Les nouveaux modèles économiques des solutions de Business Intelligence Open Source

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1 Les nouveaux modèles économiques des solutions de Business Intelligence Open Source Vincent VERDELLET 1 SEPTEMBRE Ce mémoire est mis à disposition sous un contrat Creative Commons. Vous êtes libre de reproduire, distribuer et communiquer cette création au public ainsi que de la modifier.

2 Résumé Le présent mémoire analyse les nouveaux modèles économiques du marché de la Business Intelligence (BI) Open Source. La première partie est consacrée aux logiciels Libres et Open Source et particulièrement à leur histoire qui permet de mieux comprendre la situation actuelle. Les aspects de Propriété Intellectuelle propres à ces logiciels y sont étudiés. La seconde partie s attache à expliquer ce qu est la BI, pourquoi elle est un domaine essentiel pour les entreprises et surtout en quoi la BI Open Source est une source de changement et d innovation. Deux problématiques de propriété intellectuelle y sont abordées : modèles économiques des acteurs de ce secteur et choix des licences utilisées.

3 Table des matières I Comprendre l Open Source 1 1 À l origine n existaient que des logiciels «libres» 2 2 L apparition du logiciel propriétaire 4 3 La structuration des mouvements Libres et Open Source 7 4 Licences et droits d auteur des logiciels 11 5 État des lieux en II Business intelligence Open Source 22 6 Principes de la Business Intelligence 23 7 Analyse du marché 31 8 Perspectives 42 2

4 Première partie Comprendre l Open Source 1

5 Chapitre 1 À l origine n existaient que des logiciels «libres» L époque des hackers Jusque dans les années 60, les systèmes informatiques étaient l apanage des grandes entreprises et des universités pour des raisons principalement financières. Pour fonctionner, ces systèmes nécessitaient des instructions encore appelées «programmes». De la faible standardisation des solutions informatiques de l époque résultait une grande intégration des activités : les programmes étaient développés par des ressources internes pour servir des besoins propres à l entreprise ou à l université. Cet état de fait impliquait que le code source des programmes 1 était généralement distribué librement à divers acteurs, à des fins d étude, d amélioration ou plus généralement pour des raisons pédagogiques. En fait, aucun intérêt commercial n était contrarié par cette libre distribution. Les logiciels concernés demeuraient la propriété des entités qui les avaient initialement développés. C est à cette époque qu apparaissent les «hackers», de brillants étudiants d universités américaines (dont le MIT) qui se passionnent pour l informa- 1. Le code source est la partie intelligible d un programme. Il est rédigé dans un langage informatique puis compilé dans le but de le rendre compréhensible et utilisable par la machine 2

6 tique et passent une grande partie de leur temps à programmer. C est ainsi que naît en 1962 un des premiers jeu vidéo «Spacewar» 2. UNIX et AT&T 1956 est une autre date importante dans l histoire des logiciel : AT&T, entreprise américaine de télécommunication, conclut un accord avec l état américain lui interdisant entre autre de vendre ou de fabriquer des ordinateurs. AT&T, dès lors, utilise des ordinateurs achetés à d autres entreprises et déplore rapidement le fait que ces machines sont incapables de communiquer entre elles. Pour palier ce problème, quelques ingénieurs planchent sur la réalisation d un système d exploitation 3 et mettent au point UNIX en Comme les accords de 1956 interdisent aussi à l entreprise de vendre un système d exploitation, AT&T décide finalement de mettre le code source de son nouvel OS à disposition de toute personne le demandant (à quelques restrictions près). Très vite les université utilisent ce code source à des fins pédagogiques et comme de nombreuses personnes l étudient en détail, il est amélioré au fil du temps. Toutes ces améliorations sont remontées à AT&T si bien que cette libre distribution du code source permet l amélioration continue d UNIX. 4 Une génération entière d étudiant se forme sur UNIX, l améliore et l enrichit : tout le code créé et pérennisé est d une très grande utilité pour l avenir comme nous le verrons dans les chapitres suivants. D autres exemples de communautés d échange apparaissent telle que SHARE, fondée par IBM dans les années 50 et qui permet encore aujourd hui la mise en commun de problèmes logiciels et informatiques. Cependant, cet état de fait ne perdure pas après la fin des années 60 et de nouveaux modèles économiques apparaissent. 2. Hacker (université). (2010, mai 1). Wikipédia, l encyclopédie libre. 3. (Operating System en anglais ou encore «OS»). Windows est une famille d OS 4. Lawrence Lessig (2005). L avenir des idées : le sort des biens communs à l heure des réseaux numériques, Presses Universitaires de Lyon. ISBN

7 Chapitre 2 L apparition du logiciel propriétaire La naissance des éditeurs Les années 60 sont le témoin d une situation à l origine de la séparation entre logiciel libre et logiciel propriétaire. De plus en plus d ordinateurs se vendent, avec à chaque fois un schéma similaire : le client paie le matériel mais la partie logicielle est aussi incluse. De nombreuses voix s élèvent contre cette association matériel/logiciel dans la mesure où certains clients préfèrent réaliser la partie logicielle eux même, ne souhaitant pas payer pour le logiciel fourni d origine. Ce phénomène est amplifié car les logiciels coûtent de plus en plus cher et parallèlement à cela, une industrie du logiciel commence à se mettre en place. Dans le cas United States vs. IBM (1969), la justice américaine estima qu il était désormais illégal de vendre de manière jointe des ordinateurs et les logiciels correspondants 1. Suite à cette décision, de nombreux logiciels ne furent plus distribués que de manière payante et l industrie fit en sorte de bloquer l accès aux sources des programmes (par exemple en ne distribuant que du code source compilé). 1. Franklin M. Fisher, James W. McKie, Richard B. Mancke (1983). IBM and the U.S. Data Processing Industry : An Economic History. Praeger. ISBN

