Une gastroentérite qui s aggrave

Documents pareils
Laurence LEGOUT, Michel VALETTE, Henri MIGAUD, Luc DUBREUIL, Yazdan YAZDANPANAH et Eric SENNEVILLE

PRISE EN CHARGE DES PRE ECLAMPSIES. Jérôme KOUTSOULIS. IADE DAR CHU Kremlin-Bicêtre. 94 Gérard CORSIA. PH DAR CHU Pitié-Salpétrière.

INTERET PRATIQUE DU MDRD AU CHU DE RENNES

CONCOURS DE L INTERNAT EN PHARMACIE

Faq 1 - Mener l interrogatoire et l examen clinique d un enfant fébrile

Carte de soins et d urgence

Infiltrats pulmonaires chez l immunodéprimé. Stanislas FAGUER DESC Réanimation médicale septembre 2009

Intérêt diagnostic du dosage de la CRP et de la leucocyte-estérase dans le liquide articulaire d une prothèse de genou infectée

HTA et grossesse. Dr M. Saidi-Oliver chef de clinique-assistant CHU de Nice

ASPECT ECHOGRAPHIQUE NORMAL DE LA CAVITE UTERINE APRES IVG. Dr D. Tasias Département de gynécologie, d'obstétrique et de stérilité

Vaccination et tuberculose en Gériatrie. Unité de Prévention et de Dépistage: Centre de vaccination et centre de lutte anti tuberculeuse CH Montauban

I - CLASSIFICATION DU DIABETE SUCRE

Prise en charge de l embolie pulmonaire

o Non o Non o Oui o Non

Association lymphome malin-traitement par Interféron-α- sarcoïdose

prise en charge médicale dans une unité de soins

Actualité sur la prise en charge de l arrêt cardiaque

Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports. Comité technique des infections nosocomiales et des infections liées aux soins

Accidents des anticoagulants

chronique La maladie rénale Un risque pour bon nombre de vos patients Document destiné aux professionnels de santé

Hémostase et Endocardite Surveillance des anticoagulants. Docteur Christine BOITEUX

Evaluation d un nouveau vidéo endoscope bronchique à usage unique avec canal opérateur en réanimation

PLAC E DE L AN ALYS E TOXIC OLOG IQUE EN URGE NCE HOSP ITALI ERE

Complications de la transfusion

LA TUBERCULOSE Docteur ALAIN BERAUD

Atelier N 2. Consultation de patientes porteuses d une maladie générale

Bilan d Activité du Don de Plaquettes par cytaphérèse Sur une Période d une année au Service Hématologie EHS ELCC Blida.

Unité d enseignement 4 : Perception/système nerveux/revêtement cutané

Observation. Merci à l équipe de pharmaciens FormUtip iatro pour ce cas

4eme réunion régionale des référents en antibiothérapie des établissements de Haute-Normandie

Réflexions sur les possibilités de réponse aux demandes des chirurgiens orthopédistes avant arthroplastie

Item 182 : Accidents des anticoagulants

Item 127 : Transplantation d'organes

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE AVIS DE LA COMMISSION. 10 octobre 2001

Item 154 : Tumeurs des os primitives et secondaires (Évaluations)

1- Parmi les affirmations suivantes, quelles sont les réponses vraies :

Existe t il des effets pervers à l identification du portage de BMR?

Fièvre sans foyer chez l enfant de moins de 3 mois

DÉFICITS IMMUNITAIRE COMMUN VARIABLE

Docteur, j ai pris froid!

Spondylarthropathies : diagnostic, place des anti-tnf et surveillance par le généraliste. Pr P. Claudepierre CHU Henri Mondor - Créteil

Nouveaux anticoagulants oraux : aspects pratiques

LISTE DES ACTES ET PRESTATIONS - AFFECTION DE LONGUE DURÉE HÉPATITE CHRONIQUE B

NAVA pourquoi pas. Stéphane Delisle RRT, PhD, FCCM Mohamed Ait Si M Hamed, inh. BSc.

