipline; - Par ses analyses où le travail empirique se conjugue de plus en plus à des approches relevant du systémique. Par tous ces aspects la science géographique se focalise aujourd'hui sur la notion d'espace et de ses dynamiques. Or, qui dit espace et distribution spatiale des faits de nos jours, pense à environnement, aménagement, développement, gestion de l'espace, territorialisation qui sont toutes des questions d'actualité et des notions qui renvoient aux préoccupations actuelles du Maroc et des Marocains. Préoccupations tournant autour de mots d'ordres tel que : maîtrise et gestion de l'environnement ; gestion et développement au niveau local ; développement durable, aménagement du territoire ; aménagement et gestion de la ville, etc. Or, bien que ce rôle que joue de plus en plus la Géographie dans les domaines touchant au développement sous d'autres cieux ne soit pas affecté ni reconnu officiellement à la Géographie marocaine, celle-ci a pu se positionner progressivement en même temps que les autres sciences humaines par rapport à ces questions. Une analyse de l'état des lieux de cette recherche et un essai de projection dans l'avenir proche nous permettront de prouver cela. 1. L'état des lieux de la recherche géographique au Maroc: vitalité, diversité et tendance nette vers la recherche appliquée 1.1. La vitalité Soulignons tout d'abord la vitalité de la recherche géographique marocaine, vitalité d'autant plus étonnante que les conditions de cette recherche sont peu favorables. On peut saisir cette vitalité à travers le corpus des thèses soutenues aussi bien dans les universités françaises que marocaines. Il est malheureusement difficile de baser l'analyse qui suit sur une série statistique complète et sans rupture car cela demandera des recherches longues pour faire l'inventaire de tous les travaux de recherches soutenus sur le Maroc. Cependant à partir d'un premier inventaire effectué par le laboratoire URBAMA de l'université de Tours et qui s'arrête en 1985 et complété ici avec la liste des thèses 87

88 Mohamed BERRIANE soutenues à l'université de Rabat jusqu'à aujourd'hui on peut faire les constatations suivantes : - Le démarrage de la recherche au Maroc a commencé dès le milieu du siècle dernier avec la première thèse soutenue en 1941 par Jean Dresch ; - Entre 1941 et 1969 ce sont exclusivement des thèses préparées par des chercheurs français, soit de la période coloniale, soit dans le cadre de la coopération des premières années de l'indépendance ; - A partir de 1970 la relève des chercheurs français par de jeunes chercheurs marocains commence. Elle est d'abord timide avec une moyenne d'une thèse soutenue par an, puis connaît une véritable explosion à partir de la fin des années Puis dès 1980 le relais est pris par l'université marocaine devant laquelle le nombre de thèses présentées augmente considérablement. Cette tendance perdure jusqu'à nos jours - Au total et à travers ce seul échantillon ce sont 400 thèses portant sur le Maroc dont environ 40 % sont signées par des chercheurs marocains avec pour la période une moyenne de 12.5 thèses par an. Ce qui est loin d'être négligeable La diversité de la recherche classique A l'examen des thématiques abordées par cette recherche académique, on relève une certaine diversification des thèmes, en relation étroite avec l'évolution générale du pays. - Dans un premier temps, les domaines relevant du milieu naturel sont privilégiés avec une dominance de la géomorphologie classique. C'est l'époque de l'exploration, de la reconnaissance du territoire qui est ainsi couvert d'une série de thèses (surtout d'etat) par grandes régions naturelles; - Dans un deuxième temps, les études consacrées au milieu rural se développent avec une grande cadence traduisant les problèmes que vivent les campagnes marocaines au cours des années 80; - En corrélation avec les transformations du milieu rural, le Maroc connaît comme on le sait une explosion urbaine qui se traduit par la multiplication des études urbaines. Les thèmes le plus souvent abordés révèlent la récurrence des préoccupations des aménageurs et des décideurs de l'époque. Mécanismes de la croissance urbaine, habitat non régulier, économie urbaine, périphéries, entités socio-spatiales, problèmes du foncier sont les thèmes qui reviennent le plus souvent. - Arrivent ensuite des thèmes sectoriels tel que le tertiaire en général, l'industrie, les migrations, les relations villes campagnes, le tourisme qui traduisent l'accélération des transformations que connaissent espace, société et économie. Il est certain que cette classification rapide peut être discutable dans la mesure où les études revenant aux milieux urbain et rural peuvent englober en même temps ces thèmes sectoriels. - Dans l'ensemble, une mention spéciale doit être formulée en ce qui concerne les 88

89 Les Sciences Humaines à l'université marocaine recherches portant sur la morphologie, l'industrie, le tourisme, les mouvements migratoires, la croissance urbaine et les transformations des campagnes. Dans tous ces domaines des percées notables ont été enregistrées et des éléments pouvant contribuer à la gestation d'une véritable école géographique marocaine sont réunis. Reste que sans appui et sans accompagnement de la part des autorités de tutelle de la recherche scientifique, cette école ne pourra en aucun cas s'affirmer. Tous ces thèmes, qu'ils soient sectoriels ou par milieux, couvrent pratiquement tout le territoire national y compris les espaces les plus éloignés. Il subsiste cependant des territoires qu'il faudra combler lors de la mise au point de programmes de recherche spécifiques. Il s'agit d'une vaste zone qu'on peut situer au sud d'une ligne joignant Safi au Tafilalet et qui couvre plusieurs régions du sud du Maroc L'élargissement du champ disciplinaire grâce aux recherches soutenues financièrement Mais la recherche géographique moderne ce n'est pas seulement les thèses et les travaux académiques classiques. Cette recherche se décline également à travers les études commandées, les projets de recherche menés dans le cadre de la coopération internationale et les programmes de soutien inaugurés récemment par le Département de l'enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Il est pratiquement impossible à ce propos de faire un inventaire systématique et il serait souhaitable que l'une des actions qui pourrait être initiée soit un travail de recueil de tous les projets terminés ou en cours dans le cadre des différents programmes de soutien de la recherche. Ce travail d'inventaire est d'un grand intérêt car il permettra de faire le point sur les domaines les plus étudiés et ceux qui, malgré leur importance, n'ont pas encore été abordés ou peu. Ceci servira de critère pour encourager par des financements appropriés les recherches qui abordent ces domaines encore peu défrichés. Afin d'illustrer cette démarche, nous proposons ici une petite mise au point à travers les travaux de recherche menés dans le cadre du PARS et du PROTARS I et II. L'inventaire des thèmes ayant reçu un financement permet de tirer quelques enseignements. Relevons tout d'abord que le fait que ces programmes de recherche ne relèvent pas de la recherche académique devant déboucher sur un diplôme ouvre de grandes perspectives quant à la diversification des thématiques. Ceci est tout à fait évident dans la mesure où le choix du sujet d'une thèse passe obligatoirement par la nécessité de son insertion dans un des domaines de spécialisation académique. Un projet de recherche libre mais soutenu financièrement peut aborder des thématiques qui se libèrent de cette contrainte mais qui traduisent les préoccupations du moment. C'est ainsi que les quelques projets en cours offrent un éventail de thématiques plus large : - Les études que l'on peut classer dans la rubrique environnement et développement durable sont assez abondantes ; - Elles sont suivies par celles qui relèvent de la thématique du développement local. 89

90 Mohamed BERRIANE - Arrive ensuite la cartographie des espaces urbains avec une importance particulière accordée à la cartographie automatique et aux Systèmes d'information Géographique. Cela démontre donc l'importance de l'appui financier à la recherche. Ce dernier lui permet de se libérer des contraintes académiques, de coller davantage aux problèmes de l'heure et partant d'accompagner les efforts de développement. Cependant, on ne peut que souligner la faiblesse numérique de ces recherches soutenues. L'effort à accomplir dans ce sens est encore considérable, surtout si on compare ce bilan à celui des sciences exactes largement avantagées par ces programmes de soutien Les études commandées : la place de la recherche appliquée et des études opérationnelles De par ses préoccupations spatiales, la Géographie a toujours été sollicitée - et elle l'est de plus en plus - dans le cadre des études commandées. Ses interventions sont spécialement recherchées dans tout ce qui relève de la production des outils d'aménagement à toutes les échelles, des études d'impact et d'environnement, et généralement les études socio-économiques. Là aussi, il est aujourd'hui impossible de se faire une idée sur toutes les interventions des géographes dans ces types d'études. Mais on peut dire sans risque d'erreur qu'aujourd'hui il n'y a pas un SDAU, un SDAR, un SNAT ou une étude d'aménagement en général pour lesquels l'équipe ne comporte pas de géographes et de cartographes. Ces derniers sont sollicités soit du fait de leur spécialisation poussée sur tel ou tel espace, objet de l'intervention, et ce suite à une longue pratique du terrain et la connaissance intime qui s'en suit, ce qui est un grand atout, soit du fait de la maîtrise de telle ou telle technique comme la cartographie par exemple. Mais le plus souvent c'est la pratique courante des enquêtes socio-économiques qui les rend incontournables. Il y a là un lien étroit et indéniable entre la recherche d'un côté et le développement de l'autre. Ce qu'on peut cependant déplorer c'est que ces liens entre la recherche géographique et le développement ne soient pas organisés et institutionnalisés. En effet, les chercheurs de l'université sont sollicités à titre individuel et personnel sans que cela ne se fasse dans le cadre des équipes en place ou des universités. Il est de ce fait urgent, que responsables et commanditaires des études d'un côté et autorités universitaires de l'autre mettent en place des mécanismes pour intégrer ce travail de consultation et de prestation de services dans le cadre des missions de l'université. Il serait notamment souhaitable que d'un côté les bureaux d'études recrutent de jeunes chercheurs à plein temps et que de l'autre les interventions des universitaires se fassent également à travers l'université en tant qu'organisme prestataire de services. Ceci profiterait à la fois à la recherche en général qui se donnerait ainsi les moyens dont elle a besoin et à la formation et ce grâce à l'insertion des étudiants avancés et des jeunes chercheurs dans les études et la recherche appliquée et contribuerait à l'enracinement de l'université dans son milieu. Cette descente de la Géographie dans la sphère publique, qui a quitté l'université pour aller à la rencontre des besoins de développement a connu son apothéose lors du débat 90

91 Les Sciences Humaines à l'université marocaine national sur l'aménagement du territoire au cours duquel des géographes universitaires, souvent jeunes chercheurs, on pu se mobiliser pour organiser et animer pour le compte du Ministère de l'aménagement du territoire, des ateliers locaux et des forums régionaux. 2. Les perspectives Cette reconnaissance un peu tardive mais officielle du rôle que pourrait jouer la Géographie dans la vie publique du pays augure d'un avenir meilleur pour cette discipline. Reste que les obstacles et les besoins sont encore considérables. Pour les surmonter il ne suffit pas d'exiger des responsables et des instances qui ont la tutelle de la recherche scientifique plus de soutien. Les géographes ont parallèlement à ces sollicitations la responsabilité et le devoir de s'organiser et de se remettre continuellement en question. Quelles sont donc les perspectives? 2.1. Les axes prioritaires De l'analyse des thèmes qui ont été le plus abordés au cours des décennies précédentes par la recherche géographique, on peut tirer les enseignements suivants : Il semblerait que les préoccupations de la Géographie évoluent en relation étroite avec les préoccupations du pays et ses priorités. Axant ses investigations sur l'analyse et la compréhension de la société dans ses relations avec son milieu, elle a focalisé ses approches sur les milieux physique, urbain et rural. Aujourd'hui et après ce travail de reconnaissance et de connaissance, elle semble affiner ses thématiques et les axes de recherche portant sur l'environnement, le développement durable, le développement local, la gestion des territoires les analyses régionales, la télédétection, la cartographie numérique et les SIG etc., sont privilégiés, mais encore insuffisamment couverts. Or, ce sont justement ces axes de recherche qui ont le plus d'impact sur le développement. Il faut donc les renforcer et les encourager. Reste que des sous-thèmes qui renvoient à ces grands thèmes sont encore négligés ou timidement approchés. Ils sont cependant d'une grande importance pour le développement économique et social. Il s'agit de tous les domaines qui relèvent de ce que l'on appelle désormais la géographie sociale et culturelle. Plusieurs thèmes sont encore insuffisamment prospectés. Citons en quelques uns: la Géographie de la santé que ce soit en milieu urbain ou rural ; la Géographie électorale, la gestion des collectivités locales et la gouvernance (notamment l'épineux problème de la gestion de nos déchets) ; l'analyse des entités socio-spatiales, des territoires en gestation et des remodelages régionaux ; l'analyse du rôle des élites et des acteurs locaux ; l'implication de la géographie dans les thèmes transversaux peut être d'une grande utilité. 91

92 Mohamed BERRIANE Ce sont là des axes qui ont des retombées directes sur le développement, si on admet que l'homme reste au centre de toute action de développement. La connaissance de la réalité socioculturelle des populations concernées est désormais indispensable pour toute intervention visant un développement quelconque. Le document de l'unesco présentant la décennie mondiale de la culture déclare bien que " Tout projet de développement économique et social qui ne prend pas en compte en même temps le milieu naturel et culturel d'une population donnée risque d'être voué à l'échec, pour cela il faut abandonner la conception restrictive du développement et veiller à ce que l'être humain ne soit plus considéré comme l'agent d'un progrès sans qualités et surtout restituer aux valeurs culturelles et humaines leur place centrale dans le développement économique et technologique " Une série de problèmes Les perspectives de la recherche géographique c'est aussi une série de blocages à lever. Ces blocages résultent du fait que la recherche en Géographie (comme en sciences humaines en général) n'est pas traitée comme une recherche à la fois majeure et spécifique. L'intérêt porté de plus en plus à la Géographie, notamment lors des études commandées, contraste avec le peu d'intérêt dont elle bénéficie auprès des responsables et dans les milieux scientifiques en général. Ceci se répercute sur les moyens dont elle dispose et le soutien dont elle bénéficie. La situation est donc loin d'être satisfaisante et il est utile de s'arrêter quelque peu sur ce qui semble être les raisons de ce peu d'intérêt accordé à la Géographie La Géographie et les Sciences Humaines ne sont pas encore reconnues comme disciplines majeures Le manque de reconnaissance est manifeste et ne date pas d'aujourd'hui. Rappelons qu'au cours des années 70 et 80 de nombreux bureaux d'études faisaient appel à des géographes pour leur savoir-faire indispensable à la réalisation des études commandées mais les présentaient au sein des équipes comme des socio-économistes, spécialistes de tel ou tel domaine. Les présenter comme géographe ne faisait pas sérieux et ce tabou n'a commencé à disparaître lentement qu'au cours des dernières années. C'est depuis quelques années que les termes de références de certaines études d'aménagement commencent à spécifier que l'équipe devra comporter un géographe. Cette non reconnaissance se retrouve également lorsqu'on aborde la question de la relation recherche/développement et ceci concerne me semble-t-il toutes les sciences humaines. En effet, à partir du moment où ces sciences n'aboutissent pas à des avancées technologiques, ne donnent pas lieu à des brevets déposés, elles sont considérées comme inintéressantes (sauf au niveau du discours). Or si la technologie peut à la limite être importée, la connaissance de la société pour laquelle cette technologie est sollicitée ne peut absolument pas l'être. Cette connaissance lorsqu'elle n'est pas menée dans le cadre d'une recherche en sciences sociales au sein d'écoles de recherche nationales peut faire avorter telle ou telle intervention. Et nombreuses sont les interventions purement 92

93 Les Sciences Humaines à l'université marocaine technicistes qui ont échoué car non accompagnées d'une bonne connaissance des communautés auxquelles elles étaient destinées. Le lien entre la recherche géographique en particulier et les sciences humaines en général d'un côté et le développement de l'autre, s'il n'est pas évident pour beaucoup, c'est parce que ces sciences sont assimilées à des études et recherches littéraires. Lors de la mise en place des Masters par les universités marocaines, un programme de financement pour l'accompagnement de ces nouvelles filières fut mis au point. Il rentre dans le cadre du FSP qu'offre la coopération française et concerne plus particulièrement les Master professionnels. Or, en examinant la liste des Masters considérés comme prioritaires -nous dit-on par la commission maroco-française- on est frappé par l'absence totale des Master professionnels relevant des Sciences Humaines, alors même que ce type de formation ne nécessite pas des coûts excessifs. La même constatation peut être faite lors de la distribution des bourses octroyées par le Ministère de tutelle aux étudiants de ces mêmes Masters : rares sont les filières Sciences Humaines qui ont eu droit à un quota de 60%. Tout ceci pour dire que la reconnaissance du caractère prioritaire des Sciences Humaines n'est pas à l'ordre du jour Les difficultés à éveiller l'intérêt des partenaires au niveau régional et local Le développement local et régional a besoin d'expertises et d'études que les bureaux d'études et d'ingénierie facturent au prix fort aux collectivités locales et régionales. Cette expertise existe bien au sein de l'université puisque parfois ces mêmes bureaux d'étude font appel aux enseignants chercheurs de cette université pour réaliser les études que les collectivités leur commandent. Mais ces mêmes Universitaires ont du mal à éveiller l'intérêt de ces commanditaires et lorsqu'ils arrivent à le faire, ils doivent accepter de réaliser ces mêmes études sans contrepartie, leur travail étant de la sorte dévalorisé La Géographie n'est pas reconnue comme discipline spécifique relevant du champs des sciences humaines Elle est traitée de la même façon que les sciences exactes et doit de ce fait postuler pour des programmes de recherches conçus, programmés et évalués selon des logiques relevant des sciences exactes. Citons ici comme exemple le programme des actions intégrées maroco-françaises et les programmes du PARS et PROTARS. L'essentiel des mesures que contiennent les actions intégrées concernent les séjours en France pour les 2 L'exemple le plus significatif est celui de l'expérience menée par une équipe de recherche de l'université Mohammed V - Agdal qui devait être associée au CRT pour l'élaboration du Plan de Développement Touristique Régional. Cette étude qui est une des obligations des Conseils Régionaux du Tourisme, coûte des millions de DH lorsqu'elle est réalisée par des Bureaux d'etudes. Le montage d'un partenariat Université/Conseil Régional/CRT allait permettre la réalisation de cette étude à un coût très bas puisque les intervenants de l'université ne réclamaient que la prise en charge des frais de l'étude. Cependant et après avoir travaillé plusieurs mois et de façon bénévole pour la rédaction du Cahier des Prescriptions Spéciales et après le virement par le Conseil Régional de la somme devant couvrir les frais de l'étude, on fait savoir à l'équipe universitaire qu'elle était la bienvenue à continuer à travailler sur l'étude si elle était prête à le faire bénévolement!!! 93

94 Mohamed BERRIANE Marocains et au Maroc pour les Français, ce qui se traduit par des financements de séjours dans les laboratoires respectifs des chercheurs que regroupe l'action intégrée. Or, on le sait, les séjours dans les laboratoires relèvent plus des sciences exactes que des sciences humaines et sociales. Pour ces dernières et notamment la Géographie, les besoins se situent ailleurs : c'est par exemple les déplacements en commun sur le terrain de recherche, ce sont les enquêtes à traitement quantitatif ou les interviews et autres entretiens à traitement qualitatif. Ces rubriques sont pratiquement absentes dans le mode de financement des actions intégrées. Le PARS et le PROTARS limitent volontairement les frais de déplacement à l'intérieur du pays à 10% du total de la subvention et accordent tout le soutien à l'équipement des laboratoires et des analyses : là aussi la référence aux sciences exactes est manifeste. De ce fait elle est peu sollicitée par les programmes d'appui à la recherche. Le meilleur exemple de ce peu d'intérêt est la faiblesse extrême du nombre de projets relevant de la discipline ayant pu obtenir un financement dans le cadre du PROTARS II. Sur un total de 133 projets retenus pour un financement, 11 seulement relèvent de domaines pouvant s'apparenter à la Géographie et aux Sciences Humaines ou Sociales La recherche en Sciences Humaines souffre de complications administratives et sécuritaires La nécessité du travail de terrain passe encore et toujours par l'incontournable autorisation de recherche qui relève des services du Ministère de l'intérieur. On peut se demander en effet jusqu'à quand il faudra continuer d'exiger des chercheurs en Sciences Humaines ces autorisations dont l'obtention peut durer jusqu'à 6 mois, alors que les techniques des enquêtes et des sondages commencent à se diffuser dans la société marocaine et donc à se banaliser. Aider la recherche scientifique en Sciences Humaines en général et en Géographie en particulier nécessite la suppression d'urgence de ce blocage qui n'existe plus dans les pays avancés La recherche en Sciences Humaines a besoin de données détenues par l'administration et différents services publics Outre le travail de terrain destiné à produire de l'information originale, la Géographie a besoin de données diverses : cartographie numérique, statistiques déjà élaborées, données météorologiques, planches des districts de recensement, etc. Or, non seulement ces données déjà existantes sont difficiles à obtenir de l'administration connue par sa tendance à la rétention de l'information, mais celle-ci commence de plus en plus à les commercialiser. Les exemples des données de la météorologie nationale devenues excessivement chères, des cartes topographique pour lesquelles la réduction accordée autrefois à l'université vient d'être supprimée et des planches des limites des districts du recensement cédées désormais à 1000 DH la planche sont les plus significatifs. Dans le cas d'une recherche portant sur un territoire donné et bénéficiant d'un petit budget, celuici est entièrement englouti pour l'acquisition des données. Or, ces mêmes données parfois extrêmement élaborées (exemples de fonds de cartes numérisés accompagnés de 94

95 Les Sciences Humaines à l'université marocaine banques de données) sont dans d'autres pays qui reconnaissent la valeur de la recherche géographique gratuitement offertes aux universités La recherche géographique souffre d'une série de problèmes internes aux géographes De nombreux problèmes et blocages dont souffre la recherche géographique sont inhérents aux géographes eux mêmes. La méconnaissance de la part des chercheurs des procédures de recherche de moyens arrive en tête de ces handicaps. Devant la multiplication des sources de financement et de la fréquence des appels d'offre nationaux et internationaux, les chercheurs en Sciences Humaines sont pratiquement désarmés devant les procédures de montage de projets. Or, ces procédures de montage font l'objet de sessions d'apprentissage dans d'autres pays et il y a là une possibilité d'autoformation que les géographes marocains devraient explorer. La faiblesse, voire l'absence, de l'interdisciplinarité et du travail d'équipe est un deuxième handicap. Plusieurs tentatives ont eu lieu et l'apprentissage est également une nécessité dans ce domaine. L'interdisciplinarité fait défaut même au sein de la discipline même. Elle s'explique en partie par l'organisation des géographes par spécialités. C'est ainsi qu'après les géomorphologues, ce sont les géographes ruralistes, les climatologues et les géographes urbanistes qui se sont organisés et qui animent des rencontres régulières. Ceci ne fait que creuser les fossés qui séparent de plus en plus ces disciplines alors que l'un des atouts de la Géographie est justement sa capacité de synthèse entre des éléments relevant de la nature et ceux se rapportant à l'homme. Ce manque d'organisation à l'échelle de la discipline dans sa globalité accuse la faiblesse de circulation de l'information entre les différents chercheurs. Des redondances dans les thématiques de recherche et surtout dans les sujets de recherche académiques en sont un résultat direct. Conclusion : des esquisses de solutions Il est inutile d'insister dans cette conclusion sur l'importance des Sciences Humaines pour le développement d'un pays. La Géographie marocaine avec les autres sciences de ce champ disciplinaire apportent et ont apporté une très importante contribution dans ce domaine. Elle occupe en outre une position honorable sur le plan international. Mais tout ceci a été obtenu grâce à des efforts individuels. Certes la situation commence à s'améliorer depuis cinq ou six années, mais elle est loin d'être satisfaisante. Un effort d'accompagnement et d'appui pourrait aboutir à des résultats encore plus performants. Mais aider et soutenir la recherche en Géographie ne se limite pas à un appui financier ; cela suppose un accompagnement sur plusieurs plans : - Intégrer la spécificité de la géographie et des Sciences Humaines lors de la rédaction des appels d'offre. Un travail de formation et d'information peut être également dirigé vers les candidats souhaitant répondre aux appels d'offre et ces derniers pourraient prévoir des programmes spécifiques pour la discipline; 95

96 Mohamed BERRIANE - Tenir compte de la contrainte terrain dans les programmes de financements nationaux et des Actions Intégrées. Une révision des textes régissant la gestion des finances et des comptes hors budget est indispensable; - Faciliter l'obtention des autorisations de recherche et des données détenues par l'administration. Un système de conventions passées entre l'autorité de tutelle des universités d'un côté et le ministère de l'intérieur et les autres organismes détenteurs de l'information pourrait être mis en place; - Concrétiser rapidement les procédures contenues dans la réforme de l'enseignement supérieur et des universités et allant dans le sens d'une Université prestataire de services. Ceci permettra aux équipes de chercheurs déjà constituées ou celles qui seront mises sur pied de postuler pour mener des études pour le compte des administrations et des collectivités locales; - Encourager l'interdisciplinarité aussi bien au sein même de la discipline qu'avec les autres Sciences Humaines et les autres sciences; - Ceci pourrait se réaliser entre autre par l'organisation régulière d'assisses des Sciences Humaines et Sociales, par la réalisation d'expertises destinées à dégager des axes de recherche communs, et en encourageant et en généralisant le concept des pôles de compétence sans toutefois tomber dans le saupoudrage; - Mettre en place un système d'association d'équipes au CNRST avec des contrats qui ne se limitent pas à un projet de recherche mais portent sur un programme de recherche étalé sur plusieurs années. En échange de l'exécution de ce programme, le CNRST peut fournir une partie du financement et un appui en personnel technique et administratif permanent. L'équipe devra de son côté chercher le reste du financement grâce justement au label d'association; - Une prise en main par les chercheurs eux-mêmes de ces champs disciplinaires pour une organisation et structuration internes et une disposition à répondre à tous les appels d'offre même ceux qui semblent ne pas tenir compte des spécificités des Sciences Humaines. Il faut à ce propos déplorer le fait que parfois ce sont les géographes qui ne croient pas en l'utilité de leurs disciplines; - Amener les donneurs d'ordre en matière d'études commandées à croire en la capacité d'expertise de l'université et à la traiter sur le même pied d'égalité que les bureaux d'études. Références bibliographiques BERRIANE M. (2002), La Géographie universitaire au Maroc : de la recherche fondamentale à l'engagement dans l'effort de développement, RGM, Vol. 20, nouvelle série, n 1 et 2, pp COULEAU J.F (1975), Essai de découpage du Maroc en ses diverses " régions naturelles", rapport ronéotypé, inédit, Rabat, Ministère de l'economie Nationale, 1 carte h.t. 96

97 Les Sciences Humaines à l'université marocaine HARDY G. et CELERIER J. (1933), Les grandes lignes de la géographie du Maroc, Paris, Larose, 3ème éd., 1 vol., 211 p., 74 fig. JOLY F. (1960), Une carte au 1: de l'utilisation du sol au Maroc, Application de la méthode cartographique à la recherche des régions géographiques, Notes et documents pour l'atlas du Maroc, Comité National de Géographie, Institut Scientifique, 115 p. et cartes h.t. en plusieurs feuilles. NACIRI M. (1989), Déterminants et contextes de la production du savoir géographique au Maroc, de la fin du XIXème au milieu du XXème siècle in La recherche géographique sur le Maroc, évaluation préliminaire, publications de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines - Rabat, série Colloques et Séminaires, nº 12, pp BRULE J.-C. et SIGNOLES P. (1986), Liste des thèses de géographie soutenues en France sur le Maroc, RGM, Vol 10, nouvelle série, nº 1 et 2 ; pp LAOUINA A. (1993), Geomorphology in Morocco in The Evolution of Geomorphology, J. Walker and E. Grabau editors, Wiley, pp IURS/CNGM (1996), Répertoire des géographes universitaires marocains, ronéotypé. 97

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99 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp A propos de l'histoire contemporaine du Maroc La croisée des chemins? Abstract Mohammed KENBIB * Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université Mohammed V-Agdal, Rabat This paper deals with a selected set of issues relating to Moroccan historiography. The focus is put on the contemporary period. The discussion includes not only the Protectorate phase and the first decades of the post colonial era but also what is usually referred to as " immediate history ". After a brief and comparative assessment of the research carried on various topics of Morocco's contemporary history, the paper examines the new conditions and challenges that Moroccan scholars have to cope with. Of crucial importance are in this respect the methodological and conceptual changes that their discipline as such is going through as well as the general context prevailing in the country since the end of the eighties (XXth century). This context has direct and indirect implications on History. Several indications show that in regard to the so-called " social expectations " History is perceived not only as a strictly academic discipline but also as a field increasingly open to ideological, cultural and political competition. La recherche portant sur l'histoire contemporaine du Maroc (XIX-XX èmes siècles) a à son actif un bilan plus que substantiel. Réalisées essentiellement au cours des années soixante-dix et quatre vingt, les études consacrées à la période antérieure à l'instauration du Protectorat, publiées ou encore inédites, y occupent une place de choix. Par contre, nettement plus limitées demeurent les investigations et la production historiographique portant sur la phase du Protectorat. D'ailleurs, encore plus manifeste est la faiblesse qui caractérise à ce niveau l'ère postérieure au recouvrement par le pays de son indépendance. Bien que couvrant un demi-siècle, elle n'en reste pas moins quasiment " une page blanche " - les historiens n'emboîtant pas le pas, dans le cas d'espèce, aux politologues, sociologues et anthropologues tant marocains qu'étrangers (i.e. John Waterbury, William Zartman, Rémy Leveau, Clifford Geertz, Dale F. Eickelman, Abdallah Hammoudi, Mohamed Tozy, Hassan Rachik, Mehdi Bennouna etc.). On ne peut, dès lors, que s'interroger sur les raisons du véritable déséquilibre, quantitatif et qualitatif, qui prévaut, en termes de recherches et de publications scientifiques, dans le " traitement " de ces trois grandes ères : la période précoloniale * Enseignant-chercheur, spécialité : Histoire Contemporaine. 99

100 Mohammed KENBIB s'étendant (globalement) entre 1830 et 1912, la phase protectorielle ( ) et celle qui commence en Ces interrogations sont, naturellement, indissociables de questions allant bien au-delà des particularités du cadre proprement marocain dans lequel s'effectue la recherche historique. Elles touchent en effet la discipline en tant que telle (finalités, problématiques, méthodes, concepts ) mais aussi, à travers elle et de manière plus générale, les sciences humaines et sociales. Les nouveaux acquis de ces sciences, les mutations qu'elles intègrent et l'évolution du contexte dans lequel elles sont menées se répercutent, directement et indirectement, sur l'écriture et la ré-écriture de l'histoire. Ce qui apparaissait voilà trois ou quatre décennies comme le " territoire de l'historien " n'est plus tout à fait l'apanage exclusif de ce dernier. D'autres spécialistes se bousculent dans le champ qu'il considérait comme relevant de sa seule compétence et investissent eux aussi ses objets d'étude, l'incitant ainsi à réviser ses approches et à s'ouvrir, délibérément ou malgré lui, à la pluridisciplinarité. C'est sans doute parce qu'il y a eu prise de conscience de la nécessité de pareilles remises en cause et des nouveaux défis auxquels le "métier d'historien" se trouvait confronté, que se sont multipliés au cours de ces dernières années, notamment en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, les "états de lieux" et les constats sur la "crise" dudit métier ainsi que les perspectives de diversification de ses domaines d'investigation; la crise étant, bien évidement, poussée à son paroxysme par les tenants du " linguistic turn " et du postmodernisme qui sèment le doute quant à la capacité qu'a un historien d'appréhender réellement les faits et les événements du passé, de les comprendre correctement, de les restituer de manière rigoureuse et d'en expliquer la logique d'ensemble. Des écrits tels que ceux, exemple entre autres, de Hayden White et Paul Veyne sur la métahistoire, l'ordonnancement temporel, le récit, la mise en relation des éléments d'un texte, l'explication et, de manière plus générale, les figures rhétoriques qui commandent la narration, ne peuvent en effet que désorienter l'historien habitué à se raccrocher à la " terre ferme " que représentent à ses yeux les Archives et, raisonnablement rationaliste, à garder l'esprit critique constamment en éveil - sans aller cependant jusqu'à considérer que les faits qu'il analyse ne sont qu'une " représentation " sans rapport probant avec la réalité et la vérité. On comprend aisément, dans ces conditions, que des historiens se soient posés des questions quasi-existentielles sur leur discipline et, au vu des contestations dont son statut scientifique était l'objet et de l'essoufflement des approches héritées plus particulièrement de l'ecole des Annales, décrété que son horizon était obturé et qu'elle - même était " en miettes " (François Dosse). Tout en partant du même état des lieux, d'autres chercheurs plaident au contraire, quant à eux, pour un dépassement de la situation de " blocage " qui semble s'imposer depuis quelque temps. Ils préconisent à cet effet une réflexion approfondie sur les fonctions de l'historien (classiques et nouvelles) et la prise en compte des attentes sociales 100

101 A propos de l'histoire contemporaine du Maroc auxquelles il se doit d'être à l'écoute. Parmi les historiens de renom, soit dit au passage, les Anglais David Cannadine et Eric Hobsbawn (célèbre auteur de " L'âge des extrêmes ") sont sans doute ceux qui défendent avec le plus de vigueur et de détermination leur discipline contre le scepticisme ambiant et les effets relativistes du courant postmoderniste. La recherche historique au Maroc ne peut pas, elle non plus, faire l'économie de tels questionnements et de telles remises en cause. D'autant que l'attente sociale (dans le sens de demande de réponse des historiens à toutes sortes de questionnements sur le passé) est devenue extrêmement forte depuis quelques années. Et ce en relation notamment avec l'approfondissement du processus démocratique dans le pays, l'intérêt considérable porté par les Marocains à leur passé récent, l'évaluation des cinquante ans d'indépendance à laquelle a procédé la Commission du Cinquantenaire, et les investigations menées par l'instance Equité et Réconciliation (I.E.R) - les " auditions " publiques devant les caméras de télévision en étant l'une des séquences les plus marquantes. C'est d'ailleurs aussi devant un large public que ladite Instance a organisé trois colloques auxquels elle a associé des historiens. Leurs thèmes ont porté sur " La violence de l'etat ", " Le concept de vérité " et " Les écrits de la détention politique ". Dans un saisissant contraste avec le peu d'intérêt accordé aux sciences humaines en général il n'y a pas si longtemps car considérées (à l'inverse des " sciences dures " et de la technologie) comme étant sans grand apport au développement économique et social, ces conditions ne pourraient a priori qu'encourager la recherche scientifique portant sur ce passé précisément, voire l'histoire immédiate. Une nouvelle impulsion contribuerait de fait à atténuer quelque peu le déséquilibre dont a bénéficié jusqu'ici le XIX ème siècle même si les phases cumulées du protectorat et de l'indépendance totalisent près d'un siècle d'histoire particulièrement riche de faits et d'événements majeurs et de mutations englobant toutes sortes de domaines (y compris, bien évidemment, les perceptions et les images que les Marocains ont ou se font d'eux-mêmes et du monde extérieur). Le " déblocage " semble effectivement pouvoir se réaliser d'autant plus aisément que le matériau nécessaire à l'impulsion de la recherche sur les périodes encore sous - étudiées ou non encore investies est à la fois considérable et diversifié. De ce point de vue, il conviendrait de relever que ces phases bénéficient d'une sorte d'avantage comparatif par rapport aux XIX ème - début du XX ème siècles puisque l'étude de cette séquence de l'ère précoloniale, au sein de l'université, se fondait dans une large mesure, au cours des années soixante -dix et quatre vingt, sur les archives du Makhzen et que l'accès à ces " sources " n'était guère aisé. Toutes sortes de difficultés " logistiques " se posaient d'ailleurs aussi pour les chercheurs qui essayaient de confronter les données plutôt disparates et fragmentaires recueillies malgré tout par ce biais avec celles qu'ils s'efforçaient de puiser dans les fonds diplomatiques et consulaires étrangers, notamment ceux du Quai d'orsay (Paris, Nantes), du Service Historique de l'armée de Terre (SHAT, Château de Vincennes), et du Foreign Office (Londres). A cet avantage comparatif concourt notamment, depuis quelques années, la profusion 101

102 Mohammed KENBIB des publications académiques (autres qu'historiographiques) et non académiques consacrées à la période qui commence en Les articles ou enquêtes de journaux, les entretiens à la radio et à la télévision, les mémoires (i.e. littérature dite carcérale) et toutes sortes d'essais constituent effectivement un matériau auquel l'historien tenté par l'étude du Temps présent pourrait avoir utilement recours. La part considérable, voire démesurée, que prennent les non-historiens dans l'investissement tout azimut du passé récent du Maroc, surtout lorsqu'il s'agit de démarches libres de toute contrainte académique, l'oblige en principe à sortir de sa réserve et à s'impliquer. En l'absence d'analyses fondées sur des approches et des critères scientifiques, l'appropriation par des non-spécialistes qui se dispensent souvent de citer leurs références n'est pas, en effet, dépourvue de risques. A l'évidence, elle pourrait se prêter, lorsqu'elle sert sciemment ou de manière moins délibérée des intérêts idéologiques, politiques, de groupes ou de familles, à toutes les interprétations, les distorsions, les occultations et les exagérations. Faute de réplique immédiate, de contestation et de démonstration probante, celles - ci finiraient par se muer en "références" ayant l'apparence de la scientificité car admises et banalisées par l'usage. Dans le cas d'espèce, aussi exceptionnelle que remarquable est précisément la contribution qu'apporte Abdallah LAROUI au " débat " sur le règne de feu le Roi Hassa II avec l'ouvrage qu'il a fait paraître en 2005 sous le titre " Le Maroc de Hassan II. Un témoignage ". Les indications portées sur la quatrième de couverture de cet ouvrage méritent d'être citées dans leur quasi-intégralité car elles sont le fait de l'auteur qui explicite sa démarche en ces termes : " Quand j'ai franchi pour la première fois le seuil du palais royal, j'ai immédiatement compris ce qui me séparait de mes compatriotes qui ont la fibre légitimiste Ayant vu le jour dans une petite ville au bord de l'atlantique, j'ai souvent l'impression de souffrir des mêmes inhibitions [que Chateaubriand, né à Saint - Malo]. N'appartenant pas à une quelconque minorité, je n'ai pas tendance à me chercher un protecteur. Je ne suis pas populiste, mais je n'ai pas pour autant peur de la fureur des foules. Si je tiens tant à comprendre [la] démarche [du Souverain], c'est avant tout par souci nationaliste. Dans la seconde moitié de son règne Hassan II n'eut plus qu'une seule ambition : être un grand roi. Je pense qu'il a sa place dans la galerie des grands Souverains du Maroc. En écrivant ce livre, je ne veux ni le louer ni le dénigrer mais le comprendre, tout simplement " 1. Il s'agit assurément là d'un " précédent " qui fera certainement date car l'auteur a adopté une approche historienne pour présenter un " témoignage " qui ne se limite pas à une sorte de compilation de faits dont il a été témoin mais est assorti de réflexions et de commentaires qui, bien que formulés avec le " je " et revêtant ici et là un caractère personnel, n'en relèvent pas moins d'un registre que l'on pourrait qualifier d'académique. N'y manquent d'ailleurs ni des concepts familiers aux historiens, aux philosophes et aux sociologues, ni la théorisation, ni, condition sine qua none du " métier d'historien " une 1 LAROUI A. (2005), p. X. 102

103 A propos de l'histoire contemporaine du Maroc distance ou une distanciation par rapport à l'objet d'étude. Et ce même si A. Laroui n'hésite pas à évoquer ses phobies et les critiques que lui inspirent des us et travers de la société marocaine. Non moins instructifs sont, par ailleurs, les commentaires que, dans la foulée, Laroui, replaçant l'ère de l'indépendance dans le contexte hérité du protectorat, consacre à la vigilance dont le chercheur se doit de faire preuve lorsqu'il se penche sur la période coloniale : " L'historien qui mérite son nom, écrit-il à ce sujet, n'adopte pas la posture des nationalistes d'antan; il reconnaît qu'il y avait dans le discours des responsables du protectorat une part de vérité ; il n'oublie pas que la malnutrition avait quelque chose à voir avec le régime alimentaire traditionnel, que les malades ne se laissaient pas aisément soigner par des médecins étrangers, que les parents refusaient d'envoyer leurs enfants, et notamment les filles, à l'école française, que l'élite traditionnelle, religieuse et profane, était persuadée que les réformes de fond portaient atteinte à ses privilèges, etc. Et cependant bien des fonctionnaires, des missionnaires, des colons, des universitaires, justifiaient ouvertement une politique de stricte ségrégation et de soutien sans faille aux coutumes les plus archaïques " 2. Pareil constat signifie-t-il en somme que l'historien soit, de par sa formation, la distance à laquelle il se tient par rapport à son objet d'étude et, pour tout dire, son objectivité, mieux armé que quiconque pour analyser à froid des faits et des événements et présenter des conclusions totalement conformes à la vérité ou ne s'en éloignant guère? Rien n'est moins sûr." L'historien ne vit pas dans une bulle, précise à ce sujet Annette Wieviorka. Il baigne dans la même atmosphère que tout un chacun, se nourrit des mêmes journaux, des mêmes émissions de télévision, est interpellé par les mêmes polémiques. Sa mémoire encode les mêmes images. Certes, il est supposé être capable d'ascèse, d'esprit critique, de mettre à distance ses émotions, ses sympathies et ses antipathies, de faire le tri dans les représentations qui se forment quand il écrit et de dire le vrai et le juste. Il se trouve néanmoins dans une situation qui rend difficile un travail sans cesse balayé par les feux de l'actualité, où les problèmes s'embrouillent et se mêlent, où les enjeux politiques piègent parfois les enjeux éthiques et scientifiques " 3. C'est à ce titre et dans une perspective comparative qu'une autre démarche, celle d'une journaliste cette fois-ci, Zakia Daoud, mérite d'être mentionnée - ce nom étant indissociable de Lamalif, revue ayant laissé une profonde empreinte au Maroc depuis la parution de ses premiers numéros jusqu'à sa disparition forcée. Voulant apporter elle aussi son témoignage et faire état de ses commentaires sur une phase cruciale dans l'évolution du pays, elle a fait paraître en 2007 un ouvrage intitulé " Les années Lamalif , trente ans de journalisme au Maroc ". " Pendant trente ans, écrit-elle dans ce livre, j'ai été une journaliste marocaine, uniquement une journaliste marocaine. Personne ne m'enlèvera les vagues rugissantes sur la Corniche de Casablanca où j'ai laissée des années de ma vie et toutes les maisons 2 LAROUI A. (2005), pp WIERVIORKA A. (1998), p

