LE JUSTE, LE FOU ET LE THÉOLOGIEN par Luc BEYER de RYKE. Stéphane Hessel, Beppe Grillo et Benoit. Le combat de l avenir

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1 Président-fondateur Jacques Dauer 18 JUIN Le combat de l avenir LE JUSTE, LE FOU ET LE THÉOLOGIEN par Luc BEYER de RYKE Stéphane Hessel, Beppe Grillo et Benoit XVI, trois hommes dont la vie et le destin sont ou furent transcendés par l élan, l engouement, la ferveur auxquels ils ont donné lieu pour le premier et continuent à susciter pour les deux autres. Stéphane Hessel je l ai bien connu. Même si je ne partageais pas toujours sa radi-calité, la violence des doux, la Palestine nous rapprochait. Bien avant que son Indignez-vous vendu à plus de quatre millions d exemplaires le rendit mondialement célèbre. Un de mes premiers et lointains souvenirs est celui d une rencontre avec lui en compagnie de Lucie et de Raymond Aubrac. J eus alors de sentiment de côtoyer l Histoire. Tout en se situant clairement à gauche, Stéphane Hessel ancien déporté à Buchenwald et co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l Homme aimait invo- quer le Général de Gaulle voyant en lui «l Indigné», l homme qui avait eu le courage de dire non. On le vit plus tard aux côtés de Pierre Mendes-France dont on se souvient qu il eut des gaullistes dans son gouvernement qui s appelaient Jacques Chaban-Delmas et le général Koënig. N attirons pas pour autant Stéphane Hessel dans le rang des «Compagnons». Ce serait malhonnête même s il fut un ancien, à Londres, du BCRA, les services de renseignement. Contentons-nous de dire qu il fut un résistant. Sa passion ne fut pas politique. C était la Justice et l idée qu il s en faisait. Absolue et parfois intolérante. Juif lui-même il ne pardonnait pas à Israël d abîmer par sa politique conquérante et répressive l idée même du judaïsme. Ce n était pas son seul combat. La cause des sans-papiers, des SOMMAIRE - Pages 1 et 2 : Luc Beyer de Ryke, Le juste, le fou et le théologien Pages 3 et 4 : Georges Aimé, Au fil des jours Pages 5 à 8 : Pierre Chastanier, Une médecine à deux vitesses Pages 9 à 10 : Brigitte Tachot, La dictature du «politiquement correct» Pages 11 et 12 : Christine Alfarge, Compte rendu du dîner-débat présidé par Christophe Ayela et Jean-Claude Kross : Quel avenir pour la justice pénale en France? Pages 13 à 22 : Paul Kloboukoff, Des interrogarions à l École de la République Page 22 à 24 : François Lardeau, Brèves de février Page 25 : inscription dîner-débat avec Jean-Marie Delarue : État des lieux du système carcéral français et propositions de réformes (mercredi 13 mars) Page 26 : inscription dîner-débat avec Pierre Maurel : Enseignement : état des lieux (mercredi 10 avril). 1

2 Page 2 - La Lettre du 18 Juin Le juste,le fou et le théologien, par Luc Beyer de Ryke mars 2013 immigrés le trouvait mobilisé et l Europe en laquelle il croyait était bien éloignée de celle incarnée par une technocratie sans cœur. Né allemand avant d être naturalisé français à vingt ans, l Allemagne qui lui restait chère avait le visage de Rilke plutôt que celui d Angela Merkel. Dans le kaléidoscope de souvenirs que je garde de Stéphane Hessel l un des plus lumineux me ramène à cette soirée de mai 2007 ou, au Club des Poètes rue de Bourgogne, je l entendis réciter Apollinaire et Rilke. Rilke en allemand avec une intensité telle qu elle abolissait la barrière de la langue. Un héritage? Stéphane Hessel laisse-t-il un héritage? Même si, en particulier en Espagne, beaucoup d Indignés se réclament de lui, je n en suis pas convaincu. Avec son Indignez-vous il a été, me semble-t-il, le révélateur et, dans une certaine mesure, le fédérateur d une rébellion sociale. Mais elle n a pas atteint la même ampleur dans tous les pays. Peu importante en France ou en Belgique là où elle le fut comme en Israël, au Québec ou au Royaume-Uni les retombées politiques sont demeurées limitées. En Grèce nous sommes dans un autre cas de figure que celui d un pays naufragé. Il est un pays ou les indignés ou ce qu on peut prendre pour tels ont déboulé sur le devant de la scène. C est l Italie avec Beppe Grillo. Faut-il vraiment s en réjouir? Ces derniers années Grillo ravageur et vociférant avait gagné le sobriquet de «clown hurlant». Sa critique du système n est sans doute pas sans fondement mais souvent chaotique avec ses allures de gourou illuminé. Ce disciple de Coluche qu il a bien connu se montre moins responsable que lui. Coluche aussi eut la tentation de tutoyer la politique. Lorsque je siégeai au Parlement européen il nous avait rendu visite en tant que candidat aux présidentielles en France. Simple coup de semonce, trois petits tours et s en va Il nous a laissé «Les Restos du Cœur» acte de générosité dont les Français lui savent gré. Beppe Grillo, lui, offre à l Europe un pays rendu ingouvernable. En quoi, convenons-en, l Europe n est pas elle-même, sans responsabilité. L ultralibéralisme exigeant jusqu à l extrême une cure d austérité fait mettre aux plus défavorisés un genou à terre. À travers cette politique chevauchant les frontières l Europe compte un nouveau pays, les pauvres! Ainsi soit-il... Il me reste à évoquer le dernier «indigné» de mon triptyque, Benoît XVI. Cet homme d une grande intériorité, théologien de renom n avait pas le charisme de son prédécesseur. La tourmente et les tourments qui assaillent l Église ne l ont pas laissé sans voix mais cet homme d étude était trop discret pour qu elle fût audible. Soudain elle le fut. Par un acte inédit depuis des siècles, la renonciation au pontificat. Ainsi demeurera-t-il dans l histoire de l Eglise un des papes les plus célèbres. «Fiat Voluntas tua». Et le destin s accomplit. Ainsi va le monde 2

3 Page 3 - La Lettre du 18 Juin, journal de l Académie du Gaullisme mars 2013 AU FIL DES JOURS... par Georges AIMÉ Il nous faut observer les manifestations espagnoles et grecques avec grande attention et nous devons être alertés par le résultat des élections italiennes. Les «élites» de notre pays ont la fâcheuse tendance à mépriser tout ce qui vient du Sud, à ignorer tout ce qui vient d outre-manche et à encenser absolument tout ce qui vient d outre- Rhin. Il suffit d écouter le ministre actuel de l Économie et des Finances ou le secrétaire général de l UMP pour être convaincus que leur allégeance aux principes économiques tels que développés par l Allemagne est totale. Cette dernière, peu soucieuse de tout ce qui n est pas elle, impose aux peuples, avec, chez nous, l appui des Socialistes et des UMPistes sa vision de la construction européenne et ses certitudes économiques. Cette attitude dominatrice et impérialiste l aveugle à ce point qu elle ne se rend même pas compte qu elle est en train de scier la branche sur laquelle elle est assise (les excédents de sa balance commerciale étant dus aux échanges avec les pays européens). Où sont-ils ces chantres de tout poil, les Copé, Lamy, Minc, Moscovici, Sarkozy, etc. qui ont porté aux nues un président du Conseil italien aujourd hui renvoyé à ces chères études par un peuple qui en a «ras-le bol» de la commedia della politica. Un peuple qui, par dérision, préfère voter pour un saltimbanque ou un populiste? Où sont-ils ces chantres qui ont apporté leur soutien à Mariano Rajoy, aujourd hui désavoué par ceux qui l ont élu et qui réclament qu on leur rende leur vote. Des manifestations monstres se déroulent dans toute l Espagne et ici on feint de l ignorer? Où sont-ils? Eh bien ils attendent le père Noël-croissance. Fuir, gagner du temps, créer la diversion, tout est bon pour ne rien résoudre et ne pas respecter des engagements dont ils savaient qu ils étaient fallacieux. Entre ceux qui, au pouvoir, ont laissé se dégrader la situation et qui viennent nous expliquer, douze mois plus tard, ce qu il convient de faire et ceux qui, dans l opposition, nous expliquaient ce qu il fallait faire et font aujourd hui le contraire, ne sommes-nous pas dans la comédie du pouvoir? Faire la politique de l autruche, ne pas vouloir voir venir la révolte des modérés, ne pas vouloir voir l explosion sociale qui point à l horizon, relève soit d une pensée rétrécie à la pensée unique qui habite nos «élites», soit du mépris du puissant envers le manant, soit de l imbécillité tout court., soit de tous ces éléments conjugués. À moins que nous ne soyons dans un sinistre jeu de rôles qui consiste avant tout à préserver prébendes et intérêts. Le projet de loi sur le cumul des mandats et la reconnaissance du vote blanc envoyés aux calendes grecques en sont les plus beaux exemples. Ceux-ci ne manquent pas. Alors que tous les jours l on entend «il faut que l État trouve des recettes supplémentaires», jamais l on nous parle des économies considérables qui pourraient être faites en réformant nos institutions et en instituant une autre pratique de la politique fondée sur le don de soi au service de la Nation et non au service d intérêts particuliers. Écrits par des parlementaires honnêtes, conscients de cette absolue nécessité, les rapports sur ces sujets ne manquent pas. Tous ont été transmis aux différents gouvernements, qu ils soient de droite ou de gauche, tous ont été salués comme «remarquables» et tous ont fini oubliés dans le fond d un tiroir! 3