8 D autre part, le droit d auteur est étendu aux logiciels dans les années 80, ce qui renforçe le modèle économique basé sur la rétention du code source et le paiement de licences. A partir de là, deux visions s affrontent : celle des hackers d une part (avec entre autres une promotion du libre échange des codes sources) et celle des éditeurs (par essence plus mercantile). La scission entre Libre et Propriétaire Un document rédigé par Bill Gates, cofondateur de Micro-Soft en janvier 1976 illustre cette scission naissante : An Open Letter to Hobbyists (en français : «Une lettre ouverte aux Hobbyists»). Adressé aux membres du Homebrew Computer Club (des passionnés d informatiques, les Hobbyists), il y exprime sa consternation face à la généralisation des infractions au droit d auteur, notamment envers les logiciels de sa compagnie. Il s y demande comment les développeurs peuvent réaliser leur travail (écrire du code, le corriger) si une juste rémunération n est pas versée, ce qui est le cas quand le logiciel est copié sans qu une licence ait été achetée 2. Il faut rappeler qu à cette époque, Bill Gates et Paul Allen, qui viennent de fonder Micro-Soft, gagnent déjà de l argent sur la vente de licences logicielles et cette lettre constitue en quelque sorte le manifeste du modèle économique propriétaire. AT&T, qui avait par l accord de 1956, contribué au développement d U- NIX, joua également un rôle important dans cette scission en étant démantelée en En effet, ce démantèlement la libéra de ses obligations précédentes et l entreprise décida de se lancer dans le commerce de logiciel, avec comme principal atout UNIX. Dès lors, elle réglementa l utilisation de cet OS en verrouillant l accès au code source tout en vendant des licences pour son utilisation. Les réactions furent très vives face à ce revirement de situation qui pénalisait tous ceux qui s étaient investis dans l amélioration continue de cette solution. Berkeley remania en profondeur le code source pour se débarrasser au fur et à mesure des lignes appartenant à AT&T et distribua un OS 2. An Open Letter to Hobbyists (31 août 2010). Wikipédia, l encyclopédie libre. 5

9 rebaptisé BSD-Unix. Mais une autre initiative encore plus ambitieuses vit le jour suite cette décision d AT&T : la Free Software Foundation (FSF). 6

10 Chapitre 3 La structuration des mouvements Libres et Open Source Richard Stallman, père du Logiciel Libre En 1983, Richard Stallman, hacker de longue date du laboratoire d intelligence artificielle du MIT, pose les bases du mouvement du Logiciel Libre (Free Software Movement en anglais) en initiant le projet GNU 1. GNU a pour vocation de créer un ensemble de logiciels libres suffisamment complet pour permettre de s affranchir des solutions propriétaires. Mais surtout, Richard Stallman avait pour ambition de créer un OS structurellement libre qui est aujourd hui connu sous le nom de GNU/Linux. Il fonde en 1985 la Free Software Foundation (FSF) qui sera par la suite, et encore aujourd hui, le fer de lance de l idée de Logiciel Libre. Il énoncera en particulier les quatre principes du logiciel libre et initiera le concept de Copyleft parfois traduit par Gauche de Copie en opposition à Copyright. Ces principes, ou plus exactement libertés sont les suivantes : Liberté 0 La liberté d exécuter le programme pour tous les usages, y compris commerciaux. 1. GNU est un acronyme récursif de GNU is Not Linux 7

11 Liberté 1 La liberté d étudier le fonctionnement du programme ce qui suppose l accès au code source. Liberté 2 La liberté de redistribuer des copies ce qui comprend la liberté de donner ou de vendre des copies. Liberté 3 La liberté d améliorer le programme et de publier ces améliorations ce qui suppose, là encore, l accès au code source. Peu à peu, le projet GNU prend forme si bien qu à la fin des années 80, pratiquement tous les composants requis pour mettre en oeuvre un OS sont prêts. Il ne manque que le noyau la partie centrale de l OS ce qu un jeune étudiant finlandais, Linus Torvalds apporte en Linus avait en effet besoin de réaliser des expériences sur un OS mais UNIX coûtait bien trop cher ; il s est donc contenté de Minix, un OS développé par un professeur dans un but éducatif et l a ensuite enrichi. Il diffuse son travail sous licence libre et le projet GNU repère rapidement cette contribution qui se révélera majeure par la suite. C est ainsi que naît GNU/Linux, un OS performant qui se répand alors très rapidement. 2 Figure 3.1 La mascotte officielle de Linux : Tux Parallèlement à l essor du projet GNU et des idées de la FSF, le Computer Systems Research Group (CSRG) de Berkeley, l Université de Californie, continue à développer et à distribuer son OS BSD-Unix. Au début des années 90, 2. Lawrence Lessig (2005). L avenir des idées : le sort des biens communs à l heure des réseaux numériques, Presses Universitaires de Lyon. ISBN

12 suite à des problèmes juridiques avec le propriétaire du code source d UNIX (voir le procès USL v. BSDi), l université s émancipe totalement des contributions d AT&T à son OS : c est ainsi que naît FreeBSD, un clone d UNIX libre, et l ensemble des licences BSD qui forment le second grand ensemble de licences libres avec celles de la FSF. Figure 3.2 Le logo GNU La réaction open Source En 1997 est publié un livre qui marque un tournant dans le monde du logiciel libre : The Cathedral and the Bazaar d Eric Raymond. Les modes de développement des logiciels y sont étudiés et il en ressort que les logiciels libres possèdent des qualités que les logiciels propriétaires ne peuvent mettre en avant. Il évoque en particulier la différence d organisation entre le libre et ses multiples contributeurs (le bazar) et l organisation hiérarchisée des projets propriétaires (la cathédrale) 3. Ce livre rencontre un franc succès et Netscape, très intéressé, demande à Éric Raymond de réfléchir à un moyen de communiquer au sein du monde de l entreprise sur le thème de la libre distribution du code source. Le concept de logiciel libre ayant une connotation trop idéologique pour Netscape, le nom Open Source est retenu et les avantages compétitifs que génèrent cette libre circulation du code source sont mis en avant. C est d ailleurs suite à ce livre que Netscape décide de distribuer sous licence libre sa suite logicielle Netscape Communicator Internet, plus connue aujourd hui sous le nom de Mozilla et Thunderbird. 3. Éric S. Raymond (1999). The Cathedral and the Bazaar. O Reilly. ISBN

