LA VILLE, ACTEUR DE DEVELOPPEMENT
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- Marie Bélanger
- il y a 10 ans
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1 LA VILLE, ACTEUR DE DEVELOPPEMENT Défis à relever pour soutenir le développement urbain durable Actes du séminaire international de la CTB Bruxelles, décembre 2007 Reflection and discussion paper /01
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3 Les organisateurs tiennent à remercier toutes les personnes impliquées dans ce séminaire, tant au sein de la CTB qu ailleurs, pour leur contribution, leur appui, le temps et l énergie qu ils ont investis afin de rendre possible ce séminaire et la réalisation de ces comptes-rendus. Nous remercions tout particulièrement les orateurs pour leurs contributions et leurs articles ainsi que tous les participants pour leur présence et leurs commentaires critiques. Ce rapport a été rédigé par la CTB. Les opinions exprimées dans les articles sont celles des orateurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la CTB. Pour toute remarque ou pour demander plus d informations, vous pouvez vous adresser à [email protected]. Comité éditorial : Sara Feys (coordination), An Eijkelenburg, Paul Verlé Appui : Lies Decock, Bram Riems Editeur responsable : Carl Michiels, rue Haute 147, B-1000 Bruxelles, Belgique Communication externe : Julie Leduc Traduction et révision : Marie-Line Simon, Sophie Frère, Thierry Pirard, Emmie Vanneste (CTB), Lexitech, Linguanet Conception graphique : Création et impression : CIBE vzw Ce document est imprimé sur du papier contenant 55% de fibres recyclées et 45% de pulpe certifiée FSC avec encre végétale. La CTB est certifiée pour son système de gestion environnementale suivant la norme internationale ISO et le système d eco-audit européen EMAS. REG.NO.BE-BXL- 008 CTB-1
4 Sommaire Introduction 4 Discours 7 Discours d introduction Carl Michiels, CTB, Président du Comité de Direction 8 Discours d ouverture 10 Sabine Laruelle, Ministre belge de la coopération au développement Session 1 : Développement urbain : Point de la situation 13 Le développement urbain durable : Contexte actuel 14 Mohamed El Sioufi, Shelter Branch, Global Division, ONU-HABITAT Le monde en tenue de ville 20 Thomas Melin, Service Développement urbain, Sida, Suède Visionnaires et techniciens : rôles et relations dans la lutte contre la pauvreté urbaine et la réduction des dépendances externes 23 Terry Standley, ancien collaborateur d ONU-HABITAT et consultant indépendant Reconnaître les forces agissantes urbaines au-delà de la notion de pauvreté 25 Filip De Boeck, Institut de recherche anthropologique en Afrique (IARA), KULeuven, Belgique (animateur des débats) Débats Session 1 28 Session 2 : Aménagement urbain et logement 31 Vulnérabilité et violence - quel projet pour la planification urbaine? 32 Nabeel Hamdi, Université d Oxford Brookes et Unité Planification du développement, Royaume-Uni L espace comme ressource dans la réduction de la pauvreté et la gestion des conflits et des catastrophes naturelles 36 Kelly Shannon, ASRO (Architectuur, Stedenbouw en Ruimtelijke Ordening), KULeuven, Belgique Projet d assainissement et de réhabilitation urbaine du canal Tan Hoa-Lo Gom : Enseignements tirés 37 Ahn Le Dieu, Ho Chi Minh Ville, Vietnam La planification urbaine et le logement : Approches et méthodes 39 Benoît Legrand, CTB Cambodge (animateur des débats) Débats Session 2 40
5 Session 3 : Services de base : Accessibilité et fourniture 43 Services de base à l attention des plus pauvres : Défis et contraintes 44 David Satterthwaite, International Institute for Environment and Development (IIED), Royaume-Uni La santé en milieu urbain 48 Wolfhard Hammer, GTZ, Allemagne Expériences en matière de soins de santé en milieu urbain 50 Frank Haegeman, CTB Laos (rapporteur) Expériences en matière d infrastructures urbaines 52 Jan van Lint, CTB Vietnam (rapporteur) Pauvreté urbaine 53 Francis Lelo Nzuzi, CTB, République démocratique du Congo (animateur des débats) Un environnement différent, une approche différente? 54 Paul Bossyns, CTB, Belgique (animateur des débats) Débats Session 3 56 Session 4 : Gouvernance urbaine : le rôle des acteurs 61 Le développement urbain-contexte actuel 62 Rolf Dauskardt, Institute for Housing and Urban Development Studies (IHS), Pays-Bas Le rôle des partenaires de développement en termes de gouvernance locale 65 Raphaël Magyezi, Association ougandaise des gouvernements locaux, Ouganda Esmeraldas : une ville nouvelle pour de nouveaux citoyens 67 Ernesto Estupiñan Quintero, Maire d Esmeraldas, Équateur Soutenir le développement urbain durable : les agences de développement sont-elles prêtes à relever le défi? 69 Jean Bossuyt, European Centre for Development Policy Management (ECDPM), Pays-Bas Débats Session 4 71 Conclusions 75 Résumé, conclusions, suggestions 76 Han Verschure, Postgraduate Centre Human Settlements, ASRO (Architectuur, Stedenbouw en Ruimtelijke Ordening), KULeuven, Belgique Profil des orateurs 79 Pour en savoir plus 85
6 introduction Le contexte Au cours des dernières décennies, les zones urbaines ont connu un développement sans précédent. Aujourd hui, quelque 50 % de la population mondiale, soit plus de 3 milliards d individus, vivent dans des villes ou des habitats urbains, et cette tendance semble devoir se poursuivre, particulièrement dans les pays pauvres. L urbanisation est un processus complexe et lié au contexte, comportant des aspects socio-économiques, politiques, environnementaux et spatiaux. Ceci pose des défis globaux qui exigeront des solutions appropriées en termes d organisation, de planification et de gestion, mais aussi une volonté et une reconnaissance politiques. Le paradigme de l aide a considérablement évolué au cours des 10 dernières années, en se recentrant sur la réduction de la pauvreté. Les principes de la Déclaration de Paris (2005), adoptés sous les auspices de l OCDE/ CAD, visent à accroître l impact de l aide au développement en encourageant une plus grande maturité des partenariats entre pays bénéficiaires et partenaires de développement. L accent se déplace clairement de la prestation de services vers le développement des capacités tant aux niveaux individuel, organisationnel et institutionnel. Parallèlement, vu les ressources limitées et la complexité de la situation, des choix stratégiques doivent être faits concernant les priorités et les méthodologies. Ceci nécessite une interaction entre de nombreuses parties prenantes dont les intérêts divergents, comprenant les autorités, le secteur privé, et surtout les citoyens eux-mêmes. Le séminaire Dans le droit fil de la tradition, la Coopération technique belge (CTB) a organisé, les 18 et 19 décembre 2007, son quatrième séminaire international annuel, intitulé «The urban [F]actor - Challenges facing sustainable urban development». Durant deux jours, des représentants de partenaires au développement et d agences d exécution, d organisations internationales, d instances gouvernementales, des experts actifs dans des projets de coopération au développement, des municipalités, des institutions académiques, des groupes de réflexion, des ONG, etc. se sont rassemblés pour débattre des défis à relever pour soutenir le développement urbain. L objectif global du séminaire était de se pencher et de réfléchir sur les rôles joués par les différents acteurs dans le développement urbain. Quel rôle la coopération internationale au développement peut-elle jouer dans la promotion du développement urbain durable? Comment les agences de développement peuvent-elles améliorer leurs activités opérationnelles en milieu urbain en vue de susciter un glissement de projets mis en œuvre dans des environnements urbains vers de véritables «projets urbains» et un développement urbain durable? M. Carl Michiels, Président du Comité de direction de la CTB, et Mme Sabine Laruelle, Ministre belge de la coopération au développement, ont ouvert le séminaire, qui s articulait autour de quatre sessions thématiques : développement urbain : point de la situation urbanisme et logement : approches et méthodologies services de base en milieu urbain : accessibilité et fourniture gouvernance urbaine : le rôle des acteurs Durant chaque session thématique, trois orateurs principaux ont présenté leur contribution au sujet. Leur présentation a été suivie par une période de débats et de questions, suscitées par les contributions des intervenants. Vu l étendue du thème et des questions abordées par le séminaire, les discussions ont bien entendu porté sur des sujets très divers. Néanmoins, certains thèmes et questions étaient récurrents : la dichotomie entre «rural» et «urbain» ; la question de la «mise à l échelle» et de la transférabilité des principes ; le sens de l approche multisectorielle ; la nécessité de nouveaux outils et instruments pour les villes et pour la coopération au développement en général ; le sens de la «participation» communautaire et la nécessité d un renforcement institutionnel et des capacités. CTB-4
7 Introduction Toutes ces préoccupations trouvent leur écho dans les textes et les transcriptions des discussions et, comme on pouvait s y attendre, certaines questions ont suscité des réponses controversées, tandis que d autres sont restés «ouvertes» ou «sans réponse». Quelques réflexions et lignes directrices pour le futur Dans cette section, nous souhaitons mettre en lumière certaines réalisations et réflexions clés suscitées par le séminaire. L organisation d un séminaire sur le thème du développement urbain s est avérée un choix pertinent et opportun : la compréhension du rôle des villes dans le développement est d une importance cruciale pour la coopération internationale au développement. Comme plusieurs orateurs l ont dit durant le séminaire, les villes ont besoin d être soutenues, non seulement parce que de nombreux pauvres y vivent, mais aussi parce qu elles constituent un [f]acteur clé pour le développement. La coopération internationale au développement et ses agences, telles que la CTB, doivent «marquer un temps» et s interroger pour évaluer de manière critique leur propre fonctionnement et leurs priorités. Les séminaires internationaux de ce type constituent une excellente plate-forme pour favoriser une sensibilisation tant au sein qu en dehors de la CTB et de la Coopération belge au développement. Ils encouragent une attitude réfléchie, critique et constructive. La complexité des contextes urbains a été soulignée et mise en évidence à maintes reprises durant le séminaire. Toutefois, tous les acteurs impliqués, y compris les agences de développement, doivent éviter le «marécage de la complexité». La complexité ne doit pas mener à l immobilisme ou à la paralysie. Les villes ont besoin d attention, dès aujourd hui : la complexité ne peut être un prétexte pour retarder le soutien. En outre, une vision dichotomique du réel (urbain-rural, riche-pauvre, formel-informel, etc.) peut aussi conduire à la paralysie. Les villes, dans toute leur complexité, requièrent une approche plus nuancée. Les précédents séminaires internationaux de la CTB traitaient des approches sectorielles (SWAps pour Sector Wide Approaches) et de la Déclaration de Paris, et ces deux sujets ont à nouveau été soulevés durant ce séminaire Les agences de coopération au développement ne doivent pas agir seules. Leurs interventions devraient être développées en partenariat et intégrées à une approche sectorielle ou même, comme cela a été suggéré, à des «approches axées sur la ville». Les principes d appropriation, d alignement et d harmonisation restent pertinents dans un contexte urbain. Tous les intervenants ont souligné à leur manière l importance de la «coopération» et de la «collaboration» entre les différents acteurs (qui ne sont pas nécessairement les partenaires «traditionnels») et entre tous les secteurs et tous les domaines de spécialisation. Garder l esprit ouvert et entretenir un dialogue permanent est crucial pour atteindre cet objectif. L intervention dans les villes est encore «rendue complexe» par le nombre d objectifs différents poursuivis par les parties prenantes et par la façon dont celles-ci divergents et s opposent, étant donné qu ils doivent être incorporés dans le même dialogue. Continuer le «business as usual» ne fonctionnera pas si nous voulons soutenir et exploiter les dynamiques locales initiées par des maires actifs, des associations de gouvernements locaux, des mouvements populaires, des organisations locales, etc. Reste une question importante : comment s y prendre? Bien que le renforcement des capacités n ait pas été explicitement à l ordre du jour, son importance a été soulignée à plusieurs reprises. C est par le biais du renforcement des capacités que les agences de développement peuvent soutenir au mieux les individus, les organisations et les institutions dans l exercice de leur rôle en faveur d un développement durable. CTB-5
8 Comment pouvons-nous évoluer? Comment passer à l échelle supérieure? Comme l a dit un des orateurs de manière un peu brutale, «Nous en avons assez des projets pilotes, il nous faut des projets d envergure.» Plusieurs intervenants ont mentionné «l approche partenariat» en guise de réponse préliminaire à cette question : une bonne gouvernance urbaine n est possible qu en impliquant les secteurs public, privé et la société civile. De plus, il est clairement nécessaire d établir des liens avec des institutions académiques pour soutenir la recherche appliquée et le renforcement des institutions locales, car «nous avons besoin de partenaires locaux.» Compte-rendu La présente publication se veut un compte-rendu du séminaire et tente de restituer au mieux la dynamique des deux journées de présentations et de débats. C est une compilation de synthèses rédigées par certains orateurs et de transcriptions révisées d autres contributions sur base des enregistrements effectués durant le séminaire. Nous avons également ajouté un résumé des questions et réponses tirées de chaque session et une section avec des liens utiles et des lectures recommandées qui devrait permettre aux personnes intéressées d explorer plus en détail les sujets abordés. Nous espérons que cette publication contribuera à placer le développement urbain durable au rang de nos priorités et marquera le début d une intensification continue de nos efforts dans ce domaine. L équipe de rédaction «Villes, (f)acteurs de développement» une brochure thématique éditée par la CTB (2008) Cette brochure explore plusieurs expériences de la CTB menées dans des villes d Afrique, d Amérique latine et d Asie. D Ho Chi Minh Ville à Quito en passant par les communes de Kinsenso ou Kimbanseke à Kinshasa, ces projets illustrent différentes manières de contribuer au développement urbain. Pour recevoir une copie gratuite, envoyez-nous un message à l adresse [email protected]. La brochure peut également être téléchargée sur le site web Remarque : Toutes les présentations PowerPoint sont disponibles sur et se trouvent également sur le CD-ROM «The Urban [F]Actor», disponible sur demande : [email protected]. CTB-6
9 Discours
10 DISCOURS D INTRODUCTION Carl Michiels, CTB, Président du Comité de Direction Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs, chers invités, chers amis et collègues, Pour la quatrième année consécutive, la Coopération Technique Belge a le plaisir de vous accueillir à son séminaire international de fin d année, que l on peut désormais considérer comme une tradition annuelle bien établie. Les années précédentes, des événements similaires ont été organisés sur le thème de la santé (2004), des approches SWAp dans le secteur de l éducation (2005) et l année dernière, le séminaire traitait de la mise en œuvre de la Déclaration de Paris. Cette année, nous aborderons un tout autre défi, non lié à un secteur particulier ou à des modalités d aide, mais à un contexte bien spécifique : le contexte urbain dans les pays en développement est l année où, pour la première fois, la population mondiale urbaine excédera la population rurale, ce qui signifie qu à l heure actuelle, une personne sur deux est établie en zone urbaine. C est pour cette raison que le 21e siècle est souvent appelé le siècle urbain, au vu de l évolution et de l échelle sans précédent atteinte par le phénomène d urbanisation. Quelques exemples de nos pays partenaires entre les années 70 et aujourd hui illustrent bien ce phénomène. À Kinshasa, la population a augmenté de 2 millions d habitants dans les années 70 à environ 8,4 millions de nos jours. Dans le même temps, la population de villes comme Dakar, Quito et Ho Chi Minh Ville ont plus que doublé. Cela dit, la croissance urbaine mondiale est de plus en plus absorbée par des implantations urbaines secondaires ou moyennes, et c est en Afrique sub-saharienne que l on retrouve les taux de croissance urbaine les plus élevés. Cette croissance urbaine fait grimper la densité de manière critique, ce qui augmente la pression sur les ressources rares, l occupation des terres marginales et les besoins additionnels en services et commodités, qui sont déjà mis à rude épreuve, quand ils ne sont pas inexistants. L incidence sur les pauvres, en particulier, et les implications pour l urbanisme sont énormes. La portée de ces chiffres ne peut être ignorée. Ils illustrent l ampleur du défi que représente le développement urbain pour tous les acteurs concernés : les agences de développement, les gouvernements nationaux et locaux, les organisations de la société civile et les citadins du monde entier. D où ce séminaire intitulé : Le [f]acteur urbain - Défis à relever pour soutenir le développement urbain durable. La CTB a créé cette plate-forme en vue de rassembler une communauté de pratique, qui ne serait liée ni au secteur, ni aux acteurs. Nous aimerions stimuler les échanges entre les experts de terrain, les universitaires, la communauté des ONG, les experts du secteur privé (consultants) et les autorités. Pour permettre ces échanges, un éventail d orateurs reconnus et issus de différentes institutions ont été invités à présenter leur point de vue sur les défis à relever pour un développement urbain durable. Le séminaire a pour objectif de se pencher et de réfléchir sur les rôles joués par les différents acteurs dans le développement durable, tout en prenant en considération les bonnes pratiques internationales. En même temps, nous considérons cette réflexion comme une opportunité de se poser non seulement la question du «comment» des interventions en milieu urbain, mais aussi du «pourquoi» de l attention sans relâche portée au développement urbain. Le défi immense imposé par la croissance urbaine accélérée exige des réponses audacieuses dans un contexte où un grand nombre d acteurs se concentrent sur un large éventail de priorités parfois contradictoires. Le rôle de la coopération au développement internationale et des différentes agences de développement dans la promotion d un développement urbain durable devrait être examiné en détail. CTB-8
11 Discours Pour les agences de développement comme la CTB, un des défis majeurs est de comprendre les spécificités des contextes urbains et d adapter leurs activités opérationnelles de manière adéquate. Même pour un donateur aussi modeste que la Belgique, les projets de petite envergure peuvent et doivent constituer un levier permettant d obtenir des résultats importants en milieu urbain. Même si la pauvreté est le problème, l argent n est pas nécessairement la solution. Nous devrions susciter un glissement de projets mis en œuvre dans des environnements urbains vers des projets qui contribuent réellement à un développement urbain durable, tout en gardant à l esprit les principes de la Déclaration de Paris. Pour la pratique du développement et ses praticiens, cela implique un glissement d objectifs plutôt pratiques à des objectifs qui intègrent des questions tant pratiques que stratégiques. Avant de vous présenter notre Ministre de la Coopération au développement, Madame Sabine Laruelle, je me permets de vous souhaiter, au nom de la CTB, une discussion fructueuse et enrichissante. Nous espérons que ce séminaire pourra contribuer de manière utile à la compréhension du concept d implantation urbaine et des défis à relever pour un développement urbain durable. CTB-9
12 DISCOURS D OUVERTURE Sabine Laruelle, Ministre belge de la coopération au développement Mesdames, Messieurs, Chers amis, Je tiens à vous remercier pour l intérêt que vous manifestez pour ce séminaire international organisé par la Coopération Technique Belge et qui réunira pendant deux jours des experts de terrain, des universitaires, des groupes de réflexion et des autorités autour d un thème important : «Le facteur urbain - Défis à relever pour soutenir le développement urbain durable». «Avant le milieu du XXIe siècle ( ), la ville sera le principal lieu de vie de l essentiel de l humanité, écrit Jacques Attali dans «Une brève histoire de l avenir». Et il poursuit : «Des centaines de villes seront plus peuplées qu une centaine de pays d aujourd hui. Alors que plus des deux tiers des humains y vivront, des sommes gigantesques devront être consacrées à leur infrastructure. La ville sera le cadre des plus importants investissements collectifs et le premier collecteur d impôts. C est là que se concentrera l essentiel de l action politique à venir.» Même s il s agit d une œuvre de fiction, ces prévisions trouvent écho dans l évolution des dernières décennies qui ont vu les zones urbaines connaître un développement sans précédent. À l heure actuelle, quelque 3 milliards 300 millions de personnes vivent dans des villes ou des habitats urbains, c est déjà plus de 50% de la population mondiale! Cette tendance n est pas près de s arrêter, tout particulièrement dans les pays pauvres : d après les estimations des Nations unies, les villes compteront 5 milliards d habitants en Et plus de 90% de cette croissance devrait se concentrer dans les villes des pays en développement, surtout dans les cités de petite et moyenne taille. Ce développement aura un impact non seulement sur ces villes, mais aussi sur le monde dans son ensemble, suite à l accentuation des inégalités sociales et des pressions de plus en plus fortes sur l environnement. Il importe donc d agir! Le lien entre les zones rurales et urbaines est extrêmement complexe et interdépendant. Ainsi, les zones urbaines abritent de plus en plus de personnes issues des populations rurales et en quête de meilleures conditions de vie ou de travail, alors que la sécurité alimentaire dans les villes est largement tributaire de la production agricole rurale. Il n est dès lors pas étonnant que ce soit dans les villes que les concentrations de pauvreté soient les plus élevées : on estime que plus d un tiers des habitants des villes, soit plus d un milliard d individus, vivent, ou plutôt survivent, sans logement convenable ou accès aux services de base, dans des conditions précaires menaçant leur existence. Je suis donc convaincue de l importance du travail que vous allez accomplir durant ces deux journées de séminaire, au cours desquelles vous examinerez les phénomènes et les dynamiques du développement urbain dans toute sa complexité. Car cette question n est pas anecdotique : le développement urbain durable est l un des défis majeurs de notre époque. La Coopération belge s intéresse depuis de nombreuses années à la problématique du développement urbain. Des experts de la Coopération belge ont participé activement aux Conférences des Nations unies sur l Habitat, à Vancouver en 1976, Istanbul en 1996, New York en 2001, et Vancouver à nouveau en CTB-10
13 Discours La Belgique soutient depuis plus de 25 ans le Programme des Nations unies pour les Établissements humains, devenu ONU-HABITAT. Ce soutien régulier a fait de la Coopération belge l un des plus importants contributeurs de cette institution qui a pour but d améliorer les conditions de vie et d habitation des personnes précarisées dans les pays en développement. Ce partenariat nous a notamment permis d accorder, à travers le programme «Housing in development», une attention particulière au renforcement de la capacité des professionnels, des décideurs et des travailleurs de plus de trente pays d Afrique et d Asie pour améliorer les programmes de logement et augmenter l usage de technologies appropriées aux spécificités locales. Depuis 1995, la Coopération belge est l un des principaux contributeurs du programme multilatéral «Localising Agenda 21 : Action Planning for Sustainable Urban Development». Ce programme, implanté dans plusieurs villes du Viêt Nam, du Kenya, du Maroc et de Cuba, se focalise délibérément sur des cités de taille moyenne et encourage la solution de problèmes quotidiens pour les habitants, tels l amélioration du logement, l accès à l eau potable et aux sanitaires, et l amélioration de l environnement dans les villes. Il a aussi pour objectifs de renforcer la capacité à développer des visions à long terme et de stimuler le dialogue et la participation de tous les acteurs urbains dans leur rôle de partenaires réels du développement durable. En ce qui concerne la coopération indirecte, la Belgique soutient de nombreux programmes initiés par les universités et par les organisations non gouvernementales dans le domaine du développement urbain, notamment le projet «Housing for the Poor» mené par l ONG Selavip dans 16 pays en développement, ou les projets menés par les ONG Habitat et Développement, Coopibo, au Rwanda et en Tanzanie, ou Protos, en Haïti. Je tiens également à citer les actions menées par plusieurs de nos villes et communes, comme le soutien apporté par la ville de Bruxelles à la ville de Kinshasa, ou celui de Liège envers Lubumbashi, en République démocratique du Congo. Notre coopération bilatérale directe s est quant à elle investie dans un important projet à Ho Chi Minh Ville au Viêt Nam, qui a pris fin en 2006 ; elle développe aujourd hui des projets multisectoriels à Kampala en Ouganda. Les programmes d urgence initiés par la Belgique au Burundi et en République démocratique du Congo comportent de nombreux volets concernant les villes et l amélioration des conditions de vie de leurs habitants, notamment des projets d adduction d eau, d assainissement des égouts, de lutte contre l érosion et de réfection de routes dans plusieurs cités congolaises. Mesdames et Messieurs, Je n énumérerai pas toutes les actions de la Coopération belge ayant des implications urbaines. Je voudrais aussi insister sur l importance du secteur privé dans le développement urbain, et je pense notamment aux classes moyennes particulièrement actives dans toutes les villes du monde, aux artisans, aux commerçants et aux travailleurs qui assurent le dynamisme et la croissance de toutes les cités. Le secteur privé peut et doit jouer son rôle en matière de développement urbain, en partenariat avec les autorités publiques qui peuvent favoriser la mobilisation des fonds nécessaires à l investissement, garantir un climat politique et juridique favorable à celui-ci, et améliorer les services de base à la population. Pour les pays pauvres, le développement urbain est non seulement synonyme de nécessité d investissements, mais aussi d organisation et de gestion appropriées. Le développement urbain est un processus complexe qui se focalise sur des aspects socio-économiques, politiques et environnementaux, mais aussi sur des questions d occupation structurée de l espace urbain. CTB-11
14 Cela requiert des interactions entre différentes parties prenantes, aux intérêts distincts, en ce compris les autorités, le secteur privé et les citoyens eux-mêmes. Cette attention aux populations locales est capitale pour nous car nous voulons que notre coopération au développement incite à placer l humain au cœur des préoccupations, fussent-elles géopolitiques. L attention apportée au développement urbain dans sa globalité est jusqu à présent restée limitée au sein de la coopération malgré les implications urbaines de nombreux projets. Mais l adoption par la Communauté internationale des Objectifs du Millénaire pour le Développement a déjà infléchi cette approche et induit une réflexion plus spécifique sur la lutte contre la pauvreté en milieu urbain. L Objectif n 7, relatif à l environnement durable, intègre explicitement l amélioration des conditions de vie des habitants des taudis (bidonvilles), qui n ont ni source sûre d eau potable, ni sanitaires. Ce séminaire a pour objectif de se pencher et de réfléchir sur les rôles joués par les différents acteurs dans le développement durable, tout en prenant en considération les bonnes pratiques internationales. Quel rôle la coopération internationale devrait-elle jouer dans la promotion du développement urbain durable? De quelle manière les agences de développement peuvent-elles améliorer leurs activités opérationnelles dans les contextes urbains en vue de susciter un glissement de «projets mis en œuvre dans des environnements urbains» vers de véritables «projets urbains» et d assurer un développement urbain durable? Quel rôle la coopération peut-elle jouer dans l avenir au vu de la complexité croissante de la problématique urbaine? L approche multisectorielle est une voie possible, tout comme des supports aux réformes institutionnelles visant à améliorer la bonne gouvernance. Forte de son expérience, la Belgique peut jouer un rôle de facilitateur dans la nécessaire coopération entre les bailleurs de fonds en faisant preuve d innovation, en s appuyant sur le travail en réseau et en investissant dans la formation. Mesdames et Messieurs, Pour continuer à contribuer efficacement au développement, il faudra adapter notre action à la réalité urbaine et aux besoins réels des populations des villes de la planète. J espère que les réflexions, les contacts, les échanges que vous aurez durant ces deux jours de séminaire participeront au renforcement de cette cohérence que nous devons impérativement développer pour répondre à ce défi majeur qu est le développement urbain harmonieux et durable. Je vous remercie de votre attention. CTB-12
15 Session 1 Développement urbain Point de la situation
16 LE DEVELOPPEMENT URBAIN DURABLE : CONTEXTE ACTUEL Déclaration de Madame Anna Tibaijuka, Sous-secrétaire générale des Nations unies, Directrice exécutive d ONU-HABITAT. Mohamed El Sioufi, ONU-HABITAT, Chef du Shelter Branch, Global Division. Madame le Ministre de la Coopération au développement, Monsieur le Directeur général, Monsieur le Président du Comité de direction de la CTB, Mesdames et Messieurs, Je suis heureux que la Coopération Technique Belge (CTB) ait consacré ce séminaire international annuel aux «défis à relever pour soutenir le développement urbain durable». Je vous félicite pour cet intérêt opportun, car 2007 est une année très particulière, une année qui marque un tournant dans l histoire de l homme. Pour la première fois, la moitié de l humanité vit en ville. Nous sommes à l amorce d une nouvelle ère urbaine. Et cette nouvelle ère s accompagne d un nouveau défi, le défi de l urbanisation durable. L ampleur et le rythme de l urbanisation : pourquoi nous devrions être inquiets Il est évident aujourd hui que certains des plus grands défis qui attendent l humanité dans ce nouveau millénaire sont l urbanisation rapide et chaotique et l intensification de la pauvreté urbaine. Depuis 1950, l humanité a connu son expansion la plus rapide, passant de 2,5 milliards à 6 milliards d êtres humains. 60% de cette hausse ont touché des zones urbaines, en particulier dans le monde en développement, où la population urbaine a plus que sextuplé en 50 ans à peine. L augmentation quasi-totale de la population qui est prévue entre 2001 et 2030, soit environ 2 milliards de personnes, se déroulera dans les zones urbaines. Près de la moitié de l augmentation, soit 1 milliard de personnes, sera concentrée dans des bidonvilles urbains. Ajoutons ce chiffre au milliard d habitants de bidonvilles déjà existants et nous pouvons constater clairement que le succès de la lutte pour le respect des Objectifs du Millénaire pour le développement se jouera dans les grandes villes. Les principaux défis à relever seront concentrés en Asie et en Afrique subsaharienne, en particulier dans les pays les moins avancés, où quelque 78% de la population urbaine vivent dans des bidonvilles. En termes de pourcentage, la proportion de la population urbaine mondiale passera de 50% de la population mondiale totale en 2007 à environ 60% en Chaque année, la population urbaine mondiale augmentera d environ 70 millions de personnes, soit l équivalent de sept nouvelles mégapoles de 10 millions d habitants chacune. L impact de cette hausse sera avant tout perceptible dans le monde en développement, en particulier en Asie du Sud et du Sud-Est et en Afrique subsaharienne. Qu implique cette expansion rapide de la population urbaine? La combinaison de l augmentation prévue de la population urbaine et de la population actuelle des bidonvilles, proche d un milliard de personnes, signifie que quelque 2,8 milliards de personnes auront besoin d un logement et de services urbains d ici L exactitude de ce chiffre n a pas beaucoup d importance. L essentiel est son ordre de grandeur. Près de 3 milliards de personnes, soit environ 40% de la population mondiale, auront besoin d un logement et d infrastructures et services urbains de base d ici Le besoin de logement dans cette période concernera environ 565 millions d unités de logement. Cela représente 22,6 millions d unités de logement par an ou la construction de unités de logement par jour ou de unités par heure. CTB-14
17 Session 1: Développement urbain: Point de la situation La pauvreté urbaine et le défi des bidonvilles Nos recherches révèlent une augmentation de la population des bidonvilles de l ordre de personnes par jour. La plupart des habitants de bidonvilles n ont pas accès à un logement correct ni à une source sûre d eau potable et de sanitaires. Ils vivent dans des conditions de surpeuplement, souvent dans des endroits marginaux et dangereux. Ils sont entourés de déchets bruts qui affectent leur santé et celle de leurs enfants. Pourquoi sommes-nous arrivés à cette situation? Que cachent ces tendances alarmantes? Nous nous posons cette question depuis la conférence Habitat II de Nos recherches continues montrent la présence de plusieurs facteurs. Premièrement, le discours du développement durable s est peu intéressé, au fil des ans, à l urbanisation et au développement urbain. Beaucoup continuent de croire que les efforts consacrés au développement rural auront un impact sur les migrations. Peu importe de savoir si la réussite sera au rendez-vous ou pas. Nous avons atteint le stade où la croissance urbaine résulte majoritairement de l augmentation naturelle de la population urbaine existante et plus d une migration. Deuxièmement, la source principale de croissance économique des pays en développement se trouve de plus en plus dans les villes. Dans de nombreux pays, l industrie et les services forment une part toujours croissante du revenu national par rapport à l agriculture. En Asie, les zones urbaines représentent généralement 30 à 40% de la population et environ 60% du PNB. La plupart des emplois sont créés dans le secteur informel de l économie - environ 7 nouveaux emplois sur 10 en Afrique subsaharienne. La croyance populaire selon laquelle l économie informelle finira par être absorbée par l économie formelle ne se produit pas. Une troisième raison est liée à l idée déjà ancienne que les pauvres urbains vivent mieux que les pauvres ruraux puisqu ils ont accès à des services et infrastructures de base, vu la proximité de ceux-ci. Le rapport sur l État des villes dans le monde, publié par ONU-HABITAT, démystifie pour la première fois cette présomption majeure. Ce rapport démontre que les habitants de bidonvilles risquent davantage de mourir jeunes, de souffrir de malnutrition et de maladies, d être moins éduqués et de bénéficier de moins de possibilités d emploi que le reste de la population. La mortalité infantile et juvénile est directement liée aux conditions de vie dans les bidonvilles et pas aux revenus. Ces conditions sont le surpeuplement, le manque de sécurité, la contamination de la nouriture et le manque d accès à l eau potable, aux sanitaires et l évacuation des ordures. Bref, les habitants de bidonvilles souffrent d un double danger : ils vivent dans des conditions périlleuses et leur situation désespérée constitue le point faible de l action des pouvoirs publics et de l aide au développement internationale. La pauvreté urbaine et la sécurité d occupation Mais la vie dans les bidonvilles revêt une autre dimension qui est peut-être encore plus pernicieuse et qui contribue incontestablement à l engrenage de la pauvreté. Je me réfère ici au problème de l absence de sécurité d occupation et au fait de vivre sous la menace constante de l expulsion. Les bidonvilles sont tolérés tant qu ils offrent à l économie une réserve de main-d œuvre bon marché à proximité de là où elle est nécessaire. Quand la valeur des terrains occupés excède celle de la main-d œuvre bon marché, les habitants de bidonvilles sont inéluctablement expulsés. En tant qu agence des Nations unies chargée de la promotion des droits au logement, nous avons peu d arguments à avancer contre les lois du marché. Cependant, l absence de procédure régulière et de compensation, sous forme de solutions de logement de remplacement ou de compensation financière, voire des deux, est tout bonnement inacceptable. Les expulsions irrégulières par la force touchent plus de 2 millions de personnes chaque année. CTB-15
