AUX ORIGINES DE LA SHOAH
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- Amélie Brousseau
- il y a 10 ans
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1 LA NUIT, le célèbre ouvrage d Élie Wiesel raconte ce qu il vécut à Auschwitz, le camp nazi situé en Pologne qui était à la fois un camp de concentration, un camp de travail forcé et un camp d extermination dans lequel il entra, adolescent, en mai Le récit s achève en avril 1945, lorsque Wiesel s examine dans un miroir. Geste insignifiant s il en est, mais le jeune garçon ne s était pas regardé dans un miroir depuis sa déportation, plus d un an auparavant. Il avait été déporté avec sa famille de sa ville natale de Sighet en Hongrie. D ailleurs, ce qu aperçut Wiesel n avait rien d ordinaire. «Du fond du miroir, écrivit-il, un cadavre me contemplait.» Bien que théoriquement «libéré» d Auschwitz, Wiesel ne put jamais se libérer de la catastrophe qui s était abattue sur lui et sur son peuple. Lui et les autres rescapés avaient été témoins de tant de violence insensée et de tant de morts vaines dans «le royaume de la nuit» qu à tout jamais, leur existence comprendrait la mort-vie qu il avait dû identifier en s observant dans le miroir. «Le regard dans ses yeux, tandis qu ils fixaient les miens, ne m a jamais quitté», écrivit-il. AUX ORIGINES DE LA SHOAH PROLOGUE De temps à autre, Élie Wiesel est retourné à Auschwitz. Il l a fait, avant tout, à titre de témoin, pour les morts et pour les vivants. Mais il y est retourné aussi parce que ses talents d auteur, l influence qu il exerce sur le plan humanitaire et le prix Nobel de la paix qui lui a été décerné en 1986 «Le commencement, la fin : toutes les routes du monde, tous les cris de l humanité, conduisent à cet endroit maudit. Ici, c est le royaume de la nuit, où la face de Dieu est cachée et où un ciel incandescent devient la tombe d un peuple disparu.» Élie Wiesel, «Pèlerinage au royaume de la nuit» lui ont conféré des responsabilités de premier plan pour ce qui touche au souvenir de la Shoah, notamment la conservation de ses sites principaux. Au cours de l été 1979, il a conduit une délégation sur les lieux les plus importants de l histoire de la Shoah, entre autres, Auschwitz-Birkenau. C est à Birkenau, principal centre d extermination du grand réseau de camps d Auschwitz, que plus d un million de Juifs furent gazés. Les visiteurs accompagnant Wiesel étaient des membres de la Commission du président [des États-Unis] sur la Shoah. Jimmy Carter, à l époque président américain, avait chargé cette commission d étudier les modalités d un mémorial de la Shoah aux États- Unis. Cette initiative aboutit, en 1993, à l ouverture à Washington du Musée du mémorial de la Shoah. Au cours de la visite effectuée à Auschwitz dans le cadre de son voyage de 1979, Wiesel lut son poème Listen to the wind (Écoutez le vent). Ce poème exhortait les hommes à écouter à écouter le vent, les pierres et le ciel dans un lieu que Wiesel qualifia fort opportunément de «tombe du cœur de l homme». Par la suite, en 1979, réfléchissant à son «pèlerinage au royaume de la nuit», pour reprendre le titre de son article publié le 4 novembre par le New York Times, Wiesel évoqua Auschwitz- Birkenau en ces termes : «Le commencement, la fin : toutes les routes du monde, tous les cris de l humanité, conduisent à cet endroit maudit.» En 1979, E. Wiesel se trouvait avec d autres survivants à Auschwitz-Birkenau, «l endroit où nous avons perdu nos familles» ; il Nombreux furent les monarques européens du Moyen-Âge à expulser les Juifs ou à les condamner à mort. En France, Philippe V donne l ordre de brûler sur le bûcher cette femme juive. 17
2 rapporte qu «il n y avait pas de mots Il n y avait rien à dire». Mais alors, rappelle Wiesel, dans le vent d Auschwitz, on put entendre d antiques paroles, des paroles qui revenaient au commencement : Shema Israël Écoute Israël, l Éternel est notre Dieu, l Éternel est Un....Ani maamin, je crois de tout mon cœur en la venue du Messie Remontant à plusieurs siècles et plusieurs millénaires, ces paroles de la tradition juive évoquent non seulement les origines du peuple juif, mais également le début des temps et de la création. Entendues à Auschwitz, ces paroles interrogent : Comment Pourquoi l antisémitisme? En 1879 et 1880, Heinrich von Treitschke, un historien nationaliste allemand influent publia une série d articles qui attira l attention sur une phrase désastreuse : Die Juden sind unser Unglück («Les Juifs sont notre malheur»). Ce slogan allait par la suite être inscrit sur les bannières du parti nazi lors de ses grands rassemblements. Peu avant la parution de l essai de Treitschke, un autre auteur allemand, le journaliste antijuif Wilhelm Marr, avait forgé le terme antisémitisme. Mais on peut dire que ce que désigne ce terme la discrimination et la haine des Juifs est la haine la plus tenace du monde. En l an 70 de l ère chrétienne, les Romains sous la direction de Titus, affamèrent et/ou massacrèrent au moins Juifs à Jérusalem. Les premiers théologiens chrétiens affirmèrent que les Juifs avaient eux-mêmes déclenché ce massacre en ayant rejeté la messianité de Jésus. Par la suite, la violence se déchaîna contre les Juifs durant des siècles. Les Juifs furent expulsés d Angleterre en 1290, de France en 1306 et d Espagne en La tolérance religieuse et les droits civiques s étant développés en Europe aux XVIIIe et XIXe siècle, les Juifs devinrent des citoyens égaux en droit. Ces tendances libérales, cependant, n éradiquèrent pas la haine des Juifs. À la fin des années 1800, par exemple, des pogroms antijuifs éclatèrent en Russie et en Pologne, faisant des milliers de victimes. Au cours des siècles, l antisémitisme emprunta des formes religieuses, politiques, économiques, sociales et raciales diverses, mais toujours voisines. Les Juifs furent victimes de discriminations, haïs et massacrés, parce que les non-juifs animés de préjugés estimaient qu ils appartenaient à la mauvaise religion, n étaient pas aptes à devenir citoyens, pratiquaient les affaires malhonnêtement, ne se comportaient pas comme il faut ou possédaient des caractéristiques raciales inférieures. Ces formes d antisémitisme, notamment la forme raciale, jouèrent toutes un rôle clé dans la Shoah. Sans l antisémitisme, la Shoah n aurait pas pu avoir lieu. se fait-il que Birkenau ait laissé une telle cicatrice sur la terre et que l humanité ait affronté les supplices interminables de la Shoah? Cette fin était-elle inscrite dans le commencement? Longtemps après que la dernière page de ce livre aura été tournée, ces questions demeureront. Comment pourrait-il en être autrement, alors qu aucun événement ne pose un tel défi à la compréhension humaine? Pour saisir le comment et le pourquoi de cet événement, il est essentiel de procéder à une analyse des années 1933 à 1946 la tranche chronologique majeure de la Chronique de la Shoah. Cependant, de même qu il est inexact de dire que la Shoah s est terminée en 1946, il est également insuffisant de la faire débuter en La foi religieuse et une subtile perception du monde avant la Shoah ont contribué à soutenir l écrivain Élie Wiesel, survivant de la Shoah. Vers 1500 avant l ère chrétienne : Selon la chronologie biblique, les Hébreux se rendent en Égypte. Vers 1250 av. l ère chrétienne : Moïse, l Hébreu, reçoit les Dix commandements, étape décisive du monothéisme hébraïque. Vers l an 1000 av. l ère chrétienne : Règnes des rois Saül, David et Salomon. Jérusalem devient la capitale du royaume israélite. Construction du Temple du roi Salomon à Jérusalem. Vers 700 av. l ère chrétienne : Déportation par les Assyriens de dix des douze tribus juives, les dix tribus perdues. Vers 600 av. l ère chrétienne : Conquête de Jérusalem par les Babyloniens qui détruisent le Temple. Ils exilent de nombreux Juifs à Babylone. Cette diaspora est appelée l Exil babylonien. Vers 500 av. l ère chrétienne : Élaboration du concept de Messie, un dirigeant politique, militaire, religieux et moral. Conquête des Babyloniens par les Perses qui autorisent le retour des Juifs exilés et la ré-inauguration du Temple. 18
3 Des rescapés d Auschwitz retournent dans le camp en avril 1965, 20 ans après sa libération par les Russes. L impact exercé par la Shoah persiste. En ce sens, le passé demeure présent. En outre, pour tout ce qui a trait à la Shoah, la présence du passé sollicite la conscience. Comprendre la Shoah implique un retour aux origines du peuple juif et à celles de l État allemand moderne. Ce qui conduit à examiner la discrimination antijuive enracinée dans le christianisme, ainsi que les stéréotypes raciaux présents avant l émergence du nationalsocialisme. Au fur et à mesure qu on avance dans le XXI e siècle, la Shoah recule dans le passé. Événement d un siècle antérieur, elle nous apparaît de plus en plus lointaine. Rien cependant ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Le génocide s est produit ; il jette une ombre sur la terre. Le génocide a fait qu aucune ténèbre n est inconcevable, aucune destruction inimaginable, aucune dévastation impossible. La purification ethnique au Kosovo et les génocides perpétrés en Bosnie et au Rwanda après la Shoah en témoignent. Ce n est que si l alerte donnée par la Shoah est prise en compte et ne tombe pas dans l oubli que le cri «plus jamais!» ne sera pas tourné en dérision par un retentissant «encore et encore!» C est en commençant par le commencement que l avertissement peut être pris en compte. En premier lieu, prêtons attention aux lunettes brisées qui appartenaient à un journaliste allemand nommé Fritz Gerlich. Les lunettes de Fritz Gerlich Né en 1883, Fritz Gerlich grandit à Munich où il fit des études de science et d histoire à l université de cette ville, rédigeant une thèse sur un empereur germanique du Moyen-Âge pour obtenir son doctorat. Handicapé par sa vue il dut porter les lunettes à monture d acier qui le rendirent célèbre Gerlich ne put servir dans l armée allemande pendant la Première Guerre mondiale. Il travailla alors aux archives nationales tout en étant de plus en plus attiré par le journalisme politique. Ardent défenseur du nationalisme allemand après la défaite de son pays en 1918, Gerlich devint rapidement le rédacteur en chef du Münchener Neueste Nachrichten, l un des journaux les plus conservateurs de la ville. Au début des années 1920, Gerlich était un personnage important du mouvement nationaliste de l Allemagne d après-guerre. Au printemps 1923, il reçut la visite d un homme controversé, de six ans son cadet, qui dirigeait le Parti national socialiste des ouvriers allemands, affilié à droite. Cet homme était Adolf Hitler. La visite d Hitler à Gerlich en 1923 eut lieu à une époque troublée. Bien qu affilié politiquement à la droite, le rédacteur en chef du journal de Munich Fritz Gerlich détestait Hitler. Il demeura inébranlable dans son opinion pendant la montée au pouvoir d Hitler, ce qui finit par lui coûter la vie. Vers les IVe-IIe siècles av. l ère chrétienne : Les Grecs tentent de détruire le judaïsme et d imposer aux Juifs la culture et la religion hellénistiques. Les Juifs résistent. (Les Juifs célèbrent toujours ces événements dans la fête de Hanouccah). Vers le IIIe siècle av. l ère chrétienne : Le Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible juive) est traduit en grec. Cette version est connue sous le nom de Bible des Septante. Vers 140 av. l ère chrétienne : La Judée et Rome sont alliées. 63 av. l ère chrétienne : Pompée, l un des triumvirs de Rome, conquiert la Judée. Vers 4 avt-30 après l ère chrétienne : C est à peu près la durée de la vie de Jésus de Nazareth. Ponce Pilate, le gouverneur romain de Judée, ordonne l exécution de Jésus auquel s étaient opposés des dirigeants juifs. Facteur de complication, à cette époque, nombreux étaient les Juifs qui appartenaient à différentes sectes du judaïsme : les Sadducéens constituaient un aristocratique groupe sacerdotal qui coopérait avec les autorités romaines pour maintenir le statu quo ; 19
4 Grevée par l énorme dette contractée pour financer la Première Guerre mondiale, et en proie à une inflation galopante, la république de Weimar (nom donné au régime parlementaire de l Allemagne de 1919 à 1933) était en butte aux pressions et aux tensions. Pour saisir ce qui allait se passer entre Gerlich et Hitler, il importe de présenter plus en détail quelques raisons de la détresse de l Allemagne à cette époque. À la fin de la Première Guerre mondiale, la défaite de l Allemagne fut officialisée par l Armistice signé le 11 novembre Sept mois plus tard, le 28 juin 1919, le traité de Versailles, qui posait les conditions de la paix, fut signé à Paris. Ce traité déclarait l Allemagne coupable d avoir déclenché la guerre et imposait aux Allemands le paiement des dommages subis par les Alliés. Une À leur retour de la Grande Guerre, les soldats allemands découvrirent que leurs perspectives étaient limitées. Nombre d entre eux finirent par faire la queue devant les bureaux d aide sociale. commission des réparations devait en déterminer le montant. L accord conclu ultérieurement à Londres en mai 1921 fixa les réparations de guerre de l Allemagne à 131 milliards de marks-or (environ 31 milliards de dollars au taux de change de l époque). La dette devait être remboursée sur 37 ans avec un intérêt de 6%. Les paiements annuels s élevaient à deux milliards de marks-or plus 26% des exportations allemandes. Estimés à environ 7% du revenu national de l Allemagne, les paiements annuels furent considérés par l économiste britannique John Maynard Keynes comme trois fois supérieurs à ce que le pays pouvait fournir. Cette charge financière suscita un profond ressentiment exploité à fond par Hitler et son parti nazi. Dès le début, l Allemagne rencontra des difficultés à respecter l échelonnement des réparations. Dès Contrairement au Blitzkrieg nazi motorisé lancé en France 17 ans plus tard, en 1923, les soldats français occupèrent la Ruhr à bicyclette. la fin de 1921, par exemple, le gouvernement déclara qu il ne pourrait honorer les paiements de janvier et février L Allemagne réclama à plusieurs reprises un moratoire, mais la France en particulier, considéra le défaut de paiement comme une occasion d affaiblir encore l Allemagne en réoccupant la Ruhr, une région rhénane revêtant une importance industrielle et stratégique pour le redressement de l Allemagne après la guerre. Le 11 janvier 1923, prenant prétexte d une insuffisance des livraisons allemandes de bois et de charbon, le premier ministre français Raymond Poincaré envoya des troupes dans cette région de l Allemagne pour superviser les intérêts français. Incapable d opposer une résistance militaire à l occupation française renforcée par des forces belges, les Allemands réagirent par une résistance passive. En représailles, les Français procédèles Pharisiens se consacraient aux traditions des lois de Moïse et cherchaient à faire régner la pureté religieuse au sein du peuple choisi par Dieu ; les Esséniens vivaient à l écart de la société, en assemblées quasi-monastiques ; les Zélotes militaient en faveur de la liberté politique de la Judée, alors soumise à la domination romaine ; quant aux premiers chrétiens, ils croyaient que Jésus était le Messie annoncé Ier siècle de l ère chrétienne : Environ cinq millions de Juifs vivent hors d Eretz Israël, dont 80% dans l Empire romain. An 70 : Après une révolte juive, le général Titus et l armée romaine assiègent Jérusalem, prenant au piège la population de la ville. Les Juifs qui tentent de s échapper sont massacrés. Les autres subissent un siège de plusieurs mois avant d être attaqués par l armée. Au moins Juifs périssent dans les combats ou meurent de faim. Les Romains détruisent le Deuxième Temple. Nombre de théologiens chrétiens diront que les Juifs suscitent leur propre destruction en refusant de reconnaître Jésus comme leur Messie. 20
