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1 UNIVERSITÉ DE LA SORBONNE NOUVELLE PARIS III ~ Arts, langues, lettres, sociétés contemporaines ~ «Sciences du langage ; didactique des langues» Didactique du français et des langues UNE DESCRIPTION DE L ALLUSION DISCURSIVE, PROPOSITION DE TYPOLOGIE ET INTÉGRATION DANS LA DIDACTIQUE DU FRANÇAIS COMME LANGUE ÉTRANGÈRE Mémoire de recherche, 2 e année de Mastère présenté et soutenu par Élodie OURSEL préparé sous la direction de Sophie MOIRAND

2 UNE DESCRIPTION DE L ALLUSION DISCURSIVE, PROPOSITION DE TYPOLOGIE ET INTÉGRATION DANS LA DIDACTIQUE DU FRANÇAIS COMME LANGUE ÉTRANGÈRE 1

3 REMERCIEMENTS C est avec plaisir que je remercie certains membres de ma famille pour leur soutien moral, mental et matériel, et pour leur patience, leur compréhension, ainsi que les apports qu ils ont permis par leur intérêt et leurs réflexions. De même, un grand merci à tous les relecteurs qui ont eu l amabilité, la patience et l énergie pour critiquer ce mémoire. Je dois enfin beaucoup à Michel Buze, le créateur du site Internet sur lequel j ai trouvé les transcriptions de sketchs. 2

4 SOMMAIRE REMERCIEMENTS...2 SOMMAIRE...3 INTRODUCTION...4 I. LA CONSTRUCTION DE L OBJET DE RECHERCHE La constitution des corpus Ancrage théorique, sketchs et allusions Une analyse du discours dans une perspective didactique...34 II. UNE DESCRIPTION DES DIFFÉRENTS TYPES D ALLUSIONS Les allusions à un genre de discours Les allusions à un texte ou à un discours Conclusion...72 III. QUELQUES PERSPECTIVES DIDACTIQUES L humour et les allusions dans la didactique Un projet théorique et expérimental...99 CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE VIDÉOGRAPHIE WEBOGRAPHIE INDEX DES NOTIONS TABLE DES MATIÈRES SOMMAIRE DES ANNEXES ANNEXES TABLE DES ANNEXES

5 INTRODUCTION 4

6 L an passé, j ai réalisé un premier travail d initiation à la recherche intitulé «Traitement didactique des références collectives des Français dans les méthodes de F.L.E., Étude de cas : Le Nouveau Sans Frontières 1, 2 et 3 et Connexions 1, 2 et 3». Dans ce petit mémoire, j ai tenté de comprendre comment les manuels de français langue étrangère utilisent ce que j avais appelé les références collectives (objets, circonscrits et concrets, culturellement conditionnés, que les membres d une communauté partagent). J ai procédé à un repérage de ces références puis à une analyse portant sur le degré d explication que fournissent les manuels étudiés. Une seconde analyse m a permis de dégager trois grands objectifs didactiques dans leur traitement : les manuels proposent soit une activité à visée linguistique autour de l objet culturel, soit une activité à visée encyclopédique, soit une activité à visée interculturelle, c est-à-dire qui permet aux utilisateurs du manuel de comparer leur système culturel avec celui qui leur est présenté. L activité peut cumuler les objectifs si elle présente plusieurs points par exemple. Un document, cependant, n entre pas dans ces objectifs. C est un sketch de Muriel Robin, La Lettre, qui fait allusion à une chanson de Jacques Brel, Ne me quitte pas. Les consignes de l activité qui s y rapporte laissent penser que l intérêt de la tâche est dans la mise en rapport des deux documents, dans l interprétation de cette allusion. Au-delà des compétences linguistique et culturelle, une nouvelle compétence apparaît, à dix pages de la fin du manuel de niveau 3, la compétence d interprétation. Cette mise en relation a attiré mon attention : elle a un sens culturellement ancré, elle nécessite certaines compétences cognitives et certaines connaissances et elle produit un certain effet chez celui qui peut la remarquer. Cela a éveillé chez moi un intérêt pour les problèmes liés à l implicite dans le discours et au niveau cognitif de la compréhension, mais pour ce travail de seconde année de Mastère, j ai préféré circonscrire mon étude aux allusions discursives dans les sketchs d humoristes. L objectif du travail qui a mené à ce mémoire était d organiser et d affiner les connaissances concernant le fonctionnement linguistique et cognitif des allusions discursives afin d en déduire les protocoles expérimentaux les plus appropriés et de parvenir à une insertion en didactique du français langue étrangère, par ailleurs déjà légitimée par le Cadre Européen Commun de Référence pour les langues (Conseil de l Europe, 2001). La réalisation de cet objectif a nécessité diverses étapes et en nécessitera d autres encore, telles que la mise en place effective des protocoles expérimentaux exposés dans ce 5