18 Les grandes villes et le changement climatique La semaine dernière, dans le cadre de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique de Bali, j ai soutenu que l urbanisation modifiait irréversiblement nos schémas de production et de consommation. Aujourd hui, selon nos évaluations, 75% de la consommation d énergie mondiale ont lieu dans les grandes villes et 80% des émissions de gaz à effet de serre à l origine du réchauffement de la planète proviennent des zones urbaines. Le réchauffement de la planète aggrave les problèmes environnementaux, sociaux et économiques existants et engendre de nouveaux défis. Toutefois, il est vital de reconnaître que les grandes villes et les citadins ne sont pas seulement les victimes du changement climatique, mais font également partie du problème. Cela implique qu ils doivent aussi faire partie de toute solution durable. Vu ce qui précède, le lien entre le changement climatique et le problème de la pénurie d eau ne peut pas être appréhendé correctement si l on omet de considérer le programme d urbanisation et le développement des bidonvilles. La mission de l ONU Aujourd hui, l urbanisation est enfin prise au sérieux. En 1996, lors de la Conférence Habitat II d Istanbul, 171 pays ont ratifié le Programme pour l habitat, un guide complet sur le développement urbain inclusif et participatif. En 2000, les dirigeants mondiaux se sont engagés en faveur des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Les cibles 10 et 11 relatives à l eau et à l assainissement ainsi qu à l aménagement des bidonvilles, dans le cadre de l objectif 7 visant à assurer un environnement durable, ont une forte connotation urbaine. En 2001, l Assemblée générale a adopté une résolution faisant passer ONU-HABITAT du stade de centre à celui de programme des Nations unies à part entière et a invité ONU-HABITAT à mettre sur pied le Forum urbain mondial comme un groupe de réflexion sur les questions urbaines. L experience d ONU-HABITAT dans l appréhension des défis urbains Je souhaiterais vous faire partager certaines des expériences que nous avons accumulées au cours des 15 dernières années en relevant des défis urbains par l intégration de contributions normatives et opérationnelles aux programmes et projets. Ces réussites sont le résultat de partenariats entre ONU-HABITAT et une multitude de donateurs et d agences d exécution : => Programme «Rapid Urban Sector Profiling for Sustainability» (RUSPS) Vous n êtes pas sans savoir que les problèmes urbains sont très complexes et devraient être envisagés dans une perspective intégrée plutôt que via des approches sectorielles à portée limitée. ONU-HABITAT a élaboré le programme «Rapid Urban Sector Profiling for Sustainability» dans le but de soutenir la définition, à l échelle locale et nationale, de politiques de réduction de la pauvreté urbaine contribuant à la mise en œuvre des OMD. L approche s appuie sur les termes de référence standard de l étude sur le profil du secteur urbain qui ont été définis par l UE et exploités par ONU-HABITAT, sur la base de l expérience acquise avec les programmes «Agendas 21 locaux», «Cités viables», etc. Le RUSPS est une évaluation concrète rapide des besoins urbains prioritaires, des lacunes en matière de renforcement des capacités et des réponses institutionnelles existantes à l échelon local et national. Les thèmes analysés sont notamment : la gouvernance locale, les établissements humains et les bidonvilles, les terres et la sécurité d occupation, le genre, le développement économique local, les services de base et l environnement urbain. CTB-16
19 Session 1: Développement urbain: Point de la situation Ces profils ont été mis en œuvre dans plus de 20 pays entre 2004 et Les activités de suivi comprennent notamment un programme de planification stratégique de 50 villes moyennes d Égypte, des programmes de réhabilitation en Somalie et en Afghanistan ainsi que des activités de planification et de budgétisation participatives au Sénégal, en République démocratique du Congo et au Mozambique. Nous envisageons actuellement la conclusion d un accord avec le secrétariat ACP/CE en vue, d une part, d assurer le suivi d un programme participatif d assainissement des bidonvilles dans 12 pays africains et, d autre part, d établir des profils rapides dans 18 pays supplémentaires. Ce programme a été principalement financé par les pouvoirs publics italiens et la CE. => Programmes «Agendas 21 locaux» et «Cités viables» Au cours des quinze dernières années, les programmes «Agendas 21 locaux» et «Cités viables», financés par la Belgique et les Pays-Bas, ont aidé les autorités locales à identifier et résoudre des problèmes d environnement clés. Les programmes se concentrent sur le développement durable de villes secondaires, en les aidant à identifier des secteurs d intervention stratégiques, à mobiliser des acteurs et des ressources locaux, à mettre sur pied des partenariats et à entreprendre des actions concrètes. Les programmes appuient aussi un réseau d institutions nationales et régionales qui apportent une assistance technique dans le domaine de l aménagement urbain et aident à transposer les enseignements tirés dans des cadres juridiques spécifiques aux pays. Les deux programmes ont soutenu plus de 60 villes en Afrique, dans les États arabes, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Dans ces villes, des résultats concrets ont été obtenus dans des domaines thématiques allant de l assainissement et de la gestion des déchets solides à la mobilité urbaine, en passant par le patrimoine naturel et culturel, les fleuves et lacs urbains, les infrastructures de front de mer, la pollution atmosphérique et l accès aux services urbains. L expérience acquise avec ces programmes représente le fondement sur lequel ONU-HABITAT a bâti sa stratégie en vue d aider les grandes villes du monde en développement à relever le nouveau défi du changement climatique. À cet égard, nous sommes actuellement en train de mettre sur pied un réseau de développement urbain durable (Sustainable Urban Development Network SUD-Net) qui se concentrera dans un premier temps sur les grandes villes et le changement climatique. Via ce réseau, nous espérons créer des partenariats entre des autorités locales et des instituts d enseignement supérieur. Cela contribuerait à renforcer les capacités qui font tant défaut et sont requises pour intégrer les préoccupations relatives au changement climatique dans les processus de planification et de budgétisation des autorités locales. => Programme de développement urbain en Somalie (Somalia Urban Development Programme SUDP) Le SUDP est un programme parapluie qui coordonne les interventions dans le secteur urbain, dans la région somalienne. Le programme a été défini sur la base des besoins évalués et des priorités identifiées dans le profil de secteur urbain susmentionné et il a été testé sur le terrain en Sur un financement provenant essentiellement de la CE, ONU-HABITAT a conduit un consortium formé de 4 agences des Nations unies et de 2 ONG internationales. Les partenaires sont aujourd hui au nombre de 15. L objectif de ce programme complet est d intégrer trois volets principaux à l échelle locale : (1) la gouvernance, notamment des réformes légales et institutionnelles, un renforcement de la gouvernance municipale et de la participation de la société civile aux activités de planification ; (2) la gestion urbaine, notamment la planification stratégique, la maîtrise du développement, la gestion des valeurs foncières, le règlement des litiges et la restitution, les finances municipales, la fourniture des services de base et le développement économique local ; et (3) la mise en œuvre de projets locaux. Les projets du SUDP sont mis en œuvre dans les grands centres urbains de la région somalienne. CTB-17
20 => Réseau global d outils fonciers (Global Land Tool Network GLTN) Le GLTN, un réseau de réseaux globaux, se concentre sur la définition, à l échelle nationale et mondiale, des outils fonciers à grande échelle requis pour la défense des plus pauvres et de l égalité des sexes. Ces outils permettront et aideront à atteindre l Objectif 7, Cible 11, des OMD. Les objectifs sont : (1) améliorer la connaissance globale, la prise de conscience et les outils en vue de favoriser une gestion foncière en faveur des plus pauvres et de l égalité des sexes et (2) renforcer, le cas échéant, les capacités dans certains pays afin de mettre en œuvre des outils en faveur des plus pauvres et de l égalité des sexes dans le but d améliorer la sécurité d occupation des populations pauvres. La Suède et la Norvège sont les principaux donateurs financiers du système de «Basket Fund» évolutif. Les autres partenaires sont notamment des organismes multilatéraux, la société civile et des instituts de formation. Le GLTN se concentre sur cinq thèmes qui permettront de surmonter les entraves existantes à l aménagement foncier en faveur des plus pauvres : droits et registres fonciers, aménagement foncier, gestion foncière, droit foncier et valeur foncière. 18 outils ont été identifiés dans ces thèmes. Harmonisation, alignement et coordination du secteur foncier en vue de la réduction de la pauvreté au Kenya En accord avec le nouveau programme sur l efficacité de l aide au développement, le groupe des partenaires de développement sur le secteur foncier (Development Partners Group on Land DPGL) entend fournir et gérer l aide apportée au secteur foncier kenyan en vue de répondre aux principes d harmonisation, d alignement et de coordination (HAC). Ce groupe met l accent sur : le renforcement de la capacité des pouvoirs publics à élaborer et mettre en œuvre des politiques et des programmes fonciers ; l alignement de l aide des donateurs sur les priorités des pouvoirs publics ; l élimination des doubles emplois et des chevauchements dans les initiatives d aide. Le DPGL, formé en 2003, a soutenu le Ministère de l Aménagement foncier par l entremise du Programme d aide à la réforme foncière (Land Reform Support Programme LRSP), qui impliquait le soutien de l élaboration d une politique foncière, la mise en œuvre de cette politique, la transformation des institutions, la définition de Systèmes de gestion des informations foncières (Land Information Management Systems LIMS) en faveur des plus pauvres, la mise en œuvre de recommandations sur l attribution illégale de terres publiques et la définition de Directives concernant l expulsion par la force (Forced Eviction Guidelines) au Kenya. Les partenaires du développement soutenant le «Basket Fund» sont Sida, DFID, DCI (aide irlandaise) et USAID. => Partenariats urbains pour la réduction de la pauvreté (Urban Partnerships for Poverty Reduction UPPR) Depuis 2000, le gouvernement du Bangladesh, le PNUD et ONU-HABITAT soutiennent un projet de partenariats locaux pour la réduction de la pauvreté urbaine (Local Partnerships for Urban Poverty Alleviation Project LPUPAP). Ce projet a démontré la réussite d une approche communautaire du partenariat en vue de réduire la pauvreté urbaine au bénéfice d environ personnes pauvres. L UPPR profitera des expériences positives de ce projet et des enseignements tirés de son analyse et de l évaluation de son incidence sur la pauvreté. DFID alloue environ 120 millions de dollars US sur une période de 7 ans ( ) pour améliorer les moyens de subsistance et les conditions de vie de 3 millions de citadins pauvres et extrêmement pauvres au Bangladesh. Le projet (UPPR) encouragera les partenariats avec des communautés pauvres urbaines, des autorités locales, la société civile et le secteur privé. L objectif est la réduction de la pauvreté urbaine au Bangladesh par l amélioration des moyens de subsistance et des conditions de vie de 3 millions de citadins pauvres et extrêmement pauvres, en particulier des femmes et des filles (3 % de la cible 11 des OMD). Les résultats comprennent notamment : une amélioration des cadres de vie, une amélioration des conditions économiques et un environnement de politique urbaine en faveur des populations pauvres. CTB-18
21 Session 1: Développement urbain: Point de la situation Plan stratégique et institutionnel à moyen terme d ONU-HABITAT - la voie à suivre Afin d extrapoler ces expériences et de relever les défis de l Urbanisation durable, nous avons amorcé un processus d élaboration de notre plan stratégique et institutionnel à moyen terme (Medium Term Strategic and Institutional Plan MTSIP) pour la période La Vision du MTSIP est d instaurer «une urbanisation durable par le biais du Programme pour l habitat : un logement adéquat pour tous et un développement durable des établissements humains». Notre mission est de «contribuer à réunir, d ici 2013, les conditions nécessaires pour permettre à des efforts internationaux et nationaux concertés de mettre en place une urbanisation plus durable, notamment par des actions visant à endiguer le développement des bidonvilles et à préparer le terrain en vue d une réduction ultérieure du nombre d habitants de bidonvilles et d une inversion de la tendance à travers le monde.» Cinq domaines cibles se renforçant mutuellement ont été identifiés comme une approche intégrée de la mise en œuvre d une urbanisation plus durable : advocacy, suivi et partenariats efficaces ; la promotion de méthodes participatives dans le domaine de l aménagement urbain et de la gouvernance urbaine ; la promotion de la gestion foncière et du logement en faveur des populations pauvres ; des infrastructures et des services urbains de base respectueux de l environnement ; le renforcement des systèmes de financement des établissements humains. Nous vous invitons à vous joindre à nous et à nos partenaires du monde entier afin d appréhender les problèmes urbains dans l esprit de notre plan stratégique et institutionnel à moyen terme (MTSIP). Nous nous réjouissons notamment d aborder, dans les prochains mois, de nouveaux domaines de collaboration possibles avec la Coopération belge au Développement qui apporte, via divers programmes, un soutien constant à ONU-HABITAT depuis e session du Forum urbain mondial Avec plus de délégués, la troisième session du Forum urbain mondial, qui s est tenue à Vancouver en 2006, a démontré un intérêt croissant pour l avenir des établissements humains. Ministres et maires, industriels et habitants de bidonvilles ont tous reconnu la nécessité de joindre leurs efforts pour surmonter la crise urbaine. Le gouvernement chinois accueillera la 4e session du Forum urbain mondial dans la ville de Nankin, du 13 au 17 octobre Le thème sera «l Urbanisation harmonieuse» et se concentrera sur : l harmonie sociale, économique, environnementale, spatiale, historique et générationnelle. J espère que les États membres et tous les partenaires du Programme pour l habitat se prépareront correctement au Forum urbain mondial et profiteront de l occasion pour présenter leurs meilleures pratiques afin que nous continuions d apprendre les uns des autres dans la mise en œuvre du Programme pour l habitat dans ce monde urbanisé et mondialisé. CTB-19
22 LE MONDE EN TENUE DE VILLE Thomas Melin, Service Développement urbain, Sida, Suède Ce séminaire tombe à point nommé, puisque de plus en plus de gens (et d agences) sont concernés par le développement urbain. L agence suédoise de coopération au développement (Sida) est une des seules à disposer d un service spécifiquement axé sur le développement urbain. Dans toutes ses actions, Sida se concentre sur un objectif : aider à créer les conditions permettant aux pauvres d améliorer leurs conditions de vie. Deux perspectives fondamentales orientent ses efforts : d une part, la «perspective des droits», et d autre part, la «perspective des pauvres». Cette dernière est malheureusement la plus difficile à respecter puisque beaucoup de projets, d après notre expérience, finissent par améliorer en partie la situation de la classe moyenne. 1. Politique de Sida, Département de Coopération économique et d infrastructure, service Développement urbain (INEC/URBAN) Fighting Poverty in an Urban World - Support to Urban Development, 1er octobre Cette politique a été développée dans la lignée du livre : Tannerfeldt G. and Ljung P., More Urban - Less Poor, An Introduction to Urban Development and Management, publié par Earthscan, Londres, Sida est en charge d environ la moitié des fonds de développement du gouvernement suédois, dont plus de 10% sont destinés au développement urbain. Le département Développement urbain de Sida travaille avec la moitié de ce budget, soit environ 80 millions d euros. Néanmoins, les fonds varient d année en année et il est très difficile de déterminer quels fonds sont «urbains» ou pas. L OCDE/CAD, qui opère un suivi des statistiques de financement de la coopération au développement, ne fait pas de différence entre les fonds urbains et non urbains dans les statistiques. Quoi qu il en soit, la Suède consacre entre 5 et 10% de ses fonds au développement urbain. En comparaison, d après les calculs de la coopération norvégienne au développement, environ 4% de l ensemble des fonds issus de l aide publique au développement (APD) sont destinés à des zones urbaines. Ces chiffres sont totalement dérisoires compte tenu du fait que la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain. Notre service travaille dans le cadre d une politique d action en matière de projets urbains, développée en Nous vivons dans un monde urbain. Contrairement aux intentions des Objectifs du Millénaire pour le Développement, la population des bidonvilles est en pleine croissance. Il y a une corrélation certaine entre la croissance économique et l urbanisation, mais la question est de savoir lequel génère l autre. Le développement économique peut provenir du monde urbain, mais cela n implique pas forcément que le développement urbain se fasse en faveur des pauvres (pro-poor development). Ce n est pas parce que les gens y sont pauvres que nous travaillons au développement des villes, mais parce que nous avons besoin d elles, et que sans les villes, il n y a pas de développement. D habitude, lorsqu il est question d urbanisation et des villes, les gens commencent à parler de tous les problèmes urbains, mais les villes offrent également de nombreuses opportunités. L environnement urbain permet de bénéficier d avantages sociaux et culturels, de centres de communication et d un secteur privé souvent très dynamique. Il constitue le berceau des mouvements démocratiques et dispose de puissantes organisations de la société civile. C est là que se retrouvent les politiciens et que les décisions sont prises, que les entreprises ont leur siège, etc. Les villes constituent des moteurs de croissance pour les autres villes comme pour la campagne. Il est faux de croire que les pauvres vivent surtout à la campagne, ou que les pauvres des zones rurales sont moins bien lotis que ceux des villes. La pauvreté s urbanise de plus en plus. La coopération au développement se doit de travailler avec les pauvres, où qu ils soient. Deuxièmement, la migration temporaire est très fréquente : les populations ne sont jamais tout à fait urbaines ou tout à fait rurales dans le monde d aujourd hui. L argent aussi a tendance à migrer nous avons tous déjà entendu parler des envois de fonds effectués du Nord vers le Sud, mais une grande quantité d argent circule également des zones urbaines aux zones rurales. C est pourquoi il serait nécessaire de faciliter les liens entre rural et urbain ou plutôt les interdépendances rural-urbain de manière à réduire la pauvreté dans son ensemble. Malheureusement, l environnement politique n est pas réellement prêt à soutenir ces mouvements de personnes et de fonds entre les zones urbaines et rurales. C est un point qu il nous faut améliorer : permettre les liens entre rural et urbain et renforcer l interdépendance ruralurbain. La pauvreté urbaine a clairement changé de visage au fil du temps. Il y a une dizaine d années, les études indiquaient que les priorités des pauvres de la ville étaient l eau et l assainissement. À l heure actuelle, ce sont la criminalité et l insécurité qui occupent la première place. Il nous faut vraiment nous efforcer malgré notre manque d expérience en la matière de créer des environnements urbains sûrs. Les changements climatiques ont eux aussi de plus en plus d importance, en particulier si l on sait que la majorité des zones urbaines se situent CTB-20
23 Session 1: Développement urbain: Point de la situation en bord de mer. Par conséquent, la majeure partie de la population des villes sera touchée par des catastrophes naturelles liées aux changements climatiques. Les milieux urbains varient fortement de l un à l autre et nécessitent des solutions différentes : les différences entre riches et pauvres par exemple au Brésil ou en Afrique du Sud sont considérables et ces inégalités sont à l origine d une instabilité croissante. Il est par exemple particulièrement inquiétant de constater que les pauvres paient souvent plus cher pour l eau que les riches, notamment si l on compare New York et Barranquilla, en Colombie. Le VIH/SIDA est particulièrement virulent en milieu urbain, mais les programmes de lutte contre le virus ne tiennent pas suffisamment compte des zones urbaines et de leurs besoins spécifiques. Les villes sont complexes. Les villes sont comme des écosystèmes, si l on change quelque chose à un endroit, ce changement touchera tout le reste de la ville. Il est par conséquent extrêmement difficile de travailler en milieu urbain. Une autre raison à cela est que la plupart des organisations, des personnes, des projets et des programmes constituent des silos. On a l habitude de travailler sur un thème à la fois mais cette approche ne fonctionne pas vraiment dans les villes. Ces problèmes complexes nécessitent donc des solutions complexes. Par conséquent, toute solution se doit d être locale ; les solutions globales n existent pas. Nous estimons néanmoins que les aspects suivants méritent qu on leur consacre une attention spécifique : Intégration du développement local et national. Le gouvernement central n a bien souvent aucune connaissance en gouvernance locale. Parallèlement, on assiste à une décentralisation des compétences, mais les ressources ne suivent pas. Amélioration de la gouvernance et de la gestion urbaine, en particulier en ce qui concerne les changements climatiques : 75 à 80% du changement climatique est lié aux villes. Les villes bien gérées bénéficient d une planification, la planification se base sur des décisions politiques, et celles-ci nécessitent une bonne gouvernance. Infrastructure et services municipaux. En matière d environnement, le monde développé envisage l assainissement selon une perspective «verte», écologique. Les besoins environnementaux des pays en développement sont plutôt «bruns», autrement dit immédiats, localisés et liés à la santé 2. Les technologies les plus récentes devraient être utilisées en lieu et place des plus anciennes, de manière à trouver plus rapidement des solutions. Terre et logement. Le logement n est pas forcément lié aux bâtiments : il met les gens en sécurité, réduit leur vulnérabilité et leur offre la possibilité de monter un commerce chez eux. Le logement est fortement lié à l aspect de genre et il constitue un thème essentiel qui nécessite une intervention : il y a eu assez des projets pilotes et nous devons maintenant passer à la vitesse supérieure. Compte tenu du fait que 900 millions de personnes ont besoin d un logement adéquat et d infrastructures adaptées, il faut trouver des solutions financées localement. Les banques locales et les institutions financières peuvent jouer un rôle clé dans ce processus. En ce qui concerne le logement des ménages à bas revenus, la plupart des pays ne prévoient pas de politique de logement en faveur des plus pauvres et le contexte politique aurait même tendance à compliquer la mise en place de logements à l attention des ménages à bas revenus. Construire des nouveaux bâtiments pour tous ces gens est tout simplement impossible. Mais l on pourrait envisager de passer par la voie de la réhabilitation des taudis : quelques années de réhabilitation des taudis et d investissements lents, et on obtiendrait une maison. Le processus d obtention d une terre ou d un logement diffère totalement en Occident et dans la plupart des pays en développement. La situation d une majorité de gens pour ce qui est de leur logement et de la terre où ils vivent est par conséquent très instable en raison d une absence totale de législation en matière d occupation des terres. La résolution formelle de l occupation des terres n est probablement pas la seule solution, mais une légalisation plus large est nécessaire. La propriété dans les projets liés au logement est bien souvent la solution privilégiée, mais elle n est pas toujours faisable. D autres solutions intermédiaires, entre le formel et l informel, doivent être envisagées, de manière à permettre aux gens de se sentir plus en sécurité et de les faire participer à la construction d une ville meilleure. 2. Lectures recommandées : Allen, A. and You, N. (2002) Sustainable Urbanisation: Bridging the Green and Brown Agendas, publié par le DPU en collaboration avec ONU-Habitat et avec le soutien de DFID. Londres ; et McGranahan, G. & Satterthwaite, D. (2000) Environmental health or ecological sustainability? Reconciling the Brown and Green agendas in urban development, in : C. Pugh (éd.), Sustainable cities in developing countries, Earthscan, Londres, pp CTB-21
24 3. Sida, Urban Issue Paper: Poverty reduction strategies, Réduction des risques liés aux catastrophes naturelles. Il nous faut construire des villes bien gérées de manière à réduire l impact des catastrophes naturelles à venir. Pour ce faire, nous devons trouver des solutions pour les pauvres, car les catastrophes naturelles touchent toujours davantage les pauvres qui vivent dans les plaines fluviales, sur des pentes, etc. Pourquoi avons-nous si peu progressé jusqu ici? Tout d abord, il y a un manque de compréhension du monde politique, tant dans les pays développés qu en développement. Les intérêts se situent ailleurs, et peu de politiciens réalisent que les bidonvilles accueillent chaque jour nouveaux habitants, 365 jours par an. Et même lorsqu il y a une compréhension, il n y a généralement pas la volonté politique de changer cette situation. Ceci se reflète dans les documents stratégiques pour la réduction de la pauvreté (DSRP). La pauvreté urbaine y est rarement mentionnée 3. Si nos pays partenaires ne l incluent pas dans leurs stratégies, comment les donateurs peuvent-ils se battre pour cette cause? Lorsque la compréhension et la volonté politique sont présentes, et que les documents stratégiques parlent de la pauvreté urbaine, il n existe que très peu d outils pour s y attaquer. Et même si nous disposons des outils adéquats, il n y a pas assez d acteurs et d institutions régionales pour former des partenariats. Pour résumer la situation, nous avons besoin d un plan commun: il est temps que les donateurs unissent leurs efforts. Qu est-il alors possible de faire pour inclure la pauvreté urbaine parmi les priorités? Les agences de développement doivent influencer les conseillers et les pays partenaires, les organisations multilatérales, les donateurs et les ONG et soutenir le développement des institutions régionales, car nous avons besoin de partenaires locaux. En outre, nous avons désespérément besoin de recherche appliquée et de chiffres afin de pouvoir démontrer la réalité des problèmes dont nous discutons aujourd hui. Quelques exemples de ce que l on peut faire, pour terminer, ne fût-ce que pour nous aider à nous rappeler que nous ne parlons pas seulement de politiques et de statistiques, mais de personnes et de leur réalité quotidienne. Les personnes qui rejoignent les bidonvilles chaque jour ont besoin d un meilleur environnement et peuvent créer un meilleur environnement pour elles-mêmes, pour peu que nous les soutenions. Puisque le monde s urbanise, il devient très important pour nous de comprendre la nécessité de penser autrement. Si nous persistons dans les anciennes façons de penser, nous recevrons les mêmes réponses qu auparavant. Il nous faut penser différemment. Dès lors, si le monde revêt sa tenue de ville, nous devons revêtir la nôtre aussi. CTB-22
25 Session 1: Développement urbain: Point de la situation VISIONNAIRES ET TECHNICIENS : RÔLES ET RELATIONS DANS LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ URBAINE ET LA RÉDUCTION DES DÉPENDANCES EXTERNES Terry Standley, ancien collaborateur d ONU-HABITAT et consultant indépendant Le présent exposé vous propose ma manière de voir les rôles et les relations en tant que professionnel actif depuis plus de quarante ans dans le domaine de la coopération technique, où j ai endossé toutes sortes de fonctions dans de nombreux pays du monde en développement. Je ne suis actuellement lié à aucune agence, institution ou entreprise. Les thèses de cet exposé s inspirent de ce que j ai pu constater à l occasion de mon engagement direct toutes ces années en faveur de la réduction de la pauvreté urbaine et du renforcement simultané des capacités, en vue de réduire les dépendances externes au sein du gouvernement central et local et des ONG internationales et locales. L importance dans l histoire du développement d une approche aussi pragmatique des procédures en jeu n est plus à démontrer. Je tiens néanmoins à insister sur le fait qu une expérience de cette ampleur n est pas nécessairement un gage de clarté et de confiance et qu il ne faut surtout pas se laisser aller à généraliser sans discernement. L introduction explique en quoi visionnaires et techniciens sont deux choses bien distinctes en apparence et dans quelle mesure le fait d avoir une vision est considéré actuellement comme indispensable dans tous les domaines et à tous les niveaux de la vie publique et commerciale. Elle s appuie également sur un important ouvrage publié récemment sur la mondialisation (Chanda 2007), qui évalue les actions et les motivations au cours des siècles des Marchands, des Prédicateurs, des Aventuriers et des Guerriers. Une analyse rapide aborde la question des relations actuelles avec ces catégories d acteurs que ce soient les ONG, les agences publiques d aide, les institutions de formation ou les investisseurs directs étrangers. L évocation d une autre œuvre significative sur le thème du développement (Easterly 2006) permet d évaluer brièvement les analogies qui existent entre le rôle du Planificateur et celui du Chercheur. Le Planificateur est censé connaître toutes les réponses, appliquer des modèles globaux et susciter des attentes, mais sans prendre la responsabilité de les satisfaire. Le Chercheur, quant à lui, identifie une demande populaire variable, s adapte aux conditions locales et croit que seuls les initiés en savent assez pour trouver des solutions pratiques appropriées, qui doivent toujours être produites localement. Ensuite, événement plus ancien de l histoire du développement, l attaque virulente de l ouvrage Lords of Poverty (Hancock 1989) contre les agences et leurs consultants est citée en exemple pour nous rappeler l importance de reconsidérer la question des rôles et des relations qui, dans une grande mesure, continue d avoir une incidence près de vingt ans plus tard. Pour souligner l importance de ce qui précède, l exposé reprend des extraits d un poème satirique, The Development Set (Coggins 1978), qui étaient cités intégralement en préface du livre mentionné précédemment. Vient ensuite un résumé de mon approche de la Lutte contre la pauvreté : respecter les priorités communautaires ; assurer des bénéfices rapides et directs ; identifier les actions qui déclenchent le mécanisme ; éviter les relations conflictuelles avec les autorités (confrontation sans aliénation), et reconnaître le pouvoir des épargnes communautaires et des groupes de crédit. Et voici mes recommandations en matière de Réduction des dépendances externes : justifier en premier lieu le besoin d assistance de manière rigoureuse ; reconnaître avec franchise et éliminer les attitudes axées sur la prestation de services de certaines agences ; soutenir les échanges en face à face entre communautés (d un même pays ou de pays différents) et renforcer les capacités locales en matière d identification et de mise en place d actions. Je vous offre ensuite un aperçu comparatif des différentes positions internationales de travail et de vie que j ai pu endosser directement, ce qui me permet de parler des leçons positives ou exemplaires que j ai pu en tirer et qui sont toujours d actualité. J ai pu bénéficier de dix formes différentes de conditions de travail et de vie, ce qui s est répercuté au niveau des rôles et des relations : engagement direct par le gouvernement aux mêmes conditions et sous le même statut qu un fonctionnaire national ; contrats individuels bilatéraux et d affectation directe à des projets d aide ; postes liés à des départements, mais pas à des projets spécifiques ; engagement et action au sein d une ONG locale ; employé d importantes ONG internationales ; intervention pour des agences locales de consultance du pays ; en tant qu associé d entreprise et dans des équipes de gestion de projets au sein d importantes agences internationales de consultance ; en tant que Conseiller technique principal à l ONU (CTA)/Gestionnaire de projet ; au sein d un institut international de formation et de recherche ; en tant que Conseiller régional de l ONU ; et enfin, comme consultant individuel indépendant freelance, basé dans un pays en développement (statut actuel). CTB-23
