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Transcription:

Espaces euclidiens 1 Bases orthonormées Soient E un espace vectoriel euclidien de dimension n, le produit scalaire sera noté comme d habitude : < x, y >, ou (x, y) ou < x y > On note < x, x >= x 2, x est appelée la norme de x. Soit une base B de E dont les éléments (de la base) sont notées e i, i = 1,..., n. Définition 1.1. On dira que B est orthormée si e i = 1 pour tout i et < e i, e j >= 0 si i j. Théorème 1.2. On peut toujours trouver des bases orthonormées. Le processus itératif (dit de Gram-Schmidt) décrit ci dessous permet toujours de passer d une base quelconque à une base orthonormée (orthonormale). On peut d abord remplacer le vecteur e 1 par le vecteur e 1 = e 1 e 1 qui est de norme 1. Puis pour tout i 2 posons f i = e i + a i e 1 et imposons que < e 1, e i > soit nul. On obtient < e 1, e i > +a i = 0 On pose donc f i = e i < e 1, e i > e 1. Tous les vecteurs f i ainsi que toutes leurs combinaisons linéaires sont orthogonaux à e 1. De plus e 1 et les f i constituent une base de E. Si on remplace le système de vecteurs f i par un système de vecteurs orthonormés engendrant le même sous-espace on aura en adjoignant e 1 une base orthonormée de E. Mais le sous-espace engendré par les f j est de dimension n 1. On peut donc faire une récurrence descendante sur n : On recommence avec les vecteurs f 2,..., f n, en particulier poser e 2 = f 2... f 2 La matrice de la forme bilinéaire associée au produit scalaire est la matrice I n dans une base orthonormale. Ce n est pas le cas dans une base quelconque! C est la matrice dite de Gram-Schmidt A = (a i,j ), avec a i,j =< e i, e j >. On rappelle enfin la formule de Cauchy-Schwarz Théorème 1.3. Soit E un espace euclidien pour tous x, y E on a < x, y > 2 x 2 y 2 2 Applications linéaires orthogonales Définition 2.1. Soit E un espace vectoriel euclidien, une application linéaire f de E dans E est dite orthogonale si elle conserve la norme : si pour tout x E x = f(x) En fait une application qui préserve le produit salaire seulement ( pour tout x, y E < x, y >=< f(x), f(y) >) est linéaire. Proposition 2.2. Les conditions suivantes sont équivalentes 1

f est orthogonale, f préserve le produit scalaire : pour tous x, y E < x, y >=< f(x), f(y) >. La matrice représentative A de f dans une base orthonormée est telle t AA = I n, soit A 1 = t A, on dit que A est orthogonale. La matrice représentative A de f dans une base orthonormée est telle que la somme des carrés des éléments d une colonne quelconque (ou d une ligne quelconque) et les produits scalaires (standards) de deux colonnes (lignes) distinctes vaut 0. La mention les produits scalaires (standards) de deux colonnes (lignes) distinctes vaut 0. signifie que l a l,ia l,j = 0 si i j. De plus Proposition 2.3. Une application orthogonale est bijective. Le déterminant de A vaut 1 ou 1. les valeurs propres de f ne peuvent tre que 1 ou 1. 3 Applications et matrices orthogonales en dimension 2 et 3 Dans la section suivante on rappellera les notions de base sur vecteurs propres et valeurs propres. Soit E un espace euclidien de dimension 2 Théorème 3.1. Il y a deux types d applications orthogonales : Une application orthogonale dont le déterminant vaut 1 est une rotation d angle θ dont la matrice dans une base orthonormée quelconque est : ( ) cos(θ) sin(θ) A = sin(θ) cos(θ) Une application orthogonale dont le déterminant vaut 1 est une symétrie orthogonale autour d une droite. En particulier elle laisse un vecteur non nul fixe (elle a 1 pour valeur propre) et elle nvoie un vecteur non nul sur son opposé (elle a 1 pour valeur propre). Sa matrice est de la forme ( ) cos(θ) sin(θ) A = sin(θ) cos(θ) La droite d angle θ/2 avec l axe des abscisses étant l ensemble des vecteurs fixes. Soit E un espace euclidien de dimension 3 Théorème 3.2. Il y a deux types d applications orthogonales : 2

