Licence MASS 2000-2001. (Re-)Mise à niveau en Probabilités. Feuilles de 1 à 7



Documents pareils
Loi binomiale Lois normales

Programmes des classes préparatoires aux Grandes Ecoles

Probabilités sur un univers fini

Moments des variables aléatoires réelles

Probabilités et Statistiques. Feuille 2 : variables aléatoires discrètes

Probabilités. I Petits rappels sur le vocabulaire des ensembles 2 I.1 Définitions... 2 I.2 Propriétés... 2

Travaux dirigés d introduction aux Probabilités

4 Distributions particulières de probabilités

Probabilités Loi binomiale Exercices corrigés

LEÇON N 7 : Schéma de Bernoulli et loi binomiale. Exemples.

Probabilités sur un univers fini

PROBABILITES ET STATISTIQUE I&II

TSTI 2D CH X : Exemples de lois à densité 1

Texte Agrégation limitée par diffusion interne

Lois de probabilité. Anita Burgun

Limites finies en un point

Actuariat I ACT2121. septième séance. Arthur Charpentier. Automne charpentier.arthur@uqam.ca. http ://freakonometrics.blog.free.

CONCOURS D ENTREE A L ECOLE DE 2007 CONCOURS EXTERNE. Cinquième épreuve d admissibilité STATISTIQUE. (durée : cinq heures)

Que faire lorsqu on considère plusieurs variables en même temps?

Feuille d exercices 2 : Espaces probabilisés

I. Polynômes de Tchebychev

Continuité en un point

Estimation: intervalle de fluctuation et de confiance. Mars IREM: groupe Proba-Stat. Fluctuation. Confiance. dans les programmes comparaison

Espérance conditionnelle

Espaces probabilisés

3. Caractéristiques et fonctions d une v.a.

Exercices sur le chapitre «Probabilités»

Baccalauréat ES/L Métropole La Réunion 13 septembre 2013 Corrigé

Master IMEA 1 Calcul Stochastique et Finance Feuille de T.D. n o 1

Exercice autour de densité, fonction de répatition, espérance et variance de variables quelconques.

ENS de Lyon TD septembre 2012 Introduction aux probabilités. A partie finie de N

Image d un intervalle par une fonction continue

Exercices supplémentaires sur l introduction générale à la notion de probabilité

Estimation et tests statistiques, TD 5. Solutions

Théorie et Codage de l Information (IF01) exercices Paul Honeine Université de technologie de Troyes France

Probabilités conditionnelles Loi binomiale

Théorème du point fixe - Théorème de l inversion locale

Commun à tous les candidats

3. Conditionnement P (B)

Baccalauréat ES Antilles Guyane 12 septembre 2014 Corrigé

Cours d Analyse. Fonctions de plusieurs variables

Intégration et probabilités TD1 Espaces mesurés Corrigé

Probabilités. C. Charignon. I Cours 3

Tests non-paramétriques de non-effet et d adéquation pour des covariables fonctionnelles

BACCALAURÉAT GÉNÉRAL SESSION 2012 OBLIGATOIRE MATHÉMATIQUES. Série S. Durée de l épreuve : 4 heures Coefficient : 7 ENSEIGNEMENT OBLIGATOIRE

Couples de variables aléatoires discrètes

Chapitre 3. Les distributions à deux variables

Baccalauréat ES Pondichéry 7 avril 2014 Corrigé

Probabilités III Introduction à l évaluation d options

Chapitre 2 Le problème de l unicité des solutions

Baccalauréat S Antilles-Guyane 11 septembre 2014 Corrigé

Suites numériques 3. 1 Convergence et limite d une suite

I3, Probabilités 2014 Travaux Dirigés F BM F BM F BM F BM F B M F B M F B M F B M

Intégration et probabilités TD1 Espaces mesurés

Processus aléatoires avec application en finance

ACTUARIAT 1, ACT 2121, AUTOMNE 2013 #4-5

Qu est-ce qu une probabilité?

Précision d un résultat et calculs d incertitudes

Chaînes de Markov au lycée

CNAM léments de cours Bonus-malus et Crédibilité

Exemple On lance une pièce de monnaie trois fois de suite. Calculer la probabilité d obtenir exactement deux fois pile.

GEA II Introduction aux probabilités Poly. de révision. Lionel Darondeau

Probabilités. Une urne contient 3 billes vertes et 5 billes rouges toutes indiscernables au toucher.