26 Depuis le début des années 60, l assistance technique et financière au niveau des villes a fortement évolué : dans la période qui a suivi l indépendance, des experts/conseillers individuels étaient implantés ; par la suite, on a plutôt eu recours à des équipes de projet enclave, voire à des contrats de sous-traitance qui emploient de grandes équipes de consultants issus d une entreprise ou d un consortium pour la gestion des projets. Le rôle et l influence des ONG internationales et locales ont fortement évolué, la notion d ajustement sectoriel s est imposée et on a cherché à passer de projets restreints à une approche par programmes. Enfin, l émergence de campagnes et programmes spécialisés à l échelle mondiale et l intérêt tardif pour l alignement et l harmonisation avec les stratégies d un pays complètent ce rapide survol historique. Je vous propose ensuite quelques anecdotes issues de mon expérience personnelle, car elles offrent des exemples très parlants des différents rôles et relations qu il m a été donné de vivre, et qui furent toutes très riches d apprentissages : Un programme national de réhabilitation de squats en Papouasie-Nouvelle-Guinée (où je travaillais pour les services publics) un projet de développement urbain à Dhaka (en tant que Conseiller technique principal pour ONU-Habitat) une expérience à l Institute for Housing and Urban Studies de Rotterdam (en tant que membre du personnel) une intervention au Népal dans le cadre du projet Urban Development through Local Efforts (UDLE) (en tant que consultant individuel indépendant pour la GTZ). Enfin, toujours en me basant sur ma large expérience personnelle dans le domaine, je passe en revue les différentes lacunes des évaluations conventionnelles des projets et programmes : elles ne peuvent être complètement indépendantes et libres de censure lorsqu elles émanent d une agence ou d un gouvernement ; les bénéficiaires directs ne sont pas intégrés aux équipes d évaluation, les résultats sont rarement soumis à l opinion du public et sont de toute manière généralement décrits dans un jargon hermétique et ne sont pas traduits dans la langue locale ; elles se font trop tôt après la clôture (les conséquences à long terme sont rarement analysées) ; l accent est mis davantage sur l efficience des dépenses et la production des outputs prévus plutôt que sur la qualité des améliorations au niveau des conditions de vie et la capacité à perdurer tout en réduisant les dépendances externes ; l autoévaluation globale de l agence est généralement gérée en interne et n est donc pas indépendante du pouvoir exécutif en place. Références : Chanda, N. (2007) Together: How Traders, Preachers, Adventurers, and Warriors Shaped Globalization, Yale University Press Easterly, W. (2006), The White Man s Burden: Why the West s Efforts to Aid the Rest Have Done So Much Ill and So Little Good, Penguin Press HC Hancock, G. (1989) Lords of Poverty: The Power. Prestige and Corruption of the International Aid Business, New York: Atlantic Monthly Press. Coggins, R. (1978) The Development Set, Journal of Communication 28 (1), CTB-24
27 Session 1: Développement urbain: Point de la situation RECONNAÎTRE LES FORCES AGISSANTES URBAINES AU-DELÀ DE LA NOTION DE PAUVRETÉ Filip De Boeck, Institut de recherche anthropologique en Afrique (IARA), KULeuven, Belgique (animateur des débats) Les trajectoires sociales, culturelles, économiques et politiques de nombreuses villes dans le Sud global se sont souvent développées selon des modèles historiques complètement différents de ceux des villes européennes et occidentales. Afin de capter et de cerner les réalités de ces différentes trajectoires urbaines, je crois qu il est absolument nécessaire de rester proche des vies réelles de ces citadins, des lignes spécifiques que ces vies décrivent et des itinéraires spécifiques qui se déploient dans l acte même de vivre dans des contextes qui sont en effet souvent marqués par le manque, le déclin, la pénurie et la marginalisation, par une pauvreté et une désindustrialisation croissantes, ou par un manque d espace grandissant et une densité démographique toujours plus forte. En dépit de tous ces facteurs handicapants, de telles villes génèrent aussi des modes de vie urbains caractérisés par des stratégies inventives de recyclage et de réparation, par de nouveaux modes de mouvements, de nouvelles formes de développement communautaire et de nouvelles façons de trouver une place au sein d une ville et bien au-delà. Dans des paysages urbains tels que celui de Kinshasa, pour citer un exemple que je connais mieux, les notions de développement communautaire sont recréées et réinventées de multiples manières qui ne peuvent plus être saisies par des lectures plus conventionnelles du tissu urbain et de ce que l on entend habituellement par «urbanité». Par conséquent, je suis convaincu que les notions conventionnelles de «développement» et de «progrès» ne suffisent plus à cerner les problèmes auxquels de telles villes sont confrontées, ni à offrir de solutions viables. Tout ce qu elles semblent faire, c est enfermer l ici et maintenant de la réalité urbaine dans une sphère d impossibilité, en projetant théologiquement des idéologies classiques et des formes standardisées de solutions sur un futur hypothétique. Comme beaucoup l ont noté auparavant, le schéma standard de développement, qui implique un passage évolutif d une étape à la suivante, d un passé à un avenir, du «traditionnel» au «moderne» ou du rural à l urbain, ne nous livre en fait aucune représentation précise de ce qui se passe réellement, a fortiori lorsqu on l applique au continent africain, où quelquefois le progrès et le développement semblent enterrés dans un passé irrécupérable plutôt que ancrés dans un futur plein de promesses (pensons au cas du Copperbelt congolais et zambien), et au fait qu il ne reste que peu de chose des infrastructures générées par les développements industriels qui ont déferlé sur cette région durant les années 20 et 30. Face à ces mondes post- développement où les paradigmes de la modernisation ne peuvent plus s appliquer aisément, une transition directe d un stade de développement à l autre n est plus une réalité viable (pour autant qu elle l ait jamais été). Au lieu de cela, différentes réalités coexistent, souvent sous des formes surprenantes et imprévues qui obligent constamment les citadins à faire preuve de flexibilité et à faire preuve d aptitudes à l improvisation. Les résidents urbains semblent exceller à faire précisément cela : s ouvrir à «l imprévu» qui se manifeste souvent en dehors des sentiers battus constituant la vie urbaine. Ils sont passés maîtres dans l art de découvrir des itinéraires qui dépassent l évidence et d exploiter des chemins et des possibilités moins visibles, cachés dans les replis des expériences et domaines urbains. Les citadins se sont souvent entraînés à puiser avec bonheur dans cet imbroglio et à exploiter pleinement les possibilités qu offrent ces juxtapositions. Ils sont constamment occupés à inventer de nouvelles façons d échapper aux contraintes et excès économiques que la vie urbaine leur impose. Ils savent souvent où regarder et que chercher afin de créer du possible au sein de ce qui est apparemment impossible. Les aptitudes déployées et les stratégies inventées dans le domaine de l existence urbaine se situent à de multiples niveaux. Un niveau auquel nous consacrons constamment beaucoup d attention est celui des infrastructures matérielles. Dans les réflexions et les discours occidentaux sur la façon de planifier, de concevoir, d assainir et de transformer le site urbain et ses espaces publics, une place prépondérante a été accordée à la croyance dans le pouvoir qu a la forme construite d organiser socialement l espace public et privé dans la ville. Ceci est, presque naturellement, considéré comme une dimension nécessaire pour la création d une identité urbaine. En effet, ceux qui souhaitent comprendre les façons dont l espace urbain se déploie et se conçoit lui-même ne peuvent guère sous-estimer l importance des infrastructures matérielles. Il est également vrai que les villes sont d importants sites de développement technologique offrant des solutions tangibles à certains des problèmes pratiques qui CTB-25
28 se posent. Toutefois, dans de nombreuses villes du Sud global, le fait est que l infrastructure est d un type très spécifique. Son fonctionnement est ponctué par des pannes, défaillances et absences constantes, et des pans entiers de la vie urbaine se déploient par-delà l architecture de la ville. Face à cette vie urbaine qui se situe en grande partie en dehors des paradigmes et concepts classiques que les gouvernements, les planificateurs urbain et les ONG emploient communément pour guider leurs actions et améliorer la qualités des logements urbains, notre défi est de concevoir des modèles alternatifs plus imaginatifs nous permettant de commencer à aller audelà des stratégies et des typologies traditionnelles de l architecture et de la planification urbaine. Une première possibilité réside dans la vision de la ville non comme le produit d une planification ou d une organisation minutieuse, mais comme le résultat d un espace vivant généré de façon aléatoire, conçu autour d architectures, de formes urbaines tronquées et de niveaux d habitat infrastructurel. Ceci semble mieux fonctionner parce qu ils offrent aux habitants urbains une flexibilité bien plus grande permettant de capter les possibilités soudaines que fait surgir l imprévu. Dans De Boeck and Plissart (2004: 235), j ai donné l exemple du garage «invisible». Le fait que tout ce dont on a besoin pour exploiter un garage n est pas un bâtiment appelé «garage» mais un espace ouvert au bord de la route, marqué par un vieux pneu de voiture, montre clairement que de nombreuses activités dans la ville deviennent possibles non parce qu il existe une infrastructure bien développée pour les soutenir, mais plutôt parce que cette infrastructure n est pas là, ou n existe qu à travers sa propre indigence. En d autres termes, les choses fonctionnent souvent mieux lorsqu il est possible de court-circuiter toute dépendance vis-à-vis d infrastructures et de technologies (instables) et de contourner les aspects complexes d entretien, de propriété et ainsi de suite. Une autre piste de réflexion différente sur les spécificités de la vie urbaine contemporaine dans le Sud global consiste à considérer le rôle du corps humain dans la conception des activités de la ville. Le corps forme souvent une unité infrastructurelle de base au cœur de la construction de l espace urbain. De façon plus importante encore, nous avons besoin de nouvelles façons de réfléchir aux mouvements que ces corps urbains décrivent et aux lignes qu ils tracent individuellement et collectivement à travers le temps et l espace. Par exemple, en raison de l accent mis sur la pauvreté, nous avons souvent le sentiment que ces villes sont déconnectées des processus plus larges qui se déroulent dans le «contexte urbain global réel». Toutefois, ceci est très éloigné de la vérité : les habitants du type de contexte urbain dont il est question ici sont de plus en plus insérés dans des réseaux extrêmement complexes et mobiles d échange et d interdépendance, qui ne dépassent pas seulement la fixité du niveau infrastructurel, mais aussi celui de la ville en tant qu entité géographique. Comme en témoignent mes propres recherches sur Kinshasa (De Boeck & Plissart 2004) mais aussi les études récentes de collègues chercheurs tels que AbdouMaliq Simone (2004) ou Dominique Malaquais (2006), la vie urbaine ne peut se comprendre sans accorder de l attention aux façons dont les gens évoluent dans la ville, à travers elle et au-delà d elle. Non seulement les réseaux générés par les habitants des villes relient entre eux divers espaces géographiques, mais ils doivent aussi être lus comme des forces se traduisant par une expression concrète dans divers réseaux associatifs qui souvent s interpénètrent, chacun avec sa propre durée de vie, sa propre fonctionnalité et son propre impact. Ces réseaux, qui ne sont pas nécessairement ancrés sur un lieu où un territoire géographique précis, sont souvent des sites ouverts de flux, de contacts, de transmission, de circulation et de migration. À travers ces diverses réalités «en flux», des informations et des interconnexions sont canalisées, réorientées et transformées. Par voie de conséquence, ce que nous désignons par le terme de «ville» est de plus en plus un site virtuel. La ville est souvent devenue un état d esprit plutôt qu une réalité physique sur la carte. Et afin de comprendre le véritable sens de ce type spécifique de vie urbaine, il sera nécessaire de prendre en compte le contenu de l imaginaire, des aspirations, des rêves et des désirs urbains générés par ce courant urbain et qui l alimentent à leur tour. Le fait de prendre en compte tous ces niveaux transforme les habitants des villes de victimes passives en participants actifs avec leurs propres projets sociaux, économiques, politiques et religieux, qui se situe souvent bien au-delà du niveau de la simple survie. Tout ceci génère un ensemble spécifique de «forces» dans une expérience urbaine spécifique. Ceci crée également la capacité ou la possibilité de devenir un acteur consentant dans ces réseaux urbains spécifiques. Celles-ci pourraient aller du trafic clandestin de bagues, en passant par les réseaux CTB-26
29 Session 1: Développement urbain: Point de la situation commerciaux ou ceux qui canalisent le flux des fonds transférés entre la ville et ses diasporas, jusqu aux organisations religieuses, souvent à fort caractère transnational. Afin de comprendre les villes, et a fortiori d y intervenir, nous avons un urgent besoin de tenir compte de ce niveau de forces agissantes, des forces agissantes en réseau et de la grande mobilité qui les caractérise. Il est certainement très significatif que beaucoup de ces villes ont explosé géographiquement, qu il existe un Kinshasa à Bruxelles, à Londres et à Paris, ou que Bruxelles, Londres et Paris sont devenus d une certaine manière des faubourgs de Kinshasa, de Lagos ou de Dakar. Il est également important, certes, d être pleinement conscient du fait qu il y a de nos jours plus de commerçantes congolaises qui voyagent entre Kinshasa et la ville chinoise de Guangzhou, par exemple, qu entre Kinshasa et Bruxelles. Comment ces divers «ici» et «là» se relient-ils entre eux et s influencent-ils réciproquement? Comment cela affecte-t-il les notions d identité ou de différence, ou les définitions de territoire et de localité? Comment cela bouscule-t-il notre compréhension des villes dans le Sud global comme étant des avant-postes (pré- ou post-) urbains de plus en plus pauvres en marge du réseau globalisé du nouvel âge de l information? Comment cela nous oblige-t-il à repenser les notions d ordre (ou plus précisément de manque d ordre) que nous appliquons beaucoup trop facilement à ces contextes urbains? Quelle incidence cela a-t-il sur nos idées reçues au sujet de ce qui est fonctionnel ou normal et de ce qui ne l est pas? Cela fait trop longtemps que notre utilisation des mots «pauvres», «quartiers insalubres», et d autre termes similaires ont rendu invisibles les pratiques et expériences quotidiennes de la vie urbaine. Cela fait trop longtemps que ces villes demeurent des Villes de l ombre, pour citer le titre d un récent ouvrage de Robert Neuwirth (2004) où les gens qui habitent ces mondes sont réduits à une sorte d «humanité excédentaire invisible» (Davis 2006). La notion de «pauvreté» ne reconnaît pas suffisamment les possibilités et met trop l accent sur les faiblesses de ces lieux et des personnes qui y vivent. Ceci nous empêche de reconnaître les «forces agissantes» que possèdent ces résidents urbains. Sans tomber dans l excès qui consiste à idéaliser le niveau de l informel, qui trop souvent n offre que précarité et rigueurs, il est néanmoins temps de transformer notre regard de la ville dans le Sud global en tant qu entité problématique voire pathologique, irrémédiablement piégée dans la pauvreté, l échec, la violence et la faillite. Même si ceci n est pas aisément reconnaissable pour l œil non averti, nous ferions bien de commencer à réfléchir davantage au potentiel catalyseur de la production urbaine de connaissances et à la possibilité de pensée critique et d action qu elle engendre. Références : Davis, M. (2006) Planet of Slums. Londres / New York : Verso. De Boeck, F. & Plissart, M.-F. (2004) Kinshasa. Tales of the Invisible City. Gand, Tervuren : Ludion, Musée royal d Afrique centrale. Malaquais, D. (2006) Douala/Johannesburg/New York : Cityscapes Imagined. Dans : M.J. Murray & G.A. Myers (eds), Cities in Contemporary Africa. New York : Palgrave MacMillan. Neuwirth, R. (2005) Shadow Cities. A Billion Squatters. A New Urban World. New York/Londres : Routledge. Simone, A. (2004) For the City Yet to Come. Changing African Life in Four Cities. Durham/Londres : Duke University Press. CTB-27
30 DÉBATS SESSION 1 4. Les débats sont retranscrits à partir des enregistrements audio de la session concernée, et reflètent le plus fidèlement possible les propos tenus. Sélection de questions et réponses 4 Pouvons-nous stopper la croissance urbaine? Ne devrions-nous pas investir davantage dans les zones rurales? Contrairement à certaines croyances généralisées, la croissance urbaine est dans une large mesure provoquée par une croissance naturelle des villes. L émigration est permanente, et les motivations essentielles sont l éducation, les possibilités d emploi et, de plus en plus, les conséquences des catastrophes, que cellesci soient naturelles ou d origine humaine. (Mohamed El Sioufi, ONU-HABITAT) Il existe maintenant toute une nouvelle génération de personnes déplacées à l intérieur du Soudan, par exemple. Elevées selon un mode de vie urbain, ces personnes ne peuvent revenir en arrière. Même si elles le pouvaient, la croissance démographique fait que l environnement naturel ne pourrait soutenir leur ancien mode de vie basé sur l élevage (Mohamed El Sioufi, ONU-HABITAT) Devons-nous vraiment poser cette question, étant donné que le mouvement vers la ville fait partie d un plan de survie individuel d une personne ou d une famille et est entrepris pour des raisons très différentes, mûrement réfléchies? Pouvons-nous nous ériger en juges et dire : «Vous avez fait le mauvais choix!»? (Thomas Melin, Sida) La pauvreté n est pas essentiellement un problème financier - la question réside principalement dans la manière dont on peut influencer sa propre situation. Lorsque vous vivez dans un bidonville, le plus souvent vous n êtes pas reconnu, vous n avez pas d adresse, et donc vous n existez pas réellement. (Thomas Melin, SIDA) Comment pouvez-vous intégrer des questions de santé reproductive dans votre cadre d action? Comment pouvons-nous planifier une ville si nous ne pouvons même pas planifier une famille? À travers des approches de planification participative, nous permettons aux institutions locales de soins de santé et aux spécialistes d entrer en scène, et nous les y encourageons. Ce sont les acteurs locaux, avec l appui des différentes agences, qui doivent identifier les priorités. (Mohamed El Sioufi, ONU-HABITAT) Dans la plupart des pays, la sexualité, le sang et la mort sont des sujets tabous. Par conséquent, le VIH/ sida et la santé reproductive sont des questions que nous devons aborder avec beaucoup de précautions. (Thomas Melin, Sida) Les questions de santé reproductive sont étroitement liées aux bidonvilles et à leur réhabilitation. Le problème du surpeuplement, par exemple, est complexe et la réhabilitation des bidonvilles peut réellement changer cette situation. (Thomas Melin, Sida) Pouvez-vous donner un exemple d un projet qui a effectivement répondu aux besoins des pauvres? Si nous avions un modèle de réussite, nous ne serions pas assis ici aujourd hui. Des projets fructueux dans certains pays ne peuvent pas aisément être transférés à d autres : une grande partie de leur réussite est culturelle ou artificielle, et il faut des injections supplémentaires pour augmenter les chances de succès. (Mohamed El Sioufi, ONU-HABITAT) Les Partenariats urbains pour la réduction de la pauvreté au Bangladesh s appuient sur la réussite des Partenariats locaux pour le projet de lutte contre la pauvreté urbaine, un programme lancé par ONU-HABITAT et financé par le PNUD, et qui a amélioré les conditions de vie de personnes. Suite à la réussite du projet pilote, celui-ci est actuellement élargi pour répondre aux besoins de 3 millions de pauvres. C est ce que nous appelons l effet de démultiplication ou l élargissement. (Mohamed El Sioufi, ONU-HABITAT) L ONG «Coalition asiatique pour le droit au logement» (ACHR pour Asian Coalition for Housing Rights) a soutenu et coordonné une initiative qui s étend au-delà de l Asie et a produit des effets d une grande ampleur avec un très petit budget. L initiative fait intervenir des échanges individuels entre communautés des bidonvilles dans différents pays. En dépit des différences linguistiques, ceci a forgé de puissants réseaux d action et d information axés sur les exemples et les aspirations. Dans certains cas, lorsque de hauts fonctionnaires CTB-28
31 Session 1: Développement urbain: Point de la situation des villes en question participent également, surgissent des possibilités directes de renforcer les relations et d accroître la compréhension des aspects tant humains qu institutionnels de la lutte contre l exclusion, la vulnérabilité et la pauvreté. (Terry Standley, Consultant) «Il n est pas nécessaire d avoir plus de projets pilotes - il nous faut passer à l échelle supérieure.» Comment procéder? Comment identifier ce qu on appelle les «mécanismes de déclenchement»? Les projets pilotes sont expérimentaux par nature ; ce sont des «environnements artificiels» dans lesquels vous injectez quelques éléments de bons projets. À mon avis, un bon projet nécessite un bon dirigeant politique, un bon concept et un bon processus, un bon personnel technique pour soutenir le processus, une communauté engagée qui veut le changement, et un financement suffisant. (Mohamed El Sioufi, ONU-HABITAT) Pour changer les choses rapidement, il n est pas suffisant d œuvrer à un projet de façon isolée. Il faut aussi ajouter une composante au niveau national, de sorte que les enseignements tirés sur le terrain puissent être traduits en politiques à l échelon national. (Mohamed El Sioufi, ONU-HABITAT) Nous avons besoin de compréhension politique et de volonté politique, et nous avons besoin de maires qui soient forts. De nos jours, étant donné que les villes sont de plus en plus en concurrence les unes avec les autres, les maires doivent être des directeurs exécutifs et les villes doivent être gérées comme des entreprises florissantes. (Thomas Melin, Sida) Seule une fort petite partie du travail effectué est consacrée à la compréhension des mécanismes de déclenchement. Comment les choses s enchaînent-elles comment les communautés et les autorités peuvent-elles exploiter une assistance initialement identifiée et ciblée avec soin sans nécessairement pomper de plus en plus d aide étrangère? (Terry Standley, Consultant) Comment une ville constitue-t-elle des groupes? Comment génère-t-elle des îlots de coopération et de collaboration? Où pouvez-vous puiser les énergies qui circulent à travers une ville? Aussi longtemps que nous ne savons pas comment nous brancher sur l action localisée de groupes locaux, je pense que tout ce que nous décidons de planifier ou de mettre en oeuvre est voué à l échec. (Filip Deboeck, KULeuven) La préoccupation actuelle au sujet de la «vision» n est-elle pas un élément nécessaire et très utile de la programmation en matière de développement? Oui, mais il faut être attentif à ne pas l utiliser de façon désinvolte comme une étiquette, simplement pour satisfaire aux exigences documentaires du gouvernement et des organismes d aide lors du traitement des propositions. La notion de vision est trop facilement dévalorisée et confondue avec les objectifs d un projet et les perspectives de planification à moyen terme, de sorte qu elle perd sa valeur en tant qu instrument de développement large et stimulant. (Terry Standley, Consultant) Pour vraiment comprendre les villes, ne devrions-nous pas intégrer la «culture» et la «forme urbaine» à la discussion? La culture est mise à l écart si l on doit se centrer sur un but précis. Les processus de concentration appliqués aux organismes donateurs nous demandent encore et encore de concentrer nos efforts. Par conséquent, certains aspects sont négligés de sorte qu il devient très difficile de travailler dans des domaines urbains multisectoriels. (Thomas Melin, Sida) La culture et l héritage culturel devraient être considérés comme une ressource pour la lutte contre la pauvreté, et pas uniquement comme un héritage construit. Malheureusement, la rénovation des centres urbains entraîne souvent des effets indésirables d exclusion sociale et d embourgeoisement des quartiers. (Thomas Melin, Sida) Quelles sont les structures de pouvoir invisibles à l œuvre sous la surface? Qu est-ce qui fait réellement fonctionner les villes? À mon sens, ce n est pas la «forme urbaine», ni les planificateurs urbains, ni les CTB-29
32 politiciens «officiels», ni les architectes. À Dhaka, par exemple, des recherches sociologiques intensives ont montré que les agents les plus puissants du changement urbain étaient l armée, les chambres de commerce, et les conducteurs de pousse-pousse. (Terry Standley, Consultant) Ce n est pas la forme matérielle, mais bien les rêves, les désirs et l architecture des mots qui ont édifié la cité. Ce type de forme est profondément culturelle, mais c est bien plus qu un héritage culturel. (Filip Deboeck, KUL) Les structures sociales dans les zones rurales sont fortes et la coopération au développement s appuie sur une forte coopération. Dans les bidonvilles, nous percevons la menace de problèmes à grande échelle et des structures sociales faibles. Avons-nous besoin de services à grande échelle dans les villes? Ou les services à petite échelle peuvent-ils continuer à créer un environnement porteur pour l implication communautaire? Les centres de santé locaux sont d une importance vitale dans les villes, lorsqu ils sont petits et aisément accessibles et que les résidents participent directement à la gestion locale. (Terry Standley, Consultant) Il existe une conception erronée selon laquelle les zones urbaines sont la même chose que les zones rurales, mais en plus grand. Cependant, ce sont deux choses très différentes : les questions sont différentes et les solutions doivent l être aussi. Lorsque nous parlons de services dans les villes, nous n avons pas l intention de reproduire les cliniques qui ont été introduites dans la campagne. Nous devons adopter une approche totalement différente, multisectorielle, face aux problèmes. (Thomas Melin, Sida) Auparavant, nous pensions que les gens quittaient une «structure villageoise» agréable pour ensuite arriver dans le «chaos» des villes. De récentes études contredisent cette vision des choses et montrent que les gens quittent des situations horribles à la campagne (des structures sociales archaïques et antiféminines, fortement contrôlées). Lorsque les gens arrivent dans les villes, ils forment rapidement d autres réseaux et structures sociales, certains basés sur des relations tribales, d autres articulés autour de problèmes, d innovations et de voisinages. (Thomas Melin, Sida) La pauvreté est vraiment très multidimensionnelle et difficile à mesurer. Il y a 10 ans, nous utilisions le dollar/jour comme étalon de pauvreté. Cependant, un dollar par jour a beaucoup de valeur à la campagne, mais ne vous mène nulle part en ville. Ensuite, nous avons commencé à mesurer en termes de distance qui sépare les populations des services. Il est évident qu à la ville, vous pouvez vous trouver à 400 m d un hôpital, mais que se passe-t-il si vous n êtes pas autorisé à y entrer ou n en avez pas les moyens? (Thomas Melin, Sida) Qu en est-il des futurs plans stratégiques et politiques des donateurs après l adhésion à la Déclaration de Paris? Pouvez-vous donner des exemples de ce qui changera dans la façon de faire les choses? Il n existe pas de «révolution» dans la coopération au développement, les choses évoluent graduellement. Il nous faut stimuler une «coordination des donateurs». En réalité, maintenant déjà, nous n agissons jamais seuls, mais nous croyons que la coordination doit aller plus loin. (Thomas Melin, Sida) Souvent, nous savons comment procéder, mais il y a des obstacles : les plus importants sont les réglementations et la corruption. Il nous faut renforcer et approfondir l appropriation des gouvernements dans la coopération internationale au développement. (Thomas Melin, Sida) Nous oeuvrons avec comme objectif la structure «ONU unique», et dès lors ONU-HABITAT travaillera avec d autres organismes sœurs pour veiller à ce que nous parlions le même langage. (Mohamed El Sioufi, ONU-HABITAT) CTB-30
33 Session 2 Aménagement urbain et logement
34 VULNÉRABILITÉ ET VIOLENCE QUEL PROJET POUR LA PLANIFICATION URBAINE? Nabeel Hamdi, Université d Oxford Brookes et Unité Planification du développement, Royaume-Uni Ce qui suit est un débat sur des questions qui revêtent énormément d importance pour nous aujourd hui si nous avons le souci de créer des villes sûres et justes - et j aime voir ces mots ensemble - plutôt que seulement des villes productives en tant que telles. Nous savons qu avant 2030, environ 1,4 milliard de personnes dans le monde vivront dans des bidonvilles, et ces 1,4 milliard, d une manière ou d une autre, seront pauvres ou vulnérables à d autres égards. C est dans cette perspective que la vulnérabilité est maintenant un mot-clé dans les discours sur le développement, et je voudrais suggérer qu elle soit au centre de nos considérations lorsque nous réfléchissons à des villes justes et sûres. Le concept de vulnérabilité - que je n ai pas le temps de développer ici - est très complexe à plus d un titre. Tout d abord, il est très difficile de délimiter la «vulnérabilité». Quelquefois, les risques se situent dans une partie du monde globalisé et ceux qui sont vulnérables dans une autre. Pour exemple, les inondations au Bangladesh, qui ont probablement été provoquées par le changement climatique ; or, le niveau d émissions de carbone au Bangladesh s élève en fait à 1/8 de leur équivalent américain. Comment délimitons-nous la vulnérabilité? Deuxièmement, il existe différents types de vulnérabilité, dont certains peuvent être contrôlés et d autres pas : la vulnérabilité sociale, la vulnérabilité politique, la vulnérabilité environnementale, etc. Lorsque ces types de vulnérabilité convergent et sont réunis où que ce soit, la vulnérabilité devient chronique et aiguë. Enfin, il existe différentes causes de vulnérabilité. Certaines sont liées à ce qu il est convenu d appeler l agressivité du développement - c est-à-dire, lorsque des personnes sont déplacées suite à des programmes de développement bien intentionnés -- et aux violations des droits qui parfois l accompagnent. La dégradation de l environnement représente une autre cause, de même que l accès inégal aux ressources auquel sont confrontés de nombreux citadins - inégal en raison de la discrimination, de la pauvreté, des rapports de pouvoir inégaux, du sexe, de la classe sociale, de l âge, de la caste, etc. Tous ces facteurs contribuent à l instabilité. La vulnérabilité, l exclusion sociale, l instabilité et l insécurité sont partout, mais c est dans les villes qu elles sont le plus marquées, étant donné que les citadins ne disposent pas des infrastructures sociales ou des ressources traditionnelles requises pour résoudre leurs propres problèmes. Il y aura toujours des contradictions dans les objectifs du développement - dont certaines ont déjà été évoquées ici - entre l obligation morale d égalité et d équité d une part, et l objectif économique d attirer des investissements et d intensifier la productivité d autre part. Les deux mondes semblent être en concurrence. Une récente étude de villes asiatiques, parrainée par la Coalition asiatique du droit au logement, est parvenue à des conclusions que je trouve intéressantes sur une série de questions. On est en train d expulser des communautés pauvres pour faire place aux développements élitistes propulsés par des investissements étrangers. Suite à la relocalisation, les coûts des transports et les temps de déplacement ont augmenté pour les pauvres, leurs revenus ont été affectés parce que les femmes ne peuvent plus trouver de travail près de chez elles et les implantations informelles dans les villes ont vu leur densité augmenter pour absorber la population supplémentaire, y provoquant ainsi une détérioration des conditions de vie. Sous l impulsion de la recherche d investissements étrangers - le phénomène qui dit que nous voulons le «capital de la culture» - la liaison, la relation entre politiciens, bureaucrates et promoteurs s est renforcée, et les réglementations nationales et communales en matière de zonage sont devenues plus faciles à violer dans l intérêt du capital. Dans cette étude, la Coalition asiatique du droit au logement cite un exemple à Karachi, qui est je crois une métaphore pour d autres cas un peu partout dans le monde. La ville de Karachi a voulu construire un nouveau parc (ce qui part d une intention fantastique, étant donné qu un espace ouvert est nécessaire) mais, pour le créer, comme il s agit d un parc en bordure de plage, ils ont dû déloger les colporteurs, les petits commerçants et vendeurs de coquillages dans le but «d assainir» l espace. Ces petits commerçants ont alors été remplacés CTB-32
35 Session 2: Aménagement urbain et logement par des points de vente de nourriture coûteux que les pauvres ne peuvent absolument pas s offrir. L accès au parc est soumis au paiement d une petite entrée - tout à fait raisonnable, parce qu il doit être entretenu - mais, à nouveau, ceci a pour effet d exclure les pauvres. Le parc - qui à mon avis est une métaphore pour la planification urbaine - est semblable à tant d autres choses dans la planification urbaine en ce sens qu il représente un idéal : ce que devrait être le sens véritable de la récréation. Il représente une vision unique de ce que devraient être les villes et les espaces qu elles contiennent. Pour ma part, j ai le sentiment que ce type d idéal est une expression d expulsion, rien de moins. Cela revient à expulser, à nettoyer la ville en chassant les gens - vous devez faire partir les gens pour le faire. Il s agit véritablement d exclusion, et ceci est principalement dirigé contre les plus pauvres et les plus vulnérables. Ce type d exclusion sociale et économique (et même politique) se traduit souvent par de la violence, à la fois dans le foyer familial et à l extérieur. La Banque mondiale a estimé que 2 % du PIB de la plupart des pays sont engloutis par les efforts déployés pour faire face aux problèmes de violence et de crimes. La violence polarise les groupes sociaux et les transforme en enclaves. Ceci a une profonde incidence sur la forme urbaine. Cette violence engendre une insécurité et une peur, pas uniquement du crime, mais des «autres», des étrangers et des migrants - une peur, en fait, de la différence. Il s ensuit un retrait de l espace public vers des enclaves privées, ce qui rend les espaces publics dangereux. Cette fuite hors de l espace public entraîne plus d inégalité, de séparation et d exclusion sous prétexte de plus de sécurité. Les situations dans les villes sud-africaines, bien documentées par Charlotte Lemanski, ou les exemples évoqués dans le récent ouvrage de Weizman sur les territoires palestiniens, «Hollow Land», portent tous sur l exclusion et la défense, sous couvert d une intégration apparente. Il m est difficile de concevoir comment on peut créer une communauté en construisant des murs. La violence, comme nous le savons, en dehors de toutes les autres causes, sape les ressources des pauvres. Elle sape les ressources de tout le monde, mais particulièrement celles des pauvres, et exerce dès lors un effet énorme sur la sécurité des moyens de subsistance. Étant donné que la peur et l insécurité compromettent la capacité des pauvres à accéder aux ressources, à accéder aux terres, à fréquenter les écoles, à percevoir leur argent etc., tout ceci est perturbé. La violence concerne inévitablement l exercice du pouvoir. Le pouvoir et l impuissance sont fondamentaux pour la compréhension des causes fondamentales sous-jacentes à la violence. La redistribution du pouvoir dans les programmes urbains, et les discours que nous tenons et le langage que nous utilisons à travers la démocratisation, la bonne gouvernance, la participation, les partenariats etc. sont dès lors cruciaux pour la réduction de la violence. À mon sens, tel est le projet prioritaire stratégique et structurel de ces thèmes, indépendamment du désir d accroître la productivité et l efficacité opérationnelle des systèmes urbains. La violence structurelle, comme Caroline Moses et d autres l ont fait observer, n est pas seulement physique, mais ancrée dans les structures sociales de la communauté. Elle peut entraîner l inconfort des communautés, en dépit du fait que nous utilisons ce terme de façon confortable et commode. Nous nous cachons derrière ce mot, comme nous l avons évoqué hier. Il implique l exploitation, l exclusion et l inégalité, tous ces facteurs qui menacent ou affaiblissent les changements de vie et qui menacent les moyens de subsistance. Il existe une autre sorte de vulnérabilité dans les villes - en dehors de la vulnérabilité créée par la violence - en l occurrence la vulnérabilité aux risques naturels ou d origine humaine. Celle-ci est plus prononcée dans les villes en raison de la densité, des terres marginales et de la rapide expansion urbaine, qui produit de la pollution, détruit les régions côtières, etc. La catastrophe égale le risque multiplié par la vulnérabilité. Un risque n entraîne pas toujours une catastrophe. Habituellement, nous ne pouvons faire grand-chose au sujet du risque, mais nous pouvons faire beaucoup pour réduire la vulnérabilité. Une troisième sorte de vulnérabilité résulte non seulement du faible niveau des revenus en tant que tel, mais aussi de l inégalité des revenus. La dynamique de la pauvreté dans les villes est différente. La pauvreté est partout, mais l inégalité des revenus est un phénomène plus typiquement urbain, en partie à cause de la densité, CTB-33
