Courbes elliptiques et hyperelliptiques

Documents pareils
Chapitre 1 Régime transitoire dans les systèmes physiques

FctsAffines.nb 1. Mathématiques, 1-ère année Edition Fonctions affines

Correction du Baccalauréat S Amérique du Nord mai 2007

2. RAPPEL DES TECHNIQUES DE CALCUL DANS R

Comparaison de fonctions Développements limités. Chapitre 10

chapitre 4 Nombres de Catalan

La polarisation des transistors

Couples de variables aléatoires discrètes

Fonctions de plusieurs variables

Baccalauréat S Antilles-Guyane 11 septembre 2014 Corrigé

LE PROBLEME DU PLUS COURT CHEMIN

CHAPITRE VIII : Les circuits avec résistances ohmiques

Construction de l'intégrale de Lebesgue

Développements limités. Notion de développement limité

Complément d information concernant la fiche de concordance

Exercices - Nombres complexes : corrigé. Formes algébriques et trigonométriques, module et argument

Bac Blanc Terminale ES - Février 2011 Épreuve de Mathématiques (durée 3 heures)

4. NOMBRES COMPLEXES ET TRIGONOMÉTRIE

DÉRIVÉES. I Nombre dérivé - Tangente. Exercice 01 (voir réponses et correction) ( voir animation )

LES DÉTERMINANTS DE MATRICES

Carl-Louis-Ferdinand von Lindemann ( )

Chapitre 4 : les stocks

CNAM UE MVA 210 Ph. Durand Algèbre et analyse tensorielle Cours 4: Calcul dierentiel 2

OPÉRATIONS SUR LES FRACTIONS

Suites numériques 4. 1 Autres recettes pour calculer les limites

Date : Tangram en carré page

NOMBRES COMPLEXES. Exercice 1 :

1. Création d'un état Création d'un état Instantané Colonnes Création d'un état Instantané Tableau... 4

= 1 si n = m& où n et m sont souvent des indices entiers, par exemple, n, m = 0, 1, 2, 3, 4... En fait,! n m

Exercices - Fonctions de plusieurs variables : corrigé. Pour commencer

Image d un intervalle par une fonction continue

Suite dossier d appel

F411 - Courbes Paramétrées, Polaires

RapidMiner. Data Mining. 1 Introduction. 2 Prise en main. Master Maths Finances 2010/ Présentation. 1.2 Ressources

La fonction exponentielle

Chapitre 6. Fonction réelle d une variable réelle

SYSTEMES LINEAIRES DU PREMIER ORDRE

Mesurer les altitudes avec une carte

Chapitre 2 Le problème de l unicité des solutions

Dérivation CONTENUS CAPACITÉS ATTENDUES COMMENTAIRES

t 100. = 8 ; le pourcentage de réduction est : 8 % 1 t Le pourcentage d'évolution (appelé aussi taux d'évolution) est le nombre :

Probabilités sur un univers fini

G.P. DNS02 Septembre Réfraction...1 I.Préliminaires...1 II.Première partie...1 III.Deuxième partie...3. Réfraction

Chapitre 1 : Introduction aux bases de données

Introduction : Cadkey

Calculons avec Albert!

CCP PSI Mathématiques 1 : un corrigé

Nombre dérivé et tangente

Chapitre 1. L intérêt. 2. Concept d intérêt. 1. Mise en situation. Au terme de ce chapitre, vous serez en mesure de :

Retournement Temporel

OPTIMISATION À UNE VARIABLE

Fonctions de plusieurs variables, intégrales multiples, et intégrales dépendant d un paramètre

Fibonacci et les paquerettes

Comment tracer une droite représentative d'une fonction et méthode de calcul de l'équation d'une droite.

Chapitre 3. Quelques fonctions usuelles. 1 Fonctions logarithme et exponentielle. 1.1 La fonction logarithme

TP : Shell Scripts. 1 Remarque générale. 2 Mise en jambe. 3 Avec des si. Systèmes et scripts

Rapport du projet CFD 2010

6. Les différents types de démonstrations

modélisation solide et dessin technique

Navigation dans Windows

Compte rendu des TP matlab

Exo7. Limites de fonctions. 1 Théorie. 2 Calculs

RECOMMANDATION 27 EFFICACITE DE LA COMMUNICATION, ENTRE LES CANAUX DE DISTRIBUTION ET LES ASSUREURS, ET RECIPROQUEMENT.