Une application orthogonale f dont le déterminant vaut 1 admet une droite fixe (donc 1 pour valeur propre) et est une rotation d angle d angle θ autour de cette droite. La trace de la matrice vaut 1 + 2 cos(θ). sa matrice s écrit donc dans une base orthonormée donc le premier vecteur est porté par la droite fixe : 1 0 0 A = 0 cos(θ) sin(θ) 0 sin(θ) cos(θ) Une application orthogonale f dont le déterminant vaut 1 est composée d une symétrie orthogonale autour d un plan et d une rotation autour de l axe perpendiculaire au plan de la symétrie (donc a 1 pour valeur propre). Sa matrice s écrit donc dans une base orthonormée dont les deux derniers vecteurs correspondent au plan et le premier est celui associé la valeur prpre 1 : 1 0 0 A = 0 cos(θ) sin(θ) 0 sin(θ) cos(θ) Dans ce cas la trace est 1 + 2 cos(θ). On remarquera que si θ = π alors 1 est valeur propre double. La formule pour la trace ne détermine θ que au signe près. Pour lever l ambiguité on doit utiser le produit vectoriel. Ceci sera complété. 4 Valeurs propres et polynôme caractéristique Soient E un espace vectoriel et ϕ un endomorphisme de E (c est à dire une application linéaire de E dans lui même. Définition 4.1. Si il existe un scalaire λ R (resp. C) et un vecteur non nul v E tels que ϕ(v) = λv, on dit que λ est une valeur propre de u, et que v est vecteur propre de ϕ, associé à la valeur propre λ. On considérera également 0 comme un vecteur propre de ϕ. Proposition 4.2. Soit λ une valeur propre de ϕ, le sous ensemble des vecteurs propres de ϕ associé à λ est un sous-espace vectoriel appelé sous-espace propre de ϕ associé à λ. L ensemble des valeurs propres d un endomorphisme ϕ est appelé le spectre de ϕ et est noté Spec(ϕ). Une homotéthie de rapport λ a λ pour seule valeur propre, le sous-espace propre associé est tout l espace, une rotation d angle diférent de 0 et π du plan euclidien R 2 n a pas de valeurs propres, l endomorphisme de l espace des fonctions dérivables dans lui même qui à une fonction associe sa dérivée admet tous les réels pour valeur propre, la fonction x e ax est vecteur propre associé à la valeur propre a, 3

un projecteur (différent de l identité et de l application nulle) a pour valeurs propres 0 et 1, les sous-espaces propres associés sont le noyau et l image. Soient E un espace vectoriel et ϕ un endomorphisme de E et λ R (resp. C) Théorème 4.3. Le scalaire λ est valeur propre de ϕ si et seulement si l endomorphisme ϕ λid n est pas inversible. Autrement dit si et seulement si det(ϕ λid) = 0. On sait que pour calculer ce déterminant on peut choisir une base quelconque de E, dans laquelle ϕ a pour matrice A, alors la matrice de ϕ λid est A λi n. Le déterminant cherché est celui de cette matrice. Répètons que le déterminant obtenu sera le même quelle que soit la base choisie. Clairement en calculant det(a XI n ) on obtient un polynôme en X degré n. Ce polynôme est appelé le polynôme caractéristique de ϕ ou le polynôme caractéristique de la matrice A. On le notera c ϕ (X) ou c A (X). La notation χ ϕ (X) (resp. χ A (X)) est aussi utilisée. Sa valeur pour X = 0 est det(a). Il s écrit donc : c A (X) = ( 1) n X n +... + det(a) Proposition 4.4. Le coefficient du terme de degré n 1 est ( 1) n 1 Tr(A). Donc c A (X) = ( 1) n X n + ( 1) n 1 Tr(A)X n 1 +... + det(a) Le théorème fondamental est le suivant : Théorème 4.5. Le scalaire λ est valeur propre de l endomorphisme ϕ si et seulement si il est racine du polynôme caractéristique. On appellera valeur propre d une matrice A, (n, n), les racines du polynôme caractéristique c A (X). Ce sont les valeurs propres de l endomorphisme dont la matrice est A dans la base standard de R n (resp. C n ). Dans la suite on parlera donc indifféremment des valeurs propres d un endomorphisme ou de sa matrice dans une base. Corollaire 4.6. Un endomorphisme ϕ d un espace vectoriel de dimension n ou une matrice A (n, n) a au plus n valeurs propres. 5 Matrices symétriques Théorème 5.1. Toute matrice symétrique réelle admet une diagonalisation dans une base orthonormée pour le produit scalaire standard sur R n. En particulier toutes ses valeurs propres sont réelles. On ne va pas donner toute la démonstration mais seulement deux pas essentiels. On considère l espace euclidien R n avec le produit scalaire standard. Soit A une matrice symétrique réelle n n, on notera comme d ordinaire U, V... les vecteurs colonnes dans R n. L application qui à (U, V ) associe t UAV est une forme bilinéaire symétrique sur R n. Soit λ une valeur propre (éventuellement complexe) de A, et soit V un vecteur prpre associé (non-nul) : AV = λv. Attention, V C n. Soit V le vecteur propre conjugué, on a : A V = λ V. calculons maintenant t V AV. On a t V AV = t V (AV ) = t V (λv ) = λ t V V 4

et t V AV = ( t V A)V ) = λt V V ) = λt V V car t V A = t ( t A V ) = t (A V ) = λ t V en effet t A = A. Il suit que λ = λ qui est réel. La seconde observation est que si U et V sont des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes λ et µ alors U et V sont orthogonaux. En effet on calcule la quantité t UAV de deux manières différentes comme plus haut (à droite puis à gauche). Comme AV = µu t UAV = µ < U, V >, comme AU = λu on a t UAV = λ < U, V. Comme λ µ ceci entraîne que < U, V >= 0. 5