7 mémoire. J ai procédé dans un premier temps au choix d un type de corpus, choix que je justifierai en début de première partie, puis à une sélection d allusions discursives dans ce corpus. À partir de ce corpus de travail, j ai pratiqué diverses analyses dont les fondements théoriques seront présentés en fin de première partie, ce qui m a permis d aboutir à un classement. Les allusions classées ont laisser apparaître une architecture et différents niveaux d une typologie. C est le premier résultat de cette recherche : il sera exposé dans la deuxième partie. Les analyses ont affiné mes connaissances sur les allusions et la typologie les a organisées. La description des allusions rend manifestes les similitudes et les différences qui existent entre les types d allusions discursives que nous étudions : une proposition de définition sera effectuée à partir des points communs mis en exergue par la typologie. C est le deuxième résultat notable de ce travail, il sera présenté à la fin de la deuxième partie. L étude discursive et cognitive des allusions a clarifié certains points, elle s est avérée très utile pour leur intégration dans les programmes d enseignement. Cependant, afin d avoir une vision plus globale du phénomène, j ai tenu à étudier également les relations qu entretiennent les allusions discursives avec leur contexte, le sketch humoristique. Ces relations, d ordre rythmique et socio-culturelle, seront évoquées au début de la troisième partie. Ce détour a apporté la dimension psychosociale indispensable à une étude sur les allusions humoristiques, elle a d ailleurs été très bénéfique à la perspective didactique de ma réflexion. D une part les avancées que constituent la typologie, la description des allusions discursives et leur définition et d autre part l étude psychosociale des allusions et de l humour m ont permis d envisager la place de l allusion et de l humour dans l enseignement et dans l apprentissage du français langue étrangère, le développement de certaines compétences travaillées en didactique des langues, et d ouvrir sur les conditions d apprentissage. Ces apports didactiques seront présentés dans la troisième partie, qui sera close par des propositions de protocoles expérimentaux et par diverses ouvertures pour la thèse. 6

8 I. LA CONSTRUCTION DE L OBJET DE RECHERCHE 7

9 Les dictionnaires spécialisés de sciences du langage et d analyse du discours que nous avons consultés en début de parcours font une maigre place au phénomène de l allusion : le Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage (Ducrot et Todorov, 1972) parle de «Figures», mais n évoque pas les allusions et le Dictionnaire d analyse du discours (Charaudeau et Maingueneau, 2002) ne propose pas d entrée. Il nous a fallu préciser notre conception de l allusion discursive avant de répertorier des occurrences dans notre corpus et de les étudier. Nous avons établi dans un premier temps un corpus de référence à la fois prolifique en allusions et adapté à un cours de français langue étrangère. Puis, nous avons tenté d affiner notre compréhension des termes «allusion discursive» et, en parallèle, nous avons répertorié un certain nombre de ces allusions. Dans le même temps, nous avons fait des recherches sur les cadres théoriques dans lesquels notre travail se situe. Nous avons pris connaissance, en particulier dans le champ de l analyse du discours, de théories et d outils qui nous ont ensuite donné les moyens d étudier les allusions répertoriées. Nous verrons dans un premier temps quel corpus de référence a été réuni, ainsi que pourquoi et comment cette sélection s est effectuée, puis nous exposerons les critères définitoires de l allusion discursive qui ont guidé le repérage des allusions dans ce corpus, et, enfin, nous envisagerons les orientations théoriques et méthodologiques qui ont encadré nos analyses et notre réflexion. 1. La constitution des corpus L objectif de notre recherche étant d étudier les allusions discursives dans une perspective didactique, il nous a semblé pertinent de constituer un corpus d allusions à partir de documents utilisables en cours de langue : un corpus «au vol» ne convient pas dans ces conditions parce qu il n est pas stable (i.e. pas enregistré). Nous avons cherché des textes disponibles facilement, réutilisables et présentant des allusions discursives. Nous avons choisi de nous tourner vers les sketchs d humoristes parce qu ils correspondaient à tous ces critères. Le corpus de référence que nous avons composé n est pas représentatif des archives présentant des allusions puisqu il a une visée humoristique et que les allusions peuvent être présentes dans des textes qui n ont pas cette visée. Cependant, nous considérons que cette non-représentativité ne va pas à l encontre de la scientificité de notre travail parce que les mécanismes sociaux de l allusion sont les mêmes quel que soit le discours qui la met en place (voir III , p ). Selon nous, la particularité illocutoire de ce corpus n est pas un obstacle à la généralisation. En revanche, il présente un certain nombre d avantages 8