Cordarone et Thyroïde par François Boustani

Bienvenue aux Soins Intensifs Pédiatriques

Référentiel Officine

RÉFÉRENCES ET RECOMMANDATIONS MEDICALES

Anatomie. Le bassin inflammatoire. 3 grands cadres. 4 tableaux. Spondylarthrite ankylosante. Spondylarthrite ankylosante 26/10/13

Intoxication par les barbituriques

PSDP et usage des pénicillines - ESAC

Traumatismes pelviens

Sérodiagnostic de la polyarthrite rhumatoïde

Le traitement du paludisme d importation de l enfant est une urgence

Session Diagnostic. organisme gestionnaire du développement professionnel continu.

e-santé du transplanté rénal : la télémédecine au service du greffé

L incompatibilité immunologique érythrocytaire

Centre Antipoison et de Toxicovigilance Strasbourg Tél:

ANNEXE IIIB NOTICE : INFORMATION DE L UTILISATEUR

La ventilation non invasive aux soins intensifs

A C T I V Méningites à pneumocoque de l Enfant en 2007

Caisse Primaire d Assurance Maladie de La Charente

Grossesse et HTA. J Potin. Service de Gynécologie-Obstétrique B Centre Olympe de Gouges CHU de Tours

Signalement et gestion des infections respiratoires aiguës (IRA) et des gastroentérites aiguës (GEA) 19 juin 2014

Diagnostic et antibiothérapie. des infections urinaires bactériennes. communautaires de l adulte

Définition de l Infectiologie

E03 - Héparines non fractionnées (HNF)

CEPHALEES POST-BRECHE DURALE. Post Dural Puncture Headache (PDPH)

COMMISSION DE LA TRANSPARENCE. Avis. 3 septembre 2008

prise en charge paramédicale dans une unité de soins

LE POINT TOX. N 7 - Juillet Bulletin du réseau de toxicovigilance de La Réunion L ÉVOLUTION TEMPORELLE DU NOMBRE D INTOXICATIONS

URGENCES MEDICO- CHIRURGICALES. Dr Aline SANTIN S.A.U. Henri Mondor

Quoi de neuf dans la prise en charge du psoriasis?

HEPATITES VIRALES 22/09/09. Infectieux. Mme Daumas

Vous intervenez en équipage SMUR sur un accident de la voie publique : à votre arrivée sur les lieux, vous trouvez un homme d environ 30 ans au sol à

Guide du parcours de soins Titre ACTES ET PRESTATIONS AFFECTION DE LONGUE DURÉE. Hépatite chronique B

Thérapeutique anti-vhc et travail maritime. O. Farret HIA Bégin

L ANGINE. A Epidémiologie :

Groupe 1 somnovni 12/12/14

La maladie de Still de l adulte

INCONTINENCE URINAIRE

Lombalgie inflammatoire. François Couture Rhumatologue Hôpital Maisonneuve Rosemont Avril 2010

Les nouveaux anticoagulants oraux, FA et AVC. Docteur Thalie TRAISSAC Hôpital Saint André CAPCV 15 février 2014

Patho Med Cours 5. Maladie Pulmonaires Obstructives BPCO Asthme

ECHOGRAPHIE EN GYNECOLOGIE ET EN OBSTETRIQUE

Le diagnostic de Spondylarthrite Ankylosante? Pr Erick Legrand, Service de Rhumatologie, CHU Angers

Tronc Artériel Commun

phase de destruction et d'élimination de débris

Guide à l intention des patients et des familles. Le don d un rein.