13 En 1998 est fondée l Open Source Initiative, soutenue entre autres par Linus Torvalds. Figure 3.3 Le logo de l Open Source 10

14 Chapitre 4 Licences et droits d auteur des logiciels Droits d auteur et Copyright Pour comprendre les tenants et les aboutissants du récent développement de la Business Intelligence Open Source, il est nécessaire de rappeler les principes élémentaires de propriété intellectuelle en matière de logiciel. Tout logiciel est régi par le droit d auteur dans les pays de droit civil (France et Belgique notamment) ou par le Copyright dans les pays de Common Law comme les États-Unis. Ces droits se scindent en deux parties : le droit moral et les droits patrimoniaux ; ils permettent la protection des oeuvres de l esprit dès leur création. Bien qu il existe des différences entre droit d auteur et Copyright, ils sont très largement harmonisés depuis la convention de Berne, le Copyright s attachant plus à la protection des droits patrimoniaux. Le droit moral est un droit qui vise à protéger l auteur en reconnaissant dans l œuvre une expression de sa personnalité. Il comprend les droits de retrait, de paternité, de divulgation et d intégrité. Les droits patrimoniaux sont exclusifs et permettent l exploitation de l œuvre selon le triptyque suivant : Abusus l auteur décide du sort de son œuvre. 11

15 Fructus l auteur peut tirer partie de son œuvre. Usus l auteur peut jouir de son œuvre. La conséquence directe de la détention de ces droits (limités dans le temps par ailleurs) est la possibilité pour l auteur de signer un contrat de cession ou de licence avec un tiers pour que ce dernier puisse exploiter l œuvre. Les logiciels, en temps qu œuvre de l esprit, sont soumis au droit d auteur (ou au Copyright, en fonction des pays). C est le point de départ de l étude ultérieure des différentes licences de logiciel : pas de licence sans droit d auteur. Il est d ailleurs essentiel de comprendre que le droit moral étant inaliénable dans les pays de droit civil, il est particulièrement compliqué de renoncer à un droit d auteur de manière exhaustive. Il est en revanche plus simple de céder un Copyright puis que le droit moral n y est pas inaliénable. Copyleft all rights reversed Le Copyleft est une manière relativement récente d utiliser le Copyright non pas pour permettre ou interdire l utilisation d une œuvre mais plutôt empêcher l appropriation des droits de Copyright part un tiers tout en la rendant librement disponible. Distribuer un logiciel en Copyleft, c est donc autoriser tout un chacun à en disposer librement sans pour autant accepter qu un tiers s en empare et y revendique un Copyright. Ce concept apparaît dans les années 70 dans les milieux informatiques et tout particulièrement dans les sphères des Hobbyists, ces touche-à-tout de l informatique vivement critiqués par Bill Gates dans la lettre ouverte qu il leur adresse. Parce qu il contractualise une manière de distribuer l œuvre, le Copyleft est une licence et est la base de certaines licences de logiciels libres. Il permet finalement à l utilisateur de jouir des mêmes droits de fructus et d usus que l auteur tout en étant transmissible à l ensemble des œuvre dérivées : une œuvre dérivée d une œuvre sous Copyleft est aussi sous Copyleft. C est ce dernier point qui distingue une licence libre Copyleft d une licence libre permissive. Autre point important, un logiciel distribué sous Copyleft n est pas dans 12

16 le domaine public, de même que les autres logiciels libres et tout autre logiciel soumis à licence : s ils étaient dans le domaine public, ils n appartiendraient à personne et seraient exempts de droits patrimoniaux. Figure 4.1 Symbole du Copyleft Figure 4.2 Symbole du Copyright Licences libres Copyleft Au milieu des années 80, le projet GNU proposait des licences libres avec chacun des logiciels qu il produisait mais sans harmonisation entre elles. Ce sont dans ces conditions qu est écrit en 1989 le premier contrat de licence GNU GPL (General Public Licence). La seconde version de la GNU GPL vit le jour en 1991 : c est aujourd hui la licence la plus utilisée dans le monde du Libre et de l Open Source 1. Une troisième version est sortie en Il existe en outre un grand nombre d autres licences dites libres. Parmi celles qui sont soutenues par la FSF, on peut citer : LGPL C est une licence GPL amoindrie (Lesser GPL) utilisées généralement pour certaines sous-parties de logiciels : les bibliothèques de composants. 1. http ://www.blackducksoftware.com/oss/licenses#top20 13

17 AGPL Affero GPL ; c est une licence qui autorise l utilisateur à bénéficier des droits afférents aux logiciels libres même s il accède à ce logiciel par un réseau. FDL Cette licence est utilisée pour la documentation des licences et donc pour la protection de la licence elle-même. Un des points essentiels de ces licences libres sous Copyleft est le fait que toute œuvre dérivée doit être distribuée avec la même licence que le logiciel d origine. Cela pose le problème de la compatibilité des licences et implique par exemple qu un logiciel GPL ne peut engendrer qu un logiciel GPL. Licences libres permissives dites BSD-Licenses C est le second grand ensemble de licences libres et bien que moins utilisées aujourd hui, elles restent incontournables. Leur origine remonte à l Université de Californie, Berkeley, et à son activité de développement et de distribution de programmes relatifs à BSD-Unix. Leur principale caractéristique est d être plus permissives quant à la réutilisation du code source. La seule condition est d informer l auteur de la réutilisation du code dans un dérivé mais sans contrainte quant au type de licence de ce dérivé. C est ainsi qu un logiciel sous licence BSD peut être utilisé dans un logiciel propriétaire : les protocoles de communication Internet utilisés par Microsoft dérivent de ce genre de licence. Les partisans de ce type de licence arguent qu elles sont intrinsèquement plus libres puisque l on peut en faire à peu près tout ce que l on souhaite. La FSF rétorque que c est un abus de pouvoir que d utiliser un logiciel libre pour créer un logiciel non libre. Mais ce type de licence souffre d un manque de visibilité car il n est pas interdit d en modifier le texte et cela génère une multitude de variantes. Citons malgré tout quelques variantes connues : MPL (Mozilla) et CDDL (SUN). 14