10 qui donnent la possibilité aux enseignants de reprendre ce type de textes et d utiliser les sketchs comme documents didactiques dans leurs cours. Afin de justifier plus précisément les éléments qui composent notre corpus de référence d une part, et notre corpus d allusions d autre part, nous verrons dans le détail les paramètres qui ont orienté la sélection des sketchs puis nous étudierons les bases définitoires de l allusion discursive qui ont influé sur la constitution du corpus d étude Les paramètres de sélection des sketchs Nous avons procédé à une réduction progressive du nombre de textes pour le corpus parce que ce dernier doit être adapté à notre travail. C est la perspective didactique qui a guidé nos décisions en ce qui concerne les sketchs. La mise en place des critères de sélection que nous nous sommes imposés a été envisagée pour simplifier le travail des enseignants qui souhaiteraient utiliser l humour dans leurs cours. Ce ne sont pas des critères absolus pour l utilisation de discours humoristiques dans l enseignement, mais seulement des critères possibles. Nous les avons retenus parce qu ils sont cohérents avec une perspective didactique et que nous portons un intérêt à la singularité qu ils apportent au corpus (en particulier l énonciation des one-man-show). Les critères que nous avons décidé d appliquer aux textes disponibles pour cette recherche sont : la disponibilité des transcriptions ; un paramètre de l énonciation, le sujet parlant unique ; et l adaptation de l enregistrement à la situation didactique La disponibilité des transcriptions Notre recherche n étant pas axée sur la compréhension de l oral en particulier, nous n avons pas cherché à obtenir des transcriptions de sketchs précises au niveau phonologique : l indication des pauses, des intonations montantes ou descendantes, de la hauteur de voix ne sont pas requises dans notre situation. Nous sommes allée chercher des transcriptions non-scientifiques sur Internet pour deux raisons : nous avons souhaité construire un corpus qui ne fasse pas état des détails phonologiques et qui soit disponible facilement. Nous avons visité plusieurs sites sur Internet, mais un seul 1 proposait les transcriptions de sketchs que nous avions trouvés sur les autres, ainsi que celles d autres sketchs. L auteur, Michel Buze, n a pas de connaissances en linguistique. Il a transcrit les 1 BUZE Michel, (2007 [1999]), disponible à l adresse : 9

11 sketchs lui-même à partir de vidéos dont il n a pas donné les références sur le site. Nous avons repris les transcriptions qui nous intéressaient (celles qui correspondent aussi aux critères qui suivent), et nous les avons corrigées en les comparant avec les versions vidéos qui sont sur le DVD fourni avec le mémoire. Les transcriptions qui se trouvent en annexes (voir p ) sont celles des enregistrements référencés dans la vidéographie (p ). Le peu d importance que nous accordons aux particularités de l oral dans ce travail nous a amenée à ne pas respecter les conventions de transcriptions de l oral parce qu un tel degré de précision n était pas nécessaire à la qualité de notre recherche. C est pourquoi les intonations et les pauses ne sont pas marquées comme il convient de le faire dans une transcription d oral pour une étude phonétique par exemple Les paramètres de l énonciation Sur ce site Internet, l auteur met à disposition des transcriptions d histoires drôles, de sketchs en duo, en trio, d imitations de personnalités médiatiques Nous avons exclu les imitateurs et restreint le corpus à des sketchs en «one-man-show». Il y a trois raisons à cela : la crainte de se laisser perdre dans l immensité des discours humoristiques ; le sentiment que les imitateurs n ont pas les mêmes techniques humoristiques que les humoristes (le rôle de la voix et des intonations est, là, crucial) et le sentiment qu il est plus difficile en situation didactique de travailler avec des imitateurs qu avec des humoristes 2 ; l impression, enfin, que la situation d énonciation est particulière : une personne devant des centaines de personnes. Peut-être l acteur parle-t-il directement en «je» et en «vous», ou bien joue-t-il plusieurs personnages à la fois en ignorant le public (voir I , p ). L interaction représentée par un seul locuteur apporte un intérêt pour le cours de langue : l enseignant présentant un sketch à ses apprenants peut les faire travailler sur cette situation d énonciation, les mener à étudier le nombre de personnages (de locuteurs), le nombre d acteurs (de sujets parlants), qui parle, quand, comment le voit-on (les marques de l énonciation et de l interaction représentée). 2 Parce que les imitateurs travaillent principalement dans l actualité, un peu comme les Guignols de l info sur Canal +, les documents vieillissent rapidement lorsqu ils sont placés dans le temps de l enseignement. De plus, les imitateurs jouent beaucoup sur le paraverbal et sur les tics de langage de personnalités célèbres. Contrairement aux humoristes qui s inscrivent majoritairement dans des situations et dans des thèmes quotidiens et populaires, les imitateurs usent plus de connaissances médiatiques et de représentations paraverbales. 10