5 rent à des arrestations, des incarcérations, des expulsions, voire des exécutions. Durant l été 1923, la débâcle économique allemande s aggrava et les forces françaises d occupation dans la Ruhr furent portées à hommes, soit l équivalent de l effectif total de l armée allemande autorisé par le traité de Versailles. Ces mesures ulcérèrent les Allemands, notamment ceux qui, à l instar d Hitler, estimaient à tort que la défaite de l Allemagne et en particulier le traité de Versailles s expliquaient par un Dolchstoss («coup de poignard dans le dos») infligé au sein même de l Allemagne par des traîtres juifs et leurs collaborateurs de gauche. En 1923, l Allemagne subit une spirale inflationniste comme aucune nation industrialisée n en avait connu. Le financement de la guerre avait reposé moins sur la pression fiscale que sur les emprunts et les titres alors remboursés par la politique déjà inflationniste du gouvernement consistant à augmenter la masse monétaire en circulation. Dès son impression, le papier-monnaie était déprécié. Malheureusement, les problèmes affectant l économie allemande dépassèrent de loin les dettes accumulées pendant la guerre ou les demandes de réparations qui portaient la défaite à un coût extrêmement élevé. La guerre avait porté atteinte au potentiel industriel de l Allemagne. Son stock de matières premières et de marchandises avait considérablement diminué. La reconversion d une économie de guerre en une économie de paix était alors fort coûteuse, le taux de chômage aggravant encore les difficultés. Ce problème, à son tour, n était guère facilité par l entretien en Allemagne de soldats en Le traité de Versailles La signature du traité de paix de Versailles en juin 1919 officialisa la fin de la guerre entre l Allemagne et les anciennes puissances de l Entente. Entièrement rédigé par les vainqueurs, ce traité fut exécré par quasiment tous les Allemands. Le traité stipulait l abandon par l Allemagne des territoires d Alsace-Lorraine, Posnanie, Prusse occidentale et Haute Silésie, ainsi que de ses possessions coloniales en Afrique. L Allemagne perdit en outre le contrôle de ses mines de charbons de la Sarre. Les clauses militaires du traité retiraient les troupes allemandes de la Rhénanie, démantelaient la marine de l Allemagne et limitaient son armée à hommes. Des réparations d un montant de 132 milliards de marks-or (environ 31 milliards de dollars) étaient également exigées. L élément le plus accablant du traité était l infamante «clause de culpabilité». En vertu de l article 231, l Allemagne devait endosser la responsabilité pleine et entière de la guerre ; cette exigence ulcérait même les Allemands modérés qui reconnaissaient l obligation pour l Allemagne de verser des réparations. Accablée par le fardeau de la défaite et affaiblie par le traité de Versailles, la république de Weimar, gouvernement de l Allemagne d après-guerre, fut accusée par ses détracteurs d avoir poignardé le pays dans le dos. L appel à abroger le traité fut l élément le plus marquant du programme politique des nazis avant leur arrivée au pouvoir en Cette affiche représentant un bébé en train de hurler traduit la fureur des Allemands à l idée que ceux qui sont nés après la guerre passeraient leur vie entière à payer les réparations. 313 : L empereur romain Constantin publie un décret de tolérance de toutes les religions, y compris le christianisme. IVe siècle : Les Juifs sont victimes de discriminations dans l Empire romain christianisé. IVe-VIe siècles : De nombreux conciles de l Église et des dizaines de lois romaines attaquent le judaïsme et les Juifs, interdisant par exemple le mariage entre chrétiens et Juifs. IVe-VIe siècles : Les chrétiens commencent à accuser les Juifs d être les «meurtriers du Christ» en complicité avec le diable. Vers : Au début du Moyen- Âge, les Juifs européens, exerçant généralement la profession de marchands, subissent des persécutions intermittentes : Les premiers croisés chrétiens massacrent des Juifs en Europe et s emparent de Jérusalem XIe-XIIIe siècles : À plusieurs reprises, les croisades comprennent des massacres de Juifs. Plusieurs milliers sont assassinés et des synagogues et des maisons sont pillées. 21
6 En Allemagne, en 1923, un travailleur ordinaire rapportait chez lui son salaire hebdomadaire dans une brouette. Les ménagères utilisaient la monnaie dépréciée du gouvernement pour allumer le feu. Une brassée de billets de banque permettait d acheter une miche de pain. Ces incohérences illustraient les résultats les plus apparents de l inflation qui réduisit à néant les économies des particuliers et paralysa le gouvernement de l Allemagne de Weimar dans l entredeux guerres, avant Hitler. Dès ses débuts en 1919, la République démocratique de Weimar fut confrontée à de graves problèmes économiques, en premier lieu les importants versements des réparations exigées par les puissances de l Entente après la Grande Guerre de et détaillées dans le traité de Versailles. Les spéculateurs allemands s étant fabuleusement enrichis en profitant de l infortune des classes moyennes, ceux qui s étaient ruinés devinrent plus réceptifs au discours des extrémistes de droite qui accusaient le gouvernement de Weimar et souvent les Juifs de tous les maux de la nation. Bien que l inflation ait cessé en 1924, le redressement allemand demeurait fragile. Le krach boursier de New York en octobre 1929 déclencha une crise économique internationale qui ravagea l Allemagne. Les faillites Désastre économique et le chômage atteignirent des niveaux sans précédent. Un débat au Reichstag aboutissait pratiquement à paralyser le processus de décision politique de l Allemagne. Durant toutes ces années, Adolf Hitler menait campagne inlassablement, prônant l abrogation du traité de Versailles et la restauration de la fierté et de la prospérité de l Allemagne. C est un électorat désorienté qui réagit. Lors des élections de 1930, le NSDAP opéra une percée politique spectaculaire, remportant 18,3% des suffrages et obtenant 107 sièges (contre 12 précédemment). Il devint le deuxième parti du parlement. La rhétorique nazie encourageait les classes moyennes à se souvenir de l effroyable inflation de 1923 et à protester contre le traité de Versailles. Les nazis rendaient responsables de la situation calamiteuse de l Allemagne les «criminels de novembre» (allusion aux socio-démocrates jugés responsables de l accablement de l Allemagne en 1919), les marxistes, les profiteurs économiques et les Juifs prétendument derrière tout cela. Les vociférations au parlement trouvèrent un écho de plus en plus violent dans les rues allemandes où des batailles rangées se livraient entre clans politiques rivaux. Des bandes de jeunes nazis prenaient plaisir à affronter les socio-démocrates et autres opposants politiques. L été 1932 fut particulièrement sanglant, lorsque les sections d assaut nazis respectèrent leurs promesses de «fracasser des crânes» et de «démolir cette foutue république juive». En juin, dans le seul État de Prusse, près de 500 accrochages firent plus de 80 morts. La crise économique s aggravant, les énergiques efforts de propagande nazie portèrent leurs fruits. Les élections de juillet 1932 donnèrent aux nazis un score stupéfiant de 37% des suffrages. Avec 230 membres au Reichstag, ils devinrent désormais le principal parti politique d Allemagne. Enhardi par ce succès aux urnes et par l évidente approbation par l opinion publique de ses grandioses plans économiques, Hitler redoubla ses exigences d être nommé chancelier. XIe-XVe siècles : Les Juifs du Moyen-Âge subissent une importante dégradation de leur statut en Europe. Ils sont considérés comme des agents du diable ; les plus grands pécheurs d Europe ; des usuriers rapaces ; des assassins d enfants chrétiens (accusation de crime rituel) ; des buveurs de sang chrétien (calomnie) ; des conspirateurs cherchant à détruire la chrétienté (empoisonneurs de puits) ; et d éternels ennemis de Jésus-Christ (profanateurs d hosties). Ces fréquentes diffamations formulées à l encontre des Juifs ne sont nullement corroborées par les faits. Des communautés juives tout entières n en sont pas moins massacrées par suite de l animosité qui inspirait ces accusations : Dans la ville de Blois, située au sud-ouest de Paris, des Juifs sont accusés injustement d avoir perpétré un meurtre rituel (assassinat d un enfant chrétien) et d avoir utilisé le sang de l enfant à des fins rituelles. Les Juifs adultes de la ville sont arrêtés et la plupart sont exécutés après avoir refusé de se convertir. 31 ou 32 Juifs sont tués. Les enfants juifs sont baptisés de force. 22
7 Cette affiche électorale de 1924 exhorte les Allemands à voter pour le Parti nationaliste du peuple allemand (DNVP) et contre les «traîtres» démocrates et socialistes Pour respecter les clauses du traité de Versailles, d entre eux devraient être démobilisés, puis, tant bien que mal, intégrés dans la main-d œuvre allemande. Cet objectif pouvait difficilement être atteint dans une économie dont l instabilité inflationniste détruisait rapidement la confiance dans le gouvernement. Au début des années 1920, un dollar valait 100 marks. En janvier 1923, le mark chuta, le dollar en valant désormais L hyperinflation avait remplacé l inflation. Plus tard au cours de l année, le taux de change monta en flèche et un dollar valut 4,2 milliards de marks. Avant que la spirale ne soit maîtrisée vers la fin de l année 1923, l hyper-inflation avait ruiné des millions d Allemands moyens qui vivaient de leurs salaires, de revenus fixes ou d épargnes soigneusement accumulées à des époques meilleures. Au point culminant de l inflation, un litre de lait ou une miche de pain pouvait coûter des milliards de marks. Les prix changeaient tous les jours et aussi pendant la journée. De l argent possédé le matin avait perdu toute valeur à la tombée de la nuit. L hyper-inflation bénéficia à certains spéculateurs qui obtinrent d énormes prêts bancaires, les utilisèrent pour acheter des affaires ou des biens, puis furent à même de rembourser leurs prêts en monnaie dévaluée. La plupart des Allemands, cependant, se retrouvèrent dans une grave détresse économique, car il arrivait fréquemment qu ils reçoivent un avis de leurs banques indiquant que leurs dépôts avaient perdu toute valeur. Haut lieu des mouvements nationalistes de l Allemagne d après-guerre, la Bavière et notamment sa ville principale Munich non seulement fut affectée par l instabilité économique en 1923, mais c est de là également que partirent des opérations destinées à rétablir l ordre par des moyens révolutionnaires. Ces projets aboutirent vraisemblablement à la rencontre entre Hitler et Fritz Gerlich, l homme aux lunettes. Gerlich n était pas nazi, mais les deux hommes avaient des intérêts communs et ils auraient pu devenir alliés. Or, c est le contraire qui se produisit. Gerlich devint en Allemagne l un des opposants d Hitler et des nazis les plus tenaces et les plus résolus. L origine de cette exécration vouée à d Hitler est loin d être claire, mais les assurances qu Hitler avait données à Gerlich au printemps et qu il avait violées à l automne 1923 jouèrent probablement un rôle. Comme le montre Ron Rosenbaum dans son livre Pourquoi Hitler? Enquête sur l origine du mal, (JC Lattès, 1998), Gerlich soutenait les aspirations politiques de Gustav von Kahr, le gouverneur nationaliste de droite de la Bavière. Hitler avait peut-être promis à Gerlich que lui aussi soutiendrait Kahr et ne recourrait pas à des méthodes illégales pour promouvoir le programme nazi. Par Alors que l inflation augmentait, le gouvernement de Weimar continua à imprimer encore plus d argent. À la fin de 1923, un billet de dix milliards de marks comme celui-ci ne permettait pratiquement de rien acheter : Le quatrième concile de Latran décrète que les Juifs doivent être distingués des autres par leur vêtement, afin d éviter les relations entres Juifs et chrétiens. Les Juifs sont parfois contraints de porter un insigne, parfois un chapeau pointu. La papauté protège parfois les Juifs, mais précise, urbi et orbi, que les Juifs sont des apatrides dont la présence même en Chrétienté dépend du bon vouloir de l Église : Expulsion des Juifs d Angleterre. L hostilité envers les Juifs persistera dans les Îles britanniques pendant les 350 années suivants, en dépit de l absence des Juifs jusqu au milieu de XVIIe siècle : Philippe IV expulse tous les Juifs de France, leurs biens étant vendus aux enchères. Environ Juifs sont contraints de partir. Début du XIVe siècle : Des Tsiganes s établissent dans le sud-est de l Europe. 23
8 la suite, Gerlich fut témoin du putsch de la brasserie de Munich des 8 et 9 novembre 1923, au cours duquel Hitler tenta imprudemment de prendre le contrôle de l État bavarois. Le coup d État commença dans la soirée du 8 novembre lorsque Hitler et d autres dirigeants du parti nazi interrompirent un meeting patriotique à la Bürgerbraükeller où Kahr était l orateur principal. Les sections d assaut nazies encerclant le bâtiment, Hitler mit Kahr en état d arrestation et lui extorqua son soutien sous la menace d un revolver. Une fois débarrassé des menaces, Kahr renia le soutien qui lui avait été arraché. Il ordonna également aux forces de police bavaroises de se tenir prêtes à midi, le 9 novembre. Dans l après-midi, Hitler et d autres chefs nazis notamment le général Frustrés par le chômage prolongé, les travailleurs allemands déclenchent une émeute à Berlin, en octobre La police réprime l émeute et embarque les manifestants en prison. Gustav von Kahr, le chef du gouvernement nationaliste de Bavière, réprime la tentative de coup d État à Munich en Erich Ludendorff, un héros de guerre allemand, et Hermann Göring, pilote de chasse qui allait devenir un personnage central dans le IIIe Reich se dirigèrent vers l Odeonplatz au centre de Munich avec quelque partisans. Bloquant la route aux nazis, la police ouvrit le feu. Seize nazis et quatre membres de la police furent tués. Hitler et Göring furent blessés. Le coup d État échoua, mais loin de l oublier, les nazis firent de ce premier soulèvement révolutionnaire un élément essentiel de l identité de leur parti. Les nazis tombés devinrent des martyrs. Ceux qui en réchappèrent devinrent des héros particulièrement honorés parmi les Alte Kämpfer (anciens combattants), les nazis membres du parti avant l accession au pouvoir d Hitler, le 30 janvier Hitler fut arrêté deux jours après l échec du coup d état et jugé pour trahison trois mois plus tard. Le tribunal cependant ne se montra pas particulièrement inquiet de la tentative d Hitler de renverser le gouvernement. Condamné à cinq ans de détention dans la prison de Landsberg, Hitler fut libéré neuf mois plus tard, en décembre Il avait mis à profit la souplesse des conditions de détention pour commencer à écrire l un des livres les plus influents du XXe siècle, Mein Kampf (Mon combat), qui fut publié en En 1933, Mein Kampf s était vendu à plus d un million d exemplaires. Le 500e tirage eu lieu en 1939 et, en 1945, dix millions d exemplaires avaient déjà été vendus. Les droits d auteurs firent d Hitler un homme riche. En 1933, Fritz Gerlich fut, pour Hitler et les nazis, un homme à abattre. Pendant une décennie, il n avait ni oublié ni pardonné à Hitler de n avoir pas respecté ses engagements. Gerlich conserva toujours l opinion qu il s était faite en 1923 : à savoir que la duperie, la traîtrise et la violence implacable formaient le fond du caractère d Hitler. Gerlich décida d user au mieux de son influence et de ses compétences de journaliste pour démasquer Hitler par tous les moyens. Dans les années 1920 et au début des années 1930, Gerlich n était pas le seul journaliste alle : La Peste noire (peste bubonique) ravage l Europe, tuant sans discrimination. Les Juifs sont livrés comme boucs émissaires à la population en quête d une explication à ce terrible fléau. À Francfort et Worms en Allemagne, et ailleurs, des Juifs sont massacrés et leurs communautés détruites. XVe siècle : Des Tsiganes s établissent en Europe occidentale : L Inquisition espagnole accuse les Juifs et les conversos (Juifs convertis) de comploter contre les chrétiens. Chacun des groupes est accusé de profaner l hostie. Entre 1480 et 1520, de 2 à marranes (Juifs convertis) sont condamnés comme hérétiques et crypto-juifs : Expulsion des Juifs d Espagne : Le quartier juif de Venise est appelé Geto Nuovo (nouvelle fonderie). Le mot ghetto dérivera plus tard du «geto». 24
9 mand à s opposer à Hitler et au parti nazi. Avant même que Gerlich n utilise sa plume contre Hitler, un groupe en grande partie oublié aujourd hui (fort injustement) composé de rédacteurs en chefs et de journalistes du Munich Post entre autres Martin Gruber, Erhard Auer, Edmund Goldschagg et Julius Zerfass utilisa une astucieuse combinaison de journalisme d investigation et de presse à sensation pour présenter les nazis comme des voyous assassins exerçant le chantage et multipliant les scandales, que rien n arrêterait pour mettre en pratique leur politique raciste et antisémite. Ce furent fort probablement les premières voix publiques à s élever contre Hitler et leur opposition émanait de la gauche, alors que la perspective de Gerlich était conservatrice, mais leurs thèmes et les siens avaient beaucoup en commun. Pendant 12 ans, jusqu aux premiers jours de l entrée en fonction d Hitler au poste de chancelier de l Allemagne durant l hiver 1933, le Munich Post combattit Hitler et les nazis par l écrit. Considérant Hitler comme un criminel politique et les nazis comme un vulgaire gang, le journal montra qu Hitler contrôlait le moindre geste des nazis. Ces derniers, soulignaient en général les journalistes du Munich Post, constituaient le «Parti d Hitler». Ses caricatures tournaient Hitler en dérision ; ses articles visaient à le renverser. Le journal révéla les purges sanglantes et le chantage en vigueur au sein du parti nazi, et dénonça le mensonge d Hitler selon lequel la défaite allemande à la fin de la Première Guerre mondiale s expliquait par le «coup de poignard dans le dos» donné par les socialistes. Des Voici les principaux inculpés du procès qui suivit le putsch de la brasserie. Hitler est le quatrième à partir de la droite. Le putsch de la brasserie En novembre 1923, Adolf Hitler et les sympathisants du parti nazi tentèrent de renverser le gouvernement bavarois au cours de ce qui fut appelé «le putsch de la brasserie». Dans la soirée du 8 novembre, épaulé par les membres armés des SA, Hitler fit irruption dans un rassemblement officiel organisé dans l une de ces brasseries omniprésentes à Munich. Proclamant de façon mélodramatique que la révolution nationale avait commencé, Hitler et ses partisans prirent le contrôle de la réunion et débattirent d une stratégie pour gagner le soutien populaire à leur soulèvement. Le lendemain, une grande manifestation nazie dans le centre de Munich tourna au fiasco. Affrontant la police, après une brève fusillade au cours de laquelle 16 nazis et quatre policiers furent tués, Hitler et ses partisans s enfuirent pour sauver leur vie. Le procès pour trahison intenté à Hitler et ses subalternes fut suivi avec attention en Allemagne et aboutit, sur le plan de la propagande, à une victoire pour ce politicien parvenu. Assumant la pleine responsabilité de ses actes, Hitler affirma que les véritables criminels étaient les signataires du traité de paix de Versailles et les partisans de la république de Weimar. Les juges de droite, bien disposés à l égard des conceptions politiques d Hitler, le condamnèrent à cinq ans de prison dont il ne purgea que neuf mois. Dans sa prison, Hitler dicta (à Rudolf Hess) son manifeste politique, Mein Kampf (Mon combat) : Eretz Israël (appelée alors Palestine) est placé sous la domination de l Empire ottoman ; voir octobre : Martin Luther, père du christianisme protestant, publie le pamphlet Contre les Juifs et leurs mensonges : Pogroms perpétrés par les cosaques de Bogdan Chmielnicki en Pologne et en Russie. Les accusations de meurtre rituel et de profanation d hosties conduisent à la destruction d environ 300 communautés juives et au massacre de quelque Juifs. Années 1780 : Les chimistes prussiens fabriquent le «bleu de Prusse», un composé toxique à partir duquel sera élaboré quelque 155 ans plus tard le gaz appelé Zyklon B. Les Allemands l utiliseront pour gazer les prisonniers juifs des camps de la mort. 27 septembre 1791 : La France accorde la citoyenneté aux Juifs qui prêtent serment de fidélité à la nation : Les Pays-Bas accordent la citoyenneté aux Juifs. 25