18 Licences Open Source Une licence peut être estampillée Open Source si elle répond à certains critères tels que définis par l Open Source Initiative (OSI) dans l Open Source Definition (OSD). Si toutes les licences Libres (GNU GPL, BSD, etc.) sont Open Source, l inverse n est pas forcément vrai, les critères de l OSI étant moins stricts quant aux licences des logiciels dérivés. Mais la différence fondamentale repose plus sur l approche que sur le contenu. L OSI met en avant les avantages économiques que peuvent représenter le mode de développement Open Source et laisse de côté les problématiques philosophiques et politiques portées par la FSF. Dans tous les cas, une licence ne peut être considérée comme Open Source si elle ne respectent pas les points suivants : libre utilisation du logiciel, libre modification (et donc accès au code source) ainsi que libre diffusion. D autre part, une licence Open Source ne peut être discriminante quand à l usage qui est fait du logiciel ou quant aux personnes qui utilisent ce logiciel. La liste des licences Open Source peut être trouvée sur le site Internet opensource.org. Il est intéressant de relever l introduction de ce site : Open source is a development method for software that harnesses the power of distributed peer review and transparency of process. The promise of open source is better quality, higher reliability, more flexibility, lower cost, and an end to predatory vendor lock-in. On pourrait la traduire par : L Open Source est une méthode de développement de logiciels basée sur le concept d évaluation par les pairs et de procédés transparents. La promesse de l Open Source est une meilleure qualité, une plus grande fiabilité, une flexibilité accrue, un coût plus bas et la fin du problème de l enferment propriétaire. Cette introduction est clairement tournée vers la mise en avant des avantages économiques procurés par cette solution et élude les problématiques politiques et philosophiques. 15

19 Les problématiques des dérivés et des compatibilités de licence La notion de dérivé est importante car elle divise le monde de l Open Source en deux : soit les dérivés d un programme sont soumis à la même licence que ce dernier (cas de la GPL), soit ils ne le sont pas (cas des licences permissives). On entend par dérivé, une copie du programme d origine comprenant une ou plusieurs modifications du code source. D autre part, un programme créé à partir de deux autres est un dérivé de ces deux programmes. Mais un programme qui fait appel à un autre pour fonctionner n en est pas forcément un : il faut pour cela qu il ne puisse pas fonctionner sans lui. On touche là à la limite du concept qui est en réalité soumis à interprétation et imprégné d un certain flou. Un autre problème se pose dans le monde du logiciel Open Source : celui de la compatibilité des licences. Ou plutôt, celui de la compatibilité avec les licences GNU GPL. Ces dernières utilisant le Copyleft, on ne peut pas l amalgamer à un programme non GPL. Cela implique que si un éditeur de logiciel choisit la GPL pour un projet, il n aura d autre choix que de travailler qu avec des licences GPL : le reste des contributions Open Source lui sera fermé. En revanche, une entreprise qui réalise des dérivés pour son propre usage ne rentre pas dans le cadre de la distribution : cela lui permet de conserver ses travaux et de ne pas diffuser le code source à l extérieur : c est un point important de la problématique Open Source. Un éditeur qui réalise des programmes et autres dérivés sur mesure pour le compte d un tiers réalise en revanche une distribution avec tout ce que cela implique en terme de compatibilité de licence. Il faut malgré tout noter que le code source écrit par un tel éditeur pourra n être divulgué qu à son client : il n y a pas d obligation de révéler le code source à des personnes qui n utilisent pas un logiciel Smile Open Source Solutions (2010). Comprendre l open source et les logiciels libres. Livre blanc diffusé sur http ://www.smile.fr sous licence Creative Common by-nd 16

20 Le cas des brevets Il est possible de déposer des brevets concernant des algorithmes et des programmes dans certains pays comme les États-Unis ou le Japon. Cela fait parfois peser une menace sur les utilisateurs de solutions Open Source du fait d éventuelles poursuites des propriétaires de ces brevets. Les éditeurs de logiciels Open Source, conscients de ce problème apporte au besoin une protection juridique à leur client pour minimiser ces risques. Ce type de brevet étant généralement interdit en Europe 3, le présent document ne s y attardera pas davantage. 3. Sauf exceptions sur des inventions telles que le freinage ABS pour les véhicule qui inclut un dispositif mécanique et un logiciel 17

21 Chapitre 5 État des lieux en 2010 Les grands noms de l Open Source Red Hat, Ubuntu, Apache, MySQL, Eclipse : l Open Source est actuellement dominé par quelques grands noms sur lesquels il est important de revenir avant d étudier plus en détail les solutions de Business Intelligence Open Source. Ces grands noms façonnent le paysage de l informatique en 2010 de part leur présence dans les médias spécialisés mais aussi grâce à leur part de marché. Apache par exemple est la solution de serveur web 1 n 1 depuis 1996, concurrençant les produits de Microsoft en particulier. En septembre 2010, plus de 57% des serveurs web sont des serveurs Apache selon le site d enquête news.netcraft.com 2. C est la Apache Software Foundation (ASF) qui en est à l origine : cette fondation américaine à but non lucratif est l une des seules à pouvoir porter de nombreux projets Open Source d envergure à l heure actuelle. Eclipse est aussi une fondation à but non lucratif, initiée par IBM, avec pour objectif la mise en place d un environnement de développement éponyme. Cet environnement est ce que l on appelle en informatique un IDE (Integrated Development Environment ou, en français, Environnement de Développe- 1. Un serveur web permet d héberger des sites web et de les rendre consultable depuis un navigateur. 2. http ://news.netcraft.com/archives/category/web-server-survey/ 18