12 Le nombre total de sketchs trouvés sur Internet qui correspondent à ce fonctionnement énonciatif est de 167. Ces 167 sketchs composent le corpus exploratoire que nous avons affiné avec les critères suivants La situation didactique Certains sketchs ne présentent pas ou quasiment pas d allusions. Nous avons procédé à une nouvelle sélection qui a donné priorité aux sketchs qui présentent une densité minimum d allusions discursives 3. D autres critères se sont ajoutés lors de cette sélection : la durée des sketchs intégrés au corpus est limitée à moins de dix minutes afin que le matériel didactique soit adapté aux capacités de concentration des apprenants ; le thème du sketch ne doit pas être trop délicat afin de ne pas comporter trop de risques en situation didactique multiculturelle (voir III , p ). Nous avons souhaité que les transcriptions correspondent toujours à une version vidéo et non seulement audio pour des considérations d ordre didactique également. Il est difficile de percevoir une allusion en temps normal pour les apprenants, et nous savons que chacun use de stratégies d apprentissages variées : le repérage est rendu d autant plus difficile aux apprenants qui ont une mémoire visuelle qu ils n ont pas la possibilité de joindre la lecture labiale à l audition. De plus, le travail sur support vidéo permet aux apprenants de voir les humoristes, ce qui a deux avantages majeurs : ils ont accès à leur apparence physique, ce qui leur donne les moyens de les reconnaître sur des affiches ou à la télévision, et ils peuvent apprendre à décoder le langage non verbal de ceux-ci, qui s évertuent souvent à être très expressifs. Ils apprennent ainsi en même temps à reconnaître les mimiques d une personne en colère, nerveuse, mécontente, ou moqueuse. Après sélections, le corpus de référence est composé de 16 sketchs. Il est disponible en annexe (p ) avec les transcriptions intégrales. Le lecteur a accès aux enregistrements qui sont la source de ces transcriptions en visionnant le DVD fourni en annexe. Toutes les allusions du corpus d étude sont extraites de ces textes. 3 Le lecteur risque d avoir l impression que l allusion discursive est un phénomène extrêmement courant dans les sketchs et que tous les humoristes y ont recours (puisque tous les sketchs sélectionnés en présentent). Environ la moitié des sketchs de départ ont été éliminés parce qu ils n en présentent pas ou quasiment pas. L allusion discursive n est ni intrinsèque, ni nécessaire aux stratégies humoristiques. La densité d allusions est souvent relative au style de l humoriste : c est un procédé très commun chez Raymond Devos ou Pierre Desproges, mais il est beaucoup plus rare chez Florence Foresti. 11

13 1.2. La constitution du corpus d étude Le corpus de référence que nous avons construit est composé de textes qui présentent tous un certain nombre d allusions discursives de différents types. Ce sont ces allusions, une fois répertoriées, que nous avons analysées pour atteindre notre objectif de recherche. Nous avons eu recours à quelques auteurs pour affiner le sens non trivial de l allusion : les travaux auxquels nous avons fait appel nous ont donné des clés très différentes pour préciser notre conception de ce phénomène et pour mieux le cerner. Quelques caractéristiques intrinsèques et quelques limites ont été posées à notre objet de recherche. Nous avons ensuite pu procéder à un repérage selon les caractéristiques prises dans leur acception la plus large, tout en restant strictement dans les limites fixées Qu est-ce qu une allusion? Nos premières lectures 4 nous ont menée aux définitions de Pierre Fontanier : «[L allusion] consiste à faire sentir le rapport d une chose qu on dit avec une autre qu on ne dit pas, et dont ce rapport même réveille d idée.» (1968 [1821], p. 125) et du Littré : «figure de rhétorique consistant à dire une chose qui fait penser à une autre» Elles nous ont fourni une première caractéristique de l allusion : si elle se comprend, elle ne se dit pas. D autres recherches nous ont portée à lire L implicite de Catherine Kerbrat- Orecchioni (1986) et «Aux risques de l allusion» de Jacqueline Authier-Revuz (2000). Elles présentent l allusion sous deux angles très différents qui correspondent à deux aspects de notre orientation théorique : l une pragmatique, l autre dialogique. Pour définir l allusion, Catherine Kerbrat-Orecchioni l insère dans une typologie des types d implicites. Elle procède à une première distinction au niveau des contenus discursifs : les contenus explicites d une part et les contenus implicites d autre part (1986, p. 20). En faisant appel à Herbert Paul Grice (1957, p ), elle précise ainsi sa position : «parler explicitement, c est to tell something ; parler implicitement, c est to get someone to think something. [ ] les contenus implicites (présupposés et sous-entendus) ont en commun la propriété de ne pas constituer en principe [ ] le véritable objet du dire, tandis que les contenus explicites correspondent, en principe toujours, à l objet essentiel du message à transmettre, ou encore sont dotés, selon la formule cette fois de R. Posner (1982, p. 2), de la plus grande pertinence communicative.» (1986, p ) 6. 4 Extraites des actes du colloque L Allusion dans la littérature (2000). 5 GRICE Herbert Paul (1957) : «Meaning», The Philosophical Review 66, p POSNER Roland (1982) : L analyse pragmatique des énoncés dialogués, documents de travail et prépublications du Centre International de Sémiotique de l Université d Urbino, n

