Actes du Colloque. «Ré inventer la ville face aux risques et aux défis à venir!» 13 et 14 novembre 2013, Hôtel de l Industrie, Paris

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1 Actes du Colloque «Ré inventer la ville face aux risques et aux défis à venir!» 13 et 14 novembre 2013, Hôtel de l Industrie, Paris Initié et organisé par le Mastère Spécialisé Gestion des Risques sur les Territoires de l EISTI En partenariat avec : L Atelier de la République, l AIVP (Association Internationale Villes et Ports), l IMDR (Institut pour la Maîtrise des Risques), l AFPCN (Association Française de Prévention des Catastrophes Naturelles), le Pôle de compétitivité Risque et vulnérabilité des territoires, le Pôle de compétitivité Advancity, l Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris. Avec le soutien financier de : SNCF, EDF, CILGERE, Pole de Compétitivité Advancity, Pôle de Compétitivité Risque et vulnérabilité des territoires face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 1 sur 54

2 Liste des intervenants Le 13 novembre 2013 Ouverture : Madame Michèle Sebban, Vice Présidente du Conseil Régional Ile de France, Présidente R20 La prospective urbaine Bettina Laville, Conseiller d Etat Bernard Emsellem, Directeur Développement Durable de la SNCF, conseiller du Président de la SNCF Estelle Forget, fondatrice d Ergapolis Jean-Noël Guillot, Directeur projet Ville Durable, EDF Albert Lévy, architecte urbaniste, chercheur CNRS Edouard Philippe, député, maire du Havre et président de la communauté de l'agglo havraise. Hélène Valade, Présidente du collège des directeurs du développement durable La ville efficiente, quels coûts, quels modèles économiques? Bruno Léchevin, Président de l ADEME Stéphane Buffetaut, Président du Cilgere, membre du Comité économique et social européen Jean-Louis Marchand, Président Advancity Alain Maugard, Président de Qualibat Cécile Tuil, Vice Président, Schneider Electric pour l Association française des Entreprises privées Remise du Label «Gestion des risques territoriaux, pour un territoire résilient» A Xavier Bertrand, Ancien Ministre, Maire de St Quentin Joël Chenet, Président Pôle Risques France Quelle offre française pour construire un monde urbain durable? Christian Brodhag, Président du chapitre national français de Construction21, Gilles Berhault, Président du Club France Développement Durable et du Comité 21 Ion Besteliu, Directeur des projets urbains à Egis International Fabrice Bonnifet, directeur développement durable, Bouygues Cyril Bouyeure, Directeur général Délégué de l ADETEF Jean Félix, Président du comité développement durable de la fédération international de l'ingénierie Jean Louis Guigou, Délégué général l Institut de prospective économique du monde méditerranéen Alexandre Missoffe, Directeur du Cabinet du Président du Directoire de la Société du Grand Paris Pascal Terrien, Directeur Programme Villes Durables EDF Daniel Zimmer, Directeur Innovation Climate-KIC, knowledge and innovation community La ville intégrée et durable, nouvel acteur pour la Conférence Intergouvernementale sur le Climat à Paris 2015? Marie Hélène Aubert, Conseillère pour les négociations internationales climat et environnement du Président de la République Madieyna Diouf, Maire de Kaolack, Sénégal, ancien Ministre Fouad El Omari, Maire de Tanger Brice Lalonde, Ancien Ministre, Conseiller spécial au Pacte mondial de l ONU Christophe Nuttal, directeur exécutif du R20 Gilles Pennequin, responsable développement urbain et territorial de la DiMed face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 2 sur 54

3 Le 14 novembre 2013 Ouverture : Jean Pierre Sueur Sénateur, Président Commission des Lois du Sénat Les villes face aux risques et aux déséquilibres globaux André Viau, Préfet, Secrétaire Général du comité scientifique du Forum TAC Marie France Beaufils, Sénatrice, Maire de St Pierre Descorps Patrick Braouezec, Président de la Communauté d agglo Plaine Commune, Premier vice-président de Paris Métropole David Mangin, urbaniste Renaud Prouveur, Président Directeur Général du groupe SPALLIAN La ville inclusive, facteur de cohésion sociale! Laurence GIRARD, Directrice générale Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances Grand témoin : Patrick Doutreligne, Délégué Général de la Fondation Abbé Pierre François Garay, Maire des Mureaux Xavier Queyrat Hément, Directeur Qualité du Groupe La Poste Jean Laterrasse, Professeur des Universités et ex Directeur du laboratoire Ville, Mobilité et Transport Gilles Pennequin, responsable urbain, économie sociale et croissance soutenable de la DiMed Smart Cities : la ville connectée en faveur du développement durable! Gilles Berhault, Président du Comité 21 et d ACIDD Bernard Bonnet, Directeur Systèmes électriques intelligents EDF Jérôme Coutant, Responsable numérique de la Société du Grand Paris Alain Renk, Architecte Jean Baptiste Roger, Directeur de la Fonderie, Agence Numérique de la Région Ile de France Catherine Savart, Directeur de projet, Innove, Incubateur de Véolia Laurent Schmitt, Vice President Strategy & Innovation, Alstom Grid C est la ville, qui fait le développement! Emmanuel Moulin, Directeur du programme européen URBACT Christian Sautter, ancien Ministre, adjoint au Maire de Paris en charge de l'emploi, du Développement économique et attractivité Internationale Didier Raciné Directeur du Mastère Spécialisé «Gestion des Risques sur les Territoires», animateur Philippe Lorec, Responsable du pôle financement de projets de la DiMed Jean-Pierre Lecomte, Président de l AIVP, le réseau mondial des villes portuaires Claude Rochet, Directeur du laboratoire de recherche en intelligence économique et de formation, secrétariat général du Ministère de l économie et des finances Michel Salem Sermanet, Directeur Général Adjoint de l EPA Marne la Vallée Conclusion Claude Revel, Déléguée interministérielle à l Intelligence économique face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 3 sur 54