5 ème Chapitre 4 Triangles

Exercices - Polynômes : corrigé. Opérations sur les polynômes

CHAPITRE IX : Les appareils de mesures électriques

Vers l'ordinateur quantique

Continuité et dérivabilité d une fonction

Représentation géométrique d un nombre complexe

Mathématiques et petites voitures

Méthode : On raisonnera tjs graphiquement avec 2 biens.

Gestion des applications, TI. Tout droits réservés, Marcel Aubin

Installation de Windows 2000 Serveur

Travaux pratiques. Compression en codage de Huffman Organisation d un projet de programmation

Dérivation : cours. Dérivation dans R

1. Utilisation du logiciel Keepass

De même, le périmètre P d un cercle de rayon 1 vaut P = 2π (par définition de π). Mais, on peut démontrer (difficilement!) que

Exo7. Calculs de déterminants. Fiche corrigée par Arnaud Bodin. Exercice 1 Calculer les déterminants des matrices suivantes : Exercice 2.

Bien lire l énoncé 2 fois avant de continuer - Méthodes et/ou Explications Réponses. Antécédents d un nombre par une fonction

Moments des variables aléatoires réelles

Commun à tous les candidats


Objectifs du cours d aujourd hui. Informatique II : Cours d introduction à l informatique et à la programmation objet. Complexité d un problème (2)

Chapitre 1. Une porte doit être ouverte et fermée. 1.1 Les enjeux de l'informatique quantique

III- Raisonnement par récurrence

Une réponse (très) partielle à la deuxième question : Calcul des exposants critiques en champ moyen

Problème : Calcul d'échéanciers de prêt bancaire (15 pt)

C f tracée ci- contre est la représentation graphique d une

FONCTIONS À CROISSANCE RÉGULIÈRE

Cours admin 200x serveur : DNS et Netbios

Exercices de dénombrement

UEO11 COURS/TD 1. nombres entiers et réels codés en mémoire centrale. Caractères alphabétiques et caractères spéciaux.

Dossier table tactile - 11/04/2010

GEA II Introduction aux probabilités Poly. de révision. Lionel Darondeau

L'équilibre général des échanges

I. Polynômes de Tchebychev

Traitement de texte : Quelques rappels de quelques notions de base

Résolution d équations non linéaires

Table des matières. 10 Gimp et le Web. Option de traitement d'images Mémento pour la séance N o Création d'animation

Précision d un résultat et calculs d incertitudes

Transcription:

Courbes elliptiques et hyperelliptiques A. Lesfari Département de Mathématiques Faculté des Sciences Université Chouaïb Doukkali B.P. 20, El-Jadida, Maroc. E. mail : lesfariahmed@yahoo.fr Nous allons construire le plus intuitivement possible les surfaces de Riemann dans le cas elliptique et hyperelliptique. Rappelons d'abord qu'en général, la dénition d'une fonction fait qu'à une valeur de la variable correspond une seule valeur de la fonction. Dans certains cas, celà n'est pas très naturel car l'usage des fonctions complexes n'est pas simple. Lors de la dénition de telles fonctions, on rencontre généralement des dicultés au niveau de la détermination de l'image : non unicité, défaut de continuité. On parle dans ce cas de fonction multiforme. Si la dénition, par exemple, de la fonction carrée z 2, de la fonction inverse, de la fonction exponentielle exp z, etc... ne pose pas z de problèmes majeurs, il n'en va pas de même, par exemple, avec les tentatives de dénition de la fonction racine carrée z, la fonction logarithme complexe log z, etc... Considérons par exemple la fonction z sur l'ensemble des nombres complexes C. Si z est un nombre complexe, on peut l'écrire : z = re i(θ+2kπ) où r est le module de z et θ est un argument de z, déni à 2kπ près. Lorsque k décrit l'ensemble des entiers relatifs Z, z reste inchangé. Les racines carrées de z dans C sont alors re i( θ 2 +kπ). Supposons que le nombre complexe z décrit un cercle ne contenant pas l'origine, son argument augmente puis revient à sa valeur initiale après un tour complet. Par contre, si z décrit un cercle contenant 0, alors son argument augmente de 2π : z reprend donc sa valeur initiale mais, pendant ce temps, l'argument de la racine carrée choisie verra son argument augmenter de π. Au nal, on retombe sur l'autre détermination de la racine carrée! L'origine 0 qui pose ici problème, est appelé point de branchement ou de ramication pour la fonction racine carrée : elle est une fonction multiforme autour de 0. On est donc en présence d'une fonction multiforme : deux images opposées. Si z est non nul, il existe deux valeurs possibles pour z, et il n'y a pas de raison de préférer l'une à l'autre. Laquelle choisir? Problème a priori insoluble quel que soit le choix car nous travaillons ici dans C.