104 Mohammed KENBIB que j'ai aimées. Ni la connaissance intuitive que l'on acquiert des gens, des paysages des lieux, des choses où l'on se fond, ni la communauté de destins et d'espoirs sur laquelle s'est fondée mon appartenance. Lamalif fut une aventure collective. Parmi les atouts dont on crédite cette expérience il y a l'indépendance d'esprit, la rigueur de la réflexion et de l'analyse, la recherche de faits précis sur le terrain, la volonté d'ouverture et de pluralisme. Ma mémoire est étrange! Je pensais raconter un drame, en fait je m'aperçois qu'il s'agit d'une belle histoire D'ailleurs à quoi sert de s'émouvoir. L'essentiel est de donner à comprendre. Que l'on se rassure donc : je témoigne sans acrimonie " 4. Dans ce cas-ci aussi la démarche mérite d'être relevée car, quoique revendiquant pleinement son statut de journaliste, Zakia Daoud ne dissimule nullement son intérêt pour l'histoire et son droit de l'écrire ou de la ré-écrire à sa manière. Et c'est précisément à ce titre qu'elle a notamment publié " Abdelkrim, une épopée de sang et d'or " (Séguier, 1999) et " Ferhat Abbas, une utopie algérienne " (Denoël, 1995) ; ce dernier ouvrage ayant été rédigé en collaboration avec l'historien Benjamin Stora. Remontant à l'époque almoravide, elle s'est en outre essayée au roman historique avec " Zaynab, reine de Marrakech " (L'Aube, 2004). Un historien de métier, pour qui le " je " est en règle générale prohibé, voire abhorré, écrirait-il l'histoire des " années Lamalif " ou de cette revue telle que s'y est livrée Z. Daoud? Peut-être pas. D'ailleurs même pour " Abdelkrim ", il préciserait " Ben Abdelkrim " ou " Mohamed Ben Abdelkrim ", comme le faisait scrupuleusement Germain Ayache et ainsi qu'il y insistait avec force dans sa remarquable thèse sur " Les origines de la guerre du Rif " (Paris, 1981), soucieux qu'il était d'éviter toute confusion entre, d'une part, le stratège de la bataille d'anoual et, d'autre part, son père - dénommé Abdelkrim précisément et ayant eu, à l'instar d'autres notables de la tribu des Beni Ouriaghel, un tout autre type de rapports avec les Espagnols avant que son fils ne prenne la direction de la résistance. L'expérience est en tout cas instructive à plus d'un titre. Elle est même révélatrice d'un rapport maîtrisé à la mémoire (l'auteur ayant " perdu " ses carnets et reculé devant le dépouillement des 200 numéros de sa revue) et d'un positionnement rationnel qui maintient la subjectivité sous contrôle. Or c'est précisément ce recours à la mémoire dans l'écriture du passé qui gêne les historiens. Habitués comme ils le sont à accorder la prééminence aux sources écrites, ils sont sceptiques devant ce qui leur paraît comme une sorte d'omniprésence de la mémoire et du témoignage oral. A la limite, ils ne sont pas loin de voir dans pareil exercice une véritable " confusion des genres " à laquelle ils s'interdisent de souscrire. " Mémoire et histoire, écrit à ce propos Pierre Nora, (sont loin) d'être synonymes La mémoire est la vie, toujours portée par des groupes vivants et, à ce titre, elle est en évolution permanente, ouverte à la dialectique du souvenir et de l'amnésie, inconsciente de ses déformations successives, vulnérables à toutes les utilisations et manipulations, susceptibles de longues latences et de soudaines 4 WIERVIORKA A. (1998), p

105 A propos de l'histoire contemporaine du Maroc revitalisations. L'histoire est la reconstruction toujours problématique et incomplète de ce qui n'est plus. La mémoire est un phénomène toujours actuel, un lien vécu au présent éternel ; l'histoire est une représentation du passé. Parce qu'elle est affective et magique, la mémoire ne s'accommode que de détails qui la confortent ; elle se nourrit de souvenirs flous, télescopants, globaux ou flottants, particuliers ou symboliques, sensibles à tous les transferts, censures, écrans ou projections. L'histoire, parce que opération intellectuelle et laïcisante, appelle analyse et discours critique. La mémoire installe le souvenir dans le sacré, l'histoire l'en débusque, elle prosaïse toujours " 5. La primauté que semble prendre l'oral et le passage à ce que Annette Wieviorka appelle " L'ère du témoin ", amplifié dans le cas du Maroc par la solennité et l'ampleur des auditions auxquelles a procédées l'i.e.r. au cours de l'année 2004, ne sont sans doute pas tout à fait étrangers à l'effacement des historiens devant les politologues (ou les politistes) et les journalistes dans le traitement du passé récent. Mieux outillés pour passer outre la distance et le recul (de plusieurs années, voire décennies) nécessaires aux premiers, les uns et les autres parmi ces derniers semblent à même de mieux répondre, avec leur propre approche et le style qui est le leur, aux attentes pressantes du public. Pareille demande explique en partie le succès que connaissent au Maroc des publications s'inscrivant dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler " la littérature carcérale ", "Héros sans gloire. Echec d'une révolution, " de Mehdi Bennouna, et des dossiers spéciaux consacrés par quelques hebdomadaires à des thèmes historiques. Ce qui peut paraître, toutes proportions gardées, comme une profusion de publications, inconnue jusqu'à ces derniers temps au Maroc, ne peut qu'interpeller l'historien de métier. En rapport avec les bouleversements générés par la Deuxième guerre mondiale, les lendemains de la décolonisation et les mutations induites par la mondialisation, le phénomène est d'ailleurs d'une magnitude autrement plus impressionnante ailleurs, principalement en Europe occidentale. Des spécialistes en font le constat et réaffirment les spécificités de leur discipline tout en ne rejettant pas systématiquement des apports autres que ceux de leurs homologues. " Suite à l'inflation du passé dans notre présent, écrit à ce propos l'historienne belge Hélène Wallenborn, au nouveau rapport au passé, ce dernier - appelé communément mémoire - cristallise toute une série d'enjeux politiques qui dépassent largement la sphère historiographique. La société civile se mêle des représentations mémorielles, revendique une participation à la gestion des passés, voulant agir sur la mémoire et se plaçant de cette manière sur le même terrain que l'historien, obligé alors de justifier ce qu'il est capable de faire. Bien sûr, l'histoire n'appartient pas qu'aux historiens, mais à l'époque qui est la nôtre, le passé sert les causes les plus diverses. Tant que nous resterons dans ce régime d'historicité-ci, tant que le présent -ou au moins le futur- ne seront pas réinvestis dans des projets politiques mobilisateurs, les débats sur la gestion des passés et la place de l'histoire scientifique au sein de celle-ci ne tariront pas " 6. 5 NORA P. (1997), T.I, pp WALLENBORN H. (2006), p

106 Mohammed KENBIB Quelles que soient la nature et la vivacité de la controverse et/ou le degré d'ouverture délibérée aux autres apports, le fait est que c'est fondamentalement sur l'histoire que se trouvent, bon gré mal gré, braqués les projecteurs. Un tel état de fait a le mérite de mettre (ou remettre) cette discipline à l'honneur. Négligée ou délibérément marginalisée jusqu'à ces derniers temps, elle devient d'une certaine manière un sujet d'actualité - brûlant à maints égards. C'est du reste dans le cadre de cette dynamique que la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat a organisé deux colloques internationaux ayant pour thèmes " Repenser le protectorat " (1998) et " Du protectorat à l'indépendance. Problématique du Temps présent " (2005) ; (pour les Actes du premier v. n spécial de Hespéris-Tamuda, vol. XXXI, fascicule 1, 2001). Le contexte qui prévaut dans le Maroc d'aujourd'hui semble devoir favoriser la multiplication de pareilles initiatives. Si, entre autres pré - requis, les conditions d'accès aux archives officielles sont clairement définies et la communication de documents effectivement assurée, cela signifierait concrètement l'ouverture de " chantiers " multiples. Les investigations concerneraient alors tant le passé récent qu'une remontée en amont pour des études plus systématiques, à la lumière d'interrogations nouvelles et sur la base d'approches intégrant les acquis les plus récents de la discipline, de périodes antérieures (notamment celle du protectorat - dans les trois zones, française, espagnole, internationale). Il y aurait sans doute lieu de relever à cet égard, et c'est là un indice significatif de la nature et de l'urgence de la " demande sociale " toutes tendances confondues, que dans le rapport final de l'i.e.r. figurent des recommandations qui intéressent au premier chef la discipline historique. Il s'agit plus particulièrement de la réflexion sur un projet de loi relatif aux Archives ainsi que de la création d'une instance scientifique (centre ou institut) qui aurait pour vocation la conception de programmes et l'impulsion de la recherche sur l'histoire récente du Maroc. Bibliographie BENNOUNA M. (2002), Héros sans gloire. Echec d'une révolution , Casablanca. DAOUD Z. (2007), Les années Lamalif, Casablanca. DOSSE F. (1987), L'histoire en miettes. Des " Annales " à la " nouvelle histoire ", La Découverte, Paris. DUMOULIN O. (2003), Le rôle social de l'historien. De la chaire au prétoire, Albin Michel, Paris. EL OUAFI A. (2004), Opération Boraq F5. 16 août L'attaque du Boeing royal, Témoignages recueillis par François Trotet, Collection Témoignages, Tarik éditions. HARTOG F. (2003), Les régimes d'historicité. Présentisme et expériences du temps, Seuil, 106

107 A propos de l'histoire contemporaine du Maroc Paris. HASSAN II (1993), La Mémoire d'un Roi. Entretiens avec Eric Laurent, Plon, Paris. HATIMI M. (2003), La littérature carcérale en tant que source historique, v. rubrique " colloques ". HUGHES S.O. (2003), Le Maroc de Hassan II, Ed. Bouregreg, Rabat. KENBIB M. (2005), Le Maroc indépendant Essai de synthèse v. Commission scientifique du Cinquantenaire, Rapports transversaux, KENBIB M. (2004), La vérité historique entre les normes scientifiques, l'etat et la société, v. site web rubrique " colloques ". LAABI A. (2005), Chroniques de la citadelle d'exil, Minos - La Différence, Paris. LAROUI A. (2005), Hassan II et le Maroc. Témoignage, Casablanca, LEVEAU R. (1976), Le fellah marocain, défenseur du Trône, Paris. PALAZZOLI C. (1974), Le Maroc politique de l'indépendance à 1973, Sindbad, Paris. RICOEUR P. (2000), La mémoire, l'histoire, l'oubli, Seuil, Paris. RIVET D. (2005), Le Maroc de Lyautey à Mohammed V, 2 éd., E.P.A., Casablanca. SEBTI A. (2004), Violence de l'etat : visions et pratiques, v. rubrique " colloques" SERFATY A. et DAURE Chr. (2002), La mémoire de l'autre, Collection Témoignages, Tarik éditions, Casablanca. SERHANE, ABDELHAK, KABAZAL (2003), Les Emmurés de Tazmamart. Mémoires de Salah et Aïda Hachad, Collection Témoignanes, Tarik éditions, Casablanca. SNOWMAN D. (2007), Historians, London. TOZY M (1999), Monarchie et Islam politique, Paris. VERMEREN P. (2002), Histoire du Maroc depuis l'indépendance, La Découverte, Paris. VEYNE P. (1978), Comment on écrit l'histoire, Seuil, Paris. WALLENBORN H. (2006), L'historien, la parole des gens et l'écriture de l'histoire. Le témoignage à l'aube du XXI ème siècle, Bruxelles. WATERBURY J. (1975), Le Commandeur des croyants, la monarchie marocaine et son élite, PUF, Paris. WIEVIORKA A. (2002), L'ère du témoin, Hachette Littératures, Paris, 2 éd.. 107

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109 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Les recherches floristiques au Maroc :passé riche, présent difficile et avenir incertain Mohamed FENNANE * Institut Scientifique, Université Mohammed V-Agdal, Rabat UË «JU V ºKOj «Cu Kv Ë{FOW ±IKIW Fd{t KMIU ËÆUzl Ë ßµKW ô Lq «OUœ Ë «ö± Uô. «_ UÀ «M O OW U LGd» LU IU» Æd U ±s «e±s Fd Lu Dw œëê u Od b q w «_±b «Id V. «FKLw «U «cí d t öœ U îö «IdÊ «LU{w w ±πu Kr «M U Nb «ºU «q d«fu îö «ºMOs «_îod. F W Kr «M U U LFNb «FKLw «w ØU X «zb w ±Ob«Ê MU LU ßUßOW r Mπe b «üê ±LU ªKo ÅFu U öœ U ±s OY «e«±u NU «bë OW, ± ö w U bë««_ d««ld DW U LFU b u «MuŸ «Ou u w. «MAU «dë «M U OW «D OFOW. ô Ê «LFKu±U «L u d, ±l «_ßn, H Id w ±FELNU U±W v «HUÅOq «CdË W d«±z ˱AU l «b Od Ë«ôß Gö Ë«LU W. q «LGd» ±d W b ± Ib±W Os «Kb«Ê «L ußdow w ±πuô d«ë MuŸ ËîUÅOU ±Kªh Introduction Les recherches floristiques 1 au Maroc n'occupent plus la place qu'elles méritent. Cet article expose très brièvement leur cas. Il est, aussi, un appel pour attirer l'attention sur une situation très préoccupante. Pourquoi cet appel? Maintenant? Et dans "Prospectives Universitaires"? Les réponses sont simples : 1) l'enjeu des recherches floristiques est très important pour notre pays. Malheureusement, elles vont mal, actuellement, et ce n'est pas forcément pour des raisons matérielles; 2) la réforme actuelle des structures de recherches ne contribue pas à l'amélioration d'une situation de plus en plus préoccupante; 3) l'université Mohammed V-Agdal est directement concernée par le problème, vu son apport très important - à travers l'institut Scientifique - pour la connaissance de la flore nationale. Il est donc logique et normal que ses activités et ses préoccupations soient discutées dans sa nouvelle tribune " Prospectives Universitaires ". * Professeur Chercheur à l'institut Scientifique, B.P. 703, Av. Ibn Battouta, Agdal, 10106, Rabat ; [email protected] 1 Seule la flore vasculaire est concernée dans cet article. 109

110 Mohamed FENNANE 1. Présentation succincte des recherches floristiques L'étude de la flore d'un pays ou région quelconque passe nécessairement par 3 phases essentielles : - travail de terrain : exploration générale puis investigations orientées ; - travaux d'herbiers et de laboratoires: bibliographie, cultures expérimentales...; - publications : catalogues, monographies, clés d'identification, cartes de répartition... D'une manière générale, le travail de floristique repose sur 4 composantes essentielles (fig. 1): le terrain, l'herbier, le jardin botanique et la bibliothèque. Les produits des chercheurs sont diffusés sous diverses formes, classiquement des publications, qui sont exploitées pour le bien de l'homme et de la nature Le terrain Il est le lieu d'observation sur la biologie/écologie des plantes et d'expérimentation in situ. Il est l'origine des spécimens pour les collections d'herbier et des graines ou plantules pour le jardin botanique. Les investigations sur le terrain sont orientées par les données et besoins des herbiers, des jardins botaniques et des bibliothèques L'herbier 2 Il est "la nature domiciliée" à la disposition du botaniste qui s'y réfère très fréquemment pour ses recherches nécessitant toute sorte de données sur les plantes:caractères morphologiques, biologie, écologie, répartition géographique... Ce rôle clé de l'herbier est primordial. Il n'est pas possible pour le chercheur (ou toute autre personne concernée) de se déplacer sur le terrain chaque fois qu'il a besoin d'information ou de parties de plantes (feuille, rameau, fruit, graine, pollen...) pour des études chimiques, caryologiques, palynologiques... Mieux encore, l'herbier est toujours au service du botaniste, contrairement au terrain où les fleurs, les fruits, les graines... peuvent manquer et même des plantes entières dans le cas des espèces annuelles. L'herbier présente également l'avantage de garder les données pour des siècles sur des sites après disparition des espèces. Les botanistes ont découvert, il y a très longtemps, l'importance des herbiers. LUCA GHINI serait le premier à avoir réuni, au 16 ème siècle, une collection de plantes séchées pour les besoins de ses recherches 3. Aujourd'hui, des milliers d'herbiers existent dans le monde. Les plus célèbres abritent des collections impressionnantes venant du monde entier; e.g. Herbier du Muséum National d'histoire Naturelle de Paris (site web : riche de 8 millions de spécimens de plantes vasculaires, de plantes fossiles, de bryophytes (mousses, hépatiques et sphaignes), d'algues et 2 Collection de spécimens de plantes séchées et conservées. Chaque spécimen est accompagné d'une étiquette contenant des informations sur la plante : nom, lieu et date de récolte, écologie... 3 FORMAN L. et BRIDSON D. (1989). 110

111 Les recherches floristiques au Maroc de lichens. Des efforts et des moyens de plus en plus importants sont déployés pour l'entretien, l'enrichissement et aujourd'hui la numérisation de ces collections Le jardin botanique Il assure un rôle qui se complète avec celui de l'herbier. Il est le lieu d'essai pour les recherches dans plusieurs domaines : systématique, écologie, biologie des populations... Il est le seul moyen pour suivre, de près, la croissance et le développement des espèces dans des conditions contrôlées et intervenir selon les besoins et les buts des études. Les jardins botaniques sont également un outil très important pour la conservation exsitu. Leur importance à l'échelle mondiale est de plus en plus reconnue et valorisée notamment grâce au réseau BGCI (Botanic Gardens Conservation International; site web: qui regroupe près de 800 jardins botaniques dans le monde appartenant à 120 pays. En effet, le défi pour l'humanité est énorme ; car on estime à environ le nombre d'espèces végétales menacées ou en danger d'extinction La bibliothèque Elle est rappelée uniquement pour mémoire. Son rôle et son importance sont bien connus et évidents pour la recherche dans n'importe quelle discipline scientifique. Les composantes herbier, jardin botanique et bibliothèque sont en même temps exploitées et enrichies par les botanistes qui alimentent les deux premières en spécimens de plantes et la 3 ème en savoir sous diverses formes : publications, rapports, photographies, diapositives, films, CD-Rom... L'apport des botanistes nourrit directement les activités de 3 axes principaux : - développement de la recherche ; - formation (académique, continue, irrégulière...) ; - domaine appliqué (foresterie, agronomie, pastoralisme, valorisation des plantes d'intérêt alimentaire, aromatique, médicinal, industriel). 2. Aperçu sur l'évolution des recherches floristiques au Maroc Aujourd'hui, après plus d'un siècle de travail sur la flore vasculaire du Maroc, des lacunes relativement graves demeurent encore même au niveau des réalisations de base, j'entends ici les inventaires et les clés d'identification. L'Institut Scientifique, créé en 1921 pour faire l'inventaire de la flore et de la faune, peine dans sa mission après des décennies prospères au milieu du siècle dernier : aucun projet de faune du Maroc et un projet de flore qui avance tant bien que mal depuis son lancement en 1982! L'exploration floristique de notre pays a commencé il y a très longtemps 4 et a été couronnée par la publication du Catalogue des Plantes du Maroc entre 1931 et IBN TATTOU M. et FENNANE M. (1989). 111

112 Mohamed FENNANE Après, les efforts étaient orientés pour affiner l'inventaire, multiplier les recherches systématiques et préparer des monographies et des clés d'identification. Des travaux importants ont été publiés jusqu'aux années 1970, signés essentiellement par des auteurs européens, surtout français. Les années 1940 et 1950 ont enregistré les plus grands nombres de publications depuis 1860 (fig. 2). Les 3 dernières décennies ont connu des avancées irrégulières. Les listes bibliographiques des Catalogues de FENNANE et IBN TATTOU 5 font état de 77 publications sur la flore vasculaire du Maroc parues entre les années 1970 et 2000 (17 la 1 ère décade, 26 la 2 ème et 34 la 3 ème ) ; 16 seulement sont signées ou co-signées par des auteurs marocains. Des genres importants ont été étudiés (Artemisia, Medicago, Sideritis, Ferula, Teucrium...) et des travaux généraux ont pu voir le jour comme le Catalogue des plantes vasculaires rares, menacées ou endémiques du Maroc en 1998, le premier volume de la Flore pratique du Maroc en 1999, le Catalogue des plantes vasculaires du Nord du Maroc en 2002 et le premier volume de la Flore vasculaire du Maroc, inventaire et chorologie en Des spécialistes nationaux (très peu malheureusement) ont été donc formés (la plupart à l'étranger) et ont réussi des publications intéressantes issues des recherches de thèses. Hélas, la nouvelle dynamique des recherches systématiques enclenchée dans les années 1980 s'est vite arrêtée après formation de la première génération de chercheurs. Aucune formation doctorale en systématique végétale n'existe au Maroc. 3. Situation actuelle 3.1. Etat des connaissances Par rapport aux autres groupes floristiques, les plantes vasculaires sont relativement les mieux étudiées. Les spécialistes en connaissent les grandes lignes, mais leur satisfaction demeurera incomplète tant que les volumes 2 et 3 de la "Flore pratique du Maroc" et le volume 2 de la "Flore vasculaire du Maroc, inventaire et chorologie" ne sont pas encore publiés. L'inventaire national comprend environ 150 familles, un millier de genres et près de 4000 espèces. La plupart des taxons nécessitent encore beaucoup de recherches notamment sur les plans systématique, écologique et chorologique qui sont nécessaires avant toute action visant leur exploitation, protection ou conservation Capacités taxonomiques D'une manière générale, les capacités taxonomiques nationales sont très faibles (cf. Actes du 1 er Atelier national de Nafrinet, 2003). Pour la flore vasculaire, la situation se résume aux moyens suivants : - chercheurs systématiciens : moins de 10 ; 5 FENNANE M. et IBN TATTOU M. (1998 et 2005). 112

113 Les recherches floristiques au Maroc - étudiants en formation : néant ; - personnel parataxonomique qualifié : néant ; - collections : - herbier national de l'institut Scientifique : en difficulté de gestion ; de moins en moins enrichi de spécimens nouveaux ; - herbier de l'institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II ; - bibliothèque spécialisée : une seule à l'institut Scientifique ; - jardins botaniques : aucun vraiment fonctionnel Exigences internationales et priorités nationales Après la conférence mondiale de Rio (1992) sur la biodiversité et les conférences des parties qui se tiennent bisannuellement (la 8 ème réunion s'est tenue au Brésil en mars 2006), les préoccupations internationales en matière de flore s'affichent très clairement et avec insistance par des recommandations de plus en plus précises. Une prise de conscience universelle se développe très vite face à une situation très préoccupante comme le montrent quelques chiffres significatifs, par exemple : 1) sur un total (faune, flore et micro-organismes) d'environ 15 millions d'espèces vivantes (certaines estimations vont jusqu'à 100 millions), seules, 1,75 million sont aujourd'hui nommées et décrites scientifiquement ; 2) environ espèces végétales sont menacées à des degrés divers ; 3) le rythme de disparition des espèces s'est multiplié environ 100 fois... L'humanité est donc appelée à réagir vite selon deux axes majeurs et complémentaires qui sont la recherche et la protection/conservation. Concernant le 2 ème axe, les pays signataires de la convention sur la diversité biologique, dont le Maroc, ont adopté une stratégie mondiale pour la conservation des plantes (décision VI/9 de la conférence des parties, La Haye, avril, 2002). Cette stratégie vise la réalisation de 16 objectifs à l'horizon Pour le Maroc, la tâche est irréalisable dans les conditions actuelles ; voyons 5 exemples seulement : - Objectif 1 : Liste de travail, largement accessible, des espèces connues... - Objectif 2 : Evaluation de l'état de conservation des espèces au niveau national... - Objectif 5 : Protection de 50 % des zones les plus importantes... - Objectif 7 : Conservation in situ de 60 % des espèces menacées. - Objectif 15 : Augmentation, en fonction des besoins des pays, du nombre de personnes formées travaillant à la conservation des plantes... Mis à part les objectifs 1 et 15 qui peuvent être assurés si la volonté existe, les quatre autres n'ont aucune chance d'aboutir d'ici En effet, avant de conserver ou de protéger, il faut savoir quels sont les espèces ou les milieux visés. Or jusqu'à présent, nos connaissances dans ces domaines sont peu précises, fragmentaires et non actualisées. 6 Cf. site web de la convention : 113

114 Mohamed FENNANE Les questions de conservation/protection sont évidemment importantes, mais il n'est pas possible pour un pays comme le Maroc de les traiter loin des préoccupations socioéconomiques de sa population au moins celle qui dépend directement des ressources végétales pour sa survie. La gestion de notre patrimoine floristique doit nécessairement prendre en compte l'intérêt de l'homme et de la nature. Dans tous les cas les connaissances scientifiques de base sont indispensables et il faut les développer. Ainsi, à notre avis, les priorités nationales sont les suivantes : - achèvement et précision de l'inventaire floristique sur les plans systématique et chorologique (répartition géographique des espèces), - achèvement de la rédaction de la Flore pratique du Maroc, - listes rouges d'espèces et d'habitats, - identification des zones importantes pour les plantes (ZIP), - base de données flore du Maroc au service de diverses disciplines ou activités: recherche, formation, foresterie, agronomie, législation, conservation/protection, valorisation de plantes alimentaires, aromatiques, médicinales, ornementales..., - renforcement des capacités taxonomiques nationales pour la réalisation des tâches ci-dessus et le développement des études systématiques. Conclusion, défis et perspectives Les premières décennies du 20 ème siècle étaient l'ère des grandes explorations botaniques du Maroc qui ont ouvert largement la voie aux études orientées et ciblées. La création de l'institut Scientifique, en 1921, contribua, d'une manière déterminante, au progrès des recherches floristiques. Déjà, dans les années 1940, nos prédécesseurs estimaient les connaissances accumulées suffisantes pour entamer la rédaction d'une Flore nationale qui est un outil de base pour l'identification des espèces. Hélas, ce projet n'a jamais abouti jusqu'à aujourd'hui. Il a fait couler beaucoup d'encre et a été l'objet de plusieurs tentatives infructueuses ou à succès partiel. Son histoire illustre le problème de la recherche au Maroc dans ses aspects organisationnel (structures, coordination, objectifs, priorités...) et matériel. Le Maroc a le mérite d'avoir préservé les acquis enregistrés à l'époque coloniale et tenté un nouveau départ. Les années 1980 et 1990 étaient prometteuses, mais la situation s'est vite détériorée. Notre pays a plus que jamais besoin d'une recherche botanique suffisamment active pour répondre à ses exigences internes, à savoir: fournir les informations nécessaires sur la flore pour mieux l'exploiter, la valoriser, la gérer et la protéger. Il a également besoin d'un organe scientifique pour l'accompagnement et le suivi des actions à entreprendre dans le cadre de ses engagements internationaux. Les difficultés sont grandes et les défis importants ; nos moyens et capacités le sont aussi et des chances de succès existent. Malheureusement, la situation actuelle n'augure rien de bon avec la diminution du nombre de spécialistes et l'absence de formation de 114

115 Les recherches floristiques au Maroc jeunes. Plus grave encore, la structuration de la recherche en cours ne comprend aucun laboratoire de systématique végétale au niveau national. Le département de Botanique et d'écologie végétale de l'institut Scientifique est réduit à une unité de recherche! Ce département qui a porté le flambeau des recherches floristiques au Maroc pendant près d'un siècle est poussé à l'agonie sans aucune alternative pour le pays. - enseignement - recherches - exploitation des ressources végétales : plante alimantaires, médicinales, aromatiques, industrielles, forestière, pastorales, ornementales... - aménagement et gestion de la biodiversité végétale - conservation et protection des plantes Fig. 2. Evolution du nombre de publications botanique sur la Maroc entre 1060 et 1970 d après l Index retrospectif botanique n 1, Centre National de Documentation et Institut Scientifique,

116 Mohamed FENNANE Bibliographie ANONYME (1976), Index rétrospectif botanique n 1, Institut Scientifique et Centre National de Documentation, Rabat. FENNANE M. & IBN TATTOU M (1998), " Catalogue des plantes vasculaires rares, menacées ou endémiques du Maroc ", Bocconea 8, Palerme, 243 p. FENNANE M., IBN TATTOU M., MATHEZ J., OUYAHYA A. & EL OUALIDI J. (1999), " Flore pratique du Maroc ", Volume 1, Trav. Inst. Sci., Sér. Botanique n 36, Rabat, 558p. FENNANE M et Alii (2003), Actes du premier Atelier national du Réseau marocain de taxonomie, Nafrinet-Maroc, Institut Scientifique et Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat, 62 p. FENNANE M. & IBN TATTOU M. (2005), " Flore vasculaire du Maroc : inventaire et chorologie ", Volume 1, Trav. Inst. Sci., Sér. Botanique n 37, Rabat, 483 p. FORMAN L. & BRIDSON D. (1989), The herbarium handbook, Roy. Bot. Gard., Kew, 213 p. HEYWOOD V.H. (1999), "The importance of inventories in biodiversity studies" dans Biodiversity, taxonomy and ecology, Scientific publishers, India, p IBN TATTOU M. & FENNANE M. (1989), " Aperçu historique et état actuel des connaissances sur la flore vasculaire du Maroc " dans Bull. Inst. Sci. 13, 85-94, Rabat. VALDES B., REJDALI M., ACHHAL A., JURY J.L. & MONTSERRAT J.M. (2002), Catalogue des plantes vasculaires du Nord du Maroc, Volumes 1 et 2, CSIC, Madrid. Sites WEB : (site de la Convention internationale sur la diversité biologique). (site du réseau mondial des jardins botaniques : Botanical Gardens Conservation International). (site du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, France). 116

117 Ressources humaines

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119 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Quelques éléments de réflexion sur la profession et le statut des enseignants-chercheurs Jilali MIKRAM* Faculté des Sciences, Université Mohammed V-Agdal, Rabat «πu±fw Ë «ºOUßW «L FW w «LUœ«œ Ku «LUß d. FOs «ô U w Øq ÅöÕ U l Ë U `. Ë w «_îod DdÆMU v ID Os îuå Os : «LGUœ «Du OW ˱bÈ Q Od U Kv «LLU ßW «LNMOW úß U «U Y, ØLU OMU U OW Uœ «MEd w «IU uê «FU «LMEr FLq «_ß U. Ë w c««u» d{mu Fi «L Uœ Ë Fi «ôæ d«u «w πv îc U ±Kªh w c««liu Fd{MU v LOW Ë Ou W ÅöÕ «FKOr «FU w ˱bÈ Q Od Á Kv Introduction Il n est peut-être pas inutile de rappeler encore l importance cruciale pour notre pays de la place de son système d enseignement supérieur pour son développement et sa modernisation. L enseignement supérieur participe à la formation des cadres du pays. C est aussi le lieu de création du savoir, de sa transmission et du transfert des connaissances et des compétences vers le milieu socio-économique. C est également l espace privilégié pour le développement culturel, intellectuel et humain du pays. Le développement et la mise à niveau de notre enseignement supérieur ne sont donc pas un luxe mais, bel et bien, une condition indispensable pour la réalisation du projet de démocratie, du développement et de modernisation du pays. La réforme entamée ces trois dernières années, malgré son caractère lent, parfois trébuchant et partiel pour l instant, a pour objectif avoué la création d un système d enseignement supérieur performant et répondant aux attentes du pays. Cette réforme est en train de bouleverser le métier de l Enseignant-Chercheur (EC). Elle a engendré pour lui une multitude de nouvelles responsabilités. Cette nouvelle situation impose de repenser et de revoir le statut qui régit l activité de l EC pour mieux l adapter à la réalité actuelle de l exercice de son métier. Toute réflexion concernant le statut de l EC doit donc garder à l esprit l importance de la mise à niveau du système de l enseignement supérieur, la nouvelle réalité créée par la réforme en cours et le rôle du premier plan de l EC dans la réussite de cette mise à niveau globale. Le statut actuel, dans ses différentes dimensions, n était pas optimum pour la période * Professeur de l'enseignement Supérieur, Département de Mathématiques et Informatique; [email protected] 119

120 Jilali MIKRAM qui a précédé la réforme. Il l est encore moins, actuellement, avec l accroissement des tâches classiques des EC et l apparition de nouvelles responsabilités que le statut actuel ne permet pas d intégrer et de valoriser. Il y a donc nécessité d un nouveau statut en phase avec la nouvelle réalité de notre système d enseignement supérieur. Alors, qu est-ce qui doit changer et qu est-ce qui doit être maintenu dans le statut actuel? Avant d apporter quelques éléments de réponse à cette question, commençons par un point central qui concerne le cadre d exercice de la fonction de l EC. Nous pensons que le statut national actuel dans le cadre de la fonction publique est le mieux adapté et le plus approprié à la réalité de l enseignement supérieur et des EC dans notre pays. Il doit donc être maintenu et réaffirmé. 1. Les missions de l EC Les missions naturelles de l EC sont l enseignement, la recherche et les responsabilités fonctionnelles attachées à ces deux missions principales L enseignement L enseignement comprend l enseignement des étudiants, initial ou continu, la production pédagogique et l encadrement de projets La recherche La recherche comprend la recherche scientifique individuelle ou en équipe, l encadrement d étudiants doctorants et la production scientifique Les activités fonctionnelles Les activités fonctionnelles regroupent l ensemble des activités d animation et de responsabilités collectives et d intérêt général attachées à l enseignement et à la recherche. Ces derniers types d activités des EC sont très divers et variables (par exemple: travail dans les commissions sectorielles et spécialisées, responsabilités d équipes, de laboratoire, activités de diffusion des résultats, etc.) 2. Le statut de l EC Le statut de l EC doit être vu comme l ensemble des dispositions législatives et réglementaires qui régissent l activité des EC. Un bon statut est celui qui permet à chaque EC de remplir ses missions au mieux sur le plan de l efficacité et de l équité. Le statut des EC comprend trois dimensions interdépendantes : - le service de l EC - le système d évaluation des EC 120

121 Quelques éléments de réflexion sur la profession et le statut des enseignants-chercheurs - le système de l évolution de carrière de l EC Le service de l EC L approche actuelle qui résume le service de l EC aux seules heures d enseignement en présence d étudiants est archaïque et ne correspond en rien à la réalité et à la diversité du métier de l EC. La détermination et la quantification du service de l EC doivent concerner les trois facettes de son métier (enseignement, recherche et responsabilités collectives). Le service doit être conçu pour valoriser chacune des trois composantes et permettre que l activité de chaque EC soit flexible. En d autres termes, un EC doit avoir la possibilité de faire plus d enseignement que de recherche ou inversement, en fonction de ses inclinaisons et des possibilités et priorités de son établissement d accueil. Cette approche du service global nécessite la mise en place d outils de mesure plus développés et plus adaptés à la complexité des missions de l EC. Il faut, donc, pouvoir traduire en équivalent horaire chacune des activités multiples de l EC. Enfin, et puisque nous parlons, ici, du service de l EC, une question mérite d être posée : la distinction en équivalent horaire entre cours, travaux dirigés, et travaux pratiques est elle encore pertinente? 2.2. L évaluation des EC Nous pensons que l évaluation des EC est une composante essentielle pour le développement du système de l enseignement supérieur et, par conséquent, le principe doit être accepté par tous. Notre enseignement supérieur a pris cette voie avec l instauration de la fameuse «grille». Les premiers pas dans cette voie sont-ils concluants? A notre avis, le principe de codification et de pondération des trois missions de l EC (enseignement, recherche, animation et responsabilités collectives) est une bonne approche. Cela étant dit, la traduction de ce principe dans la grille actuelle est loin d être optimum. Contentons-nous, ici, de quelques remarques et propositions : - refondre la 3ème section en profondeur pour ne garder que les activités clairement en rapport avec les missions de l EC, voire la supprimer et se limiter à deux sections qui correspondent aux deux missions de l EC en incluant dans chacune les activités opérationnelles et les activités fonctionnelles d animation et de responsabilités collectives qui lui sont attachées. En attendant la refonte de la grille, le plus petit coefficient doit aller à cette section; - le système de notation doit aussi s adapter à chaque spécialité et minorer le poids des taches non accessibles à tous les EC; - l enseignement doit être plus valorisé et plus finement évalué (innovation, sondage des étudiants etc.). 121

122 Jilali MIKRAM Mais plus important peut être que tout ce qui a précédé est la question suivante : qui doit évaluer les EC et à quel niveau? L évaluation au niveau de l établissement par la commission scientifique est-elle pertinente et crédible? Nous pensons que le niveau de l établissement, voire de l université, ne permet pas une évaluation pertinente, équitable et crédible ; car il conduit à des injustices entre les établissements et les spécialités et peut aussi être biaisé par la proximité des évaluateurs et des évalués. L approche actuelle est dictée par une vision très restrictive de l autonomie de l université. Nous pensons qu à partir du moment où il sera définitivement clair pour tout le monde que le cadre national de la fonction publique est le seul acceptable et approprié pour les EC, l évaluation serait plus pertinente, plus juste et plus crédible si elle se fait au niveau national et par champ disciplinaire Le déroulement de la carrière de l EC Abordons ce point, que beaucoup assimilent au statut de l EC et qui n en est en réalité qu une des trois parties comme nous l avons vu précédemment, en nous posant une question très répandue parmi les EC. Faut-il garder les trois cadres : Professeur Assistant (PA), Professeur Habilité (PH) et Professeur de l Enseignement Supérieur (PES) qui structurent actuellement la carrière des EC ou les réduire à deux cadres? Contrairement à ce que pensent beaucoup de collègues, nous estimons que cette question n est pas aussi primordiale dans la carrière des EC que nous le croyons. En effet, si nous admettons que l habilitation est un gage de qualité pour l encadrement des doctorants et doit être maintenue, l existence d un cadre intermédiaire de PH permet aux lauréats de l habilitation d être récompensés en accédant à un cadre supérieur. C est donc une approche incitative pour la recherche. Cette promotion ne sera plus possible avec l existence de deux cadres seulement, et qui seront en réalité les cadres de PA et PES quel que soit les dénominations et les indices que nous leur donnerons. Le seul avantage, à notre sens, de la suppression d un cadre serait une amélioration matérielle ponctuelle de la situation des PA au moment de leur reversement. Ce but peut être atteint aussi dans le système à trois cadres. En tout état de cause et quel que soit le système retenu (2 ou 3 cadres), nous estimons qu un certain nombre de modifications sont nécessaires pour plus d équité et pour encourager la profession vers plus d excellence. Nous citons, en particulier, les points suivants : - le système actuel des vitesses de changement de grade (6, 7, et 8 ans) est bon dans son principe mais pas assez incitatif. Nous proposons de lui substituer un système de passage en 4, 5, 6, 7 et 8 ans avec un quota de 20% pour chaque niveau, - le statut doit consacrer le principe qu aucun EC ne doit être bloqué dans sa carrière. ce qui doit se traduire par un nombre suffisant de grades au niveau de chaque cadre permettant,ainsi, à tout EC d être évalué et récompensé tout au long de sa carrière jusqu à sa retraite, 122

123 Quelques éléments de réflexion sur la profession et le statut des enseignants-chercheurs - la création d un grade exceptionnel à partir d un certain niveau et après une certaine ancienneté et avec un quota raisonnable pour les plus brillants des EC. Cette mesure est une nécessité pour valoriser et garder les plus productifs parmi la profession, - le nombre de professeurs habilités non concernés par la thèse d état et qui ont accédé, donc, à ce cadre en soutenant l habilitation est en train de grandir. Il faut prévoir une formule qui garantisse la création de postes de PES soumis au concours en fonction de critères objectifs. La justice et l incitation à l excellence imposent cette mesure. A ce niveau, l activité de l enseignement doit être un facteur essentiel à côté de celui du dossier de recherche dans la promotion du PH à PES. 3. Les départs volontaires et la politique suivie dans les Masters Nous voulons, enfin, aborder deux points particuliers concernant notre enseignement supérieur : les départs volontaires et la politique suivie dans les Masters. Au sujet du premier point, nous devons reconnaître que si, pour certaines disciplines, cette opération n a pas eu de gros effets négatifs, il est indéniable, que pour d autres spécialités très sollicitées et transversales, cette opération a engendré une grosse pression sur les services des EC actuellement en fonction, d où la nécessité d une relance vigoureuse des recrutements dans les domaines concernés. Pour ce qui est de la politique des Masters, nous pensons qu il n y a pas une ligne directrice, assez claire pour tout le monde, qui préside à leur création. Il est donc urgent que l Etat clarifie davantage sa vision sur ce point. Ce qui doit se traduire par des critères d éligibilité assez clairs ainsi que par la place qu on veut réserver aux Masters dans notre système d enseignement supérieur. Evidemment, l application d une vision quelconque doit se donner les moyens d être appliquée et prise en compte. Et c est là qu intervient la nécessité d une politique de financement adéquate pour faciliter la mise en place d une telle politique et permettre la réussite des Masters mis en place. Conclusion Dans tout ce qui a précédé, nous avons mis l accent d une manière soit implicite, soit explicite sur la codification des devoirs de l EC. Il faut aussi affirmer, avec force, que l Etat a aussi des devoirs envers les EC en leur créant les conditions administratives, matérielles et morales pour leur permettre d exercer leurs missions dans des conditions encourageantes et incitatives. 123

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125 Gestion administrative

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127 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Management universitaire à l épreuve de la réforme Siham HAJJI* Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales, Université MohammedV-Agdal, Rabat w «b Od «πu±fw. Nq LJs «Iu QÊ «ùåöõ «πu±fw Lq Kv Æd«Ë«LUœ ßU OV Ë JU b b w «b Od «πu±fw Jq ±Ju U t? w q c««u{l, Lq «LGd» Kv ÅöÕ ±MEu± t «πu±fow Ë«Lb c p ±ºKºö Åö OU ±Mb±πU ˱ LOe«Ë p «DöÆU ±s «IMU W «U±W CdË «IDl ±l «Dd «IKOb W Ë Iq «LFd W. JMNU w «ºMu««_îOd Ë w q «uô «ôæ BUœ W, «ô LU OW Ë«ºOUßOW «w Fd NU «LGd» Ë«NX cá «_îod b Ød«U. LOW ÆBuÈ Ë LU NU ±s d w Ju s «_ OU Ë b«œ U ªu LU «OU Ë«LºU LW w MU «u s JHU Ë«Æ b«. LMc AQ NU F X «πu±fw œë «Ø Od«Ë ßUßOU w «MLOW ±Kªh AGq ÆCOW «FKOr Oe«Ø Od«±s «LU±U «LGd» «ü OW Ë«Lº I KOW LU J º t ±s Introduction Depuis sa naissance à l époque médiévale, l université n a cessé de jouer un rôle capital dans le développement et la transmission du savoir. Mais dès la fin du 20ème siècle, début du troisième millénaire et après plus de quarante ans d expansion, l institution du haut savoir subit partout des contraintes et des carences de gestion. A travers le monde, l enseignement supérieur et, particulièrement, l université connaissent des développements non seulement au niveau des effectifs étudiants, mais aussi au niveau de ses finalités et de ses structures. L université a également atteint une place importante dans les sociétés, ce qui lui a permis de jouer un rôle crucial dans l épanouissement du progrès économique, social, et culturel. Actuellement, les problèmes qui secouent l université ne font qu empirer et se multiplier aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement. Et nous pouvons affirmer dans certains cas l existence d une situation de crise chronique : structures non adaptées, manque de moyens ou manque de clarté dans les stratégies. Certainement, cette situation diffère d un pays à l autre, mais partout se posent les mêmes questions fondamentales quant au rôle de l enseignement supérieur et aux choix nécessaires à son développement. En effet, l efficacité recherchée par les universités ne peut être réalisée que par une * Chercheur. 127

