Comment reconnaître et explorer... une vascularite du système nerveux périphérique?

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Comment reconnaître et explorer... une vascularite du système nerveux périphérique? F.C. Wang*, C. Iserentant*, O. Bouquiau*, T. Maisonobe**, P. Bouche** * Médecine physique, CHU Sart Tilman, Liège, Belgique. ** Neurophysiologie et laboratoire de neuropathologie, hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris. Résumé Le diagnostic définitif de vascularite du système nerveux périphérique est habituellement posé à la suite de la réalisation d une biopsie neuromusculaire. L indication de ce prélèvement repose sur un faisceau d arguments cliniques (signes de neuropathie périphérique, très souvent asymétrique, d installation brutale, évolutive, douloureuse, associée ou non à une atteinte extraneurologique), électroneuromyographiques (neuropathie axonale avec dénervation active, multitronculaire ou d allure polyneuropathique) et biologiques (syndrome inflammatoire). L exploration complémentaire recherchera l atteinte d autres viscères et précisera l origine infectieuse, toxique, immuno-inflammatoire ou l association à une néoplasie. La définition d une vascularite peut se résumer ainsi : Affection caractérisée par une inflammation de la paroi des vaisseaux sanguins, principalement des artères. De nombreuses classifications existent (tableau I, p. 11). Sur le plan étiologique, les vascularites sont habituellement divisées en formes primitives et secondaires (1). Les formes primitives rassemblent les affections où l atteinte du système vasculaire est prédominante, alors que la cause de l inflammation reste inconnue. Les vascularites secondaires correspondent, d une part, aux affections dans lesquelles l atteinte du système vasculaire n est pas l élément prédominant (connectivites) et, d autre part, aux maladies où la cause de l inflammation est clairement établie (causes toxiques, infectieuses et paranéoplasiques). La classification histopathologique est fondée sur : la présence ou non d une nécrose fibrinoïde des parois vasculaires ; le type d infiltrat inflammatoire (polynucléaires neutrophiles, éosinophiles, lymphocytes) ; la présence de granulomes ; le calibre des vaisseaux atteints (2). La classification des vascularites peut également se fonder sur la présence de certains marqueurs immunologiques tels que les anticorps anticytoplasmes des polynucléaires neutrophiles (ANCA), les complexes immuns circulants et les cryoglobulines. Diagnostic des vascularites Le diagnostic formel de vascularite du système nerveux périphérique (SNP) repose sur les données histopathologiques (tableau I, p. 11). Une biopsie nerveuse ne peut cependant être sollicitée devant toute neuropathie périphérique. Un faisceau d arguments cliniques, neurophysiologiques et biologiques devront être réunis avant d envisager ce type de prélèvement (tableau II, p. 12). Arguments cliniques Sur le plan épidémiologique, les vascularites sont le plus souvent diagnostiquées chez des patients de plus de 50 ans à l exception des formes secondaires à un lupus érythémateux disséminé (LED) plus fréquentes chez la femme jeune. La neuropathie périphérique proprement dite se distribue en général (deux tiers des cas) dans un territoire monotronculaire (mononévrite) ou 10

une vascularite du système nerveux périphérique? Tableau I. Classifications des vascularites du système nerveux périphérique. Étiologique Anatomopathologique Immunologique PAN multisystémique Vascularite primitive Vascularite nécrosante des artères de moyen calibre PAN restreinte au système nerveux périphérique Syndrome de Churg et Strauss Vascularite primitive Vascularite primitive Vascularite nécrosante des artères de moyen calibre Vascularite nécrosante des vaisseaux de petit calibre avec parfois granulomes (cellules géantes et épithélioïdes) intra- et extravasculaires + infiltrats éosinophiles panca Polyangéite microscopique Vascularite primitive Vascularite nécrosante des vaisseaux de petit calibre panca