22 ment Intégré). C est un programme regroupant un ensemble d outils pour le développement de logiciels : éditeur de texte, compilateur, outils automatiques de fabrication et débogueur. Eclipse a pour objectif affiché de contrer les solutions de Microsoft et est soutenue par de grandes entreprises du secteur (Intel, Motorola, etc.). Une telle solution de développement intégrée, supportant de nombreux langages de programmation, est une opportunités unique pour les développeurs de tous bords, quelque soit leur structure d appartenance. Redhat est un autre grand nom de l Open Source : multinationale d origine américaine cotée en bourse, elle s est faite connaître en éditant des distributions Linux. Elle est l une des entreprises dédiées aux logiciels Open Source les plus importantes et les plus reconnues. Elle constitue également le premier distributeur du système d exploitation GNU/Linux. Red Hat a été fondée en 1995 et son siège social se trouve à Raleigh en Caroline du Nord. Elle possède en plus de ce dernier un nombre important de bureaux dans le monde entier. L entreprise est principalement connue pour son produit Red Hat Enterprise Linux, un système d exploitation destiné aux entreprises et fournit de manière générale des plate-formes logicielles (système d exploitation, middleware comme JBoss). Selon le site Red Hat est en passe de devenir la première entreprise du monde Open Source à franchir la barre du milliard de dollars de chiffre d affaires (CA). D autre part, ses résultats trimestriels sont en hausse de 20% par rapport à l année dernière. Son modèle économique se base essentiellement sur la vente de support (84,7% de son CA) 3. Pour compléter ce tableau, il faut mentionner MySQL, système de gestion de base de données (SGBD 4 ) parmi les plus utilisés au monde avec 40% de part de marché en Selon le type d application, sa licence est libre ou propriétaire. MySQL a été racheté par Sun en 2008 puis par son principal concurrent, Oracle, en 2010 (ce dernier ayant dû donner de nombreuses 3. http ://www.silicon.fr/red-hat-signe-des-resultats-financiers-exceptionnels htm 4. système de gestion de base de données 5. http ://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-mysql-seduit-40-desdeveloppeurs html 19

23 garanties à la commission européenne relatives au futur développement de ce système de gestion de base de données). La communauté MySQL a vu d un très mauvais oeil cette fusion et particulièrement son créateur qui s est empressé de créer un SGBD dérivé pour contrer cet évènement. Enfin, il faut noter le travail important du millionnaire Mark Shuttleworth qui initia le développement de la distribution Linux «Ubuntu» en 2004 par le biais de la société Canonical et de la Ubuntu Foundation. Ubuntu est la distribution Linux la plus utilisée aujourd hui dans le monde, par les entreprises comme par les particuliers 6, Canonical ayant toujours eu pour objectif de simplifier l approche de cet OS et de le rendre accessible à tout un chacun. La gendarmerie française est par exemple en train de migrer ses postes informatiques sous Ubuntu. Cette dernière bénéficiera ainsi d Open Office, suite bureautique Open Source concurrente Microsoft Office 7. Bien qu il soit difficile d estimer la part de marché de Linux concernant l ensemble des PC vendus (le chiffre de 1% étant souvent évoqué), le chiffre de 8% paraît crédible si l on prend en compte l explosion des vente de netbooks 8. En effet, 32% des 11 millions de Netbooks vendus dans le monde en 2009 étaient accompagnés d une distribution Linux 9. Croissance de l Open Source Ces quelques exemples montrent que l Open Source s est inscrit durablement dans certains secteurs de l informatique et de manière croissante. Pour parachever ce tour d horizon, on peut citer et traduire une étude bien documentée du site dirkriehle.com pour l année : «L importance de l Open Source a continuellement grandi. Nos recherches étayent cette affirmation en analysant la croissance globale de l Open Source. Notre travail montre que le 6. http ://www.silicon.fr/ubuntu-roi-des-linux-linux-roi-de-lembarque html 7. http ://www.clubic.com/actualite gendarmerie-nationale-prepare-passageubuntu.html 8. Un netbook est un ordinateur de très petite taille, aux performances plus faibles qu un ultraportable classique, et vendu à bas prix. 9. http ://www.computerworld.com /s/article/ /linux_s_share_of_netbooks_surging_not_sagging_says_analyst 10. http ://dirkriehle.com/publications/2008/the-total-growth-of-open-source/ 20

24 nombre d ajouts aux projets Open Source, la taille de ces projets (mesurés en nombre de lignes de code source), le nombre de nouveaux projets Open Source et le nombre total de projet Open Source croissent de manière exponentielle. La quantité totale de code source et le nombre de projets doublent tous les 14 mois environ.» D une manière générale, si les décideurs en entreprise ont pris conscience que l Open Source occupait une place de plus en plus importante dans leur organisation, de nombreuses études ainsi que les exemples ci-dessus montrent que l Open Source est pour le moment bien plus présent au niveau de l infrastructure des systèmes d information (OS, serveurs applicatifs, environnements de programmation) que dans les couches plus hautes de ces systèmes (applications métier par exemple). En fait l Open Source s impose d abord dans les populations les plus concernées par les problématiques informatiques. 21