36 de la proximité et d autres facteurs. Le transfert intergénérationnel de l inégalité est un élément qui doit être compris dans la mesure où il constitue une autre composante du cycle de la vulnérabilité. Comment pouvonsnous briser ce cycle en ce qui concerne la caste, le sexe et la classe sociale, par exemple? Comment les gens basculent-ils dans la pauvreté, comment en sortent-ils et comment, quelquefois, y retombent-t-ils à nouveau? Nous avons développé ce merveilleux projet de logements publics de façon à sortir les gens de la pauvreté, mais l IMP fait pression pour récupérer l argent ; or, il n est jamais possible de récupérer l argent chez les plus pauvres, parce que le recouvrement coûte plus cher encore. Les pauvres quittent l habitation sociale et se retrouvent dans la pauvreté, et l habitation arrive sur le marché des revenus moyens. Et ce cycle «intergénérationnel» se poursuit. La vulnérabilité est également liée aux valeurs, à l identité et au concept d appartenance - qui constitue une partie vitale de tout aménagement, de toute conception urbaine et de toute architecture. La transformation des valeurs, des identités et des comportements doit être comprise, particulièrement pour les villes. Dans les villes, le besoin se fait souvent sentir, pour la plupart des gens, d avoir de multiples identités. À cet égard, la transformation des communautés dans les villes est différente. La perte de ce que nous appelons l identité liée au lieu compromet l engagement vis-à-vis du lieu, et fait en sorte qu il est très difficile pour les personnes de s impliquer dans la communauté lorsque nous parlons de participation communautaire, étant donné qu elles n ont pas nécessairement d engagement vis-à-vis de l espace en question. Bien souvent, la notion de «communauté» dans les villes s entend en termes de réseaux plutôt qu en termes d ancrage spatial, et elle est multiple au niveau des différentes loyautés. Ce sentiment d appartenance dans les villes est une ressource, que Robert Dunn a un jour décrite comme «capitale». Et certes, il est vrai que lorsque vous dites qu un endroit est votre voisinage, vous n en êtes pas réellement le propriétaire, mais il est «vôtre», c est un capital. Cette ressource se perd lorsque nous tentons de redécouvrir notre sentiment d appartenance - particulièrement pour les personnes qui sont déplacées - qui dans les villes est davantage au pluriel et revêt davantage la forme de réseaux. La «communauté» dans les villes est beaucoup plus hétérogène et le concept de communauté doit être compris. Les anthropologues font référence à au moins cinq types différents de communautés : communautés d intérêt, de culture, de pratique, de résistance et de lieu. La plupart d entre nous appartenons probablement à quatre de ces cinq types de communautés. Celles-ci sont très souvent en conflit à un endroit donné - il n est pas aisé d essayer de s engager envers une communauté dans ce sens. Comment sont-elles représentées, comment engagez-vous le dialogue avec des réseaux plutôt que des entités et comprenons-nous comment les gens partagent des intérêts et des loyautés? Dans son récent ouvrage intitulé «Identity and violence» (Identité et violence), Amartya Sen écrit que «la liberté de déterminer nos loyautés et priorités entre différents groupes, sachant que nous appartenons peut-être à tous ceux-ci, est une liberté particulièrement importante qu il est légitime pour nous de reconnaître, d apprécier et de défendre». Le fait de cultiver le choix quand il s agit d identité est dès lors une responsabilité primordiale de tous les «urbanistes» (par exemple les architectes et les planificateurs). La capacité de choisir, c est-à-dire d interpréter selon nos valeurs, croyances et aspirations, diminue notre vulnérabilité face au risque de voir nos identités absorbées par les systèmes (les systèmes de planification, les systèmes politiques ou tout autre type de système), ce qui créée davantage d exclusion et par conséquent entraîne plus de violence. CTB-34
37 Session 2: Aménagement urbain et logement En résumé : une liste de points prioritaires pour l élaboration de politiques et la pratique : Les contradictions dans les objectifs du développement - réconcilier les intentions sociales et économiques du développement Vulnérabilité, exclusion, insécurité et violence - intégration de ces projets dans les politiques et la pratique de la planification La dynamique de la pauvreté - les problèmes de revenus et d égalité et comment briser le cycle Le transfert intergénérationnel de l inégalité - où commençons-nous à nous arrêter? Le concept de communauté qu est-il et comment pouvons-nous l aborder? La transformation des valeurs, de l identité et des loyautés Cultiver les choix Dans mon dernier livre, Small Change, je décris comment des événements minuscules, comme par exemple des bocaux de petits légumes au vinaigre, des arrêts de bus et des bus scolaires, peuvent avoir un effet déclencheur pour peu qu ils soient reconnus. Ceci peut se traduire en programmes stratégiques, commencer à bâtir la base de ressources des pauvres, et fournir une réponse à certains des problèmes et des listes de priorité auxquels j ai fait allusion plus haut. Références: Coalition asiatique pour le droit au logement, «Asian Cities : A synthesis of the findings from eight case study cities: Beijing, Puna, Chiangmai, Karachi, Phnom Penh, Hanoi, and Muntinlupa.» Octobre achr.net/uac/uac%20intro.htm Lemanski, C. (2004) «A new apartheid? The spatial implications of fear of crime in Cape Town, South Africa», Environment and Urbanisation vol. 16 n 2 pp Sen, A. (2006), «Identity and Violence: The illusion of destiny», W. W. Norton. Hamdi, N. (2004), «Small change: the art of practice and the limits of planning in cities», Earthscan publications Ltd Caroline Moser (2004) «Urban violence and insecurity: an introductory roadmap», Introduction to the thematic issue of Environment and Urbanisation «Urban violence and security», vol. 16 n 2 pp Weizman, E. (2007) «Hollow Land: Israel s Architecture of Occupation», Verso. CTB-35
38 L espace comme ressource dans la réduction de la pauvreté et la gestion des conflits et des catastrophes naturelles Kelly Shannon, ASRO, KULeuven, Belgique Les contextes urbains sont, par nature, enracinés dans le conflit. Les villes sont à la fois le sujet et l objet du conflit, dans la mesure où elles ont la capacité de manifester et d absorber la contestation. Bien que l expression urban conflict (conflit urbain) fasse partie d une terminologie généralement associée à des espaces de violence et à des lieux où règne la peur, elle est également répandue dans les territoires quotidiennement contestés du domaine urbain. Les conflits urbains peuvent aller du niveau interpersonnel à l échelle de toute une société et s étendent des problèmes particuliers aux changements globaux du système. L accès aux ressources, aux services et à la terre est étroitement lié à la définition de l espace urbain, et c est également le cas des schémas d inclusion/exclusion et du rapport au pouvoir. Les processus politico-idéologiques et socio-économiques ont donné naissance, partout et de tout temps, à des villes en proie à la division spatiale et à la ségrégation - se traduisant par de multiples formes de conflits urbains. Parallèlement, les territoires contestés constituent des vecteurs idéaux de négociation entre investissement privé et domaine public, entre la communauté de donateurs internationaux et les autorités locales, entre les pressions à l échelle mondiale et la société civile, entre les rivalités locales, ethniques, culturelles et sociales. L espace offre l avantage d être au carrefour de nombreux secteurs et disciplines (dont l architecture, le paysage et l urbanisme). Il se prête à l ambivalence, à la co-présence et à de multiples usages, et il demeure par conséquent le terrain de négociation le plus approprié. Les territoires contestés fournissent ainsi des lieux physiques propices à la réinterprétation de l espace comme un réceptacle, un instrument et un décor. Les différentes visions de l environnement construit ainsi que les actions et projets urbains stratégiques sont issus de la transformation de la contestation en un débat sur le développement durable. Les principaux objectifs de ce débat sont de promouvoir activement l élargissement d un domaine public légitime et matérialisé dans l espace, de renforcer les structures spatiales de soutien (qu elles soient naturelles ou créées par l homme) et de promouvoir un tissu urbain accueillant. L urbanisme traditionnel a été dénoncé en tant qu instrument d ingénierie sociale et d exclusion. De nombreux exemples soutiennent cette thèse. Néanmoins, opter pour une absence totale de planification et de conception stratégique s avère tout aussi problématique : une mosaïque de constructions spontanées, informelles et uniformes constituerait un gaspillage des précieuses ressources et un fardeau pour le développement. L espace est une ressource non renouvelable et le présent exposé s efforcera de démontrer que la conception stratégique constitue un outil extrêmement puissant pour résoudre les conflits urbains à travers la négociation et la coproduction. L exposé portera sur trois thèmes essentiels où le fait de soumettre l espace à un aménagement judicieux et un projet adéquat peut changer fondamentalement le cours des choses. Chaque thème fera l objet d études de cas. Réduction de la pauvreté. S il est soumis à un aménagement judicieux et un projet adéquat, l espace constitue un outil de réduction de la pauvreté lorsqu il est conçu de manière à générer des opportunités économiques à différents niveaux de l échelle sociale, en ce compris la localisation d économies mondiales et l ouverture aux économies informelles. (cas de l agriculture urbaine à Bayamo, Cuba ; logements communautaires d Aranya à Indore, Inde et reconfiguration du marché à Vinh, Viêt Nam) Conflit. L urbanisme peut constituer un mécanisme efficace de médiation. Les conflits interpersonnels requièrent une action prompte et nécessitent de trouver un juste équilibre le plus souvent précaire entre l aide humanitaire immédiate et le développement durable à long terme. Les conflits d intérêt/de droits liés à l espace peuvent également être résolus en envisageant la conception comme support de négociation. (cas d un camp de réfugiés palestiniens au Liban ; parc urbain à Nakuru, Kenya ; dépoldérisation à Beveren, Belgique ; parc urbain à Essaouira, Maroc) Catastrophes naturelles. Un urbanisme approprié est susceptible d atténuer les effets des catastrophes naturelles. Outre les solutions qui relèvent purement du génie civil, il existe des exemples intéressants de projets où l on anticipe les catastrophes naturelles pour dépasser les mesures techniques et créer des espaces en accord avec les rythmes de la nature, tout en élargissant le domaine public. (cas du sud-ouest du Sri Lanka ; Projet Favela-Barrio à Rio de Janeiro, Brésil ; rives du Gallego à Zuera, Espagne) CTB-36
39 Session 2: Aménagement urbain et logement PROJET D ASSAINISSEMENT ET DE REHABILITATION URBAINE DU CANAL TAN HOA LO GOM : ENSEIGNEMENTS TIRÉS Ahn Le Dieu, Ho Chi Minh Ville, Vietnam En 1993, Ho Chi Minh Ville (HCMV) 5 a pris conscience de la nécessité d améliorer les conditions de vie dans les zones bordant ses canaux. Le programme de réhabilitation des canaux urbains était initialement un projet ciblant spécifiquement le canal Nhieu Loc - Thi Nghe, et il comprenait la suppression de lotissements précaires sauvages, une modification du tracé du canal, et la réinstallation des habitants en dehors du site d origine. Ceci s est traduit par un espace plus ouvert, une capacité accrue de débit d eau, des superficies habitables plus vastes pour les familles réimplantées (60-80m2/ménage) et par conséquent un environnement de vie offrant de meilleures conditions d hygiène. Toutefois, le programme a eu des effets néfastes en raison des rémunérations sous le niveau du marché, des grandes dimensions des habitations (basées sur des normes nationales) et de la distance géographique entre les nouveaux logements et les lieux de travail des habitants. En négligeant de prendre en compte l accessibilité économique et les réalités socio-économiques des ménages à faibles revenus et en s appuyant sur des financements externes pour tous les investissements, le programme a finalement entraîné une revente massive des appartements, une diminution de la capacité des gens à assurer leurs moyens d existence, et l apparition de nouveaux bidonvilles dans les zones suburbaines. Par conséquent, il est allé, dans une large mesure, à l encontre de son propre objectif. 5. Ho Chi Minh Ville comporte un nombre particulièrement élevé de taudis, et ce nombre n a fait qu augmenter durant les dernières décennies : de en 1977 à en de ces taudis sont situés sur le canal ou ses abords. Une deuxième initiative, le projet Tan Hoa - Lo Gom (THLG), visait à améliorer les conditions de vie dans le bassin du canal THLG ( habitants), tout en facilitant le développement des capacités pour les communautés et les institutions. Le projet comportait trois étapes : l identification (1998/2001), les études de faisabilité (2001/2003) et la mise en œuvre (2001/2006). Le coût total du programme s élevait approximativement à 20 millions d euros (dont 35% financés par une subvention belge et 55% représentant la participation de Ho Chi Minh Ville). Durant l étape d identification, sept stratégies ont été proposées : la collecte des déchets ménagers, le traitement des eaux usées, le renforcement des digues, le développement des institutions, le développement des capacités et la sensibilisation, la planification urbaine et la réinstallation des habitants, et le soutien socio-économique. Ceci s est vite avéré trop ambitieux (au niveau de l optique, de l ampleur et des solutions), et quatre projets pilotes ont été élaborés : la gestion des déchets solides, l aménagement urbain et la réinstallation, les sites et services, et la station de traitement des eaux usées 6. Projet pilote pour la gestion des déchets ménagers 6. Des informations plus détaillées sont disponibles sur le site web www2.btcctb.org/thlg, ainsi que dans la brochure de la CTB «Les villes, (f)acteurs de développement». La collecte primaire des déchets ménagers à HCMV repose sur l initiative privée. Cependant, dans des zones à faibles revenus tels que le bassin de THLG, les déchets échouaient souvent dans le canal et sur ses berges. Le projet a rationalisé le système laborieux et compliqué de collecte des déchets en regroupant les collecteurs, en réorganisant les itinéraires de collecte, en facilitant les contrats entre ménages et collecteurs et en construisant une petite station de transfert. Aménagement urbain Le projet a permis l aménagement d une zone de 166 maisons en fournissant dallage, éclairage, électricité, distribution d eau et égouts. Ces interventions matérielles ont été accompagnées d un soutien socio-économique sous la forme de groupes d épargne et d emprunt et d activités de sensibilisation. Les autres activités dans le cadre du projet incluaient l élargissement du canal, l édification d un ponton et de nouvelles digues, et un soutien économique à travers le développement d un marché. Réinstallation Pour améliorer les conditions de vie sur les bords du canal, il était nécessaire de réinstaller certains ménages ailleurs. Trois options ont été développées pour la réinstallation : la construction d appartements sur place, des parcelles bénéficiant des infrastructures de base (connues sous le nom de «sites et services») à 8 km du canal et une compensation financière permettant aux personnes de se reloger elles-mêmes. Une politique de compensation et de réinstallation détaillée basée sur le contexte de planification locale a été élaborée CTB-37
40 pour servir de guide à ce processus. La capacité économique des habitants, l accès à des emprunts, la location et le statut légal, les terres et bâtiments perdus et les infrastructures ont tous été pris en compte. 72 familles ont été réinstallées dans des appartements à bas coût (30-50 m2) qui, bien que de dimensions sensiblement inférieures aux normes visées par le gouvernement national, étaient basés sur l accessibilité économique pour les ménages. Cette décision a été précédée par un dialogue politique intensif avec les services municipaux concernés. La section sites et services du projet a fourni 119 parcelles de m2 avec une infrastructure complète et quelques équipements. Un prêt a été octroyé pour aider à la construction d une maison. Enseignements tirés Les points forts de ce projet résidaient dans son approche de participation communautaire intégrée et dans ses stratégies intersectorielles. Les quatre projets pilotes étaient tous basés sur des enquêtes socio-économiques détaillées, une supervision et une consultation communautaires, un centre d auto-gestion résidentielle et une formation spécifique. Une équipe d assistants sociaux a été intégrée à la gestion officielle du projet, permettant une coopération meilleure et plus réussie. Aucun autre projet à HCMV ou au Vietnam n a produit de tels résultats. Le projet a aussi organisé des initiatives régulières à tous ses différents stades, y compris un soutien socio-économique à la production de revenus (épargne, emprunt, création d entreprises), une éducation à l environnement et le développement des capacités. Sa réussite a encore été majorée par la combinaison de diverses stratégies de réinstallation (telles que décrites dans la politique de compensation et de réinstallation) et la mise à disposition de solutions de logement (inférieures aux normes quant à leurs dimensions, mais financièrement accessibles) pour les habitants à faibles revenus. Mais il y avait aussi des points faibles... En raison d un manque d information et de compréhension vis-à-vis de cette nouvelle approche, la participation a quelquefois été limitée et difficile (par exemple avec les autorités locales). De surcroît, la conception de logements à bas coût reposait purement et simplement sur l enquête socio-économique menée auprès des ménages, sans prise en compte de la gestion de l espace urbain. Certaines des hypothèses n étaient pas appropriées dans le contexte donné, et la gestion des installations communautaires après la réinstallation n a pas été intégrée. Il ne fait aucun doute qu un organisme de coordination compétent et un cadre d action pour les projets communautaires sont requis à l échelle nationale. En outre, notre nouvelle Loi sur le logement ne comporte aucune section sur «le logement pour les pauvres». Quelles étaient les possibilités qui s offraient? La réduction de la pauvreté et l amélioration sur le plan de l environnement figuraient parmi les plus hautes priorités de la ville, et ces aspects ont été soutenus par les autorités locales à tous les niveaux. Ceci a généré des expériences partagées de collaboration avec les communautés, les ONG, les donateurs, les universités et le gouvernement. Une nouvelle approche s impose pour aborder la divergence entre la réalité du développement urbain et de la création de logements, d une part, et d autre part les attentes en ce qui concerne les normes de logement, la planification urbaine, et les capacités de gestion. Quelles étaient les principales menaces? Il n existe ni politique, ni réglementation pour étayer cette approche non conventionnelle, de sorte que le projet a dû passer par un long processus avant d être accepté et approuvé. L optique et les solutions innovantes qu il comportait ont également dû être intégrées à tous les niveaux. L acquisition de terrains et les procédures administratives sont complexes et prennent du temps, tout comme d ailleurs la participation communautaire. Tous ces facteurs qui demandent beaucoup de temps ont entraîné des retards dans la mise en œuvre du projet. Ce projet a également mis en lumière que les solutions de réinstallation doivent être socialement acceptables et financièrement accessibles. Le travail social doit être reconnu comme faisant partie intégrante de la gestion de tels projets, particulièrement dans le cas de projets à grande échelle et dont l impact est important, tels que la revalorisation de quartiers insalubres et la réinstallation. CTB-38
41 Session 2: Aménagement urbain et logement LA PLANIFICATION URBAINE ET LE LOGEMENT APPROCHES ET MÉTHODES Benoît Legrand, CTB, Cambodge (animateur des débats) Les présentations de Nabeel Hamdi et de Kelly Shannon nous ont donné l occasion de souligner deux aspects essentiels du logement pour les plus démunis en milieu urbain : d une part, la relation entre vulnérabilité et conditions d habitat, et d autre part, l importance de la dimension spatiale et de la planification. Ces deux volets s expriment clairement dans l étude de cas du projet Tan Hoa-Lo Gom (THLG) à Ho Chi Minh Ville, que la présentation de Le Dieu Anh nous a donné de découvrir. La première communication a insisté sur les dynamiques de la pauvreté qui conduisent à la vulnérabilité, l exclusion et la violence. Les causes de cette vulnérabilité ont été soulignées, ainsi que les moyens pour les réduire. Les pressions aussi bien internes qu externes sur la pauvreté urbaine accroissent la précarité, qui trouve le plus souvent son expression dans la violence. Les projets de développement urbain incitent à la ségrégation sociale et à l exclusion tant physique que socio-économique ; ces conséquences doivent désormais être prises en compte dans nos pratiques. Face à cela, le renforcement des capacités des communautés et de leur rôle dans la conception, le financement et la réalisation de projets urbains ainsi que la reconnaissance et la mise en valeur de leur identité peuvent conduire à de nouvelles formes de partenariats, de même qu à une culture du choix, deux aspects importants pouvant conduire à la réduction de la pauvreté. La deuxième présentation nous a rappelé combien la ville est à la fois sujet et objet de conflits. Les espaces urbains contestés sont de fait des opportunités de dialogue et de négociation à saisir pour planifier la ville. L espace public, à la croisée de plusieurs secteurs et disciplines, permet divers usages. Il est, avec la structure spatiale, un atout majeur de la ville, qui devient de plus en plus complexe à gérer suite à la démultiplication des acteurs et des enjeux ainsi qu à l interpénétration des conflits tant locaux que globaux en son sein. Longtemps, la planification technocratique traditionnelle a été perçue comme la plus à même de gérer la croissance des villes. Mais depuis l échec du modernisme, ce mode de planification est considéré comme vain, voire comme un instrument d exclusion. Pourtant, l absence de planification et le laisser-faire ne sont pas non plus la solution. La présentation de Kelly Shannon a ainsi mis en évidence une série d exemples concrets qui démontrent comment la gestion de l espace peut contribuer à réduire la pauvreté, résoudre les conflits et diminuer l impact de nombreuses catastrophes naturels. Le projet THLG est une autre démonstration. La communication de Le Dieu Anh a mis en évidence trois projets pilotes visant le logement des plus pauvres. Ils étaient destinés à une même population originaire du quartier 11 du district 6, dont la morphologie est typique de l habitat populaire saïgonnais. Ce quartier se caractérise par une typologie basse et dense, une forte mixité sociale les nantis installés dans des compartiments chinois le long des grands axes de circulation longeant l îlot et les plus pauvres logés dans les quartiers précaires de l intérieur, alors qu un habitat linéaire fait de baraquements disparates occupe les rives du canal ainsi qu un grand brassage de fonctions, des qualités que le projet s est efforcé de préserver dans ses propositions. Trois alternatives ont été testées : le logement collectif, la réhabilitation des quartiers précaires et les parcelles viabilisées, suivant des modèles expérimentés auparavant sous d autres latitudes ainsi que dans la ville même. L originalité du programme était d offrir une alternative de relogement à la population devant être expropriée suite à l élargissement du canal, de transcrire dans sa typologie et son organisation le mode de vie, les aspirations et les moyens financiers de la population, et d impliquer les communautés dans le débat. Cela a été rendu possible par une participation active de la communauté s assimilant au processus de coproduction cher à la planification stratégique durant la phase de conception, de suivi du chantier et de développement des activités socio-économiques. L ensemble était dirigé par des travailleurs sociaux dévoués, dont la présence tout au long du projet constitue une des clés de son succès. Au-delà de ses avantages et inconvénients soulignés durant la présentation, ce projet souligne l importance tant de la planification intégrée que de la participation active de tous les acteurs, y compris des communautés, dans les projets visant la pauvreté urbaine. Par son ouverture à la société civile, la planification intégrée demeure un instrument de requalification urbaine capable de conduire à la réduction de la pauvreté et à l édification d une société plus équitable. CTB-39
42 DÉBATS SESSION 2 7. Les débats sont retranscrits à partir des enregistrements audio de la session concernée, et reflètent le plus fidèlement possible les propos tenus. Sélection de questions et réponses 7 Le «développement urbain» mettra-t-il un terme à la migration et à l exode rural? Il y a environ 30 ans, Otto Koenigsberger a dit dans une «liste de faits» : «L urbanisation est un fait».. Rien ne peut l arrêter, particulièrement parce que les forces qui la sous-tendent vont au-delà des niveaux régional ou national -- elles sont globales. Mieux vaut dès lors que nous les gérions, plutôt que de tenter d empêcher les migrations. Considérons l urbanisation comme un fait, et pensons à la façon dont nous pouvons rendre les villes plus sûres, meilleures et plus équitables. (Nabeel Hamdi, Université d Oxford Brookes et DPU) Qu est-ce qu un bidonville? Avons-nous une définition, et avonsnous des critères pour mesurer ce concept? Peut-être que ce n est pas la meilleure question à poser. Si nous demandons ceci, nous en venons à la question : «Qu est-ce qui constitue un bidonville?» Si nous voulons comprendre ce qu est un bidonville, il nous faut comprendre ce qu est la pauvreté. Je pense que nous arrivons à un projet stratégique en recadrant la question. (Nabeel Hamdi, Université d Oxford Brookes et DPU) Les bidonvilles sont un effet de la pauvreté, mais souvent, ils abritent aussi beaucoup d habitants «riches» Les bidonvilles représentent à la fois la pauvreté et la richesse. Les bidonvilles sont des structures spatiales dont les dynamiques doivent être étudiées et comprises de façon plus approfondie. (Marc Gossé La Cambre) Devons-nous encourager les donateurs à œuvrer dans des villes de taille moyenne? Les capitales attirent plus d attention et de fonds, alors que les villes secondaires et tertiaires sont souvent les plus démunies. Comme mentionné auparavant, 8% seulement de la population urbaine vivent dans des mégapoles. Le programme sur 10 ans Localising Agenda 21 a été spécifiquement conçu pour les villes secondaires. Il ressort de notre expérience que, pour observer des résultats, il faut d abord développer les capacités et en même temps les occasions. (Kelly Shannon, KULeven) Nous devons examiner la complexité du territoire dans son ensemble et éviter de faire des choix. (Marc Gossé La Cambre) Dans certains cas, les pratiques culturelles sont considérées comme un «obstacle» au développement urbain. Si nous considérons les villes uniquement comme des «moteurs de croissance», elles cesseront d être des lieux de diversité sociale et culturelle, et cesseront d avoir une place sociale et culturelle dans le développement. Les conséquences en sont potentiellement très graves. Nous gérerions les terres principalement à des fins de développement spéculatif, de mise en place de services de distribution et de promotion industrielle, et nous provoquerions la ségrégation des communautés pour éloigner les gens de façon à rendre les villes plus «rentables». (Nabeel Hamdi, Université d Oxford Brookes et DPU) La culture est souvent considérée par les modernistes comme un obstacle au développement. Je ne suis pas d accord. La culture est la manière dont nous voyons le monde, et elle nous permet d inventer de nouveaux outils. Nous y incorporons des éléments de notre expérience passée, mais c est quelque chose de dynamique, de vivant. Elle devrait être utilisée comme une ressource. La culture est le code génétique de toute activité humaine. (Marc Gossé La Cambre) CTB-40
43 Session 2: Aménagement urbain et logement La guerre, les destructions, les catastrophes naturelles, etc. sont souvent utilisées par les pouvoirs publics comme prétexte pour rénover et «moderniser» la ville. Cette «opportunité» est souvent relative, étant surtout fonction des moyens disponibles pour la reconstruction. À Goma, par exemple, très peu de choses se sont passées depuis l éruption volcanique. Dans des situations post-catastrophes et de conflit, il y a souvent beaucoup de bonne volonté et les zones les plus exposées sont souvent inondées de bonnes intentions, celles qui le sont moins étant malheureusement délaissées. Cependant, même si la reconstruction débute à très petite échelle, nous voudrions affirmer que la planification et la conception deviennent importantes, même s il s agit de savoir quelle route paver en premier lieu, où placer les nouvelles démarcations. Les réponses post-catastrophes ne sont jamais «temporaires». Quelque chose qui débute comme une simple aide humanitaire à court terme, souvent dans notre domaine de l environnement bâti, a généralement un certain degré de permanence, et par conséquent nous devons le concevoir. (Kelly Shannon, KULeuven) Je suis vraiment sceptique concernant l idée que les catastrophes offrent des opportunités. À la Nouvelle- Orléans, par exemple, on a mis la reconstruction à profit pour chasser tous les pauvres de la ville, pas manu militari, bien entendu, mais en privatisant tout. Il ne reste pas une seule école publique et, sans cela, les gens ne peuvent pas se permettre financièrement de mettre leurs enfants à l école, de sorte qu ils sont obligés de partir. (Nabeel Hamdi, Université d Oxford Brookes et DPU) L importance de la participation communautaire est soulignée dans de nombreux documents, mais elle n est pas nécessairement mise en pratique. Ceci est-il dû à la façon dont les projets sont introduits? Une approche de partenariat peut soutenir la mobilisation de toutes les ressources disponibles, émanant non seulement des donateurs mais aussi de la communauté. Généralement, nous ne prenons pas le temps d explorer toutes les synergies que nous pourrions utiliser pour obtenir de meilleurs résultats. De plus en plus, le débat sur la participation de la communauté mène à un débat sur les partenariats. Nous devons dès lors demander ce qu est la bonne gouvernance, et explorer les partenariats non seulement avec la communauté ou la société civile, mais aussi (et ceci est le débat néolibéral) des partenariats entre l État, la société civile et le marché - à la fois le marché formel et le marché informel. Si nous poussons notre analyse plus loin, ceci peut devenir très complexe : les relations entre l État, le marché et la société civile sont différentes aux échelons local, national et international. À l échelon international, l État est représenté par divers organismes et le marché par des multinationales, mais généralement la société civile n est que très faiblement représentée. (Nabeel Hamdi, Université d Oxford Brookes et DPU) Nous devons nous éloigner de la «participation communautaire» et commencer à parler de participation des parties prenantes. Qui sont les parties prenantes et quels sont leurs intérêts? Personne n aime être partenaire de qui que ce soit, à moins que cela n entraîne un réel changement dans sa vie. Les gens considèrent les avantages comparatifs et se demandent : que puis-je en retirer? (Nabeel Hamdi, Université d Oxford Brookes et DPU) Nous voyons la participation, ou plutôt la coproduction, comme un «trialogue» : un triangle entre l État, la société civile et le marché, un triangle entre le monde académique, les techniciens et les législateurs, et un triangle entre les acteurs locaux, nationaux et internationaux. Cette coproduction, dans Localising Agenda 21 par exemple, peut conduire à un pacte urbain : un tel instrument réunit un groupe de parties prenantes, et ils s engagent par signature. Il est lié à des budgets et des projets d action et c est un outil intermittent dans un processus à long terme visant à amener un changement systémique. Les pactes urbains doivent transcender les disciplines, les secteurs et les échelles ; essayer constamment d élargir le domaine public (qui se rétrécit dans notre monde axé sur les marchés) et renforcer la structure spatiale existante. (Kelly Shannon, KULeuven) CTB-41
44 La participation est un processus qui demande beaucoup de temps et qui n est pas toujours possible dans une situation où il est nécessaire de réagir vite. (Le Dieu Anh, Vietnam) Comment les projets peuvent-ils aider à repenser la politique et la législation en matière d aménagement? Si nous parlons de villes durables et, en même temps, d orienter nos activités vers la réduction et l éradication de la pauvreté, alors nous devons parler de sources de revenus durables, ce qui implique de réduire la fragilité économique et d édifier une base de ressources propres pour les pauvres. Il nous faut faire la différence entre les politiques qui permettent et celles qui empêchent le développement de sources de revenus durables. Beaucoup de politiques actuelles relatives aux terres, à la délivrance légale de titres de propriété, aux normes de construction et ainsi de suite sont «incapacitantes» et doivent être abandonnées pour permettre aux pauvres d avoir accès aux ressources essentielles et de commencer à résoudre certains de leurs problèmes. (Nabeel Hamdi, Université d Oxford Brookes et DPU) En fournissant et en testant une nouvelle approche et un nouveau concept dans le domaine de la conception des logements, et en les négociant avec les autorités, nous influençons l élaboration des politiques gouvernementales. Ceci peut alors être intégré dans de futurs projets. (Le Dieu Anh, Vietnam) Un développement positif au Vietnam est la popularité croissante du mouvement du travail social. Les universités ont maintenant instauré des cours sur le travail social, et ceci constitue un immense progrès. (Le Dieu Anh, Vietnam) CTB-42
45 Session 3 Services de base Accessibilité et fourniture