Granulomatose de Wegener PR LED Syndrome de GS Syndrome de Sharp Sclérodermie, CREST Cryoglobulinémie essentielle Sarcoïdose VIH, HTLV1 Hépatite C avec cryoglobuline Hépatite B Lyme Lèpre Lymphome Myélome multiple Cancer solide (adénocarcinome, mélanome) Sulfamides Pénicillines Diabète Vascularite primitive à une maladie plurisystémique inflammatoire infectieuses paranéoplasiques toxiques Vascularite secondaire dysmétabolique Vascularite nécrosante des vaisseaux de petit calibre avec parfois granulomes (cellules géantes) Vascularite nécrosante des vaisseaux de petit calibre avec parfois granulomes à certains stades évolutifs ou infiltrat lymphocytaire autour et dans la paroi (LED, GS) Microvascularite lymphocytaire ou véritable vascularite nécrosante type PAN (hépatite B, hépatite C avec cryoglobuline, lèpre) Microvascularite lymphocytaire Microvascularite lymphocytaire Microvascularite lymphocytaire ou très rares cas de vascularite nécrosante canca Abréviations : ANCA : anticorps anticytoplasme des polynucléaires neutrophiles ; GS : Gougerot-Sjögren ; LED : lupus érythémateux disséminé ; PAN : périartérite noueuse ; PR : polyarthrite rhumatoïde. multitronculaire (multinévrite). Les lésions se situent en dehors des sites habituels de compression nerveuse. Les troncs nerveux le plus souvent concernés sont le péronier (90 % dont un tiers d atteinte bilatérale), le tibial (38 %), l ulnaire (35 %) et le médian [26 %] (2). Dans 30 % des cas cependant, le tableau est celui d une polyneuropathie (PNP) sensitivomotrice distale, plutôt symétrique. Dans ce cas, un indice anamnestique en faveur d un processus vasculitique est l atteinte successive et additive des différents troncs nerveux aboutissant au tableau polyneuropathique. De rares présentations cliniques sous la forme d une PNP exclusivement sensitive sont décrites (3). La neuropathie est presque toujours évolutive s aggravant de mois en mois ou, au mieux, de 6 mois en 6 mois. L installation est très souvent brutale, laissant un souvenir précis dans la mémoire du patient. La douleur est très fréquemment à l avant-plan des plaintes, sous forme de myalgies (souvent inaugurales), de paresthésies pénibles, de brûlures ou de décharges électriques. Peu de neuropathies périphériques partagent à la fois cette prépondérance douloureuse et ce degré d évolutivité et/ou cette installation brutale. Citons certaines formes de syndrome de Guillain- Barré par les neuropathies toxiques (iatrogènes ou environnementales) et paranéoplasiques et les neuropathies associées à l amylose. 11

Tableau II. Éléments d orientation vers un diagnostic de vascularite du système nerveux périphérique. Clinique Neuropathie périphérique monotronculaire (mononévrite) ou plus souvent multitronculaire (multinévrite), d évolution aiguë/subaiguë, douloureuse Syndrome général : fièvre, amaigrissement, asthénie, myalgies Signes extraneurologiques : cutanés : livedo reticularis, purpura, nodules dermohypodermiques, lésions ulcéreuses et papulaires, érythème en ailes de papillon (LED), sclérodactylie (sclérodermie) digestifs : douleurs abdominales (PAN), dysphagie (sclérodermie) respiratoires : asthme et rhinite allergique (Churg et Strauss), rhinosinusite ulcéronécrotique (Wegener) vasculaires : insuffisance cardiaque (Churg et Strauss), HTA (PAN), syndrome de Raynaud (GS, sclérodermie, cryoglobulinémie) articulaires : arthralgies (PAN, Wegener, cryoglobulinémie), arthrite (PR, LED) syndrome sec : xérophtalmie et xérostomie (GS) œdème des membres inférieurs : fréquemment asymétrique et inaugural Électroneuromyographie Neuropathie sensitivomotrice, axonale avec dénervation active de distribution multitronculaire ou diffuse asymétrique Biologie Syndrome inflammatoire (VS 70 mm) avec anémie et leucocytose Augmentation de la créatininémie et protéinurie Altération hépatique (hépatites B et C) Hyperéosinophilie (Churg et Strauss) Abréviations : LED : lupus érythémateux disséminé ; PAN : périartérite noueuse ; PR : polyarthrite rhumatoïde ; GS : Gougerot-Sjögren. L existence d une