P1 : Corrigés des exercices

Loi d une variable discrète

Calculs de probabilités conditionelles

Exercices - Fonctions de plusieurs variables : corrigé. Pour commencer

Une réponse (très) partielle à la deuxième question : Calcul des exposants critiques en champ moyen

S initier aux probabilités simples «Question de chance!»

Probabilités. Rappel : trois exemples. Exemple 2 : On dispose d un dé truqué. On sait que : p(1) = p(2) =1/6 ; p(3) = 1/3 p(4) = p(5) =1/12

Chapitre 3 : INFERENCE

Comparaison de fonctions Développements limités. Chapitre 10

Coefficients binomiaux

BACCALAURÉAT PROFESSIONNEL ÉPREUVE DE MATHEMATIQUES. EXEMPLE DE SUJET n 2

Dualité dans les espaces de Lebesgue et mesures de Radon finies

Indépendance Probabilité conditionnelle. Chapitre 3 Événements indépendants et Probabilités conditionnelles

Correction de l examen de la première session

La mesure de Lebesgue sur la droite réelle

Correction du baccalauréat STMG Polynésie 17 juin 2014

aux différences est appelé équation aux différences d ordre n en forme normale.

Soit la fonction affine qui, pour représentant le nombre de mois écoulés, renvoie la somme économisée.

Réseau SCEREN. Ce document a été numérisé par le CRDP de Bordeaux pour la. Base Nationale des Sujets d Examens de l enseignement professionnel.

Théorie des probabilités

Simulation de variables aléatoires

S initier aux probabilités simples «Un jeu de cartes inédit»

Le modèle de Black et Scholes

Probabilités (méthodes et objectifs)

BTS Groupement A. Mathématiques Session Spécialités CIRA, IRIS, Systèmes électroniques, TPIL

Les probabilités. Chapitre 18. Tester ses connaissances

Exercices de dénombrement

Andrey Nikolaevich Kolmogorov

LES GENERATEURS DE NOMBRES ALEATOIRES

Université Paris 8 Introduction aux probabilités Licence Informatique Exercices Ph. Guillot. 1 Ensemble fondamental loi de probabilité

Cours de Probabilités et de Statistique

Baccalauréat ES/L Amérique du Sud 21 novembre 2013

I La théorie de l arbitrage fiscal de la dette (8 points)

STATISTIQUES A DEUX VARIABLES

Capacité d un canal Second Théorème de Shannon. Théorie de l information 1/34

t 100. = 8 ; le pourcentage de réduction est : 8 % 1 t Le pourcentage d'évolution (appelé aussi taux d'évolution) est le nombre :

Probabilité. Table des matières. 1 Loi de probabilité Conditions préalables Définitions Loi équirépartie...

Transcription:

Feuilles de 1 à 7 Ces feuilles avec 25 exercices et quelques rappels historiques furent distribuées à des étudiants de troisième année, dans le cadre d un cours intensif sur deux semaines, en début d année, pour une brève «remise à niveau» en théorie des probabilités.

Feuille numéro 1 1a. On répartit 40 étudiants sur deux salles d examen, la salle A et la salle B, avec 20 étudiants dans chacune des deux salles. De combien de façons distinctes cela peut-il se faire? 1b. On divise un groupe de 40 étudiants en deux groupes de chacun 20 étudiants pour les TDs. De combien de façons distinctes cela peut-il se faire? 2. On jette deux dés. Quelle est la probabilité que la somme des points soit paire? 3. Quelle est la probabilité d avoir (au moins) une paire dans une main de poker? (main de 5 cartes, jeu de 52 cartes). 4. On divise un groupe de 30 étudiants en 3 groupes de 10 étudiants. Quelle est la probabilité que Frénégonde, Hubert et Archibald se retrouvent dans le même groupe? Quelle est la probabilité qu ils se retrouvent totalement séparés? 1