14 Catherine Kerbrat-Orecchioni propose un parasynonyme pour l implicite, l inférence, qu elle définit comme «toute proposition implicite que l on peut extraire d un énoncé, et déduire de son contenu littéral en combinant des informations de statut variable (internes ou externes).» (1986, p. 24). Elle constitue une hiérarchie dans laquelle s opposent contenus explicites et implicites, puis parmi les contenus implicites autrement appelés inférences, s opposent présupposés et sous-entendus, et enfin parmi les sousentendus, l insinuation et l allusion, deux entités qui semblent se recouper en certains points 7 : L auteur définit les présupposés : «toutes les informations qui, sans être ouvertement posées (i.e. sans constituer en principe le véritable objet du message à transmettre), sont cependant automatiquement entraînés par la formulation de l énoncé, dans lequel elles se trouvent intrinsèquement inscrites, quelle que soit la spécificité du cadre énonciatif.» (1986, p. 25), les sous-entendus : «toutes les informations qui sont susceptibles d être véhiculées par un énoncé donné, mais dont l actualisation reste tributaire de certaines particularités du contexte énonciatif [ ] ; valeurs instables, fluctuantes, neutralisables, dont le décryptage implique un calcul interprétatif toujours plus ou moins sujet à caution, et qui ne s actualise vraiment que dans des circonstances déterminées» (1986, p. 39). et l allusion, unité inférieure aux sous-entendus : «fait implicitement référence à un ou plusieurs faits particuliers connus de certains des protagonistes de l échange verbal [ ] ce qui établit entre eux une certaine connivence (pacifique ou agressive [ ])» ou consiste en un «renvoi intertextuel» (1986, p. 46) Catherine Kerbrat-Orecchioni insiste sur le caractère in absentia de l allusion, sur la connivence nécessaire à la réalisation de l allusion, et elle introduit l idée d un «calcul 7 L insinuation pose un problème définitoire à Catherine Kerbrat-Orecchioni parce qu elle est surtout caractérisée par une intention malveillante, mais rien ne vient clairement distinguer l insinuation non malveillante de l allusion. L auteur décide de trancher et de réserver l insinuation «aux cas où la nature du contexte sous-entendu invite à supposer chez son énonciateur un mauvais dessein.» (1986, p. 46). 13