46 SERVICES DE BASE A L ATTENTION DES PLUS PAUVRES: DEFIS ET CONTRAINTES David Satterthwaite, International Institute for Environment and Development (IIED), Royaume-Uni La nécessité de se concentrer davantage sur les services de base en milieu urbain est incontestable pour deux raisons. La première est l ampleur et la rapidité de la croissance de la pauvreté en milieu urbain en particulier en Afrique et en Asie. La seconde raison, directement liée à la première, est l ampleur et la rapidité du retard engrangé par la fourniture de ces services dans les zones urbaines notamment la distribution d eau, l assainissement, le drainage, les soins de santé et l existence d écoles. Bien souvent, la moitié, voire plus, de la population des centres urbains n a pas accès à ces services. Les donateurs internationaux ne peuvent pas à eux seuls remédier à ces énormes carences dans l approvisionnement des services. L efficacité des donateurs internationaux dépend de celle des organisations qu ils financent ; ce ne sont pas leurs employés qui construisent ou dirigent les écoles et les centres de santé ou qui installent des conduites pour le transport de l eau et gèrent sa distribution ; ils financent d autres personnes pour le faire. Leurs financements passent aussi généralement par une longue chaîne d institutions, avant d atteindre réellement le lieu et l institution censée fournir les biens ou les services prévus. Cela signifie également qu il n y a pratiquement aucune ligne de responsabilité entre les gens à qui le financement est destiné fournir un avantage et l agence officielle d aide au développement. Les agences officielles d aide au développement doivent s en remettre aux organisations locales pour assurer, par exemple, la bonne distribution de l eau, l assainissement, le drainage, les soins de santé et la construction d écoles mais la plupart du temps, elles n ont pas vraiment la possibilité d avoir une incidence réelle sur la qualité de ces organisations locales. En général, les organisations locales les plus impliquées dans les services en zones urbaines font partie du gouvernement local. Très peu de donateurs appuient des programmes à long terme pour améliorer la qualité et la capacité financière des gouvernements locaux. Ils éprouvent beaucoup de difficultés à le faire. Ils n ont pas non plus la possibilité de changer l attitude anti-pauvre des élites locales, des politiciens et des fonctionnaires, qui peut sans doute constituer l une des principales raisons pour lesquelles la fourniture de services est à ce point inadaptée pour la majeure partie de la population à bas revenus. Beaucoup d efforts ont été consentis dans le sens d une privatisation des fournisseurs de services, en particulier en ce qui concerne la distribution de l eau et l assainissement mais après presque vingt ans d appui financier dans ce domaine, les résultats restent très mitigés. Il existe cependant une autre voie. Celle de soutenir les organisations et les fédérations de base fondées par les pauvres urbains et les aider à développer des partenariats avec les gouvernements locaux pour la fourniture ou l amélioration des services. On trouve actuellement des fédérations nationales d habitants de bidonvilles et de sans-abri dans 16 pays, engagées activement dans des initiatives visant à améliorer l habitat (ou à construire de nouveaux logements) et la fourniture de services. Toutes cherchent, dans la mesure du possible, à travailler avec les gouvernements locaux car cela permet bien évidemment de mener à bien des initiatives plus larges et de plus grande portée. Dans certains pays, les fédérations nationales ont des programmes qui touchent des centaines de milliers de membres voir Tableau 1. Tableau 1 : Coordonnées des fédérations nationales de pauvres urbains, des ONG d appui et des fonds gérés par les fédérations Pays Brésil Cambodge Fédération Une fédération en développement, basée sur 5 villes Squatter and Urban Poor Federation Année de fondation Nombre de membres ,000 Interaçao 1994 Active dans 288 bidonvilles ONG d appui / Fonds gérés par les fédérations Asian Coalition for Housing Rights Urban Poor Development Fund CTB-44
47 Session 3: Services de base : Accessibilité et fourniture Ghana India Kenya Malawi Namibia Nepal Philippines Afrique du Sud Sri Lanka Tanzanie Thaïlande Ouganda Zambie Zimbabwe Ghana Homeless People s Federation National Slum Dwellers Federation et Mahila Milan Muungano wa Wanvijiji Malawi Homeless People s Federation Shack Dwellers Federation of Namibia Nepal Mahila Ekta Samaj and Nepal Mahila Ekata Samaj (fédération féminine de groupes d épargne) Philippines Homeless People s Federation South African Federation of the Urban Poor Women s Development Bank Tanzania Federation of the Urban Poor Nombreuses fédérations régionales et urbaines National Slum Dwellers Federation of Uganda Zambia Homeless People s Federation The Zimbabwe Homeless People s Federation , , de 2 millions /- 25, , , , , /- 100, ,000 People s Dialogue on Human Settlements SPARC (1984) Community-Led Infrastructure Finance Facility (CLIFF) Pamoja Trust (2000) Akiba Mashinani Trust CCODE Centre for Community Organization and Development Mchenga Urban Poor Fund Namibian Housing Action Group (1997) Twahangana Fund (pour l acquisition de terres, la prestation de services et la génération de revenus) avec des fonds de l État pour le logement (Build Together Program) LUMANTI Nepal Urban Poor Fund Vincentian Missionaries Social Development Foundation Inc (VMSDFI) Urban Poor Development Fund Community Organization Resource Centre The utshani Fund (pour le logement), Inqolobane (Le Grenier) fonds pour l emploi/la micro-entreprise JANARULAKA Women s Development Bank Federation ,700 Centre for Community Initiatives (CCI) millions ,000 Actogether ,000 CODI fonds créé par le gouvernement thaïlandais pour soutenir les groupes d épargne et leurs réseaux People s Process on Housing and Poverty, Saliswano (Urban Poor Development Fund) /- 45,000 8 Dialogue on Shelter Gungano Fund 8. Bien entendu, les activités au Zimbabwe ont considérablement ralenti dans le contexte actuel d hostilité du gouvernement national vis-à-vis des pauvres urbains, mais la Fédération entretient toujours des partenariats avec certains gouvernements locaux. À première vue, il pourrait sembler totalement inapproprié pour des agences publiques d aide bilatérale de vouloir soutenir ces fédérations. Ne contournerait-on pas ainsi le besoin d améliorer la manière de gouverner? Mais l expérience de ces 20 dernières années montre qu en réalité, soutenir ces fédérations permet également de renforcer les compétences, les capacités et la responsabilisation des gouvernements locaux, en particulier vis-à-vis des groupes aux revenus les plus bas. Ne serait-on pas dans l impossibilité d obtenir qu ils se responsabilisent pour les fonds fournis? Là encore, l expérience de ces 20 dernières années montre qu il est davantage possible d obtenir de ces fédérations qu elles se responsabilisent, que des gouvernements. La plupart des fédérations ont instauré leur propre fonds pour les pauvres urbains qui englobe une partie des épargnes de leurs CTB-45
48 membres et où les financements externes peuvent être gérés ; ces fonds sont gérés par des professionnels (quasi toutes les fédérations ont une petite ONG locale avec laquelle elles travaillent en étroite collaboration). En réalité, ces fédérations fournissent aux agences donatrices externes la possibilité d agir de manière beaucoup plus efficace et rentable sur la réduction de la pauvreté (et moyennant une fourniture de services de base bien meilleure) en soutenant des organisations de base qui sont en général essentiellement axées sur les femmes et qui souhaitent (et sont capables) de travailler avec les gouvernements locaux. Ce sont pas moins de 20 ans d innovation et de réussite (parfois à très grande échelle) qui nous montrent ce qu il est possible de faire. Ces fédérations nationales sont fondées à partir de douzaines, centaines voire milliers de groupes d épargne, la plupart du temps à l initiative et sous la direction de femmes. Les femmes sont particulièrement attirées par ces groupes d épargne car ils permettent d obtenir un crédit de crise facilement et rapidement. L argent accumulé aux comptes d épargne de la fédération peut aider à financer des aménagements en matière de logement ou des initiatives génératrices de revenus. Les groupes d épargne sont non seulement efficients dans la gestion des épargnes et des crédits, mais cette gestion collective de l argent et la confiance qu ils génèrent au sein de chaque groupe améliorent la capacité à travailler ensemble à des initiatives en matière de logement ou autre. Ces groupes d épargne sont par conséquent le fer de lance de ce phénomène, qui d un processus local, peut engendrer des fédérations à l échelle de la ville, voire du pays. Chacune des épargnes domestiques a son importance au sein de la fédération, mais elle joue surtout un rôle essentiel de cohésion qui soutient l organisation, l action et la négociation collective au sein des groupes d épargne. Dans la plupart des contextes urbains, ce que les pauvres peuvent épargner, y compris sur de longues périodes, n est jamais suffisant pour leur permettre de faire face aux prix du marché des habitations de construction classique et des services. C est pourquoi l épargne est combinée à des groupes d épargne actifs dans la construction ou la réhabilitation des habitations existantes ainsi que dans la fourniture de services à moindre coût unitaire. Lorsque les habitations existantes ne sont pas restaurées, on négocie l obtention de terrains sur lesquels peuvent être construits des logements, ainsi que la fourniture d infrastructures et de services. En plus des 16 fédérations reprises dans le tableau 1, il y a beaucoup d autres pays où des groupes d épargne pourraient constituer des fédérations. On dénombre 12 pays où des fédérations ont constitué leurs propres fonds destinés aux pauvres urbains, pour aider leurs membres à obtenir des terres, construire leur habitation et développer leurs moyens de subsistance. Ces types de fonds se retrouvent également là où l épargne des membres est en dépôt et là où sont gérés les financements externes provenant de gouvernements et d agences internationales. Ces fonds permettent à l appui externe d être utilisé et géré par les fédérations, plutôt que de devoir se plier à des conditions imposées de l extérieur, qui sont le plus souvent inadéquates. Ils fournissent également une obligation de redevabilité et une transparence pour ceux qui offrent le financement. En général, si une autorité municipale offre une contribution au fonds de la fédération, c est le signe d un changement d attitude et le début d un partenariat. Mon Institut (IIED International Institute for Environment and Development) a créé un fonds pour soutenir l action de ces fédérations, en travaillant directement avec une petite organisation de tutelle créée par les fédérations pour les aider à collaborer : Slum/Shack Dwellers International (SDI). Elle est active depuis 2001 et a déjà vu passer environ 4 millions d euros de financements. Entre 2002 et 2006, ce fonds a contribué à : La création de groupes d épargne au Cambodge, en Colombie, en Inde, au Kenya, au Malawi, au Népal, aux Philippines, en Afrique du Sud et au Zimbabwe pour l acquisition de terres pour le développement du logement (plusieurs initiatives de ce genre ont été soutenues dans la plupart de ces pays). La réhabilitation de bidonvilles et de squats et l aboutissement des négociations liées à l occupation de terres au Cambodge, en Inde et au Brésil. Le financement relais pour les initiatives de la fédération en Inde, aux Philippines et en Afrique du Sud (lorsqu une aide promise par le gouvernement met du temps a être libérée). CTB-46
49 Session 3: Services de base : Accessibilité et fourniture L amélioration de l approvisionnement en eau et de l assainissement au Cambodge, au Sri Lanka, en Ouganda et au Zimbabwe (qui s accompagne généralement d une amélioration des conditions d occupation). Le recensement des implantations humaines au Brésil, au Ghana, en Namibie, au Sri Lanka, en Afrique du Sud et en Zambie, (qui fournit l information de base permettant une réhabilitation ou l appui de nouvelles initiatives en matière d occupation des terres). L organisation de visites de fédérations établies à des groupes de pauvres urbains en Angola, au Timor oriental, en Mongolie, en Tanzanie et en Zambie (pour que les groupes de base de ces pays puissent découvrir comment travaillent ces fédérations établies). La reconstruction communautaire de logements après le tsunami en Inde et au Sri Lanka. La création de partenariats entre les fédérations et les autorités locales dans le cadre d initiatives liées au logement en Inde, au Malawi, en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Les bailleurs de fonds externes qui admettent le bien-fondé de soutenir ces organisations et fédérations de base de pauvres urbains peuvent : soit offrir une aide directe à des fédérations nationales particulières, soit les soutenir par le biais de Slum/Shack Dwellers International (SDI) ou passer par ce Fonds international des pauvres urbains (International Urban Poor Fund), qui est cogéré par SDI et par l IIED. CTB-47
50 LA SANTÉ EN MILIEU URBAIN Wolfhard Hammer, GTZ, Allemagne L urbanisation pose des problèmes de santé spécifiques partout dans le monde. Bien que les villes d Afrique n aient pas encore les dimensions des mégalopoles d Amérique latine ou d Asie, c est sur ce continent que les villes ont la croissance la plus rapide. Il est malgré tout encore possible d obtenir de bons résultats des interventions de coopération qui y sont mises en œuvre. Il est toutefois intéressant d analyser de plus près les problèmes et obstacles qui se présentent, ainsi que les approches et opportunités qui permettraient d améliorer la santé des habitants des villes africaines. Un premier obstacle à une coopération dans le secteur de la santé qui réponde aux exigences des villes est une certaine attitude, parfois inconsciente, des médecins en santé publique. Toute une génération de médecins a été influencée par des conceptions et parfois des idéologies qui se focalisaient avant tout sur les régions rurales : on pense aux médecins aux pieds nus, au concept de «Ujamaa» (le socialisme africain en Tanzanie) et aux «village health workers». On ne peut concevoir des approches adaptées de santé urbaine sans abandonner cette orientation vers la campagne. Un autre obstacle est la tendance des médecins à sous-estimer l importance des approches intersectorielles. En effet, en dehors de quelques prestations de santé de base au rapport coût-efficacité particulièrement favorable, les interventions les plus efficientes pour améliorer la santé concernent l eau potable, l alimentation, le logement, la gestion de la circulation, les décharges et l environnement en général. Quand il s agit de concevoir et de planifier un programme de santé dans une ville africaine, on découvre vite qu il existe tout un savoir général et consensuel sur les problèmes et leurs remèdes. Le monde des experts confirme ce constat : en matière de santé, la ville africaine combine les problèmes des deux mondes, du monde industrialisé et du monde en développement. Malnutrition, maladies infectieuses et violence cohabitent avec des maladies dites de civilisation comme le diabète et l hypertension. En plus de l amélioration des services de santé, on préconise les approches «Ville saine» («Healthy city») ou, plus modestement, le changement de certains cadres de vie spécifiques («Cadres sains» ou «Healthy Settings»). Mais quand on recherche des informations plus spécifiques sur une ville bien précise, on se rend parfois compte que même les informations de base manquent : quels sont les services de santé, leur qualité et leur utilisation, quelle est la disponibilité réelle et la qualité de l eau, quels dangers représentent les décharges plus ou moins organisées, la circulation, etc.? Un exemple parlant est le plan quinquennal de la ville de Kinshasa. Il manque de données démographiques solides, de chiffres sur le cadre économique, sur le pouvoir d achat, etc. Les problèmes de santé sont présentés d une façon très générale. La santé publique semble être gérée avec un certain bon sens et on dispose de quelques informations en provenance des professionnels de la santé mais on retrouve très peu d informations vraiment spécifiques. Bien que Kinshasa soit peut-être un exemple extrême, rares sont les villes africaines qui peuvent donner un aperçu plus ou moins complet et détaillé de leur réseau de services de santé (formels et informels) et des facteurs concrets, positifs et négatifs, qui influencent la santé. Et en l absence de telles données, toute intervention en matière de santé dans une ville risque d être aléatoire République démocratique du Congo: Programme du gouvernement provincial de Kinshasa : index.php?option=com_docman&task=doc_ view&gid=1 À supposer maintenant que nous disposions des données nécessaires, par exemple avec l aide de la coopération internationale. Reste le problème de l impuissance des acteurs de la ville africaine. Il n y a pas de commune mesure, par exemple, entre la ville de Hambourg 9 qui dispose, pour moins de 2 millions d habitants, d un budget annuel de plus de 8 milliards d euros, la ville de Varsovie 10 qui dispose, pour une population légèrement inférieure, d un budget d environ 1,3 milliards d euros, et la ville de Kinshasa 11, qui compte probablement 7 millions d habitants et ne dispose même pas d un budget de 100 millions d euros. Comment imaginer un plan de développement urbain réaliste et capable d améliorer la santé des citadins? Face à de tels problèmes, le rôle que peut jouer la coopération internationale apparaît bien limité - au moins aussi longtemps qu elle restera éparpillée. Cela vaudra sans doute toujours la peine de cibler les approches sur un groupe spécifique ou sur un problème jugé prioritaire comme par exemple la santé sexuelle et reproductive des jeunes mais quelle est leur contribution réelle à une ville plus saine? Ne serait-il pas mieux de concevoir des approches plus ambitieuses, multisectorielles et multi-bailleurs, de joindre les forces et les moyens, pour rendre la ville africaine réellement capable d améliorer le sort de ses citoyens? CTB-48
51 Session 3: Services de base : Accessibilité et fourniture Références: De Boeck, F. (2007) The city of Kinshasa as verbal architecture, Eurozine , First published in Esprit 12/2006: Mabala, R. (2006) From HIV prevention to HIV protection: addressing the vulnerability of girls and young women in urban areas, Environment and Urbanization, Vol. 18, No. 2, Meni M. (2000) L importance du secteur informel en RDC. Un article publié dans le Bulletin de l ANSD, volume 1, décembre 2000, pp Kinshasa: Académie nationale des sciences du développement. En ligne: Piermay J.-L. (2003) L apprentissage de la ville en Afrique sud-saharienne, Le Mouvement Social 2003/3, N 204, p CTB-49
52 EXPÉRIENCES EN MATIÈRE DE SOINS DE SANTÉ EN MILIEU URBAIN Ce texte est un rapport du séminaire interne qui s est tenu le lundi 17 décembre 2007, avant le séminaire international. Environ 30 experts (des assistants techniques et leurs homologues locaux) venus de 4 continents se sont réunis à Palais d Egmont pour examiner 11 interventions de la CTB dans le domaine de la santé urbaine. Trois projets de la CTB au Rwanda, en Équateur et en Bolivie abordent spécifiquement l organisation des soins de santé dans les villes, tandis que d autres interventions abordent indirectement la question urbaine en soutenant la réforme du secteur de la santé ou le contrôle du VIH/sida. Frank Haegeman, CTB, Laos (rapporteur) La Belgique possède une longue tradition d appui aux soins de santé dans ses pays partenaires, y compris en zone urbaine. Une analyse des activités d appui en cours a fait ressortir deux questions importantes : Les problèmes de santé et les soins de santé sont-ils fondamentalement différents en milieu rural et en milieu urbain, ou sont-ils plutôt l expression de la même condition humaine sous-jacente dans des circonstances différentes? Les stratégies en matière de santé et l organisation des soins de santé devraient-elles être différentes en zone urbaine? En réponse à la première question, nous avons découvert que, au cours des dernières décennies, le profil des problèmes de santé a changé avec le processus d urbanisation : les problèmes de nutrition ont évolué de la malnutrition à l obésité, les maladies contagieuses ont généralement été remplacées par des maladies liées au mode de vie (telles que l hypertension et le diabète), et il y a d autres types d accidents. Toutefois, cette soi-disant «transition épidémiologique» est loin d être homogène, et dans les quartiers insalubres urbains pauvres, les indicateurs de santé peuvent être pires que dans les zones rurales reculées. Du point de vue qualitatif, les soins de santé restent universels et inchangés : tout le monde a besoin de soins préventifs et curatifs essentiels (y compris l assistance en cas d urgence obstétrique, la vaccination des enfants, etc.). En ce sens, les soins de santé urbains ne sont pas fondamentalement différents des soins de santé ruraux. Les soins de santé doivent répondre à des besoins fondamentaux en matière de santé et avoir certaines caractéristiques qualitatives (telles que l équité, l efficacité, l efficience, le fait d être centré sur le patient, l accessibilité et la sécurité). Les besoins médicaux en zone rurale et en zone urbaine diffèrent quantitativement (par exemple, il y a plus d accidents de la route dans les environnements urbains), ou du point de vue de la demande (par exemple, il y a généralement une plus forte demande en services de planification familiale et de maternité parmi les populations urbaines que parmi les populations rurales). Dans beaucoup de pays (en développement) (rapide), les soins de santé publique de base en milieu urbain sont habituellement négligés et abandonnés au chaos et/ou au secteur privé commercialisé. Ceci entraîne souvent une concurrence entre les niveaux de soins, une escalade des coûts, et une qualité globalement inférieure des soins. Lorsqu un acteur important du secteur privé est présent, les gouvernements sont plus fréquemment dans l obligation de jouer un rôle régulateur dans l organisation des soins de santé, au lieu de se consacrer à fournir des services de soins comme dans la plupart des régions rurales. Lorsque l on considère les stratégies en matière de soins de santé en zone urbaine, le modèle structurel de «Districts de santé opérationnels» ou de «Systèmes de santé locaux», basé sur les soins familiaux de première ligne et les soins hospitaliers de deuxième ligne après aiguillage du patient vers un spécialiste, sont toujours considérés comme valables, même dans le cadre de soins de santé (partiellement) privatisés. Les résidents urbains ont le droit de bénéficier de soins familiaux de proximité personnalisés avec une possibilité correspondante d aiguillage vers des soins hospitaliers généraux. Cependant, ce modèle nécessitera des adaptations administratives et techniques pour prendre en compte des conditions épidémiologiques différentes, la disponibilité de ressources humaines plus importantes, la présence de cliniques et de pharmacies privées, et les différences dans la demande en soins de santé. Les déterminants de la santé sont complexes et ne se limitent pas au seul secteur de la santé. Par conséquent, et de façon plus évidente en milieu urbain, la résolution des problèmes de santé nécessite une approche multisectorielle. Parmi les déterminants caractéristiques de la santé figurent : la vulnérabilité personnelle (éducation, emploi, pauvreté), la vulnérabilité des adolescents (changement de structure familiale, expérience de comportement sexuel à risques, toxicomanie), la vulnérabilité culturelle (minorités ethniques-linguistiques), la violence (domestique, rue, trafic, crime), la corruption et l insécurité juridique, l environnement physique (distribution d eau, installations sanitaires, logement, urbanisme) et CTB-50
53 Session 3: Services de base : Accessibilité et fourniture la pollution environnementale (industrie, réseaux d égouts, ordures). De tels problèmes ne peuvent être résolus simplement en organisant des services de santé. Ils doivent être abordés via une stratégie multisectorielle ou, plus précisément, par plusieurs secteurs agissant en synergie. En conclusion, l organisation des services de santé doit suivre les mêmes principes généraux d équité, d accessibilité et de qualité des soins aussi bien en zone urbaine qu en zone rurale. Toutefois, elle doit aussi être adaptée au profil épidémiologique spécifique des zones urbaines et aux demandes spécifiques de la population urbaine, qui peuvent être légèrement différents par rapport à la population rurale. Plusieurs secteurs devraient oeuvrer ensemble pour répondre de façon holistique à la complexité des déterminants de la santé. CTB-51
54 EXPÉRIENCES EN MATIÈRE D INFRASTRUCTURES URBAINES Ce texte est un rapport du séminaire interne qui s est tenu le lundi 17 décembre 2007, avant le séminaire international. Environ 40 experts (des assistants techniques et leurs homologues locaux) venus de trois continents se sont réunis au Palais d Egmont pour examiner neuf interventions de la CTB dans le domaine de l infrastructure urbaine. Les participants ont partagé leurs expériences en Afrique (Algérie, Ouganda, Sénégal, Maroc et République démocratique du Congo) et en Asie (Vietnam et Cambodge) et ont fait des exposés sur le thème du développement urbain intégré, la réhabilitation de logements, l eau et les installations sanitaires, et l environnement. Jan van Lint, CTB, Vietnam (rapporteur) Le séminaire interne de la CTB sur l infrastructure urbaine s est efforcé de réfléchir à une série de questions touchant à plusieurs domaines : quel est le rôle des organismes internationaux de développement et des partenaires au développement dans le développement urbain? Comment pouvons-nous relier ceci à notre approche sectorielle, étant donné que le développement urbain n est pas un secteur à proprement parler? Les présentations ont mis en évidence que les mêmes concepts et idées ont resurgi dans les villes du monde entier. Les mots-clés étaient communauté, développement des communautés, participation communautaire, décentralisation, planification stratégique, développement intégré, participation, durabilité, flexibilité, meilleures pratiques, enseignements tirés, etc. Mais qu entendons-nous réellement par ces mots? Comment pouvons-nous définir tous ces termes? Veulent-ils dire la même chose pour nous tous? En fin de compte, d autres questions ont surgi, liées à la fois au thème du séminaire (c est-à-dire le développement urbain) et aux instruments et méthodes de travail de la coopération internationale au développement : Comment mesurons-nous? Quels indicateurs pourraient être utiles? Comment évaluons-nous? Comment utilisons-nous les évaluations? Quand et comment tirons-nous des enseignements? Comment partageons-nous ce que nous avons appris? Comment élargissons-nous? Comment pouvons-nous rendre les pratiques plus stratégiques? Comment mettons-nous la stratégie en pratique? Comment créons-nous une vision? Comment pouvons-nous fusionner les contraires (apparents), tels que l approche «bottom-up» et l approche «top-down», urbain et rural, communautés et autorités, pratique et vision, «software» et «hardware», simplicité et complexité, etc? Quelle est la relation entre participation, partenariat et gouvernance? Quelles sont les définitions? Qu est-ce que la réelle participation communautaire (par opposition à la simple consultation)? Comment pouvons-nous développer des capacités et une compréhension accrue, et comment faire pour passer à l étape supérieure? Les outils existants sont-ils adaptés au contexte du développement? Devons-nous faire preuve d une plus grande flexibilité lors du démarrage de nos interventions? Comment pouvons-nous allier une réflexion stratégique avec l invariabilité du budget et de la durée d une intervention? Les outils peuvent-ils penser à notre place? La table ronde sur l infrastructure de base a débattu de solutions possibles, mais nous a surtout permis de réfléchir et de poser des questions. Toutefois, nous étions tous d accord pour dire que les villes ont besoin d une vision stratégique à long terme dans le domaine du développement urbain, bien qu il soit aussi nécessaire de mettre en place des initiatives à court terme qui puissent produire des effets immédiatement et contribuer, petit à petit, à la réalisation de cette vision. CTB-52
55 Session 3: Services de base : Accessibilité et fourniture PAUVRETÉ URBAINE Francis Lelo Nzuzi, CTB, République démocratique du Congo (animateur des débats) J ai suivi les deux présentations avec un grand intérêt. La première nous a appris comment faire intervenir directement les bénéficiaires, tandis que la seconde a abordé des expériences de santé publique menées à Kinshasa. Quoi qu il en soit, pour moi qui viens du Congo et ai travaillé sur le thème de la pauvreté urbaine à Kinshasa, cela ne suffit pas. La première présentation axée sur les actions menées par les fédérations d habitants de bidonvilles donnait un peu l impression que tout se déroulait sans difficultés. En effet, l objectif final est que l argent parvienne directement aux bénéficiaires. Dans la réalité, toutefois, celui-ci n arrive pas toujours jusqu aux pauvres vivant en ville, car il est souvent détourné. M. Satterthwaite a bien expliqué le problème de l impunité qui règne dans les pays d Afrique : les systèmes judiciaires ne fonctionnent pas correctement et la police n existe pas. Peut-on dès lors donner l argent directement aux bénéficiaires dans des endroits fragiles comme les pays d Afrique, où les populations ne sont pas capables de satisfaire leurs besoins quotidiens? Cela peut-il se dérouler aussi facilement que le laissait sous-entendre la première présentation? J éprouve une certaine réticence à admettre que cela soit possible. Ensuite, en ce qui me concerne, je trouve que la seconde présentation ne mettait pas assez l accent sur l importance de la prévention. Là encore, en adoptant une approche de type «bottom-up», nous sommes confrontés à la question permanente de comment «satisfaire les besoins quotidiens des bénéficiaires». Et c est bien là l objectif que nous poursuivons, mais ce faisant, ne nous centrons-nous pas trop sur le volet curatif et trop peu sur les mesures préventives? Ne vaudrait-il pas mieux investir davantage dans la sensibilisation et l éducation en matière de santé? Le sujet mérite réflexion et une analyse critique de nos approches pourrait permettre d éviter de tomber de nouveau dans les mêmes pièges. CTB-53
56 UN ENVIRONNEMENT DIFFÉRENT, UNE APPROCHE DIFFÉRENTE? Paul Bossyns, CTB, Belgique (animateur des débats) Le contenu de cet exposé, bien qu il émane d un docteur en médecine, est pertinent et applicable à d autres secteurs, tels que la planification, l architecture et l ingénierie. Suite au séminaire interne de la CTB et aux exposés donnés par les intervenants, il est possible de faire quatre déclarations importantes : Durant le séminaire interne, nous avons reconnu la nature complexe et difficile de l environnement urbain, dans lequel la CTB ne possède que peu d expérience fondée sur des données probantes. Où sont les stratégies et les concepts? Où est le modèle? Bien que peu de projets se situent spécifiquement dans des environnements urbains, la CTB a découvert certaines interventions urbaines «non reconnues», tels que des projets concernant la «police», des projets en matière de médecine légale, etc. Il est incontestable que la nécessité d une approche multisectorielle se fait sentir, ce qui signifie que chaque secteur doit avoir ses propres responsabilités et coopérer avec d autres secteurs. Toutefois, du point de vue d un secteur spécifique, il y a des limites à cette approche. Par exemple, dans le secteur des soins de santé, il ne dépend pas des médecins d éviter les accidents de la route ou d empêcher que des bâtiments s effondrent en raison de vices de construction. La responsabilité en ce qui concerne les problèmes de santé est ancrée dans tous les secteurs, dans toutes nos actions. Essayer de «tout faire» pourrait détourner un secteur spécifique de ses principaux devoirs et responsabilités, de sorte que, en ce sens, l approche multisectorielle pourrait faire plus de tort que de bien. Les villes sont différentes. En milieu urbain, il y a une épidémiologie différente : plus de violence, plus de grossesses non souhaitées, des enfants des rues, etc. D autres facteurs, tels que l implication politique, la corruption et la forte présence du secteur privé sont également propres aux villes. Par conséquent, la principale question qui se pose est la suivante : comment faut-il modifier notre approche pour répondre aux exigences et aux problèmes spécifiques en matière de santé urbaine? Quels principes devons-nous maintenir en ce qui concerne la fourniture des services de soins de santé, même dans un environnement si différent? En ce moment, par exemple, étant donné le (grand) nombre de professionnels de la santé dans les villes, les services de santé de première ligne se sont transformés de petites unités en énormes centres où «chaque professionnel de la santé s occupe d 1 cm_ du patient». L approche centrée sur le patient est ainsi remplacée par une approche de type «supermarché». Ce changement est-il dans l intérêt du patient ou du personnel de la santé? II en va de même pour les soins de deuxième ligne : au lieu d hôpitaux «de district» meilleurs marchés, les villes investissent dans des hôpitaux énormes et coûteux (500 lits et plus) dotés d un personnel hautement spécialisé. Encore une fois, les services de soins de santé ont été adaptés aux intérêts du personnel de la santé et non aux intérêts des patients. Nous devons nous rappeler comment nous définissons la qualité des soins de santé. La fourniture de soins de santé privés, qui représente plus de 50 % du secteur des soins de santé, devrait être réglementée. Les fournisseurs de soins de santé privés varient énormément quant au niveau de qualification et à la qualité des soins : Certains sont dangereux et non qualifiés, mais certains sont dangereux et qualifiés, par exemple les voleurs de patients, les médecins qui volent l équipement du gouvernement pour effectuer des opérations sur des patients dans des conditions insuffisantes, etc. Bien entendu, il existe aussi de bons fournisseurs privés de soins de santé. Cependant, la réglementation du système pose de sérieux problèmes. Tout d abord, les fournisseurs de soins de santé privés qui font plus de tort que de bien doivent être fermés, mais à ma connaissance, cela ne s est jamais produit. Deuxièmement, si les gouvernements sont incapables de proposer des services publics de bonne qualité, comment peuvent-ils réglementer correctement le secteur privé? Et enfin, il y a un conflit d intérêts évident : pourquoi les fournisseurs privés deviendraient-ils pro-pauvres si nous pouvions les réglementer? Une question cruciale reste dès lors ouverte : étant donné les conditions actuelles de la plupart des pays pauvres, dont beaucoup sont des états en faillite, devons-nous accorder la priorité à la réglementation du secteur privé ou nous concentrer en premier lieu sur l organisation de meilleurs services publics? CTB-54
57 Session 3: Services de base : Accessibilité et fourniture Finalement, voici quelques questions à débattre : Les outils existants sont-ils adaptés au contexte du développement international? La réponse est non. Devons-nous intégrer une plus grande flexibilité dès le début de nos interventions? Oui, bien entendu. La vraie question est pourquoi la Coopération belge au développement ne prend aucune mesure à cet égard en ce qui concerne le développement urbain ou rural. Le développement exige une perspective à long terme, beaucoup de flexibilité et une recherche permanente de changement et d améliorations progressifs et cumulatifs. Comment pouvons-nous allier une réflexion stratégique avec le budget fixe et la durée fixe d une intervention? La réponse est que nous ne le pouvons pas et, encore une fois, ceci n est pas la vraie question. La vraie question est : pourquoi les organismes de développement ne créent-ils pas les conditions appropriées permettant une meilleure réflexion stratégique sur l orientation de l aide au développement. CTB-55