128 Siham HAJJI amélioration dans la gestion de l institution universitaire. Doter l université d une approche globale de gestion constitue, aujourd hui, la condition sine qua non pour la modernisation des institutions du haut savoir. Donc, l une des voies les plus prometteuses, qui s offre aux universités dans le court terme pour sortir des crises qu elles connaissent actuellement, c est d améliorer leur gestion en vue d instaurer un management universitaire. Le management universitaire doit être compris dans le sens d une gestion globale: gestion pédagogique, gestion logistique (ressources humaines, administration, budgets), gestion scientifique et gestion de l image de l université (partenariat, coopération). La gestion se présente, aujourd hui, comme l une des pierres angulaires pour la réussite et l efficacité du système universitaire. Dans ce cadre, les systèmes éducatifs étrangers ont connu des mutations profondes et des réajustements réguliers touchant aussi bien les concepts, les fondements et les structures de l enseignement universitaire. Des réalisations significatives ont été accomplies en vue d instaurer une bonne gouvernance universitaire. Une bonne gouvernance universitaire est pour nous une condition essentielle pour la mise en place des fondements d une bonne gouvernance politique et démocratique. Par gouvernance universitaire, nous entendons la mise en place d outils et de moyens permettant la conception et la conduite d une action collective dans la gestion des processus de changement, et l implication de l université dans le développement de la ressource intellectuelle pour répondre aux exigences d un pays qui doit évoluer et changer, s adapter et se moderniser. Alors que notre modernité s inscrit de plus de plus dans la pluridisciplinarité et le changement, notre système d enseignement est resté d une affligeante stabilité. Il a résisté au temps et il a refusé de s adapter sans préserver les acquis des années passées. Faut-il signaler que ce refus n était pas voulu et concerté? Il était le résultat d une incapacité humaine et financière à un moment donné de l histoire. L enseignement supérieur au Maroc est en crise depuis plus d une décennie. Déjà, sa réhabilitation interne devenait indispensable, afin de permettre au pays de faire face à un système économique mondial de plus en plus compétitif. Cette crise aigue et multiforme nous interpelle non seulement sur le rôle et la place de l enseignement supérieur et particulièrement l université dans notre société, mais également sur les raisons qui ont conduit ce niveau d enseignement. La politique de l Etat dans ce domaine, en raison de la dominance d une culture fortement bureaucratique et conformiste et d une vision et stratégie fortement sécuritaires, s est caractérisée par une politique conjoncturelle et sectaire sans une vision globale, ni approche cohérente dans ce domaine. Approches capables d inscrire l université marocaine et la faire participer à l élaboration d une politique de développement durable, bien planifiée et plus appropriée aux besoins et spécificités de la société marocaine et aux aspirations du bien être social, 128

129 Management universitaire à l épreuve de la réforme culturel et personnel des citoyens marocains. - Alors, quelle place devrait occuper l université dans un système éducatif moderne et performant? En quoi consistent les changements sans lesquels l université n est pas assurée de remplir sa mission dans la société? Et quel avenir pour notre université? L université marocaine présente, aujourd hui, à plusieurs égards, un sujet d étude très riche. Elle est située au carrefour de plusieurs objets d études : une organisation sociale, un lieu d une production particulière : le savoir, une institution au sens juridique et un lieu sacré et symbolique. A ce titre, elle remplit au moins trois fonctions : - une fonction de production de savoir et de savoir-faire ; - une fonction socio -culturelle ; - une fonction économique. Des questions multiples se posent aujourd hui quant à la finalité de ses fonctions, de son rôle et de sa contribution dans la compétitivité économique, sociale et culturelle. Si le domaine de l enseignement supérieur est considéré comme l un des domaines les plus stratégiques dans notre développement durable, il l est encore plus aujourd hui dans cette vision globale et cet engagement politique national pour un «projet de société» qui se veut être à la fois démocratique, moderne et prospère, vu la place de l université comme acteur et locomotive stratégique dans la démocratisation, la modernisation et la prospérité de notre société. De tels enjeux, ont conduit les pouvoirs publics marocains à doter notre pays d une réforme ambitieuse pour la rénovation de notre système d éducation et de formation afin d en améliorer les performances et de l adapter à son environnement. L urgence, donc, est celle de l adaptation et de la rénovation. De l innovation à la promotion de la qualité, de l autonomie à la responsabilité, c est un mouvement irrésistible qui est maintenant lancé. Et l on peut affirmer qu après une université routinière corrigée par quelques initiatives épisodiques de gestion, nous cheminons désormais vers une université renouvelée, plus souple, plus rapide dans ses actions, plus soucieuse des intérêts de ses enseignants, de ses étudiants et de son personnel, plus ouverte sur son environnement et performante dans ses résultats. Peut-on vraiment caractériser la façon dont est aujourd hui conduite l université marocaine par le terme de «management universitaire»? La réponse à cette question découle d une analyse précise du passage de l administration traditionnelle à la modernité de la gestion universitaire. Mais alors quels sont les fondements de ce nouveau management? Quels sont les outils et les modes de ce management? Et selon quels principes fonctionne l université marocaine aujourd hui? 129

130 Siham HAJJI 1. Les approches managériales dans le secteur universitaire L évolution qui secoue le monde contemporain et l extension formidable des connaissances touchent désormais tous les secteurs et en particulier les systèmes d enseignement supérieur dans les pays avancés. Toutefois, l enseignement supérieur et particulièrement l université subit d énormes transformations, la décennie des années 90 a vu souffler dans le monde entier, un vent de réformes, des restructurations affectant à la fois le financement et le gouvernement des institutions universitaires. Comme l ensemble des services publics, les universités sont depuis plus de 20 ans, accusées de manquer d efficacité et certains auteurs vont même jusqu à affirmer que les problèmes fondamentaux de l institution tiennent à ses modes de gestion. Donc, un des enjeux majeurs qui peut être soulevé au niveau de l université est celui de la gestion. Son amélioration reste un objectif à quoi doivent tendre les universités et les gouvernements dans la mesure où le savoir ne peut être transmis en dehors de cadres et de structures adaptées. Généralement, on peut dire que le contexte a changé. Il y a désormais un mouvement mondial fort qui fait que les grandes institutions se dotent actuellement d outils qui accordent une grande priorité à l enseignement supérieur. Face à cette situation, un management universitaire constitue aujourd hui un moyen efficace par lequel les problèmes des universités trouveront une solution. Comment se présente aujourd hui la gouvernance des universités dans le monde? Quels sont les enseignements que l on peut tirer des bonnes expériences dans ce domaine? Et comment s inspirer de leurs réussites dans la gestion universitaire. «On ne peut pas parler de management universitaire sans savoir de quelle université il s agit. Effectivement, il y a plusieurs modèles universitaires pour lesquels la conception du management est radicalement différente». Dans un monde en profonde mutation où la formation et notamment la formation au niveau supérieur, occupe une place essentielle dans le développement et la vie des sociétés, les universités représentent dans leur diversité et leur complémentarité un ensemble cohérent et innovant. Durant les dernières années, le rôle des universités a évolué. En conséquence de ces changements, le système de gestion des universités est de nouveau entré dans une phase de transition. La part réduite des subventions publiques dans les budgets universitaires a exigé un rôle plus actif dans l économie et des liens plus solides avec l industrie. Dans tous les systèmes, les universités sortent à peine d une période très tendue de croissance démographique qu elles ont maîtrisé, mais qui les a contraintes à régler dans l urgence des problèmes quantitatifs. Aujourd hui, se posent à elles des problématiques nouvelles, d une société plus ouverte sur le monde et en forte mutation : accélération de la connaissance et de la communication, évolution de la science et de la technologie, mutation des métiers 130

131 Management universitaire à l épreuve de la réforme Si elles veulent affirmer leur compétences et renforcer leur place dans ce paysage, les universités doivent donc s ouvrir davantage tant dans le domaine de la formation que dans celui de la recherche et mieux définir les stratégies qualitativement adaptées. Ainsi, depuis quelques décennies et plus précisément depuis le début des années quatre-vingt, une prise de conscience vis-à-vis d une gestion trop limitée et assez centralisée est née chez beaucoup de responsables. De même que la rareté relative des ressources, les déclarations de hauts fonctionnaires et des responsables de la gestion d organismes publics rappellent régulièrement quelques principes du management. Planification de l enseignement supérieur, relation entre les universités et les collectivités territoriales, cadre juridique et institutionnel, gestion des ressources humaines, gestion financière sont autant de thèmes ou de questions incontournables dans la perspective d une adéquation optimale des structures administratives aux besoins de formation et dans l instauration d une bonne gouvernance universitaire. Ces thèmes sont connus et connaissent dans les différents pays des traitements diversifiés et des évaluations originales. Cette diversité constitue, certainement, une source de richesse et rend encore plus utile la confrontation des expériences et la réflexion sur les orientations d avenir Comment bâtir aujourd hui un enseignement universitaire? La problématique de la construction d un enseignement universitaire nécessite que l on se penche au moins sur deux questions : il importe, en effet, de fixer un cadre juridique et institutionnel pertinent et de fixer une procédure d évaluation, les enjeux sont de taille ; ce n est que grâce à une telle démarche qu il est possible de rendre lisibles les formations universitaires. La question d évaluation est d une importance capitale. Dans tous les systèmes un accord semble ressortir : celui de la nécessité et de l utilité de l évaluation. Mais ni n importe laquelle, ni n importe comment. Dans ce sens, l évaluation globale et intégrale est clairement privilégiée dans la mesure où elle apporte des opportunités de progrès aux établissements universitaires Comment gérer aujourd hui les universités? La gestion peut se définir comme étant l activité sociale qui consiste à utiliser les ressources dans une organisation de la façon la plus performante possible afin de réaliser le mieux possible les buts assignés à cette organisation. Gérer une université, c est la conduire vers un objectif global en utilisant et en combinant les moyens financiers, matériels et humains, dont elle dispose en fonction des opportunités et des contraintes qu elle subit dans son environnement socio- économique. Enfin, on peut dire que le management universitaire doit être marqué par une gestion concertée et efficiente des ressources humaines, techniques, logistiques et financières avec pour idée maîtresse : la recherche du rendement et de l innovation. Cette orientation 131

132 Siham HAJJI suppose une appropriation de la culture d entreprise, c'est-à-dire que les universités doivent être gérées dans un esprit de productivité et de rentabilité. Ainsi, l université, ne devrait pas vivre cloisonnée sur elle-même. Au contraire, elle doit s ouvrir et s adapter au monde socio-économique national et s enrichir des expériences pédagogiques, managériales et scientifiques des autres nations. Ceci dit, alors que dans les pays développés, les universités accomplissent des mutations radicales au fil des années, avec des ajustements réguliers toutes les trois ou les quatre années, les universités marocaines sont accrochées à un modèle devenu depuis longtemps dèja obsolète et en décalage avec l évolution de l environnement socioéconomique et culturel du pays. En effet, l université est en crise depuis plus d une décennie, crise qui, sans être particulière au Maroc, est très profonde, en ce sens, qu elle concerne la finalité même de l institution universitaire et son rôle dans le tissu économique et social. La crise de l université marocaine a été le résultat d un accroissement très important de la population étudiante et de changement significatifs dans les besoins de l économie qui n ont été accompagnés ni par des changements équivalents dans le savoir transmis et le mode de transmission de ce savoir, ni par une organisation conséquente du système d enseignement supérieur. Pour circonscrire cette crise et développer un projet de réforme, il fallait d abord cerner de manière objective et sereine les principaux problèmes qui se posaient à l enseignement supérieur et particulièrement à l université: - évolution anarchique des effectifs estudiantins ; - faiblesse de l efficacité interne des universités ; - carences dans la gestion universitaire ; - problème de financement de l enseignement supérieur ; - manque d adéquation entre formation et emploi. 2. Les innovations introduites par la réforme de l université marocaine Le succès d une réforme dépend en tout premier lieu de sa pertinence, c est à dire son adéquation au problème posé. En effet, la conception d une réforme suppose dès lors une phase de préparation destinée à éliminer les sources possibles d erreurs, il s agit d identifier les dysfonctionnements, de cerner les facteurs qui en sont la cause, d élaborer une solution permettant de les résoudre. Toute réforme implique donc la production d informations. La réforme universitaire tire ses fondements référentiels, conceptuels et opérationnels des dispositions de la charte d éducation et de formation qui a tracé les grandes lignes d une révolution tranquille et raisonnée. Devant s appliquer aux secteurs de l enseignement et de formation, et faisant usage de concepts nouveaux répondant aux 132

133 Management universitaire à l épreuve de la réforme défis actuels, tels que la qualité, l originalité, la capacité d initiative, la compétitivité, la professionnalisation, la citoyenneté, l affirmation universelle du savoir, de la culture et de la technique, la participation, la décentralisation, le partenariat, l autonomie, l évaluation et enfin la responsabilisation. Il faut, toutefois, noter que la loi, de manière forte, porte un intérêt particulier aux étudiants auxquels elle reconnaît des droits et des obligations. La loi se veut, également, encourageante pour l université à laquelle souhaite une ouverture sur le marché qui lui soit profitable. L université n est plus une tour d ivoire imprenable. Elle entre dans la vie économique du pays et de ce fait peut vendre ses services. Ainsi, dans une certaine mesure, le législateur est soucieux de la situation financière de l université et veut lui porter aide en lui conférant un statut d établissement public doté d une personnalité morale et d une autonomie administrative et financière. La loi offre, également, des possibilités nouvelles pour agir, innover et mettre en place des éléments structurants pour une université attractive, vivante et décloisonnée, capable d optimiser les infrastructures et l encadrement, grâce aux ressources humaines et financières de ses différentes composantes. D emblée, on peut affirmer que cette loi comporte de fortes chances de constituer un moyen de dynamisation et de réactivité de l université afin qu elle devienne un instrument opératoire de développement et de progrès. L'heure est à sa traduction dans les faits. 3. Les fondements du nouveau management universitaire La réforme de l enseignement supérieur est basée sur cinq valeurs fondamentales managériales pour permettre aux établissements universitaires et de formation de prendre des initiatives : - l autonomie administrative, pédagogique et financière; - la régionalisation des universités; - la compétitivité entre les universités; - le partenariat avec les entreprises; - le développement de la recherche; - l ouverture de l université; - l atteinte d un enseignement de qualité. Le Souverain, dans son discours du trône adressé à la nation en juillet 2004, a fixé, à l horizon 2010, l atteinte d un enseignement de la qualité. Mais il n a à aucun moment rejeter la réflexion. Bien au contraire, en marquant les retards enregistrés, en rappelant les insuffisances de notre université, il a implicitement encouragé le débat démocratique et a invité tous les acteurs concernés à travailler dans la clarté et la transparence. Dans ce cadre, il est judicieux de souligner que l application d une réforme ne peut 133

134 Siham HAJJI avoir des effets immédiats. Elle devra passer par des phases successives, garantissant chacune la consolidation des résultats des précédentes. Ce qui exige la création d une Instance Nationale de suivi et d accompagnement. C est dans ce sens que l Etat a été amené à proposer une mise en place de la réforme étalée sur trois années, comme le souligne l article 98 de la loi relative à l enseignement supérieur, et aussi à octroyer à la commission spéciale de l éducation et de la formation le droit de suivre les réformes dans le secteur de l éducation et de la formation. Comme assurance pour garantir le succès de cette réforme, le gouvernement s engage, à partir de février 2001, à octroyer les moyens nécessaires pour le recrutement d enseignants-chercheurs et du personnel administratif en vue d assurer les conditions appropriées pour l accompagnement de la réforme. Le problème du management universitaire est un problème très complexe parce que c est un management où l administratif et le financier doivent être au service du pédagogique et c est là toute la difficulté que pose la gestion universitaire. La qualité dans les réformes universitaires exige une bonne maîtrise à la fois du processus, du contenu de l apprentissage et la mise en place de stratégies nécessaires. Elle exige également un mécanisme d évaluation qui s applique à l établissement. Ce mécanisme d évaluation doit identifier et faire apparaître la performance et la non performance: c'est-à-dire ce qui a été réalisé et ce qui manque encore ou fait défaut dans le système. Ce qui permettra de valoriser la compétence et offrir un soutien aux établissements universitaires. En effet, l enseignement supérieur au Maroc a poursuivi, durant le premier quinquennat de la réforme, la progression entamée dans les années L effectif global des étudiants est passé de en à en , même si le nombre des bacheliers a baissé durant les deux dernières années. Sans livrer un bilan final sur sa réussite ou son échec, les premières évaluations ont commencé à se faire. Ainsi, la réforme universitaire serait sur la bonne voie. Il n est certes pas encore possible d établir un bilan de la réforme, mais les résultats actuels donnent toutefois des prémices quant à sa réussite. Par ailleurs, la modernisation de la gouvernance compte parmi les priorités. Celle-ci se veut de plus en plus flexible. De nouvelles méthodes ont d ailleurs fait leur entrée à l université, institution que l on a eu l habitude de taxer d archaïque. La conquête de nouveaux partenaires est également parmi les grands pas franchis. Les facultés de Casablanca et de Rabat prennent, en effet, part au programme Tempus, financé par l Union européenne. Ce projet vise à faciliter les échanges entre les institutions d enseignement de divers pays. L adhésion au programme devrait faciliter la conclusion de contrats d étude et de recherche ou de formation continue. Ainsi, le bilan global qui peut être dressé au sujet de la gestion des ressources humaines du secteur de l enseignement universitaire reflète essentiellement l effort 134

135 Management universitaire à l épreuve de la réforme consenti par les pouvoirs publics sur le plan de la motivation matérielle. Tandis que les aspects liés à la formation initiale et continue accusent toujours des retards dans leurs concrétisation malgré l importance qu ils revêtent pour la réussite de la réforme. L amélioration de la gouvernance, de la gestion et du pilotage du système se manifeste essentiellement à travers le double processus de décentralisation et de déconcentration. En recommandant la décentralisation et la déconcentration des composantes du secteur de l enseignement, la charte a conféré une dimension territoriale à la réforme. Cette orientation est présentée en tant que choix décisif, stratégie irréversible et responsabilité urgente. Au niveau managérial et organisationnel, les résultats scientifiques, c est-à-dire fiables et vérifiables sont là pour nous montrer que la dynamique du changement «maîtrisé» et donc des réformes organisationnelles nécessite le recours à une approche, à une stratégie et à un style implicatif et participatif de l ensemble des «acteurs» concernés, en fonction d un «projet partagé» doté d une «vision globale» claire et cohérente, d une «stratégie agissante», avec des buts et des objectifs «communs» et précis, soutenu par un «idéal commun» qui inspire, motive et rassure les ressources humaines concernées. D autant plus que, notre société s inscrit aujourd hui dans la dynamique d une ère nouvelle, celle de la démocratisation, de la modernité et du développement durable. Ce qui nécessite impérativement de changer l approche et les méthodes de conception, d élaboration, de planification et de gestion en vigueur et d opter pour une approche et des méthodes à la fois participatives et de partenariat, caractérisées par la culture de l écoute active, de la communication ouverte, de la concentration, du dialogue et des décisions concertées. Pour s assurer de la fiabilité et de l efficacité de cette approche, il suffit de se référer aux fondements et aux principes du «changement maîtrisé» et de la gouvernance moderne, pour s apercevoir que, dans une société de plus en plus ouverte, citoyenne et complexe, le recours à une approche et une culture «participative» s avère toujours plus bénéfique, plus efficient et plus motivant pour l ensemble des ressources humaines concernées et, donc, plus apte à impliquer et à faire fédérer ces acteurs et ces partenaires à une nouvelle réforme en tant que «projet partagé». Conclusion Compte tenu de ces remarques et de cette analyse, il devient impératif de dépasser cette situation en vue d assurer une réforme de l enseignement supérieur démocratique et moderne, globale et de qualité, dotée d une visibilité d ensemble et d une cohérence interne et externe tant sur le plan pédagogique et scientifique qu au niveau organisationnel et administratif. Une réforme globale et audacieuse capable de motiver l ensemble des acteurs et des partenaires en fonction d un projet partagé et d un idéal commun fédérateur, qui sont ceux de la démocratisation, de la modernité et du développement durable de notre société au 135

136 Siham HAJJI niveau national, régional et local, dans un monde devenu de plus en plus exigeant, innovateur et global, est plus que nécessaire. Pour y parvenir, les enseignants-chercheurs sont les acteurs incontournables de cette réforme de système de l enseignement supérieur. La stratégie agissante et la plus appropriée à leur implication et leur participation active suppose l existence d une politique et d une gouvernance moderne et motivante, qui mobilise leurs énergies et encourage leur esprit d innovation et valorise leur engagement, leurs mérites et leur «identité» scientifique, pédagogique, civique et civilisationelle. Autrement dit, une véritable politique d implication et d incitation à la hauteur de leur honorable et véritable «métier» qui est celui de la création et de la diffusion du savoir, de la formation et de la haute qualification des ressources humaines, de la recherche et de l innovation scientifique, de la diffusion et de la consolidation des vertus et des valeurs de la réflexion et de la pensée rationnelle, du dialogue et de la tolérance, de l égalité des chances et de la cohésion sociale, de la démocratie et de la modernité, du progrès et du bien-être. De ce fait, les enseignants chercheurs sont et seront toujours les acteurs essentiels de toute réforme universitaire globale, cohérente et démocratique, répondant aux attentes et à la dignité des citoyens marocains et aux enjeux et impératifs de notre développement durable et intégré et ce, par la qualité de leur formation scientifique et pédagogique flexible et polyvalente et par les apports de leur recherche scientifique innovatrice et d avant garde, et aussi par leur engagement citoyen et démocratique en faveur d une université marocaine citoyenne, celle d égalité des chances, ouverte et accessible. 136

137 Evaluation

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139 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp L évaluation des filières, le cas de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat ( ) Jamal Eddine EL HANI* Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Université MohammedV-Agdal, Rabat Abstract Evaluation is part of a new culture brought about by the 2003 University reform. The Faculty of Letters in Rabat has been engaged in this process since This has made it possible to identify the imperfections of the first version of the accredited tracks and hence to draft of the applications for the renewal of accreditations for the period. Self-evaluation has revealed a number of problems the tracks have faced throughout the implementation of the Reform. These problems have to do with human resources, in particular the shortage of the data processing staff, with material and logistic resources, and the enrolled student population and its national distribution. The work of the Pedagogy and Accreditation Committee has served as a tool for the evaluation, adjustment, and pragmatic adaptation of the Reform to reality and practice. Thus this Committee has dealt with such pertinent and intricate issues as assessment (continuous and final), heads of modules, university reopening/ beginning of term, and modules and semesters deliberations. Given its importance in the Reform, the Language, Communication & Computer Science module (LCI) has undergone a specific self-evaluation. This has helped reveal its importance by stressing the efforts granted by the University in view of providing the best conditions for its success. However, the Committee points out that more efforts must be exerted to provide this module with permanent teachers who would show more commitment to the teaching responsibilities. Other questions related to the hourly loads, the heterogeneity of students groups, and logistic and equipment needs have been raised. In short, the 2003 University Reform has managed to obtain everybody s commitment. It constitutes a successful endeavour that needs to be backed by further technical readjustment and endowment with human and material resources. Introduction L Université marocaine entre dans une phase de son histoire qui correspond à la * Professeur à la Faculté des Lettres de des Sciences Humaines ; Vice-Doyen chargé des Affaires Académiques et Estudiantines. FLSHR, Université Mohammed V - Agdal, Rabat. 139

140 Jamal Eddine EL HANI commémoration du 50ème anniversaire de la naissance de la première université moderne du Maroc. Des réformes n ont cessé de remplacer d autres, en raison de leur statisme qui les vouait à l impasse et à l agonie. L ancien régime universitaire était un bloc monolithique, à prendre ou à laisser dans sa totalité. La réforme instaurée depuis 2003 a cet avantage de mettre en place un système évolutif qui se met en question constamment pour s améliorer, s adapter à travers l autoévaluation et l évaluation interne et externe. D ailleurs, le Cahier des Normes Pédagogiques Nationales stipule dans son article FL11 que «L accréditation est accordée pour une durée de quatre années. Elle est renouvelable après évaluation de la filière.» C est ainsi que la Commission Pédagogique et d Accréditation de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines s est attelée à préparer l auto-évaluation des filières depuis l année universitaire Le but étant de préparer les demandes de réaccréditation pour la période Ce double objectif (l autoévaluation des filières et la préparation des ré-accréditations) a été programmé à l ordre du jour de cette commission dès la rentrée universitaire de septembre Ainsi, un formulaire a été soigneusement préparé par ladite commission et soumis à l ensemble des filières pour évaluer leur expérience après quatre années d exercice. Le premier constat qui a été fait consistait à reconnaître que les demandes d accréditations en 2003 ont été parfois faites de façon théorique et idéaliste. L autoévaluation devait donc permettre de relever toutes les imperfections en vue de préparer les nouvelles accréditations. Les très nombreuses réunions de la Commission Pédagogique et d Accréditation ont été également l occasion de s arrêter chaque fois que nécessaire sur les difficultés que les filières rencontraient pour trouver des solutions adéquates auxquelles tout le monde était invité à réfléchir. Notre établissement s est donné pour tâche également de faire une évaluation spécifique aux enseignements du module «Langue, Communication et Informatique» (LCI). Ce module étant considéré par d aucun comme la véritable innovation de la nouvelle réforme pédagogique. 1. L évaluation des filières de licence fondamentale Le traitement et la synthèse des évaluations des différentes filières ont fait ressortir de nombreuses remarques. Elles relèvent essentiellement les points qui entravent la marche normale des enseignements. On peut les résumer comme suit : 1.1. Le personnel informatique Quand on regarde ce qui se passe dans les autres universités du Maroc, on est frappé par le nombre des filières accréditées dans notre établissement : 12 filières de licence fondamentale et 2 filières de licence professionnelle. Ceci honore notre université et notre établissement qui offre un éventail diversifié de formations parfois uniques dans notre 140

141 Jamal Eddine EL HANI pays. Là n est pas la question. Mais cette prolifération qui est une richesse en soi ne va pas sans poser quelques difficultés de gestion aussi bien pédagogiques qu administratives. Un effort particulier devrait être fait pour renforcer le staff administratif et particulièrement celui de l informatique qui est littéralement débordé lors de la période des saisies des notes et des délibérations. Surtout si l on sait que peu d'informaticiens gèrent ce flux qui atteint son summum pour les quatorze filières en même temps (en plus des filières de Master) et les quelques 300 enseignants. Cette période est souvent attendue avec appréhension par tous les acteurs de ces périodes cruciales de l année universitaire. La situation revêt une urgence capitale sur laquelle il faudrait se pencher sérieusement Les ressources matérielles et logistiques Sans entrer dans les détails des remarques concernant les besoins matériels et logistiques des filières, on peut dire que les équipements de la Faculté des Lettres demandent à être améliorés. Les filières de langues relèvent qu il est anormal qu une institution aussi prestigieuse ne dispose pas de laboratoires de langues, de moyens audiovisuels et de salles équipées pour l enseignement des langues. Il serait urgent de doter cet établissement des outils indispensables dont il a besoin. Aujourd hui, l enseignement performant des langues ne peut se faire sans matériel moderne et adéquat. Les filières de sciences humaines ne devraient pas être en reste. Elles ont également besoin d équipements adaptés pour renouveler, rénover et moderniser leurs enseignements Les effectifs des inscrits Certaines filières reçoivent un effectif d étudiants trop élevé, ce qui ne leur permet pas de donner un enseignement de qualité. D ailleurs ces effectifs sont en contradiction flagrante avec la demande d accréditation où le nombre d étudiants à encadrer est demandé! Ces effectifs ont des conséquences très néfastes sur la constitution des groupes (souvent pléthoriques), sur les différents contrôles (Contrôles Continus et Contrôles Finals) et sur leur crédibilité même, dans la mesure où la probabilité de fraude se trouve élevée. Il faut remarquer que l affluence sur la Faculté des Lettres de Rabat est indéniablement due à la qualité et à la réputation des enseignements que prodigue notre établissement, mais cet aspect positif est entaché par la mauvaise répartition de «la carte universitaire» à l échelle nationale La carte universitaire A ce propos, notre établissement a soumis un projet de rectification de la carte universitaire notamment pour les filières les plus sollicitées et où les étudiants peuvent logiquement s inscrire dans d autres universités plus proches de leur lieu de résidence et où les mêmes spécialités sont offertes. Or, malgré cette requête, qui vise à attirer l attention des autorités concernées sur cette question, nous avons reçu il y a peu une correspondance qui reconduit textuellement la carte universitaire des dernières années sans le moindre changement. 141

142 Jamal Eddine EL HANI 2. Les travaux de la Commission Pédagogique et d Accréditation Pour compléter cette évaluation voici quelques questions qui ont fait partie de l ordre du jour des multiples réunions de la commission pédagogique. Cette commission dynamique s est ingéniée à trouver des solutions à des problèmes inédits. Mais elle continue toujours à œuvrer pour aplanir les questions encore en suspens. Il s agit des points suivants: 2.1. Le contrôle continu (CC) et le contrôle final (CF) : une spécificité de la Faculté des Lettres de Rabat Pour dix filières de licence fondamentale, le contrôle continu compte pour 50% (40% pour une filière et 60% pour une filière également). La commission pédagogique encourage les filières à multiplier les contrôles continus et à leur donner une pondération de plus en plus élevée jusqu à une éventuelle extinction pure et simple, à long terme, du contrôle final. Cela suppose de travailler avec des groupes à effectifs réduits, ce qui est déjà le cas pour certaines filières, alors que d autres pâtissent encore des nombres élevés d étudiants par groupe. En tout cas la culture du contrôle continu est bien établie dans l établissement, pratiquée par les enseignants et acceptée par les étudiants après une certaine réticence au début de la réforme La gestion des filières et les responsables des modules Le nouveau système mis en place depuis l année universitaire est un système modulaire. Le module est donc l unité fondamentale sur laquelle il s appuie. Or, force est de constater que la gestion des filières repose parfois exclusivement sur les épaules des seuls coordonnateurs des filières (qui sont souvent en même temps chefs de départements et parfois coordonnateurs de master). Ceux-ci se trouvent alors dans l obligation d assumer par ailleurs les tâches normalement dévolues aux coordonnateurs des modules! Il serait urgent de trouver un moyen pour que chacun assume ses responsabilités dans un esprit de collégialité et de partage des tâches. Un effort de sensibilisation est entrepris pour inciter les coordonnateurs des modules à assumer leurs responsabilités pédagogiques. Mais il faudrait trouver des solutions plus persuasives pour les inciter à s investir davantage dans leurs tâches. Autrement le système resterait l apanage de quelques responsables, alors que sa vocation est d être décentralisé et de permettre le partage des responsabilités à tous les niveaux La rentrée universitaire C est le point qui a entaché les débuts de semestres depuis la mise en place de la réforme en Cependant nous espérons pouvoir le surmonter lors de la prochaine rentrée. Nous nous réjouissons cette année de l effort entrepris par la Présidence de l Université et par les établissements qui lui appartiennent pour informer les futurs inscrits quant à la date des 142

143 L évaluation des filières inscriptions et du début des cours notamment. En fait il s agit d une question de mentalité qu il faudrait progressivement changer pour que les critères de ponctualité, de rigueur et de respect des échéances deviennent une règle respectée par tous. Par ailleurs, il faut noter que les rentrées tardives ont des raisons qui dépassent aussi bien l Université que les établissements. Il s agit essentiellement de la distribution des bourses et surtout de l ouverture de la cité et du restaurant universitaires. Comment des étudiants venant de régions lointaines peuvent-ils rejoindre les salles de cours en l absence de besoins aussi vitaux? Bien que ces responsabilités nous dépassent, nous devrions faire l effort de sensibiliser les responsables puisqu en fin de compte c est notre système d enseignement qui en pâtit. Mais il faudrait remarquer que la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines accomplit chaque semestre des avancées remarquables dans ce domaine, surtout pour la session de printemps où elle peut gérer la situation avec plus d indépendance Les délibérations du module et du semestre Les délibérations des semestres sont tributaires des délibérations des modules. Cette relation a souvent un impact sur les délibérations des semestres dans la mesure où les délibérations du module peuvent être retardées par la saisie des notes d un Elément de Module voire d un ensemble d Eléments de Module(s). C est pourquoi il serait plus judicieux de séparer les délibérations des modules des délibérations des semestres. Notre établissement est entrain d envisager la distinction entre les deux types de délibérations. Par ailleurs, la Commission pédagogique et d accréditation continue de réfléchir sur des questions importantes. Elle est en train de mettre en place des critères pour accorder des dérogations aux étudiants qui en fait la demande. Elle réfléchit également à la mise en place de critères homogènes communs pour l inscription au Projet de fin d Etudes (PFE) tout en veillant à la spécificité et à l autonomie des filières en rapport avec leurs cahiers d accréditation. 3. L évaluation des enseignements du module «LCI» L évaluation du module «Langue, Communication et Informatique» (LCI) peut, grosso modo, se résumer comme suit : 3.1 Les acquis L importance du module LCI D abord tout le monde s accorde à dire que la grande nouveauté de la réforme de 2003 est l introduction du module transversal LCI. C est un enseignement qui est censé apporter une plus-value indispensable à la formation des étudiants. Elle leur permet par ailleurs de répondre à une demande insistante et légitime du marché du travail qui pâtit du manque de maîtrise suffisante des langues vivantes, des outils communicationnels et de l informatique. 143

144 Jamal Eddine EL HANI Pour relever ce défi, une équipe pédagogique s est constituée depuis le début de la réforme et a doté les enseignants d outils pédagogiques sous forme de fascicules adaptés aux besoins et aux niveaux des étudiants. Il ne faut pas oublier que l enseignement des langues avant la réforme actuelle était ou bien inexistant ou bien se faisait sans aucune coordination, aucune réflexion ni progression Les solutions matérielles et logistiques offertes A ce propos, la présidence de l Université a fait un effort sans précédent pour promouvoir un enseignement moderne et performant dans le cadre du module «Langue, Communication et Informatique» (LCI). Pour cela, elle a : - engagé des vacataires pour pallier l insuffisance des enseignants, - dédié des salles spécifiques pour l enseignement de LCI - équipé des salles en outils informatiques, - permis à ce module de fonctionner avec des groupes relativement réduits, etc. Tous ces efforts ont été consentis en vue de faire réussir l un des piliers fondamentaux de la nouvelle réforme universitaire. Aujourd hui on peut dire, sans risquer de trop exagérer, que la réussite de la réforme peut se mesurer en grande partie à l aune du succès ou de l échec de ce module Les points faibles Malgré tous ces efforts, le module LCI a rencontré lors des quatre dernières années de son fonctionnement quelques problèmes : Les ressources humaines et la question des vacataires Etant donné le nombre insuffisant d enseignants permanents et le recours aux vacataires, un certain nombre de problèmes se sont posés : il s agit de l implication de ces enseignants dans l élaboration des programmes, de l application de ces mêmes programmes conçus par les équipes pédagogiques de l Université, de la fiabilité des contrôles des connaissances (Contrôles Continus, Contrôles Finals et surtout les Rattrapages) qui posent un véritable problème de gestion et de disponibilité de ces enseignants. La réforme a commencé dans des conditions très difficiles. Actuellement l équipe des vacataires est en voie de stabilisation, mais pas de résolution, dans la mesure où seuls les plus performants sont reconduits de semestre en semestre La question du volume horaire Le volume horaire est insuffisant pour l ensemble des filières et surtout pour les filières de «Sciences humaines» en français (aux semestres 3 et 4), mais aussi pour les autres Eléments de Module qui ne bénéficient que d un volume horaire de 15 heures par semestre. Certains étudiants auraient besoin d un enseignement intensif, vu leur indigence linguistique. 144

145 L évaluation des filières Les filières ont fini par comprendre qu il y a des contraintes budgétaires dues au recours aux vacataires, mais continuent à penser néanmoins que cette enveloppe horaire ne pourra en aucun cas remédier aux problèmes linguistiques dont souffrent les étudiants. Il faut noter également que les cours de 15 heures étalés sur 7 ou 8 semaines sont par ailleurs source d absentéisme, puisque les étudiants savent que même s ils ratent collectivement la moitié du semestre, ils peuvent se rattraper lors de la seconde moitié. Cet esprit ne manque pas d avoir des incidences néfastes sur les autres enseignements de ce module et sur les autres modules également. Il serait plus judicieux de concentrer ces cours par enveloppes de 30 heures pour tenter de résoudre ce problème de l absentéisme. Ce qui permettra de faire des enseignements de LCI un véritable module, car pour le moment les 45 heures imparties à chaque semestre ne constituent qu un demi-module. Par ailleurs, les cours qui ne fonctionnent que pour 15 heures nous font perdre l utilisation des salles pendant un semestre alors qu elles ne sont occupées que pour la moitié du temps L hétérogénéité du niveau des étudiants Ce problème se pose essentiellement lors des premiers semestres. La quasi impossibilité de regrouper les étudiants en fonction de leur niveau porte préjudice aussi bien aux plus faibles qu aux meilleurs. Nous espérons pouvoir participer à la résolution de ce problème avec l évolution du «Portail numérique LC» (opérationnel depuis le début de l année 2007), en plateforme numérique (en cours de réalisation). L engagement de l Université dans ce projet d avenir est évidemment vital pour sa réussite Les besoins matériels et logistiques Sur le plan logistique, malgré les efforts consentis, beaucoup reste à faire. L équipement en laboratoires de langues et en matériel audiovisuel constitue une nécessité absolue. Un effort particulier devrait être fait pour sensibiliser les décideurs à la nécessité de tels équipements si l on veut réellement offrir un enseignement moderne et performant à nos étudiants. La Faculté des Lettres souffre d un grave passif en équipements. Trois salles d informatique seulement pour des milliers d étudiants inscrits dans 12 filières de licence fondamentale et aucun laboratoire de langues! La remédiation linguistique dont les étudiants ont de plus en plus besoin ne peut plus se passer de ces outils devenus nécessaires. Conclusion a-proposition pour l amélioration des filières L évaluation des quatre premières années de la mise en place de la réforme a montré 145

146 Jamal Eddine EL HANI l adhésion des enseignants, des étudiants ainsi que du personnel administratif. Les filières ont mis l accent sur les efforts accomplis par les responsables, mais également sur les points faibles des nouvelles structures. Le but étant l amélioration des enseignements et leur modernisation. On peut les résumer ainsi : - Le renforcement du personnel administratif et informatique, - Le renforcement des ressources matérielles et logistiques, - La révision de la carte universitaire - La motivation des coordonnateurs de modules pour une meilleure gestion b- Propositions pour l amélioration des enseignements de LCI - Recrutement d enseignants permanents - Augmentation de l enveloppe horaire du français pour les filières de Sciences Humaines aux semestres 3 et 4, et des autres Eléments de Module pour les filières de langues et de Sciences Humaines à tous les niveaux, - Elaboration de fascicules adaptés pour chaque filière : en ce qui concerne l Elément de Module «français et TEC». Des travaux sur objectifs spécifiques (FOS) sont d ailleurs en cours d élaboration. Ils devraient permettre à chaque filière ou du moins à chaque ensemble de filières plus ou moins proches d avoir son propre fascicule, -Cet élan d enthousiasme qui a marqué le début de la réforme devrait être préservé par la poursuite des formations continues qui mettent les enseignants au courant de toutes les innovations scientifiques et pédagogiques. Les travaux de la Commission LCI devraient se poursuivre pour donner suite aux fascicules réalisés, - Soutien au développement de la plateforme numérique, - Mise en place de laboratoires de langues, - Organisation de réunions pédagogiques régulières entre les enseignants du même élément de module, mais aussi avec les enseignants qui interviennent dans l autre moitié du module LCI. Enfin, on peut dire le que Réforme a atteint ses principaux objectifs. Les formations sont de meilleure qualité et les programmes ont connu une véritable rénovation. Cependant des efforts restent à fournir notamment sur le plan des ressources logistiques et humaines. Et pour que la réforme actuelle reste dynamique, elle a besoin d évaluation et d autoévaluation constamment. Cette nouvelle philosophie est seule susceptible de donner au système la possibilité de se régénérer et d évoluer en répondant constamment aux nouveaux besoins, aux nouveaux défis et de s adapter aux situations inédites. 146

147 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Réforme de l Enseignement Supérieur : l expérience de la Faculté des Sciences de Rabat Saaïd AMZAZI* Nouzha BOUAMOUD* * Faculté des Sciences, Faculté des Sciences Université Mohammed V-Agdal, Université Mohammed V-Agdal, Rabat Rabat EU «FKOr «πu Í t «FLq U OU. «πu V «Ob«u w Ë«πu«V «L FKIW U MEOr «ùœ«í Ë JOÒn ±ª Kn «HU KOs U LRߺW Ë Du bœ «LºπKOs Ë ºV «Lº u Os Ë p ÆBb KOq, d bá MU, ù πu OU ËßK OU b OMt ±l «bîu «πu±fw , uœò ØKOW «FKu U d U, w cá «b «ßW, d BOKW ±l KOq KºMu««πU±FOW «_ l «LMBd±W ±Mc «LUœ «ùåöõ. Ib MUË MU MU ±Kªh w «uæx «cí Fbœ Ot «IOOLU «dßlow KMEU «πb b K FKOr «FU w «cí r Introduction En adoptant dès la rentrée 2003 un nouveau système pédagogique universitaire basé sur le système Licence, Master, Doctorat (LMD), le Maroc est entré de plein pied dans un mouvement décisif de mondialisation de l enseignement supérieur. Trois années plus tard, en 2006, les différents établissements du Maroc ont vu émerger les premières promotions de Licenciés diplômés issus de ce nouveau système. Une évaluation globale s impose donc à la suite de ce premier cycle de formation et à la veille des demandes de renouvellement des accréditations des filières Licences en cours. Dans cet esprit, la Faculté des Sciences, Rabat (FSR) a assuré un accompagnement soutenu et performant de l instauration de la réforme universitaire tant sur le plan pédagogique qu administratif et logistique. Cette étude a pour but d en résumer les principales étapes. * Vice-Doyen chargé des Affaires Académiques et Pédagogiques, FSR, Université Mohammed V-Agdal, Rabat. ** Rapporteur de la Commission Pédagogique de la FSR, Université Mohammed V-Agdal, Rabat. 147