25 Deuxième partie Business intelligence Open Source 22

26 Chapitre 6 Principes de la Business Intelligence Objectifs de la BI Appelée Business Intelligence en anglais, l informatique décisionnelle «désigne les moyens, les outils et les méthodes qui permettent de collecter, consolider, modéliser et restituer les données, matérielles ou immatérielles, d une entreprise en vue d offrir une aide à la décision et de permettre aux responsables de la stratégie d entreprise d avoir une vue d ensemble de l activité traitée» 1. Concrètement, une entreprise a tendance à générer des données en grande quantité, de manière plus ou moins coordonnée. Il devient donc rapidement complexe pour un décideur d avoir une vue synthétique de son activité à un instant donné et donc de prendre des décisions éclairées. Un des objectif principaux de la BI est d accompagner cette prise de décision en apportant une information juste, concise et claire. Une solution de choix pour parvenir à cet objectif est l utilisation de tableaux de bord (TdB) bien que le plus souvent le stade du reporting (c est à dire une présentation plus ou moins élaborée d informations brutes ou retravaillées) ne soit jamais dépassé. Un tableau de bord comprend des indicateurs (ou métriques) en 1. http ://www.ib-formation.fr/formations/g_informatiquedecisionnelle/or606_oracle-bi-developpeur-construire-un-repository.html 23

27 nombre limité (généralement moins de dix) qui sont remis à jour régulièrement en fonction des besoins et des capacités du système d information. Un exemple d indicateur serait le chiffre d affaires. Un TdB peut être décliné par métier (TdB marketing par exemple) et par entité organisationnelle (TdB de l unité d affaire «France»). Une autre solution de la BI pour parvenir à cet objectif d aide à la décision est la mise en évidence de corrélations remarquables. C est ainsi que Wal- Mart découvrit dans les années 70 que les personnes achetant des couches le samedi achetaient également de la bière. En rapprochant les deux rayons concernés, l enseigne put accroître ses ventes de bière... Cet exemple trivial ne doit pas occulter les nombreuses possibilités offertes par l analyse de données ou datamining (ici, l analyse des tickets de caisse). Place de la BI dans l entreprise Le système d information de gestion d une grande entreprise comporte généralement de nombreuses applications transactionnelles 2 spécifiques dites applications métier et éventuellement un ERP (Entreprise Ressource Planning), cœur applicatif du système d information de par son importance légale et fonctionnelle 3. Une solution de Business Intelligence (BI) se positionne en aval de cette architecture : elle extrait des données dans ces différentes applications, les transforme éventuellement pour les harmoniser puis les charge dans sa base de donnée multidimensionnelle (au travers d un entrepôt de données ou infocentre), concept qui sera détaillé ultérieurement. Un exemple d application métier pourrait être un logiciel de gestion des pièces détachées à la SNCF : toutes les informations concernant les transactions de l entité concernée (entrées, sorties et utilisations de pièces) y sont notées et stockées dans une base de donnée relationnelle. L application métier est donc utile aux 2. applications gérant les «actions» (appelées transactions) de la vie quotidienne dans une organisation 3. Un ERP est un «logiciel qui permet de gérer l ensemble des processus opérationnels d une entreprise, en intégrant l ensemble des fonctions de cette dernière comme la gestion des ressources humaines, la gestion comptable, financière, mais aussi la vente, la distribution, l approvisionnement, le commerce électronique.» (Source : GDT) 24

28 populations fonctionnelles mais ne peut aider à la décision à un niveau plus transversal sans intégration dans une solution de BI. Cependant, les données de cette application peuvent être utilisées dans le cadre d un reporting local : combien de pièces de type A ont-elles été consommées? Combien de pièces de type B restent-il en stock? etc. D une manière générale, il est important de noter que la BI est avant tout une démarche facultative en aval du reste du système d information dont la clé est l unification de données éparses et non directement comparables. ETL, référentiel et entrepôt de données La première étape de la démarche BI est donc l unification des données. En effet, ces dernières peuvent s exprimer dans des référentiels non coordonnés. Prenons l exemple des référentiels clients : une application A mentionnera le client «Société Carrefour S.A.» quand l application B mentionnera de son côté «Carrefour Société Anonyme». Les données issues de ces deux applications ne pourront donc être agrégées. Autre exemple : les données financières de différentes filiales ne pourront être comparées directement si elles ne s expriment pas dans la même devise. Pour contrer ce problème, une solution de BI fait appel à un processus appelé ETL : Extract Transform and Load. Extract Extraire : pour agréger les données d une entreprise, il faut d abord les extraire de chacune des applications, soit de manière ponctuelle soit à intervalle régulier, par le biais d interfaces. Transform Transformer : pour justement unifier ces données, il faut les adapter au référentiel général qui représente en quelque sorte la norme de nommage des objets désignés dans la solution de BI. Load Charger : une fois ces données transformées, il faut les charger dans ce qui est appelé un entrepôt de données ou infocentre. Parfois les données sont d abord chargées dans des entrepôts plus petits et plus spécialisés (par métier par exemple) appelés Datamart ou magasin de données. ETL et entrepôts de données sont deux briques d une solution de BI ; les 25

29 tableaux de bord en sont une troisième. Il reste à étudier entre les deux l application qui permet de faire le lien : la base de donnée multidimensionnelle OLAP 4. Cette notion de briques permet de visualiser l aspect modulaire des logiciels de BI. Bases de données multidimensionnelles et OLAP Les bases de données sont un lot d informations stockées dans un dispositif informatique. Toutes les informations possédées par une entreprise ne peuvent exister qu au travers de bases de données. Généralement, ces bases sont de type relationnel : les données y sont organisées par tables (table client, table fournisseur, table employés, etc.) possédant des relations entre elles. L inconvénient de ce type de base est la complexité rapidement croissante de son organisation (grand nombre de tables et de liens par exemple) avec pour conséquence des difficultés et des lenteurs pour en extraire l information essentielle. Les bases de données relationnelles sont malgré tout très majoritaires dans les systèmes d information de gestion des entreprises et très adaptées aux applications métiers dont le périmètre est bien circonscrit : c est d ailleurs une pièce essentielle de la plupart des applications informatiques. Mais une solution de BI, avec ces impératifs d unification et de transversalité ne peut trouver son compte dans les bases de données relationnelles. Le volume et la complexité des données à gérer donnerait naissance à des bases de données trop lourdes à manipuler. C est à partir de ce constat que se sont développées les bases de données multidimensionnelles et le concept de processus d analyse en ligne (OLAP). Une base de données multidimensionnelle représentent les données (appelées ici aussi métriques ou indicateurs) sur des axes (les dimensions). Deux dimensions peuvent facilement être représentées par un tableau (exemple : les périodes de temps en colonnes et les produits vendus en ligne). Si l on ajoute une troisième dimension, comme les clients ayant acheté les produits, alors on peut se représenter un tableau «cubique» avec trois dimensions. Dès lors 4. OLAP : On Line Analytical Processing : processus d analyse en ligne 26