58 DÉBATS SESSION Les débats sont retranscrits à partir des enregistrements audio de la session concernée, et reflètent le plus fidèlement possible les propos tenus. Sélection de questions et réponses 14 Pourquoi présentons-nous les villes comme un problème? Ne devrions-nous pas être plus optimistes? La concentration de personnes et de la production dans les villes peut être (financièrement) bénéfique en raison de l économie d échelle pour la production et de l économie de proximité et d agglomération pour la plupart des infrastructures et des services. Mais si les personnes et la production sont concentrées dans les villes sans bon gouvernement et sans bonnes infrastructures, les villes deviennent alors des lieux malsains où vivre et travailler. (David Satterthwaite, IIED) Devrions-nous concentrer nos efforts sur le développement rural afin de stopper l exode rural? Je suis fatigué d entendre : «Maintenons-les dans les villages». Nous avons entendu cela pendant les 30 dernières années. Il existe une relation statistique très forte entre l urbanisation et la croissance économique. Tous les pays dont la croissance économique est rapide se sont urbanisés rapidement et ont évolué vers une concentration de l emploi dans les villes. Il n y a aucune exception. (David Satterthwaite, IIED) Un test déterminant pour mesurer la pauvreté est, par exemple, le taux de mortalité infantile : Celui-ci est souvent plus élevé dans les zones urbaines pauvres que dans des zones rurales tout aussi pauvres. Il se peut que tous les médecins soient à Kinshasa, mais ils ne profitent pas à toute la population. (David Satterthwaite, IIED) En République démocratique du Congo, les colonisateurs belges ne voulaient pas d urbanisation rapide, de sorte qu ils ont mis en place un fonds pour «maintenir les gens dans les zones rurales» (le Fonds du bien-être indigène, qui a financé des investissements dans les infrastructures sociales, mais uniquement dans des zones rurales). Bien entendu, cette politique a échoué. Il est contraire à l histoire de vouloir que les gens se maintiennent dans les zones rurales. (Wolfhard Hammer, GTZ) La corrélation entre développement économique et croissance urbaine est aussi étroitement liée à la démocratie et à un système de police et judiciaire fonctionnel. Il y a des prérequis, sans lesquels l urbanisation peut conduire au désastre. (Francis Lelo, RD Congo) Quel est exactement le rôle des ONG internationales de la santé dans l édification de systèmes de soins de santé primaires fermement établis et durables dans les pays en développement? Il n y a pas de contradiction entre la coopération bilatérale et l approche des ONG, à condition que toutes deux fassent partie de l approche sectorielle du pays. Les ONG internationales de la santé ont des projets qui aident au développement, comme par exemple ceux qui existent en RD Congo. Elles commencent par fournir de l aide, ensuite elles mettent en place des districts sanitaires. (Wolfhard Hammer, GTZ) Les stratégies requises pour l aide humanitaire sont fondamentalement différentes de celles utilisées dans l aide au développement. Si on se spécialise dans l une, on risque de commettre des erreurs dans l autre. (Paul Bossyns, CTB) Certains des organismes qui oeuvrent dans des contextes postcatastrophes ont appris que l efficacité est multipliée par 20 si l on écoute les populations déplacées et que l on travaille avec elles. Il s agit de leur permettre de décider où elles veulent se réinstaller, comment elles construiront, comment elles organisent les implantations et comment elles conçoivent leurs habitations, tout en leur fournissant des conseils techniques, bien évidemment. Il est clair que ces organismes sont là pour fournir des solutions à long terme. (David Satterthwaite, IIED) Les organismes d aide humanitaire, dont le rôle s intensifiera en raison des conséquences du changement climatique, doivent s atteler à la construction axée sur le développement à long terme dans le cadre de leur stratégie face à la fréquence et à l intensité accrues des tempêtes et des inondations. Le changement climatique renforce la nécessité d un programme fort de développement local ; il ne change pas cette nécessité. (David Satterthwaite, IIED) CTB-56
59 Session 3: Services de base : Accessibilité et fourniture Des gouvernements locaux plus forts, plus compétents et plus responsables sont importants pour les pauvres, et peu d entre nous contesteront cela. D une part,le développement communautaire est très souvent qualifié de «non-durable» et, d autre part, le fait de soutenir les gouvernements locaux n est pas toujours accepté non plus. Comment pouvons-nous, en tant que donateurs, réconcilier ces deux facteurs importants, plutôt que de continuer à les opposer l un à l autre à travers nos mécanismes de fonctionnement? La meilleure manière de construire une gouvernance locale est de soutenir des organisations de pauvres qui soient fortes, compétentes et représentatives. Où se trouve le meilleur gouvernement local avec lequel j ai travaillé? À Porto Alegre au Brésil, où quasiment chaque ménage à faibles revenus dispose d eau, d installations sanitaires, d égouts, d un bon système de soins de santé et d un bon système de collecte des déchets ménagers. Qu est-ce qui est à l origine de l exemple de Porto Alegre? Un État démocratique plus fort, plus compétent, conjugué à l accession au pouvoir d un parti politique en faveur des pauvres (avec une réelle volonté de démocratie participative), à des groupements à faibles revenus bien organisés et à des mouvements sociaux forts. Voilà ce qui crée une bonne gouvernance au niveau de la ville et au niveau local. (David Satterthwaite, IIED) Des gouvernements locaux plus performants sont aussi importants pour les pauvres que des organisations locales de simples citoyens. Tous les habitants des bidonvilles avec lesquels je travaille recherchent des partenariats avec des gouvernements locaux. Ce sont les gouvernements locaux qui prennent les décisions sur l éducation, les soins de santé, l assainissement des eaux et la légalité. (David Satterthwaite, IIED) Les gouvernements locaux sont l un des éléments clés du développement local. Ils complètent le gouvernement central, plutôt que de le contrecarrer. Le processus de décentralisation en Afrique est, dans une large mesure, induit par les donateurs, c est-à-dire qu il vise à s attaquer à la corruption au niveau des gouvernements centraux. Toutefois, dans certains pays, le processus de décentralisation est arrivé trop vite, de sorte que les gouvernements locaux sont quelquefois tout aussi corrompus et dysfonctionnels que le gouvernement central. La solution dont nous avions pensé qu elle éradiquerait la corruption conduit en fait à son institutionnalisation ailleurs. (Paul Bossyns, CTB) Quelle est la meilleure réponse à la nécessité de s adapter au changement climatique? De bons gouvernements locaux désireux de réduire la pauvreté, des budgets décents pour les infrastructures, de bonnes relations entre les organisations communautaires et les gouvernements locaux, tels sont les facteurs qui sont au cœur même d un bon développement. (David Satterthwaite, IIED) Comment pouvons-nous combiner harmonieusement le rôle de l État, l alignement avec les plans de développements locaux, le développement des capacités et l évolution des mentalités en ce qui concerne la coopération au développement afin d œuvrer au renforcement des institutions? Jadis, l État était considéré comme un obstacle. Aujourd hui, nous adoptons le point de vue inverse et croyons que l argent va automatiquement s écouler du gouvernement central vers le gouvernement local. Ceci ne se produit pas «automatiquement» : l argent est une matière adhésive, et il faut exercer une très forte pression pour le faire sortir du centre. (Paul Bossyns, CTB) L argent ne résoudra pas tout, et il n est pas suffisant de développer les capacités locales et de mettre en œuvre des solutions techniques. Nous devons trouver un équilibre entre les différents aspects de la réalité et nous ne pouvons mettre tous nos oeufs dans le même panier. (Paul Bossyns, CTB) Quelle est la mission de l aide au développement et des organismes de développement? Il existe une position importante qui est celle d observer et de contribuer au dialogue politique, et nous pouvons aider à adapter certaines solutions qui ne sont pas nécessairement optimales. (Paul Bossyns, CTB) CTB-57
60 Les fédérations d habitants des bidonvilles et le processus du changement sont-ils politiques? Tout est politique. Qu on se rappelle l exemple spectaculaire de ce politicien qui avait fait poser une canalisation d eau et un système de distribution d eau juste avant les élections. Après avoir perdu les élections, il fit enlever matériellement le système de distribution d eau. (David Satterthwaite, IIED) Les fédérations formées par les habitants des bidonvilles (maintenant actives dans plus de 15 pays) sont politiques, mais avec un petit «p». Elles évitent de s aligner sur un quelconque parti politique et proposent des partenariats avec le gouvernement au pouvoir, quel qu il soit. C est peut-être un inconvénient à court terme, mais à long terme, cela protège les fédérations d une absorption politique. Pour conduire au changement, elles doivent négocier avec ceux qui sont au pouvoir, quels qu ils soient. (David Satterthwaite, IIED) En Amérique latine, nous avons vu des groupes communautaires très bien organisés jouer un rôle crucial dans l instauration de la démocratie et appuyer des maires élus. Après cela, toute leur énergie innovante, leur motivation et leur solidarité ont disparu dans différents partis politiques parce qu ils pensaient qu ils obtiendraient des services via le système politique existant. Cela ne s est pas produit, de sorte que les fédérations en Afrique et en Asie ont tiré des enseignements de leur erreur et ne se rallient plus à la «Politique» avec un «P» majuscule. Au lieu de cela, elles sont très politiques (avec un petit «p»). (David Satterthwaite, IIED) Certaines des actions décrites (par David Satterthwaite) s avèrent être des actions spécifiques, à petite échelle. Qu en est-il du passage à l échelle supérieure? Comment exercer une influence sur un quartier insalubre dans son entièreté? Les fédérations de bidonvilles vont s élargir, mais elles ont besoin du soutien des gouvernements locaux et nationaux, des donateurs, des institutions régionales, etc. En Thaïlande par exemple, une organisation nationale a été mise en place en 2003 pour soutenir les initiatives communautaires (Community Organisations Development Institute, CODI). On estime que les fédérations ont construit ou amélioré environ maisons durant ces dernières années. (David Satterthwaite, IIED) Rien ne peut être élargi en vase clos. Si vous triplez l argent destiné à soutenir la dynamique locale, vous tuerez la dynamique locale. Mais si vous pouvez montrer au politicien local qu il existe un potentiel au niveau local et que lui-même peut servir de catalyseur en soutenant cela, alors il est possible de trouver un certain équilibre. (Paul Bossyns, CTB) Les donateurs ont-ils une connaissance suffisante des pays où ils sont actifs pour mettre en oeuvre des projets et des interventions avec succès Les donateurs n ont pas besoin de plus de connaissances. Ils doivent comprendre les contextes locaux et puiser dans les connaissances des leaders des communautés locales, des groupements de femmes, des médecins, des architectes, des assistants sociaux et d autres acteurs apparentés. L on a accordé trop d attention à la fourniture de statistiques nationales sur le développement via des enquêtes pilotes, et pas assez au développement d une base d informations locale visant à servir et à soutenir des actions locales. Cela n a pas beaucoup de sens de savoir avec précision quelle est la proportion de foyers qui sont dépourvus d installations sanitaires et d une distribution d eau adéquate dans un pays, si vous ne savez pas quels sont les foyers et les voisinages où ces installations et services font défaut. Nous sommes en train d édifier des systèmes de connaissances qui servent les organismes internationaux plutôt que l action locale. (David Satterthwaite, IIED) En fin de compte, presque tout développement est local par nature parce qu il doit amener des changements tangibles à des endroits particuliers : des réseaux de conduites d eau qui fonctionnent, un service de soins de santé abordable et accessible, des maisons dont les habitants ne sont pas menacés d expulsion. La Déclaration de Paris ne fait rien pour soutenir les capacités locales d action et d information. L idée qu il faut amener les donateurs à harmoniser leurs programmes est bonne en théorie, mais elle encourage CTB-58
61 Session 3: Services de base : Accessibilité et fourniture aussi les organismes internationaux à s éloigner des connaissances locales et de l engagement local. La cause de 45 années d incompétence dans le domaine de l aide internationale doit être cherchée dans l incapacité de notre système de financement à soutenir ceux qui disposent au niveau local des connaissances et des aptitudes requises pour réduire la pauvreté (en ce compris les organisations formées par des groupements de pauvres). (David Satterthwaite, IIED) L information peut même devenir un obstacle lorsqu on s attache trop à organiser l information plutôt qu à agir. Les communautés disposent elles-mêmes d informations et ceci leur permet d agir et de prendre des décisions, pour autant qu elles en trouvent les moyens. (Paul Bossyns, CTB) CTB-59
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63 Session 4 Gouvernance urbaine le rôle des acteurs
64 LE DÉVELOPPEMENT URBAIN - CONTEXTE ACTUEL Rolf Dauskardt, Institute for Housing and Urban Development Studies (IHS), Pays-Bas Le contexte Les villes deviennent de plus en plus complexes à mesure qu elles grandissent en taille et en diversité. L économie des villes est de plus en plus complexe et elle est de plus en plus intégrée à l économie internationale. Les villes doivent défendre leur place à l échelle nationale et internationale au niveau de l investissement et des gens. La pauvreté urbaine pose toujours problème dans les villes du Sud. Les autorités locales des villes du Sud ne disposent pas des moyens nécessaires (innovation, ressources humaines et financières) pour résoudre les problèmes auxquels elles sont confrontées (opportunisme économique, réduction de la pauvreté). La corruption a aggravé la situation. Les approches conventionnelles des autorités locales ne sont pas adéquates pour diriger et équiper des villes aussi complexes avec le peu de moyens dont elles disposent comme disait le maire de Rotterdam en 2002, «Rotterdam et son économie sont devenues trop complexes pour être gérées par l autorité municipale seule». L approche de la Gouvernance urbaine La gouvernance urbaine est axée sur la mobilisation (la plupart du temps à l initiative des autorités locales) de multiples parties prenantes pour s atteler aux défis et aux opportunités des villes. La gouvernance urbaine ajoute une couche supérieure multipartenaire aux différents aspects nécessaires à la gestion efficace d une ville : Une décentralisation dans un contexte politique national qui soutient les villes (et leur autonomie). Une décentralisation des fonctions, des responsabilités, des pouvoirs et des ressources vers la périphérie selon le principe de subsidiarité, tout en conservant une capacité de prise de décisions stratégiques au centre, que ce dernier se situe au niveau d une autorité locale, provinciale ou régionale (gouvernance à niveaux multiples et à partenaires multiples). Des systèmes démocratiques locaux qui permettent la nomination (et le remplacement) par les citadins de dirigeants politiques pour représenter leurs besoins et leurs intérêts au niveau des gouvernements locaux. L idée ici n est pas seulement de moderniser les mécanismes représentatifs (par ex. en instaurant l élection directe des maires) mais aussi de les associer à des mécanismes participatifs, ce qui permet de gérer le réseau complexe des processus démocratiques de prise de décisions. Dans ce contexte, la transparence et la prise de responsabilités sont des éléments clés. Une bonne gestion par les autorités locales, notamment en veillant à l efficacité de la planification, du financement et des opérations (administration publique, nouvelle gestion publique). Une mobilisation des partenaires qui amène les autorités locales à collaborer étroitement et en permanence avec le secteur privé et la société civile pour gérer la ville. Idéalement, ces quatre couches devraient toutes être opérationnelles pour assurer une gestion efficace des villes. Les partenaires de la Gouvernance urbaine Le secteur public (en particulier les gouvernements locaux, mais aussi les services publics nationaux/ régionaux) Le secteur privé (le commerce, formel et informel, à petite ou grande échelle ; le dénominateur commun est d être axé sur le profit ; parfois partiellement organisé en chambres de commerce ou de l industrie) La société civile (ONG, instances religieuses, groupes culturels, organisations communautaires, groupes d intérêt, pauvres de la ville, ) CTB-62
65 Session 4: Gouvernance urbaine : le rôle des acteurs Ce qui importe ici est la manière dont ces partenaires sont organisés entre eux dans la ville. Sont-ils déjà relayés par des organisations représentatives, et celles-ci sont-elles fortes et responsables? Les organisations sontelles situées au niveau d un quartier, de la ville, voire font-elles partie de réseaux d aide et de lobbying nationaux ou internationaux? Quelle est leur capacité effective de fonctionnement et de partenariat? Le commerce est souvent éclaté (individualiste) et il nécessite de trouver un juste milieu entre la coopération (par ex. à travers les chambres de commerce) et la concurrence. Les chambres de commerce et de l industrie représentent le plus souvent les entreprises formelles plus importantes et les petites entreprises informelles sont généralement moins représentées. Les entreprises multinationales présentes dans les villes opèrent à un autre niveau (mondial) et peuvent avoir énormément de poids au niveau local. La plupart du temps, ceux qui ont le plus besoin d assistance, par ex. les pauvres de la ville, sont relativement marginalisés et n ont pas voix au chapitre. Il est donc faux de croire qu impliquer toutes les parties prenantes potentielles résoudrait tous les problèmes, puisqu en réalité, cela complique encore davantage l exercice du pouvoir et le rend encore plus problématique. Les niveaux d appui à la gouvernance L idée de mettre l accent sur un gouvernement local qui travaille en partenariat avec le secteur privé et la société civile est relativement nouvelle pour la plupart des gouvernements locaux du Sud (bien qu il y ait souvent déjà eu des expériences dans ce sens). De nombreuses activités d appui ont été menées sous l appellation gouvernance urbaine. Elles peuvent être classifiées en gros comme : Activités au niveau (inter)national décentralisation (fiscale notamment), développement de politiques, lobbying et associations au niveau du gouvernement local, renforcement des capacités Activités au niveau de la ville renforcement organisationnel, développement de processus, de projets, de modalités consultatives, de chartes, CDS, renforcement des capacités Activités au niveau sectoriel contribution structurée du secteur privé (et des communautés / de la société civile) dans les services essentiels, PPP négociés formellement en VfM (Value for Money), compléments en faveur des plus pauvres aux PPP commerciaux, renforcement des capacités Activités au niveau du quartier implication des communautés (ainsi que de la société civile et des entreprises) dans les décisions, les services et les améliorations qui concernent des zones spécifiques, gestion par quartier, renforcement des capacités. Notez que la nécessité de renforcer les capacités se présente à tous les niveaux. Les difficultés d appliquer une (bonne) Gouvernance urbaine dans le Sud Cadre national et décentralisation fiscale une base légale de la gouvernance (impliquant les partenaires) est nécessaire pour guider les gouvernements locaux. Si la décentralisation fiscale est faible, le contrôle des gouvernements locaux est d office limité. Assurance politique le fait de travailler avec des partenaires peut menacer les gouvernements locaux et les dirigeants locaux élus, cela nécessite une maturité politique et de l assurance pour ouvrir l accès au pouvoir et impliquer d autres partenaires. Responsabilité et contrôle les gouvernements locaux doivent faire la part des choses entre l exercice de leurs responsabilités et l assouplissement du contrôle direct dans la manière d aborder leurs responsabilités. Les partenariats ne peuvent pas tout résoudre / Pas la solution universelle impliquer des partenaires est compliqué et prend du temps. Se concentrer sur le développement de partenariats ne CTB-63
66 dispense pas le gouvernement local de mener une bonne gestion de base et des pratiques démocratiques au niveau local. La corruption endémique affaiblit les partenariats (et tout le reste). Les PPP formels doivent être bien structurés les PPP ne peuvent pas fournir de VfM (value for Money) en l absence d une spécification de l output, d une attribution des risques et de l usage de la concurrence. Ces capacités / approches sont nouvelles pour beaucoup de gouvernements locaux. Culture, valeurs, langue et timing les partenaires ne comprennent pas les motivations les uns des autres, il y a un manque de confiance, il peut être très difficile de se comprendre les uns les autres. Une fois établis, les partenariats peuvent être très difficiles à maintenir. Ajout de l aspect Pro-Poor (action en faveur des plus pauvres) la voix des pauvres de la ville peut être entendue, les pauvres peuvent bénéficier de meilleurs services, des opportunités peuvent être créées dans des services locaux, des éléments en faveur des plus pauvres peuvent être ajoutés aux partenariats commerciaux, une ville mieux gérée à long terme devrait être bénéfique pour tous. Les capacités de tous les partenaires ont leur importance / ils doivent être sur un pied d égalité a priori, tous les partenaires ne disposent pas des capacités organisationnelles et techniques nécessaires pour devenir des partenaires efficaces en matière de gestion de la ville. C est également souvent le cas dans le secteur privé. Les partenaires forts peuvent détourner les processus à leur avantage. Les partenariats ont besoin de gouvernements locaux forts s ils sont faibles, les gouvernements locaux ne peuvent pas jouer un rôle formateur, garantir la défense des intérêts publics (et ceux des pauvres), peser le pour et le contre des intérêts mutuels et structurer les PPP. CTB-64
67 Session 4: Gouvernance urbaine : le rôle des acteurs LE RÔLE DES PARTENAIRES DE DÉVELOPPEMENT EN TERMES DE GOUVERNANCE LOCALE Raphaêl Magyezi, Association ougandaise des gouvernements locaux, Ouganda Tout d abord, le concept de partenaire de développement est plus juste que celui de donateur, puisque la coopération au développement implique de travailler dans une relation de partenariat, et non dans une relation de donateur-bénéficiaire. L Ouganda dispose d un sous-groupe de donateurs de décentralisation, un groupe de partenaires de développement qui soutiennent la décentralisation. Ce sous-groupe se réunit tous les mois. Deux questions sont centrales dans le présent exposé : Quel est le rôle de ces partenaires de développement en termes de gouvernance locale, et comment, en tant que praticiens du gouvernement local, envisager la relation avec nos partenaires de développement? En Ouganda, le système de gouvernance locale est fortement décentralisé. La population ougandaise s élève à environ 28 millions d habitants et son taux de croissance annuel est de 3,5%. L Ouganda est devenu indépendant de la Grande-Bretagne en 1962, puis a enduré une série de coups d État militaires entre 1971 et Une nouvelle Constitution a été adoptée en Entre 1986 et 2005, le système n admettait qu un parti unique ( système de mouvement ). En 2005, l Ouganda a retrouvé un système de démocratie multipartite, qui est relativement jeune. La différence fondamentale entre les deux systèmes est que pendant le système de mouvement, on ne pouvait se reposer que sur ses propres mérites. Avec le système multipartite, les gens sont soutenus par leur parti, ce qui devrait, on l espère, être plus démocratique. Comment le système de gouvernement local est-il structuré? Tout d abord, il est important de noter que la gouvernance locale va au-delà du gouvernement local - elle implique tous les autres acteurs, y compris la société civile. Le processus de décentralisation a débuté en 1993 ; en 1995, tout un chapitre sur la décentralisation a été ajouté à la Constitution et il décrit en détail le système du gouvernement local. En 1997, la Loi des Gouvernements locaux qui a été amendée entre-temps afin de mieux correspondre aux nouvelles situations est entrée en vigueur. Compte tenu des dictatures du passé, le principal objectif de la décentralisation est d accroître l implication de la population dans les décisions qui les concernent. La législation s efforce donc de favoriser l émergence de dirigeants pouvant être élus et destitués par la population et capables de prendre davantage de responsabilités. Troisièmement, la loi sur la gouvernance locale est conforme au principe de subsidiarité, et elle envisage donc une action positive en faveur des femmes, des jeunes et des personnes handicapées. Le système est structuré en cinq étages comme suit : Il part du village et remonte jusqu au district. Les conseils ont des pouvoirs politiques, législatifs, exécutifs et en matière de planification et de budget. Des Conseils et des Commissions statutaires sont chargés de l engagement, de la nomination et de la sanction du personnel. Les aspects essentiels de la décentralisation sont de nature politique et administrative, autrement dit la décentralisation fiscale, la prestation de services, la gouvernance et le développement économique local. Les parties prenantes se réunissent une fois par an pour examiner l évolution et fixer des objectifs lors de la Joint Annual Review of Decentralisation (JARD). Néanmoins, la gouvernance locale en Ouganda est confrontée à de gros problèmes, le plus sérieux étant le financement inadapté, vu que les responsabilités ont été transmises aux gouvernements locaux et que les ressources nécessaires n ont pas suivi. Il en découle une situation de tension entre les gouvernements locaux et le gouvernement central, et ce dernier n a de cesse de dire : «non, nous vous avons donné les mandats, à vous de percevoir vos propres taxes.» Les taxes locales sont très rigides, très politisées et pose un réel problème. Tout comme les autres parties prenantes, la société civile est souvent faible, et l éducation civique est insuffisante. Finalement, le secteur privé et les ONG ont beaucoup de poids dans le processus de prise de décisions, mais sont généralement mal gérés. Qui sont les acteurs de la gouvernance locale et quelles sont leurs responsabilités? Le premier acteur est le gouvernement central, qui est chargé de fixer les normes et les politiques nationales et de guider les autorités locales dans leur prestation de services. Le deuxième acteur est constitué des autorités locales, y compris les associations du gouvernement local. Ces dernières constituent un acteur essentiel de la gouvernance locale, qui fait pression pour soutenir les gouvernements locaux et leurs associations. La société CTB-65
68 civile (notamment les ONG et les organisations de base) est aussi un acteur, et finalement vient la communauté, qui est l acteur clé. Les institutions de recherche et les partenaires de développement jouent eux aussi un rôle important. Quel est le rôle de nos partenaires de développement? Le rôle principal de nos partenaires de développement est de financer le développement, que ce soit via l aide budgétaire ou le financement de projets. Les facteurs suivants devraient être pris en compte au moment de choisir entre l un ou l autre : Le montant du financement, la politique intérieure mais aussi la politique financière du pays, la coordination avec d autres partenaires de développement (basket fund) et les objectifs de l appui. Deuxièmement, le rôle du partenaire de développement est d offrir une assistance technique. Cette assistance peut s appliquer à un projet, un processus (tel que la prise de responsabilités) ou un secteur (l eau, la santé, etc.) Le rôle de l Assistant technique (AT) est de donner des conseils techniques, d établir un dialogue entre les acteurs, de signaler les perspectives internationales concernant la prestation de services et de veiller à ce que les partenaires connaissent la politique du partenaire de développement. Mais avant tout, l AT doit être un stimulant des capacités locales, autrement dit, faire en sorte que le projet se déroule correctement et que les capacités locales soient exploitées au maximum. Les AT doivent aussi avoir certaines aptitudes : ils devraient être compétents techniquement, avoir une expérience des programmes internationaux, faire preuve de bonnes capacités d analyse politique, relationnelles, de médiation, de négociation et d un sens aigu du respect. À quels pièges/difficultés les AT peuvent-ils être confrontés? Il y a une tendance à vouloir contrôler, inspirer la peur, adopter une attitude je sais tout, qui rend l AT omnipotent, omniscient et omniprésent. Troisièmement, une autre tâche du partenaire de développement est d appuyer le renforcement institutionnel et le développement de la recherche et de nouvelles politiques et aider à la construction de nouveaux systèmes dans le pays (finances, ressources humaines, approvisionnement, etc.) Bref, le rôle du partenaire de développement est d assister, de soutenir, d aider et de veiller à ce que les choses se fassent, et non de faire lui-même les choses. Quels sont les facteurs critiques qui déterminent le succès des projets de développement où intervient un partenaire de développement? Cela dépend, entre autres, dans quelle mesure le programme d appui est institutionnalisé et si le projet a été conçu dès le départ de manière adéquate et participative. Finalement, que retenir comme recommandations pour assurer la réussite des interventions futures? «Agir au cœur de l environnement et jouer un rôle de catalyseur.» Les partenaires de développement doivent avoir une action au sein du contexte spécifique, autrement dit jouer un rôle de catalyseur au lieu de s impliquer directement dans la mise en œuvre du projet. Ensuite, il est essentiel qu ils fassent preuve de patience (par exemple, le phénomène de décentralisation est une réforme toute neuve), de flexibilité, qu ils travaillent dans un esprit de coopération plutôt que de compétition et envisagent éventuellement le passage à un appui budgétaire, en fonction des objectifs du projet. CTB-66
69 Session 4: Gouvernance urbaine : le rôle des acteurs ESMERALDAS : UNE VILLE NOUVELLE POUR DE NOUVEAUX CITOYENS 15 Ernesto Estupiñan Quintero, Maire d Esmeraldas, Équateur 15. Ce document est une retranscription de l enregistrement de la présentation réalisée le 19 décembre La ville d Esmeraldas est la capitale de la province d Esmeraldas, située au nord-ouest de l Équateur. Si l on inclut les zones rurales périphériques, Esmeraldas compte environ habitants, mais la zone urbaine seule en compte De nombreux défis se présentent à nous à différents niveaux. L Équateur est un pays très centralisé : «Quito n a que faire de la situation des autres villes.» Au niveau local, nous essayons de nous occuper de nos propres problèmes, à savoir l inégalité et la corruption. Qu avons-nous fait à Esmeraldas? Nous avons pris des décisions politiques de manière à essayer de résoudre les problèmes. Nous avons accordé une attention particulière à la culture locale car nous sommes conscients de la nécessité de respecter la culture de notre peuple. Notre ville est située en bordure d un fleuve, à proximité de la mer. Comme le concept de déchet n existe pratiquement pas dans la culture locale, il nous a fallu retourner à nos racines, au respect du milieu naturel, pour résoudre nos problèmes en matière de déchets et cesser de traiter notre ville comme une décharge. Nous avons rassemblé tous les acteurs et avons développé avec eux un Plan de développement local participatif ( ). Je sais que le concept de participatif est très à la mode et que tout le monde utilise ce mot à l heure actuelle. Mais je pense néanmoins que nous avons réalisé un travail très intéressant à Esmeraldas. La première étape a été de rassembler les acteurs pour discuter des problèmes. Pour cela, nous n avons pas fait appel à des urbanistes ni à des experts, mais nous nous sommes plutôt tournés vers les véritables «experts de la ville», à savoir : les citoyens euxmêmes. Nous voulions que le peuple assume lui-même ses responsabilités et prenne en charge les changements. Différents diagnostics environnementaux et urbains ont été réalisés avec l appui de nos partenaires internationaux, de manière à identifier les problèmes. Là encore, la population a été invitée à participer à ces études et nous avons organisé des réunions sur les différents sujets. Une liste des priorités a ensuite été dressée : assainissement urbain, eau, égouts, etc. Des projets d action globaux ont été développés pour améliorer les conditions sanitaires de la ville, mettre en place des unités institutionnelles (pour l urbanisme, l environnement, la culture), améliorer les espaces publics (les gens ont besoin de se sentir bien là où ils vivent) et reboiser les environs. Après avoir défini les priorités et envisagé les différentes solutions possibles, il a fallu rassembler tout cela dans un pacte, un contrat, afin de fixer les responsabilités et les engagements. En juin 2007, nous sommes parvenus à un accord avec tous les acteurs et un Pacte urbain a été signé. L Équateur est un pays multiculturel et à Esmeraldas, où la majorité des habitants sont noirs, la revalorisation de la culture afro-équatorienne traditionnelle est d une importance cruciale. Finalement, nous avons réexaminé notre politique urbanistique, en collaboration avec les fédérations d ingénieurs et d architectes, le département de gestion des forêts, le secteur privé, l université, la police, l armée et un grand nombre d associations locales (jeunes, enfants, personnes âgées). Afin d institutionnaliser ce processus participatif, nous avons décidé de mettre sur pied une nouvelle entité, l assemblée des citoyens, qui se réunit deux fois par an pour évaluer les projets d action et opérer un suivi des progrès réalisés. Quel est le secret de notre réussite? Certains éléments ont joué un rôle positif essentiel. Un premier élément a été la volonté de la municipalité d assumer ses responsabilités en rendant des comptes à la population et de lutter contre la corruption. Un deuxième élément provient du fait que les citoyens étaient demandeurs de changement et sont devenus les acteurs clés de ce changement. Un troisième facteur réside dans la revalorisation de la culture locale et la confirmation de l identité locale. «Si quelqu un ne sait pas d où il vient, où il est et où il va, il ne sera pas capable de se défendre.» C est aussi la raison pour laquelle la culture joue un rôle déterminant dans l identification des échecs et des réussites. Les deux derniers éléments sont les partenariats entre public et privé et l appui de la coopération internationale. Les facteurs qui ont eu une influence négative sont les suivants : le degré élevé de centralisation de l Équateur, le populisme et la corruption des partis politiques, leur attitude clientéliste et paternaliste, et enfin, la faiblesse de certaines institutions provinciales. CTB-67
70 CTB-68 L intervention de la coopération externe a été très positive dans le sens où le plan de développement local a été intégré et soutenu tel qu il avait été développé. La coopération au développement n est pas venue pour nous remplacer, mais pour nous épauler. La culture locale doit être respectée, et on ne peut pas accepter une coopération qui sait tout et détient toutes les solutions. Nous pouvons trouver les solutions par nous-mêmes, avec l aide de nos partenaires. En ce qui concerne le projet belge à Esmeraldas, je pense qu il s agit plutôt du «projet d Esmeraldas soutenu par la Belgique». De cette manière, le processus se poursuivra même après le départ de la coopération. Nous utilisons les capacités disponibles dans notre pays, dans notre ville, en tenant compte de nos propres particularités.