148 Saaïd AMZAZI & Nouzha BOUAMOUD 1. Inscriptions : accueil des étudiants et évolution des effectifs Depuis la rentrée la FSR propose 6 filières Licence fondamentales : Sciences de la Matière Physique (SMP) Sciences de la Matière Chimie (SMC) Sciences Mathématiques(SM) Sciences Mathématiques Informatique (SMI) Sciences de la Terre et de l Univers (STU) Sciences de la Vie (SVI) 1.1. Les effectifs De façon globale, environ 1500 étudiants nouveaux s inscrivent chaque année à la FSR ce qui aboutit à un effectif constant de 2000 étudiants environ en première année (*). Progression Inscription en S1 Effectif Nouveaux Global* Automne Automne Automne Automne Automne * L effectif global comprend les nouveaux inscrits en S1 et les étudiants reversés ou redoublants 148

149 Réforme de l Enseignement Supérieur Ces étudiants, inscrits en première année, se répartissent sur les 6 filières proposées comme suit : Filières Effectifs 2003 Effectifs 2004 Effectifs 2005 Effectifs 2006 Effectifs 2007 SM SMI SMC SMP STU SVI Total Il ressort de ces données que la répartition des étudiants sur les six filières est hétérogène et révèle une demande particulièrement accrue de ces derniers pour les filières SMP, SMI et SVI. Pour la filière SMI, outre les effectifs surchargés, une étude menée sur 3 ans au sein du département de Mathématiques-Informatique a démontré un taux d échec élevé pour les étudiants titulaires d un baccalauréat Sciences Expérimentales. Ces deux constats ont donc poussé notre établissement à instaurer des conditions d accès à la filière SMI applicables uniquement en cas de dépassement des limites d effectifs de la filière. Par ailleurs, les filières SMC, SM et particulièrement STU semblent pour l instant moins attractives pour les étudiants ce qui nécessite une réflexion plus ciblée sur les objectifs de ces formations et une révision de leurs contenus. Ces filières, qui appliquent pour l instant un programme type national, auraient ainsi tout intérêt à prendre en compte l initiative des enseignants ayant élaboré des programmes spécifiques plus susceptibles d attirer et d intéresser les étudiants Le déroulement des inscriptions Chaque année, les nouvelles inscriptions se déroulent pendant le mois de Juillet en parallèle avec une campagne d accueil, d information et d orientation des nouveaux bacheliers. Par ailleurs, les réinscriptions s effectuent grâce au Système Informatique de Gestion Académique (SIGA) de la FSR via le net. Ces mesures ont ainsi permis un démarrage précoce, dès la première semaine de septembre, des enseignements à la rentrée universitaire et par conséquent un respect rigoureux du calendrier des 16 semaines d enseignement et d évaluation au cours de l année universitaire. 149

150 Saaïd AMZAZI & Nouzha BOUAMOUD 2. Enseignements: déroulement et questions pédagogiques soulevées Tout au long de l instauration du nouveau système pédagogique universitaire, la FSR s est particulièrement investie afin d assurer un enseignement de qualité et des conditions de travail satisfaisantes aussi bien pour le corps enseignant qu administratif. Pour cela, de multiples dispositions d ordre général ou spécifique ont régulièrement été prises afin de faire face aux nouvelles problématiques inhérentes au changement de système. Ces dispositions ont notamment concerné: 2.1. Les contrôles continus Les contrôles continus ont posé de nombreux problèmes aussi bien d organisation que de déroulement et ont été à l origine de nombreuses revendications de la part des étudiants. C est pourquoi l établissement a préconisé une meilleure coordination entre les différents modules afin d établir une planification des contrôles continus dès le début du semestre selon un calendrier précis. Dans le même esprit, l établissement veille à ce que les contrôles continus ne se déroulent pas en dehors des horaires d enseignement afin de préserver les plages de repos des étudiants Les contrôles finaux Toute la logistique des contrôles finaux est gérée par l administration, particulièrement l attribution des locaux et le contrôle d identité. Les contrôles finaux peuvent avoir lieu en cours de semestre (lorsque l enseignement d un élément est achevé) ou à la fin de celui-ci La pondération Un consensus général a été adopté au sein de l établissement sur la pondération suivante pour tous les modules : Contrôle final : 50 % Contrôle continu : 25 % Travaux pratiques : 25 % Toutefois, il reste souhaitable que la note de contrôle continu représente au moins 50 % de la note du module afin de valoriser ce type d évaluation qui reste l un des apports majeurs de la réforme pédagogique puisqu il reflète à juste titre le travail de l étudiant tout au long du semestre. Dans le même esprit, une augmentation du nombre d évaluations par semestre pourrait apporter un avantage certain aux étudiants Le module de Langues et Communication/Informatique (LC/I) Afin d assurer un enseignement satisfaisant de LC, l établissement s est vu dans l obligation de recruter des enseignants vacataires. Mais force est de constater que cette discipline souffre du manque de disponibilité et d implication d un grand nombre d entre 150

151 Réforme de l Enseignement Supérieur eux. De la même façon, de nombreux étudiants en 3ème cycle d informatique ont été retenus pour l enseignement dans le cadre de l élément Informatique mais leur approche pédagogique reste insuffisante, c est pourquoi les attentes de cet élément doivent impérativement être clairement définies et institutionnalisées Les rattrapages Selon un consensus général, à l échelle de tout l établissement, la note de rattrapage n est retenue que si elle est supérieure à la note obtenue au contrôle final (ou en TP). Cette note de rattrapage ne peut donc en aucun cas pénaliser un étudiant. Toujours dans l intérêt des étudiants, notre établissement autorise le rattrapage d un module validé par compensation Les modules complémentaires Les modules complémentaires ont été programmés plutôt en fin de cycle, en S6, afin d éviter une spécialisation trop précoce des étudiants qui aboutirait à une trop grande hétérogénéité de formation pour les arrivants en S Les délibérations Pour répondre aux revendications des enseignants qui ont déploré la lourdeur des procédures de délibérations, l établissement a instauré depuis 2005 une seule délibération de semestre qui se déroule après rattrapages et qui a considérablement allégé ces procédures Le module Projet de Fin d Etude (PFE) Une charte de déroulement de ce module a été établie à l échelle de tout l établissement en tenant compte des spécificités de chaque département. Les étudiants se sont montrés satisfaits de ce type d enseignement. Il reste toutefois un certain nombre de questions concernant le PFE : risque que la note de PFE influence de manière exagérée la note globale du semestre (exemples de semestres ou trois modules ont été compensés par la note du PFE), modalités d attribution des sujets, nécessité d impliquer tous les enseignants, définition du contenu pédagogique, nécessité de lutter contre le plagiat Les passerelles Une commission spécifique comportant tous les chefs de département et tous les coordonnateurs de filières constituée au sein de l établissement a fourni un travail considérable afin de statuer sur les équivalences et les passerelles. C est ainsi que les passerelles entre filières ont été instaurées sous réserve de valider certains modules selon les exigences de la filière d accueil souhaitée. Les passerelles entre établissements quant à elles ont nécessité l élaboration au sein 151

152 Saaïd AMZAZI & Nouzha BOUAMOUD de la même commission d un document d équivalences, guidé par le Ministère et adopté par l Université, résumant les conditions d acceptation à la FSR d étudiants issus d établissements publics tels que les CPGE (Math sup/math spé), l ENSET (TSI), l IAV, les FST, l ENS, l IFCS etc. 3. Résultats : analyse des taux de validation L un des nombreux atouts du Système Informatique de Gestion Académique qui accompagne la réforme universitaire au sein de la FSR est qu il ouvre la voie à une analyse statistique plus aisée de très nombreuses données concernant les validations et les inscriptions. C est ainsi que l étude des résultats de validation des modules et des semestres tout au long des quatre dernières années d enseignement a révélé de nombreuses informations potentiellement exploitables pour améliorer les enseignements dispensés au sein de notre établissement. Histogrammes des validations 152

153 Réforme de l Enseignement Supérieur 153

154 Saaïd AMZAZI & Nouzha BOUAMOUD Les points suivants ressortent de l analyse de ces données : - A mesure que l on progresse dans le cursus universitaire, le pourcentage d étudiants qui valident plus d un module augmente de façon très importante tandis que le taux d abandon régresse considérablement. Les meilleurs taux de validation de semestre sont obtenus en fin de cursus, à partir de S4, probablement en raison de l approche de l obtention des diplômes DEUG et Licence et des échéances de concours divers. - L année 2006, à la FSR, a vu l émergence de 250 lauréats licenciés toutes filières confondues. Ce chiffre, bien qu a priori faible par rapport aux effectifs présents à l examen à l automne 2003 (1350), a considérablement augmenté au cours des deux sessions suivantes par l ajout de nombreux étudiants qui ont dû rattraper quelques modules qui leur faisaient défaut pour valider la Licence. - L effet de la compensation entre les modules sur le taux des validations des semestres s est révélé déterminant puisque celle-ci peut aller jusqu à doubler ce taux, par exemple en S5. 4. Evaluation globale des quatre années du nouveau système pédagogique au sein de la FSR 4.1. Les atouts de la FSR La FSR est actuellement considérée, à l échelle nationale, comme la faculté pilote de l instauration de la réforme universitaire grâce à l implication particulièrement dynamique 154

155 Réforme de l Enseignement Supérieur et l esprit d adaptation très louable dont ses enseignants, autant que son corps administratif, ont fait preuve au cours de ces quatre années. C est ainsi que notre établissement, qui dispose de l un des meilleurs taux d encadrement à l échelle nationale, a su mobiliser toutes ses potentialités afin de créer une dynamique positive et constructive pour accompagner le déroulement des enseignements : - Mise en place du Système Informatique de Gestion Académique qui a permis une meilleure maîtrise des inscriptions et de la gestion des notes et qui permet en outre un accès direct de l étudiant via le net à son dossier complet. - Mise en place d un système de communication performant à l intention des étudiants mais aussi des enseignants en ayant recours à des moyens d information variés et actualisés (affiches, dépliants, posters, bornes informatiques, site web ) - Mise en place d une cellule d accueil, d information et d orientation des étudiants qui sont pris en charge de façon efficace dès leur arrivée au sein de l établissement. - Création précoce d une commission pédagogique émanant du conseil de Faculté et effective dès la première rentrée universitaire dans le cadre de la réforme. Cette commission a notamment veillé à proposer la majorité des dispositions internes qui ont accompagné l instauration de la réforme et à rédiger un cahier d évaluation spécifique à l établissement. De même, cette commission a initié le premier sondage d opinion réalisé auprès des étudiants depuis le lancement de la réforme dont les résultats se sont avérés particulièrement riches en informations Les attentes de la FSR A la lumière de ces quatre années écoulées dans le cadre de notre nouveau système pédagogique, toutes les potentialités locales ont été mises en œuvre dans un soucis permanent d amélioration des enseignements et des conditions de travail au sein de la FSR. Toutefois, notre établissement souhaite encore de nombreuses actions et de nouvelles résolutions portant notamment sur : - L entretien des locaux : certains bâtiments de la FSR se trouvent dans un état de vétusté avancé et n ont pu être entretenus depuis leur construction dans les années 40. L affectation d un budget spécifique pour cette rubrique de première nécessité devient donc une priorité pour notre établissement. - L attribution de moyens budgétaires conséquents pour accompagner la réforme : Estil encore besoin de rappeler l importance de la mise à la disposition de l établissement de moyens didactiques performants (matériel d enseignement pour les TP, notamment)? Un effort particulier en ce sens est donc toujours attendu par tous. - L allègement des emplois du temps et des programmes : un étudiant sur deux se plaint à la FSR d avoir une surcharge de travail. Il s avère donc urgent de se pencher sur les programmes et les emplois du temps afin de les alléger. - Le recrutement d enseignants permanents de LC: L instauration d un enseignement 155

156 Saaïd AMZAZI & Nouzha BOUAMOUD de Langues et Communication est l un des objectifs majeurs de la réforme. Toutefois, cet enseignement, pour le moment assuré en grande partie par des vacataires du deuxième cycle secondaire est à l origine de nombreuses difficultés liées à l engagement et la disponibilité de ces intervenants. En outre, ces vacations pèsent actuellement très lourd dans le budget de fonctionnement de l établissement. C est pour cette raison que la constitution d un noyau d enseignants de LC permanents à la FSR est vivement souhaitable. Ce noyau viendra renforcer l équipe déjà formée par les quatre enseignants titulaires existants. - Le partenariat FSR- Milieu Socioprofessionnel : pour que la formation de l étudiant puisse répondre aux besoins du marché du travail, les acteurs du milieu socioprofessionnel ne doivent pas seulement intégrer les instances décisionnelles universitaires (conseil d Université et de Faculté) mais contribuer de façon dynamique et permanente à l élaboration et au déroulement des formations dispensées à la Faculté afin que celles-ci soient plus adaptées au marché de travail. - Le statut de l étudiant : la réforme universitaire a déjà permis à l étudiant de jouer un rôle dynamique en étant représenté dans les instances universitaires mais il faut espérer que la vie estudiantine puisse, dans les années à venir, s enrichir de nombreuses activités sociales et culturelles ainsi que de nouvelles facilités destinées à améliorer le quotidien des étudiants à l image de l assurance santé acquise dès la rentrée Dans cet esprit, la FSR s est particulièrement distinguée au cours de l année en mettant en œuvre un club d action culturelle (CAC-UNESCO) qui a permis à plus de 250 étudiants tous niveaux confondus de bénéficier d un encadrement de qualité dans une activité culturelle choisie parmi 10 ateliers de l établissement. Cette action culturelle a en outre organisé avec succès les premières journées culturelles de la FSR «Expressions-FSR» du 04 au 06 Juillet 2007 au cours desquelles les étudiants ont pu exprimer leurs aptitudes diverses en prenant part à des expositions, animations et spectacles Parallèlement, un effort considérable est déployé par l établissement pour soutenir les diverses associations estudiantines hébergées à la Faculté dans l organisation de leurs activités culturelles et scientifiques. - Les conditions de travail des enseignants-chercheurs : l instauration de la réforme a engendré chez les enseignants-chercheurs une inquiétude légitime et justifiée puisque ces derniers ont dû fournir un effort d adaptation considérable pour faire face aux nouvelles responsabilités inhérentes au système modulaire et semestriel de la réforme tout en assurant parallèlement la continuité de la formation des promotions en cours de l ancien système. En réduisant les potentialités humaines de la FSR aussi bien au niveau des enseignants que des techniciens divers, les départs volontaires autorisés courant 2005 ont par ailleurs contribué à cette surcharge de travail et de responsabilités qui a incombé au corps enseignant de la FSR qui rencontre de plus en plus de difficultés pour mener en parallèle à la fois ses tâches d enseignement et de recherche. Une meilleure répartition des responsabilités, un aménagement des espaces de travail (bureaux, salles de réunion ) ainsi que l attribution d outils de travail performants et de moyens alloués à la recherche seraient donc vivement souhaitables afin d optimiser le travail des enseignants-chercheurs. 156

157 Réforme de l Enseignement Supérieur Dans le même esprit, le recrutement de spécialistes dans des disciplines émergentes telles que la génomique, la bioinformatique ou encore la chimie fine ou les télécoms paraît incontournable si l on veut maintenir la FSR à l avant-garde de l enseignement des Sciences à l échelle nationale et assurer à nos étudiants une formation actualisée, moderne et donc plus attractive. - Le renforcement de l encadrement : le taux d échec dans les premières années pourrait régresser grâce à l amélioration de l encadrement pédagogique des étudiants par la mise en place de groupes à effectifs réduits (cours/td) ouvrant la voie à l instauration d un système de tutorat (Cas de la filière Sciences de la Vie). A cet effet, à la rentrée , l administration a du déployer des efforts considérables pour aménager les emplois du temps, identifier et équiper des salles d enseignement dédiées à cette initiative. Les enseignants, pour leur part, n ont ménagé aucun effort afin d appliquer cette expérience pilote, en dépit d une charge horaire alourdie par la multiplication des groupes. Plusieurs réunions des différentes équipes pédagogiques des modules ont été nécessaires à l harmonisation du déroulement de ce type d enseignement. - L incitation des enseignants à l actualisation de leurs méthodes et pratiques pédagogiques. Conclusion Les quatre années universitaires écoulées à la FSR depuis l instauration de la réforme ont constitué une première expérience tout au long de laquelle nous avons pu percevoir, de manière concrète, aussi bien les apports constructifs et positifs de ce changement que les problématiques nouvellement soulevées. Grâce à une implication réellement louable de l ensemble des acteurs de notre établissement, des améliorations notables ont pu être rapidement apportées afin de pallier aux problèmes pédagogiques ou d organisation qui se sont posés. Cependant, bien que ce nouveau système d enseignement ait fait l objet, avec succès, de diverses évaluations officielles nationales et internationales, la FSR veille à maintenir impérativement sa ligne de conduite actuelle : œuvrer et progresser sans relâche à la recherche de l excellence pour les formations qu elle dispense à ses étudiants. 157

158

159 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Les classements internationaux des universités : quels enjeux pour l université marocaine? Abdelali KAAOUACHI* Ecole Supérieure de Technologie Université Mohammed Premier, Oujda Abstract The rankings of the universities constitute a phenomenon in fast evolution, since its first apparition in 1983 in the United States of America. This article focuses the survey toward three international ranking projects: the project of the University of Shanghai, the project of the British magazine The Times and the Webometrics project. For each of these three projects, it gives its methodology, its main results and the limits that are associated to him. Finally, it presents a brief analysis on the factors that imply the good positioning of the universities on the world scale to make use of it in the Moroccan higher education system. The main finality is to look for the mechanisms that offer more competitiveness of the Moroccan universities to the regional and international plans. Introduction Les efforts des classements des établissements de l enseignement supérieur ont commencé dès le début du vingtième siècle aux Etats-Unis d Amérique. Mais ce n est qu en 1983, qu une étude marquante (par l intérêt qu elle a suscité) a vu le jour grâce au magazine américain U.S. News and World Report qui a publié le premier classement des universités américaines. Depuis lors, des systèmes de classement nationaux, régionaux et internationaux se sont multipliés dans plusieurs pays, grâce à des initiatives commerciales (par des groupes de média) ou académiques (par des centres de recherche) 1. Ces systèmes de classements reposent sur des méthodologies propres mettant en œuvre des séries d indicateurs relatifs à des critères de qualité qui se concentrent de plus en plus sur les performances et les résultats plutôt que sur les moyens 2. Des opérations de classement à des échelles nationales et régionales ont été entreprises dans plusieurs pays 3 ; on peut citer : Asiaweek en Asie (qui a cessé de paraître depuis décembre 2001), U.S. News and World Report et The Center en USA, CHE/Stern en Allemagne, Good Guides et Melbourne Institute en Australie, The Times et The Guardian au Royaume-Uni, Maclean s au Canada, Asahi Shimbum au Japon, Perspektywy en Pologne * [email protected] 1 MERISOTIS J.P. (2002). 2 KAAOUACHI A. (2002). 3 VAN DYKE N. (2005). 159

160 Abdelali KAAOUACHI Depuis l année 2003, trois projets de classement ont émergé à l échelle internationale: le premier projet a été lancé par l institut d enseignement supérieur de l Université Jiao Tong de Shanghai en Chine qui a classé 500 meilleures universités du monde selon leurs performances académiques et de recherche. Le deuxième projet a été entrepris par le journal britannique The Times qui a présenté le Top 200 des meilleures universités dans le monde. Le troisième projet est conduit par le groupe espagnol Laboratorio de Internet qui a établi un classement de 3000 premières universités du monde. Chacun des trois projets de classement se base sur une méthodologie précise qui s appuie sur des indicateurs auxquels des poids sont assignés. Les résultats de ces classements internationaux montrent une forte dominance des universités américaines et celles des pays anglo-saxons, et dans un moindre degré les universités européennes et celles de l Asie de l Est, mais dans un faible degré les universités des pays arabes et celles de l Afrique (sauf l Afrique du sud). L intérêt aux classements nationaux, régionaux ou internationaux devient de plus en plus grandissant par de nombreux acteurs : - les étudiants veulent des comparaisons des établissements et des programmes de formation pour la poursuite de leurs études (choix des établissements et des disciplines); - les employeurs ont besoin des classements pour les utiliser dans les opérations de recrutement ; - les établissements veulent savoir des informations sur leurs atouts et faiblesses dans le but d améliorer la qualité. La finalité est de disposer d une bonne image internationale pour une attractivité plus large des étudiants et chercheurs, et pour développer des programmes de coopération internationale ; - les gouvernements veulent connaître des justifications sur l utilisation des financements publics ; - le public et l état veulent connaître la qualité des établissements qui consomment les ressources nationales Par ailleurs, les classements des universités stimulent l amélioration de la qualité en cherchant d atteindre les meilleurs rangs, et favorisent plus de responsabilité et de transparence aux activités des établissements de l enseignement supérieur. Cependant les systèmes de classement reçoivent de nombreuses critiques, tout simplement du fait qu il n existe jamais un système de classement totalement objectif étant donné que l évaluation de la qualité des établissements de l enseignement supérieur est une affaire pénible 4. Une part des critiques est liée à des limites méthodologiques (le choix des critères et leurs indicateurs et des poids assignés...), et une autre part est associée à des limites techniques (les caractéristiques des universités qui sont très variables ). Dans cet article, nous donnons une description des trois projets de classements internationaux en présentant leurs méthodologies, leurs résultats et leurs limites. Ensuite, 4 FINNIE R. et USHER A. (2005). 160

161 Les classements internationaux des universités nous décrivons les facteurs clés et déterminants qui caractérisent les universités classées en premières positions. Puis, nous offrons les positions des universités marocaines pour les trois projets de classements. Enfin, nous suggérons des pistes qui peuvent induire une université marocaine plus compétitive à l international. 1. Le classement de l Université de Shanghai et ses limites 1.1. Le classement L institut d enseignement supérieur de l Université Jiao Tong de Shanghai a lancé en 2003 une première opération de classement des universités dans le monde selon leurs performances académiques et de recherche 5. L objectif initial de l opération était de mesurer le positionnement des universités chinoises dans la compétition mondiale, afin d'impulser une politique volontariste en faveur de sa recherche. Le projet est connu sous l appellation «Academic Ranking of World University (ARWU)» et ses résultats ont une fréquence d apparition annuelle. De ce fait, jusqu à la rédaction de cet article, il existe quatre éditions du classement : 2003, 2004, 2005 et La méthodologie du classement de l Université de Shanghai se base sur six indicateurs dont chacun est assigné un poids. Les indicateurs du projet sont associés aux quatre critères suivants : Critère 1 : Qualité de la formation Indicateur 1 : Anciens étudiants d un établissement qui ont gagné des prix Nobel et des médailles Fields (un prix en Mathématiques au nom du mathématicien canadien John Fields, décerné tous les quatre ans lors du Congrès International des Mathématiciens) (Poids 10%). Il s agit des anciens étudiants d un établissement qui ont gagné des prix Nobel et des médailles Fields. Ces étudiants sont ceux qui ont obtenu des diplômes de Licence, Master ou Doctorat. Il y a différentes pondérations qui sont accordées selon les périodes d obtention des diplômes, par exemple le poids est de 100% pour les diplômés entre 1991 et 2000, 90% pour les diplômés de Si un étudiant obtient plus d un diplôme, son établissement n est considéré qu une seule fois. Critère 2 : Qualité du corps enseignant Indicateur 2 : Enseignants d un établissement qui ont gagné des prix Nobel et des médailles Fields (Poids 20%). C est le nombre total des membres d un établissement qui ont gagné des prix Nobel (en physique, chimie, médecine et économie) et des médailles Fields, et cela au moment où ils exercent leurs travaux dans cet établissement. Il y a différentes pondérations qui sont accordées selon les périodes d obtention des prix, par exemple le poids est de 100% 5 SJTU (2003, 2004, 2005, 2006). 161

162 Abdelali KAAOUACHI pour les gagnants après 2001, 90% pour les gagnants entre 1991 et 2000, 80% pour les gagnants entre 1981 et Si un gagnant est affilié à plusieurs établissements, chaque établissement bénéficie du prix. Si un prix est partagé par plusieurs personnes, des pondérations sont affectées aux gagnants selon leur proportion dans le prix. Indicateur 3 : Chercheurs fréquemment cités dans 21 disciplines étendues (Poids 20%). Le nombre de chercheurs les plus cités par leurs pairs dans les revues scientifiques référencées par l ISI (Institute for Scientific Information de la société américaine privée Thomson Scientific) dans vingt et une disciplines en science de la nature, médecine, sciences physiques, ingénierie et sciences sociales. Critère 3 : Résultats de la recherche Indicateur 4 : Articles publiés dans Nature et Science (Poids 20%). Il indique le nombre d articles publiés dans Nature et Science durant les cinq dernières années. Un poids de 100% est attribué à l auteur correspondant, 50% pour le premier auteur (ou le deuxième auteur si le premier auteur est le correspondant), 25% pour l auteur suivant, 10% pour les autres auteurs. Indicateur 5 : Articles indexés dans SCI (Science Citation Index), SSCI (Social Science Citation Index), et AHCI (Arts and Humanities Citation Index) (Poids 20%). Il indique le nombre total d articles indexés par le SCI et/ou le SSCI et/ou le AHCI durant l année précédente. Seulement les publications de type article sont considérées. Critère 4 : Taille de l établissement Indicateur 6 : Performances académiques par rapport à la taille de l établissement (Poids 10%). Il indique les scores totaux des cinq indicateurs antérieurs divisés par le nombre d enseignants en équivalent temps plein de l établissement concerné. Pour chaque indicateur, le meilleur score reçoit la note 100, et les autres scores sont calculés sous la forme de pourcentage de ce meilleur score. Les résultats du classement sont donnés dans plusieurs tableaux dont: - le Top 500 de meilleures universités dans le monde ; - le Top 100 de meilleures universités de l Amérique du nord et du sud ; - le Top 100 de meilleures universités de la région Asie/Pacifique ; - le Top 100 de meilleures universités de l Europe ; - les meilleures universités par région et par pays ; 162

163 Les classements internationaux des universités - le pourcentage de meilleures universités par pays comparé avec le nombre de la population et le PIB. Une analyse de l édition de l année 2006 montre une forte dominance des universités américaines, par exemple 17 universités des Etats-Unis se positionnent parmi les 20 premières universités, à leur tête l Université Harvard. D ailleurs, c est pratiquement le même résultat remarqué lors des précédentes éditions. Le Tableau 1 donne les statistiques par région : Région Top 20 Top 100 Top 200 Top 300 Top 400 Top 500 Amérique du Nord et Latine Europe Asie-Pacifique Afrique Total Tableau 1 : Statistiques du classement des universités par région Le Tableau 2 donne les résultats du classement de 12 pays qui ont plus de représentativité de leurs universités dans l édition 2006 du classement de l Université de Shanghai : Pays Top 20 Top 100 Top 200 Top 300 Top 400 Top USA UK Japon Allemagne Canada France Suède Suisse Hollande Australie Italie Israël Tableau 2 : Statistiques du classement des universités pour 12 pays La France compte 21 universités dans le Top 500, mais seulement quatre dans les 100 premières universités. Ce résultat met en clair une moindre compétitivité du système français de l enseignement supérieur à l échelle internationale. Une seule université arabe figure dans le Top 500, c est l Université du Caire qui se positionne à la place 401 avec le score 25 pour l Indicateur 1 (grâce à ses trois lauréats: Najib Mahfoud, Yasser Arafat et Mohamed El Baradei), le score 22.5 pour l Indicateur 5 et le score 13 pour l Indicateur

164 Abdelali KAAOUACHI 1.2. Critiques du classement de l Université de Shanghai Le classement de l Université de Shanghai est le plus connu des classements internationaux des universités. Cependant sa méthodologie génère de nombreuses critiques d ordres méthodologiques et techniques 6 : Limites méthodologiques Les limites méthodologiques sont les faiblesses liées aux indicateurs et à leurs poids accordés. On peut décrire les éléments suivants : - des indicateurs trop liés plus à la recherche qu à la formation ou aux services rendus à la société, avec une pondération de 80%. Même le premier indicateur a un sens de formation à la recherche, loin de donner une évaluation à d autres aspects de la formation, par exemple la préparation à la vie professionnelle (l employabilité). Les auteurs du classement justifient leur choix des critères en soulignant la difficulté de trouver des indicateurs pour mesurer la qualité de la formation ou des services vu la diversité des systèmes de l enseignement supérieur ; - les indicateurs relatifs aux prix Nobel ont le reflet du passé de l institution, davantage que l analyse de sa situation actuelle. Cela offre un privilège aux universités anciennes par rapport aux établissements modernes. Aussi, il y a trois prix Nobel en sciences et uniquement un seul en sciences sociales ; - les revues Nature et Science sont à dominance scientifique, technologique et de santé, et ont l anglais comme langue de rédaction ; - la limite des méthodes bibliométriques dans l estimation du volume des publications et celui des citations. Ces méthodes utilisent des bases de données bibliographiques comme la base Science Citation Index (SCI) produite par l ISI. Ces bases de données présentent certains défauts relatifs aux citations, aux langues et aux types de publications. Ainsi, les citations n impliquent pas la qualité de l article, en effet il y a des «citations personnelles» effectuées par un auteur sur ses articles antérieurs et des «citations négatives» sur des articles ayant des lacunes considérables et font l objet de commentaires et de larges études. Aussi, la langue anglaise est favorisée par rapport aux autres langues. Enfin, le seul type de publication considéré est l article, avec une négligence totale des autres types, par exemple les livres, les chapitres des livres, les rapports, les thèses, les articles des proceedings des conférences ; - les sciences humaines et sociales ne sont pas prises en compte adéquatement, alors que les sciences exactes et médicales sont très favorisées. Pour remédier à cette faiblesse, lors des dernières éditions du classement, les auteurs n ont pas considéré l Indicateur 4 (Nature et Science) pour les établissements spécialisés dans les sciences sociales, humaines et des arts, et ils ont réaffecté le poids associé à cet indicateur ; - les indicateurs sont fortement corrélés, ainsi leur multiplicité ne peut induire qu une 6 LIU N.C. et CHENG Y. (2005). 164

165 Les classements internationaux des universités appréciation partielle de la qualité des universités ; - les poids sont assignés d une façon arbitraire et les classements sont sensibles à des petites variations des poids utilisés Limites techniques Les limites techniques sont liées aux caractéristiques des établissements. Certaines de ces limites sont : - la non citation du rattachement académique des auteurs dans leurs publications. Ces auteurs sont rattachés aux établissements et pratiquent leurs activités aux organismes de recherche ou aux centres hospitaliers affiliés aux universités. La non citation des établissements de rattache fait perdre des places dans le classement ; - la pluralité des noms des établissements. Plusieurs universités portent plus d un nom, par exemple l Université de Paris VI possède le nom de Pierre et Marie Curie ; - la dispersion et la fusion des établissements. Par exemple, l Université de Berlin s est partagée en deux : l Université Humboldt de Berlin et l Université libre de Berlin. Un autre exemple, l Université de Manchester et l UMIST du Royaume-Uni ont fusionné pour former une seule université. 3. Le classement de THES et ses limites 3.1. Le classement Le journal britannique Times Higher Education Supplement (THES) a publié un classement international des universités en novembre L opération est connue sous l appellation de «World University Rankings» et présente un Top 200 mondial chaque année 7. Ce classement se distingue de celui du Shanghai en accordant une place à des mesures qualitatives. Une autre différence réside dans le fait que le THES reflète l image actuelle des universités plutôt qu une image ancienne qui favorise les universités traditionnelles. La méthodologie du classement se base sur six indicateurs relatifs aux quatre critères suivants: - Critère 1 : Réputation internationale Indicateur 1 : le jugement des pairs (40%). On a demandé à un échantillon de 3703 universitaires quelles sont les trente universités qu ils considèrent comme les plus prestigieuses dans leur domaine d activité. Les données sont recueillies par la société QS (Quacquarelli Symonds est une compagnie londonienne connue pour ses activités mondiales dans le domaine de recrutement de diplômés MBA) avec l assistance de Evidence Ltd. 7 THES (2004, 2005, 2006). 165

166 Abdelali KAAOUACHI Indicateur 2 : l'avis des recruteurs dans les entreprises internationales (10%). Dans l édition de l année 2006, on a recueilli l'avis de 736 recruteurs responsables de compagnies, d'entreprises et du secteur public. On leur a demandé de quelles universités ils aiment recruter. - Critère 2 : Qualité de la formation Indicateur 3 : le rapport entre le nombre d'étudiants et le nombre du corps académique, c'est-à-dire le rapport d'encadrement des étudiants (20%). - Critère 3 : Impact de la recherche Indicateur 4 : le nombre de citations dans les revues scientifiques divisé par le nombre du corps académique (20%). Ce taux est calculé sur base des citations des membres académiques des institutions répertoriées dans la base des données «Essential Science Indicators» de l ISI. L analyse utilise les données de 2001 à Critère 4 : Internationalisation Indicateur 5 : le pourcentage d'enseignants étrangers (5%). Indicateur 6 : le pourcentage d'étudiants étrangers (5%). Dans le palmarès 2006, les trois premières universités dans le Top 200 des meilleures universités au monde sont, dans l'ordre, Harvard (USA), Cambridge (UK) et Oxford (UK). Parmi les dix premières universités, sept sont américaines et les trois autres sont britanniques. Les établissements français sont mal classés, car uniquement sept d entre eux apparaissent dans la liste des 200 premières universités mondiales. Les autres listes du classement de THES représentent le Top 50 des universités européennes, le Top 50 des universités nord-américaines, et le Top 50 des universités du reste du monde Critiques du classement de THES De nombreuses critiques peuvent être formulées quant au classement de THES, dont certaines sont identiques aux critiques du classement de l Université de Shanghai. Par ailleurs, on ajoute les limites suivantes : - Problèmes d'objectivité des appréciations des pairs et des recruteurs. En outre, le journal ne fournit pas d informations au sujet de la sélection des pairs ni celle des recruteurs et leur distribution selon les régions du monde et leurs disciplines ; - la base des données de l ISI favorise les publications écrites en langue anglaise et ayant des contenus dans les sciences exactes et les sciences médicales ; 166

167 Les classements internationaux des universités - les poids attribués aux indicateurs sont arbitraires et non justifiés, surtout que 50% est affecté aux mesures qualitatives. 4. Le classement du projet Webometrics et ses limites 4.1. Le classement Un classement mondial des universités est réalisé par le projet Webometrics du Laboratorio de Internet du Centre de Documentation et de Recherche du Conseil Espagnol de Recherche (CINDOC-CSIC) à Madrid en Espagne 8. Il est connu sous l appellation «Webometrics Ranking of World Universities» et il se réalise deux fois par an en janvier et en juillet, et cela depuis l année L objectif du projet est de donner une vue générale de la science et de la technologie publiées sur le Web ainsi qu un outil pour l évaluation de la recherche. Le projet Webometrics établit un classement mondial de universités les plus présentes sur le Web. Dans l édition de Janvier 2007, le classement proposé par Webometrics prend pour base une combinaison de quatre indicateurs : Indicateur 1 (Rich files) : le volume de travaux accessibles en ligne, en ciblant les documents consultables sous format.pdf (Adobe Acrobat PDF),.doc (Microsoft Word),.ppt (Microsoft Powerpoint) et.ps (Adobe Postscript) ; Indicateur 2 (Size) : la taille des sites est calculée via le nombre de pages référencées par les principaux moteurs de recherche (Google, Yahoo! search, MSN search et Teoma); Indicateur 3 (Visibility) : la visibilité prend en compte le nombre total de liens externes uniques d'un site, soit le nombre de liens issus de sites externes, ce qui permet de mesurer l'efficacité de son référencement. Cette analyse est faite à partir des données récupérées auprès de Yahoo et MSN seulement ; Indicateur 4 (Scholar) : le nombre de papiers et citations, pour chaque domaine académique, donné par Google Scholar. Les résultats de la base de données représentent les papiers, les rapports et les autres items académiques. Les trois scores sont combinés avec différents poids pour avoir la formule qui donne le score total : Score total = 4 * (Visibility) + 2 * (Size) + 1 * (Rich Files) + 1 * (Scholar). Webometrics propose sur son site un classement global de universités mais aussi des classements géographiques : le top 100 des universités de diverses régions du monde (USA et Canada, Amérique Latine, Europe, Asie, Moyen Orient, Océanique, Afrique) et le top 500 des instituts de Recherche-Développement. On observe dans les résultats du classement, une prédominance nette des universités 8 Ranking Universities by Web Presence (January 2007). 167

168 Abdelali KAAOUACHI américaines, puisque dans le Top 1 000, on retrouve plus de 450 universités et établissements des Etats-Unis d Amérique Critiques du classement Webometrics La principale critique du classement du projet Webometrics est le fait que les indicateurs utilisés ne reflètent pas les progrès académiques et scientifiques des universités. Ils concernent uniquement la visibilité sur le Web à travers la publication des documents en ligne. Une autre critique porte sur la diversité des types d'institutions à classer : universités, établissements et écoles. Cela a donné des situations où des établissements et des écoles prennent des positions dans le palmarès sans indiquer de référence à leurs universités hôtes. Par exemple, l'ecole Mohammadia d'ingénieurs qui fait partie de l'université Mohammed V-Agdal est classée au même titre que l'université Cadi Ayyad. 5. Facteurs clés pour un bon positionnement dans les classements internationaux Pour les trois projets des classements internationaux des universités, il y a une suprématie des universités américaines et britanniques. Les systèmes de l enseignement supérieur de ces pays se caractérisent par les facteurs suivants : - des subventions très fortes accordées à l enseignement et à la recherche scientifique. Les pays mieux classés sont ceux qui consacrent des taux élevés du PIB pour l enseignement supérieur (2.6% aux Etats-Unis, 2.3% au Canada, 1.7% est la moyenne des pays de l OCDE ). Même les universités de ces pays, de type public ou privé, fonctionnent avec des budgets énormes. Par exemple, l Université Harvard dispose d une fortune de 25 milliards d'euros et d un budget annuel de deux milliards et demi d euros. Les parts des budgets sont partagés entre les gouvernements et les entreprises ; - une large autonomie des universités qui réside dans la liberté de sélectionner les étudiants à l entrée, de choisir leurs méthodes d enseignement, de définir les contenus de leurs programmes, de recruter les enseignants et les administrateurs, de gérer leurs ressources financières et matérielles ; - une politique d'attractivité des étudiants, des enseignants et des chercheurs. Par exemple, les Etats-Unis attirent 30% des étudiants qui font leurs études dans un pays étranger; - des publications intenses des activités académiques et scientifiques dans les sites Web des universités ; - des publications scientifiques en langue anglaise dans les revues internationales ; - un équilibre entre le nombre d étudiants et le nombre des enseignants de telle sorte à avoir des taux d encadrement assez raisonnables. Cette liste de facteurs n est pas du tout exhaustive, mais il faut en tirer les premiers 168

169 Les classements internationaux des universités enseignements pour en faire usage dans le système de l enseignement supérieur au Maroc. 6. Position des universités marocaines dans les classements internationaux Dans le classement de Shanghai et celui de THES, aucune université marocaine n est classée dans les tableaux statistiques de toutes les éditions passées, du fait que les critères adoptés ne sont pas remplis par les universités marocaines. Alors que pour le projet Webometrics, l édition de Janvier 2007 a donné des positions très médiocres de neuf établissements marocains qui figurent dans le Tableau 3. Université ou Etablissement Rang en Afrique Rang mondial Université Cadi Ayyad Université Al Akhawayn Ecole Mohammadia d Ingénieurs Université Abdelmalek Essaâdi Ecole Nationale Supérieure d Informatique et d Analyse des Systèmes Université Mohamed Premier Université Mohammed V Souissi Institut de Formation en Technologie Alimentaire Université Chouaib Doukkali Tableau 3 : Rangs des universités marocaines en Afrique et dans le monde selon le classement Webometrics Dans les classements antérieurs du projet Webometrics, les établissements cités dans le tableau ont été classés avec des rangs variables, sauf pour l Institut de Formation en Technologie Alimentaire qui figure pour la première fois dans les résultats de la dernière édition du classement. Le mauvais positionnement des universités marocaines peut s expliquer par trois éléments de faiblesse liés aux trois volets suivants : - le volet de la recherche : une insuffisance des moyens financiers alloués à la recherche scientifique, à titre de comparaison le budget du département de l enseignement supérieur et de la recherche scientifique, estimé à millions de Dh, représente le 1/6 du budget de l Université Harvard. L absence des moyens financiers ne permet pas d installer une technologie moderne au sein des laboratoires marocains et d accélérer la mobilité des chercheurs ; 169

170 Abdelali KAAOUACHI - le volet de la formation : un intérêt considérable à l aspect quantitatif dans l enseignement supérieur au détriment de l aspect de la qualité (augmentation des effectifs des étudiants, des établissements, des disciplines ) ; - le volet des TIC : un important retard à l accès aux technologies de l information et de communication (TIC) et à leur intégration dans les établissements. Cela bloque la vulgarisation des données dans les sites Web. 7. Pistes à suivre pour la création d une université marocaine plus compétitive Les résultats des classements internationaux des établissements de l enseignement supérieur montrent qu il existe des failles et des lacunes dans le système universitaire marocain. Pour palier contre le retard accumulé depuis plusieurs décennies, il est légitime d engager une profonde réforme avec une vision claire de l avenir pour offrir une large compétitivité et une meilleure image à l international des universités marocaines. Nous suggérons les pistes suivantes : - la nécessité de tirer les enseignements relatifs aux forces et aux bonnes pratiques du modèle anglo-saxon et de minimiser le recours au modèle français qui présente une compétitivité fragile à cause du mauvais positionnement de ses universités dans les palmarès internationaux. Il ne s agit pas de copier le modèle anglo-saxon, mais il faut le manier et l adapter au sein de notre propre contexte. A cet égard, il faut rappeler la montée en puissance des systèmes éducatifs des pays du Proche-Orient et ceux de l Afrique anglophone en comparaison avec les systèmes éducatifs maghrébins ; - l accroissement de l autonomie avec l obligation de rendre les comptes 9. Il s agit d accorder plus d autonomie aux universités dans l utilisation des moyens budgétaires, la sélection des étudiants, le recrutement des employés, la liberté de prise des décisions Mais, tout en conservant des opérations de contrôle et en installant le principe de la responsabilité «The accountability» ; - le renforcement des publications des articles en langue anglaise. Pour cela, il est nécessaire de donner plus d intérêt à cette langue dans les cursus scolaire et universitaire; - la publication des activités académiques et scientifiques dans les sites Web des universités. Cela provoquera la transparence et un accès facile à l information, mais aussi des positions meilleures dans les prochains classements du projet Webometrics ; - l augmentation du budget alloué aux universités, en cherchant des contributions importantes du secteur socio-économique dans le soutien et le financement des projets de la recherche scientifique 10. Aussi, Il est indispensable de cibler et de rationaliser les moyens financiers à cause de leur rareté ; - la création d un système fiable de classement national des universités marocaines 9 KAAOUACHI A. (2005). 10 KAAOUACHI A. (2005). 170