Feuille numéro 2 1. Un problème d examen consiste à déterminer la probabilité d avoir l As de Coeur dans une main de poker. L étudiant répond 1/52 + 1/51 + 1/50 + 1/49 + 1/48 avec l argument suivant : «lors du tirage de la main, il y a une chance sur cinquante-deux que l As de Coeur sorte le premier, puis une chance sur cinquante-et-une en deuxième car il reste alors cinquante-et-une cartes, puis etc...». Cet argument est incorrect, où est l erreur? Montrer que le résultat correct est 5/52. 2. On a vu dans l exercice précédent que la probabilité de la présence d une carte donnée (par exemple l As de Coeur) est 5/52. Il y a 52 cartes, chacune ayant la probabilité 5/52 d apparaître. Cela fait donc une probabilité de 52 5/52 = 5 d avoir dans sa main une carte quelconque non spécifiée. Donc 5 = 1. Qu en pensez-vous? 3. Soit A l évènement : «ma main de poker comporte un As de Coeur», et soit B l évènement : «ma main de poker comporte un As de Pique». Quelle est la probabilité conditionnelle de B sachant A? Les évènements A et B sont-ils mutuellement indépendants? 4. Montrer la relation générale P (A B) = 1 P (A) P (B) + P (A B). 5. Soit A l évènement : «ma main de poker comporte (au moins) un Coeur», et soit B l évènement : «ma main de poker comporte (au moins) un As». Calculer les probabilités de A, de B et de A B. Les évènements A et B sont-ils mutuellement indépendants? (pour cet exercice, il est conseillé de raisonner avec les évènements complémentaires ; calculer les probabilités de A, B et A B). 2

Feuille numéro 3 1. Soient A et B deux évènements. On suppose 0 < P (A) < 1. Montrer que A et B sont indépendants si et seulement si P (B A) = P (B A). 2. On tire une carte d un jeu de 52. Soit A l évènement «la carte est Coeur ou Carreau», soit B l évènement «la carte est Coeur ou Pique», et soit C l évènement «la carte est Coeur ou Trèfle». Montrer que A, B, C sont deuxà-deux indépendants mais ne sont pas indépendants dans leur ensemble. 3. On considère une population pour laquelle il y a une chance sur vingt pour un homme d être daltonien, et une chance sur quatre-cents pour une femme d être daltonienne. Par ailleurs il y a 49% d hommes et 51% de femmes. Quelle est la proportion de Daltoniens dans cette population? Quelle est la probabilité conditionnelle d être un homme sachant que l on est daltonien? 4. Une certaine maladie est caractérisée partiellement par certains symptômes : on estime que 60% des personnes présentant ces symptômes sont atteints. On applique sur cette population présentant ces symptômes un test sanguin qui donne un résultat positif sur 70% des personnes malades, et aussi sur 10% des personnes non-malades. Quelle est la probabilité conditionnelle d être malade si le test est positif? On applique un deuxième test indépendant du premier qui donne un résultat positif sur 80% des malades et 15% des non-malades. Quelle est la probabilité conditionnelle d être malade si les deux tests sont positifs? Quelle est la probabilité conditionnelle de ne pas être malade si les deux tests sont positifs? Quelle est la probabilité conditionnelle pour le deuxième test d être positif si le premier l est? Quelle est la probabilité absolue que les tests donnent des résultats contradictoires? (L énoncé est imprécis (incomplet) sur un point. Quelle précision faut-il apporter?) 3

Feuille numéro 4 1. Soient A, B, C trois évènements. Montrer : 1 A B C = 1 (1 1 A )(1 1 B )(1 1 C ) En déduire la formule (dite d «inclusion-exclusion») : P (A B C) = P (A) + P (B) + P (C) P (A B) P (A C) P (B C) + P (A B C) 2. Une regrettable erreur informatique au services des Impôts résulte en un mauvais étiquetage des envois de 5 avis d imposition à des contribuables : les 5 adresses ont été aléatoirement échangées lors de l impression sur les enveloppes. Soit X la variable aléatoire égale au nombre de lettres sur les 5 qui ont été correctement expédiées. Quelle est l espérance de X? 3. Cinq personnes se retrouvent à une soirée. Soit X le nombre total de jours de la semaine qui sont des jours de naissance pour une au moins des cinq personnes. Quelle est l espérance de X? 4. Un débutant au basket a une chance sur trois de marquer un panier de la ligne des coup-francs. Soit X la variable aléatoire égale au nombre de tentatives nécessaires pour marquer son premier panier. Déterminer la loi de X et son espérance. 4