4 Page 4 - La Lettre du 18 Juin Intérêt particulier et intérêt général, par Georges Aimé février 2013 Non seulement le silence est total là-dessus mais en plus on s en moque et l on crée de nouvelles strates administratives et on nomme de nouveaux «conseillers» (à l Élysée dernièrement). Puisque cela est à la mode, petite comparaison entre la représentation et les coûts de fonctionnement des gouvernements allemand et français : France : 1 Premier ministre + 34 ministres et secrétaires d État pour 65 millions d habitants ; Allemagne : 1 chancelière + 15 ministres pour 82 millions d habitants. Le personnel de l Élysée est trois fois plus nombreux que celui de la chancellerie, il en est de même pour les véhicules, les conseillers, etc. Continuons : en France communes (dont de moins de 500 habitants), en Allemagne communes dont la plus petite est composée de habitants, en Espagne et en Italie environ 8.000, au Royaume-Uni Qu attendent donc les admirateurs de Mme Merkel pour clamer haut et fort qu il y là aussi lieu de faire comme l Allemagne. Naïf je suis et naïf je resterai. J ai oublié que beaucoup de ces contempteurs font leur chou gras, si j ose dire, de ce mille-feuille. Mesdames et Messieurs les Politiques, si vous ne changez pas, si vous ne donnez pas aux Français des raisons d être fiers et d aimer leur Pays nous allons droit dans le mur. Regarder l Angleterre, elle vient de perdre son triple A, entendez-vous ses dirigeants démolir leur pays? Regarder les États-Unis d Amérique, faute d accord entre Démocrates et Républicains, beaucoup d habitants vont souffrir ; entendez-vous les dirigeants critiquer leur Pays? Regarder l Italie, ses citoyens viennent de rejeter un système politique, les élites en ont-elles pour autant dénigrer leur pays? Quoi qu il en soit, ce qui vient de se passer de l autre côté de Alpes se passera demain chez nous. Les Français n ayant pas la chance des Italiens, il se pourrait, faute de saltimbanque, qu ils se portent en masse sur un ou une populiste. Alors, chers dirigeants de nos deux grands partis il vous faudra faire vos valises et aller vivre à Berlin BULLETIN D ADHÉSION ET D ABONNEMENT À 18 JUIN à retourner à l Académie du Gaullisme B.P Maisons-Alfort Nom et prénom Adresse Code postal Ville Tél. Courriel Cotisations : + de 25 ans : de 25 ans : 16 - couple : 39 membre bienfaiteur : à partir de 75 Établir votre chèque à l ordre de l Académie du Gaullisme. 4

5 Page 5 - La Lettre du 18 Juin, journal de l Académie du Gaullisme mars 2013 UNE MÉDECINE À DEUX VITESSES? par Pierre CHASTANIER Les couloirs bruissent au ministère de la Santé des tensions supposées entre la ministre, Marisol Touraine et certains de ses proches qui auraient l habitude de pratiquer des dépassements d honoraires systématiques importants! Le problème de la «médecine à deux vitesses» est à nouveau posé dans des termes qui pour beaucoup de nos concitoyens méritent quelques éclaircissements. Si chacun approuve cet acquis de la Résistance permettant à tous les Français, grâce à la Sécu, de se soigner «presque» gratuitement, la présentation qui est faite des «odieux profiteurs» que sont les «hospitalouniversitaires» a quelque chose de risible. Pas question bien sûr de cautionner certaines pratiques excessives bien peu conformes au serment d Hippocrate, qu on retrouve cependant plus souvent chez les chirurgiens esthétiques que chez les médecins hospitaliers. Quelques remarques préliminaires toutefois : Pour atteindre le sommet de la hiérarchie hospitalo-universitaire il faut, si tout va bien, 20 années de dur labeur : 7 ans d études, 4 ans d internat, 2 ans de clinicat, 5 à 10 ans de MCU-PH et enfin pour les plus aptes (ou les plus chanceux) un poste de PUPH et de chef de service. Une vie de travail! Pendant les 13 premières années, il faut «bouffer de la vache enragée» avec un salaire mensuel de 0 pour un étudiant, 200 pour un externe, pour un interne débutant à Paris à Bac +7 (pour 60 heures de travail par semaine sans recours possible aux prud hommes), pour un chef de clinique (à la trentaine, souvent marié et père ou mère de famille) qui doit arrondir ses fins de mois par des gardes incessantes. En pendant toutes ces années, des examens, des concours, des publications, le bagne choisi parce qu on aime ça mais le bagne tout de même! Comment s étonner que certains au bout du compte refusent les consultations «spécialistes» du secteur 1 à 25 ou 28 selon le cas, ou la CMU aux remboursements souvent tardifs, s ils veulent dispenser une médecine de qualité au lieu de se résoudre à faire de l abattage! Mais où la chose devient comique c est que jamais n est pris en compte le coût total d une pathologie incluant diagnostic et traitement. Je m explique : Un clinicien expérimenté examinant minutieusement un malade aboutira souvent rapidement au bon diagnostic avec un minimum d examens complémentaires. Le traitement proposé sera très fréquemment le bon et le nomadisme médical si souvent observé, de patients désorientés, sera réduit à sa plus simple expression. Le jeune interne au contraire ou le praticien peu entraîné se protègera contre ses angoisses (et la judiciarisation croissante de la profession) 5

6 Page 6 - La Lettre du 18 Juin Une médecine à deux vitesses?, par Pierre Chastanier mars 2013 en multipliant les examens complémentaires radiologiques ou biologiques particulièrement coûteux (scanners, IRM, batteries de tests de laboratoire au moindre doute). Par rapport à ces dépenses assez souvent inutiles pour «celui qui sait», que coûte la consultation? J ai longtemps proposé que les internes, autorisés à prescrire, la bride sous le cou, smicards pouvant sans contrôle dépenser des fortunes, soient encadrés au début par un nombre beaucoup plus élevé de chefs de cliniques et d agrégés pour apprendre «au lit du malade» une médecine pratique, ne dépensant qu à bon escient, celle-là même qu on s ingénie à ne plus leur enseigner à la fac! Ah! ce PACES 1, avec son examen par QCM tellement déconnecté de la pratique médicale qu AUCUN professeur de première année ne serait capable de le réussir (et des autres années non plus d ailleurs), ces épreuves prétendument scientifiques (en réalité exclusivement théoriques) qui ne serviront JAMAIS à l immense majorité des praticiens et qui sont de toutes façons bien insuffisantes pour ceux qui, dix ans plus tard, s orienteront vers la recherche. La méthode de sélection, car ce n est que ça, puisqu on n ose pas faire le tri à l entrée de l université par une Mention B ou TB au Bac S, dans un pays dont les hôpitaux publics vivent en partie au dépend de médecins étrangers taillables et corvéables à merci, est pour le moins choquante (encore que la dernière secrétaire d État à la Santé, sous Nicolas Sarkozy, ait eu son diplôme de docteur en Médecine à Alger!). Après l étape diagnostique, le praticien expérimenté sait aussi quelle est la meilleure conduite à tenir et le traitement le plus adapté. Et là encore par rapport au traitement proposé par le néophyte que représente le prix d une vraie consultation, dépassements d honoraires compris, par un praticien chevronné! Il faut être aveugle pour croire que nous avons la meilleure médecine du monde. Par rapport à l Afrique, sans doute, raison pour laquelle le tourisme médical fleurit dans notre pays (la carte Vitale non sécurisée [sic] se prête facilement aux cousins d outreméditerranée). CMU et AME prévues pour 1 million d assujettis sont maintenant généralisées à 5 millions de patients (dont les ayants-droit initialement envisagés mais aussi les clandestins, les «touristes» de passage et les riches étrangers sans revenus en France même s ils disposent d un important patrimoine! Tous ces braves gens qui ne payent strictement rien n hésitent pas à consulter tous azimuts quand ils veulent bien venir au rendez-vous! La médecine c est difficile! Quand je vois parfois quelles prescriptions sont faites aux cancéreux je ne peux que penser que la doctrine française, non écrite mais pourtant bien réelle, est «Vous avez un cancer on vous soigne, vous récidivez, on vous aide à mourir!». Et surtout ne réfléchissez pas, appliquez les décisions standardisées des RCP (réunions de concertation pluridisciplinaires)! Est-ce à dire pour autant que parmi les «dépasseurs» il n y a que les bons et parmi les conventionnés que les mauvais : sûrement pas! Mais si la médecine ne doit pas être à deux vitesses que dire alors de l éducation, du logement, des salaires, des voitures, des restaurants On sait au pays des Soviets comment l Égalité a (mal) fini! Soyons sérieux! Si l on persiste dans cette voie déraisonnable n ajustant pas pour la profession médicale (comme pour la profession d enseignant d ailleurs) la rémunération à la longueur et à la difficulté des études, tôt ou tard le système explosera. 6