10 Le fascisme Le fascisme fut fondé vers 1920 en Italie par Benito Mussolini (à gauche sur la photo). Par la suite, des gouvernements fascistes accédèrent au pouvoir en Allemagne, en Roumanie, en Slovaquie et en Croatie. Presque tous les pays européens produisirent leur propre mouvement fasciste. Bien que dépourvus de manifeste politique commun, les mouvements fascistes partageaient un certain nombre de caractéristiques. Sous ses diverses formes, le fascisme prônait le mouvement et l action, et trouvait en général une importante audience parmi les jeunes. Les gouvernements fascistes étaient antidémocratiques et antimarxistes. Certains mouvements fascistes, mais pas tous, intégrèrent l antisémitisme dans leur programme politique. Tous, sans exception, s identifiaient étroitement à leurs chefs. Aucun régime fasciste ne survécut à la mort de son fondateur. Les Fasci di combattimento (groupe de combat) de Mussolini accédèrent au pouvoir en Une démonstration de force des «Chemises noires» italiennes le 27 octobre 1922 aboutit à la nomination de Mussolini au poste de premier ministre d Italie. Bien que Mussolini soit parvenu au pouvoir légalement, il avait consolidé sa position par des mois de terrorisme et d intimidation. Devenu premier ministre, Mussolini consolida prudemment son pouvoir avant d imposer une dictature. À la fin de 1926, l Italie était devenu un État dictatorial à parti unique. Illustration spectaculaire extraite de cette biographie d Hitler, glorifiant un membre des sections d assaut. La suggestion est évidente : un mouvement pour lequel il vaut la peine de combattre est un mouvement pour lequel il vaut la peine de mourir. journalistes du Post impliquèrent Hitler dans la mort mystérieuse de Geli Raubal, sa nièce (fille de sa demi-sœur), et ils insinuèrent que l antisémitisme d Hitler cherchait à couvrir une éventuelle ascendance en partie juive. Dans Les Juifs dans le IIIe Reich, un pronostic publié le 9 décembre 1931, plus de deux ans avant la prise du pouvoir par Hitler, le Post rapporta qu il avait eu connaissance d un plan nazi secret visant à priver les Juifs de leurs droits civiques, à confisquer leurs biens et à réaliser «la solution finale de la question juive» en les retirant de la société allemande et en leur imposant un travail servile. Dans les milieux nazis, le Munich Post fut désigné sous le terme «officine de venin». Avant l accession au pouvoir des nazis en 1933, le «parti d Hitler» tenta de réduire le Post au silence par des procès en diffamation et des menaces de mort contre les membres de la rédaction. Le journal n en poursuivit pas moins sa résistance antinazie. Vers la fin du mois de février, le Post continua à publier des articles sur les meurtres politiques perpétrés par les nazis. Parmi ses derniers comptes-rendus anti-hitlériens, un reportage en trois parties tenta courageusement de contrer ce que le Post considérait depuis longtemps comme la caractéristique la plus destructrice d Hitler : sa falsification délibérée de l histoire. Le Post prédit que les objectifs d Hitler étaient désastreux pour l Allemagne et pour le monde. Son opinion cependant ne prévalut guère. Avant la fin de l hiver , les reportages du Post contre Hitler volèrent en éclats, ses courageux journalistes étant emprisonnés ou assassinés. Alors que les attaques du Munich Post contre Hitler émanaient de la gauche, Fritz Gerlich et quelquesuns de ses collègues journalistes devinrent les détracteurs d Hitler les Début des années 1800 : Un nouveau mouvement juif, le judaïsme réformé, est créé en Allemagne. Il a pour objectif, entre autres, de moderniser le judaïsme en vue de maintenir une vie religieuse juive face au laïcisme. 11 mars 1812 : En Prusse, un décret d émancipation accorde la citoyenneté aux Juifs. 29 mars 1814 : Le Danemark accorde la citoyenneté aux Juifs. Vers 1820 : Après la défaite de Napoléon, le tsar de Russie approuve le principe de la Zone de résidence, seul secteur où les Juifs sont autorisés à habiter. 30 novembre 1830 : La Grèce accorde la citoyenneté aux Juifs : La Belgique accorde la citoyenneté aux Juifs : La population juive de Vienne, en Autriche, passe de à habitants : Londres élit son premier député juif, le baron Lionel Nathan de Rothschild. Il ne put cependant siéger au Parlement parce qu il refusa de prê- 26
11 plus bruyants parmi les conservateurs allemands. Quittant son poste au Münchener Neueste Nachtrichten, Gerlich dirigea son propre journal anti-hitlérien Der Gerade Weg (La voie juste ou La voie droite) au milieu des années L un des sommets de l aversion croissante de Gerlich à l encontre d Hitler fut publié le 17 juillet 1932 dans Der Gerade Weg. Le journal de Gerlich présentait un photomontage provocant sur le plan racial et visant à démolir le personnage d Hitler. Il suggérait qu Hitler avait épousé une femme noire. La légende de cette photo de «mariage» amplifiait la provocation par ces mots : «Hitler a-t-il du sang mongol?». L idéal de pureté raciale était au cœur du credo politique d Hitler. Avant tout, le sang allemand prétendument aryen devait être conservé pur et fort. Considérant cette idéologie pour ce qu elle était, à savoir une supercherie, Gerlich attaqua aux points faibles, donnant l impression qu Hitler, le champion du «sang pur», n était pas seulement un menteur hypocrite, mais également un dirigeant allemand arriviste dont la personnalité et les ambitions politiques étaient pourries jusqu à l os. Personne n alla plus loin que Gerlich pour déclarer publiquement ce dont tout le monde aurait pu se douter, à savoir que le physique d Hitler était loin de ressembler à l idéal nordique pour lequel il se montrait si éloquent. Dans l article qu il écrivit pour accompagner le photomontage et son titre caustique, Gerlich mania avec brio la satire pour montrer en particulier que le nez d Hitler ne résistait pas à l examen approfondi de la «science raciale» prônée par le nazisme. Mettant à l épreuve le nez d Hitler, l article de Gerlich concluait qu Hitler avait lamentablement échoué à son propre examen racial. L attaque de Gerlich contre la physionomie d Hitler eut des conséquences non négligeables. Utilisant sans cesse l imagerie même du nazisme contre Hitler, Gerlich soutint qu il ne pouvait rien y avoir de vraiment allemand chez Hitler parce que le «sang», d après l idéologie nazie, était aussi bien une question spirituelle qu un élément-clé de la vie matérielle. Selon Gerlich, les théories et les pratiques d Hitler à la fois despotiques et malhonnêtes étaient en contradiction totale avec les plus nobles idéaux germaniques. Hitler le prit fort mal. Peu après la parution de l article de Gerlich, les nazis attaquèrent l immeuble du journaliste. Imperturbable, Gerlich continua dans le numéro de la semaine suivante de Der Gerade Weg. Le 24 juillet 1932, il précisa que sa satire ne constituait en rien une approbation du racisme nazi Erhard Auer était l un des journalistes du Munich Post qui entreprirent de dénoncer les mensonges du prétendu patriotisme d Hitler. Tout en allégeant certaines exigences du traité de Versailles, le plan Young demandait à l Allemagne de verser des réparations jusqu aux années Il rencontra une opposition acharnée de la droite allemande, notamment du NSDAP. ter serment sous une forme qui affirmait que le christianisme est la vraie foi : La Norvège autorise les Juifs à entrer dans son territoire. Années 1860 : Premières manifestations du sionisme en Europe, mouvement nationaliste juif visant à créer une patrie juive dans le pays qui allait devenir Israël : Publication en Belgique d une satire de Maurice Joly intitulée Dialogue aux Enfers entre Montesquieu et Machiavel attaquant Napoléon III. Elle constitue la base du pamphlet antisémite Les protocoles des sages de Sion : Création aux États-Unis du Ku Klux Klan, mouvement anti-noir et antisémite : Le journaliste allemand Wilhelm Marr publie un livre à succès La victoire du judaïsme sur le germanisme. Il forge le mot «antisémitisme» afin que la Judenhass (la haine des Juifs) puisse 27
12 La grande crise frappe de plein fouet l Allemagne, contraignant des parents à envoyer leurs enfants dans les soupes populaires organisées par l Armée du salut. qu il estimait odieux. Il n avait pas voulu placer Hitler à l échelon inférieur de la hiérarchie raciale. Au contraire, affirma-t-il, tous les hommes étaient fondamentalement égaux puisque l âme dont ils étaient dotés leur avait été «accordée par Dieu.» En outre, invoquant la tradition religieuse, Gerlich souligna qu aucun homme ou aucune femme ne pouvait être racialement inférieur parce que «nous sommes tous les descendants d un seul père et d une seule mère, les enfants d Adam et Ève.» Gerlich souhaitait faire comprendre à ses compatriotes allemands que la voie empruntée par Hitler n était ni juste ni allemande. Au cours de l année 1932, Gerlich et les autres journalistes opposés à Hitler eurent des raisons d espérer. Bien que les nazis aient remporté un succès lors des élections législatives libres du 31 juillet 1932, en obtenant 37,3% des voix (soit 230 sièges au Reichstag), leur popularité déclina au cours des élections suivantes. Le 6 novembre 1932, ils reçurent 33,1% des suffrages, soit 196 sièges au Reichstag. Mais le courant politique général était davantage en faveur d Hitler que contre lui et les journalistes antinazis ne pouvaient pas l endiguer. Fritz Gerlich, cependant, ne renonça pas. Le 9 mars 1933, plus de cinq semaines après la prise du pouvoir par Hitler, Gerlich se prépara à publier une autre attaque contre lui dans Der Gerade Weg. Peutêtre voulait-il présenter de nouvelles précisions sur le rôle d Hitler dans la mort prématurée Hitler prend la parole au cours d une réunion des dirigeants du NSDAP à Munich en août Il soutient que le piètre score des nazis aux élections de mai nécessite un changement radical de stratégie. de Geli Raubal. Peut-être avait-il l intention de révéler que c étaient les nazis eux-mêmes et non les communistes comme l affirmaient les nazis qui avaient allumé l incendie du Reichstag le 27 février, acte qu Hitler exploita pour convaincre le président allemand, Paul von Hindenburg, de promulguer le décret présidentiel sur la Protection du peuple et de l État. Ces mesures d urgence, maintenues pendant toute la période nazie, suspendaient les libertés d expression, de presse et de réunion ; supprimaient la notion d intrusion dans la vie privée ; et autorisaient la perquisition des domiciles sans mandat. Ces mesures faisaient également de la distribution de publications politiques non agréées un crime de trahison passible de la peine de mort. Ultime effort pour déstabiliser Hitler, le contenu de l article de Gerlich du 9 mars demeura méconnu car, ce jour-là, comme le résume le journaliste Ron Rosenbaum : «des sections d assaut (SA) firent irruption dans le bureau de Gerlich au journal, arrachèrent des presses son dernier article, le rouèrent de coups jusqu à ce qu il perde connaissance et le traînèrent à Dachau.» Gerlich fut détenu dans ce camp de concentration allemand pendant plus d un an. Puis, sa femme reçut le message que les nazis avaient être discutée dans la bonne société : Benjamin Disraeli devient premier ministre de Grande- Bretagne et le premier chef du gouvernement d origine juive en Europe : L Italie accorde l émancipation aux Juifs : La Suède accorde la citoyenneté aux Juifs : Les États allemands sont unifiés sous la tutelle de la Prusse, État autoritaire et militariste. Le roi de Prusse devient le Kaiser (empereur) allemand. Berlin, la capitale de la Prusse, devient la capitale de l Allemagne : La Grande-Bretagne accorde aux Juifs une émancipation pleine et entière. 12 janvier 1871 : Pour la première fois depuis l installation des premiers Juifs dans la région, qui remonte à l époque romaine, une nouvelle constitution accorde aux Juifs allemands la pleine égalité juridique. Cette «égalité» ne servit de rien 28
13 tué le journaliste qui ne s était pas laissé duper par leur jeu. La notification ne contenait aucun mot, seulement ses lunettes à monture d acier, éclaboussées de sang. La vision d Adolf Hitler Adolf Hitler ne portait pas de lunettes particulières, mais sa vision raciste et antisémite montrait bien que la paire que reçut Sophie Gerlich au début de l été 1934 n était nullement les seules lunettes qui appartenaient à des victimes du nazisme. Lorsque l armée soviétique libéra Auschwitz-Birkenau, 11 ans plus tard, les soldats découvrirent d énormes monceaux d objets pillés aux Juifs assassinés. Ce butin contenait non seulement des millions de vêtements et des tonnes de cheveux humains, mais également des montagnes de lunettes. Et pourtant, aucune de ces lunettes, ni aucune autre, n auraient pu corriger la vision d Hitler. Ses conceptions dénaturant et dégradant la vie humaine jusqu à la rendre méconnaissable trouvèrent des partisans suffisamment nombreux pour gouverner l Allemagne nazie et dominer la majeure partie de l Europe entre 1933 et Mein Kampf contenait l essentiel de la vision d Hitler. Mais, on le verra, cet ouvrage posait des questions qui remontaient bien avant les années 1920 et bien avant le monde du tournant du siècle dans Le jeune Hitler lequel Hitler était né, à Braunau, en Autriche, le 20 avril Des différends subsistent quant aux origines précises de l antisémitisme d Hitler. Aucun intellectuel digne de ce nom ne nie cependant qu Hitler était un antisémite invétéré, bien avant d avoir rencontré Fritz Gerlich à Munich, au printemps Et aucun analyste sérieux ne nierait que l antisémitisme d Hitler ne fût inébranlable. Sa haine des Juifs était si tenace que le testament politique qu il signa le 29 avril 1945 la veille de son suicide et moins de dix jours avant la capitulation du Reich se terminait par l ordre donné «au gouvernement et au peuple de faire respecter les lois raciales dans toute leur rigueur et de résister impitoyablement à l empoisonneur de toutes les nations, la juiverie internationale.» L explication par Hitler luimême des débuts de son antisémitisme varie parfois selon les sources qui les situent avant sa première visite à Vienne en mai Il souligne le caractère formateur de ses expériences dans cette ville, avant qu il ne se rende à Munich en 1913, à l âge de 24 Adolf Hitler (au centre) fut élevé dans un foyer autoritaire. Son père, fonctionnaire des douanes autrichiennes, s emportait facilement et se montrait trop strict, ce qui rapprocha Adolf de sa mère trop indulgente. Hitler, qui tient de son père nombre de traits de sa personnalité, est né le 20 avril 1889 à Braunau am Inn, une petite ville autrichienne située à la frontière allemande. Gâté par sa mère, le petit Adolf n eut cependant pas une enfance heureuse. Se disputant fréquemment avec son père, il était maussade et mécontent. Élève fainéant et indifférent, il abandonna l école à l âge de 16 ans pour réaliser son rêve de devenir peintre. En 1907, atterré et cruellement déçu d avoir échoué à l examen d entrée à l Académie des Beaux-arts de Vienne, Hitler mena, durant les cinq années suivantes une existence lamentable dans cette ville. Habitant dans des foyers pour hommes, non rasé, et pauvrement vêtu, il gagnait tout juste sa vie en proposant ses croquis dans les cafés et les auberges. Cette période à Vienne, se souvenaitil «fut pour moi l école de la vie la plus pénible, mais aussi la plus complète.» C est là que se constituèrent les fondements de son idéologie. pour contenir l antisémitisme allemand : Après un long processus, les Juifs de Suisse reçoivent la citoyenneté pleine et entière en vertu de la nouvelle constitution : Fondation par le prédicateur de cour, Adolf Stoecker, du parti social chrétien allemand, à tonalité antisémite. Ce parti exige que les Juifs se convertissent au christianisme : Des pétitions signées par allemands demandent au gouvernement d interdire aux Juifs l accès aux écoles et universités allemandes, ainsi qu à des postes dans la fonction publique. Années 1880 : Une vague de pogroms antijuifs déferle en Russie : Eugen Karl Dühring publie en Allemagne un livre antisémite intitulé Die Judenfrage als Rassen-, Sitten-, und Kulturfrage (La question juive, un problème racial, moral et culturel). 29