171 Les classements internationaux des universités qui soit au bénéfice du secteur de l enseignement supérieur. L opération peut être accordée à l instance nationale d évaluation ; - l instauration d une culture de la qualité au sein du système de l enseignement supérieur. A ce niveau, il est préférable de créer au sein des universités marocaines des centres d amélioration de la qualité qui s attachent à l évaluation de la qualité et de son amélioration ; - l implantation des procédures d évaluation et de suivi des opérations, des activités, des programmes, des établissements 11 Le but ne se limite pas au contrôle ni à la sanction, mais il s oriente vers la fonction formative ayant pour objectif le développement et l amélioration de la qualité. Dans cette perspective, l instance nationale d évaluation pourra donner une relance importante au sujet de l évaluation qui est, jusqu à maintenant, quasiment écarté dans les politiques d éducation au Maroc; - l encouragement et la motivation des chercheurs en créant des systèmes de compétition et en mettant en place des systèmes de bourse, d allocations de recherche, de prix d excellence, de congés sabbatiques Conclusion De nos jours, il est très reconnu que le développement économique et social est en étroite relation avec l avancement du savoir et de sa mise en application. L enseignement supérieur constitue la base pour implanter une économie et une société du savoir à travers la formation des lauréats qualifiés et adaptables dotés de connaissances et de compétences avancées, l élaboration de nouveaux savoirs et produits de la recherche scientifique théoriques et appliquées, le développement des modèles technologiques assez modernes. L unique solution pour se situer politiquement, économiquement et scientifiquement dans un monde de plus en plus concurrentiel est de construire une université marocaine forte par des formations diversifiées et trop ciblées, par une recherche scientifique orientée surtout vers le volet pratique et technologique et par des services rendus à la société visant le développement total du pays. Les propositions et les directives pour de telles finalités sont mentionnées dans les textes des lois de divers rapports y compris la charte nationale d éducation et de formation et la loi , mais l important réside dans leur application et leur opérationnalisation de façon efficace, efficiente et optimale. Cette voie ne peut être tracée que s il y a une volonté politique assez solide et un réel engagement de tous les acteurs de l enseignement supérieur. Enfin, il est utile de clore l article par la citation de David Levin, président de l Université de Yale en USA (classée en 4 ème position du classement de THES), à propos de son opinion, dans le magazine Newsweek, sur la définition d une université moderne et plus compétitive: 11 KAAOUACHI A. (2006). 12 Commission Spéciale Education Formation (1999), Loi (2000). 171

172 Abdelali KAAOUACHI In response to the same forces that have propelled the world economy, universities have become more selfconsciously global: seeking students from around the world who represent the entire spectrum of cultures and values, sending their own students abroad to prepare them for global careers, offering courses of study that address the challenges of an interconnected world and collaborative research programmes to advance science for the benefit of all humanity. Cette citation donne une idée sur les orientations actuelles des missions des universités modernes vers l attractivité des étudiants de différentes valeurs et cultures à travers le monde, la mobilité des étudiants vers des marchés internationaux après leur avoir offert des programmes d études qui examinent les défis dans un monde en relation, et l adoption des programmes de recherche coopératifs pour l avancement de la science et du savoir au bénéfice de toute l humanité. Bibliographie Commission Spéciale Education Formation (1999), La Charte Nationale d Education et de Formation, édition Spéciale (Maroc). FINNIE R. et USHER A. (2005), Measuring the Quality of Post-secondary Education: Concepts, Current Practices and a Strategic Plan. Kingston, Ont.: Canadian Policy Research Networks. KAAOUACHI A. (2002), Les indicateurs de performance : outils pour une gestion rationnelle de l enseignement, Prospective Pédagogique, 24, KAAOUACHI A. (2005), Trois concepts pour l'amélioration de la qualité de l'université Marocaine : l'evaluation, l'autonomie et le Partenariat, 22 ème Congrès de l'association Internationale de Pédagogie Universitaire (AIPU) (Genève), KAAOUACHI A. (2006), An Evaluation Model of Engineering Faculties in The Arab World. International Conference on Engineering Education (ICEE) (Saudi Arabia), Conference Proceedings, LIU N.C. et CHENG Y. (2005), Academic Ranking of World Universities - Methodologies and Problems, Higher Education in Europe, 30 (2), Loi (2000), Loi d organisation de l'enseignement supérieur au Maroc. MERISOTIS J.P. (2002), On the Ranking of Higher Education Institutions, Higher Education in Europe, 27 (4), Ranking Universities by Web Presence (January 2007), Laboratorio de Internet of the CINDOC-CSIC, SJTU (2003, 2004, 2005, 2006), Academic Ranking of World Universities. Shanghai Jiao Tong University, Institute of Higher Education, THES (2004, 2005, 2006), World University Rankings : The World's Top 200 Universities. 172

173 Les classements internationaux des universités The Times Higher Education Supplement, VAN DYKE N. (2005), Twenty Years of University Report Cards, Higher Education in Europe, 30 (2),

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175 L université et son environnement national et international

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177 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp The Knowledge-Based Economy: Challenges for the Moroccan University Wail BENJELLOUN Doyen de la Faculté des Sciences, Université MohammedV-Agdal, Rabat Nb {LUÊ MLOW ±º b«±w. Hd Kv «LGd» c «LπNuœ «CdË Í w c««u» Ë îc «b«od «ö ±W Øw LJs ±s ±u«nw b U «MU ºOW Ë«Fu LW «ØUÊ «ôæ BUœ «u Mw ßOºU d «Ib «LFd w ±ª d««y Ë«Du d w «FU r Å X «Ou ± Uœ «±A døw Os «HU KOs. c«å ` Du d ÆDUŸ «Y «FKLw ±s {dë U «MLOW «ôæ BUœ W Ë«ô LU OW, ±LU LOW «ôæ BUœ «L Mw Kv «LFd W. CX cá «u{fow v ºZ öæw Ë Ob Os «πu±fw (ØLM Z KLFd W) ±s NW Ë«LIUË W (ØL Ls NU) ±s NW îdè, OY Ê Ø d U ±Kªh ±l «Du «Lc q «cí «ºLX t LOl ±πuô «FKu w «ºMu««_îOd d Introduction The dizzying pace of recent progress in human knowledge (notably in the basic sciences) has impacted the world economy, and the economic growth of Morocco and the region will depend on our ability to benefit from, and to add value to, scientific discovery. We are fast approaching a world that Stafford Beer described as Absolutum obsoletum : if it works it s out of date 1. In the face of this almost evolutionary trend, the term knowledge-based economies takes on special significance. By knowledge-based economies we can mean one of two things. On the one hand we can mean enjoying access in real time to information (knowledge) necessary for making the appropriate competitive decisions. The competitive edge is gained through the possession of information that others may not have. To gain that edge, the information technologies (a product of scientific research) that involve computers, internet, satellite feeds, dedicated lines, telephones, etc. must be harnessed. I need not insist on how much progress has been made in this area. The other meaning of the term knowledge-based economy is a much more challenging one in my view; it involves entrepreneurship based on new knowledge, new research, innovations. Though basic science has not traditionally had an immediate impact on industry or the economic world in general, and delays in return were often incompatible with the short-term expectations of market driven activities, recently the picture has changed. In the course of the last decade for example, the employment 1 BEER S. (1985). 177

178 Wail BENJELLOUN generated by start-up companies in the United States has more than compensated for the unemployment produced by the layoffs resulting from the restructuring of multi-national companies 2. Since the early 70 s universities and their incubators, particularly in North America and more recently in Europe and Asia, have been supporting young entrepreneurs in the start-up phase of their business endeavours. In addition, a culture of entrepreneurship has developed in major R&D laboratories worldwide, and start-up companies resulting from these activities are flourishing. This is to say that the relationship between science and research on the one hand and business on the other is becoming more and more intimate. 1. Science-business relations In our region, and specifically in Morocco where natural resources are limited, such science-business symbiosis needs to be recognized as one of the important keys to a better future. Our economic development must increasingly be based on the output of our most cherished resource, our human capital. As a result, universities are initiating efforts to add value to the results of their research, with the establishment of University- Industry interfaces, and small business incubators. The National Educational Reform Charter and the resulting legal texts have encouraged such entrepreneurship. On the other side of the fence, the appearance of the first timid venture capital funds has taken place and industry has responded with it own embryonic R&D programs. These trends must be reinforced. Faculties of Science are increasingly including in their curriculum courses that would not have been deemed appropriate or necessary only a few years ago: besides the traditional offerings in math, physics, computer science, chemistry, biology and geology we have added courses in management and management information systems, entrepreneurship, marketing, finance. The Faculty of Science in Rabat has offered programs in banking statistics and a Master s program in mathematics for finance is currently under review for accreditation. This is in recognition of the fact that our products (the results of basic science research) are best exploited when placed in an economic context. This recent scientification of commercial technology has brought the interface between universities and industry into sharp focus. In particular, academic entrepreneurship, that is, the variety of ways in which academics take direct part in the commercialization of research, is gradually becoming an integral part of university activity worldwide. The most rapidly growing and wealth-creating industries such as biotechnology, computers and telecommunications are progressively more research based. Such entrepreneurship already flourishes in some countries, and must now also be placed in the forefront of our own public policy arena. 2 State of Virginia (2007). 178

179 The Knowledge-Based Economy 2. Determinants of science-based entrepreneurship As the Moroccan university gears up to face these challenges, faculty should be encouraged to take a leadership role in ensuring the successful commercialization of their scientific production. We stand today in need of a strong national commitment to encourage this science-business relationship if we are to ensure sustainable economic growth. As we develop this commitment, several key institutional factors will be crucial to our success. Firstly we must invest heavily in human capital formation and training 3.The percentage of our population receiving a university education is still dismally low. When this is considered in conjunction with the high rate of illiteracy and the fact that only 23.5% of students entering primary school eventually complete the secondary cycle, the magnitude of the challenge becomes evident. Beyond being a pedagogical concern, increasing access to quality education, and especially to education that favors personal initiative has become a high economic priority worldwide. At the university level, program adjustments (both in educational curriculum and in research orientations) to meet demand in the private sector require a welcoming national policy environment and sufficient levels of public funding. It is now generally recognized that without educational investment and appropriate research funding no significant level of sustainable national economic development can be attained. Yet the Moroccan investment in research stands at only 0.6% GDP (compared to 3% in South Korea). In addition to a greater budgetary commitment to research, national decision makers and universities must put in place mechanisms that adjust research funds and orientations to demand in the private sector and that facilitate faculty s bridging of the gap between academia and the private sector. This can be ensured through an association with venture capital and shared salary schemes. Secondly, we must design incentives for young people to become entrepreneurs and encourage the expansion of existing entrepreneurial ventures. The set of entrepreneurial incentives for young university faculty and students require major changes in institutional mentalities in and out of Moroccan academia. Properly encouraged, the university can ensure qualitative development leaps and innovations that accelerate economic development at a greater pace than that obtained through traditional macroeconomic measures. A hard look must be taken at the tax codes to include the necessary breaks for start-ups, university incubators and young businesses in general that add value to scientific production. The tax climate for venture capital funds, university entrepreneurship (individual and institutional) initiatives, and innovative technologies should therefore be redesigned to facilitate such enterprise, including mechanisms that encourage faculty to have a stake in the economy. These measures in Morocco must expand the current legal framework to 3 HEFFRON J. M. (1995). 179

180 Wail BENJELLOUN include a greater degree of clarity and flexibility. Though they are laudable in intent, in the absence of such clarity and flexibility, the incentives introduced with the current educational reform have not led to a significant increase in university entrepreneurship. Properly administered, entrepreneurial incentives can have complex repercussions, influencing the propensity of faculty to get involved in entrepreneurial ventures as well as students educational choice of scientific disciplines with economic impact. In a country such as Morocco where the overwhelming share of research is carried out at universities it becomes even more important that the interface between university research and commercialization be well developed, in order to maximize commercial benefits from research. Even if all other elements favoring science-based entrepreneurship are at hand, results in terms of economic performance are likely to be meagre, unless the appropriate climate is in place within the university system itself. A number of factors are likely to be crucial: the degree to which up-to-date research results and methods are communicated to students as part of the regular instruction, whether the internal reward systems (be they monetary or nonmonetary) encourage excellence in both teaching and research, and the extent to which the university system promotes innovation and personal initiative. 3. Innovation Innovation plays a crucial role in entrepreneurship, and scientific and technological innovations are the basis for development. Innovation may be defined as the transformation of knowledge into products, processes, and businesses that create and sustain economic and societal well-being 4. Thus the three elements of innovation are knowledge, a workforce able to transform knowledge and the infrastructure necessary to create and support innovation. More than ever before in history, innovations in science, engineering, education, and technology are likely to determine our future. They offer the most interesting approaches to raising the hopes of people, for combating poverty, hunger, disease, and for sustaining a secure and healthy environment. However, innovations in and of themselves are not enough. They do not guarantee progress unless there is a policy environment that supports them one that strengthens a nation s capacity to produce new knowledge and exploit its potential. Scientific and technological innovations can provide the base for traditional manufacturing to move from low-skill to high technology sectors, allowing the creation of new higher-technology manufacturing industries. Currently, only 11% of Morocco s exported goods may be considered as products of high technology (as compared to 58% in South Korea and 31% in Malaysia) 5. The service industry also needs to continue to move toward knowledge-based services, e.g., software, business, biomedical, and financial services. Finally, the legal system needs to address the issue of intellectual 4 O NEILL S. (2003). 5 Haut Commissariat au Plan (2007) 180

181 The Knowledge-Based Economy property and enforcement of patent protection. Innovation is not an end-game strategy. It is a modus operandi for an economy that requires long-term commitment and enabling. Here again there must be steady support and a national commitment for the long term. Conclusion Succinctly put, a successful knowledge-based economy requires that universities be open to influences from the outside world and that they disseminate information about their teaching and research activities outside academia, facilitating society s access to relevant information about research results. Likewise society must put in place the necessary instruments to encourage and expand this effort through tax and other incentive schemes. Reeferences BEER S. (1985), The Preposterous Inference in Computer Networks 9, pp Haut Commissariat au Plan (2007), Prospective Maroc 2030, Rabat. HEFFRON J.M. (1995), Toward a Cybernetic Pedagogy: The Cognitive Revolution and the Classroom, 1948-present in Educational Theory, 45, pp O NEILL S. (2003), School Children Introduced to the Wonders of Science through Science, Technology and Innovation Awareness Programs, The Irish Scientist Yearbook. State of Virginia (2007), Guide to Establishing a Business. 181

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183 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp La gestion des catastrophes naturelles au Maroc: rôles de l Université Mohammed V-Agdal et perspectives Abstract Lahsen AIT BRAHIM * Faculté des Sciences, Université Mohammed V - Agdal, Rabat During the last decade, Morocco has experienced several natural disasters (earthquakes, floods, torrential rains, locust invasions, desertification, drought, landslide ). These disasters have caused considerable loss of human lives, important material damage and incalculable deficits on economic and environmental levels. The floods of these last years have uncovered several weaknesses specifically linked to the vulnerability of the socio-economic fabric and basic infrastructure, as well as to shortages on institutional, technical and organisational levels, to face disasters of such a magnitude. A numbers of research scientists of the University of Mohammed V-Agdal (Faculty of Sciences, The Scientific Institute, Mohammadia School of Engineers, The Faculty of Letters and Humanities, etc.) have developed, since the end of the seventies, projects in relation to the management of the natural disasters. However, in spite of its potential (experienced research scientists, database of natural disasters) and its experience, developed during the last thirty years (contracts, expertise, diploma studies, DEA, DESA, DESS, Doctorate, etc), the University of Mohammed V was not fully involved in the recent projects of management of natural disasters. Morocco (and the University of Mohammed V) has to invest more, in scientific research to obtain knowledge of the risks (through several examples on a worldwide scale) which is essential in dealing with the risks of natural disaster. The University of Mohammed V needs to facilitate the management of the contracts and conventions that currently suffer from administrative procedures responsible for the delays mentioned by several research scientist and which some times lead to a penalty. The specificities of certain disciplines must be taken into account, like fieldwork for geologists, geomorphologists and biologists. All projects require funding to get started (means of transport, lodging, meals, accompanying allowances, purchases of maps, small tools for sampling, chemicals, etc.). The university must consider more efficient, flexible and adapted structures, which would make possible legitimate participation of the different research groups in application to grants launched by the public and private sectors. * Professeur-Chercheur au Département des Sciences de la Terre, Responsable de l'equipe de Recherche : Risques géologiques, Télédétection et environnement, B.P : 1014 Rabat Maroc. 183

184 Lahsen AIT BRAHIM The University of Mohammed V has great potential, demonstrated in several fields and particular in the management of natural disasters (object of this document). The various public and private sectors must assume their responsibilities while investing in research for which they will be the first Winners. Introduction Le Maroc a connu, au cours des dernières décennies, plusieurs catastrophes naturelles (inondations, séismes, invasions acridiennes, glissements de terrain, sécheresse, désertification) qui ont été à l origine de pertes humaines considérables, d importants dégâts matériels et des déficits incalculables sur les plans infrastructurel et environnemental. Malgré tous les efforts déployés par le Maroc sur le plan institutionnel, législatif, réglementaire, organisationnel, financier, de surveillance et d alerte, les dégâts humains et matériels, provoqués par les catastrophes naturelles et industrielles qui ont sévi lors des six dernières années ( ) démontrent que les risques constituent une menace réelle et permanente pour le Maroc. Les importants dégâts économiques occasionnés perturbent le tissu social. Ainsi, les budgets nécessaires pour reconstruire et réparer, d une part, assurer la protection des zones exposées aux risques, d autre part, qui se chiffrent en milliards de Dirhams compromettent le développement durable des régions touchées. Ceci est d autant plus aggravé par l urbanisation anarchique imposée par les besoins d une population en croissance rapide qui risque de nuire au développement futur du pays. L'économie marocaine, encore aux prises avec les problèmes de développement et de lutte contre la pauvreté, a été amenée à sacrifier des composantes essentielles de son programme de développement socio-économique (éducation, santé, infrastructures de base, développement rural, etc.) pour réaliser un certain nombre de projets (bien qu encore insuffisants) dans le but de réduire l effet des catastrophes naturelles. Mais, les organismes publics, semi-publics et privés chargés de la gestion des risques au Maroc n ont pas développé des mécanismes de collaboration pour accéder et exploiter la banque de données importantes sur les catastrophes naturelles disponible au sein de l université marocaine, ainsi que l expérience développée par les chercheurs pendant au moins une trentaine d années. En plus, le Maroc et l université Mohamed V-Agdal, en particulier, n investissent pas suffisamment dans la recherche scientifique pour la connaissance des risques, chose indispensable (à travers plusieurs exemples à l échelle mondiale) pour une meilleure réduction des risques de catastrophe. Mais ceci n a pas empêché un certain nombre de chercheurs de l Université Mohammed V-Agdal (Faculté des Sciences, Institut Scientifique, Ecole Mohammadia d Ingénieurs, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, etc.) de développer, depuis la fin des années soixante-dix, des thèmes en relation avec la gestion des catastrophes naturelles. 184

185 La gestion des catastrophes naturelles au Maroc 1. Les inondations Au cours de la dernière décennie, plusieurs inondations, sous forme de crues éclaires ou crues massives provoquées par des phénomènes météorologiques, ont frappé le Maroc. Elles ont provoqué des pertes en vies humaines et des dégâts économiques importants (culture, bétail, habitations, installations industrielles et artisanales, commerces, pertes d exploitation, régies de distribution d eau et d électricité, télécommunication, circulation routière et ferroviaire, etc.) perturbant ainsi le tissu social et compromettant le développement durable des régions touchées. L impact des inondations ne cesse d être ressenti plus fortement durant la dernière décennie à cause de l occupation croissante des zones vulnérables entraînée par la croissance démographique, l essor économique et le développement urbain, agricole, industriel. Le développement non contrôlé de l'occupation des sols, et plus particulièrement de l'urbanisation, en zone inondable, constitue le facteur le plus important d'explication des dommages enregistrés au cours de ces dernières années. Il va se retrouver aussi bien en milieu urbain qu'en milieu rural (petites agglomérations, villages, douars, constructions isolées). Cette situation est d autant plus préoccupante que le changement climatique mondial avançant, augmente au Maroc les risques de certains types de phénomènes météorologiques et climatiques (périodes de sècheresses suivies de périodes de pluies sporadiques qui provoquent des crues dévastatrices). Parmi les plus importantes inondations que le Maroc ait connu lors de la dernière décennie, citons celle de la vallée de l Ourika de 1995 avec 150 morts, 80 disparus et près de 80 millions de dirhams de dégâts matériels. Ce phénomène est cyclique. La vallée avait déjà connu des crues en , et La dernière crue de l Ourika date de Les inondations de 1996 ont entraîné des dégâts importants dans les villes d El Jadida, Mohammedia, Casablanca, Kénitra, Tanger, Tétouan, Béni Méllal et Agadir. L eau a atteint plus de 60 cm dans plusieurs maisons et quartiers industriels (Quartier Hmich à Kénitra ; LPEE, l'ecole Hassania des Travaux Publics et le Club OCP à Casablanca). Plusieurs maisons se sont effondrées. La scolarisation a été arrêtée durant plus d une semaine dans plusieurs régions. Des eaux se sont introduites dans des citernes de carburant. Il y a eu des coupures de la circulation et des dégâts sur 134 points du réseau national. Plus de km de routes sont restées sous la pluie et la neige durant 45 jours. L inondation d El Hajeb de 1997 a entraîné 11morts, 6 logements détruits entièrement, 23 logements détruits en partie, 67 personnes sans abri, des dégâts matériels importants dans le réseau routier et les infrastructures hydrauliques. Les inondations de 2002 ont entraîné des dégâts importants dans les villes de Mohammedia, Berrechid, Settat, Bouznika, Casablanca, Kénitra, Romani, Boulmane et Taza. 185

186 Lahsen AIT BRAHIM Inondation de la ville d El Jadida, 1996 Inondation de la ville de Mohammédia, 2002 L intensité des précipitations atteignant 70 mm en trois heures dans la région de Settat et dépassant parfois les 100 mm en 24 heures dans d autres régions du Maroc a augmenté subitement le débit des oueds et le taux de remplissage des barrages. Les données hydrologiques analysées pour une période de cinquante ans, au niveau des deux bassins, à savoir celui de l oued Malleh et de la Chaouia, qui ont occasionné le plus de dégâts en 2002, montrent que les quantités de pluies enregistrées depuis 1996 ont atteint des records. Durant la période allant du 14 au 25 Novembre 2002, elles ont été six fois plus importantes que les quantités enregistrées chaque mois de Novembre et représentant, ainsi, 53 % de la moyenne des pluies qui tombent annuellement. Le barrage El Malleh, malgré sa faible capacité, a joué un rôle important en matière d écrêtement des crues. En diminuant le débit de pointe déversé de 950 à 430 m3/s, il a permis de réduire considérablement l ampleur des dégâts constatés. Ces inondations ont ainsi provoqué 63 morts, 26 disparus et 17 blessés et occasionné plusieurs dégâts matériels dans plusieurs régions. Il s'agit de la destruction de plus d une centaine de maisons à (Tit Mellil, El Gara, Sidi El Aydi, Bouznika), 134 endommagées et 173 envahies par les crues des eaux, 17 unités de production endommagées à Berrechid et 24 à Mohammédia, inondations de 6 unités pétrolières, emportement de 20 motopompes agricoles et destruction de 46 puits et forages, de 12 unités d élevages de poulets. Des centaines d'hectares agricoles endommagés, des dizaines de têtes de bétail perdues et des pertes considérables en infrastructures socio-économiques de base 1 ont été enregistré. Les 105 barrages dont dispose aujourd'hui le Maroc avec une capacité totale de stockage d'environ de 10 milliards de m 3 ont joué un rôle primordial dans la protection des villes et des plaines contre les inondations. A titre d exemple, rappelons que le barrage Al Wahda a pu emmagasiner, quelques semaines seulement après sa mise à eau, plus de 2 milliards de m 3 suite aux crues de décembre Sans l existence de cet ouvrage, la plaine du Gharb et la province de Kénitra auraient certainement subi des pertes et des dégâts considérables. 1 Coupure de l'autoroute Casablanca- Settat, de plusieurs routes nationales, pistes et voies d'accès, destruction de ponts, inondation de l'air de stationnement des avions à l'aéroport Mohammed V à Casablanca. 186

187 La gestion des catastrophes naturelles au Maroc Carte de la répartition des séismes au Maroc Nord (Ait Brahim et Tadili 2006) Zonage sismique du Maroc (RPS 2000) 187

188 Lahsen AIT BRAHIM Après les inondations de 2002, un important projet à l échelle nationale a permis le recensement de 400 sites vulnérables aux inondations en milieu urbain et en milieu rural. L université marocaine n a pas été pleinement impliquée malgré ses potentialités (base de données, modèles d analyse, expérience de terrain, etc.) pour participer aux recensement et à la proposition des solutions et des plans d aménagement adéquats. En plus, l université a développé un certain nombre de travaux de recherche (diplôme fin d étude, DEA, DESA, DESS, Doctorats) sur le traitement et l aménagement des bassins versants dont l objectif est, d une part, la protection des ressources naturelles (forêt et eau) et des infrastructures de stockage d eau (lutter contre l érosion et le transport des sédiments) et, d autre part, la réduction des effets des crues par l'augmentation de la capacité d amortissement des fortes pluies et averses, réduction des ruissellements, l'étalement et l'écrêtement des crues et l'atténuation de leur violence. 2. Les séismes Le Maroc est situé dans une zone de collision continentale due au rapprochement des plaques tectoniques Afrique-Europe dont les contraintes sont principalement absorbées par la chaîne atlasique et le Rif. A l Ouest du Détroit de Gibraltar, le Maroc est soumis à l influence de l activité sismique de la zone transformante dextre des Açores-Gibraltar qui sépare l Atlantique Central et l Atlantique Nord. Cette zone correspond à la source du grand tremblement de terre - dit de Lisbonne- du 1er Novembre 1755, de magnitude 9 qui a causé la mort de plusieurs centaines de personnes et d importantes destructions dans plusieurs villes du Maroc. A l Est du Détroit de Gibraltar, le Maroc est, cette fois-ci, soumis à l influence des failles d échelle crustale de la mer d Alboran 2. A l intérieur du Maroc, les principales failles actives au quaternaire longent surtout la bordure nord et sud de la chaîne atlasique. Le Réseau National de Surveillance et d Alerte sismique, géré par le Laboratoire de Géophysique du CNRST et l Institut Scientifique de Rabat, a enregistré événements sismiques durant la période allant de janvier 1993 au 30 juin Durant cette période d observation sismique, des deux mille cent vingt-quatre événements sismiques déterminés enregistrés, mille quatre cent quatre-vingt-douze secousses avaient des magnitudes inférieures à 3, cinq cent soixante-treize séismes étaient dans l intervalle de magnitude entre 3 et 4, cinquante-sept avaient une magnitude entre 4 et 4,9 et deux étaient d une magnitude supérieure à 5. Au cours du 20 ème siècle, beaucoup d entre nous ont encore en mémoire le violent séisme d'agadir du 29 février De magnitude 6 sur l échelle de Richter, il a provoqué la destruction de 70% des constructions et la mort de plus de personnes. Le séisme du 28 février 1969, originaire de l Atlantique et de magnitude 7,3 a été largement ressenti au Maroc un jour de l Aïd Al Adha. Il a provoqué la mort de six personnes et a causé de nombreux dégâts matériels. La ville d Essaouira a été secouée par deux séismes: celui du 9 avril et du 21 novembre De magnitude 4.6, les deux séismes ont causé des dégâts matériels. La région de Rissani a été secouée par deux séismes, le 2 Source du séisme du 22 Septembre 1522 qui a été destructeur dans le Nord du Rif et à Fès. 188

189 La gestion des catastrophes naturelles au Maroc 23 octobre 1992 (magnitude 5.2 ) et le 30 octobre (magnitude 5.2) faisant un mort et des dégâts matériels notables. La région d Al Hoceima a été secouée le jeudi 26 Mai 1994 par un séisme de magnitude 5,6. Ce séisme a causé la mort de deux personnes, de plusieurs têtes de bétail et la destruction de plusieurs centaines d habitations dans le milieu rural sur une longueur de plus de 20Km (Idsouliyine, Tafensa, Tanda Ifrane, Boubrhel, Aghbalou, Tazarine et Rouadi). En ville, des fissures ont été constatées sur les constructions anciennes dont le bâtiment des P.T.T. En 2004, la région d Al Hoceima a de nouveau été secouée par un violant séisme de magnitude 6.3 sur l échelle de Richter. Il a causé la mort de 628 personnes, 926 blessés, maisons effondrées à la campagne et 967 détruites totalement ou en partie dans le milieu urbain et plus de personnes sans abris. Il a entraîné des dégâts matériels considérables surtout dans le milieu rural (régions de Ait Daoud, Ait Messaoud, Izemouren, Bni Abdellah, Imrabten, Ait Aziz, Idderdouchen, etc.) où pratiquement toutes les constructions en pisé ont été détruites. Dans le milieu urbain, les villes les plus touchées sont celles d Imzouzen, Ajdir, Beni Bouayach et Al Hoceima, avec surtout plusieurs dizaines d immeubles complètement effondrés à Imzouzen. Destructions lors du Séisme Destructions lors du Séisme d Agadir d Al Hoceima du 26 février 2004 du 29 février 1960 L université marocaine et, plus particulièrement, l Institut Scientifique de Rabat, la Faculté des Sciences de Rabat et L Ecole Mohammadia d Ingénieurs ont développé les premiers travaux dans le domaine de la sismologie, le risque sismique et le génie parasismique. L Institut Scientifique a pu installer la première station de détection sismique en 1934 à Berrechid (observatoire Averroès). L expérience développée pendant plus d une trentaine d années par des chercheurs universitaires (diplôme fin d étude, DEA, DESA, DESS, Doctorats, contrats, expertises, etc.) a fait d eux aujourd hui des experts dans cette discipline. Ainsi, l Université Mohammed V-Agdal, Rabat a participé, en association avec le centre de surveillance sismique nationale (LAG, CNRST), à l étude de l Alea sismique dans plusieurs projets nationaux : surveillance des barrages, site de la centrale électronucléaire, détroit de Gibraltar, autoroutes, chemin de fer, etc. En l an 2000, 189

190 Lahsen AIT BRAHIM l Université Mohammed V-Agdal, Rabat a élaboré, pour le Ministère Délégué chargé de l Habitat et de l Urbanisme, le premier règlement de construction parasismique (RPS 2000) applicable, de par la loi, à l ensemble du territoire marocain. Le contrat a été renouvelé, en 2007, pour la mise à jour de ce code. Malheureusement, cette ouverture de l université sur son environnement socio-économique est handicapée par les procédures administratives très lourdes à pouvoir arriver à disposer du budget sensé être mis à la disposition des chercheurs par ses différents organismes pour la réalisation des travaux. 3. Les invasions d acridiens Depuis le début du 20 ème siècle, le Maroc a connu 5 grandes catastrophes d invasions d'acridiens, chacune a duré plusieurs années (2 à 10 ans). En , les dégâts au Maroc ont été évalués à l équivalent des besoins annuels en nourriture de un million de personnes. La dernière catastrophe de 1987 qui a couvert pratiquement tout le domaine saharien du sud marocain a coûté pour la lutte ( ) un milliard de dirhams au Maroc dont 150 MDh au titre de l appui international. Le Maroc a acquis une expérience dans ce domaine suite à sa bonne organisation qui lui a permis de traiter de plus de 5 millions d ha et de casser de façon décisive le cycle biologique du criquet. De novembre 2003 à décembre 2004 (et cela continue encore), une autre invasion acridienne de grande envergure en provenance des pays limitrophes a longé le sud et la partie orientale du Maroc. De puissants moyens humains spécialisés dans plusieurs domaines (agriculture, aviation, transmissions, santé, météorologie, etc.) ont été mobilisés, appuyés par un personnel de soutien administratif, en particulier les autorités locales et les services extérieurs, et matériels aériens et terrestres. La loi n 95/42, entrée en vigueur le 20 mai 2000, a permis de réglementer l usage des pesticides 3. Les pesticides font l objet d un contrôle systématique de qualité à l importation. L autorisation ne sera accordée qu aux pesticides enregistrés et utilisés dans le pays d origine. Ainsi les pesticides utilisés sont ceux recommandés par la FAO et l OMS, sur la base de leur faible toxicité pour l Homme et l Environnement: Malathion 4, Deltamethrine 5, Chlorpyriphos 6. Le stock, en 2005, était de litres. Les traitements ont porté sur ha, dont ha de larves. Ils ont été effectués essentiellement par voie aérienne (83%). Les traitements quotidiens ont concerné l ensemble des provinces du Sud et de l Est du pays, de Dakhla à Oujda (Laâyoune, Tata, Boujdour, Taroudant, Tiznit, Guelmim, Ourazazate, Errachdia, Bouarfa, Taza, etc.). Ils ont atteint des pics de plus de ha. Pour la période , le Maroc, confronté à une recrudescence du phénomène acridien, va consacrer un budget de 39 millions d'euros (ce qui est insuffisant) pour faire face à l invasion de criquets pèlerins lors de la saison agricole de cette année. Dans un pesticides ne sont plus autorisés par le Maroc. 4 Malathion 96%. 5 Décis EC et ULV. 6 Dursban 240 et

191 La gestion des catastrophes naturelles au Maroc premier temps, c est la région d'agadir (le Souss) qui était menacée, plus que n'importe quelle autre région du sud. C est de cette importante région agricole que sont exportés 80% de la production nationale de légumes et plus de 55% des agrumes du Maroc. Moyens d intervention aérienne pour lutter contre l invasion acridienne au sud du Maroc et en Mauritanie. Groupe de criquets immatures exposés au soleil et bien alignés à Boujdour en L enjeu est important puisqu en plus des dégâts économiques causés par les acridiens, des familles entières vivent de petites parcelles cultivées. En cas de perte de récoltes, les gens migrent. Pour le moment, l équipe d intervention fournit un effort considérable pour maîtriser, par avion, l invasion au sud de la chaîne atlasique (barrière naturelle) car la densité de population y est faible. Si l invasion de criquets pèlerins atteint le nord, à densité démographique plus importante, le Maroc devrait utiliser uniquement des moyens terrestres (pulvérisateurs montés sur camionnettes ou portés par des hommes). En cas de non maîtrise pour les arrêter, ce sera une catastrophe puisque le secteur agricole à défendre est d une grande importance 7. 7 Il emploie 4 millions de personnes. En 2002, il a fourni 7 milliards de dollars (dont un milliard de recettes d'exportation). 191

192 Lahsen AIT BRAHIM Localisations des essaims observés du 22 novembre au 04 décembre 2004 et couloirs d infiltrations (Service de surveillance marocain, 2004) L université marocaine, de par ses potentialités et son expérience dans les domaines de la biologie végétale et animale, de la chimie, de la télédétection, etc., est disposée à collaborer avec le Ministère de l Agriculture et du Développement Rural en vue de prévenir la mue des larves en criquets adultes à travers la localisation de leurs milieux de production et le choix d insecticides plus adaptés. Elle est prête à participer à la localisation et au suivi de la migration des criquets en temps réel, par le biais de l évolution des zones ravagées et grâce aux produits dérivés des traitements d images satellitaires NOAA-AVHRR. 4. Les glissements et affaissements de terrains La chaîne du Rif présente la fréquence la plus importante au Maroc en terme d instabilités de versants du fait de sa complexité géologique, morphologique et climatique. Ces instabilités entraînent chaque année des dégâts en vies humaines et dans les habitations, les aménagements hydrauliques, électriques, les terres agricoles, le réseau ferroviaire et surtout le réseau routier. L'effondrement de Hafet Benzakour, à Fès, avec 52 morts et la destruction de dizaines d'habitations est toujours gravé dans nos mémoires. Plus de 2000 instabilités ont été recensées dans la partie accessible du Rif. Le réseau routier est incontestablement le secteur le plus touché et où est enregistré le plus de dégâts et de dépenses directes. La Direction des Routes et de la Circulation Routière consacre environ 50% du budget total alloué aux Directions Provinciales des Travaux Publics (DPTP) pour les travaux de confortement et de remise en état des routes 192

193 La gestion des catastrophes naturelles au Maroc et des infrastructures hydrauliques affectées aux les glissements de terrains. Ecroulement de blocs dans le Rif Glissement de terrain dans le Rif (Photo Aït Brahim 2000) (Photo Aït Brahim 1999) Actuellement, les villes de la péninsule de Tanger (Tétouan, Chefchaouen, Ouezzane, Tanger, Al Hoceima, etc.) subissent une pression démographique (exode rural) qui est appelée à se propager dans le temps et dans l espace. Le périmètre urbain bâti a déjà pris possession des surfaces aménageables stables et facilement constructibles. La croissance urbaine a entraîné et entraînera le débordement de l urbanisme sur de nouveaux versants et sur les plateaux adjacents. Le démarrage du plan d aménagement des provinces du nord dans le but du désenclavement de cette région a nécessité actuellement le lancement de construction de nouveaux barrages, unités de productions d énergie et infrastructures portuaires. Il a surtout permis la mise en place d un important réseau de communication (routes nationales, secondaires, autoroutes, rocade, chemin de fer, etc.). La réalisation de cartes de l aléa de glissement de terrain s avère d une urgence capitale pour orienter le choix au niveau de l implantation de sites d aménagement, au niveau des extensions urbaines, ainsi qu au niveau du tracé des nouvelles routes et autoroutes dans le cadre du programme national de développement des provinces du Nord. 193

194 Lahsen AIT BRAHIM Bleu : Instabilité de terrains cartographiés Instabilités de terrain dans la péninsule de Tanger (en bleu) (Aït Brahim et al., 2005) L université marocaine dispose de plusieurs chercheurs expérimentés et d une banque de données en relation avec les différents thèmes liés à la gestion des risques de glissement de terrain (cartographie géologique, cartographie des instabilités, climatologie, géomorphologie, géotechnique, etc.). Plusieurs travaux à caractère fondamentale et appliqué ont été élaborés pendant plus d une trentaine d années par des chercheurs universitaires (diplôme fin d étude, DEA, DESA, DESS, Doctorats, etc.). Parmi les plus importants, citons : les risques naturels liés aux mouvements de terrain dans les villes de Taounate (1995), d Al Hoceima (1995), dans la région de Chefchaouène, dans la zone de Bouhhalla-Amtrasse (1998), dans la région de Tétouan (2002) et dans la Péninsule de Tanger (2004). Malheureusement, la collaboration de l université avec les organismes publics et privés concernés par cette thématique est très timide: le Laboratoire Public d Essais et d Etudes (LPEE), la Direction des Routes et de la Circulation Routière (DRCR) les Travaux Publics et l Office National des Chemins de Fer (ONCF). L université est prête à participer à tout projet de prise en compte de l alea des instabilités de terrain dans l aménagement du territoire dont l objectif est l évaluation des impacts socio-économiques et l identification des sites qui sont menacés et ce, afin d élaborer un plan de prévention adéquat pour limiter les impacts de ces glissements sur les populations, l environnement et les infrastructures. 5. La sécheresse et la pénurie d eau (changements climatiques) Depuis les années trente du siècle dernier, le Maroc a connu trois périodes de sécheresse bien individualisées: , et La période de la série d'observation climatique la plus représentative du futur proche 194

195 La gestion des catastrophes naturelles au Maroc est la celle des 15 à 30 années passées. Sur la base de ces 30 années d'observation et en prenant en considération le nombre de jours de sécheresse produisant des circulations atmosphériques typiques à l'origine de la sécheresse au Maroc, on peut considérer que les années suivantes peuvent être considérées comme étant des années sèches : années , , , , , ; soit 10 années sur 30 ont été sèches. D'une façon générale, il est à remarquer que les précipitations enregistrées durant les années soixante du vingtième siècle ont accusé une baisse de l'ordre de 40 mm par rapport aux années vingt. Cette baisse est de l'ordre de 400 mm entre 1960 et 1990 pour le poste d'ifrane. L'étude de vulnérabilité aux changements climatiques au Maroc à l'horizon 2020 (MAGICC/SCENGEN fourni par l'ipcc) indique: - une tendance nette à une augmentation de la température moyenne annuelle, comprise entre 0.6 C et 1.1 C, à l'horizon 2020, - une tendance à la réduction moyenne du volume annuel des précipitations de l'ordre de 11% en 2020, par rapport à l'année 2000, - une augmentation de la fréquence et de l'intensité des orages frontaux et convectifs dans le nord et à l'ouest de la chaîne de l'atlas, - une augmentation de la fréquence et de l'intensité des sécheresses dans le sud et à l'est du pays, - un dérèglement des précipitations saisonnières (pluies d'hiver concentrées sur une courte période), - une réduction de la durée d'enneigement et retrait du manteau neigeux (migration en altitude de l'isotherme 0 C et accélération de la fonte des neiges), - l'élévation moyenne du niveau de la mer, se situera, à l'horizon 2020, entre 2,6 et 15,6 cm (par rapport au niveau moyen de l'année 1990). S agissant des ressources en eau, l analyse de la vulnérabilité a conclu qu une baisse moyenne et générale de l'ordre de 15 % est attendue (le volume total passerait à environ 24.6 milliards de m 3 /an). Les conséquences de cette baisse et du dérèglement des précipitations seraient les suivantes : - accentuation du stress hydraulique du pays. Le capital eau par habitant serait de 667 m 3 /habitant/an au lieu de 786 m 3 /habitant/an dans l'hypothèse de l'absence de changement climatique (soit une baisse d'environ 119 m 3 /habitant/an); - réduction de la capacité des barrages (précipitations concentrées et envasement accéléré par une érosion accentuée); - accentuation de la baisse des niveaux des nappes surexploitées induisant une diminution des débits des exutoires naturels des nappes phréatiques et une augmentation de la salinité de leurs eaux en zone côtière; - dégradation de la qualité des eaux, notamment celles des cours d'eau recevant des 195