A. Lesfari 2 Les calculs faisant intervenir des fonctions multiformes sont parfois lourds et compliqués. Riemann a eu l'idée de transformer les fonctions multiformes en fonctions uniformes (un point n'a qu'une seule image), en modiant le domaine de dénition. Il recolle pour cela continûment plusieurs représentations du domaine de dénition, les feuillets, et obtient le concept de surface de Riemann. Partant de diverses fonctions multiformes sur C, on peut les rendre uniformes en remplaçant leur domaine C par une surface de Riemann ; c'est le procédé d'uniformisation. Quoi qu'il semble compliqué à priori de remplacer C par une surface, on peut se dire que cette surface est le domaine naturel sur lequel la fonction est dénie, ce qui justie son introduction. Parmi les problèmes qui se posent, on ne peut pas dénir de façon cohérente les opérations de calcul sur les fonctions multiformes : par exemple que vaut (± z ± z)? Sur la surface de Riemann de z, cette complication n'existe pas. Plus précisément, pour remédier à ce problème, Riemann imagine un artice redénissant l'ensemble de dénition des fonctions complexes : on parle aujourd'hui de surfaces de Riemann sur lesquelles ces fonctions redeviennent uniformes (nos fonctions usuelles : l'image est unique). Pour la fonction z, on clone le plan complexe que l'on représente par deux feuillets reliés entre eux par le demi-axe positif, appelé coupure. Aucun cercle autour de 0 ne doit franchir cette coupure à moins de passer d'un feuillet à l'autre ou inversement. Dans ces conditions, z ne reprendra sa valeur initiale qu'au bout de deux tours. Ayant fait le choix d'une détermination de la racine carrée, celle-ci devient uniforme sur la surface de Riemann (ici la sphère de Riemann), ce qui autorise alors la notation z. Passons maintenant à la construction de la surface de Riemann dans le cas elliptique et hyperelliptique. Soit w 2 = P 3 (z), où P 3 (z) est un polynôme de degré 3, ayant trois racines distinctes e, e 2, e 3.

A. Lesfari 3 Considérons C C, z w : w 2 = P 3 (z), Il est évident que w n'est pas une fonction (uniforme). A chaque valeur de z correspond deux valeurs diérentes de w sauf quand z = e, z = e 2, z = e 3. En ces points, w est univaluée : en eet, on a w = ± P 3 (e i ) = 0, une seule valeur. Tous les points à l'inni dans toutes les directions seront identiés en un seul point que l'on désigne par. Au point z =, w est aussi univaluée : en eet, posons z = t, d'où et ( ) w 2 = P 3 = t ( ) ( ) ( ) t e t e 2 t e 3, w ± t. 3 Par conséquent, lim t 0 w = ± c'est-à-dire, une seule valeur. Notre problème consiste à uniformiser w, autrement dit, on cherche un domaine sur lequel w est une fonction (uniforme). Auparavant, étudions le comportement de w au voisinage des racines de P 3 (z) = 0 c'est-à-dire e, e 2, e 3 ainsi qu'au voisinage du point à l'inni. Si z décrit un circuit (c'est-à-dire un chemin fermé, par exemple un cercle) entourant un des points e, e 2, e 3 et, alors w change de signe : en eet, supposons que z décrit un cercle centré en e et posons z e = re iθ, où r est le module de z e et θ son argument. Evidemment r ne change pas tandis que θ varie de 0 à 2π. Au voisinage de e, w = P 3 (z) se comporte comme w = z e = r /2 e iθ/2. Dès lors, pour θ = 0, on a w = r /2 tandis que pour θ = 2π, on a w = r /2. Si on refait de nouveau un tour complet autour de z = e, l'argument θ varie de 2π à 4π et alors on obtient r /2 qui est la valeur de départ. Pour z = e 2 ou z = e 3, il sut d'utiliser un raisonnement similaire au cas précédent. En ce qui concerne le point, on pose comme précédemment z = t ( ) w 2 = P 3, t et on étudie

