«Quelle fiscalité pour le capital à risque?»



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Transcription:

Réception de Nouvel An «Quelle fiscalité pour le capital à risque?» Bruno Colmant Administrateur délégué d Euronext Belgique, Docteur en Economie Appliquée (ULB) Membre du Conseil Supérieur des Finances, Chargé de cours invité à l UCL et à la Vlerick Leuven-Gent Management School Genval 2008

FISCALITE DU CAPITAL A RISQUE : REPERES HISTORIQUES ET PERPECTIVES Cette présentation n engage que la responsabilité personnelle de l auteur

Messages principaux (I) L exposé concerne uniquement la fiscalité des actions En arrière-plan, deux réflexions : 1. Pourquoi la Belgique combine-t-elle un des taux d épargne les plus élevés du monde avec une propension de prise de risque parmi les plus faibles? 2. Combien de temps sera-t-il possible de maintenir une taxation du travail et du capital à risque parmi les plus élevées d Europe? Et des convictions : 1. Le système fiscal belge fut fondé sur l effet d aubaine de la croissance d après-guerre 2. Aujourd hui, la Belgique ne dispose plus de beaucoup d outils de politique économique 3. La compétitivité du pays passera immanquablement par une baisse de la pression fiscale 4. Augmenter les impôts mobiliers/taxer les plus-values = trajectoire d effondrement économique (fuite des capitaux)

Messages principaux (II) La taxation n est pas modulée en fonction du risque du revenu des personnes physiques Au contraire, plus un revenu est risqué/volatil, plus il est imposé (exemple: indépendant) Cette situation formule une fiscalité peu incitative Ceci pénalise la prise de risque,l investissement en actions/la création d entreprises Dans une économie monétairement émancipée, une réflexion est urgente Il faut passer d une fiscalité redistributive à une fiscalité incitative

STRUCTURE DE L EXPOSE : 4 MODULES 1. Evolution de la fiscalité des personnes physiques 2. Fiscalité et risque 3. Taxation de la prime de risque des actions 4. Conclusions

Module 1 : Evolution de la fiscalité mobilière des personnes physiques

Quatre tranches de fiscalité mobilière La période prospère (1962-1976) L effarement budgétaire (1977-1981) L indécision (1982-1992) Le rattrapage rigoureux (1993- )

1962-1976 : La période prospère Réforme séminale de 1962 Economie de croissance Barèmes progressifs : Taxer de la formation de l épargne En effet, plus le revenu est élevé, plus la propension à épargner augmente Plus le revenu est élevé, plus le taux d impôt est élevé Donc taxation de la création d épargne Pourquoi avoir choisi de taxer la formation d épargne? La fiscalité devait contribuer à la redistribution sociale

1977-1981 : L effarement budgétaire DE MAUVAISES DÉCISIONS DANS UN ENVIRONNEMENT HOSTILE 5 ANNEES D ERREURS QUI COUTERONT 20 ANS Gouvernements Tindemans IV, Vanden Boeynants, Martens I à IV Chocs pétroliers et mutation des secteurs primaires/secondaires Réponses circonstancielles à des évolutions structurelles Stagflation/ Réponse keynésienne : Augmentation des dépenses publiques Déficit budgétaire et endettement public Décollage effarant de la fiscalité du travail et globalisation des revenus mobiliers

1982-1992 : L indécision Poursuite dramatique de l augmentation de la fiscalité Prélèvement indirect via l inflation et les dévaluations du BEF Besoins de financement de l Etat taux d intérêt élevé Squeeze - out Assèchement de l épargne des belges Effet «boule de neige» sur la dette publique Et désintérêt pour les actions/placements à risque Précompte alourdi pour les revenus d actions Pourtant : Cooreman-De Clercq/Centres de cordination/epargnepension

1977-1992 : Les leçons à tirer 1. Une réponse inadaptée à la crise économique : augmenter les dépenses publiques 2. Conséquence : un déficit budgétaire et un endettement fédéral important 3. Des pressions inflationnistes et des dévaluations (= impôts indirects) 4. Une pression à la hausse phénoménale sur les taux d intérêt 5. Pays en quasi-faillite : nécessité impérative de financer par dette intérieure 6. Des avantages fiscaux pour la détention des emprunts d Etat (précompte réduit, etc.)

Avec des conséquences dramatiques Pénalisation idéologique de la rémunération du risque (sauf AFV) découragement des placements en actions et du capital à risque Disqualification de l entreprenariat/désertion de la Bourse de Bruxelles Peut-on croire que les vagues d OPA (1988 et 1998) furent indépendantes du climat fiscal?

1993-2007 : Le rattrapage rigoureux Effet disciplinant de l entrée dans la zone Euro Cercle vertueux de la gestion de la dette (vs. Effet «boule de neige») Equilibre budgétaire depuis 1999 Ratio Dette/PIB : 137 % (1993) à 85 % (2007) Stabilisation de la fiscalité des personnes physiques : Abaissement de l impôt des sociétés (41% à 33%), révolution des intérêts notionnels Ceci étant, tout n est pas réglé : La dette publique est stable à 285 milliards d euro (11 trillions BEF) Intérêts sur la dette = environ 35 % de l impôt des personnes physiques

Module 2 : Fiscalité et risque

Quelle serait une fiscalité «équitable»? Situation actuelle Barèmes progressifs basés sur des revenus nominaux Solution supérieure taux d impôt qui soit modulé par : Le niveau du revenu (barèmes progressifs) Son degré de risque (ou de pérennité) En d autres termes, le taux d impôt devrait : AUGMENTER avec le niveau de revenu, Mais BAISSER en fonction du risque (de la fragilité) du revenu Et les SICAV?