altération de l état général et de signes extraneurologiques, en particulier au niveau de la peau, sont des éléments permettant de suspecter une vascularite du SNP (tableau II). Une participation musculaire sous forme de myalgies est fréquemment décrite et parfois de façon inaugurale. Ces douleurs musculaires peuvent être faussement suggestives d une myosite inflammatoire, en particulier, si elles sont permanentes, proximales et qu elles évoluent dans le contexte d une connectivite. Arguments électroneuromyographiques Classiquement, l électroneuromyogramme (ENMG) confirmera l existence d une neuropathie sensitivomotrice, axonale avec dénervation active (fibrillations au repos) de distribution multitronculaire ou diffuse asymétrique. Cette asymétrie est parfois passée inaperçue à l examen clinique et constitue un élément d orientation diagnostique important. L ENMG s attachera également à montrer l absence de ralentissement significatif de la conduction nerveuse, permettant ainsi d écarter l hypothèse d une neuropathie démyélinisante. Cependant, dans les 8 premiers jours qui suivent un accès ischémique aigu focal, l étude neurophysiologique peut révéler un pseudo-bloc de conduction nerveuse qui disparaîtra ensuite lorsque les axones seront complètement dégénérés (4, 5). Une composante musculaire est parfois associée et ne doit pas forcément remettre en cause l hypothèse de neuropathie périphérique. Enfin, les données de la neurographie sensitive des membres inférieurs permettent d orienter le choix du site de prélèvement nerveux. En effet, le nerf sensitif le plus atteint doit être prélevé. À noter cependant que l importance des œdèmes distaux aux membres inférieurs peut parfois compromettre l interprétation des données de la neurographie sensitive. Arguments biologiques Devant toute neuropathie périphérique, un bilan biologique d orientation générale doit être réalisé. Il comprendra : cytologie sanguine et formule leucocytaire, ionogramme, glycémie à jeun, urée, créatinine, bilan hépatique et thyroïdien, vitesse de sédimentation (VS), protéine C réactive (CRP), immunoélectrophorèse des protéines sanguines et urinaires avec immunofixation et dosages pondéraux des immunoglobulines, cryoglobulinémie. 12

une vascularite du système nerveux périphérique? La présence d un syndrome inflammatoire est classique dans la périartérite noueuse (PAN) avec une VS augmentée (souvent 70 mm), une anémie et une leucocytose avec une petite hyperéosinophilie. Une augmentation de la créatininémie et une protéinurie traduiront parfois l atteinte rénale liée à la vascularite. Une altération des tests hépatiques devra évoquer la possibilité d un contexte infectieux (hépatites B et C) pouvant se compliquer d une PAN ou d une vasculite lymphocytaire. Une hyperéosinophilie sanguine sera parfois un élément d orientation vers une angéite granulomateuse allergique de Churg et Strauss, surtout en présence d un asthme sévère (tableaux I et II). Biopsie neuromusculaire (2, 6) La biopsie neuromusculaire reste un acte médical invasif laissant une séquelle définitive sous forme d une anesthésie dans le territoire d innervation du nerf sensitif prélevé. Des douleurs neuropathiques et des difficultés de cicatrisation locales sont parfois présentes. L indication doit donc être judicieusement posée (cf. supra) et le prélèvement réalisé dans de bonnes conditions. Les lésions de vascularite sont segmentaires et focales, parfois ne dépassant pas quelques dizaines de microns. La biopsie doit donc intéresser l ensemble des fascicules nerveux sur une longueur de 3 à 5 cm ainsi que plusieurs fragments musculaires dans le voisinage du nerf (par exemple, nerf péronier superficiel + muscle court péronier). Enfin, elle sera d autant plus rentable qu elle est réalisée précocement dans le décours de la maladie. En effet, lorsque la neuropathie évolue depuis plus de 2 ans, la biopsie neuromusculaire peut ne montrer que des lésions cicatricielles de vascularite dans le nerf ou le muscle (6). Nous proposons de distinguer 3 situations [tableau I] (2). Dans la première, la plus fréquente, les lésions intéressent les artères de petit et moyen calibres où sont présents un infiltrat cellulaire polymorphe (cellules mononuclées et polynucléaires), une altération des parois avec débris nucléaires et une nécrose fibrinoïde floride (figure 1). Cette situation est rencontrée dans la PAN multisystémique et la PAN restreinte au SNP. Lorsque ces mêmes lésions sont retrouvées au niveau de vaisseaux de plus petit calibre (artérioles, veinules et capillaires), le cadre diagnostique est plus large et inclut l angéite granulomateuse de Churg et Strauss, la polyangéite microscopique, la granulomatose de Wegener, les connectivites (polyarthrite rhumatoïde [PR], LED, Gougerot-Sjögren [GS]), sclérodermie et syndrome de Sharp) et la cryoglobulinémie essentielle. La troisième situation correspond aux vascularites où ne sont présents que des infiltrats lymphocytaires autour ou dans la paroi des vaisseaux de la microcirculation (veines et artères de moins de 80 m de diamètre, artérioles, veinules, capillaires) sans nécrose fibrinoïde (figure 2). Dans cette circonstance, l enquête étiologique est beaucoup plus large et il faut songer aussi aux Figure 1. Biopsie de nerf sensitif x 270. Coupe longitudinale après inclusion en paraffine et coloration par HE. Présence d un important infiltrat aux dépens et autour d une artère de moyen calibre périneurale avec présence d une nécrose fibrinoïde floride au sein de la paroi. Figure 2. Biopsie de nerf sensitif x 540. Coupe longitudinale après inclusion en paraffine et coloration par HE. Présence au sein du tissu périneural d un infiltrat essentiellement lymphocytaire autour de petits vaisseaux (artériole ou veinule) sans nécrose fibrinoïde. 13

vascularites infectieuses, paranéoplasiques et toxiques, au diabète et à certaines connectivites (LED, GS). Dans sa présentation aiguë, la vascularite périphérique reste parfois difficile à distinguer, sur le plan clinique et même neurophysiologique, d un syndrome de Guillain-Barré axonal, en particulier si la paralysie motrice est ascendante et en présence d une dissociation albuminocytologique. La mise en évidence d une vascularite épineurale avec altération et nécrose de la paroi à la biopsie nerveuse permet de confirmer l hypothèse d une vascularite (7). Dans le cadre des infiltrats lymphocytaires à tropisme vasculaire, une coloration de Ziehl et un immunomarquage des lymphocytes permettent de reconnaître respectivement une lèpre qui reste exceptionnelle en Europe du Nord et une infiltration lymphomateuse du nerf périphérique. On sera également attentif à la présence de granulome avec cellules géantes évocateur de sarcoïdose. Si la biopsie ne montre pas de lésion de vascularite, une coloration au rouge Congo révèle parfois une amylose qui peut se présenter parfois sous la forme d une neuropathie asymétrique et évolutive. Tableau III. Mise au point étiologique des vascularites du système nerveux périphérique. Périartérite noueuse Biologie : HbsAg, anti-hcv, sérologie VIH, cryoglobulines, HGPO Angiographie mésentérique et rénale : sténoses et microanévrismes intraparenchymateux Biopsie viscérale (ex. rein) : si biopsie neuromusculaire non rentable Churg et Strauss Biologie : éosinophilie 10 % des globules blancs, panca, augmentation des IgE (74 %) et IgG (40 %) Rx thorax : infiltrats pulmonaires migrants/transitoires ou nodulaires chroniques Polyangéite microscopique Granulomatose de Wegener Polyarthrite rhumatoïde Lupus érythémateux disséminé Syndrome de Gougerot-Sjögren Sclérodermie/CREST Vascularites infectieuses Vascularites paranéoplasiques Biologie : panca Angiographie mésentérique : normale Tableau de glomérulonéphrite rapidement évolutive et d atteinte pulmonaire avec hémorragie alvéolaire Biologie : canca (taux corrélé à l activité de la maladie) Rx thorax : nodules, infiltrats fixes ou cavité pulmonaire Biopsie viscérale (poumon, rein) ou des sinus paranasaux Atteinte compressive des nerfs oculomoteurs et optiques Biologie : facteur