15 interprétatif» (voir citation supra, p. 13), qui serait le produit de la compétence d interprétation que nous cherchons à développer chez les apprenants de français langue étrangère (voir l introduction, p. 5 et III , p et III , p ). Pour travailler sur l allusion, Jacqueline Authier-Revuz se place dans une tout autre perspective, plus dialogique, moins pragmatique. Elle parle de la «présence non-marquée du discours de l autre», d allusions «qui mettent en œuvre le lien d un savoir partagé, [qui] sont en même temps mises à l épreuve, et par là, confirmation voire célébration de la communauté correspondant à ce lien.» (1995, p. 308). Jacqueline Authier-Revuz propose une dichotomie utile dans notre perspective : elle met en lumière la différence fondamentale entre les allusions intratextuelles et les allusions intertextuelles, les premières étant moins discriminantes du fait de la connivence instaurée par le discours qui produit l allusion, les secondes l étant davantage du fait que la connivence est un pré-requis que le locuteur présume être possédé par l interlocuteur : «Dans le cas de la connivence intra-textuelle, la communauté mise en œuvre est celle qu instaure le fonctionnement même du texte ou de l échange verbal, et de l espace de mémoire partagée celle du déjà dit précédant linéairement le hic et nunc : c est l échange lui-même qui crée les conditions de son fonctionnement allusif, interne, et le récepteur est, nécessairement adéquat, nécessairement co-appartenant à la communauté co-énonciative. Au contraire, les communautés que requièrent les allusions à du déjà-dit extérieur relèvent d un lien supplémentaire, indépendant du fonctionnement de la co-énonciation, et conditionnant celle-ci. Il y a non-production de connivence dans l espace d un échange, mais exigence de cette connivence comme condition de l échange, c est-à-dire construction par l énonciateur dans ce qu il choisit de désigner allusivement comme extérieur, de l image du récepteur adéquat, c est-à-dire co-possédant avec lui une certaine mémoire interdiscursive.» (1995, p. 309) C est sur la relation discursive entre le producteur et le récepteur (relation de communauté co-énonciative, ou de communauté interdiscursive estimée) que Jacqueline Authier-Revuz axe sa définition de l allusion. Nous gardons cette dichotomie à l esprit pour la typologie que nous proposerons (en particulier pour l intertextualité et l intratextualité, en II.2.2. et II.2.3., p ) et nous retenons de manière générale l idée de connivence entre le producteur et le récepteur, connivence nécessaire à une intercompréhension maximale du discours (voir III , p ). Nous pouvons proposer une première définition, en posant des caractéristiques et des limites à l allusion. Elle : 14

16 est implicite (ne constituant pas le véritable objet du dire, elle est laissée à entendre), est sous-entendue (susceptible d être véhiculée, son actualisation n est pas assurée à priori) fait référence à des faits connus ou supposés connus par le locuteur (ce qui crée ou renforce la connivence entre ceux qui perçoivent l allusion) n est pas explicite (ne constitue pas l objet essentiel du message) n est pas présupposée (pas automatiquement entraînée par la formulation du dire) n est pas nécessairement une insinuation (l intention de l allusion n est pas nécessairement malveillante, mais elle peut l être) Qu est-ce qu une allusion discursive? Le problème définitionnel ne s est pas arrêté à l allusion. Il s est poursuivi avec l adjectif discursive. Pour les besoins de notre recherche, il prendra deux sens majeurs : qui évoque un schéma cognitivo-discursif (un genre ou un type de discours) ou qui évoque un discours, un élément d un discours ou qui éveille la mémoire interdiscursive 8. Ce double-sens que nous conservons à l allusion discursive explique le premier niveau de la typologie que nous proposons : on distinguera les allusions à un genre de discours (imitations et transformations, voir II.1., p ) et les allusions à un texte ou à un discours (voir II.2., p ). Nous reviendrons sur ce que nous concevons comme un genre de discours (voir I , p ), mais nous expliciterons ici notre conception du discours : pour nous, un discours est l ensemble constitué d un énoncé ou d un groupe d énoncés considéré à la fois dans sa structure linguistique et dans son contexte de production et de réception, empli de subjectivités historiques, politiques, idéologiques, socio-historiquement déterminées et orientées 9. Le cadre théorique nous permettra de revenir sur certains aspects du discours, et du langage en général, comme ceux des genres de discours, de l interdiscursivité et de la mémoire (voir I.2., p ). 8 Une suite de mots dont on peut retrouver l origine (comme dans l intertextualité ou l intratextualité, voir II.2.2. et II.2.3., p ) ou pas (comme dans les allusions interdiscursives, voir II.2.1., p ). 9 Inspiré de Francine Mazière (2005, p. 9-10), de Michel Pêcheux et Denise Maldidier (1990, p ), et de Dominique Maingueneau (Charaudeau et Maingueneau, 2002, p ). 15