71 Session 4: Gouvernance urbaine : le rôle des acteurs SOUTENIR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN DURABLE : LES AGENCES DE DÉVELOPPEMENT SONT-ELLES PRÊTES À RELEVER LE DÉFI? Jean Bossuyt, European Centre for Development Policy Management (ECDPM), Pays-Bas (animateur des débats) Désormais, la mission des acteurs de la gouvernance urbaine durable n est plus de faire des «projets en milieu urbain», mais de faire des «projets urbains». C est un changement de taille et c est la raison pour laquelle nous donateurs traditionnels, ONG, gouvernements locaux, communes du Nord, partenaires du Sud devons nous demander si nous sommes prêts à relever ce défi. Dans le présent exposé, j expliquerai pourquoi j estime que nous ne sommes pas prêts, même si se manifeste un certain degré de transition et d innovation. Alors, à quels défis «existentiels» sommes-nous confrontés? Dans cet atelier, tout le monde semble convenir que les approches traditionnelles de coopération au développement basées sur une logique de projet ne fonctionneront pas dans des contextes aussi complexes que ceux des villes. Regardons-nous donc un peu dans le miroir : Avons-nous réellement changé notre manière traditionnelle de travailler, laissons-nous assez de place à l innovation de nos approches, sommes-nous prêts à changer? Les domaines de la décentralisation et de la gouvernance urbaine ont bénéficié d une évolution notable, mais dans beaucoup d autres domaines, tels que le développement de la société civile un aspect essentiel de la décentralisation les changements restent mitigés. Cependant, si l objectif est de promouvoir la gouvernance urbaine durable, les approches traditionnelles ne donneront pas de résultats. Elles sont confrontées à des obstacles majeurs, à commencer par le manque de volonté de changement. Nous sommes par conséquent face à un défi existentiel, qui dépasse le cadre des changements en matière de gestion micro. Si le but est d appliquer la gouvernance urbaine à des contextes complexes dans des pays très variés, il nous faut abandonner nos approches traditionnelles. Une deuxième question existentielle est de savoir si nous sommes prêts à nous investir dans des partenariats à acteurs multiples. Là encore, nous semblons tous d accord sur le fait que c est la seule manière d avancer. Nous n avons pas d autre choix que celui de considérer la gouvernance urbaine comme un processus à acteurs, secteurs et niveaux multiples. Mais quels progrès avons-nous enregistrés à cet égard? Sommes-nous prêts? Sommes-nous à même de remplacer les partenariats à acteur unique, qui sont encore souvent prépondérants (centrés sur les gouvernements centraux) ou les partenariats éclatés (qui mettent en œuvre différents instruments d aide pour cibler les acteurs, chacun pris séparément) par cette nouvelle approche? Il s agit d un véritable défi pour les partenaires tant du Nord que du Sud et on assiste petit à petit à un certain progrès dans le sens de ces approches intégrées. Troisièmement, une expression résume à elle seule le changement de paradigme requis : «it s all about politics». Comment avons-nous intégré l aspect politique de la gouvernance urbaine à la conception et la mise en œuvre de nos programmes? La gouvernance urbaine est un concept hautement politique (dans les deux sens du terme) et n a plus rien à voir avec l idée technocratique. Comment abordons-nous cette Boîte de Pandore mêlée de politique, de conflits d intérêts, de société civile incivique, de cooptation, de clientélisme, etc.? Comment avons-nous intégré la politique à nos programmes? Comme le disait clairement M. Estupiñan, «les citoyens sont les acteurs principaux». Au Mali par exemple une success story relative en matière de décentralisation nombre des acteurs affirment que pour progresser plus avant en matière de gouvernance locale, il faudrait veiller à ce que les citoyens s impliquent davantage et réclament eux-mêmes des services, acceptent de payer des taxes, etc. La gouvernance urbaine n est pas viable en l absence d une citoyenneté active, mais comment s y prendre pour se connecter aux citoyens? Que sait-on des citoyens, de leur culture, de leurs standards, de leurs formes d organisation et de la manière dont ils envisagent la notion de bien public? Il ne s agit pas d un groupe homogène ; il n est pas facile pour un intervenant externe de se connecter à eux. Si nous sommes d accord de dire que nous n obtiendrons rien sans leur implication, comment alors nous relier mieux aux citoyens lorsqu on vise à promouvoir la gouvernance urbaine? CTB-69
72 Cinquièmement, Nous avons besoin de connaissances, mais quel genre de connaissances sont nécessaires pour accompagner et entreprendre une action locale? Cette question pose quant à elle un réel défi, puisqu elle implique de se connecter à toutes les sources locales de connaissance, un domaine pratiquement inexploré jusqu à présent dans nos efforts collectifs de coopération internationale. L Afrique, par exemple, s est vu inonder par les modèles étrangers et les conseils techniques venus d ailleurs. «Que faisons-nous réellement pour soutenir l émergence, la consolidation et l utilisation effective des sources locales de connaissance dans toute leur diversité?» Ce sujet constitue un défi institutionnel majeur pour tous les acteurs impliqués. Nous ne pouvons pas obtenir de résultats probants au sein de contextes complexes sans mettre à contribution les connaissances locales dans toute leur diversité. «Nous ne serons pas efficaces tant que nous continuerons à nous baser sur une expertise et des modèles venant de l extérieur ils ont leur utilité, mais pas celle qu on veut leur donner.» Un dernier point concerne le rôle des agences de développement. Comme l ont fait remarquer à juste titre MM. Magyezi et Estupiñan, «nous ne voulons pas que vous mettiez en œuvre des projets vous n êtes pas les principaux protagonistes, mais plutôt des partenaires et des auxiliaires stratégiques lors de la réalisation de nos projets et processus.» Une autre question mérite d être soulevée. Sachant cela, qu a-t-on fait pour changer la programmation des systèmes de coopération, l attribution des rôles respectifs, les modalités de partenariat, la manière de voir l AT? L approche Alpha- Omega évoquée par Raphael Magyezi est toujours prépondérante dans bon nombre de systèmes de coopération au développement. Dans quelle mesure notre coopération est-elle assez flexible pour soutenir des processus de gouvernance urbaine dirigés localement? Si l on prend l exemple de la Commission européenne, la plupart des fonctionnaires sur le terrain estiment que le régime d aide est actuellement moins flexible qu auparavant. En conclusion : Le fait que la voix du terrain soit de plus en plus forte et de plus en plus entendue au sein des agences de développement est une très bonne chose. Mais beaucoup reste encore à faire pour changer les systèmes de manière à ce qu ils nous permettent de soutenir adéquatement les processus de gouvernance urbaine. CTB-70
73 Session 4: Gouvernance urbaine : le rôle des acteurs DÉBATS SESSION 4 Sélection de questions et réponses 16 Dans les villages, les enfants avaient auparavant un certain cadre et une éducation bien définie. Dans les villes, les structures sociales sont perturbées, et les jeunes gens et adultes tombent dans la violence. Ne pouvons-nous éviter beaucoup de problèmes en gardant les populations dans les villages et en y apportant la modernisation? 16. Les débats sont retranscrits à partir des enregistrements audio de la session concernée, et reflètent le plus fidèlement possible les propos tenus. L urbanisation est un fait, c est une réalité, et nous ne pouvons empêcher les gens d affluer dans les villes. Le développement durable dans les villes et dans les zones environnantes est un facteur crucial, tout comme les stratégies de développement qui y sont liées. Depuis la guerre en Ouganda du Nord, par exemple, une grande partie des gens vivent dans des camps qui sont maintenant devenus des lotissements urbains à part entière. Nous devons organiser ces campements de façon à ce qu ils évoluent pour devenir des communes saines. (Raphael Magyezi, ULGA) Lorsque nous parlons de bonne gouvernance urbaine, est-ce la démocratie qui permet d avancer dans ce sens? Les gens mettent sur pied des élections, les dirigeants achètent les votes, et ceci reflète la nature de notre société. Comment pouvons-nous élire nos dirigeants locaux? Avons-nous un précédent pour la démocratie en Afrique? Le citoyen doit être au cœur des efforts de coopération au développement. Lorsqu on considère les programmes/projets, on s aperçoit que l accent est mis de façon prédominante sur le noyau dur, l infrastructure. On accorde très peu d attention à l éducation civique, à la sensibilisation, et au fait d aller au-delà de la rhétorique des campagnes électorales. Nous devons dépasser l éducation des électeurs pour aller vers une éducation civique plus constructive. (Raphael Magyezi, ULGA) Lors de récentes élections en Mauritanie, beaucoup de citoyens ont à nouveau soutenu les forces conservatrices au lieu d utiliser leur vote pour faire entrer en scène une nouvelle génération de dirigeants. Les observateurs locaux ont inventé le concept de «demande despotique» pour expliquer ce comportement, qui est profondément ancré dans les systèmes traditionnels et «clientélistes». S il n y a aucun investissement dans l éducation civique (adapté au contexte local, avec des modérateurs locaux et des institutions locales), la démocratie locale a toutes les chances d échouer à offrir une meilleure gouvernance. (Jean Bossuyt, ECDPM) Il n est pas suffisant de soutenir le développement local et la décentralisation : nous devons aussi nous attaquer à la culture démocratique sous-jacente et aux problèmes d énergie et de distribution d énergie. (Jean Bossuyt, ECDPM) Dans le cadre du travail sur la gouvernance urbaine au fil des années, qu a-t-on exactement découvert sur le rôle et l influence du crime organisé et des acteurs «illégaux»? Si nous acceptons que ces gens sont de très importants intermédiaires du pouvoir et agents de changement, et qu ils constituent en quelque sorte des partenaires (pas nécessairement «consentants») dans toute la structure des partenariats, comment est-il possible d obtenir leur ralliement? Le développement urbain doit faire intervenir tous les acteurs présents dans le tissu social. Nous avons accueilli des jeunes gens marginalisés : nous parlons leur langage, nous nous rendons dans leurs rues, et nous nous efforçons de négocier avec eux. La marginalisation et le racisme peuvent être combattus par un processus d intégration dans la société urbaine. (Ernesto Estupiñan, Esmeraldas) CTB-71
74 C est très difficile, mais il est possible de réaliser certaines choses. Tout d abord, vous devez être conscients qu ils existent et que lorsque vous opérez des changements dans le système, cela va menacer leurs intérêts. En deuxième lieu, vous devez impliquer ces groupes, même si c est déplaisant. Troisièmement, il faut créer des alternatives pour ces personnes ; et en dernier lieu, il faut être intraitable lorsque la nécessité s en fait sentir. Les gouvernements doivent agir contre la criminalité. (Rolf Dauskardt, IHS) À Esmeraldas, vous avez un nouvel espoir. Mais comment avez-vous éliminé la corruption? Beaucoup de gens parlent de corruption, mais nous avons besoin d action. Nous avons réussi à établir une relation de confiance basée sur la transparence et la responsabilisation. (Ernesto Estupiñan, Esmeraldas) La corruption nous invite à étudier de plus près les problèmes fondamentaux de la gouvernance. Creusons plus profondément dans la «boîte» de la gouvernance et examinons ce qui se trouve au cœur même de la gouvernance : le pouvoir, les intérêts, les ressources, etc. Ceci est un défi capital pour nous tous, sinon toutes nos réponses ne seront pas nécessairement utiles. (Jean Bossuyt, ECDPM) Le transfert des capacités et des compétences aux autorités locales est-il déjà une réalité? C est là un débat que nous connaissons bien : Les gouvernements locaux ne disposent pas de capacités locales, et dès lors il nous faut recentrer, nous avons décentralisé la corruption, donc nous devons réduire le budget, et ainsi de suite. Ce sont les arguments qui servent à maintenir les gouvernements locaux dans l incapacité et le manque de ressources. (Raphael Magyezi, ULGA) Nous avons le problème des «mandats non financés» : des mandats qui sont décentralisés sans les ressources nécessaires. En Ouganda, par exemple, 80 % des responsabilités relatives au service public sont transférées : les soins de santé de base, l éducation, les routes, l agriculture, etc. Le rôle du gouvernement central est simplement de fournir une politique et des normes, et pourtant il conserve 80 % des ressources. (Raphael Magyezi, ULGA) Lorsque nous débattons du développement des capacités, de quel type de capacités parlons-nous? Je travaille quotidiennement avec les gens sur le terrain. Le développement des capacités n est pas quelque chose de statique : c est un processus continu. (Raphael Magyezi, ULGA) Nous savons quels sont les problèmes. Mais COMMENT allons-nous les aborder en termes de financement et de coopération? Dans quel cadre? Quel est le degré d espace/de volonté que l on trouve parmi les organismes de financement et les donateurs, qui permettent l innovation lorsqu on répond à cette question du COMMENT? Nous pouvons accomplir beaucoup de choses en utilisant l argent intelligemment : si nous savons où nous allons et quel est notre objectif, nous pouvons vraiment promouvoir des partenariats à acteurs multiples. Cependant, c est toujours une véritable lutte de créer l «espace» pour ce faire. Dans un nouvel instrument thématique, la Commission européenne a reconnu que le développement local postule une collaboration entre des acteurs non gouvernementaux ET les autorités locales. Idéalement, le nouvel outil aidera peut-être à promouvoir des partenariats intelligents entre les divers acteurs dans le but de trouver des stratégies de développement local durable. (Jean Bossuyt, ECDPM) Nous savons que les pauvres sont en mesure de prendre les choses en main et même de nous montrer ce qu ils veulent. Lorsque vous travaillez avec les pauvres, puisez simplement dans la puissance des femmes et vous serez surpris. Soyez un catalyseur, soyez un instrument qui puise dans leur énergie. (Raphael Magyezi, ULGA) CTB-72
75 Session 4: Gouvernance urbaine : le rôle des acteurs Montons d un échelon - des méthodologies et des outils, revenons au but. Lorsque nous parlons de développement urbain durable (surtout lorsque ceci est formulé dans le cadre du paradigme de la coopération au développement), quel est notre but? Quelle est l intention prioritaire qui oriente notre travail? Je suggérerais, pour ma part, la «transformation» : c est-à-dire la façon dont les rôles structurels des différents acteurs et les réalités de ceux que nous sommes censés aider, les pauvres des villes, vont subir des changements fondamentaux. Pour moi, il n y a qu un but : améliorer les moyens d existence des citoyens, des pauvres, sans toutefois le faire à leur place. Dans tout ce que nous faisons, nous devons placer la personne, le citoyen, au centre. (Raphael Magyezi, ULGA) N oublions pas pourquoi nous faisons les choses. Cependant, je proposerais d établir une corrélation entre les outils et les buts. Idéalement, les outils constituent un atout fondamental pour la réalisation des buts. Si nous voulons réellement créer plus d espace pour des projets locaux, en permettant aux maires et aux citoyens actifs de définir des projets locaux et aux acteurs locaux de faire des choix quant à ce qu il y a lieu de faire par rapport à leur développement, nous aurons besoin d autres outils. Si vous avez les outils corrects, vous pouvez mettre en route le type de processus approprié pour faire en sorte que les buts et les décisions politiques soient arrêtés par les acteurs locaux et ne soient plus façonnés en fonction de l aide fournie par des acteurs extérieurs. (Jean Bossuyt, ECDPM) Examinons l idée de placer les citoyens au cœur des processus de gouvernance. Ceci nous ramène à la notion d intérêt public et de ce que cette notion signifie dans différents contextes et dans différents pays. Comment les citoyens voient-ils vraiment cela? Et ceci nous ramène ensuite à la notion de redevabilité. La redevabilité vers le bas, envers les citoyens, est importante, et il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour encourager les citoyens à exiger la redevabilité. (Jean Bossuyt, ECDPM) Lorsque quelqu un demande à M. Estupiñan: «Comment avez-vous fait tout cela?», nous voyons que ce n est pas qu une question d argent. C est une question de décisions locales, d espace local et de mobilisation d acteurs locaux. L argent vient plus tard. Ceci représente un renversement très intéressant de l optique classique qui est celle de la coopération au développement. (Jean Bossuyt, ECDPM) Ce qui importe est que nous sommes tous citoyens du monde et que nous devons penser en termes de solidarité et d égalité. Nous devons nous faire mutuellement confiance pour créer un monde plus humain, soudé par des liens de solidarité. (Ernesto Estupiñan, Esmeraldas) Lorsqu on évoque les partenariats avec des parties prenantes multiples, comment voyez-vous le rôle des autorités locales? L unité et l efficacité sont les deux concepts centraux de notre association de gouvernement local. Bien que décentralisés, les gouvernements locaux ont un rôle dans le maintien de l unité du pays. Nous avons besoin des donateurs du gouvernement central et des autres communes -- nous ne pouvons nous développer de façon isolée. Nous devons être efficaces et performants. (Raphael Magyezi, ULGA) Certaines personnes disent qu au Congo, il y a trois choses qui fonctionnent : la bière, les téléphones portables et l église. Tous trois sont des entreprises du secteur privé. Dans cette perspective, quelle place nous reste-t-il en tant qu acteur de la coopération au développement? Comment pouvons-nous réunir les donateurs et le secteur privé dans le domaine de la coopération au développement? Je pense que la motivation du secteur privé, axée sur la recherche du profit, est très précieuse. Cette force crée la croissance et le développement économiques dans le monde entier à une échelle sans précédent. Une telle croissance a principalement été propulsée par le secteur privé et sa recherche du profit, du niveau CTB-73
76 communautaire (par exemple les collecteurs de déchets à l échelon local) jusqu aux multinationales. C est un véritable défi pour les donateurs d abandonner le contrôle et de dire : «Très bien, le secteur privé a peut-être des façons plus innovantes de trouver des solutions en matière de développement». (Rolf Dauskardt, IHS) Un excellent exemple de la façon dont vous pouvez utiliser l argent des donateurs pour faire levier dans le secteur privé est le programme de la CE relatif à l amélioration de l environnement urbain, actuellement en cours dans 14 villes du delta du Mékong. Les villes qui ont de bonnes idées sur la façon de résoudre leurs problèmes environnementaux peuvent solliciter des subventions. Toutefois, la demande doit émaner d un consortium entre le gouvernement local, le secteur privé, et des organisations communautaires locales ou ONG. L attrait de la subvention déclenche la formation d un partenariat public-privé. (Rolf Dauskardt, IHS) Quel est le rôle du monde universitaire et du secteur de la formation, qui sont, après tout, responsables de la formation des différents acteurs? Ils constituent également une ressource locale, mais on ne fait pas souvent appel à eux. Ceci est en effet crucial. Ce que nous faisons de plus en plus dans le pays même, c est utiliser l offre et la demande en matière de capacités. Nous travaillons avec les gouvernements et les ministères afin de formuler clairement de quelles capacités ils ont besoin et comment utiliser efficacement ces capacités. Nous travaillons aussi avec les universités locales et des consultants locaux, du côté de la demande, en les aidant à fournir ce dont le gouvernement local a besoin. (Rolf Dauskardt, IHS) Les partenaires au développement n accordent pas suffisamment d attention au monde universitaire en ce qui concerne l innovation, la recherche, la formation et la coopération avec les gouvernements locaux. ULGA anime des stages au sein des gouvernements locaux afin de stimuler une confrontation avec les problèmes pratiques qui se posent lors du travail sur le terrain et avec les conseillers. (Raphael Magyezi, ULGA) Quel est votre point de vue sur les taxes locales? Une ville coûte de l argent : Il doit y avoir un «contrat» et il doit y avoir des taxes. Dans un monde idéal, nous payons des taxes et le gouvernement fournit les services que nous voulons soit directement, soit via des acteurs du secteur privé. Comme nous avons élu un bon gouvernement, ils prennent de sages décisions et leurs dépenses créent une croissance. Nous en bénéficions tous, et par conséquent nous payons plus de taxes - et le système se poursuit ainsi. Toutefois, dans la réalité, beaucoup de rouages de ce système ont eu des défaillances dans de nombreux pays. (Rolf Dauskardt, IHS) Le problème est que les taxes sont fortement politisées. Elles sont très difficiles à collecter, et les gouvernements centraux veulent retenir uniquement les taxes directes et faciles, en laissant les taxes indirectes aux gouvernements locaux. (Raphael Magyezi, ULGA) Les taxes sont importantes, mais le changement n est pas une question d argent. Il s agit plutôt de prendre la décision politique de changer les choses. Étant donné la détérioration de la ville, nous avions perdu la culture de la perception des taxes. Nous avions besoin d installer la confiance et la transparence et nous avons lancé une action commune pour assainir la ville «sale». Nous avons lancé des actions et, peu à peu, une culture de payement des taxes a été réinstaurée. Depuis , des taxes sont perçues par la ville et, par exemple, la collecte des déchets est maintenant entièrement financée par la ville. (Ernesto Estupiñan, Esmeraldas) En conclusion : Lorsque nous (qu il s agisse d un gouvernement, d une ONG, d universitaires, de consultants, etc.) travaillons sur la gouvernance, ne devons-nous pas accepter que le monde n est pas parfait et que le but n est pas toujours clair? Si nous pouvons accepter cela comme contexte de notre travail, où nous positionnons-nous? Si nous considérons le «développement» comme une série de processus de transformation sociale à long terme, ceci devrait être notre point de départ pour élaborer des stratégies de résolution de problèmes. Si nous n acceptons pas ceci, soit nous poursuivrons avec des approches technocratiques, soit nous irons trop vite, et ne réussirons pas à laisser aux stratégies de développement le temps de venir d en bas. (Jean Bossuyt, ECDPM) CTB-74
77 Conclusions
78 RÉSUMÉ, CONCLUSIONS, SUGGESTIONS Han Verschure, Postgraduate Centre Human Settlements, ASRO, KULeuven, Belgique Les présentations et débats de cette conférence ont confirmé non seulement que l urbanisation ne cesse d augmenter dans le monde entier, mais aussi qu il s agit d un processus très complexe. Ceci est en partie dû au fait que les définitions de l urbanisation varient, mais aussi que l urbanisation revêt tant de visages dans des contextes très diversifiés. La conférence a montré que les réalités urbaines ne se résument pas à des faits et à des chiffres - elles fournissent à la fois des opportunités et des défis. Les défis sont multiples et interconnectés. «L urbanisation n est pas toujours une bénédiction.» Par exemple, les besoins matériels et en infrastructures sans cesse croissants, outre qu ils épuisent beaucoup de ressources non renouvelables, vont aussi de pair avec une vulnérabilité socio-économique et même culturelle grandissante des communautés locales. Afin d intervenir efficacement en milieu urbain, il faut veiller à la convivialité de l économie et à ce qu elle préserve les ressources. Il faut aussi résoudre les dichotomies entre urbain et rural, formel et informel, public et privé, riche et pauvre. Il est évident que le processus actuel de «commercialisation» des villes (les fameuses «villes bancables» défendues par la Banque mondiale) ne sont pas en mesure de répondre de façon adéquate à ces défis et oppositions. Au lieu de cela, les approches doivent être stratégiques et mettre sur pied des actions à court terme dans une perspective à long terme de développement durable, tout en assurant la participation et la coopération de toutes les parties prenantes. Ceci est l essence de la planification pour un développement durable, non seulement dans le monde en développement, mais dans tous les contextes. Il est important de mettre en lumière que les principes de développement durable et les idéologies normatives ne sont pas identiques aux valeurs culturelles. Les stratégies visant à un développement urbain durable doivent dès lors prendre activement en compte les cadres de la «culture» et les caractéristiques spécifiques du «contexte». Ceci a été succinctement formulé par le maire d Esmeraldas, Ernesto Estupiñan, lorsqu il a déclaré : «Si les gens ne savent pas d où ils viennent, où ils sont et où ils vont, la planification n a pas de sens.» Les opportunités offertes par l urbanisation ne doivent pas être rejetées - elles comportent de nouvelles dynamiques, un potentiel accru dans de nouvelles formes d économie et d échange, de nouvelles communautés et de nouveaux réseaux, de nouveaux mouvements et échanges culturels et une nouvelle créativité. Tous ces éléments peuvent être des facteurs stimulants dans l accomplissement d un développement urbain durable et le développement d approches innovantes propres à répondre aux besoins à long terme de tous les citoyens, tout en donnant la priorité à ceux qui sont plus vulnérables ou susceptibles d être exclus dans les processus rapides d urbanisation. Il nous faut trouver le juste équilibre, comme beaucoup d intervenants l ont mentionné durant la conférence. Comme M. Hammer l a dit, une question clé dans la pratique de la coopération au développement est «de trouver le juste milieu entre l ambition et le réalisme». À la lumière de ces considérations, il est possible d émettre les suggestions spécifiques suivantes pour la coopération internationale au développement. Il est essentiel de reconnaître les faits (par exemple, la croissance plus rapide des villes de petite taille et de taille moyenne) ainsi que les connaissances existantes, et d agir en conséquence. La coopération au développement doit capitaliser les expériences d autres donateurs et professionnels ainsi que de divers programmes multilatéraux, bilatéraux et ONG, plutôt que de réinventer des stratégies. La démarche d apprendre les uns des autres et la collaboration en réseau doivent être pris beaucoup plus au sérieux et doivent impliquer des échanges sud-sud, nord-sud et sud-nord Les définitions contemporaines de ce qui est urbain et de ce qui est rural doivent être reconceptualisées : les acteurs du développement ne doivent pas tracer une frontière rigide entre ces notions, mais plutôt rechercher leur complémentarité. Les concepts tels que celui des initiatives «pro-pauvres» doivent être utilisés avec prudence : pro-pauvre doit certes être le point de départ, mais comme «les pauvres» ne sont pas un groupe isolé, les interventions (par exemple les améliorations d infrastructures) dans les zones urbaines ne profiteront pas néces- CTB-76
79 Conclusions sairement aux seuls pauvres. Une cité axée sur la qualité profite à de nombreux groupes dans la société et peut ainsi induire la solidarité. Les pays sont-ils la seule unité pertinente? Dans un débat sur l urbanisation, ceci n est évidemment pas le cas. Les régions en développement définies de manière alternative, qui rassemblent de petites et grandes villes, comme le bassin du lac Victoria ou du fleuve Mekong, peuvent être des entités intéressantes où œuvrer de façon bilatérale. Le partenaire le plus approprié pour le développement local n est pas nécessairement le gouvernement central : les autorités locales, les organisations, les communautés ou les fédérations (cf. les arguments de David Satterthwaite) sont souvent mieux placées pour répondre aux défis du développement urbain durable. Finalement, les expériences montrent que les partenariats public-privé ne sont pas chose aisée : il est possible de citer de bons et mauvais exemples, mais le principe de base sous-jacent est que les pouvoirs publics doivent continuer à jouer un rôle fort de réglementation afin d éviter les «charges publiques et profits privés». En termes de méthodologie, les conclusions suivantes ont émergé : Le point de départ doit être un apprentissage à partir des pratiques existantes. Il est nécessaire de développer les capacités des décideurs et des professionnels de la coopération au développement. Les démarches consistant à former à nouveau des professionnels locaux et à tirer parti des connaissances locales constituent d importants piliers. Il faut garder à l esprit qu un résultat à grande échelle n est pas nécessairement complexe, et qu il n exige pas non plus nécessairement des solutions coûteuses. Les arguments de Nabeel Hamdi illustrent également les points forts des «petits changements». Les actions doivent être soutenues par des budgets appropriés : un surplus d argent peut être tout aussi paralysant pour le développement qu un manque d argent. De «bonnes pratiques» sont généralement réalisées par de «bonnes personnes» - le transfert des connaissances est dès lors essentiel pour la poursuite des efforts de développement. La vision, l action et la coproduction doivent être conjuguées pour mettre en oeuvre les stratégies. Différentes formes de coopération au développement à l échelon municipal, régional et fédéral doivent être reliées entre elles de façon plus effective, permettant ainsi de répondre mieux et de façon plus intégrée aux défis du développement. Les initiatives de coopération en réseau axée sur l information et les connaissances existent et doivent être consultées sans modération 17. Finalement, étant donné qu il n y a pas eu de réelle politique de développement urbain systématique au sein de la Coopération belge au développement, espérons que ce séminaire marque le début d une nouvelle ère orientée vers le développement urbain durable dans le domaine de la coopération au développement. 17. Voir par exemple et CTB-77
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81 Profil des orateurs
82 ORATEURS Mohamed El Sioufi est chef de la Shelter Branch, Global Division, au Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT). Il est architecte et titulaire d un Master en design des établissements humains du MIT (Massachusetts Institute of Technology) et d un doctorat en architecture environnementale et planification urbaine de l Université du Michigan. Il a consacré plus de 32 ans à la pratique, le conseil et l enseignement dans le domaine des établissements humains. En tant qu expert en planification et logement urbains, il a occupé des postes de consultant et de conseiller dans plusieurs ministères et différentes organisations d aide internationales, ainsi que de professeur et maître de conférence dans plusieurs universités. Il a collaboré avec ONU-HABITAT depuis 1995, d abord comme Formateur en établissements humains pendant deux ans, puis comme Conseiller senior en établissements humains, responsable des activités de coopération technique dans les États arabes et les régions d Afrique. Il a notamment pris en charge la conception, la recherche de fonds et la supervision des projets et programmes de renforcement des capacités et de développement suivants : planification des établissements humains, planification et gestion environnementales locales, gouvernance urbaine, politique du logement, réhabilitation des implantations informelles, et réhabilitation des institutions et renforcement de leurs capacités après une catastrophe naturelle. De plus, il gère le «Rapid Urban Sector Profiling for Sustainability (RUSPS)» qu il a créé en 2004, un programme global mis en œuvre dans plus de 20 pays dans le monde et visant au suivi de différents programmes et projets de renforcement des capacités et d investissement en capital. Il dirige la Shelter Branch depuis août 2007, où il s occupe de la coordination des aspects normatifs et politiques de la réhabilitation des terres, du logement et des implantations humaines, ainsi que de l apport d une information solide aux activités de coopération technique d ONU-HABITAT. Thomas Melin est le chef de la division Développement urbain de l agence internationale de développement suédoise (SIDA Swedish International Development Agency). Il est diplômé en architecture et urbanisme de l école d Architecture de Lund. Il travaille depuis 15 ans pour le compte de l agence SIDA au sein des programmes de développement urbain axés sur le logement, l urbanisme et l environnement urbain des ménages à bas revenus. La politique de développement urbain adoptée par SIDA depuis 2006 est complétée par une série d articles sur le thème de la ville et développée dans l esprit du livre : «More Urban - Less Poor; An Introduction to Urban Development and Management» de Göran Tannerfeldt et Per Ljung, édité par Earthscan, Londres, Terry Standley. Depuis ses débuts en Algérie en 1964, M. Standley peut justifier de plus de 40 ans d expérience internationale dans la conception de bâtiments, la planification physique et socioéconomique, l administration, la formation et la gestion publiques, la plupart du temps dans des pays en développement. Il a notamment été amené à collaborer comme fonctionnaire avec des départements gouvernementaux (sous contrat local ou dans le cadre de programmes d aide), à la Banque mondiale, la Asian Development Bank, des missions d agences bilatérales ou des Nations unies, avec des cabinets de consultants locaux ou internationaux, en tant que Conseiller technique en chef et Conseiller régional senior aux Nations unies, comme consultant individuel indépendant et enfin, en collaboration directe avec des ONG internationales et des communautés locales. Il a contribué à l approche intégrée du développement urbain et rural et a été associé en cours de route à la plupart des aspects du processus de développement issu de la planification sectorielle et de la programmation des investissements au niveau national, aux plans de développement urbain multi-sectoriels comprenant les techniques de planification participative des activités destinées aux systèmes d appui communautaires, la réhabilitation des bidonvilles et le développement des zones occupées par des ménages à bas revenus couvrant la mobilisation des ressources, l identification et la formulation, l appréciation, la conception et la mise en œuvre détaillée, la supervision, le monitoring et l évaluation des projets. Son poste dans les années 1990 impliquait la direction d un bureau régional du CNUEH et il a bénéficie d une large expérience en programmation du développement dans des économies de transition à travers ses interventions en Chine, en Mongolie, au Laos, au Viêt Nam, au Turkménistan et en Bulgarie. Ses missions en Algérie, au Liban, au Cambodge en Afghanistan et au Timor oriental lui ont en outre fourni une expérience en réhabilitation et reconstruction post-conflit. Nabeel Hamdi a obtenu un diplôme d architecte de l Architectural Association de Londres en Il a travaillé au Greater London Council de 1969 à 1978, où il a gagné une solide réputation dans le domaine de la conception et de l urbanisme participatifs avec ses projets de logement, primés à plusieurs reprises. De 1981 à 1990, il était CTB-80