14 Richard Wagner Né en 1813, Richard Wagner fut un éminent partisan du nationalisme völkisch, le mouvement qui définissait l Allemagne en des termes extrêmement xénophobes et exclusifs. Les opéras de Wagner, notamment Der Ring des Nibelungen (L anneau du Nibelung), tentaient de faire revivre la grandeur et le passé mystique de l Allemagne. Wagner était également connu pour son antisémitisme politique et racial. Dans son essai Das Judentum in der Musik (Le judaïsme dans la musique), il prétendait que les Allemands étaient «instinctivement rebutés» par les Juifs. Selon Wagner, les Juifs avaient exercé une influence destructrice sur la culture allemande, leur puissance financière leur ayant permis de diriger l opinion publique. L antisémitisme racial de Wagner attira de nombreux partisans de l élite cultivée d Allemagne. Bien que le compositeur ait sombré dans la folie avant sa mort à l âge de 70 ans en 1883, ses essais politiques et sa musique étaient très admirés par Adolf Hitler. Les œuvres de Wagner furent jouées dans de nombreux festivals nazis. Pasteur protestant et antisémite notoire, Adolf Stoecker fut nommé aumônier à la cour de l empereur Guillaume Ier. À ce poste, il exerça une influence sur le Kaiser et ses ministres contre les Juifs d Allemagne. ans, ce qui montre qu il trouva la capitale impériale de l Autriche- Hongrie fort différente de la ville provinciale où il avait grandi, Linz. C est là qu il entendit pour la première fois la musique du compositeur antisémite Richard Wagner qui exerça longtemps une forte influence sur lui. Vienne, tout à la fois, rejeta, fascina et forma Hitler de façon décisive et imprévisible pour lui. Les ambitions artistiques d Hitler son style de peinture traditionaliste représentait des paysages et des bâtiments le conduisirent à présenter sa candidature à l Académie des Beauxarts de Vienne. Après avoir franchi les premiers obstacles, il passa l examen de dessin décisif les 1 er et 2 octobre Le jury qui ne comptait aucun Juif admit 28 candidats sur 113. Le XXe siècle eut probablement été fort différent si Hitler avait été reçu, mais ce ne fut pas le cas. Bien que refusé par l Académie, Hitler demeura à Vienne où il compléta les revenus familiaux dont il disposait en vendant de temps à autre ses toiles à des marchands de tableaux, pour la plupart juifs. En vivant dans cette ville, Hitler se familiarisa avec les versions viennoises du racisme et de l antisémitisme auxquelles avaient fréquemment recours certains hommes politiques européens pour rendre les Juifs responsables de la moindre difficulté rencontrée par les non-juifs. L un d eux était Karl Lueger, qui fut le très populaire maire de Vienne de 1897 à Il œuvra activement Comme en témoigne cette esquisse en couleur, Hitler avait des ambitions artistiques. Refusé à deux reprises par l Académie des Beaux-arts de Vienne, il dirigea sa frustration vers la politique réactionnaire et antisémite : De violents pogroms antijuifs gagnent la Pologne, l Ukraine et la Russie. Voir : Vagues d immigration de Juifs européens en Palestine et aux États-Unis : Sir Francis Galton forge le terme «eugénisme» pour désigner la modification positive de la sélection naturelle par une reproduction sélective des êtres humains. Voir avril 1889 : Naissance d Adolf Hitler à Braunau am Inn, en Autriche : En France, le capitaine Alfred Dreyfus, un Juif, est accusé à tort et reconnu coupable de trahison, ce qui déclenche une vague d antisémitisme, frôlant l hystérie. Dreyfus passera près de cinq ans à l île du Diable avant d être libéré et finalement innocenté. En France, l antisémite Édouard- Adolphe Drumont et La Croix, l organe des Assomptionnistes de l Église catholique romaine, mènent l assaut contre les Juifs. En Allemagne, le darwiniste social Alfred Ploetz qualifie la reproduction sélective des êtres humains d «hygiène raciale». 30
15 pour revitaliser sa ville natale qui, en 1908, comptait deux millions d habitants, ce qui faisait d elle la sixième ville du monde. L un des slogans politiques de Lueger était que «le Grand Vienne ne devait pas devenir le Grand Jérusalem.» Orateur envoûtant, il manquait rarement une occasion d exploiter l antisémitisme à des fins politiques. Des Juifs vivaient à Vienne depuis le milieu du XIIe siècle. En 1623, cependant, les quartiers du centre de la ville leur furent interdits. Parqués dans un ghetto pendant un certain temps, ils furent expulsés de Vienne en 1670 par l empereur Léopold I er qui, par la suite, les convia à revenir pour des raisons économiques. Plus ou moins opprimés pendant des siècles, les Juifs viennois virent leur sort s améliorer en 1867, date de la loi d émancipation dans l Empire austro-hongrois qui leur accorda pleinement les droits civiques, date tardive en comparaison de la plupart des pays européens. Les Juifs purent désormais posséder des biens à Vienne, entrer au service du gouvernement et bénéficier d un plus large accès aux universités, autant de droits qui amenèrent dans la ville une vague d immigration juive. En 1860, par exemple, Vienne comptait habitants juifs. En 1910, ce nombre s élevait à (8,7% de la population totale de Vienne). Les perspectives éducatives étaient particulièrement attrayantes pour la population juive viennoise en plein essor. Au tournant du siècle, près d un tiers des étudiants de l université de Vienne étaient juifs. En 1913, les pourcentages des Juifs étudiant la médecine et le droit étaient respectivement de 40 et de 25%. Dans les affaires également et dans les domaines artistiques, les Juifs remportèrent des succès considérables. Cependant, loin d être appréciés dans Vienne, ces succès des Juifs notamment lorsqu ils créaient une concurrence redoutée induisirent du ressentiment parmi les non-juifs qui se sentirent atteints par la réussite des Juifs. En outre, les courants antisémites de Vienne s étaient intensifiés non seulement en réaction aux succès des Juifs, mais également par crainte que les Juifs très pauvres d Europe orientale et de Russie, fuyant les pogroms, n affluent à Vienne et n augmentent la présence juive étrangère qui se distinguait par le costume traditionnel de ces Juifs en majorité orthodoxes. À l époque où Hitler s installa à Vienne en 1907, l antisémitisme faisait rage. Il se fondait principalement sur un double principe : Haut : Ces Juifs, attendant des clients dans la Grenadierstrasse de Berlin, luttent pour gagner leur vie au marché noir durant les difficiles années de l entre-deux-guerres. Bas : Les antisémites font une fixation sur les Rothschild, une famille juive d Europe, qu ils décrivent comme des spéculateurs et des intrigants. 1. tous les Juifs, quelles que soient leurs différences, étaient fondamentalement ethniquement, voire racialement les mêmes ; 2. tous les Juifs étaient dangereusement différents de la population non juive de Vienne, quel que soit le degré 1896 : La violence antijuive accompagnant l affaire Dreyfus conduit Théodore Herzl, un reporter hongrois qui a suivi le procès, à publier Der Judenstaat (littéralement L État des Juifs mais traduit sous le titre l État juif), un ouvrage encourageant le sionisme. Voir : L Organisation sioniste mondiale (OSM) est fondée à Bâle, en Suisse. Le dirigeant sioniste Théodore Herzl, qui avait couvert la violence antisémite en tant que journaliste, appelle à la création d un État juif. Le politicien antisémite Karl Lueger est élu maire de Vienne sur la liste du parti social chrétien, très antisémite : Parution en Allemagne de Die Grundlagen des 19 Jahrhunderts (Les fondements du XIX siècle), un livre antisémite de Houston Steward Chamberlain qui soutient que l histoire humaine est un combat entre Juifs et Aryens. Création en France de l Action française, un mouvement antisémite. 31
16 «On ne doit pas traiter avec des animaux nuisibles et des parasites ; on ne les élève pas et on ne les chérit pas ; on les détruit aussi rapidement et aussi totalement que possible.» Paul Anton de Lagarde, théoricien politique allemand, nationaliste et antisémite, à propos des Juifs, 1881 d intégration dont ils semblaient bénéficier. Les journaux et les tracts politiques étaient remplis de commentaires antisémites. La politique locale était pleine d une rhétorique antisémite. Bref, l antisémitisme emplissait l air viennois qu Hitler respirait. La question demeure de savoir si, de 1907 à 1913, simplement, l antisémitisme de Vienne devint celui d Hitler. Il est difficile de trouver des remarques antisémites attestées du jeune Hitler. Des témoins oculaires viennois ont rapporté qu Hitler, à l époque, s entendait bien avec les Juifs. Le tableau qui ressort de Mein Kampf suggère cependant quelque chose d autre. Hitler met en relief ce qu il décrit comme une expérience qui le transforma. «Les leçons qu offrent les rues de Vienne, écrit Hitler, rendent d inestimables services.» Au début, raconte-t-il, il «flânait en aveugle» dans la ville, mais avec le temps, il vit les habitants «les yeux ouverts.» Il insiste en particulier sur «une apparition en caftan noir et aux cheveux noirs bouclés. Est-ce un Juif? fut ma première pensée mais plus je fixais ce visage étranger, examinant chacun de ses traits, plus ma question revêtait une forme nouvelle : Est-ce un Allemand?» Dans Mein Kampf, Hitler précise que cette rencontre décisive le persuada que les Juifs viennois n étaient pas des Allemands d une autre religion, mais «un peuple en eux-mêmes.» D après Mein Kampf, l antisémitisme d Hitler se constitua à Vienne, mais ce texte fut écrit plus d une décennie plus tard et, dans ce laps de temps, il s était passé bien des choses. La Première Guerre mondiale revêtit une importance décisive pour Hitler. En 1913, il esquiva le service militaire autrichien en quittant Vienne. Il vécut un temps à Munich, puis revint en Autriche où il fut trouvé physiquement inapte au service militaire. Néanmoins, lorsque la Première Guerre mondiale commença en 1914, Hitler se porta volontaire avec enthousiasme dans l armée allemande. Il passa les quatre années suivantes sur le front occidental, en France et en Belgique, Dans l entre-deux guerres, des soldats allemands, autrefois membres d une énorme armée pendant la guerre, trouvent une solidarité dans les rangs d une association de vétérans nationalistes appelés Stahlhelm (casques d acier). remplissant en tant qu estafette des missions souvent dangereuses, portant, à pied ou à bicyclette, les ordres des chefs du régiment aux dirigeants du front. Hitler fut promu caporal-chef le 3 novembre 1914 mais, pour des raisons qui demeurent obscures, ne reçut pas d autres promotions. Il aurait refusé qu on envisage pour lui une autre promotion ; d autres versions suggèrent que ses supérieurs jugèrent insuffisantes ses capacités de chef. Quoi qu il en soit, Hitler, blessé en octobre 1916, reçut plusieurs distinctions, entre autres, la croix de fer de première classe, véritable exploit pour un caporal, qui lui fut décernée le 4 août 1918, grâce à la proposition d un officier juif, Hugo Guttman. À cette époque, les énormes pertes : Le terme «camp de concentration» est forgé par les Britanniques durant la guerre des Boers pour désigner des zones de détention d Afrikaners (descendants de Néerlandais qui avaient immigré en Afrique du Sud au milieu des années 1800) jugés dangereux : Le programme du parti nationaliste et agressivement antisémite Narodowa Demokracja (parti national démocratique) est élaboré en Pologne. Il encourage les pogroms antijuifs et l émigration forcée : Une deuxième vague de pogroms extrêmement violents balaye la Pologne et l Ukraine. Voir ; : Publication en Russie d une version révisée du pamphlet apocryphe Les protocoles des sages de Sion. Création en Allemagne de l Association internationale pour l hygiène raciale qui a pour vocation de promouvoir les théories du darwinisme social et de la reproduction sélective des êtres humains : La candidature d Adolf Hitler est refusée à l Académie des Beaux-arts de Vienne. 32
17 Influences exercées sur Hitler La conception du monde d Hitler se constitua au cours des six années de misère qu il passa à Vienne, la capitale de l Autriche, de 1907 à Ses positions, développées à partir des frustrations qu il y connut, se fondaient sur un mélange de darwinisme social, d antisocialisme et d antisémitisme. Réduit à vivre avec la lie de la société de Vienne, et privé du respect de soi, le jeune Hitler éprouva un vif ressentiment à se voir refuser l accès à la splendeur et à la gaieté de la ville. Dans un monde qu il qualifia de «crasse répugnante», il se considéra comme engagé dans une lutte pour la survie dans laquelle, le plus apte, le plus brutal, avait une chance. Appliquant cette leçon à sa perception machiavélique de la vie, il déclara dans Mein Kampf que «celui qui voulait vivre devait lutter, et que celui qui ne voulait pas se battre dans ce monde de lutte éternelle ne méritait pas de vivre.» Hitler percevait avec mépris les idéologies des ouvriers comme des doctrines intrinsèquement faibles qui «rejetaient l aristocratique principe de nature et remplaçait l éternel privilège du pouvoir et de la force par la masse du nombre.» Ce qui, il en était convaincu, aboutirait à «l effondrement de la civilisation humaine». Ce n était pas un hasard, soutenait-il, si les Juifs étaient à l origine de ces «doctrines de destruction.» L idéologie nationaliste et antisémite d Hitler commença à se structurer lorsqu il eut accès à une abondante littérature venimeuse. Ostara, un journal à scandales édité par Lanz von Liebenfels, un ancien moine excentrique, comptait parmi ses lectures favorites. Ce théoricien racial déséquilibré s imaginait que les Aryens blonds aux yeux bleus menaient une lutte grandiose contre le danger de «souillure raciale» que faisaient peser ceux qu il appelait les AUX ORIGINES DE LA SHOAH «peuples singes». Hitler acquit sa première éducation politique en étudiant les techniques de propagande et la démagogie de Karl Lueger (photo), le maire antisémite de Vienne. Lueger, habile manipulateur de son public, réclamait la révocation des Juifs des postes influents. L idée que les Juifs dirigeaient les compagnies et les banques, provoquant inévitablement les infortunes économiques des petites entreprises, Hitler l emprunta à Adolf Stoecker. Hitler étudia également la philosophie völkisch (nationaliste raciste) du politicien Georg von Schönerer, qui demandait que toutes les terres culturellement allemandes au sein de l empire des Habsbourgs soient incorporées au Reich. Ceux qui peut-être exercèrent l influence la plus décisive sur la façon dont Hitler formula sa théorie de la race furent le philosophe Eugen Dühring et le journaliste Wilhelm Marr. Fondant leur message sur des arguments pseudo-scientifiques, ils diffusèrent un antisémitisme s inspirant de la biologie. Avertissant du grave danger qui, selon eux, pesait sur la race allemande, ils préconisèrent l adoption de lois contre les Juifs, et réclamèrent leur expulsion à cor et à cri. 23 octobre 1907 : À Berlin, un procès en diffamation, Moltke contre Harden, révèle que l homosexualité et la sodomie sont très répandues dans l armée allemande et dans l entourage du Kaiser. Ultérieurement, les nazis utiliseront ce procès pour justifier la persécution des homosexuels : Environ handicapés mentaux, hommes et femmes, sont stérilisés dans des établissements psychiatriques américains : Sous l influence des théories eugéniques de Sir Francis Galton, Winston Churchill, ministre de l Intérieur britannique, demande que quelque «citoyens britanniques dégénérés» soient stérilisés ou internés dans des camps de travail : En Russie, le Juif Menahem Mendel Beilis, est traduit en justice, accusé du meurtre rituel d un garçonnet chrétien. Après deux ans d internement et après un «procès spectacle», Beilis est acquitté : Affaire Leo Frank à Atlanta (Géorgie). Frank, un Juif du nord des États-Unis, est accusé à tort d avoir assassiné une jeune chrétienne âgée de 33
18 allemandes près de hommes étaient tombés dans les quatre mois précédents firent comprendre aux dirigeants allemands que la guerre était perdue. En octobre 1918, peu avant la fin de la guerre, une attaque au gaz moutarde rendit Hitler temporairement aveugle. Pendant qu il se remettait à l hôpital militaire de Pasewalk, l Allemagne capitula. À l instar de nombreux autres Allemands, Hitler fut abasourdi par la défaite. Alfred Rosenberg Jusqu à la fin, les dirigeants allemands agirent fort peu pour préparer la population à l issue de la guerre qui s avéra désastreuse. Plus de 13 millions d hommes, soit près de 20% de la population allemande, avaient servi dans l armée. Quelque deux millions de soldats avaient été tués, cinq millions blessés. Contrairement à ce qu Hitler répéta maintes fois, aucun «coup de poignard dans le dos» n avait vaincu l Allemagne. Ce furent plutôt les ressources Alfred Rosenberg, qui se prétendait le «philosophe» du national socialisme, rejoignit le parti nazi en 1919 et devint, quatre ans plus tard, le rédacteur en chef de l organe du parti Völkischer Beobachter. On se souvient principalement de son livre Le mythe du XXe siècle, paru en 1930, qui fit de lui le principal idéologue du mouvement national-socialiste. Avec plus d un million d exemplaires publiés en 1942, ce livre fut l un des plus diffusés durant l époque nazie. Empreint de haine des Juifs, il prônait la «pureté du sang» pour le peuple allemand «sous le signe de la croix gammée». Rosenberg décrivait l histoire comme un conflit entre les forces de la lumière (les peuples nordiques ou aryens) et les puissances des ténèbres (les Juifs). Les Juifs étaient les pires ennemis de la culture allemande et de la pureté raciale, et leur influence devait, selon Rosenberg, être éradiquée. À partir de juillet 1941, Rosenberg eut l occasion, en tant que ministre des Territoires de l Est, de mettre ses idées en pratique. Malgré l évidente influence qu il exerça, il était communément considéré par les dirigeants nazis comme un dément, et ses subalternes contournaient régulièrement son autorité, ce qui le conduisit à partir, écœuré, en octobre Après la guerre, Rosenberg fut arrêté et jugé à Nuremberg. Reconnu coupable de crimes contre l humanité, il fut pendu le 16 octobre supérieures des Alliés et l épuisement allemand qui mirent fin à cette guerre dévastatrice. De mars à juillet 1918, soldats allemands furent blessés et environ 1,75 million furent immobilisés par l une des plus graves épidémies de grippe que le monde ait connues. Néanmoins, le Hitler parti enthousiaste à la guerre devint le Hitler résolu à la vengeance de Mein Kampf, dans lequel il évoque son amertume lorsque, en convalescence à Pasewalk, après avoir inhalé des gaz qui l avaient rendu aveugle, il apprit la défaite : «Ainsi, tout avait été inutile Plus je tentais de voir clair dans le monstrueux événement de ce moment, plus l indignation et la honte me brûlaient le front. Qu était cette douleur dans mes yeux comparée à ce malheur?». Si la Première Guerre mondiale conféra sa virulence à l antisémitisme d Hitler, ce qu il entendit, vit et observa à Vienne exerça cependant une influence formatrice. Car, tandis qu Hitler cherchait à expliquer la défaite de l Allemagne, l Europe connut une vague de révolutions inspirées par les socialistes et les communistes. S ajoutant aux sanctions du traité de Versailles et à l antisémitisme rencontré à Vienne, ces événements marquèrent profondément Hitler qui leur conféra une nouvelle explication : Les Juifs, estima-t-il, étaient les 13 ans. Dans un environnement profondément antisémite rendant impossible un procès équitable, Frank est reconnu coupable. Le gouverneur commue la sentence de mort, mais une foule force les portes de la prison et lynche Frank : Sortie de A Passover Miracle, premier film juif américain avec une distribution entièrement juive : La Première Guerre mondiale ravage l Europe : Création de l association juive Anti-Defamation League, après l affaire Leo Frank : Déroulement de la révolution russe. 6 avril 1917 : Les États-Unis déclarent la guerre à l Allemagne. 2 novembre 1917 : Publication de la Déclaration Balfour. Cette lettre adressée par Lord Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères, au dirigeant juif britannique Lord Rothschild, promet le soutien de la Grande-Bretagne à la création d un foyer juif en Palestine. Cette 34