17 D autre part, nous avons rapidement eu à faire face à un dilemme : où placer la limite entre l allusion discursive et l allusion qui éveille l idée d objets? Ainsi, dans l exemple suivant : Albert Dupontel, dans Le bac (en annexe, p. 125) : On l a bien vu d ailleurs en mai 48 quand il y a eu la révolution des étudiants. la personne qui reçoit cet énoncé pense-t-elle aux événements de mai 1968, ou bien se ditelle que l énonciateur s est trompé, que ce n est pas mai 48 qu il fallait dire mais mai 68? La première solution nous ferait dire que l allusion a éveillé l idée de l événement, tandis que la seconde nous ferait pencher pour une réflexion de type métalinguistique. Il nous semble peu pertinent de trancher parce que nous formulons l hypothèse (qui restera par ailleurs à démontrer dans d autres travaux) que les deux réflexions ont lieu concomitamment. Il n y aurait, dans ce cas, aucune raison de nier l existence de l une ou de l autre. Pour répondre à notre dilemme, nous formulons la réponse suivante : dans un discours, l allusion discursive, si elle éveille l idée de quelque chose, comporte toujours aussi une dimension métalinguistique. Elle est une condition sine qua non de notre définition de l allusion discursive Quelques remarques concernant les corpus Notre corpus de référence, constitué par les transcriptions, contient 16 sketchs (voir en annexe, p ). Un premier sous-corpus de travail a été constitué en répertoriant les allusions des sketchs selon les éléments de définition vus (en I , p et I , p ) et quelques phénomènes discursifs sur lesquels nous avons douté à un moment (en annexe, p. 159). Ce sous-corpus est composé de 203 allusions discursives et de 9 extraits qui n entrent pas dans les critères de l allusion discursive et qui nous permettront de poser des limites, soit 212 éléments. C est sur ce sous-corpus de travail que nous avons effectué les premières analyses qui ont abouti à un classement des allusions sur trois niveaux et à l établissement d une typologie (voir II., p ). Les allusions, une fois classées, ont constitué un second sous-corpus de travail que nous avons utilisé pour décrire plus précisément chaque type d allusion (voir II.1. et II.2., p ). Les catégories du classement ne s excluent pas mutuellement : une même allusion peut être à la fois intratextuelle et paronomastique par exemple, auquel cas elle entre dans deux catégories distinctes. C est ce qui explique que le second sous-corpus de travail contient davantage d éléments que le premier. Il est composé de 293 éléments. 16

18 Le corpus de travail ne se présente pas comme un corpus exhaustif qui répertorierait toutes les allusions de tous les types dans le corpus de référence. Par exemple, dans les sketchs, nombreuses sont les allusions interlocutives (voir II.2.5., p ) : l humoriste fait souvent semblant de répondre à des interlocuteurs qui lui auraient parlé. Or, seules quelques-unes sont notées dans les sous-corpus de travail. Il nous a semblé peu pertinent d inventorier toutes les allusions de ce type parce qu elles sont très nombreuses et fonctionnent de manière homogène. Le classement des allusions qui a conduit au deuxième sous-corpus de travail est guidé par des orientations théoriques dont les principes correspondent à ceux de l analyse du discours. 2. Ancrage théorique, sketchs et allusions Nous avons utilisé les notions de genres et types de discours, d énonciation, d intertextualité et d intratextualité, de dialogisme interdiscusif, interlocutif et d autodialogisme parce que les allusions discursives ne fonctionnent qu en cas d intercompréhension et d interprétation de l implicite (voir I , p ). Les allusions ont été étudiées avec des outils linguistiques et parfois cognitifs qui permettent d analyser les marques qu y laisse le dialogisme par exemple. Cette approche nous semble assez générale pour regrouper les aspects principaux de l allusion discursive tout en ouvrant des perspectives transférables en didactique des langues et du français comme langue étrangère Les genres et les types de discours Un problème général qui s est posé lors de cette recherche sur un corpus humoristique a été de savoir si le sketch humoristique est un genre de discours ou un type de discours. Nous ferons appel à des auteurs tels que Mikhaïl Bakhtine d une part, et Catherine Kerbrat-Orecchioni et Sophie Moirand d autre part pour définir les genres de discours et pour nous positionner parmi les diverses théories sur le sujet parce qu il nous semble que ces auteurs ont chacun à sa manière posé une pierre angulaire dans la recherche dans ce secteur. 17