4 Débats du 13 novembre 2013 Quelles réponses françaises face aux défis du développement urbain mondial? Introduction du Colloque Michèle Sebban, Vice Présidente du Conseil Régional Ile de France, Présidente du R20 Dans moins de deux ans, à Paris en 2015, la Conférence intergouvernementale sur le Climat ne doit pas renouveler les erreurs de Copenhague. La place des acteurs régionaux et locaux, des villes doit être beaucoup plus affirmée, ils sont les acteurs majeurs de cette réduction des gaz à effet de serre, de cette transition écologique et économique. La démonstration d une possible croissance par l essor des technologies «vertes», devra être présentée. Le modèle français possède certainement un atout, car il ne s appuie pas sur les liens communautaires. Il faut anticiper les risques dans la conception et l aménagement des villes, garantir une harmonisation. La ville et le territoire doivent devenir des acteurs majeurs de cette action, le local doit agir au bénéfice du global. Le R20, une coalition d acteurs de la transition économique et énergétique «verte», rassemble 500 Etats, villes, régions, investisseurs, et se fixe pour but d aider les gouvernements pour cette transition. Table ronde «Prospective urbaine» Animée par Mme Dominique Martin Ferrari, journaliste Bernard Emsellem, Ancien Directeur du Développement Durable de la SNCF de la SNCF, conseiller du Président de la SNCF Estelle Forget, fondatrice d Ergapolis Jean-Noël Guillot, Directeur projet Ville Durable, EDF Albert Lévy, architecte urbaniste, chercheur CNRS Edouard Philippe, député, maire du Havre et président de la communauté de l'agglomération havraise. Hélène Valade, Présidente du collège des directeurs du développement durable Conclusion : Bettina Laville, Conseiller d Etat Jean-Noël Guillot Directeur projet Ville Durable, EDF face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 4 sur 54

5 EDF suit 250 projets de développement durable de villes et de territoires, pour optimiser la consommation d énergie (chaleur et transport). Cette expérimentation constitue une première base d étude prospective. Pour réaliser de bonnes études, quatre leçons principales se dégagent : Besoin de transversalité et de travail décloisonné entre les acteurs ; besoin d une vision forte du projet de quartier ou de territoire du point de vue de l énergie ; besoin d une prise en compte de l économie du projet ; besoin d expérimentation. Il faut une bonne vision politique de la ville (de sa démographie, de ses secteurs économiques, ), il faut pouvoir qualifier l énergie locale, il faut un travail transversal des acteurs de la ville pour aboutir à un plan d action énergie. Albert Lévy Architecte urbaniste, chercheur Les questions sanitaires ont toujours joué un rôle important pour la ville. De nos jours, les maladies chroniques non transmissibles constituent les grands défis sanitaires à résoudre (elles sont causes de 2 décès sur 3, se répandent rapidement, avec un nombre de 3, 7 à 8 millions de décès en 15 ans). Leurs causes sont l environnement, les conditions sociales de vie. [Voir présentation dans l annexe 1] La médecine s est toujours tournée vers l espace et l urbanisme pour résoudre les questions sanitaires. Au cours du 19 ème siècle, les maladies infectieuses ont conduit au grand mouvement hygiéniste, qui a lui-même influencé les grands travaux d urbanisme (Haussman, à Paris). A la fin du 19 ème, début du 20 ème, pour lutter contre la tuberculose, la médecine s est tournée vers l espace, l air et les cités jardins. Au cours de la fin du 20 ème siècle, les liens entre médecine et urbanisme se sont distendus, chacun suivant sa propre voie. Au 21 ème siècle, les questions de santé commencent à émerger dans la réflexion sur la ville, avec le mouvement de l urbanisme durable, les volontés de lutter contre les pollutions. Cependant l épidémiologie est en retard et peu enseignée, un impensé sanitaire se manifeste encore dans l urbanisme. Hélène Valade, Lyonnaise des eaux, Directeur du Collège des Directeurs du Développement Durable Les études prospectives montrent : 1. La ville durable ne peut se faire sans ses habitants. Les attentes des populations, urbaines à 80 % dans les pays du Nord et dont plus d un tiers a plus de 60 ans, portent sur un besoin de nature, directement lié à une recherche de santé. On remarque un tricotage complexe entre l action individuelle (parfois individualiste) et la demande d action publique (dans l eau, par exemple, récupération individuelle des eaux de pluie et besoin de service publique de l eau). On constate que les habitants veulent être acteurs, expriment un besoin d être consulté et de co construire la vie sociale, et donc en définitive une nouvelle forme de gouvernance (exemple en Allemagne, coopérative et éco quartier). Cette innovation sociale, cette évolution des comportements poussent à développer une prospective des nouveaux usages dans la ville. 2. Gérer la complexité par la transversalité face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 5 sur 54

6 Cette innovation porte parfois des effets rebonds (par exemple, introduire de l eau dans la ville peut conduire à introduire des moustiques et poser des questions de santé), qui poussent au traitement de la complexité, et certainement à développer la transversalité, le lien entre les divers acteurs d une même chaîne, à casser les silos au sein des administrations, mais aussi entre industriels comme ceux des transports, de l énergie, de l eau,. Des mécanismes juridiques sont maintenant développés pour renforcer cette tendance (exemple à Hambourg, l encadrement juridique des relations au sein des Eco quartiers). 3. Passer à une phase d expérimentation à plus grande échelle, La période actuelle se caractérise par la croissance de l expérimentation, tant d expérimentations techniques, que d innovations sociales. Les entreprises et les villes progressent peu à peu, sur divers projets, encore à petite échelle, encore isolés. Elle n a pas encore débouché sur de l expérimentation à grande échelle, ni sur une phase d industrialisation de cette transition. C est sans doute là que se situera la rupture, et c est sans doute l axe à renforcer pour progresser. L appropriation des innovations se fait peu à peu, en rapport avec les spécificités des territoires. Estelle Forget, Directrice et fondatrice d Ergapolis L évolution des comportements et de la gouvernance passe aussi par l implication de structures d enseignement supérieur travaillant sur l intelligence collective dans une ville plus participative. Décloisonner les travaux sur la ville, faire travailler les entreprises ensemble sur un projet collectif, passer du conceptuel au changement réel, est très difficile : la mise en place d une équipe de jeunes de trois écoles (d ingénieur, d architecte et d urbaniste), chargée de proposer des idées neuves et imaginatives concernant un projet urbain, avant lancement de l appel d offres, a été une expérience très utile pour faire progresser le projet et bien sur pour former les jeunes eux-mêmes. A l export, il est criminel de rester sur la base de schémas cloisonnés, où chaque entreprise intervient sans aucun lien entre elles. La participation, dans le cadre d un projet à Casablanca conception d un abattoir -, d une équipe de jeunes de cultures très diverses a permis d introduire de nouvelles idées, et de nouvelles façon de gérer ce projet. Bernard Emsellem, Ancien Directeur du Développement Durable de la SNCF de la SNCF, conseiller du Président de la SNCF 1. Les arbitrages rendus dans le Rapport du 1 er Ministre sur la politique du transport visent à privilégier tout le réseau existant, à privilégier les investissements sur le quotidien, sur la vie des gens, plaçant les voies nouvelles en seconde priorité. C est une très bonne décision, qui permet d intégrer le transport dans un tout qui lui est nécessaire : seule l intégration de tous les compartiments de la mobilité, y compris au niveau du «dernier kilomètre» permettra de développer le transport collectif, c'est-à-dire de développer une mobilité durable (parce que moins dispendieuse d énergie). La complexité qui en résulte demande toujours plus de travail transversal, entre métiers, face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 6 sur 54