7 Page 7 - La Lettre du 18 Juin, journal de l Académie du Gaullisme mars 2013 Et pourtant la République se doit de soigner avec autant de zèle tous ses enfants! Une solution? Dans chaque profession il existe une grande diversité de profils, chacun adapté à une clientèle particulière. Le patient comme il choisit son logement ou sa voiture, choisira le type de médecine qui lui convient selon ses priorités, et ses moyens. Dans Paris où il n y a pratiquement plus de médecins généralistes (à 23 la consultation il faudrait être malade pour s installer!) il reste SOS Médecins à 53 minimum (selon horaires) ou les urgences hospitalières (comptez 4 à 6 heures d attentes s il n y a pas de risque vital et un prix de revient de 176 par passage pour des soins légers, que le malade ne paye pas, sauf un forfait minime, mais que la Sécu doit bien rembourser à l hôpital). À côté de la médecine libérale, une médecine sociale doit enfin trouver sa place, de qualité comparable mais fonctionnant différemment. L exemple de la médecine militaire nous montre la solution. Les étudiants qui intègrent l École de Santé des Armées, passeront les mêmes examens que leurs camarades civils. Ils auront au bout du compte le même diplôme et ne pourront être qualifiés de médecins au rabais. Cinq différences de taille pourtant : - ils sont recrutés hors numérus clausus des civils ; - pendant leurs études ils sont payés ; - à la fin de celles-ci ils doivent dix ans de service à l armée ; - leur salaire de médecin militaire débute à par mois ; - après les dix ans ils peuvent soit poursuivre dans l armée soit partir dans le civil. Plutôt que de faire venir des médecins roumains ou autres, ne parlant même pas notre langue ou de forcer nos enfants malchanceux, après cette première année débile, à tenter leur chance en Belgique ou ailleurs, que ne crée-t-on un corps civil de médecins salariés de la Sécu, capables d occuper pendant dix ans des postes de médecine sociale (urgences, malades de la CMU, maisons de retraites, déserts médicaux ) là où la Nation a besoin d eux, selon des critères de recrutement indépendants du numérus clausus des autres. Comme pour nos grandes écoles, ils seraient payés pendant leur formation ce qui leur ferait accepter un salaire moins élevé pendant les dix années suivantes et l obligation d installation au lieu d affectation, après lesquelles ils pourraient s ils le souhaitent regagner le secteur libéral. Ce serait l occasion unique d ouvrir l accès des professions médicales à des personnels de santé ayant une certaine ancienneté (infirmières, kinés, manipulateurs radio, laborantines ou même aides-soignantes ) qui intègreraient directement après cinq années de pratique la deuxième année de médecine (type de passerelle qui existe dans de nombreux autres formations). Les années suivantes ils se présenteraient aux mêmes examens que les autres étudiants et seraient donc aussi qualifiés. Études à deux vitesses me direz-vous : la médecine libérale pour les meilleurs, la médecine sociale pour les autres! 1 N est-ce pas la même chose dans d autres études (tout le monde ne peut pas réussir l ENS ou l X). 2 Les études sauf la stupide 1 re année seraient identiques. 3 Le fait d être payé ouvrirait la profession à des catégories sociales nouvelles. 7

8 Page 8 - La Lettre du 18 Juin Une médecine à deux vitesses?, par Pierre Chastanier mars Au bout de dix ans tous seraient sur un pied d égalité. nettement mieux traités, brader leurs connaissances! ne veulent plus Soyons sûrs qu on n évitera pas, tôt ou tard, l apparition d une médecine sociale salariée. Quand 98 % de la population relève de la Sécu et des mutuelles où est la médecine vraiment libérale? Qu on permette au moins à ceux qui le veulent et le peuvent d être soignés par ceux qu ils ont librement choisis, par ceux qui ont fait l effort de se hisser au sommet de la profession, par ceux qui savent alors que tant d autres hésitent, par ceux qui, voyant leurs proches, avocats, notaires, industriels, Terminons par une histoire drôle : Une ménagère appelle un plombier pour changer un joint qui fuit. Le professionnel arrive et en 5 minutes le joint est changé. -Combien vous dois-je, lui dit-elle? - 50 Madame. - 50! Vous êtes plus cher que le médecin! - Je sais, Madame, j étais médecin! Prochains dîners-débats de l Académie du Gaullisme (inscription pages 20, 21,22) : MERCREDI 13 MARS Jean-Marie DELARUE Thème : État des lieux du système carcéral français et propositions de réformes. MERCREDI 10 AVRIL Pierre Maurel Thème : Enseignement : état des lieux 8

9 Page 9 La Lettre du 18 Juin, journal de l Académie du Gaullisme mars 2013 LA DICTATURE DU «POLITIQUEMENT CORRECT» par Brigitte TACHOT Un propos du Général de Gaulle tenu en 1959 indiquait : «Nous sommes quand même avant tout un peuple européen et de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne...». (Propos rapportés par Alain Peyrefitte. Depuis est apparue une règle nouvelle, celle du politiquement correct. Les propos tenus par le Général de Gaulle seraient aujourd hui qualifiés de racistes, indécents et politiquement très incorrects. Nous sommes devenus de parfaits castrats. Nos voix sont-elles plus écoutées? La France émasculée, est-elle ressortie plus défenderesse des Droits de l'homme? En ces temps de disette, que penserait le Général de Gaulle appelé lors de l ordonnance du 3 juin 1958 par René Coty comme : «Le plus illustres des Français à doter la France d'une constitution...»? Lors de l élaboration de notre Constitution de la V e République, Il y avait la question de l Algérie. Une culture et une génération sont nées de cette époque de la décolonisation. La France était prospère. Pourtant, le Général de Gaulle qui détestait les partis politiques, menait la Maison de l Élysée avec la plus stricte économie, payant sa note d électricité et ses besoins personnels sur ses deniers. Mme Yvonne de Gaulle avait même entrepris d enseigner aux cuisiniers de la Maison comment accomoder les restes pour mener rigueur et économie «pour l exemple». Aujourd hui qu en est-il? On clame haut et fort qu il convient de faire des économies sur le train de vie de l État. Mais on ne le fait pas. Le Conseil constitutionnel a déclaré cette mesure inconstitutionnelle. Une telle mesure aurait été très politiquement correcte, si elle avait été adoptée. Elle ne l a pas été, c est politiquement correct à ce qu il paraît. Une mobilisation des médias sur le sort des «rom» qui résident parqués en Seine-Saint-Denis et autres banlieues défavorisées évite de dévoiler ce qui n est pas politiquement correct. C est-àdire : nous accueillons, nous militons pour les sans-papiers, mais nous résidons là où l on en voit pas! Est-ce politiquement correct de dévaloriser des cités qui sont nées de nos constructeurs? Ces banlieues aujourd hui qualifiées de «quartiers difficiles» étaient destinées à héberger des travailleurs. Elles sont aujourd hui des cités de «non droit» où la police n intervient même plus. Car ce n est pas politiquement correct. Où est la culture française dans ces cités? Oui, pour les quartiers difficiles, il y a des crédits de la culture. On récompense la culture de rue et l on restreint les budgets des communes. Mais c est politiquement correct! Une jeune femme française très récemment divorcée d un mauricien m expliquait que son exmari, navré d avoir été éconduit après avoir renvoyé femme et enfant en France à leurs frais, n avait de cesse que de se renseigner pour obtenir la nationalité et bénéficier du RSA... Le pire pour cette mère est que le jugement de divorce, prononcé en France, déclare le père victime et insolvable. Il gagne plus que son exépouse même en convertissant les roupies en niveau de vie. Mais c est politiquement correct! C est la Justice. Notre Justice. Celle qui respecte les trois pouvoirs! Mais là, le magistrat est aux anges : il ose juger en vertu de ce que la Caisse d allocations familiales peut verser en compensation! C est l irresponsabilité mise en loi. 9