Risque des revenus et fiscalité : choix de 1962 Système redistributif Globalisation des revenus et capacité contributive Exposé des motifs : guerres et sécurité sociale Taxation Choix politique 1962 système redistributif immobilier obligations actions revenus professionnels Système incitatif Risque/Manque de pérennité revenus patrimoniaux

Risques des revenus et fiscalité : 2008 Système désordonné Aberration pour les revenus d actions A-t-on vraiment privilégié la fiscalité du travail? Taxation Moyenne Taxation des actions - 2008 33 % immobilier obligations actions revenus professionnels Risque/Manque de Pérennité revenus patrimoniaux

Réalité de la taxation des dividendes Dividende 34 % 26 % 25 % + = 15 % 49,5 37,1 Question : Pourquoi le taux de précompte sur dividendes est-il supérieur à celui des intérêts?

Module 3 : Taxation de la prime de risque des actions

Taxation de la prime de risque (I) Rendement d action : Rendement sans risque + Prime de risque Typiquement, on a : Rendement sans risque Exigence de risque 4 % (Prix du temps) 4 % (Prime de risque) Rendement espéré 8 %

Taxation de la prime de risque (II) Quel est le rendement net, après : Impôt des Sociétés (34%) et Précompte mobilier (25 % pour actions et 15 % obligations) Brut Net Pression fiscale Rendement espéré 8,0 % 3,96 % 51 % Moins Rendement sans risque - 4,0 % - 3,4 % 15 % Egale Prime de risque 4,0 % 0,56 % 86 % Cohérence apparente avec revenus professionnels Mais : 86 % de la rémunération du risque est absorbée par l impôt, dont 23 % est la taxation de l inflation à majorer le l impôt prélevé lors de la constitution d épargne

Taxation de la prime de risque (III) Et avec les intérêts notionnels? Brut Net Pression fiscale Rendement espéré 8,0 % 4,92 % 39 % Moins Rendement sans risque - 4,0 % - 3,4 % 15 % Egale Prime de risque 4,0 % 1,52 % 62 % 62 % de la rémunération du risque reste aborbée par l impôt

Formation brute d actifs financiers (1992-2005) Milliards d euro Provisions d assurances 133 Dépôts d épargne et autres 133 SICAV 103 Actions directes 9 Titres à revenus fixes - 28 TOTAL 350 Part des actions directes : 2,6 % Source : Conseil Supérieur des Finances (2007)

Comment rétablir une métrique correcte? Comment rétablir une cohérence de taxation du capital à risque? Réduire le taux effectif de l impôt des sociétés à 20 % (contre 26 %) Réduire le taux de précompte mobilier sur actions à 15 % (contre 25 %) Formuler un précompte sur dividendes qui soit inférieur ou égal au taux de précompte sur intérêts

Et les plus-values? Choix de la politique fiscale : pas d impôt sur un revenu non réalisé Signification d une plus-value d un actif financier: Augmentation des revenus anticipés Et/ou, dans une moindre mesure, baisse du taux d actualisation Taxer une plus-value = Taxer des revenus anticipés qui seront ultérieurement taxés Problèmes connexes : inflation, actifs non cotés, moins-values, péréquation des actifs Taxation des plus-values : création d une triple imposition chronologique : 1. Taxation des revenus professionnels qui créent l épargne 2. Taxation des plus-values 3. Taxation des revenus antérieurs et postérieurs à la plus-value

Module 4 : Conclusions

Conclusion (I) Notre économie doit faire UN CHOIX Entre antifiscalisme et surtaxation Admettre la fin de l autarcie fiscale Fiscalité du capital à risque = Instrument de compétitivité internationale

Source : OCDE

Conclusion (II) La fiscalité du capital à risque exigera de : Abandonner le postulat dogmatisme en matière de fiscalité Faire confiance à une économie de marché balisée Passer d une fiscalité redistributive à un impôt incitatif Assurer la prévisibilité/stabilité juridique Ne pas mettre en cause des mesures (intérêts notionnels) Etre cohérent dans la taxation mobilière

Conclusion (III) Baisse de l impôt des sociétés à un taux effectif de 20 % Différencier les PME de manière plus marquée Réduire le précompte mobilier du capital à risque à 15 % Ne plus taxer l inflation (= impôt sur le capital) Fiscalité d inflation dans les entreprises? Postuler la non-taxation des plus-values Examiner une déduction des intérêts d emprunts pour acquisition d actions Paradoxe des assurances-vie déductibles Extension aux actions des 1.600 d intérêts sans précompte Wallonie : stimuler le capital à risque sur le modèle Arkimedes?