7 entre entreprises de métiers différents. La demande sociale pousse d ailleurs vers des modes collectifs, mais aussi vers des modes «doux», voire vers la «ré invention de la marche». 2. Cela nécessite aussi de l anticipation, une réflexion profonde sur la ville de demain : la demande sociale conduit aussi à habiter loin du travail, en exigeant des transports pas chers, ce qui se comprend au niveau individuel mais est aberrant au niveau global. Il faut au contraire repenser le péri urbain, le réhabiliter, l imaginer autrement. Il y aura de la densité, des villes verticales très concentrées, mais il y aura aussi un étalement, du péri urbain, qu il faudra repenser en évitant aussi bien son élargissement à l infini, que sa formule actuelle, sans structure, ni forme. 3. Dans cette logique, pour renforcer le transport collectif, le déplacement du dernier kilomètre est essentiel. La force de la voiture, c est qu elle part de la porte des habitants. On ne peut pas tout faire avec du transport collectif, il faut utiliser le transport individuel, mais repensé : développer le co voiturage, l auto partage, les modes doux comme la marche ou le vélo, s appuyer sur l innovation sociale que portent les «clubs du dernier kilomètre», les clubs «Marche» des associations d usagers. Il faut mailler politique de la ville et initiative individuelle. Edouard Philippe, Député, maire du Havre et président de la communauté de l'agglomération havraise 1. Le rôle du Maire, qui vient effectivement en bout de chaîne pour intégrer tous ces facteurs (santé, urbanisme, mobilité, eau ), c est de faire évoluer la ville, c est de faire avec son territoire, de partir des données historiques, culturelles, sociales et géographiques de sa ville qui guide le futur! Le Havre a été détruit trois fois dans le passé! Il s est reconstruit trois fois! Créé par François 1 er pour ouvrir la France sur le nouveau Monde, il a été rasé et reconstruit trois fois, en particulier en La reconstruction a été bien pensée pour l époque, avec les préoccupations de l époque (habitats spacieux, lumineux, ville construite pour la voiture et la forte mobilité qu elle permet, ). Mais sans doute a-t-on visé un peu court, puisque les besoins actuels vont dans une autre direction. 2. Le Havre est une ville de flux et de production, où la qualité de la vie est forte! Mais cette qualité de vie est propre à cette ville portuaire, vivante, faite de désordre et de mouvement. Cette qualité de vie est en rapport avec ce dynamisme : la qualité de vie en soi ne veut rien dire, elle n a un sens qu en rapport avec une ville concrète. Cette qualité au Havre s appuie sur la culture de ses habitants et sur leur acceptabilité du risque inhérent à ce type de ville. 3. Le Havre a été créé pour Paris! Et si Paris veut être une ville monde, elle doit avoir son port, Le Havre! Le Havre est créé en 1517 pour être la porte du Nord de la France, la Porte de Paris, qui n est qu à 200 km de l embouchure de la Seine. Les villes monde, celles qui comptent, possèdent toutes un port : Shanghaï est une ville monde, pas Pékin! Bombay est une ville monde, pas New Dehli! Londres est une ville Monde, pas Berlin, ni Mexico qui n ont pas de port. La face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 7 sur 54

8 totalité (90 %) du commerce mondial est maritime. Le Grand Paris sera une Ville Monde s il s appuie sur le Havre. Conclusion : Bettina Laville, Conseiller d Etat 1. La ville est un nouveau système complexe : le débat «ville dense vs péri urbain» reflète cette complexité : On a besoin de villes plus denses, mais du fait du poids des choses, on aura étalement et péri urbain. Le débat est surtout quel péri urbain? Et c est aussi celui des moyens, et en particulier de la capacité à réguler le prix du foncier, qui conditionne aussi cette question de l étalement vers des zones à prix plus faible. 2. La ville doit faire face, s adapter aux conditions climatiques, à la violence, à la sécurité alimentaire L architecture et l urbanisme sont des outils pour travailler ces questions (exemple du verdissement des toits). 3. Le problème de la ville n est pas que technique : avant, ville signifiait intégration. Actuellement, la conception du Centre ville comme une vitrine de ce que les gens de la périphérie ne pourront avoir, renforce le sentiment d exclusion, exclusion qui constitue le problème majeur de la ville actuelle. 4. Ville et géopolitique : dans les villes mondes, les grandes villes, il y a tendance à un effacement des nationalités ; les villes échangent et coopèrent beaucoup sous des formes qui transcendent les oppositions nationales. A l exemple des villes hanséatiques au Moyen âge, au Nord de l Europe, les réseaux de villes actuelles ont tendance à préfigurer une structure de villes hanséatiques, à l échelle du Monde, ce qui est un facteur d espoir et de grande richesse. 5. La valeur humaine dans la ville actuelle est riche d enseignement. Le concept de «citadinité», né au Maroc, rend bien compte d un facteur émergent, à coté des ilots de violence existant eux aussi : espace de vie innovante, au plan des usages de la technique, des nouveaux usages sociaux. Ainsi y a-t-il reprise en main, au niveau des quartiers, par les habitant eux même de la vie dans leur quartier, à travers toutes sortes d initiatives. Et cette «citadinité» différente de l urbanité d hier, constitue là aussi un espoir et un élément fédérateur de toutes les villes. Table ronde «La ville efficiente, quels coûts, quels modèles économiques?» Animée par Mme Dominique Martin Ferrari, journaliste Introduction du thème : Bruno Léchevin, Président de l ADEME Stéphane Buffetaut, Président du Cilgere, ancien Député européen, membre du Comité économique et social européen Jean-Louis Marchand, Président Advancity face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 8 sur 54