30 que l on a plus de trois dimensions, on parle d hypercube et la représentation spatiale devient a priori impossible. Le principe est que ces dimensions doivent être indépendantes entre elles, c est à dire qu une dimension ne doit pas pouvoir être exprimée en fonction des autres ou alors elle en devient superflue. Pour construire une base de données multidimensionnelle, il faut d abord en définir les dimensions (indicateurs, temps, géographie, clients, processus budgétaire, etc.) puis il faut spécifier le contenu de chacune d elle (pour l axe client : client A, client B, etc.). Dans un dernier temps, il s agit de définir les interactions entre les différents éléments présents sur les axes précédemment définis. Par exemple, le chiffre d affaires de deux clients s additionnent (c est une agrégation) mais les consommations unitaires de deux véhicules différents exprimés en litres au cent kilomètres ne peuvent s additionner : au mieux peut-on en faire une moyenne pondérée. Les bases de données multidimensionnelles s appuyant sur de tels hypercubes adhèrent au concept OLAP car elles obéissent entre autres aux principes suivants : Agrégation Possibilité d obtenir des informations déjà agrégées selon les besoins de l utilisateur. Simplicité Utilisation par des non informaticiens (contrôleurs de gestion, dirigeants...). Rapidité d accès Par rapport à une base de données relationnelle. Souplesse Capacité à manipuler les données agrégées selon différentes dimensions et différents points de vue. Manipulation Possibilité d utiliser les fonctions classiques d agrégation : min, max, nombre, somme, moyenne, mais peut utiliser des fonctions d agrégations spécifiques. Le concept OLAP n implique pas nécessairement l utilisation d hypercube (ou Multidimensional-OLAP) : on peut aussi répondre aux exigence de l O- LAP en utilisant une base de données relationnelle (Relational-OLAP) mais le multidimensionnel, bien que nécessitant plus d investissements, permet des analyses plus approfondies. 27

31 Les fonctionnalités OLAP sont mises en oeuvre par le biais d outils accessibles aux populations fonctionnelles permettant de réaliser des requêtes sur mesure : cette possibilité leur apporte une souplesse que le reporting et les tableaux de bord n ont pas (leur contenu et leur forme sont en effet prédéfinis). Ces outils de requêtage ad-hoc sont intéressants pour des métiers tels que le contrôle de gestion dans la mesure où ils permettent de nombreuses analyses et simulations ; la contrepartie est la génération d un grand nombres de tableaux, avec finalement un risque potentiel de ne plus pouvoir faire face à la masse d informations disponibles. Architectures des solutions BI Les tableaux de bord présentés dans les sections précédentes font partie d un plus grand sous-ensemble : les états. Les états regroupent aussi les reporting, présentation moins avancées des informations issues soit de l entrepôt de données soit des hypercubes OLAP. Les schémas ci-dessous présentent des architectures typiques d une solution de BI, le premier mettant bien en évidence l articulation entrepôt - cubes et le second mettant plus l accent sur le résultat de la BI : reporting, datamining, OLAP et tableaux de bord. Figure 6.1 Exemple d architecture BI (taslimanka.developpez.com) 28

32 Figure 6.2 Schéma fonctionnel de la Business Intelligence (extrait du whitebook Atol CD «Les ETL Open Source») Avantages de l approche BI Mettre en place une solution de BI au sein d une organisation apporte de nombreux avantages. On peut citer : Référentiel partagé Tous les acteurs de l entreprise parlent la même langue : il n y pas d un côté «Carrefour SA» et de l autre «Carrefour Société Anonyme». Base de données commune Toutes les données, bien que toujours présentes dans les applications métier sources, sont copiées et rassemblées au même endroit, l entrepôt de données. Gestion avancée des sécurités Les solutions de BI gèrent en général l accès au données en fonction des profils utilisateurs. Fiabilisation des données et des calculs Comme les liens existants entres les objets et les calculs correspondants sont spécifiés en amont d un projet de BI, cela évite de nombreuses erreurs par la suite (fréquente lors de l utilisation d un tableur type Excel). Homogénéisation du format et du contenu des reporting et TdB Leur format est lui aussi spécifié en amont ce qui permet une constance dans leur présentation. 29

33 Capacité d analyse avancée des données complexes C est l apport de l OLAP, point essentiel pour des métiers tels que le contrôle de gestion qui peuvent ainsi analyser les données de manière poussée et travailler sur des scénarios de simulation. Ces avantages, que l on pourrait résumer par plus de rigueur, d homogénéité, de sécurité et de capacité d analyse sont l explication du succès rencontré par la BI ces dernières années dans le monde de l entreprise. 54% d entre elles ont d ailleurs déjà installé au moins un logiciel de BI 5 et la croissance de ce marché était de 4,2% en valeur en 2009 malgré la «crise» et une baisse de 8% des ventes de logiciels cette même année ITManager.com, enquête sur un panel de 900 décideurs en Europe et en Amérique du Nord 6. http ://www.silicon.fr/gartner-confirme-les-bons-chiffres-de-la-business-intelligence html 30