19 Cet en-tête de l Association Thule énonce : «Souvenez-vous, vous êtes un Allemand! Gardez pur votre sang!» responsables. Avec du recul, évoquant son expérience de l immédiat après-guerre, Hitler écrivit : «Il n y a pas à pactiser avec les Juifs ; il ne peut y avoir que deux possibilités. Pour ma part, j ai décidé de me lancer dans la politique.» À l époque où Hitler écrivait ces mots, en 1924, il avait déjà fait un peu de politique, mais durant ces années d après-guerre, il prit des mesures qui s avérèrent décisives. En premier lieu, sorti de l hôpital de Pasewalk, mais pas encore démobilisé, il traversa une Allemagne en crise Allemands moururent de faim en 1918 et arriva à Munich. Cette ville était, après la guerre, le foyer de violents troubles qui produisirent, entre autres, une brève prise du pouvoir par la gauche, soulèvement écrasé le 1 er mai Pour ce faire, il fallut épauler les formations militaires régulières par des unités dites Freikorps (corps francs). Ces groupes paramilitaires de droite étaient en majeure partie composés de vétérans de la Première Guerre mondiale qui rejetaient la responsabilité de la défaite sur les Juifs et la social-démocratie, le principal parti politique de la république de Weimar proclamée le 9 novembre Bien qu étant toujours dans l armée régulière, Hitler ne joua aucun rôle majeur pour écraser cette tentative révolutionnaire mais, réalisant que des Juifs se trouvaient parmi les dirigeants, il renforça le lien entre antisémitisme et anticommunisme. Bien plus décisive dans l évolution politique d Hitler fut, en mai 1919, sa nomination au service des renseignements de l armée dont l unité à Munich était placée sous le commandement du capitaine Karl Mayr. Ce dernier avait pour mission, entre autres, d inculquer aux troupes allemandes des positions nationalistes et anticommunistes. Hitler fut l un des hommes qu il choisit comme instructeur dans cette tâche. Ayant bientôt l occasion de s adresser aux troupes allemandes, Hitler se trouva dans son élément. Il se révéla un orateur brillant et convaincant. Fait révélateur, les exposés d Hitler aux soldats allemands au printemps et à l automne 1919, furent pour lui les premières occasions de s exprimer publiquement contre les Juifs. Considérant, semble-t-il, Hitler comme un expert sur les questions juives, Mayr lui demanda de répondre à une lettre datée du 4 septembre 1919, adressée par un certain Adolf Gemlich qui avait assisté à l une des séances d instruction des troupes. Gemlich souhaitait recevoir des précisions sur la «question juive». Datée du 16 septembre 1919, la réponse qu adressa Hitler à Gemlich, fut son premier écrit sur les Juifs. Il y expliquait que «les Juifs étaient sans réserve un groupement racial et non religieux Son influence entraînerait la tuberculose raciale du peuple.» Il établit ensuite une importante distinction : «L antisémitisme fondé sur l émotionnel trouvera son expression ultime sous la forme de pogroms. L antisémitisme rationnel, lui, doit mener à une opposition juridique Pour attirer de nouveaux membres des rangs des nationalistes et des socialistes, le parti des travailleurs allemands, au cours d une réunion organisée à Munich le 24 février 1920, change de nom pour devenir le parti des travailleurs nationauxsocialistes. déclaration contredit l accord Mac Mahon-Fayçal, signé plus tôt, promettant le même territoire aux Arabes : Création en Allemagne du groupe antisémite Schutz und Trutz Bund. Parution du roman antisémite d Artur Dinter, Le péché contre le sang, histoire d une jeune fille blonde, une Aryenne, tombée amoureuse d un Juif, évoquant un prétendu devoir sacré de tous les Juifs mâles de détruire la race aryenne en mêlant leur sang vicié et inférieur au sang pur des Aryens. Plus d un million d exemplaires furent vendus. Constitution à Munich de la Thule-Gesellschaft (Association Thule), un mouvement d extrême droite. Ce mouvement utilise la croix gammée comme symbole du nationalisme allemand juillet 1918 : Le tsar Nicolas II de Russie et sa famille sont exécutés par les Bolcheviques après une longue captivité : Victoire des Bolcheviques dans la guerre civile russe qui les oppose aux anti-bolcheviques. Massacre d environ Juifs en Ukraine occidentale. 35
20 Employé dans le service politique de l armée à Munich, un vétéran de la Première Guerre mondiale âgé de 30 ans fut chargé de répondre à Adolf Gemlich, un soldat qui se demandait pourquoi l Allemagne avait perdu la guerre. La réponse, datée du 16 septembre 1919 accusait les Juifs de la défaite de l Allemagne. Elle était rédigée et signée par Adolf Hitler. Dans cette lettre, son premier écrit explicitement antijuif, Hitler procède à quelques distinctions majeures. Il souligne en premier lieu que l identité juive ne doit pas être définie par la religion, mais par la race. En second lieu, Hitler distingue l antisémitisme de passion et l antisémitisme de raison. L antisémitisme de passion, affirme-t-il, se manifeste périodiquement par des explosions de violence, mais il est dépourvu des qualités systéma- L essor du parti nazi tiques nécessaires pour atteindre «l objectif final» de l antisémitisme, à savoir «le transfert de tous les Juifs.» Le 12 septembre 1919, Hitler assista à la première réunion du parti des travailleurs allemands (DAP), un petit groupe politique de droite. Quatre jours plus tard, Hitler, non seulement envoya son message à Gemlich, mais il rejoignit le DAP, devenant le septième membre de son comité exécutif. En 1920, le parti des travailleurs allemands prit le nom de parti national socialiste des travailleurs allemands (NSDAP). Désormais dirigé par Hitler qui en avait rapidement assumé le contrôle dictatorial, ses membres furent désignés sous le nom de nazis (contraction de nationauxsocialistes). L échec de la tentative des nazis de s emparer du pouvoir en Allemagne en novembre 1923 connue sous le nom de putsch de Munich (de la brasserie) aboutit à une peine de détention pour Hitler en Dans la prison de Landsberg, Hitler écrivit Mein Kampf (Mon combat) dont les deux volumes parurent en 1925 et En 1945, ce livre s était vendu à plus de six millions d exemplaires. Exacerbant l antisémitisme raciste, Mein Kampf affirmait que certaines races créent la civilisation alors que d autres la corrompent. Ces races luttent pour la survie de la plus apte. Selon Hitler, la race la meilleure et la plus souhaitable était la «race supérieure» nordique, aryenne, allemande. Les Juifs étaient les pires ennemis. Partout où il voyait une menace pour la survie de la race «supérieure», Hitler découvrait les Juifs. Le peuple allemand, proclama-t-il, doit éliminer cette menace juive. Sous sa direction, affirmait Mein Kampf, les nazis agiraient en ce sens. Bénéficiant de la puissance oratoire envoûtante d Hitler, les nazis devinrent de plus en plus populaires, Hitler promettant une vie meilleure pour le peuple allemand et une résurgence de la gloire pour l Allemagne. Selon l idéologie nazie, ce mode de vie devait être fondé sur un nationalisme mettant en relief l antisémitisme et la «pureté» raciale allemande, un anticommunisme acharné, une dictature de parti unique, une économie étatisée et, par la suite, une extension du territoire allemand. Bien qu encore minoritaires en 1932, les nazis constituaient le principal parti politique d Allemagne. Ils prirent bientôt le contrôle de tout. Appelant leur État le Troisième Reich, Adolf Hitler et les nazis dirigèrent l'allemagne de 1933 à Octobre 1918 : Signature par la Grande-Bretagne et la Turquie d un armistice. La Palestine passe sous contrôle britannique, ce qui la libère de la domination turque qu elle subissait depuis octobre 1918 : L Allemagne exténuée demande aux Alliés les conditions d un armistice. Novembre 1918 : Abdication de l empereur d Allemagne, Guillaume II. 11 novembre 1918 : Un armistice signé entre l Allemagne et les Alliés met fin à la Première Guerre mondiale, mais non aux problèmes de fond dont souffre l Europe. 25 décembre 1918 : Création en Allemagne par des vétérans de guerre des Stahlhelm (casques d acier), nationalistes et antisémites : La politique antisémite du gouvernement polonais contraint Juifs polonais à émigrer pour s installer en Allemagne : L Allemagne se dote d une constitution démocratique. La nation adopte aussi des lois sur les Tsiganes, 36
21 Les sections d assaut, fomentant des émeutes et perturbant les réunions politiques, se tiennent au garde-à-vous devant les bannières nazies sur lesquelles est écrit : «Allemagne, réveille-toi!» systématique et à la suppression des privilèges détenus par les Juifs Son objectif ultime doit être résolument le départ (Entfernung) de tous les Juifs. Seul un gouvernement de vitalité nationale est capable des deux, en aucun cas un gouvernement d impuissance nationale.» Cette déclaration ne signifie pas que, dès 1919, Hitler avait l intention d exterminer les Juifs. Mais d autres éléments de cette déclaration sont des constantes tout au long de sa vie politique, notamment l antisémitisme défini racialement et l appel à une politique nationale unie et systématique pour combattre la puissance juive. Le 12 septembre 1919, Mayr envoya Hitler à la Sterneckerbräu, une brasserie de Munich, pour obtenir des renseignements sur un mouvement dont le nom conduisit l armée à penser à tort qu il appartenait à la gauche. En fait, l idéologie du Deutsche Arbeiterpartei (DAP, parti des travailleurs allemands) en était aux antipodes. Fondé en janvier 1919, ce parti peu connu avait pour dirigeant, entre autres, Anton Drexler, un cheminot qui envisageait un État allemand völkisch reposant sur les intérêts des classes moyennes et qui se débarrasserait des Juifs et des étrangers. Au début, Hitler trouva la réunion du 12 septembre ennuyeuse et voulut partir, mais lorsqu il fut question d un éventuel séparatisme bavarois, Hitler, en profond désaccord, intervint. Impressionné par cette énergique réfutation, Drexler lui donna un exemplaire de Mon réveil politique, credo politique du chef du DAP et invita Hitler à revenir s il le souhaitait. Quelques jours plus tard, avant d avoir décidé quoi que ce soit, Hitler reçut une carte postale disant qu il avait été accepté comme membre du parti et le priant d assister à une réunion des dirigeants du DAP pour plus ample discussion. Hitler se rendit à cette réunion organisée dans une autre brasserie de Munich, l Altes Rosenbad, faiblement éclairée où la sympathie qu il exprima pour les conceptions du DAP et son sens de l opportunité firent forte impression. La date exacte demeure incertaine, mais dans les quinze derniers jours de septembre 1919, Hitler s inscrivit au parti des travailleurs allemands dont il fut le membre n 555 (au DAP, la numérotation commençait à 501 pour grossir les effectifs). Il devint également le septième membre du comité exécutif. L énergie politique d Hitler, son habile utilisation des techniques de publicité et de propagande, ainsi que son talent oratoire, tirèrent progressivement le DAP de l oubli. Le 24 février De jeunes militants du parti nazi défilent dans les rues de Munich au cours du premier rassemblement annuel du parti. Le NSDAP ne créa un mouvement de jeunesse qu en , près de personnes, notamment plusieurs centaines d opposants socialistes, se rendirent au premier grand rassemblement du parti, organisé dans la Festsaal (salle des banquets) de la Hofbräuhaus de Munich. Lorsque le tour de parole d Hitler arriva, il harangua restreignant leurs déplacements, leurs campements et leur installation permanente. Le nationaliste allemand Albert Leo Schlageter est exécuté par les Français pour avoir défié l autorité française dans la Ruhr. Ultérieurement, les nazis en feront un martyr. Création en Belgique par Pierre Nothomb d Action nationale, un groupe fasciste et antisémite. Le traité de Saint-Germain garantit les droits des minorités aux Juifs autrichiens. Parution de la traduction en allemand des Protocoles des sages de Sion, le prétendu procès-verbal d une réunion secrète des sages de Sion à des fins de conspiration. 5 janvier 1919 : Création à Munich du parti des travailleurs allemands (DAP). Fin 1919 : Hitler rencontre Dietrich Eckart, un auteur dramatique de Munich qui édite Auf gut deutsch (En bon allemand), un hebdomadaire antimarxiste férocement antisémite : Une troisième vague de pogroms violemment antisémites se répand en Pologne et en Ukraine. Au total, plus de Juifs sont massacrés et des centaines de milliers sont blessés et estropiés. 37
22 le public, développant les thèmes du programme que Drexler et luimême avaient établi quelques jours plus tôt. Outre les points attendus de la part d un parti de droite par exemple le nationalisme pangermanique et la dénonciation du traité de Versailles il y avait aussi des propositions d abroger la citoyenneté des Juifs, de les exclure de la fonction publique et d expulser ceux qui étaient arrivés en Allemagne après le début de la Première Guerre mondiale. Aucune de ces propositions ne distinguait le DAP des autres partis allemands de droite. C est Hitler et sa violente rhétorique qui firent la différence. Début mars 1920, le DAP changea de nom et fut désormais connu sous le nom de Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (NSDAP, parti nationalsocialiste des travailleurs allemands). Ses membres furent appelés nazis, contraction de nationaux-socialistes. Un mois après avoir quitté l armée, Hitler se consacra à plein temps à l avenir politique du parti rebaptisé. Ses discours en général déclamés pendant deux heures à partir de notes sommaires attiraient des foules, souvent des milliers de personnes. Il fut bientôt identifié au NSDAP. Au congrès du parti, le 29 juillet 1921, Hitler obtint la direction dictatoriale du NSDAP qu il fut alors à même de contrôler comme il le souhaitait. Il entendait, entre autres, faire des nazis les champions, non pas de telle ou telle classe sociale ou de tel ou tel groupe d intérêts, mais du peuple allemand dans son ensemble ; objectif qui, bien sûr, ne laissait pas de place aux Juifs ou autres «non-allemands». Au cours de l été suivant, le NSDAP comptait membres. Il était également doté d une organisation paramilitaire appelée Sturmabteilung (SA : sections d assaut). Organisés par Hermann Göring, aviateur renommé de la Première Guerre mondiale, et placés sous le commandement de l ancien capitaine Ernst Röhm, les SA recrutaient leurs membres principalement auprès des Freikorps et d autres Allemands Hitler obtint pratiquement tout ce qu il demandait. Incarcéré dans la prison de Landsberg, il disposait de plusieurs pièces et pouvait même recevoir des visiteurs. méfiants à l égard de l orientation démocratique de la république de Weimar. Le goût des SA pour les combats de rue et l intimidation, non seulement tint à distance les agitateurs, mais conféra également au NSDAP une réputation de force et de loyauté qu Hitler prisait particulièrement. Dans Mein Kampf, Hitler affirmait que la nature est régie par la loi fondamentale d une lutte éternelle dans laquelle l enjeu est l accès à la grandeur. Il proclamait également l importance capitale de deux autres lois naturelles : les lois de l hérédité et de l instinct de conservation. La nature, soutenait Hitler, refuse le mélange des espèces dans la reproduction. Elle préserve également le plus fort en éliminant le plus faible. La vie humaine n est pas exempte de ce processus implacable et permanent de la nature qui favorise toujours le plus fort. La différence essentielle cependant, c est que les êtres humains savent ils doivent savoir que leur existence individuelle et sociale se déroule dans le théâtre d une interminable lutte à mort. Le fort, donc, n hésitera pas à adopter un principe évident pour Hitler, à savoir que la survie nationale peut dépendre de l agression et de la violence. Dans ces considérations, insistait Hitler, ce qui est déterminant, c est le fait que la survie d un peuple et le mouvement vers l excellence dépendent de la géographie. Un territoire suffisant : La Roumanie accorde la citoyenneté aux Juifs : La Société des nations (que les États-Unis avaient refusé de rejoindre) tient sa première réunion à Genève. Création en Palestine d une milice clandestine juive, la Haganah (Défense en hébreu). 24 février 1920 : Premier rassemblement de masse du parti national-socialiste (NSDAP) à la brasserie Hofbräuhaus de Munich. En dépit des interruptions des adversaires, Adolf Hitler expose le programme du parti. 1 er avril 1920 : Adolf Hitler est démobilisé de l armée allemande : La commission des réparations des alliés estime la responsabilité allemande dans la Première Guerre mondiale à 132 milliards de marks-or (environ 31 milliards de dollars) ; voir janvier Le NSDAP ou parti nazi, crée les Sturmabteilung, SA, sections d assauts, chemises brunes). Le Times de Londres dénonce les Protocoles des sages de Sion comme un faux. Le Völkischer Beobachter (L observateur 38