10 Page 10 - La Lettre du 18 Juin La dictature du «politiquement correct», par Brigitte Tachot mars 2013 Faire face à l immigration, oui, c est une belle entreprise. Le Général l avait bien dit, dès Il faut savoir raison garder. Notre pays est celui des droits de l homme. Notre démocratie a aboli la royauté mais remplace le roi par des roitelets et Versailles par l Élysée. Nous sommes les héritiers directs de la valeur de démocratie aujourd hui dévoyée. Notre régime tourne à une sorte d hyper présidentialisme «à l américaine» voire à une monarchie déguisée. Nous sommes politiquement corrects! En ces temps où nos urnes sont désertées par les nationaux nous parlons de donner le droit de vote aux «immigrés». Les nationaux boudent les urnes au mépris de ce que leurs ancêtres ont sacrifié pour ce droit. Outre les distractions que nous offrent les médias pour masquer les réalités : soyons autres que des moutons de l ENA. Notre France a besoin de créer, innover. Cette France là, ce sera celle qui demeurera une force dans le monde. Demain, il faut que 80 % des électeurs français aillent faire leur DEVOIR de citoyens. C est la règle. Nos démocraties sont malades et nos électeurs fous. Le système ne reconnaît que SA loi. Demain des forces seront nécessaires pour domestiquer ces ectoplasmes. Il faut un vrai centre. Des Français fiers de leur France et non des séides d une droite populiste qui ne fait que promettre sur des réalités fantaisistes. Demain serait un beau jour si nous pouvions souscrire pour une France novatrice à l heure du progrès des idées. Cela n est pas politiquement correct, hélas. Le mariage pour tous est une utopie très onéreuse et très singulièrement défendue par un allergique au mariage. Nous prendrions modèle sur d autres nations. N avons-nous pas à soigner des plaies beaucoup plus graves que de gommer les genres sous prétexte d égalité? Il est urgent d exister et innover - pour nous peuple français. Il faut aimer la France. Il faut l honorer. La France est notre patrie. Oui, elle est devenue multiple. Faisons des vrais Français de nos jeunes de toutes origines. Fiers de l être et non pas des assistés titulaires d un droit de vote au rabais. Protégeons nos savoirs. Motivons nos jeunes pour rester parmi nous. Que dire des entreprises qui se sont précipitées dans l aventure asiatique en laissant les travailleurs français présenter désespérément leurs sébiles à la collectivité? Nous méritons autre chose. Nos formations sont de qualité et coûtent très cher. Il est navrant de constater qu un jeune sur trois qui a été formé en France rêve de s expatrier. Cessons de copier un jour les Espagnols qui ont résisté un temps à la crise par l immobilier, un jour les Irlandais qui ont redressé leur économie pour un temps par la finance, un jour les Allemands qui ont conservé leur industrie. Nous avons été tour à tour des investisseurs en immobilier, des financiers et les efforts de ré-industrialisation sont aujourd hui fortement aidés par l État. Alors, oui, «les Français sont des veaux»! Ce propos serait aujourd hui qualifié de politiquement incorrect. Cessons de masquer les réalités par un savoir vivre et une politesse réglés sur le politiquement correct. Ces ambiances ouatées en apparence dissimulent sauvagerie et férocité qui mènent inévitablement le plus fort à exécuter le plus faible, avec le sourire du politiquement correct

11 Page 11 - La Lettre du 18 Juin, journal de l Académie du Gaullisme mars 2013 Compte rendu du dîner-débat du 12 février 2013 présidé par Christophe AYELA et Jean-Claude KROSS QUEL AVENIR POUR LA JUSTICE PÉNALE EN FRANCE? par Christine ALFARGE «L homme n est pas fait pour être coupable» (Charles de Gaulle, citation du livre d André Malraux Les chênes qu on abat. En France, il y a deux visions différentes sur la justice pénale, celle de la victime qui voudrait toujours plus de répression contre celle du mis en cause, du prévenu, de la présomption d innocence. Selon Jean-Claude Kross : «La justice pénale n a rien à voir avec la politique pénale. Le système pénal est en souffrance, le malheur est que les magistrats sont réduits au silence et en quittant leurs responsabilités font des révélations, c est l exemple du juge Nadal». La vision d avocat de Christophe Ayela se tourne vers ceux qui doivent être défendus. Il pose ainsi la question : «Pourquoi, le système judiciaire n est-il plus triangulaire?». Aujourd hui, il considère que le système judiciaire ne remplit plus ses fonctions. Il pense également que le système est aujourd hui dangereux et archaïque faisant référence à l affaire d Outreau dans laquelle il n y a pas eu de sanction pour le juge Burgot. C est affolant, affligeant. La présomption d innocence est une règle qui s impose aux magistrats. C est au Parquet et au juge d instruction de rassembler les preuves d une infraction à la loi pénale sans présumer de la culpabilité. Le constat de pratique est déprimant et fonction de l aléa du juge. Lorsque ce dernier est objectif en instruisant à charge ou à décharge (article 81 du Code de procédure pénale) en faisant bénéficier le suspect du doute, on est certain que ça ira bien. Le juge d instruction est le garant du respect du contradictoire par les parties. Il exerce ses fonctions sous le contrôle de la chambre de l instruction de la cour d appel. Ce qui est frappant dans la pratique judiciaire, c est d une part le budget de la justice qui augmente, destiné principalement à l administration pénitentiaire. On constate finalement que ce n est pas qu une question de moyens. D autre part, il y a plus de délinquance mais on condamne moins malgré plus d entrant en prison. Les droits fondamentaux du gardé à vue Pour mémoire, gardes à vue en 2001sont passées à en 2010 représentant une véritable dérive et une banalisation sur la privation des libertés fondamentales. La garde à vue a fait l objet d une réforme fondamentale réussie sous la contrainte du Conseil constitutionnel qui considérait inconstitutionnelles les conditions de la garde à vue de droit commun par la décision n /22 rendue le 30 juillet 2010 dans le cadre d une question prioritaire de constitutionnalité émanant de la Cour de cassation le 1 er juin Le Conseil constitutionnel a jugé que le régime de la garde à vue ne permet plus de garantir le respect des droits et libertés des citoyens tels qu ils sont affirmés dans la Constitution de la V e République. Le Conseil constitutionnel a déclaré : «sont contraires à la Constitution les articles 62 (auditions des personnes convoquées sans avocat) ; 63 (principe et modalités de la garde à vue) 63-1 (notification des droits) 63-4 (entretien limité avec un avocat : 30 minutes maximum ; pas d accès à la procédure) et 77 (application de la garde à vue aux enquêtes préliminaires) du code de procédure pénale. La place de l avocat durant la garde à vue devra ainsi être renforcée par rapport à la situation actuelle, où l avocat 11