19 Qu est-ce qu un genre de discours? Il peut à priori sembler étrange de faire appel à Mikhaïl Bakhtine dans nos questionnements en analyse du discours, puisqu il était avant tout chercheur en littérature (cf. par exemple les études qu il a faites sur les œuvres de Fiodor Dostoïevski et de François Rabelais) 10. Nous en garderons principalement le concept de «double orientation» du discours vers la réalité : une orientation vers le contexte de la situation, soit les participants, les «conditions de l exécution et de la réception» (Todorov, 1981, p. 127) 11. On peut tout à fait en déduire que le genre d un discours est en partie déterminé par l intention de communication sous-jacente et par le dialogisme interlocutif. La seconde orientation proposée est de type thématique. Mikhaïl Bakhtine propose une définition des genres discursifs, que nous retiendrons pour le moment : «Tout énoncé particulier est assurément individuel, mais chaque sphère d usage du langage élabore ses types relativement stables d énoncés, et c est ce que nous appelons les genres discursifs (29, 237).» (Todorov, 1981, p. 127) 12 Certains éléments des discours quotidiens sont relativement stables, et c est ce qui nous permet de repérer quel genre de discours nous entendons, et réciproquement de nous faire comprendre en respectant le genre de discours dans lequel nous nous situons. C est la stabilité qui détermine les découpages, l instabilité n étant alors en fait qu une forme de variation situationnelle. Quelque cinquante ans plus tard, Catherine Kerbrat-Orecchioni et Véronique Traverso reprennent le problème après bien d autres linguistes et sémioticiens 13, mais elle s intéresse particulièrement aux genres de l oral. Elle propose une distinction, inspirée de Jean-Michel Adam, entre «G1» et «G2», soit entre genres et types de discours. 10 Bakhtine / Voloshinov (1977 [1929]) : Le Marxisme et la Philosophie du langage, cité dans Todorov (1981), p. 126 : «[t]oute situation quotidienne stable comporte un auditoire organisé d une certaine façon, et par conséquent un certain répertoire de petits genres quotidiens. (12, 98-99)». 11 Medvedev (1928) : Fromal nyj metod v literaturovedenii, cité dans Todorov (1981). 12 Bakhtine (1975 [1974/~1941]) : «Problema rechevykh zhanrov» (Le problème des genres discursifs), dans Bakhtine (1979) : Estetika slovesnogo tvorchestva (Esthétique de la création verbale), cité dans Todorov (1981). 13 Catherine Kerbrat-Orecchioni déplore elle aussi un manque de clarté dans les classifications : «Il va de soi pourtant que les productions orales orales relèvent de genres divers, c est-à-dire qu ils se distribuent en familles constituées de productions variées mais présentant un certain air de famille. Cela est attesté par l existence des nombreux termes que la langue met à la disposition des usagers pour caractériser tel échange particulier comme étant une conversation, une discussion ou un débat, du bavardage ou du marchandage, [ ] l hétérogénéité d une telle liste (qui pourrait être allongée ad libitum) [ et la] richesse du lexique utilisé pour étiqueter les genres n a d égal que la confusion qui le caractérise [ ].» (2003, «2. Les genres de l oral» [en ligne]) 18

20 «G1 : Événements de communication ou types d interactions [qui] sont définis d abord sur la base de critères externes, c est-à-dire situationnels (nature et destination du site, nature du format participatif, nature du canal, but de l interaction, degré de formalité et de planification de l échange, degré d interactivité, etc.).» (Kerbrat- Orecchioni, 2004, p. 43) Les types de discours sont l unité directement inférieure aux genres, ils se définissent sur des critères internes au discours plutôt qu à la situation de communication, contrairement aux genres de discours. «G2 : Types de discours, ou mieux, d activités discursives [ ] types plus abstraits de discours caractérisés par certains traits de nature discursivo-rhétorico-pragmatique. [ ] Les types d activités se définissent au contraire par des critères internes. [ ] Cette identification repose sur différents éléments du matériel linguistique et de l organisation discursive» ( Kerbrat-Orecchioni, 2004, p ) Ce type d analyse, inscrivant les genres et types de discours dans des niveaux discursifs macro- et mésotextuels, est également utilisé par Sophie Moirand (2003b, 2.1. [en ligne]) qui y ajoute un niveau microtextuel. Elle propose en fait une grille d analyse des genres et des types de discours selon des critères qui relèvent à la fois des trois niveaux du discours : le niveau macro (ou global) qui concerne les gestes, les intentions (ou finalités), le jeu des représentations, l ordre des éléments mésotextuels (le scénario ou script) ; le niveau mésotextuel (ou médian) qui concerne les opérations cognitivolangagières à moyenne échelle (les actes de langages, les types de textes, les tours de parole) ; et le niveau microtextuel qui concerne les marques et opérations linguistiques. Ce sont ces outils d analyse que nous utiliserons pour étudier les parodies, qui s appliquent à caricaturer les types et genres de discours que nous connaissons. À la fin de son étude sur le genre, elle propose une définition provisoire améliorée du genre que nous reproduisons ici : «une représentation socio-cognitive intériorisée que l on a de la composition et du déroulement d une classe d unités discursives, auxquelles on a été «exposé» dans la vie quotidienne, la vie professionnelle et les différents mondes que l on a traversés, une sorte de patron permettant à chacun de construire, de planifier et d interpréter les activités verbales ou non verbales à l intérieur d une situation de communication, d un lieu, d une communauté langagière, d un monde social, d une société» (2003b, 2.3. [en ligne]) Nous retiendrons de ce petit tour d horizon que : le genre de discours est une grande unité, composée de sous-unités appelées sousgenres ou types de discours, le genre correspond à un type d interaction ou d événement, il est doublement orienté vers la situation et vers le thème de l échange, 19

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