34 Chapitre 7 Analyse du marché Acteurs du marché Le marché de la Business Intelligence est dominé par IBM, Oracle et SAP. Une étude a été réalisé par le cabinet de conseil en systèmes d information Forrester auprès d entreprises européennes et nord-américaines et l une des questions posées était : «Qui est votre premier fournisseur d application de Business Intelligence?». Les décideurs informatiques interrogés ont répondu : 1. SAP (dont Business Object) (20%) 2. IBM (dont Cognos) (17%) 3. Oracle (dont Hyperion) (17%) Les suivants obtiennent 3% ou moins. Quelle place cela laisse-t-il aux acteurs Open Source? En 2009, Forrester a évalué à environ 10 milliards de dollars le marché global de la BI. Celui-ci ne représente encore qu une toute petite part (2,7%) comparé aux 366 milliards de dollars du marché global des logiciels qui, lui-même, ne représente qu un peu plus de 15% des dépenses engagées au niveau mondial par les entreprises sur les produits et services IT (2 387 milliards de dollars) 1. Une autre étude de Forrester 2, d août 2010 cette fois, 1. http ://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-applications-de-bi-des-outilsspecifiques-perdurent-montre-forrester html 2. Boris Evelson and Jeffrey S. Hammond for Business Process Professionals. The Forrester WaveTM : Open Source Business Intelligence (BI), Q August 10, 2010 Updated : August 12,

35 donne plus de détail sur le marché BI en Open Source ; cinq solutions y sont d emblée mentionnées comme étant les plus représentatives : 1. Actuate BIRT 2. Jaspersoft Enterprise 3. SpagoBI 4. Pentaho Enterprise 5. Pentaho Community Organisation de l offre BI Open Source (OSBI) Les études de marché concernant la BI segmentent généralement les produits délivrés selon la catégorisation suivante : ETL Comme indiqué dans la section «ETL, référentiel et entrepôt de données», pour différentes raisons c est le composant qui permet l interface entre les applications métiers transactionnelles d une part et la solution BI d autre part. Sans ETL, pas d alimentation de l entrepôt de données. Serveur BI C est le composant qui permet la mise en oeuvre d un entrepôt de données et des hypercubes. Métadonnées et requêtage ad-hoc C est la manière souple (et complexe) d accéder aux données rassemblées par les solutions de BI. Analyse multidimensionnelle (OLAP) C est l analyse permise par la mise en oeuvre d hypercubes (tables de faits, dimensions...) et le point de départ de l analyse de données (datamining). Reporting Présentation de l information issue de la solution BI, généralement sous la forme de tableaux. Tableaux de bord C est l état le plus abouti. Il présente l information de manière claire et synthétique. Le tableau ci-dessous compare les différentes solutions de BI Open Source en utilisant la catégorisation précédente. Cela reflète bien le côté modulaire de ces solutions mais aussi leur grande disparité. Il faut noter que seules les 32

36 solutions Community y sont présentées : ce sont les versions gratuites par opposition à leurs homologues payantes et plus complètes dites Entreprises. Cependant la version Entreprise est toujours basée sur la version Community. Figure 7.1 Comparatif des solutions de BI Open Source (versions Community) (source : Ce tableau constitue le point de départ de l analyse qui va suivre concernant la présentations des solutions, les modèles économiques suivis et les licences utilisées. Pentaho Entreprise et Pentaho Community Pentaho fait partie des suites Open Source décisionnelles les plus complètes du marché. La qualité de son interface et sa simplicité de prise en main en font également des atouts clés, au même titre que la richesse de sa couverture fonctionnelle (analyse, tableaux de bord, intégration, datamining...) 3. L entreprise Pentaho a été créée en 2004 par des vétérans de la Business 3. http ://www.journaldunet.com/solutions/intranet-extranet/selection/10-solutionsdecisionnelles-open-source/pentaho-bi-suite-l-union-modulaire-fait-la-force.shtml 33

37 Intelligence. Son offre est double : elle propose en premier lieu une solution payante qui est l agrégation d applications Open Source et d un ensemble de service (version Entreprise). En second lieu, elle propose la possibilité d accéder aux seuls développements Open Sources et aux services (gratuits) associés (Pentaho Community). Ce modèle à deux vitesses est un principe important de son fonctionnement. Plus exactement, Pentaho possède un modèle économique dit de suscription : pas de licences à payer mais en contrepartie l entreprise cliente souscrit à un abonnement annuel qui lui permet de bénéficier de support technique, de différents services et d améliorations en priorité. A côté de ces activités commerciales, Pentaho encadre et sponsorise une communauté de développeurs qui sont à l origine de la version Community de leur solution. Elle a agrégé au fil du temps d autres projets tel que Mondrian (serveur OLAP), Kettle (ETL) ou encore Weka (datamining). Voici une capture d écran d une partie de la page d accueil du site de la communauté Pentaho. On y trouve l ensemble des sous-projets de la communauté avec les produits et services associés : applications à télécharger, documentation, accès aux forums utilisateurs, accès aux forums des développeurs, listes de questions fréquemment posées et applications de gestions des anomalies. 34

38 Figure 7.2 Les projets de la communautés Pentaho Les applications développées par Pentaho sont distribuée sous licence MPL, Mozilla Public Licence, une licence avec un faible Copyleft, permettant par exemple leur intégration dans des applications commerciales non Open Source. La Free Software Foundation reconnaît cette licence comme compatible avec la notion de Logiciel Libre. Son modèle économique a été théorisé par le directeur technique de Pentaho, James Dixon : il l a appelé le modèle Beekeeper (apiculteur en anglais). Le Beekeeper, modèle économique de Pentaho Le principe du modèle de l apiculteur est simple : l entreprise agit comme une interface entre d une part ses clients (intéressés par la qualité et le prix des produits) et la communauté de développeurs d autre part (intéressée par les 35

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