A. Lesfari 4 au voisinage de t = 0. On a w ± t = 3 ±t 3/2. Soit t = re iθ. Autour de t = 0, w se comporte comme w = t 3/2 = r 3/2 e 3iθ/2. Dès lors, pour θ = 0, on a w = r 3/2 et pour θ = 2π, on a w = r 3/2. Comme précédemment, si t refait de nouveau un tour complet, w reprend la valeur de départ c'est-à-dire r 3/2. Passons maintenant à la construction du domaine sur lequel w serait une fonction uniforme. Cette construction se fera en plusieurs étapes : ère étape : Prenons deux copies ou feuillets σ et σ 2 du plan complexe compactié C { } ou ce qui revient au même de la sphère de Riemann puisqu'ils sont homéomorphes. Plaçons le feuillet σ au dessus de σ 2 et sur chacun de ces feuillets marquons les points e, e 2, e 3,. Supposons que les points de σ seront envoyés sur et que ceux de σ 2 seront envoyés sur w = (z e ) (z e 2 ) (z e 3 ), w = (z e ) (z e 2 ) (z e 3 ). 2ème étape : Dans chaque feuillet, faisons deux coupures : une le long de la courbe reliant le point e au point e 2 et l'autre le long de la courbe reliant le point e 3 au point. Désignons par A, B, C, D (resp. A 2, B 2, C 2, D 2 ) les bords des coupures dans le feuillet σ (resp. σ 2 ). Rappelons que w change de signe lorsque l'on tourne d'un tour autour d'un des points e, e 2, e 3,. Donc en allant de A à B, on change le signe de w c'est-à-dire on passe sur l'autre feuillet, là où w a l'autre signe. De même pour les bords A 2 et B 2, C et D, C 2

A. Lesfari 5 et D 2. Par conséquent, w a la même valeur sur A et B 2, sur B et A 2, sur C et D 2 et enn sur D et C 2. 3ème étape : On identie les bords suivants : A à B 2, B à A 2, C à D 2 et D à C 2. Après recollement, on obtient un tore à un trou. La surface à deux feuillets obtenue s'appelle surface de Riemann elliptique ou courbe elliptique associée à l'équation : w 2 = (z e )(z e 2 )(z e 3 ). Sur cette surface, w est une fonction uniforme. Lorsqu'on tourne autour d'un des points e, e 2, e 3, ou, on passe d'un feuillet à l'autre. En ces points les deux feuillets se joignent et on les appellent points de branchement ou de ramication de la surface. Remarque a) La surface obtenue peut-être tracée de diérentes façons :

A. Lesfari 6 ou ou encore b) Si w 2 = P 4 (z), où P 4 (z) est un polynôme de degré 4, ayant quatre racines distinctes e, e 2, e 3, e 4, alors on obtient aussi une courbe elliptique. Les points de branchements sont e, e 2, e 3 et e 4. Notons que si w 2 = (z e ) (z e 2 ) (z e 3 ) (z e 4 ), alors la transformation (w, z) ( y x, e 2 + ), x ramène cette équation à la forme y 2 = ( + (e e 2 ) x) ( + (e e 3 ) x) ( + (e e 4 ) x).

A. Lesfari 7 c) Signalons enn que si w 2 = P n (z), où P n (z) est un polynôme de degré n supérieur où égal à 5, ayant n racines distinctes, alors on obtient ce qu'on appelle surface de Riemann hyperelliptique ou courbe hyperelliptique. Plus précisément, une surface de Riemann hyperelliptique ou courbe hyperelliptique de genre g se dénit par une équation de la forme w 2 = P n (z) = { P2g+ (z) si n = 2g + P 2g+2 (z) si n = 2g + 2 où P 2g+ (z) et P 2g+2 (z) sont des polynômes sans racines multiples. Pour n = 5 ou 6, on obtient une courbe hyperelliptique de genre g = 2 : n g (genre) Surface de Riemann ou 2 0 sphère de Riemann 3 ou 4 elliptique à un trou 5 ou 6 2 hyperelliptique à deux trous 7 ou 8 3 hyperelliptique à trois trous... n [ n ] (partie entière) 2 hyperelliptique à [ n ] trous 2