12 Page 12 - La Lettre du 18 Juin Quel avenir pour la justice pénale en France, par Christine Alfarge mars 2013 ne joue qu un rôle très secondaire, n étant autorisé ni à prendre connaissance du dossier ni à assister aux interrogatoires en garde à vue». Il est à noter toutefois que le Conseil constitutionnel ne précise pas que l assistance de l avocat sera obligatoire dès le début de la garde à vue comme l exige la Cour européenne des Droits de l Homme qui évoque également la question de l indépendance de l autorité chargée de contrôler le placement en garde à vue, ce contrôle devant être effectué par un magistrat du siège et non un magistrat du parquet. En effet, le parquetier suit la totalité des gardes à vue mais il constitue l autorité de poursuite. Il soutiendra l accusation à l audience. Dans ces conditions, comment le contrôle de la procédure peut-il s exercer en toute indépendance d esprit? Selon Jean-Claude Kross et Christophe Ayela spécialistes du droit pénal, «la garde à vue reste une mesure anxiogène qui dans bien des cas peut être lourde de conséquences pénalement et psychologiquement». Les limites de la subjectivité Le juge doit être objectif, le taux de mise en détention est relativement important. Pour Christophe Ayela : «Le juge reste dangereux, comment mieux l utiliser?».pour cette raison, il rêve d un parquet indépendant, de la suppression du juge d instruction avec pour tout citoyen un droit d accès direct constituant une mesure de protection lors d une mise en cause. Il évoque le système anglo-saxon pour garantir cette mesure de protection par le contre interrogatoire signifiant en anglais cross-examination. Pour lui, la justice doit être irréprochable et exemplaire, citant au passage les problèmes rencontrés aux États-Unis où la procédure pénale juge très peu car elle est basée sur un principe de transaction, une sorte de système pour les riches. Cependant, la justice reste un domaine où existe une confrontation des pouvoirs entre magistrats du siège ou parquetier. Selon Jean-Claude Kross : «En supprimant le juge d instruction, le seul magistrat indépendant, vous mettez les dossiers entre les mains du Parquet qui ne sera jamais indépendant». Quoi qu il en soit, Jean-Claude Kross et Christophe Ayela s entendent sur la nécessité d une réforme de la procédure pénale en France mais vers quelle procédure pénale? Il faut trouver un système où il existe plus de contradictoire tout en faisant attention de solutionner normalement les dossiers moins importants s inscrivant dans une volonté de gestion des flux sur la durée des procédures notamment lors des comparutions immédiates devant le tribunal ou des poursuites alternatives comme le rappel à la loi. En tant que symbole, lajustice alors disparaît. Le secret de l instruction face à la durée des procédures «Toute personne a un droit fondamental à être jugée dans un délai raisonnable» (article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l homme). Le secret de l instruction est nécessaire pour que les investigations puissent aboutir avant toute disparition de preuves ou d éventuelles pressions sur les témoins. Il évite ensuite que soit prématurément et publiquement soupçonnée une personne dont la culpabilité n est pas encore reconnue par un jugement. Il protège la présomption d innocence et permet aux magistrats d instruire plus sereinement face aux pressions ou aux tentations médiatiques. La justice moderne est au fondement même de la démocratie. Aujourd hui, elle reflète l idée de mondialisation de l espace judiciaire soumis aux contraintes européennes à travers une société en mutation permanente ayant perdu ses repères et ses médiations traditionnels tendant à demander à l institution judiciaire plus qu elle ne peut produire sur la régulation quotidienne des comportements sociaux, professionnels ou moraux. «L état social est ordinairement le produit d un fait, quelque fois des lois, le plus souvent de ces deux causes réunies, mais une fois qu il existe on peut le considérer lui-même comme la cause première de la plupart des lois, des coutumes et des idées qui règlent la conduite des nations. Ce qu il ne produit pas il le modifie. Pour connaître la législation d un peuple, il faut donc commencer par étudier son état social.» (Tocqueville). 12

13 Page 13 - La Lettre du 18 Juin, journal de l Académie du Gaullisme mars 2013 DES INTERROGATIONS À L'ÉCOLE DE LA RÉPUBLIQUE par Paul KLOBOUKOFF NDLR L article de Paul Kloboukoff est un important apport à notre dîner-débat du mois d avril animé par Pierre Maurel et dont le thème est «Enseignement : état de lieux».nous attendons vos commentaires. Des fils conducteurs Dans cet article sur l'éducation, je n'ai pas cherché à faire une analyse critique du projet de Refondation de l'école du ministre Vincent Peillon (VP) dont les 25 mesures clés s'apparentent à des objectifs et qui, pour le moment, a donné lieu surtout à des annonces. Dont celles : - de la création de postes, dont devrait bénéficier en priorité le primaire dans les zones «défavorisées», pour lutter contre l'échec scolaire ; - de la relance, dans le même but, de l'accueil des enfants dès l'âge de 2 ans dans les maternelles ; - du renforcement de la formation des enseignants ; - de la «réforme» des rythmes scolaires, avec le passage (en force) controversé à 4,5 jours d'école par semaine, à la rentrée de 2013 ou de 2014 suivant les localités et les régions ; - du réexamen des calendriers annuels et de la réduction de la durée des congés d'été à 6 semaines, qui ont été reportés à La revalorisation, tant revendiquée, des salaires des enseignants est renvoyée aux calendes grecques. Attention! Si j'avais envisagé de me livrer à une analyse critique, j'aurais plutôt choisi celle du contenu du Rapport 2012 du Haut Conseil de l'éducation (HEURESCE) dont VP s'est largement inspiré, même s'il n'a pas repris plusieurs suggestions intéressantes. Ainsi, il n'insiste pas sur la nécessité, essentielle, «de clarifier une fois pour toutes, pour les enseignants comme pour les familles, la notion de socle commun et de le faire appliquer par tous les acteurs, en veillant à la bonne articulation entre le primaire et le collège d'une part, et la poursuite des études d'autre part. Ce socle commun, en voie d'harmonisation dans l'ue, d'ailleurs, est le cadre dans lequel devraient s'inscrire les enseignements auxquels il devrait, en outre, donner des orientations substantielles, des fils directeurs. Je suis donc surpris que Peillon ne prenne pas cette question de fond d'emblée et préfère celles des rythmes scolaires. Pour moi, l'un des points névralgiques est le coût élevé de l'éducation pour notre société et l'indifférence, au moins apparente, des politiciens à ce sujet. Si des restrictions financières ont été décidées, c'est surtout parce que la grande crise impose de fortes contraintes budgétaires dans tous les secteurs. Et on redécouvre que notre système de santé, très enviable, est onéreux. Notre protection sociale est généreuse, mais coûteuse. Or pour l'éducation la question semble tabou. Jusqu'ici, les dépenses pour l'éducation ont été considérées comme un investissement indispensable et «rentable». Les yeux fermés, sans vérification. La crise exige maintenant de la faire, et je ne vois rien venir. Tout le monde semble s'être habitué à cette dépense. Elle est «normale». Insuffisante même. Les revendications entraînant des dépenses additionnelles sont légion. La plupart des enfants et des jeunes bénéficiaires ignorent totalement l'effort collectif qui est fait pour eux. Pour beaucoup, tout est dû. Pourquoi faire des efforts démesurés? Le droit à l'éducation et le droit à l'emploi feront le nécessaire. 13

14 Page 14 La Lettre du 18 Juin Des interrogarions à l École de la République, par Paul Kloboukoff mars 2013 Il est trop demandé à l'école (et à ses serviteurs) sans assez de précision, de clarté. Enseignante ou puéricultrice, nounou pour les bambins de 2 et de 3 ans? Ou éducatrice sociale et civique pour des enfants qu'il est bon de socialiser dès le jeune âge, qui manquent de repères et de règles de conduite quand ce n'est de conscience des conséquences de leurs comportements et de leurs actes? Enseignante poussée à «l'excellence», à la performance pour tous, ou alphabétisatrice et conductrice résignée de la «voiture balai» ramassant les décrocheurs, les absentéistes et les retardataires pour les ramener dans le peloton, jusqu'à épuisement. Enseignante du second degré et du supérieur ou formatrice professionnelle devant faire entrer les jeunes à l'intérieur des entreprises pour qu'ils puissent y trouver un emploi. Réservée ou enthousiaste à «l'introduction» de la modernité, à l'adhésion au culte du numérique... L'École est tiraillée dans tous les sens. Elle doit relever ces défis. Sans jouir de la considération et des encouragements qu'elle mérite, malgré des résultats inégaux et les «échecs scolaires». L'École doute. Elle a perdu confiance en ellemême. Ses performances médiocres et/ou indûment critiquées, d'une part, et la mondialisation associée à une UE «harmonisatrice, d'autre part», incitent les dirigeants à aller à la quête de modèles à l'étranger et à «expérimenter». Mais les problèmes de notre Éducation ne viennent pas seulement de notre système lui-même, de l'intérieur de celui-ci. L'influence du contexte dans lequel est plongée l'école et les mentalités des populations sont déterminants aussi. Regarder la Finlande ou l'islande avec les yeux de Chimène me paraît utopique. L'osmose entre l'éducation et le milieu environnant est forte. La France n'a pas réussi à préserver l'école de la pénétration de faiblesses et de maladies de notre société en son sein. Je ne parle pas de la drogue, dure ou douce, qui rôde et guette à la porte des écoles, mais des violences physiques et morales, du harcèlement, de l'irrespect et de l'agressivité envers les maîtres, les autres élèves et les parents, du refus de l'autorité, de l'absentéisme, de la démotivation... Il est indispensable de décontaminer l'école, avec une ferme et déterminée douceur, bien entendu, et d'en refaire un sanctuaire, apolitique, autant que possible. Sinon, il faudra continuer à remonter le «rocher de Sisyphe», de plus en plus haut. Première partie : L'Éducation, un investissement coûteux. Rentable? Des coûts de l'éducation considérables Le coût moyen de la scolarisation d'un élève depuis la maternelle jusqu'au baccalauréat est de l'ordre de euros en si l'élève ne redouble pas. Les 8 années de scolarité préélémentaire et d'enseignement primaire coûtent par élève. Les 7 années suivantes de collège et de lycée menant en terminale coûtent Dans l'enseignement supérieur, le coût moyen annuel par étudiant est de Aussi un «bac + 3» (études supérieures courtes) revient à près de et un «bac + 6» ne coûte pas moins de Ces coûts, qui frappent par leur ampleur, figurent parmi les nombreuses informations détaillées contenues dans le document de 85 pages du ministère de l'éducation nationale (DEPP) daté d'octobre 2012 : L'état de l'école. Du début du préscolaire à la fin des études, la dépense moyenne annuelle par élève en France est de en La durée moyenne des études étant de 18,5 ans (une des plus longues en Europe), le coût total d'une scolarité est, en moyenne, de Cela représente près de 12 années de SMIC net en Il est bon de connaître ces données pour évaluer l'efficacité de notre système éducatif et sa «rentabilité». Elles montrent aussi l'effort financier consenti pour préparer les jeunes à l'emploi et à l'avenir, pour les former et mieux les armer. Sans contreparties suffisantes, cet effort financier contribue à nourrir l'endettement colossal qui sera «légué aux générations futures». Les adeptes de la repentance envers les «jeunes» ne devraient pas l'ignorer. 14