rhumatoïde, anti-ccp2 (anti-cyclic citrullinated peptide), anti-kératine Rx/scintigraphie : arthrites érosives symétriques des carpes, interphalangiennes proximales, métacarpo- et métatarsophalangiennes Biopsie synoviale ou d un nodule sous-cutané Biologie : leucopénie ( 4 000/mm 3 ), lymphopénie ( 1 500/mm 3 ), thrombopénie ( 100 000/m 3 ), anti-adn natif, anti-sm, antiphospholipides, fausse sérologie syphilitique, antitélotomère Rx thorax : pleurésie, péricardite Biopsie cutanée Biologie : anti-ssa (anti-ro), anti-ssb (anti-la) Shirmer Biopsie des glandes salivaires accessoires : infiltrat lymphocytaire Biologie : anti-scl70, anticentromère, anti-rnp (Sharp) Rx thorax : fibrose pulmonaire interstitielle diffuse Capillaroscopie (lit de l ongle) Sérologies : hépatites A, B et C, VIH, Borrélia (Lyme), CMV, parvovirus Ponction lombaire avec PCR Biologie : marqueurs tumoraux dont les Ac antineurones (anti-hu, anti-cv2) Imagerie : IRM ou scan thoracique, abdominal et pelvien ; échographie abdomino-pelvienne, PET scan corps entier Ponction lombaire Ponction de moelle : si une hémopathie maligne est suspectée Abréviations : ANCA : anticorps anticytoplasme des polynucléaires neutrophiles ; HGPO : hyperglycémie provoquée orale ; PCR : polymerase chain reaction ; PET : positron emission tomography ; Rx : radiographie. 14

une vascularite du système nerveux périphérique? Il n est pas exceptionnel que les prélèvements de nerf et de muscle, même réalisés dans de bonnes conditions, n offrent pas la preuve de la vascularite. Dans ce cas, le diagnostic repose sur d autres prélèvements (biopsie cutanée ou viscérale) et sur des éléments plus indirects fournis par l exploration complémentaire (cf. infra, tableau III). Stratégie de la mise au point étiologique Une fois le diagnostic de vascularite du SNP posé, il faut en déterminer l étiologie. L exploration complémentaire s attache à démontrer une atteinte digestive (angiographie mésentérique), pulmonaire (radiographie thorax), rénale (RUSU : protéinurie, hématurie, cylindres urinaires ; pression artérielle : [HTA] ; angiographie rénale) ou cutanée (biopsie de peau) ainsi que des stigmates biologiques d une infection (hépatites A, B et C, VIH, Lyme, CMV, parvovirus B 19) ou d une pathologie immuno-inflammatoire [facteur rhumatoïde, anticorps antinucléaires et leur caractérisation, anti-adn natif, ANCA, complexes immuns circulants, consommation du complément, cryoglobulines, etc.] (tableau III). Dans deux tiers des cas, il s agit d une PAN multisystémique ou restreinte au SNP. La PAN multisystémique survient à tout âge, mais elle concerne surtout des patients âgés entre 40 et 60 ans, tandis que la PAN restreinte au SNP est plus fréquente chez la femme âgée de plus de 60 ans. La fréquence des rechutes distingue également ces deux entités. Dans les vascularites systémiques, la fréquence moyenne des rechutes est d environ 9 mois, tandis qu elle atteint 3,5 ans dans les vascularites spécifiques du nerf périphérique avec une absence de récidive dans un tiers des cas (8). L existence d une altération de l état général et un syndrome inflammatoire sont plus évocateurs d une PAN multisystémique. La mise en évidence de sténoses et de microanévrysmes intraparenchymateux à l angiographie mésentérique et rénale confirme le diagnostic. Sur le plan biologique, la recherche d une hépatite infectieuse (B et C), d une séropositivité VIH et de cryoglobulines (associées à l hépatite C) doit être réalisée, de même qu une HGPO (rares vascularites associées au diabète). Dans la vascularite spécifique du nerf périphérique 35 % des 200 cas de vascularite nécrosante dans la série de Said (8), l atteinte du SNP est par définition systématique, inaugurale et isolée, puisqu il s agit d une entité où la vascularite est essentiellement confinée à l épinèvre des troncs nerveux [une composante musculaire et cutanée restant admise] (9, 10). Cette affection peut parfois être quand même associée à une tumeur (cancer solide, tumeur du système lymphoïde) ou à une infection (VIH). Par