23 Cette annonce fut publiée en 1924 pour annoncer la parution de «l autobiographie» d Hitler, Mein Kampf, sous le titre Quatre ans et demi de lutte contre les mensonges, la bêtise et la lâcheté. (Lebensraum) est indispensable pour un peuple dynamique et pour la pureté de son mode de vie. Pour atteindre la grandeur et l espace dont il a besoin, il peut être nécessaire de recourir à des moyens brutaux. Le génie d un peuple se mesure à sa capacité à exercer la force maximum pour soumettre ses ennemis. Si Hitler emprunta sélectivement au darwinisme social et à la théorie raciale des thèmes qui remontent au XIXe siècle, les liens entre ces aspects de sa conception du monde et son antisémitisme raciste n étaient guère difficiles à identifier. En fait, ces éléments s amalgamaient parce qu Hitler pensait que la nature et l histoire ne font qu un. Non seulement il existe différentes races humaines qui doivent être conservées distinctes, à l instar des différentes espèces naturellement séparées, mais également certaines races humaines créent la culture, alors que d autres la détruisent. Ces ennemis, estimait-il, sont engagés dans une lutte pour la survie du plus apte. Selon Hitler, au sommet des races créatrices de culture, se trouvait la «race supérieure» nordique, aryenne, germanique, qui méritait de dominer les races «inférieures». Pour Hitler cependant, le peuple allemand racialement supérieur était particulièrement menacé par la «pollution» raciale. Ainsi, les Polonais, les Russes, les Ukrainiens et autres peuples slaves, de même que les Allemands «débiles» et «asociaux» (par exemple les handicapés mentaux et physiques, les homosexuels et les criminels invétérés) allaient être dans la ligne de mire d Hitler. Les Juifs, l ennemi racial qu Hitler considérait comme le plus acharné, venaient en tête de liste. En 1924, selon Mein Kampf, partout où Hitler vit une menace pour la survie raciale et nationale à laquelle il tenait, partout où il sentait un obstacle à l expansion AUX ORIGINES DE LA SHOAH La croix gammée Aujourd hui, dans les cultures occidentales, on associe la croix gammée à l Allemagne nazie. En fait, ce symbole remonte à des temps anciens et est encore communément utilisé dans les cultures orientales. Le mot swastika dérive du sanscrit svastika qui signifie «favorable au bien-être». Ce symbole apparaît dans l art de l époque byzantine (Ve et VIe siècles), ainsi que dans celui de tribus indiennes d Amérique du nord et du sud et d Amérique centrale, notamment les Navajos. Aujourd hui, en Inde, c est un symbole de bon augure chez les Hindous et les bouddhistes. En 1910, le nationaliste allemand Guido von List suggéra que la croix gammée (Hakenkreuz en allemand) devienne le symbole universel de toutes les associations antisémites. Le parti nazi en fit son emblème en En 1935, la croix gammée noire dans un cercle blanc sur fond rouge devint le drapeau national de l Allemagne. Aujourd hui, la loi du pays interdit d afficher ce symbole. du peuple), organe officiel national socialiste commence à paraître. 21 mars 1921 : Émeutes antijuives à Jérusalem. 29 juillet 1921 : Adolf Hitler devient le premier chef du parti nazi doté de pouvoirs dictatoriaux : Création du Jungsturm Adolf Hitler (Troupe d assaut des jeunes Adolf Hitler) ; voir Création de Stosstrupp Adolf Hitler (Troupe de choc Adolf Hitler), contingent de gardes du corps d Hitler. C est le noyau de ce qui deviendra plus tard la Schutzstaffeln (SS). Benito Mussolini forme un gouvernement fasciste en Italie. Le professeur antisémite Hans F. K. Günther, spécialiste d anthropologie sociale, publie l ouvrage raciste, Tradition raciale du peuple allemand. 24 juin 1922 : Walther Rathenau, ministre des Affaires étrangères d Allemagne, juif, est assassiné par des membres de l organisation Consul, un groupe d extrême droite dirigé 39
24 géographique qu il souhaitait à tout prix, il finissait par trouver les Juifs. Selon lui, les Juifs pillaient, corrompaient et contaminaient le peuple même qui méritait de dominer le monde. Sous la direction d Hitler, la propagande nazie décrivit les Juifs simultanément au moins de trois façons différentes : comme des conspirateurs internationaux antiallemands, comme des criminels et comme une peste mortelle. Le peuple allemand devait repousser une fois pour toutes ces «destructeurs de culture». Sous sa direction, estimait Hitler, les nazis agiraient en ce sens, tenant leur promesse d assurer une vie meilleure pour le peuple allemand. En se développant, l idéologie nazie fonda ce mode de vie sur l ultranationalisme, insistant sur la Des fascicules comme celui-ci, publication en épisodes hebdomadaires du roman antisémite de Fritz Reuter, Le Juif russe, en 1932, étaient fort populaires chez les fanatiques de droite. «pureté» raciale allemande et l antisémitisme. Elle prôna également la dictature d un parti unique, une économie étatisée, un anticommunisme acharné et, par la suite une expansion impérialiste du territoire allemand par la guerre. Bien que personne pas même Hitler n eût pu prévoir en 1924 la catastrophe qu une telle idéologie allait provoquer, l influence d Hitler et la présence du parti nazi s étaient développées considérablement à partir des origines les plus improbables. Les nazis se retrouvaient sur l échiquier politique de l Allemagne. Sans les nazis, la Shoah eût été peu probable. On imagine mal la domination nazie et la Shoah sans Hitler. Sans l antisémitisme cependant, le nazisme, la dictature d Hitler et la Shoah auraient été manifestement impossibles. C est l antisémitisme qui fut l élément majeur. Se posent alors des questions qui remontent bien plus loin dans le passé que les efforts d Hitler à Munich pendant les années 1920 ou ses expériences pendant la Première Guerre mondiale, ou ses années de formation à Vienne. Ni Hitler ni aucun de ses contemporains n étaient les premiers à nourrir ce qu on a parfois appelé «la haine la plus tenace.» Hitler était né dans un monde, notamment dans un environnement européen, dans lequel l antisémitisme existait déjà. Sa version raciale ellemême n était pas nouvelle, bien que sa vision antisémite ait produit Ce tract polonais reprend le slogan scandaleux, et pourtant populaire, affirmant : «Les Juifs sont des poux ; ils provoquent le typhus.» quelque chose de totalement nouveau : l appel à l extermination d êtres humains. Lorsqu on suit les débuts de l histoire en évoquant Élie Wiesel à Auschwitz, les lunettes de Gerlich et la vision d Hitler, il faut s interroger : comment l antisémitisme a-t-il surgi? Quels ont été les moments décisifs et les caractéristiques principales de son évolution? Qu est-ce qui en a fait une cause qui, si elle n était pas suffisante pour produire la Shoah, était certainement nécessaire pour que cette catastrophe se produise? À cet égard, on peut commencer par pénétrer dans le monde ténébreux de la pseudoscience et du racisme. Le prétexte de la haine Les termes antisémite et antisémitisme sont devenus d un emploi si courant qu on pourrait par le capitaine Hermann Ehrhardt. 24 juillet 1922 : La Société des nations confie à la Grande-Bretagne un mandat sur la Palestine garantissant l immigration juive : Deux cents tombes juives sont profanées à Nuremberg, en Allemagne : Dans toute l Allemagne, l inflation galopante réduit à néant la valeur de la monnaie nationale. Publication à Nuremberg du premier numéro du journal antisémite Der Stürmer (L assaillant). Son slogan est Die Juden sind unser Unglück, «Les Juifs sont notre malheur», phrase empruntée à Heinrich von Treitschke. Arthur Moeller van den Bruck, fasciste et antisémite notoire, publie Das Dritte Reich (Le Troisième Reich), livre qui exercera une influence considérable sur Hitler. Des maisons juives sont brûlées à Berlin. 40
25 penser qu ils sont eux-mêmes fort anciens. En fait, on attribue à un journaliste allemand du nom de Wilhelm Marr leur invention et leur vulgarisation vers la fin des années Le pamphlet politique de Marr La victoire du judaïsme sur la germanité, réimprimé à maintes reprises, avertissait que «l esprit juif et la conscience juive ont envahi le monde». Il appelait à la résistance contre «cette puissance étrangère» avant qu il ne soit trop tard. Marr pensait que, sous peu, il n y aurait pas le moindre emploi public, fût-ce le plus prestigieux, que les Juifs n auraient pas usurpé.» Pour Marr, c était un honneur d être qualifié d antisémite. Marr et d autres employèrent le mot antisémite dans les campagnes politiques antijuives, en général laïques, qui se répandaient en Europe au tournant du siècle. Le mot était issu d une analyse linguistique effectuée au XVIIIe siècle qui distinguait les langues aux racines soi-disant «aryennes» et les langues aux racines prétendument «sémites». Cette distinction conduisit à son tour à l hypothèse erronée qu il existait des groupes raciaux correspondants. Dans ce contexte, les Juifs devinrent des «sémites», désignation qui ouvrit la voie au nouveau vocabulaire de Marr. Il aurait pu utiliser le terme allemand traditionnel Judenhass pour évoquer cette haine des Juifs, mais cette façon de s exprimer était porteuse de connotations religieuses que Marr souhaitait estomper au profit des connotations raciales. En apparence plus «scientifique», l antisemitismus de Marr devint populaire. Par la suite, il allait désigner toutes les formes d hostilité à l encontre des Juifs tout au long de l histoire. Au cours des siècles, l antisémitisme emprunta des formes religieuses, politiques, économiques, sociales et raciales diverses, mais toujours voisines. Les Juifs furent victimes de discriminations, haïs et massacrés, parce que les non-juifs animés de préjugés estimaient qu ils appartenaient à la mauvaise religion, n étaient pas aptes à devenir citoyens, pratiquaient les affaires malhonnêtement, ne se comportaient pas comme il faut ou possédaient des Cette affiche de Pologne entend établir un lien entre les Juifs d une part et le communisme et le grand capital d autre part. En légende : «Ploutocratie ou bolchevisme tous deux ont été inventés par les Juifs». Wilhelm Marr Connu comme le père de l antisémitisme moderne, Wilhelm Marr mena le combat pour annuler l émancipation des Juifs en Allemagne. Né en 1819, Marr se lança dans la politique en tant que révolutionnaire démocrate favorable à l émancipation de tous les groupes opprimés, y compris les Juifs. Cependant, aigri par l incapacité de la révolution allemande de à démocratiser son pays, ainsi que par le déclin rapide de sa fortune politique, il dirigea son venin contre les Juifs. Son essai Der Sieg des Judenthums über das Germanenthum von nicht confessionellen Standpunkt (La victoire du judaïsme sur la germanité : d un point de vue non confessionnel) en était à sa douzième édition en La conception antisémite de Marr se fondait sur de prétendues caractéristiques raciales, et non religieuses, des Juifs. Son association, la Ligue des antisémites, introduisit le mot antisémite dans le lexique politique et constitua le premier mouvement politique populaire entièrement fondé sur des convictions antijuives. Janvier 1923 : L Allemagne économiquement affaiblie ne versant pas les réparations de guerre d un montant de 31 milliards de dollars, la France et la Belgique occupent la Ruhr. Nombreux sont les Allemands, notamment les vétérans de la Grande Guerre, qui se déclarent profondément humiliés et en colère. Mars 1923 : Création des Schutzstaffeln (SS, escouade de protection). À l origine gardes du corps d Hitler, ils devinrent par la suite une garde d élite armée du Troisième Reich. Cette organisation terroriste nazie totalement dévouée à Hitler et dirigée par Heinrich Himmler portera la responsabilité d avoir mis en œuvre la «solution finale du problème juif». Novembre 1923 : Quatre milliards de marks allemands s échangent contre un dollar. L inflation de Weimar est stoppée par l introduction d une nouvelle monnaie forte reposant sur des valeurs foncières novembre 1923 : Échec de la tentative de prise du pouvoir par Hitler à Munich au cours du putsch de la bras- 41
26 caractéristiques raciales inférieures. Ces formes d antisémitisme, notamment la forme raciale, jouèrent toutes un rôle clé dans la Shoah. Fondamentalement, Hitler et ses partisans et c est important n étaient pas antisémites parce qu ils étaient racistes. Au contraire : Hitler et ses partisans étaient racistes parce qu ils étaient antisémites, en quête d un opprobre plus profond que ne pourrait fournir un quelconque préjugé religieux, économique ou politique. Car si les Juifs posaient problème sur le plan religieux, il eût été possible de les convertir. Si leurs pratiques économiques ou leurs conceptions politiques étaient, pour une raison ou pour une autre, inappropriées, un changement de comportement aurait pu, en principe, corriger leurs défauts. Mais les antisémites du genre de Marr ou d Hitler estimaient que les Juifs L antisémitisme chrétien La propagande antisémite nazie s inspirait d une tradition antijuive de ans exploitée par les Églises chrétiennes. L image stéréotypée totalement fausse des Juifs «assassins du Christ» persista au cours des siècles. La profanation du crucifix (gravure) était un autre thème commun. Les Juifs étaient parfois humiliés, expulsés de certains pays et même massacrés. Il leur était interdit d épouser des chrétiens, ils étaient contraints de porter un vêtement distinctif, l accès à certaines professions leur était fermé et souvent, ils étaient tenus à l écart dans certains quartiers des villes. À l époque médiévale, l échec des conversions des Juifs au christianisme aboutit à une recrudescence de la peur, des suspicions et de la haine. Des caricatures décrivaient les Juifs sous une forme satanique. Plus nocives encore étaient les calomnies accusant les Juifs de meurtres rituels d enfants chrétiens. Le mythe que les Juifs utilisaient le sang de vierges chrétiennes pour cuire leurs pains azymes pour Pâque, circula même au XXe siècle. Vers la fin de sa vie, Martin Luther, le réformateur protestant du XVIe siècle, fut un virulent antisémite. Furieux que les Juifs refusent de se convertir, il lança le pamphlet venimeux intitulé Contre les Juifs et leurs mensonges, les décrivant comme les assassins du Christ et des criminels décidés à dominer le monde. Luther préconisa de brûler les synagogues, les écoles et les maisons et de chasser les Juifs du pays «comme des chiens fous». Lors des rassemblements de leur parti, les nazis plaçaient ce pamphlet bien en évidence. constituaient une menace quoi qu ils fassent. Comme le précisa Marr : «Les Juifs sont les ''meilleurs citoyens'' de cet État chrétien moderne», mais il en était ainsi, ajouta-t-il, parce que cela «correspondait parfaitement à leurs intérêts». Sans aucun doute, Marr estimait et Hitler en était encore plus convaincu que les intérêts des Juifs étaient incompatibles avec ceux de l Allemagne. Pour les antisémites comme Marr, les Juifs convertis demeuraient des Juifs indignes de confiance. Le comportement juif pourrait changer de mille façons, la «logique» de l antisémitisme raciste n y voyait pas matière à renoncer à l antisémitisme. Au contraire, cet antisémitisme interprétait l assimilation juive comme une infiltration, l adaptation juive comme une duplicité et l intégration juive dans la société non juive comme une preuve de la fourberie juive visant à la domination mondiale. Par ailleurs, si les Juifs insistaient pour conserver leurs coutumes juives distinctives, cette insistance prouvait à l évidence que les Juifs étaient un peuple étranger. S ajoutant aux formes d antisémitismes précédentes, la théorie raciale «expliquait» pourquoi les Juifs, quelles que soient les apparences contraires, représentaient une menace que les Allemands ne pouvaient se permettre de tolérer. Les Juifs, bien sûr, ne sont pas une race, puisque toute personne, serie, ce qui ébranle temporairement le parti national-socialiste et conduit à l arrestation d Hitler en Bavière, le 11. Hitler ne purge que neuf mois de prison et bénéficie de plusieurs privilèges accordés par la magistrature : Le Congrès des États-Unis adopte une loi restreignant l immigration qui empêche l immigration venant d Asie et d Europe orientale. Cette loi, comme d autres activités américaines anti-immigrants, est remarquée par l Allemagne. 4 mai 1924 : Aux élections du Reichstag (parlement), les nazis remportent 6,6% des suffrages. Juillet 1924 : En prison, Hitler tra- vaille à son livre Mein Kampf (Mon combat). Son fidèle secrétaire, Rudolf Hess, transcrit les divagations d Hitler ; voir 18 juillet : Création du Tannenbergbund en Allemagne par le général Erich Ludendorff et son épouse Mathilde Ludendorff. Ce mouvement attaque les Juifs, les communistes, les catholiques 42