83 Profil des orateurs maître de conférence sur le thème du Logement au Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui lui décernera plus tard le titre de Ford International Career Development Professorship. En 1997, Nabeel remporta le Scroll of Honour d ONU-Habitat pour son travail sur la Planification communautaire des activités, et son Masters course en Pratique du Développement qu il a fondé en 1992 à l Oxford Brookes University fut primé en 2001 du Queen s Anniversary Prize for Higher and Further Education. Il est actuellement professeur émérite en Développement urbain et du logement à l Oxford Brookes University et il enseigne au département de Planification du développement (University College de Londres) et à la Norwegian University of Science and Technology (NTNU). Nabeel a travaillé comme consultant sur la planification participative des activités et l aménagement des bidonvilles en milieu urbain pour les principales agences internationales de développement, des œuvres de charité et des ONG du monde entier. Il est l auteur de Small Change (Earthscan, 2004), Housing Without Houses (IT Publications, 1995), co-auteur de Making Micro Plans (IT Publications 1988) et Action Planning for Cities (John Wiley et fils, 1997), et il a dirigé la publication des collections Educating for Real (IT Publications 1996) et Urban Futures (IT Publications 2005). Kelly Shannon est maître de conférence en Urbanisme à la KU Leuven, où elle donne un cours de studios de design urbain et un séminaire d urbanisme paysagiste. Elle a enseigné comme professeur invitée à l Université du Colorado (Denver), à l ESARQ (Barcelone) et à l AHO (Oslo). Sa thèse de doctorat (2004) s intitulait Rhetorics & Realities, Addressing Landscape Urbanism, Three Cities in Vietnam (KU Leuven). Ses recherches étaient centrées sur le design urbain et la relation entre urbanisation et paysage, plus spécifiquement dans les régions en transformation du monde non occidental, en particulier l Asie du Sud et du Sud-Est. Elle a participé en tant qu expert belge à la phase de conception de la zone d aménagement d habitations et d appartements du projet Tan Hoa-Lo Gom de la CTB. Anh Le Dieu (Viêt Nam) est diplômée en Économie de l Université de Kishinev (Moldavie État de l ex-urss) et titulaire d un Master en Politiques publiques de la Lee Kuan Yew School of Public Policy (Université nationale de Singapour). Elle a travaillé aux politiques de développement socio-économique pour Ho Chi Minh Ville et travaillé pendant 16 ans comme consultante tant pour le secteur privé que le secteur public, avant de rejoindre en 1999 l ODA partnership entre le gouvernement de la ville et le groupe de donateurs clés (PNUD, BM, BAD, JBIC/JICA et DGCD/CTB). David Satterthwaite est «Senior Fellow» à l International Institute for Environment and Development (IIED) et il enseigne également au département de Planification du développement de la University College de Londres. Il est le rédacteur en chef de la revue internationale Environment and Urbanization depuis sa création en 1989 et a écrit ou publié plusieurs livres sur la question urbaine dans le contexte du développement, notamment Squatter Citizen (avec Jorge E. Hardoy), The Earthscan Reader on Sustainable Cities, Environmental Problems in an Urbanizing World (avec Jorge E. Hardoy et Diana Mitlin) et Empowering Squatter Citizen; Local Government, Civil Society and Urban Poverty Reduction (avec Diana Mitlin), édité par Earthscan, Londres. Il est en outre membre du Groupe d experts intergouvernemental sur l évolution du climat ( ). En 2004, Il fut récompensé du Volvo Environment Prize et nommé au titre de Professeur honoris causa à l Université de Hull. Wolfhard Hammer (Docteur en Médecine et Master en Santé publique) est Conseiller technique senior au département de planning et développement de la GTZ (Coopération allemande). Depuis 1979, sa première mission en tant que médecin dans un projet de santé dans l ex-zaïre, il a toujours travaillé dans le secteur de l aide au développement. Il a été responsable pendant plus de 10 ans de la planification et de l évaluation des projets de santé en Afrique subsaharienne et en Asie et travaille maintenant comme coordinateur au «sector network» Santé de la GTZ en Afrique. Ses principaux centres d intérêt sont les politiques de santé, la réforme du secteur de la santé, l évaluation des interventions de santé, l aide au développement axée sur les plus pauvres et le financement équitable des services de santé. Le Dr Frank Haegeman est un expert en santé publique de haut niveau de la Coopération technique belge. En tant que docteur en médecine, il s est en outre spécialisé dans la médecine tropicale, l épidémiologie et la santé CTB-81
84 publique. Il possède une longue expérience dans le domaine du développement des systèmes de soins de santé et des programmes de contrôle des maladies dans les pays en développement. De 1979 à 1999, il a principalement travaillé pour la coopération belge en Afrique de l Ouest, évoluant graduellement de médecin hospitalier en gestionnaire de la santé publique. Il travaille pour des programmes de réforme de la santé au Laos depuis 1996, y compris dans le cadre d un important programme financé par la Banque mondiale. Il est actuellement coordinateur international du projet de santé lao-belge, qui soutient une réforme du secteur de la santé dans deux provinces du Laos. Ce projet est axé sur le développement des capacités nationales à travers la mise en place expérimentale de «systèmes de santé locaux», afin de fournir des éléments d appréciation pour l élaboration d une législation nationale. Ses principaux centres d intérêt sont les changements dans la gestion du secteur de la santé publique, le développement des ressources humaines, la qualité des soins et le financement de la santé. Il a toujours allié le travail de développement à la publication d articles scientifiques et de plusieurs monographies sur la santé publique. Jan Van Lint est ingénieur architecte. Après 12 ans d activités en tant qu architecte indépendant en Belgique, il a travaillé huit ans avec la WOB pour des projets de logements à bas coût en Thaïlande. Ces 10 dernières années, il a été employé par la coopération belge au développement et par la Coopération Technique Belge au Vietnam sur des projets relatifs à l infrastructure et à l environnement. Pendant 2 ans, il a supervisé le projet d assainissement et de réhabilitation urbaine du Canal Tan Hoa Lo Gom à Ho Chi Minh Ville. Francis Lelo Nzuzi est Docteur en Aménagement du Territoire de l Université Laval au Canada. Il est Coordinateur National au Programme d Appui aux Initiatives de Développement Communautaire (PAIDECO) de la Coopération Technique Belge en RDCONGO. Il mène des recherches sur l Aménagement du Territoire, le Développement Urbain et l Environnement Urbain qu il enseigne à l Université de Kinshasa. Il est l auteur de plusieurs articles scientifiques et livres dont Urbanisation et Aménagement en Afrique Noire, Paris, Ed. Sedes, 1989, 217 pages et Pauvreté Urbaine à Kinshasa, La Haye, Ed. Cordaid, 2004, 214 pages. En tant qu expert, il a participé aux différentes conférences internationales sur La Ville dont la Conférence des Nations Unies sur les Villes à Istanbul (Habitat II). Francis Lelo Nzuzi a enseigné à l Université de Paris IV- Sorbonne, a été chercheur au Centre de Recherches et d Etudes sur Paris et l Ile de France et au CNRS au laboratoire Espace et Culture. Rolf Dauskardt (MBA, Honour Roll, Rotterdam School of Management, MA en Développement urbain, Wits University, BA en Psychologie & Géographie avec mention) fait partie d IHS (Institut d études pour le développement urbain et l habitat) depuis début 1999 et il s occupe actuellement de la gestion des activités de projet de l Institut. M. Dauskardt est un spécialiste senior en gestion et finance qui se concentre sur des clients tant du secteur privé que public. Son cheval de bataille est la politique, la stratégie et la gestion, qu elles soient publiques ou d entreprise ; le développement et la réforme sectoriels ; les approches de financement innovantes ; la réforme et la réglementation du secteur financier et des partenariats public-privé. M. Dauskardt est également actif dans le secteur du financement du logement et il a été responsable de la gestion du département Logement d IHS. De plus, M. Dauskardt travaille avec des entreprises sur des questions de stratégie mondiale et de développement d entreprise. Avant de rejoindre IHS, M. Dauskardt a occupé des postes de dirigeant dans les secteurs public et privé, notamment celui de Conseiller fiscal intergouvernemental au South African Treasury, où il était responsable du développement du Programme national de partenariat public-privé en Afrique du Sud. À côté de sa large expérience de travail en Europe occidentale et en Afrique du Sud, M. Dauskardt a travaillé comme consultant et conseiller dans de nombreux pays d Asie, d Afrique, d Amérique latine et centrale, du Moyen-Orient, et d Europe centrale et de l Est. Raphael Magyezi est le Secrétaire général de l Association des gouvernements locaux ougandais (ULGA). Il est titulaire d une Maîtrise en politique et planification économique de l Université de Makerere à Kampala, d une Licence en statistiques de l Université de Makerere, Kampala et d une Licence en philosophie de l université d Urbanian, à Rome. De 1990 à 1996, il a travaillé comme planificateur de district dans le district de Mukono en Ouganda, après quoi il a été actif en tant que gestionnaire de programmes pour le Development Planning Decentralisation Secretariat, ministère du gouvernement local ougandais. Depuis 1998, il est Secrétaire général de l Association des gouvernements locaux. CTB-82
85 Profil des orateurs Ernesto Estupiñan Quintero est le maire d Esmeraldas, une ville située dans le nord-ouest de l Équateur, depuis l an 2000 et il a été réélu à la tête de la municipalité en Il est également le porte-parole du Conseil de l Association of Ecuadorian Municipalities (AME). Il revêt de même la casquette de Membre élu du Parlement pour le compte du Mouvement démocratique populaire (MDP), tout en assumant la direction provinciale du parti. Après avoir occupé le poste de premier Secrétaire général du syndicat des travailleurs de la compagnie pétrolière équatorienne CEPE, où il a travaillé en tant qu opérateur technique, il est devenu conseiller municipal du district d Esmeraldas. M. Estupiñan est titulaire d un diplôme technique en mécanique industrielle. Au cours de ces dernières années, il a pris part à de nombreuses délégations politiques aux États-Unis, en Europe, en Afrique et en Asie en qualité de Représentant des Maires d Équateur de même que comme Membre du Parlement pour le compte du MPD. PRÉSIDENTS DES SESSIONS Paul Verle (Docteur en médecine, Maîtrise en Sciences) travaille depuis plus de 25 ans dans le domaine de la coopération au développement. Il a entamé sa carrière comme docteur en médecine dans des projets et programmes de santé publique mis en oeuvre en Afrique et en Asie. Il a de même dirigé des projets de recherche, en témoignant d un intérêt tout particulier pour la parasitologie. En 1997, il a assumé la direction de l APD belge au Viêt Nam. Suite à la réforme de la coopération belge au développement, il a entamé sa carrière à la CTB, notamment en tant que Représentant résident au Viêt Nam jusqu en Il coordonne à présent le département d expertise de la CTB à Bruxelles. Marc Gossé est architecte et urbaniste, professeur honoraire et collaborateur scientifique de l Institut supérieur d Architecture La Cambre (Bruxelles) et co-président d Africalia-Belgium. Par le passé, il a été co-auteur du Plan directeur de Louvain-La-Neuve, mais aussi coopérant en Algérie de 1970 à 1977 dans le cadre de plans d urbanisme directeurs pour des villages agricoles, professeur d architecture et d urbanisme à la Cambre, où il était responsable du département coopération internationale de 1979 à 2007, organisateur de formations pour la Coopération belge (Stages AUD, DGCI ) et professeur associé des universités de Valladolid, Puebla et Caracas. Il a également rédigé et dirigé la publication du livre «Villes et architectures, essai sur la dimension culturelle du développement» (Editions Karthala, Paris, 1991). Il est actuellement associé du bureau d études Synergy-International. Heidy Rombouts travaille en qualité d experte gouvernance au sein du département de bonne gouvernance de la Coopération Technique Belge. Ledit département a pour principale tâche le développement de nouvelles interventions et l apport d un appui technique aux tâches existantes. Trois groupes d opérations de gouvernance caractérisent les interventions de la CTB, à savoir : la décentralisation et la déconcentration, l État de droit (appui au secteur de la justice, police, SSR, Parlement ) et enfin, le renforcement institutionnel (gestion des finances publiques, réforme de l administration publique et la fonction publique...). Les interventions de la CTB devraient par ailleurs de plus en plus intégrer la thématique de la bonne gouvernance. Avant la CTB, Heidy Rombouts a travaillé à l Institut de Politique et de Gestion du Développement (IDPM - Université d Anvers). Elle est titulaire d un Doctorat en Sciences sociales et politiques, un Master en Sociologie et un Master en Droit. Jacqueline Lienard dirige depuis 2006 le service Suivi & Evaluation de la Direction générale de la coopération au développement du SPF Affaires étrangères. Elle possède 25 ans d expérience dans le domaine de la coopération belge dont plus de 6 ans en Afrique de l Ouest où elle a dirigé au Burkina Faso le bureau régional de la coopération belge (section belge de coopération). Elle a également rempli les fonctions de représentante-résidente de la Coopération technique belge (CTB) en Tanzanie. Ses domaines de compétences couvrent notamment : la définition et la négociation de stratégies de coopération, la planification de programmes multi-annuels de coopération, l identification, la gestion, le suivi et l évaluation de programmes de développement. Les postes qu elle a occupés tant en Belgique qu à l étranger l ont amenée à collaborer avec les différents partenaires locaux (privés et gouvernementaux), les institutions et agences de coopération bilatérales et multilatérales et de nombreux acteurs de la coopération belge (universités, ONG, APEFE-VVOB, etc). Cette expérience, complétée par des missions dans les pays partenaires de la Belgique, s est concentrée dans divers secteurs et domaines de coopération (éducation et formation, santé publique, économie sociale, décentralisation ). CTB-83
86 ANIMATEURS DES DÉBATS Filip De Boeck. En tant que coordinateur de l Institute for Anthropological Research in Africa (IARA, anciennement dénommé Africa Research Centre), en d autres termes, une Unité de Recherche de la Faculté de Sciences sociales, le Professeur Filip De Boeck ( Anvers, 1961) s implique activement dans l enseignement, la promotion, la coordination et la supervision des recherches en et sur l Afrique. Depuis 1987, il mène des recherches approfondies sur le terrain tant au sein de communautés rurales qu urbaines en R.D. du Congo. Ses actuels intérêts théoriques se portent sur les subjectivités locales de la crise, la mémoire postcoloniale, la jeunesse et la politique liée à la culture, ainsi que sur la transformation de l espace privé et public en contexte urbain en Afrique. Filip De Boeck a publié de nombreux ouvrages sur ses recherches de même que sur un large éventail de sujets, notamment l identité postcoloniale en Afrique, les processus d accumulation et de dépenses au sein des économies informelles, l histoire, la mémoire, la mort et la culture urbaine populaire, particulièrement en ce qui concerne les enfants et les jeunes. Filip De Boeck a publié et édité de nombreux livres et articles. En 2004, en qualité de co-conservateur avec Koen Van Synghel, Filip De Boeck a organisé une exposition intitulée Kinshasa: La ville imaginaire, et ce, pour la 9e Biennale internationale d architecture de Venise, où elle a remporté le Lion d Or de la meilleure participation. Benoît Legrand a travaillé ces quinze dernières années comme architecte et urbaniste en Asie. Employé par la Coopération Technique Belge, il a travaillé pendant trois ans et demi pour le projet Tan Hoa-Lo Gom à Ho Chi Minh Ville. Il a ensuite participé à la préparation d un vaste projet de réhabilitation urbaine de la Banque mondiale dans quatre villes du Viêt Nam. Il travaille maintenant au Cambodge dans un projet d éducation de la CTB, impliquant la construction d écoles et de centres de formation des enseignants. Paul Bossyns (Docteur en médecine, Maîtrise en Sciences) est un expert en santé publique travaillant en qualité de conseiller senior en santé pour la CTB-Bruxelles depuis janvier Ses spécialisations sont: l organisation des services de santé, la mise au point de systèmes de santé et le financement des soins de santé. Il a effectué des missions à long terme en Guinée-Bissau, au Zimbabwe et au Niger. À la CTB, il a pour tâches spécifiques la mise sur pied de stratégies dans le secteur de la santé publique, la formulation de nouvelles interventions de coopération bilatérale ainsi que le suivi technique des interventions bilatérales de santé. Jean Bossuyt, de nationalité belge, est Directeur Stratégie à l ECDPM (Centre européen de gestion des politiques de développement). Il était auparavant coordinateur-programme du Programme de Gouvernance. Il a beaucoup travaillé ces dernières années sur les questions de politique de développement de l Union européenne. Les sujets particulièrement intéressants sont les dimensions politiques de la coopération UE-ACP, la gouvernance, la décentralisation et la participation de la société civile. Il est spécialisé en développement institutionnel et a participé à ce titre au processus de transformation institutionnelle de la Commission de l Union africaine. Il a dirigé il y a peu l équipe d Évaluation thématique de la CE sur la Gouvernance ( ) et s est impliqué dans les programmes de la CE d appui à la décentralisation et à la gouvernance locale. Son implication dans ces activités du programme l a notamment amené à effectuer des recherches de terrain, organiser des séminaires sur des questions de coopération UE-ACP, soutenir la mise en œuvre de programmes, fournir un conseil en matière de politique et donner des formations. Il est l auteur de nombreux textes sur une série de sujets liés à la coopération UE-ACP. Avant de rejoindre ECDPM, il a travaillé au Centre du Tiers-Monde à l université de Gant, à la délégation du HCR à Bruxelles et dans la fonction publique du Parlement belge. Han Verschure est professeur à la K.U.Leuven, Post Graduate Centre Human Settlements (PGCHS), Département Architecture, Urbanisme et Planification Spatiale. Sa spécialité est l enseignement, la recherche et le suivi de projets dans le domaine de l habitat dans les pays en développement, notamment en Afrique du Nord, en Afrique de l Est, en Afrique du Sud et en Asie du Sud-Est. Il était directeur du programme de formation international «Master of Architecture in Human Settlements». Il est également l initiateur, en collaboration avec l United Nations Centre for Human Settlements de Nairobi, et avec un soutien financier important de la part de la Coopération Belge au Développement, du projet multilatéral «Localising Agenda 21 : Strategic Planning for Sustainable Development» actif au Maroc, au Kenya, Vietnam et Cuba. Entre autres, Han Verschure présidait le groupe de travail Coopération International et Développement Durable du Conseil Fédéral Développement Durable, et le Plateforme Agenda Local 21 de Leuven. Il était également un conseiller belge à la Commission Développement Durable des Nations Unies. CTB-84
87 Pour en savoir plus
88 POUR EN SAVOIR PLUS Liens relatifs au séminaire CTB (Coopération Technique Belge) : Brochure CTB : Villes, (f)acteurs de développement : suivre «publications» Projet CTB : assainissement et réhabilitation urbaine du Canal Tan Hoa Lo Gom : www2.btcctb.org/thlg/en/ intro.htm Centre for Development and Emergency Practice (CENDEP), Oxford Brookes University: schools/be/cendep DGCD (Direction générale de la coopération au développement) : DPU (Development Planning Unit), University College London: Centre européen de gestion des politiques de développement : GTZ, développement urbain et municipal : suivre Themes / Good governance / Urban and municipal development GTZ (coopération technique allemande) : Institut d études pour le développement urbain et de l habitat : Institut international pour l environnement et le développement : KULeuven, ASRO, Group Planning and Development: suivre Research / Planning and Development KULeuven, ASRO, Groupe de recherche sur l urbanisme et l architecture : suivre Research / OSA KULeuven, Institut de recherche anthropologique en Afrique (IARA pour Institute for Anthropological Research in Africa ) : La Cambre, Advanced Institute of Architecture: Sida, Division développement urbain : suivre Sectors / Reducing poverty through economic growth / Urban development. Sida: ONU-HABITAT: Livres et articles Allen, A. et You, N. (2002) Sustainable Urbanisation: Bridging the Green and Brown Agendas, publié par le DPU en collaboration avec ONU-Habitat et avec le soutien de DFID. Londres. Asian Coalition for Housing Rights (ACHR), Asian Cities: A synthesis of the findings from eight case study cities: Beijing, Puna, Chiangmai, Karachi, Phnom Penh, Hanoi, and Muntinlupa. Octobre UAC%20intro.htm Bigg, T. et Satterthwaite, D. (éd.) (sept. 2005) How to Make Poverty History: The central role of local organizations in meeting the MDGs. Londres: IIED. Bolnick, J. e.a. (mars 2006) A pro-poor urban agenda for Africa: Clarifying ecological and development issues for poor and vulnerable populations. Human Settlements Discussion Paper (Urban Change: 2) Londres: IIED. Cities Alliance, UNEP et ICLEI Local Governments for Sustainability (2007) Liveable Cities The Benefits of Urban Environmental Planning, A Cities Alliance Study on Good Practices and Useful Tools. Washington : The Cities Alliance. Davis, M. (2006) Planet of Slums. Londres / New York : Verso. De Boeck, F. & Plissart, M.-F. (2004) Kinshasa, Récits de la ville invisible. Gand, Tervuren : Ludion, Musée royal pour l Afrique centrale. Enwezor, O. et al. (2002) Under Siege: Four African Cities Freetown, Johannesburg, Kinshasa, Lagos. Documenta 11-Platform 4, Ostfildern-Ruit : Hatje Cantz. Grundström, K. et Wong, J. A. (ed.) (2007) Shelter for the Urban Poor, Proposals for improvements Inspired by World Urban Forum III, Housing Development and Management, Report 11, Lund University. Lund : Grahns Tryckeri AB. Hamdi, N. (2004), Small change: the art of practice and the limits of planning in cities, Earthscan publications Ltd Jorge, H. et Satterthwaite, D. (1995) Squatter Citizen: Life In the Urban Third World. Londres : Earthscan Publications. CTB-86
89 Pour en savoir plus Lelo Nzuzi, F. et Tshimanga Mbuyi, C. (2004) Pauvreté Urbaine à Kinshasa. La Haye : Cordaid. Lemanski, C. (2004) A new apartheid? The spatial implications of fear of crime in Cape Town, South Africa, Environment and Urbanisation vol. 16 no 2 pp Loeckx, A., Shannon K., Tuts R., Verschure H. (éd.) (2004) Urban Trialogues. Visions_Projects_Coproductions. Localising Agenda 21, UN-HABITAT, Nairobi, PGCHS, KULeuven, Leuven. Malaquais, D. (2006) Douala/Johannesburg/New York : Cityscapes Imagined. Dans : M.J. Murray & G.A. Myers (éd.), Cities in Contemporary Africa. New York : Palgrave MacMillan. McGranahan, G. (2007) Urban environments, wealth and health: shifting burdens and possible responses in low and middle-income nations, Londres: IIED. McGranahan, G. et Satterthwaite, D. (2000) Environmental health or ecological sustainability? Reconciling the Brown and Green agendas in urban development, dans : Pugh, C. (ed.), Sustainable cities in developing countries, Londres: Earthscan. pp McGranahan, G. et Satterthwaite, D. (mars 2006) Governance and getting the private sector to provide better water and sanitation services to the urban poor. Human Settlements Discussion Paper (Water 02), Londres : IIED. Ministère de l Écologie, du Développement et de l Aménagement durables, Isted, Ministère des Affaires étrangères et européennes, Agence française de développement (AFD), Institut d aménagement et d urbanisme de la région Ile-de-France (IAURIF) (2007), Villes en devenir: Des clés pour comprendre et agir, Montpellier : Impression SVI-Publicep. Moser, C. (2004) Urban violence and insecurity: an introductory roadmap, Introduction to the thematic issue of Environment and Urbanisation Urban violence and security, vol. 16 n 2 pp Londres : Sage Publications. Neuwirth, R. (2005) Shadow Cities. A Billion Squatters. A New Urban World. New York/Londres : Routledge. Portney, K. (2003) Taking Sustainable Cities Seriously, The MIT Press. Reid, H., Satterthwaite, D. (2007) Climate change and cities: why urban agendas are central to adaptation and mitigation, Londres : IIED. Satterthwaite, D. (2007) Human Settlements Discussion Paper (Urban Change: 4) The Transition to a Predominantly Urban World and its Underpinnings, Londres : IIED. Satterthwaite, D., Hug, S. Reid, H., Pelling M., Romero Lankao, P. (2007) Human Settlements Discussion Paper (Climate Change and Cities: 1), Adapting to climate change in urban areas: the possibilities and constraints in low and middle income nations, Londres : IIED. Sen, A. (2006), Identity and Violence: The illusion of destiny, W. W. Norton. Simone, A. (2004) For the City Yet to Come. Changing African Life in Four Cities. Durham/Londres : Duke University Press. Tacoli, C. (éd.)(2006) The Earthscan Reader in Rural-Urban Linkages, Londres : Earthscan Publications. Tannerfeldt, G. et Ljung, P. (2006) More Urban Less Poor: An introduction to urban development and management, Londres : Earthscan Publications. UNFPA (2007) Grandir en milieu urbain, Etat de la population mondiale 2007: Supplément Jeunesse UNFPA (2007) Etat de la population mondiale 2007, Libérer le potentiel de la croissance urbaine. Lien : UN-HABITAT (2003) The Challenge of Slums: Global Report on Human Settlements 2003, Londres : Earthscan Publications. ONU-HABITAT (2004) L État des villes dans le monde (2004/05): Mondialisation et culture urbaine, Londres : Earthscan Publications. UN-HABITAT (2004) State of the World s Cities (2006/07): The Millennium Development Goals and Urban Sustainability: 30 Years of Shaping the Habitat Agenda, Londres : Earthscan Publications. United Nations Human Settlements Program (Programme des Nations unies pour les établissements humains) (éd.) (2005) Financing Urban Shelter: Global Report on Human Settlements. Londres : Earthscan Publications. Wakely, P., You, N. (2001) Implementing the Habitat Agenda. In Search of Urban Sustainability, publié par la DPU en collaboration avec ONU-Habitat et avec le soutien de DFID. Londres. Weizman, E. (2007) Hollow Land: Israel s Architecture of Occupation, Verso. Wheeler, S. et Beatley, T. (2003) The Sustainable Urban Development Reader. New York/Londres : Routledge. CTB-87
90 Autres ressources Moteurs de changement urbain : Susta-info: Réseau pour le développement urbain durable Network for Sustainable Urban Development (NSUD pou Network for Sustainable Urban Development): Autres donateurs Le Centre des Recherches pour le développement international (CRDI), programme Pauvreté urbaine et environnement (PURE), Équipes du programme urbain de l Agence pour le développement international (USAID) : Making Cities work (working on City Management and Governance, Municipal Finance, Housing, Infrastructure and Services, Local Economic Growth, Urban Health and Environment and Urban Security): Europeaid: Éditeurs et revues Earthscan Publications : Environment and Urbanization Journal (IIED) - Sage Publications : Habitat International, A Journal for the Study of Human Settlements - Elsevier: habitatint L Harmattan: Villes en Développement (ISTED) : Zedbooks: Thèmes DÉVELOPPEMENT URBAIN DURABLE Institut des Sciences et des Techniques de l Equipement et de l Environnement pour le Développement (ISTED): Centre international des villes durables (ICSC pour International Centre for Sustainable Cities) : Conseil international pour les initiatives écologiques locales (ICLEI pour International Council for Local Environmental Initiatives) : Centres de ressources pour l agriculture urbaine et la sécurité alimentaire (RUAF pour Resource centres on Urban Agriculture and Food Security) : L alliance des villes (The Cities Alliance) : Profil du secteur urbain durable de ONU HABITAT (RUSPS pour Rapid Urban Sector Profiling for Sustainability), suivre: Programmes / RUSPS ONU HABITAT, Localising Agenda 21, suivre : Programmes / Localising Agenda 21 ONU HABITAT, PLANIFICATION URBAINE ET LOGEMENT Coalition asiatique pour le droit au logement (ACHR pour Asian Coalition of Housing Rights): Building and Social Housing Foundation (BSF): Institut de développement des organisations communautaires (CODI pour Community Organisations Development Institute) : FUPROVI: Fundación Promotora de Vivienda/Fondation pour la promotion du logement: Habitat pour l humanité : Homeless International : SIDA Housing in Central American, suivre Sectors / Reducing poverty through economic growth / Urban development / Housing for Poor People Internationale des habitants de bidonvilles (SDI pour Slum Dwellers International) : CTB-88
91 Pour en savoir plus Revalorisation des communautés urbaines, ressources pour praticiens (par SIGUS - Special Interest Group in Urban Settlement, School of Architecture and Planning, MIT, avec le soutien de l Alliance des villes et rédigé pour la Banque mondiale : web.mit.edu/urbanupgrading SERVICES DE BASE La santé en milieu urbain Coopération suisse au développement : Priorités en matière de santé : USAID: Santé urbaine et pauvreté : OMS: Villes saines et gouvernance urbaine : Eau, déchets et hygiène Institute of delegated management / Institut de la gestion déléguée (IGD): Institut pour la gestion des déchets : Institut international de gestion de l eau (IWMI pour International Water Management Institute) : Programme Solidarité Eau (Water solidarity program): Conseil mondial de l eau : GOUVERNANCE URBAINE Association de la ville et des communes de la région de Bruxelles-capitale (AVCB-VSGB) : Citynet (réseau d autorités locales qui vise à promouvoir les initiatives de développement urbain durable dans la région Asie-Pacifique) : Association internationale des maires francophones (AIMF): Metropolis - association mondiale des métropoles et des villes capitales (section métropolitaine de l organisation gouvernementale Cités et gouvernements locaux unis (UCLG)): Partenariat pour le développement municipal (PDM) : Union des villes et communes de Flandre (WSG) : Union des villes et communes de Wallonie (UCVW) : Cités et gouvernements locaux unis (UCLG) : Urbanet - Réseau pour la décentralisation et le développement municipal : Autorités locales du monde (WLA pour World Local Authorities): CTB-89
92 notes
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96 cooperation TECHNIQUE BELGE Société anonyme de droit public à finalité sociale rue Haute Bruxelles Belgique T +32 (0) F +32 (0) [email protected]
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