Otite Moyenne Aiguë. Origine bactérienne dans 70 % des cas. Première infection bactérienne tous âges confondus

Cas clinique 2. Florence JOLY, Caen François IBORRA, Montpellier

Compte rendu d hospitalisation hépatite C. À partir de la IIème année MG, IIIème années MD et Pharmacie

PRISE EN CHARGE DES LESIONS SPINCTERIENNES ANALES DU POST-PARTUM : DU CURATIF AU PREVENTIF

Référentiel CPAM Liste des codes les plus fréquents pour la spécialité :

GUIDE D INFORMATIONS A LA PREVENTION DE L INSUFFISANCE RENALE

UTILISATION DES C.C.P DANS LES HEMORRAGIES SOUS AVK ET SOUS NACO : RECOMMANDATIONS DE L HAS COPACAMU 2014

LITHIASE URINAIRE USAGER PRÉSENTANT UNE LITHIASE URINAIRE OC-091. Uroscan. Rx abdominal

HVC CHRONIQUE MOYENS THERAPEUTIQUES ET BILAN PRE-THERAPEUTIQUE CHAKIB MARRAKCHI.

Marseille 25 octobre 2012 Accompagnement du traitement chez les co-infectés VHC-VIH en pratique

Transcription:

Une gastroentérite qui s aggrave Une gastroentérite qui s aggrave

Melle D. 15 ans : Admise en réanimation le 27/05/2009 pour un choc septique compliqué d un syndrome de défaillance multiviscérale.

Antécédents Pas d antécédents chirurgicaux. Acnée traitée par doxycycline début avril (arrêt pour intolérance digestive). Allergies : Bactrim, Rulid. Traitement à domicile: Ibuprofène (pour des règles douloureuses)

Asthénie le 23/05/2009. Majoration de l AEG le 24/05/2009, et apparition de troubles digestifs. Consulte son médecin traitant le 25/05/2009. Diagnostic de gastroentérite devant hyperthermie, vomissements, diarrhées Le 27/05/2009, consultation aux urgences.

Aux urgences le 27/05 à 12h Motif d admission : suspicion de syndrome appendiculaire. Examen clinique : Température : 37,1 C; PA :70/45; FC=135/min; SaO2=91%, FR=28/min. Examen cardiopulmonaire sans particularité; Abdomen souple, sensible en fosse lombaire et FID. BU : leucocytes +++, sang ++, protéines ++, nitrites 0, Glc 0.

Aux urgences le 27/05 à 12h30 Bilan biologique prélevé; ECBU, hémocultures X2 prélevés; Traitement instauré : Rocéphine 2g IVL; SSI 500cc, Voluven 500cc.

Examens para cliniques (1) NFS : GB 12 240/mm3, Hb 13,2g/dl, plq 100 000/mm3 ; TP 40%, TCA 54/30 ; Na 130 meq/l, K 3,9 meq/l, Urée 1,38 g/l, Créatinine 77 mg/l, BH normal, CRP 309 mg/l ; βhcg négative. GdS : ph 7,30, pco2 25 mmhg, po2 112 mmhg, Bicar 12,3 mmol/l

Examens para cliniques (2) Scanner abdominal sans injection: Épanchement péritonéal avec liquide dans le cul de sac de Douglas, sans autre anomalie apparente (notamment pas de dilation des cavités pyélocalicielles). Echographie abdominopelvienne : Liquide dans le cul de sac de Douglas sans autre anomalie.

Aux urgences à 16h Température : 36,5 C; PA : 80/30 après voluven 1500 ml et SSI 1500 ml ; FC : 147/min; FR : 43/min; SaO2 : 75% sous 8 L/min d O2. Anurie, dyspnée avec crépitants bilatéraux, éruption cutanée érythémateuse prédominant sur les zones de pression. RP : syndrome alvéolaire bilatéral GdS : ph 7,25; pco2 30 mmhg; po2 45 mmhg; Bicar 13 mmol/l; SaO2 72%; lactates 4,2 mmol/l. NFS : GB 4960/mm3, Hb 9,2 g/dl, plq 47000/mm3

Aux urgences à 17h30: Sédation, intubation + VM FiO2=100% ; Collapsus et bradycardie extrême motivant MCE + adrénaline 1mg IVD, puis 2 mg/h ; Transfert en réanimation.