9 Alain Maugard, Président de Qualibat Cécile Tuil, Vice Président, Influence Strategy - Schneider Electric pour l Association française des Entreprises privées Bruno Léchevin, Président de l ADEME La ville efficiente, quels coûts, quels modèles économiques? Personne ne peut être contre une ville efficiente (efficace et à moindre coût). Mais de quelle efficience parle-t-on lorsque l on parle de ville durable? Elle ne peut être simplement ramenée au coût de la tonne carbone! Même en évitant des horizons temporels trop larges, l efficience est difficile à évaluer. L efficience à court terme rentre en conflit avec l efficience long terme. Les risques sont grands que les décideurs ne choisissent le court terme. Certaines décisions conduisent à rendre impossible les investissements à long terme qui seraient (à leur échelle de temps) plus efficients. Le critère coût / avantage n est pas toujours luimême efficient et conduit parfois à des situations de blocage. Ainsi selon le critère coût avantage, on n aurait pas privilégié les tramways, les réseaux de chaleur, Dans un avenir incertain, la recherche de l efficience se conjugue avec le renforcement de la capacité d adaptation, c'est-à-dire avec la résilience (qui est avec l efficience un concept dur à appréhender!). Doit-on être condamné à l immobilisme? Non, il faut avancer résolument, même s il n y a pas de modèles uniques, ou totalement exemplaires. Il faut trouver de bons critères qui intègrent plusieurs échelles de temps. Dans certains cas, la comparaison entre deux choix peut être représentée et exprimée par des calculs économiques : ainsi dans la reconstruction de la ville sur la ville, et en prenant en compte le prix élevé du m2, est il parfois intéressant de rajouter un étage à un immeuble, ce qui permet de financer la rénovation énergétique et de rajouter un ascenseur à l immeuble. Ainsi, la densification naturelle des espaces pavillonnaires, par initiatives des propriétaires, peut elle être une solution efficiente. Ainsi, la mobilité électrique partagée (associant infrastructures de recharge, nouveaux modes de vie, ) prend elle toute sa place dans l urbain dense et permet elle une économie de partage. La ville est à la fois une concentration des fonctions (logement, travail, mobilité, services, ), une concentration des flux de toutes natures, une concentration des enjeux de développement durable. La ville, c est 3 fois 80 % : 80 % de la population, 80 % de la consommation d énergie, 80 % d émission de GES. La ville c est aussi et surtout un lieu de vie, de rencontre, d échange de cohésion sociale Et le Maire doit répondre à toutes ces finalités à différentes échelles, en liant des enjeux de santé, de sécurité, d environnement, de développement économique et social Il n y a pas de modèle unique, mais il y a des lignes de forces : à l ADEME, on en distingue trois : 1. Partage des connaissances : l effort de prospective de l ADEME a été présenté dans un livre «Défis et prospective pour les villes durables du futur» 2. Disposer des bons outils, pour agir en amont : notamment un outil de suivi des projets et de l approche environnementale de l urbanisme sous le nom de AEU puis depuis 2013 AUU. face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 9 sur 54

10 3. Adopter une logique de coopération entre acteurs et entre divers territoires, partager les pratiques, associer les Collectivités territoriales à des réflexions sur la distribution d énergie et d efficacité d énergétique, Si la ville de 2050 est sous nos yeux (dans les pays du Nord), les évolutions structurelles sont à repenser dans une urgence renouvelée. Jean-Louis Marchand, Président Advancity, DG Eurovia Filiale Vinci Eurovia est la filiale en charge des infrastructures de transport au sein du Groupe Vinci, elle pilote plusieurs milliers de chantier dans le monde. Il faut rester modeste quand on cherche à anticiper sur les évolutions à venir : tant au niveau des tramways, des voies piétonnes que le Groupe a réalisés depuis plus de vingt ans, il faut être conscient que l on aurait du plus anticiper sur leurs fonctions et leurs évolutions, et que cela aurait diminué bien des difficultés d exploitation et de service (maintenance, nouveaux services, ). La ville, ce sont des flux de toutes natures, et les flux sont le plus souvent portés par les infrastructures de transport. Les sous sols sont sous la gestion des Communes qui en sont les propriétaires, et tous les réseaux liés aux flux constituent un énorme patrimoine. Et il apparait maintenant qu il y aurait un grand intérêt à ce que les opérateurs de ces réseaux (eaux usées ou eau propre, énergie électricité, gaz, chaleur, télécoms, - ) travaillent ensemble. Or cela n est pas encore dans les habitudes, ni dans les capacités techniques actuelles, car ces sous sols sont très mal connus, il n y a pas de plans, Les gestionnaires auraient intérêt à mieux les connaitre pour savoir si ces réseaux ont la bonne capacité par rapport aux évolutions des flux, les opérateurs auraient intérêts à connaitre les divers réseaux présents (pour éviter évidemment des travaux qui les endommagent, mais aussi pour pouvoir gérer ensemble les capteurs qui pourraient renseigner en commun sur l état de chacun des réseaux, ). Un gros effort doit être fait pour cartographier les réseaux, les équiper de capteurs, et apprendre à travailler entre opérateurs pour créer des synergies. Advancity travaille sur la ville du futur. Et apporte son expertise et son appui à cet effort de «casser les silos». Ainsi, récupérer l énergie présente dans les eaux usées, demande la coopération entre les opérateurs des eaux usées et ceux de l énergie ou la chaleur. Les capteurs devraient être partagés. Advancity regroupe les leaders mondiaux du monde de la ville, et développe ou stimule de l innovation. Or cela demande de travailler avec certaines collectivités territoriales qui acceptent d expérimenter. Le Projet du Grand Paris (72 gares, dont plus des deux tiers de nouvelles) sera certainement un grand stimulant pour cette innovation. L un des points clé est le modèle économique de la ville : la France n est pas en retard, mais doit développer sa réflexion : Qui paie, à qui, combien, pour quels services, à quel niveau de service, comment? Tels sont les éléments de l équation à écrire, équations traçant les relations économiques entre acteurs, les usagers (de divers types), les Collectivités territoriales, l Etat, les opérateurs, les industriels Par exemple, les infrastructures ont mal vieilli, il faut investir pour les maintenir, et maintenir ou améliorer leur niveau de service. Comment modéliser ce lien? Le modèle face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 10 sur 54