196 Lahsen AIT BRAHIM rejets (domestiques et industriels) bruts et des nappes côtières; - dérèglement du régime des oueds (fleuves et rivières). Concernant l'agriculture et l élevage, l analyse de la vulnérabilité indique: - la réduction des rendements des céréales de 50% en année sèche et de 10% en année normale, - l accroissement des besoins en eau des cultures irriguées compris entre 7 et 12%. Parmi les autres impacts attendus sur l'agriculture, basés sur des observations, expérimentations et analyses de l'inra, on peut avancer : - la réduction des cycles des cultures, - le décalage et la réduction de la période de croissance, - l'accroissement des risques de périodes sèches en début, milieu et fin du cycle des cultures annuelles, - le déplacement vers le nord de la zone aride, - la disparition de certaines cultures, comme l'alpiste, et de certains arbres comme l'arganier, - l'apparition de nouvelles maladies. La mouche blanche des tomates n'a-t-elle pas été favorisée par des conditions climatiques particulières? L'impact des changements climatiques sur l'élevage, qui constitue une composante importante du système de production agricole, va de pair avec l'impact sur les cultures; la production animale au Maroc étant indissociable du système de production végétale. En effet tout impact sur la céréaliculture se traduira par un effet sur le bilan fourrager. De même, tout impact sur les ressources en eau destinées à l'irrigation, aura des effets négatifs sur les superficies destinées aux cultures fourragères et sur leurs potentiels de production. Avec l'impact des changements climatiques sur l'environnement en général, les zones de pâturage et les forêts, en particulier, nous devons nous attendre à des conséquences négatives plus sévères sur l'élevage (déficit en ressources fourragères). L'étude de vulnérabilité mentionne aussi l effet des changements climatiques sur les conditions de vie des couches sociales les plus défavorisées, la forêt, le littoral et la pêche, l'industrie, le tourisme et les établissements humains précaires. Au Maroc, les observations des trois dernières décennies ( ) montrent des signes annonciateurs d'impacts des changements climatiques attendus : - fréquence et intensité des sécheresses, - inondations dévastatrices inhabituelles, - réduction de la durée d'enneigement des sommets du Rif et de l'atlas, - modification de la répartition spatiotemporelle des pluies, 196

197 La gestion des catastrophes naturelles au Maroc - changements des itinéraires et des dates de passage des oiseaux migrateurs, - apparition, dans la région de Rabat, de certaines espèces d'oiseaux qu'on ne voyait, auparavant, qu'au sud de Marrakech, etc. L Université Mohammed V-Agdal a développé des approches méthodologiques qui permettent d appréhender l impact des changements climatiques. En ce qui concerne le couvert végétal, l une des approches consiste en l analyse spatiotemporelle de l évolution d indicateurs permettant de déterminer le degré de sensibilité aux aléas environnementaux, en plus du suivi de l évolution des précipitations, des températures, etc. Malheureusement les données météorologiques nationales indispensables pour toute étude sur les changements climatiques (financées par l état, donc, par le contribuable) ne sont pas mises gratuitement à la disposition des universitaires. Conclusion Le Maroc est appelé à considérer, dans un cadre global, la réduction des risques naturels qui menacent les populations et les biens. Certains risques (sécheresse, inondations, etc.) ont déjà beaucoup coûté au Maroc sur les plans social, économique et environnemental. Ainsi, une prise de conscience collective de l impact des catastrophes naturelles s impose. Le Maroc doit renforcer au cours de la prochaine décennie ( ) sa politique dans le domaine de la réduction des risques de catastrophes naturelles. Cette politique doit être fondée sur le concept du développement durable pour faire de la prise en compte des risques un facteur clé du développement économique et sociale du pays. Le Maroc doit élaborer une stratégie en matière de prévention des risques et mener des actions dans le but d améliorer la connaissance des risques et leur prise en compte par les politiques de développement. C est dans ce cadre que toutes les mesures doivent impérativement être prises pour relever les défis sur le plan scientifique, technique, préventif, réglementaire, institutionnel et humain, afin de mieux faire face aux éventuels désastres et minimiser les dégâts. L Université Mohammed V-Agdal devrait disposer d une structure (compétente, expérimentée, légère) ayant pour rôle de mettre en relation les différentes équipes de recherche avec les acteurs nationaux, locaux publics et privés intervenant dans la prévention des catastrophes (structure interface). Cette structure (constituée de chercheurs expérimentés et de personnelle de l administration), une fois en parfaite connaissance des potentialités de l université et des domaines d application, serait plus crédible et apte à défendre les intérêts des chercheurs et de l Université. Les indemnités des prestations actuelles effectuées par les chercheurs dans le cadre de contrats sont en deçà de leur vraie valeur par comparaison à des marchés décrochés par des boîtes privées nationales ou étrangères de moindre qualité. Cette structure, fédératrice des potentialités complémentaires et pluridisciplinaires efficaces et compétitives des différentes structures présentes au sein des différents établissements de l université Mohammed V-Agdal, permettrait, d une part, aux chercheurs de gagner beaucoup de temps et de s investir 197

198 Lahsen AIT BRAHIM plus dans la recherche et, d autre part, de valoriser leurs prestations qui ne peuvent que profiter aux chercheurs et de ce fait même à l Université. Cependant, les crédits alloués à la recherche demeurent insuffisants. Les spécificités de certaines disciplines ne sont pas prises en considérations telles celles des travaux sur le terrain pour les géologues et les biologistes qui utilisent leur propres moyens de transport (souvent non adaptés aux pistes et aux terrains accidentés) pour se déplacer avec leurs étudiants. L hébergement et la restauration sont à leurs frais. Les publications dans des revues scientifiques internationales sont payantes. La participation à des colloques et congrès, au Maroc ou à l étranger, est payante et ainsi de suite. Dans le domaine des sciences de la terre et de la vie, plusieurs contrats nécessitent des sorties sur le terrain, dès leur signature : pour la cartographie, l échantillonnage, etc. Tout ceci nécessite des moyens disponibles, au début, pour le démarrage du projet (moyens de transport, gasoil, hébergement, restauration, indemnités des accompagnants, achats des cartes, petits outillages d échantillonnage, produits chimiques etc.). Les contrats et les conventions souffrent de la lourdeur des procédures administratives responsable des retards mentionnés par plusieurs chercheurs et ayant faits quelques fois l objet de pénalité de retard. Les structures de recherches ont besoin d une procédure budgétaire souple, efficace, responsable en dehors de celle du budget de fonctionnement. Bibliographie AIT BRAHIM L. (2000), Contexte géodynamique des glissements de terrains, dans la Péninsule de Tanger, Rif septentrional, Colloque sur les Risques Naturels, Prévision et Prévention, organisé par LPEE, 26 octobre 2000, Casablanca. AIT BRAHIM L., NAKHCHA C., TADILI B., EL MRABET A. et JABOUR N. (2004), Structural analysis and interpretation of the surface deformations of the feb 24th 2004 Al Hoceima earthquake, Newsletter N 21, Avril, CSEM-EMSC, N ISSN: , pp AIT BRAHIM L. (2005), Rapport National sur la Prévention des Désastres au Maroc de 1995 à 2005, La 2 ème Conférence Mondiale sur la réduction des désastres organisée à Kobe en Edition Ministère de l'aménagement du territoire de l'eau et de l'environnement (Direction de la Surveillance et de la Prévention des Risques), 60 pages, Rabat, Maroc. 198

199 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Les Sciences de la Mer : un outil stratégique incontournable pour le développement durable au Maroc Naïma HAMOUMI* Faculté des Sciences, Université Mohammed V - Agdal, Rabat Abstract Morocco has a potential of qualified researchers in many fields of the marine sciences and a wide maritime domain that contributes significantly to the national economy and that must play a more important part in the future. However, this strategic domain, whose ecosystems are already often in an advanced state of degradation, constitutes a high-risk zone for oil spills and marine pollutions. In addition, apart the Strait of Gibraltar that is rather well known, in the Atlantic and Mediterranean margins there is a deficiency in data concerning the precise boundary, the nature and the detailed topography of the sea bottom (substratum and sedimentary cover) of the exclusive economic zone, as well as the circulation patterns and the non-living resources. This paper is an advocacy in favour of an efficient national strategy in the field of the marine sciences that should include besides the setting up of an environmental culture and tools for control and regulation, a global and coherent scientific research policy making it possible to develop scientific programs with particular emphasis on the study of sea-beds (substratum and sedimentary cover) as well as the water mass in the Atlantic and Mediterranean margins. Introduction Malgré une vocation maritime favorisée par un contexte géographique exceptionnel et l existence d un capital de chercheurs qualifiés, le Maroc souffre d un retard considérable dans certains domaines des sciences de la mer. En effet, faute est de constater qu après près d un siècle 1, le Maroc ne dispose toujours pas d une politique nationale pour la recherche et la formation en géologie marine et en océanographie physique, qui sont pourtant des disciplines incontournables pour la connaissance et la gestion des espaces maritimes. Ainsi, en dehors de la marge du Détroit de Gibraltar qui a fait l objet de nombreuses investigations dans le cadre du «Projet Liaison Fixe Europe Afrique à travers le Détroit de Gibraltar», dans les autres marges, il y a en général, une méconnaissance de la nature et la morphologie * Laboratoire " Océanologie et Géodynamique des Bassins Sédimentaires ", Département de Géologie, Faculté des Sciences, Université Mohammed V-Agdal, Rabat. 1 Les études océanographiques ont démarré au Maroc dès

200 Naïma HAMOUMI détaillée des fonds marins (substratum et couverture sédimentaire), des paramètres de contrôle, du fonctionnement et des ressources non vivantes. Il serait donc difficile, dans l état actuel des connaissances de ces espaces maritimes qui constituent des zones à haut risque pour les pollutions accidentelles, d avoir une stratégie efficiente de prévention, de lutte et de protection contre les marées noires, malgré l existence d un plan d urgence national. Il serait également difficile de délimiter, avec précision, le domaine marin sous souveraineté marocaine afin d assurer correctement sa surveillance et l'exploitation de ses ressources. Cette question se pose d ailleurs, aujourd hui, avec acuité, notamment, en ce qui concerne la recherche pétrolière en cours dans l offshore. Par ailleurs, ces espaces qui représentent une ressource naturelle inestimable et contribuent largement à l'économie du pays, sont appelés à jouer un rôle plus important à l avenir. Cependant, la plupart de leurs écosystèmes sont déjà dans un état de dégradation avancé du fait des pressions exercées ces dernières années par la poussée démographique et la prolifération des activités anthropiques dans les zones côtières. La confrontation de ces enjeux économiques et environnementaux importants appelle donc à l adoption d une stratégie nationale efficiente pour la gestion des espaces maritimes dans le cadre d un réel processus de développement durable. Une telle stratégie devrait cibler, en plus de l'instauration d'une culture environnementale et de mesures de contrôle et de réglementation, la mise en place d une politique de recherche scientifique cohérente et intégrée dans le domaine des sciences de la mer. Cet article se propose de souligner les atouts et les facteurs qui prédisposent et incitent le Maroc à développer une recherche de haut niveau dans le domaine des sciences de la mer à savoir : un patrimoine maritime considérable, un capital de chercheurs qualifiés, les défis qui se posent dans le cadre de la mondialisation et du choix stratégique national pour un développement économique et humain et, enfin, les risques naturels et anthropiques qui menacent les écosystèmes maritimes. Il permet également d analyser les contraintes et les faiblesses qui constituent un frein pour la connaissance et la valorisation de ces écosystèmes: la multiplicité des intervenants, l insuffisance des moyens matériels et l organisation de la recherche. Enfin, il propose, à la lumière de ce diagnostic, les grandes lignes d une stratégie nationale pour une gestion efficiente des espaces maritimes. Il fait suite à d autres plaidoyers et initiatives du même auteur pour la sensibilisation à l intérêt et l urgence de l adoption d une politique nationale dans le domaine des sciences de la mer à travers des publications 2, la contribution de l Université Mohammed V-Agdal au «Plan de développement économique et social national pour la période » 3 et l organisation de manifestations scientifiques 4 à la faculté des sciences de Rabat. 2 HAMOUMI N. et Alii (1995) ; HAMOUMI N. (1998a, 1998b et 2004). 3 HAMOUMI N. (1999). 4 Journée nationale " Gestion du domaine maritime: Problèmes et solutions" organisée, le 11 décembre 1998, à l'occasion de l'année internationale des océans ; Atelier national " Pour une gestion intégrée des domaines maritimes marocains " organisé, les 23 et 24 novembre 2004, à l'occasion de la journée mondiale de l'environnement dédiée à l'action pour des mers et des océans sains et vivants. 200

201 Les Sciences de la Mer 1. Les atouts du Maroc Un pays à vocation maritime Le Maroc a une situation géographique privilégiée dans le Nord - Ouest du continent africain qui lui permet d'avoir trois façades maritimes totalisant une longueur de 3500 km: une façade sur la Mer Méditerranéenne (512 Km), une façade sur le Détroit de Gibraltar (82 km) et une façade sur l'océan Atlantique (2906 km). Par ailleurs, la surface des espaces maritimes sous juridiction marocaine 5 (ZEE) qui est de plus de 1 million de Km 2 dépasse largement la surface terrestre nationale, évaluée à km 2. Ces espaces maritimes constituent un réservoir important pour les ressources vivantes. Ils sont classés parmi les zones les plus poissonneuses à l'échelle mondiale, en particulier ceux de la façade atlantique qui sont le siège d'upwellings. En effet, en plus de leur grande richesse spécifique attestée par l existence de 7825 espèces, dont 7136 formes animales et 689 formes végétales, ils correspondent à des voies de passage pour de nombreuses espèces migratrices d'intérêt écologique et économique 6. De plus, les écosystèmes du littoral offrent de grandes possibilités pour le développement de l aquaculture et pour l exploitation des algues. Par ailleurs, le littoral présente des opportunités importantes pour le développement touristique grâce à la diversité de ses climats et de ses paysages naturels. En plus de ses 174 plages dont l'étendue varie de quelques dizaines de mètres à plus de 50 km, il possède des côtes rocheuses (côtes pentées, falaises et caps), des baies, des estuaires, des lagunes et des marais. Enfin, ces espaces présentent un intérêt scientifique indéniable. D une part, ils comptent de nombreux écosystèmes littoraux classés «Sites d Intérêt Biologique et Ecologique» (SIBE), dont les plus importants sont l embouchure de la Moulouya, la Sebkha Bou Areg, le Cap des Trois Fourches, Jbel Moussa, Oued Tahaddart, le marais de Larache, Merja Oulad Skhar, Merja Bargha, Merja Halloufa, Merja Zerga, Sidi Boughaba, la falaise de Sidi Moussa, les îlots de Bou Regreg, l îlot de Skhirat, Jorf Lasfar, Sidi Moussa-Oualidia, les dunes d'essaouira, l archipel d'essaouira, l embouchure de Tamri, Cap Ghir, Foum Assaka, l embouchure Oued Drâa, Oued Chebeika, la lagune de Khnifiss, la pointe d'awfist et la baie de Dakhla 7. D autre part, ils occupent une position clef pour la compréhension des phénomènes globaux (tectonique des plaques, climat) actuels et anciens et les modèles de circulation. En effet, la façade atlantique constitue un exemple intéressant de marge passive ayant enregistré les divers stades de l ouverture de l océan atlantique, alors que la façade Détroit de Gibraltar - Mer Méditerranée correspond à une marge active liée à la convergence des plaques africaine et européenne. De plus, les masses d eaux de ces marges qui sont de nature différente (eaux méditerranéennes, eaux atlantiques et leur 5 Ministère des Pêches Maritimes et de la Marine Marchande (1990). 6 MENIOUI M. (2001). 7 MENIOUI M. (2001). 201

202 Naïma HAMOUMI zone d échange au niveau du Détroit de Gibraltar) se caractérisent par plusieurs types de phénomènes océanographiques et de courants:meddies, courant des Canaries, courants de densité, upwelling, etc Un capital de chercheurs qualifiés Le Maroc dispose d un potentiel non négligeable de chercheurs ayant un savoir-faire et une maîtrise des techniques de pointe dans presque toutes les spécialités des sciences de la mer aussi bien dans le secteur universitaire (Tableau 1) que dans les autres institutions (Tableau 2). Dans le secteur universitaire, la recherche est en général axée sur la frange littorale. Les études du plateau continental qui nécessitent des infrastructures plus lourdes restent très localisées. Elle est pratiquée en général dans les facultés des sciences et les facultés des sciences et techniques de la plupart des universités, mais certains départements de géographie des facultés des lettres et sciences humaines qui s intéressent au littoral intègrent de plus en plus les études sédimentologiques et les SIG dans leur démarche. L université Mohammed V Agdal de Rabat qui concentre dans ses différentes institutions (Faculté des sciences, Faculté des lettres et des Sciences humaines, Ecole Mohammadia d Ingénieurs et Institut scientifique) un grand nombre de chercheurs couvre plusieurs spécialités. 2. Les enjeux et les défis pour le Maroc Les espaces maritimes qui constituent une ressource naturelle inestimable et contribuent déjà largement à l'économie du pays sont appelés à jouer un rôle plus important à l avenir comme cela est attesté par les nombreux projets en cours et les défis qui se posent. Tableau 1 : Spécialités développées dans le secteur universitaire au Maroc 202

203 Les Sciences de la Mer Il est donc impératif que l exploitation de ces espaces stratégiques se fasse dans le cadre d un réel processus de développement durable afin de préserver leur qualité et de respecter les engagements internationaux. Il est loin le temps où l on considérait que la mer possède un pouvoir auto-épurateur illimité et que ses ressources sont inépuisables. Aujourd hui, tous les spécialistes s accordent sur le fait que les activités anthropiques peuvent détériorer de manière irréversible l équilibre des océans et, par là, celui de notre planète. Le secteur de la pêche dont la production a été évaluée à tonnes en intervient pour 2,5% du PIB et 58 % des exportations agro-alimentaires et génère emplois directs et indirects (FAO, 2006). Il devrait pouvoir continuer à jouer son 8 Département des Pêches Maritimes (2004). 203

204 Naïma HAMOUMI rôle socio-économique afin d améliorer sa contribution au PIB et répondre aux besoins de la consommation nationale, appelée à augmenter dans le futur avec la croissance démographique et la raréfaction possible des autres ressources (agriculture, élevage ) dans le cas d une intensification de la sécheresse. Pour ce faire, ce secteur devrait pouvoir faire face au problème de la réduction des stocks halieutiques et de la biodiversité induite ces dernières années, par la surexploitation et les modifications (d origine naturelle et/ou anthropique) des paramètres physiques et chimiques des eaux marines. Le développement de l aquaculture qui représente un secteur complémentaire et alternatif à celui des pêches et dont la production reste encore faible (975 tonnes en 2004) 9 permettrait de parer à une surexploitation des ressources halieutiques. Par ailleurs, les nouvelles applications (cosmétique, soins, alimentation) pourraient stimuler, à l avenir, l industrie de transformation des algues dont l exploitation (non contrôlée et intensive) est estimée à tonnes et les exportations d Agar Agar évaluées à 1235 tonnes 10. La part des échanges commerciaux qui transitent par les voies maritimes représente plus de 95% 11. Elle est appelée à s accroître avec l extension du port de Casablanca et l exploitation du complexe portuaire «Tanger Méditerranée» et de ses zones franches (logistiques, commerciales et industrielles). Le secteur du tourisme qui compte actuellement 5,3 millions de visiteurs constitue un secteur économique prioritaire, appelé à se développer dans le cadre du programme «10 millions de touristes en 2010». Pour faire face à cet objectif, des chantiers importants ont été lancés dans les zones littorales, tels les stations balnéaires des groupes Kerzner, Bouygues et Fadesa et les aménagements de la vallée du Bouregreg et de la corniche de Rabat. Le développement de centres de soin et de thalassothérapie pourrait constituer une valeur ajoutée à ces produits touristiques. Le dessalement de l eau de mer qui est déjà pratiqué dans les provinces sahariennes (8500 m 3 /jour) est appelé à s accroître et à s étendre à d autres régions pour faire face aux besoins en eau d une population croissante et au risque de pénurie qui pourrait survenir dans le cas d une intensification de la sécheresse. En plus des gisements potentiels de minerais et d hydrocarbures qui pourraient être associés au substratum, les espaces maritimes recèlent une grande variété de ressources non vivantes dont l exploitation bénéficierait à l économie nationale: les chlorures, l iode, les placers, les sables et graviers, les phosphorites et la glauconite. De même, les sources d énergie liées à la mer et qui sont à différents stades de développement et d expérimentation, pourraient constituer, à l avenir, une voie de substitution aux énergies polluantes. A l impact des opérations de l exploration pétrolière qui se sont développées récemment dans l offshore atlantique 12, pourrait s ajouter celui de la production et de 9 Département des Pêches Maritimes (2004). 10 Id. 11 RMILI A. (2005) 12 Office National des Hydrocarbures et des Mines (2005). 204

205 Les Sciences de la Mer l intensification du trafic maritime dans le cas d une découverte de gisements d hydrocarbures. Enfin, le dernier défi et non le moindre, c est l adoption d'une politique de recherche cohérente et intégrée en sciences de la mer qui visera à la fois : - la mise en œuvre d un programme de recherche permettant de : 1) préciser les limites du plateau continental (ZEE) sur des bases géologiques, tel que stipulé dans l article 76 de la convention internationale du droit de la mer 13, 2) connaître le mode de fonctionnement de cet espace stratégique ainsi que la nature de son substratum pour une meilleure valorisation de ses ressources vivantes et non vivantes, - le développement des capacités scientifiques du Royaume afin de créer une économie du savoir qui constituera un levier pour l essor socio-économique à travers : une recherche opérationnelle, la création de nouveaux métiers de la mer, l économie de l expertise importée et la constitution d un vivier de compétences capables de faire face à la mondialisation et d en saisir les opportunités (offshoring), d exporter un savoir-faire vers d autres pays et, enfin, de participer à l exploitation des ressources de l océan mondial Les risques qui menacent les espaces maritimes Les milieux littoraux et marins sont par définition très fragiles, leur évolution est capable de se faire sentir non seulement à l'échelle humaine mais en quelques secondes. En effet, d une part, ils sont contrôlés par plusieurs facteurs naturels qui sont interdépendants, le changement de l un peut modifier les autres. D autre part, il existe une relation très étroite à la fois entre eux et entre les différents écosystèmes qui les constituent. De ce fait l évolution de l'un peut affecter l autre. Les facteurs naturels d ordre global ou régional (climat, tectonique et variations du niveau marin) peuvent engendrer des variations progressives ou cycliques. Par ailleurs, les activités anthropiques constituent autant de paramètres qui peuvent accélérer la dégradation de ces milieux Les risques naturels Les séismes et leurs conséquences La tectonique des plaques régit l évolution globale du littoral. Elle détermine le type de marge (active/ passive), la morphologie de l arrière pays, la quantité et le type de sédiments issus de l érosion du continent, le type de littoral ainsi que sa morphologie et sa topographie, la position du rivage, la vitesse de sédimentation, les variations du niveau 13 Le plateau continental d'un Etat côtier comprend les fonds marins et leur sous-sol au-delà de sa mer territoriale jusqu'au rebord externe de la marge continentale (plateau, talus et glacis), ou jusqu'à 200 milles marins des lignes de base à partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale, lorsque le rebord externe de la marge continentale se trouve à une distance inférieure. 14 Tel que défini dans la convention internationale du droit de la mer. 205

206 Naïma HAMOUMI de la mer et les modèles de circulation. Le Maroc qui appartient à la plaque lithosphérique africaine se caractérise par un contexte géodynamique complexe marqué par : 1) un régime distensif au niveau de sa marge atlantique liée à l écartement de la plaque africaine et de la plaque américaine (ouverture de l océan atlantique), 2) un régime général compressif au niveau de sa marge méditerranéenne lié à la convergence NNW-SSE de cette même plaque africaine et de la plaque eurasienne, 3) la proximité de la faille transformante «Açores-Gibraltar» qui constitue la limite nord de la plaque africaine et s étend jusqu à la dorsale médio-atlantique. Ce contexte géodynamique est à l origine de la sismicité qui se manifeste dans les deux marges et dont les conséquences pourraient ne pas se limiter à la destruction des infrastructures et des vies humaines. En effet, quand les séismes se produisent en mer, ceux-ci peuvent générer des vagues géantes (les tsunamis) dont la hauteur peut atteindre 30 m et qui sont capables d inonder le continent sur de grandes distances. C est le cas dans la marge marocaine du Golf de Cadix où les séismes liés à la faille transformante Açores-Gibraltar ont une magnitude en général supérieur à 7 et sont générateurs de tsunamis 15. La marge méditerranéenne se caractérise par une sismicité de type modéré avec des magnitudes de l ordre de 5,4 mais pouvant engendrer un grand nombre de répliques après la secousse principale. Les séismes qui ont affecté ces dernières années la région d Al-Hoceima en sont la conséquence directe Le réchauffement climatique et ses conséquences Les changements climatiques globaux ont un impact sur le climat local, la nature et la quantité des apports sédimentaires, le niveau de la mer, les facteurs chimiques, les organismes vivants et les circulations océaniques. Les tempêtes peuvent induire des surélévations du niveau marin de plusieurs mètres et jouent un rôle important dans l érosion du littoral et le transfert des sédiments vers la plate-forme. Le processus du réchauffement climatique qui a été enclenché ces dernières décennies se poursuit de manière accélérée sous l impact des émissions de gaz à effet de serre. Le dernier rapport du Groupe Intergouvernemental d Experts sur l Evolution du Climat 16 indique une augmentation de la température de 1,8 C à 4 C en 2100 et une élévation du niveau de la mer de 28 à 43 cm. Selon les spécialistes, ce réchauffement induirait, au bout de quelques milliers d années, la disparition complète des glaciers du Groenland et de l Arctique et provoquerait des perturbations climatiques: aggravation de la sécheresse, intensification des cyclones et modification des circulations océaniques, ainsi qu une élévation du niveau des mers qui entrainerait la disparition des côtes et d une partie des continents. 15 Le séisme de Lisbonne de 1775 a entrainé des dégâts importants dans le littoral atlantique marocain. 16 Intergovernmental Panel on Climate Change (2007). 206

207 Les Sciences de la Mer 3.2. Les risques anthropiques Les activités anthropiques continentales et littorales La pression exercée par la croissance économique et la poussée démographique qui ont été particulièrement concentrées dans les zones côtières ces dernières années, sont à l origine d un état de dégradation avancé de la plupart des écosystèmes maritimes dont le coût est estimé à 1,835 millions de dirhams, représentant 0,52% du PIB 17. Au niveau du littoral, la réduction des apports des sédiments continentaux induite par les retenues des barrages est aggravée par : 1) une urbanisation galopante et souvent anarchique, 2) l exploitation abusive du sable, 3) les aménagements et les ouvrages construits sans qu'il y ait, au préalable, une étude géologique des sites et un monitoring (à moyen et/ou à long terme) des paramètres hydrodynamiques. Le déséquilibre sédimentaire induit par ces facteurs se traduit dans de nombreuses régions par : des phénomènes d érosion ou d ensablement, la disparition de certaines plages, un recul régulier du trait de côte, une progression de la désertification et des infiltrations d eau marine dans le continent 18. Tous les ports marocains sont le siège d ensablement et nécessitent des opérations de dragage qui affectent la biodiversité et entraînent une contamination des sites de rejet et de stockage. Par ailleurs, en plus de la pollution induite par les activités industrielles des pays de la rive nord de la mer Méditerranée et de la pollution d origine atmosphérique, les espaces maritimes sont soumis à une pollution (sous forme de liquides, de gaz et de particules) liée aux activités anthropiques qui se sont diversifiées et accrues avec le temps: activités agricoles et industrielles, trafic et activités portuaires (construction, industries des pêches, dragages, fuites, épandages accidentels et rejets opérationnels) et rejets domestiques. Cette forte pression est appelée à s intensifier à l avenir par une littoralisation plus importante qu entraîneraient la croissance démographique et l aggravation de la sécheresse et de la désertification dans le cas d un réchauffement climatique. Par ailleurs, l arsenal de mesures institutionnelles et les actions entamées par le gouvernement pour améliorer la gestion et la préservation du littoral et qui sont, certes, de très bonnes initiatives restent insuffisantes pour circonscrire les risques d une dégradation irréversible La pollution marine : rejets opérationnels et marées noires Les espaces maritimes marocains sont très exposés aux risques de plus en plus grands des pollutions par les rejets opérationnels et les marées noires du fait de la densité du trafic et de l augmentation de la taille et de la moyenne d âge des navires. En effet, d une part, ils se trouvent très proche des ports pétroliers des pays de la rive nord de la 17 Banque Mondiale ( 2003). 18 EL MOUTCHOU B. (2002), EMRAN A. et HAKDAOUI M. (2003), HAIDA S. et SNOUSSI M. (2002), HAMOUMI N. (1998b), HAMOUMI N. et IRZI Z. (1999) et IDRISSI M.(2006). 207

208 Naïma HAMOUMI Méditerranée. D autre part, ils sont à la croisée des routes de la navigation internationale et des tankers en provenance de: l Afrique, l Europe, l Amérique et le Moyen Orient. Aux principaux flux qui approvisionnent l Europe à partir du Moyen Orient (via la route du Cap et le Canal de Suez), s ajoutent ceux d Afrique du Nord. Le volume total d'hydrocarbure annuel transporté est évalué à 370 millions de tonnes dans le secteur méditerranéen où transite 20% du trafic pétrolier mondial 19 et entre 400 et 500 millions de tonnes dans la marge atlantique 20. Le Détroit de Gibraltar où transitent à peu près 350 millions de tonnes de pétrole, de gaz et de produits chimiques à bord de 600 navires par jour est l une des régions les plus exposées. Il s y produit en moyenne deux accidents par an. Il est à noter, d ailleurs, la survenue de 32 accidents entre 1979 et 2001, dans les eaux territoriales marocaines atlantiques et méditerranéennes et l espace maritime espagnol (Gibraltar, Algesiras), dont les plus importants sont ceux de KHARG V et SEA SPIRIT. Les risques seront plus importants, à l avenir, dans la marge atlantique où le trafic des pétroliers va sûrement s intensifier avec l exploitation des gisements de pétrole récemment découverts dans beaucoup de pays africains 21 et celle des gisements potentiels pressentis par l exploration pétrolière en cours dans la marge marocaine. De plus, malgré l existence du «Plan d urgence national», il sera difficile d avoir une stratégie efficiente de lutte et de protection dans le cas d une marée noire, du fait de la méconnaissance de la nature et de la morphologie précise des fonds marins et des modèles de circulation. 4. Les contraintes et les faiblesses de la recherche et de la gestion des espaces maritimes 4.1. La multiplicité des intervenants et l absence de coordination En plus des nombreux départements gouvernementaux (Tableau 3) chargés de la prise de décision concernant la gestion et la préservation des espaces maritimes et des politiques environnementales, plusieurs organes consultatifs ont été créés ces dernières années: - la Commission Interministérielle Chargée de l'aménagement Touristique du Littoral (CICATL), - le Conseil National de l'environnement, - le Conseil National sur la Biodiversité, - le Conseil Supérieur de l'eau et du Climat, - la Commission du littoral. Cette dispersion des compétences est aggravée par l absence d une réelle coordination 19 Greenpeace (2007). 20 KLOFF S. et WICKS C. (2004). 21 Mauritanie, Tchad, Golf de Guinée, Niger (delta du Niger), Guinée Equatoriale, Côte d'ivoire, Cameroun et Gabon. 208

209 Les Sciences de la Mer entre les multiples intervenants et par l inexistence d une stratégie nationale pour la valorisation des espaces maritimes. Par ailleurs, les chercheurs universitaires ne sont que très rarement impliqués dans les études de faisabilité des grands projets nationaux et encore moins dans la prise de décision. Enfin, le problème le plus crucial qui constitue un frein au développement des sciences de la mer au Maroc depuis des années, c est les comportements hégémoniques qui se manifestent à tous les niveaux aussi bien à l échelle des individus que des institutions dans ce domaine. Il est d ailleurs étonnant de constater qu un tel état d esprit puisse sévir malgré les enjeux et les défis qui se posent à notre pays, la précarité des moyens pour les investigations en mer dans la plupart des institutions et le caractère transversal des sciences de la mer. En effet, les études océanographiques nécessitent plus que toutes autres études, la fédération d équipes multidisciplinaires et de moyens matériels importants. D ailleurs, dans les pays développés qui pourtant réservent des financements conséquents pour la recherche en mer, plusieurs programmes et disciplines sont menés dans une même campagne océanographique pour en rentabiliser le coût L insuffisance des équipements et des financements Dans les institutions universitaires, il y a un manque crucial d équipements pour les investigations en mer. Il existe, dans le meilleur des cas, un zodiac et quelques petits équipements (multiparamètres, bennes, échosondeur pour la sismique, bouteilles de prélèvement d eau, GPS, ). Et les laboratoires quand ils existent, ne sont équipés que pour les études classiques des sédiments, de l eau et des organismes (vivants et fossiles). De plus, les chercheurs souffrent de la quasi inexistence de subventions pour : les investigations en mer et le traitement des données, les déplacements pour la participation à des campagnes océanographiques internationales, la valorisation des résultats dans des publications et des congrès et, enfin, l accès à la documentation. Les rares moyens nationaux qui ont été mobilisés, ces dernières années, pour financer les projets de recherche n ont pas toujours été répartis selon des critères scientifiques. Dans les institutions non universitaires, il existe en général des équipements spécifiques pour les analyses et le traitement des données. Par ailleurs, les études bénéficient souvent, en plus des subventions étatiques, de moyens importants dans le cadre de programmes internationaux de développement. Cependant, seuls la Marine Royale et l Institut National des Recherches Halieutiques possèdent des bateaux océanographiques 22 et des équipements pour les investigations en mer et le traitement des données. 22 Abou Al Barakat Al Barbari et El Lahiq (Marine Royale), Charif Al Idrissi et Al Amir Moulay Abdellah (INRH) 209

210 Naïma HAMOUMI Tableau 3: Les départements chargés de la gestion des espaces maritimes marocains 4.3. L organisation de la recherche Le secteur universitaire Le secteur universitaire souffre de l inexistence d une stratégie nationale dans le domaine des sciences de la mer. La majorité des océanographes qui ont été recrutés dans les universités marocaines depuis plus de vingt cinq ans après une formation pointue dans les universités étrangères n ont pas réussi à développer des programmes conséquents. Les plus actifs se sont évertués, au prix de beaucoup d efforts, à trouver des créneaux et des moyens pour la recherche et la formation à la recherche ou à travailler selon les moyens et les opportunités qui s offrent à eux, mais, dans tout les cas de figures, les travaux sont restés ponctuels et le plus souvent non suffisamment valorisés. L absence de coordination est à l origine de: 1) l atomisation du potentiel de chercheurs ; il existe des cas ou un océanographe se 210

211 Les Sciences de la Mer trouve isolé dans une université non côtière, 2) la non capitalisation des études et des résultats, 3) la dilapidation des moyens matériels, des efforts et du temps. Les études se font en général dans une logique individuelle ou à l échelle de petites équipes. Le seul pôle, qui s est mis en place ces dernières années, est principalement axé sur la biologie marine, les géosciences marines en constituent le parent pauvre. De plus, ce réseau n a pas su fédérer réellement les nombreuses équipes qui s y sont impliquées dans le cadre d un programme porteur multidisciplinaire. Il fonctionne comme un ensemble de satellites qui ne semblent liés que dans les demandes de financement et les rapports d activité. Les formations à la recherche sont rares ou limitées dans le temps du fait des difficultés matérielles précitées, mais également du fait du manque d engouement des étudiants à préparer des thèses de doctorat dans les universités marocaines. La rareté des bourses de soutien, tellement nécessaires aux étudiants-chercheurs des filières scientifiques qui sont pour la plupart issus de milieux très modestes, ainsi que l accès à l échelle 11 avec le diplôme du DESA, l arrêt du recrutement à l université qui reste le principal débouché pour une formation par la recherche et, enfin, les offres de contrats et de sujets de doctorat des universités européennes sont autant de facteurs qui poussent les étudiants à déserter les laboratoires marocains. Cette situation risque de s aggraver à l avenir par le vide que créera le départ à la retraite d une part non négligeable des chercheurs dont la moyenne d âge se situe autour de 50 ans et qui n ont pas pu assurer une relève faute de recrutement dans le système universitaire 23. Ces chercheurs qui, pour la plupart, ont sacrifié l opportunité de s épanouir dans une vraie carrière scientifique dans les universités étrangères au choix citoyen d intégrer l université marocaine partiront avec la frustration de n avoir pas pu contribuer au développement des sciences de la mer au Maroc. Et, ironie du sort!!! Dans la stratégie et la vision de la recherche pour la période , le thème «Connaissance des milieux marins» est retenu, pour l horizon 2025, lorsque ce staff de chercheurs dont les compétences et les motivations n ont pas été suffisamment exploitées ne sera plus en fonction. Les études ont été développées surtout au niveau du littoral du fait de l accessibilité du terrain, en particulier ces dernières années, avec l explosion des universités et l intérêt pour les questions environnementales qui sont devenues d actualité. Ces études qui portent sur les disciplines précitées dans le tableau 1 sont axées sur les systèmes lagunaires, les estuaires, les plages et les formations quaternaires. Elles ont pu bénéficier, pour certaines, de financements dans le cadre des programmes nationaux (PARS, PROTARS) ou de la coopération bilatérale et multilatérale. Cependant, ces études, souvent répétitives, ne capitalisent pas pour autant les données existantes. De nombreux chercheurs ignorent totalement (volontairement ou par 23 La plupart des doctorants ont intégré le secteur privé, l'enseignement secondaire ou les départements ministériels. 211

212 Naïma HAMOUMI méconnaissance) les résultats de leurs prédécesseurs. De plus, à part quelques études intégrées qui ont été réalisées dans un objectif de développement durable et de préservation des écosystèmes côtiers, les autres restent, pour la plupart, rarement pertinentes et localisées dans le temps et l espace. Les travaux en haute mer ont été réalisés surtout à travers des campagnes océanographiques internationales. Quelques rares marocains ont pu participer à l étude des données collectées, lors de certaines de ces campagnes, soit dans le cadre de travaux de thèse ou de projets de coopération, soit (et c est la majorité des cas) en tant qu observateur. Ce rôle d observateur ne leur permet qu exceptionnellement de participer effectivement aux travaux en mer. Par ailleurs, dans le cas favorable où ils bénéficient d une partie des données collectées, les moyens dons ils disposent au Maroc ne leur permettent pas toujours de traiter ces données et de valoriser les résultats dans les délais imposés par les partenaires internationaux. D autres chercheurs, peu nombreux également, ont pu disposer dans le cadre de leurs travaux de thèse, de données pétrolières anciennes (sismique, forages) de l ONHYM. Les quelques rares campagnes océanographiques nationales qui ont pu être organisées, correspondent à des actions limitées dans le temps et dans l espace: - les campagnes océanographiques Nador en 1977 et 1978, qui ont été organisées par l Université Mohammed V-Agdal de Rabat dans la baie de Nador à bord de la vedette Ibn Majid, - la campagne El Lahiq 88 qui a été organisée dans le Détroit de Gibraltar par le Centre National de la Recherche Scientifique et Technique (CNRST), la Société Nationale d Etude du Détroit (SNED) et la Marine Royale à l aide de moyens humains (universitaires ingénieurs et militaires) et matériels (bateau El Lahiq de la Marine Royale) entièrement marocains 24, - les campagnes océanographiques PROTIT 2001, dans l offshore d El Jadida- Azemmour 25 et dans l offshore entre Azemmour Larache 26 et qui ont été organisées par le Réseau National des Sciences et Techniques de la Mer (REMER) et plusieurs institutions françaises à l aide du bateau Al Manar de l Institut des Pêches Maritimes de Safi Les autres secteurs Les études sont menées dans le cadre des missions des institutions non universitaires ou de projets d aménagement et d ouvrages d ingénierie. Elles sont souvent réalisées avec des techniques de pointe soit par leurs équipes, le plus souvent assistées par des experts étrangers (les universitaires marocains ne sont que très exceptionnellement impliqués), soit par des bureaux d études nationaux ou étrangers. 24 HAMOUMI N. (1988), HAMOUMI N. et BAHMAD A. (1993). 25 SAHABI M. et Alii (2001), SAHABI M. et Alii (2003). 26 SAHABI M. et Alii (2003). 212

213 Les Sciences de la Mer Au niveau du littoral, les études restent souvent limitées dans l espace et dans le temps. Parmi les travaux développés, l on peut citer : - les levés bathymétriques dans les ports et leurs approches par la Division Hydrographique de la Marine Royale 27, - la valorisation des ressources halieutiques littorales, l identification et l évaluation des sites aquacole et le suivi de la qualité des eaux par l INRH, - le diagnostic de la qualité des eaux littorales par le Laboratoire National de l Environnement, - l évolution du trait de côte et la valorisation des zones favorables à l aquaculture par le CRTS, - l étude hydrosédimentaire de l estuaire du Bou Regreg et de ses abords par l Agence pour l aménagement de la vallée du Bouregreg 28, - l étude du littoral de Rabat et Salé pour le choix du site des deux émissaires sous marins pour l évacuation vers la mer des eaux des stations de traitement par REDAL 29, - l étude du littoral et le suivi de la qualité de eaux dans la région de Casablanca dans le cadre du programme anti-pollution du Grand Casa par LYDEC 30. Les études en haute mer s intègrent dans les programmes nationaux. Elles sont parfois menées dans le cadre de la coopération internationale. Le programme de cartographie bathymétrique des marges marocaines est mené, depuis 1986, par le Division Hydrographique de la Marine Royale. Il a permis de réaliser des levés bathymétriques au 1/ de Sidi Ifni à Tanger 31. Le projet liaison fixe Europe- Afrique à travers le Détroit de Gibraltar mené par la SNED en collaboration avec son homologue espagnol SECEG depuis 1980, a permis de réaliser un programme multidisciplinaire important dans le Détroit de Gibraltar à l aide de près d une soixantaine de campagnes océanographiques 32. Les programmes de recherche halieutique sont développés depuis 1969 par l Institut Scientifique des Pêches Maritimes, devenu ensuite l Institut National de Recherches Halieutiques, soit par ses propres moyens, soit dans le cadre de la coopération internationale. 27 TBER Y. (2004). 28 Etude présentée à la 2ème Rencontre des " Chantiers du Bouregreg " : la navigabilité du fleuve, organisée par l'association Bouregreg et l'agence d'aménagement de la vallée du Bouregreg, le 16/9/ 2006, à Salé 29 EGUINO M. (2004). 30 BENYAHYA A. (2004). 31 TBER Y. (2004). 32 HAMOUMI N. (1990), SNED/SECEG (1995), Secrétaires exécutifs de la Commission économique pour l'europe et de la Commission économique pour l'afrique (2001 et 2005). 213