Feuille numéro 5 1. Soit X une variable aléatoire. Notons a 0 = EX. Soit v(a) la fonction a E((X a) 2 ). Montrer que la fonction v(a) atteint en a 0 son minimum global, et que pour tout a a 0 on a une inégalité stricte v(a) > v(a 0 ). Vérifier que v(a 0 ) que l on appelle «variance de X» s exprime identiquement comme VX = E(X 2 ) (EX) 2 ou comme VX = E((X EX) 2 ). Montrer que X est (presque sûrement) constante si et seulement si VX = 0. 2. Soient X et Y deux variables aléatoires. On suppose que VY > 0. Soit v(a, b) la fonction (a, b) E((X a by ) 2 ). Montrer que le minimum de v(a, b) est obtenu en un unique couple (a 0, b 0 ), qui satisfait le système d équations linéaires : a 0 + EY b 0 = EX EY a 0 + E(Y 2 ) b 0 = E(Y X) Soit Cov(X, Y ) = E(XY ) EX EY. Montrer : b 0 = Cov(X, Y ) VY 3. Montrer : Cov(X, Y ) = E((X EX) (Y EY )) Cov(X, X) = VX V(αX + βy ) = α 2 VX + 2αβ Cov(X, Y ) + β 2 VY 4. Montrer Cov(X, Y ) VX VY avec égalité si et seulement si X et Y sont liés par une relation affine. 5

Feuille numéro 6 Cette session est consacrée à la loi des grands nombres de Jacob Bernoulli (1654-1705), suivant la démonstration de Tchebychev (1821-1894). 1. Montrer que deux variables aléatoires indépendantes ne sont pas corrélées. 2. Montrer que la variance d une somme de variables aléatoires deux-à-deux non corrélées est égale à la somme des variances de ces variables aléatoires. 3. Soit X une variable aléatoire d espérance α et d écart-type σ. Montrer pour tout δ > 0 : P ( X α > δ) σ2 δ 2 4. On procède à un nombre infini de répétitions indépendantes d une même épreuve qui a la probabilité p de succès. Au k e essai on pose X k = 1 en cas de succès et X k = 0 en cas d échec. Soit S n la somme de X 1,..., X n, qui compte donc le nombre des succès sur les n premiers essais. Quelle est la variance de S n? Quelle est la variance de S n /n (qui compte la fréquence empirique de succès)? Quelle est l espérance de S n /n? Montrer : P ( S n /n p > δ) 1 n p(1 p) δ 2 En déduire la loi des grands nombres : quel que soit le choix de δ > 0 on a lim n P ( S n /n p > δ) = 0. Un résultat plus fort a été démontré par Borel (1871-1956) en 1909 : «lors d une infinité de répétitions indépendantes d une épreuve de probabilité p de succès on a avec probabilité 1 la convergence de la fréquence empirique de succès vers p : lim S n n = p». 6

Feuille numéro 7 La loi des grands nombres de Bernoulli pour la répétition d épreuves indépendantes admet un raffinement, le Théorème de la Limite Centrale (TLC) démontré par de Moivre (1667-1754) en 1733. Il utilisa pour cela une formule (n! 2πn(n/e) n ) attribuée depuis par erreur uniquement à Stirling (1692-1770). De Moivre n avait considéré que le cas p = 0.5 c est apparemment Laplace (1749-1827) dans un livre paru en 1812 qui publia le premier le cas général sans restriction sur p. L énoncé est le suivant : soit, comme dans la feuille 6, S n le nombre total de succès lors de n épreuves indépendantes ayant chacune probabilité p de succès. Soient A B deux nombres quelconques, alors : lim P (A p(1 p) S n np B p(1 p)) = 1 B e x2 /2 dx n n 2π A On sait pour A = et B = + que l intégrale vaut 2π. Il n y a pas d expression générale en fonction de A et B, mais des tables de valeurs ont été calculées. Bernoulli avait aussi considéré des sommes S n = X 1 +... + X n avec des variables X k non-restreintes à ne prendre que les valeurs 0 ou 1, mais qui restaient des copies indépendantes d une même variable X d espérance α. Il avait montré dans plusieurs cas que δ > 0 lim n P ( S n n α > δ) = 0. Après de nombreux travaux aboutissant dans les années 1920s aux résultats de Lindeberg (1876-1932), et Lévy (1886-1971), on a maintenant une version générale du Théorème de la Limite Centrale, qui affine la Loi des grands nombres. En notant α l espérance et σ l écart-type de X : lim P (A σ S n nα B σ) = 1 B e x2 /2 dx n n 2π A Le TLC nous informe que en cas de somme de n quantités indépendantes, les fluctuations autour de la moyenne sont de l ordre de n fois l écart-type σ. Lorsque σ est infini, le TLC ne s applique pas, mais tant que X a une espérance finie α = EX la loi de Bernoulli s applique. 7