15 Page 15 La Lettre du 18 Juin, journal de l Académie du Gaullisme mars 2013 La dépense intérieure d'éducation (DIE) a atteint 137,4 milliards d'euros en 2011, soit 6,9 % du PIB. Elle a été financée à 58,7 % par l'état, 24,5 % par les collectivités locales, 6,8 % par les entreprises et 8,1% par les ménages. De comparaisons portant sur les dépenses de formation initiale en 2009, il ressort qu'avec 6,3 % du PIB, la France se situe en bonne position dans l'ocde, derrière les États-Unis (7,3%), où les coûts sont nettement plus élevés, pour les étudiants qui paient leurs études supérieures, la Suède (6,8 %) et la Finlande (6,4 %), championnes des prélèvements obligatoires. En revanche nous pouvons voir notre amie l'allemagne dans notre rétroviseur, à 5,2 %. La France consacre aussi plus de 30 Mds à la formation continue (professionnelle) et les gouvernants veulent augmenter la part qui est affectées aux chômeurs. Une forte progression de la dépense due plus aux hausses des coûts qu'à la croissance des effectifs scolarisés. En prix constants de l'année 2011, la DIE a crû de + 44,2 % entre 1990 et 2011, principalement en raison de l'augmentation des coûts moyens de scolarisation, + 46,2 % pour l'ensemble des élèves. Ce dernier taux résulte en grande partie de hausses encore plus fortes des dépenses par élève dans le préélémentaire (+ 74,2 %), dans le primaire (+ 51,8 %) et dans le supérieur (+ 52 %), et d'une élévation moindre dans le secondaire (+ 39,6 %). Par contre, les effectifs totaux d'élèves et d'étudiants ont très peu crû, passant de 14,828 millions en 1990 à 15,151 Mi en Les baisses de ceux du premier degré, de 6,953 Mi à 6,711 Mi, et du second, de 5,726 Mi à 5,416 Mi, ont été un peu plus que compensées par la progression des effectifs dans l'enseignement supérieur, de 1,717 Mi à 2,348 Mi, soit + 36,8 %... en 21 ans. En 2011, ces derniers représentent 15,5 % des effectifs totaux. Bien que ce taux soit inférieur aux objectifs fixés par l'union européenne (UE), cette évolution est considérée comme une réussite majeure. Selon des critiques assez répandues, le niveau du baccalauréat aurait reculé. La sélection des étudiants se serait déplacée du secondaire vers les premières années du supérieur... contribuant à allonger la durée de la scolarité des intéressés et l'augmentation des coûts correspondants. Des comparaisons internationales de salaires qui interpellent Des tableaux de l'imposant document (588 pages) de l'ocde Regards sur l'éducation indiquent qu'au sein de l'union européenne, non seulement les salaires des enseignants de France sont relativement faibles, mais qu'en valeur réelle ils ont aussi notablement diminué entre 2000 et En 2010, évalués en équivalents dollars US sur la base de parité des pouvoirs d'achats (PPA), les salaires annuels statutaires des enseignants en France sont entre 10 et 15 % inférieurs à la moyenne dans les pays de l'ue en début de carrière, ainsi qu'après 10 ans et 15 ans d'exercice. Ceci, aussi bien dans le pré primaire, le primaire que dans les deux cycles du secondaire. Curieusement, ils sont supérieurs à la moyenne à l'échelon le plus élevé. Ainsi, par exemple, en euros, cette fois, après 15 ans d'exercice/formation minimale, les salaires bruts annuels en 2010 sont de dans le primaire, et dans les deux cycles du secondaire en France. En Allemagne, ils sont de , et Ils sont un peu plus faibles en Italie et au Portugal. Tirer de ces comparaisons rapides des conclusions définitives sur les écarts des rémunérations entre pays n'est pas recommandé. Il faut aussi compter les primes et les autres avantages. Les charges fiscales et «sociales» sur les salaires diffèrent sensiblement. Les conditions et les durées d'enseignement, d'instruction ne sont pas identiques. De l'examen des nombres d'élèves ou d'étudiants par enseignant en 2010 (calculs fondés sur des 15

16 Page 16 La Lettre du 18 Juin Des interrogarions à l École de la République, par Paul Kloboukoff mars 2013 équivalents temps plein), il ressort qu'en France, le ratio est nettement plus élevé dans le pré primaire, 21,5 (enfants), qu'en moyenne dans l'ue, 13,4 enfants. Cependant, l'écart se réduit notablement si l'on compte les auxiliaires avec les enseignants. Alors, les ratios deviennent respectivement 14,2 (FR) et 12,3 (UE). Dans le primaire, c'est 18,7 contre 14,3. Dans le secondaire c'est 12,3 et 12,3. Dans l'ensemble du supérieur, c'est 15,8 et 15,8. Contrairement à des idées répandues, la France est proche de la moyenne européenne... sauf dans le pré primaire. Pour leur part, les nombres moyens d'élèves par classes, avec 22,7 dans le primaire (public + privé) et 24,5 dans le secondaire (filière générale), sont un peu supérieurs à ceux correspondants de l'ue, 19,8 et 21,8. La Finlande, un de nos modèles, est à 19,4 et 20,3. La voisine germaine est à 21,5 et 24,7. Pas de panique, donc! Du moins au niveau national. Ce qui n'exclut pas des surcharges pondérales localement. Il faut savoir également que la proportion de classes à niveaux multiples dépasse 45 % dans le secteur public du premier degré en France: 59 % des classes préélémentaires et 40,3 % des classes de l'élémentaire. En milieu rural comme en milieu urbain avec ses nombreuses maternelles (cf. note d'information de décembre 2012 du MEN). L'OCDE montre aussi que les durées de travail des élèves à l'école sont longues en France. En 2010, le nombre total d'heures d'instruction prévues pour les élèves de 7 à 14 ans dans les établissements publics est de heures (847 heures par an de 7 à 11 ans, heures de 12 à 14 ans, puis heures). Ce nombre total est supérieur au nombre moyen dans l'ue (6.712 heures). Il est plus élevé qu'en Allemagne (6.322 heures) et nettement plus qu'en Suède (5.928 heures) et en Finlande (5.752 heures). Parmi les pays voisins, seuls l'espagne, l'italie, les Pays-Bas et la Belgique ont choisi de fixer des durées à peine plus longues qu'en France, entre et heures. Mais les temps statutaires moyens consacrés par les enseignants à l'instruction en France sont différents et plus faibles que les nombres d'heures (annuels et totaux) d'instruction prévus pour les élèves. En 2010, ils sont de 918 heures par an dans le primaire et beaucoup moins dans le secondaire, 646 heures dans le premier cycle et 632 dans le second. En moyenne dans l'ue, ils sont inférieurs aux français dans le primaire, 778 heures, et à peine supérieurs dans le secondaire, 671 et 635 heures. En Allemagne, les enseignants font moins d'heures dans le primaire, 805 heures, et davantage que les nôtres dans le secondaire, 756 heures et 713 heures. Aussi, nos enseignants du primaire apparaissent encore plus défavorisés que leurs collègues européens si leurs salaires sont rapportés aux heures d'enseignement. Autre information importante, après 15 ans d'exercice/formation minimale, toujours, les salaires statutaires des enseignants du primaire et du secondaire ont baissé en France en valeur réelle (à prix constants) de -8 % entre 2000 et Pendant le même temps, ils ont crû de + 4 % à + 5 % en Italie, de + 9 % en Angleterre et de plus de + 20 % en moyenne dans l'ue. Cette baisse inquiétante est unique dans l'ue. En contradiction totale avec les augmentations des coûts observées par l'éducation nationale et l'insee en France. Elle laisse coi et perplexe. Les rémunérations des enseignants français vues de France Compte tenu de leur niveau de formation, les enseignants du primaire et du premier cycle du secondaire sont effectivement relativement mal rémunérés, surtout dans le primaire et en début de carrière. Nets, les salaires mensuels des professeurs des écoles, des profs certifiés et des profs de lycée professionnel (PLP) sont depuis le 1 er juillet 2010 de euros après 2 ans de carrière, compris entre et après 10 ans de carrière, entre et après 20 ans, puis entre et après 30 ans (cf. site: infos.emploipublic.fr). Des indemnités sont versées aux professeurs d'écoles spécialisées (129 ), en zone d'éducation prioritaire (96 ), aux professeurs des lycées et collèges (100 ) pour le suivi et l'orientation des élèves. Un supplément familial de traitement, en partie indexé sur leur salaire, est au minimum de 73 /mois pour 2 enfants, 182 pour 3 et