ailleurs, des manifestations vasculitiques plurisystémiques peuvent survenir secondairement chez près d un tiers des patients (8). La recherche d une néoplasie associée, en particulier en présence d une altération de l état général et d infiltrats lymphocytaires à la biopsie, conduit à un bilan d extension qui comprendra : dosage des marqueurs tumoraux, IRM ou scan (thoracique, abdominal et pelvien), ponction lombaire et ponction de moelle si une hémopathie maligne est suspectée, PET scan du corps entier en cas de forte suspicion. Une fois écartées les vascularites infectieuses (sérologie, ponction lombaire) et toxiques (médicaments principalement), le bilan étiologique doit rechercher des formes particulières de vascularite type PAN (Churg et Strauss, polyangéite microscopique), la granulomatose de Wegener ou une forme secondaire dans le cadre d une connectivite (tableau III). Enfin, la sarcoïdose est une maladie granulomateuse habituellement considérée comme étant une affection non vasculaire. Mais, dans certains cas pourtant, elle peut s accompagner de véritables lésions de vascularite nécrosante (8). Traitement des vascularites du système nerveux périphérique (2) La corticothérapie reste le traitement de choix des vascularites du SNP. Ce traitement doit être maintenu à la dose de 1 mg/kg/j pendant 3 à 6 mois. Ensuite, si l évolution clinique et biologique (syndrome inflammatoire) le permet, une réduction progressive de la posologie peut être envisagée sur 12 à 18 mois. Dans les formes corticodépendantes ou résistantes et lorsque la corticothérapie est contre-indiquée, le cyclophosphamide (2 mg/kg/j ou en bolus de 1 g/mois) offre une alternative thérapeutique efficace. Ce traitement doit également être envisagé, le plus souvent en association à la corticothérapie, lorsque la vascularite est responsable de l atteinte des organes nobles (reins, tube digestif, cerveau, cœur) ou si elle semble corticorésistante. 15

Lorsque la vascularite est associée à une infection virale (hépatite B et C, VIH), des bolus de corticoïdes ou de cyclophosphamide sont proposés initialement, mais de façon brève, et rapidement suivis d échanges plasmatiques. De plus, un traitement antiviral spécifique (vidarabine, interféron, etc.) est d emblée prescrit. Une place existe probablement pour les immunoglobulines polyvalentes intraveineuses, notamment dans les formes secondaires à un syndrome de GS ou à un LED ou dans certaines formes également résistantes, en particulier celles liées à la présence d ANCA. le méthotrexate et la ciclosporine constituent aussi parfois des traitements de seconde intention efficaces. Enfin, dans les vascularites secondaires, le traitement de la maladie causale doit bien entendu être entrepris. R é f é r e n c e s 1. Lie JT. Nomenclature and classification of vasculitis: plus ça change, plus c est la même chose. Arthritis Rheum 1994;37:181-6. 2. Maisonobe T. Neuropathies des vascularites. In: Doin éditeurs, Neuropathies périphériques, volume 2, 2004;115-31. 3. Seo JH, Ryan HF, Claussen GC et al. Sensory neuropathy in vasculitis: a clinical, pathologic, and electrophysiologic study. Neurology 2004;63:874-8. 4. McCluskey L, Feinberg D, Cantor C et al. Pseudo-conduction block in vasculitic neuropathy. Muscle Nerve 1999;22: 1361-6. 5. Ropert A, Metral S. Conduction block in neuropathies with necrotizing vasculitis. Muscle Nerve 1990;13:102-5. 6. Deprez M, Ceuterick-de Groote C, Gollogly L et al. Clinical and neuropathological parameters affecting the diagnostic yield of nerve biopsy. Neuromuscular Disorders 2000;10: 92-8. 7. Rosenbaum R. Neuromuscular complications of connective tissue diseases. Muscle Nerve 2001;24:154-69. 8. Said G. Neurological manifestations of systemic necrotizing vasculitis. Rev Neuro 2002;158:915-8. 9. Dyck PJ, Benstead TJ, Conn DL et al. Nonsystemic vasculitic neuropathy. Brain 1987;110(Pt 4):843-53. 10. Kissel JT, Slivka AP, Warmolts JR et al. The clinical spectrum of necrotizing angiopathy of the peripheral nervous system. Ann Neurol 1985;18:251-7. 16