214 Naïma HAMOUMI La recherche pétrolière, démarré dans les années soixante dans l offshore méditerranéen et atlantique, a été relancée par l Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM) dans le cadre de 58 permis de recherche Etat des connaissances des fonds marins et des modèles de circulation Le Littoral Les études universitaires ont été axées essentiellement sur la géomorphologie, la nature et l origine des sédiments, l écologie, la qualité des écosystèmes côtiers ainsi que les caractéristiques géologiques et le contrôle morphostructural de leur arrière pays. L hydrologie ainsi que la dynamique sédimentaire et la morphodynamique n ont été appréhendées que dans de rares localités. De ce fait, les trajectoires des transits sédimentaires restent encore très peu connues et les données concernant les houles et les tempêtes ayant un rôle prépondérant dans la dynamique littorale ainsi que les données sur les marées restent très fragmentaires et très localisées. Les études de faisabilité des projets d aménagement, menées par les institutions non universitaires, ne capitalisent pas, en général, les travaux académiques et l expérience de terrain des universitaires. De plus, elles n intègrent pas toujours dans leur programme un monitoring (à moyen et/ou à long terme) des paramètres physiques du milieu. Elles se basent souvent sur des données météorologiques et hydrologiques fragmentaires et anciennes ou obtenues dans d autres sites. De ce fait, les modélisations ne tiennent pas compte du contexte climatique et géodynamique et de leurs conséquences sur les variations du niveau marin. Par ailleurs, les ouvrages qui sont très coûteux génèrent un grave déséquilibre du système côtier (engraissement à certains endroits et érosion dans d'autres) et nécessitent des opérations de dragage fréquentes Le plateau continental Les espaces marins marocains ont toujours attiré la communauté scientifique internationale et ce depuis les premières campagnes océanographiques organisées dès la fin du 18 ème siècle telle que l expédition anglaise «Challenger» 34. Ils ont été étudiés dans le cadre de plusieurs programmes internationaux du fait de leur intérêt scientifique et ils ont également fait l objet de nombreux travaux dans le cadre de l exploration pétrolière. Cependant, seule la marge du Détroit de Gibraltar où les investigations menées dans le cadre d un projet concerté impliquant le Maroc (le Projet Liaison Fixe Europe-Afrique à travers le Détroit de Gibraltar) et permettant d avoir une base de données nationale est actuellement bien connue. Dans les autres marges, les rares données disponibles au Maroc sont celles obtenues dans le cadre des campagnes océanographiques internationales qui se sont déroulées il y a plus de 20 ans et dont la collecte n a pas bénéficié des technologies avancées en matière de positionnement et d acoustique et a 33 Office National des Hydrocarbures et des Mines (2005). 34 L'expédition Challenger ayant fait le tour du monde entre , a permis de donner le coup d'envoi aux sciences de la mer. 214

215 Les Sciences de la Mer été faite selon un maillage très lâche. Sachant que les milieux marins sont en constante évolution, ces données sont, aujourd hui, dépassées et ne peuvent, en aucun cas, refléter les facteurs et les processus actuels. Par ailleurs, les cartes bathymétriques obtenues d après les levés de ces campagnes sont peu précises, car réalisées essentiellement sur la base de corrélations de points d échantillonnage souvent très éloignés et non positionnés avec précision. De même, les cartes de répartition des faciès sédimentaires et les modèles de dispersion, établis selon la même démarche et sans tenir compte de la géométrie des corps sédimentaires (qui ne peut être appréhendée que par l imagerie acoustique) restent également erronés. Par ailleurs, les données des campagnes océanographiques récentes, qui sont obtenues avec des techniques de pointe, selon des maillages denses et avec un positionnement très précis, s intègrent soit dans le cadre de l exploration pétrolière et, dans ce cas, elles sont à caractère confidentiel, soit dans le cadre des programmes de recherche scientifique internationaux, ainsi, d une part, elles concernent des secteurs limités et, d autre part, elles sont inaccessibles, car stockées dans des laboratoires étrangers. Dans le meilleur des cas, une partie de ces données peut être confiée au chercheur marocain qui a participé aux travaux en mer, mais, le plus souvent, les équipes scientifiques étrangères ne partagent avec le Maroc que leur rapport de mission 35. Pour toutes ces raisons, il est aujourd hui difficile de connaître avec précision l étendue, la topographie détaillée et même, assez souvent, la nature lithologique et la structuration du plateau continental dans les marges atlantique et méditerranéenne ainsi que les modèles de circulation et les ressources non vivantes qui lui sont associées. Conclusions et recommandations A l issue de ce diagnostic, il apparaît que, malgré une vocation maritime favorisée par un contexte géographique exceptionnel et l existence d une masse critique de chercheurs qualifiés, il y a une méconnaissance de l étendue, de la morphologie détaillée, des ressources non vivantes, des modèles de circulation et du fonctionnement de la zone économique exclusive dans les marges atlantiques et méditerranéennes. De plus, cet espace stratégique dont la plupart des écosystèmes dans un état de dégradation avancé, constitue une zone à haut risque pour les pollutions accidentelles. Face à cette situation et aux défis qui se posent dans le cadre de la mondialisation et du choix stratégique d un développement économique et humain, il est impératif d adopter, d urgence une stratégie nationale efficiente dans le domaine des sciences de la mer, intégrant en plus de l'instauration d'une culture environnementale et de mesures de contrôle et de réglementation, la mise en place d outils et de moyens pour une politique de recherche scientifique cohérente et intégrée : - une autorité nationale pour la coordination des activités de recherche et de formation, 35 Les rapports de mission sont transmis au Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération. 215

216 Naïma HAMOUMI - des programmes de recherche fédérateurs permettant d intégrer les différentes disciplines des sciences de la mer et de capitaliser le savoir faire et les moyens nationaux pour une meilleure connaissance et une valorisation des espaces maritimes, - des formations adéquates permettant de préparer des techniciens supérieurs, des ingénieurs et des chercheurs de haut niveau en océanologie et en instrumentation océanographique, - un budget adéquat pour les programmes de recherche et de formation, - la réglementation et le renforcement de la coopération internationale. Parmi les programmes prioritaires qui doivent être développés dans le cadre de cette stratégie, celui portant sur l étude des fonds maritimes (substratum et couverture sédimentaire) et des masses d eau des marges atlantique et méditerranéenne s impose avec acuité. En plus de ses objectifs scientifiques, à savoir : 1) la connaissance du mode de genèse, de fonctionnement et de l évolution des écosystèmes, 2) une meilleure compréhension de l'incidence des facteurs naturels globaux tels que les variations climatiques, la tectonique des plaques et les processus hydrodynamiques sur l'évolution de l'équilibre des zones littorales et du plateau continental, ce programme visera l'élaboration d'un système d'informations pertinentes qui trouvera des applications directes dans tous les secteurs maritimes (techniques, économiques et touristiques), il permettra de : - préciser l extension, la nature lithologique et la structuration du plateau continental et les ressources fossiles qui lui sont associées (pétrole, gaz, minerais), - connaître la physiographie et la nature des fonds marins ainsi que les modèles de circulation et la dynamique des systèmes sableux pour la navigation, l'accès des ports, la pêche et l aquaculture, la délimitation précise des secteurs exploitables pour l'extraction des ressources non vivantes, les opérations de dragages et, enfin, la prévention et la lutte contre la pollution continentale et la pollution marine chronique et accidentelle, - guider les décideurs dans la définition et le choix des unités spatiales de gestion et dans l'élaboration de leur règlementation, ainsi que dans le choix des aménagements (aquacoles, touristiques et industriels) et des ouvrages portuaires et de protection (type, caractéristiques, nature des matériaux, emplacement, orientation), - suivre et évaluer l impact des réalisations. Bibliographie Banque mondiale (2003), Royaume du Maroc - Evaluation du coût de la dégradation de l'environnement, Rapport N MOR. BENYAHYA A. (2004), Le système d anti-pollution du grand Casablanca-réalisations et perspectives dans Atelier national : pour une gestion intégrée du domaine 216

217 Les Sciences de la Mer maritime marocain, Rabat. Département des Pêches maritimes (2004), La mer en chiffre, pp. 1-30, EGUINO M. (2004), Système de dépollution du littoral atlantique et du Bouregreg de la zone de Rabat-Témara-Harhoura dans Atelier national : pour une gestion intégrée du domaine maritime marocain, Rabat. EL MOUTCHOU B. (2002), Dynamique côtière et évolution spatio-temporelle de la frange littorale méditerranéenne entre Fnideq et Martil (Province de Tétouan, Maroc) dans CIESM Workshop Monographs N 18 - Erosion littorale en Méditerranée: dynamique, diagnostic et remèdes, CIESM, Monaco, pp EMRAN A. et HAKDAOUI M. (2003), Suivi par télédétection de l évolution spatiotemporelle de la frange littorale au nord-est de Tétouan dans Proceedings TS7 Coastal Zone Management, 2 nd FIG Regional Conference, 2-5 décembre 2003, Marrakech, pp.1-9. FAO (2006), Profil de la pêche par pays - Le Royaume du Maroc, Greenpeace (2007), Réserves Marines pour la Méditerranée ; oceans.greenpeace.org/raw/content/fr/documents-et-rapports/ HAIDA S. et SNOUSSI M. (2002), Problèmes d érosion littorale méditerranéen marocain et techniques de réhabilitation dans CIESM Workshop Monographs N 18 - Erosion littorale en Méditerranée : dynamique, diagnostic et remèdes, CIESM, Monaco, pp HAMOUMI N. (1988), Rapport de mission de la campagne océanographique El LAHIQ 88, Projet Liaison Fixe à travers le Détroit de Gibraltar, SNED, 97 p. HAMOUMI N. (1990), Géologie du Détroit de Gibraltar: Une démarche pour la réalisation d'une carte géologique et de coupes Nord-Sud dans Actes du 3ème Colloque International sur la Liaison Fixe Europe-Afrique à travers le Détroit de Gibraltar, Marrakech, Tome 1, Données du Site, SNED, pp HAMOUMI N. et BAHMAD A. (1993), L'expérience El Lahiq dans le Détroit de Gibraltar dans Actes du Workshop: circulation des eaux et pollution des côtes méditerranéennes des pays du Maghreb, INOC, Izmir, Turquie, pp HAMOUMI N., JBILOU K. et M'HAMMDI N. (1995), Les indicateurs sédimentologiques et morphologiques - Etat des connaissances dans la plate-forme atlantique marocaine, techniques d'investigation et intérêts pour la connaissance des modèles de circulation dans Actes du Workshop : Océanographie Spatiale: climat et ressources marines dans le Nord-Ouest africain, CRTS, Rabat. HAMOUMI N (1998a), Démarche analytique pour la connaissance, le suivi, et la gestion des environnements littoraux et marins dans Actes de la journée nationale sur "Gestion du domaine maritime - Problèmes et Solutions, Rabat. 217

218 Naïma HAMOUMI HAMOUMI N. (1998b), Les aménagements côtiers: problèmes et enseignements - proposition d'une démarche pour la connaissance et la gestion du littoral dans Journées nationales sur La dégradation du littoral: ensablement et impact sur l'environnement, Kénitra. HAMOUMI N (1999), Plan d'action pour la gestion des domaines littoraux et marins contribution de l'université Mohammed V-Agdal au Plan de développement économique et social national , préparé par le Secrétariat d'etat chargé de l'environnement. HAMOUMI N. et Irzi Z. (1999), Les aménagements côtiers: problèmes et enseignements, cas du littoral méditerranéen oriental dans Actes de la 3ème Rencontre Hydrodynamique marine 99, Casablanca, 12p. HAMOUMI N. (2004), Les géosciences marines et l océanographie physique au Maroc: état des lieux, enjeux et défis, stratégie pour une politique de recherche intégrée dans Atelier national : pour une gestion intégrée du domaine maritime marocain, Rabat. IDRISSI M. (2006), Evolution du littoral Casablanca-Mohammedia (Maroc) : Etude de la dynamique sédimentaire et des impacts anthropiques, Thèse de Doctorat de l Université du Sud Toulon-Var, France, 201p. Intergovernmental Panel on Climate Change (2007), Climate Change 2007: The Physical Science Basis - Summary for Policymakers, Fourth Assessment Report of the IPCC. KLOFF S. et WICKS C. (2004), Gestion environnementale de l'exploitation de pétrole offshore et du transport maritime pétrolier- Un document d'information à l'attention des parties prenantes de l'écorégion marine ouest africaine, Commission de l'uicn des Politiques Environnementales, Economiques et Sociales (CEESP), 18p., MENIOUI M. (2001), Biodiversité marine et côtière dans Stratégie et plan d action pour la conservation et l utilisation de la biodiversité, Département de l Environnement /PNUE. pp Ministère des Pêches Maritimes et de la Marine Marchande (1990), Le Maroc maritime Guide pratique du secteur maritime, 945p. Office National des Hydrocarbures et des Mines (2005), Rapport d activité RMILI A. (2005), 50 années de développement des infrastructures de transport, rapport thématique dans 50 ans de développement humain au Maroc, pp , SAHABI M., LE ROY P., BEGOT J., ZOURARAH B., MEHDI K., BAZAÏRI H., MAANAN M., KAID RASSOU K. et FOUSI M. (2001), Rapport de mission de la campagne océanographique PROTIT 2001 : Programme de Recherche Océanographique sur le plateau de TIT (plateau continental de la baie d El Jadida-Azemmour entre

219 Les Sciences de la Mer et 200 m de profondeur), rapport interne, Faculté des Sciences d El Jadida. SAHABI M., LE ROY P., BEGOT J., RABINEAU M., MEHDI K., SALHI F., ZOURARAH B., EL ATTARI A., EL ARCHI A., M HAMMDI N., ROUHI A., FARID Y. et CHAOUTI A. (2003), Rapport de mission de la campagne océanographique PROTIT 2003 : Programme de recherche océanographique sur le plateau continental du Maroc (entre Safi et Larache), rapport interne, Faculté des Sciences d El Jadida. Secrétaires Exécutifs de la Commission Economique pour l Europe et de la Commission Economique pour l Afrique (2001), Projet de Liaison Fixe Europe-Afrique à travers le Détroit de Gibraltar : Rapport sur les études et activités réalisées dans la période , pp. 2-6 ; Secrétaires Exécutifs de la Commission Economique pour l Europe et de la Commission Economique pour l Afrique (2005), Projet de Liaison Fixe Europe-Afrique à travers le Détroit de Gibraltar : rapport sur les études et activités réalisées dans la période , pp. 2-8 ; SNED/SECEG (1995), Rapport introductif sur le site dans Actes du IV Colloque sur la Liaison Fixe Europe Afrique à travers le Détroit de Gibraltar, Séville. TBER Y. (2004), Politique marine nationale et les sources hydrographiques dans Atelier national : pour une gestion intégrée du domaine maritime marocain, Rabat. 219

220

221 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp La société et la recherche scientifique Mustapha LAMIRI* Faculté des Sciences, Université Mohammed V-Agdal, Rabat Resumen La investigación científica en Marruecos debe revalidar su compromiso con la sociedad. Se trata del estudio de la participación de los científicos en la Comunicación Pública de la Ciencia y Tecnología, porque los consumidores marroquíes solicitan a los investigadores de responder a las múltiples insatisfacciones. En este caso, se estudia a los investigadores como agentes sociales orientados a la difusión de conocimientos, y al mismo tiempo, se analiza la actitud del científico ante esta labor comunicativa que, en muchas ocasiones, le causa cierta reticencia. Había que ser popular para hacerse comprender de todos, vulgarizar las ciencias. En esta línea de trabajo se estudia el perfil de los científicos que participan activamente en la divulgación. Se analizan tanto las motivaciones que les impulsan como las limitaciones con las que tropiezan. Cuando se habla de divulgación, ésta se debe de entender en el sentido más amplio y actual de participación en actividades que implican un contacto directo con el público. Además, se trata de proyectos que tienen como finalidad contribuir a sensibilizar a los investigadores de la gran importancia de su participación activa en la divulgación de la investigación científica en la sociedad, así como proponer estrategias y acciones que contribuyan a fomentar y mejorar dicha participación. La société Marocaine formule des demandes de plus en plus pressantes vis-à-vis de la communauté scientifique, ce qui crée à cette dernière de nouvelles obligations. L'économie moderne s'appuie en effet plus qu'auparavant sur l'innovation, ce qui accroît bien souvent le sentiment de frustration que le citoyen éprouve face aux enjeux de société auxquels il est confronté. Il souhaite alors avec plus d'insistance que des problèmes qu'il rencontre trouvent une solution rapide en mettant justement en œuvre des solutions impliquant des chercheurs. De fait, la recherche scientifique devrait davantage "descendre dans la rue" pour être à la portée de tous. Comment donc rendre la science plus accessible? Pourquoi est-ce aujourd'hui plus important qu'hier? Cette impatience, légitime à beaucoup d'égards, risque sérieusement d'être déçue si l'on ignore trop superbement la façon dont fonctionne le processus de recherche. En effet, lorsqu'on s'attaque à des problèmes réellement difficiles dont les mécanismes profonds sont mal -voire même pas du tout- connus, il ne suffit pas de seulement afficher les * Professeur-Chercheur. 221

222 Mustapha LAMIRI objectifs et de mobiliser les moyens financiers -s il y en a- mais de chercher les modes de production des connaissances et de leur transformation en biens ou en services consommables. La dimension magique de la recherche scientifique peut y perdre, mais c'est tant mieux. Détruire des illusions est presque toujours salutaire. Faire descendre les savants de leur piédestal aussi. Le doute, exercé avec méthode, est le lot quotidien des vrais scientifiques, et il doit en être ainsi. Faire apprécier cette façon de travailler, faire comprendre comment elle aboutit à de solides constructions, dont la cohérence offre de véritables garanties, sont des impératifs absolus dont la mise en œuvre incombe aux chercheurs. Ils y parviendront d'autant mieux qu'ils sauront communiquer au cours de cet échange, et bien distinguer des illusions précédemment dénoncées, les parts de rêve et de passion qui ont souvent été déterminants dans leur choix de cette profession. Le phénomène d'opacité du couplage de la recherche avec la vie sociale est encore accentué par la mise en place devenue systématique d'une communication institutionnelle dont les chercheurs n'ont pas pris suffisamment conscience. Un des premiers effets de ce processus est la codification des messages et surtout des mécanismes par lesquels l'information se constitue et se gère. Il est indispensable qu'un nombre croissant de chercheurs en ait une meilleure connaissance. Cette dimension donne de nouvelles responsabilités aux services de communication des organismes et des laboratoires de recherche. Un travail de longue haleine doit être conduit dans ce but. Une approche plus ouverte de la science et de ses points de contact avec la société va exiger que la dimension éthique de beaucoup de travaux soit vraiment prise au sérieux. Cela sera d'autant plus facile que les problèmes abordés ne le seront pas à chaud, contexte où le sensationnalisme a toutes les chances de régner en maître. Par ailleurs, les débats et les discours jouent un rôle essentiel dans l'appropriation sociale de nouveaux savoirs et techniques. Il n'est guère étonnant qu'ils soient parfois l'objet de conflits, visibles entre scientifiques et journalistes qui vont se disputer la dernière lecture d'un article ou plus latents quand le public se demande s'il dispose de toute l'information nécessaire, s'interrogeant aussi bien sur les compétences des journalistes que sur la franchise des scientifiques. Face à cet état de fait, il est indispensable d'adopter une approche scientifique de la communication à propos des sciences et des techniques. Est-ce à dire qu'une pratique spontanée de la communication scientifique ne peut être réussie? Cette interrogation incite à la modestie : on ne peut plus légitimement proclamer que tel mode de vulgarisation est meilleur qu'un autre ou que telle émission scientifique est plus intéressante qu'une autre. Beaucoup reste à comprendre. Mais les recherches conduisent tous les acteurs concernés à s'interroger sur leurs pratiques de communication de la science et à se remettre en question. Ecouter l'autre, n'est-ce pas le gage d'une communication réussie? Parmi les médiateurs "naturels" de la science, outre les chercheurs et les journalistes, 222

223 La société et la recherche scientifique il faut souligner l'importance d'une autre catégorie d'acteurs, moins connus du public, mais dont le rôle, situé en amont, est fondamental. Qu'on les appelle chargés de communication, attachés scientifiques, attachés de presse ou spécialistes de l'audiovisuel, ces "médiateurs institutionnels" naviguent à l'interface de deux univers : l'institution, à laquelle ils appartiennent et le monde médiatique. Leur mission est double : - servir d'impresario aux chercheurs, les inciter et les aider à se faire connaître, repérer des talents naissants pour renouveler dans les médias les visages et les voix de la science, qui auraient sans cela fortement tendance à être toujours les mêmes. Cela n'intéresse bien entendu que les jeunes chercheurs peu ou pas connus et non les ténors rompus aux exercices médiatiques. - les aider à faire un premier travail de traduction avant de se jeter sous les feux des sunlights. Il est très difficile, voire douloureux pour un chercheur, de se simplifier jusqu'à la caricature pour entrer dans les formats médiatiques. Formé à publier pour se légitimer dans son propre milieu, protégé par le langage complexe des revues primaires destinées à ses pairs, il se voit, parfois brutalement en cas de crise, convié à passer du champ scientifique au champ médiatique. L'exercice n'est pas le même, il est souvent périlleux, et l'aide du médiateur institutionnel peut alors être précieuse pour se préparer aux pratiques, aux codes et aux pièges de l'interview. La communication scientifique serait précisément sa rencontre intime avec le grand public, une médiation que l on pourrait qualifier de culturelle. Les relations complexes que le public entretient avec la science aboutissent parfois à des résultats passionnants mais déconcertants : un intérêt très fort, voire une fascination pour la science (dans les milieux urbains, presque pour 90%, elle est une priorité nationale), mêlée à un manque de culture tout aussi impressionnant (un Marocain sur deux, et surtout dans les milieux ruraux, croit encore que le soleil tourne autour de la Terre et 99% ne connaissent pas pourquoi le ciel est bleu), une grande admiration pour le métier de chercheur mais une désaffection des filières scientifiques; un intérêt croissant pour les progrès scientifiques mais, de façon concomitante, un goût tout aussi vif pour les parasciences, perçues non pas comme opposées aux vérités scientifiquement établies mais au contraire en continuité avec celles-ci; enfin un désir de participer aux choix technologiques, allié à une grande méfiance à l égard des politiques (selon un sondage, une minorité seulement leur font confiance, le reste préférant s en remettre aux scientifiques). Donc, il reste à savoir comment apprivoiser le discours scientifique? Comment l'aborder avec simplicité, sans timidité ni ennui? La science ne va pas ralentir en changeant de millénaire. Nous sommes tous embarqués dans la même navette et pour que le fossé ne se creuse pas entre l'élite qui la pilote et la masse de passagers qui ignorent jusqu'à leur destination. D'autres médiateurs ont un rôle essentiel à jouer pour lever cet obstacle d'ordre culturel. La science inspire trop peu les écrivains, les philosophes, les sociologues, les cinéastes, ce qui a pour conséquence de l'éloigner du débat public, de la reléguer dans les espaces un peu ternes de la "culture scientifique et technique" d'où elle ne sort que de façon brutale, épisodique, ne trouvant sa place dans le discours médiatique qu'à la faveur, si l'on peut dire, de scandales, d'erreurs et de 223

224 Mustapha LAMIRI tragédies. Pour que la science trouve sa place et sa légitimité dans le discours ambiant, dans l'air du temps, les journalistes, scientifiques ou non, n'y suffiront pas : ils ont besoin que les intellectuels, au sens le plus large, leur apportent le concours de leur temps, de leurs outils, de leurs grilles d'analyse et de leur audience. Eux seuls pourront influencer l'agenda médiatique, eux seuls pourront procéder à l'indispensable métissage entre la "science savante", des érudits et des experts et la "science médiatisée" construite sur l'anecdote ou la fiction. Pour conclure, il faut noter aussi que l Internet (sites web et messagerie) s est avéré comme un outil précieux par les communicants des organismes de recherche, par la variété de travaux fastidieux et de contraintes qu'il a allégés ou supprimés. Mais il devient surtout irremplaçable par sa capacité à fédérer scientifiques et communicants sur des projets communs d'information et d'éducation du public et par sa puissance qui permet de déployer ces projets à grande échelle (temps et espace), ce qui était jusqu'à présent irréalisable. Donc, pour réaliser un rapprochement adéquat Recherche-Vie Sociale, que ce soit pour le public externe comme pour la communauté interne, un site web de grand organisme doit constituer à la fois un lieu d'accueil des publics où se crée une partie de l'image de l'organisme, une grande bibliothèque de documents écrits, sonores, audiovisuels, mais aussi un lieu d'expérimentation de nouvelles formes d'information et d'échange avec le citoyen. 224

225 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Le Muséum National d Histoire Naturelle de l Institut Scientifique : fonctions et rôle dans l environnement régional, national et international Mohamed MOUNA* Institut Scientifique, Université Mohammed V - Agdal, Rabat ±MNU ±s U Os œ«îq ËîU à «u s Ë d «d OW Ë«FKOr Ë«DK W Ë«ö±Oc Ë«FLuÂ. ßMIu Ib r «L n «u Mw K U a «D OFw, ±πlu U t, ±NU±t «_ßUßOW ËœË Á w ± ODt «BFOb «u Mw. uí «L n Kv ±πlu U MOW w ±Ob«Ê «FKu «D OFOW. ÆU «U uê «L FUÆ uê Kv «LFNb «FKLw πll cá «LπLu U Ë w w ± MUË «Lº HOb s ±Kªh F d «L n «u Mw K U a «D OFw ±s ±LOe«U±FW ± Lb «ªU±f- Øb«Kv Introduction Le Muséum National d'histoire Naturelle (MNHN) de l'institut Scientifique renferme des collections riches et uniques en Afrique du Nord. Ces collections sont rassemblées par les chercheurs qui se sont succédés à l'institut Scientifique, depuis sa création en 1920, et couvrent tous les domaines des sciences naturelles. Le Muséum est, donc, une importante bibliothèque de spécimens de faune, de flore, de roches, de minéraux et de fossiles du Maroc. Ce patrimoine scientifique national, alimenté en permanence par les chercheurs de l'établissement ou par des dons de personnes s'intéressant aux sciences naturelles, est mis à la disposition des chercheurs, des cadres de l enseignement en général, des étudiants, des élèves et du grand public. Le MNHN de l Institut Scientifique possède deux types de collections : les collections exposées au public et les collections spécialisées. On distingue, notamment, trois fonctions d un muséum : - la préservation et la conservation des composantes naturelles ; - la constitution de collections d études ; - l éducation et la sensibilisation. 1. La préservation et la conservation des composantes naturelles Sans les muséums, tout un patrimoine serait perdu à jamais. Il suffira de rappeler les nombreux animaux et plantes disparus de la surface du globe, en général, et au Maroc, * Professeur et responsable du Muséum National d'histoire Naturelle à l'institut Scientifique, Université Mohammed V - Agdal. 225

226 Mohamed MOUNA en particulier, ou ceux en voie de disparition conservés dans le MNHN pour la formation des générations futures. En effet, pour garder une mémoire des composantes naturelles nationales perdues, il est absolument nécessaire de s'occuper de la conservation des animaux, des plantes, des fossiles, des roches et des minéraux. C'est en quelque sorte une réserve statique pour connaître et apprécier de près la beauté des composantes de nos milieux naturels et prendre conscience de leur préservation. Le Muséum National d Histoire Naturelle constitue une vitrine où les composantes naturelles nationales sont conservées. En outre, les collections des Sciences Naturelles sont considérées, dans l Accord International de la Conférence de Manchester (19 21 avril 1995), comme une ressource mondiale irremplaçable utilisée pour le bénéfice, à long terme, de la société (Nudds et Pettitt, 1997). 2. La constitution de collections d études Cette deuxième fonction, complémentaire de la première, est la constitution de collections d études indispensables aux naturalistes spécialistes en systématique et écologie, sciences intimement liées aux problèmes de l évolution et de l équilibre de la nature. Ces collections, parfaitement triées, classées et entretenues, sont la vitrine de la production de la recherche scientifique de l Institut Scientifique. Les collections spécialisées sont consultées par les spécialistes du monde entier à des fins diverses. L exploitation et l interprétation des résultats sont souvent facilitées par les données, relatives à ces collections recueillies au fil des années. Ainsi, la consultation de ces collections est incontournable pour les étudiants - chercheurs qui élaborent des thèses en sciences naturelles sur des sujets marocains pour comparer et identifier leurs prélèvements sur le terrain. Ces collections jouent, aussi, un grand rôle dans le domaine économique. En effet, ces collections, en général, et leur étude, en particulier, peuvent être utilisées dans plusieurs domaines tels que: - la lutte biologique: beaucoup de ravageurs de cultures ont été combattus efficacement grâce à la découverte de leurs ennemis naturels dans les collections des Muséums. Le parasite d un puceron, ravageur des cèdres en France, a été d abord repéré dans les collections du MNHN, à l Institut Scientifique, avant que des recherches soient menées sur le terrain qui ont abouti à l introduction, très réussie, du parasite en question; - le suivi de la pollution : les plumes d oiseaux, conservées dans des collections, ont été utilisées pour connaître l'évolution du taux de mercure en eau de mer; - le paléoclimat et le réchauffement terrestre : le taux de deux isotopes d oxygène dans des microfossiles donne de précieuses informations sur l'évolution de la température des anciennes mers et, donc, de l ancien monde; - les nouvelles souches, espèces alternatives : aux Etats-Unis, la découverte, parmi les anciennes collections des graines, d une espèce de tomate sauvage, inconnue jusqu alors, 226

227 Le Muséum National d Histoire Naturelle de l Institut Scientifique a permis de créer un nouvel hybride résistant réalisant, ainsi, un chiffre d affaire estimé à plus de 8 millions de dollars; - l exploitation minière : la découverte de traces de minéraux précieux dans des collections de roches a orienté les recherches de terrain, avant d aboutir à une exploitation économique des sites étudiés ; - la médecine : identification des vecteurs de maladies et de plantes vénéneuses. Les collections du MNHN sont souvent utilisées pour déterminer des spécimens de faune et de flore, vecteurs de maladies et/ou de désagréments pour certains malades ; - la conservation et l étude de la vie sauvage : les peaux des spécimens d oiseaux dans des collections ont été utilisées pour distinguer une espèce rare de pétrel d une autre très proche et commune, ce qui a conduit à sa protection. Les collections spécialisées sont généralement ignorées du grand public, mais elles constituent la vraie richesse d un Muséum (Tableau 1). A l Institut Scientifique, ces collections sont d'autant plus précieuses qu'elles contiennent un grand nombre de "types" Géologie Les collections de géologie sont très variées sur les plans qualitatif et quantitatif. Les échantillons qu elles renferment proviennent des différents domaines structuraux du Maroc, comme elles illustrent tous les temps géologiques depuis le Précambrien jusqu à l actuel. Ces collections englobent des échantillons très variés de roches et de minéraux. Elles contiennent également des échantillons relatifs aux matières premières et énergétiques. Elles permettent d illustrer les différentes disciplines des sciences de la terre: la pétrographie magmatique et sédimentaire, la paléontologie animale et végétale, la géologie structurale. Terroir contenant des roches et des minéraux 227

228 Mohamed MOUNA Terroir contenant des fossiles 2.2. Botanique L herbier national unique, incomparable banque de données sur les plantes desséchées. Il représente, plus encore qu une bibliothèque, une source extraordinairement riche et irremplaçable au sens le plus strict et le plus fort de ce terme d informations sur les végétaux : date et localisation exactes de la récolte, caractères de la plante fraîche qui se perdent en herbier (couleur, port, ), description du milieu dans lequel vivait la plante, etc., et ce en plus des commentaires écrits des spécialistes qui étudient un matériel végétal précis. Echantillon de l'herbier qui date de 1933 L herbier est, aussi, un outil de recherche scientifique. Il représente ainsi, par excellence, le lieu des recherches en taxinomie végétale (ou botanique systématique), la base du développement de la génétique et les acquis sur les mécanismes de l évolution. L herbier impose, donc, aux systématiciens contemporains un cadre conceptuel qui stimule leurs recherches. Au plan quantitatif, ces collections renferment environ échantillons. Les nouvelles récoltes, les échanges internationaux et les dons assurent un apport annuel moyen de 500 échantillons. 228

229 Le Muséum National d Histoire Naturelle de l Institut Scientifique Armoire contenant des échantillons de plantes Au plan qualitatif, l herbier conserve de nombreux types. Avec les collections d Afrique du Nord de l herbier de Montpellier, ils sont les plus riches au monde pour cette région Zoologie Les collections spécialisées de zoologie sont très riches et variées. En effet, la faune de divers milieux marocains est représentée : milieu aquatique (eau douce et marine), milieu terrestre (depuis le bord des plages jusqu à la haute montagne et le désert). Ainsi, la majorité des groupes zoologiques y figure (des Cnidaires aux Mammifères). C est la collection la plus complète et la plus riche en Afrique du Nord. Les collections entomologiques spécialisées sont très importantes et contiennent outre la faune marocaine, des exemplaires provenant de différentes localités du monde: boîtes contenant des insectes ; 65 boîtes de préparations entre lames et lamelles d entomologie agricole avec de nombreux types. Une salle de vertébrés avec plus de spécimens de mammifères sauvages, présentés sous forme de peaux ou de crânes, appartenant à 68 espèces autochtones. Boite de collection de papillons 229

230 Mohamed MOUNA La collection des oiseaux est très riche aussi en nombre de spécimens mis en peaux ainsi que des œufs et des nids correspondants. Terroir contenant des spécimens d oiseaux mis en peaux Un ensemble de 34 meubles avec terroirs, contenant des mollusques, des poissons, des échinodermes, des arthropodes Tableau 1 : Quelques chiffres de l inventaire en cours des collections de référence du Muséum National d'histoire Naturelle de l'institut Scientifique* Collection inventoriée Zoologie Botanique Géologie (fossiles, roches, sol) L éducation et la sensibilisation Nombre de spécimens (inventaire en cours) La troisième fonction est d ordre éducatif et particulièrement éthique, dont les aspects sont nombreux. Un aspect important de cette fonction publique est constitué par les expositions d échantillons destinés au public, aux écoliers et aux étudiants en particulier (Tableau 2). En effet, en tant qu une sorte de réserve statique, les expositions du Muséum permettent aux étudiants et aux élèves de mieux illustrer leurs cours théoriques de sciences naturelles. L organisation de visites libres ou encadrées par les chercheurs de l Institut Scientifique a pour but, entre autres, de connaître pour mieux protéger. *Inventaire effectué dans le cadre du projet PROTARS N P3T2/

231 Le Muséum National d Histoire Naturelle de l Institut Scientifique Spécimens exposés au public A côté du grand public, les cadres de l'éducation, les étudiants et les élèves représentent la majorité des utilisateurs des échantillons exposés au Muséum National d'histoire Naturelle. Les étudiants de la Faculté des Sciences de Rabat, de l'institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, de l'ecole Nationale Forestière de Salé et de l'ecole d'agriculture de Meknès viennent souvent pour compléter leurs cours théoriques. Visite encadrée Le but de ces expositions est de faire connaître aux visiteurs les composantes naturelles nationales pour: - une meilleure compréhension des mécanismes qui régissent ces composantes; - une utilisation raisonnée et adéquate pour un développement durable. 231

232 Mohamed MOUNA Ruche active exposée au public Tableau 2 : Nature et nombre d échantillons exposés par le Muséum National d'histoire Naturelle de l'institut Scientifique au public Vertébrés Faune Flore Géologie Invertébrés Oiseaux (249) Crustacés (51) Roches (131) Mammifères (34) Minéraux (75) Reptiles Arachnides (32) et Insectes et Amphibiens (64) (1243) Squelettes (21) Echantillons de la flore vasculaire et Champignons (132) Mollusques et Protochordés (479) Poissons (42) Cœlentérés, échinodermes Fossiles (156) et spongiaires (39) Formations superficielles (22) Nombre total d échantillons exposés: Le Muséum de l'institut Scientifique s'enorgueillit de posséder bon nombre de représentants d'animaux disparus et exposés au public. Nous citerons seulement l'autruche et l'aigle impérial. D'autres animaux sont en voie d'extinction comme l Ibis chauve dont le Maroc abrite la dernière population mondiale. 232

233 Le Muséum National d Histoire Naturelle de l Institut Scientifique Conclusion De nos jours, la vitesse avec laquelle l Homme altère son environnement, n a pas d antécédent dans l histoire de l humanité. A cause de la perte des composantes naturelles, les Muséums acquièrent, de nos jours, une importance capitale du fait qu'ils sont considérés comme des réserves statiques renfermant une grande richesse en ces composantes. En outre, notre responsabilité est grande vis-à-vis des générations futures pour leur bien être et leur formation sur le plan culturel et scientifique. Par conséquent, la préoccupation de sauvegarder les composantes naturelles doit devenir permanente. La participation active devrait intéresser toute la population et notamment les gestionnaires du milieu. Le renforcement de la recherche et de l éducation, en vue d une valorisation de ces composantes pour une utilisation durable et raisonnée, est vivement souhaitable. En assurant les trois fonctions principales, le Muséum National d Histoire Naturelle, à l Institut Scientifique, est bien intégré dans son environnement régional, national et international. Bibliographie NUDDS J. R. et PETTITT C. W. (1997) The Value and Valuation of Natural Science Collections. Proceedings of the Internationl Conference, Manchester, 1995, published by the Geological Society, London, pp

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235 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Quel rôle pour la Diplomatie Académique? Resumen Oumama AOUAD LAHRECH Directrice de l Institut des Etudes Hispano-Lusophones Université MohammedV-Agdal, Rabat En un mundo globalizado e unipolarizado, la diplomacia cultural y académica está en vías de desempeñar un papel relevante en las relaciones internacionales. Sus agentes son múltiples : servicios y centros culturales que dependen de las representaciones diplomáticas, organismos internacionales (UNESCO, ISESCO, ALECSO), así como la sociedad civil a través de sus intelectuales, creadores, artistas y profesores. Recién creado en el seno de la Universidad Mohammd V-Agdal, el Instituto de Estudios Hispano-Lusos, pretende ser «un instrumento de diplomacia cultural y académica», favoreciendo el acercamiento entre Marruecos y los países de habla hispana y portuguesa. Esta diplomacia paralela, complementaria con la diplomacia oficial, presenta entre otras ventajas, la de ser más solidaria- porque compromete a las sociedades civiles- y de tener efectos más duraderos, porque se basa en referentes y valores culturales. Préliminaires Durant l année 2005, et sous la présidence du Pr. Hafid Boutaleb Joutei -Président de l Université Mohammed V-Agdal- le Réseau des Instituts Universitaires de Recherche a réuni les directeurs des établissements membres de ce réseau national. Un rapport de synthèse a été publié et présenté à Monsieur le Ministre de l Education Nationale, de l Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de la Formation des Cadres. Le «Rôle des établissements de recherche dans la diplomatie universitaire» figure parmi les thèmes débattus. Le choix de la thématique de la «diplomatie universitaire», qui est du reste la devise de l Institut des Etudes Hispano-Lusophones de l Université Mohammed V-Agdal, nous a été dicté par la nécessité de mieux faire connaître le Maroc dans la Péninsule ibérique et l Amérique latine. En effet, les pays de cette dernière région ont été une «terra incognita» jusque dans les années 90 du siècle passé. Les premiers échanges culturels et académiques avec les pays hispanophones et lusophones ont mis en évidence le rôle que peut jouer la culture dans le rapprochement avec des pays, voisins ou lointains géographiquement, tels que ceux de l Amérique latine, qui était alors une espèce de continent noir pour nombre de Marocains, et qui est devenue aujourd hui un horizon culturel, politique voire économique incontournable. Car, il n est nullement besoin de parler de politique pour mieux faire connaître son pays et pouvoir y rallier des sympathisants. 235

236 Oumama AOUAD LAHRECH C est au sein de l Université Mohammed v-agdal, et particulièrement à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, que se sont tissés des liens très solides avec des intellectuels, des écrivains, des universitaires, des acteurs du monde culturel des pays ibériques et ibéro-américains. Certains d entre eux ont pris part à des conférences, des colloques et des séminaires organisés ici et là. Ces mêmes intellectuels, écrivains, professeurs ont œuvré à mieux faire connaître le Maroc dans leurs pays respectifs, et sont devenus pour certains des relais de nos diplomates, des ambassadeurs en quelque sorte du Maroc. 1. Les enjeux de la diplomatie culturelle dans un monde globalisé 1.1. Vers une diplomatie multidimensionnelle En effet à partir des dernières décennies du XXe siècle, en raison essentiellement de la chute de l Empire Soviétique, le monde est gagné par un phénomène de globalisation galopante. Il s en est suivi, pour le meilleur et pour le pire, une accélération des rythmes et des mouvements de contacts entre les peuples et les individus, ainsi que l émergence d une volonté de puissance hégémonique et unilatérale. Dans les luttes d influence et de pouvoir entre les nations, la diplomatie devient multidimensionnelle. Elle prend des formes nouvelles et s adjoint des activités de soutien qui permettent aux pays et aux cultures une mise en œuvre d une présence au monde, au sein de l espace public international. La large commercialisation des produits culturels américains et la diffusion de la langue anglaise contribuent à une certaine uniformisation des pratiques culturelles dans le monde et mettent en péril la pluralité culturelle et linguistique. La défense des spécificités propres contraint certains pays et aires culturelles à élaborer une politique de protection de la diversité culturelle. Tel est le cas de la francophonie et de la politique de «l exception culturelle française» qui vise à protéger la production nationale contre l invasion d autres produits, souvent plus faciles à commercialiser. Le Congrès International de la Langue Espagnole instauré depuis 1997 ( il en est à sa quatrième édition) peut être considéré également comme un besoin d affirmer le poids universel de la langue espagnole. Il en va de même avec la lusophonie réunie autour de la Communauté des Pays de Langue Portugaise (CPLP), créée en Celle-ci se considère comme un ensemble linguistique, un espace économique et une organisation politique et culturelle regroupant des pays d Europe, d Afrique, d Amérique et d Asie. Au regard du poids des politiques culturelles à l échelle internationale, la diplomatie culturelle, discipline émergente et prometteuse en termes de relations internationales des Etats, est en passe de devenir une question centrale dans les relations internationales. A enjeux nouveaux, acteurs nouveaux. Quels sont les acteurs de ces nouvelles 236