17 Page 17 La Lettre du 18 Juin, journal de l Académie du Gaullisme mars 2013 par enfant supplémentaire. Dans le secondaire, des heures supplémentaires peuvent être rémunérées 100. L'échelle indiciaire des professeurs agrégés est plus favorable, de l'ordre de + 22 % aux débuts et fins de carrières, jusqu'à +25 % en milieu de carrière. Des heures supplémentaires peuvent être rémunérées de 153 à 169. Les «salaires statutaires des enseignants /formation minimale» que l'ocde prend en compte dans ses tableaux semblent bien être ceux correspondant à la grille indiciaire, sans les indemnités et les heures supplémentaires rémunérées. Ils sont alors inférieurs aux rémunérations réelles de nos enseignants. Maintenant «bloquée» depuis le 1 er juillet 2010, la grille indiciaire de la Fonction publique d'état (FPE), qui s'applique à l'éducation, n'a été que peu revalorisée entre 2000 et ,8 % pour l'ensemble de la FPE (dont + 10 % pour la catégorie A, à laquelle appartiennent la plupart des enseignants, et + 11 % pour la catégorie B). Pendant ces 10 ans, l'indice des prix de l'insee a crû de +18,5 %. En valeur réelle, la valeur du point d'indice des salaires de la FP s'est bien détérioré de l'ordre de 7 % dans l'éducation... comme l'indique l'ocde. Dans la Fonction publique d'état, ai-je lu, le GVT (glissement-vieillesse-technicité), par les avancements et les promotions, aurait assuré «plus de 53% de l'évolution du pouvoir d'achat des agents». Concernant la forte croissance de la DIE, pour le ministère de l'éducation nationale (MEN): «De multiples facteurs expliquent cette hausse : poids croissant des enseignements du second degré et du supérieur, amélioration de l'encadrement dans le premier degré, revalorisation du statut des enseignants [cf. notamment, le changement de statut des instituteurs en professeurs des écoles]». Vu l'ampleur de la DIE et de sa hausse, ces explications paraissent courtes. Elles n'écartent pas les interrogations et les incertitudes sur l'évolution à venir de la DIE. La retraite, face cachée de la rémunération des enseignants Selon les comptes nationaux (CN) de l'insee, la dépense d'éducation est constituée pour les deux tiers par les salaires et les charges sociales des personnels enseignants, administratifs et d'encadrement. Des données sur les dépenses des Administrations publiques par fonctions indiquent que sur un montant de 120,8 Mds consacrés à l'enseignement en 2011, 79,9 milliards ont été dévolus aux rémunérations des salariés. La même source (CN) fournit, par ailleurs, une évaluation de la «Production» totale (publique et privée) d'enseignement, qui se monte à 121,7 Mds en Le volume de la production n'a presque pas progressé (+ 2,6 %) entre 2000 et Cette évolution est en concordance avec celles des effectifs scolarisés. Par contre, sa valeur nominale a augmenté de + 40 % suite aux majorations des coûts que nous venons d'évoquer. Surtout, la «rémunération des salariés», qui se monte à 86,31 Mds en 2010, est constituée par les salaires bruts pour 54,56 Mds et pour 31,75 Mds par les cotisations sociales payées par les employeurs, c'est-à-dire principalement par l'état et les collectivités locales (CL). Ces cotisations représentent 58,2 % des salaires bruts versés. Principalement à cause des cotisations-subventions retraites. Les taux de ces dernières sont de 68,59 % dans la Fonction publique civile d'état et de 28,85 % dans les CL en 2012 (cf. site: ifrap.org). Dans la FP, les montants des pensions sont calculés en fonction des derniers salaires statutaires et les «taux de remplacement» des retraités sont supérieurs à ceux du privé... ainsi que d'enseignants d'autres pays de l'ocde. Cette forme de rémunération différée, «cachée, des enseignants (et plus largement des fonctionnaires d'état) doit donc être prise en compte pour que les comparaisons internes et internationales soient plus sensées. 17

18 Page 18 Des interrogarions à l École de la République, par Paul Kloboukoff mars 2013 En outre, ces taux de cotisations retraite ont été relevés pour faire face aux dépenses (aux déficits) des régimes de retraite qui croissent avec l'allongement de la vie et avec la proportion des retraités par rapport aux enseignants en exercice. En 2011, au titre de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, étaient recensés ayants droits à pension et ayants cause (source : DGFIP. Service des retraites de l'état). Le taux d'équilibre pour les pensions civiles de la FP est passé de 58,5 % à 65, % entre 2009 et 2011 selon le Conseil d'orientation des retraites (COR). De leur côté, les CN montrent que le ratio cotisations sociales employeur/salaires bruts est monté de 56 % à 58,2 % entre 2005 et Les coûts des personnels de l'éducation ont donc augmenté plus que les seuls salaires bruts. Cela n'est pas récent, et participe à l'explication de la hausse de la DIE. Je n'ai pas trouvé trace de ce problème récurrent, structurel, dans les documents du MEN. Mais, le vent de la «réforme» des retraites souffle à nouveau. À côté des douloureuses questions de réduction des déficits dans les différents régimes, se posera à nouveau celle, ardue, très politique, de l'harmonisation entre les régimes de la Fonction publique avec ceux du privé. Je n'en ai pas vu l'anticipation dans la Refondation de Peillon, qui me semble avoir fait l'impasse sur d'importantes questions financières qui ne seront pas sans incidences sur le système éducatif et ses acteurs. Seconde partie : Des orientations, des performances et des problèmes de l'école L'éducation en France, une affaire franco-européenne Nos Autorités semblent attachées à ce que l'éducation nationale soit un bon élève au sein de l'ue et respecte les priorités et les objectifs retenus au sommet de Lisbonne en 2000 pour «promouvoir une société et une économie accordant un rôle croissant au développement des connaissances». L'INSEE (France, portrait social, édition 2012) a relaté les cinq questions jugées prioritaires et les objectifs chiffrés à atteindre en Pour la France, il s'agira en particulier : 1 De porter à 50 % (43,4 % en 2011) le pourcentage de diplômés de l'enseignement supérieur parmi les personnes de 30 à 34 ans. 2 D'abaisser à 9,5 % la proportion de jeunes «sortants précoces» (12 % en 2011). 3 De développer la formation tout au long de la vie de façon à ce que 15 % des adultes âgés de 25 à 64 ans aient suivi «un cours ou une formation dans les quatre semaines précédant l'enquête» [!!!] (5,5 % en France, chômeurs compris?), contre plus de 20 % dans les pays nordiques et 9 % au sein de l'ue). 4 De réduire à moins de 15 % la proportion d'adolescents aux faibles compétences «de base» en lecture (20 % en France en 2009). 5 Objectif est déjà plus qu'atteint puisqu'il s'agit de faire en sorte que 95 % des enfants soient préscolarisés à l'âge de 4 ans. En France c'est déjà 100 % dès l'âge de 3 ans + une partie de ceux de 2 ans. Quatre de ces pourcentages français de 2011 révèlent donc des résultats insuffisants aux yeux de l'ue. Ce ne sont pas les seules faiblesses identifiées. Avant d'y venir, rappelons que dans le second degré, les taux de réussite aux examens sont supérieurs à 80 % en 2011 (sauf pour le BEP: 75,6 %) pour des effectifs nombreux d'élèves diplômés et, notamment: pour le brevet, pour le baccalauréat, dont pour le bac général (taux de réussite : 88,3 %), pour le bac technologique et pour le bac professionnel. Les progressions des effectifs de bacheliers technologiques et professionnels font partie des points positifs observés, alors que le pourcentage des reçus au bac général représente encore près de 50 % des bacs délivrés. 18