11 économique est complexe, et il est d autant plus complexe que l on a pas les données, que l on n a pas la modélisation du fonctionnement de la ville globale. Ce serait essentiel pour envisager les évolutions et leur gestion. Les indicateurs du fonctionnement sont indispensables, mais ils ne sont pas définis. Et parfois, ce sont de mauvais indicateurs, ou des indicateurs sans signification économique (cas des prix de la tonne CO2). La Banque Mondiale avec l université de Toronto ont initialisé un projet pour identifier de tels indicateurs et une telle modélisation de la ville. 256 villes sont en train de s étalonner par rapport à ces indicateurs et il est essentiel de participer à l élaboration de ces nouveaux modèles et indicateurs sur la base desquels les villes seront étalonnées, jugées : être présents dans cette construction d un nouveau «classement de Shanghai» sur le «bon» fonctionnement de la ville, au plan technique et au plan économique, dans l élaboration de modèles économiques de fonctionnement est stratégique. Participer à l élaboration de ces guides internationaux orientant l opinion sur la «bonne» ville, les «bons» modèles de gestion, orientant les prescriptions du futur est majeur. On aura du mal à être compétitif si l on n est pas présent dès le début dans ces projets. La normalisation, c est un langage commun, c est absolument nécessaire de l influencer, ce n est pas de la standardisation qui ferait soi disant «perdre son âme à la ville», c est une nécessité pour faire des affaires et pour être présents sur les marchés. La ville européenne est un bon modèle, les acteurs de cette «ville européenne» doivent être présents dans ce domaine. Alain Maugard Président de Qualibat, ancien DG CSTB Le Bâtiment à énergie positive est un secteur qui a osé aller de l avant et qui a permis ainsi de réduire de 40 % la consommation d énergie, voire même maintenant d en produire, sans aucune production de carbone pour cette exploitation. C est une révolution complète, (mais à effet lent, car on ne renouvelle le parc de construction qu à raison de 1% par an). Cette révolution pousse à de nouvelles solutions et audaces : allons vers la ville! Les bâtiments fonctionnent dans la ville, échangent avec elle, avec les autres bâtiments, avec les autres composantes de la ville : c est au global qu il faut gagner de la consommation d énergie. Ainsi, le gain en dépense énergétique ne doit pas être perdu par exemple, par une mauvaise structuration du transport. Il faut traiter le bâtiment et le transport. Il faut pouvoir échanger de l énergie entre bâtiments, il faut raisonner au niveau de l ilot, du quartier, de la ville elle-même. La leçon est que tout est intriqué, et fait système, et tous les acteurs (population comprise) deviendront producteurs et consommateurs. La production d énergie par le bâtiment, mais aussi par la ville, créera une nouvelle logique, désectorialisée et plus autonome collectivement par rapport à l extérieur. Déjà apparaissent ces nouvelles logiques avec l économie circulaire, le recyclage, mais aussi l agriculture dans la ville. Cette croissance verte est basée sur l économie du partage et de l échange (d énergie, mais d eau ou d autres ressources), sur l emploi dans les territoires. Ce sont là des mouvements qui combattent les excès de la mondialisation libérale. Si chacun produit, on verra les producteurs se regrouper en coopératives pour échanger avec d autres (associations, coopératives, individus) en faisant appel au potentiel du numérique. face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 11 sur 54

12 La loi sur la transition énergétique doit absolument associer et impliquer les Collectivités territoriales dans cette action, ouvrir pour permettre cette économie de production, d échange et de partage au niveau le plus «bas» possible. L empreinte écologique de l Europe est environ de moitié de celle des Etats Unis. La Chine prend le modèle des US, c est un très mauvais choix. Le modèle européen de la ville au mode de vie durable (plus juste que la «ville durable») est orienté sur l avenir. L organisation sociale dans la ville doit donner envie de vivre autrement. La demande de tels changements dépasse l offre. La création et le début de généralisation de nouveaux modes de vie (qui apparaissent peu à peu avec force ou qui se sont déjà fortement installés : généralisation des tramways, Paris plage, ) portent en soi des changements considérables et de longue durée dans les modes de vie et d organisation de la société : il y a lieu d être optimiste. Cécile Tuil, Vice Présidente Influence Strategy de Schneider Electric pour l Association française des Entreprises privées Il convient d être optimiste, certes, mais il ne faut cependant pas ignorer ou oublier la nécessité de modèles économiques et d affaires, sinon on risque d être dans l incantation. Les entreprises sont les agents du changement, la ville n est pas que technologique, ou digitale, c est des gens. Les données sont utiles, mais uniquement s il y a des gens qui veulent les utiliser. La ville ce n est pas qu une vaste intégration, c est une intégration sélective qui réponde aux besoins des gens. La ville est collaborative, les entreprises isolées, ne peuvent rien, elles doivent commencer à travailler ensemble, ce qui est très nouveau. La ville durable, c est plusieurs transformations : 1. des fonctions plus transversales, plus holistiques : on peut réduire la consommation d un bâtiment de 30 %, mais le faire au niveau de la ville demande un tout autre engagement collectif, tout étant lié à tout. 2. Une acceptabilité sociale qui dépend du choix d indicateurs qui permettent de mesurer les progrès réels effectués. Il faut à ce niveau que les Maître d ouvrage, les Collectivités territoriales posent des exigences fortes, ambitieuses pour que les entreprises acceptent de travailler ensemble. 3. Cette volonté de travail collectif ne suffit cependant pas : il faut des plateformes ouvertes, des réglementations ouvertes et évoluées, des indicateurs de performance, qui aient un réel sens économique permettant de mesurer aussi des coûts et des bénéfices. Ainsi le prix de la tonne CO2 n a pas de valeur économique, aucune banque ne s engagera sur un tel critère. La ville moins émettrice de GES n est pas un indicateur économiquement intéressant pour obtenir un financement. 4. Le travail collectif ne sera possible cependant qu avec un modèle économique réel : des solutions techniques combinées entre elles doivent pouvoir être valorisées, apporter des bénéfices à chacun et à tous. Dans le monde, les ressources publiques se font rares, les face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 12 sur 54

13 ressources financières sont essentiellement privées, qui ne seront investis que sur de vrais projets valorisables, avec des objectifs collectifs forts. 5. L AFEP travaille avec les entreprises publiques et des PME pour définir une nouvelle gouvernance, une offre technique intégrée, des réglementations qui puissent aussi conduire à des expérimentations, des démonstrateurs. Il faut le faire au niveau européen. 6. A l export, chaque ville est différente : en Afrique, il faut créer des infrastructures ; en Chine, il faut les étendre ; en France, il faut les maintenir et créer de nouveaux services, Ce que l on fait doit donc être réplicable, être susceptible d utiliser l effet d échelle, et être valorisable. Un Modèle d affaire global est important. En anglais, cela se dit «Bankable, scarcable, replicable». Il faut aussi valoriser rapidement les innovations. Stéphane Buffetaut, Président du Cilgere, ancien Député européen, membre du Comité économique et social européen Cilgère est un organisme du 1% logement, qui construit et rénove logements en France, parmi lesquels les logements sociaux qu il faut rénover en les mettant aux normes actuelles d isolation énergétique, en respectant les plans climat des villes. Des efforts important ont été faits à Paris dans le cadre de ce plan (et en bénéficiant des aides correspondant à ce plan). Tous les européens n ont pas la même volonté, ni le même modèle : la France et l Italie sont très protecteurs des villes, ce qui n est pas le cas de la Belgique. Conclusions Les enjeux sont aussi à long terme, et exigent un lien fort entre l action politique (en principe garante du long terme) et la société, un lien qui puisse fonctionner dans la durée (l horizon temporel devrait dépasser le mandat électoral). La démocratie locale est ce qui permet d animer une politique active au niveau local, elle possède donc aussi cet atout de dynamiser l action politique pour la collectivité. S appuyer sur les habitants conduit souvent à obtenir une réelle continuité dans l action. L énergie est un enjeu européen. Aux Etats Unis, le prix du gaz a chuté de 60 % entre 2010 et 2012 (du fait des gaz à effet de schiste) ; en Europe, il a cru de 36%. C est un défi énorme qui pousse à évoluer vers des consommations réduites et économes. Le panier énergétique sera un mélange très divers de sources très diverses : ainsi dans le Nord de l Europe, va-t-on vers les énergies renouvelables et la culture politique correspond bien à cette évolution. En France, EDF propose un grand système très intégré. En Allemagne, la décentralisation est une des clés. Il faudrait plutôt parler de réinventer les villes, plutôt que la ville. EDF : La transversalité est indispensable dans de nombreux projets énergétiques. La récupération de chaleur des eaux usées, les bâtiments à énergie positive exigent le complément du local et du global, et constituent de nouvelles solutions énergétiques. Les questions de la synchronisation des usages, pour la sécurisation de l énergie sont importantes, ainsi que l éducation des usagers à ces nouvelles solutions. Le modèle économique de rachat énergétique ne devrait pas s appuyer sur des subventions. Le face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 13 sur 54