237 Quel rôle pour la Diplomatie Académique? relations d échange et de communication, par le biais de la culture, des valeurs et des idées? 1.2. Les multiples acteurs de la diplomatie culturelle En complémentarité avec le travail effectué au sein des représentations diplomatiques, par le biais de leurs services culturels, la création de centres et d instituts culturels vise à renforcer la présence culturelle des pays, et à promouvoir le rayonnement international de leur culture, voire de leur langue. Nombre d organismes internationaux, dont l émergence est liée à la fin de la guerre froide, ont une forte composante, voire une vocation, culturelle et sont destinés à la défense et à la protection de la diversité culturelle. L adhésion des pays aux organismes tels que l UNESCO, ou ses équivalents musulman et arabe par exemple -l ISESCO, Organisation Islamique pour l Education, les Sciences et la Culture, ainsi que l ALECSO, Organisation Arabe pour l Education, la Culture et les Sciences - est un moyen de donner de la visibilité aux identités symboliques et collectives. Ces organismes témoignent de l importance croissante qu acquièrent les questions liées à la culture au sein des relations internationales. La société civile n est pas en reste ; elle peut être considérée comme un acteur important dans la sauvegarde des identités culturelles. La contribution citoyenne s effectue à travers les ONG, les productions et manifestations culturelles et artistiques, au sein des festivals, des rencontres, des congrès internationaux etc. Les artistes, écrivains, intellectuels, simples acteurs de la société civile, pratiquent ainsi une diplomatie citoyenne active, parfois même sans le savoir. La diplomatie académique est ainsi appelée à jouer un rôle déterminant au sein de cette dynamique citoyenne de complémentarité, et de soutien à la diplomatie officielle. Qu en est-il pour le Maroc? 2. La diplomatie académique : quelle stratégie nationale? L image d un pays se mesure également à l aune de la projection internationale de ses institutions universitaires, de son capital humain et de la diffusion de son savoir. C est dans cet esprit et dans le souci de leur ouverture à l environnement national et international que l une des missions dévolues aux institutions marocaines de l Enseignement Supérieur est «la valorisation du patrimoine culturel marocain et le rayonnement de ses valeurs ancestrales» (Article 1er de la Loi portant organisation de l enseignement supérieur). L élaboration d une stratégie nationale devrait prendre en compte et associer tous les acteurs et intervenants : les diplomates de carrière, les intellectuels, la société civile et les organismes internationaux. Pour cela on peut avoir recours aux moyens suivants : - La re-dynamisation des accords culturels et scientifiques bilatéraux ; 237

238 Oumama AOUAD LAHRECH - L étroite collaboration avec les différentes directions du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération, notamment la Direction de la Coopération Scientifique et Culturelle, les Directions Afrique, Europe et Amérique ; - La multiplication des réseaux inter-universitaires et les programmes d échanges et de bourses (afin notamment d accueillir les étudiants étrangers) ; - La promotion de la visibilité du potentiel humain, par l incitation à la recherche, aux publications internationales, à la participation aux conférences internationales, aux programmes de coopération internationale etc., et aux prix internationaux. Ce sont là des attributions qui incombent en grande partie au Centre National de la Recherche Scientifique et Technique qui est appelé à jouer un rôle décisif dans le rayonnement de la recherche et du savoir à l échelle nationale et internationale. Quelques propositions concrètes peuvent être suggérées : - L élaboration de programmes de séminaires, de formations et de recherche en relations internationales sur la thématique de la diplomatie culturelle et académique ; - L octroi de doctorats honoris causa à de prestigieux intellectuels et personnalités du monde politique, économique, culturel et social. Cette pratique, récemment initiée au Maroc par l Université Mohammed V-Agdal, est très porteuse en termes de prestige international, pour l institution universitaire qui l octroie, et de rapprochement avec le pays dont est issue la personnalité consacrée ; - L association et l implication des professeurs-chercheurs dans les activités et les programmes de conférences, séminaires et autres élaborés par les ambassades marocaines à l étranger, et les ambassades étrangères au Maroc. En capitalisant les acquis et en optimisant les ressources humaines et financières, l espace universitaire s offre ainsi comme le cadre idoine de participation à la connaissance et à la recherche, et de diffusion du savoir à l échelle nationale, régionale et internationale. Par les missions qui lui sont dévolues et grâce à son ouverture sur l environnement socioéconomique, l université est à même de servir de levier au développement et au renforcement des relations culturelles entre les nombreux pays concernés, ce qui est un atout de taille dans un monde en processus de globalisation accélérée. Il permet de restituer au Maroc la place qu il mérite sur l échiquier culturel international. 3. Outils de la diplomatie académique : le cas de l Institut des Etudes Hispano-Lusophones Créé par Dahir Royal en 2002, au sein de l Université Mohammed V-Agdal, et mis en fonction durant l année 2005, l IEHL est conçu pour être un espace de recherche nationale, mais aussi «un instrument de diplomatie culturelle et universitaire». Il offre ainsi un nouveau souffle pour la coopération culturelle et universitaire. Sa vocation se décline en trois fonctions principales : 238

239 Quel rôle pour la Diplomatie Académique? 3.1. Une fenêtre sur le monde lusophone et hispanophone L IEHL s attache à l étude et la recherche des différents aspects des cultures et civilisations des pays de langues espagnole et lusophone, langues universelles en pleine expansion et qui sont parlées notamment dans les continents américain, européen et africain. L espagnol est la 3ème langue parlée dans le monde, avec plus de 400 millions de personnes. La langue portugaise compte 200 millions de locuteurs environ. Par le biais des rencontres, des publications et des traductions, l IEHL aspire a contribuer à la diffusion de la culture et la civilisation marocaines dans les pays précités Promouvoir une culture et une histoire communes Au regard des liens historiques et culturels séculaires qui unissent le Maroc à ces pays, grâce notamment à l héritage arabo-andalou porté par les conquistadors portugais et espagnols jusqu en Amérique ibérique, l intérêt est centré sur la connaissance et la revalorisation de ce patrimoine historique et culturel commun qui peut constituer un support à tout type de coopération Œuvrer au rapprochement avec les pays de cette aire linguistique L IEHL constitue donc une plate-forme idéale pour une coopération fructueuse avec ces pays. Au regard de l importance croissante de la coopération sud-sud, le Maroc peut prétendre légitimement jouer le rôle de tête de pont entre le Maghreb et le monde arabe, d une part, et la péninsule ibérique et le continent ibéro-américain, d autre part. C est dans cet esprit que les membres de l équipe pluridisciplinaire de l IEHL s attachent à appliquer une diplomatie universitaire active sur la base d accords de coopération avec des institutions nationales et internationales, et par le biais d intégration dans des réseaux universitaires ou à caractère universitaire. A titre d exemple, le réseau de la Fondation Anna Lindh, et le Forum Permanent des Universités Euro- Méditerranéennes, récemment créé et dans lequel l Université Mohammed V-Agdal joue un rôle actif en tant que membre fondateur. D importantes activités ont déjà été réalisées au Maroc et à l étranger (conférences, séminaires, publications etc.), et d autres sont en cours de réalisation, en collaboration avec les institutions universitaires et non universitaires du monde ibérique et ibéroaméricain, les universités marocaines et les autres instituts de recherche, les différentes ambassades accréditées au Maroc des pays hispanophones et lusophones, la Direction de la Coopération Culturelle et Scientifique du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération, le Comité Averroes, etc. L Institut se dote d un fonds bibliothécaire et d une base de données sur le monde hispano-lusophone et d une revue pluridisciplinaire et plurilingue à diffusion nationale et internationale. 239

240 Oumama AOUAD LAHRECH C est ainsi que le rôle du Maroc comme pays tête de pont entre le monde arabe et l Afrique, d une part et le monde ibérique et ibéro-américain d autre part, est légitimé par les derniers développements politiques d ordre régional et international. Citons l importante visite royale effectuée dans plusieurs pays d Amérique latine en 2004, et le sommet de Brasilia en mai A l issue de ce dernier qui a réuni les chefs d état arabes et sud-américains, il a été décidé selon la Déclaration de Brasilia que le deuxième sommet se tiendra au Maroc en Conclusion Les relations culturelles et universitaires sont un vecteur d influence non négligeable. Les atouts de la diplomatie culturelle et académique sont nombreux et importants. Celleci constitue une importante contribution au rayonnement du pays. Basée sur une approche solidaire entre les pays et les peuples, par le biais de la promotion de valeurs et de référents culturels communs, elle permet un rapprochement des sociétés civiles. Les acteurs de cette diplomatie parallèle sont en quelque sorte des médiateurs culturels, des passeurs de frontières et des briseurs de barrières. En effet, le meilleur remède pour contrecarrer les effets des crispations identitaires et culturelles passe par une meilleure connaissance et la reconnaissance des autres et de l Autre. Pour toutes ces raisons, les résultats et les effets de la diplomatie culturelle s inscrivent dans la durée et permettent une approche préventive de graves crises diplomatiques. Mais on ne peut oublier les défis affrontés par les différentes politiques de diplomatie culturelle et universitaire, en raison notamment de la compétitivité internationale dans le domaine du savoir, de la recherche et de la production culturelle et artistique, et en raison également de la difficulté à faire sortir les universités et les universitaires de leur tendance endogame. Tout se joue dans la capacité de savoir communiquer une image comme moyen d affirmer son identité sur la scène internationale. N est-ce pas là en somme, une réponse à la mondialisation? 240

241 Article de spécialités

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243 Prospectives Universitaires, n 1, 2008, pp Abstract Place de la Catalyse Hétérogène dans la Chimie Mahfoud ZIYAD* Vice Doyen chargé de la Recherche Scientifique, Faculté des Sciences, Université MohammedV-Agdal, Rabat Kinetics is nature s way of preventing Everything from happening all at once S. E. LeBlanc The heterogeneous catalysis is a relatively young science despite the numerous applications it already has in the chemical industry and the turnovers that it generates. Up today it doesn't have a general theory that can explain in a satisfactory manner all the phenomena involved in the modifications of the surface. Catalysis is also at the crossroads of several disciplines that concern organic chemistry as well as physics of solid state. The present paper will be devoted essentially to show that the catalysis, as many other sciences, increased its impact on the society with the beginning of the industrialization at the 19th century. The big discoveries like ammonia synthesis by the German chemists Fritz Haber and Carl Bosch, the catalytic cracking and the synthesis of margarine confirmed the place of the catalysis in the industrial processes. Today catalysis represents 95% of these processes and a business of around 2.5 to 3 billions of dollars per year with a growth of about 5%. In addition to the major industrial syntheses, catalysis is also active in various domains such as biology and electrochemistry. Catalysis is a dynamic process. It is often accompanied with deep modifications of the surface on which the studied reaction takes place. These modifications are intimately related to the conditions in which they are observed. The example of the Pt- Sn alloy is from that point of view important. These modifications can give rise to instabilities of the catalytic activity and temperature of reaction. As an example of existence of these instabilities, the oxidization of the propylene in acrolein on supported or unsupported metallic silver was studied and it was shown that it can lead to oscillations of the rate of the reaction and the temperature of the catalytic bed. * Vice Doyen chargé de la Recherche Scientifique. Membre correspondant de l'académie des Sciences et Techniques Hassan II. Responsable du Laboratoire de Physico-chimie des Matériaux et Catalyse, Faculté des Sciences, Université Mohammed V - Agdal, Avenue Ibn Battouta, Rabat, Maroc. 243

244 Mahfoud ZIYAD Another goal of this article is to show that in catalysis the couple catalyst-reactants are thoroughly related in the global process. The solid often behaves in order to give the best activity. During the oscillations the achieved conversion is way more important than at the stationary state. The electronic microscope observations of the active surface while it is submitted to a reaction mixture showed a parallelism between the periodic restructuration of the surface of the metal and the dynamic behavior of the rate of the reaction. 1. Historique C est le Baron Jöns Jacob Berzelius ( ), chimiste suédois, qui a introduit en 1836 le terme catalyse dans la science. Ce phénomène était cependant déjà bien connu avant lui. Berzelius a aussi inventé les mots polymérisation, électropositif et électronégatif. Il a également découvert le sélénium (1828), le silicium (1832) et le titane (1825). Sans remonter jusqu à la production fortuite du savon par les Mésopotamiens, on peut citer à titre d exemple de processus catalytique l hydrolyse de l amidon en dextrine puis en glucose, par Parmentier en 1781, en utilisant des acides minéraux. Un autre exemple très utile est celui de la combustion de l hydrogène en présence de platine divisé effectuée par Dobereiner (1822). C est le premier exemple de catalyse hétérogène gaz/métal: le catalyseur et les réactifs n évoluent pas dans la même phase. Un autre exemple intéressant est celui de la production d acide sulfurique au moyen âge. Il était évidemment synthétisé en faibles quantités dans des récipients en verre en brûlant du soufre avec de l acide nitrique en présence d air humide. En 1746 le plomb était introduit comme matériau de construction des chambres réactionnelles et la production de grandes quantités de cet acide devint alors possible. En 1793 Clément et Desormes ont montré que la quantité de nitre (forme de salpêtre KNO3) utilisée pouvait être réduite en introduisant plus d air dans le réacteur. Ils étaient conscients que les vapeurs nitreuses ne sont qu un intermédiaire et que l agent oxydant est l oxygène de l air. Le nitre dans le procédé utilisé alors est ce qu on appellerait aujourd hui un catalyseur. En 1834 Faraday a suggéré comme interprétation aux phénomènes observés une adsorption simultanément des réactifs sur la surface du catalyseur, mais ni lui ni Berzélius n ont réellement donné une explication satisfaisante des processus catalytiques. C est Ostwald qui le premier a fourni la définition qui dit que la présence d un catalyseur dans le milieu réactionnel n influence pas l équilibre thermodynamique mais plutôt la vitesse des réactions en jeu. La catalyse est une action cinétique et non thermodynamique. Ce n est cependant qu au début du siècle dernier qu on a assisté à l étude systématique des réactions catalytiques par Sabatier (1897) et Ipatieff (1901). Les premières grandes applications industrielles ont eu lieu à cette même époque. Citons à titre d exemple la synthèse d anhydride sulfurique par Kuhlmann (1838) et la synthèse d ammoniac en présence d un catalyseur à base de fer par Fritz Haber en Fritz 244

245 Place de la Catalyse Hétérogène dans la Chimie Haber était à la tête du service allemand des armes chimiques pendant la première guerre mondiale. Il a obtenu le prix Nobel de chimie en Aujourd hui la catalyse est une branche de la cinétique chimique. Cependant, contrairement à la catalyse homogène, l hétérogène fait beaucoup appel à la chimie de l état solide et mérite de ce fait un traitement particulier. L histoire de la catalyse telle qu elle s est développée au cours du temps est résumée dans le tableau 1 suivant 1. Il est à signaler qu aujourd hui il existe plusieurs types de catalyses très spécialisées telles que la biocatalyse, la photocatalyse ou l électrocatalyse qui se sont imposées comme des branches à part entière. Pour être convaincu de la nécessité du développement de ces différentes sous-divisions il suffit d évoquer par exemple les processus particuliers de la biocatalyse qui font appel à des réactions qui relèvent du domaine très spécialisé du vivant et qui requière des connaissances particulières. Tableau1: Chronologie du développement des principaux procédés industriels L année Le procédé Le catalyseur 1746 Synthèse de H 2 SO 4 dans des chambres de plomb NO/NO Oxydation de SO 2 Pt 1880 Procédé de Deacon. Fabrication de Cl 2 à partir de HCl ZnCl 2 /CuCl Synthèse du méthane à partir du gaz de synthèse Ni 1910 Synthèse de l ammoniac. Procédé (Haber-Bosch) Fe/K 1920 Synthèse Fischer-Tropsch Fe/Co 1930 Cracking catalytique (Procédé Houdry) Argile 1940 Reformage catalytique (Essence) Pt 1960 Oxydation du butène en anhydride maléique Oxyde de V et P 1970 Synthèse du méthanol à basse pression (ICI) Oxydes Cu-Zn-Al 1980 Synthèse de Diesel à partir du gaz de synthèse (CO + H 2 ) Co Malgré toutes ces années d histoire et de recherche, la communauté scientifique est loin d avoir percé le secret de la catalyse. D ailleurs peut-on un jour espérer donner une réponse simple à la question pourquoi un catalyseur X a le pouvoir de transformer à grande vitesse le réactif A en B? Ou plus simplement pourquoi une molécule A serait-elle plus réactive vis-à-vis de la molécule B que d une autre B? Quelle est la cause de cette spécificité? Nous avons construit pour répondre à cette question, qui pourtant semble élémentaire, des branches de science très complexes telles que la chimie inorganique, la chimie organique, la biochimie, les mécanismes des réactions ioniques, la chimie 1 VAN SANTEN R.A.,et Alii. (1999). 245

246 Mahfoud ZIYAD quantique, les modèles d orbitales moléculaires, la théorie du champ de ligand... Nous sommes (ou nous paraissons) presque satisfaits de toutes ces constructions théoriques et en particulier celle de chimie quantique dont la difficulté est telle qu elle n est applicable que dans des cas simples. C est pour toutes ces raisons qu on dit que la catalyse est encore un art. Nous avons tendance à qualifier ce que nous ne comprenons pas ou que nous n arrivons pas à modéliser de subjectif. Probablement que la présence du catalyseur X fait appel à des phénomènes particuliers différents du problème de la réactivité de A avec B ou B L ajout du catalyseur au milieu réactionnel introduit une possibilité de combinaison des réactifs qui accroît la complexité du système. 2. Définition du catalyseur Bien que le terme de catalyse soit passé dans le langage courant, Il n est pas facile de donner une définition précise et générale du catalyseur. Ostwald en 1912, comme nous l avons signalé précédemment, en a donné la définition suivante : c est une substance qui modifie la vitesse d une réaction chimique sans apparaître dans les produits finaux. Nous savons aujourd hui que cette définition est incomplète et approximative, mais elle présente l avantage de confirmer la non participation de la thermodynamique à la réaction catalytique étudiée. La catalyse est un processus cinétique. En plus les catalyseurs subissent des modifications parfois profondes au cours de la réaction. Ces transformations sont de deux types. Celles qui sont annexes à la réaction et souvent néfastes à son activité comme l empoisonnement par des produits carbonés ou le frittage qui diminue la surface du catalyseur. Il y a aussi les transformations qui sont inhérentes à la nature du solide et qui sont souvent bénéfiques à son activité. Il s agit de modifications produites par le mélange réactionnel et qui changent profondément la structure superficielle du solide. Il y a création de sites actifs grâce à la formation de dislocations, de défauts ponctuels et de restructurations de la surface La définition précédente suscite également des remarques qui incitent à décrire les caractéristiques essentielles des catalyseurs: Un catalyseur peut être formé d une seule phase ou d un assemblage parfois complexe de plusieurs constituants. Le plus souvent un catalyseur a deux effets distincts sur la réaction: un effet accélérateur et un effet orienteur. Ce caractère sélectif des catalyseurs peut être illustré par les deux réactions suivantes: HCOOH Al 2 O3 CO + H 2 O L alumine (Al 2 O 3 ) favorise la déshydratation (production d eau) HCOOH ZnO H 2 + CO 2 L oxyde de zinc favorise la déshydrogénation (production d hydrogène). Il est sélectif en déshydrogénation. Au départ, la décomposition d acide formique pouvait évoluer dans plusieurs directions 246

247 Place de la Catalyse Hétérogène dans la Chimie thermodynamiquement possibles, c est la présence du catalyseur qui détermine l orientation préférentielle que prend la réaction. La réaction catalytique se déroule sur les sites actifs de la surface. Par conséquent il est naturel que d un solide à l autre les résultats ne soient pas forcément les mêmes. La catalyse est un processus cyclique. Imaginons que la surface solide considérée comporte un seul type de sites actifs S sur lesquels se développe la réaction relativement complexe suivante: A + B k C (de constante cinétique k). Le mécanisme de cette réaction s écrirait: A + S (A-S) ads Etape d adsorption de A B + S (B-S) ads Etape d adsorption de B (A-S) ads + (B-S) ads (C-S) ads + S Réaction superficielle (C-S) ads C +S Désorption du produit C Cet ensemble de réactions va se répéter de manière cyclique jusqu au moment où le catalyseur par un processus quelconque perd son activité. On évoque alors pour traduire cette perte d efficacité un empoisonnement du catalyseur par suite de réactions secondaires généralement lentes qui se produisent à sa surface. Ces réactions sont annexes et dissociables du processus catalytique. S + Poison Site inactif Un catalyseur a donc une durée de vie limitée. Les mécanismes de cet empoissonnement sont soit: o d ordre physique tel que le frittage qui correspond à une perte de surface du solide sous l effet de la température. Comme la vitesse de la réaction est souvent fonction de l étendue de la surface sur laquelle elle se déroule, cette perte se traduit par une chute des performances du catalyseur. o Ou d ordre chimique. Il s accumule sur les sites actifs des résidus carbonés qui les bloquent. Dans ce cas on procède souvent à la régénération de l activité du catalyseur par un traitement thermique oxydant, qui permet de bruler les produits qui se sont accumulés sur les sites actifs. 247

248 Mahfoud ZIYAD La figure 1 suivante (adsorption de C 2 H 6 sur Pt) illustre toute la complexité des phénomènes catalytiques et montre bien qu il existe une complicité entre le catalyseur et le réactif. Les forces et les liaisons mises en jeu restent secrètes et rien ne permet de prévoir comment elles vont se développer ou se briser. Figure 1: Mode d adsorption de l éthane sur le platine. Cette adsorption de l éthane n est probablement pas optimisée si nous ambitionnons de le déshydrogéner pour obtenir un alcène. D autres études ont d ailleurs établi qu il est nécessaire que C 2 H 6 soit ancré sur deux sites de l adsorbant par l intermédiaire de deux atomes d hydrogène séparés par une distance adéquate La catalyse et ses challenges La catalyse occupe une place importante dans les processus industriels. Elle intervient dans 95% des procédés industriels. La pétrochimie rassemble environ 60% de ces procédés. Il est également important de savoir qu un catalyseur produit environ 300 à 2000 fois sa propre valeur marchande. Les catalyseurs sont utilisés en faible quantité comparée à celle des réactifs qu ils transforment. Ils ont souvent des temps d utilisation qui dépassent la dizaine d années. La catalyse représente un commerce qui met en jeu des sommes énormes: le marché mondial des catalyseurs hétérogènes est de l ordre de 2,5 à 3 milliards de dollars avec une croissance annuelle d environ 5%. Parmi les challenges de la catalyse d aujourd hui on peut citer: 2 AADDANE et Alii (2001), p

249 Mahfoud ZIYAD La recherche de catalyseurs multifonctionnels capables de transformer les réactions qui s effectuent en plusieurs étapes en réactions qui se font une seule étape 3 (gain de temps et baisse des coûts: exemple de la synthèse du méthyle isobutyle cétone (MIBK) en une seule étape). La réalisation des transformations irréalisables (Action sur la thermodynamique et/ou la cinétique). Il s agit de modifier le milieu réactionnel par des ajouts adéquats de façon à ce que la réaction qui était thermodynamiquement difficile soit faisable. Exemple: ajouts d oxygène dans les déshydrogénations d alcanes légers 4. L activation des molécules inertes (Transformation des alcanes légers en alcènes ou en composés oxydés ). Ces transformations passent souvent par des réactions d oxydation qui requièrent des conditions opératoires assez sévères et des catalyseurs spécifiques. Il n existe pas encore d exemple de mise en œuvre industrielle de ces réactions mis à part le cas de la production de gaz de synthèse (CO + H 2 ) qui permet de fabriquer des hydrocarbures (Usine en Afrique du Sud). La stéréosélectivité de la transformation (Induction asymétrique). C est la synthèse en présence d un catalyseur adéquat de la même molécule mais avec des orientations spatiales d atomes différentes. La stéréosélectivité est importante car les récepteurs de ces molécules peuvent discriminer entre elles et présenter des activités différentes. 4. Les théories de la catalyse Comprendre comment un solide intervient dans une réaction donnée a été et demeure de nos jours un problème entier. Plusieurs théories ont déjà été proposées mais aucune n est réellement générale. Sabatier a montré que par exemple l activité du nickel divisé dans la catalyse de l hydrogénation met probablement en jeu la formation d hydrure de nickel 5. Depuis le rôle d un facteur chimique a été reconnu important dans ce type de réaction. Cette étude a donné lieu au principe de Sabatier qui a été dégagé en étudiant la décomposition de l acide formique sur divers métaux. La courbe obtenue connue sous le nom de Volcan de Sabatier (Figure 2) est une corrélation entre la température à laquelle n importe quel métal atteint une vitesse spécifique donnée de transformation de HCOOH et le H f du formiate du métal correspondant. Ce H f renseigne sur la stabilité de la liaison qui s établit entre l acide formique et le métal. Elle ne doit être ni trop forte car dans ce cas il n y aura pas désorption de produits ni trop faible parce que l adsorbat ne subira pas alors de transformation. Plus tard H. S. Taylor (1925) 6, A. A. Balandin (Théorie des multiplets) 7 et Beeck (1950) 8 ont montré que l intervention des propriétés géométriques et structurales du 3 CHEIKHI N., et Alii (2005), 2004), (2004), p ELKABOUSS K. et Alii (2004), p SABATIER P. (1920). 6 TAYLOR H. S. (1928), p BALANDIN A. A. (1969), p.1. 8 BEEK (1960). 249

250 Mahfoud ZIYAD solide considéré dans l acte catalytique sont importantes. D après ces chercheurs l activité d un solide dépend étroitement de l espacement et de la disposition des atomes à sa surface. Il nécessaire que les sites d adsorption présentent une géométrie capable d accommoder l adsorption du réactif surtout lorsqu il s agit d adsorption pontée. C est d ailleurs H. S. Taylor qui le premier a introduit la notion de site actif en catalyse (1928). A titre d illustration de cette intervention de géométrie superficielle du catalyseur nous allons examiner la structure de l oxyde de cuivre Cu 2 O et montrer pourquoi il présente une activité vis-à-vis de CO alors que NiO par exemple n échange son oxygène avec CO? La différence entre ces deux oxydes réside dans la structure de leur surface qui est différente. Cu 2 O est un cristal cubique d arrête égale à a = 4,28 Å. La configuration de sa structure superficielle est relativement rare. A l exception de l oxyde d argent, Cu 2 O est unique parmi les oxydes parce qu il présente une maille dont les diagonales sont occupées par les anions de coordination tétraédrique. Le plan (001) présente alternativement soit des rangées d oxygènes soit des rangées d ions cuivreux. Il en est de même pour le plan (111). Des plans comportant l oxygène et le cuivre n apparaissent jamais 9. La figure 3 suivante schématise la configuration de la surface de cet oxyde: 9 STONE F. E. (1962), p

251 Place de la Catalyse Hétérogène dans la Chimie Représente les atomes d oxygène, Représente les atomes de cuivre (Dans cette représentation tous les atomes ne sont pas dans le plan de la feuille. Les atomes portant le même chiffre sont dans le même plan. Les atomes marqués 2 sont dans le plan de la feuille ceux marqués 1 sont sur un plan à 1,07 Å au dessus et ceux marqués 3 dans un plan à 1,07 Å en dessous). Cette structure particulière de Cu 2 O a l avantage de présenter des atomes d oxygène qui sont facilement accessibles à CO. C est pour cette raison qu il échange aisément son oxygène. La structure de NiO est du type rhomboédrique légèrement distordue. Elle ne présente pas de configuration favorable à un échange d oxygène sur le plan (001) comme dans le cas Cu 2 O. M. Boudart et Beeck en approfondissant l étude des paramètres géométriques ont introduit la nécessité de tenir compte des propriétés électroniques et depuis 1948 Dowden et al. ont proposé une classification des catalyseurs selon la mobilité de leurs électrons en conducteur, semi-conducteur et isolant. Les conducteurs ce sont les métaux (Pt, Pd, Cu, Fe, Co, Ni ). Ils présentent la propriété de chimisorber les réactifs par transfert d électrons. Les métaux sont rarement utilisés sans être déposés sur des supports dispersants de manière à en accroitre la surface métallique accessible. Il se développe alors entre les particules métalliques et le support des interactions qui modifient les propriétés du métal. Les semis conducteurs sont des oxydes tels que NiO, Cu 2 O, ZnO Ces matériaux présentent la possibilité d échanger leurs électrons des bandes de valence quand on leur fournit de l énergie. Après le transfert d électron le matériau semi-conducteur devient conducteur. 251

252 Mahfoud ZIYAD Les catalyseurs isolants constituent une large gamme de matériaux: gel de silice, alumine, silice-alumine Même à haute température ces matériaux ne présentent aucune mobilité électronique. Leur activité dans les réactions qu ils catalysent est probablement due à des carbocations qui se forment sur leur surface pendant l adsorption du réactif. Ce type de catalyseur est aussi désigné par acide solide à cause de l acidité de leur surface. Ces propriétés acido-basiques peuvent être quantifiées grâce à des techniques d étude de surface telle que l I.R. qui fournit de précieuses informations sur les intermédiaires réactionnels impliqués dans les étapes élémentaires de la cinétique. La plupart de ces solides sont acides. Les catalyseurs à caractère basique sont plus rares. 5. Variabilité des catalyseurs Les catalyseurs subissent au cours de leur utilisation des transformations qui sont indépendantes de tous les processus précédemment évoqués. Il s agit de transformations qui touchent la structure du solide tout au moins en surface. A cet effet, il est instructif de rappeler l expérience effectuée par I. Langmuir en 1921: la synthèse de l'eau sur du platine 10. Elle consiste à mettre une surface propre et plane de platine dans un mélange constitué d hydrogène et d oxygène. On constate que la synthèse de l eau ne débute que si le platine est fortement chauffé. Mais lorsque la réaction a lieu on peut baisser la température jusqu à l ambiante, le catalyseur continuera sa production d eau. Il a probablement subi à haute température des modifications qui lui permettent de garder une activité même à l ambiante. La conclusion de cette expérience est que la réaction qui se développe à la surface du métal crée des conditions particulières qui favorisent l'apparition de dislocations, de défauts et d'arrangements structuraux qui aboutissent à l'augmentation du nombre de centres actifs (Ces observations ont été corroborées par des examens directs des surfaces par des techniques d observation modernes). La réaction catalytique en se développant à haute température modifie la surface du platine et provoque des restructurations favorables à l activité même à basse température. Le catalyseur s'adapte autant que possible au milieu réactionnel. A cet effet Langmuir avait écrit: In a surface of crystalline platinum, where the atoms are presumably arranged in a definitive surface lattice, the distances between adsorbed atoms which occupy adjacent spaces is probably a nearly fixed quantity, and in general it is unlikely that this fortuitous spacing is the best adapted to the interaction between the adsorbed molecules. When the surface atoms have been pushed around and made to assume new positions arranged more or less at random, the distances between adjacent absorbed molecules vary over a wide range, and some of these distances will be exactly right for the reaction to occur at highest possible speed. The surface thus becomes composite, and there is then a relatively small fraction of the surface at which the reaction occurs with extreme rapidity, while over the larger part of the surface it takes place at a very slow rate. 10 LANGMUIR I.(1921), pp. 607 et

253 Place de la Catalyse Hétérogène dans la Chimie Les modifications structurales observées dans le cas de l expérience de Langmuir sont bénéfiques à l'activité. Cette variabilité des catalyseurs est une conséquence des interactions qu ils subissent de la part du milieu dans lequel ils évoluent. L'exemple du comportement de l'alliage Pt- Sn dans une ambiance donnée est important de ce point de vue. On sait qu'il subit des variations de composition en surface en Pt ou en Sn (ségrégation) selon la constitution du mélange réactionnel. Ces variations s'effectuent dans le sens qui minimise l'énergie de surface. Dans le vide l'alliage s'enrichira en l'élément qui présente la chaleur de sublimation la plus faible (c'est-à-dire Sn). Par contre dans un milieu réactionnel c'est l'élément qui produit l'énergie de chimisorption la plus élevée qui diffusera vers la surface. Ainsi en présence de CO la surface s'enrichit en Pt. Dans les deux cas la surface finit par atteindre un état stationnaire défini par les conditions expérimentales. Son activité superficielle suivra la même évolution. Ces modifications des surfaces catalytiques peuvent aller jusqu à des instabilités de structure qui peuvent évidemment se répercuter sur l activité du solide. Ainsi lorsqu on place un métal tel que le cuivre en présence d oxygène à une température donnée, il va s oxyder selon une réaction du type: M + 1/2O2 MO (1) Au contact d un réducteur (qui pourrait être un composé organique R) cet oxyde va se réduire. R extrait un oxygène de son réseau cristallin. MO + R M + RO (2) Ces deux réactions (1 et 2) sont connues sous le nom de mécanisme de Mars et van Krevelen 11 qui est souvent utilisé pour interpréter les réactions de déshydrogénation oxydante sur les métaux de transition. Si au lieu de séparer les deux réactions nous placions le métal M dans un mélange réactionnel contenant aussi bien de l oxygène que le réducteur R, le métal va subir l action simultanée de l oxydant et du réducteur. Deux cas de figure sont possibles: Soit que la réaction se déroule dans un réacteur fermé et alors l état final du métal dépendra de la composition du mélange réactionnel. S il est à caractère oxydant le métal sera sous forme d oxyde. C est le réactif majoritaire qui détermine l état final. Soit que la réaction est effectuée dans un réacteur à flux continu, et la situation est alors beaucoup plus complexe. Le solide sera soumis à une compétition entre la cinétique d oxydation et celle de réduction de sa surface. Il n est, dans ces conditions, pas exclu qu il ne puisse pas s établir de véritable état stationnaire. Il est probable qu une multitude d états stationnaires puisse exister 11 MARS P. and VAN KREVELEN D. W. (1954), p

254 Mahfoud ZIYAD pour une même composition du mélange réactionnel et que cela induise un régime oscillant qui peut être périodique ou même chaotique 12. De telles instabilités ont été observées expérimentalement lorsqu on met de l argent métallique en présence d un mélange réactionnel constitué de propylène et d un excès d oxygène. Il s établit un régime oscillant dont l allure dépend de la température, de la composition du mélange réactionnel, de la taille des particules d argent et des prétraitements que Ag a subi 13. A ces paramètres que l expérimentateur peut contrôler, il s ajoute d autres variables qui ne sont pas directement accessibles et qui sont souvent appelées les paramètres cachés. Il est à signaler que du point de vue cinétique ces processus oscillants peuvent résulter de l existence dans le mécanisme réactionnel d une étape autocatalytique ou d un couplage entre les bilans de masse et de chaleur 14. Il est cependant difficile d établir clairement l origine chimique des ces phénomènes car il subsiste encore un manque de résultats expérimentaux. Les figures 4 et 5 suivantes représentent un exemple d oscillations observées dans des études effectuées dans notre laboratoire sur Ag: Figure 4: Régime périodique en température (a) et en activité (b) dans la réaction d oxydation du propylène sur de l argent métallique (RAC = vitesse de production de l acroléine, RCO 2 = vitesse de production de CO 2 ). 12 SHEINTUCH M. and SCHMITZ R. A. (1977), p ARSALANE S., et Alii (1990), p HLAVACEK V. and VORTRUBA J. (1978), p

255 Place de la Catalyse Hétérogène dans la Chimie La réaction a été effectuée en utilisant une masse de Ag 2 O égale à 250 mg et un mélange réactionnel de composition C 3 H 6 /O 2 /N 2,= 1,8/10,7/87. On constate que la température du catalyseur oscille en phase avec celles de la production d acroléine et de CO 2. La période de relaxation est de l ordre de deux heures. Lorsqu on augmente la température ou la pression partielle on diminue la période des oscillations et on obtient alors (Figure 5): Figure 5: Oscillation de la température et de l activité dans l oxydation du propylène sur de l argent métallique. Influence de la température et de la pression sur le processus d oscillation. (RAC = vitesse de production de l acroléine, RCO 2 = vitesse de production de CO 2 ). Les oscillations sont symétriques. On est en présence d une véritable horloge chimique. Ce type d oscillations périodiques est fréquent dans les organismes vivants et servent réellement d horloges biologiques. Il est à noter que plus la période des oscillations est longue plus l amplitude de l emballement thermique est importante. Que se passe t-il pendant cette période de relaxation? On peut imaginer que la réaction d oxydation en jeu s effectue selon le mécanisme de Mars et van Krevelen et que par conséquent la période de relaxation correspond à l oxydation de la surface métallique. Lorsque cette surface atteint un taux de recouvrement en oxygène optimal, la réaction se déclenche et on observe alors un accroissement de température dû à l exothermicité de la réaction. Avec l épuisement de l oxygène en surface la vitesse de la réaction diminue ainsi que les productions de l acroléine et de CO 2. Les oscillations ne prennent fin que lorsque le système subit une perturbation suffisamment importante pour qu il reste dans un état emballé ou un état stationnaire. 255

256 Mahfoud ZIYAD Les phénomènes que nous venons de décrire bien qu intrigants sont souvent considérés comme néfastes, probablement parce que nous ne les comprenons pas complètement et que nous ne savons pas encore comment les exploiter. Il faut cependant remarquer qu ils permettent d accroître notablement l activité et la sélectivité de la réaction considérée 15. Tout ce que nous venons d évoquer sur cette science qu est la catalyse n aurait de sens et ne serait utile que si nous lui trouvons une place et des applications dans la vie courante. A cet effet, supposons que nous ayons découvert une réaction nouvelle et que le produit qu elle permet de synthétiser soit utile et économiquement viable. Pour cela une étude du marché doit être effectuée et toutes les précautions prises pour qu une commercialisation du produit soit Possible. Il faut par ailleurs que la synthèse du produit en grandes quantités soit possible dans un réacteur de grande taille. La figure 6 suivante représente les différentes étapes par lesquelles doit passer la découverte avant de devenir un procédé industriel: Figure 6: Représentation des différentes étapes de la mise en œuvre d une découverte scientifique. Les éléments situés à droite montrent les disciplines scientifiques qui interviennent dans les différentes étapes qui séparent la découverte de la réaction de la mise en place du réacteur industriel. Les flèches verticales partant de la case découverte jusqu au réacteur industriel représentent la voie idéale. Elle implique que la vitesse intrinsèque et la sélectivité pourraient être déduites de l analyse des données obtenues à partir du réacteur de laboratoire. Généralement cette voie n aboutit pas parce que le réacteur de laboratoire ne permet pas d avoir toutes les données nécessaires. Les essais pilotes sont indispensables ne serait-ce que parce que certaines réactions sont exothermiques et il serait dangereux d augmenter la taille du réacteur sans avoir examiné les processus de transfert de chaleur. 15 BROCHU R et Alii. (1991), p

257 Place de la Catalyse Hétérogène dans la Chimie Conclusion Bien que cet article n ait abordé que certains pans de la catalyse, nous espérons qu il a néanmoins montré qu elle est un carrefour entre plusieurs disciplines. C est une science dont les préoccupations vont de la protection de l environnement jusqu à la synthèse de composés à haute valeur ajouté. Elle offre, aussi bien du côté pratique que théorique plein de champs d investigation qui, nous espérons, ne manqueront pas d attirer la curiosité de jeunes chercheurs. Bibliographie AADDANE A., KACIMI M., AND ZIYAD M. (2001), Oxidative dehydrogenation of ethane and propane over magnesium-cobalt phosphates CoxMg3-x(PO4)2, Catalysis letters, 73(1), Springer, Netherlands. ARSALANE S., BROCHU R. et ZIYAD M. (1990), Activité catalytique périodique de l argent polycristallin dans l oxydation du propylène, C.R. Acad. Sci. Paris, Série II, 311, Elsevier, Paris. ARSALANE S., OULAD HAJ ALI K., KACIMI M., BROCHU R., ZIYAD M. (1995), Comportement catalytique des phosphates d argent de type Nasicon, Journal de Chimie-Physique, 92. EDP Sciences, France. BROCHU R., LAMZIBRI A., AADANE A., ARSALANE S. and ZIYAD M. (1991), Exchange reaction and periodique activity of same Nasicon type phosphates, Eur. J. Solide State Inorg. Chem. 28, Wiley-VCH Verlag GmbH, Weinheim, Germany. BALANDIN A. A. (1969), Advances in catalysis, VOL 19, 1. BEEK(1950), Heterogeneous catalysis, DISC. FARADAY. SOC. CHEIKHI N., KACIMI M., ROUIMI M., ZIYAD M., LIOTTA L.F., PANTALEO G., DEGANELLO G. (2005), (2004), Direct synthesis of methyl isobutyl ketone in gas-phase reaction over palladium-loaded hydroxyapatite, Journal of Catalysis, 232, Elsevier, Netherlands. ELKABOUSS K., KACIMI M., ZIYAD M., AMMAR S., AND BOZON-VERDURAZ F. (2004), Cobalt-exchanged hydroxyapatite catalysts: Magnetic studies, spectroscopic investigations, performance in butan-2-ol and ethane oxidative dehydrogenations, Journal of Catalysis, 226, Elsevier, Netherlands. GERMAIN J.E. (1959), Catalyse Hétérogène, Dunod, Paris. GUCKENHEIMER J., and HOMES P. (1997), Nonlinear Oscillations, Dynamical Systems, and Bifurcations of Vector Filds, Springer-Verlag, New-York, USA. HLAVACEK V. and VORTRUBA J. (1978), Adv. Catal., 27 LANGMUIR I, (1921). Trans. Far. Soc., 17. MARS P. and VAN KREVELEN D. W. (1954), Chem. Eng. Suppl

258 Mahfoud ZIYAD SABATIER P. (1920), La catalyse en chimie organique, 2 ème éd., Paris. SHEINTUCH M. and SCHMITZ R. A. (1977), Catal. Rev.-Scien. Eng. 1 SLIN KO M.G., and SLIN KO M.M., Self-Oscillations of Heterogeneous Catalytic Reaction Rate, Catal. Rev.-Sci. Eng., 17(1), Elsevier, Netherlands. TAYLOR H. S. (1928), Proc. R. Soc., London A108. THOMAS J.M., and THOMAS W.J. (1997), Principles and Practice of Heterogeneous Catalysis,VCH Verlagsgesellschaft mbh, Weinheim, Germany. VAN R.A., VAN LEEUWEN P.W.N.M., MOULIJN J.A., AVERILL B.A. (1999), Studies in Surface Science and Catalysis. Catalysis: An Integrated Approach, Elsevier, Netherlands. 258

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