19 Page 19 La Lettre du 18 Juin, journal de l Académie du Gaullisme mars 2013 Par contre, le taux pharamineux de réussite de 88,3 % au bac général, soulève des suspicions quant à l'évolution de son niveau. Certains disent même qu'il s'agit d'un résultat «politique»... et que le laxisme gagne. Dans l'enseignement supérieur, les effectifs de diplômés ont augmenté dans la plupart des filières entre 2006 et Jusqu'à BTS, DUT, licences (avec davantage de licences professionnelles), masters, diplômes d'écoles d'ingénieurs, de commerce et de gestion, docteurs, dont en médecine (source : INSEE, enquêtes Emploi). Ces chiffres révèlent une sélection certaine après le baccalauréat. En 2011, parmi les jeunes de 20 à 24 ans, 68 % ont le bac ou plus, 16 % ont un CAP et/ou un BP et, problème important, 16 % n'ont pas de diplôme du second cycle du secondaire. La sanction est immédiate en matière d'emploi. Parmi les jeunes sortis depuis 1 à 4 ans de l'enseignement en 2011, le taux moyen de chômage (au sens du BIT) est de 45,7 % chez ceux qui n'ont pas de diplôme, de 27,5 % chez ceux munis d'un CAP ou d'un BP, de 18,4 % chez les titulaires d'un bac et de 9,5 %, tout de même, chez les diplômés du supérieur (même source). Une priorité : le rapprochement avec les entreprises et le monde du travail De tels chiffres, qui seront encore plus «mauvais» en 2013, sont parlants. Mieux vaut «bien réussir ses études». Mais un diplôme du supérieur ne garantit pas l'obtention rapide d'un emploi, comme chacun sait maintenant. Et avec le bac, l'emploi reste encore aléatoire. Mais les difficultés ne sont qu'en partie liées au niveau du diplôme. L'expérience a montré que les choix de l'orientation professionnelle et des filières d'enseignement appropriées étaient fondamentaux... sans attendre d'avoir passé le bac et de s'être engagé dans les études supérieures. En France, la prise de conscience en a été tardive (par rapport aux pays voisins) et l'on a trop voulu faire emprunter à tous la «voie royale», à aller jusqu'au bac, promesse d'une possibilité de s'ouvrir à toutes les opportunités qui s'offriraient ultérieurement, pour poursuivre ses études ou travailler. Quels que soient les goûts des élèves, leurs aptitudes... leurs capacités intellectuelles, manuelles, artistiques et physiques ainsi que leur volonté d'étudier, d'apprendre, de consentir des efforts. Tous les enfants et les jeunes ne sont pas des clones, en tout égaux entre eux, comme certains adeptes du nivellement le professent. L'École doit tenir compte de cette diversité et, en même temps, chercher à mieux répondre aux besoins de l'économie. Sur ces sujets, l'école, l'administration, les enseignants, les élèves ou étudiants et les parents devraient essayer de mieux s'accorder. L'École est aussi restée trop éloignée de l'entreprise, du terrain, du concret. Alors que les employeurs désirent, plus qu'avant, que leurs recrues soient rapidement opérationnelles, qu'elles disposent de «compétences techniques». Et ils demandent aux candidats d'avoir de l'expérience... dès leur premier emploi. Réponses du système éducatif de plus en plus sollicitées : les stages en entreprises et les formations en alternance. De telles exigences étendent et réorientent les missions et le rôle de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. Elles poussent irrésistiblement au rapprochement entre l'école et le monde du travail, à une entente et une coordination plus explicites. Elles poussent aussi au réexamen des filières d'enseignement. Elles impliquent un renouvellement et un accroissement des compétences des enseignants, qui devraient également bien connaître les entreprises et le monde du travail pour être efficaces. Une révolution, en quelque sorte! 19

20 Page 20 Des interrogarions à l École de la République, par Paul Kloboukoff mars 2013 Lecture : La France à la traîne C'est le titre d'un article paru le 13 décembre 2012 sur le site Éducation du Nouvel Observateur, qui rapporte que les élèves de 10 ans lisent de plus en plus mal, selon les résultats publiés le 11 décembre de l'enquête PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study) menée dans 45 pays. La France est vingtième, bien en dessous de la moyenne européenne. «Plus grave, ses résultats ont plongé depuis 10 ans». «En CM1, les petits Français sont mal entrainés à comprendre un texte et à utiliser les informations qui y sont contenues. Ils n'osent ni juger, ni critiquer. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à ne pas répondre aux questions complexes, et à ne pas terminer les épreuves.» «La France a moins de très bon élèves (17 % contre 25 % en moyenne), mais plus d'enfants en grande difficulté (32 % contre 25 %).» Echec + nivellement par le bas, donc? Pourtant, les élèves enquêtés ont «bénéficié» des réformes introduites depuis 2004 par les ministres Fillon, Robien ou Darcos ainsi que d'heures de soutien. Cela fait des années que le pré primaire est ouvert aux enfants à partir de l'âge de 2 ans. Les clés du succès ne sont apparemment pas là. L'article évoque d'autres pistes empruntées dans des pays qui réussissent. Dans les pays nordiques, les entrées à l'école sont plus tardives et les enfants jouent davantage. Au Canada, la famille et l'école coopèrent plus. À Singapour et à Hong Kong, dont les résultats ont bondi, les enseignants et les chefs d'établissement sont formés «avec soin», les journées de classe sont longues et les États sont «très exigeants avec les élèves». Compte tenu de la médiocrité des résultats ici, nos responsables pourraient effectivement mieux regarder comment et pourquoi c'est mieux dans de tels pays, sans omettre l'environnement social et culturel de l'école. Nos Autorités compétentes n'ignorent pas ces problèmes qui motivent aussi leur choix de donner la priorité au primaire, jugé comme la principale source des réussites et des échecs scolaires. Il ne suffit pas de le dire. Pour combattre l'illettrisme : étendre le champ de l'éducation nationale? Une intéressante étude publiée dans INSEE Première de décembre 2012 a pour titre discret, timide : Pour les générations les plus récentes, les difficultés des adultes diminuent à l'écrit, mais augmentent en calcul. Le résumé commence par : «En 2011, 16 % des personnes de 18 à 65 ans résidant en France métropolitaine éprouvent des difficultés dans les domaines fondamentaux de l'écrit, et pour 11 % ces difficultés sont graves ou fortes.» Toutes ces personnes ne sont pas illettrées, car la définition de l'illettrisme réserve celui-ci aux seules personnes qui ont été scolarisées en France. Ces illettrées ne sont «que» 7 % des personnes de 18 à 65 ans... soit 2,5 millions. C'est un progrès. Il y en avait 9 % dans l'enquête IVQ (information et vie quotidienne) de «Les personnes âgées de 18 à 29 ans ont de meilleurs résultats que les générations plus âgées en lecture et en compréhension orale». Ce qui n'est pas anormal! Pourtant, dans cette tranche d'âge, tout de même, 10 % ont des difficultés à l'écrit et 11 % ont des performances médiocres en compréhension orale. Les personnes immigrées ont le plus de difficultés. Parmi les 16 % précédents des 18 à 65 ans résidant en France (6,7 millions de personnes), se trouvent 61 % des personnes scolarisées hors de France (HEURESDF) dans une langue étrangère, 31 % des personnes scolarisées hors de France en français et 12 % des personnes scolarisées en France. En calcul, le pourcentage des personnes très à l'aise est descendu depuis 2004 à 30 % seulement. Au contraire, 16 % ont des performances médiocres. Parmi elles, on compte 11 % des jeunes de 18 à 29 ans. On trouve également 39 % des personnes scolarisées HEURESDF en langue étrangère, 21 % de celles scolarisées HEURESDF en français, et 14 % des personnes scolarisées en France. 20

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