14 bâtiment à énergie positive ne se développera qu avec des tarifs intelligents, différentiés selon le moment dans la journée. La temporalité des énergies renouvelables imposera des échanges, le développement de Grid locaux (de maillage intelligent des réseaux). La séparation des financements publics et des financements privés est trop forte en France, et il faut arriver à une coopération à ce niveau là aussi. Une crue centennale à Paris aurait un coût de 2 à 5 milliards d euros. La construction d un réservoir de 200 Mm3 d eau en amont de Paris, coûterait 500 M. Il faut savoir investir sur le long terme. Remise du label «Gestion des risques territoriaux, pour un territoire résilient» Réinventer la ville face aux risques et aux défis à venir, c est aussi réinventer la façon de gérer les risques dans une Commune. L exemple de St Quentin et de l action de son Maires est exemplaire à cet égard. La gestion des risques sur les territoires est valorisée par la conception et la mise en place d un label porté par le Pôle de compétitivité sur les risques. Le Président du Pôle Risque, Joël Chenet, accompagné de Henri Grou représentant du Président IPGR et de Thomas Gref représentant du Président Primo France, remettent le Label à Xavier Bertrand, Ancien Ministre, Maire de St Quentin Xavier Bertrand En tant que Ministre, a été à l origine du décret sur les défibrillateurs, la formation des urgentistes, l exposition de la maison géante. Maire depuis trois ans de St Quentin, il a confié à Matthieu Gressier la charge de «Manager des risques» de la Commune. Un travail en profondeur a commencé définition des feuilles de route des cadres d astreinte, PCS actualisé, procédures d inspection concernant les accidents du travail, à personnes meurent chaque année accidentellement. Comment réagir? St Quentin s est équipé, a lancé une grande manifestation «le village de la prévention» avec une exposition de la maison géante, qui a eu un grand succès ( visiteurs, personnes formées aux gestes des 1 er secours). D où la création d un Fonds pour la culture et le management des risques, (www.fcmrisque.fr) pour permettre un développement au-delà de St Quentin. Et l idée d une cité européenne de la Prévention des risques (sorte de Futuroscope sur les risques) avec un Centre de Congrès, un centre de recherche, et de formation. Ce projet a permis de nouer des partenariats. face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 14 sur 54

15 Table ronde «Quelle offre française? Est-elle exportable?» Animée par Gilles Berhault, Président du Comité 21 Introduction du thème : Christian Brodhag, Président du chapitre national français de Construction21, Ion Besteliu, Directeur des projets urbains à Egis International Fabrice Bonnifet, directeur développement durable, Bouygues Cyril Bouyeure, Directeur général Délégué de l ADETEF Jean Félix, Président du comité développement durable de la fédération international de l'ingénierie et président de la commission européenne de normalisation sur l'aménagement durable Jean Louis Guigou, Délégué général de l Institut de prospective économique du monde méditerranéen Alexandre Missoffe, Directeur du Cabinet du Président du Directoire de la Société du Grand Paris Pascal Terrien, Directeur Programme Villes Durables EDF Daniel Zimmer, Directeur Innovation Climate-KIC, knowledge and innovation community Christian Brodhag Ancien Délégué interministériel au développement Durable, Président du Comité 21, Directeur de Recherche à l Ecole des Mines L évolution de la ville et le positionnement institutionnel français à l international exige une mise en réseau des institutions et des entreprises, mise en synergie utilisant tous les outils que l on appelle la «Soft law», basée sur l importance de la normalisation, des labels, des indicateurs et classements internationaux, de la règlementation, des guides de bonnes conduites, et de la formation,. Elle exige que l on mette en réseau l ensemble des acteurs, y compris dans la société civile. L expérience montrent que là où cela ne s est pas fait, on a aboutit à un échec (ce fut le cas dans le domaine du tourisme durable, où l absence de soutien du milieu du tourisme à la production d une norme dans un Groupe de travail à conduit à un échec). Mais aussi que ce travail collectif et en réseau aboutit non seulement au succès, mais au renforcement de l influence de la France, comme dans le cas de la construction de l ISO Le travail collectif (Advancity, CSTB, industriels et villes) permet de renforcer le travail de normalisation qui est essentiel, pour contrer les influences de ceux qui veulent imposer leurs normes (exemple des US dans le domaine de la construction). La solution pour pouvoir travailler dans la transversalité dans un Etat très vertical, parait être l utilisation des réseaux sociaux et c est certainement une leçon stratégique. Comme président de l Institut français Energie Bâtiment nous avons lancé le projet «Construction 21», qui a monté une base de données des meilleures réalisations en matière de construction et un réseau Social, une Communauté de travail sur les diverses questions et systèmes. Celle-ci se compare, se benchmark. Le projet s internationalise (de l Europe vers la Méditerranée) et veut conduire à un partage des bonnes pratiques au niveau des villes elles mêmes. Cette stratégie d influence et de diffusion permet de casser les silos (au niveau des administrations, mais aussi des systèmes industriels) et ouvrir à la transversalité. face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 15 sur 54