En réanimation à 19h30 Anamnèse de la maman : Douleurs pelviennes depuis le début, DDR il y a 7 jours. Aucune symptomatologie respiratoire initialement. Examen clinique : Marbrures généralisées, PA 100/60, FC 145/min, Examen cardiopulmonaire : BdC réguliers sans souffle; hémoptysie, MV symétrique. Examen abdominopelvien : hématurie, pas de contact lombaire, leucorrhées. Examen cutané : érythème des zones de pression.

Au total : Choc d allure septique compliqué d un syndrome de défaillance multiviscérale (SDRA, insuffisance rénale, CIVD) ; Etiologies évoquées : Pyélonéphrite ; Infection gynécologique (pyosalpinx) ; Infection abdominale ; Infection bactérienne systémique grave : Méningococcémie, infection à Staphylococcus aureus Pneumopathie communautaire.

Traitement instauré (1) Traitement symptomatique : Sédation, curarisation ; VM : FiO2 100%, PEEP 14 ; Noradrénaline jusqu à 8 mg/h, remplissage par cristalloïdes ; HSHC, insulinothérapie.

Traitement instauré (2) Antibiothérapie : Céfotaxime 200 mg/kg/j, métronidazole 500 mg X 3/j, levofloxacine 500 mg/j, linezolide 500 mg X 2/j. À H18, laparotomie exploratrice = laparotomie blanche ; + Montée de 2 sondes JJ ; À H24, Protéine C activée.

Résultats microbiologiques En réanimation : Examen direct AET = négatif Antigénurie pneumocoque et légionnelle négatives Examen direct ECBU = négatif Mais aux urgences : ECBU : leucocyturie = 10 5 /ml; Staphylococcus aureus = 10 4 /ml Prélèvement vaginal en réanimation + à Staphylococcus aureus.

Diagnostic Choc toxique staphylococcique

Evolution (1) Aggravation des hémoptysies : arrêt de la protéine C; Aggravation de l état de choc et du SDRA : augmentation de la noradrénaline et mise en décubitus ventral. Prescription d immunoglobulines polyvalentes à H36 devant l aggravation clinique.

Evolution (2) Evolution lentement favorable, noradrénaline sevrée à J5, extubation à J11 Confirmation du diagnostic de toxic shock syndrome : Staphylococcus aureus méticilline sensible, souche sécrétrice de TSS-T1 et de l entérotoxine A.

Discussion (1)

Discussion (2)

Epidémiologie et physiopathologie Le choc toxinique staphylococcique est une pathologie rare ; Toxic staphylococcic shock toxin-1 (TSST-1) est présente dans 50 à 90% des cas de choc toxinique staphylococcique ; Cette toxine est un superantigène. Rôle protecteur des Ac anti-tsst-1.

Prévalence des souches productrices detsst-1 et présence d anticorps anti-tsst-1 1 seul sujet avec Ac ¼ (3,1%)

Critères diagnostiques du CDC

Antibiothérapie Etude française rétrospective menée de 2003 à 2006 : 55 cas, 4 SARM (7%). (Descloux E. et al. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2008; 27: 37-43) Antibiothérapie inhibant la production de toxines : Clindamicine (Coyle EA. et al. AAC 2003; 47:1752-5) Linezolide (Stevens DL. et al. CID 2006; 42: 729-30)

Immunoglobulines polyvalentes Les patients qui développent un choc toxinique staphylococcique produisent peu ou pas d anticorps neutralisants TSST-1. (Stolz SJ. et al. J Infect Dis 1985; 151: 883-9) L administration d Ig polyvalentes pourrait améliorer le pronostic comme c est le cas au cours du choc streptococcique. (Darenberg J et al. Clin Infect Dis 2003)

Immunoglobulines polyvalentes Différences entre l effet neutralisant des Ig polyvalentes sur les superantigènes streptococciques et staphylococciques : implications thérapeutiques? Darenberg J et al. CID 2004: 38:836-42