27 Gauche : Jésus, un Juif, enseignait les principes du judaïsme et s y conformait. Il fut tué par les Romains qui redoutaient son charisme. Milieu : Rome réprime brutalement la révolte juive en 70 de l ère chrétienne, détruisant Jérusalem et le Deuxième Temple. Droite : Converti au christianisme, l empereur Constantin met fin à la persécution des chrétiens et reconnaît officiellement leur religion. Il impose une série de décrets opprimant les Juifs. indépendamment de son sang ou de toute autre caractéristique biologique, peut devenir juive par conversion. La croyance que les Juifs sont une race était cependant répandue, ce qui eut des conséquences incalculables. Si la judéité était une question de race, on pourrait affirmer que l identité juive est déterminée par l hérédité, le caractère juif par l héritage biologique. D après cette conception raciste, les Juifs ne pourraient rien faire pour changer d identité et de caractère. Peu importe qu ils se convertissent au christianisme ou donnent la preuve de leur amour pour leur pays. Selon les croyances des antisémites racistes, un Juif est un Juif quoi qu il arrive et les Juifs représentent une menace pour les sociétés «supérieures» non juives dans lesquelles ils vivent. L antisémitisme racial signifie que l existence même de la vie juive est un problème qui doit être résolu. Une fois associés, antisémitisme et racisme se stimulent l un l autre. Mais l antisémitisme racial n aurait jamais pu surgir sans les formes non raciales de l antisémitisme dont il est issu. Bien que l identité juive se transmette d ordinaire de parent à enfant, tout le monde, en principe, peut être juif. L idéologie nazie, quoi qu elle en dise, ne peut donc définir les Juifs de façon «essentielle». Les Juifs doivent être identifiés par d autres moyens avant qu il soit possible de leur attribuer une identité raciale. Ainsi, le comportement ce que les Juifs font ou ne font pas devient un élément décisif de la définition de leur identité avant l attribution de distinctions raciales. Le comportement, cependant, pose lui aussi problème pour déterminer une identité juive distincte c est du moins vrai si l on s intéresse seulement au travail que les Juifs effectuent, aux professions qu ils exercent, à leurs projets économiques ou à leurs tendances politiques. Car, en eux-mêmes, ces rôles peuvent généralement être tenus par toutes sortes de gens. Il existe cependant au moins une différence de comportement d une grande portée. Tous les Juifs ne sont pas religieux. La religion n en est pas moins au cœur des différences qui, à l origine, ont distingué les Juifs. La religion implique bien autre chose que des croyances particulières. Elle se vit aussi dans certaines pratiques. Les Juifs, non seulement vénèrent un Dieu unique exclusivement, mais ils observent également le Shabbat et certaines fêtes comme la Pâque. Ils pratiquent la circoncision, respectent des lois alimentaires particulières et considèrent Jérusalem comme la Ville sainte. Formés par le judaïsme, leur religion, les Juifs sont uniques en leur genre. En outre, la particularité religieuse est un élément essentiel pour comprendre les sentiments antijuifs longtemps incrustés dans le christianisme. Sans l hostilité chrétienne envers les Juifs, il serait extrêmement difficile, voire impossible, d expliquer pourquoi les Juifs furent si constamment la cible de la discrimination et de la persécution dans la civilisation et les francs-maçons. Création en Belgique de Jeunesse nationale, un mouvement de jeunesse issu de l Action nationale, fasciste et antisémite. Aux États-Unis, le révérend Gerald B. Winrod fonde les Défenseurs de la foi chrétienne, un groupe qui s attaque au «bolchevisme juif». Winrod est surnommé «le Streicher américain». 27 février 1925 : Un grand rassemblement à Munich relance le parti nazi personnes y assistent. 24 mars 1925 : Reprise de la publication du journal antisémite pro-nazi Der Stürmer après son interdiction par le gouvernement de Weimar en novembre avril 1925 : Paul von Hindenburg est élu président de l Allemagne. Juin 1925 : Les conventions de Genève interdisent l usage de gaz asphyxiants, toxiques ou autres gaz, ainsi que des armes bactériologiques dans les guerres. 43
28 occidentale et, en particulier, pourquoi ils furent par la suite voués au massacre dans l Allemagne d Hitler. Bien avant que le parti nazi n émerge après la Première Guerre mondiale, l antisémitisme était si bien implanté dans certaines cultures dominées par le christianisme qu à quelques exceptions près, les Juifs ne pouvaient être pleinement intégrés dans les frontières fondamentalement chrétiennes de la civilisation occidentale. Les modes antijuifs du christianisme n auraient pas suffi à provoquer la Shoah, mais celle-ci n aurait probablement pas pu se produire sans la longue tradition de dénigrement des Juifs dans la chrétienté. Pour éclaircir ces points, il faut s interroger sur les origines du peuple juif. Descendants de familles qui avaient été réduites en esclavage dans l Égypte ancienne parfois Gravure sur bois allemande datant de 1493, représentant des Juifs brûlés vifs après avoir été jetés dans une fosse. Le chapeau à corne porté par certains symbolise l opprobre censé s attacher à tous les Juifs. appelés Hébreux les Juifs font remonter leurs origines aux personnages bibliques Abraham et Sarah qui vivaient en Mésopotamie, il y a environ ans. Le judaïsme s enracine dans l expérience d un exode miraculeux de l Égypte et dans la révélation de Dieu à Moïse sur le mont Sinaï, il y a plus de ans. Les Dix commandements, l une des nombreuses contributions civilisatrices des Juifs à la culture occidentale, datent de cette époque lointaine. Ils font partie de la Torah, les enseignements contenus dans les cinq livres de la Bible juive. Les Dix commandements soulignent que le Dieu qui les a accordés est un Dieu exclusif : «Tu n auras pas d autre dieu que moi» (Exode XX, 3). Le récit biblique montre que Dieu et les Enfants d Israël sont liés par une alliance comprenant des lois rituelles et des règles éthiques. La vie de ce peuple se distingua donc de celle des autres groupes humains. Après la Révélation au Sinaï, les douze tribus d Israël s installèrent sur le rivage méditerranéen dans le pays de Canaan que, selon la tradition biblique, Dieu leur avait donné. Puis, ils fondèrent un royaume avec David pour roi et Jérusalem pour capitale. Incapable de demeurer uni Durant la première croisade, les chrétiens tentèrent de reprendre la Terre sainte aux musulmans. La croisade s accompagna d une violence inouïe à l encontre des Juifs européens stigmatisés comme «assassins du Christ». et de conserver l autonomie dont il avait bénéficié de 1000 environ à 922 avant l ère chrétienne, le royaume fut en proie aux divisions internes, puis assiégé et occupé par divers conquérants : Assyriens, Babyloniens, Perses, Grecs, et par la suite Romains. En 70 de l ère chrétienne, les Romains réprimèrent impitoyablement une révolte juive prolongée. À titre de représailles, ils détruisirent la ville de Jérusalem et son Temple, le lieu saint juif le plus important. La plupart des survivants juifs durent quitter leur patrie traditionnelle et se dispersèrent dans diverses parties de l Empire romain. En 18 juillet 1925 : Publication de Mein Kampf (Mon combat) d Adolf Hitler : Shalom Schwarzbard, un Juif, assassine Simon Petlioura, le dernier chef de gouvernement de l Ukraine indépendante ; voir juillet Aux États-Unis, le père Charles E. Coughlin fonde l Union nationale pour la justice sociale, une organisation isolationniste et antisémite. L Association américaine d eugénisme est fondée pour promouvoir les théories du darwinisme social. La Jungsturm Adolf Hitler (Troupes d assaut des jeunes Adolf Hitler) change de nom et devient la Hitler Jugend (Jeunesse hitlérienne) : Profanation de cimetières juifs par des bandes nazies dans toute l Allemagne. Création en Roumanie de la Legiunea Arhangehelului Mihail (Légion de l archange Michael), une organisation antisémite. Création de Glaubensbewegung Deutscher Christen (mouvement confessionnel des chrétiens allemands) en vue d «aryaniser» le christianisme allemand et éliminer l influence juive de la vie religieuse. Plusieurs synagogues sont détruites à Oradea en Roumanie au cours d émeutes 44
29 conséquence, pendant plus de ans, les Juifs vécurent en terre européenne du Portugal et de l Espagne à la Pologne et à la Russie, de la Grèce et de l Italie à la Grande-Bretagne, la France et l Allemagne. Dans tous ces pays, les Juifs parvinrent à prospérer et à dynamiser les régions qu ils habitaient. Mais, toujours minoritaires, ils étaient dans l incapacité de maîtriser leurs destinées. En particulier, distingués de la majorité chrétienne par leurs traditions, les Juifs de la diaspora (dispersion) européenne se retrouvèrent souvent en butte à la suspicion, aux préjugés et à la violence de la population chrétienne majoritaire. On comprend mieux l existence de cette hostilité en rappelant que le christianisme est historiquement issu du monothéisme juif (culte d un Dieu unique) et des traditions du judaïsme telles qu elles existaient il y a près de ans. Bien que Jésus de Nazareth ait été considéré comme le fondateur du christianisme, il n avait pas eu l intention d initier une nouvelle religion. Jésus vécut et mourut en Juif pratiquant. Ses premiers disciples étaient eux aussi des Juifs pratiquants. Conformément aux traditions juives, les enseignements de Jésus mettaient l accent sur l amour du prochain, la nécessité du repentir et la libération de l opprimé. Alors qu il rejetait la violence, Jésus subit une mort violente, Ponce Pilate, l impitoyable gouverneur romain de Judée, considérant son exécution comme le moyen le plus indiqué pour stopper l agitation que lui et ses disciples risquaient de provoquer. C est l autorité romaine, non AUX ORIGINES DE LA SHOAH Le monde perdu Environ neuf millions de Juifs vivaient dans les pays européens que l Allemagne nazie occupait pendant la Seconde Guerre mondiale. Tous furent voués à la mort non pas pour ce qu ils auraient fait, mais parce qu ils étaient Juifs. En 1933, on comptait quelque Juifs allemands, soit moins d un pour cent de la population. À l instar de leurs coreligionnaires des autres pays de l Europe occidentale, les Juifs allemands avaient combattu dans l armée allemande pendant la Première Guerre mondiale. Bon nombre avaient été décorés. Entre 1905 et 1933, les Juifs avaient reçu 11 des 37 prix Nobel décernés à des Allemands. La population juive la plus importante se trouvait en Europe orientale (photo), où une bonne partie d entre eux vivaient dans des bourgades majoritairement juives appelées shtetls. Ces Juifs étaient moins assimilés que ceux d Europe occidentale. Ils parlaient généralement le yiddish, un mélange d allemand, d hébreu et de langues slaves, et la pratique religieuse orthodoxe était la norme. Un peu partout, les Juifs possédaient leurs propres écoles, bibliothèques, banques, associations culturelles et sportives, ainsi que divers mouvements politiques. En dépit de l antisémitisme, les Juifs européens préservèrent leurs traditions, entretinrent une vie culturelle et religieuse intense et, partout où ils vécurent, apportèrent une contribution remarquable à la civilisation occidentale. Martin Luther, fondateur du protestantisme au XVIe siècle, prônait «le bannissement» des Juifs qui refusaient de se convertir. antijuives fomentées par des étudiants roumains. 77% des étudiants de Prusse se sentant menacés par les aptitudes intellectuelles et commerciales des Juifs réclament un «paragraphe aryen» qui exclurait les Juifs des associations, fédérations, partis, et par la suite de toutes les affaires publiques. 10 mars 1927 : Le gouvernement de Weimar lève l interdiction de discourir en public imposée à Hitler. 2 mai 1927 : Par sa décision Buck v. Bell, la Cour suprême des États-Unis légalise la stérilisation forcée. 4 juillet 1927 : Joseph Goebbels publie le premier numéro du journal antisémite Der Angriff (L attaque), créé pour rassembler les nazis pendant les deux ans où le parti fut interdit à Berlin : Création en Allemagne du Kaiser Wilhelm Institute, institut d anthropologie, de génétique humaine et d eugénisme. 45
30 Les protocoles des Sages de Sion Vers la fin des années 1800, les antisémites européens décrivaient le Juif comme un élément étranger et corrupteur de la société. Ils publièrent une littérature incendiaire qui vilipendait les Juifs, les accusant de comploter pour saper la civilisation chrétienne occidentale en vue de dominer le monde. Au tournant du siècle, les antisémites étaient convaincus que les Juifs intriguaient ensemble pour s assurer de la domination mondiale. L un des écrits les plus influents alimentant cette conviction était la publication très lue intitulée Les Protocoles des Sages de Sion. Ce document était en réalité un faux soigneusement fabriqué par la police secrète de la Russie tsariste pour justifier la persécution des Juifs par le gouvernement. Les Protocoles présentaient une «preuve» de la conspiration juive internationale. Ils fournissaient un procès-verbal fictif d une prétendue réunion secrète des dirigeants sionistes à Bâle, en Ils résumaient même techniquement les plans dressés pour un État mondial juif. Des exilés de la Russie bolcheviste emportèrent avec eux des exemplaires des Protocoles. Alfred Rosenberg, un idéologue du parti nazi, publia sa propre version «corrigée» en Adolf Hitler, à l instar de nombreux autres antisémites patentés, était entièrement convaincu que les Protocoles et la conspiration juive étaient authentiques. les Juifs, qui crucifia Jésus. Sa mort consterna ses fidèles et les dispersa. En fait, Jésus n aurait guère joué qu un rôle très secondaire dans l histoire si ses disciples juifs n en étaient pas arrivés à croire et à faire croire que Jésus avait ressuscité, qu il était le messie promis par la tradition juive et qu il était le fils de Dieu. La plupart des Juifs cependant, ne crurent pas que Jésus avait ressuscité, ni qu il était le messie annoncé, sans parler du fils de Dieu. Ce n est qu avec Paul, un Juif converti, que les premiers chrétiens commencèrent à connaître un succès croissant auprès des Gentils (non-juifs) du monde méditerranéen. Au moment où les Romains détruisirent Jérusalem en l an 70, ce qui avait débuté comme une petite secte, luttant au sein du judaïsme, était en passe de devenir la religion chrétienne qui allait s assurer une domination culturelle sur la civilisation occidentale. Le divorce entre christianisme et judaïsme ne fut guère heureux. Les Juifs furent décrits comme des «meurtriers du Christ» en partie parce que c était Judas, un Juif, qui aurait trahi Jésus et démonisés comme suppôts du diable. D après cette conception chrétienne, les Juifs étaient coupables de déicide, le crime le plus abominable, parce qu il n était rien d autre que le meurtre de l incarnation de Dieu. Au cours des siècles, ces thèmes chrétiens firent l objet d un véritable «enseignement du mépris» à l encontre des Juifs et du judaïsme. De saint Augustin au Ve siècle à Martin Luther au XVIe siècle, les théologiens chrétiens les plus éloquents et les plus convaincants enseignèrent que les Juifs se rebellaient contre Dieu. Ils prêchèrent que l infortune des Juifs était un décret divin les punissant d avoir rejeté Jésus. Ce n était pas par hasard si la violence contre les Juifs se déchaînait souvent au printemps, l époque des Pâques chrétiennes et de la Pâque juive. Les rapports entre Juifs et Chrétiens étaient donc soigneusement réglementés. Les mariages mixtes étaient prohibés. Les Juifs étaient exclus de l armée, de la plupart des postes administratifs et des professions juridiques. Il leur était interdit de posséder des 20 mai 1928 : Les nazis remportent 2,6% des voix et 12 sièges lors des élections du Reichstag. 22 septembre 1928 : À Massena, dans l État de New York, une accusation de meurtre rituel suscite des violences contre les Juifs : Création en Allemagne de la Ligue des médecins nazis préoccupée par l eugénisme. Alfred Rosenberg fonde le Kampfbund für Deutsche Kultur (Ligue de combat pour la culture allemande), antisémite et antibolcheviste, qui se donne pour mission de supprimer l entartete Kunst (l art dégénéré). Sortie du premier film parlé en yiddish, longmétrage intitulé Style and Class : Nouvelle vague d aliyah (immigration) de Juifs en Palestine. 20 janvier 1929 : Hitler nomme Heinrich Himmler Reichsführer-SS. 46
31 Face à l essor de l antisémitisme, Théodore Herzl, un journaliste hongrois qui fut le père du mouvement sioniste, exhorte les Juifs à immigrer en Palestine. terres. Il leur restait cependant le commerce, et de nombreux Juifs gagnèrent leur vie dans ce domaine. Par exemple, comme à ses débuts, l Église n autorisait pas les chrétiens à pratiquer le prêt à intérêt, les Juifs en vinrent à remplir le rôle indispensable, mais impopulaire, de prêteurs sur gages pour la majorité chrétienne. La situation des Juifs s aggrava considérablement en 1096, lorsque l acharnement des croisés chrétiens à reprendre les lieux saints aux troupes musulmanes fit de nombreux morts également parmi les Juifs. Réalisant les premières formes de «purification ethnique» du territoire européen, les chrétiens perpétrèrent des massacres. Après ces massacres, les Juifs furent obligés par le concile de Latran de 1215 de porter un signe distinctif (en France, ce fut une rouelle jaune, précurseur de l étoile jaune imposée plus tard par les nazis). Des ghettos furent créés et, dans l imagination populaire, les Juifs furent de plus en plus identifiés à Satan. Ils furent accusés injustement d assassiner des enfants chrétiens à des fins rituelles. Les Juifs furent tenus pour responsables des épidémies de peste et des famines qui ravagèrent l Europe aux XIVe et XVe siècles. Du sang fut exigé pour ces «crimes». Il y eut aussi des expulsions pures et simples, d Angleterre en 1290, de France dès 1306, et d Espagne en Cinq siècles plus tard, l enseignement chrétien à propos des Juifs a nettement changé. À quelques exceptions près, les chrétiens ont désavoué «l enseignement du mépris» et ont révisé leur approche des Juifs et du judaïsme. Le prix de ces changements a cependant été démesuré. Les nazis et leurs collaborateurs ont utilisé l histoire religieuse, notamment les enseignements chrétiens sur les Juifs pour trouver des précédents à certaines mesures qu ils infligeaient aux Juifs. À lui seul, le christianisme n aurait pas suffi pour provoquer la Shoah. Car la foi chrétienne, qui affirme détenir la vérité exclusive, a besoin que les Juifs continuent à exister, soit en tant que futurs convertis au christianisme, soit en tant que témoins vivants du jugement divin. Il n en demeure pas moins que les attitudes chrétiennes types envers les Juifs entre autres le désir de voir les Juifs disparaître par la conversion constituèrent une composante essentielle de la Shoah. Sans les opinions antijuives entretenues durant des siècles par le christianisme, il eût été à peine concevable que les Juifs européens fussent voués par la suite à l extermination. Vers la fin du XVIIIe siècle, les idées laïques d égalité des hommes, de tolérance religieuse et de droits de l homme se diffusèrent dans la civilisation occidentale. L une des conséquences fut l émancipation des Juifs. Dans le sillage de l affaire Dreyfus, à la fin du XIXe siècle, l antisémitisme français se déchaîne. Les émeutes antijuives deviennent monnaie courante. 3-4 août 1929 : Le grand rassemblement du parti nazi, à Nuremberg, attire plus de personnes : Hjalmar Schacht, financier et président de la Reichsbank, entame des relations financières durables avec les nazis, leur procurant des fonds considérables. En Yougoslavie, les nationalistes croates créent Ustasa (Insurgé), une organisation qui massacrera Serbes et Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale. 2 septembre 1930 : Hitler devient le chef suprême des SA (Troupes d assaut). Il encouragera et utilisera leur brutalité. 14 septembre 1930 : Le parti national-socialiste remporte 18% (6,4 millions) des voix lors des élections du Reichstag, passant de 12 à 107 sièges et devenant le deuxième parti en Allemagne. Novembre 1930 : Au Danemark, Frits Clausen fonde une organisation collaborationniste, le Danmarks National-Socialistiske Arbejder Parti (parti national-socialiste des travailleurs danois). 47