16 L image du génie français est réelle et il est attendu. Mais la stratégie fait défaut. Il y a un hiatus entre la diplomatie officielle et la réalité sur le terrain. Alexandre Missoffe, Directeur de Cabinet de M. Guyot, Président du Directoire de la Société du Grand Paris La Société du Grand Paris (SGP) est l EPA ayant la maîtrise d Ouvrage sur le réseau de transport du Grand Paris. L article 1 portant création de la SGP indique qu elle a pour mission «le développement économique et social et urbain du Grand Paris, qui s appuie sur le développement d un réseau de transport». Ce réseau de transport est important, mais ne résume pas toute la mission. Quelle est l attractivité du projet du Grand Paris et quelle est la spécificité de l offre française qu il déploie? La SGP reçoit plus de 100 délégations étrangères par an, qui pour certaines signent des contrats de coopérations avancés. Ceux sont ces visiteurs qui peuvent dire quel sont les spécificités françaises en matière de Développement urbain durable, mais il y a une forte attractivité, une dimension vitrine vraiment importante. Les entreprises françaises sont fortement mises en valeur. L originalité est cependant aussi sur la nature du projet et sur sa méthode, sur la manière dont on met en place le processus industriel. Les entreprises ont été choisies, associées entre elles, pour le projet des gares. Mais il n y a pas encore eu d innovation à ce stade. Vivapolis va fortement aider. Jean Félix Président du comité développement durable de la fédération international de l'ingénierie et président de la commission européenne de normalisation sur l'aménagement durable Quatre remarques issues de l expérience de la Fédération et de Syntech qui ont conduit à l écriture d un livre blanc «Repenser la ville». 1. Il n existe pas Un produit «ville durable», Un modèle de ville durable, pour l export. La ville est le résultat du jeu de trois facteurs : la volonté des Politiques, les valeurs de la société et le contexte socio économique. D où une multiplicité de modèles. 2. La ville voit se juxtaposer de très nombreux réseaux techniques, indépendants, mais qui exigent une nouvelle approche, de nouvelles méthodes de travail en recouvrement, de nouveaux métiers. 3. Il faut s inspirer des réalisations locales, souvent d excellentes qualité, aller sur le terrain avec une démarche, mais pas avec un modèle à imposer ou à implanter. 4. Les métiers sont d une part les métiers traditionnels de la construction, mais aussi les métiers de la bio diversité, des technologies de l électronique et de l informatique. Des ingénieristes qui ne doivent pas se placer comme Bureau d Etude, mais comme concepteurs de systèmes complexes. Le livre blanc de la Fédération internationale de l Ingénierie, piloté par un ingénieur architecte (pilote d un grand projet de Stockholm), stipule que les architectes doivent travailler en symbiose avec les ingénieurs. La Fédération a été concepteur de Vivapolis, dont le succès reposera sur ces nouveaux modes de travail, pas des spécialités, une approche globale. Pour cela, il y a trois défis à relever : a) combler le fossé entre les industriels de la construction et les industriels de l électronique ; b) il y a trop de modèles de ville durable, trop d approches «nationales», trop de nationalisme exacerbé ; c) il manque un langage commun, un carnet de bord face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 16 sur 54

17 du développement durable référent dans diverses langues. Qui ait été adopté par la Fédération. Il faut un consensus sur une démarche pas sur un modèle, pour passer au niveau des normes ISO et CEN, pour que les partenaires s approprie la démarche. Ion Bestelliu Directeur des projets urbains à Egis International Les industriels ont des approches par domaine (eau, transport, cycle technique de la ville, ) qui doivent, chacune, d abord être rendues durables, mais il faut aussi faire coopérer ces cycles techniques entre eux, il faut enfin essayer d associer les concepts de la ville, concepts architecturaux et urbanistiques, en synergie avec ces cycles techniques. Il n y a pas en ce sens de modèle unique, mais des approches et des modèles propres à diverses spécificités territoriales et sociales. Il faut s appuyer sur les compétences spécifiques qui naissent de ces spécificités locales. Ainsi, en Inde, la filiale d Egis a une excellente approche de l eau, car c est un problème aigu du pays. Et elle peut être exportable ailleurs. Dans les grandes entreprises, il manque des compétences, et il y a un réel génie écologique dans certaines PME. Il faut établir des partenariats entre Grands groupes et PME. Le profil qui manque le plus, est certainement celui d ingénieur, écologique, entrepreneur. Fabrice Bonnifet Directeur développement durable, Bouygues Bouygues a une offre Ville durable, mais il y a des obstacles : les clients demandent des propositions non intégrées, ni globales. Ils travaillent eux aussi séquentiellement et donc, ils incitent à rester dans cette logique compartimentée et sans gestion des overlaps (des recouvrements). Les sorties des uns ne sont pas vues comme les entrées des autres, d où des gaspillages. C est exactement ce qu il ne faut pas faire. La ville durable, c est avant tout une gouvernance qui ait compris cette nécessité d approche intégrée, qui fixe des performances par domaines et une bonne gestion des recouvrements. Et ceci a un impact sur le modèle économique, conduit à repenser le fonctionnement des uns par rapport aux autres y compris au niveau économique : ainsi actuellement on se fait rémunérer par m3 d eau ou kw vendus, et absolument pas par m3 ou kw économisé. Evidemment on ne vise pas des performances, donc on ne les obtient pas. Ainsi, on veut réduire les déchets, mais on ne considère pas ces déchets comme des ressources. La bonne gestion des overlaps (recouvrements) permettrait de réduire les flux physiques et de réinvestir sur des actions sociales. Chaque entrepreneur vend son produit, mais personne n incite à une offre intégrée où la sortie des uns est une entrée pour les autres (les déchets en sortie deviendraient des entrées pour les énergéticiens). Bien sur il faut un vrai démonstrateur, qui illustre cela. En interne aussi, il faut s organiser : ainsi Bouygues Immobilier a-t-il des centaines d overlaps qu il faut réduire, en changeant des métiers et donc en réduisant les gaspillages. Par exemple, dans la ville, il y a de très nombreux nouveaux réseaux, qui sont autant de structures et de directions dans les Collectivités (éclairage, wifi, borne de recharge de véhicules électriques, parcmêtres, ) : les villes face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 17 sur 54

18 n ont pas encore compris la nécessité de réduire les coûts en rassemblant ces ensembles. D où les difficultés à proposer des offres intégrées. Autres exemples, les calories gaspillées ne sont pas réutilisées par des systèmes utilisant la chaleur Pour monter des opérations de partenariat, il faut qu il y ait du Business et que des conditions soient trouvées pour qu il porte sur une offre plus intégrée. Vivapolis pourrait aider dans ce sens, en prospectant des clients, mais aussi en créant les conditions qui se traduiront en besoins (et en Cahier des charges) de solutions plus intégrées. Mais on ne peut faire ceci à l international, que si on est capable de le faire en France. Or ce n est pas encore le cas. Pascal Terrien Directeur Programme Villes Durables EDF EDF cherche à développer de nouveaux services à l urbain, éventuellement clustérisé avec d autres groupes, à l international. C est le cas à Singapour avec Véolia et Dassault. Il ne s agit cependant pas encore d une offre intégrée, ni d une volonté d EDF de jouer un rôle d ensemblier. Nous n avons pas assez de temps, il faut agir et aller vite : en Chine, il y a en construction l équivalent d une ville comme New York tous les ans, les besoins sont énormes et systémiques. Il faut donc trouver de la valeur à l interface entre divers métiers. Les questions de gouvernance se posent aussi, il faut arrêter de «siloter», en amenant de la valeur. Un démonstrateur apporterait beaucoup. Mais, les situations et les chaînes de valeur dans le monde sont très diverses (par exemple, l électricité en France est très spécifique ; chacun dans le monde a une chaine de valeur propre sur ces questions d énergie), et les partenariats doivent être plutôt d opportunité, plutôt que stratégiques. La France ne représente que 0,8 % de la population du monde. Une offre française a-t-elle un sens? Ne peut-on pas envisager une offre de grandes entreprises françaises avec des groupes internationaux? Pour Ion Bestelliu (EGIS), ce n est pas forcément un désavantage d apporter une offre regroupant des français : certains pays comme le Brésil, s inspire du modèle de partenariat public privé assez proche de celui de la France et ils veulent une offre française. Il existe des pays qui ont des affinités avec le système français. Mais il faut aller au-delà de l apport d idées («les idées ont les a avec les français, les contrats avec les américains et le anglais» dit un officiel chinois), il faut viser et obtenir le business. Cyril Bouyeure Directeur général Délégué de ADETEF L ADETEF est une structure publique qui vend des politiques publiques, et se finance sur les contrats qu elle apporte aux industriels français. Cela passe par un rôle d influence, par la mobilisation de toutes ressources, notamment des architectes, des urbanistes, des économistes, par la maîtrise du foncier, face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 18 sur 54

19 Pour ADETEF, l offre globale, c est d apporter la visibilité et la cohérence sur tout. Vivapolis est un énorme progrès, qui permet de faire travailler tout le monde ensemble, des industriels, des économistes, des chercheurs, le monde académique. ADETEF en tant qu agence des Ministères (MAE, MEDDE, Ministère du Logement, de l économie et des finances) soutient «Le Partenariat pour la ville et les territoires», qui réunit des Collectivités territoriales, des ONG, le monde de l urbain Ce partenariat publie et a un rôle important par exemple sur UN Habitat. La Conférence Mondiale pour l Habitat à Medeline en 2014 sera une opportunité. La France est chef de file européen pour rédiger le document sur le Schéma de planification stratégique urbaine et territoriale, qui pourra ainsi populariser les modes français et européens de gestion déléguées. Daniel Zimmer Directeur de l Innovation KIC Climat Le Groupe KIC Climat est né d un gros programme européen, visant à créer de l emploi, par la synergie entre les régions, les entreprises de taille variées. Plus de 200 partenaires, venant de 10 pays, cherchent à construire un modèle européen d open Innovation, à aller le plus loin possible dans le partage de la connaissance, en raisonnant sur la diversité en Europe. L offre européenne est peut être l une des plus intéressantes, dans le monde où il n y a pas vraiment encore d offre intégrée. C est une démarche assez originale dans le monde. Qui demande de relever trois défis : 1. Viser à l intégration système, à développer des systèmes interconnectés : c est un enjeu majeur! 2. Passer de l innovation, à la transition réelle, à l utilisation de la connaissance pour la transition : cela demande des politiques économiques et financières, des innovations sociales, 3. Mesurer les impacts réels des programmes. Par exemple, il a été mis au point un système de mesure des gaz à effet de serre, très utile. Jean Louis Guigou Délégué général de l Institut de prospective économique du monde méditerranéen IPEMED vise l ouverture sur le monde méditerranéen et arabe, de la Turquie à la Mauritanie et au Maroc, où les enjeux sont considérables. Trois idées principales se détachent et une conclusion : 1. Ces pays sont dans une tourmente sociale et politique profonde (un peu comme un jeune dans la puberté) et ils sont rentrés dans un processus de métropolisation à marche forcée, sans aménagement du territoire : actuellement il y a 45 villes de plus d un Million d habitants. En 2020 il y en aura 100. Casablanca et Alger font déjà 10 millions d habitants. Cela a des conséquences politiques énormes, avec l apparition d un dualisme politique dur, entre les intégristes d un coté et des populations plus averties qui ne visent qu à un développement «universel» ; avec un dualisme social énorme. Les réseaux de vie sont notre force, nous avons les champions pour tous les réseaux (transport, eau, énergie, téléphonie, déchets, ). Mais ils doivent faire cohérence et face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 19 sur 54

20 cohésion, ils doivent être coordonnés dans le temps et dans l espace. Il y a des succès, comme le réseau d eau et d électricité à Casa, comme les métros d Alger et du Caire. 2. La résilience urbaine par rapport aux catastrophes naturelles est un point majeur que l on doit absolument intégrer dans la réflexion et la proposition urbaine. La Méditerranée est la zone la plus fragile de la planète, associant tous les risques, naturels : inondation, sécheresse, tempête, incendie, séisme, tempête, L IPEMED milite pour réunir la coopération des Protections civiles de la Méditerranée. C est d une grande importance politique, car les islamistes sont les 1 er sur le terrain, les Frères Musulmans sont aimés pour ce travail social. 3. Le recyclage des déchets est là aussi un des axes majeurs d une politique urbaine : L impact économique pour ne prendre que lui est considérable. Actuellement, il y a 350 Millions de touristes par an ; en 2020, il y en aura 500 Millions. 4. La conclusion porte sur la nécessité d une coopération décentralisée, entre pays de la Méditerranée, associant communes, régions, pays. L une des meilleures solutions, c est la formation, les écoles : on n exporte pas un modèle, mais une méthode, une démarche. Le jumelage des villes permet une formation des cadres, comme dans le cas des jumelages de Bordeaux et d Agadir. La Salle La transition actuelle est similaire à la période de la Renaissance. Parmi les acteurs, ne pas oublier les établissements d enseignement (par exemple Paris La Villette) lieu de transfert ; ni la recherche (notamment en matière de TIC). En Europe, on ne construit plus de villes nouvelles, on adapte la ville. Dans le Sud, la question de la ville nouvelle est essentielle. Mais il ne faut pas renouveler les erreurs qu en Europe. Un bon exemple de méthode de partage des savoir faire (et notamment dans les questions de risque et de séisme) est le cadre international de Hiogo qui édicte des Règles de construction. Jean Louis Guigou 1. Il y a un besoin urgent dans les villes du Sud, d agences de l urbanisme et d échange d expérience dans ces domaines. Il y a besoin de création d un Institut Euro méditerranéen d urbanisme et de développement durable, qui reçoivent les responsables de toutes les grandes fonctions de la ville, de leur gouvernance, les agences d Urbanisme, les industriels. Cela n existe pas mais cela aurait un poids considérable comme l IFP pour la coopération sur els questions d énergie. 2. La Méditerranée intéresse de plus en plus de pays (Allemagne, Angleterre, ). Pascal Bonnifet face aux risques et défis à venir! Actes du Colloque Page 20 sur 54

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