32 Dans plusieurs pays européens Angleterre, France et Prusse, par exemple les restrictions économiques et sociales furent levées, les Juifs bénéficièrent des droits civiques et devinrent des citoyens égaux devant la loi. Mais, en aucune façon, les sentiments et les convictions antisémites ne cédèrent complètement devant ces tendances libérales de l Europe des Lumières. En France par exemple, même le comte Stanislas de Clermont-Tonnerre, partisan convaincu des droits civiques pour les Juifs, soutint en 1789 : «il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus», ce qui signifiait qu à moins que les Juifs s assimilent au point de renoncer à leur spécificité, ils demeureraient suspects. Vers le milieu du XIXe siècle, les théories sur les différences raciales entre les peuples connurent un succès croissant dans la société Un soldat juif russe en permission découvre que sa famille massacrée pendant les pogroms de 1906 déclenchés contre les Juifs à l instigation du gouvernement tsariste. occidentale. Ces conceptions prétendaient que certains groupes raciaux les Européens blancs, par exemple étaient «supérieurs» aux autres moins «civilisés» ou «faibles». Chez des penseurs antisémites comme Wilhelm Marr, ces théories raciales légitimaient l affirmation que les Juifs sont une race à la fois menaçante et inférieure. Entre-temps, dans la Russie impériale de la fin des années 1800, les gouvernements organisaient ou du moins n empêchaient pas la violence de se déchaîner contre les communautés juives. Ces attaques furent appelées «pogroms». La cruauté des pogroms contraignit les Juifs à fuir ces régions, conséquence bien accueillie et voulue par les émeutiers. Vers la fin des années 1890, l antisémitisme se déchaîna également en France pendant l affaire Dreyfus. Un capitaine juif de l armée française, Alfred Dreyfus, avait été accusé à tort et reconnu coupable d espionnage au profit de l Allemagne. Couvrant l affaire Dreyfus pour le journal viennois Neue Freie Presse, un journaliste juif du nom de Théodore Herzl, entendit les foules parisiennes hurler : «Mort aux Juifs». Révisant ses positions antérieures selon lesquelles l émancipation et l assimilation étaient susceptibles d assurer un avenir viable aux Juifs en Europe, Herzl se convainquit que les Juifs devaient avoir un État à eux ; décision qui allait faire de lui le fondateur du sionisme politique moderne. À peu près à la même époque, un faux antisémite de triste notoriété, les Protocoles des sages de Sion, commença à circuler. Provenant de milieux russes, ce document fabriqué «révélait» une conspiration juive visant à prendre le contrôle du monde entier. Peu de textes ont attisé autant d incendies antisémites. Dans l entre-deux-guerres en particulier, cette publication antisémite fut traduite en plusieurs langues et diffusée dans le monde entier. À la grande joie d Hitler, dans les années 1920, l industriel américain Henry Ford assura une importante publicité aux Protocoles. La logique antisémite d Hitler le conduisait à penser que les accusations de faux étaient la «preuve» de la véracité des Protocoles. Pour lui, comme l a déclaré l intellectuel Norman Cohn, ce document devint «un mandat pour le génocide». La montée d Hitler au pouvoir Sous ses diverses formes étroitement liées, l antisémitisme était très répandu en Europe ainsi qu aux États-Unis tandis que les développements du XXe siècle conduisaient à la Première Guerre mondiale puis à 1931 : Joseph Goebbels ordonne aux membres du parti de s adresser à Hitler en disant «Führer» (chef). Création par le chef SS Heinrich Himmler et Richard Walther Darré du Rasse- und Siedlungshauptamt (RuSHA, Office central de la Race et de la colonisation). 13 juillet 1931 : Effondrement de la Danatbank d Allemagne, ce qui conduit à la fermeture de toutes les banques allemandes avant le 5 août. 12 septembre 1931 : La veille du Nouvel An juif, les nazis attaquent les Juifs sur le Kurfürstendamm à Berlin, alors qu ils rentrent de la synagogue. 11 octobre 1931 : L industriel allemand Alfred Hugenberg constitue le Front de Harzburg, une alliance entre le NSDAP, le parti national du peuple allemand, les Casques d acier, l Association pangermaniste et les associations prétendument patriotiques. 30 octobre 1931 : Baldur von Schirach dirige les Hitler Jugend (Jeu- 48
33 l émergence du parti nazi d Adolf Hitler. L Allemagne n était certes pas le seul endroit où l antisémitisme s était retranché, mais le parti nazi en plein essor ne cessa de clamer son antisémitisme. Il trouvait un écho chez nombre d Allemands en accord avec Heinrich von Treitschke. En 1879 et 1880, Treitschke, un historien nationaliste influent, avait publié une série d articles qui attirèrent l attention sur une phrase funeste : «Die Juden sind unser Unglück» («Les Juifs sont notre malheur»). Peu après, ce slogan allait être présent dans tous les rassemblements du parti nazi. Au vu des résultats du recensement de 1925, il semblait peu probable que les Juifs aient été le malheur de l Allemagne. Ils ne représentaient que 0,9% de la population totale, soit personnes. Les deux-tiers des Juifs allemands se regroupaient dans six grandes villes, la population juive de Berlin atteignant à cette époque personnes. Une telle urbanisation stimulait une vie culturelle et religieuse brillante, mais rendait les Juifs allemands plus visibles bien qu ils appartinssent en majorité à la classe moyenne et soient fréquemment assimilés. Au moment de l échec du coup de force nazi en novembre 1923, le NSDAP comptait environ membres. Un court instant La structure du parti nazi AUX ORIGINES DE LA SHOAH Exhortant les électeurs à briser les chaînes du traité de Versailles, cette affiche claironne : «Mettez-y fin dès maintenant! Votez pour Hitler». interdit de la vie politique allemande, le parti sombra dans le désarroi. Désireux d utiliser la voie parlementaire pour accéder au pouvoir, Hitler le relança en Le parti nazi fonctionnait sur trois niveaux, théoriquement tous fondés sur le Führerprinzip (le principe du chef) qui déterminait la structure de l organisation. Ce système mettait l accent sur la discipline et sur une hiérarchie aboutissant, au sommet, au charismatique Führer. Il entretenait cependant une compétition acharnée, des dissensions internes, des conflits d attributions et une incompétence aboutissant à une grande inefficacité. Le niveau supérieur du parti nazi était constitué par les cadres dirigeants. Adolf Hitler se trouvait au sommet de la pyramide hiérarchique, donnant ses ordres aux échelons inférieurs. Les chefs de la chancellerie et de la trésorerie du parti étaient immédiatement subordonnés à Hitler. Venaient ensuite les Reichsleiter, chargés des départements de la propagande et de la politique étrangère. Au-dessous d eux, se trouvaient les chefs de l appareil administratif du parti au niveau territorial. L Allemagne était divisée en Gaue (régions) administrées par des Gauleiter (chef régionaux du parti) responsables seulement devant Hitler. Chaque Gau était subdivisée en districts, en villes, en quartiers et finalement en pâtés de maisons. Le préposé au pâté de maison était le responsable de plus bas niveau, juste au-dessus du membre ordinaire ou Parteigenosse. Le deuxième niveau était constitué par les hiérarchies paramilitaires et auxiliaires et comprenait les Jeunesses hitlériennes, les SA, les SS et l organisation féminine nazie. Le troisième niveau comprenait les associations affiliées représentant des groupes professionnels comme le Front allemand du travail et la Ligue des enseignants nazis. nesses hitlériennes). Jeune et d apparence séduisante, il fera de l organisation un élément incontournable de la vie allemande. 14 décembre 1931 : Création aux Pays-Bas d une organisation politique collaborationniste, le Nationaal Socialistische Beweging (Mouvement national socialiste) : Les nazis fondent le Mouvement confessionnel des chrétiens allemands destiné à encourager un nationalisme allemand exacerbé et à saper l autorité de l Église protestante allemande par des exhortations à l antisémitisme, à l anticatholicisme et à l antimarxisme. Création aux Pays-Bas d une section de combat collaborationniste, le Weer Afdeeling (troupes d assaut). Publication du livre antinazi de la journaliste américaine Dorothy Thompson intitulé I saw Hitler! (J ai vu Hitler!) ; voir janvier 1932 : Hitler est ovationné par les industriels allemands après un discours prononcé au Cercle de l industrie à Düsseldorf. 25 février 1932 : La nationalité allemande est accordée à l Autrichien Hitler. 49
34 février Ses effectifs avaient chuté à membres, mais en 1926, la tendance au déclin s était renversée et Allemands étaient membres du NSDAP. Cet essor, cependant, ne se traduisit pas immédiatement par un succès électoral. Après l hyper-inflation de 1923, l économie allemande fut nettement stabilisée. Les nazis ne remportèrent aucun succès politique important avant que le monde ne sombre dans la grave dépression provoquée, entre autres, par le krach boursier en octobre Le chômage ravagea l Allemagne. Durant l hiver , plus de trois millions d Allemands (14% de la population) étaient sans emploi. À l automne 1932, ils étaient cinq millions, chiffre qui passa à six millions en janvier Malheureusement, les problèmes économiques rencontrés par la république de Weimar chute de 42% de la production industrielle entre 1929 et 1932 bénéficièrent aux nazis. Les effectifs du parti doublèrent entre 1928 et En septembre 1930, les nazis effectuèrent leur première percée lors des élections législatives avec près de 6,4 millions de voix et 107 sièges au Reichstag, ce qui en faisait le deuxième parti derrière le parti social-démocrate. Vers la fin de l année 1932, le parti nazi comptait plus de 1,4 million de membres. Les raisons de l engouement des Allemands à rejoindre le Parti ou à voter pour Hitler sont diverses. Les membres du parti et l électorat nazi provenaient de classes socioéconomiques très variées. Le nazisme les attirait parce qu il se prononçait fermement contre le communisme ou parce que les autres partis ne défendaient pas leurs intérêts économiques et politiques comme les nazis avaient «En écartant les Juifs, je combats pour l œuvre du Seigneur.» Adolf Hitler Durant la campagne électorale précédent l élection présidentielle, Hitler illustre littéralement son slogan : «Le Führer au-dessus de l Allemagne» en étant le premier candidat à utiliser un avion. promis de le faire. L antisémitisme joua également un rôle, mais pas le plus décisif. Hitler pressentait quand et comment mettre l accent sur «la question juive» ou, au contraire, la mettre en sourdine. Bien qu Hitler ait dirigé le parti nazi pendant plus de dix ans, il ne devint pas citoyen allemand avant la mi-février À cette époque, les nazis avaient besoin de présenter un candidat contre le président en exercice de la république de Weimar, le vieux maréchal Paul von Hindenburg. Hitler, le seul nazi qui avait une chance de gagner, dut être naturalisé pour pouvoir être éligible. Dans une Allemagne rongée par la dépression économique et le chaos politique croissant, Hitler fit campagne «pour la liberté et du pain», comptant sur les jeunes idéalistes et la classe moyenne inférieure en difficulté pour le mener à la victoire. Hindenburg, perçu par les Allemands modérés comme l ultime rempart contre le communisme ou le nazisme, l emporta sur Hitler par plus de sept millions de voix. Le fractionnement de l électorat cependant, contraignit à un deuxième tour. Le maréchal remporta le second tour, mais non sans qu Hitler ait réduit l écart à près de 1,2 million de voix. La victoire d Hindenburg n apporta à l Allemagne ni la paix ni l unité. Le système parlementaire de la république de Weimar avait été particulièrement ébranlé 13 mars 1932 : Hitler remporte 11,3 millions de suffrages lors des élections présidentielles allemandes. 10 avril 1932 : Au deuxième tour des élections présidentielles allemandes, le président en exercice Paul von Hindenburg l emporte sur Hitler. 30 mai 1932 : Démission du chancelier allemand Heinrich Brüning. 1 er juin 1932 : Franz von Papen est désigné chancelier d Allemagne. 14 juin 1932 : Le gouvernement allemand lève l interdit sur les Troupes d assaut nazies (SA). 30 juin 1932 : Création d une organisation américaine pronazie, les Amis de la Nouvelle Allemagne. Elle prendra plus tard le nom de Amerika-Deutscher Volksbund (German-American Bund). 31 juillet 1932 : Au cours des élections au Reichstag, le parti nationalsocialiste reçoit 37,3% des suffrages (soit voix). Il détient alors 230 sièges sur
35 Montrant un Allemand empalé sur la couronne nazie d un monarchiste à monocle, cette affiche du parti social-démocrate recommandait aux électeurs d écarter les partis réactionnaires. depuis septembre 1930, lorsqu il devint évident qu aucun gouvernement ne pourrait diriger l Allemagne sans le soutien des nazis. Le 31 juillet 1932, lors des élections au Reichstag, les nazis remportèrent près de 14 millions de voix (37% des suffrages et 230 sièges au parlement), un total supérieur aux résultats combinés de leurs deux rivaux principaux, les communistes et les sociaux-démocrates. Encouragé par ce score, Hitler résolut de devenir chancelier, c est-à-dire premier ministre du gouvernement allemand. Les opposants politiques avaient encore suffisamment de force pour contrecarrer les ambitions d Hitler, et, momentanément, la chance tourna. Par la suite, le refus d Hitler de participer à un gouvernement de coalition imposa de nouvelles élections qui se déroulèrent le 6 novembre 1932, au moment où la pire phase de la crise économique commençait à s éloigner. Les résultats des élections furent loin de ce qu avaient souhaité les nazis ; le NSDAP reçut deux millions de votes de moins qu en juillet. Tout en demeurant le parti le plus important du Reichstag, ils avaient perdu 34 sièges. Leur élan semblait brisé. Alors qu Hitler était abasourdi et découragé à la fin de 1932, son sort s améliora bientôt de façon spectaculaire. Confronté à la perspective qu aucun gouvernement stable ne se constitue après les élections de novembre, Hindenburg, utilisant le 30 janvier 1933 l autorité que lui conférait la constitution, nomma, à contrecœur, au poste de chancelier de l Allemagne Hitler, un homme qu il méprisait. Hitler ne s était pas emparé du pouvoir. En fait, le pouvoir auquel il aspirait avait failli lui échapper. Et il lui était maintenant proposé par ceux qui pensaient pouvoir le contrôler. Hindenburg avait pris sa décision pour éviter un bouleversement de l ordre existant, mais bien qu il ne l ait pas souhaité, la nomination à laquelle il procéda rendit Hitler maître de la situation. D où les lunettes ensanglantées de Fritz Gerlich. La décision d Hindenburg plongea également l Allemagne dans l horreur sans précédent que fut la Shoah. Le 1 er février 1933, Adolf Hitler s adressa au peuple allemand à la radio, pour la première fois depuis qu il était chancelier. Il termina en implorant le Tout-Puissant de bénir l œuvre de son gouvernement. Ce jour-là, Élie Wiesel n avait pas encore cinq ans. 46 ans plus tard, il pouvait écrire à propos d Auschwitz- Birkenau : «Le commencement, la fin : toutes les routes du monde, tous les cris de l humanité, conduisent à cet endroit maudit. Ici, c est le royaume de la nuit, où la face de Dieu est cachée et où un ciel incandescent devient la tombe d un peuple disparu.» Les ténèbres allaient s abattre sur l Europe. Le culte d Hitler embrassé par de nombreux Allemands s exprimait, entre autres, par des cartes postales comme celle-ci. Les rayons de soleil stylisés suggèrent qu Hitler annonce l aube d une nouvelle grande Allemagne. 13 août 1932 : Le président allemand Paul von Hindenburg propose le poste de vice-chancelier à Hitler qui refuse. Octobre 1932 : Les nazis, désormais au pouvoir dans la région où se trouve Dessau, expulsent de la ville l école d architecture Bauhaus, indiquant l aversion du parti pour l art et l esthétique d avant-garde. 17 octobre 1932 : Création aux États- Unis de l association anticommuniste et antisémite Paul Reveres présidée par le colonel Edwin M. Handley. 6 novembre 1932 : Au cours des élections du Reichstag, les dernières élections libres avec la montée d Hitler au pouvoir, le nombre de voix remporté par les candidats nazis chute de 33,1%. Le nombre de sièges détenus par les nazis passe de 230 à décembre 1932 : Le général Kurt von Schleicher, un conservateur qui ne fera pas le poids face à Hitler, est nommé chancelier d Allemagne. 51
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